# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** df755175-2a0a-488b-bacc-c8119b2973e0
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2008
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
X._, ressortissante des Philippines née le 3 avril 1949, est entrée en Suisse le 28 novembre 1998 au bénéfice d'un visa touristique. Elle n'est pas retournée dans son pays à l'expiration de son visa, mais est restée en Suisse et y a travaillé sans autorisation.
B.
Le 30 mars 2006, X._ s'est annoncée au bureau des étrangers de la ville de 1********. Elle a sollicité une autorisation de séjour en vue de son mariage avec Y._, ressortissant suisse.
Le 15 mai 2006, le Service de la population (ci-après: le SPOP) a invité l'intéressée à produire divers documents, dont l'avis de clôture de la procédure préparatoire du mariage, avec indication de la date prévue pour la célébration de celui-ci. Le 30 octobre 2006, X._ a répondu que la date prévue pour la célébration du mariage avait été fixée au 14 décembre 2006. Elle n'était toutefois pas encore en mesure de transmettre l'avis de clôture de la procédure préparatoire du mariage, car l'Office de l'état civil lui avait demandé de renouveler certains documents.
Le 30 janvier 2007, le SPOP a invité l'intéressée à lui indiquer si le mariage avait été conclu ou, à défaut, à lui transmettre la preuve des démarches entreprises auprès de l'Office de l'état civil. Le 27 février 2007, X._ a répondu que la date prévue pour la célébration du mariage avait été reportée au 25 avril 2007.
Le 30 mai 2007, le SPOP a invité X._ à lui transmettre une copie de son certificat de famille. Le 15 juin 2007, l'Office de l'état civil a convoqué X._ et Y._ pour le 4 juillet 2007 pour effectuer la procédure préparatoire du mariage. X._ a transmis une copie de la convocation au SPOP. Le 27 juin 2007, le médecin traitant de Y._ a informé l'Office de l'état civil que l'état de santé de ce dernier ne lui permettait pas de se présenter le 4 juillet 2007 pour effectuer la procédure préparatoire du mariage. X._ a transmis une copie du certificat médical au SPOP.
Le 20 septembre 2007, le SPOP a informé X._ qu'il envisageait de refuser sa demande d'autorisation de séjour, dans la mesure où il n'était toujours pas en possession de l'avis de clôture de la procédure préparatoire du mariage. Le 18 octobre 2007, X._ a informé le SPOP que son fiancé avait été hospitalisé du 3 août au 20 septembre 2007 et que la nouvelle date pour la célébration du mariage avait été fixée au 8 décembre 2007.
Le 12 décembre 2007, le SPOP a invité X._ à produire une copie de son certificat de famille. Le 27 décembre 2007, l'Office de l'état civil a fixé à X._ et à Y._ un ultime rendez-vous au 11 janvier 2008 pour débuter la procédure préparatoire du mariage. X._ et Y._ ne s'étant pas présentés à ce rendez-vous, l'Office de l'état civil a annulé leur dossier de mariage et en a informé le SPOP.
En raison de ces faits, le SPOP a fait savoir, le 24 janvier 2008, qu'il envisageait de refuser sa demande d'autorisation de séjour et lui a imparti un délai pour faire part de ses éventuelles observations. Le 11 février 2008, X._ a expliqué au SPOP que l'Office de l'état civil lui réclamait de nouveaux documents et qu'elle allait faire le nécessaire pour les transmettre le plus rapidement possible.
C.
Par décision du 11 mars 2008, notifiée le 24 avril 2008, le SPOP a refusé de délivrer une autorisation de séjour à X._ et lui a imparti un délai d'un mois pour quitter le territoire.
D.
Dans l'intervalle, le 18 avril 2008, Y._ est décédé.
E.
X._ a recouru le 10 mai 2008 contre la décision du SPOP du 11 mars 2008 devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal. Elle fait valoir qu'elle a été très affectée par le décès de son fiancé. Elle relève en outre que sa famille aux Philippines dépend d'elle. Elle demande en conséquence la délivrance d'une autorisation de séjour.
Par décision incidente du 20 mai 2008, le juge instructeur a accordé l'effet suspensif au recours.
