# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c557a20a-cdc0-5298-83cf-56e366656832
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2015
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par des courriers respectifs des 13, 14, 15 (deux annonces) et 20 octobre 2014, D_, B_, le Ministère public, A_ et E_ ont annoncé appeler du jugement rendu le 10 octobre 2014 par le Tribunal criminel, dont les motifs leur ont été notifiés le 8 janvier 2015, par lequel :
- B_ a été acquitté de tentative de meurtre s'agissant des faits mentionnés sous let. B. II de l'acte d'accusation (art. 22 et 111 du code pénal suisse, du 21 décembre 1937 [CP ;
RS 311.0
]), reconnu coupable de tentative d'assassinat pour d'autres faits ([let. B. I] ; art. 22 al. 1 et 112 CP) et d'infraction à l'art. 33 al. 1 lit. a de de la loi fédérale sur les armes, les accessoires d'armes et les munitions du 20 juin 1997 [LArm ;
RS 514.54
], condamné à une peine privative de liberté de 11 ans, sous déduction de 875 jours de détention avant jugement, son maintien en détention étant ordonné pour des motifs de sûreté par décision séparée,
- A_ a été déclaré coupable de tentative d'assassinat (art. 22 al. 1 et 112 CP) et d'infraction à l'art. 33 al. 1 lit. a LArm, condamné à une peine privative de liberté de sept ans, sous déduction de 230 jours de détention avant jugement, les premiers juges ordonnant le maintien des mesures de substitution jusqu'à ce que le prévenu débute l'exécution de la peine privative de liberté prononcée,
- D_ a été acquitté d'infraction à l'art. 33 al. 1 lit. a LArm, reconnu coupable de tentative d'assassinat (art. 22 al. 1 et 112 CP), condamné à une peine privative de liberté de sept ans, sous déduction de 836 jours de détention avant jugement, son maintien en détention étant ordonné pour des motifs de sûreté par décision séparée,
- E_ a été acquitté d'infraction à l'art. 33 al. 1 lit. a LArm, reconnu coupable d'instigation à tentative d'assassinat (art. 24 al. 1, 22 al. 1 et 112 CP), condamné à une peine privative de liberté de 11 ans, sous déduction de 824 jours de détention avant jugement, son maintien en détention étant ordonné pour des motifs de sûreté par décision séparée.
Le Tribunal criminel a encore notamment pris diverses mesures de restitution/confiscation/destruction d'objets, d'armes et munitions figurant aux inventaires et condamné les précités à payer à F_, conjointement et solidairement, CHF 50'000.-, avec intérêts à 5% dès le 19 février 2012, à titre d'indemnité pour tort moral, tout en donnant acte à A_ de ce qu'il lui avait déjà versé un montant équivalent.
A_, B_, D_ et E_ ont été condamnés à payer à F_, conjointement et solidairement, CHF 240'000.- à titre d'indemnité de procédure et, à raison d'un quart chacun, les frais de la procédure, qui s'élèvent à CHF 240'468.10, y compris un émolument de jugement de CHF 20'000.-.
a.a
Par déclaration d'appel expédiée à la Chambre pénale d'appel et de révision (ci-après : CPAR ou la juridiction d'appel) le 19 janvier 2015, le Ministère public conclut :
° au prononcé d'un verdict de culpabilité à l'encontre de B_ pour la tentative de meurtre visée sous let. B. II de l'acte d'accusation et à sa condamnation à une peine privative de liberté de 16 ans ;
° à la condamnation de D_ à une peine privative de liberté de 15 ans ;
° au prononcé d'une peine privative de liberté de 13 ans à l'encontre de A_ et d'une créance compensatrice de CHF 100'000.- en faveur de l'Etat de Genève ;
° à la condamnation de E_ à une peine privative de liberté de 18 ans.
a.b
Par déclaration d'appel du 27 janvier 2015 déposée auprès du greffe de la CPAR le même jour, D_ conclut à son acquittement du chef de tentative d'assassinat et à la condamnation de l'Etat de Genève à lui verser CHF 541'451.- à titre d'indemnité et de réparation du tort moral (art. 429 du code de procédure pénale du 5 octobre 2007 [CPP ;
RS 312.0
]).
a.c
Le 28 janvier 2015, B_ dépose auprès de la CPAR une déclaration d'appel et conclut à ce qu'il soit reconnu coupable de tentative d'assassinat sous forme de désistement (let. B. I ; art. 23 al. 1 et 112 CP) et à sa condamnation à une peine privative de liberté juste, fixée au regard de sa faute et de sa situation personnelle.
a.d
Par déclaration d'appel du 28 janvier 2015 déposée auprès du greffe de la CPAR le même jour, A_ conclut à ce qu'il soit reconnu coupable d'instigation à actes préparatoires avec désistement (let. B. I ; art. 23 al. 1 et 260bis CP), à l'octroi de la circonstance atténuante du repentir sincère et à sa condamnation à une peine privative de liberté compatible avec le sursis complet ou partiel.
a.e
Le 28 janvier 2015, E_ forme déclaration d'appel et conclut à son acquittement du chef d'accusation de tentative d'assassinat, à ce qu'il soit reconnu coupable d'instigation à actes préparatoires avec désistement (art. 23 al. 1 et 260bis CP), à ce qu'il soit mis au bénéfice d'une responsabilité restreinte et à une réduction substantielle de la peine, celle-ci ne devant pas excéder cinq ans de privation de liberté.
b.
Par acte du 19 janvier 2015, C_ recourt contre l'ordonnance
DTCR/1/2015
du Tribunal criminel qui lui a été notifiée le 8 janvier précédent. Il conclut à l'annulation de la décision d'indemnisation par CHF 72'098.20 dans la mesure où le Tribunal a réduit de 28 heures son activité déployée en première instance, qu'il a arrêté à 10% le forfait "courrier/téléphones" et que le temps de préparation et sa participation à l'audience n'ont pas été pris en compte.
c.a
Par acte d'accusation du 24 avril 2014, il est reproché à B_ :
- le 19 février 2012, entre 22h:48 et 23:01, muni d'un couteau et dans l'intention de tuer F_, alors que celle-ci franchissait le portail de sa propriété sise G_ à H_, de l'avoir frappée à la tête avec ses poings et genoux, étranglée avec son bras et au moyen d'une corde ou d'un objet similaire, d'avoir cherché à la frapper au cou avec un couteau, d'avoir, alors qu'elle se débattait et criait, frappé sa victime avec un couteau, couvert sa bouche avec ses mains et frappé l'intéressée au visage puis de l'avoir encore étranglée, à tout le moins pendant trois minutes, F_ ayant perdu connaissance, et d'avoir quitté les lieux avec la conviction que sa victime, inanimée, était décédée, alors qu'elle a survécu, d'avoir ainsi préparé minutieusement l'homicide qu'il entendait perpétrer, d'avoir agi de manière particulièrement odieuse, pour un mobile particulièrement odieux, soit un mobile financier, de s'être comporté de manière extrêmement froide après la réalisation de l'infraction, d'avoir agi avec une absence particulière de scrupules et d'avoir fait preuve du mépris le plus complet pour la vie de F_ (let. B. I),
- le 18 mai 2012 vers 23:00, au bar "
I_
" sis à l'avenue J_, à Genève, d'avoir tiré un coup de feu en direction de deux individus non identifiés, dans le dessin de tuer l'un d'entre eux, à tout le moins en tenant pour possible et en l'acceptant au cas où la mort se produirait, aucun individu n'ayant été touché par la balle qui a été stoppée par un bac à fleurs derrière lequel les individus se trouvaient au moment du tir (let. B. II),
- en mars 2012, à Genève, d'avoir acquis auprès d'un individu non identifié un pistolet de marque Walther PPK, calibre 7,65 mm pour un montant de CHF 1'500.-, alors qu'il n'était pas au bénéfice d'un permis d'acquisition (let. B. III).
c.b
Par le même acte d'accusation, il est reproché à A_ :
- à une date indéterminée en été 2011, à Genève, d'avoir décidé D_ à faire tuer F_, agissant à la demande de E_ et étant convenu avec D_ que B_ se chargerait de tuer l'intéressée, d'avoir régulièrement informé D_ de la présence et des absences de F_ à son domicile, d'avoir, le 12 février 2012, par téléphone, ou le 13 février 2012, de vive voix, donné pour instruction à D_ de tuer F_ le 19 février 2012 et d'avoir informé D_ de l'atterrissage de l'intéressée, prévu le 19 février 2012 à 22:30 à l'aéroport de Genève-Cointrin, afin que D_ et B_ se rendent à son domicile pour l'attendre, les deux précités ayant tenté de tuer F_ dans les circonstances décrites sous let. B. I et C. I, en préparant minutieusement l'homicide devant être perpétré à l'encontre de F_, d'avoir mandaté un tueur à gages, d'avoir agi pour un mobile particulièrement odieux, soit un mobile financier, et avec une absence particulière de scrupules et fait preuve du mépris le plus complet pour la vie de F_ (let. D. I),
- le 27 juin 2012, d'avoir détenu à son domicile un revolver Smith & Wesson, dont il avait fait l'acquisition quinze ans auparavant, sans être au bénéfice d'un permis d'acquisition et, en décembre 2011 ou en janvier 2012, d'avoir acquis auprès d'un individu non identifié un pistolet de marque SIG pour un montant de CHF 1'300.- sans être au bénéfice d'un permis d'acquisition (D. II).
c.c
Dans le même acte d'accusation, il est, au stade de l'appel, encore reproché à D_ d'avoir, à une date indéterminée en été 2011, décidé son cousin B_ à tuer F_, agissant à la demande de E_, époux de F_, le mandat de tuer ayant transité par A_, qui l'informait régulièrement de la présence et des absences de l'intéressée à son domicile sis G_ à H_.
Le reproche porte sur le fait d'avoir, entre octobre 2011 et le 19 février 2012, accompagné B_ au domicile de F_, à tout le moins à une vingtaine d'occasions, dans le but de procéder à des repérages et de permettre à B_ de passer à l'acte et d'avoir conduit, le 19 février 2012, B_ sur place, où tous deux ont patienté une heure environ dans la voiture en attendant l'arrivée de F_ que B_ a tenté de tuer dans les circonstances décrites ci-dessus sous let. B. I, en s'associant pleinement et sans réserve à la décision et à l'organisation de l'infraction, en fixant notamment la date et en conduisant B_ sur les lieux, après lui avoir permis de repérer sa victime, en agissant pour un mobile particulièrement odieux, soit un mobile financier, en se comportant de manière extrêmement froide après la réalisation de l'infraction, en agissant avec une absence particulière de scrupules et en faisant preuve du mépris le plus complet pour la vie de F_ (let. C. I).
c.d
Au stade de l'appel, il est encore reproché à E_ d'avoir, en juin 2012, à H_, décidé A_ à faire tuer F_, soit à trouver un tueur à gages, d'avoir, en novembre 2010, remis un montant de CHF 30'000.- à A_, qui l'avait informé que le tueur à gages réclamait un montant de CHF 100'000.-, et remis une créance d'un montant de CHF 70'000.- qu'il détenait à l'encontre de A_, charge à celui-ci de verser au tueur à gages un montant total de CHF 100'000.-, de s'être enquis auprès de A_, en janvier et en avril 2011, des raisons pour lesquelles F_ n'avait pas encore été tuée en l'invitant à faire accélérer les choses, d'avoir, dès l'été 2011 et jusqu'au mois de février 2012, intensifié ses rencontres avec A_ et l'avoir instruit de faire passer l'homicide pour un cambriolage ayant mal tourné, d'avoir régulièrement informé A_ de la présence et des absences de F_ à son domicile, afin que le tueur à gages ne se rendît pas pour rien sur place, d'avoir, le 12 février 2012, sur une aire d'autoroute entre Sion et Sierre, donné un ultimatum à A_ en ce sens que F_ devait être tuée dès son retour d'Autriche le 19 février 2012 et d'avoir ultérieurement informé A_ de l'atterrissage de F_, lequel était prévu le 19 février 2012 à 22:30 à l'aéroport de Genève-Cointrin, afin que le tueur à gages pût se rendre à son domicile pour l'attendre, B_ et D_ ayant tenté de tuer F_ dans les circonstances décrites sous let. B. I et C. I, en préparant minutieusement l'homicide devant être perpétré à l'encontre de son épouse, d'avoir fait mandater un tueur à gages, d'avoir agi pour un mobile particulièrement odieux, soit un mobile financier, de s'être comporté de manière extrêmement froide après la réalisation de l'infraction, puisqu'il a entrebâillé la porte du garage pour faire croire à un cambriolage, d'avoir ainsi agi ainsi avec une absence particulière de scrupules et fait preuve du mépris le plus complet pour la vie de F_ (let. E. I).
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
i.
Le couple E_-F_
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a.
