# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 60c5c176-86ff-5bbc-93f7-37aa709a8b5c
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2015
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT p. 6
A. OBJET DES APPELS p. 6![endif]>![if>
B. FAITS PERTINENTS RESULTANT DU DOSSIER SOUMIS A LA COUR p. 10![endif]>![if>
1. Certains protagonistes p. 10
a. Prévenu p. 10
b. Autres protagonistes p. 10
2. Opérations officielles
Pavo Real
et
Gavilán
p. 11
c. Plan
Pavo Real
p. 11
d. Mise en œuvre du plan
Pavo Real
selon la version officielle p. 14
e. Plan
Gavilán
p. 18
f. Mise en œuvre du plan
Gavilán
à l'encontre du fugitif C_ p. 18
g. Mise en œuvre du plan
Gavilán
à l'encontre de D_
et de E_ p. 20
3. Enquêtes au Guatemala au sujet d'exécutions extra-judiciaires lors de
l'opération
Pavo Real
p. 21
h. Par le Ministère public p. 21
i. Par le bureau du PDH p. 21
j. Par la COPREDEH p. 25
k. Par la CICIG p. 26
4. Ouverture de la présente procédure p. 27
5. Preuves recueilles concernant l'opération
Pavo Real
jusqu'au prononcé
du jugement de première instance p. 27
m. Preuves non testimoniales p. 27
m.a. Rapport du 22 octobre 2010 de F_
p. 27
m.b. Rapport du 5 novembre 2010 de G_
p. 29
m.c. Lots de photographies
p. 31
m.d. Film "Assaut Est"
p. 32
m.e. Rapport du 6 mai 2014 de la BPTS reconstituant la chronologie
p. 34
m.f. Rapports au sujet d'un échange de tir
p. 35
m.g. Audition filmée de H_ par TRIAL
p. 36
m.h. Faits dénoncés par le Système pénitentiaire à l'encontre
de I_ et réciproquement
p. 36
n. Preuves testimoniales p. 36
n.a. J_
p. 36
n.b. K_
p. 37
n.c. H_
p. 40
n.d. L_
p. 43
n.e. M_
p. 44
n.f. N_
p. 46
n.g. O_
p. 46
n.h. P_
p. 47
n.i. Q_
p. 48
n.j. R_
p. 48
n.k. S_
p. 49
n.l. T_
p. 49
n.m. U_
p. 50
n.n. V_
p. 52
n.o. W_
p. 53
n.p. X_
p. 54
n.q. Y_
p. 54
n.r. Z_
p. 55
n.s. AA_
p. 57
n.t. BB_
p. 59
n.u. CC_
p. 59
n.v. DD_
p. 64
n.w. EE_
p. 65
n.x. FF_
p. 69
n.y. GG_
p. 69
n.z. HH_
p. 71
n.a'. II_
p. 72
n.b'. I_
p. 73
n.c'. JJ_
p. 80
n.d'. KK_
p. 80
n.e'. LL_
p. 81
n.f'. MM_
p. 82
n.g'. NN_
p. 82
n.h'. OO_
p. 83
n.i'. PP_
p. 87
n.j'. QQ_
p. 88
n.k'. RR_
p. 91
n.l'. F_
p. 92
6. Preuves recueillies concernant les trois décès de l'opération
Gavilán
jusqu'au jugement de première instance p. 94
o. Mort d'C_ p
.
94
o.a. Déposition de SS_
p. 94
o.b. Déposition de TT_
p. 95
o.c. Déposition de UU_
p. 97
o.d. Film "Entrevista C_"
p. 98
o.e. Rapport du 22 octobre 2010 de F_
p. 98
p. Mort de E_ et de
D_ p. 99
p.a. Déposition d'VV_
p. 99
p.b. Déposition de WW_
p. 99
p.c. Dépositions d'XX_
p. 99
p.d. Dépositions de YY_
p. 100
p.e. Rapport du 22 octobre 2010 de F_
p. 101
q. Autres dépositions pertinentes p. 101
q.a. Dépositions de ZZ_
p. 101
q.b. Dépositions de AAA_
p. 102
q.c. Film "fuga reos parte 4"
p. 103
q.d. Dépositions de BBB_
p. 103
q.e. Dépositions de QQ_
p. 105
7. Dépositions d'autres protagonistes mis en cause
dans l'une ou l'autre opération et état des procédures les concernant p. 107
r. CCC_ p. 107
s. DDD_ p. 113
t. EEE_ p. 114
u. FFF_ p. 116
v. La procédure au Guatemala contre GGG_ et consorts p. 117
8. Témoin de moralité p. 119
w. HHH_ p. 119
9. Déclarations du prévenu p. 119
10. Déroulement de la présente procédure jusqu'au prononcé
du jugement de première instance p. 129
C. DEROULEMENT DE LA PROCEDURE D'APPEL p. 136
D. SITUATION PERSONNELLE p. 156

## Considerations

EN DROIT p. 157
1. RECEVABILITE p. 157
2. QUALITE DE PARTIE PLAIGNANTE DE B_ p. 157
3. AUTRES QUESTIONS PREJUDICIELLES SOULEVEES A L'OUVERTURE
DES DEBATS D'APPEL p. 158
3.1. Admissibilité de la déclaration d'appel motivée p. 158
3.2. Renvoi de l'acte d'accusation p. 159
3.3. Réquisitions de preuve rejetées dans le cadre de la direction de la procédure p. 160
4. APPEL PRINCIPAL (OPERATION
PAVO REAL
) p. 169
4.1. Compétence p. 169
4.2. Normes et principes plus particulièrement pertinents p. 169
4.3. Identité des victimes ou supposées telles p. 173
4.4. Morts consécutives à un affrontement avec les forces de l'ordre ? p. 174
4.5. Exécution sommaire ? p. 178
4.6. Critiques de la défense à l'égard des éléments du dossier et grief de
violation de ses droits p. 185
4.7. Implication de l'appelant p. 189
5. APPEL JOINT (OPERATION
GAVILÁN
) p. 199
5.1. Exécutions sommaires d'C_,
D_ et E_ p. 199
5.2. Implication de l'intimé sur appel joint p. 203
6. PEINE p. 206
7. ACCESSOIRES p. 210
7.1. Prétentions selon 429 CPP p. 210
7.2. Prétentions civiles p. 210
7.3. Frais p. 210
8. COUVERTURE DES DILIGENCES DES DEFENSEUR
D'OFFICE / CONSEIL JURIDIQUE GRATUIT p. 210
8.1. Normes et principes applicables p. 210
8.2. Appel du défenseur d'office (activité jusqu'au prononcé du jugement) p. 212
8.3. Indemnisation des prestations liées à la procédure d'appel p. 215
DISPOSITIFS p. 219
EN FAIT
:
A.
