# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 2f71fa67-b1ed-4d74-aaa0-6dbef1892ce9
**Court:** CH_BSTG
**Chamber:** CH_BSTG_001
**Year:** 2016
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

infractions prévues aux art. 224 et 226 CP mais relève uniquement des Lois
fédérales sur les explosifs (LExpl) et sur les produits chimiques (LChim)
dont la poursuite incombe aux autorités cantonales».
Saisie d'une requête en fixation de compétence matérielle par le MP-VS, la
Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral a constaté que la poursuite et le
jugement des infractions reprochées à A. en lien avec les produits explosifs découverts à son domicile relevaient de la juridiction fédérale, la délégation
de compétence prévue par l'art. 25 al. 1 CPP demeurant réservée.
Extrait des considérants:
2. 2.1 La réalisation des conditions de la poursuite pénale et l'absence
d'empêchements de procéder sont nécessaires pour qu'une autorité se
saisisse d'une affaire et mène une procédure. La compétence matérielle, la
compétence à raison du lieu et la compétence fonctionnelle sont des
conditions procédurales dites «positives» (HAUSER/SCHWERI/HARTMANN,
Schweizerisches Strafprozessrecht, 6 e éd., Bâle 2005, p. 179 n
os 13 s.). Ces
dernières doivent être examinées d'office, à chaque stade de la procédure (KIPFER, Basler Kommentar, 2
e éd., Bâle 2014, n
o 5 ad Intro art. 22-28
CPP). La délimitation des compétences entre cantons et Confédération est
réglée aux art. 22 à 28 CPP. Selon l'art. 22 CPP, les autorités pénales
cantonales disposent d'une compétence de principe puisqu'elles sont
compétentes pour la poursuite et le jugement des infractions prévues par le
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droit fédéral, sous réserve des exceptions prévues par la loi. Ces exceptions
figurent aux art. 23 et 24 CPP.
2.2 A teneur de l’art. 23 al. 1 let. d CPP, les crimes et délits visés aux
art. 224 à 226 ter
CP sont soumis à la juridiction fédérale.
La délimitation des compétences entre autorités de poursuite pénale de la
Confédération et celles des cantons ne dépend pas de ce qui pourra finalement être imputé à l'accusé. Elle doit plutôt s'opérer sur la base des
soupçons existant au moment où la question doit être tranchée (ATF 133 IV
235 consid. 4.4). A l'instar des règles prévalant à la fixation du for, la
compétence ratione materiae ne repose ainsi pas sur ce dont l'intéressé s'est
effectivement rendu coupable et qui pourra en fin de compte être prouvé
mais sur l'état de fait qui lui est reproché dans le cadre de l'enquête menée, à
moins que cet état de fait ne paraisse d'emblée infondé ou ne soit clairement
exclu (décision du Tribunal pénal fédéral BG.2012.16 du 15 juin 2012,
consid. 3.2). Dans ce contexte, la Cour des plaintes se fonde sur des faits et
non des hypothèses. En outre, le principe in dubio pro duriore selon lequel,
en cas de doute, il y a lieu d'instruire et de poursuivre sur la base du délit le plus grave, prévaut. Ce n'est que si, à ce stade déjà, ce dernier peut être
exclu de façon certaine qu'il n'est plus pertinent pour déterminer la
compétence (décision du Tribunal pénal fédéral BG.2012.45 du
9 avril 2013, consid. 2.2 et les références citées).
2.3 Dans le cas d'espèce, le dossier soumis à la Cour de céans permet de
retenir ce qui suit:
En date du 14 février 2016, un important dispositif policier – avec
évacuation partielle des habitations alentours – a été mis en place autour du
domicile de A., résident à Z. (VS), et ce après que des détonations ont été
entendues à cet endroit. Ledit A. s'était retranché chez lui non sans menacer les patrouilles arrivées sur les lieux de «tout faire sauter», respectivement
«exploser». Un bidon frappé d'une étiquette «explosif» avait été déposé sur
le rebord d'une fenêtre, pour être ensuite déversé le long du mur, obligeant
les troupes d'intervention à se replier. Finalement interpellé le 15 février
2016 au matin, l'intéressé tenait en main une fiole contenant 90% de RDX
et 10% de HMX.
La perquisition des lieux qui s'en est suivie a permis aux enquêteurs de
mettre la main sur différents types de produits «explosifs»; à cet égard, le
Wissenschaftlicher Forschungsdienst de Zurich a indiqué qu'il s'agissait de
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«2,4-DNT, mélange de RDX et de HMX, TATP, RDX, 2,6-DNT et
HMTD». En sus de ces derniers, divers produits chimiques et autres moyens
pyrotechniques ont été saisis à cette occasion.
Interpellé sur la question de la nature des produits chimiques saisis, le
Service de la consommation et des affaires vétérinaires du canton du Valais
a indiqué que ceux-ci «ont une typicité pour la fabrication d'explosifs ou
d'engins pyrotechniques».
