# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 55e8f4de-0f52-5c96-bb01-d3aac461d702
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2014
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par courriers respectifs des 31 janvier et 5 février 2014, B_ et A_ ont annoncé appeler du jugement rendu le 29 janvier 2014 par le Tribunal correctionnel, dont les motifs ont été notifiés le 26 février 2014, par lequel le Tribunal de première instance a :
- déclaré B_ coupable de tentative de meurtre (art. 22 al. 1 et 111 du Code pénal suisse, du 21 décembre 1937 [CP ;
RS 311.0
]) et de violation de domicile
(art. 186 CP), le condamnant à une peine privative de liberté de 5 ans, sous déduction de 263 jours de détention avant jugement et révoquant les sursis octroyés par le Ministère public les 9 novembre 2012 (70 jours-amende à CHF 30.–, sous déduction de 2 jours-amende correspondant à 2 jours de détention avant jugement) et 31 mars 2013 (30 jours-amende à CHF 30.–),
- déclaré A_ coupable de lésions corporelles simples qualifiées (art. 123 ch. 1 et 2 CP), le condamnant à une peine privative de liberté de 2 ans, sous déduction de 263 jours de détention avant jugement et révoquant les sursis octroyés le 20 février 2013 par le Ministère public de Genève (30 jours-amende à CHF 30.–, sous déduction d'un jour-amende correspondant à un jour de détention avant jugement) et le 20 mars 2013 par le Ministère public de l'arrondissement de la Côte/Morges (60 jours-amende à CHF 30.–),
- condamné B_ et A_, à raison de la moitié chacun, aux frais de la procédure, qui s'élèvent dans leur globalité à CHF 13'604.15, y compris un émolument de jugement de CHF 4'000.–, ordonné leur maintien en détention pour des motifs de sûreté (art. 231 al. 1 du Code de procédure pénale, du 5 octobre 2007 [CPP ;
RS 312.0
]) et ordonné diverses mesures de confiscation et de restitutions de pièces.![endif]>![if>
b.
Par actes des 14 février et 17 mars 2014, B_ et A_ ont formé la déclaration d'appel prévue à l'art. 399 al. 3 CPP.
B_ conclut :
- principalement, à son acquittement de l'infraction à l'art. 186 CP, à ce qu'il soit reconnu coupable de lésions corporelles simples qualifiées dans un contexte de légitime défense excessive à tout le moins putative, à ce qu'il soit dit que sa responsabilité pénale était restreinte au moment des faits, à sa condamnation à une peine compatible avec l'octroi du sursis, et l'y assortir, ainsi qu'à une condamnation réduite aux frais à la mesure de sa culpabilité,![endif]>![if>
- subsidiairement, à son acquittement du chef de violation de domicile, à ce qu'il soit reconnu coupable de lésions corporelles simples qualifiées, à sa condamnation à une peine assortie à tout le moins du sursis partiel, ainsi qu'à une condamnation réduite aux frais à la mesure de sa culpabilité,![endif]>![if>
- en tout état, à la réduction de la peine prononcée en première instance sans égard à la qualification juridique retenue s'agissant de sa culpabilité, avec suite de frais.![endif]>![if>
A_ attaque le jugement entrepris dans son ensemble, à l'exception des restitutions qui lui ont été accordées (ch. 1 et 2 de l'inventaire du 13 mai 2013), et conclut à son acquittement, tout en renonçant expressément à demander une indemnisation pour la période subie en détention injustifiée.
c.
Par courrier transmis par messagerie sécurisée le 26 mars 2014, le Ministère public a déclaré former un appel joint à l'encontre de A_, portant tant sur la culpabilité que sur la quotité de la peine. Il conclut à l'annulation du jugement querellé en tant qu'il déclare A_ coupable de lésions corporelles simples qualifiées (art. 123 ch. 1 et 2 CP) et le condamne à une peine privative de liberté de 2 ans, à la reconnaissance de sa culpabilité du chef de tentative de meurtre au sens des art. 22 et 111 CP et à sa condamnation à une peine privative de liberté de 4 ans et 6 mois.
