# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** e9a68649-73c1-5264-82c7-0b184bb2f24d
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1) Madame A_ a été engagée par les Hôpitaux universitaires de Genève (ci-après : HUG) le 21 juin 2005 en qualité d'aide-soignante au département de pédiatrie.
2) Les entretiens d'évaluation et de développement des compétences (ci-après : EEDC) réalisés en 2005, 2006 et 2007 ont retenu une évaluation « bonne » et celle de 2008 était « excellente ».
3) Mme A_ a été nommée fonctionnaire le 15 mai 2008.
4) Elle a été promue à la fonction d'intendante infirmière avec effet au 1
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octobre 2013.
Ce poste implique en particulier la gestion des stocks et des seuils de matériel commandés à l'extérieur et à l'interne, la réalisation d'achats de matériel dans le respect des budgets alloués, la proposition et l'application de règles de gestion des stocks placés sous sa responsabilité.
5) À compter du 1
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mai 2015, la classe de salaire de son poste a été alignée à celle de la fonction des intendants des autres départements des HUG. Elle a ainsi occupé la fonction de gestionnaire en logistique.
6) Ses évaluations 2014 et 2016 étaient respectivement « très bonne » et « bonne ».
7) Les HUG exposent que, le 1
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mars 2019, un agent d'entretien avait informé Madame B_, « IRES » de l'unité à laquelle était rattachée Mme A_, que celle-ci, en collaboration avec une aide-soignante, cachait du matériel de type produits d'entretien, produits de lave-vaisselle, papier aluminium, couches et médicaments de pharmacie dans les sous-sols du service de pédiatrie et que ce matériel était ensuite chargé dans leur voiture, parfois avec l'aide de membres de leur famille le week-end. L'intendante allait partir sous peu au Cameroun, pays dans lequel une partie du matériel était acheminée. L'aide-soignante contribuait à cette organisation, en commandant du matériel pour l'unité, qui n'arrivait toutefois pas dans celle-ci, mais était réceptionné au sous-sol par l'intendante.
Une réunion urgente s'est tenue le même jour à 13h avec Mme B_, l'agent d'entretien, Madame D_, responsable des soins, et Madame C_, « IAG/référente matériel ».
8) À son retour de congé, le 16 mai 2019, Mme B_ a été interpelée par l'agent d'entretien au sujet de nouveaux vols commis par Mme A_, dont il avait été le témoin. Le 14 mai 2019, cette dernière était arrivée avec un sac vide et était repartie avec un sac plein de matériel pris dans l'armoire n° 6 de l'unité, à savoir du savon, du shampoing, de la crème pour les mains, un sac en plastique, ainsi que dans une armoire du couloir où étaient stockés des compresses stériles et une lunette à oxygène. Mme A_ avait aussi récupéré des tests urinaires du type « comburtest ».
De même, le 15 mai 2019, la précitée avait été observée en train de prendre du matériel dans la pharmacie. Par ailleurs, un soignant l'avait vue, le 27 mai 2019 dans la matinée, remplir un sac de matériel de soins.
9) Ce dernier incident ayant immédiatement été rapporté à Mme B_, celle-ci a interpellé Mme A_, en lui demandant d'ouvrir le sac en papier kraft. Celui-ci contenait notamment deux boîtes de comburtest neuves ainsi qu'une « pince Kocher ».
Selon la note établie par Mme B_, Mme A_ lui avait indiqué que ce matériel servait à dépanner d'autres unités. Mme B_ lui avait alors dit qu'elle n'était pas d'accord avec cette manière de procéder. Ce matériel pouvait être commandé en urgence par l'unité qui en avait besoin et l'intendante de celle-ci pouvait se déplacer au magasin central si nécessaire. Toujours selon sa note, Mme B_ lui avait encore indiqué qu'elle était au courant qu'elle venait quotidiennement dans l'unité « médecine A1 » pour récupérer du matériel et que cela ne pouvait perdurer. Elle allait en informer sa hiérarchie.
10) À la suite de ces faits, un entretien a eu lieu le 27 mai 2019 en présence de Mmes A_, D_, C_ et B_. Il a fait l'objet d'un procès-verbal.