E_ a épousé en secondes noces F_ le _ 1997. Deux enfants sont issus de cette union, K_ et L_, nés respectivement en 2000 et 2001. Lui-même était déjà père d'un garçon né en 1992 d'une précédente union.
Employé puis associé d'une société financière, E_ a commencé une activité d'indépendant en 2000. Les affaires ont été d'abord florissantes avant que, crise économique oblige, il ne doive cesser l'activité de la société. En 2006, E_ a reçu une donation de la part de sa mère à hauteur de quatre millions de francs. Fin 2008-début 2009, il a investi dans l'achat d'une pizzeria à M_, établissement qu'il a vendu en 2012. En 2011, bien que ses activités de gérant de fortune et de conseiller financier fussent au point mort, il a perçu des commissions liées à son activité dans une société de
"Headhunting"
dans laquelle il était associé à N_. L'année 2012 a coïncidé avec une reprise des affaires.
De 1997 à 2010, F_ a travaillé au sein d'établissements bancaires en qualité de gérante de fortune. En 2010, elle est devenue directrice d'une société financière. Au début de l'année 2012, elle disposait d'actifs bancaires pour un montant de plus de cinq millions de francs.
En 2003, le couple a acheté la maison sise à H_ tandis que F_ est devenue propriétaire, en décembre 2005, d'un appartement à O_. E_ était codébiteur des hypothèques grevant ces deux biens immobiliers.
Dès l'année 2007, le couple a rencontré des difficultés, au point que chacun des époux a commencé à mener sa propre vie sentimentale tout en maintenant la vie commune. F_ a proposé à E_ de conclure un contrat de séparation de biens. Elle a aussi suggéré qu'il prenne l'appartement de O_ et elle la maison de H_, moyennant éventuelle compensation en fonction du prix de vente de ces biens. Il a mal réagi à cette proposition dont il ne voulait pas.
Début mai 2011, un premier projet de convention de divorce prévoyant le partage des immeubles et la non-division des acquêts a été établi, suivi en novembre 2011 d'un deuxième projet qui prévoyait le partage des acquêts, ce qui ne plaisait pas à F_ qui souhaitait que chaque époux conserve ses acquêts, immeubles exceptés. Le 9 février 2012, E_ lui a parlé de divorcer, ce qu'elle a accepté, sans qu'ils n'abordent les modalités d'un divorce. Elle lui a écrit un courriel le 14 février 2012, dans lequel elle précisait qu'elle souhaitait que la convention prévoie un partage des immeubles mais non des acquêts.
Environ une semaine avant qu'elle ne parte en Autriche, mi-février 2012, E_ est venu la voir pour savoir s'ils pouvaient divorcer, ce qu'elle a accepté en son principe. Pour lui, les conditions consistaient en ce que chacun conserve ses acquêts. Un rendez-vous a été pris chez un avocat le 21 février 2012, après que F_ eut donné son accord.
Selon F_, courant 2010 et 2011, E_ ne lui avait jamais dit qu'il était déprimé. Il ne respirait certes pas toujours la joie de vivre, l'ambiance familiale étant difficile pour tout le monde durant cette période. Il n'avait pas d'emploi tandis qu'elle travaillait beaucoup. A la fin de l'année 2011, E_ a entamé une relation sentimentale avec P_, qu'il connaissait déjà depuis plusieurs mois. Le couple a appris, à tout le moins le 9 février 2012, alors qu'il se trouvait à Rome, que P_ était enceinte.
ii.
Projet d'agression au préjudice de F_ (période de l'été 2010 au 19 février 2012)
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b.
Durant l'été 2010, E_ a parlé à A_, qu'il connaissait depuis une vingtaine d'années, de son projet visant à tuer son épouse. Il souhaitait savoir s'il connaissait
"quelqu'un pour tuer"
. Quelques semaines plus tard, il l'a relancé pour savoir s'il avait trouvé un tueur. A_ lui a dit qu'il connaissait un homme qui acceptait cette tâche pour un montant de CHF 500'000.-. Après avoir renâclé sur le prix, E_ a accepté et expliqué que l'homicide devait avoir l'air d'un cambriolage qui aurait mal tourné.
A la fin de l'année 2010, A_ a rencontré pour la première fois B_, cousin de D_, dans un café à l'aéroport de Pristina.
A plusieurs reprises, entre l'automne 2010 et l'été 2011, E_ a relancé A_, qui demeurait assez vague sur l'état d'avancement du projet. A la fin du printemps ou au début de l'été 2011, A_ a parlé à D_ de la mission que lui avait confiée E_ et du fait que celui-ci le relançait. De par la localisation de leurs bureaux au même endroit, A_ et D_ se voyaient régulièrement.
B_, dont le visa a été en partie financé par D_, est venu à Genève en avril 2011. En automne, A_ a demandé à D_ de se rendre dans la villa des époux E_ pour réparer des joints de la salle de bains. D_ s'y est rendu avec B_.
En décembre 2011, E_ a offert à F_, pour son anniversaire, un bracelet, en lui souhaitant du bonheur. Du 24 décembre 2011 au 5 janvier 2012, F_ a passé des vacances en Asie avec ses enfants tandis que D_ est allé au Kosovo du 21 décembre 2011 au 13 janvier 2012. Tant à la fin de l'année 2011 qu'au début de l'année 2012, E_ a relancé A_ pour s'enquérir de l'état d'avancement du projet.
iii. Agression du 19 février 2012 (premiers actes d'enquête, premières auditions)
c.a
F_ a été entendue au service des urgences des Hôpitaux Universitaires de Genève (ci-après : HUG) dans la nuit du 19 au 20 février 2012.
En provenance d'Autriche où elle avait passé une semaine, elle avait pris à l'aéroport un taxi qui l'avait déposée vers 23:00 à son domicile. Elle avait pénétré dans la propriété en tirant sa valise. Un individu l'avait alors saisie par le cou, tirée en arrière et fait tomber. Etant à environ 20 mètres de l'entrée de la villa, elle avait crié mais son agresseur avait tenté de la faire taire en lui mettant une main sur la bouche. Il avait ensuite essayé de la tirer sous les branches d'un grand buisson mais F_ s'était débattue. Elle s'était emparée d'un bâton en bois que son agresseur avait lâché. Sans être à même de le frapper, elle avait cependant réussi à se retourner et à lui dire :
"Mais qu'est-ce que vous voulez ?"
L'agresseur s'était alors positionné derrière sa victime en posant quelque chose sur le côté droit de son cou, ce qui l'avait blessée. Il avait encore frappé F_ sur la tête et tenté de l'étrangler au moyen d'une corde ou un lien. L'individu l'avait tirée en arrière, mis une main sur la bouche et le nez. Ne pouvant plus respirer, elle avait perdu connaissance. Lorsqu'elle était revenue à elle, F_ avait vu un de ses chiens à proximité. Elle s'était dirigée vers la maison, où elle s'était écroulée dans les bras de son époux en présence de ses enfants. Elle saignait au cou et à la tête. Elle avait eu l'impression que son agresseur avait voulu la tuer. Plus tard, devant le Ministère public, elle a exprimé son incompréhension face au silence des chiens auquel elle ne trouvait aucune explication. Elle avait été heureuse de se savoir en vie quand elle avait repris ses esprits.
c.b
E_ a été entendu par la police, comme témoin, le 20 février 2012. Il a été réentendu le 14 mai 2012, confirmant globalement ses premiers propos.
Avec ses enfants, il avait regardé un film à la télévision durant la soirée. Vers 22:45, le film terminé, il rangeait les plateaux télé à la cuisine, sise au rez-de-chaussée de la villa, quand il avait entendu un cri de femme venant de l'extérieur. Il avait regardé par les fenêtres sans rien voir. Montant à l'étage pour bénéficier d'une meilleure vue, il n'avait aperçu qu'une petite tache sombre près de la voiture parquée dans la propriété. Son fils K_, dont la chambre était à l'étage, lui avait relaté avoir aussi entendu un cri de fille. E_ était allé chercher son revolver de calibre 38 et l'avait chargé de cinq balles. Il était ensuite redescendu au rez-de-chaussée et était sorti, l'arme au poing, avec son chien, un bouledogue,
auquel il avait ordonné d'attaquer.
Le chien s'était dirigé vers les buissons mais sans aboyer, ce qu'il faisait normalement en présence d'un étranger.
E_ était revenu sur ses pas pour faire sortir les deux autres chiens plus petits. Les trois canidés étaient partis dans le jardin sur la droite de la propriété. Il avait entendu haleter avec de profondes respirations, ce qu'il avait pris pour les ébats sexuels d'un couple. Il avait ensuite vu le visage d'un homme qui était de l'autre côté du portail. E_ était revenu dans la maison où il avait cherché à apercevoir quelque chose depuis les fenêtres du premier étage. Il avait fini par voir son épouse qui marchait en direction de la maison. Il était descendu pour l'accueillir. Il avait appelé la police peu après.
A aucun moment, il n'avait imaginé que les cris puissent émaner de son épouse. Il ne savait pas qui avait pu s'en prendre à elle. Le couple ne rencontrait pas de problèmes qui eussent pu justifier un tel acte. Plus tard, il avait remarqué que les portes du garage étaient entrebâillées. Il n'avait pas constaté de vol dans la maison ni de traces d'effraction.
c.c.a
Selon un rapport de la police figurant au dossier, la police avait été alertée par un appel à 23:01. En arrivant sur les lieux, elle avait été mise en présence de la personne agressée, qui présentait des plaies à la gorge et à la tête, de son époux et de leurs deux enfants.
K_ avait entendu des cris, comme si c'était un viol. Regardant par la fenêtre, il avait vu le buisson bouger, avant d'apercevoir les chiens se diriger vers le portail puis à droite dans le jardin. L_ avait entendu des cris à l'extérieur. Leur père, qui se trouvait au rez-de-chaussée, était monté et avait dit :
"C'est quoi ces cris ?"
en regardant par la fenêtre. L_ avait vu le sac à main de sa maman par terre et remarqué que les lumières situées dans le gazon étaient éteintes.
Le chauffeur du taxi avait observé la silhouette d'un individu sur la route adjacente, sans être à même de fournir quelque signalement.
c.c.b
La police a notamment effectué un relevé des traces de sang sur un bâton ensanglanté. Une paire de lunettes appartenant à la victime, son manteau et le collier qu'elle portait ont été saisis aux fins d'analyse. Des traces ADN ont également été recherchées sur un chewing-gum saisi devant la propriété.
c.d.a
La Dresse Q_, du Centre universitaire romand de médecine légale (ci-après : CURML), a procédé à un constat de lésions traumatiques à la tête et au cou. La victime présentait des pétéchies au niveau des conjonctives et des régions rétro-auriculaires bilatérales, trois plaies à bords nets sur la joue gauche, la face antéro-latérale droite du cou, sur le pouce gauche, une plaie contuse au niveau du cuir chevelu (dans la région occipitale droite), une ecchymose associée à une tuméfaction au niveau du front et de la nuque, deux ecchymoses linéaires se situant légèrement distantes l'une de l'autre dans un axe légèrement descendant vers l'avant, au niveau des faces postérieure, latérale droite et antérieure du cou, un érythème associé à des hémorragies intra-cutanées au niveau du cou, des ecchymoses au niveau de l'extrémité céphalique, du cou, des membres supérieurs et du membre inférieur gauche et des dermabrasions et plaies superficielles au niveau du visage, du cou, des membres supérieurs et du membre inférieur gauche.
Il ressort de l'expertise que :
- les ecchymoses, les tuméfactions et l'érythème associé à des hémorragies intra-cutanées étaient des contusions qui avaient été provoquées par un ou des objets contondants ayant heurté le corps (par ex. coups portés) et/ou contre lequel ou lesquels le corps s'est heurté (par ex. contre un mur ou le sol) ou encore par une ou des pressions fermes (par ex. préhension ferme).
- les plaies à bords nets au niveau de la joue gauche et de la face antéro-latérale droite du cou étaient la conséquence d'un objet piquant et/ou piquant/tranchant, tel qu'un couteau.
- la plaie à bords nets du pouce gauche avait été provoquée par un objet tranchant, tel que la lame d'un couteau.
- les pétéchies constatées au niveau des conjonctives et des régions rétro-auriculaires bilatérales, associées aux ecchymoses formant quasiment une ligne droite au niveau des faces postérieure, latérale droite et antérieure du cou ainsi que les autres ecchymoses, dermabrasions et l'érythème lié à des hémorragies intra-cutanées constatées au niveau du cou, témoignaient d'une violence contre le cou, sous forme d'un étranglement et/ou d'une strangulation par un lien.
Sur la base des lésions ayant pu être objectivées, la perte de connaissance ainsi que la douleur à la déglutition relatée par la victime, l'agression subie par F_ avait concrètement mis sa vie en danger.
c.d.b
Une expertise complémentaire a été rendue ultérieurement.