d.a
Par acte d'accusation du 21 novembre 2013, il est reproché à B_
d'avoir :
- le 12 mai 2013, à Genève, entre 01h00 et 02h00 du matin, au parc E_, en agissant de concert avec A_, alors qu'il se trouvait assis sur un banc avec le dénommé "F_" et C_ (ci-après : C_), pris en main un couteau remis par A_, dont la lame mesurait 13 cm, et de l'avoir planté volontairement dans l'abdomen d'C_ dans le but de le tuer puis, tandis que ce dernier prenait la fuite, de l'avoir poursuivi en tenant ledit couteau à la main, toujours dans le but de le tuer, étant précisé qu'il a causé à C_ une plaie de 6 cm de longueur au niveau de la fosse iliaque droite (abdomen) avec éviscération d'une anse de 8 à 10 cm d'intestin grêle (région para-ombilicale droite), blessure située à proximité immédiate d'organes vitaux, justifiant l'admission rapide de la victime aux urgences, où elle est restée hospitalisée cinq jours après avoir subi une laparotomie médiane, un lavage et une suture de la plaie (ch. B.I de l'acte d'accusation),![endif]>![if>
- à Lausanne, le 27 avril 2013, vers 14h00, pénétré sans droit dans le magasin à l'enseigne D_ (ci-après : la D_) sis rue 1_, alors qu'il faisait l'objet d'une interdiction d'entrée dans les magasins de cette enseigne à tout le moins depuis le 2 avril 2013 (B.II).![endif]>![if>
d.b
Par le même acte d'accusation, il est reproché à A_ d'avoir, à Genève, le 12 mai 2013, entre 01h00 et 02h00, au parc E_, alors que B_ se trouvait assis sur un banc avec le dénommé "F_" et C_ et que lui-même se trouvait à proximité immédiate du trio, poussé et encouragé B_ à attenter à la vie d'C_ au motif que celui-ci l'avait frappé, de s'être dirigé vers une poubelle située à quelques mètres du banc, de s'être emparé d'un couteau ayant une lame de 13 cm, d'être revenu vers B_, de le lui avoir remis et d'avoir accepté pleinement et sans réserve que celui-ci plante le couteau dans l'abdomen d'C_ dans le but de le tuer, puis, tandis que ce dernier, qui avait reçu le coup de couteau, prenait la fuite, d'être allé chercher un sabre (katana) dissimulé vers le haut du parc, de l'avoir saisi, sorti de son fourreau et d'être descendu en courant vers le bas du parc à la poursuite de la victime, en tenant cette arme, dans le but de la tuer, étant précisé qu'il a accepté pleinement et sans réserve que B_ cause à C_ les blessures décrites sous ch. B.I (ch. C.I).
B.
Les faits pertinents pour l'issue du litige sont les suivants :
Plainte d'C_ (chiffres B.I et C.I de l'acte d'accusation)
a.
Aux termes du rapport d'arrestation du 12 mai 2013, un individu avait contacté la Centrale d'Engagement de Coordination et d'Alarmes (CECAL), le jour même, à 01h37, pour signaler qu'un homme venait de se faire agresser au couteau dans le parc E_. C_ gisait à terre à la hauteur du 20 rue 2_ et présentait une blessure à l'abdomen. Comme le pronostic vital était engagé, il avait rapidement été acheminé aux urgences des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Selon deux témoins, G_ et H_, l'agression venait d'avoir lieu juste au-dessus de la mare aux canards, à proximité d'un banc. L'agresseur, de nationalité roumaine, était blessé au visage. Son signalement avait immédiatement été diffusé sur les ondes de la police.
En possession d'un iPad de provenance douteuse, F_ avait été appréhendé.
A_ avait été contrôlé mais pas interpellé. Il avait par la suite refusé de déférer aux convocations de la police, affirmant ne pas avoir assisté à l'agression et ne pouvoir dès lors apporter aucun élément utile à l'enquête.
A 02h15, B_ avait été interpellé, rue 2_, par une patrouille de la police ferroviaire. Il s'était "
débarrassé
" d'un couteau de cuisine en le jetant au sol et avait été pris en charge sans opposer la moindre résistance. Il présentait un taux d'alcoolémie de 1,71 gramme o/oo à 02h50.
b.a
Selon le rapport de la Brigade de police technique et scientifique (ci-après : BPTS), intervenue immédiatement après les faits, la lame du couteau abandonné par B_ mesurait 13 cm de long et 2 cm de large. L'examen visuel n'avait pas permis de découvrir des traces papillaires exploitables. Des mouchoirs ensanglantés avaient été retrouvés près de la mare du parc, à proximité d'un banc, ainsi qu'un sac à dos de couleur grise. En face du numéro 26 de la rue 2_, une épée, ne comportant aucune trace de sang, avait été découverte dans les buissons.
b.b
L'analyse des prélèvements effectués sur des gouttes de sang retrouvées au pied du banc où s'était déroulée l'agression, sur le manche du couteau et sur la zone d'intersection entre la lame et le manche du couteau, a permis de mettre en évidence le profil ADN de B_ (rapport du Centre universitaire romand de médecine légale [CURML] du 21 juin 2013).