OBJET DES APPELS
a.
Par courrier déposé le 11 juin 2014, A_ (ci-après : A_, le prévenu ou encore l'appelant), entreprend le jugement du Tribunal criminel (ci-après : TCrim) du 6 juin 2014, dont les motifs ont été notifiés le 8 septembre 2014, par lequel il a été acquitté des chefs d'accusation d'assassinat (art. 112 du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 [CP -
RS 311.0
]) visés sous ch. II.2 et III.3 de l'acte d'accusation, mais reconnu coupable de cette même infraction pour les chefs visés sous ch. I.1 de l'acte d'accusation, condamné à la peine privative de liberté à vie, sous déduction de la détention subie avant jugement, son maintien en détention pour des motifs de sûreté étant ordonné par décision séparée, ainsi qu'à payer à B_ (ci-après : B_ ou la partie plaignante), à titre d'indemnisation pour le tort moral, la somme de CHF 30'000.-, plus intérêts à 5 % dès le 25 septembre 2006, frais de la procédure à sa charge.
b.a.
Le 29 septembre 2014, A_ a déposé au greffe de la Chambre pénale d'appel et de révision (ci-après : CPAR, la Cour ou encore la Chambre de céans), au titre de la déclaration d'appel prévue à l'art. 399 al. 3 du code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 (CPP -
RS 312.0
), un mémoire de 115 pages concluant, sur le fond, à son acquittement ainsi qu'à l'octroi de ses conclusions en indemnisation.
b.b.
Selon cette même écriture, A_ concluait, préjudiciellement, au renvoi de l'acte d'accusation au Ministère public (ci-après : le MP) afin qu'il le complète, à très bref délai, s'agissant des chefs d'accusation dont il avait été retenu coupable, et à ce qu'il soit constaté que B_ n'avait pas la qualité de partie plaignante. Au titre de réquisitions de preuve, il produisait un bordereau de six pièces, requérait un transport sur place et la confrontation avec sept détenus, subsidiairement qu'une nouvelle commission rogatoire soit décernée, l'audition, lors des débats d'appel, de plusieurs protagonistes et la production de l'enregistrement de l'entretien de B_ avec l'un d'eux, le journaliste III_.
c.
Par courrier du 3 octobre 2014, notifié le 6 octobre suivant, le MP s'est vu conférer la faculté de proposer la non-entrée en matière sur l'appel d'A_ et/ou de déclarer appel joint, conformément à l'art. 400 al. 3 CPP. Aux termes d'un acte expédié par messagerie sécurisée le lundi 27 octobre 2014 à 17:32 (heure suisse), selon la quittance d'expédition IncaMail ultérieurement produite, il déclare appel joint, concluant à ce que l'appelant soit reconnu coupable des chefs d'accusation dont il a été acquitté par les premiers juges et à la confirmation du jugement pour le surplus.
d.a.
Le 16 février 2015, M
e
_ a saisi la Chambre pénale de recours (ci-après : la CPR) – laquelle l'a transmis à la CPAR comme étant de sa compétence -
d'un recours contre la décision non datée
DCTR/4/2015
, notifiée le 5 février 2015, de la Présidente du Tribunal criminel arrêtant à CHF 227'048,35 (TVA ainsi que frais de déplacement et de traduction compris) l'indemnité du défenseur d'office d'A_, pour la procédure antérieure à la notification du jugement motivé.
d.b.
M
e
_ conclut à ce que ladite indemnité soit portée à CHF 314'688,25, requérant à titre préalable la communication d'un
"préavis"
du Service de l'assistance juridique du
"
2
8 janvier 2015"
.
e
. Par acte d'accusation du 10 janvier 2014, il est reproché ce qui suit à A_ :
e.a.
Le prévenu a exercé la fonction de directeur général de la Policenationale civile guatémaltèque (ci-après : la PNC) du 22 juillet 2004 au 28 (
recte
: 26) mars 2007. Son supérieur direct était FFF_ (ci-après : FFF_), Ministre de l'intérieur, et il avait notamment sous ses ordres CCC_ (ci-après : CCC_), sous-directeur nommé par lui, GGG_, chef de la Division des enquêtes criminelles, et les frères JJJa_ (ci-après : JJJa_) et JJJb_ (ci-après : JJJb_), conseillers en sécurité dépendant de la sous-direction d'investigation criminelle. FFF_ avait notamment sous ses ordres KKK_ (ci-après : KKK_), conseiller en sécurité, alors que le directeur du Système pénitentiaire était EEE_ (ci-après : EEE_), dont le second était DDD_ (ci-après : DDD_).
Entre janvier et septembre 2006, parallèlement à un plan officiel intitulé
Pavo Real
visant à la reprise du contrôle effectif de la prison guatémaltèque
"Ferme de réhabilitation de Pavón"
, les plus hautes autorités policières, pénitentiaires et politiques ont secrètement décidé et planifié l'élimination physique des 25 prisonniers les plus influents incarcérés dans ledit centre de détention, lors d'une opération prévue le 25 septembre 2006, selon une liste dressée par I_. A_ a pris part activement à la décision d'éliminer les 25 détenus et à la planification de sa mise en œuvre, notamment lors de réunions avec FFF_ et CCC_.
Le 25 septembre 2006, les deux plans ont été exécutés. L'intervention a principalement été menée par la PNC, sous le commandement d'A_, avec l'appui de l'armée, plus de 2'000 personnes y participant. Le prévenu est arrivé sur place, lourdement armé, vers 04:00 et s'est réuni notamment avec CCC_, FFF_, GGG_, LLL_ (ci-après : LLL_), conseiller d'EEE_, et d'autres individus cagoulés. Il a été décidé que la prison serait mise sous le contrôle de la PNC, elle-même placée sous la direction d'A_, qui avait ainsi la maîtrise de la situation.
Vers 06:00, le prévenu a donné l'ordre à un groupe d'individus lourdement armés, cagoulés et portant des uniformes de type
"SWAT"
(ndlr :
"Special Weapons and Tactics Team"
)
,
composé notamment de CCC_, son frère MMM_ ou _ (ci-après : MMM_), GGG_, les frères JJJ_, LLL_ et KKK_, de pénétrer dans le centre de détention. Ces hommes se sont dirigés en tirant des coups de feu vers l'endroit où résidait le détenu NNN_ (ci-après : NNN_ ou
_
), puis vers différents secteurs de la prison où ils ont identifié et mis à part certains prisonniers figurant sur la liste précitée, soit : OOO_ (ci-après : OOO_), NNN_, PPP_ (ci-après : PPP_), QQQ_ (ci-après : QQQ_), RRR_ (ci-après : RRR_ ou
RRR_
), SSS_ (ci-après : SSS_ ou
_
) et TTT_ (ci-après : TTT_). Ces hommes, totalement maîtrisés et n'opposant aucune résistance, ont été emmenés de force à l'endroit où vivait NNN_, où ils ont été tués par des projectiles d'arme à feu tirés par les membres du groupe précité, selon le plan et les instructions décidés par A_ ou qu'il avait contribué à décider, à l'exception de SSS_, lequel a été tué directement par A_.
