# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** a2b66dc3-8f62-55fb-a5ed-be393d77a7b8
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_001
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
a.
A_, avec siège à _, faisant partie [du groupe] C_, est active notamment dans la fabrication et le commerce, sous la marque D_, de montres, articles d'horlogerie, de bijouterie, de joaillerie, d'orfèvrerie, ainsi que de toutes autres opérations s'y rapportant directement ou indirectement.
b.
A_ est titulaire de la marque n° 1_ pour divers produits, notamment des classes 14 (qui comprend l'horlogerie) et 16 (qui comprend les stylos et les plumes).
Cette marque est constituée du nom "D_", écrit en caractères _, surmonté de _, caractérisées par _.
A_ a par ailleurs déposé trois dessins et modèles DM/2_ protégeant sur le plan international, dont la Suisse, des instruments d'écriture, soit plus précisément une plume et un stylo roller dont les éléments caractéristiques sont, selon les photographies versées à la procédure, le E_ [technique de gravure], ainsi que _.
c.
B_, avec siège à _, a pour but notamment la fabrication et la vente d'instruments destinés à l'écriture, de briquets, de produits horlogers, d'orfèvrerie, de maroquinerie et de mode.
B_ propose à la vente,
via
internet, dans ses propres boutiques ou par le biais de ses distributeurs, une plume à encre modèle 3_ et un roller modèle 4_, au prix, respectivement, de 8'800 fr. et de 7'800 fr. Ces deux modèles sont ornés d'un E_, la gravure comportant par ailleurs _ [descriptif détaillé], sur lesquels apparaît, en leur centre, la marque B_ Genève. Les mêmes _ sont reprises dans la publicité de B_ pour les modèles 3_/4_, dont le texte est le suivant : "
La collection [3_/4_] de B_
[...]
rencontre entre _, l'Edition limitée [3_/
4_] signe le second chapitre de cette collection _ ans après l'édition limitée 5_
". Et encore : "
B_ a réinterprété _ sur un instrument d'écriture inédit.
[...]" (https://www.B_.com /[3_/4_]).
d.
Par lettre du 24 août 2018, C_, au nom de A_, a signifié à B_ que la présence, sur la plume et le stylo roller 3_ et 4_, des _ [éléments renvoyant au logo de] D_, ainsi que _, qui rappelaient [les montres D_], et la dénomination même du produit, à savoir 3_/
4_, créaient un risque flagrant de confusion ou d'association avec D_, sa marque et ses produits. B_ était sommée de cesser immédiatement la commercialisation des stylos et plumes 3_ et 4_ et de procéder au retrait immédiat des modèles litigieux. Un délai de cinq jours était par ailleurs imparti à B_ pour indiquer le nombre exact des produits 3_ et 4_ mis sur le marché et en stock.
e.
Le 11 septembre 2018, B_ a contesté les griefs soulevés par A_, déclarant n'avoir pas l'intention de cesser la commercialisation de l'édition limitée 3_/4_.
B. a.
Le 5 septembre 2018, A_ a saisi la Cour de justice d'une requête de mesures superprovisionnelles et provisionnelles dirigée contre B_. Elle a conclu à ce qu'il soit ordonné à B_ de cesser immédiatement la production par elle-même et/ou par des tiers, la distribution à titre gratuit ou onéreux, la vente, directement ou par l'intermédiaire de distributeurs, du modèle de plume 3_ ainsi que du modèle de roller 4_, à ce qu'il soit ordonné à B_ de cesser immédiatement toute publicité et promotion et de faire bloquer toutes les campagnes publicitaires, sur quelque support que ce soit (notamment sites internet, réseaux sociaux, AA_, boutiques B_ et distributeurs en Suisse des modèles 3_ et 4_) pour le modèle de plume 3_ et pour le modèle de roller 4_, et à ce que les ordonnances soient assorties des trois mesures suivantes, applicables en cas d'inexécution : menace de la peine prévue par l'art. 292 CP, amende d'ordre de 5'000 fr. et amende d'ordre journalière de 1'000 fr. pour chaque jour d'inexécution.
