# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 2db63ad1-f713-5b14-8ae7-2913a56fdf26
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2003
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Monsieur N_, d’origine tunisienne, a été mis au bénéfice d’une rente entière d’invalidité depuis le 1
er
février 1994 (décision du 10 mars 1998). Son épouse, Madame N_, est venue s’installer en Suisse en 1995. Les époux N_ ont 5 enfants, nés en 1995, 1997, 1998, février 2000 et juillet 2001. Monsieur N_ est père d’H., né en 1978 d’un premier mariage, lequel reçoit une rente d’invalidité depuis novembre 1996.
2. L’Office cantonal des personnes âgées (ci-après OCPA) a versé à Monsieur N_ des prestations d’assistance à titre d’avance AI, du 1
er
novembre 1995 au 31 janvier 1998, soit au total Frs. 87'264.95, selon les calculs de l’OCPA (cf. pièce 49, chargé OCPA).
L’Office cantonal de l’assurance-invalidité (ci-après OCAI), dans sa décision du 10 mars 1998, avait fixé le montant du rétroactif AI dû à Monsieur N_ à Frs. 64'896,-- et a procédé au versement à l’OCPA de la somme de Frs. 33'464,-- représentant une partie des avances AI.
3. Par décision du 24 novembre 1998, l’OCPA a nié le droit de Monsieur N_ à des prestations complémentaires fédérales et cantonales du 1
er
février au 30 novembre 1995, mais lui en a accordé à compter du 1
er
décembre 1995, étant précisé qu’une somme de Frs. 4'664.30 était directement prélevée par l’OCPA en remboursement intégral des avances effectuées. Le même jour, l’OCPA a informé Monsieur N_ que contrairement à ce qui venait de lui être dit, le solde qu’il devait rembourser s’élevait à Frs. 53'800.95 (soit Frs. 87'264.95.- ./. 33'464.-).
4. Le 14 janvier 1999, l’OCPA a prié Maître Jean-Marie FAIVRE de lui faire savoir de quelle manière son mandant, Monsieur N_, envisageait de lui rembourser la somme de Frs. 53'800.95. Ni Maître FAIVRE, ni Monsieur N_ ne s’étant manifestés, l’OCPA a déclaré le 1
er
février 1999 qu’elle procéderait à une retenue de Frs. 500,-- sur le montant de ses prestations dès le 1
er
février 1999 en remboursement du rétroactif indûment perçu.
5. Par décision du 28 janvier 1999, l’OCPA a fixé à Frs. 2'041,-- le montant des prestations complémentaires fédérales et cantonales dues à Monsieur N_, déduction faite du montant prévu de Frs. 500,--. Un gain d’activité potentiel pour l’épouse, au montant de Frs. 32'920.,--, a été pris en considération.
6. Monsieur N_, représenté par Maître FAIVRE, a formé une réclamation le 24 février contre ladite décision. Il conteste la prise en considération du gain potentiel de son épouse, considérant que
«
Il n’est pas admissible de prendre en compte s’agissant de Madame N_ un gain d’activité potentiel à hauteur de Frs. 20'946.,-- l’an, dès lors que celle-ci est mère de trois enfants en bas-âge, puisqu’ils sont âgés de respectivement 2 mois, 1 an et demi et 3 ans et demi. Même si Monsieur N_ n’exerce pas d’activité lucrative, il ne peut faire office de mère, et ses enfants ne peuvent se passer de la présence de celle-ci en permanence. Je préciserais par ailleurs que Madame N_ n’a jamais travaillé, ni en Suisse, ni en Tunisie, en sorte qu’il est illusoire de lui imputer un gain d’activité potentiel de Frs. 32'920,--. »
7. Le recourant reproche également à l’OCPA d’avoir procédé à la retenue de Frs. 500,-- par mois, au motif que le rétroactif ne serait pas indûment perçu. Il se réfère à cet égard à une lettre de l’Hospice général du 20 juin 1997, aux termes de laquelle les secours d’assistance n’étaient pas remboursables dans son cas, et au fait que la Caisse cantonale genevoise de compensation indique avoir versé les rétroactifs AI à des institutions non précisées pour un montant de Frs. 38'048.70.
8. Maître FAIVRE, après s’être inquiété de ne pas recevoir de réponse suite à sa réclamation du 24 février 1999, a précisé quelle avait été globalement, l’affectation des fonds perçus par Monsieur N_, comme le lui demandait l’OCPA :
- paiement de l’émolument dû au titre de l’acquisition de la nationalité suisse et genevoise
- paiement d’arriérés fiscaux à hauteur de Frs. 6'000.-
- rachat pour un montant de Frs. 3'500,-- d’actes de défaut de biens accumulés antérieurement
- paiement des frais d’accouchement de Madame N_ en Tunisie, les frais y relatifs n’ayant pas été pris par l’assurance maladie au seul motif qu’elle avait accouché à l’étranger sur les conseils insistants de son gynécologue tunisien
- achat de meubles pour un montant de Frs. 4'500,--
- frais de voyage en Tunisie à raison de deux par an, étant précisé que Madame N_ manifeste une certaine propension à la dépression qu’il n’est possible de maîtriser que moyennant le maintien d’un contact régulier avec sa famille
- Frs. 1'332,-- en règlement de deux mensualités de loyer pour le compte d’H. N_
- le solde fut utilisé pour les besoins du ménage, étant notamment rappelé que les dernières naissances ont engendré des frais considérables.
