# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 005a6d71-45fc-5af6-95e7-82ae07e2779d
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_001
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
Par jugement
JTPI/13140/2018
du 3 septembre 2018, expédié pour notification aux parties le même jour, le Tribunal de première instance, statuant par voie de procédure ordinaire, a constaté que les décisions prises lors de l'assemblée générale extraordinaire de A_ SA du 13 mai 2016 étaient nulles (chiffre 1 du dispositif) et ordonné au Préposé au Registre du commerce du canton de Genève de radier les modifications concernant A_ SA portées au registre journalier du _ 2018 sous n° 1_ et publiées dans la Feuille officielle suisse du commerce du _ 2016 (ch. 2).
Les frais judiciaires, arrêtés à 3'000 fr., ont été mis à la charge de A_ SA, compensés avec les avances fournies, A_ SA étant condamnée à verser la somme de 800 fr. aux Services financiers du Pouvoir judiciaire et 1'200 fr. à B_ SA ainsi que 4'000 fr. à titre de dépens (ch. 3 et 4).
En substance, le Tribunal a retenu que la convocation à l'assemblée générale, décidée par un seul des deux membres du conseil d'administration ne l'avait pas été par l'organe compétent, entraînant ainsi la nullité des décisions prises à cette occasion.
B.
a.
Par acte expédié le 5 octobre 2018 au greffe de la Cour de justice, A_ SA a formé appel de ce jugement, sollicitant son annulation. Elle a conclu à ce que la Cour déboute B_ SA de ses conclusions en annulation des décisions prises par l'assemblée générale, sous suite de frais et dépens.
Elle a fait valoir qu'il convenait de retenir que l'assemblée générale extraordinaire avait été convoquée sur la base d'une décision prise, à tout le moins par voie de circulation, par l'ensemble des membres du conseil d'administration.
L'acte d'appel comporte un préambule, priant la Cour de se référer à ses allégations et motifs développés par elle en première instance. Il comporte treize "allégués de faits", celui numéroté sous n° 14 se référant à ses allégations de première instance.
Elle a produit deux pièces (n° 101 et 102) soit des extraits du Registre du commerce des parties du 5 octobre 2018.
b.
Dans sa réponse du 7 janvier 2019, B_ SA a conclu au déboutement de A_ SA de toutes ses conclusions et à la confirmation du jugement entrepris, sous suite de frais et dépens.
c.
Par réplique et duplique des 29 janvier et 20 février 2019, les parties ont persisté dans leurs conclusions.
d.
Les parties ont été avisées par plis du greffe du 21 février 2019 de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits pertinents suivant résultent de la procédure :
a.
B_ SA, ayant son siège à Fribourg, a pour but le conseil dans les domaines de la finance et de l'investissement. Son actionnaire et administrateur unique avec signature individuelle est D_ .
b.
A_ SA, ayant son siège à Genève, a pour but l'achat, la vente, la construction et l'exploitation d'immeubles ainsi que le placement et la gestion de biens mobiliers et immobiliers.
Cette société a été créée en 2008 avec pour administrateurs D_ et E_.
Le capital-actions de A_ SA, entièrement libéré et constitué de 100'000 actions au porteur d'une valeur nominale de 1 fr., était initialement détenu par moitié entre B_ SA et F_ SA, alors elle-même détenue par E_.
c.
Les statuts de A_ SA prévoient notamment que :
"Article 12: Convocation de l'assemblée générale
L'assemblée générale est convoquée par le conseil d'administration et au besoin par l'organe de révision, les liquidateurs ou les représentants des obligataires.
(...)
Article 13: Mode de convocation
L'assemblée générale est convoquée vingt jours au moins avant la date de sa réunion, par un avis inséré dans la Feuille officielle suisse du commerce ou par lettre recommandée adressée aux actionnaires, si ces derniers sont tous connus.
(...)
Article 22: Décisions du conseil d'administration
Si le conseil d'administration se compose de plusieurs membres, ses décisions sont prises à la majorité des voix émises par les membres présents, pourvu toutefois que ceux-ci forment la majorité du conseil. (...)"
d.
