# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 1b6cd0e0-dbf5-59c5-b100-bdc5ac9d27bc
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. A_ SA (ci-après A_) a été créé en 1987 par Monsieur B_, qui est également le médecin répondant, ainsi que l'administrateur et président de cette société. Celle-ci dispense des soins à domicile et d'urgence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Au bénéfice d'une autorisation pour l'exploitation d'un établissement médical, A_ emploie plusieurs médecins. Il est enregistré sous n° 1_ registre des codes-créanciers (RCC), à savoir le répertoire des créanciers créé pour la saisie, le paiement et le traitement des factures des fournisseurs de prestations médicales et géré par le département Registres de SASIS SA.
2. Groupe médical multidisciplinaire de C_ SA a été fondée en 1999 par Monsieur B_ qui en était également l'administrateur. Elle avait le but suivant: achat, location, mise à disposition d'infrastructures administratives et scientifiques pour les professions médicales et paramédicales. En janvier 2004, elle a été dissoute sans liquidation par le fait que A_ a repris ses actifs et passifs, et radiée du registre du commerce en mai 2007. Cette structure continue à fournir des prestations médicales sous la dénomination D_ de C_, sans avoir la personnalité juridique, et dispose de son propre n° RCC, à savoir le n° 2_.
3. Du 1
er
janvier 2001 et jusqu'au 31 décembre 2011, l'admission des médecins à pratiquer à la charge de l'assurance obligatoire des soins a été soumise à la preuve d'un besoin.
4. Dès le 1
er
juillet 2013, le Conseil fédéral a de nouveau soumis l'admission des médecins à la preuve du besoin jusqu'au 30 juin 2016. Cette mesure a été ensuite prorogée jusqu'au 30 juin 2019.
5. Par arrêtés adoptés entre juin 2006 et juillet 2017, la direction générale de la santé (ci-après : DGS) du canton de Genève a autorisé 22 médecins travaillant chez A_ à exercer la profession de médecin à titre indépendant ou à titre dépendant sous leur propre responsabilité dans le canton de Genève. Il s'agit des docteurs E_, F_, G_, H_, I_, J_, K_, L_, M_, N_, O_, P_, Q_, R_, S_, T_, U_, V_, W_, X_, Y_ et Z_. Par arrêtés séparés, parfois dans le même arrêté, la DGS a constaté que ces médecins n'étaient pas autorisés à prodiguer des soins à la charge de l'assurance-maladie obligatoire dans le cadre de l'exercice de la profession de médecin à titre indépendant ou à titre dépendant sous leur propre responsabilité, en qualité de médecins praticiens dans le canton de Genève. Ces décisions sont entrées en force. Le 1
er
septembre 2011, la DGS a autorisé le Dr AA_ à exercer la profession de médecin à titre dépendant, sous la surveillance d'un médecin exerçant avec un titre postgrade correspondant, dans le canton de Genève.
6. Par courriel du 21 décembre 2016, le médecin cantonal délégué de Genève a demandé au D_ de C_, dont M. B_ est également le médecin répondant, si le docteur N_ fournissait des prestations à la charge la loi sur l'assurance-maladie (LAMal) en tant que salarié de ce centre médical. Le médecin répondant a répondu, par courriel du 22 décembre 2016, que celui-ci exerçait son activité de médecin dans son centre, mais sans prodiguer des soins à la charge de l'assurance-maladie obligatoire à titre indépendant ou dépendant sous sa propre responsabilité.
7. Par courriel du 3 janvier 2017, le médecin cantonal délégué a demandé à M. B_ quelles activités le Dr N_ déployait audit centre, tout en attirant son attention sur le fait que la clause du besoin s'appliquait à tout le secteur ambulatoire, de sorte que les éventuelles prestations médicales de ce médecin ne pouvaient être facturées ni par le biais de l'institution ni par lui-même. Par ailleurs, les assureurs-maladie étaient informés de ce type de situation.
8. M. B_ a répondu par courriel du 4 janvier 2017 que le Dr N_ exerçait son activité en qualité de médecin dépendant et sous la responsabilité du médecin-répondant, ce qui était conforme à la loi cantonale et à l'arrêté du Conseil d'Etat, ainsi que compatible avec la LAMal.