Tout au long de l'opération, A_ était en contact direct et permanent avec le groupe armé, qu'il instruisait ou qui, à tout le moins, agissait sous sa supervision et son contrôle. Il était présent lorsque NNN_ a été ramené dans sa maison et exécuté ; il a assisté au fait que certains des détenus, notamment OOO_, ont été séparés du reste de la population carcérale ; il a été informé de l'arrestation de TTT_.
A la suite de ces exécutions, et sous la supervision du prévenu, il a encore été procédé à des manipulations des scènes de crime afin de faire croire à un affrontement armé entre les forces de l'ordre et les détenus.
e.b.
Le 22 octobre 2005, 19 prisonniers se sont évadés du centre pénitentiaire guatémaltèque
El Infiernito
. A_ et la Direction du Ministère de l'intérieur ont conçu le plan
"Gavilán",
dirigé par la Direction générale de la PNC, visant à la recherche et la capture des évadés par des groupes d'agents de la PNC. Un plan parallèle a en outre été élaboré et décidé par A_ et les plus hautes autorités du Ministère de l'intérieur, selon lequel les évadés capturés seraient exécutés plutôt que remis aux autorités pénitentiaires. Un groupe constitué notamment de membres de la PNC, de GGG_ et KKK_, était chargé de tuer les évadés repris. A_ était régulièrement informé de l'avancement des opérations.
e.b.a.
Le 3 novembre 2005, C_ (ci-après : C_), a été capturé par le groupe 3, commandé par UU_, dans une habitation de la commune de Morales, département d'Izabal, et a été transféré sur ordre de GGG_ au kilomètre 136,5 de la route qui mène à Guatemala City dans le secteur de Rio Hondo, département de Zacapa. KKK_, GGG_ et deux agents de la PNC, UUU_ et VVV_, y ont rejoint le groupe précité. Vers 14:00, sur instruction de GGG_, C_ a été placé sur le siège passager d'un véhicule Mitsubishi Lancer où il a été tué, au moyen d'une arme emballée dans un T-shirt, d'une balle dans la tête tirée par UUU_, qui avait pris place sur le siège arrière. Par la suite, une mise en scène a été effectuée, pour faire croire à un affrontement entre le détenu et les forces de l'ordre, une arme étant notamment placée entre les jambes du cadavre et des coups de feu tirés sur le cadavre et le véhicule.
e.b.b.
Le 1
er
décembre 2005, deux des détenus évadés le 22 octobre 2005, soit D_ et E_, ont été localisés à l'aube au lieu-dit Las Cuevas, dans le département de Santa Rosa, et une équipe formée par des membres de la PNC et dirigée par GGG_ s'est rendue sur place, neutralisant et maîtrisant les deux fugitifs, qui ne s'étaient pas opposés. Quelques instants plus tard, sur ordre et avec l'aval d'A_, ils ont été exécutés, par les membres de la PNC et/ou GGG_ et KKK_, essuyant 12, respectivement quatre coups de feu.
e.c.
A_ a agi dans le mépris le plus complet de la vie humaine et avec une absence de scrupules particulière pour avoir :
- exécuté ou fait exécuter de sang-froid et de manière particulièrement odieuse des détenus maîtrisés, sans défense, dans le but de les éliminer purement et simplement, de montrer sa force et d'intimider les autres prisonniers, puis procédé ou fait procéder à des manipulations des scènes de crimes afin de faire croire à un affrontement armé ;
- planifié l'exécution des trois détenus évadés, maîtrisés et n'opposant aucune résistance, dans le but de les éliminer purement et simplement, sans doute à titre de punition ou pour dissuader d'autres détenus de tenter de s'évader, et fait procéder à la manipulation de l'une des scènes de crime afin de faire croire à un affrontement.
B.
FAITS PERTINENTS RESULTANT DU DOSSIER SOUMIS A LA COUR
1.
Certains protagonistes
a. Prévenu
a.a. A_
, double national guatémaltèque et suisse, a occupé le poste de directeur général de la PNC, soit le niveau hiérarchique le plus élevé de la police du Guatemala, du 22 juillet 2004 au 26 mars 2007. Peu après, il a quitté le pays pour s'installer à Genève avec sa famille.
b. Autres protagonistes
b.a.
Parmi les membres importants d'autorités guatémaltèques ou individus gravitant autour de ceux-ci, évoqués dans la présente procédure, il y a notamment :
b.a.a.
au sein du gouvernement,
Ø
Oscar BERGER
, Président de la République du Guatemala de janvier 2004 à janvier 2008, et son Vice-président,
Eduardo STEIN
;![endif]>![if>
Ø
FFF_
, Ministre de l'intérieur ou
"Ministro de gobernación",
désigné par Oscar BERGER le 22 juillet 2004 (201'649), dont dépendaient la PNC et le Système pénitentiaire national ;![endif]>![if>
Ø
KKK_
, conseiller de FFF_ dans le domaine de la lutte contre les enlèvements et du crime organisé, selon, notamment, les dires du prévenu (dossier TCrim, A33), employé de longue date au sein du Ministère de l'intérieur (210'045, trad. 210'108). Il a été tué en 2007 ;![endif]>![if>
b.a.b.
au sein de la PNC,
-
VaV_
, lequel occupait le deuxième poste dans la hiérarchie de la PNC, soit celui de directeur adjoint ;
- le Dr
CCC_
, gynécologue, nommé par son ami d'enfance, A_, était l'un des huit sous-directeurs généraux de la PNC, d'abord à la tête de la Division de la santé policière, dès le 1
er
août 2005 (201'688), puis de celle de la Division des enquêtes criminelles, dès le 13 janvier 2006 jusqu'au 16 mars 2007 (201'696). Il a quitté le Guatemala au printemps 2007, pour se réfugier en Autriche où il a obtenu l'asile ;
-
GGG_
, lequel a travaillé de nombreuses années au sein de la PNC, dont il a été un officier au sein de la Division des enquêtes criminelles ;
- A_ a eu pour conseillers, de mi-2005 à fin 2006 / début 2007, les
frères JJJb_
et
JJJa_
, qui lui avaient été recommandés par KKK_, selon ses dires en vue de la restructuration de la sous-Division d'investigations criminelles (dossier TCrim, A34) ; une attestation du 19 mars 2007 confirme que les deux hommes ont travaillé
ad honores
pour la PNC. Ils ont tous deux péri de mort violente en 2007, à teneur du dossier ;
b.a.c.
au sein du Système
pénitentiaire
,
-
EEE_,
directeur général, depuis le 7 novembre 2005 (201'744) ;
-
DDD_,
chef assesseur en matière de sécurité au sein du Système pénitentiaire du 1
er
mai 2006 au 15 novembre 2007, selon ses déclarations à l'audience de jugement ;
-
I_,
conseiller en sécurité au sein dudit Système du 1
er
juillet 2006 au 16 octobre 2006, date de sa démission (450'109, trad. 450'131 et 201'754) ;
b.a.d.
au sein du Ministère public
,
-
WWW_,
procureur général, et
XXX_
, procureur chef de la section en charge des délits contre la vie.