Lors de ses auditions par les autorités valaisannes, A. a reconnu avoir
manipulé du TNT 1, TNT 2 et TNT 3 ainsi que d'autres substances
explosives. Il a également admis s'être rendu, le 3 février 2016, à proximité
d'un chalet avoisinant pour faire exploser des pétards et coller des
autocollants «danger» sur les fenêtres et la boîte aux lettres y attenante.
2.4 2.4.1 Aux termes de l'art. 224 al. 1 CP, «celui qui, intentionnellement et
dans un dessein délictueux, aura, au moyen d’explosifs ou de gaz toxiques,
exposé à un danger la vie ou l’intégrité corporelle des personnes, ou la propriété d’autrui, sera puni d’une peine privative de liberté d’un an au
moins».
Aux termes de l'art. 225 al. 1 CP, «celui qui, soit intentionnellement mais
sans dessein délictueux, soit par négligence, aura, au moyen d’explosifs ou
de gaz toxiques, exposé à un danger la vie ou l’intégrité corporelle des
personnes ou la propriété d’autrui sera puni d’une peine privative de liberté
de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire».
2.4.2 La notion d'explosifs n'est pas définie dans la loi. Selon la
jurisprudence, on doit considérer que les composés, mélanges ou engins
explosifs visés par le Code sont ceux qui sont dangereux en raison de leur pouvoir destructif ou qui sont destinés à exercer des effets de destruction
(ATF 104 IV 232 consid. I/a p. 235). C'est en effet l'usage à des fins
délictueuses de substances ou d'engins dont l'emploi licite est en lui-même
dangereux pour la vie et pour les biens du fait de leur capacité spécifique de
destruction que le législateur a voulu réprimer de manière particulièrement
sévère. En d'autres termes, la notion d'explosifs du Code pénal doit être
pour l'essentiel assimilée à celle qui est définie aux art. 4 à 7 de la loi
fédérale du 25 mars 1977 sur les substances explosibles (Loi sur les
explosifs, LExpl; RS 941.41). Selon l'art. 7 de cette loi, ne sont pas des
explosifs et sont qualifiés d'engins pyrotechniques les produits prêts à
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l'emploi, comprenant un élément explosif ou un dispositif d'allumage, qui
ne servent pas à des fins de destruction, mais à d'autres fins, d'ordres
industriels, techniques ou agricoles, tels qu'entre autres les moyens de
signalisation, ou les produits destinés au simple divertissement, comme les
pièces d'artifices. Cette distinction peut être adoptée dans l'application du
Code pénal, en précisant cependant que la modification de l'engin
pyrotechnique de telle façon qu'il tienne lieu d'explosif ou l'usage délictueux
d'un engin pyrotechnique au pouvoir destructeur considérable, bien qu'il corresponde à la définition de l'art. 7 précité, pourrait être réprimé
conformément aux art. 224 à 226 CP (ATF 104 précité, ibidem).
En l'espèce, les parties à la procédure s'accordent sur le fait que les
différents produits – à tout le moins certains d'entre eux – découverts en lien
avec la présente affaire tombent sous la définition d'explosifs au sens des
art. 224 à 226 CP, telle que retenue ci-dessus. Il n'y a partant pas lieu de
s'étendre plus avant sur ce point.
2.4.3 L'infraction de l'art. 224 CP et celle de l'art. 225 CP sont réalisées
lorsque l'auteur expose à un danger la vie ou l'intégrité des personnes, ou la propriété d'autrui. La loi vise ici une mise en danger concrète. Celle-ci
existe lorsque l'acte rend la lésion non seulement possible, du point de vue
objectif, mais encore vraisemblable selon le cours ordinaire des choses
(ATF 103 IV 241 consid. I.1 p. 243). L'existence d'un danger collectif n'est
en revanche pas une condition objective de la réalisation des infractions
visées aux art. 224 et 225 CP. Le dessein de mettre en danger existe dès que
l'auteur connaît le danger et agit malgré tout. Il n'est pas nécessaire qu'il ait
voulu la réalisation du danger (ATF 103 précité, ibidem).
2.5 En l'espèce, le MPC invoque un double motif à l'appui de son refus de
se saisir du dossier de la cause. Le premier réside dans «[s]a pratique
constante», selon laquelle il ne se saisirait d'une affaire en matière d'explosifs que «lorsqu'une explosion se produit». Le second s'attache aux
contours à donner à la notion de «mise en danger concrète» des art. 224 et
225 CP, laquelle devrait être examinée en toute hypothèse «à l'aune de la
jurisprudence relative à l'affaire Hariri (cf. ATF 115 IV 8 et ss), laquelle
[serait] extrêmement restrictive à ce sujet».
2.5.1 S'agissant du moyen tiré de la «pratique constante», force est de
souligner qu'un tel argument est dénué de pertinence au moment d'examiner
les conditions fixées par le législateur lui-même à la saisine des autorités de
poursuite fédérales. Ni la loi, ni la jurisprudence ne retiennent la condition
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de l'explosion comme préalable à cette dernière (ATF 115 IV 8 consid. I/a,
au demeurant cité par le MPC lui-même dans ses déterminations; v.
