# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 53405cde-e1df-55c9-8a9a-81996f23dffc
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Le 14 janvier 2009, Madame C_ a recouru auprès de la commission cantonale de recours en matière administrative (ci-après : CCRA), remplacée depuis lors par le Tribunal administratif de première instance (ci-après : TAPI), contre une décision sur réclamation rendue le 11 décembre 2008 par l’administration fiscale cantonale (ci-après : AFC-GE) au sujet de ses impôts cantonaux et communaux (ci-après : ICC) 2006 ainsi que de l’impôt fédéral direct (ci-après : IFD) 2006. ![endif]>![if>
2. Mme C_, alors domiciliée dans le canton de Vaud, est décédée le _ 2009. Elle avait deux enfants : Monsieur B_, domicilié dans le canton de Vaud, et Monsieur A_, résident en France. Par testament établi le 19 mai 2009 devant notaire et homologué le 15 décembre 2009 par le juge de paix du district de Nyon, elle avait exhérédé ce dernier. ![endif]>![if>
3. M. A_ ayant contesté cette exhérédation devant les autorités vaudoises compétentes, le TAPI a, par décision du 5 avril 2012, suspendu l’instruction de la cause fiscale jusqu’à droit jugé définitivement dans la procédure civile pendante dans le canton de Vaud. MM. B_ et A_ avaient l’un et l’autre indiqué qu’ils souhaitaient poursuivre la procédure fiscale. La légitimation active de M. A_ dans la procédure fiscale en dépendait. Il se justifiait dès lors de surseoir à statuer jusqu’à droit connu sur le droit de ce dernier à succéder à sa mère défunte. ![endif]>![if>
4. Selon communication du Tribunal cantonal vaudois du 1
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juin 2018, la contestation d’exhérédation était toujours pendante à cette date. ![endif]>![if>
5. Le 7 juin 2018, le TAPI a informé l’AFC-GE, M. B_ et M. A_ qu’il envisageait d’appeler en cause ce dernier, sans toutefois lui ouvrir entièrement le dossier fiscal mais en lui fournissant les éléments essentiels lui permettant de se déterminer utilement sur le litige fiscal. Cette solution était dictée par le fait que la prescription fiscale courait. ![endif]>![if>
6. M. B_ s’est opposé à l’appel en cause de son frère, celui-ci ayant été exhérédé. M. A_ a accepté d’être appelé en cause, mais avec plein accès au dossier. L’AFC-GE ne s’est pas opposée à l’appel en cause de ce dernier, mais avec la restriction d’accès au dossier proposée par le TAPI. ![endif]>![if>
7. Par décision du 3 septembre 2018, le TAPI a prononcé la reprise de l’instruction du recours, prononcé l’appel en cause de M. A_ et a interdit à ce dernier de consulter l’ensemble des pièces du dossier fiscal produites par l’AFC-GE et M. B_, en raison du secret fiscal. ![endif]>![if>
8. Le 13 septembre 2018, M. A_ a saisi la chambre administrative d’un recours contre la décision du TAPI du 3 septembre 2018, concluant à ce que le droit d’accès au dossier lui soit reconnu.![endif]>![if>
Les affirmations de son frère étaient mensongères et aucun document ne prouvait qu’il représentait la succession de feu leur mère.
9. Le 17 septembre 2018, M. B_ a recouru auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative) contre la décision susmentionnée, concluant à son annulation et à la suspension de l’instruction de la cause. ![endif]>![if>
Il n’était pas possible d’appeler son frère en cause alors que sa qualité d’héritier n’était pas établie. Lui-même n’était pas le représentant de l’hoirie de feu C_, un administrateur officiel ayant été nommé le 29 mars 2010 par la justice de paix de Nyon.
10. Le 20 septembre 2018, le TAPI a transmis son dossier, sans observations. ![endif]>![if>
11. Le 15 novembre 2018, M. B_ a confirmé à la chambre administrative que l’administrateur officiel de la succession était Monsieur D_.![endif]>![if>
12. Le 20 novembre 2018, l’AFC-GE a conclu au rejet des recours et à ce que l’hoirie soit représentée par l’administrateur officiel. ![endif]>![if>
13. Le 26 novembre 2018, la chambre administrative a informé l’administrateur officiel de la procédure en cours et lui a fixé un délai pour faire parvenir ses observations. ![endif]>![if>
14. Le 20 décembre 2018, l’administrateur officiel a transmis sa détermination. ![endif]>![if>
Alors même que les frères C_ et l’AFC-GE étaient informés de sa nomination, aucun d’eux n’avait pris soin d’informer le TAPI de cela. Ils ne l’avaient pas non plus informé de l’existence de la présente procédure. Il n’avait donc pas eu l’occasion de se déterminer, de sorte que son droit d’être entendu avait été violé, alors même qu’il gérait les intérêts de la succession. À ce stade, il n’entendait pas se prononcer sur les arguments au fond de MM. B_ et A_, la décision du TAPI devant être annulée et la cause renvoyée à cette juridiction pour nouvelle décision après qu’il eut l’occasion de se déterminer.