Entre la fondation de A_ SA en 2008 et l'année 2016, aucune assemblée générale ne s'est tenue.
e.
En 2016, les relations entre les actionnaires se sont dégradées, de même que la situation financière de la société.
f.
Par courrier recommandé du 4 mars 2016 adressé à D_, E_, signant au nom du Conseil d'administration, a convoqué les actionnaires de A_ SA à une assemblée générale extraordinaire le 4 avril 2016. Ledit courrier, à l'en-tête de A_ SA, ne mentionnait pas l'adresse de cette société, mais l'enveloppe portait le sigle et l'adresse de l'Etude de Me C_.
g.
Par réponse du 23 mars 2016 adressée à l'Etude de Me C_, D_ a indiqué ne pas être actionnaire de A_ SA et a communiqué les coordonnées des actionnaires, à savoir B_ SA, à Fribourg, et F_ SA, à Genève.
h.
Le même jour, B_ SA, agissant par son administrateur D_, a adressé à E_ en sa qualité de président du Conseil d'administration de A_ SA, à l'adresse postale de Me C_, une demande de convocation d'assemblée générale ordinaire des actionnaires, avec une proposition d'ordre du jour comportant vingt-cinq points.
i.
Par réponse du 13 avril 2016, Me C_ a retourné les courriers suscités à D_, l'informant que ni E_, ni A_ SA n'avaient fait élection de domicile en son Etude.
j.
Par publication dans la Feuille officielle suisse du commerce du _ 2016, E_, signant au nom du Conseil d'administration de A_ SA, a convoqué les actionnaires de cette société à une assemblée générale extraordinaire le 13 mai 2016 dont l'ordre du jour était composé de trois points, à savoir (1) élection du nouveau conseil d'administration, (2) changement de domicile et (3) divers.
k.
L'assemblée générale s'est déroulée le 13 mai 2016 en l'absence de B_ SA. Les actionnaires présents étaient C_ , avec un certificat d'action n° 2 de la société A_ SA représentant 33'333 actions au porteur de 1 fr. chacune, G_ avec une action au porteur n° 2_ de la société A_ SA de
1 fr. et H_ avec un certificat d'actions n° 1 de la société A_ SA pour 33'333 actions au porteur de 1 fr., soit un total de 66'667 actions.
Durant cette assemblée, E_ a démissionné de son poste d'administrateur et le mandat d'administrateur conféré à D_ a été révoqué. G_ a alors été nommé administrateur unique.
l.
Les pouvoirs d'administrateurs de E_ et D_ ont été radiés du Registre du commerce et le siège de la société a été modifié par inscription portée au registre journalier du _ 2016 sous n° 1_ et publiée dans la Feuille officielle suisse du commerce du _ 2016.
m.
Par courrier du 1
er
juillet 2016, G_ a informé B_ SA qu'en tant qu'administrateur de A_ SA, il avait pour mission d'assainir les finances de la société. Il n'avait pas eu accès à la comptabilité de cette dernière et sollicitait donc que lui soient remis à bref délai tous les documents y relatifs.
n.
Par réponse du 6 juillet 2016, B_ SA a indiqué à A_ SA n'avoir pas été informée de la tenue de l'assemblée générale du 13 mai 2016, la convocation par le biais de la Feuille officielle suisse du commerce étant contraire à l'art. 13 des statuts.
o.
Par requête du 13 juillet 2016, déclarée non conciliée le 3 octobre 2016 et déposée au greffe du Tribunal le 18 janvier 2017, B_ SA a notamment conclu, sous suite de frais et dépens, à l'annulation de toutes les décisions prises lors de l'assemblée générale extraordinaire de A_ SA du 13 mai 2016, à savoir en particulier la révocation du mandat d'administrateur de D_, la nomination en tant qu'administrateur de G_ et le changement de l'adresse du siège de la société.
Elle a fait valoir que la convocation n'émanait pas du conseil d'administration, mais d'un de ses membres, incompétent pour ce faire.
