# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 23802bd6-5855-422e-87c2-4e3541e9cfb2
**Court:** BE_VB
**Chamber:** BE_VB_006
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** BE / Espace_Mittelland
**Law Area:** Public
**Law Sub-area:** $law_sub_area

## Facts

Faits
A.
Les époux A._ et B._ ont acquis le 31 mars 2015 la parcelle feuillet
n° 1000 de C._. Dans leur «déclaration de la personne assujettie à l’impôt
sur les mutations» (ci-après: déclaration) du 20 mars 2015, ils ont indiqué un mon-
tant de 670 000 francs comme base de calcul, en formulant une demande d’exo-
nération fiscale a posteriori et de sursis au paiement de l’impôt suite à l’acquisition
d’un logement destiné à l’usage personnel du ou de la propriétaire.
Par décision du 7 mai 2015, un sursis leur a été accordé conformément à la dé-
claration, pour une durée de trois ans à compter de la date d’acquisition de l’im-
meuble et pour un montant de 12 060 francs. Une hypothèque légale a été cons-
tituée et inscrite au registre foncier en garantie du montant de l’impôt sur les mu-
tations.
B.
Dans un courrier daté du 12 avril 2018, les époux A._ et B._ ont de-
mandé la radiation définitive de l’hypothèque de 12 060 francs et l’exonération de
l’impôt sur les mutations. Ils ont joint à leur envoi le formulaire de «preuve de
l’usage personnel du logement par le ou la propriétaire en vue de l’exonération
fiscale a posteriori demandée pour l’impôt sur les mutations ayant fait l’objet d’un
sursis» du 15 avril 2018 ainsi qu’une attestation de résidence du contrôle des ha-
bitants de C._ émise le 13 avril 2015.
C.
Par décision du 17 avril 2018, le Bureau du registre foncier (ci-après: BRF) a rejeté
la demande et révoqué le sursis qui avait été accordé dans la décision du 7 mai
2015 au motif que le logement n’avait pas constitué le domicile principal pendant
deux ans, contrairement à ce qui était avancé dans la lettre du 12 avril 2018.
D.
A._ et B._ (ci-après: recourants) ont formé recours contre la décision
du 17 avril 2018 par un courrier adressé le 17 mai 2018 à la Direction de la justice,
des affaires communales et des affaires ecclésiastiques (JCE) du canton de
Berne. En substance, les recourants concluent à l’annulation de la décision.
Dans sa prise de position du 31 mai 2018, le BRF conclut au rejet du recours.
3
Par la suite, tant les recourants que le BRF ont produit divers documents et prises
de position dans lesquels ils maintenaient leurs conclusions et leurs allégués.
Les considérants ci-après se réfèrent au contenu des différents écrits dans la me-
sure où cela s’avère nécessaire.
La Direction de la justice, des affaires communales et des affaires ecclé-

## Considerations

siastiques considère:
1.
1.1 En vertu de l’article 26, alinéa 1 de la loi du 18 mars 1992 concernant les
impôts sur les mutations (LIMu; RSB 215.326.2), la procédure de recours est régie
par les dispositions de la loi du 23 mai 1989 sur la procédure et la juridiction admi-
nistratives (LPJA; RSB 155.21). L’article 27 LIMu ne contient pas de disposition
relative aux voies de droit permettant d’attaquer les décisions des bureaux du re-
gistre foncier relatives à l’exonération fiscale a posteriori. Conformément à l’ar-
ticle 62, alinéa 1, lettre a LPJA, la JCE connaît des recours formés contre des
décisions rendues par les bureaux du registre foncier. La JCE est dès lors compé-
tente pour statuer sur le présent recours contre la décision rendue par le BRF le
17 avril 2018.
1.2 A qualité pour former recours quiconque a pris part à la procédure devant
l’autorité précédente, est particulièrement atteint par la décision attaquée et a un
intérêt digne de protection à son annulation ou à sa modification (art. 65, al. 1
LPJA). Les recourants sont touchés par la décision attaquée et ont donc qualité
pour recourir.