Dans sa réponse du 22 mai 2008, le SPOP a conclu au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. Il relève que la recourante ne séjourne légalement en Suisse que depuis deux ans, ce qui ne permet pas de conclure qu'elle est profondément enracinée et qu'un retour dans son pays, malgré le décès de son fiancé, soit impossible. Il indique en outre que la recourante ne démontre pas qu'elle a des attaches particulières avec la Suisse et qu'elle est intégrée professionnellement dans un emploi particulièrement qualifié.
Dans ses observations complémentaires du 24 juin 2008, la recourante a donné des indications sur les emplois qu'elle avait occupés depuis son entrée en Suisse: de décembre 1998 à mars 2001, elle a travaillé comme gouvernante pour la famille M., à 2********; de mars 2001 à mars 2006, elle a travaillé comme gouvernante pour la famille K., à 1********; depuis mai 2008, elle effectue des travaux de ménage pour C., à 3********, et pour B., à 1********.
Dans ses observations finales du 30 juin 2008, le SPOP a relevé que les éléments allégués par la recourante n'étaient pas de nature à modifier sa décision.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit
1.
a) Aux termes de l'art. 4 al. 1 de la loi vaudoise du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA; RSV 173.36), la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsqu'aucune autre autorité n'est expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du SPOP et du Service de l'emploi.
b) D'après l'art. 31 al. 1 LJPA, le recours s'exerce par écrit dans les 20 jours dès la communication de la décision attaquée. En l'espèce, le recours a été déposé en temps utile et satisfait aux conditions formelles énoncées à l'art. 31 al. 2 et 3 LJPA. En outre, la recourante, en tant que destinataire de la décision attaquée, a manifestement qualité pour recourir au sens de l'art. 37 al. 1 LJPA, de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2.
La loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20), entrée en vigueur le 1
er
janvier 2008, a abrogé et remplacé la loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et l'établissement des étrangers (LSEE). L'ancien droit reste toutefois applicable aux demandes déposées, comme en l'espèce, avant cette date (art. 126 al. 1 LEtr).
3.
a) Un étranger peut, selon les circonstances, se prévaloir du droit au mariage garanti par les art. 14 de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst.; RS 101) et 8 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH; RS 0.101) pour obtenir une autorisation de séjour, en vue de rejoindre son fiancé en Suisse (ATF 126 II 377 consid. 2b p. 382). Encore faut-il que le couple entretienne depuis longtemps des relations étroites et effectives, et qu¿il existe des indices concrets d¿un mariage sérieusement voulu et imminent, comme, par exemple, la publication des bans du mariage (cf. en dernier lieu arrêts PE.2006.0447 du 14 décembre 2007; PE.2007.0410 du 8 octobre 2007; PE.2006.0700 du 15 mai 2007; ATF 2C_520/2007 du 15 octobre 2007; 2A.205/2006 du 1
er
juin 2006, et les références citées). Aux termes de l¿art. 36 de l¿ordonnance fédérale du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE; abrogée depuis l¿entrée en vigueur de la LEtr), des autorisations de séjour peuvent être délivrées à des étrangers n¿exerçant pas d¿activité lucrative lorsque des raisons importantes l¿exigent. Selon les directives émises par l'Office fédéral des migrations (ch. 556.3), une autorisation de séjour de durée limitée peut être délivrée à ce titre pour permettre à un étranger de préparer en Suisse son mariage avec un citoyen suisse, pour autant que la célébration intervienne dans un délai raisonnable et que les conditions d¿un regroupement familial ultérieur soient remplies (moyens financiers suffisants, absence d¿indices de mariage de complaisance et de motif d¿expulsion).
b) En l'espèce, la recourante a déposé une demande d'autorisation de séjour en vue de son mariage avec Y._, ressortissant suisse. Le SPOP a rejeté cette demande, au motif que la recourante n'était après deux ans toujours pas en mesure de présenter un avis de clôture de la procédure préparatoire de mariage. Y._ est décédé quelques jours plus tard. La recourante ne peut dès lors plus se prévaloir de son futur mariage pour obtenir une autorisation de séjour.
4.