également ROELLI/FLEISCHANDERL, Basler Kommentar, 3 e éd., Bâle 2013,
n o 7 ad art. 224 CP; TRECHSEL/FINGERHUTH, Praxiskommentar, 2
e éd.,
Zurich/Saint-Gall 2013, n° 4 ad art. 224 CP). Il n'appartient ainsi pas à
l'autorité concernée de limiter à son gré la portée du texte légal et de la
jurisprudence y afférente.
2.5.2 Quant à l'argument tiré de la définition de la «mise en danger
concrète» prévue par les art. 224 et 225 CP, il ne saurait convaincre. Il
appert en effet que la «jurisprudence Hariri» – que le MPC semble ériger en
point de référence absolu s'agissant du degré de mise en danger requis pour
que les art. 224 s. CP trouvent à s'appliquer – n'a pas la portée que cette
autorité lui prête, loin s'en faut. A aucun moment le Tribunal fédéral n'a fixé
comme condition à la réalisation d'un danger concret au sens de ces
dispositions que «le degré de préparation de Hariri» – à savoir l'introduction
d'un détonateur dans la charge explosive – soit atteint. La Haute Cour s'est à
cette occasion uniquement contentée de constater que, dans un tel cas de
figure, les «qualifications juridiques retenues dans l'acte d'accusation p[ouvaient] être reprises sans grande discussion, tant elles [étaient]
évidentes» (ATF 115 IV 8 consid. I/a in initio).
La seule conclusion qui puisse être tirée de cet arrêt est que la constellation
y relatée constitue un cas évident d'application de l'art. 224 CP. Il existe
donc par définition des cas «moins évidents» dans lesquels cette disposition
trouvera également à s'appliquer. Le cas de figure jurisprudentiel auquel se
rattache le MPC ne saurait être érigé en étalon général et absolu de la notion
de mise en danger concrète telle qu'envisagée par les art. 224 s. CP. En
pratique, c'est seulement au fur et à mesure de l'avancement de l'enquête
pénale elle-même que l'ensemble des faits et circonstances nécessaires à
confirmer, respectivement infirmer, le caractère concret ou abstrait d'une mise un danger seront réunis. La seule question qui se pose au moment de
déterminer la compétence ratione materiae est donc celle de savoir, au stade
actuel des investigations, quels sont les soupçons pesant sur le prévenu. La
détermination de la compétence ne repose ainsi pas sur ce dont l'intéressé
s'est effectivement rendu coupable et qui pourra en fin de compte être
prouvé mais sur l'état de fait qui lui est reproché dans le cadre de l'enquête
menée, à moins que cet état de fait ne paraisse d'emblée infondé ou ne soit
clairement exclu (décision du Tribunal pénal fédéral BG.2012.16 du 15 juin
2012, consid. 3.2). Dans ce contexte, il a été vu que la Cour des plaintes se
fonde sur des faits et non des hypothèses et que, en cas de doute, le principe
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in dubio pro duriore impose d'instruire et de poursuivre sur la base du délit
le plus grave (v. supra consid. 2.2).
Dans le cas d'espèce, un individu s'est retranché dans son habitation dans
laquelle une quantité non négligeable d'explosifs – au sens des art. 224 ss
CP (v. supra consid. 2.4.2) – et de produits chimiques utilisés dans la
fabrication de tels explosifs ont été retrouvés. Avant son interpellation, ce
dernier a menacé à claire et intelligible voix les personnes entourant son domicile de «tout faire exploser», étant précisé qu'il avait quelques jours
auparavant apposé des étiquettes «danger» sur les fenêtres d'une habitation
des environs non sans faire exploser des pétards à proximité de cette
dernière (v. supra consid. 2.3). Au moment même de son interpellation, des
explosifs – au sens des art. 224 ss CP – ont été retrouvés sur lui.
Les éléments qui précèdent suffisent à fonder des soupçons selon lesquels
l'intégrité corporelle des personnes présentes au moment des faits,
respectivement la propriété d'autrui, ont pu être mises concrètement en
danger. Ils conduisent partant, en application du principe in dubio pro
duriore selon lequel, en cas de doute, il y a lieu d'instruire et de poursuivre sur la base du délit le plus grave, à fonder la compétence du MPC pour
instruire la présente affaire. On ne saurait en effet conclure à ce stade que
l'application des art. 224 ss CP peut être exclue de façon certaine (v. supra
consid. 2.2 in fine).
3. Il résulte de ce qui précède que la poursuite et le jugement des infractions
reprochées à A. en lien avec les produits explosifs découverts à son
domicile le 15 février 2016 relèvent de la compétence fédérale (art. 23 al. 1
let. d CPP).
Dès lors que le législateur a expressément réservé la possibilité, pour le
MPC, de déléguer une telle procédure aux autorités cantonales (art. 25 al. 1 CPP), la Cour de céans ne peut, à ce stade, que rendre un dispositif
constatant la compétence de principe dudit MPC en la présente espèce.

## Considerations