Le profil ADN d'C_ avait été identifié sur la lame du couteau (rapport CURML du 25 juillet 2013). Sur la partie du manche du couteau se situant dans le prolongement direct de la lame, un profil de mélange avec une fraction majeure masculine et une fraction mineure non interprétable, avait encore été mis en évidence.
Le profil ADN de A_ figurait sur la poignée du sabre (rapport de police du 6 août 2013).
c.
L'examen des rétroactifs téléphoniques relatifs aux numéros utilisés par les deux prévenus durant la nuit du 12 mai 2013 a permis de mettre en exergue les éléments suivants :
- entre 00h15 et 02h42, huit appels avaient été émis par le téléphone portable de A_ à destination du raccordement enregistré au nom de F_, mais figurant sous le nom "I_" (sic) dont A_ a indiqué qu'il s'agissait du pseudonyme de B_ (cf. procès-verbal du 7 juin 2013, pièce B-134). ![endif]>![if>
Huit autres appels ont été émis à destination du numéro dont F_ a admis être l'utilisateur ;
- entre 02h06 et 02h42, A_ avait essayé de joindre à six reprises un certain "J_" (identifié comme étant C_ d'après les déclarations du prévenu, cf. procès-verbal du 7 juin 2013, pièce B-134) ;![endif]>![if>
- A_ n'avait reçu aucun appel entre 00h15 et 09h26 ;![endif]>![if>
- à 02h51, A_ avait envoyé à F_ un message (sms) ayant la teneur suivante : "
hé mon frère, que s'est-il passé avec K_ on l'a vraiment poignardé ou c'est une blague ? je ne veux pas m'impliquer, j'étais dans le parc, j'ai bu des bouteilles de whisky avec les gens et j'ai entendu qu'on l'a poignardé après quoi l'ambulance à emporter
(sic)
K_. Je suis désolé pour ce qui s'est passé. Je ne suis pas coupable et cela ne m'intéresse pas. Ciao
" ;![endif]>![if>
- B_ n'avait émis ni reçu aucun appel.![endif]>![if>
d.a
Aux termes du rapport du CURML,
le cardiomobile avait été appelé à 01h39 et était intervenu sur place à 01h52. A l'arrivée des secouristes, C_ était calme, conscient et présentait une tachycardie. Il souffrait d'une plaie de 6 cm de long au niveau de la fosse iliaque droite, avec éviscération d'une anse d'environ 8-10 cm d'intestin grêle, qui était bien perfusée. Aucun saignement actif n'avait été constaté sur place. Il était arrivé aux urgences des HUG à 02h05. Les examens avaient montré la présence d'une plaie du muscle grand droit de l'abdomen à droite avec une éventration de l'intestin grêle. Aucune lésion traumatique des organes internes n'avait été visualisée ni aucun liquide libre ou saignement actif dans l'abdomen. C_ avait subi une laparotomie médiane, avec désincarcération de l'intestin grêle, toilette de la cavité abdominale et suture de la paroi abdominale et de la plaie, décrite par les chirurgiens comme une plaie par arme blanche. Les suites post-opératoires avaient été normales et les paramètres vitaux du patient étaient toujours restés dans la norme. Le patient avait pu rentrer à son domicile le 17 mai 2013. Les lésions corporelles observées ne comprenaient pas de séquelles à long terme. En conclusion, dès lors que les paramètres vitaux d'C_ étaient restés stables tout au long de la prise en charge médico-chirurgicale, sa vie n'avait pas concrètement été mise en danger.