2.
Opérations officielles
Pavo Real
et
Gavilán
c. Plan
Pavo Real
c.a.
La
Granja modelo de rehabilitación penal Pavón
est un établissement carcéral sis dans la commune de Frajanes, au Guatemala.
A l'époque des faits, la prison comptait 1'800 détenus et les autorités en avaient depuis longtemps perdu le contrôle, à l'instar d'autres établissements de détention. Celle-là était dirigée par un Comité d'ordre et de discipline (ci-après : COD), présidé par TTT_ et composé de détenus influents qui s'adonnaient depuis l'établissement lui-même à des activités criminelles relevant notamment du trafic de stupéfiants, d'extorsions et d'enlèvements.
c.b.
Une vue aérienne en a été produite par le témoin QQ_ lors d'une audience par devant le MP en date du 4 mars 2013 et utilisée aux fins d'illustration tout au long de la procédure :
Légende:
-
en haut à droite, marquée par une lettre A (couchée) manuscrite en noir, l'entrée principale ;
![endif]>![if>
-
au centre, entourés en noir, le toit de l'église catholique et le terrain multisports ;
![endif]>![if>
-
entre ces deux cercles, en vert, la "sextavenida" ;
![endif]>![if>
-
plus à gauche, entourée de rose, la zone dite des ateliers ;
![endif]>![if>
-
en dessous, légèrement sur la gauche, entourée de noir, la "maison de NNN_" ;
![endif]>![if>
-
en dessous, légèrement sur la gauche, l'entrée B (lettre majuscule B à l'envers) pratiquée dans le grillage ;
![endif]>![if>
-
à l'extrémité gauche, l'ouverture C pratiquée dans le grillage, utilisée pour le transfert des détenus à Pavòncito.
![endif]>![if>
c.c.a.
Sous l'égide de la Direction générale du Système pénitentiaire, un plan intitulé
"Plan des opérations "Pavoreal 2006""
a été établi (200'973, trad. 450'755) en vue de la reprise du contrôle sur l'établissement.
c.c.b.
A teneur de ce plan, les institutions appelées à intervenir étaient, outre le Système pénitentiaire, la PNC, le Ministère de la défense nationale, le Ministère public et le bureau du Procureur des droits de l'homme (
Procurador de los derechos humanos
; ci-après : PDH).
Le commandement de l'opération incombait au directeur général du Système pénitentiaire. Cette institution devait procéder à la réorganisation et fournir les moyens
"acoustiques, visuels et sonores"
pour instruire les détenus, son directeur adjoint était chargé de la coordination et sa Direction de la sécurité, du contrôle direct de l'exécution du plan, tandis que l'unité d'élite des gardiens devait assurer la protection des détenus et les transférer au centre de contrôle d'identité installé dans l'établissement voisin de
Pavoncito
.
Le plan prévoyait trois phases. La première, dite de positionnement, contrôle et transfert, prévoyait qu'après la sécurisation du périmètre de la prison par la PNC et l'armée, le signal du début de l'opération serait donné par l'explosion de quatre charges. A 05:30, le directeur du Système pénitentiaire, ou son attaché de presse, devait appeler les détenus à se rassembler, de manière pacifique, sur la place principale de la prison. A 07:30, des véhicules blindés devaient ouvrir des brèches aux extrémités du bâtiment principal, tandis que des hélicoptères survoleraient la zone où les détenus devaient se réunir. A 07:40 puis 07:50, quatre groupes d'élite des gardiens de prison, chacun renforcé par cinq agents de la PNC, devaient prendre position pour surveiller et contrôler les détenus, puis les faire sortir un à un après un contrôle d'identité. Les détenus devaient alors être remis aux agents de la PNC en vue de leur transfert à
Pavoncito
. La seconde phase du plan était celle de la fouille de la prison, vidée de ses occupants, par les employés du Système pénitentiaire, leur sécurité étant assurée par des agents de la PNC. Enfin, la troisième phase consistait en la réorganisation du centre de détention de
Pavón
.
Selon les points 6 et ss du plan, la PNC devait apporter le soutien, tel que demandé par la Direction générale du Système pénitentiaire, pour prendre le contrôle du périmètre et en interdire l'accès, assister les gardiens lors du recensement général des détenus, assurer la sécurité des détenus, veiller à ce que les soins nécessaires soient dispensés à d'éventuels blessés, voire organiser leur évacuation, et établir un périmètre de sécurité en cas de mort d'homme. 20 agents devaient renforcer le groupe d'élite des gardiens de prison et dix policiers des forces régulières devaient être postés aux points de contrôle. Des unités canines devaient également intervenir, pour la recherche de drogue ou objets interdits.
En cas d'utilisation d'armes à feu par les détenus, les gardiens de prison, les agents de la PNC et le personnel militaire étaient autorisés à faire usage des moyens nécessaires, y compris de leurs propres armes, dans les limites de la légalité. A tout moment, les droits de l'homme et les lois nationales en vigueur devaient être respectés.
c.d.
Le 24 septembre 2006, YYY_, en charge du commissariat no 13 du District central de la PNC, a émis un ordre de service intitulé
"Soutien au Système pénitentiaire dans le contrôle, l'inspection, et le replacement de détenus du Centre de Réinstauration Constitutionnelle Pavón"
(200'987, trad. 450'807s). Cet ordre détaillait l'affectation des forces de l'ordre, notamment celles de la PNC, en vue de la mise en œuvre du plan, dans le respect du cadre juridique, notamment des droits de l'homme, ce qui devait être rappelé par les officiers à leurs subalternes. YYY_ revêtait le rôle de coordinateur et inspecteur général de l'opération et son sous-commissaire, ZZZ_, celui d'
"agent responsable".
Le personnel de la PNC ne devait pas porter d'armes à feu, exception faite, dans chaque équipe, d'un
"noyau de personnes de réserve"
pouvant faire face à une éventuelle attaque armée de la part des détenus (200'992, trad. 450'817), le recours aux armes n'étant admis qu'en cas de nécessité, dans le respect des principes d'opportunité et de proportionnalité (200'993s, trad. 450'820). Tous les employés de la PNC étaient tenus de porter leur uniforme, y compris ceux qui n'en portaient usuellement pas, afin de permettre l'identification de leur unité (200'992, trad. 450'817).
c.e.
