# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** a958bd35-e2cd-44aa-8659-c81fcb26c09e
**Court:** CH_PATG
**Chamber:** CH_PATG_001
**Year:** 2013
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Intellectual Property

## Facts

00005057
B u n d e s p a t e n t g e r i c h t
T r i b u n a l f é d é r a l d e s b r e v e t s
T r i b u n a l e f e d e r a l e d e i b r e v e t t i
T r i b u n a l f e d e r a l d a p a t e n t a s
F e d e r a l P a t e n t C o u r t
S2013_005
D é c i s i o n d u 2 4 m a i 2 0 1 3
Composition de la Cour Dieter Brändle, Dr en droit, président
Tobias Bremi, Dr en sciences naturelles, juge
Frank Schnyder, lic. en droit, ing. dipl. EPFL, juge
Jakob Zellweger, lic. en droit, premier greffier
Parties à la procédure A. Sàrl,
représentée par Maître Ralph Schlosser, Kasser Schlosser
avocats, av. de la Gare 5, case postale 251, 1001 Lausanne,
et conseillé en matière de brevets par Giovanni Gervasio,
P&TS SA, av. J.-J. Rousseau 4, case postale 2848,
2001 Neuchâtel 1,
demanderesse
contre
B. Sàrl,
défenderesse
Objet Mesures provisionnelles et superprovisionnelles, description.
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## Considerations