d.b
B_, examiné le 12 mai 2013 à 03h30, se trouvait dans un état d'éthylisation aiguë. Il était toutefois conscient, collaborant et capable de discernement. L'examen clinique montrait la présence de deux plaies en regard de l'articulation temporo-mandibulaire gauche, qui avaient été suturées par trois respectivement cinq points. Une troisième plaie était présente au niveau de la face interne de l'avant-bras droit et avait nécessité sept points de suture. Le scan du massif facial montrait une fracture des os propres du nez. Les ecchymoses péri-orbitaire gauche, œdème orbitaire et zygomatique gauche et fracture du nez étaient la conséquence de traumatismes contondants. Les plaies observées au visage à gauche et aux avant-bras, ainsi qu'au doigt de la main droite, présentaient les caractéristiques de lésions provoquées par un instrument tranchant et/ou piquant et tranchant. Le tableau lésionnel observé était évocateur d'une hétéro-agression. La vie de B_ n'avait pas été concrètement mise en danger.
e.
G_ a été entendu par la police immédiatement après les faits. Il avait passé la soirée du 11 au 12 mai 2013 en compagnie de son ami H_ avec l'intention de boire des bières au Parc E_. Ils s'étaient arrêtés en chemin pour en acheter avant de se rendre dans un bar pour se fournir en glaçons. Alors qu'ils se dirigeaient vers le bas du parc, ils avaient dépassé trois individus assis sur un banc sis face à la mare. Pendant qu'il attendait H_, qui était allé acheter de quoi manger, deux individus, d'origine roumaine, dont l'un était coiffé d'un bandana (A_), l'avaient accosté pour lui proposer d'acheter un iPad, ce qu'il avait refusé. Finalement, H_ et lui-même s'étaient installés sur le banc sis juste à côté des trois individus qu'ils avaient remarqués en arrivant. Celui assis au bout du banc à droite avait le visage tuméfié (B_). Ils leur avaient offert des cigarettes. Comme il était absorbé par sa discussion avec H_, avec lequel il écoutait de la musique, il ne s'intéressait pas vraiment à ses voisins, qui avaient été rejoints par les deux individus qui lui avaient proposé l'iPad. Après avoir vu l'état du visage de B_ ("
celui qui avait été battu
"), A_ ("
l'homme au bandana
") avait invectivé la personne assise sur la gauche du banc (C_), puis il avait soulevé le couvercle d'une poubelle, qui se trouvait juste à côté d'eux, et l'avait fouillée pour en sortir un "
bon paquet de papier journal froissé
", lequel semblait "
emballer quelque chose
". Pour sa part, il ne s'en était pas vraiment étonné, pensant qu'il cherchait de quoi manger, et s'était à nouveau désintéressé de ses voisins. Quelques secondes plus tard, des cris avaient attiré son attention. C_ ("
l'individu qui s'était fait engueulé
(sic)
par celui qui portait un bandana
") s'était enfui en courant en se tenant le ventre, poursuivi par B_, qui tenait un couteau à la main. Les autres individus avaient suivi en direction du bas du parc. H_ lui avait alors intimé de quitter les lieux au plus vite dès lors qu'un coup de couteau venait d'être asséné. Ils étaient partis dans la direction opposée à celle des protagonistes en vérifiant fréquemment ne pas être suivis. A_ était alors revenu dans leur direction en courant, les avait dépassés et s'était dirigé à l'arrière de toilettes publiques se trouvant une quinzaine de mètres en amont. Il en était revenu muni d'un "
katana
", qu'il avait sorti de son fourreau en redescendant vers ses compatriotes.