Divers documents étaient annexés à l'ordre de service, dont un croquis du centre pénitentiaire et un tableau énumérant les responsables des diverses équipes de la PNC appelées à intervenir. Les noms de A_, CCC_ ou encore GGG_ ne sont pas évoqués.
Il convient de souligner que sur le croquis, deux points d'entrée sont prévus : un correspondant au point désigné par un A sur la vue aérienne, soit la porte principale, et un à la hauteur de l'entrée B sur ladite vue aérienne. Une 3
ème
entrée/sortie au point C n'était alors pas envisagée (201'011).
c.f.
Parmi les pièces transmises par les autorités guatémaltèques avec le plan
Pavo Real
et l'ordre de service précité, figurent également divers documents concernant la prison et son organisation, qui pourraient, au vu de leur contenu, avoir été établis ou réunis en vue de l'opération. Certains de ces documents mentionnent les noms des membres les plus importants du COD, l'emplacement de leurs habitations et leurs activités (201'136 ss, notamment 144, 148, 149, 166, 170, 178 ss).
d. Mise en œuvre du plan
Pavo Real
selon la version officielle
d.a.
A teneur d'une attestation manuscrite, le bureau de commandement du centre pénitentiaire a été confié le 25 septembre 2006 à 04:35 à FF_, de la PNC (201'091 ;
cf. infra
n.x.)
d.b.
Dans un rapport du 15 novembre 2006, la Direction générale du Système pénitentiaire a affirmé, d'une part, ne posséder aucune copie du plan de l'opération, celle-ci ayant été coordonnée au niveau des Ministères de l'intérieur et de la défense, d'autre part, qu'aucune de ses unités n'était intervenue lors de l'opération, le
"soutien"
ayant été fourni par la PNC et l'armée (201'314, trad. dossier TCrim, F472).
d.c.
Selon deux rapports du 25 septembre 2006 du sous-commissaire AAAA_, officier de garde du commissariat no 13, à A_ (201'034 ss, trad. F-279 ss), et de l'officier BBBB_ au Ministère public (201'053 ss, trad. F–263 ss), le même jour, à 06:00, 1'980 agents de la PNC, commandés par YYY_, les commissaires CCCC_ et DDDD_, le sous-commissaire ZZZ_, chef du commissariat no 13, 1'200 militaires, un groupe de sécurité du Système pénitentiaire et XXX_ à la tête d'un groupe d'agents et auxiliaires du Ministère public, s'étaient mobilisés en vue de l'exécution de l'ordre de service précité. Ils avaient pénétré dans le centre pénitentiaire après avoir coupé l'électricité et le grillage métallique pour
"accéder à la partie Nord et orientale afin de prendre les prisonniers par surprise".
Constatant la présence des forces de sécurité, ceux-ci avaient actionné des armes à feu. Lors d'un échange de coup de feu, le détenu EEEE_ avait été touché au pied de sorte qu'il avait dû être transféré aux urgences de l'Hôpital Roosevelt, où il avait été admis, sous bonne garde. En outre, sept détenus avaient trouvé la mort.
A 10:34, des représentants de l'agence no 20 des Délits contre la vie du Ministère public s'étaient présentés dans le secteur de "
Las Champas
" et avaient établi des procès-verbaux relatifs aux cadavres, trouvés dans une habitation de deux étages (ndlr : la maison de NNN_), de :
- SSS_, se trouvant au premier niveau, portant un t-shirt jaune, qui détenait dans la poche droite de son pantalon une grenade à fragmentation, alors que deux cartouches de calibre indéterminé se trouvaient à côté de lui ;
- un homme non encore identifié (ndlr : PPP_), découvert au premier niveau à proximité du passage menant au second étage, qui tenait dans sa main gauche une grenade à fragmentation ;
- à l'étage, NNN_, gisant sur un fusil d'assaut raccourci, dont le magasin contenait onze cartouches, un poignard à ses côtés.
A 10:51, dans le même secteur, des représentants de l'agence no 6 des Délits contre la vie du Ministère public avaient dressé les procès-verbaux concernant les corps sans vie de :
- un homme non encore identifié (ndlr :
RRR_), trouvé dans un
"abri de bambou",
une grenade à fragmentation dans la main droite ; ![endif]>![if>
- au même endroit, TTT_, gisait à proximité d'un fusil d'assaut raccourci de calibre 5.53 mm, à proximité de 15 douilles et huit cartouches de calibre indéterminé, étant précisé qu'un pistolet automatique de calibre 3.80 mm ainsi que deux magasins tubulaires, contenant respectivement cinq et onze cartouches du même calibre, étaient dissimulés dans un trou, hors de l'abri. ![endif]>![if>
A 11:20, une troisième équipe du Ministère public, soit celle de l'agence no 4, avait dressé, dans le secteur des ateliers, des procès-verbaux au sujet de :
- FFFF_(
recte
: OOO_), découvert dans la cour d'une maison, et qui tenait dans sa main droite une grenade à fragmentation ; ![endif]>![if>
- un homme non encore identifié (ndlr : QQQ_) tenant dans sa main droite une grenade à fragmentation.![endif]>![if>
De nombreux documents, photographies et croquis établis par les équipes du Ministère public figurent au dossier (201'789 ss étant observé que la première de ces pièces mentionne comme heure d'arrivée celle de 09:30 environ, suite à un appel intervenu une heure plus tôt).
d.d.
A teneur des rapports d'autopsie :
- le corps de RRR_ présentait deux blessures par arme à feu, l'une correspondant à un orifice d'entrée localisé en la fourchette sternale avec sortie sur la quatrième cervicale et l'autre à un orifice d'entrée à hauteur du cinquième espace intercostal antérieur droit avec sortie au sixième para vertébral gauche (dorsal), avec trajectoire antéro-postérieure. L'homme avait par ailleurs des écorchures sur les poignets. La mort avait été causée par une blessure produite par un projectile d'arme à feu en région thoraco-abdominale et un choc hypovolémique (200'689, trad. 450'740 ; 200'712).
- TTT_ présentait les lésions suivantes, causées par projectiles d'arme à feu : un orifice d'entrée sur le côté droit du menton droit avec sortie du côté gauche ; trois orifices d'entrée localisés dans l'hémothorax gauche et sortie dans la région dorsale postérieure (thorax) ; un orifice d'entrée localisé au neuvième espace intercostal (ligne moyenne droite) avec sortie à la septième dorsale droite. La mort était due à des blessures produites par projectiles d'arme à feu dans la région thoraco-abdominale et un choc hypovolémique (200'690, trad. 450'741 ; 200'724).