15. Le 7 janvier 2019, la détermination de l’administrateur officiel a été transmise aux recourants et à l’AFC, et les parties ont été informées que la cause était gardée à juger. ![endif]>![if>

## Considerations

EN DROIT
1. La question de la recevabilité des recours de MM. A_ et B_ souffrira de demeurer indécise au vu de ce qui suit. ![endif]>![if>
2. Selon l’art. 14 al. 1 LPA, lorsque le sort d’une procédure administrative dépend de la solution d’une question de nature civile, pénale ou administrative relevant de la compétence d’une autre autorité et faisant l’objet d’une procédure pendante devant ladite autorité, la suspension de la procédure administrative peut, le cas échéant, être prononcée jusqu’à droit connu sur ces questions. ![endif]>![if>
La LPA ne prévoyant pas de disposition sur la reprise de la procédure suspendue lorsque l’issue de la procédure préjudicielle n’est pas encore connue, on doit admettre qu’une telle reprise est possible en tout temps, pour autant que les parties aient eu l’occasion de s’exprimer à ce sujet avant que la décision de reprise ne soit pas prise (art. 41 LPA). Tel a été le cas en l’espèce, pour les participants à la procédure alors connus du TAPI.
3. Le litige au fond porte sur la taxation IFD et ICC 2006 de feu Mme C_, dont le décès est intervenu en cours de procédure de recours devant la juridiction de première instance. ![endif]>![if>
4. Tel qu’il est garanti par l’art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst. -
RS 101
), le droit d’être entendu comprend notamment le droit pour l’intéressé d’offrir des preuves pertinentes, de prendre connaissance du dossier, d’obtenir qu’il soit donné suite à ses offres de preuves pertinentes (ATF
137 IV 33
consid. 9.2 ; arrêt du Tribunal fédéral
2C_265/2016
du 23 mai 2016 consid. 5.1 et les arrêts cités), de participer à l’administration des preuves essentielles ou à tout le moins de s’exprimer sur son résultat, lorsque cela est de nature à influer sur la décision à rendre (ATF 138 I 154 consid. 2.3.3 ;
137 II 266
consid. 3.2 ; arrêts du Tribunal fédéral
2C_1060/2016
du 13 juin 2017 consid. 3.1).![endif]>![if>
La violation du droit d’être entendu doit en principe entraîner l’annulation de la décision attaquée, indépendamment des chances du recourant sur le fond (ATF
140 I 68
consid. 9.3 ;
135 I 279
consid. 2.6.1 ;
133 III 235
consid. 5.3). Une réparation devant l’instance du recours est possible si celle-ci jouit du même pouvoir d’examen que l’autorité intimée (ATF
138 I 97
consid. 4.1.6.1 ;
137 I 195
consid. 2.3.2 ; arrêts du Tribunal fédéral
1B_112/2015
du 14 juillet 2015 consid. 2.1). La réparation dépend cependant de la gravité et de l'étendue de l'atteinte portée au droit d'être entendu et doit rester l'exception (ATF
126 I 68
consid. 2 et les arrêts cités ; arrêts du Tribunal fédéral
1B_112/2015
du 14 juillet 2015 consid. 2.1 ;
1C_641/2012
du 31 avril 2013 consid. 3.4 ;
ATA/1039/2017
du 30 juin 2017) ; elle peut se justifier même en présence d'un vice grave notamment lorsque le renvoi constituerait une vaine formalité et aboutirait à un allongement inutile de la procédure (ATF
137 I 195
consid. 2.3.2 ;
136 V 117
consid. 4.2 ;
ATA/1039/2017
précité). Enfin, la possibilité de recourir doit être propre à effacer les conséquences de la violation. Autrement dit, la partie lésée doit avoir eu le loisir de faire valoir ses arguments en cours de procédure contentieuse aussi efficacement qu’elle aurait dû pouvoir le faire avant le prononcé de la décision litigieuse (
ATA/679/2017
du 20 juin 2017 et les arrêts cités).
5. a. Selon l’art. 537 al. 1 du Code civil suisse du 10 décembre 1907 (CC -
RS 210
), la succession s'ouvre par la mort et les héritiers en acquièrent de plein droit l’universalité dès que celle-ci est ouverte (at. 560 al. 1 CC), au dernier domicile du défunt (art. 538 al. 1 CC). Ils sont saisis des créances et actions, des droits de propriété et autres droits réels, ainsi que des biens qui se trouvaient en la possession du défunt et ils sont personnellement tenus de ses dettes (art. 560 al. 2 CC).![endif]>![if>
Ces principes sont repris en matière fiscale, quand bien même la notion de succession peut, en matière fiscale ne pas toujours recouvrir la notion du droit civil (ATF
131 I 409
). L’art. 12 al. 1 LIFD et l’art. 11 al. 1 LIPP prévoient en effet que les héritiers d’un contribuable défunt lui succèdent jusqu’à concurrence de leur part héréditaire.
