# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** cdb3afbe-d7cf-5d8d-93dc-d04efabd72fb
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_002
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
Par jugement
JTPI/3616/2021
du 15 mars 2021, le Tribunal de première instance a prononcé la mainlevée définitive de l'opposition formée au commandement de payer, poursuite n° 1_ (chiffre 1 du dispositif), arrêté les frais judiciaires à 400 fr., compensés avec l'avance effectuée par B_ SA (ch. 2), mis à la charge de A_ SA, condamnée à les verser à la précitée qui en avait fait l'avance (ch. 3), et condamné A_SA à verser à B_ SA 831 fr. à titre de dépens (ch. 4).
B. a.
Par acte expédié à la Cour de justice le 6 avril 2021, A_ SA forme recours contre ce jugement, qu'elle a reçu le 26 mars 2021. Elle se plaint de n'avoir reçu la citation à comparaitre devant le Tribunal le 1
er
mars que le 20 mars 2021 et de n'avoir ainsi pu défendre ses intérêts.
b.
B_ SA a conclu au rejet du recours, sous suite de frais et dépens.
c.
Par courrier expédié le 10 juin 2021 à la Cour, A_ SA a sollicité l'octroi de l'effet suspensif au recours.
C.
Les faits suivants ressortent du dossier soumis au Tribunal :
a.
Par jugement du 16 février 2018, le Tribunal des baux du canton de Vaud a prononcé que A_ SA devait à B_ SA les sommes de 30'896 fr. 60 avec intérêts à 5% l'an dès le 15 décembre 2016, de 1'296 fr. avec intérêts à 5% l'an dès le 15 décembre 2016 et de 1'735 fr. 15 sans intérêt. Il a arrêté les frais judiciaires à 1'330 fr., mis à la charge de A_ SA, prélevés sur les avances fournies par B_ SA, la première devant verser à la seconde 1'330 fr. en remboursement de cette avance ainsi que 2'250 fr. à titre de dépens.
b.
Un commandement de payer, poursuite n° 1_, a été notifié le
21 octobre 2020 à A_ SA, à la requête de B_ SA, portant sur les sommes de 15'896 fr. 60 plus intérêts à 5% dès le 15 septembre 2016, de 1'296 fr. plus intérêts à 5% dès le 15 décembre 2016, de 1'753 fr. 15 et de 2'250 fr., au titre des "montants alloués selon jugement rendu par le Tribunal des baux le 16 février 2018, définitif et exécutoire, sous déduction de 15'000 fr. (garantie de loyer)".
Opposition totale y a été formée.
c.
Par requête adressée au Tribunal le 2 novembre 2011, B_SA a conclu au prononcé de la mainlevée définitive de l'opposition formée au commandement de payer précité, sous suite de frais et dépens.
d.
Par pli recommandé du 4 février 2021, les parties ont été citées à comparaître devant le Tribunal à une audience devant se tenir le 1
er
mars 2021.
Le pli adressé à A_ SA n'a pas été retiré à l'échéance du délai de garde. Une nouvelle convocation a été envoyée par pli simple le 17 février 2021.
e.
Lors de l'audience devant le Tribunal du 1
er
mars 2021, aucune des parties n'était présente ni représentée.

## Considerations

EN DROIT
1.
1.1
Seule la voie du recours est ouverte s'agissant d'une procédure de mainlevée (art. 319 let. b et 309 let. b ch. 3 CPC).
Aux termes de l'art. 321 al. 1 et 2 CPC, le recours, écrit et motivé, doit être introduit auprès de l'instance de recours dans les dix jours à compter de la notification de la décision motivée, compte tenu de l'application de la procédure sommaire (art. 251 let. a CPC).
1.2
En l'espèce, le recours interjeté dans la forme et le délai prescrits par la loi est recevable. En effet, même si la recourante, qui comparaît en personne, ne prend pas de conclusions formelles, on comprend qu'elle se plaint d'une violation de son droit d'être entendue et requiert qu'une nouvelle décision soit rendue. Autrement dit, elle conclut à l'annulation du jugement entrepris et au rejet de la requête de mainlevée.
2.
La recourante se plaint d'une violation de son droit d'être entendue.
2.1.2
Selon l'art. 138 CPC, les citations, les ordonnances et les décisions sont notifiées par envoi recommandé ou d'une autre manière contre accusé de réception (al. 1). L'acte est réputé notifié lorsqu'il a été remis au destinataire, à un de ses employés ou à une personne de seize ans au moins vivant dans le même ménage. L'ordre donné par le tribunal de notifier l'acte personnellement au destinataire est réservé (al. 2). L'acte est en outre réputé notifié, en cas d'envoi recommandé, lorsque celui-ci n'a pas été retiré à l'expiration d'un délai de sept jours à compter de l'échec de la remise, si le destinataire devait s'attendre à recevoir la notification (al. 3 let. a).
2.1.3
Celui qui est partie à une procédure judiciaire est tenu de relever son courrier ou, s'il s'absente de son domicile, de prendre des dispositions pour que celui-ci lui parvienne néanmoins. S'il ne le fait pas, il est réputé avoir pris connaissance, à l'échéance du délai de garde, du contenu des plis recommandés que le juge lui adresse (ATF
130 III 396
consid. 1.2.3;
119 V 89
consid. 4b/aa;
116 Ia 90
consid. 2a;
115 Ia 12
consid. 3a).