f.a
H_ avait passé la soirée du 11 au 12 mai 2013 en compagnie de son ami G_ à son domicile. Ils projetaient de rejoindre une fête d'anniversaire se déroulant au parc L_. Comme la fête était terminée à leur arrivée, ils s'étaient rendus au parc E_ afin d'y consommer des bières. Ils s'étaient arrêtés dans un restaurant pour se fournir en glaçons. Dans le bas du parc, il avait aperçu cinq hommes et une femme assis vers les bancs. G_ avait attendu près de ce groupe pendant que lui-même était allé chercher des chips. Lorsqu'il l'avait rejoint, son ami discutait avec certains de ces individus à propos d'un iPad. L'un d'eux portait une veste en cuir foncé, un bandana sur la tête et parlait mal le français avec un accent roumain (A_). G_ et lui-même s'étaient installés sur un banc, éclairé par un candélabre, se situant près de la mare. Sur leur droite, deux individus, de nationalité roumaine, dont l'un avait le visage en sang (B_) et l'autre boitait (F_), étaient calmement assis sur le banc voisin et buvaient des bières. Ceux-ci avaient rapidement été rejoints par A_ ("
l'homme au bandana
") et "
celui qui se fera agresser par la suite
" (C_). Une dispute, en langue roumaine, avait immédiatement suivi. A_ désignait à C_ le visage de B_ ("
celui qui avait le visage en sang
") et semblait, d'après ces gestes, chercher des explications sur ce qui s'était passé. C_ était assis à côté de F_, alors que A_ était resté debout face à eux. Pour sa part, il se tenait également debout face à son ami G_ et regardait ses voisins. Il leur avait d'ailleurs offert deux cigarettes, pendant que A_ continuait à "s'exciter" verbalement et physiquement saisissant le visage de B_ pour le montrer à C_. A_ s'était alors dirigé vers une poubelle se trouvant juste à côté d'eux. Il l'avait ouverte, avait posé le couvercle de couleur blanche par terre, avait plongé les mains à l'intérieur et l'avait fouillée pour en sortir un journal, qu'il avait déroulé et qui contenait un long couteau, qu'il avait remis discrètement à B_, qui s'en était saisi en gardant la tête baissée. Les deux hommes n'avaient pas eu besoin de se parler. B_, tenant le couteau dans sa main droite, s'était retourné sur sa gauche et avait "
puissamment planté le couteau dans le ventre de l'agressé
". C_ avait crié, était tombé à terre, avait mis sa main sur son ventre, s'était relevé et était parti en courant en direction du bas du parc. Il était passé par la gauche de la mare, donc devant eux, et les autres lui avaient emboité le pas. B_ était le premier des poursuivants, suivi par A_ et finalement F_, qui boitait. Il avait immédiatement dit à G_ qu'il fallait partir, ce que celui-ci n'avait pas compris car il n'avait pas vu le coup de couteau. Ils s'étaient dès lors dirigés vers le haut du parc en se retournant fréquemment. A_ était remonté dans leur direction en courant et il avait eu peur qu'il ne revienne pour eux. Il les avait dépassés pour continuer son chemin jusqu'aux toilettes publiques. Il s'était baissé, avait pris un sabre dans un étui, l'avait ouvert et était reparti en courant, déterminé, en direction du bas du parc, le sabre dans la main et l'étui dans l'autre.
f.b
Devant le Ministère public, H_, séparé des prévenus par un paravent, a confirmé ses précédentes déclarations, identifiant formellement B_ et A_. Il était formel s'agissant de ces explications sur la manière dont A_ s'était muni du couteau, l'avait discrètement remis à B_, puis était allé chercher un sabre avant de rejoindre ses compatriotes en bas du parc. Contrairement à ce qu'il avait déclaré à la police, A_ n'avait couru en direction de ses compatriotes qu'après avoir récupéré le sabre et non pas directement après la fuite d'C_. Il courait en hurlant et en brandissant le sabre. Il ne reconnaissait ni le sabre ni le couteau sur les photos qui lui avaient été soumises. B_ avait frappé en tenant le couteau par le manche avec la lame dirigée vers le bas en faisant un mouvement circulaire de haut en bas et de droite à gauche. Ne parlant pas le roumain, il n'avait pas compris les propos échangés durant la dispute. Il était toutefois évident que A_ avait cherché à savoir ce qui s'était passé. Depuis les containers, il voyait l'ensemble du parc, notamment le lieu de l'agression ainsi que les protagonistes en contrebas. La police était arrivée environ cinq minutes après le coup de couteau et A_ avait lancé quelque chose dans des buissons. Une des voitures de police était d'abord passée devant les protagonistes sans s'arrêter puis vers lui et G_ en leur braquant un projecteur dans la face. G_ et lui-même avaient indiqué à la police "
c'est là-bas que ça se passe
" sans désigner directement les agresseurs, car ils avaient peur.