Selon A_, B_ avait repris, sur les modèles de plume et de stylo roller en cause, un élément caractéristique et emblématique de D_, à savoir les _, dessinées vers _ par [D_], en position _, reproduites tant sur le corps de la plume et du stylo roller que sur le bec de la plume. Par ailleurs, dans la publicité faite autour des modèles 3_ et 4_, B_ mettait en avant le lien avec la "Haute Horlogerie", accentué par le E_, qui rappelait celui du cadran des A_, inventé et introduit par [D_]. Les deux modèles de plume et de stylo roller correspondaient, par leur prix, à ceux vendus par A_, laquelle invoquait une violation du droit des marques et des designs, ainsi que de la loi sur la concurrence déloyale.
b.
Par arrêt du 5 septembre 2018, la Cour de justice, statuant sur mesures superprovisionnelles, a rejeté la requête de A_ et réservé le sort des frais. Un délai a par ailleurs été imparti à B_ pour répondre à la requête de mesures provisionnelles et produire ses pièces.
c.
Dans sa réponse du 25 septembre 2018, B_ a conclu au rejet de la requête. Subsidiairement, elle a conclu à ce que l'injonction provisionnelle soit subordonnée au versement préalable, par A_, de sûretés à hauteur de 800'000 fr., la requérante devant, en tout état de cause, être condamnée aux frais et dépens.
En substance, B_ a soutenu que la plume et le stylo roller objets de l'édition limitée 3_/4_, dont elle entendait produire et vendre 500 exemplaires de chaque catégorie, ne violaient ni la marque ni les designs de la requérante et n'étaient pas constitutifs d'une quelconque entrave à la LCD, dans la mesure où les références au monde horloger qu'ils contenaient relevaient du domaine public.
B_ a exposé avoir déjà produit, en 2007 et 2010, des éditions limitées d'instruments d'écriture en hommage à la haute horlogerie. L'édition limitée 3_/4_, concernée par la présente procédure, est composée d'un stylo roller et d'une plume, livrés avec des capuchons interchangeables, dont le premier rappelle _ [l'horlogerie], le second étant inspiré _ [de l'horlogerie]. Les différentes parties de ces instruments d'écriture constituent autant de renvois à la haute horlogerie : _ sur le bec de la plume et le corps de l'objet, chiffres _, clip inspiré du design des _ [d'une montre], capuchon rappelant le _ de montre ou inspiré des _ de montre, bague reprenant un E_, guichet inspiré des _, E_ [de type] "F_", pompe à piston reprenant le E_ [sur une montre]. Par ailleurs, les capuchons comportent, à leur extrémité, le _, emblématique [des produits] B_, symbolisant _ [une caractéristique des produits] B_ et enregistré comme marque. B_ a également relevé que la couleur _, caractéristique de sa marque, est rappelée sur _ représentées sur les objets mis en cause, soit _, qui comporte une _. Un communiqué de presse concernant les modèles 3_/4_ avait été diffusé à partir du _ 2018, la presse spécialisée s'en étant fait l'écho, de sorte qu'il paraissait curieux que la requérante n'en ait eu connaissance, comme elle l'affirmait, que le 24 août 2018.
