# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** ad6ce5b2-25f0-4055-8c2a-5103f4acfbc8
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié le 17 juin 2022, A_ recourt
contre l'ordonnance
du 7 précédent, communiquée par pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur sa plainte.
Le recourant conclut, sous suite de frais et dépens, à l'annulation de ladite ordonnance et à ce qu'il soit entré en matière sur la procédure P/1478/2022.
b.
Le recourant a versé les sûretés en CHF 1'000.- qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Le
19 janvier 2022, A_ a déposé une plainte pénale contre B_ et C_, pour calomnie (art. 173 CP), subsidiairement diffamation (art. 174 CP).
En substance, il a expliqué
que, dans le cadre d'une procédure de divorce l'opposant à D_, cette dernière avait, à l'appui de sa réponse du 1
er
décembre 2021, produit des attestations écrites de B_, son employée de maison, et de C_, conjoint de la précitée, travaillant également pour son épouse. Lesdites attestations contenaient des affirmations diffamatoires, voire calomnieuses, à son égard.
b.
Le 24 janvier 2022, le Ministère public a décidé de ne pas entrer en matière sur les faits reprochés à B_, au motif que l'intéressée était décédée le _ 2021, circonstance qui éteignait l'action pénale.
c.
Auditionné par la police le 10 mars 2022, C_ a déclaré avoir rédigé l'attestation du 18 octobre 2021 de sa propre initiative, dans le but de soutenir D_, qui vivait mal la procédure de divorce. B_ lui avait indiqué s'être vu proposer de l'argent et un poste de baby-sitter, par A_, pour attester que son employeuse était "
folle
". Lui-même n'avait commencé à travailler pour D_ qu'après le départ de A_ du domicile, de sorte qu'il ne le connaissait pas.
d.
Le 18 mai 2022, le Ministère public a constaté que la plainte pénale du 19 janvier 2022 avait été expressément déposée contre B_ et C_ sans viser D_, qui avait pourtant déposé les attestations des précités au Tribunal d'arrondissement de E_[VD]. Ce procédé paraissait,
prima facie
, contraire au principe de l'unité de la plainte pénale, un délai au 1
er
juin 2022 étant imparti à A_ pour se déterminer sur cette question.
e.
Par courrier du 1
er
juin 2022, A_ a déclaré que sa plainte pouvait et devait être considérée comme visant toutes les personnes ayant participé aux infractions dénoncées.
C.
Dans son ordonnance querellée, le Ministère public retient que A_ a choisi, dans sa plainte, d'épargner D_ malgré le rôle majeur joué par celle-ci dans la commission de l'infraction éventuelle, qui a consisté à porter les documents à la connaissance de l'autorité judiciaire vaudoise. Faute de se conformer au principe d'unité, la plainte n'était pas valable. L'indication donnée le 1
er
juin 2022 par A_ que sa plainte devait être considérée comme visant toutes les personnes ayant participé à la commission des infractions était tardive car postérieure à l'échéance du délai de plainte.
D.
a.
À l'appui de son recours,
A_ fait valoir que le Ministère public a constaté de manière erronée qu'il aurait souhaité épargner son épouse, ce qui n'était pas le cas. Sa déclaration d'extension de sa plainte à toute personne ayant participé à l'infraction n'était pas tardive, le Ministère public lui ayant imparti un délai – qu'il a respecté – à cette fin. Par ailleurs, il soutient que le principe de l'unité de la plainte pénale impliquait que le délai de plainte était sauvegardé à l'égard de tous les participants à partir du moment où elle avait été déposée dans les délais contre l'un d'eux au moins.
b.
Le Ministère public conclut au rejet du recours, avec suite de frais. La plainte pénale de A_, qui était assisté d'une avocate lors de son dépôt, était rédigée de manière réfléchie et professionnelle. Or, les formules usuelles "
et contre tout participant à l'infraction
" ou "
et contre inconnu
" n'avaient pas été mentionnées, ce qui ne pouvait pas résulter du hasard. L'intéressé avait donc cherché à épargner son épouse afin d'éviter une escalade du conflit familial.
c.