- QQQ_ avait subi les blessures suivantes, causées par projectiles d'arme à feu : trois orifices d'entrée au niveau du pectoral gauche, avec sortie en région scapulaire gauche ; une entrée au bord costal gauche et sortie en région scapulaire gauche ; une entrée en épigastre et une autre sur le flanc gauche avec sortie en fosse rénale gauche ; un faucillon en crête iliaque gauche ; une entrée par devant le lobe de l'oreille droite et sortie en région pariétale gauche. La mort avait été causée par une perforation cérébrale lors du passage d'un projectile d'arme à feu (200'692, trad. 450'743 ; 200'735).
- Sur le cadavre de OOO_ ont été relevés deux orifices d'entrée au thorax droit avec sortie au niveau du thorax gauche ; un orifice d'entrée en ligne axillaire antérieure au quatrième espace intercostal, sans orifice de sortie ; un orifice d’entrée au thorax droit au cinquième espace intercostal, avec zone de contusion et épanchement au thorax côté droit au quatrième espace intercostal, ligne médiane antérieure au septième espace intercostal droit, et orifice de sortie au sixième espace intercostal gauche (avec une trajectoire de droite à gauche) ; un orifice d'entrée en épigastre avec orifice de sortie au dos droit (trajectoire d'avant en arrière, de droite à gauche) ; un orifice d'entrée au niveau du bord antérolatéral au tiers milieu du bras droit avec sortie au bord interne et au tiers milieu du bras droit. Le rapport mentionne également une excoriation par effleurement en tiers moyen fessier droit, une excoriation par effleurement en face antérieure bras gauche, et une ecchymose violacée au cou côté gauche. La mort avait été causée par des blessures perforantes produites par projectile d'arme à feu dans la région du thorax et de l'abdomen, par perforation cardiaque, pulmonaire et hépatique (200'694 s, trad. 450'745 s ; 200'762).
- SSS_ avait été touché par des projectiles d'arme à feu causant les marques suivantes : un orifice d'entrée dans la région scapulaire droite à la hauteur de la deuxième dorsale, avec sortie au bord supérieur, postérieur de l'épaule droite ; orifice d'entrée au thorax antérieur sillon gauche au quatrième espace intercostal, avec tatouage au thorax et au visage du côté gauche, et sortie dans la région lombaire gauche à la hauteur de la troisième lombaire (trajectoire du haut vers le bas, de l'avant vers l'arrière, et de droite à gauche, sur le côté gauche) ; orifice d'entrée au poignet gauche au dos côté cubital et sortie en face antérieure côté cubital. Il était mort en raison des blessures produites par projectiles d'arme à feu dans la région thoraco-abdominale et d'un choc hypovolémique (200'697, trad. 450'748 ; 200'778). Un courrier du 25 janvier 2007 du médecin-légiste au Ministère public du Guatemala ajoute que ce cadavre présentait un sillon d'excoriation de trois millimètres de grosseur autour des deux poignets, avec signes de vitalité (200'698, trad. 450'749).
- PPP_ présentait les lésions par balles suivantes : un orifice d'entrée dans la région claviculaire droite avec sortie au niveau de l'épaule droite; un orifice d'entrée au deuxième espace intercostal antérieur, le projectile ayant ensuite parcouru la colonne cervicale et passé à travers la base du crâne, avec sortie au milieu des pariétaux (trajectoire du bas vers le haut) ; orifice d'entrée au troisième espace intercostal antérieur droit et sortie à la quatrième dorsale gauche (trajectoire de l'avant vers l'arrière) ; orifice d'entrée au-dessus de l'ombilic, sans orifice de sortie ; orifice d'entrée sur la face externe du bras droit avec sortie sur la face interne. Les coups de feu reçus dans le crâne, le thorax et l'abdomen, ainsi qu'un choc hypovolémique étaient à l'origine de la mort.
- Le corps de NNN_ avait également essuyé des coups de feu, d'où un orifice d'entrée au cou antérieur gauche avec sortie au cou postérieur gauche ; orifice d'entrée en région supra claviculaire droite avec sortie en région scapulaire droite ; orifice d'entrée et sortie au niveau du thorax antérieur droit ; orifice d'entrée au niveau de l'hémothorax antérieur droit avec sortie au dos droit ; une blessure contuse par passage de projectile en avant-bras et main droite (face antérieure). La mort était consécutive à la perforation jugulaire gauche et aux blessures perforantes au cou, au thorax et au membre supérieur droit (200'701, trad. 450'752 ; 200'803).
d.e.
Le 19 octobre 2006, la Municipalité de Frajanes a émis sept certificats de décès (200'810 ss) et les cadavres ont été restitués à leurs familles ou proches (200'693 ss).
d.f.
Selon les conclusions du rapport du 14 décembre 2006 sur l'analyse balistique effectuée par GGGG_, employé du Département de technique scientifique au sein du Ministère public guatémaltèque, l'arme trouvée sous le corps de NNN_ était dépourvue de chien et n'était donc pas en état de fonctionner, contrairement au fusil retrouvé à côté du corps de TTT_. Celui-ci et quatre autres armes de calibre 5,56 x 45 mm ou 7,62 x 39 mm avaient été utilisés sur les lieux où des douilles avaient été retrouvées, soit à proximité des cadavres gisant dans la maison ou sous le couvert adjacent (200'958 ss, trad. 451'228 ss).
e. Plan
Gavilán
Le 22 octobre 2005, 19 détenus se sont évadés du centre pénitentiaire guatémaltèque
El Infiernito
, semble-t-il aux termes d'un plan préparé longuement et avec la complicité de gardiens (200'370). Le jour-même, VaV_, à l'époque sous-directeur général des opérations de la PNC, a émis un ordre de service no 116-2005, intitulé
"opération Gavilán"
, en vue de la recherche des fugitifs. Le commandement général en était confié à la Direction générale de la PNC, tandis que la supervision des enquêtes incombait au chef de la Division des enquêtes criminelles. Il était rappelé que les agents de la PNC devaient respecter les principes et dispositions légaux pertinents, notamment les droits de l'homme, les principes d'opportunité et de proportionnalité ; en particulier l'usage d'armes à feu, n'était autorisé qu'en cas de légitime défense, d'état de nécessité et de l'exercice justifié d'un droit.
f. Mise en œuvre du plan
Gavilán
à l'encontre du fugitif C_
f.a.