Pour le surplus, B_ a soutenu que _ n'étaient pas l'apanage de la requérante; de nombreuses entreprises horlogères utilisaient en effet cette forme depuis longtemps. La citée a ainsi reproduit des photos de modèles de montres G_, H_, I_, J_, K_ et L_, toutes pourvues de _ de couleur _, exception faite du modèle L_, dont _ sont [d'une autre couleur]. B_ a également relevé que certains modèles de A_ n'étaient pas munies de _ et/ou n'étaient pas [de couleur] _. S'agissant de _, il s'agissait de celle que les horlogers adoptaient presque toujours dans leur présentation et dans les publicités. Toutes les entreprises horlogères utilisaient par ailleurs tantôt des _, tantôt des _ sur leurs _ montres. Quant au E_, soit plus particulièrement celui appelé "F_", invoqué par la requérante, il s'agissait de l'un des E_ les plus fréquents dans l'horlogerie de luxe, selon le dictionnaire de l'horlogerie du magazine en ligne www.AB_.fr. Ainsi, il était utilisé pour [des montres] des marques M_, N_, O_, P_, J_, Q_, R_ et S_. Ce même type de E_ se retrouvait en outre sur des stylos des marques G_, T_, U_, V_, W_, X_ et Y_. B_ elle-même utilisait de longue date ce guillochage sur divers modèles de plumes et de stylo; à titre d'exemple, le modèle "Z_ F_" était commercialisé depuis _.
Ainsi et selon B_, les _ n'étaient pas distinctives de la marque D_, mais appartenaient au domaine public. Par ailleurs, la présence, sur les objets litigieux, de la marque bien connue B_ permettait d'écarter tout risque de confusion.
Aucun des designs de la requérante n'était violé. En effet, le E_ n'était pas un élément distinctif original. Quant au clip des modèles de plume et de stylo roller B_, il était sensiblement différent de celui ornant les modèles D_.
La LCD n'était pas davantage violée, puisqu'il n'existait aucun risque de confusion, la présence des _ et le E_ n'évoquant pas un rattachement à l'entreprise D_.
d.
Les deux parties ont respectivement répliqué et dupliqué, tout en persistant dans leurs conclusions. A_ s'est pour le surplus opposée au dépôt de sûretés.
e.
La cause a été gardée à juger le 20 novembre 2018 sur mesures provisionnelles.

## Considerations

EN DROIT
1.
1.1.1
A teneur de l'art. 5 al. 1 CPC, le droit cantonal institue la juridiction compétente pour statuer en instance cantonale unique sur les litiges portant sur des droits de propriété intellectuelle (let. a), ainsi que sur les litiges relevant de la loi fédérale du 19 décembre 1986 contre la concurrence déloyale lorsque la valeur litigieuse dépasse 30'000 fr. (let. d). Cette juridiction est également compétente pour statuer sur les mesures provisionnelles requises avant litispendance (al. 2).
A Genève et selon l'art. 120 al. 1 LOJ, la Chambre civile de la Cour de justice exerce les compétences que le CPC attribue à la juridiction cantonale unique.
1.1.2
Le tribunal du domicile ou du siège du lésé ou du défendeur ou le tribunal du lieu de l'acte ou du résultat de celui-ci est compétent pour statuer sur les actions fondées sur un acte illicite (art. 36 CPC).
Le siège de B_ étant situé à Genève, la Chambre de céans est compétente
ratione loci
pour connaître de la requête formée par A_.
1.2
La requérante fonde ses prétentions sur la Loi fédérale sur la protection des marques et des indications de provenance (LPM) du 28 août 1992, sur la Loi fédérale sur la protection des designs (LDes) du 5 octobre 2001, ainsi que sur la Loi fédérale contre la concurrence déloyale (LCD) du 19 décembre 1986. Les droits résultant de la LPM et de la LDes sont des droits de propriété intellectuelle au sens de l'art. 5 al. 1 let. a CPC, de sorte que la Cour est compétente en sa qualité d'instance unique pour en connaître. Il en résulte que la question de la valeur litigieuse au sens de la LCD peut demeurer indécise et que la requête est recevable.
2.
2.1.1
Aux termes de l'art. 261 al. 1 CPC, le juge ordonne les mesures provisionnelles nécessaires lorsque le requérant rend vraisemblable qu'une prétention dont il est titulaire est l'objet d'une atteinte ou risque de l'être (let. a) et que cette atteinte risque de lui causer un préjudice difficilement réparable (let. b).
En vertu de l'art. 262 let. a CPC, le juge peut ordonner toute mesure provisionnelle propre à prévenir ou à faire cesser le préjudice, notamment une interdiction.