g.a
C_ était arrivé à Genève une quinzaine de jours avant son agression. Il se rendait quotidiennement dans le parc E_ pour y rejoindre des compatriotes comme F_, A_, ainsi qu'un couple dont l'homme se prénommait M_. Sur planches photographiques, il reconnaissait B_, qu'il savait violent. Après avoir constaté que du vin et du chocolat lui avaient été volés, B_ l'avait directement accusé du vol de ses denrées, malgré ses protestations, et avait insulté sa mère à plusieurs reprises. Il avait réagi en lui assénant quelques gifles, ce qui l'avait calmé. C_ s'était dès lors assis avec lui sur un banc et le dénommé M_, alors que A_ et F_ étaient restés debout face à eux. Pendant l'heure suivante, les esprits s'étaient apaisés et ils avaient tous fumé en buvant de l'alcool. Soudainement, B_ lui avait asséné un coup de couteau dans le ventre. Rien ne laissait présager son geste dans la mesure où ils s'étaient réconciliés. Il n'y avait personne d'autre à proximité directe du banc où l'agression avait eu lieu et personne n'avait incité B_ à le poignarder.
g.b
Devant le Ministère public, C_ a confirmé l'essentiel de ses déclarations à la police, précisant avoir connu A_ aux Pays-Bas environ une année et demie avant les faits. Il s'agissait "
d'une connaissance, d'un ami
". B_ l'avait frappé environ 30 minutes après qu'ils eurent leur différend et il l'avait poursuivi sur une distance d'environ 200 mètres. Il n'avait pas vu d'où venait le couteau, ni entendu A_ inciter B_ à lui porter de coups.
h.a
B_ a d'emblée reconnu être l'auteur du coup de couteau porté à C_. A la vue des policiers, il avait sorti le couteau de sa poche et l'avait posé sur le sol pour se rendre. Contrairement à ce qui était indiqué dans le rapport d'interpellation, il n'avait pas essayé de s'en débarrasser. Le 11 mai 2013, il avait passé toute la journée dans le parc E_ en compagnie de compatriotes, dont C_, A_ et F_. Dans la soirée, alors qu'ils étaient tranquillement installés sur un banc, C_ s'était soudainement levé et l'avait frappé après l'avoir accusé, à tort, de l'avoir insulté. Il lui avait asséné plusieurs coups de poing notamment au niveau du visage, en étant muni d'un objet coupant, avant de retourner s'asseoir auprès de F_, lequel ne s'était pas interposé. Comme A_ avait pris le parti d'C_, il s'était senti menacé et avait sorti un couteau de cuisine, dont la lame mesurait environ 10 cm, de son sac à dos. Il craignait d'être roué de coups, voire tué. Il avait immédiatement planté le couteau dans le ventre d'C_, en faisant un geste circulaire avec le bras et le haut du corps. Il n'avait pas eu besoin de se lever, son bras passant devant F_. Il avait délibérément placé sa main sur le haut de la lame pour éviter de l'enfoncer jusqu'à la garde "
sinon le couteau aurait pu le transpercer
". Il ne savait pas de combien de centimètres la lame s'était enfoncée. Sa main avait peut-être un peu glissé en arrière. Son but était d'effrayer C_ et les autres personnes présentes, mais pas de le tuer, raison pour laquelle il avait pris garde à ne pas frapper avec l'entier de la lame ni "
à la hauteur du cou ou ailleurs
". C_ avait pris la fuite en direction de la sortie du parc tandis que F_ et A_ faisaient écran. Pour sa part, il s'était enfui en direction de la gare. Il n'avait pas poursuivi C_. Il avait rapidement croisé une patrouille de police et s'était rendu de crainte d'être lynché par ses compatriotes. A_ l'avait poursuivi jusqu'à la sortie du parc après avoir été chercher un objet, qu'il n'avait pas identifié, à lui lancer.
Le couteau lui appartenait. A_ ne le lui avait pas donné pas plus qu'il ne l'avait sorti d'une poubelle. Il n'avait pas connaissance de l'existence du sabre trouvé sur les lieux.
h.b
Devant le Ministère public, B_ a confirmé ses précédentes déclarations, tout en admettant que A_, F_ et C_ s'étaient disputés au sujet des coups dont il avait été victime. Il ne se rappelait plus des propos échangés. Cette histoire de chocolat n'était qu'un prétexte pour des compatriotes souhaitant se venger de lui. Son objectif était de pouvoir s'enfuir après avoir infligé à C_ une blessure superficielle. Il n'avait pas pris en considération le risque d'une issue fatale.