La recourante fait toutefois valoir dans son pourvoi qu'elle a été très affectée par le décès de son fiancé. Elle relève en outre que sa famille aux Philippines dépend entièrement d'elle. Il convient dès lors d'examiner si la situation de la recourante relève d'un cas de rigueur au sens de l'art. 13 let. f OLE.
a) Aux termes de cette disposition, ne sont pas comptés dans les nombres maximums les étrangers qui obtiennent une autorisation de séjour dans un cas personnel d'extrême gravité ou en raison de considérations de politique générale. Il découle de sa formulation que l'art. 13 let. f OLE présente un caractère exceptionnel et que les conditions mises à la reconnaissance d'un cas de rigueur doivent être appréciées restrictivement. Il est nécessaire que l'étranger concerné se trouve dans une situation de détresse personnelle. Cela signifie que ses conditions de vie et d'existence, comparées à celles applicables à la moyenne des étrangers, doivent être mises en cause de manière accrue, c'est-à-dire que le refus de soustraire l'intéressé aux restrictions des nombres maximums comporte, pour lui, de graves conséquences.
Lors de l'appréciation d'un cas personnel d'extrême gravité, il y a lieu de tenir compte de l'ensemble des circonstances du cas particulier. La reconnaissance d'un cas personnel d'extrême gravité n'implique pas forcément que la présence de l'étranger en Suisse constitue l'unique moyen pour échapper à une situation de détresse. Par ailleurs, le fait que l'étranger ait séjourné en Suisse pendant une assez longue période, qu'il s'y soit bien intégré socialement et professionnellement et que son comportement n'ait pas fait l'objet de plaintes ne suffit pas, à lui seul, à constituer un cas d'extrême gravité; il faut encore que la relation du requérant avec la Suisse soit si étroite qu'on ne saurait exiger qu'il aille vivre dans un autre pays, notamment dans son pays d'origine (ATF 124 II 110 consid. 2 p. 112). A cet égard, les relations de travail, d'amitié ou de voisinage que le requérant a pu nouer pendant son séjour ne constituent normalement pas des liens si étroits avec la Suisse qu'ils justifieraient une exemption des mesures de limitation du nombre des étrangers (ATF 130 II 39 consid. 3 p. 41/42 et la jurisprudence citée).
Le Tribunal fédéral a précisé que les séjours illégaux en Suisse n'étaient pas pris en compte dans l'examen d'un cas de rigueur. Sinon, l'obstination à violer la législation en vigueur serait en quelque sorte récompensée. Dès lors, il appartient à l'autorité compétente d'examiner si l'intéressé se trouve pour d'autres raisons dans un état de détresse justifiant de l'exempter des mesures de limitations. Pour cela, il y a lieu de se fonder
sur
les relations familiales de l'intéressé en Suisse et dans sa patrie, sur son état de santé, sur sa situation professionnelle, sur son intégration sociale, etc. (ATF 130 II 39 consid. 3; ATF 124 II 110 consid. 3).
b) En l'espèce, la recourante vit en Suisse depuis le 28 novembre 1998. Elle n'y séjourne toutefois légalement que depuis le 30 mars 2006, soit depuis un peu plus de deux ans. La recourante ne peut pas dès lors pas se prévaloir d'un séjour en Suisse d'une longue durée. Sur le plan personnel, l'intéressée n'a plus d'attaches particulières en Suisse depuis le décès de son fiancé. Sur le plan professionnel, elle effectue des travaux de nettoyage à domicile. Cette activité, qui ne requiert pas de qualifications professionnelles élevées, n'est cependant pas constitutive d'une intégration sociale particulièrement marquée. La relation de la recourante avec la Suisse n'apparaît ainsi pas spécialement étroite. En revanche, elle a gardé des attaches importantes avec sa patrie, où vit toute sa famille. La recourante pourrait donc s'y réintégrer sans trop de difficultés, ce d'autant plus qu'elle y a vécu jusqu'à l'âge de
49 ans. Par ailleurs, elle ne souffre pas de pathologie particulière dont le traitement adéquat ne serait pas envisageable dans son pays d'origine. Enfin, le fait qu'elle soutient financièrement sa famille restée aux Philippines ne saurait justifier l'octroi d'un permis humanitaire.
Ces éléments permettent d'exclure que la situation de la recourante constitue un cas personnel d'extrême gravité au sens de l'art. 13 let. f OLE.
5.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. La recourante, qui succombe, supportera les frais de justice. Conformément à la pratique (cf. arrêt PE.2005.0159 du 6 juin 2006), il appartiendra au SPOP de fixer un nouveau délai de départ.