Dans le cadre des mesures provisionnelles, le juge peut se limiter à
la vraisemblance des faits et à l'examen sommaire du droit, en se fondant sur
les moyens de preuve immédiatement disponibles (ATF
131 III 473
consid. 2.3;
139 III 86
consid. 4.2). L'octroi de mesures provisionnelles suppose la vraisemblance du droit invoqué et des chances de succès du procès au fond, ainsi que la vraisemblance, sur la base d'éléments objectifs, qu'un danger imminent menace le droit du requérant, enfin la vraisemblance d'un préjudice difficilement réparable, ce qui implique une urgence (Message du Conseil fédéral du 28 juin 2006 relatif au Code de procédure civile suisse, in FF 2006 p. 6841 ss; Bohnet, Code de procédure civile commenté, 2011, n. 3ss ad art. 261 CPC). La preuve est (simplement) vraisemblable lorsque le juge, en se fondant sur des éléments objectifs, a l'impression que les faits pertinents se sont produits, sans pour autant qu'il doive exclure la possibilité que les faits aient pu se dérouler autrement
(ATF
139 III 86
consid. 4.2;
130 III 321
consid. 3.3, JdT
2005 I 618
).
La vraisemblance requise doit en outre porter sur un préjudice difficilement réparable, qui peut être patrimonial ou immatériel (Bohnet, op. cit. n. 11 ad
art. 261 CPC; Huber, Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung (ZPO), 3
ème
éd., 2017, n. 20 ad art. 261 CPC). Cette condition vise à protéger le requérant du dommage qu'il pourrait subir s'il devait attendre jusqu'à ce qu'une décision soit rendue au fond (ATF
139 III 86
consid. 5;
116 Ia 446
consid. 2). Le requérant doit rendre vraisemblable qu'il s'expose, en raison de la durée nécessaire pour rendre une décision définitive, à un préjudice qui ne pourrait pas être entièrement supprimé même si le jugement à intervenir devait lui donner gain de cause. En d'autres termes, il s'agit d'éviter d'être mis devant un fait accompli dont le jugement ne pourrait pas complètement supprimer les effets (arrêt du Tribunal fédéral
4A_611/2011
du 3 janvier 2012 consid. 4.1).
2.1.2
La marque est un signe propre à distinguer les produites ou les services d'une entreprise de ceux d'autres entreprises (art. 1 al. 1 LPM). Les mots, les lettres, les chiffres, les représentations graphiques, les formes en trois dimensions, seuls ou combinés entre eux ou avec des couleurs, peuvent en particulier constituer des marques (art. 1 al. 2 LPM).
Sont exclus de la protection notamment les signes appartenant au domaine public, sauf s'ils se sont imposés comme marques pour les produits ou les services concernés (art. 2 let. a LPM).
Sont en outre exclus de la protection notamment les signes identiques ou similaires à une marque antérieure et destinés à des produits ou services identiques ou similaires, lorsqu'il en résulte un risque de confusion (art. 3 let. b et c LPM).
Le titulaire d'une marque peut interdire à des tiers l'usage des signes dont la protection est exclue en vertu de l'art. 3 al. 1; il peut en particulier interdire à des tiers d'apposer le signe concerné sur des produits, de l'utiliser pour offrir des produits, les mettre dans le commerce ou les détenir à cette fin et de l'utiliser à des fins publicitaires (art. 13 al. 2 let. a, b et e LPM).
Celui qui subit une violation de son droit à la marque peut demander au juge de la faire cesser par voie de mesures provisionnelles (art. 55 al. 1 let. b et 59 LPM).
2.1.3
La LDes protège en tant que designs la création de produits ou de parties de produits caractérisés notamment par la disposition de lignes, de surfaces, de contours ou de couleurs, ou par le matériau utilisé (art. 1 LDes).
Le droit sur un design prend naissance par l'enregistrement du design dans le Registre des designs (art. 5 al. 1 LDes).
