# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 7a95d94f-b9a9-46bb-9e1d-cfa680daefaa
**Court:** CH_BSTG
**Chamber:** CH_BSTG_001
**Year:** 2017
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Faits:
A. Le 14 juin 2011, le Procureur général de l'Etat du Koweït a adressé à la
Suisse une demande d'entraide judiciaire pour les besoins d'une enquête
pénale dirigée contre A. pour gestion déloyale des intérêts publics (art. 11 s.
de la loi n° 1 de 1993 concernant la protection des fonds publics ainsi que
47 s. de la loi n° 31 de 1970 modifiant certaines dispositions du code pénal)
et blanchiment d'argent (art. 2, 6 et 7 de la loi n° 35 de 2002 sur la lutte contre
le blanchiment d'argent). Le prénommé, ancien directeur général de
l'institution C., se serait enrichi illégitimement au détriment de celle-ci entre
1998 et 2005 par le biais de commissions, pour un montant avoisinant USD
390'000'000.--. Les sommes indûment obtenues auraient été versées sur les
comptes de différentes sociétés créées à cet effet puis sur d’autres, ouverts
auprès de banques en Suisse dont l'intéressé, son épouse B. ou leurs
enfants sont titulaires, ayants droit économiques ou pour lesquels ils
bénéficient d'un droit de signature (cf. arrêts du Tribunal pénal fédéral
RR.2014.122-128 et RR.2014.129-133, du 5 novembre 2014, let. A).
B. Le 1er mai 2012, le Ministère public de la Confédération (ci-après : MPC) a
ouvert une instruction contre A. pour blanchiment d’argent (art. 305bis CP).
Par la suite, il l’a étendue aux infractions de gestion déloyale (art. 158 CP),
subsidiairement abus de confiance (art. 138 CP), puis de gestion déloyale
des intérêts publics (art. 314 CP) et, s’agissant de B., à celle de blanchiment
d’argent (art. 305bis CP; procédure SV.12.0530; in: act. 1.06).
C. Par décisions de clôture du 28 février 2014, confirmées le 5 novembre
suivant la Cour de céans (arrêts RR.2014.122-128 et RR.2014.129-133), le
MPC a transmis à l’Etat du Koweït des documents concernant des relations
bancaires détenues par l’épouse de A. et par des sociétés proches de ce
dernier.
D. Le 19 mai 2016, le MPC a rendu une décision comportant le dispositif
suivant :
« - L’institution C. a qualité de partie plaignante à la procédure SV.12.0530 ;
- L’utilisation par la partie plaignante des moyens de preuve dans des procédures
à l’étranger doit respecter le principe de spécialité » (cause BB.2016.347-348,
act. 1.0a).
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Par mémoire unique du 2 juin 2016, A. et B. ont déféré cette décision devant
la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral. Ils ont conclu (1) à l’annulation
de celle-ci dans la mesure où elle ne pose pas de restriction au droit de
l’institution C. d’accéder au dossier et (2) à ce que ledit droit d’accès soit
restreint en ce sens que l’institution C. n’est autorisée qu’à consulter le
dossier, sans possibilité de lever copie des pièces ni d’emporter les
différentes notes prises lors des consultations (cf. décision du Tribunal pénal
fédéral BB.2016.114-115, du 9 août 2016).
Par décision du 9 août 2016 (BB.2016.114-115), la Cour de céans a déclaré
le recours irrecevable.
E. Le 31 août 2016, le MPC a rendu une décision, complémentaire à celle du
19 mai précédent, par laquelle il a ajouté au dispositif de cette dernière:
« 1. Constate qu’en sa qualité de partie plaignante, l’institution C. bénéficie du droit
d’accès au dossier pénal;
2. Constate qu’il n’existe aucun motif justifiant une restriction d’accès;
[...] » (cause BB.2016.347-348, act. 1.0a).