9. Par décision du 28 juillet 2000, l’OCPA a fixé à Fr. 2'862,-- le montant des prestations complémentaires fédérales et cantonales dues à Monsieur N_ dès le 1
er
mai 2000. Il est prévu que le rétroactif de Frs. 36'555,--, calculé à compter du 1
er
février 1995, est directement versé à l’OCPA à concurrence de Frs. 30'397.40. La retenue de Frs. 500,-- est ainsi supprimée dès le 1
er
août 2000 et Monsieur N_ se voit accorder le solde de Frs. 6'157.60, soit Frs. 36'555,-- ./. Frs. 30'397.40. Aucun gain d’activité potentiel n’a été compté durant les périodes où Madame N_ était enceinte de M., né en 1998, puis de R. née en 2000.
10. Par courrier du 6 septembre 2000, Maître FAIVRE prend expressément note que le problème du rétroactif a été réglé et que la retenue de Fr. 500,-- a été supprimée.
Il persiste en revanche à contester la comptabilisation d’un gain d’activité potentiel pour Madame N_.
11. Un entretien s’est déroulé dans les bureaux de l’OCPA le 3 octobre 2000 afin que soit examinée la capacité de gain présentée par Madame N_. Il n’a pas été possible de mener à bien cet entretien, les trois enfants présents étant très agités et Monsieur N_ ayant adopté un comportement considéré comme désagréable.
12. Par décision du 3 janvier 2001, l’OCPA a alloué des prestations complémentaires fédérales et cantonales à Monsieur N_, tenant compte d’un gain potentiel pour son épouse de Frs. 33'760,--.
Par décision sur réclamation du 30 mars 2001, l’OCPA a décidé de maintenir sa décision du 28 janvier 1999, considérant que Madame N_ avait la possibilité de réaliser un gain provenant d’une activité lucrative de Fr. 33’760,--, étant rappelé que ce gain était retenu d’une manière privilégiée, c’est-à-dire aux deux tiers après une déduction de Frs. 1'500,-- soit annuellement Frs. 20'946,--.
13. Monsieur N_, toujours représenté par Maître FAIVRE, a interjeté recours le 3 mai contre ladite décision sur réclamation.
« Madame N_, qui est d’origine modeste, n’a pas bénéficié de la moindre formation professionnelle et elle ne parle que très peu le français.
Comme Monsieur N_ et son épouse sont inactifs, ils ne peuvent évidemment vivre des seules prestations de l’AI en sorte qu’ils ont sollicité les prestations complémentaires dues par la loi.
Madame N_ a la lourde charge de s’occuper de ses enfants dès lors que son mari, du fait de son handicap, ne peut guère l’assister dans cette tâche, ce qui pourrait être confirmé, au besoin, par ses médecins traitants, les Drs. A_ à Carouge et B_ à la rue de Berne.
Pour soulager quelque peu Madame N_, les enfants sont placés l’après-midi à la crèche de la Source, ce qui coûte Frs. 340,-- par mois pour les trois cadets, Aïcha étant à l’école enfantine, en deuxième année.
Madame N_ profite du peu de temps qui lui reste pour apprendre le français, à l’Université ouvrière, à raison d’une heure et demie le mardi et une heure et demie le jeudi.
Contrairement à ce qu’insinue l’Office cantonal des personnes âgées, Madame N_ ne perçoit aucune prestation de la part de l’Office cantonal de l’emploi et en tout cas pas les Frs. 900.- mensuels dont il est question en p. 2 in fine de la décision querellée. »
Maître FAIVRE rappelle par ailleurs que la retenue mensuelle de Frs. 500.- qui fut supprimée avec effet dès le 1er août 2000 a été maintenue pour la période du 1
er
avril 1999 au 31 juillet 2000.
Monsieur N_ conclut dès lors à ce qu’aucun gain d’activité potentiel ne soit pris en compte pour Madame N_ et demande la restitution des retenues de Frs 500,-- effectuées à tort du 1
er
avril 1999 au 31 juillet 2000.
14. Dans son préavis du 8 juin 2001, l’OCPA relève que le fait que Madame N_ soit sur le point d’accoucher au mois de juin 2001 constitue un fait nouveau postérieur à la décision sur réclamation, lequel ne pourra être pris en considération que pour le mois où le changement a été annoncé, soit en mai 2001 seulement. L’OCPA examine les revenus de la famille N_ pour l’année 2000, constate que les enfants sont placés dans une crèche l’après-midi pour Frs. 340,-- par mois pour les trois enfants, que ce nonobstant, la différence entre les ressources et les dépenses s’élève à Frs. 3'149,-- ; il en conclut que le coût de la crèche ne constitue visiblement pas une charge financière trop lourde, et qu’ainsi, Madame N_ aurait la possibilité d’exercer une activité lucrative.
15. Invité à se déterminer, Maître FAIVRE produit un budget établi par un assistant social dont il résulte que la famille N_ vit au-dessous du minimum vital. Il s’étonne par ailleurs de ce que l’OCPA d’une part soutienne que Madame N_ peut travailler, et d’autre part, qu’il reconnaisse la nécessité d’une aide au ménage à raison de huit heures par mois (décision du 12 décembre 2001) (cf. courrier du 20 décembre 2001).

## Considerations