# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 8719d81d-7b53-50b5-a6a8-84c498728406
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2020
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au Ministère public le 9 juin 2020, A_ demande au Procureur B_, chargé de la procédure pénale P/1_/2020, de se récuser.
b.
B_ a transmis cette requête à la Chambre de céans le 11 juin 2020, proposant de la rejeter.
B.
Les faits pertinents pour l'issue du litige sont les suivants :
a.
Le 5 mars 2020, C_ a déposé plainte pénale auprès du Procureur général contre le Sergent-chef D_ et inconnus pour abus d'autorité, induction de la justice en erreur, violation du secret de fonction et dénonciation calomnieuse dans le contexte de son interpellation du 13 décembre 2019 au matin, des circonstances l'ayant entourée ainsi que des mesures de contrainte jugées vexatoires et illicites dont il avait fait l'objet.
Il y expose également que, préalablement, il avait été entendu le 6 juin 2019 par la police comme personne appelée à donner des renseignements dans le cadre de la plainte pénale déposée le 13 décembre 2018 par le Conseil administratif de la Commune de E_ [GE] qui le soupçonnait d'avoir transmis à la presse le contenu d'un rapport d'audit du contrôle financier de la Commune de E_ en lien avec les frais professionnels du personnel de la Commune.
b.
Le Procureur général est en charge de l'instruction de la plainte pénale du 13 décembre 2018, référencée sous P/2_/2018, dirigée contre C_ pour violation du secret de fonction. Dans cette procédure, en cours, A_ revêt le statut de personne appelée à donner des renseignements.
c.
La plainte de C_ du 5 mars 2020 fait l'objet de la P/1_/2020. Son instruction a été confiée au Procureur B_ le 5 mai 2020. À cette même date, celui-ci l'a transmise à l'Inspection Générale des Services (ci-après : IGS) pour complément d'enquête.
d.
Par lettre du 13 mai 2020 adressée au Ministère public, A_ s'est constitué partie plaignante dans le cadre de la P/1_/2020. Les mesures de contrainte inutilement humiliantes et disproportionnées dénoncées par C_ dans sa plainte semblaient n'avoir eu pour réel but que de l'atteindre, lui. Il s'estimait ainsi lésé directement dans ses droits.
Dès lors que la police agissait sous la surveillance et sur les instructions du Ministère public, l'ensemble de cette autorité n'était pas à même d'instruire cette affaire, qui devait être confiée à une
"autre autorité d'instruction"
.
e.
Dans sa réponse du 29 mai 2020, B_ a informé A_ qu'il serait statué sur sa qualité de partie à la procédure à l'issue du complément d'enquête actuellement en cours auprès de l'IGS.
C. a.
À l'appui de sa requête, A_ expose que si des instructions ont été données aux membres de la police de
"trouver quelque chose"
sur lui, il était probable qu'elles provinssent des procureurs en charge de la P/3_/2017 dirigée à son endroit. Dans la mesure où l'instruction des faits dénoncés par C_ pourrait ainsi concerner B_, il existait un conflit d'intérêts évident. La simple possibilité de l'implication de ce procureur suffisait à le rendre suspect de prévention au sens de l'art. 56 let. f CPP. Même si sa qualité de partie plaignante n'était pas encore tranchée, il avait droit à ce que sa demande soit traitée par un magistrat impartial.
b.
B_ s'en rapporte sur la recevabilité de la demande de récusation dès lors que l'intervention policière concernait C_. Il ajoute que les procureurs du Ministère public sont indépendants et qu'il n'existe dès lors, dans le traitement des procédures, aucun lien de subordination. Il n'était pas en charge de la P/2_/2018 et n'avait donc donné aucune instruction dans cette procédure. Aucune des circonstances exposées par le requérant n'était de nature à faire naître un soupçon de partialité au sens de l'art. 56 let. f CPP.
c.