Par mémoire unique du 12 septembre 2016, A. et B. ont interjeté devant la
Cour de céans un recours contre cette dernière décision. Ils ont repris les
conclusions formées dans leur acte du 2 juin 2016 (cause BB.2016.347-348,
act. 1).
Par décision du 10 janvier 2017 (BB.2016.347-348), entrée en force, la Cour
de céans a partiellement admis le recours et restreint au sens des
considérants l'accès de la partie plaignante au dossier dans la cause
SV.12.0530.
F. Faisant suite à deux courriers qui lui ont été adressés (en copie, s'agissant
du premier) par les époux A. et B. les 17 janvier et 7 février 2017 (act. 1.10
et 1.12), le MPC a rendu le 23 février 2017 une décision comportant le
dispositif suivant (act. 1):
1. Il n'est pas entré en matière sur la demande des prévenus de limiter
l'usage ultérieur des informations obtenues par l'accès au dossier;
2. Il n'est pas entré en matière sur la demande des prévenus de limiter
l'étendue de la prise de notes;
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3. [...]
4. Les conseils suisses de la partie plaignante de même que les membres
de leur Etude ont accès au dossier;
5. La partie plaignante a accès au dossier:
a. Moyennant information préalable sur l'identité précise et sur la
fonction au sein de l’institution C. de la personne accédant au
dossier; et
b. Sous le contrôle permanent de l'un de ses conseils suisses ou
d'un auxiliaire soumis à la LLCA, qui veillera au respect du
point 7 du présent dispositif;
6. La participation d'autres personnes (p.ex. réviseurs) est soumise à
autorisation préalable;
7. Le recours à tout moyen technique permettant la copie de tout ou partie
des pièces du dossier (photographies, vidéos, scan, etc.) est interdit;
8. [...].
G. Par mémoire du 6 mars 2017, assorti d'une demandent d'effet suspensif, les
époux A. et B. défèrent cette décision, dont ils demandent l'annulation des
points 1, 2 et 6 du dispositif, devant la Cour de céans. Ils concluent
principalement à ce qu'il soit interdit à l’institution C. et à ses avocats, sous
menace des peines prévues à l'art. 292 CP, de 1) transmettre à tout tiers,
par quelque moyen que ce soit, toute information récoltée dans le dossier de
la procédure SV.12.0530 et 2) reproduire verbatim tout ou partie dudit
dossier par une dictée, une prise de notes manuscrite ou dactylographiée,
ou par tout autre moyen et, subsidiairement, au renvoi de la cause au MPC
pour nouvelle décision au sens des considérants (act. 1).
H. Par ordonnance du 29 mars 2017, le juge rapporteur a octroyé au sens des
considérants l'effet suspensif au recours (cause BP.2017.13-14, act. 6).
I. Dans leurs réponses respectives, des 7 et 20 mars 2017 le MPC et
l’institution C. concluent au rejet du recours dans la mesure où il est
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recevable (act. 5 et 7).
Par réplique du 3 avril 2017, les recourants maintiennent leurs conclusions
(act. 10).
Par duplique du 20 avril 2017, l’institution C. en fait autant (act. 13).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

## Considerations

La Cour considère en droit:
1.
1.1 En tant qu'autorité de recours, la Cour des plaintes examine avec plein
pouvoir de cognition en fait et en droit les recours qui lui sont soumis
(Message relatif à l'unification du droit de la procédure pénale du
21 décembre 2005, FF 2006 1057, p. 1296 in fine; GUIDON, Commentaire
bâlois, Schweizerische Strafprozessordnung, 2e éd., Bâle 2014, n° 15
ad art. 393; KELLER, Donatsch/Hansjakob/Lieber [édit.], Kommentar
zur Schweizerischen Strafprozessordnung [StPO],
Zurich/Bâle/Genève 2014, 2e éd. [ci-après: Kommentar StPO], n° 39 ad
art. 393; SCHMID, Handbuch des schweizerischen Strafprozessrechts,
2e éd., Zurich 2013, n° 1512).