La protection du droit sur un design s'étend aux designs qui présentent les mêmes caractéristiques essentielles et qui, de ce fait, dégagent la même impression générale qu'un design enregistré (art. 8 LDes).
Le droit sur un design confère à son titulaire le droit d'interdire à des tiers d'utiliser le design à des fins industrielles (art. 9 al. 1 LDes).
2.1.4
La LCD vise à garantir, dans l'intérêt de toutes les parties concernées, une concurrence loyale et qui ne soit pas faussée (art. 1 LCD).
Est déloyal et illicite tout comportement ou pratique commercial qui est trompeur ou qui contrevient de toute autre manière aux règles de la bonne foi et qui influe sur les rapports entre concurrents ou entre fournisseurs et clients (art. 2 LCD).
Agit de façon déloyale celui qui, notamment, prend des mesures qui sont de nature à faire naître une confusion avec les marchandises, les oeuvres, les prestations ou les affaires d'autrui (art. 3 al. 1 let. d LCD). Le comportement visé par cette disposition suppose qu'un risque de confusion soit créé dans la perspective du public entre deux prestations, par l'emprunt à la prestation originale d'un de ses signes distinctifs protégés (Kuonen, in Loi contre la concurrence déloyale, Commentaire romand, 2017, n. 12 ad art. 3 al. 1 let. d LCD).
Les signes distinctifs protégés par la disposition susvisée sont ceux qui permettent d'individualiser sur le marché la prestation et le prestataire, de manière à les différencier des tiers. Tel est notamment le cas lorsque la prestation à laquelle renvoie le signe distinctif a pu s'imposer sur le marché, de sorte que le public considère une caractéristique de la prestation comme étant distinctive de celle-ci et se fonde effectivement sur cette caractéristique pour démarquer la prestation d'une autre (Kuonen, op. cit. n. 18 ss ad art. 3 al. 1 let. d LCD; Arpagaus, in Bundesgesetz gegen den unlauteren Wettbewerb (UWG), Basler Kommentar,
n. 44 ss ad art. 3 al. 1 let. d LCD).
2.1.5
D'après la jurisprudence, la notion de danger de confusion est identique dans l'ensemble du droit des biens immatériels. Le risque de confusion signifie qu'un signe distinctif, à considérer le domaine de protection que lui confère le droit des raisons de commerce, le doit au nom, le droit des marques ou le droit de la concurrence, est mis en danger par des signes identiques ou semblables dans sa fonction d'individualisation de personnes ou d'objets déterminés. Ainsi, des personnes qui ne sont pas titulaires du droit exclusif à l'usage d'un signe peuvent provoquer, en utilisant des signes identiques ou semblables à celui-ci, des méprises en ce sens que les destinataires vont tenir les personnes ou les objets distingués par de tels signes pour ceux qui sont individualisés par le signe protégé en droit de la propriété intellectuelle (confusion dite directe). La confusion peut également résider dans le fait que, dans le même cas de figure, les destinataires parviennent certes à distinguer les signes, par exemple les raisons sociales, mais sont fondés à croire qu'il y a des liens juridiques ou économiques entre l'utilisateur de la raison et le titulaire de la raison valablement enregistrée (confusion dite indirecte; ATF
131 III 572
consid. 3).
Savoir si deux signes distinctifs se distinguent clairement se détermine sur la base de l'impression d'ensemble qu'elle donne au public et non sur un cercle de personnes disposant de connaissances spécifiques à un secteur particulier. Les signes ne doivent pas seulement se différencier par une comparaison attentive de leurs éléments, mais aussi par le souvenir qu'ils peuvent laisser (ATF
131 III 572
consid. 3;
128 III 353
consid. 3;
128 III 401
consid. 5;
127 III 160
consid. 2a et 2b/bb, JdT 2001 I p. 345).
Il importe en revanche peu de savoir si une confusion s'est déjà produite, un risque de confusion purement hypothétique étant suffisant (ATF
126 III 315
consid. 4).
