# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 2f563946-ae39-58dd-970a-110e0211c8eb
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A. a.
Par acte d'accusation du Ministère public (ci-après : MP) du 1
er
avril 2019, il est reproché à A_ ce qui suit :
Par ordonnance du Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant (ci-après : TPAE) du 5 mai 2015, confirmée par arrêt de la Cour de justice du 28 octobre 2015, un droit de visite a été accordé à C_ du vendredi après l'école ou la crèche au lundi matin ainsi que durant la moitié des vacances scolaires. De mai 2015 au 14 avril 2016, A_ a néanmoins régulièrement retiré les enfants de l'école ou de la crèche avant la fin du temps scolaire afin d'empêcher l'exercice du droit de visite du père (chiffre B.I.1).
Par ordonnance du TPAE du 22 décembre 2015, il a été interdit à A_ d'emmener les enfants hors de Suisse. Le 23 décembre 2015, elle a néanmoins quitté Genève par les airs avec ces derniers à destination de la Lettonie, privant C_ de son droit de visite (chiffre B.I.2).
Par accord du 27 mai 2016, entériné par le TPAE, le droit de visite de C_ a été réaménagé et l'interdiction faite à A_ d'emmener les enfants hors de Suisse levée. Cette dernière s'est toutefois rendue en Lettonie avec ces derniers en juillet 2016 durant tout l'été, empêchant le père d'exercer son droit de visite (chiffre B.I.3).
Par ordonnance de mesures superprovisionnelles du 15 septembre 2016, déclarée immédiatement exécutoire et rendue sous la menace de la peine prévue par l'art. 292 du code pénal suisse (CP), le TPAE a interdit à A_ d'emmener ses deux filles hors de Suisse et il lui a été ordonné de déposer leurs documents d'identité en main du Service de protection des mineurs (ci-après : SPMi). Celle-ci a sollicité l'autorisation d'effectuer un voyage en Lettonie avec ses enfants pendant les vacances scolaires de fin d'année, mais le TPAE a maintenu l'interdiction précitée par ordonnance du 21 décembre 2016, déclarée immédiatement exécutoire et rendue sous la menace de la peine prévue par l'art. 292 CP. A_ a néanmoins quitté la Suisse à destination de la Lettonie avec les enfants du 24 décembre 2016 au 15 janvier 2017, leur faisant ainsi manquer l'école pour la semaine de la rentrée scolaire. Elle n'avait pour le surplus pas déposé les documents d'identité des enfants auprès du SPMi (chiffre B.I.4).
Par ordonnance du TPAE du 4 septembre 2018, déclarée immédiatement exécutoire, rendue sous la menace de la peine prévue par l'art. 292 CP et confirmée par la Cour de justice le 22 janvier 2019, la reprise des relations personnelles entre C_ et les enfants a été ordonnée à partir du 22 septembre 2018. A_ a cependant refusé de respecter cette décision (chiffre B.I.5).
A_ a dès le mois de mai 2015 délibérément omis à de très nombreuses reprises d'amener les enfants à l'école ou à la crèche pour des raisons qualifiées d'actes de résistance, en sus des périodes où elle se trouvait en Lettonie en septembre 2016 et en janvier 2017.
En empêchant sans discontinuer C_ d'entretenir avec leurs enfants des relations personnelles conformément à son droit de visite et en les déscolarisant de la manière susdécrite, A_ a violé son devoir d'assistance ou d'éducation (chiffre B.II.6).
b.
Par jugement du 23 décembre 2019, le Tribunal de police (ci-après : TP) a acquitté A_ des chefs de contrainte (art. 181 CP) et de violation du devoir d'assistance ou d'éducation (art. 219 al. 1 CP), classé la procédure en tant qu'elle concernait le chef d'insoumission à une décision de l'autorité (art. 292 CP) en lien avec les chiffres B.I.1 à B.I.3 de l'acte d'accusation mais l'a en revanche condamnée, pour ce même chef, pour les faits mentionnés sous chiffres B.I.4 et B.I.5, à une amende de CHF 3'000.-, avec peine privative de liberté de substitution de 30 jours. Il a par ailleurs débouté les enfants mineurs de leurs conclusions en réparation du tort moral et les a renvoyés à agir par la voie civile en réparation de leur dommage matériel. A_ a été condamnée à les indemniser pour leurs frais de défense ainsi qu'au tiers des frais de la procédure, ses propres conclusions en indemnisation ayant été rejetées.
c.a.
Aux termes de sa déclaration d'appel A_ a conclu, frais à la charge de l'Etat, à la confirmation du classement susmentionné et pour le surplus à son acquittement de tous les chefs d'accusation, à l'allocation d'une indemnité de CHF 10'000.- pour tort moral et au déboutement des enfants de leurs conclusions en dommages-intérêts ainsi qu'en indemnisation de leurs frais de défense.
c.b.
