# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** ede10b5f-777f-5086-8dc0-bc1bc9cfbab7
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié le 28 décembre 2020, A_ recourt
contre l'ordonnance
de
classement
du 10 précédent, notifiée le 15 décembre 2020, par laquelle le Ministère public a classé des plaintes ou dénonciations pénales qu'il a déposées au sujet de la liquidation de la succession de sa mère.
Le recourant conclut à l'admission de son recours, à l'administration de preuves par la Chambre de céans et au prononcé par celle-ci d'une nouvelle décision ou, subsidiairement, à l'annulation de l'ordonnance attaquée et à des injonctions au Ministère public pour la suite de la procédure.
Il demande aussi l'assistance judiciaire.
b.
Le 15 février 2021, il a demandé que l'instance soit suspendue, au motif qu'à l'occasion d'une audience civile de conciliation l'opposant à B_, un délai lui avait été imparti au 31 mars 2021 pour se déterminer sur la suite de la procédure civile. B_ a spontanément appuyé cette requête.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Depuis le 20 mai 2019, A_ a adressé au Ministère public de multiples dénonciations et plaintes contre B_, son frère ; C_, D_ et E_ SA, avocats ; F_ et G_, notaires ; H_ et I_, fonctionnaires à l'administration fiscale cantonale (ci-après, AFC); et J_ et K_, employés de [la banque] L_.
b.
A_ accuse ces personnes, chacune pour ce qui la concerne, de gestion déloyale (art. 158 CP) ; faux dans les titres (art. 251 CP) ; inobservation des prescriptions légales sur la comptabilité (art. 325 CP) ; abus de confiance (art. 138 CP) ; suppression de titres (art. 254 CP) ; corruption active et passive de fonctionnaires (art. 322
ter
et 322
quater
CP) ; abus d'autorité (art. 312 CP) ; tentative de calomnie (art. 22
cum
174 CP) ; violation du secret professionnel (art. 321 CP) ; et atteintes à l'honneur (art. 173 ss. CP).
Ces infractions auraient été commises par B_, avec le concours de toutes les autres personnes mises en cause, au cours d'opérations de liquidation de la succession.
Les biens de celle-ci se composent d'un immeuble, à M_ [GE] ; d'une villa, à N_ [GE], occupée en partie par B_ ; de comptes bancaires en Suisse ; ainsi que d'une relation non déclarée, à l'étranger (équivalant selon le plaignant à CHF 4'724'000.- en 2019).
c.
A_ met en évidence les événements suivants :
i.
Le 30 janvier 2018, F_, alors représentant de la communauté héréditaire formée par les frères A_/B_, a décidé de déléguer une partie de ses tâches à C_, avocat de B_ exerçant dans l'étude E_ SA. A_ s'y est opposé, sans succès. C_ a reçu mandat de régulariser la situation fiscale des fonds situés à l'étranger et d'établir la déclaration fiscale 2017 de la défunte et celle de la société immobilière O_ SA, qui détient la villa de N_ [GE].
Le 19 mars 2019, B_ a transmis cette déclaration, qu'il avait préalablement paraphée, pour signature à A_, avec le bilan et le compte d'exploitation établis par E_ SA.
Les frères A_/B_ auraient cependant convenu que la comptabilité 2017 de la société immobilière O_ SA devrait être complètement reprise. Le 29 avril 2019, A_ a avisé le fisc, en la personne de I_, que le mandat de E_ SA avait été répudié ; il demandait en conséquence une prorogation du délai pour déposer la déclaration fiscale 2017. Aucune réponse ne lui était jamais parvenue, alors que l'AFC avait envoyé par la suite à B_, sous la signature de H_, supérieur hiérarchique de I_, des rappels qui menaçaient tant l'hoirie que la société immobilière de taxations d'office. L'AFC avait affirmé, dans un premier temps, ne pas avoir reçu la lettre du 29 avril 2019, avant d'expliquer que ce pli avait été mal acheminé. Pour A_, I_ avait «
volontairement détruit ou à tout le moins ignoré
» sa lettre, à la demande de B_, qui cherchait à le discréditer. Par leurs rappels et sommations, H_ et I_ s'étaient rendus coupables d'abus d'autorité.
ii.