A_ réplique que B_ était en charge de la P/3_/2017 dirigée contre lui. Or, les policiers dénoncés par C_ semblaient avoir voulu créer un lien entre les procédures P/2_/2018 et P/3_/2017. Si le
"quelque chose"
sur lui que les policiers voulaient trouver avait été trouvé, il aurait été exploité dans la P/3_/2017 par les procureurs en charge de l'affaire. Cette évidence s'était du reste concrétisée par la découverte, possiblement dans le cadre de la perquisition effectuée dans la P/2_/2018, d'une conversation F_ [réseau de communication] entre lui et C_, laquelle lui avait été soumise alors qu'il avait été entendu le 23 juin 2020 dans la P/3_/2017 [par le Procureur G_, à teneur du procès-verbal produit] le visant. Il n'était dès lors pas exclu que si les policiers concernés par la plainte de C_ avaient reçu pour instruction du Ministère public de
"trouver quelque chose sur A_"
, dite instruction ne pouvait provenir que des procureurs en charge de la P/3_/2017, dont notamment B_.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
1.1.
La Chambre de céans est compétente pour connaître d'une requête en récusation dirigée contre un membre du ministère public (art. 59 al. 1 let. b CPP et 128 al. 2
let. a LOJ).
1.2.
Le requérant, qui s'estime lésé dans le cadre de la P/1_/2020, a déclaré vouloir se constituer partie plaignante. Quand bien même il n'a pas encore été statué sur sa qualité de partie à la procédure, sa qualité pour agir ici (art. 58 al. 1 CPP) peut rester ouverte, vu l'issue de la requête au fond.
2.
2.1.
Un magistrat est récusable pour l'un des motifs prévus aux art. 56 let. a à e CPP. Il l'est également, selon l'art. 56 let. f CPP, lorsque d'autres motifs, notamment un rapport d'amitié étroit ou d'inimitié avec une partie ou son conseil, sont de nature à le rendre suspect de prévention. Cette disposition a la portée d'une clause générale recouvrant tous les motifs de récusation non expressément prévus aux lettres précédentes. Elle correspond à la garantie d'un tribunal indépendant et impartial instituée par les art. 30 Cst. et 6 CEDH. Elle n'impose pas la récusation seulement lorsqu'une prévention effective du magistrat est établie, car une disposition interne de sa part ne peut guère être prouvée. Il suffit que les circonstances donnent l'apparence de la prévention et fassent redouter une activité partiale du magistrat. Seules les circonstances constatées objectivement doivent être prises en considération. Les impressions purement individuelles de l'une des parties au procès ne sont pas décisives (ATF
141 IV 178
consid. 3.2.1 p. 179;
139 I 121
consid. 5.1 p. 125). L'impartialité subjective d'un magistrat se présume jusqu'à preuve du contraire (ATF
136 III 605
consid. 3.2.1 p. 609; arrêt du Tribunal fédéral
6B_621/2011
du
19 décembre 2011; arrêt de la CourEDH LINDON, § 76; N. SCHMID / D. JOSITSCH,
Schweizerische Strafprozessordnung : Praxiskommentar
, 3
e
éd., Zurich 2017, n. 14 ad art. 56).
2.2.
En l'espèce, le requérant estime que la simple éventualité que B_ soit à l'origine des instructions données à des membres de la police de
"trouver quelque chose"
sur lui dans le cadre des investigations menées dans la P/2_/2018 suffirait à le rendre partial pour traiter la plainte de C_ contre ces mêmes policiers, dite procédure devant précisément déterminer qui a donné quel ordre et à qui.
Autrement dit, B_ ne pourrait pas enquêter sur lui-même.
Or, B_ n'instruit pas la P/2_/2018 dans laquelle les instructions décriées par C_ dans sa plainte, et sur lesquelles il s'agit d'enquêter, auraient été données. Partant, on ne saurait présumer que le magistrat précité y serait intervenu de quelque manière que ce soit.
Quant à l'exploitation d'éléments de preuve résultant de la P/2_/2018 dans la P/3_/2017 à l'occasion de l'audition du requérant du 23 juin dernier - soit une conversation F_ entre lui et C_ -, on ne voit pas en quoi cet acte d'instruction, qui n'a du reste pas été conduit par B_, dénoterait une prévention de ce dernier à l'égard du requérant.
Partant, il n'y a pas lieu de mettre en cause l'indépendance et l'impartialité de B_ dans l'instruction de la P/1_/2020.
3.
La requête, mal fondée, sera donc rejetée.
4.
Vu l'issue de la cause, les frais de la procédure, fixés en totalité à CHF 1'000.- (art. 13 al. 1 let. b. du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP;
E 4 10.03
), seront mis à la charge du requérant (art. 59 al. 4, 2
e
phrase, CPP).
* * * * *