# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 0f3807d3-d6b4-426a-840e-abbcc424a5b9
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_007
**Year:** 2011
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

En fait:
1.
La demanderesse Y._ SA est une société anonyme inscrite le 18 mars 1947 au Registre du commerce et dont le but est la construction, la fabrication, le commerce et l'exploitation de machines de chantiers ferroviaires, ainsi que les services en rapport avec les travaux de construction, d'entretien et de réfection de voies ferrées, et l'exploitation d'un atelier mécanique. Initialement sis à l'Avenue V._ 7, à Lausanne, le siège de la demanderesse a été transféré au Chemin [...], à [...], le 4 février 2003.
La demanderesse est propriétaire, depuis le 19 septembre 1967, de la parcelle n° [...], folio [...], d'une surface totale de 661 m2, sise Avenue V._ 7 à Lausanne. Une habitation de 115 m
2
est construite sur cette parcelle, le solde étant constitué d'une place jardin de 546 m
2
. La demanderesse est également propriétaire, depuis le 27 septembre 1967, de la parcelle n° [...], folio [...], d'une surface totale de 568 m
2
, dont 450 m
2
en place-jardin, sise Avenue V._ 5, à Lausanne. Sur cette parcelle sont construits une habitation et un garage d'une surface au sol de 118 m
2
. Ces deux immeubles, reliés par des sous-sols communicants, étaient coquets, fort bien entretenus et bien implantés dans le quartier [...] à Lausanne. Malgré le déménagement de la demanderesse, ils étaient occupés par du mobilier et certains employés de la demanderesse s'y rendaient quotidiennement, notamment le concierge.
2.
Le 5 mars 2003, un sinistre est survenu dans l'immeuble sis Avenue V._ 5. La demanderesse a demandé, le 6 mars 2003, à l'entreprise [...] Sanitaire SA de remédier aux dégâts causés par l'inondation. Par lettre du 12 mars 2003, [...] Assurances SA a consenti à couvrir le risque assuré. Le 1
er
mai 2003, [...] Sanitaire SA a établi une facture pour les travaux effectués dès le 5 mars 2003 par 665 fr. 80, montant dont la demanderesse s'est acquittée le 6 mai 2003.
3.a)
Le mercredi 16 avril 2003, vers 13h10, P._, employé de la demanderesse, a remarqué la présence de plusieurs personnes à l'intérieur des deux immeubles sis Avenue V._ 5 et 7. Il a informé les services de police qu'il ne pouvait plus accéder à ces locaux. Les occupants y sont entrés par effraction et ont déployé sur les façades des immeubles des banderoles aux inscriptions suivantes: "Maison ouverte!" et "Chez nous, c'est chez vous!". Ils ont en outre entreposé dans la cour, devant les immeubles, du matériel appartenant à la demanderesse qui se trouvait à l'intérieur. Entendu sur place par la police, L._, directeur administratif de la demanderesse, a déclaré qu'il pouvait estimer à 50'000 fr. la valeur du matériel de bureau, des tableaux, des documents commerciaux et des archives qui se trouvaient à l'intérieur des locaux.
Le même jour, dans l'après-midi, le directeur administratif de la demanderesse a déposé plainte pénale.
b)
La police est intervenue entre 22h20 et 23h10 ce même 16 avril 2003, mais les squatters n'ont pas quitté les lieux. Il ressort du rapport dressé le 17 avril 2003 ce qui suit:
"
Concerne:
Contrainte - violation de domicile - dommages à la propriété - mise à exécution d’ordonnances de visites domiciliaires - identifications de squatters.
Mercredi 16 avril 2003 à 1309.
[...] Lausanne, av. V._ 5 et 7.
Personnes identifiées:
1._
, 07.07.1977, [...]
2._
, 11.04.1978, [...]
3._
, 28.04.1974, [...] (personne à qui a été notifiée l’OVD au no 5)
4._
, 30.06.1977, [...]
W._
, 13.02.1977, [...]
5._
, 18.03.1983, [...]
G._
, 14.12.1980, [...] (personne qui filmait notre intervention)
6._
, 16.03.1988, [...]
7._
, 27.01.1980, [...]
T._
, 10.01.1986 (personne à qui a été notifiée l’OVD au no 7)
8._
, 06.09.1975, c/o Z._, [...]
(
PHOTO NO 1
)
9._
, 10.06.1986, [...]
S._
(Femme), 23.04.1976
10._
, 09.03.1988, [...]
H._
, 27.04.1976, [...]
J._
, 11.04.1986, [...]
11._
, 14.11.1973, [...]
12._
, 26.08.1981, [...]
M._
, 17.05.1968, [...]
B._
, 27.10.1985, [...]
13._
, 21.05.1986, [...]
D._
, 28.07.1972, [...]
Z._
, 11.09.1963, [...]
Q._
, 03.12.1974, c/o Z._, [...] (
PHOTO NO 2
)
14._
, 26.05.1980
(...)