A_ réplique ignorer si son épouse est impliquée, cas échéant dans quelle mesure, dans la commission de l'infraction, de sorte que le dépôt d'une plainte contre celle-ci aurait pu être qualifiée de calomnieuse. Il soutient, en outre, que le fait de lui impartir un délai en vue de clarifier s'il étendait sa plainte pénale à son épouse, puis de déclarer tardive la déclaration en ce sens, intervenue dans le délai imparti, avait un caractère contradictoire.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner du plaignant qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).![endif]>![if>
2.
Le recourant reproche au Ministère public de n'être pas entré en matière sur sa plainte.![endif]>![if>
2.1.
Selon l'art. 310 al. 1 let. a CPP, le ministère public rend immédiatement une ordonnance de non-entrée en matière s'il ressort de la dénonciation ou du rapport de police que les éléments constitutifs de l'infraction ou les conditions à l'ouverture de l'action pénale ne sont manifestement pas réunis.![endif]>![if>
Cette disposition doit être appliquée conformément à l'adage
in dubio pro duriore
(arrêt
6B_1456/2017
du 14 mai 2018 consid. 4.1 et les références citées). Celui-ci découle du principe de la légalité (art. 5 al. 1 Cst. et 2 al. 1 CPP en relation avec les art. 309 al. 1, 319 al. 1 et 324 CPP; ATF
138 IV 86
consid. 4.2) et signifie qu'en principe, un classement ou une non-entrée en matière ne peuvent être prononcés par le ministère public que lorsqu'il apparaît clairement que les faits ne sont pas punissables ou que les conditions à la poursuite pénale ne sont pas remplies (ATF
146 IV 68
consid. 2.1). Pour les infractions poursuivies sur plainte, l'existence d'une plainte valable constitue une condition à la poursuite pénale (ATF
128 IV 81
consid. 2, p. 83; L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND,
CPP –
Petit Commentaire
, 2
ème
éd. Bâle 2016, n. 1a ad art. 310).
2.2.1.
Si une infraction n'est punie que sur plainte, toute personne lésée peut porter plainte contre l'auteur (art. 30 al. 1 CP), ce droit se périmant dans un délai de trois mois à compter du jour où l'ayant droit a connu l'auteur de l'infraction (art. 31 CP). À teneur de l'art. 32 CP, si un ayant droit a porté plainte contre un des participants à l'infraction, tous les participants doivent être poursuivis.
Le but de l'art. 32 CP, applicable uniquement dans les cas où une plainte est nécessaire à l'ouverture de l'action pénale (L. MOREILLON / A. MACALUSO / N. QUELOZ / N. DONGOIS (éds),
Commentaire romand du Code pénal I
, 2
ème
éd. Bâle 2021, n. 2a ad art. 32), est d'empêcher que le lésé puisse choisir arbitrairement de faire punir un participant à l'infraction à l'exclusion d'un autre (ATF
143 IV 104
consid. 5.1 p. 112;
132 IV 97
consid. 3.3.1 p. 99). Lorsqu'il est patent que le plaignant entend épargner les participants à une infraction qui ne sont pas désignés dans la plainte pénale, celle-ci doit être déclarée non valable (ATF
121 IV 150
consid. 3a/aa; arrêt du Tribunal fédéral
6B_106/2015
du 10 juillet 2015 consid. 2.3).
2.2.2.
La plainte pénale est déposée à raison d'un état de fait délictueux déterminé, l'autorité pénale étant, après l'ouverture de l'action pénale, saisie
in rem
et non
in personam
. La plainte déposée valablement contre inconnu ou contre l'un (ou certains) des participants vaut donc aussi, en vertu du principe d'indivisibilité de la plainte, contre tous ceux qui ont pris part à l'infraction (ATF
128 IV 81
consid. 2 p. 83;
110 IV 87
consid. 1c p. 90;
80 IV 209
consid. 2 p. 212; L. MOREILLON / A. MACALUSO / N. QUELOZ / N. DONGOIS (éds),
op. cit.
, n. 5a ad art. 31).
