# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** a92f010d-5747-4df1-8f27-879637c32dcb
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte déposé au greffe universel le 15 août 2022, la clinique A_ SA (ci-après, les A_ ou la clinique) recourt
contre la décision
du 3 précédent, communiquée sous pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur sa plainte du 14 juin 2022 en faux témoignage contre C_.![endif]>![if>
La recourante conclut à l'annulation de cette décision et à l'ouverture d'une instruction pénale.
b.
Elle a versé les sûretés, en CHF 1'000.-, qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :![endif]>![if>
a.
C_ a travaillé pour A_ jusqu'au 6 avril 2021, date à laquelle elle a été licenciée. Elle a assigné la clinique par-devant le Tribunal des prud'hommes pour obtenir un certificat de travail conforme à ses vues. Une audience a été convoquée pour le 6 septembre 2022.![endif]>![if>
b.
Le 3 février 2022, elle a déposé comme témoin dans un procès intenté à la clinique par un ancien employé des A_, licencié pour avoir agressé un physiothérapeute qui venait de lui tenir des propos sexuellement connotés (soit, selon le demandeur, "
te voir comme ça
[allongé]
, j'ai envie de te mettre un coup
"). Il a dépeint le physiothérapeute comme "
réputé pour
[s]
es blagues à connotation sexuelle
". L'intéressé a affirmé n'avoir pas utilisé d'autre expression que "
t'es sexy
" ou un langage similaire, ayant pour habitude de plaisanter de cette manière avec tous ses collègues de travail.
C_ a déclaré n'avoir pas assisté à leur altercation. Elle a ajouté que le physiothérapeute lui avait souvent fait des remarques et plaisanteries d'ordre sexuel, sur sa poitrine, par exemple. Elle lui disait d'arrêter, mais ne s'était jamais plainte à sa hiérarchie.![endif]>![if>
c.
Selon le jugement rendu par les juges du travail le 24 mai 2022, le demandeur avait subi une atteinte illicite à sa personnalité en raison des propos que lui avait tenus le physiothérapeute. Tel avait aussi été le cas de C_, qui avait reçu des remarques déplacées sur sa poitrine. En revanche, il n'existait pas de motif justifiant un licenciement immédiat. Aussi les prétentions du demandeur contre la clinique ont-elles été substantiellement accueillies.![endif]>![if>
d.
A_ ont appelé du jugement.![endif]>![if>
e.
Le 14 juin 2022, la clinique a déposé plainte pénale contre C_, soutenant que la déposition de celle-ci, le 3 février 2022, avait fait passer le physiothérapeute pour "
un prédateur sexuel
" et ainsi exercé une influence "
considérable
" sur le sort du procès intenté par l'employé licencié.![endif]>![if>
C.
Dans la décision querellée, rendue sans investigation, le Ministère public retient que le témoignage de C_ avait été estimé crédible par le Tribunal des prud'hommes, puisqu'il le citait dans la motivation de son jugement. Rien ne laissait soupçonner une fausse déclaration.
D. a.
À l'appui de
son recours, la clinique A_ soutient que les deux procès prud'homaux auxquels elle est partie sont étroitement liés. Les versions de l'ancien employé et de C_ concordaient "
étrangement
" sur un prétendu harcèlement sexuel, alors que tel "
n'était pas du tout l'objet du litige
" (sic). Le physiothérapeute avait renoncé à déposer plainte pénale contre l'un ou l'autre, mais l'accusation portée contre lui avait permis au demandeur de justifier l'agression dont il avait été la victime. Le physiothérapeute, qui avait contesté par écrit tout harcèlement sexuel et reçu des lettres de soutien du personnel, n'avait toutefois pas pu contester les dires de C_, pour avoir été entendu avant elle par les juges du travail. Le Ministère public aurait dû enquêter et confronter les prénommés entre eux.
b.
À réception des sûretés, la cause a été gardée à juger.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance de classement sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 322 al. 2 et 393 al. 1 let. a CPP) et émaner de la partie plaignante, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. b et 118 al. 1 CPP).![endif]>![if>
Dans la mesure où l'art. 307 CP protège secondairement, et non seulement de manière indirecte, les droits d'une partie à la procédure, cette dernière peut être considérée comme lésée. Cette lésion touche, toutefois, essentiellement ses droits de procédure (arrêt du Tribunal fédéral
6B_1014/2020
du 10 février 2021 consid. 3.2.), soit, en particulier, la participation à l'administration des preuves, par l'offre de preuves et contre-preuves, par l'interrogatoire personnel du témoin soupçonné et la possibilité de contester l'appréciation des preuves effectuée par l'autorité judiciaire (arrêt du Tribunal fédéral
6B_1346/2016
du 20 septembre 2017 consid. 3).
Il est vrai que, à plusieurs occasions, le Tribunal fédéral a rappelé, lorsque le litige à l'origine de la dénonciation pénale n'est pas encore terminé, que l'on ignore si les prétendues fausses déclarations en justice auront ou non une quelconque influence sur le jugement prud'homal à rendre, car il ne s'agit à ce stade que de pures conjectures, et que, par conséquent, celui qui s'affirme lésé n'a pas qualité pour recourir au plan cantonal (ATF
123 IV 184
consid. 1c p. 189; arrêt du Tribunal fédéral
6B_92/2018
du 17 mai 2018).