Selon le rapport du 3 novembre 2005 de HHHH_, enquêteur, et SS_, chef de délégation auprès du Service des enquêtes criminelles de la PNC (200'276 ss, trad. 450'361 ss), l'opératrice de garde avait été informée le jour-même de ce qu'un cadavre se trouvait dans une voiture, signalée comme volée, à hauteur du kilomètre 136,5 de la route menant à Rio Hondo dans le département de Zacapa. Les auteurs du rapport s'étaient rendus sur place et avaient constaté qu'un véhicule Mitsubishi Lancer était encastré contre un mur et présentait divers impacts de balles. Le cadavre se trouvait sur le siège avant, côté passager ; il présentait des blessures par arme à feu sur différentes parties du corps et tenait, entre ses jambes, un fusil d'assaut avec son chargeur, lequel contenait trois cartouches de même calibre. Quatre douilles, probablement de même calibre, se trouvaient sur le siège arrière droit. Parmi les personnes présentes sur les lieux, figuraient notamment GGG_, le sous-commissaire UUU_, et l'enquêteur TT_. GGG_ avait déclaré que l'enquête en cours et des informations confidentielles avaient permis de déterminer qu'à l'aube ou dans l'après-midi du jour en question, des individus lourdement armés, parmi lesquels l'un des fugitifs d'
El Infiernito
, C_, passeraient à cet endroit à bord d'un véhicule gris porteur de plaques d'immatriculation P-904CFM. Un dispositif de surveillance avait été mis en place à la hauteur du kilomètre 136,5 et le véhicule avait été repéré à 14:00. Ses deux occupants n'avaient pas obéi à l'ordre de s'arrêter et avaient ouvert le feu sur les policiers. Un échange de tirs s'en était suivi lors duquel C_ avait trouvé la mort tandis que le conducteur du véhicule était parvenu à prendre la fuite, tirant à droite et à gauche, après que le véhicule se fut encastré contre un mur. Le cadavre de C_ avait été transporté à la morgue de l'hôpital départemental de Zacapa.
f.b.
SS_ est le signataire d'un second document, daté du 23 novembre 2005 (200'279) visant à compléter le précédent, en ce sens que, alors qu'ils circulaient en voiture, GGG_ et six agents avaient appris par radio la présence du cadavre de C_ au km 136,5, raison pour laquelle ils s'étaient rendus sur les lieux.
f.c.
Au chapitre des documents officiels, le dossier contient notamment encore un recueil de photographies du cadavre (200'282, récemment produit à nouveau par la défense [dossier d'appel, annexe à la pièce 113]) un rapport d'autopsie du 8 novembre 2005 (200'368, également produit récemment par la défense et traduit à sa demande [dossier d'appel, 122C]) ainsi qu'un acte du lendemain (dossier d'appel, 122 A), un rapport d'analyse balistique (200'365) et la première page d'un acte du 8 novembre 2005 du Ministère de l'intérieur autorisant la remise d'une récompense de GTQ 50'000.- à la personne qui avait rendu possible la localisation du fugitif, lequel avait été abattu alors qu'il s'opposait à son arrestation (200'364).
Selon le rapport d'autopsie et le document du lendemain, le corps de C_ présentait une dizaine de blessures par balle, concentrées sur le côté gauche du corps, dont notamment une lésion au niveau de l'œil gauche, avec sortie au niveau occipital et une au niveau intra-claviculaire avec sortie sur le cou, du côté gauche.
g. Mise en œuvre du plan
Gavilán
à l'encontre de D_ et de E_
g.a.
A teneur du rapport du 1
er
décembre 2005 de VV_, chef du poste auxiliaire de la PNC à Oratorio Santa Rosa, les cadavres de deux évadés d'
El Infiernito
, D_ et E_ avaient été découverts le même jour à 12:30 sur un terrain de basketball de la commune (200'420 ss, trad. 450'542 ss). L'heure des décès n'avait pas pu être établie, mais la mort avait été causée par des projectiles d'arme à feu. Le sous-commissaire UUU_ avait informé VV_ qu'alors qu'il enquêtait, à la tête d'un groupe de dix hommes, au sujet de l'évasion, il avait appris qu'une fusillade avait eu lieu dans une région montagneuse de la juridiction au bord d'une rivière. Ils s'étaient rendus sur place et avaient trouvé les deux cadavres, que la population locale voulait brûler s'agissant de fugitifs, ce qui représentait un danger. De ce fait, et vu aussi les difficultés d'accès, UUU_ et ses hommes avaient décidé de faire transporter les corps à Oratorio Santa Rosa, étant précisé que l'un des cadavres tenait dans la main droite un pistolet de calibre 38 mm.
g.b.
Aux termes d'un second rapport du 5 décembre 2005 de XX_, de la Division des enquêtes criminelles de la PNC, son équipe avait obtenu d'un informateur, IIII_, des renseignements détaillés sur la localisation des évadés D_ et de E_. Accompagnée de l'informateur, elle s'était rendue sur place et avait pu constater la présence des fugitifs, dont l'un était armé d'un revolver de calibre 38 mm, qui se cachaient dans une grotte située au bord d'une rivière. Afin d'organiser l'interpellation des deux hommes, XX_ avait notamment pris contact, par téléphone, avec KKK_ et il avait été convenu de constituer deux équipes séparées, comprenant YY_ et GGG_. Le 1
er
décembre 2005 vers 02:30, les deux groupes s'étaient dirigés vers la grotte et avaient ordonné aux détenus de se rendre. D_ et E_ avaient tiré avec leur revolver en direction des agents, qui avaient été contraints de les abattre. Aucun policier n'avait été blessé. L'opération avait pris fin à 03:15. Partant, XX_ suggérait de payer la récompense convenue à l'informateur (200'453 ss, trad. 450551 ss),
g.c.
Dite récompense fût élargie, selon décision du Ministère de l'intérieur du 14 décembre 2005 et quittance du même jour (200'444 ss).
g.d.
Selon les rapports d'autopsie du 1
er
décembre 2005 (200'497/8, trad. 450'556/7),
-
D_ présentait onze lésions causées par des projectiles d'arme à feu, soit trois dans le crâne, deux dans le thorax, une dans l'abdomen et cinq dans les extrémités ;
-
tandis que le corps de E_ présentait cinq lésions causées par balles, soit notamment deux dans le crâne et deux dans l'abdomen, la cinquième n'étant pas décrite.
g.e.
Le dossier contient aussi un recueil de photographies des corps (200'427 ss).
3.
Enquêtes au Guatemala au sujet d'exécutions extra-judiciaires lors de l'opération
Pavo Real
h. Par le Ministère public
h.
Suite à l'intervention du Ministère public sur place, le jour-même des faits, des dossiers photographiques et des croquis ont été établis (201'795 ss, 201'812 ss, 201'841 ss ; 201'792, 201'809 et 201'837 s ; dossier d'appel, annexes à la pièce 113). Par la suite, le Ministère public a ordonné les autopsies (
supra
d.d.) ainsi que l'analyse balistique (
supra
d.f.) et a procédé à certaines auditions.
i. Par le bureau du PDH
i.a.