Les plaies à bords nets constatées sur le cou, le visage et le pouce de F_ avaient, de manière plus que probable, été causées au moment où elle était debout face à son agresseur. La lésion au pouce pouvait être interprétée comme une plaie de défense. Les pétéchies constituaient le signe classique de violences contre le cou. Les ecchymoses étaient évocatrices de l'utilisation d'un lien, tel qu'une corde ou une ceinture. En cas de compression du cou, des pétéchies cutanées et au niveau des conjonctives apparaissaient après une obstruction veineuse d'au moins trois à cinq minutes.
c.d.c
Les experts ont confirmé leurs rapports. Ils ont notamment précisé que la plaie au cou pouvait résulter d'un geste volontaire de l'auteur ou d'un mouvement de la victime, qui se serait dirigée contre la pointe du couteau par exemple en se débattant. Il était tout aussi possible que les plaies à bords nets de la joue gauche et du cou aient été causées alors que l'agresseur était derrière sa victime ou face à elle. Selon la littérature, il fallait au moins trois minutes consécutives d'étranglement pour constater des pétéchies cutanées et au niveau des conjonctives. Toutefois, ce chiffre était à prendre avec prudence, dans le sens où il ne constituait pas un seuil incompressible.
Les critères pour conclure à l'existence d'une mise en danger concrète de la vie étaient au nombre de trois : la présence de marques au niveau du cou, lesquelles témoignaient d'une violence exercée à ce niveau (1), la présence de pétéchies (compression d'une intensité suffisante et durant un temps suffisamment long pour causer une souffrance cérébrale) (2) et une perte de connaissance, d'urine ou de selles (3), ce dernier critère étant subjectif. Dans le cas de F_, les trois critères étaient remplis, raison pour laquelle les experts avaient conclu à l'existence d'une mise en danger concrète de la vie.
La perte de connaissance était compatible avec les lésions constatées. En cas de perte de connaissance, la victime, si elle est debout, tombe à terre en raison de la perte du tonus musculaire, et, si elle est déjà à terre, n'oppose plus aucune résistance et est semblable à un corps sans vie. Le fait que F_ se soit relevée, qu'elle ait, par hypothèse, repris son sac et tiré sa valise jusqu'à la maison n'était pas incompatible avec une perte de connaissance lors de l'agression.
d.
F_ a été longuement entendue par le Ministère public le 24 février 2012. Elle a pu apporter quelques rectifications et compléments :
-
elle avait cru avoir été traînée à l'intérieur du buisson mais cela s'était passé en réalité le long de l'arbuste et sur le bitume. Elle avait pu placer ses mains entre son cou et le lien pour éviter d'être étranglée ;
- la villa possédait quatre capteurs de mouvement situés aux angles de la maison. Une lumière s'enclenchait en plus depuis l'intérieur de la maison à l'aide d'une télécommande ;
- les chiens, dont elle était la maîtresse, avaient l'habitude d'aboyer dès qu'elle passait le portail de la maison. Elle n'avait entendu ce soir-là aucun aboiement, ce qui constituait un mystère pour elle ;
- pendant son séjour en Autriche, E_ et les enfants étaient partis à la montagne toute la semaine. Ils en étaient revenus le dimanche après-midi, vers 16:00. Même en leur absence, la maison était restée vivante, l'aide de maison [R_] étant là et différents corps de métier (carreleur, plombier, assembleur de meubles de cuisine) étant venus pour divers travaux. Seuls son mari, les enfants et son frère résidant à Londres étaient au courant de son heure de retour à Genève, ce qu'elle a confirmé plus tard au cours de l'instruction.
e.
La police et le Ministère public ont procédé le 28 février 2012 à un transport sur place, en conditions réelles de nuit. Aucune effraction n'avait été constatée, en particulier sur la porte du garage. L'endroit où avait débuté l'agression, à proximité du buisson, était visible de deux fenêtres de la cuisine donnant sur celui-ci. Il était en revanche impossible de voir l'emplacement où F_ avait repris connaissance des différentes fenêtres de la maison. E_ avait pu remarquer la présence d'un individu de l'autre côté du portail, pour autant qu'il fût de grande taille (env. 1,80 m). Enfin, le capteur de mouvement ne s'enclenchait que tardivement, soit au moment où une personne arrivait en haut des marches en pierre menant à la villa.
f.a
L'enquête s'est activement poursuivie dans les semaines et mois qui ont suivi. Des analyses ADN ont été effectuées et des données rétroactives ordonnées, ces actes faisant l'objet de développements
infra
(cf. let. k)
.
La police a aussi procédé à de nouvelles auditions, telle celle de l'ami intime de F_. Bien qu'il ne disposât d'aucune preuve, il suspectait que E_ fût lié à l'agression de sa femme. Il ne comprenait pas l'absence d'aboiement des chiens. Personne dans son entourage ne croyait à une agression, surtout que rien n'avait été volé.
R_ R_, qui résidait dans la dépendance à proximité de la villa, estimait elle aussi anormal que les chiens n'aient pas aboyé, ce qu'ils faisaient habituellement chaque fois qu'une personne franchissait le portail.
S_, qui travaillait comme dame de compagnie au service d'une personne âgée en face de la villa des époux E_-F_, avait entendu des cris, horribles et désespérés, étouffés, la personne ne parvenant à crier que par intermittence.
f.b
E_ a été réentendu le 14 mai 2012 :
- il était au courant de l'heure de son arrivée à Cointrin. Il n'avait aucune idée de qui aurait pu en vouloir à F_ au point de la tuer. Il n'arrivait pas à comprendre les raisons de cette agression.
- il avait entendu un
"aaaaah"
aigu, à deux ou trois reprises, au moment où il rangeait les plateaux télé dans la cuisine. L'origine des bruits perçus lui était inconnue.
- il était sorti l'arme au poing pour faire peur à l'auteur des bruits, faute de pouvoir connaître les réactions des gens sous l'influence de l'alcool ou d'autres substances. Il avait donné l'ordre au chien d'attaquer pour pouvoir éloigner tout danger. Comme il n'aboyait ni ne grognait, il avait pensé qu'il n'y avait rien de suspect. Il n'était pas rassuré, ce qui expliquait qu'il ne soit pas éloigné de plus de quelques mètres de la maison.
iv. Coup de feu au "I_" le 18 mai 2012
g
.
Sans aucun rapport apparent avec l'enquête en cours, un ressortissant kosovar en situation irrégulière a été localisé à Genève, qui, selon une source confidentielle, était toujours porteur d'une arme à feu. L'action de la police a débouché sur son interpellation et une perquisition qui a permis la saisie d'un pistolet WALTHER PKK, calibre 7,65, de huit balles de même calibre et de quatre téléphones portables. Un lien entre cet individu, soit B_, et une agression avec une arme à feu, qui s'était déroulée le 18 mai 2012 au "
I_",
a pu être établi sur la base du signalement de l'auteur. Ce lien a été conforté par l'analyse effectuée sur des débris de verre provenant du "
I_"
qui a permis de mettre en évidence l'ADN de B_.
g.a
B_ a été emmené au poste pour interrogatoire. Le pistolet, qu'il avait acquis auprès d'un Albanais deux mois auparavant pour CHF 1'500.-, lui appartenait. Le 18 mai 2012, il s'était trouvé au
"I_"
avec un ami prénommé
T_
en train de boire un café. Lorsqu'ils avaient voulu payer et partir, trois hommes étaient entrés dans le bar, armés de pelles et de couteaux. Deux d'entre eux avaient voulu lui donner un coup de pelle par derrière, en visant la tête. Il avait réussi à esquiver le coup mais avait reçu un choc sur l'épaule droite. Il avait saisi son pistolet, tiré un coup de feu en l'air, puis quitté l'établissement. Plusieurs témoins avaient assisté à la scène, soit quatre clients qui fumaient sur la terrasse ainsi que le personnel du bar.
Le lendemain devant le Ministère public, B_ a globalement confirmé ses précédentes déclarations. Ses agresseurs avaient des outils à la main et l'un d'eux tenait même un couteau. Il était tombé à terre après avoir été frappé. Au moment où il avait tiré, il était debout, le bras droit dirigé contre le plafond. Il avait donc tiré vers le haut, sans savoir si la balle s'était logée dans le plafond ou si elle avait ricoché. Après le tir, ses trois agresseurs étaient partis rapidement, sans qu'il ne les suive. B_ regrettait son geste qu'il jugeait impensable.
Le 22 juin 2012, B_ a répété qu'il avait tiré en l'air, après avoir été attaqué par derrière, même si des témoins affirmaient qu'il avait tiré à l'horizontale. Peut-être fallait-il se fier à ces témoignages qui émanaient de personnes présentes sur les lieux. La table avait basculé lorsqu'il s'était levé. En se retournant, il avait vu que ses agresseurs portaient des battes de baseball et des couteaux, ce qu'il maintenait malgré des témoignages en sens contraire. Réentendu le 11 janvier 2013, il a argué avoir agi en légitime défense, ayant sorti le pistolet après avoir reçu des coups. Son intention était de tirer en l'air. Tout était allé très vite et il n'avait pas réussi à se maîtriser.
g.b
Des différents témoignages recueillis, il appert que :
-
B_ se trouvait à l'entrée du bar au moment du coup de feu, bras tendu à l'horizontale. Le coup était parti en direction du fond de la terrasse. Un individu se trouvait juste derrière le bac à fleurs où il pouvait avoir voulu se protéger. Peut-être le bac lui avait-il évité d'être touché (témoin U_, serveuse au "
I_
"
)
.
- à un moment donné, alors qu'elle nettoyait la machine à café, V_ avait entendu un gros bruit provenant de l'extérieur puis une vitre qui se brisait. Au même moment, elle avait vu deux hommes courir rapidement du bout de la terrasse vers l'entrée du bar. L'un des deux s'était retourné et avait tiré un coup à hauteur d'homme, le bras à l'horizontale, sans pouvoir dire précisément ce qu'il visait. Elle avait vu quelque chose bouger dans la direction visée, sans être capable de dire s'il s'agissait d'une ou de plusieurs personnes (témoin V_, serveuse au "
I_"
)
.
- trois hommes étaient arrivés vers 23:00, qui avaient rapidement été rejoints par un quatrième. Au bout d'une dizaine de minutes, une dispute avait éclaté entre eux. Ils avaient renversé la table et leurs verres étaient tombés. Trois d'entre eux étaient partis derrière les bacs à fleurs. Le quatrième était allé vers l'entrée du bar, s'était retourné et avait tiré un coup de feu, bras tendu à l'horizontale, en direction des trois individus (témoin W_, client du "
I_"
)
.
- quatre hommes étaient assis et avaient commencé à hausser le ton, avant que le témoin n'entende des chaises grincer et des verres se briser. Un individu s'était levé brusquement et, arrivé au milieu de la terrasse, avait tiré un coup de feu, le bras tendu à l'horizontale, en direction des trois autres hommes, qui se trouvaient derrière les bacs à fleurs. Les trois individus n'avaient semble-t-il rien dans les mains (témoin X_, client du "
I_"
)
.
- un homme de grande taille était arrivé sur la terrasse et il s'était approché, d'un pas décidé et sans dire un mot, d'un groupe de trois personnes déjà attablées. L'homme avait tendu le bras droit - son bras étant à angle droit et légèrement orienté vers le sol - et tiré un coup de feu en direction du groupe attablé. Le témoin n'avait pas vu sur le moment sur quoi tirait l'homme. Il avait remarqué après coup l'impact de balle sur le bac à fleurs. Après le coup de feu, le tireur ainsi que les trois hommes avaient rapidement quitté les lieux (témoin Y_, client du "
I_"
)
.
- à un moment donné, alors que lui-même était attablé avec B_, deux personnes avaient surgi à l'arrière. Un des hommes tenait un objet et l'avait utilisé pour frapper B_. Celui-ci avait poussé la table. Lui-même était parti en vitesse et n'avait donc pas entendu le coup de feu. Au sein de la communauté kosovare, il se disait que B_ avait été frappé avec des pelles, ce qui était possible au regard du bruit sourd qu'il avait perçu (témoin T_).
h.
Selon le rapport de la Brigade de Police Technique et Scientifique (ci-après : BPTS), un impact de tir a été constaté dans une structure en bois décorée de bacs à fleurs située à l'extrémité ouest de la terrasse du bar, à 75 cm de hauteur avec une trajectoire légèrement descendante - avec un angle de 5° par rapport à l'horizontale et un biais de 28,5° vers la droite par rapport à un axe perpendiculaire à la surface d'impact. Les dimensions et la forme de l'impact étaient compatibles avec celui de tir direct d'un projectile de calibre 7,65 mm. Ainsi, l'hypothèse que le trou constaté dans la structure en bois fût l'orifice d'impact du projectile retrouvé sur place avait-elle été retenue. Celui-ci avait été tiré avec le pistolet WALTHER PKK, calibre 7,65 saisi lors de la perquisition au domicile de B_.