En outre, la convocation par le biais de la Feuille officielle suisse du commerce était inhabituelle, ce d'autant plus qu'une première convocation avait été adressée aux actionnaires par courrier recommandé, et n'était en toute hypothèse pas conforme à l'art. 13 des statuts, selon lequel la convocation doit avoir lieu par courrier recommandé lorsque les administrateurs sont connus.
La révocation d'un administrateur ne pouvait par ailleurs avoir lieu si l'ordre du jour fourni avec la convocation portait seulement la mention "élection", car un tel objet ne permettait pas d'envisager que la discussion porterait "sur l'élimination de ses membres actuels".
Enfin, la demande de B_ SA formulée le 23 mars 2016 et tendant à l'inscription d'un certain nombre de points à l'ordre du jour avait été ignorée de manière contraire au droit.
G_ étant aussi administrateur de F_ SA, sa nomination à la tête de la société A_ SA montrait la volonté de F_ SA et de ses ayants-droits économiques de "se ménager un contrôle absolu sur A_ SA et d'évincer les autres actionnaires".
p.
Par réponse reçue au greffe du Tribunal le 20 septembre 2017, A_ SA s'en est notamment rapportée à la justice quant à la recevabilité de l'action de B_ SA et a, sur le fond, conclu au déboutement de cette dernière de toutes ses conclusions, sous suite de frais et dépens.
A_ SA a soutenu que la publication de la convocation à l'assemblée générale dans la Feuille officielle suisse du commerce était apparue nécessaire du fait que les actions étaient au porteur et que des incertitudes existaient sur l'identité de tous les actionnaires. Une telle façon de procéder n'était en outre pas inhabituelle, ce d'autant plus qu'aucune assemblée générale de A_ SA n'avait encore été convoquée depuis la création de cette société; il n'existait ainsi aucune pratique sur le mode de convocation des assemblées générales au sein de la société.
S'agissant du contenu de l'ordre du jour publié avec la convocation, il était conforme à l'art. 13 al. 6 des statuts selon lequel les propositions entrant dans le cadre des objets portés à l'ordre du jour ne doivent pas être annoncées à l'avance.
En outre, B_ SA n'avait formulé aucune demande valable de convocation d'assemblée générale. Me C_ n'assurait pas la défense des intérêts de A_ SA le 13 avril 2016, de sorte qu'il n'avait eu d'autre choix que de retourner son courrier du 23 mars 2016 à B_ SA. Ce courrier n'était ainsi jamais parvenu à A_ SA. La demande de convocation d'une assemblée générale n'avait ainsi pas été faite valablement auprès du président du conseil d'administration, tout comme la demande d'ajouter vingt-cinq points à l'ordre du jour. En toute hypothèse, D_ était un homme d'affaire averti à qui une publication dans la Feuille officielle suisse du commerce n'aurait pu échapper.
C'était donc volontairement que D_ n'avait pas participé à l'assemblée générale du 13 mai 2016, sachant qu'il risquerait d'y être minoritaire. Il s'agissait d'une manoeuvre afin de pouvoir plus aisément contester les décisions qui lui seraient défavorables.
q.
Lors de l'audience de débats d'instruction, débats principaux et premières plaidoiries du 16 novembre 2017, les parties ont persisté dans leurs conclusions.
r.
Par ordonnance de preuve
ORTPI/1028/2017
du 17 novembre 2017, le Tribunal a ordonné l'audition de plusieurs témoins et la production par les parties des actions au porteur en leur possession.
s.
Le 15 janvier 2018, A_ SA a produit à la procédure des pièces supplémentaires, à savoir notamment des copies des certificats d'actions n° 1 (actions n° 1 à n° 33'333) et 2 (actions n° 33'334 à 66'666) et de l'action au porteur n° 2_ de A_ SA.
t.
Lors de l'audience de débats principaux du 2 mai 2018, B_ SA a sollicité du Tribunal le prononcé de mesures provisionnelles, concluant à ce qu'il soit fait interdiction à A_ SA de céder ou de mettre en gage des biens immobiliers lui appartenant, à ce que l'activité de A_ SA soit limitée à la gestion courante des affaires de la société, et à la condamnation de A_ SA à fournir toute information utile à B_ SA, soit les pièces comptables de la société et les éventuels contrats signés par la société.