Le recours, qui respecte les conditions de forme et a été déposé dans les délais,
est recevable.
2.
Un impôt de 1,8 pour cent est dû pour toute mutation d'immeuble (cf. art. 1 en
relation avec les art. 5 et 11 LIMu).
L’acquéreur ou l’acquéreuse d’un immeuble peut déposer lors de la réquisition
d’inscription au registre foncier une demande d’exonération fiscale intervenant
a posteriori, s’il ou elle veut faire de cet immeuble son domicile principal. Si la de-
mande n’apparaît pas d’emblée vouée à l’échec, le bureau du registre foncier ac-
corde le sursis au paiement de l’impôt sur les mutations sur les 800 000 premiers
francs de la contre-prestation convenue pour l’acquisition de l’immeuble (cf.
art. 11a, al. 1 à 3 LIMu).
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L’impôt qui a fait l’objet d’un sursis selon l’article 11a, alinéa 1 n’est pas perçu
lorsque l’immeuble sert de domicile principal à son acquéreur ou à son acqué-
reuse. Un domicile principal doit être utilisé personnellement par l’acquéreur ou
l’acquéreuse pendant au moins deux ans, sans interruption, et exclusivement à
des fins d’habitation. Il convient d’élire le domicile principal dans le bâtiment prévu,
si celui-ci existe déjà, dans un délai d’un an à compter de l’acquisition de l’im-
meuble. Si le bâtiment est à construire, il devra être habité dans les deux ans qui
suivent l’acquisition de l’immeuble. Dans des cas exceptionnels et motivés, le bu-
reau du registre foncier peut prolonger ces délais (art. 11b LIMu).
En vertu de l’article 17, alinéa 2 LIMu, si l’acquéreur ou l’acquéreuse dépose une
demande d’exonération fiscale a posteriori selon l’article 11a LIMu, le bureau du
registre foncier taxe l’impôt sur la totalité de la contre-prestation selon les articles
6 ss LIMu. Il accorde le sursis au paiement de l’impôt sur les 800 000 premiers
francs, pour quatre ans au maximum à partir de la date d’acquisition de l’immeuble.
Cette période peut être prolongée de la durée du nouveau délai accordé, le cas
échéant, selon l’article 11b, alinéa 2 LIMu.
L’acquéreur ou l’acquéreuse doit spontanément prouver au bureau du registre fon-
cier, avant l’expiration du sursis selon l’article 17, alinéa 2 LIMu, que toutes les
conditions d’une exonération fiscale selon l’article 11b sont réunies ou qu’elles le
seront à la date de l’expiration du sursis. Si les conditions d’une exonération fiscale
sont réunies, le bureau du registre foncier approuve la demande d’une exonération
fiscale a posteriori, rend une décision à ce sujet et radie l’hypothèque légale prévue
à l’article 11a, alinéa 5 LIMu (cf. art. 17a LIMu).
3.
3.1 Les recourants indiquent qu’ils ont acquis la parcelle n° 1000 avec l’intention
de s’établir durablement à cet endroit, dès lors qu’ils ont grandi dans la région et
que leurs familles respectives habitent à proximité. Ils estiment donc remplir les
critères de la notice 14 concernant l’imposition des personnes physiques [lire: la
notice 14 de l’Intendance des impôts du canton de Berne concernant la procédure
de constatation de domicile des résident-e-s à la semaine; ci-après: notice 14]. Ils
précisent que Monsieur B._ (ci-après: recourant) a été engagé dès le 1er jan-
vier 2015 par Z SA (Y SA) à D._. en qualité de directeur. Il a loué à D._
un appartement dans lequel il passait quelques nuits par semaine, rentrant régu-
lièrement à C._ auprès de sa femme et de ses quatre enfants. En août 2016,
les membres de la famille ont décidé d’habiter provisoirement à D._ pendant
la semaine et de rentrer tous ensemble le week-end ainsi que pendant les va-
cances dans leur résidence principale à C._. Les recourants relèvent qu’ils
ont certes transféré leurs papiers dans la commune de D._ à la demande
des autorités communales, mais que leur résidence principale n’a jamais cessé
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d’être à C._; ils font valoir à cet égard que, selon leurs relevés, leur consom-
mation électrique n’a pas diminué ou seulement de façon très négligeable. Selon
eux, il n’y a pas eu interruption du délai au sens de la loi. Ils ajoutent que leur
séjour à D._ était de nature temporaire, étant donné que la famille entendait
réintégrer de façon permanente le domicile de C._ début juillet 2018. Enfin,
ils estiment que le caractère provisoire de la situation était renforcé par le fait que
Y SA avait décidé en 2016 d’investir dans la construction d’un nouveau site de
production à E._, devant regrouper plusieurs entités et permettre notamment
le transfert de la société Z SA de D._ à E._.