9. Le 24 février 2017, le médecin cantonal de Genève a adressé aux institutions de santé du canton de Genève une information sur le moratoire et la mise à jour des listes des médecins pratiquant dans lesdites institutions. Il les a informées que le nouveau règlement d'application de l'ordonnance fédérale sur la limitation de l'admission des fournisseurs de prestations à pratiquer à la charge de l'assurance obligatoire des soins s'appliquait non seulement aux cabinets médicaux, mais également aux institutions de santé. Suite à la mise en oeuvre de ce moratoire, les médecins n'ayant pas obtenu d'autorisation de pratiquer à la charge de l'assurance-maladie recevaient un arrêté leur signifiant cette non-autorisation, dont une copie était adressée aux assurances-maladie. Ainsi, ces médecins ne pouvaient pas facturer des prestations ambulatoires à la charge de la LAMal, ni sous leur propre identité, ni sous celle du médecin répondant d'une institution, d'un autre médecin ou des codes créanciers d'une institution. Toute infraction à cette interdiction était susceptible d'être poursuivie par les assurances-maladie. Afin de mettre à jour le registre des médecins, au bénéfice d'une autorisation de facturer à la charge de la LAMal ou non et pratiquant dans les institutions de santé du canton, le médecin cantonal leur a demandé de lui adresser une liste des médecins employés dans leur institution.
10. Par courrier du 31 mars 2017, A_ a adressé au médecin cantonal la liste des médecins employés par A_ et le D_ de C_, liste dans laquelle figurent plusieurs médecins pratiquant sous la responsabilité du médecin-répondant de ces institutions. Selon A_, cette pratique était conforme aux arrêtés de la DGS. Cela étant, elle a invité le médecin cantonal à confirmer les arrêtés antérieurement rendus et à autoriser les médecins engagés dans ces institutions, ainsi que ceux qui seraient engagés dans le futur, à déployer leur activité sous la responsabilité de celles-ci.
11. Par courriel du 9 mai 2018, le médecin cantonal a transmis à Santésuisse la liste des médecins non autorisés à facturer à la charge de la LAMal, et travaillant dans les institutions de santé. Parmi ceux-ci figurent 22 médecins de A_.
12. Par courrier du 5 juin 2018, Helsana assurances SA (ci-après : Helsana) a informé A_ que des irrégularités en termes d'autorisations de pratiquer au sein de son service médical d'urgence à domicile avaient été portées à sa connaissance. Plusieurs médecins non admis au titre de la LAMal avaient facturé des prestations médicales sous le n° RCC 3_ depuis plusieurs années. Ces médecins ne pouvaient être exemptés de la preuve du besoin au sens de la loi. Cela étant, Helsana a invité A_ à lui communiquer la liste des médecins ayant l'autorisation de facturer des prestations sous le n° RCC 3_ et celle des médecins n'ayant pas une telle autorisation. En attendant la réception de ces listes, Helsana suspendait provisoirement le remboursement des factures émanant du n° RCC précité.
13. Par courrier du 16 juin 2018, A_ a fait parvenir à Helsana la liste de ses médecins, telle qu'elle l'avait établie à la demande de la DGS le 30 mars 2017. Elle a précisé que cette liste avait fait l'objet d'un examen critique par ladite direction et le Conseil d'Etat entre janvier et avril 2017 et que ceux-ci avaient ensuite confirmé la pratique de A_. En matière de facturation à la charge des assurances sociales, A_ se fondait sur le libellé précis des arrêtés prononcés par la DGS. Ces arrêtés appliquaient strictement la disposition légale relative au moratoire à l'égard des médecins soumis à celui-ci, mais réservaient une exception à l'application de ces dispositions en cas de pratique médicale sous l'autorité du médecin répondant de A_. Cette dernière en avait fait part également à la DGS et au Conseil d'Etat, lesquels n'étaient pas intervenus à la suite de cette communication. De surcroît, ils n'avaient pas changé le libellé des arrêtés de la DGS et avaient ainsi confirmé que la pratique de A_ était conforme à la loi cantonale d'application de la LAMal et de son règlement.
14. Par courrier du 10 août 2018, le responsable de A_ a invité le Président du Conseil d'Etat à prendre position sur une demande de Helsana de restituer les prestations facturées par ses médecins salariés qui travaillaient sous sa responsabilité. Il a allégué avoir exposé le 21 janvier 2017 au Président du Conseil d'Etat de l'époque que la lecture des arrêtés de la DGS était sans ambiguïté, dans le sens que seules ne pouvaient pas être prises en charge par les assureurs-maladie les activités médicales exercées de manière indépendante ou dépendante sous la propre responsabilité du médecin. A contrario, les prestations fournies par un médecin sous la responsabilité du médecin-répondant de l'institution devaient être remboursées. Il avait renseigné le médecin cantonal au sujet des médecins employés dans son institution. Cette communication n'avait pas été suivie d'une demande d'information ou de recommandation de la part de la DGS ou du médecin cantonal. Par ailleurs, le libellé des arrêtés n'avait pas changé par la suite.