Dès le 1
er
février 2019, A_ et B_ ont discuté d'une convention de partage. À la demande du second, le premier a adressé un courriel à G_, le 6 février 2019, pour confirmer qu'elle serait mandatée conjointement à ces fins. Or, ce message, dont B_ avait reçu copie, avait disparu de la messagerie électronique de A_, laissant soupçonner un piratage auquel B_ ne serait pas étranger. Le 18 mars 2019, l'hoirie a mandaté formellement G_. Dans ce cadre, B_ a réclamé le remboursement par l'hoirie de diverses dépenses, pour un montant total de CHF 12'193.50. Nanti de ce décompte, A_ a constaté que B_ avait effectué des prélèvements au moyen de la carte de crédit de leur mère, entre le jour de son décès et celui du blocage du compte par l'AFC, et avait mélangé les paiements qui devaient être réclamés à l'hoirie avec ceux qui devaient être imputés à la société immobilière, et inversement. Pour A_, l'insuffisance des charges comptabilisées et la surévaluation des revenus permettaient de conclure à une surestimation de CHF 23'468.15 du bénéfice imposable de la société immobilière O_ SA. Ces éléments ne pouvaient qu'aboutir à une taxation «
inconsidérée
», préjudiciable à la communauté héréditaire. Il avait exigé, mais en vain, que les comptes de la société immobilière et de l'hoirie fussent corrigés. B_, aidé de C_, cherchait ainsi à faire supporter par l'hoirie des dépenses à imputer à la société immobilière.
iii.
Le 3 avril 2019, C_ a produit ses notes d'honoraires à G_ pour la période du 19 septembre 2017 au 27 février 2019. Il réclamait CHF 24'605.- à F_ et CHF 91'350.- à B_. Selon A_, ces honoraires, sans indication du temps consacré, des provisions versées ni de l'abattement promis, prenaient en considération du travail effectué exclusivement pour la défense des intérêts de son frère, ainsi que des activités concernant tantôt la communauté héréditaire, tantôt la société immobilière. Ces factures constateraient ainsi faussement la dette de l'hoirie envers E_ SA. C_, en accord avec B_, avait donc tenté de mettre à charge de l'hoirie le coût de multiples prestations dont le prénommé était seul bénéficiaire.
iv.
A_ a exigé de G_ que toute demande de paiement au débit du compte d'hoirie fût préalablement présentée, pour accord, à son frère et à lui. La notaire lui a répondu qu'elle procéderait rapidement, comme convenu entre eux, au prélèvement d'environ CHF 50'000.- sur l'un des comptes bancaires de l'hoirie, pour payer différentes factures ; non sans ajouter que, s'il souhaitait que toute dépense, quelle qu'elle soit, fût préalablement avalisée, il fallait que les factures parvinssent suffisamment tôt à l'étude avec sa signature. Le 1
er
mai 2019, G_ s'est fait verser les CHF 50'000.- sur le compte de son étude. A_ affirme qu'elle a pu le faire par une levée de la «
mainmise
» qu'exerçait l'AFC sur le compte débité, mais sans en avoir obtenu l'autorisation formelle des hoirs. Il soutient que, plutôt que pour régler les dépenses courantes de l'hoirie, le notaire avait utilisé cet argent pour couvrir ses honoraires, qui s'élevaient à plus de CHF 30'000.-, mais qui correspondaient à des prestations pour la plupart inutiles ou sans rapport avec le mandat confié.
v.
A_ reproche à B_ d'avoir toujours prétendu être le seul locataire et occupant de la villa de N_ [GE], payant pour ce faire un loyer mensuel de CHF 1'600.-. Outre que, selon les comptes déposés auprès de l'AFC, la valeur locative pour une occupation complète de la villa atteindrait CHF 36'000.- l'an, des indices montreraient que les deux fils de B_ y habitaient avec leur père. Si tel était bien le cas, B_ commettrait un acte de gestion déloyale aggravée au préjudice de la communauté héréditaire, car se procurant un enrichissement illégitime de CHF 1'400.- par mois.
vi.