En l'espèce, dans la mesure où – à la différence des faits de la cause précitée –, un jugement de première instance a été rendu, même frappé d'appel, mais que le présent recours s'avère d'emblée infondé, il n'y a pas à trancher la question.
2.
La recourante s'estime victime d'un faux témoignage. ![endif]>![if>
2.1.
Conformément à l'art. 310 al. 1 let. a CPP, le ministère public rend immédiatement une ordonnance de non-entrée en matière s'il ressort de la dénonciation ou du rapport de police que les éléments constitutifs de l'infraction ou les conditions à l'ouverture de l'action pénale ne sont manifestement pas réunis. Cette disposition doit être appliquée conformément à l'adage
in dubio pro duriore
. Celui-ci découle du principe de la légalité (art. 5 al. 1 Cst. et art. 2 al. 2 CPP en relation avec les art. 319 al. 1 et 324 al. 1 CPP; ATF
138 IV 86
consid. 4.2) et signifie qu'en principe un classement ou une non-entrée en matière ne peuvent être prononcés par le ministère public que lorsqu'il apparaît clairement que les faits ne sont pas punissables ou que les conditions à la poursuite pénale ne sont pas remplies (ATF
146 IV 68
consid. 2.1). Le ministère public et l'autorité de recours disposent, dans ce cadre, d'un pouvoir d'appréciation. La procédure doit se poursuivre lorsqu'une condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement ou lorsque les probabilités d'acquittement et de condamnation apparaissent équivalentes, en particulier en présence d'une infraction grave. En effet, en cas de doute s'agissant de la situation factuelle ou juridique, ce n'est pas à l'autorité d'instruction ou d'accusation mais au juge matériellement compétent qu'il appartient de se prononcer (ATF
143 IV 241
consid. 2.2.1;
138 IV 86
consid. 4.1.2).![endif]>![if>
2.2.
Contrevient à l'art. 307 al. 1 CP, celui qui, étant, en particulier, témoin ou expert, aura fait une déposition fausse sur les faits de la cause, fourni un constat ou un rapport faux. La déclaration incriminée doit concerner les faits de la cause, soit l'élucidation ou la constatation de l'état de fait qui constitue l'objet de la procédure (ATF
93 IV 24
consid. I p. 25 s.; arrêt du Tribunal fédéral
6B_807/2021
du 7 juin 2022 consid. 6.1.).![endif]>![if>
2.3.
En l'espèce, la recourante consacre des développements de son recours à défendre le physiothérapeute contre toute accusation de "
harcèlement sexuel
".![endif]>![if>
Non seulement elle n'a pas qualité pour plaider au nom de celui-ci (dont elle précise au passage qu'il a renoncé à agir au pénal), mais, comme elle le relève par ailleurs avec pertinence, tel n'était pas l'objet du litige soumis au Tribunal des prud'hommes.
Il suffit de se reporter au jugement du 24 mai 2022. Le demandeur plaidait avoir été victime d'une résiliation immédiate injustifiée de son contrat de travail, pour avoir été congédié le lendemain d'une altercation avec un physiothérapeute, et pour ce seul motif. Les circonstances de l'altercation étaient donc l'objet des témoignages à recueillir.
Or, C_ n'en a rien vu ni rien entendu.
Il est vrai que le demandeur alléguait avoir été provoqué par une remarque à connotation sexuelle ("
te voir comme ça
[allongé]
, j'ai envie de te mettre un coup
") du physiothérapeute, qu'il a dépeint comme "
réputé pour
[s]
es blagues à connotation sexuelle
". Celui-ci a affirmé n'avoir pas utilisé d'autre expression que "
t'es sexy
" ou un langage similaire, ayant pour habitude de plaisanter de cette manière avec tous ses collègues de travail.
Or, C_ ne dit pas autre chose dans la suite de son témoignage, puisqu'elle confirme que l'intéressé se livrait souvent à des remarques et plaisanteries d'ordre sexuel, notamment au sujet de sa poitrine.
Prétendre que ce passage de sa déposition faisait passer ledit physiothérapeute pour un "
prédateur sexuel
" est une hyperbole hors de propos.
Pour le surplus, peu importe de savoir si le Tribunal des prud'hommes pouvait à bon droit retenir que le demandeur avait été atteint dans sa dignité et qu'il ait estimé au passage que le témoin C_ l'avait été tout autant, car le procès n'avait pas pour objet les mesures de protection prises dans ce domaine par la recourante, mais les motifs invoqués par celle-ci pour décider d'un licenciement immédiat.
3.
Il s'ensuit que le recours doit être rejeté, faute d'élément constitutif d'une infraction (art. 310 al. 1 let. a CPP), et que la Chambre de céans pouvait le traiter d'emblée, sans échange d'écritures ni débats (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP).![endif]>![if>
4.
La recourante, qui succombe, supportera les frais envers l'État, fixés en totalité à CHF 1'000.-, émolument compris (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP;
E 4 10.03
).![endif]>![if>
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