1.2 Les décisions du MPC peuvent faire l'objet d'un recours devant la Cour de
céans (art. 393 al. 1 let. a CPP et art. 37 al. 1 de la loi fédérale sur
l'organisation des autorités pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71]
en lien avec l'art. 19al. 1 du règlement sur l'organisation du
Tribunal pénal fédéral [ROTPF; RS 173.713.161]). Le recours contre les
décisions notifiées par écrit ou oralement est motivé et adressé par écrit,
dans le délai de dix jours, à l'autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP).
1.3 L'acte attaqué a été notifié le 24 février 2017. Interjeté le 6 mars 2017, le
recours l'a donc été en temps utile.
1.4 Au vu de ce qui précède, il y a lieu d'entrer en matière sur le recours.
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2.
2.1 Les recourants dénoncent tout d'abord un déni de justice ou une violation du
droit, en lien avec les chiffres 1 et 2 du dispositif de l'acte entrepris. Selon
eux, le MPC a refusé à tort de statuer sur l'usage des informations
qu'obtiendra l’institution C. lors de la consultation du dossier et sur l'étendue
des notes qui pourront être prises dans ce contexte par cette institution (cf.
infra consid. 2.2). Alternativement, à admettre que l'autorité précédente s'est
prononcée sur ces points, il faudrait considérer qu'elle a rejeté toute
restriction à l'usage de ces informations, respectivement à la prise de notes,
ce qui serait contraire aux considérants de la décision BB.2016.347-348
précitée (cf. infra consid. 2.3).
2.2 La lecture de l'acte attaqué montre que selon le MPC, ces questions ont été
tranchées définitivement et sans ambiguïté par la Cour de céans – dans le
sens du rejet de toute restriction sur l'un et l'autre point – et que, partant, dite
autorité estime n'être plus aucunement habilitée à se prononcer à cet égard.
En effet, il ressort de la décision entreprise que d'après le MPC, l'unique
moyen de limiter en l'espèce l'utilisation des informations portées à la
connaissance de la partie plaignante lors de la consultation du dossier serait
de réserver le principe de spécialité – procédé qui n'entre pas en
considération puisqu'il a été expressément exclu par la Cour de céans dans
sa décision du 17 janvier 2017 (act. 1.0bis, p. 2). Quant à la prise de notes,
le MPC relève que la Cour de céans l'a autorisée sans lui laisser aucune
marge de manœuvre pour en restreindre les modalités (ibidem).
Il s'ensuit que le MPC s'est penché sur les demandes formées par les
recourants et a conclu qu'il n'était pas compétent pour en connaître. Ce
faisant, il a statué sur celles-ci, de sorte que le grief tiré d'un déni de justice
est mal fondé.
Reste à examiner si le MPC a violé le droit en retenant que ni l'utilisation par
l’institution C. des informations issues de la consultation du dossier, ni la
prise de notes, ne pouvait être limitée.
2.3 Dans sa décision BB.2016.347-348, la Cour de céans a jugé que seule
l’interdiction de lever copie des pièces du dossier pénal était propre à pallier
efficacement le risque de transmission intempestive à l’Etat du Koweït de
documents figurant audit dossier. Compte tenu de l’ampleur et de la
complexité du dossier, une telle mesure devait être assortie d'une
autorisation de prendre des notes lors de la consultation du dossier,
respectivement d’emporter les écrits résultant de cette opération, sans quoi
l’institution C. ne pourrait pas assurer efficacement la défense de ses intérêts
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dans la procédure pénale suisse (consid. 2.2). Les restrictions auxquelles
concluent les recourants ne ressortent aucunement de la décision en
question.
Ces considérations, sur lesquelles il n'y a pas lieu de revenir, reposent sur
l'idée que, compte tenu des circonstances du cas d'espèce, toute décision
rendue par les autorités suisses sur la consultation du dossier ne sera pas
forcément de nature à exercer une influence sur le sort des informations
résultant de cette opération, singulièrement sur leur éventuelle utilisation
dans le cadre de poursuites pénales engagées au Koweït contre les
recourants.