Le Tribunal fédéral des brevets considère,
1. En date du 30 avril 2013, la demanderesse a introduit des requêtes de
mesures superprovisionnelles et provisionnelles dans les termes suivants
(pièce 1):
La requérante prend les conclusions suivantes, par la voie des mesures
superprovisionnelles et provisionnelles
I. Il est ordonné une description précise du procédé utilisé par l’intimée
B. Sàrl pour la déposition de xx sur des substrats.
II. La description requise selon chiffre I ci-dessus précisera notamment
dans quelle mesure le procédé utilisé par B Sàrl comprend les étapes
ou caractéristiques suivantes, correspondant à la revendication 1 du
brevet CH yy B1
(a) ...;
...
(c) ....
III. La description précisera en outre dans quelle mesure le procédé utili-
sé par B. Sàrl comprend les étapes ou caractéristiques suivantes, cor-
respondant aux revendications 2 à 7 et 9 du brevet CH yy B1
(a) ...;
...
(g) ....
IV. La description comprendra une copie du ou des logiciels utilisés en
lien avec le procédé concerné.
V. La description comprendra une ou plusieurs pièces traitées au moyen
du procédé de B. Sàrl, plus particulièrement la ou les pièces traitées
lors de la mise en œuvre de la description.
VI. L’intimée est condamnée aux frais et dépens de l’instance.
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2.
La demanderesse expose les raisons qui l'amènent à penser que la dé-
fenderesse utilise le procédé couvert par le brevet litigieux (brevet suisse
CH yy B1). Elle demande que soit ordonnée une description précise au
sens de l'art. 77 LBI, à titre superprovisionnel, sans en informer au pré-
alable la défenderesse de sorte à l’empêcher de modifier le procédé ou
l'ordinateur qui le contrôle.
3.
Le brevet litigieux est un brevet suisse. Conformément à l'art. 59 al. 4 LBI,
l'Institut de la Propriété Intellectuelle (IPI) n’examine pas si l’invention est
nouvelle ou si elle découle de manière évidente de l’état de la technique.
Il semble ainsi pour le moins douteux qu’une présomption de nouveauté
et d’activité inventive de l’invention et donc de validité du brevet délivré
puisse inconditionnellement découler du seul fait de son inscription au re-
gistre suisse (cf. ATF 4.C403/2005 E 4.3).
Le tribunal saisi d’une requête de mesures superprovisionnelles doit
l’examiner avec circonspection: il ne doit pas s’arrêter à la vraisemblance
du danger (qualifié) et, sans se contenter du caractère plausible des faits
présentés, exiger aussi des pièces à l’appui (message du Conseil fédéral
du 28 juin 2006 relatif au code de procédure civile suisse, FF 2006,
6964).
Appliqué à la validité d'un brevet suisse, ce principe signifie qu'un moyen
de preuve est nécessaire pour faire valoir valablement à titre superprovi-
sionnel un droit attaché à un brevet suisse purement national. Un tel
moyen de preuve peut par exemple prendre la forme d'un rapport de re-
cherche avec ses annexes établi par un organe officiel pour le brevet
suisse, voire pour un brevet étranger ou pour un brevet européen ou pour
une demande internationale de brevet appartenant à la même famille que
le brevet suisse, ou de tout autre moyen de preuve analogue, rendant
vraisemblable la validité du brevet.
La demanderesse ne fournit aucun moyen de preuve de ce type. Partant,
laissé par la demanderesse dans une complète ignorance, rien ne permet
au Tribunal de conclure sérieusement à la vraisemblance de validité du
brevet et à la crédibilité des prétentions alléguées.
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De plus, il convient de relever qu’en l’espèce la validité du brevet suisse
invoqué semble pour le moins incertaine considérant que l'invention avait
été réalisée au moins dix ans avant la date de priorité, qu’elle avait été
utilisée par diverses sociétés pendant cette période, qu’aucun indice n’a
été présenté quant à l’existence d’une obligation de confidentialité ou
d’autres mesures aptes à conserver le procédé secret avant la date de
priorité et que de surcroît des produits fabriqués à l'aide du procédé cou-
vert par le brevet litigieux ont été commercialisés avant la date de priorité.
La demanderesse affirme ensuite, sans moyen de preuve ou argumenta-
tion convaincante à l'appui, que la société A. S.à.r.l. (demanderesse) et la
société A. SA auraient chacune disposé respectivement dès 2004 et dès
2009 de droits d'utilisation sur l'invention de X. (à l'époque non encore
protégée par un brevet). Le brevet litigieux quant à lui a fait l’objet d’une
demande auprès de l’IPI le 10 octobre 2012 sous priorité du 28 juin 2012
puis a été cédé après sa délivrance à la demanderesse le 25 avril 2013.
Toutes ces sociétés ont été créées par l'inventeur A.B. et ce dernier en
est au moins en partie propriétaire.
La défenderesse a également été cofondée par X. en 2006, initialement
sous le nom de A. E. S.à.r.l.. Elle a appartenu en partie à X. jusqu’en
2010 et a modifié sa raison sociale en B. S.à.r.l. en 2010. Le but social de
la défenderesse correspond largement à celui de la demanderesse et à
celui de la société A. SA prétendument bénéficiaire des droits d'utilisation.
En conséquence, on ne saurait sans autre exclure que la défenderesse
ne dispose pas elle aussi d'un droit d'utilisation.
4.
Dès lors que la validité du brevet litigieux et l’inexistence d’un droit
d’utilisation par la défenderesse de l’invention brevetée sont douteuses à
ce point, une mesure superprovisionnelle aussi intrusive qu’une descrip-
tion précise du procédé utilisé par la défenderesse ne saurait être ordon-
née. On ne saurait recourir abusivement à une description précise selon
l'art. 77 LBI à des fins de renseignement injustifié. En l'espèce, en l'ab-
sence d'une audition de la défenderesse, on ne peut exclure un tel abus
compte tenu de la situation décrite ci-dessus qui soulève de sérieux dou-
tes quant à la validité du brevet et à l'inexistence de droits d'utilisation de
la défenderesse. On rappellera également l’obligation de préserver les
secrets de fabrication et d'affaires (art. 68 LBI) usuellement exposés lors
de ce type de procédure.
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Toutefois, en raison de la notification de la décision à la défenderesse, un
rejet pur et simple des requêtes aurait pour conséquence que la défende-
resse serait informée de l'intérêt de la demanderesse à acquérir des
preuves, supprimant ainsi l'effet de surprise recherché et permettant ainsi
à la défenderesse de tenter de modifier la procédure de fabrication ou du
moins de préparer une autre procédure de fabrication qui serait immédia-
tement disponible en cas de nouvelle mesure de conservation des preu-
ves.
5.
Il semble dès lors indiqué, pour sauvegarder les intérêts légitimes des
deux parties, et selon le principe "in maiore minus inest", d’ordonner dans
l’immédiat une mesure de conservation des preuves moins intrusive que
la description précise requise par la demanderesse, soit d'interdire à la
défenderesse, à titre superprovisionnel jusqu'au prononcé d'une décision
différente par le Tribunal fédéral des brevets et sous la menace de sanc-
tions pénales, de modifier le procédé de revêtement utilisé en cause, no-
tamment modifier les programmes de contrôle et les instructions d'utilisa-
tion/manuels pour les collaborateurs, modifier ou supprimer les program-
mes ou fichiers informatiques y relatifs ou encore modifier ou éliminer
toute autre document y relatif.
En même temps, la défenderesse doit être invitée à prendre position sur
les requêtes au sens de l'art. 253 CPC.
Lorsque la défenderesse aura soumis sa prise de position, il s'agira de
décider si et, le cas échéant, comment et dans quelle mesure il convient
de procéder à la description précise au sens de l’art. 77 LBI.