# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 7c0c4e05-285a-5065-a392-683a8f53bd61
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2003
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
Madame S_, ressortissante américaine et péruvienne, née en juin 1963, est arrivée à Genève le 10 mars 1966.
Madame S_ a commencé des études de médecine en 1982. Elle a suivi plusieurs stages auprès des hôpitaux, notamment du 27 août au 9 septembre 1984 (stage de sémiologie), du 3 septembre au 19 octobre 1984 (stage au département de pathologie), du 1
er
au 31 janvier 1985 au Centre de cardiologie des Hôpitaux cantonaux universitaires de Genève, du 4 mars au 28 avril 1985 (stage de médecine interne), aux mois de mai et juin 1985 (stage à la Clinique d’orthopédie) et du 1
er
au 30 septembre 1985 au Département de neurologie.
En raison de difficultés à communiquer avec les médecins, les infirmières et les patients, Madame S_ a été soumise à une expertise médicale conduite par le Docteur A_, qui a conclu à des troubles schizophréniques compromettant la capacité de l’expertisée à nouer des relations normales avec autrui et rendant ses aptitudes professionnelles en tant que médecin hautement problématiques (cf. expertise psychiatrique du Docteur A_ du 16 novembre 1988).
Madame S_ a alors été interdite d’examen à la faculté de médecine. Suite à son recours contre cette décision, une deuxième expertise psychiatrique a été ordonnée en septembre 1994, conduite par le Professeur B_, lequel a conclu que malgré des facultés intellectuelles intactes, l’expertisée n’était pas apte à exercer la profession médicale. Il a également relevé que selon l’anamnèse, Madame S_ avait présenté une décompensation psychiatrique en 1987 et 1988 (cf. rapport d’expertise Professeur B_ du 21 septembre 1994).
Madame S_ a déposé une demande de prestations AI en date du 13 juin 1996 auprès de l’Office cantonal de l’assurance-invalidité (ci-après l’OCAI) motivée par une schizophrénie.
Par courrier du 4 mars 1997 à l’OCAI, le Docteur C_ a mentionné que sa patiente souffrait d’une affection psychiatrique chronique grave depuis 1988. Madame S_ présentait une incapacité totale de travail depuis septembre 1995 en raison de cette maladie ; il n’était pas probable qu’elle recouvre une capacité de travail dans un proche avenir.
Par communication du 26 mai 1998, annulant et remplaçant celle du 20 avril 1998, l’OCAI a fixé la date de la survenance de l’invalidité de Madame S_ à 1985. En raison de sa nationalité américaine, elle avait droit à une rente extraordinaire et, suite à une modification légale, à des prestations complémentaires à partir du 1
er
novembre 1998 si elle réalisait les conditions de revenus applicables.
Madame S_ n’a pas sollicité de décision sujette à recours.
Par courrier du 26 juillet 2000, Madame S_ a déposé auprès de l’OCAI une demande de réexamen de la communication du 26 mai 1998, faisant valoir qu’elle remplissait les conditions d’octroi pour une rente ordinaire de l’assurance-invalidité.
La requérante a acquis la nationalité suisse le 12 septembre 2000.
En septembre 2000, Madame S_ a formé réclamation pour déni de justice auprès de l’Office fédéral des assurances sociales (ci-après l’OFAS), le priant d’intervenir auprès de l’OCAI, afin que celui-ci rende une décision de rente ordinaire en relation avec sa demande du 13 juin 1996.
De multiples échanges de courriers sont intervenus, entre Madame S_, l’OCAI, l’OFAS, le Tribunal fédéral des assurances (ci-après le TFA) et la Commission cantonale de recours en matière AVS-AI.
En date du 5 septembre 2001, l’OFAS a rendu une décision sur plainte pour déni de justice, admettant le recours.
L’OCAI a par décision du 12 décembre 2001, rejeté la demande de Madame S_. Il a en effet considéré que, selon les renseignements médicaux, la date de la survenance de l’invalidité devait être fixée en 1985 et constaté que Madame S_ ne remplissait pas alors la condition d’une année entière de cotisations.
Madame S_, représentée par Maître MAUGUE, a interjeté recours le 28 janvier 2002, contre ladite décision, concluant principalement, sous suite de dépens, à l’octroi d’une rente entière d’invalidité
à compter du 23 juin 1991
et subsidiairement, à l’ordonnance d’une expertise qui permettrait de déterminer le début du droit à la rente et le degré d’invalidité dans le passé. A la forme, la recourante a fait valoir que son recours était recevable, la décision du 12 décembre 2001 n’ayant été notifiée en l’Etude de son avocat que le 19 décembre. Au fond, elle a soutenu qu’il n’existait dans le dossier aucun élément relatif à son état de santé en 1985. Par ailleurs, les extraits de compte individuels de la Caisse cantonale genevoise de compensation attestaient qu’elle avait effectué des stages en milieu hospitalier jusqu’en mars 1988. Par décision du 14 décembre 1988, le Comité directeur des examens fédéraux lui avait interdit de poursuivre ses études de médecine. De décembre 1998 à juin 1999, elle avait assuré des remplacements dans l’enseignement primaire, elle avait également accompli d’autres missions temporaires. Ainsi, l’appréciation du médecin conseil de l’AI, le Docteur D_, du 3 septembre 2001, selon laquelle elle présentait une incapacité totale de travail depuis 1985, était insoutenable. Le fait qu’elle ait été suivie par un psychiatre entre 1985 et 1990 ne suffisait pas à conclure que sa capacité de travail aurait été réduite d’au moins 20%. La communication entreprise était donc manifestement arbitraire, dans la mesure où elle faisait remonter son invalidité à 1985. Son invalidité ne pouvait en aucun cas être établie avant 1990 et elle remplissait à cette date la condition de l’article 36 de la loi sur l’assurance-invalidité, à savoir une année de cotisations. Enfin, actuellement, il ne faisait pas de doute qu’elle était totalement invalide, selon l’expertise de la Doctoresse E_ du 2 septembre 1997.