Mme D_ a informé Mme A_ qu'elle avait connaissance de vols de matériel perpétrés par celle-ci. Il ressortait, en outre, des extractions de commandes, que l'intéressée avait commandé plus d'une centaine de crayons et de stylos ainsi qu'une centaine de surligneurs et du chocolat. Par ailleurs, un carton de mille gobelets en plastique avait été retrouvé dans le magasin de pédiatrie sur son chariot.
Mme A_ a reconnu qu'elle volait par exemple des cotons pour se démaquiller, des lancettes à glycémie capillaires pour sa soeur ou des crayons et stylos pour les donner aux enfants lorsqu'elle se rendait au Cameroun.
Elle contestait la commande de chocolat et ignorait comment les gobelets étaient arrivés sur son chariot. Elle ne faisait pas partie d'une bande organisée et avait commencé à voler depuis qu'elle avait des difficultés financières. Elle donnait du matériel dont les HUG ne se servaient plus à une infirmière de l'unité de développement menant des activités humanitaires.
À l'issue de l'entretien, Mme D_ a indiqué à Mme A_ que le lien de confiance était rompu, qu'elle ne pourrait rester dans sa fonction et qu'elle risquait d'être licenciée. Madame E_, responsable des ressources humaines (ci-après : RH), serait informée des faits.
Mme A_ a demandé qu'une chance de se racheter lui soit laissée et a déclaré qu'elle ne volerait plus.
11) Selon une note intitulée « procès-verbal relatif à l'entretien téléphonique du 27 mai 2019 » entre Mme B_ et Madame F_ de l'unité B2, cosignée par ces deux personnes, la seconde avait indiqué que son unité n'avait pas besoin de comburtest et qu'en cas de besoin, elle pouvait dépanner d'autres unités. Par ailleurs, Mme F_ avait demandé au personnel de son unité, y compris à la personne qui s'occupait de gérer les commandes, si quelqu'un avait passé une commande à Mme A_. Or, personne n'avait effectué une telle commande.
12) Le lendemain, Mmes E_ et D_ ont reçu l'intéressée en entretien. Mme E_ lui a signifié qu'au vu des faits, elle était libérée de son obligation de travailler avec effet immédiat.
13) Par courrier recommandé du 7 juin 2019, notifié le 13 juin 2019, le président du conseil d'administration des HUG a informé Mme A_ que la direction générale des HUG lui avait fait savoir qu'elle avait été surprise en flagrant délit de vol de matériel de soins le 27 mai 2019, fait qu'elle avait par ailleurs reconnu. Vu la gravité de ce fait et la confirmation de la part de la précitée qu'il ne s'agissait pas d'une situation isolée, il avait décidé d'ordonner, en sa qualité de président du conseil d'administration et à titre provisionnel, d'ouvrir une enquête administrative, de suspendre provisoirement Mme A_ et de suspendre son traitement.
L'enquête serait confiée à Monsieur G_. Au terme de
celle-ci, une sanction pouvant aller jusqu'à la révocation pouvait être prononcée. Elle était priée de se tenir à disposition durant tout le déroulement de l'enquête et était informée qu'elle pouvait être assistée du conseil de son choix. La décision mentionnait la voie de recours et précisait qu'elle était exécutoire nonobstant recours.
14) Lors de sa séance du 17 juin 2019, le bureau du conseil d'administration des HUG a pris connaissance de la décision précitée et l'a préavisée favorablement.
15) Lors de l'audience tenue par l'enquêteur le 20 juin 2019, Mme A_ a déclaré qu'elle avait été sollicitée par l'unité de médecine B2 le 24 mai 2019 pour fournir le comburtest.
Selon le procès-verbal d'audition par l'enquêteur du témoin Monsieur H_, infirmier auprès de l'unité B2, celui-ci a déclaré qu'il ne faisait pas de commande de matériel. Le 24 ou le 27 mai 2019, il avait eu une conversation avec Mme A_ à ce sujet. Elle était venue dans son unité ; il y avait d'autres collègues et elle avait dit qu'un collègue l'avait appelée par rapport à des comburtests. Lui-même n'en avait pas commandé. Lorsqu'elle avait demandé si son unité avait besoin de ce matériel, il avait confirmé que tel était le cas. C'était du matériel dont ils avaient toujours besoin. Elle avait demandé « si c'était urgent », ce à quoi il avait répondu que si elle pouvait en trouver un ou deux, « cela pouvait [les] dépanner ». Il était « référent diabéto » ; quand ils avaient besoin de matériel, ils s'adressaient à Mme A_. Il ignorait qui avait demandé ce matériel à celle-ci ; c'était la première fois qu'elle leur en avait amené.