Conformément aux directives du magistrat, nous nous sommes rendus sur les lieux en compagnie du plaignant et du Lt [...], chef de section à Police-secours, dans le but de mettre à exécution deux ordonnances de visites domiciliaires et d’identifier les personnes présentes en ces lieux. Malgré nos efforts pour tenter de négocier avec les squatters, nous nous sommes heurtés à un refus catégorique de pouvoir pénétrer dans les locaux. Au vu de ce qui précède, et après avoir renseigné notre hiérarchie, nous nous sommes momentanément retirés du site.
***************
En finalité, et conformément à la réquisition de Monsieur [...], 1
er
Juge d'instruction de l’arrondissement de Lausanne, le Plt [...], officier de service, a mis en place une opération visant à mener à bien notre mission. M. le Commandant a été informé de la situation et a donné son aval.
A 2220, un dispositif policier d’une quarantaine d’hommes de Police-secours, de la PJM et des spécialistes GI/Chien, a investi les lieux. Malgré les sommations d’usage, les squatters ont refusé d’ouvrir les portes. Le Groupe d’intervention a finalement pu pénétrer dans le bâtiment no 7 de l’av. V._, en fracturant un volet de la façade nord. Une fois à l’intérieur, il a pu investir le bâtiment no 5 en accédant par les sous-sols communiquants.
A l’intérieur, 25 personnes ont pu être identifiées. Nous avons mis à exécution les deux ordonnances de visites domiciliaires. Lors de ces opérations, nous étions accompagnés de P._, mandaté par l’entreprise Y._ SA. (...)"
4.
Le conseil de la demanderesse s'est adressé au Juge d'instruction de l'arrondissement de Lausanne (ci-après: le Juge d'instruction) en charge du dossier par divers courriers. Il lui a notamment écrit ce qui suit:
- le 17 avril 2003:
"Des déprédations importantes ont été commises, non seulement dans l’après-midi, mais également en soirée.
Les locaux étaient en fonction, le Directeur de Y._ SA, L._, a vu son bureau être transformé en chambre à coucher.
Pourtant, les immeubles en cause étaient loin d’être inoccupés, malgré le déménagement de l’activité d’exploitation et l’activité administrative de l’entreprise, puisque les organes directoriaux notamment passaient régulièrement, si ce n’est quotidiennement dans les locaux, Il en va de même, d’ailleurs, pour P._, chargé de la maintenance, en particulier.
Du matériel de bureau, des archives, etc, se trouvaient sur place. Les immeubles et le jardin sont (étaient) excellemment entretenus. Il ne s’agit pas de maisons dont l’apparence attire plus spécialement l’attention des "squatters".
(...)
Enfin, il importe, désormais, d’assurer sans désemparer et sans aucun signe de faiblesse, le respect de l’ordre légal, et de procéder à l’évacuation, par la force publique, des locaux occupés par toutes autres tiers que les organes et les employés de Y._ SA.
Je vous remercie de bien vouloir me confirmer que cette opération sera effectuée dans les 48 heures."
- le 29 avril 2003:
"Je reste considérablement surpris qu’il n’y ait toujours pas pu être donné suite à l’expulsion sollicitée le 17 avril (cf. chiffre 4 page 3), et vous remercie de bien vouloir procéder aux démarches nécessaires sans désemparer."
- le 30 avril 2003:
"Pour le surplus, je confirme que ma cliente sollicite que les mesures propres à l’expulsion des délinquants soient effectuées sans désemparer, étant précisé que sitôt cette opération effectuée les moyens permettant d’éviter toute nouvelle intrusion seront adoptés par Y._ SA (fermeture des portes et fenêtres le cas échéant par le montage de murs; apposition d’une porte sécurisée).
Par voie de conséquence, je vous remercie de bien vouloir me tenir informé de la date et de l’heure d’évacuation des occupants illégaux des immeubles de ma mandante, afin que l’organisation requise puisse être adoptée.
Ces interventions me semblent d’autant plus indispensables que vos services de renseignements devraient ne pas pouvoir exclure qu’il ne s’agisse actuellement que "d’une tête de pont" en raison des manifestants attendus pour l’organisation du G8. Si cette hypothèse devait être exacte, la lésion inadmissible des droits de ma mandante devrait être plus gravissime encore."
- le 9 mai 2003:
"Je vous remercie de bien vouloir prendre note, de ce que cette manifestation, pas plus que l’occupation illicite des locaux, n’est agréée par Y._ SA, d’une part, et que toute personne qui répondrait à cette invitation se rendra coupable de violation de domicile, au sens de l’art. 186 CP, d’autre part.
Je vous remercie de bien vouloir prendre les mesures qui s’imposent depuis plusieurs jours déjà, à savoir la protection des droits du lésé, comme cela reste la mission principale dévolue aux services d’instruction et de police.
A mes yeux, la responsabilité de l’Etat est engagée déjà depuis le 16 avril 2003, jour où les services de police n’ont pas évacué les locaux, malgré la plainte déposée le même jour par Y._ SA.