Dans sa prise de position, le BRF se réfère au rapport présenté par la commission
du Grand Conseil concernant l’initiative «Pour en finir avec le renchérissement lé-
gal des coûts du logement pour locataires et propriétaires» relatif à la modification
de la LIMu (contre-projet direct à l’initiative «Pour en finir avec le renchérissement
légal des coûts du logement pour locataires et propriétaires») du 4 mars 2013
(journal du Grand Conseil 2013, annexe 17; ci-après: rapport). Le BRF estime que
les recourants ont en l’espèce déplacé (ou dû déplacer) leur domicile fiscal à
D._. et qu’il y a donc eu interruption du délai au sens de la loi. Il précise que
l’on peut parler ici d’interruption car, selon les données de la gestion centrale des
personnes, les recourants ont à nouveau leur domicile fiscal à C._. Le délai
a toutefois été interrompu alors que l’article 11b, alinéa 2 [lire: alinéa 1] exige une
utilisation «sans interruption». Le BRF constate que le domicile fiscal était depuis
le 14 août 2016 à D._. selon les autorités fiscales. Il souligne que le législa-
teur avait voulu aider les personnes qui achètent un immeuble dans le but d’en
faire leur domicile principal et non une résidence (secondaire).
3.2 S’agissant de l’article 11b, alinéa 1 LIMu, le rapport précise ceci: «Après
l’achat de son logement en propriété, l’acquéreur ou l’acquéreuse doit y élire son
domicile principal pendant deux ans et de manière ininterrompue (condition for-
melle). S’il ou elle l’aliène avant la fin de ce délai ou élit un autre domicile principal,
même de manière transitoire, l’impôt sur les mutations est alors dû. [...] Seule une
personne habitant elle-même durablement l’objet considéré peut demander à être
exonérée de l’impôt. Il ne suffit donc pas que l’épouse, les enfants ou le partenaire
y résident et que son propriétaire ait un autre domicile. Le ou la propriétaire doit
habiter personnellement le logement, sans que cette condition n’exclue bien en-
tendu la présence d’autres personnes (membres de la famille) dans celui-ci. L’oc-
cupation du logement doit également avoir un caractère permanent. Les maisons
de week-end, résidences secondaires, maisons de vacances, etc. ne sont donc
pas prises en considération (rapport [ad art. 11b, al. 1], p. 5)».
La preuve que le ou la propriétaire a habité le logement personnellement, de ma-
nière ininterrompue et exclusive pendant deux ans (domicile principal) conformé-
ment aux exigences de l’article 11b, alinéa 1 LIMu implique notamment que la
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personne en question ait fondé dans ce lieu le véritable centre de son existence et
de ses intérêts. Des indices à cet égard sont notamment le fait qu’elle y habite et
y passe effectivement la nuit. La seule installation de meubles dans le logement
ne constitue pas une preuve suffisante, par exemple. L’annonce de son arrivée
auprès de la commune représente elle aussi un indice important. En effet, la per-
sonne requérante va fréquemment chercher à prouver au bureau du registre fon-
cier qu’elle a établi son domicile principal dans le lieu en question, de manière
ininterrompue, pendant deux ans, en lui présentant le certificat d’établissement
ainsi que la pièce attestant l’imposition de la valeur locative. En pareil cas, elle doit
mettre les documents (fiscaux) à la disposition du bureau du registre foncier sans
qu’il soit nécessaire de les lui demander. En règle générale, le bureau va considé-
rer ces documents comme des preuves suffisantes du respect du délai prévu à
l’article 11b, alinéa 1 (cf. rapport [ad art. 17a al. 1], p. 6 s.).