2.2.1
En l'espèce, la requérante a établi être titulaire de la marque D_. Celle-ci est constituée du nom "D_", écrit en caractères _, surmonté de _, caractérisées par un _.
Contrairement à ce que soutient la requérante, il ne saurait être retenu que la citée a violé son droit à la marque en ornant le stylo roller et la plume 3_ et 4_ de _ [descriptif détaillé]. En effet, la marque D_ n'est pas composée des seules _ décrites ci-dessus, mais bien du nom "D_", surmonté de _, ces éléments constituant un tout. Or, la citée n'a fait aucune référence au nom "D_", ni sur les instruments d'écriture en cause, ni dans sa publicité. Par ailleurs, la citée a rendu vraisemblable que les _ litigieuses ne sont pas utilisées par la seule requérante, mais par de nombreuses marques horlogères, généralement [présentées d'une manière typique], de sorte qu'il y a lieu de considérer que lesdites _ n'apparaissent pas comme une référence à la marque D_, mais appartiennent de manière plus générale au monde horloger.
Il découle de ce qui précède que la requérante n'a pas rendu vraisemblable une violation de la LPM.
2.2.2
En ce qui concerne la LDes, il ressort des photographies produites que les éléments caractéristiques des instruments d'écriture commercialisés par la requérante sont d'une part le E_ et d'autre part et surtout, une _.
Il est toutefois rendu vraisemblable et non contesté que la technique du E_ est communément utilisée par d'autres fabricants de plumes et de [stylos] que
la requérante, laquelle ne saurait par conséquent en revendiquer l'exclusivité.
Dès lors, le seul élément distinctif des instruments d'écriture commercialisés
par la requérante est _, qui [renvoie à l'horlogerie]. Or, _ des
plumes et stylos roller 3_ et 4_ n'a pas la même forme, mais celle caractéristique des produits B_, à savoir _.
Au vu de ce qui précède, la requérante n'a pas rendu suffisamment vraisemblable une violation de la LDes.
2.2.3
Il reste à déterminer si la requérante a rendu vraisemblable une violation de la LCD, ce qui implique qu'un risque de confusion directe ou indirecte entre les produits qu'elle commercialise et ceux vendus par la citée ait été rendu vraisemblable.
Tel n'est toutefois pas le cas.
La citée a certes reproduit sur les instruments d'écriture en cause certains éléments qui rappellent [l'horlogerie], soit les _, les _ et le E_. Il s'agit toutefois d'éléments qui ne sont pas caractéristiques des seuls produits de la requérante, mais qui évoquent l'univers de l'horlogerie dans son ensemble et non une marque en particulier. En effet et comme cela a déjà été relevé ci-dessus, les _, de même que le E_, ne sont pas caractéristiques des seules A_. Quant aux _, ils ornent les _ montres de toutes marques. Par ailleurs, la marque B_ est gravée dans la partie centrale des produits litigieux et leur capuchon est orné d'un _, caractéristique de la marque de la partie citée, ce qui rend encore moins plausible tout risque de confusion. S'ajoute à cela le fait que les instruments d'écriture en cause, compte tenu de leur prix élevé, s'adressent à des connaisseurs renseignés et attentifs, en mesure de ne pas confondre la marque de la requérante avec celle, également bien connue, de la citée.
2.3
Au vu de ce qui précède, la requérante sera déboutée de ses conclusions sur mesures provisionnelles, sans qu'il soit nécessaire d'aborder la question de la vraisemblance d'un préjudice difficilement réparable.
3.
Les frais judiciaires, comprenant ceux relatifs à la décision rendue sur mesures superprovisionnelles, seront arrêtés à 8'000 fr. (art. 26 RTFMC), mis à la charge de A_ et compensés avec l'avance de frais de même montant, qui reste acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC).
La requérante sera par ailleurs condamnée à verser à la citée la somme de 8'000 fr. à titre de dépens (art. 20 LaCC; 84 et 85 RTFMC).
* * * * *