Afin que cette responsabilité ne s’aggrave pas encore le 11 mai 2003, d’une part, et d’autre part que les droits de Y._ SA ne subissent pas de préjudices plus importants encore, d’autre part, je vous remercie de bien vouloir procéder à l’évacuation immédiate de l’immeuble, d’autant plus que de surcroît, les prévenus sont en situation de “flagrant délit”."
5.a)
Les derniers occupants ont quitté les lieux le 31 juillet 2003, à la suite d'une ordonnance de mesures provisionnelles rendue le 26 juin 2003 par le Président du Tribunal civil de l'arrondissement de Lausanne (ci-après: le Président) ordonnant leur déguerpissement pour cette date. Les motifs de cette ordonnance, devenue définitive faute de recours ou d'appel, sont notamment les suivants:
"(...)
ouï à l’audience de mesures provisionnelles du 12 juin 2003, pour la requérante, [...] assistée de l’avocat Paul Marville, et les intimés 1._, 2._, 3._, 4._, W._, 5._, 7._, T._, 8._, 9._, accompagné de ses parents, [...] représentant sa fille 10._, H._, 11._, 12._, M._, B._ et son père [...], 13._ et sa mère [...], ainsi que 14._ et l’intervenant G._;
(...)
considérant, s’agissant de la légitimation passive des intimés, que seuls six d’entre eux semblent encore demeurer dans les deux villas litigieuses,
que d’autres intimés reconnaissent néanmoins y venir occasionnellement, selon les activités qui y sont organisées,
que l’on sait d’expérience que le cercle des squatters d’un immeuble est mouvant,
que les intimés nommément désignés dans la procédure ont été identifiés ponctuellement par la police le 16 avril 2003, entre 22h20 et 23h10, le jour même de l’occupation,
que, de fait, certains intimés ne se sont probablement jamais installés dans les villas de la requérante,
que d’autres en sont partis avant l’audience,
que d’autres encore pourraient y retourner par la suite,
qu’aucun intimé ne s’est toutefois désolidarisé activement de l’occupation des locaux de la requérante ni n’a manifesté la volonté – et pris l’engagement – de ne plus être présent, même occasionnellement, dans les villas, bien au contraire,
que, dans ces conditions, la requérante était fondée à maintenir intégralement sa requête, contre tous les intimés, y compris ceux qui ont quitté les villas et n’exercent ainsi plus aucune maîtrise sur celles-ci, que ce soit avant le dépôt de la requête ou en cours de procédure;
considérant que le propriétaire d’un immeuble peut agir au possessoire contre des squatters, qui sont entrés de force et qui occupent les lieux sans droit (Egger Rochat, Les squatters et autres occupants sans droit d’un immeuble, thèse Lausanne 2002, n. 324 et 328, pp. 122-123),
que les actions possessoires des articles 927 et 928 CC sont placées dans la compétence du président du tribunal d’arrondissement, statuant en la forme accélérée (art. 4 ch. 44 et 20 ch. 4 LVCC),
qu’en accord avec la jurisprudence cantonale (JT 1995 III 34 c. 2; JT 1999 III 2 c. 3a) et la doctrine dominante, dont Pelet (Réglementation fédérale des mesures provisionnelles et procédure civile cantonale contentieuse, thèse Lausanne 1986, ch. 104-105, pp. 88-89), la possibilité existe d’obtenir des mesures provisionnelles – en particulier l’abandon d’un meuble ou d’un immeuble détenu sans droit (art. 102 al. 1 ch. 2 CPC) – dans une action possessoire, aux conditions de l’article 101 CPC,
que ces mesures sont en principe provisoires, prises dans une procédure rapide et sommaire, selon la vraisemblance des faits et l’apparence du droit, dans la perspective d’un jugement au fond, qui seul assurera le véritable règlement du litige (Pelet, op. cit., ch. 4 à 7, pp. 4 à 6),
qu’en l’espèce, toutefois, une dérogation à la règle de l’article 8 CC (cf. Matile, Les mesures provisionnelles ordonnant l’exécution et la garantie d’obligations de “donner’, in JT 1957 III 102-103, nos 6 et 7) se justifie d’autant plus que la situation de droit est parfaitement claire,
que le titre sur lequel se fonde la requérante, savoir son droit de propriété, est incontesté et incontestable,
que les intimés ne sont au bénéfice d’aucun droit subjectif, réel ou personnel, opposable à la requérante et qui les légitimerait à demeurer dans les immeubles de celle-ci,
qu’on ne voit pas par quel effet horizontal direct les intimés pourraient déduire de la nouvelle Constitution vaudoise un droit au logement contre la requérante, société commerciale, qui ne saurait être le sujet passif d’un tel droit,
qu’ainsi, en présence d’une situation certaine, il n’y a pas lieu de refuser une protection provisionnelle dans l’attente d’un jugement à venir sur le fond, qui seul assurerait une protection définitive;
(...)

## Considerations