# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** d3c9121e-a27d-481f-b3bc-507abd39d38f
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2020
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A.
Né en 1961, A._ travaille en tant qu'électricien automobile. Il est titulaire d'un permis de conduire depuis le 5 novembre 1979 pour les véhicules des catégories B, B1, BE, D1, D1E, F, G et M et depuis le 23 juillet 1985 pour les véhicules des catégories A et A1.
B.
A._ souffre d'une dégénérescence rétinienne génétique, la dystrophie des cônes, diagnostiquée en 2005.
Par décision du 11 septembre 2015, le Service des automobiles et de la navigation (SAN) a ordonné le retrait préventif du permis de conduire de l'intéressé compte tenu des problèmes de vue rencontrés par ce dernier. Cette mesure a été levée le 18 novembre 2015 (sauf pour les véhicules du 2
ème
groupe, à savoir les catégories professionnelles). Le maintien du droit de conduire a été subordonné au port obligatoire de lunettes ou de verres de contact, à la présentation au mois d'octobre 2016 d'un rapport médical favorable de l'ophtalmologue traitant et au préavis favorable du médecin-conseil du SAN.
L'aptitude à la conduite de l'intéressé pour les véhicules du 1
er
groupe, à savoir les catégories privées, a été confirmée en janvier et en décembre 2017. Les conditions subordonnant le maintien du droit de conduire, en particulier la présentation à la fin de chaque année d'un rapport médical favorable de l'ophtalmologue traitant, ont été renouvelées.
C.
Dans le cadre de la réévaluation de son aptitude à la conduite, A._ a été examiné par le Dr B._ et le Prof. C._, tous deux médecins au sein de l'Hôpital ophtalmique Jules-Gonin, les 23 octobre et 23 novembre 2018 et soumis à différents contrôles ophtalmologiques.
Dans son rapport du 4 décembre 2018 à l'attention du SAN, le Dr B._ a fait état d'une "
nette péjoration des performances visuelles
", qui ne permettait plus la conduite des véhicules automobiles du 1
er
groupe; il a proposé néanmoins "[c]
ompte tenu d'un maintien d'un champ visuel au-delà du scotome annulaire, ainsi que de la persistance d'une bonne acuité visuelle
", d'envisager d'accorder à A._ la possibilité de conduire un véhicule limité à 45 km/h ou au minimum un vélomoteur.
Dans son rapport du 28 novembre 2018 (qui était annexé à celui du Dr B._), le Prof. C._ est parvenu aux mêmes conclusions, soulignant que le "
déficit campimétrique
" présenté par A._ était trop important pour qu'une autorisation de conduire un véhicule du 1
er
groupe puisse lui être délivrée. Il a précisé néanmoins: "
Cependant, au vu de la profession du patient, de sa distance par rapport à son lieu de travail, et de son âge, il souhaiterait pouvoir garder un certain degré de mobilité. Il a discuté avec moi d'un véhicule à 45 km/h, ou au pire, de pouvoir se déplacer à vélomoteur (ce qui devrait pouvoir être possible à mon avis).
"
Au vu de ces rapports médicaux, le médecin conseil du SAN a conclu dans son préavis du 5 décembre 2018 à l'inaptitude à la conduite d'A._ pour les véhicules du 1
er
groupe; il a préconisé comme condition de restitution du droit de conduire la mise en oeuvre d'une expertise auprès d'un médecin de niveau 4, qui pourra se prononcer sur la dérogation proposée par le Dr B._ et le Prof. C._.
Par décision du 7 janvier 2019, le SAN, se fondant sur le préavis de son médecin conseil, a ordonné le retrait de sécurité du permis de conduire d'A._ pour une durée indéterminée; il a subordonné la levée de cette mesure ainsi qu'une éventuelle dérogation pour les véhicules des catégories F et M aux conclusions favorables d'une expertise effectuée auprès de de l'Unité de médecine et de psychologie du trafic (UMPT) ou d'un médecin de niveau 4.
Le 9 janvier 2019, l'UMPT a contacté A._ pour l'informer que le coût de l'expertise s'élevait à 1'843 fr. 90, qu'il serait convoqué dès réception de la preuve du paiement et que les examens visaient à vérifier qu'il remplissait les exigences requises des conducteurs sur les plans physique et psychique et qu'il ne souffrait d'aucune problématique à l'égard de l'alcool, des drogues et des médicaments diminuant son aptitude à conduire.