S’il y a plusieurs héritiers, tous les droits et obligations compris dans la succession restent indivis jusqu’au partage. Ils sont propriétaires et disposent en commun des biens qui dépendent de la succession, sauf les droits de représentation et d’administration réservé par le contrat ou par la loi (art. 602 al. 1 et 2 CC).
b. Toute personne capable de discernement et âgée de dix-huit ans révolus a la faculté de disposer de ses biens par testament, dans les limites et selon les formes établies par la loi (art. 467 al. 1 CC). Elle doit en particulier tenir compte de la réserve de ses descendants (art. 470 al. 1 CC). Toutefois, l’héritier réservataire peut être déshérité par disposition pour cause de mort lorsqu’il a commis une infraction pénale grave contre le défunt ou l’un de ses proches ou lorsqu’il a gravement failli aux devoirs que la loi lui impose envers le défunt ou sa famille (art. 477 CC). L’exhérédé ne peut, notamment, ni réclamer une part de succession, ni intenter l’action en réduction (art. 478 al. 1 CC).
c. L’autorité compétente est tenue de prendre d’office les mesures nécessaires pour assurer la dévolution de la succession (art. 551 al. 1 CC). Elle peut en particulier ordonner l’administration d’office de la succession lorsque tous les héritiers du défunt ne sont pas connus (art. 554 al. 3 CC).
6. En l’espèce, feu C_, domiciliée dans le canton de Vaud au moment de son décès, a laissé deux descendants, soit ses fils B_ et A_, héritiers réservataires. Elle a toutefois déshérité le second par testament authentique homologué par la Justice de Paix du canton de Vaud. M. A_ s’étant opposé au testament, le juge de paix vaudois a ordonné l’administration d’office de la succession en application de l’art. 554 al. 1 ch. 3 CC, et a désigné en cette qualité M. D_. C’est le lieu de relever que, par courrier du 31 mai 2010, ce dernier a informé l’AFC-GE de sa désignation et du fait qu’il inscrivait le principe de la créance fiscale genevoise dans l’inventaire de la succession, sans confirmer en l’état son acceptation tant qu’il ne recevrait pas informations ayant permis d’aboutir aux bordereaux aujourd’hui litigieux. Il n’apparaît pas, en l’état du dossier, que l’AFC-GE ou MM. B_ ou A_ aient informé la CCRA, puis le TAPI, de l’administration d’office de la succession ni, a fortiori, du nom de l’administrateur officiel. Or, depuis sa désignation, ce dernier est, à rigueur de droit, le seul représentant de l’hoirie de feu C_, à l’exclusion de M. B_ et à plus forte raison, de M. A_, vu l’exhérédation dont il est frappé et qui n’a, à ce jour, pas été annulée. ![endif]>![if>
L’administrateur officiel aurait donc dû être interpellé à tous les stades de la procédure fiscale postérieurs à la date de sa désignation, et en particulier, sur la qualité de partie à ladite procédure de MM. B_ et A_, dès la date précitée, cette qualité devant être examinée en regard des spécificités du droit fiscal. Son droit d’être entendu a ainsi été violé, sans que cela puisse être imputable aux juridictions de première instance. Cette violation ne peut être réparée devant la chambre de céans, sauf à priver les parties ou les personnes prétendant à cette qualité, de disposer du double degré de juridiction pour faire valoir leurs droits.
7. Cette évolution de la situation constitue un motif imposant la reprise de la procédure, afin que le TAPI interpelle le représentant de l’hoirie sur tous les aspects de la procédure et statue, après avoir entendu tous les intéressés, sur la qualité de partie de MM. B_ et A_, déterminante pour leur accès au dossier.![endif]>![if>
Compte tenu de ce qui précède, eu égard aux circonstances particulières du cas d’espèce, soit la violation des droits procéduraux de l’administrateur officiel, les recours de M. A_ et de M. B_ seront admis partiellement, en tant qu’ils sont recevables.
Le jugement querellé sera confirmé en tant qu’il prononce la reprise de la procédure et annulé pour le surplus.
La cause sera renvoyée au TAPI pour nouvelle décision dans le sens des considérants.
8. Vu l’issue du litige et les motifs y ayant conduit, aucun émolument ne sera perçu et aucune indemnité de procédure ne sera allouée (art. 87 al. 1 et 2 LPA). ![endif]>![if>