# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 3e4e7a00-ade4-5770-b4de-d58f84188786
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
Par acte expédié le 16 avril 2021, A_ recourt contre la décision du 29 mars 2021, notifiée sous pli simple, par laquelle le Ministère public n'est pas entré en matière, sans l'indemniser, sur l'infraction de facilitation de séjour illégal qui lui était reprochée.
Il conclut à l'allocation de CHF 1'619.-, plus TVA, à la charge de l'État.
B.
Les faits pertinents sont les suivants :
a.
Le 1
er
novembre 2020, la police est intervenue à C_ [GE] parce qu'une femme et son fils, tous deux en séjour irrégulier en Suisse, étaient sur le point de se faire expulser de leur logement. La femme a passé à un policier l'appel téléphonique qu'elle avait engagé avec A_, qui s'occupe de l'hébergement de personnes précarisées. Selon le rapport de police, A_ avait demandé au policier de fermer les yeux sur la situation de la mère et de l'enfant.
b.
Entendu par la police le 27 novembre 2020 en présence de son avocate, A_ a reconnu avoir formulé cette demande, qu'il a mis sur le compte de la naïveté. En revanche, il n'avait rien entrepris de concret pour reloger les deux personnes évacuées.
c.
Le 29 mars 2021, la logeuse, D_, a écopé d'une ordonnance pénale pour facilitation de séjour illégal. Elle a formé opposition.
d.
Le même jour, le Ministère public a rendu la décision attaquée.
e.
Le 8 avril 2021, A_, par son avocate, a demandé à être indemnisé pour ses frais de défense et de statuer sur ce point avant l'expiration du délai de recours. Le Ministère public n'a pas répondu.
B.
Dans la décision attaquée, le Ministère public retient que les éléments constitutifs d'une infraction ne sont manifestement pas réunis à l'encontre de A_.
D. a.
À l'appui de son recours, A_ reproche au Ministère public de ne pas lui avoir accordé d'office l'indemnité à laquelle il avait droit.
b.
Le Ministère public répond qu'il n'avait pas l'obligation d'émettre un avis de prochaine clôture et qu'il ne s'était donc pas prononcé "
à raison
" sur la demande, qui ne lui avait pas encore été adressée. Il lui serait "
loisible
" (sic) de rendre une décision complémentaire sur ce point, mais le recourant ne lui en avait pas laissé le temps.
c.
A_ réplique que le Ministère public n'a toujours pas statué sur sa demande, pas plus qu'il ne s'est exprimé sur le fond.

## Considerations

EN DROIT
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et - faute de notification conforme à l'art. 85 al. 2 CPP - dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP); concerner, si ce n'est un point d'une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 310 al. 2, 322 al. 3 et 393 al. 1 let a CPP), du moins l'omission d'indemniser un défenseur; et émaner du prévenu, qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
En effet, la décision finale qui n'a pas traité de l'indemnisation d'une partie doit être attaquée par la voie de droit qui est ouverte contre cette décision (ATF
144 IV 207
1.7 p. 211).
2.
Le recourant invoque une violation de l'art. 429 al. 1 let. a CPP, au motif que le prononcé d'une ordonnance de non-entrée en matière n'excluait pas l'application de cette disposition.
2.1.
Si l'État supporte les frais de la procédure pénale, le prévenu a en principe droit à une indemnité selon l'art. 429 CPP (ATF
144 IV 207
consid. 1.8.2 p. 211). Selon l'art. 429 al. 1 let. a CPP, le prévenu au bénéfice d'une ordonnance de classement a droit à une indemnité pour les dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure. L'indemnité concerne les dépenses du prévenu pour un avocat de choix (ATF
138 IV 205
consid. 1). Elle entre aussi en considération en cas de refus d'entrer en matière (ATF
139 IV 241
consid. 1 p. 242), c'est-à-dire qu'elle n'est pas limitée aux affaires dans lesquelles une instruction a été ouverte, puis clôturée dans les formes prévues à l'art. 318 CPP. Cette question devait être examinée d'office, conformément à l'art. 429 al. 2 CPP, et le Ministère public ne pouvait pas, sans la moindre motivation, faire fi de la jurisprudence rappelée ci-dessus en ne traitant pas de l'indemnité pour frais de défense (arrêt du Tribunal fédéral
6B_110/2015
du 16 février 2016 consid. 2).
2.2.
En l'occurrence, le Ministère public le pouvait d'autant moins qu'il n'ignorait pas que le recourant avait constitué avocat, puisque le procès-verbal d'audition à la police mentionne la présence et les questions du défenseur et que les frais de la procédure préliminaire ont été laissés à la charge de l'État. Contrairement à ce que les parties semblent croire, le Ministère public n'aurait pas pu statuer sur l'indemnisation du recourant "
à titre complémentaire
",
i.e.
par le biais de la procédure des art. 363 ss. CPP. Selon la jurisprudence la plus récente, cette voie n'est, en effet, pas prévue pour statuer
a posteriori
sur les indemnités réclamées par une partie qui ont été omises dans la décision finale (ATF
144 IV 207
consid. 1.7 p. 211 ; cf. aussi ATF
146 IV 332
consid. 1.4 p. 337). Il devait donc s'enquérir - préalablement à son prononcé - d'une éventuelle indemnisation des frais de défense du recourant, en l'interpellant.
Pareille omission était constitutive d'un déni de justice (
ACPR/307/2021
du 10 mai 2021 consid. 7.2.;
ACPR/14/2021
du 12 janvier 2021 consid. 3.2.).