3.3 Le délai de deux ans au sens de l’article 11b, alinéa 1 LIMu est calculé
compte tenu des paramètres suivants: une personne qui acquiert un bâtiment exis-
tant dispose d’un délai d’un an pour en faire son domicile principal. Elle doit alors
l’utiliser personnellement en tant que tel pendant au moins deux ans, sans inter-
ruption, et exclusivement à des fins d’habitation.
En l’espèce, les recourants ont emménagé à C._ le 15 mars 2015. En août
2016, toute la famille a déménagé à D._., où elle séjournait pendant la se-
maine. Elle vit de nouveau à C._ depuis le début de juillet 2018.
Les recourants ont remis au BRF une attestation de résidence de la commune de
C._ datée du 13 avril 2018. Ce document indique que les recourant ont dé-
ménagé de F._ à C._ le 29 avril 2015, avant de partir pour D._.
le 14 août 2016. Il contient en outre la remarque suivante: «Nous attestons que
nous facturons encore à ce jour les taxes des eaux et déchets à ces résidents.»
En procédure de recours, les recourants ont produit divers documents à l’appui de
leur allégation selon laquelle le centre de leur existence se trouvait à C._ et
non à D._. pendant la période considérée. Parmi ces documents se trouvent
un décompte approximatif des jours passés à C._, un relevé de leur con-
sommation d’électricité de la société BKW, une attestation de Crossfit à G._
et diverses factures. Il en ressort que les recourants entretiennent manifestement
des liens étroits avec la région de C._. Ainsi, A._ (ci-après: recou-
rante) a continué, après le déménagement à D._., à suivre des cours de
Crossfit à G._ et de fitness à E._. De même, les recourants ont chargé
un garage situé dans le canton du Jura du service d’entretien de leur voiture en
avril 2017. La recourante, à tout le moins, s’est rendue chez un médecin et un
dentiste dans le Jura bernois. Les recourants semblent également avoir reçu une
partie de leur correspondance à C._ pendant la période en cause. Ils souli-
gnent en outre avoir de la parenté dans le Jura bernois et les environs. Selon leurs
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dires, la famille a passé les week-ends et les vacances à C._ entre l’été 2016
et l’été 2018, et notamment un total de 193 jours pendant la période allant du
14 août 2016 au 13 août 2017. Par contre, le lieu de travail du recourant était à
D._., où la famille séjournait la semaine depuis août 2016. Les recourant
précisent enfin que leurs enfants en âge scolaire ont fréquenté l’école à C._
du 16 mars 2015 au 14 août 2016 et à D._. du 15 août 2016 au 6 juillet 2018.
L’attestation de résidence de la commune de C._ ne suffit donc manifeste-
ment pas à apporter la preuve que le logement de C._ a été habité de ma-
nière ininterrompue par les recourants. Selon le BRF, le domicile fiscal de ces der-
niers a été pendant quelque temps à D._. La question se pose donc de sa-
voir si, dans ces circonstances, le bien-fonds de C._ peut être considéré
comme domicile principal malgré le séjour de la famille des recourants à D._.
La notion de domicile principal requiert une interprétation. Les recourants se réfè-
rent à cet égard à l’article 23 du Code civil.
La notion de domicile n’est pas définie de la même manière par le droit fiscal et
par le droit civil (cf. MARTIN ZWEIFEL/SILVIA HUNZIKER, in Martin Zweifel/Michael
Beusch/Peter Mäusli-Allenspach, Kommentar zum Schweizerischen Steuerrecht,
Interkantonales Steuerrecht, 2011, § 6, n. 3). La détermination du domicile princi-
pal ne saurait donc résulter de l’interprétation du (seul) droit civil. Il n’est pas non
plus possible de s’en tenir uniquement à l’interprétation de la notion de domicile
fiscal principal en droit fiscal du fait des différences qui existent entre les impôts
directs et les impôts indirects tels que l’impôt sur les mutations. En l’espèce, la
question déterminante est celle du centre de l’existence et des intérêts. Cette no-
tion figure aussi dans le droit fiscal, ce qui permet de se fonder sur la jurisprudence
et la littérature en la matière dans l’appréciation du présent recours. La notice 14
mentionnée par les recourants se réfère à la perception des impôts directs, mais
considère également le lieu où se trouve le centre des intérêts vitaux comme cri-
tère déterminant.