Egalement appelants, les mineurs ont conclu à un verdict de culpabilité des chefs de contrainte et de violation du devoir d'assistance ou d'éducation, ainsi qu'à la condamnation de leur mère à leur verser une indemnité en réparation du tort moral et pour leur frais de défense en première instance ainsi qu'en appel. Elle devait également couvrir tous les frais médicaux et pharmaceutiques non remboursés.
c.c.
Le MP a formé appel joint et conclu, avec suite de frais, à un verdict de culpabilité des chefs de contrainte et de violation du devoir d'assistance ou d'éducation ainsi qu'au prononcé d'une peine privative de liberté de neuf mois, subsidiairement avec sursis, assortie d'un délai d'épreuve de quatre ans et d'une assistance de probation.
d.
La Chambre pénale d'appel et de révision (ci-après : CPAR), aux termes de son arrêt
AARP/322/2020
du 20 août 2020, a admis partiellement lesdits appels, déclarant A_ coupable de violation du devoir d'assistance ou d'éducation ainsi que d'insoumission à une décision de l'autorité pour les faits mentionnés sous chiffres B.I.4 et B.I.5 de l'acte d'accusation et l'a condamnée à une peine privative de liberté de huit mois avec sursis pendant quatre ans, lui ordonnant, au titre de règle de conduite, de se conformer à toutes les décisions des juridictions civiles statuant ou influant sur l'exercice du droit de visite de C_ sur les enfants mineurs et ordonnant une assistance de probation pendant la durée du délai d'épreuve. Elle l'a en outre condamnée à une amende de CHF 3'000.-, avec une peine privative de liberté de substitution de 30 jours, la déboutant de ses conclusions en réparation du tort moral.
e.
Par arrêt
6B_1220/2020
du 1
er
juillet 2021, le Tribunal fédéral (ci-après : TF) a partiellement admis le recours de A_, laquelle concluait, avec suite de frais et dépens, à son acquittement de tous les chefs d'accusation et à l'allocation d'une indemnité pour tort moral de CHF 10'000.-. Le TF a rejeté le recours pour le surplus.
e.a.
En substance, le TF a considéré que la motivation de la condamnation pour violation du devoir d'assistance ou d'éducation de A_, en ce que son comportement avait concrètement mis en danger le développement de ses enfants mineurs, compte tenu de la durée des actes et de l'importance des rapports entre le père et ces derniers, était insuffisante.
Le TF a ainsi annulé l'arrêt de la CPAR du 20 août 2020 et lui a renvoyé la cause pour nouvelle décision dans le sens de son considérant 1.3, à savoir :
"
1.3.
( ) La cour cantonale a considéré que compte tenu de la durée des actes, qui ont détérioré les rapports entre le père et les enfants sur le long terme, et de l'importance de ces rapports, tout particulièrement dans le contexte de séparation conflictuelle en cause, il était démontré que le comportement de la recourante avait concrètement mis en danger le développement des mineurs. Cette motivation n'apparaît toutefois pas suffisante.
Si la cour cantonale mentionne que c'est la rupture des liens causée puis entretenue par la mère sur une période d'environ 2 ans qui a " indéniablement mis en danger leur développement psychique ", elle relève également que les enfants n'ont vu leur père qu'à de rares exceptions entre mai 2015 et le jugement attaqué, rendu en août 2020 (cf. arrêt attaqué, p. 18 consid. 3.5). Elle avait relevé précédemment que pour la période d'octobre 2016 à août 2018 il ne pouvait pas être reproché à la recourante d'avoir entravé les relations personnelles entre ses enfants et leur père puisque celui-ci était alors en fuite, placé en institution ou en détention (cf. arrêt attaqué, p. 17 consid. 3.3). Sur la base de ces constatations, il appert que la recourante a en effet fait obstacle aux relations entre ses enfants et leur père sur une période globale de l'ordre de deux ans répartie en deux blocs, le premier d'un an et quatre mois et le second de 8 mois entre lesquels se sont écoulés près de deux ans durant lesquels les enfants n'ont pas vu leur père mais sans que cette absence de contact soit imputable à la recourante. Or, s'il est de toute manière délicat d'affirmer sans autre explication que l'absence de contact entre les enfants et un des parents sur une certaine durée est en soi propre à compromettre le développement psychique de ceux-là, cette conclusion est encore plus délicate à tirer dans le cas d'espèce. En effet, il faudrait établir que la suspension des relations, pendant les deux périodes où elle est imputable à la recourante, était propre à elle seule à mettre en danger le développement psychique des enfants au sens de l'art. 219 CP. Telle qu'elle est motivée, la condamnation de la recourante pour violation du devoir d'assistance ou d'éducation au sens de l'art. 219 CP, disposition à interpréter de manière restrictive, viole le droit fédéral.

## Considerations