15. Par courrier du 23 août 2018, Helsana a demandé au Conseiller d'Etat en charge du département de l'emploi et de la santé (ci-après : DES) de clarifier pour les 22 médecins de A_ non autorisés à facturer à la charge de la LAMal s'ils avaient le droit de le faire sous le n° RCC de cette institution.
16. À la même date, Helsana et Progrès Assurances SA (ci-après : Progrès) ont saisi le Tribunal arbitral des assurances sociales d'une requête en conciliation concernant une action en paiement de CHF 2'307'119.-, avec intérêts à 5% dès le dépôt de la demande, à l'encontre de A_, sous suite de dépens. La demande en paiement est fondée sur le fait que les demanderesses avaient remboursé les factures de plusieurs médecins de A_ qui n'avaient pas l'autorisation de facturer à la charge de la LAMal. Préalablement, elles ont demandé la suspension de la cause jusqu'à la réponse du Conseil d'Etat à la requête de Helsana du 23 août 2018.
17. Le 1
er
octobre 2018, le Conseiller d'Etat en charge du DES a confirmé à Helsana que les médecins concernés de A_ ne pouvaient pas facturer à la charge de la LAMal, sauf le docteur F_ qui avait obtenu son autorisation de pratiquer en 2006. A cette date, il était admis que les médecins travaillant en institution pouvaient facturer à la charge de la LAMal sous l'autorité du médecin responsable, et ce jusqu'en 2009, la loi ayant été modifiée par la suite. A ce jour, il pouvait facturer par conséquent ses prestations à la charge de la LAMal, tant qu'il exerçait au nom et pour le compte de A_. Les Drs O_ et V_ avaient obtenu leur autorisation de pratiquer avant le moratoire en 2011 et auraient pu, à compter du mois de janvier 2012, demander une autorisation de pratiquer à la charge de la LAMal, ce qu'ils avaient toutefois omis de faire. Les autres médecins avaient demandé l'autorisation de pratiquer après la réinstauration de la clause du besoin. Dès lors que le canton de Genève avait fait usage de la faculté qui lui était octroyée par la LAMal de limiter le nombre de médecins admis à facturer à la charge de la LAMal, ces médecins avaient reçu une décision de refus du droit de facturer leurs prestations à la charge des assureurs-maladie. A la connaissance du Conseiller d'Etat, aucun de ces médecins n'avait contesté la décision reçue. Il a en outre expliqué que la DGS rendait deux autorisations : une autorisation, dite de police, de pratiquer et une seconde portant sur le droit de facturer à la charge de la LAMal. Par ailleurs, le libellé de la décision ne saurait être compris comme une « exception », contrairement à ce qu'alléguait le médecin-responsable de A_. Le DES entendait appliquer strictement la clause du besoin et non permettre, par l'intermédiaire de cabinets de groupe ou d'une institution de santé, de contourner ses effets en admettant une facturation au moyen du code créancier d'un médecin l'ayant dûment obtenu. Au demeurant, il n'avait jamais confirmé ni approuvé la pratique mise en place par le médecin-responsable de A_ dans cette institution et ne tolérait pas davantage la facturation, sous le code créancier d'un médecin responsable, de prestations effectuées par des médecins non admis à pratiquer à la charge de la LAMal dans d'autres cabinets de groupe ou institutions de santé.
18. Le 17 octobre 2018, le Président du Conseil d'Etat a répondu au médecin-responsable de A_. Il a précisé que tous les professionnels de santé devaient être en possession d'une autorisation de pratiquer pour prendre en charge des patients. La loi précisait trois catégories de professionnels, à savoir les professionnels exerçant à titre indépendant, ceux exerçant à titre dépendant sous leur propre responsabilité et ceux exerçant à titre dépendant sous la responsabilité d'un professionnel de la santé. Ces derniers n'étaient pas encore au bénéfice d'une formation post-graduée, contrairement aux premières catégories qui étaient par ailleurs mentionnées dans le registre fédéral des professions médicales (ci-après : MEDREG) et exerçaient soit en cabinet individuellement ou en cabinet de groupe ou dans une institution de santé sous leur propre responsabilité. Depuis l'entrée en vigueur le 1
er

## Considerations