Un rapport procédural, qui impose aux parties de se comporter conformément aux règles de la bonne foi, soit, notamment, de se préoccuper de ce que les actes judiciaires concernant la procédure puissent leur être notifiés, ne prend naissance qu'à partir de la litispendance (ATF
138 III 225
consid. 3.1;
130 III 396
consid. 1.2.3; arrêt du Tribunal fédéral
5D_130/2011
du 22 septembre 2011 consid. 2.1, publié in Pra 2012 (42) 300).
Le prononcé de la mainlevée d'opposition ouvre une nouvelle procédure. Le débiteur ne doit pas compter, sur la seule base de la notification d'un commandement de payer et de l'opposition qu'il a formée, avec la notification de décisions en relation avec celles-ci. La fiction de notification ne vaut donc pas (ATF
138 III 225
consid. 3.1; arrêts du Tribunal fédéral
5D_130/2011
du 22 septembre 2011 consid. 2.1;
5A_710/2010
du 28 janvier 2011 consid. 3.2).
2.1.4
Les règles relatives à la citation visent à garantir au justiciable son droit d'être entendu, garanti par l'art. 29 al. 2 Cst. (ATF
131 I 185
consid. 2.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_37/2010
du 10 avril 2010 consid. 3.1).
Le droit d'être entendu comprend notamment pour le justiciable le droit de s'exprimer sur les éléments pertinents avant qu'une décision ne soit prise touchant sa situation juridique (ATF
133 I 270
consid. 3.1;
126 I 15
consid. 2a/aa;
125 I 209
consid. 9b;
124 I 49
consid. 3a;
122 II 464
consid. 4c).
Des vices de fond n'entraînent qu'à de rares exceptions la nullité d'une décision. De graves vices de procédure sont en revanche des motifs de nullité.
Des violations du droit d'être entendu sont en soi guérissables et ne conduisent en principe qu'à l'annulabilité de la décision viciée. Il en va différemment si le vice a pour conséquence que la personne concernée n'a pas connaissance de la procédure en cours ou de la décision rendue. La notification irrégulière d'une décision ne doit entraîner aucun préjudice pour les parties; toutefois, la protection des parties est suffisamment réalisée lorsque la notification atteint son but malgré l'irrégularité (ATF
132 II 21
consid. 3.1;
129 I 361
consid. 2.1;
122 I 97
consid. 3a/aa).
La nullité doit être constatée d'office, en tout temps et par l'ensemble des autorités étatiques; elle peut aussi être constatée en procédure de recours (ATF
137 III 217
consid. 2.4.3;
132 II 342
consid. 2.1;
122 I 97
consid. 3a; arrêt du Tribunal fédéral
7B.20/2005
du 14 septembre 2005 consid. 1.3 non publié aux ATF
131 III 652
).
2.2
En l'espèce, le pli recommandé du 4 février 2021 contenant la citation à comparaître devant le Tribunal à la suite du dépôt par l'intimée d'une requête de mainlevée de l'opposition a été adressé à la recourante puis retourné au Tribunal car non réclamé. La recourante soutient n'avoir reçu le pli simple que le 20 mars 2021, soit postérieurement à la date de l'audience. La citation à comparaître n'a donc pas été notifiée à son destinataire au sens de l'art. 138 al. 2 CPC.
La fiction de notification au sens de l'art. 138 al. 3 let. a CPC n'est pas applicable en l'espèce. En effet, il ne peut être opposé à la recourante qu'elle devait s'attendre à recevoir des communications de la part du Tribunal à la suite de l'opposition formée au commandement de payer notifié puisque la mainlevée d'opposition ouvre une nouvelle procédure.
Aucun élément ne permet par ailleurs de retenir que la citation à comparaître, adressée à la recourante par pli simple du 17 février 2021 lui serait parvenue avant le 1
er
mars 2021, bien qu'il soit pour le moins surprenant que celle-ci ait été apparemment reçue plus d'un mois après son expédition. Rien ne permet non plus de retenir que la recourante aurait été informée, d'une quelconque manière, de la tenue de l'audience devant le Tribunal.
Au vu de ce qui précède, le Tribunal n'était pas fondé à statuer en l'absence de notification valable à la recourante de la citation à comparaître à l'audience du
1
er
mars 2021. Il y a dès lors lieu de constater que le jugement entrepris est nul. La cause sera dès lors retournée au Tribunal pour qu'il cite valablement la recourante à comparaître et statue à nouveau.
3.
Compte tenu de l'issue du litige et du prononcé du présent arrêt, la requête d'effet suspensif devient sans objet.
4.
Vu l'issue du litige, les frais du recours seront laissés à la charge du canton (art. 107 al. 2 CPC) et l'avance de frais restituée à la recourante.
Il ne sera pas alloué de dépens, seuls les frais judiciaires pouvant être mis à la charge du canton (art. 107 al. 2 CPC a contrario).
* * * * *