Les parties ont alors plaidé sur mesures provisionnelles, la demanderesse persistant dans sa demande et A_ SA concluant au rejet des mesures provisionnelles.
Le Tribunal a ensuite gardé la cause à juger sur mesures provisionnelles.
u.
Lors de cette même audience, A_ SA a renoncé à l'audition des
témoins sollicitée. B_ SA a, quant à elle, requis l'audition d'un témoin supplémentaire, qui lui apparaissait nécessaire à la suite de la production de pièces par A_ SA le 15 janvier 2018. Cette requête a été rejetée par le Tribunal.
Le Tribunal a alors procédé à l'interrogatoire de D_ , actionnaire unique et administrateur de B_ SA, et administrateur ou actionnaire d'environ 5 à 10 sociétés. Ce dernier a déclaré que B_ SA était actionnaire à 50% de la société A_ SA depuis sa création, l'autre actionnaire étant F_ SA, alors détenue par E_. Les relations entre actionnaires étaient devenues difficiles au moment du changement de propriétaire de F_ SA. La situation financière de la société était devenue préoccupante.
D_ avait soudainement reçu une lettre le convoquant à une assemblée générale et répondu à l'adresse de Me C_ en demandant que l'assemblée générale traite de certains points. Puis, une convocation avait eu lieu dans la Feuille officielle suisse du commerce, dont il n'avait pas été informé. Il avait enfin appris son exclusion de la société, G_ lui ayant écrit qu'il était le nouvel administrateur. Lorsqu'il avait reçu en retour le courrier adressé à Me C_, il ne l'avait pas adressé à A_ SA, car il considérait qu'il avait été ouvert et lu; en outre, il ne disposait pas d'une autre adresse.
B_ SA n'était pas représentée lors de l'assemblée générale du 13 mai 2016 et D_ ne s'expliquait pas pourquoi les deux-tiers du capital-actions étaient indiqués comme représentés à cette assemblée. Il n'avait pas accompli de démarche afin de faire annuler ses actions ou certificats d'actions. Il ne pouvait pas non plus dire s'il existait un registre des actionnaires, étant précisé que l'établissement d'un tel registre ne relevait pas de sa responsabilité. Des projets de changement d'actionnaires avaient eu lieu, mais n'avaient jamais pu être exécutés, notamment du fait de l'application de la H_. Un accord avait eu lieu pour faciliter la rentrée d'actionnaires dans la société et E_ avait vendu sa position dans F_ SA à de nouveaux actionnaires en 2012 ou 2013, tout en demeurant président de A_ SA. L'existence de cet accord aurait pu, aux dires de D_ , expliquer qu'il y ait des certificats d'actions illégitimes.
D_ n'avait pas demandé de convocation d'assemblée générale entre 2008 et 2016 car cela ne relevait pas de sa responsabilité. En outre, il travaillait avec E_ et la société était bien gérée.
Le Tribunal a ensuite entendu G_, qui a indiqué ne pas connaître les actionnaires de B_ SA et de F_ SA. Il n'était pas au courant de l'assemblée générale prévue pour le 4 avril 2016, de sorte qu'une nouvelle assemblée générale avait été prévue pour le 13 mai 2016. Le choix de communiquer par le biais de la Feuille officielle suisse du commerce avait vraisemblablement été effectué en raison de la confusion qui existait s'agissant des actionnaires de la société. G_ a exposé que lui-même procéderait de même pour la prochaine convocation, faute de connaître tous les actionnaires, aucun registre des actions ne lui ayant été remis. Il n'avait jamais reçu de demande de renseignements de la part d'un actionnaire et à laquelle il aurait refusé de donner suite.
Depuis sa nomination, il avait rencontré beaucoup de difficultés afin d'obtenir des informations et documents utiles à la gestion de la société, lesquels se trouvaient en mains de D_. Lorsqu'il avait repris la gestion de la société, il avait eu la surprise de constater qu'elle était en faillite et que des hypothèques légales avaient été inscrites sur les bâtiments; la société avait aussi été taxée d'office pour l'année 2016.

## Considerations