Un rapport complémentaire mentionne qu'une chaise de terrasse, située devant la structure en bois, présentait un accroc sur sa partie supérieure, ce qui n'avait pas été pris en compte dans le premier rapport. Le dommage se trouvait sur le haut du dossier, à 82 cm du sol. La nature des dégâts était compatible avec un choc par un projectile dont l'impact s'était produit dans la face avant de la chaise. La localisation de ce dommage permettait d'expliquer une déviation du projectile vers la droite et descendant. Il était donc possible de retenir l'hypothèse, selon laquelle la trajectoire du projectile avait été déviée avant d'atteindre son but final constitué de la structure en bois. Selon l'inspecteur Z_, de la BPTS, la déviation était certes importante mais on ne pouvait pas exclure qu'elle ait eu lieu. Par ailleurs, il était impossible de pratiquer un test en raison du fait que la position de la chaise après et avant le tir était inconnue.
v.
Agression du 19 février 2012 (suite de l'enquête, mises en prévention)
i.
L'enquête s'est activement poursuivie. Des analyses en cours, il est apparu qu'un ADN reconnaissable avait été mis en évidence sur le manteau de F_, le bâton ensanglanté et sur le chewing-gum prélevé sur le trottoir. La comparaison entre ces données et l'ADN de l'auteur du coup de feu au
"I_"
a permis de faire le lien entre les deux affaires, ce d'autant que l'analyse des données rétroactives relatives à son portable a confirmé la présence de B_ sur les lieux de l'agression du 19 février 2012.
i.a
Après avoir nié,B_a fini par reconnaitre le 18 juin 2012 être déjà allé dans la propriété des époux E_-F_ à la demande de
A_
(A_). Il avait refait le carrelage de la salle de bains du premier étage, en compagnie de son cousin D_. Il n'était pas lié à l'agression de F_ et ne pouvait expliquer comment son raccordement téléphonique avait pu être localisé à proximité le soir des faits. Le 22 juin 2012, B_ a en substance confirmé sa première déposition.
Cinq jours plus tard, devant le Ministère public, il a reconnu avoir agressé F_ à la demande de E_. La proposition avait transité par un dénommé AA_, qui lui avait proposé CHF 400'000.- pour cette tâche. B_ s'était rendu à plusieurs reprises à proximité de la maison pour y faire des observations. Chaque fois que E_ partait de la maison avec les enfants, le vendredi peu après 17 heures, il en informait AA_. L'agression devait se faire quand les enfants étaient absents. B_ devait monter au premier étage dans la chambre de F_, la battre, défoncer le coffre et voler les valeurs qu'il contenait. Face à son refus d'agir à l'intérieur de la maison, E_ lui avait fait savoir, par l'intermédiaire de AA_, qu'il devrait en tout état s'emparer de quelque chose (sac à main ou bijoux) pour faire croire à la thèse du cambrioleur.
En prévision de l'agression, AA_ avait dit à B_ que F_ atterrirait à 22:30 à Genève. B_ s'était donc rendu dans un café à proximité de la villa entre 19:00 et 21:00, heure à laquelle il s'était mis en route. Il était arrivé sur place après dix minutes de marche. Il s'était caché dans un coin sombre de la propriété. B_ avait surpris F_ par derrière en lui mettant un bras autour du cou, l'avait tirée en arrière et frappée au visage et à la tête avec ses poings, ce qui l'avait faite chuter. Il était possible que le couteau qu'il avait dans sa poche l'ait blessée, même s'il ne l'avait pas utilisé dans le cadre de l'agression. E_ était sorti de la maison et avait lâché deux chiens, si bien que B_ était parti. Il n'avait pas étranglé cette femme mais avait effectivement mis sa main sur sa bouche et son nez pour l'empêcher de respirer, non pour l'étouffer. La présence de son ADN sur le bâton s'expliquait par le fait qu'il s'en était emparé pour se défendre des chiens. B_ s'était ensuite rendu à M_ avec un ami, ce qui expliquait l'activation d'une antenne à Gland.
Après l'agression, il avait vu AA_ qui lui avait dit de patienter pour l'argent car E_ était suspecté et surveillé. Plus tard, celui-là lui avait conseillé de partir car il n'avait pas bien fait son travail et risquait d'être tué.
La mission consistait à agresser F_ et non à la tuer. D_ et A_ n'avaient rien à voir avec l'agression, le premier nommé ne l'ayant pas véhiculé sur place le 19 février 2012.
i.b
La police a procédé
à une nouvelle audition de F_. Elle avait confié au début de l'année 2102 les travaux de rénovation de la cuisine à la société de A_, personne de confiance que son mari connaissait depuis une vingtaine d'années. Les trois salles de bains de la villa avaient été refaites en 2011/2012. Face à une planche photographique comportant le portrait de B_, F_, après passablement d'hésitations, l'a désigné comme étant celui ayant le plus de ressemblance avec son agresseur, sans qu'elle ne le reconnaisse comme l'un des ouvriers affectés à la réfection des salles de bains.
i.c
L'enquête s'est dès lors étendue aux autres acteurs de l'affaire, dont D_ et son frère.
i.c.a
Le 20 juin 2012 à 09:10, la police a convoqué téléphoniquement D_ en vue de son audition, lequel s'est empressé d'en informer A_. L'audition de D_ a commenté à 11:20. A 11:33, un SMS a été envoyé à son frère AB_ :
"Je suis dedans, ils m'ont convoqué pour B_"
ainsi qu'un autre à 11:54 :
"Il me faut un avocat. C'est fini pour moi !"
puis à 11:56 :
"Pauvre de moi !"
.
A_ dira plus tard avoir imaginé que l'appel de D_ se rapportait à un problème lié à l'emploi de travailleurs "au noir".
A 11:58, AB_ a contacté A_ :
"D_ me demande de trouver un très bon avocat. Il me dit "Je suis cuit" (...). Envoie-moi le numéro de téléphone. Je crois qu'il s'agit de B_. Il m'a envoyé un SMS".
A_ a répondu que "[s]"
'il s'agit de B_, il doit dire que c'est son cousin et qu'il l'a hébergé..."
. A midi, AB_ a questionné son frère, toujours dans les locaux de la police, qui lui a répondu qu'il devait savoir ce dont il s'agissait (
"Tu le sais et A_ aussi"
).
Au sujet de ce dernier SMS, AB_ a affirmé que sa réponse au message de 12:00 (
"Tu le sais et A_ aussi"
) concernait des coups de feu échangés entre B_ et un membre de la famille AC_.
AB_ a immédiatement rappelé A_ après ce téléphone, en insistant pour qu'il vienne rapidement à Genève. A 12:08, D_ a envoyé un second message à son frère contenant l'expression
"Pauvre de moi !"
puis trois minutes plus tard :
"Demande A_. Je suis fait !"
. A 12:55, il a repris contact :
"Ils me cuisinent sur lui, ils me disent qu'il a voulu étrangler une femme... Je ne sais pas ce qu'il a fait ce singe, pourquoi il a fait cela, est-il normal ? Nous ne sommes pas des gens qui faisons de telles choses"
. Et AB_ de lui répondre :
"Allez, ils vont te libérer. N'avoue pas que tu sais quelque chose. Raconte que ton frère a constaté que celui qui a été arrêté a circulé avec une arme sur lui"
.
i.c.b
Lors de son audition, D_ a contesté être impliqué dans l'agression de F_. Il ignorait que B_ était en prison pour avoir tenté de la tuer. A_ l'avait appelé un jour pour lui dire que quelqu'un avait cassé toutes les portes de la maison des E_ et qu'il fallait les réparer.
Libéré par la police, D_ a rencontré son frère AB_ à 14:00 dans un kebab à la rue AD_. Vers 18h:00, les deux frères ont rencontré A_ à la rue AD_.
j.
Fort des éléments d'enquête
susmentionnés, le Ministère public
a délivré des mandats d'amener à l'encontre de D_ et de A_ puis, dans un second temps, contre E_.
j.a
Selon ses propos du 27 juin 2012, lors de sa première audition à la police, A_ avait appris l'agression dont avait été victime F_ quelques jours plus tard. Elle ne lui avait fourni des détails que lorsqu'ils s'étaient revus à son retour du Kosovo.
La perquisition effectuée le même jour a notamment permis la mise sous séquestre d'un pistolet SIG, d'un revolver Smith & Wesson 357 Magnum et d'une balle de calibre 38 spécial. Le lendemain devant le Ministère public, A_ a nié toute implication dans l'agression subie par F_. Les nombreux SMS échangés avec D_ le soir des faits étaient en lien avec des paris sportifs.
j.b
D_ a nié être impliqué de quelque manière dans l'agression de F_.
j.c
Mis en prévention pour instigation à assassinat le 9 juillet 2012 puis auditionné le même jour par la police, E_ a confirmé ses précédentes déclarations. Confronté à sa mise en cause par B_, il a persisté à dire qu'il ne lui avait jamais demandé de faire quoi que ce soit. Au-delà des nombreux détails fournis par B_, E_ a maintenu sa position. Il n'était pas conscient qu'une tentative de meurtre était en train de s'organiser. Sa relation avec F_ n'était pas conflictuelle.
k.a
Les recherches et expertises effectuées sur les téléphones portables de A_, D_ et E_ ont permis d'établir ce qui suit :
- entre le 6 janvier et le 7 février 2012, A_ et B_ n'ont eu que douze contacts téléphoniques et ne se sont plus appelés jusqu'au 25 février 2012, date à partir de laquelle ils ont eu divers échanges téléphoniques.
- entre le 9 janvier et le 23 février 2012, A_ a échangé 1264 messages au maximum, aucun n'ayant pu être récupéré.
- entre les 17 et 20 février 2012, D_ a échangé 587 SMS au maximum, aucun n'ayant pu être récupéré.
- en février 2012, E_ a échangé au maximum 617 SMS, dont seuls 244 ont pu être retrouvés. Partant, 373 ont été effacés.
- le numéro de téléphone 1_, utilisé par E_, s'est inscrit sur Viber le 25 octobre 2011. Celui utilisé par A_ (2_) l'a été le 23 février 2012.
- aucune trace de conversation téléphonique entre A_ et E_ n'a pu être mise en évidence durant la période où celui-ci était au Brésil, soit du 31 janvier au 7 février 2012.
k.b
Les données rétroactives des téléphones portables de D_, de A_, de B_ et de E_ ainsi que les informations issues du téléphone portable de F_ ont été analysées par la police et résumées par le Tribunal criminel, dans une teneur non remise en cause par les parties. Ce résumé sera repris ici, avec quelques modifications justifiées par la nature des conclusions prises en appel. Il en ressort, pour la période s'étendant entre le 9 décembre 2011 et le 25 février 2012, ce qui suit :
vendredi 9 décembre 2011
Dans la matinée, E_ a contacté A_ avant de quitter en fin d'après-midi Genève avec ses enfants pour se rendre en Valais, où il est resté jusqu'au 11 décembre 2011 dans la soirée.
Ce même vendredi, B_ s'est trouvé à H_, à tout le moins entre 17:41 et 18:38.
samedi 10 décembre 2011
B_ était à H_ à 17:05.
dimanche 11 décembre 2011
E_, sur le chemin du retour du Valais, a contacté A_ à 21:10, lequel l'a recontacté à 22:42 et 22:56.
lundi 12 décembre 2011
B_ s'est trouvé à H_, à tout le moins entre 19:44 et 20:18. Il a contacté D_ à 20:15.
mercredi 14 décembre 2011
A 15:43, A_ a contacté E_, qui a appelé le domicile de H_ à 16:09 et qui s'est fait recontacter à 16:11 par A_.
A 16:12, B_ a appelé D_, qui a tout de suite envoyé un SMS à A_, lequel a contacté D_ à 16:27.
Dans la soirée (de 17:59 à 19:59), B_ était à H_ (sous réserve que, à 18:12, il a activé une antenne à la rue AE_
).
A 21:31, alors qu'il se trouvait à proximité de la rue AF_, il a reçu un appel de D_ et à 22:35, il était de nouveau localisé à H_.
vendredi 6 janvier 2012
(selon le dossier, K_ et L_ se trouvaient avec leur père en Valais du 6 au 8 janvier 2012).
Il y a eu plusieurs échanges téléphoniques entre F_ et E_, qui l'a notamment appelée à 19:28 peu avant qu'il ne contacte A_ à 19:52 par SMS en lui demandant :
"Salut, tu peux monter quand à la montagne ?"
puis par téléphone à 19:56.
A_ a contacté B_ à 21:18, 22:21 et 22:35. Peu après, à 23:06, B_ a contacté D_ au Kosovo.
samedi 7 janvier 2012
A 09:59, D_ a envoyé un SMS à B_, au contenu suivant :
"Comment c'est allé hier soir ? C'était bien ?".