i.a
A_ n'était pas présent durant la première altercation ayant opposé C_ à B_. Il en avait été prévenu par téléphone. Lorsqu'il avait rejoint ses amis installés sur un banc, B_ était calme. Il s'était soudainement levé et rué sur C_. Comme il ne savait pas que B_ était armé d'un couteau, il avait cru à un coup de poing. Personnellement, il n'avait "rien vu venir". B_ avait frappé avec le bras droit sur le côté gauche d'C_ à la hauteur de l'abdomen. C_ s'était levé, avait dit "
il m'a planté
" et s'était enfui. Il n'avait réalisé que B_ tenait un couteau qu'au moment de sa fuite. Dans la communauté roumaine, B_ était connu pour avoir des antécédents d'agression à l'arme blanche. A_ avait trouvé le sabre plus tôt dans la journée alors qu'il fouillait des poubelles. Il avait d'abord pensé à une sorte de bâton, puis s'étant rendu compte qu'il s'agissait d'une arme, il s'en était débarrassé en le jetant dans des buissons entre l'étang et la rue 2_. Il l'avait tenu au niveau de l'étui, du manche et éventuellement de la lame, sans l'utiliser et n'avait pas cherché à le cacher. Il ne l'avait plus touché après l'avoir jeté. Les témoins mentaient. Il n'avait pas incité B_ à poignarder C_, qui était son "
meilleur ami
", pas plus qu'il ne lui avait donné le couteau.
i.b
Devant le Ministère public, A_ a persisté dans ses dénégations, précisant que trois autres compatriotes, dont il ignorait l'identité, étaient également présents lorsqu'il avait rejoint B_ et C_ dans le parc. Il n'avait pas eu connaissance d'injures proférées à l'encontre de son ami. Après l'agression, tout le monde s'était dispersé. Il avait aidé à l'identification de la victime. Inquiet au vu de la gravité de son état, il avait essayé de le contacter, sans succès, à plusieurs reprises le lendemain des faits. Par le biais d'un message (sms), il avait informé F_ des évènements, précisant ne pas être coupable et n'avoir personnellement "planté" personne. Il avait rencontré C_ aux Pays-Bas deux ou trois ans auparavant et le considérait davantage comme un ami que B_. Dans son répertoire téléphonique, C_ était enregistré sous "
K_ ou J_
" et B_ sous le nom "
I_
".
j.
F_ a prétendu ne pas avoir assisté aux faits. Il comptait se rendre dans une discothèque proche du parc E_, raison pour laquelle il se trouvait dans les parages.
k.
Le gendarme N_ avait interpellé B_ environ 45 minutes après la diffusion de son signalement. Maculé de sang, il leur avait fait signe en écartant les bras alors qu'il tenait un couteau à la main. Il n'avait fait aucun geste menaçant et s'était rendu de lui-même. Il avait l'air sonné et perdu, mais cela ne l'avait pas empêché de collaborer.
l.
Le _ septembre 2013, A_ a déposé plainte pénale contre H_ et G_ pour faux témoignages et dénonciations calomnieuses, laquelle a été suspendue en attente du résultat de la présente procédure.
m.a
Lors de l'audience de jugement, B_ a intégralement maintenu sa version des faits. Il n'avait pas eu l'intention de provoquer une blessure aussi grave que celle subie par la victime. Il n'avait pas visé d'endroit particulier. Son geste s'inscrivait dans une optique de défense et non de vengeance. Trois minutes environ s'étaient écoulées entre les coups qu'il avait reçus et le coup de couteau. Il regrettait son geste.
m.b
A_ était victime d'une erreur judiciaire. S'agissant du sms envoyé à F_, il reconnaissait en être l'auteur et ne contestait pas la traduction figurant à la procédure.
Plainte de la D_ (chiffre B.II de l'acte d'accusation)
n.
Selon rapport de la police lausannoise du 27 avril 2013, B_ a été appréhendé le jour même à 14h15 par le personnel de sécurité de la D_ sise rue 1_, en possession de quatre bouteilles de whisky qu'il venait de dérober. Plainte pénale a été déposée.