C'est précisément le risque d'une telle utilisation que doit pallier l'interdiction
de lever copie, combinée à la possibilité de prendre et emporter des notes
sans limitation particulière. En effet, il est difficilement imaginable qu'une
simple retranscription – issue de la prise de notes – même intégrale, du
contenu d'une pièce figurant au dossier pénal suisse puisse revêtir une
quelconque valeur probante dans une procédure étrangère. Les recourants
en doutent. Cependant, à suivre leur thèse, selon laquelle l'Etat du Koweït
entend absolument les condamner, au mépris des droits les plus
élémentaires de la défense, force serait d'admettre qu'une pièce résumant
le contenu d'un document figurant au dossier pénal suisse pourrait déjà être
utilisée à charge dans le procès mené à leur encontre dans ce pays; il
faudrait en conséquence interdire toute prise de notes, ce qui se conçoit
d'autant moins que le dossier est volumineux et relativement complexe. A
cela s'ajoute que les intérêts légitimes de l’institution C. dans la procédure
pénale suisse peuvent justifier la reproduction verbatim par celle-ci de
certains passages de l'une ou l'autre pièce du dossier et que le contrôle du
respect d'une hypothétique interdiction sur ce point serait difficile à mettre en
œuvre.
Compte tenu de ce qui précède, le grief de violation du droit est également
mal fondé.
3. Dans un dernier grief, les recourants s'en prennent au chiffre 6 du dispositif
de l'acte attaqué. Sur ce point, le MPC n'a fait que poser le principe selon
lequel l'accès au dossier par des tiers n'est pas exclu, en précisant qu'une
telle démarche était soumise à autorisation. Il n'a toutefois pas appliqué
celui-ci – qui n'est pas contraire à l'art. 101 al. 3 CPP, aux termes duquel des
tiers peuvent consulter le dossier s'ils font valoir à cet effet un intérêt
scientifique ou un autre intérêt digne de protection et qu'aucun intérêt public
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ou privé prépondérant ne s'y oppose – dans un cas concret. En d'autres
termes, la décision entreprise ne modifie pas la situation juridique des
recourants sur ce point; partant, les intéressés ne disposent pas d'un intérêt
juridiquement protégé à l'annulation ou la modification de l'acte attaqué, si
bien que le grief est irrecevable (art. 104 s. CPP, en lien avec l'art. 382 al. 1
CPP).
4. Il suit de ce qui précède que le recours est mal fondé dans la mesure où il
est recevable.
5. Les frais de la procédure de recours sont mis à la charge des parties dans
la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou succombé
(art. 428 al. 1 CPP). En l’espèce, les frais, y compris ceux de la décision
sur l'effet suspensif, sont fixés à CHF 5'000.- - en application de l’art. 8 du
règlement du Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments, dépens et
indemnités de la procédure pénale fédérale (RFPPF; RS 173.713.612). Vu
l’issue du recours, ils sont mis à la charge solidaire des recourants.
6.
6.1 La partie qui obtient gain de cause, soit en l'espèce l’institution C., a droit à
une indemnité pour les dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable
de ses droits de procédure (art. 433 al. 1 let. a CPP, applicable par renvoi de
l'art. 436 CPP; décision du Tribunal pénal fédéral BB.2014.63 du 20 juin
2014).
6.2 Selon l'art. 12 al. 2 RFPPF, lorsque, comme en l'occurrence, l'avocat ne fait
pas parvenir le décompte de ses prestations avant la clôture des débats ou
dans le délai fixé par la direction de la procédure, ou encore, dans la
procédure devant la Cour des plaintes, avec son unique ou sa dernière
écriture, le montant des honoraires est fixé selon l'appréciation de la Cour,
En l'espèce, une indemnité en faveur de l’institution C. d'un montant de
CHF 2'000.-- (TVA inclue) paraît équitable et sera mise à la charge solidaire
des recourants,
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