3.4 Le centre de l’existence et des intérêts est normalement situé là où la per-
sonne contribuable habite la plus grande partie de l’année avec ses proches et
entreprend ses trajets vers son lieu de travail, passe ses loisirs et possède un
réseau d’amis et de connaissances (cf. MARTIN ZWEIFEL/SILVIA HUNZIKER, op. cit.,
§ 6, n. 25 avec renvois). Si le séjour n’est pas limité à un endroit et que le lieu de
travail et le lieu de séjour auprès de la famille ne coïncident pas, on accorde gé-
néralement davantage de poids aux liens familiaux et sociaux qu’aux liens résul-
tant de l’activité professionnelle. Exceptionnellement toutefois, les liens avec le lieu
de travail peuvent primer lorsque l’exercice de l’activité professionnelle ou d’autres
liens personnels et sociaux par rapport au lieu de travail ont une intensité telle que
les liens familiaux et les autres liens sociaux passent au second plan. Il existe en
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particulier un rapport de ce type avec le lieu de travail lorsque la personne contri-
buable occupe une position dirigeante (cf. MARTIN ZWEIFEL/SILVIA HUNZIKER, op.
cit., § 6, n. 26 avec renvois).
Une fonction est dite dirigeante, selon le Tribunal fédéral, lorsque la personne con-
tribuable est à la tête d’une entreprise importante, assume une responsabilité par-
ticulière et encadre de nombreuses personnes (cf. PETER KÄSTLI/HANNES
TEUSCHER, in Christoph Leuch, Peter Kästli, Markus Langenegger (éd.), Praxis-
Kommentar zum Berner Steuergesetz: Art. 1 bis 125, vol. 1, 2014, art. 4, n. 41 s.).
Ainsi, le Tribunal fédéral a estimé par exemple que le directeur d’une fabrique de
machines occupe une fonction dirigeante (cf. MARTIN ZWEIFEL/SILVIA HUNZIKER,
op. cit., 2011, § 6, n. 54). Aux termes du contrat de travail des 15/16/31 décembre
2014, le recourant est «Managing Director» auprès de la société Z SA qui, selon
son site Internet, «est le leader mondial du secteur des solutions d’usinage cinq
axes de profils aérodynamiques, pour l’industrie des turbines aéronautiques et de
production d’énergie». Le recourant est, d’après ses propres indications, à la tête
d’une équipe de 120 collaborateurs, ce qui correspond à la présentation, sur Inter-
net, de l’entreprise Z SA. Il convient donc en l’espèce de partir du principe que le
recourant occupe une position dirigeante.
Selon la jurisprudence, les critères suivants doivent en particulier être pris en
compte lors de la détermination du centre de l’existence et des intérêts: la situation
personnelle, la nature de l’activité lucrative, les retours (ir)réguliers au lieu d’éta-
blissement de la famille ainsi que la durée et le but du séjour de même que les
conditions de logement aux différents endroits (cf. MARTIN ZWEIFEL/SILVIA
HUNZIKER, op. cit., § 6, n. 27 avec renvois).
3.5 Le cas examiné présente la particularité que non seulement le recourant a
résidé à la semaine sur son lieu de travail, mais que toute la famille a vécu à
D._. les jours de semaine à partir d’août 2016. Les recourants ont pour leur
part toujours considéré que leur domicile principal était à C._.