Au sujet des avoirs à l'étranger, C_, informé le 17 avril 2019 que ces fonds étaient désormais à disposition de la succession, avait averti A_ que, en l'absence d'instruction conjointe de transfert, ils seraient placés sur un compte «
avoirs non réclamés
». Pour A_, au contraire, chaque héritier pouvait recevoir directement la part qui lui revenait, Il se prévalait d'une convention passée avec son frère le 3 juillet 2017 stipulant que toutes les liquidités de la succession seraient partagées à parts égales entre eux, après paiement des dettes inventoriées. Il n'était donc pas «
obligatoire
» que l'argent fût préalablement versé à l'avocat. En réalité, C_ cherchait à garantir la couverture de ses honoraires.
vii.
Le 16 juillet 2019, A_ a demandé le transfert de cet argent sur un compte de la succession ouvert auprès de [la banque] L_. Il a pris contact avec le gestionnaire, K_, afin de s'assurer que L_ était disposé à recevoir les fonds et que toute garantie quant à «
la titularité du compte et aux obligations de diligence
» serait offerte. Après qu'il eut fourni tous les documents dont il disposait pour prouver que l'origine des fonds n'était pas criminelle, K_ avait formulé des exigences disproportionnées, notamment sous l'angle de la législation contre le blanchiment d'argent. Au téléphone, le supérieur hiérarchique de K_, J_, lui avait expliqué que L_ refuserait le transfert, car l'opération était inhabituelle. Selon A_, les prénommés faisaient ainsi le jeu de C_, en offrant à celui-ci l'opportunité de facturer de nouveaux honoraires à l'hoirie.
viii.
A_ a reçu copie le 11 juillet 2019 d'un contrat hypothécaire qu'il aurait prétendument signé au mois d'août 2005 avec son frère et sa mère. Il affirme que tel n'était, en réalité, pas le cas et que sa signature avait été grossièrement falsifiée ou contrefaite. Il soupçonne que B_ ait participé à l'infraction.
ix.
La parcelle de M_ [GE] comprend une maison qui était louée par une Mission diplomatique. Le bail prenait fin le 1
er
août 2019, mais la Mission en avait demandé la prolongation jusqu'au 31 décembre 2019. A_ s'est déclaré d'accord, pourvu qu'il reçût la moitié des loyers encaissés entre le 1
er
juin 2017 et le 30 juin 2019, ainsi que la moitié des loyers futurs, conformément à la convention du 3 juillet 2017 ; faute de quoi il n'autoriserait aucun nouveau bail. B_ avait alors mandaté un avocat, D_, qui avait saisi la Justice de paix afin qu'un représentant de l'hoirie fût désigné, tout en informant la locataire de l'expiration du bail au 1
er
août 2019. Or, la Mission avait refusé de quitter les lieux avant le 31 décembre 2019. Selon A_, B_ avait sciemment pris le risque de cette occupation illicite, et D_ avait commis une gestion déloyale «
potentiellement
» au préjudice des intérêts de l'hoirie et des siens propres.
d.
Entendu par la police le 2 septembre 2020, B_ a contesté les faits qui lui étaient reprochés.
Il avait essayé de régler la succession à l'amiable, mais le comportement «
irrationnel
» de son frère l'en avait empêché. Ils étaient dans l'attente d'une décision de la Justice de paix désignant un représentant de l'hoirie. Son frère avait notamment demandé la récusation de la Juge en charge de la demande et s'était personnellement désigné président et administrateur de la société immobilière O_ SA. Une procédure civile était en cours.
Il avait contacté C_ pour qu'il représentât l'hoirie et les aidât dans la succession. Cette intervention avait été validée par son frère. Depuis le mois d'avril 2019, C_ n'était plus mandaté et attendait d'être payé.
F_, quant à lui, avait été désigné par la Justice de paix sur proposition de A_, mais avait renoncé à son mandat en raison du comportement de ce dernier, qui bloquait toutes les démarches. C_, étant intervenu dans le cadre de la succession avant la désignation de F_, avait continué avec dernier ce qu'il avait déjà commencé ; A_ avait accepté, non sans réticence. L'avocat avait exclusivement défendu les intérêts de l'hoirie, hormis ses déclarations d'impôts, et les notes d'honoraires avaient été transmises à F_ pour que celui-ci les payât. Lui-même, n'avait pas donné d'instruction particulière à ce sujet.
Il avait, certes, payé des charges de la société immobilière O_ SA au moyen de la carte de crédit de sa mère, après le décès de celle-ci, mais dans le but d'éviter des poursuites ; il avait d'ailleurs fourni tout justificatif utile à F_ et à G_.