2.2.3.
Aux termes de l'art. 5 al. 3 Cst., les organes de l'État et les particuliers doivent agir de manière conforme aux règles de la bonne foi. De ce principe général découle notamment le droit fondamental du particulier à la protection de sa bonne foi dans ses relations avec l'État, consacré à l'art. 9
in fine
Cst. (ATF
138 I 49
consid. 8.3.1 p. 53). Le principe de la bonne foi est également concrétisé à l'art. 3 al. 2 let. a CPP et concerne, en procédure pénale, également les autorités pénales (ATF
144 IV 189
consid. 5.1;
143 IV 117
consid. 3.2).
Selon ce principe constitutionnel, toute autorité doit s'abstenir de procédés déloyaux et de comportements contradictoires, notamment lorsqu'elle agit à l'égard des mêmes justiciables, dans la même affaire ou à l'occasion d'affaires identiques (ATF
111 V 81
consid. 6; arrêts du Tribunal fédéral
1B_640/2012
du 13 novembre 2012 consid. 3.1 et les arrêts cités;
6B_481/2009
du 7 septembre 2009 consid. 2.2;
ACPR/336/2012
du 20 août 2012). À certaines conditions, le citoyen peut ainsi exiger de l'autorité qu'elle se conforme aux promesses ou assurances précises qu'elle lui a faites et ne trompe pas la confiance qu'il a légitimement placée dans ces dernières (ATF
128 II 112
consid. 10b/aa;
118 Ib 580
consid. 5a). De la même façon, le droit à la protection de la bonne foi peut aussi être invoqué en présence, simplement, d'un comportement de l'administration susceptible d'éveiller chez l'administré une attente ou une espérance légitime (ATF
129 II 361
consid. 7.1;
126 II 377
consid. 3a et les références citées;
ACPR/125/2014
du 6 mars 2014).
2.3.
En l'espèce, dans sa déclaration de plainte pénale du 19 janvier 2022, le recourant vise les auteurs de déclarations au contenu, selon lui, diffamatoire, voire calomnieux, soit deux infractions poursuivies uniquement sur plainte.
À teneur de la plainte, le recourant n'a pas tu l'agissement de son épouse ayant consisté à déposer, devant l'autorité judiciaire chargée de leur divorce, les attestations litigieuses. Par ailleurs, les éventuels éléments susceptibles de constituer des faits attentatoires à l'honneur du recourant dans lesdites attestations ont trait à des événements qui se seraient déroulés hors la présence de l'épouse de celui-ci, en particulier l'épisode lors duquel le recourant aurait proposé à la compagne du mis en cause de l'argent et de l'aide pour obtenir un travail en échange d'une attestation diffamatoire. Le recourant paraissait donc légitimé, à tout le moins dans un premier temps, à considérer que la plainte pénale devait viser les auteurs des attestations litigieuses, sans que cela emporte renonciation à agir contre son épouse, si sa participation à l'infraction venait à être établie, étant rappelé que la volonté du plaignant d'épargner toute poursuite pénale à un participant à l'infraction doit ressortir de manière patente de la plainte. En l'occurrence, une telle volonté ne ressortirait pas explicitement de la lecture de la plainte pénale. Or, par son courrier du 1
er
juin 2022, le recourant a levé le doute qui subsistait quant à son intention réelle.
En définitive, la plainte pénale du 19 janvier 2022 doit être interprétée comme visant toute personne ayant participé à l'éventuelle infraction dénoncée, sans exclusion de l'épouse du recourant.
3.
Fondé, le recours doit être admis. Partant, l'ordonnance querellée sera annulée et la cause renvoyée au Ministère public pour nouvelle décision.
4.
L'admission du recours ne donne pas lieu à la perception de frais (art. 428 al. 1 CPP). Les sûretés versées par le recourant lui seront restituées.
5.
Le recourant, partie plaignante, assisté d'une avocate, n'ayant ni chiffré ni
a fortiori
justifié l'indemnité requise pour ses frais de procédure, cette question ne sera pas examinée (art. 433 al. 2 CPP).
* * * * *