En tout état de cause, la détermination du centre de l’existence et des intérêts ne
saurait dépendre du point de vue subjectif ou des vœux des recourants. Le centre
à la fois idéel et matériel de la vie d’une personne découle de l’ensemble des cir-
constances extérieures et objectives, et non simplement des souhaits qu’elle émet
ou de son sentiment d’appartenance à un endroit précis. En ce sens, le domicile
fiscal ne peut pas être choisi tout à fait arbitrairement. Le domicile enregistré par
la police, c’est-à-dire le lieu de dépôt des papiers ou d’exercice des droits poli-
tiques, n’est pas non plus décisif. Il ne s’agit que d’un signe extérieur qui, en plus
du comportement général de la personne imposable, est susceptible de fournir un
indice pour la détermination du domicile fiscal (cf. JAB 2018, p. 239, c. 2.3 avec
renvois).
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Dans le cas d’une personne contribuable mariée qui passe régulièrement ses
week-ends dans un autre endroit avec sa famille, le centre de l’existence et des
intérêts – et partant le domicile fiscal principal – se trouve là où la famille séjourne
également pendant la semaine et où les enfants fréquentent l’école. Peu importe,
selon le Tribunal fédéral, que cette personne continue à entretenir après son dé-
part des liens sociaux étroits avec l’ancien domicile familial, qu’elle y ait des at-
taches bien plus profondes que dans le nouveau lieu de domicile familial et qu’elle
y passe souvent la nuit pendant la semaine. Dans un autre arrêt, le Tribunal fédéral
a considéré non pertinent le fait qu’un contribuable et son épouse possédaient une
maison nouvellement construite dans leur lieu de provenance, où se trouvait leur
seul cercle d’amis et de connaissances et où vivait une sœur invalide de l’épouse,
à qui cette dernière rendait visite chaque semaine (cf. MARTIN ZWEIFEL/SILVIA
HUNZIKER, op. cit., § 6, n. 29 avec renvoi et JAB 2000, p. 399, c. 2.c). Si les deux
époux séjournent au même endroit pendant la semaine, leurs intérêts idéels et
matériels se recoupent, de sorte que le lieu de travail ou de séjour constitue de
manière générale leur domicile fiscal principal (MARTIN ZWEIFEL/SILVIA HUNZIKER,
op. cit., § 6, n. 32 avec renvois).
Les recourants indiquent avoir emménagé dans la maison de C._ le 15 mars
2015. Il convient donc de déterminer où se situait le centre de leur existence et de
leurs intérêts pendant la période allant du 15 mars 2015 au 15 mars 2017 (cf.
art. 11b, al. 1 LIMu).
Il sied de relever tout d’abord que, contrairement à ce que pensent les recourants,
le nombre de jours passés à C._ ne peut être qu’un indice (parmi d’autres).
En revanche, le lieu de scolarisation des enfants est un critère important dans la
détermination du centre de l’existence et des intérêts. Selon la jurisprudence citée
plus haut, celui-ci se trouvait à D._. en tout cas pendant une partie de la
période considérée. Il s’ensuit de toute évidence que le délai prévu à l’article 11b,
alinéa 1 LIMu a été interrompu. Dès lors, l’exigence d’une utilisation ininterrompue
de l’immeuble acquis en tant que domicile principal n’est pas remplie.
Le fait que les recourants habitent, selon leurs dires, à nouveau à C._ depuis
juillet 2018 n’est pas pertinent en l’espèce car la condition de deux ans d’utilisation
ininterrompue doit être remplie avant l’expiration du sursis, laquelle est intervenue
le 31 mars 2018.
Dans un souci d’exhaustivité, il convient encore de noter que, selon les calcula-
teurs d’itinéraires usuels, le trajet en voiture de C._ au siège de la société Z
SA à D._. prend environ une heure et 25 minutes, soit un total de presque
trois heures par jour, une durée encore qualifiée d’acceptable (cf. à cet égard, à
titre de point de comparaison, l’art. 15, al. 1 de l’ordonnance du 20 avril 2005 sur
le placement du personnel [OPlac; RSB 153.011.2] et l’art. 16, al. 2, lit. f de la de
la loi fédérale du 25 juin 1982 sur l’assurance-chômage obligatoire et l’indemnité
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en cas d’insolvabilité [loi sur l’assurance-chômage, LACI; RS 837.0]). A cela
s’ajoute que le contrat de travail n’impose aucune obligation de résidence à
D._. de sorte que le séjour à la semaine dans cette localité doit être qualifié
de librement choisi par le recourant, et non imposé par des contraintes extérieures.