Cette dernière avait été mandatée, sur décision commune avec son frère, pour préparer une proposition de partage. Elle avait exécuté le virement de CHF 50'000.- pour régler des factures liées à l'hoirie. Elle aussi, avait mis un terme à son mandat en raison du comportement de son frère.
Pour les comptes de la société immobilière O_ SA établis par E_ SA, il avait transmis à son frère l'intégralité des factures et pièces comptables. A_ n'était pas d'accord avec ces comptes et les avait finalisés lui, avant de les signer, seul, et de les envoyer à l'AFC sans en informer qui que ce soit. Lui-même, avait eu des contacts avec I_ et H_ pour les déclarations d'impôts 2017, mais n'avait jamais vu la lettre du 29 avril 2019 ni ourdi sa destruction.
Le second étage de la maison de N_ [GE], qu'il habitait, était resté inoccupé depuis le décès de leur mère. Son fils aîné avait son propre appartement. Ses trois autres enfants vivaient avec leur mère ; il les avait chez lui un week-end sur deux.
S'agissant des fonds déposés à l'étranger, E_ SA avait été mandatée pour les rapatrier en Suisse. Un conflit était né à ce sujet, parce que son frère voulait recevoir une partie de l'argent sur son compte personnel, alors que la succession n'avait pas encore été partagée. Il avait finalement accepté le transfert sur le compte bancaire ouvert auprès de [la banque] L_.
S'agissant de la location à M_ [GE], la Mission diplomatique, qui avait toujours payé le loyer, avait demandé à rester plus longtemps que le délai convenu, avant d'évacuer les lieux au mois de novembre 2019. La maison était depuis lors inhabitée. Son frère en détenait les clés.
e.
Dans son rapport, la police explique avoir a pris contact avec toutes les (autres) personnes visées par A_. Or, elles avaient invoqué leur secret de fonction, respectivement leur secret professionnel, non sans contester intégralement les accusations portées à leur encontre.
f.
À la demande du Ministère public, B_ a produit, par pli du 1
er
octobre 2020, les pièces justificatives des frais qu'il avait assumés pendant l'année 2017 pour le compte de l'hoirie. Ces documents, que B_ affirme connus de son frère, avaient été remis à F_ et à G_. Les deux cartes de crédit de la défunte avaient été remises avec les justificatifs de paiements à F_.
g.
Par avis du Ministère public du 5 octobre 2020, A_ et B_ ont été informés de la prochaine clôture de l'instruction et invités à présenter d'éventuelles réquisitions de preuves et demandes d'indemnisation.
h.
Le 26 octobre 2020, A_ a affirmé que le dossier était incomplet, relevé l'inaction de la police et du Ministère public et la non-divulgation des rapports de police et sollicité une indemnisation de CHF 22'200.- pour le travail qu'il avait accompli.
i.
Le 30 octobre 2020, le Ministère public lui a répondu que le dossier était complet et que les plaintes qui ne se trouvaient pas dans la procédure avaient fait l'objet d'ordonnances de non-entrée en matière.
C.
Dans la décision querellée, le Ministère public constate que rien, au dossier, ne permettait de conclure à la commission d'infractions pénales. A_ ne faisait état que de soupçons envers son frère, ainsi qu'envers toute personne ayant participé, de près ou de loin, à la liquidation de la succession de leur mère. Il contestait des notes d'honoraires ou la bonne exécution de mandats, sans mettre en évidence aucune intention délictueuse. Le litige était purement civil. On ne voyait d'ailleurs pas quel intérêt aurait eu B_ à léser le patrimoine d'une communauté héréditaire dont il était membre.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ estime que la présentation du dossier de procédure comporte de nombreuses irrégularités. Des actes qu'il avait déposés manquaient. Seules, sept plaintes ou dénonciations avaient été transmises à la police, alors qu'il en avait déposé encore six autres. L'instruction s'était limitée à l'audition de B_, alors qu'elle avait duré quinze mois, durant lesquels l'accès au dossier lui avait été refusé. Rien n'attestait des contacts que la police affirmait avoir pris avec les autres personnes visées. L'annexe à l'ordonnance attaquée mentionnait même le séquestre d'objets et valeurs qui n'étaient répertoriés nulle part. Il fallait en conclure que le dossier était «
vicié dans son intégrité
».

## Considerations