D.
Le 13 février 2019, A._ a formé une réclamation contre la décision du SAN du 7 janvier 2019. Il reprochait à l'autorité intimée d'avoir ignoré les rapports médicaux du Dr B._ et du Prof. C._, qui étaient favorables à ce qu'il soit autorisé à conduire des véhicules des catégories F et M, mesure la moins incisive pour produire les effets escomptés. Il faisait valoir à titre subsidiaire que les examens envisagés par l'UMPT étaient disproportionnés et qu'ils devaient se limiter aux troubles de vue dont il souffrait, pour déterminer s'il était apte ou non à conduire des véhicules des catégories F et M.
Par décision sur réclamation du 25 mars 2019, le SAN a confirmé sa décision du 7 janvier 2019.
E.
Par acte du 13 mai 2019, A._ a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP), en concluant principalement à ce qu'il soit autorisé à conduire des véhicules de type F et M, subsidiairement à limiter l'expertise médicale aux troubles de vue dont il souffre, plus subsidiairement encore au renvoi de la cause à l'autorité intimée pour nouvelle décision dans le sens des considérants. Il a repris les mêmes arguments que ceux soulevés dans sa réclamation du 13 février 2019.
Dans sa réponse du 7 juin 2019, le SAN a conclu au rejet du recours.
Le recourant a renoncé à déposer une écriture complémentaire.
La cour a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit:
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l'art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2.
Aux termes de l'
art. 16d al. 1 let. a
de la loi fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière (LCR; RS 741.01), qui met en oeuvre les principes posés aux art. 14 al. 2 let. b et 16 al. 1 LCR, le permis d'élève conducteur ou le permis de conduire est retiré pour une durée indéterminée à la personne dont les aptitudes physiques et psychiques ne lui permettent pas ou plus de conduire avec sûreté un véhicule automobile.
Les exigences minimales auxquelles doivent satisfaire les conducteurs de véhicules automobiles quant à leurs aptitudes physiques et psychiques sont énumérées à l'annexe 1 de l'ordonnance fédérale du 27 octobre 1976 réglant l'admission des personnes et des véhicules à la circulation routière (OAC; RS 741.51). Elles varient selon la catégorie de permis de conduire. Deux groupes sont distingués: le 1
er
groupe comprend le permis de conduire des catégories A, A1, B, B1, F, G et M; le 2
ème
groupe le permis de conduire des catégories C, C1, D, D1, l'autorisation de transporter des personnes à titre professionnel, et les experts de la circulation. Le chiffre 1 de l'annexe traite des facultés visuelles requises; il relève notamment ceci s'agissant du champ visuel exigé pour les véhicules du 1
er
groupe: "
Vision binoculaire: champ visuel de 120 degrés de diamètre horizontal au minimum; élargissement vers la droite et la gauche de 50 degrés au minimum; élargissement vers le haut et le bas de 20 degrés au minimum; le champ visuel central des deux yeux doit être normal jusqu'à 20 degrés
."
La décision de retrait de sécurité du permis pour cause d'inaptitude à la conduite constitue une atteinte grave à la personnalité et à la sphère privée de l'intéressé et elle doit donc reposer sur une instruction précise des circonstances déterminantes (cf.
ATF 139 II 95
consid. 3.4.1 et les réf.). L'autorité compétente doit, avant d'ordonner un tel retrait, éclaircir d'office la situation de la personne concernée. L'étendue des examens officiels nécessaires, notamment l'opportunité d'une expertise médicale, est fonction des particularités du cas d'espèce et relève du pouvoir d'appréciation des autorités cantonales compétentes (cf.
ATF 129 II 82
consid. 2.2).
3.
Le recourant reconnaît qu'il ne satisfait pas aux exigences minimales requises par l'annexe 1 OAC en matière de facultés visuelles pour la conduite des véhicules du 1
er
groupe. Il estime qu'il devrait néanmoins être autorisé à conduire des véhicules de type F et M. Il se fonde à cet égard sur les rapports médicaux du Dr B._ et du Prof. C._, qu'il reproche à l'autorité intimée d'avoir ignorés.