Le PDH est désigné par le Congrès du Guatemala et ne dépend d'aucun organisme, institution ou fonctionnaire. Il a pour mission constitutionnelle de veiller au respect des droits de l'homme, exerçant à cette fin une surveillance sur les activités de l'Etat et enquêtant ensuite de plaintes ou de soupçons crédibles. En particulier, en cas de prononcé du régime d'exception, il agit d'office ou à la demande d'une partie en vue de garantir le respect des droits fondamentaux dont l'exercice n'aurait pas été expressément restreint (500'635 ss, trad. 451'094 ss ; 450'885).
i.b.
Au mois de décembre 2006, le PDH a émis un rapport sous forme de présentation
power point
intitulé
"Etat de droit ou impunité ? Evènements survenus dans la Granja Modelo de Rehabilitacion Pavón le 25 septembre 2006"
(500'551 ss, trad. 451'035).
Selon ce rapport, le principe de l'intervention en vue de la reprise du contrôle au sein de la prison devait être salué mais une enquête avait néanmoins été faite, durant près de trois mois, dès lors que les membres du bureau du PDH s'étaient vu interdire l'accès à la prison durant l'opération, contrairement à la loi. Ayant vainement demandé le plan officiel de l'opération des diverses autorités concernées, le bureau du PDH était cependant parvenu à se procurer un document intitulé
"Restauration 2006".
Les rapports d'autopsie indiquaient que les sept victimes étaient mortes des suites de blessures par balles, d'un calibre non déterminé ; dans trois cas la mort était due au choc hypovolémique, ce qui signifiait qu'on avait laissé les victimes agoniser en se vidant de leur sang. Les blessures étaient concentrées sur le haut du corps. Un témoin avait vu des détenus pris de convulsions quelques instants avant leur mort. Trois cadavres présentaient des lésions compatibles avec des mouvements de défense. Un rapport signalait des écorchures au poignet ; des proches d'un autre détenu avaient signalé les mêmes marques qui n'étaient pas mentionnées dans le rapport d'autopsie. Ces marques étaient visibles sur les photographies de deux corps. Le cadavre de SSS_ présentait un
"tatouage sur la poitrine et le visage"
révélateur d'un coup de feu tiré à bout portant et OOO_ avait essuyé cinq coups de feu entre le deuxième et le septième espace intercostal, ce qui était incompatible avec la thèse d'un affrontement armé. Les rapports d'autopsie n'évoquaient pas l'heure estimée du décès. Plusieurs cadavres avaient des ecchymoses sur l'abdomen et les jambes donnant à penser que les détenus concernés avaient été battus avant de mourir.
Les fenêtres de la maison, à l'intérieur de laquelle trois corps avaient été retrouvés, avaient chacune reçu un coup de feu et il n'y avait aucun dégât tels ceux généralement causés par un affrontement. L'absence de blessés du côté des forces de l'ordre remettait également en cause la thèse de l'affrontement armé.
L'épouse du détenu SSS_, lequel n'appartenait pas au COD et était en conflit avec lui, avait cru reconnaître son époux sur des images montrant un détenu marchant, dans une file de prisonniers maîtrisés, eu égard à sa coupe de cheveux particulière. Elle avait relaté qu'ils étaient au téléphone lorsque l'assaut avait été donné et que son mari lui avait dit qu'il ne pouvait plus lui parler car on leur tirait dessus. Selon elle, le corps de SSS_ présentait des ecchymoses, des esquilles (soit les traces du tatouage provoqué par le coup de feu à bout portant) sur le visage et ses mains étaient violettes là où elles avaient été liées. Le rapport médico-légal ne contenait pas la description des bleus et des marques sur les poignets remarqués par l'épouse. Le rapport mentionnait la congestion du cerveau et du cervelet sans donner d'explications à ce sujet, alors que cela ne pouvait qu'être le résultat d'un coup ou d'une blessure à la tête. Des codétenus de SSS_ avaient dit à son épouse que celui-ci avait été sorti de la file parce qu'il riait ce qui avait irrité un policier qui lui avait dit qu'il allait lui enlever ce rire et avait ordonné qu'on l'emmène. Selon les images, la PNC avait maîtrisé SSS_, l'avait soumis à des traitements cruels avant de le séparer des autres prisonniers et finalement de le mettre à mort. Il s'agissait donc d'une exécution extrajudiciaire.
Un témoin avait rapporté qu'on avait fait exploser des pétards durant les exécutions et un autre avait vu des forces de l'ordre placer des armes et des grenades dans les mains des détenus mourants.
Un élément se retrouvant dans tous les témoignages était que des civils encagoulés identifiaient les prisonniers qui étaient extraits des files. Une liste de 25 à 30 noms était évoquée, ainsi que des photographies. Le détenu NNN_ avait été admis à
Pavoncito
en donnant un faux nom, selon cinq témoins. Il avait été amené à quitter cet établissement par la ruse, car on lui avait dit que son avocate l'attendait. Il avait confié son blouson à un détenu qui l'avait par la suite remis au juge de paix de Frajanes. Tous les détenus affirmaient également que les forces de l'ordre étaient entrées en tirant alors qu'eux-mêmes n'opposaient aucune résistance. Dès 06:20, le contrôle de la prison était passé aux forces de l'ordre. Il n'y avait pas d'armes à feu de gros calibre à l'intérieur, mais uniquement une quinzaine de 9 mm.
Selon deux témoignages confidentiels, des fonctionnaires du Système pénitentiaire avaient négocié avec TTT_, président du COD, un accord garantissant le respect de la vie des membres du COD au cours de l'opération contre une somme d'argent qui avait été transportée dans un meuble et payée à l'extérieur de la prison.
A teneur des témoignages des détenus, l'établissement pénitentiaire avait été encerclé aux alentours de 04:00 et une quarantaine de prisonniers s'étaient réunis dans la maison de NNN_. De nombreux témoins avaient entendu une conversation téléphonique entre ce dernier et les autorités de la prison, NNN_ demandant aux forces de sécurité d'attendre la levée du jour pour entrer, de crainte que les autres détenus ne profitent de l'obscurité pour
"leur faire du mal".
Une patrouille munie d'un mégaphone avait circulé, mais uniquement sur un quart du périmètre de la prison, aux alentours de 05:30 en demandant aux détenus de se réunir sur la place civique (ndlr : entre l'église catholique et le terrain multisports). Un des détenus se trouvant dans les cuisines avait affirmé ne pas avoir entendu l'appel et avoir été blessé d'une balle par un homme en uniforme portant une cagoule. Vers 06:00, les forces de sécurité étaient entrées en tirant dans la zone située près du terrain de football, à proximité de la maison de NNN_. Selon des détenus proches de TTT_, celui-ci les avait enjoints de se rendre pacifiquement.