B_ s'était vu notifier les 1
er
décembre 2012 à la D_ de 3_, 26 mars 2013 à la D_ de 4_ et 2 avril 2013 à la D_ de 5_, une formule d'interdiction d'entrée
qu'il avait signée et qui disposait, en français, qu'il lui était fait interdiction avec effet immédiat d'accéder aux points de vente répertoriés au verso du formulaire – soit notamment les points de vente de la D_ – pendant deux ans, sous peine de dépôt d'une plainte pénale pour violation de domicile.
o.a
A la police, B_ a soutenu ne pas savoir qu'il était sous le coup de deux interdictions d'entrée dans les magasins D_ de Suisse.
o.b
Au Ministère public et lors de l'audience de jugement, il a précisé n'avoir pris conscience de la portée territoriale de l'interdiction qu'après avoir été assisté d'un interprète lors de son audition par la police lausannoise. Précédemment, il pensait que celle-ci n'était valable que pour le magasin où elle lui avait été notifiée.
C.
Conditions de détention de A_ et B_
a.
Pendant la procédure d'appel, B_ et A_ se sont plaint de leurs conditions de détention, faisant valoir une violation de l'art. 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, du 4 novembre 1950 [CEDH ;
RS 0.101
]. Un rapport détaillé retraçant le parcours carcéral des appelants a ainsi été requis pour vérifier si, dans le cas d'espèce, avaient été commises des irrégularités susceptibles de constituer une violation de la CEDH, du droit fédéral ou du droit cantonal.
b.
Le rapport de la direction de Champ-Dollon faisait état des éléments suivants relatifs au parcours cellulaire de B_ :
- il avait notamment séjourné 279 nuits – dont 277 consécutives – dans une cellule triple d'une surface de 23 m
2
hébergeant cinq autres détenus, laissant à disposition de chacun d'entre eux un espace individuel net de 3,83 m
2
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- il avait aussi passé, respectivement, 77 nuits avec une surface individuelle de 4,28 m
2
, 21 nuits avec 4,60 m
2
, 2 nuits avec 5,75 m
2
et 2 nuits avec 6,42 m
2
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- il n'avait pas travaillé, refusant d'adhérer au processus d'accession au travail nécessitant son transfert dans une autre aile de la prison.![endif]>![if>
Selon le même rapport, les cellules dites triples des unités Nord et Sud avaient une surface brute de 25,5 m2 comprenant des douches et sanitaires avec séparation (2,5 m2), un frigo, un téléviseur et une penderie : ces cellules étaient systématiquement équipées de six lits et disposaient d'une douche dont les détenus pouvaient user à leur guise. Les places de travail étaient attribuées par ordre chronologique, le délai d'attente étant de l'ordre de six mois. Les visites du conseil étaient garanties sans restriction, celles de la famille une fois par semaine pendant une heure. Les délais d'attente pour les consultations médicales dépendaient de la gravité du cas : les consultations urgentes étaient immédiatement garanties, les autres pouvaient attendre jusqu'à un mois (consultation médicale somatique non urgente), voire plusieurs mois (consultation psychologique non urgente). Le délai d'attente pour obtenir un entretien avec le secteur socio-éducatif était de plusieurs semaines tandis que celui pour un appel téléphonique s'élèvait à deux mois environ. A part l'heure de promenade quotidienne à l'air libre, ce rapport ne faisait pas état d'autres activités régulières hors des cellules.
c.
Aux termes du rapport le concernant, A_ séjourne depuis le début de son incarcération en cellule individuelle, disposant d'une surface de 4 ou 6 m
2
en fonction de la présence dans la cellule d'un ou de deux codétenus. En raison de son activité de nettoyeur, il passe, en sus de l'heure de promenade, quotidiennement plus de six heures hors de sa cellule.
D. a.
Par ordonnance présidentielle du 25 juillet 2014 (
OARP/173/2014
), la juridiction d'appel a ordonné l'ouverture d'une procédure orale et cité à comparaître G_, H_ et F_ comme témoins.
b.
Par courrier du 4 août 2014, la D_ a persisté dans ses prétentions civiles.
c.
B_ a souligné avoir été détenu dans des conditions illicites durant 279 jours. Il conclut au paiement d'une indemnité de CHF 55'800.-, équivalant à CHF 200.- par jour de détention illicite.
d.a
Pendant les débats d'appel, A_ a produit un bordereau de pièces contenant plusieurs courriers qu'il avait adressés à son avocat où il affirme son intention de se battre pour prouver son innocence, ainsi qu'un courrier de l'Ambassade de Roumanie attestant avoir été contactée par le prévenu.
d.b
Le témoin H_ a été le seul à se présenter (cf.
infra
, let. e. c), les témoins F_ et G_ n'ayant pu être atteints.
d.c

## Considerations