16) Lors de sa séance du 1
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juillet 2019, le conseil d'administration des HUG a validé en tous points la décision de son président du 7 juin 2019.
17) Mme A_ a été en incapacité de travail à 100 % en raison d'un accident du 1
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février 2019 au 22 février 2019. Elle a repris son activité à 50 % le 23 février 2019.
Selon la Doctoresse I_, médecin traitant, une reprise à 100 % était prévue le 3 juin 2019. Le 29 mai 2019, l'incapacité de travail en lien avec l'accident a de nouveau été fixée à 100 %, avec effet au 28 mai 2019.
18) Par acte expédié le 24 juin 2019 à la chambre administrative de la Cour de justice, Mme A_ a recouru contre la décision du 7 juin 2019, dont elle a demandé l'annulation. Subsidiairement, elle a sollicité l'annulation de la suspension provisoire sans traitement et, plus subsidiairement encore, l'annulation de la suspension de son traitement. Préalablement, elle a conclu à la production de la convocation adressée aux membres du conseil d'administration ainsi que de l'ordre du jour et de tout document adressé par sa hiérarchie au président du conseil d'administration et qui avait servi au fondement de la décision du
7 juin 2019.
Elle a contesté avoir été surprise en flagrant délit de vol. Elle contestait également que l'incident ne soit pas isolé. Son conseil avait pu consulter son dossier avant l'audience tenue par l'enquêteur. Il n'avait vu aucune pièce ni message adressé au président du conseil d'administration et justifiant la décision de celui-ci. Les entretiens qu'elle avait eus les 27 et 28 mai 2019 étaient informels. Mme E_ l'avait suspendue le 28 mai 2019, alors qu'elle n'en avait pas la compétence. Par ailleurs, le conseil d'administration s'était réuni entre le 28 mai et le 7 juin 2019, de sorte que son président n'avait pas pu procéder à titre provisionnel. Par ailleurs, la décision querellée n'était pas motivée. Elle n'était pas proportionnée, aucune pesée des intérêts n'ayant été effectuée avant de la suspendre sans traitement.
Elle vivait séparée de son mari, avait quatre enfants à charge, bénéficiait des prestations du service cantonal d'avance et de recouvrement des pensions alimentaires (ci-après : SCARPA), était « criblée » de dettes et faisait l'objet de saisies sur salaire. La suspension de traitement la plongeait dans une profonde détresse. Les HUG étant affiliés auprès de la Bâloise assurances, ils ne pouvaient suspendre son traitement sans s'acquitter des indemnités journalières versées par celle-ci pour l'incapacité de travail liée à un accident.
La recourante a joint le jugement sur mesures protectrices de l'union conjugale, le budget élaboré par le service social de sa commune, son bail à loyer, sa taxation 2017, un extrait de compte, une attestation d'octroi de prestations de l'Hospice général (ci-après : l'hospice) du 16 janvier 2019, la convention avec le SCARPA du 1
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mars 2019, un courrier de l'administration fiscale cantonale du 26 février 2019 et un procès-verbal de saisie.
19) Les HUG ont conclu à l'irrecevabilité, subsidiairement au rejet du recours.
20) Dans sa réplique, la recourante a relevé que la suspension du traitement ne pouvait avoir lieu qu'en cas d'infraction grave ou si les intérêts pécuniaires de l'établissement public le requéraient. La valeur de deux boîtes de comburtest et de quelques stylos, dont le vol lui était reproché, ne se chiffrait qu'à quelques dizaines de francs. Malgré sa situation financière difficile, elle pourrait rembourser ces montants si les HUG l'estimaient nécessaire. Par ailleurs, les intérêts pécuniaires des HUG ne justifiaient pas une mesure aussi incisive que la suspension de son traitement. Cette mesure portait une atteinte importante à ses intérêts. Étant toujours en poste, elle ne pouvait bénéficier des prestations de l'assurance-chômage. Par ailleurs, étant atteinte dans sa santé, elle n'était pas apte au placement. Elle ne pouvait que prétendre à une aide de l'hospice, dont les barèmes ne permettaient cependant pas de prendre en charge son loyer.
L'autorité intimée n'infirmait pas que le conseil d'administration s'était réuni avant le 1
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## Considerations