Enfin, le fait que le contrat ait été conclu avant l’acquisition de l’immeuble à
C._ n’est pas dépourvu d’intérêt.
Il ressort du rapport que l’occupation du logement doit également avoir un carac-
tère permanent (cf. c. 3.2 supra). Les maisons de week-end, de vacances ou les
résidences secondaires n’entrent pas en ligne de compte et ne permettent pas de
respecter cette exigence. Selon la jurisprudence précitée, le domicile de C._
doit en l’espèce – contrairement au point de vue des recourants – être considéré,
en tout cas temporairement, comme une simple maison de week-end ou de va-
cances. Le lien affectif manifestement fort qui existe avec C._ (cf. JAB 2000,
p. 399, c. 2.c) ne remet pas ce qui précède en question.
4.
Les recourants invoquent par ailleurs leur bonne foi s’agissant de leur domicile à
C._, sans indiquer cependant en quoi le principe de la bonne foi aurait été
violé en l’espèce.
En droit administratif, le principe de la bonne foi déploie souvent ses effets en
termes de protection de la confiance. Cette dernière confère aux particuliers (mais
aussi à la collectivité publique) un droit à ce que la confiance légitimement placée
dans les autorités, notamment dans leurs promesses ou autres comportements
générant des attentes précises, soit protégée. Le comportement à la base de la
confiance doit se référer à une affaire concrète touchant la personne concernée et
n’avoir été assorti d’aucune réserve. L’autorité qui a donné une assurance devait
avoir la compétence de le faire, ou la personne concernée devait à tout le moins
pouvoir supposer, en présence de motifs suffisants, que tel était le cas. Cette per-
sonne devait en outre être de bonne foi et s’être légitimement fiée à l’assurance
donnée. Pour se prévaloir de la protection de la confiance, une personne doit non
seulement pouvoir invoquer le comportement de l’autorité, mais aussi, en règle
générale, avoir pris sur cette base une disposition impossible à annuler sans qu’un
préjudice n’en résulte pour elle. De plus, un lien de causalité doit exister entre la
confiance et la disposition prise (cf. JTA 100.2015.43U du 10.05.2017, c. 3.2;
HÄFELIN/MÜLLER/UHLMANN, Allgemeines Verwaltungsrecht, 7e éd. 2016, n. 667 ss;
TSCHANNEN/ZIMMERLI/MÜLLER, Allgemeines Verwaltungsrecht, 4e éd. 2014, § 22,
n. 15 et 19).
D’une manière générale, les recourants ne parviennent pas à démontrer en quoi
ils auraient, sur la base d’une promesse faite par le BRF, pris des dispositions qui
se seraient révélées préjudiciables. Le dossier ne fournit pas non plus d’indice al-
lant dans ce sens. En conséquence, le recours est également infondé sur ce point.
11
5.
En résumé, la Direction de la justice, des affaires communales et des affaires ec-
clésiastiques parvient à la conclusion que le domicile des recourants à C._
n’a pas été utilisé de manière ininterrompue pendant au moins deux ans en tant
que domicile principal. Il n’existe pas non plus en l’espèce d’exception justifiant
une prolongation du délai pour emménager dans le logement. Le recours est dès
lors infondé et doit être rejeté.
6.
Vu l’issue de la procédure, les frais sont mis à la charge des recourants (art. 108,
al. 1 LPJA). Ces frais sont fixés de manière forfaitaire à 2000 francs en application
de l’article 19, alinéa 1 de l’ordonnance du 22 février 1995 fixant les émoluments
de l’administration cantonale (OEmo; RSB 154.21). La procédure n’a pas occa-
sionné de dépens susceptibles de remboursement (art. 108, al. 3 en relation avec
l’art. 104, al. 3 LPJA).