B_ a contacté D_ à 10:13 et 10:14. Immédiatement après avoir écrit à B_, celui-là a adressé un SMS à A_, qui lui a répondu à 12:39, avant que D_ ne fasse de même à 15:33.
lundi 9 janvier 2012
A_ et D_ ont échangé trois SMS et se sont appelé trois fois A 20:50, B_ a contacté D_.
mardi 10 janvier 2012
D_ et B_ ont eu cinq appels croisée entre 00:24 et 18:49.
vendredi 13 janvier 2012
A 13:37, E_ a contacté A_. Vers 19:00, il a quitté Genève avec ses enfants pour aller à O_.
samedi 14 janvier 2012
De retour à Genève, D_ a envoyé un SMS à A_ à 13:09, qui l'a immédiatement rappelé à 13:36.
A 13:36, D_ a envoyé un SMS à B_ puis il a été contacté à deux reprises par A_, à 15:30 et 15:42.
Il a appelé B_ à 17:53. Si B_ n'a activé aucune antenne entre 17:53, moment où il se trouvait à AG_, et 19:26, heure à laquelle il se trouvait à proximité de la rue AH_, il n'en va pas de même pour D_, qui se trouvait à H_ à 18:56 et 18:59.
dimanche 15 janvier 2012
A 17:28, D_ a envoyé un SMS à A_ et l'a appelé une minute plus tard. A 17:36 et 17:42, il a contacté B_.
A 18:22, D_ a fait un bref passage à H_.
A 18:20, E_ a contacté F_. Immédiatement après leur conversation, à 18:24, il a appelé A_ puis l'a rappelé à 18:30 et contacté F_ à 18:45. Lors de ces trois appels, E_ se trouvait à O_.
A 19:41, B_ était à H_, comme E_ à 21:53.
Un peu plus tard dans la soirée, soit à 22:12, E_ a recontacté A_, alors qu'il venait de quitter H_ pour se rendre en Italie. E_ ne contactera plus A_ jusqu'au 23 janvier 2012 à midi.
lundi 16 janvier 2012
A_ et D_ ont eu des contacts à 09:18, 10:16, 10:43 et 13:22.
A 13:54, D_ a envoyé un SMS à A_, qui lui a immédiatement répondu.
De 17:33 à 18:15, B_ était à H_, tandis que D_ y était, à tout le moins, de 17:58 à 18:24.
A 18:06, D_ a contacté B_, qui l'a appelé à 18:11, 18:15 et 18:16.
du vendredi 20 au dimanche 22 janvier 2012
, K_ est allé avec sa mère à Londres. Il n'y a eu durant ce temps aucune localisation de D_ et de B_ à H_.
lundi 23 janvier 2012
A 08:54, D_ a appelé A_, qui l'a rappelé à 10:03.
A 12:00, E_ (alors en Italie) a contacté A_.
A 16:19, D_ a contacté B_.
A 17:34, A_ a appelé D_, qui lui a envoyé un SMS trois minutes plus tard. A_ l'a recontacté par SMS à 17:39.
De 17:17 à 17:23 à tout le moins, B_ se trouvait à H_, tandis que D_ s'y trouvait de 17:34 à 17:58.
A 18:05, A_ a envoyé un SMS à D_, qui l'a immédiatement contacté. Ils se sont encore parlé à 19:26, 19:48 et 19:58.
jeudi 26 janvier 2012
A 09:44 et 10:22, A_ a appelé D_ qui l'a rappelé à 10:46, 15:50 et 17:06.
A 17:17, A_ a recontacté D_.
A 17:39, A_ a été contacté par E_, sans qu'ils n'aient d'autres contacts téléphoniques entre eux jusqu'au 9 février 2012.
De 17:49 à 18:11, à tout le moins, B_ se trouvait à H_, tandis que D_ s'y trouvait de 17:41 à 18:12 à tout le moins.
A 18:23, A_ a appelé D_.
du vendredi 27 au dimanche 29 janvier 2012
, F_ était à Strasbourg. K_ et L_ sont partis à O_ avec leur père le samedi 28 janvier et sont rentrés dimanche vers 13:00. E_ et A_ ne se sont pas parlé durant ce week-end.
dimanche 29 janvier 2012
D_ et A_ ont eu six contacts entre 14:34 et 17:50.
D_ a contacté trois fois B_ entre 18:18 et 18:44.
A tout le moins de 19:18 à 19:27, D_ se trouvait à H_. Il a d'ailleurs appelé A_ à 19:18 ainsi qu'à 20:29 et lui a envoyé un SMS à 20:25.
lundi 30 janvier 2012
A 09:08 et 09:09, A_ et D_ ont échangé un SMS et eu un contact téléphonique. Ont suivi plusieurs appels ainsi qu'un SMS adressé par D_ à B_, qui se trouvait non loin du G_ à 17:29 (antenne activée : AI_).
De 17:41 à 18:05 à tout le moins, D_ se trouvait à H_.
mardi 31 janvier 2012
A 15:25, D_ a envoyé un SMS à A_, qui l'a contacté à 15:28.
A 15:49 et 16:40, D_ a brièvement contacté B_.
De 17:37 à 18:25, à tout le moins, D_ se trouvait à H_, B_ s'y trouvant aussi à 18:01.
mercredi 1
er
février 2012
, E_ était au Brésil.
D_ et A_ se sont adressé plusieurs SMS et appelé plusieurs fois durant la journée.
De 18:19 à 18:37, à tout le moins, B_ se trouvait à H_, tandis que D_ y était de 18:33 à 18:42 à tout le moins.
D_ a contacté A_ à 19:06, soit peu de temps après avoir quitté H_.
A 20:24, B_ a contacté A_, qui lui a envoyé un SMS immédiatement après, soit à 20:25.
jeudi 2 février 2012
D_ et A_ ont eu plusieurs échanges téléphoniques et par SMS durant la journée.
B_ a effectué un bref passage à H_, de 18:01 à 18:06 à tout le moins. D_ y était à 18:13, peu avant de contacter A_.
le week-end des 4 et 5 février 2012
, K_ et L_ étaient avec leur mère, E_ séjournant alors au Brésil.
dimanche 5 février 2012
A_ a contacté D_ à 13:15.
D_ a eu plusieurs contacts avec B_, lequel, entre 19:11 et 20:05, se trouvait à H_. D_ y était à 19:50 à tout le moins.
mardi 7 février 2012
Dès 14:22, D_ et A_ ont eu plusieurs échanges téléphoniques. D_ était à H_ de 18:35 à 18:55 en même temps que B_, qui s'y trouvait à 18:42.
Entre 20:39 et 22:16, D_, B_ et A_ ont eu plusieurs contacts téléphoniques croisés.
jeudi 9 février 2012
Durant la journée, il y a eu plusieurs contacts entre, d'une part, D_ et A_ et, d'autre part, D_ et B_.
A 12:41, E_, qui se trouvait en Italie, a adressé un SMS à F_, dont la teneur est la suivante :
"
Hello, je voudrais te parler avant de monter avec les kids. Tu as un moment ce soir ?"
A 18:09, B_ était localisé à H_. A 18:25, alors qu'il se trouvait également à H_, D_ a appelé A_.
A 19:03, E_ se trouvait à l'aéroport de Genève-Cointrin. Il a reçu deux appels de la villa G_ à 19:12 et 19:16 et a contacté A_ à 19:18, les deux hommes ne s'étant plus parlé depuis le 26 janvier 2012. A la même heure, F_ lui a répondu :
"Je suis à la maison. Je ne te cache pas que je suis très fatiguée
[...]
"
. E_ l'a rejointe à 19:37.
vendredi 10 février 2012
Dès 08:34, il y a eu divers échanges entre, d'une part, D_ et B_ et, d'autre part, D_ et A_, et ce durant toute la journée.
Aux alentours de 15:00, A_ se trouvait à AJ_ et a contacté à 15:02 E_, qui se trouvait dans le même quartier.
Dès 16:18, il y a eu divers contacts entre, d'une part, A_ et D_ et, d'autre part, B_ et D_.
Vers 18:20, E_ a quitté Genève avec K_ et L_ pour se rendre en Valais, où il a été localisé à 20:36 près de O_.
De 18:47 à 19:04, à tout le moins, D_ se trouvait à H_, en même temps que B_, qui y était, à tout le moins, entre 18:53 et 19:04 ainsi qu'entre 20:08 et 20:10. Les deux hommes ont ensuite eu plusieurs contacts durant la soirée.
A_ et D_ se sont parlé au téléphone à 22:39 et adressé six SMS entre 23:10 et 23:15.
samedi 11 février 2012
A 09:50, A_ s'est rendu à H_ et a contacté F_. Il a ensuite reçu quatre appels de D_ entre 10:30 et 13:57 puis l'a contacté à deux reprises dans l'après-midi.
E_ (alors en Valais) n'a pas eu de contact téléphonique avec A_.
dimanche 12 février 2012
A 12:52, E_ a appelé A_. A 12:55, il a contacté F_ puis a recontacté A_ presque immédiatement après cet appel, soit à 12:59.
A_ a contacté D_ à 13:29 et E_ à 14:06.
Vers 14:50, A_ a quitté Genève pour le Valais. En chemin, il a contacté D_ à 15:49 et E_ (à 15:40 et 16:30), lequel se trouvait alors à Montana, respectivement O_.
Vers 17:00, A_ est arrivé à Sierre.
A 17:24, D_ a appelé B_.
A 17:59, E_ a envoyé un SMS à A_ (
"
[...]
appelles moi").
A 18:00 alors qu'il se trouvait à Sion, A_ a appelé E_ (alors à Sierre). Il l'a encore appelé à 18:06, son interlocuteur se trouvant alors à Sion.
Plus tard dans la soirée, à 18:59, D_ a envoyé un SMS à B_ et, à 20:29, il a appelé A_.
A 20:54, B_ a appelé D_, qui se trouvait alors à H_.
lundi 13 février 2012
A 14:42, A_ a appelé D_ qui lui a envoyé tout de suite un SMS.
A_ a appelé D_ à 15:48, 16h:48 et 16:58.
Entretemps, à 15:56, D_ a contacté B_. Il l'a recontacté à 18:20, lui a envoyé un SMS à 19:40, l'a appelé à 19:47 et à 20:03.
mardi 14 février 2012
D_ et A_ ont eu plusieurs contacts téléphoniques ou par SMS.
mercredi 15 février 2012
Vers 11:20, E_ a quitté le Valais. Il a contacté A_ à 12:47 et est arrivé à Genève vers 13:00.
A 17h45, E_ se trouvait à H_. Il est rapidement reparti en Valais (il sera localisé à Charrat à 22:15). Il a contacté A_ à 18:00.
D_ a contacté trois fois B_ entre 12:23 et 12:29. Les deux hommes ont encore eu plusieurs contacts durant la soirée.
D_ a en outre reçu deux SMS de A_ à 22:13 et 22:14 et l'a contacté à 22:20. Les deux hommes se sont ensuite rendus à AK_, où ils ont tous deux été localisés à 22:54 pour A_ et à 23:43 pour D_.
Entre 23:24 et 23:40, A_ se trouvait à M_.
Juste après minuit, à 00:07, D_ et A_ se trouvaient au AL_.
jeudi 16 février 2012
Entre 00:44 et 09:29, A_ et D_ se sont téléphoné à quatre reprises.
vendredi 17 février 2012
A 08:20, F_ a envoyé un SMS à E_ (
"Je rentre tard dimanche. Atterrissage prevu à 22:30. Dis-moi si tu restes à la maison sinon je m'arrange avec R_. Ciao e bacio").
E_ y a répondu à 09:28 :
"Merci pour Isa. Je dors à la maison. Bonne fin de cure".
D_ et A_ ont échangé des contacts à 10:43 et 12:10.
dimanche 19 février 2012
A 10:21, E_ (alors à O_) a appelé F_. A 14h19, il était de retour à Genève avec ses enfants.
A 20:12, D_ (alors à AM_) a contacté B_ (à proximité de l'avenue J_).
A tout le moins entre 21:44 et 21:51, B_ était à H_. D_ s'y trouvait à tout le moins de 21:50 à 22:47. Les deux hommes n'ont eu aucun contact téléphonique entre 20:50 et 23:41.
A 22:46, soit deux minutes avant que F_ n'arrive à son domicile, D_ a envoyé un SMS à A_, qui se trouvait alors au Kosovo et qui lui a répondu une minute plus tard (seules les analyses rétroactives ont permis de retrouver la trace de ces deux messages, lesquels avaient été effacés de la mémoire téléphonique des téléphones portables).
De 23:13 à 23:26, D_ était à AG_, à l'instar de B_ qui s'y trouvait de 23:22 à 23:41, heure à laquelle il a contacté D_. A 23:18, D_ a envoyé un SMS à A_, qui lui a répondu immédiatement. Les deux hommes se sont encore échangé 14 messages entre 23:18 et 23:45.