Dans un préavis du 2 avril 2002, l’OCAI a rappelé que Madame S_ avait entrepris des études de médecine en 1982. Au cours desdites études, en 1988, les médecins avaient, en raison de son comportement bizarre, diagnostiqué un trouble schizophrénique désorganisé et la faculté de médecine lui avait refusé de se présenter aux examens. Madame S_ avait par la suite occupé quelques emplois de courte durée en tant qu’enseignante, placeuse de cinéma et aide soignante. Compte tenu de ces éléments, l’OCAI avait, par communication du 26 mai 1998, fixé la date de la survenance de l’invalidité en 1985 ; les conditions pour l’octroi d’une rente ordinaire n’étaient pas réunies, mais elle pouvait prétendre au versement d’une rente extraordinaire. En date du 26 juillet 2000, Madame S_ avait sollicité la reconsidération de la décision du 26 mai 1998, faisant valoir qu’elle remplissait les conditions ouvrant droit à une rente ordinaire d’invalidité. La recourante soutenait que la survenance de son invalidité devait être fixée en juin 1991, soit une année après qu’elle ait cessé d’exercer une activité suivie. Or, à cette époque, elle n’était pas assurée à l’AVS-AI, car étant domiciliée aux Etats-Unis, elle ne remplissait pas les conditions pour l’ouverture du droit à la rente. Enfin, l’OCAI constatait que sa communication du 26 mai 1998 n’était pas manifestement erronée et que par conséquent la décision litigieuse du 12 décembre 2001 refusant la reconsidération était parfaitement justifiée.
Dans des observations complémentaires du 6 mai 2002, Madame S_ a persisté dans ses conclusions. Elle conteste au surplus avoir été domiciliée aux Etats-Unis au mois de juin 1991, alléguant avoir effectué à cette époque des études dans ce pays mais conservé son domicile en Suisse conformément à l’article 26 du code civil suisse.
Par courrier du 27 mai 2002, l’OCAI a allégué que la survenance de l’invalidité ayant été fixée en 1985, peu importait la question du domicile en Suisse en 1991. Il a cependant rappelé que l’assurée avait elle-même indiqué dans sa demande de prestations du 13 juin 1996 que de mars 1990 à novembre 1993, elle avait été domiciliée hors de Suisse et plus particulièrement en Californie.
Dans un rapport à l’OCAI du 20 novembre 1996, le Docteur F_ a posé les diagnostics suivant : affection psychiatrique chronique de type psychotique et séquelle d’une chute en montagne en 1988 avec fracture du fémur droit. L’atteinte existait depuis 1980, était aggravée depuis 1988 et un traitement médical s’imposait depuis 1988. La capacité de travail était nulle depuis 1988, excepté de juillet à septembre 1995.
L’OCAI a mandaté la Doctoresse E_ pour une expertise. Dans son rapport du 2 septembre 1997, celle-ci a confirmé son diagnostic de schizophrénie et relevé que : « Si l’on considère l’activité d’étudiante en médecine, la seule qu’elle ait, à ma connaissance, exercée, la capacité est de 0% » (cf. page 5). (...) En soi, la schizophrénie n’est pas incompatible avec une activité professionnelle ;
actuellement
, la capacité de travail de Madame S_ me paraît nulle et ne devrait pas grandement se modifier en l’absence de prise en charge (...). Je propose de lui attribuer une rente complète, ce qui, moyennant une aide complémentaire, lui permettrait quand même d’aller à l’université (et de réussir ses examens pourquoi pas) et de revoir sa situation dans deux ans. Si elle a pu progresser dans ses projets d’études, à ce moment-là, il sera peut-être plus facile de se reposer la question d’une aide à la formation et, surtout, d’y répondre ! » (cf. page 6).
Par décision du Tribunal tutélaire du 9 mars 2000, Monsieur G_, juriste auprès du Service du Tuteur général, a été nommé aux fonctions de curateur de Madame S_ aux fins de gérer et administrer ses biens, d’encaisser ses revenus et ses rentes et de pourvoir à leur gestion ainsi que de la représenter à l’égard de ses créanciers. Monsieur G_ a informé Maître MAUGUE le 14 février 2001 que Madame S_ avait conservé l’exercice des droits civils. Constatant que la demande paraissait fondée, il considérait que Maître MAUGUE pouvait continuer à la représenter dans la défense de ses intérêts.

## Considerations