Aux termes de l'art. 34 OAC, au lieu de retirer le permis de conduire des personnes qui ne remplissent plus pleinement les exigences médicales minimales fixées à l'annexe 1, même avec des moyens auxiliaires, l'autorité cantonale peut soumettre celui-ci à des restrictions (al. 1); un médecin ayant obtenu la reconnaissance de niveau 4 devra évaluer quelles restrictions permettront de garantir la sécurité de la circulation (al. 2); le permis de conduire peut notamment être limité géographiquement, temporellement, à certains types de routes ou de véhicules, ou encore à des véhicules adaptés ou équipés spécifiquement (al. 3).
Selon cette disposition, seuls les médecins de niveau 4 peuvent se prononcer sur des dérogations possibles aux exigences médicales minimales fixées à l'annexe 1 OAC. Or le Dr B._ et le Prof. C._ n'ont pas cette habilitation. Leurs rapports médicaux ne sont dès lors pas suffisants pour autoriser le recourant à conduire des véhicules de type F et M, qui – on le rappelle – font partie des véhicules du 1
er
groupe et sont par conséquent soumis aux mêmes exigences médicales, notamment en matière de facultés visuelles. De toute manière, ces praticiens n'étaient pas aussi formels que le recourant ne l'affirme. Le Dr B._ relevait ainsi dans son rapport: "...
je vous propose toutefois d'envisager d'accorder à Monsieur A._ la possibilité de conduire un véhicule limité à 45 km/h ou au minimum un vélomoteur.
" Le Prof. C._ se montrait tout aussi prudent: "
Il a discuté avec moi d'un véhicule à 45 km/h, ou au pire, de pouvoir se déplacer à vélomoteur (ce qui devrait pouvoir être possible à mon avis)."
Au regard de ces éléments, l'autorité intimée n'a pas violé le droit, ni abusé de son pouvoir d'appréciation en ne laissant pas le recourant au bénéfice du droit de conduire les catégories spéciales F et M. Il appartiendra à l'UMPT ou à un autre médecin de niveau 4, d'évaluer si cette dérogation est possible sur le plan de la sécurité de la circulation.
4.
A titre subsidiaire, le recourant considère que si une expertise doit être effectuée pour déterminer s'il peut être autorisé à conduire des véhicules de type F et M, elle ne devrait porter que sur les troubles de vue dont il souffre, ce qui devrait avoir une incidence sur son coût.
Ni la décision de retrait du 7 janvier 2019, ni la décision attaquée n'indiquaient l'ampleur et la nature des examens qui devaient être entrepris pour se prononcer sur la dérogation voulue par le recourant. Ce n'est que dans sa lettre du 9 janvier 2019 à l'intéressé que l'UMPT a apporté la précision suivante: "
Ces examens visent à vérifier que vous remplissez les exigences requises des conducteurs sur les plans physique et psychique et que vous ne souffrez d'aucune problématique à l'égard de l'alcool, des drogues et des médicaments diminuant votre aptitude à conduire
." On peut se demander dans ces conditions si les conclusions subsidiaires du recourant ne sortent pas du cadre du litige qui est délimité en premier lieu par la décision attaquée et si elles ne sont dès lors pas irrecevables. Cette question peut toutefois demeurer indécise. En effet, la lettre de l'UMPT semble être un courrier-type adressé aux administrés, dont le droit de conduire est subordonné aux conclusions favorables d'une expertise en médecine du trafic. On ne saurait en tirer la conclusion que le recourant sera soumis aux mêmes examens que les conducteurs suspectés de dépendance, notamment à l'alcool ou à la drogue. Il appartiendra le cas échéant à l'intéressé d'interpeller l'UMPT pour demander des explications à cet égard. On relèvera néanmoins que les médecins de niveau 4 sont les mieux à même de déterminer les mesures d'investigation nécessaires pour se prononcer sur l'aptitude à la conduite et sur les éventuelles dérogations aux exigences médicales minimales fixées à l'annexe 1 OAC.
Sur ce point également, le recours s'avère mal fondé.
5.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours, dans la mesure où il est recevable, et à la confirmation de la décision attaquée. Le recourant, qui succombe, supportera les frais de justice (art. 49 al. 1 LPA-VD). Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens (art. 55 al. 1
a contrario
LPA-VD).