De 00:20 à 06:30 environ, B_ se trouvait à M_, tout comme D_ (de 01:25 à 06:10 environ).
lundi 20 février 2012
A 12:29, E_ a reçu un message de P_ lui demandant pourquoi il avait essayé de la joindre. Il lui a répondu une demi-heure plus tard qu'il souhaitait la voir et lui parler. Plusieurs SMS ont ensuite été échangés entre eux.
Dans la nuit, à 00:08, P_ a informé E_ qu'elle se trouvait aux urgences. Une heure plus tard, elle lui a fait part de ce qu'elle souffrait d'un décollement placentaire et devait se rendre dans un autre hôpital.
l.
Le 11 juillet 2012 à la police, B_ a fini par admettre que AA_ ne faisait qu'un avec A_. Il a, dans un premier temps, continué à maintenir que D_ ne l'avait pas accompagné à H_ le soir des faits, avant de reconnaître que son cousin l'avait conduit sur place. Après l'agression, B_, dont les habits et les mains étaient tachés de sang, l'avait rejoint dans un café. De l'extérieur de l'établissement, il avait fait signe à D_ qui l'avait raccompagné chez lui. Durant le trajet, B_ s'était d'abord tu avant d'expliquer, une fois arrivés à M_, ce qu'il avait fait. D_ l'avait critiqué, en lui expliquant qu'il l'avait fait venir en Suisse pour travailler et qu'il s'était porté garant de son bon comportement. B_ dira plus tard ne l'avoir informé de l'agression que deux ou trois jours après et lui avoir dit avoir finalement renoncé après avoir pensé à sa mère bien qu'il se fût effectivement rendu sur place pour tuer F_.
L'agression avait duré quatre à cinq minutes, pendant lesquelles la victime avait crié fort. Elle s'était débattue, avait réussi à enlever la main qu'il avait posée sur sa bouche et lui avait demandé :
"Mais qu'est-ce que tu veux ?"
. Il n'avait pas répondu et l'avait encore frappée à deux ou trois reprises. Il pensait qu'elle avait perdu connaissance. Il ne lui avait jamais mis le couteau sous la gorge. Quand E_ était sorti et avait lâché les chiens, B_ s'était enfui en sautant par-dessus le mur. Il lui avait fait un signe de main au préalable. Il était certain que E_ l'avait vu et qu'il avait dirigé son pistolet contre lui. B_ n'avait pas fracturé la porte du garage de la villa.
Il avait appris de la bouche de A_ qu'il ne serait pas payé car il n'avait pas pris le sac à main de F_ et ne l'avait pas battue assez fort. Environ deux mois après l'agression, il avait rencontré E_, en présence de A_, en vue du paiement, ce qu'il niera plus tard en audience de confrontation.
B_ a été entendu à plusieurs reprises par le Ministère public. Le 16 juillet 2012, hors la présence de D_, B_ a affirmé que l'heure de l'arrivée de F_ lui avait été fournie par son cousin. Ils étaient quatre à être impliqués dans cette agression. Interrogé sur la question de savoir si on lui avait reproché d'avoir tardé à agir, il a répondu, en présence de A_ mais toujours en l'absence de D_, que les deux précités lui avaient demandé, quelques jours avant l'agression, de
"laisser tomber"
et qu'ils lui avaient dit :
"nous ne sommes pas des personnes qui devons faire ça"
. Il avait néanmoins agi car il y avait CHF 400'000.- à la clef.
En présence de A_ et de D_, B_ a répété qu'ils avaient agi à quatre. Telle était la vérité qu'il devait dire maintenant que A_ avait commencé à parler. D_ savait qu'il était prévu qu'il frappe F_, affirmation que B_ a toutefois tempérée en toute fin d'audience :
"En fait, peut-être que comme lui et A_
[A_]
m'avaient demandé de laisser tomber quelques jours avant les faits, peut-être qu'il ne savait pas ce que j'allais faire".
Lors d'une audience ultérieure (18 juillet 2012), B_ a assuré que D_ était au courant de ce qui allait se passer, seuls A_ et lui-même étant toutefois impliqués. Interrogé par le conseil de D_ sur la signification des termes
"D_ était au courant de ce qui allait se passer"
, B_ a précisé que son cousin était en réalité au courant de ce qui s'était passé.
Plus tard (3 septembre 2012), B_ a reconnu que la mission qui lui avait été confiée était de tuer F_. On ne lui avait jamais demandé de tout arrêter mais il n'avait pas eu le courage d'aller jusqu'au bout. En entendant crier cette femme, il avait pensé qu'elle aurait pu être un membre de sa famille. Elle était encore vivante quand il avait cessé ses agissements car elle bougeait et respirait. D_ n'était pas impliqué dans l'agression dont il n'avait eu connaissance que deux jours plus tard, ce que B_ ne cessera de répéter tout au long de l'instruction. Il avait beau être très proche des bureaux de A_, il restait que D_ ne les avait pas entendus parler du projet.
Le 25 septembre 2012, B_ a finalement reconnu s'être muni d'un couteau le soir des faits afin de tuer F_. Il avait commencé à la blesser au cou après l'avoir frappée avec la main en étant face à elle mais il avait arrêté dès qu'il avait vu du sang. Il avait alors mis sa main sur la bouche de sa victime afin qu'elle arrête de crier. B_ n'avait à aucun moment étranglé F_, concédant qu'il avait peut-être fait un geste avec le bras au moment de la tirer en arrière, lequel avait pu l'étrangler. Contrairement à ce qu'il avait dit précédemment, D_ l'avait attendu dans sa voiture et non pas dans un café, celui-ci étant effectivement fermé. La mission confiée consistait à tuer F_ à l'extérieur de la maison puis à commettre un cambriolage pour masquer le meurtre. Il devait agir en l'absence des enfants mais en présence de E_. Le 19 février 2012, B_ ignorait que les enfants se trouvaient dans la maison.
Lors de ses auditions ultérieures, B_ a répété n'avoir jamais reçu d'instruction visant à renoncer à commettre l'agression, expliquant que si tel avait été le cas, il n'aurait pas agi. Il avait eu plusieurs possibilités, lors de ses observations, de passer à l'acte. Parfois, il ne l'avait pas fait car les enfants étaient présents et, d'autres fois, il n'en avait pas eu le courage. Au surplus, il n'avait pas dit le 16 juillet 2012 que la communication de l'heure d'arrivée de la future victime était l'œuvre de D_. Il n'avait pas davantage affirmé qu'ils étaient quatre impliqués dans cette affaire, tout au plus avait-il dit qu'ils étaient quatre au courant de ce qu'il s'était passé. Enfin, D_ l'avait accompagné sur place à quatre ou cinq reprises, mais B_ lui avait toujours menti en lui faisant croire qu'il allait voir une copine dans le quartier, laquelle devait pouvoir l'aider à obtenir des papiers suisses. Son cousin l'avait déposé aux alentours de la maison mais pas toujours au même endroit.
m.
D_ a, durant toute l'instruction, toujours nié être impliqué dans l'agression subie par F_. Il avait eu divers problèmes avec B_, qui avait un comportement bagarreur dont s'étaient plaint des membres de la communauté albanaise.
Il arrivait que son cousin lui emprunte sa voiture mais il le véhiculait d'autres fois. Ainsi D_ avait-il déposé son cousin le 19 février 2012, le soir, sur la route AN_. A son souvenir, B_ lui avait dit qu'il n'en aurait que pour quelques minutes. Lui-même en avait profité pour aller voir l'endroit d'un futur chantier. Vingt minutes plus tard, B_ lui avait envoyé un SMS pour lui demander d'aller le chercher plus bas sur la route AN_, vers AO_. Confronté aux analyses rétroactives, qui démontraient que des bornes proches de la route AN_ avaient été activées durant une heure environ, D_ a expliqué être revenu dans le secteur après avoir identifié l'endroit du chantier et avoir bu un Martini blanc dans un bar tout proche de l'arrêt de tram. Quand B_ était revenu, il n'avait pas remarqué qu'il avait du sang sur ses habits et/ou ses mains. Confronté au fait que le café en question était fermé le dimanche soir, D_ a finalement indiqué avoir attendu B_ à l'extérieur. Après l'avoir raccompagné, il s'était rendu à M_ ou il avait rencontré son cousin qui lui avait avoué qu'il venait de commettre un cambriolage.
Deux ou trois jours plus tard, A_ lui avait révélé l'existence d'un cambriolage dans la villa des époux E_-F_. D_ avait alors fait le rapprochement avec les déclarations de son cousin qu'il avait contacté. Celui-ci s'était excusé de l'avoir trahi. Il avait agi pour de l'argent mais avait renoncé à aller au bout de ses agissements en pensant à sa mère. B_ n'avait pas donné de détails, sinon qu'il avait utilisé un couteau pour blesser F_ au visage et au cou.
D_ n'avait pas procédé à des repérages devant la villa. Il avait certes accompagné son cousin dans ce secteur à plusieurs reprises, celui-là lui expliquant qu'il allait voir des filles. Aux dires de B_, les rendez-vous devaient durer beaucoup moins longtemps que les trente minutes ou l'heure qu'ils duraient en réalité. Il ne voulait pas que son cousin emprunte sa voiture faute de permis de conduire. Il déposait en général B_ sur la route AN_, pas toujours au même endroit, mais jamais devant la villa.
D_ avait travaillé sur divers chantiers à H_, soit en 2009 ou 2010 à la route AN_, en 2010 ou 2011 face à l'arrêt de tram G_ (
recte
actuellement AP_), fin 2011-début 2012 à _, entre 2010 et 2012 près de la banque AQ_ à H_ et en 2012 vers le plateau AR_.
Interrogé au sujet de 16 messages téléphoniques échangés durant la soirée du 19 février 2012 avec A_ et sur la localisation de son téléphone portable à H_, D_ a commencé par dire qu'il n'avait pas souvenir de ces SMS et qu'il était impossible que son téléphone fût localisé là-bas. En fin d'instruction, il a expliqué qu'il cherchait en fait à savoir si A_ avait vu son banquier au Kosovo et s'il avait obtenu un prêt pour lequel lui-même avait accepté de mettre sa maison en garantie. Il avait effacé ces SMS comme il le faisait d'habitude pour vider la mémoire de son téléphone.
n.
Le 12 juillet 2012, A_ a reconnu avoir été approché en 2010 par E_ pour trouver un tiers qui puisse tuer F_, car il ne souhaitait pas perdre ses enfants lors de la séparation. Le meurtre devait se passer à l'intérieur de la maison et ressembler à un cambriolage ou un accident, hors la présence des enfants.
Deux mois avaient passé avant que A_ n'informe E_ qu'il avait trouvé quelqu'un - en fait deux individus désignés comme étant AS_ et AT_ - pour le prix d'un demi-million de francs. Après accord, A_ avait reçu un acompte de CHF 30'000.-. E_ s'était montré impatient mais A_ faisait traîner les choses, n'osant pas lui dire "non". Comme il parlait, en juin ou juillet 2011, à D_ de la mission confiée par E_, son interlocuteur lui avait répondu qu'il pouvait s'en occuper. C'est ainsi qu'il avait demandé à son cousin B_ de s'en charger, la rémunération étant de CHF 400'000.- selon les propos tenus par A_ à D_.
En octobre 2011, E_, qui était fâché, lui avait demandé de laisser tomber mais en décembre 2011, il s'était à nouveau plaint de ce que rien ne se passait. De manière générale, il l'appelait chaque fois qu'il prenait les enfants avec lui, comme cela s'était fait durant le week-end des 14 et 15 janvier 2012, date finalement retenue pour agir. Constatant que rien ne s'était passé, E_, fâché, avait contacté A_, qui lui avait expliqué que l'auteur avait été arrêté puis aussitôt relâché. Depuis le Brésil où il était parti avec son amie début février, E_ n'avait pas appelé A_ à son souvenir. Le 11 février 2012, E_ l'avait en revanche bien contacté, fâché, en lui reprochant que rien ne se soit passé la veille, alors même qu'il était parti avec les enfants et que F_ était seule. Il avait alors dit qu'il voulait tout arrêter. A_ lui avait proposé de le rencontrer en Valais pour discuter, ce qu'ils avaient fait le lendemain ou le surlendemain. E_ avait répété qu'il voulait tout arrêter.
De retour à Genève le même jour, A_ avait transmis l'information à D_, qui lui avait demandé s'il existait encore une chance que E_ change d'avis. A_ lui avait répondu par la négative. Il avait été clair dans le sens où il avait dit qu'il ne fallait plus tuer F_. Le 19 février 2012, D_ l'avait contacté pour savoir à quelle heure F_ allait rentrer. A_ s'était montré inquiet mais D_ l'avait rassuré.
De manière générale, A_ ne parlait pas directement avec B_ mais passait par l'intermédiaire de D_. Il n'avait pas révélé à l'exécutant l'heure d'arrivée de F_. Lorsqu'il était rentré du Kosovo, B_ l'avait contacté et rencontré en vue du paiement de la somme convenue. E_ avait déclaré qu'il ne paierait rien puisqu'il avait donné l'ordre de tout arrêter.
Durant la suite de la procédure, A_ a confirmé ses déclarations du 12 juillet 2012 devant le Ministère public. Il a apporté diverses précisions, notamment concernant le week-end des 11 et 12 février 2012 après lequel E_, fâché, s'était mis à douter du sérieux des personnes mises en œuvre par A_. Celui-ci lui avait répondu que le
"maçon était malade".
Lors de leur rencontre à Sierre, A_ et E_ avaient laissé leur téléphone portable dans le coffre de la voiture, de peur d'être sous écoute. Le ton utilisé (
"on arrête tout")
démontrait que E_ en avait assez d'attendre. De retour à Sierre, chacun avait récupéré son téléphone portable et repris la route.
A son retour de Sierre, il avait vu D_ dans le café situé à côté de leurs bureaux, sans qu'il ne se souvienne si B_ était présent. Mais il était sûr qu'un contact avait eu lieu le lendemain au cours duquel il avait reparlé du fait que E_ voulait tout arrêter. A cette occasion, B_ était présent mais il n'avait rien dit. Plus tard, A_ reviendra sur sa déclaration, affirmant qu'il n'avait pas rencontré D_ à son retour de Sierre et ne l'avait informé du contrordre que le lundi 13, dans un établissement public de la rue AF_, ce qui pouvait expliquer que son interlocuteur se soit rendu à H_ le 12 février au soir. B_ n'avait pas assisté à cette conversation. En fin d'instruction, A_ a affirmé avoir tenté de joindre D_ en rentrant de Sierre mais que son téléphone portable était éteint.
Concernant le 19 février 2012, D_ avait envoyé plusieurs messages à A_, dont l'un pour connaître l'heure d'arrivée de F_. Celui-ci lui avait rappelé l'existence du contrordre qui rendait inutile la transmission de cette information. Les autres SMS étaient peut-être destinés à prendre des nouvelles de sa famille mais ils ne concernaient en tous cas pas un prêt bancaire au Kosovo, cette question n'ayant été évoquée entre eux qu'en avril 2012.
Les contacts avec B_ avaient été plus fréquents après le 19 février 2012, car A_ avait servi d'intermédiaire entre D_ et son cousin. Lorsqu'il avait dit à B_ qu'il ne pouvait pas prétendre à un paiement puisqu'il n'avait pas correctement fait son travail, il lui avait répondu qu'il serait allé au bout de sa mission si E_ n'était pas sorti de la villa. Plus tard, A_ reviendra sur cette explication, en affirmant lui avoir déclaré qu'il n'avait pas fait le travail et que de toute façon, il ne devait pas agir. La rémunération prévue était de CHF 200'000.- en faveur de B_, de CHF 100'000.- à D_ et CHF 100'000.- à lui-même. Les bijoux se trouvant dans le coffre auraient été vendus et le montant résultant des ventes réparti entre les trois précités. Quelques semaines après l'agression, E_ lui avait réclamé la somme de CHF 100'000.- avancée pour le meurtre, arguant du fait qu'il y avait eu un contrordre.
Lors d'une audience qui s'est tenue en mai 2013, A_ a affirmé avoir rencontré E_ le 10 février 2012 à une station de lavage. Celui-ci lui avait expliqué qu'il allait partir dix jours avec ses enfants, que F_ serait présente dans la villa durant le week-end, puis qu'elle serait absente durant une semaine et qu'il s'agissait donc du week-end de la dernière chance.
Le 16 juillet 2014, A_ a versé une somme de CHF 50'000.- au conseil de F_ à titre de réparation du tort moral.
o.
Le 17 juillet 2012, E_ a admis qu'il était temps pour lui d'avouer ce qu'il avait voulu faire.
En 2010,pour déjouer le refus de F_ de vendre la maison, A_ et lui-même avaient imaginé d'organiser un faux cambriolage, en l'absence des enfants, pour lui faire peur et la décider à changer d'avis. Malgré l'engagement de A_ de mettre en route ce projet, rien ne s'était jamais passé.
A fin 2010-début 2011, son état psychique s'était effondré, notamment après le suicide de sa sœur. Il avait ainsi perdu conscience de ce qu'il faisait, ne vivant que dans le passé ou dans le futur, mais pas dans le présent. Alors qu'il venait d'entamer une relation avec P_ et se trouvait avec elle au Brésil - fin janvier-début février 2012 -, il avait contacté A_ - de téléphone portable à téléphone portable - pour lui parler de son souhait de vendre la pizzeria. A cette occasion, il lui avait également demandé de
"tout arrêter"
car il avait rencontré la femme de sa vie. Voulant être certain que le cambriolage était abandonné, il avait recontacté A_ pour lui demander de le rencontrer à Sierre. Selon les explications fournies par son interlocuteur, il ne s'était rien passé durant le week-end précédent en raison du fait que l'homme de main avait été arrêté, mais un délai avait désormais été fixé au 19 février 2012. Comme cela ne correspondait pas à l'ordre transmis depuis le Brésil, E_ avait demandé à A_ de le rejoindre à Sierre. Après cette rencontre, E_ avait encore essayé de joindre A_ le 19 février 2012, peut-être par SMS, mais en vain.
E_ se demandait si F_ n'avait pas quelque chose à voir avec son agression et si elle se trouvait réellement dans l'avion en provenance de Vienne, celui-ci devant atterrir à 22:30 et F_ ayant pris le taxi à 22:28. Il trouvait au surplus étrange qu'elle n'ait pas vu un halo de lumière et qu'elle n'ait pas eu de perte d'urine lors de l'agression. De même, il se demandait s'il n'était pas la dupe, notamment par rapport à A_. Il avait l'impression que les participants à la procédure avaient fabriqué des preuves pour l'incriminer.
Le lendemain, toujours devant le Ministère public, E_ a affirmé n'avoir jamais communiqué à personne l'heure d'arrivée de F_. Les propos de A_ relatifs à une mission consistant à tuer cette dernière avaient peut-être été tenus par vengeance. Une chose était sûre : le cambriolage avait été
"calibré pour être commis sans dommage",
étant précisé qu'il y avait eu un an et demi de
"fine tuning"
à cet égard. Il n'éprouvait aucun remords par rapport à l'agression subie par F_, puisque cela s'était passé
"hors
[son]
contrôle"
. Il n'avait, au début, rien dit concernant sa propre implication, ne pensant pas entraver le travail de la police.
Durant la suite de la procédure, E_ a plus ou moins donné les mêmes explications. La conversation qu'il avait eue avec A_ depuis le Brésil avait peut-être eu lieu
via
Viber.
E_ a évoqué la question de l'alarme pour la première fois le 5 février 2013, à l'occasion de la reconstitution des faits. Il a alors expliqué avoir essayé de déclencher l'alarme au moyen de la télécommande mais que rien ne s'était passé. Interrogé sur les raisons pour lesquelles il n'avait pas appuyé sur le boîtier mural, il a répondu qu'il était
"stressé d'aller en haut, en bas, à gauche, à droite"
. Plus tard, il a encore précisé que, le soir des faits, il avait utilisé la télécommande de F_ qui était directement disponible, en appuyant sur plusieurs boutons, sans être capable d'affirmer avoir appuyé sur le bouton orange anti-agression. Il n'avait pas appelé la police après avoir constaté que l'alarme ne fonctionnait pas en raison du fait qu'il n'avait pas encore conscience des dangers et qu'il ignorait alors à quoi attribuer les bruits qu'il avait entendus.
Le 14 mars 2013, E_ a avoué, pour la première fois, que la mission était de tuer F_, confirmant ainsi les déclarations de A_ à cet égard. Il éprouvait un grand sentiment de culpabilité et
"regrettait infiniment ce qui aurait pu se passer"
, étant désolé de
"cet horrible engrenage"
. Ce projet était initialement flou, même s'il voulait un accident qui soit fatal à son épouse. Il avait agi de la sorte pour ne pas perdre ses enfants dans le cadre du divorce. Au moment de parler à A_ à Sierre, il avait
"repris pied",
le projet de tuer F_ lui paraissant de plus en plus
"irréaliste, voire irréalisable"
. Ce qui lui paraissait auparavant
"toxique et insoluble"
était devenu clair en raison de sa rencontre avec P_. Le 19 février 2012, il n'avait rien vu, quand il était dans la cuisine.
En fin de procédure, E_ a fermement nié avoir remis CHF 30'000.- à A_ à titre d'acompte. De même, il ne l'avait pas rencontré le 10 février 2012 à une station de lavage comme affirmé. E_ avait cherché, en vain, à contacter A_ le 10 février 2012 pour lui dire qu'il n'y avait plus de désaccord entre F_ et lui-même concernant le divorce. Le samedi 11 février 2012, il avait de nouveau essayé de le joindre mais il avait été mis en présence d'un message de dérangement. Lors de cet appel, il n'était pas fâché et son interlocuteur ne lui avait pas dit que
"le maçon était malade"
mais que l'auteur avait été arrêté. Finalement, il ne savait plus si c'était lui qui avait appelé A_ du Brésil ou le contraire.
E_ n'avait jamais exprimé le fait qu'il se sentait déprimé à son médecin ou à des amis, l'expert-psychiatre commis dans le cadre de la présente procédure étant la première personne à laquelle il en avait parlé.
p.
La villa était munie d'un système d'alarme. Ce dernier avait été complètement remplacé le 1
er
décembre 2011, à la demande de E_, qui avait signalé un mauvais fonctionnement de l'interphonie.
Une centrale d'alarme était installée au rez-de-chaussée. Au premier étage se trouvait le clavier déporté, correspondant à une télécommande fixe. Les mises en (et hors) service pouvaient se faire par le biais du boîtier central, du boîtier déporté ainsi que par des télécommandes, tout trois permettant aussi de lancer les appels de secours. Un signal SOS entraînait un appel silencieux vers la centrale, ce même si l'alarme n'était pas en service. Une écoute était alors déclenchée et la centrale d'alarme était directement en communication avec la villa, ce qui permettait à l'opérateur de juger de l'opportunité d'appeler la police. Les télécommandes étaient au nombre de quatre : deux fournies lors du remplacement du système le 1
er
décembre 2011 et deux anciennes, dont seule celle de F_ avait été reprogrammée après un problème d'interphone.
Le système d'alarme avait été mis hors service le 18 février 2012 à 22:46 et remis en service le 20 février 2012 à 00h:03. Le soir des faits, aucune alarme agression n'avait été enclenchée.
q.
AU_, comptable dont les bureaux étaient situés au même endroit que ceux de D_ et de A_, n'avait jamais pu faire la comptabilité des sociétés appartenant à ce dernier, soit AV_ et AW_. En effet, la première était une coquille vide et A_ ne transmettait pas les documents nécessaires. Ses dettes atteignaient presque le demi-million de francs.
D_, qu'elle avait toujours connu en difficulté financière, éprouvait des problèmes de liquidités. Il avait changé de locaux à fin 2012 car il ne payait pas son loyer ni les honoraires dus à la comptable. Sa situation financière a été jugée
"dramatique"
. Au 14 septembre 2012, les dettes de sa société AX_ s'élevaient à environ CHF 250'000.- et les siennes propres à un peu plus de CHF 160'000.-.
r.a
Le médecin traitant de E_, le Dr AY_, a été entendu. Lors de ses consultations, le patient ne lui avait pas dit qu'il se sentait déprimé, même s'il n'était guère joyeux. De manière générale, E_, qualifié de "
personne assez forte",
était quelqu'un de plutôt taciturne, angoissé, introverti et inquiet. Il n'avait jamais exprimé être en proie à des angoisses ou des idées suicidaires. Le praticien a concédé qu'il était possible qu'il ait pu ne pas se rendre compte que son patient souffrait d'une sévère dépression.
Le 16 février 2012, E_ l'avait consulté avec P_ pour le résultat d'un test de grossesse. A cette occasion, il était très heureux d'apprendre la nouvelle et plus jovial que d'habitude.
r.b
Aux dires de AZ_, amie de longue date de E_, celui-ci ne laissait rien paraître, mais il avait dû traverser de nombreuses difficultés dans sa vie. Il était jeune quand son père était décédé et avait dû endosser le rôle de chef de famille, ce qui avait créé des tensions, notamment avec sa sœur. Il avait également dû supporter les problèmes psychiatriques de celle-ci et son suicide. Par ailleurs, il avait découvert que sa mère était alcoolique. Ajouté à ses problèmes de couple, tout cela était lourd psychologiquement.
r.c
N_ connaissait E_ depuis de nombreuses années. Il était un homme drôle, cultivé. Il avait fait preuve d'une grande amitié à son égard en 2011 lorsqu'il avait eu un accident et était tombé dans le coma. E_ l'avait accompagné durant cette période difficile et s'était occupé du
"légume [qu'il] étai[t] alors"
. Le témoin avait une dette à son égard car il l'avait aidé à repartir dans la vie.
r.d
Aux termes de l'analyse rétroactive de son raccordement téléphonique et de l'analyse des SMS échangés, E_ a entretenu plusieurs relations sentimentales, voire sexuelles, en 2010, 2011 et au début de l'année 2012.
Plusieurs femmes ont été entendues à ce sujet par le Ministère public, telle BA_, qui a expliqué avoir entretenu une relation sentimentale avec E_ de 2006 à 2011. Ils avaient parlé de vie commune mais lassée d'attendre, elle avait décidé de mettre un terme à leur relation à fin 2011. E_ était gai et extraverti lorsqu'il était entouré de monde et plutôt introverti dans un contexte familial. Après le décès de sa sœur, il était devenu plus introverti, plus sombre.
vi. Expertises psychiatriques
t.a
Selon le rapport d'expertise établi par le Dr BB_, B_ souffrait d'un fonctionnement intellectuel limite. Ses facultés de compréhension apparaissaient dans la norme et la pensée surtout opératoire. Ce trouble ne constituait pas une pathologie mentale grave mais se situait entre le retard mental léger et la moyenne de la population. La seule particularité psychique qui pourrait être suspectée consisterait en une altération des fonctions intellectuelles. Compte tenu du cursus scolaire de l'expertisé, de ses capacités d'adaptation, un retard mental pouvait être écarté. Sa responsabilité pénale au moment des faits était pleine et entière.
L'expert a confirmé son rapport devant le Ministère public. A son point de vue, B_ était apte à comprendre un contrordre qui lui aurait été donné. D'ailleurs, au vu de la pertinence de certaines réponses de B_, son déficit n'était pas d'origine biologique mais plutôt de nature éducative et scolaire.
t.b
A teneur du rapport d'expertise le concernant, D_ ne souffrait d'aucun trouble cognitif ou psychique. L'examen mental et l'analyse de sa trajectoire de vie ne révélaient pas non plus d'élément franc qui pourrait faire penser à un trouble du caractère. La responsabilité de D_ au moment des faits était pleine et entière. Les faits reprochés, pour autant qu'ils soient retenus à charge, devraient être qualifiés d'acte isolé pouvant avoir été favorisé par un relâchement dans la capacité de supporter des frustrations de type financier ou la capacité d'élaborer des solutions.
t.c
A_ ne présentait, à dires d'expert, aucune symptomatologie témoignant d'un trouble mental évolutif, notamment d'allure psychotique. Sa relation avec E_, le respect qu'il lui témoignait et une certaine dépendance financière l'avaient placé dans une situation de conflit de loyauté et de déstabilisation psychologique par rapport à ses valeurs éducatives et morales. Sa responsabilité pénale au moment des faits était pleine et entière.
L'hypothèse soulevée par l'expert, consistant en une motivation financière, a été agréée par A_ après que l'expert la lui eut soumise. Quoi qu'il en soit, cette motivation n'était pas incompatible avec l'existence d'une relation de loyauté.
u.a
A teneur du rapport d'expertise établi par la Dresse BC_, E_ évoquait l'apparition progressive d'un épisode dépressif entre 2010 et 2011, à la suite de la séparation effective avec son épouse, avec baisse de l'élan vital, anhédonie, aboulie et idées suicidaires. Dès le début de l'année 2012, il mentionnait une amélioration spontanée et progressive de son humeur après le début de sa relation avec P_, alors qu'il présentait encore des idées suicidaires au moment de leur rencontre.
Selon l'experte, les symptômes décrits étaient évocateurs d'un épisode dépressif sévère sans symptôme psychotique au moment des faits. Cette sévère dépression n'avait pas empêché E_ d'évaluer le caractère illicite de ses actes mais avait pu légèrement diminuer sa capacité de se déterminer d'après cette appréciation. En cas de reconnaissance de culpabilité, sa responsabilité serait légèrement diminuée. Son anamnèse montrait un parcours de vie sans trop de difficultés apparentes mais l'expertisé décrivait un malaise chronique en lien avec son vécu affectif interne et l'image qu'il donnait aux autres. Il faisait preuve d'une grande capacité de remise en question et d'introspection, dont il ne serait pas capable dans le cadre de traits d'une personnalité narcissique. E_ avait évoqué à de nombreuses reprises et spontanément ses regrets face à la situation et son sentiment de honte d'avoir pu imaginer un tel scenario, sans que l'experte ne puisse objectiver d'éléments évocateurs d'un comportement manipulateur.
La Dresse BC_ a été entendue devant le Ministère public qui l'a interrogée sur les critères sur lesquels elle s'était basée pour parvenir au diagnostic d'épisode dépressif sévère sans symptôme psychotique. L'experte a répondu qu'elle n'en avait pas mais qu'elle avait déduit l'état dépressif de E_ en 2010 et 2011 de ce que celui-ci lui avait décrit de son état psychique à ce moment-là, bien que, en théorie, il fût possible qu'un tel épisode ne fût apparu que lors de son incarcération. L'attitude de l'expertisé durant son épisode dépressif sévère, consistant notamment à chercher activement une nouvelle activité professionnelle, ne pouvait être qualifiée d'exceptionnelle ni de fréquente, mais, en tout état, elle n'était pas incompatible avec une sévère dépression. Comme symptômes de la dépression figuraient la tristesse, la baisse de l'élan vital, la baisse de l'envie et du plaisir, les idées suicidaires et les angoisses, mais aussi la baisse de l'estime de soi, des états de délire et même des hallucinations.
Toujours selon l'experte, la mission initiée par E_ était une des seules solutions qu'il voyait pour sortir du marasme dans lequel il se trouvait. La dépression l'avait empêché de se positionner car elle diminuait la possibilité de réfléchir à d'autres solutions. Globalement, sa dépression avait légèrement altéré ses facultés volitives durant toute la période pénale, même si on pouvait imaginer qu'il y avait eu des jours où elle était plus ou moins intense.
L'experte a émis plusieurs hypothèses, notamment que la discordance entre l'image que l'expertisé pensait devoir donner à l'extérieur et son vécu intérieur avait engendré une angoisse. Il actionnait alors un mécanisme de défense en se mettant dans le contrôle de la relation à l'autre. Une autre hypothèse était que E_ avait refoulé ses émotions négatives durant des années, qu'il avait tout donné pour montrer aux autres qu'il était capable et que lorsque les choses avaient commencé à s'écrouler autour de lui, tout ce qu'il avait construit autour de son image s'était également écroulé.
L'empathie dont faisait preuve l'expertisé envers la victime s'accordait mal avec l'accusation qui voulait que F_ ait mis en scène sa propre agression, ce qui avait échappé à l'attention de la Dresse BC_. Cela montrait que les sentiments de l'un pour l'autre étaient complexes.
u.b
Un complément d'expertise a été établi par l'experte, sous la supervision du Prof. BD_.
Le diagnostic désormais retenu était celui d'une personnalité narcissique et d'une dépression réactionnelle isolée (épisode sévère) au moment des faits, le second diagnostic n'étant que probable car basé sur une hétéroanamnèse et une anamnèse à distance. Il s'ensuivait que la responsabilité pénale était considérée comme très légèrement diminuée.
Le diagnostic, assimilable à un grave trouble mental, avait été
"affiné"
notamment grâce au travail psychothérapeutique entrepris depuis un an. L'intensité sévère de la dépression avait été retenue dans la première expertise en raison de la mention, par l'expertisé, de la présence récurrente d'idées suicidaires en 2010 et 2011. Cependant, l'investigation
a posteriori
pouvait s'avérer peu fiable vu l'absence de suivi spécialisé durant cette période. Le fait que E_ ait entretenu des relations amicales et plus intimes avec diverses femmes durant cette même période n'était pas en soi un élément permettant de réfuter le diagnostic de dépression mais révélait plutôt la composante narcissique de sa personnalité,
"cette avidité de rechercher le contact n'étant alors qu'un mécanisme de défense pour éviter un effondrement narcissique encore plus important"
. Le même raisonnement pouvait s'appliquer pour les recherches effectuées par E_ en vue d'affaires professionnelles. Comme l'intensité de la pathologie que constituait sa personnalité narcissique n'était apparue que tardivement et sans impact majeur sur la vie de E_, le trouble de la personnalité ne pouvait pas être retenu comme un grave trouble mental.
u.c.a
La Dresse BC_ a été entendue les 14 et 16 janvier 2014 par le Ministère public.
Elle n'avait pas mentionné dans son rapport d'expertise les résultats d'un test de personnalité effectué sur E_ avec le Prof. BD_ en raison du fait que les réponses données par l'expertisé étaient contradictoires avec celles qu'il avait fournies lors du premier entretien. En effet, l'expertisé était coté à 7, alors même qu'une personne non narcissique est en moyenne cotée à 15.3 et une personnalité narcissique à 17.8. Ainsi, l'expert et son superviseur avaient considéré que E_ avait fait preuve d'un excès de modestie et voulu donner une bonne image de lui, sans toutefois vouloir induire les médecins en erreur.
L'expertisé était pris dans une situation qui lui paraissait inextricable, soit une situation de couple compliquée ainsi qu'une situation professionnelle difficile, et sa dépression l'avait empêché d'imaginer s'en sortir autrement que par l'acte de faire tuer son épouse. Il avait dû avoir le sentiment d'être pris au piège.
L'experte n'avait pas le souvenir que l'expertisé lui eût parlé de projets d'idées suicidaires précis. Quant à la baisse de l'élan vital, E_ lui avait indiqué que lorsqu'il était à O_, il pouvait rester sans sortir de son lit ou de chez lui pendant une longue période. Enfin, le fait de s'être occupé d'un ami, notamment en faisant des démarches administratives en sa faveur, n'était pas incompatible avec sa dépression s'il était important pour lui.
La responsabilité pénale de l'expertisé était qualifiée de très légèrement diminuée en raison du fait que le diagnostic n'était que probable. Celui initialement posé d'épisode dépressif sévère n'était pas fondamentalement différent du diagnostic de dépression réactionnelle isolée (épisode sévère), sinon que le second était plus précis en tant qu'il mettait en évidence la nette prédominance réactionnelle. Cela étant, il était difficile de répondre à la question de savoir si la responsabilité pénale de E_ était précisément diminuée à mi-février 2012. En tout état, l'experte ne pouvait pas affirmer qu'elle l'était.
u.c.b
Le Prof. BD_ a été entendu par le Ministère public les 21 janvier et 17 février 2014.
A son sens, de forts éléments plaidaient en faveur du diagnostic de dépression - retenu sur la base des déclarations de E_ et de certains de ses amis, qui avaient constaté qu'il était devenu plus irritable - mais il n'y avait pas suffisamment d'éléments étayés pour affirmer la sévérité du diagnostic, raison pour laquelle seule la probabilité avait été retenue. L'influence de la rencontre avec P_ sur l'état de l'expertisé prouvait non seulement qu'il n'avait pas atteint le stade ultime de sa dépression, mais permettait aussi d'avoir des doutes quant au fait qu'il avait atteint un stade suffisant pour perdre la tête au point qu'il n'avait pas l'entière capacité de se déterminer sur ses actes. La présence d'idées suicidaires, indépendamment de leur fréquence et de leur nature, confirmait la sévérité du diagnostic de dépression. Si on associait la dépression à la baisse de l'élan vital, il n'en allait pas de même de manière continue chez une personnalité narcissique.
Le test de personnalité n'avait pas été mentionné dans le complément d'expertise au motif que le risque de fausse interprétation était trop important. En effet, E_ avait pu, consciemment ou non, chercher à manipuler le résultat de l'expertise. Ce test n'avait pas l'importance qu'on voulait lui donner. En tout état, seul le diagnostic retenu sur la base de l'examen clinique devait être pris en compte.
C.
L'audience de jugement s'est tenue du 30 septembre au 10 octobre 2014.
i.
Coup de feu au "I_" le 18 mai 2012
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a.
B_ avait acquis l'arme environ un mois plus tôt pour se protéger après avoir subi une attaque aux Pâquis. Il admettait sa culpabilité relative à la violation de la LArm. Il ne se souvenait pas s'il avait tiré en l'air, mais en tout état il avait tiré pour se défendre. S'il avait visé les gens qui l'avaient attaqué avec des bâtons, c'était dans les jambes. Seules deux des quatre personnes présentes s'étaient approchées de lui pour le frapper au dos. Il était tombé à genoux, s'était relevé puis éloigné d'un mètre. Comme ses assaillants, qui portaient également des couteaux, continuaient à l'attaquer, il avait saisi son pistolet et tiré un seul coup pour les stopper, sans avoir à aucun moment voulu mettre leur vie en danger.
ii. Agression du 19 février 2012
b.
B_ avait été approché par A_ pour tuer F_, sans que D_ n'ait été mêlé au projet. B_ a présenté ses excuses à F_. Il n'avait jamais dit que son cousin était au courant de ce qui allait se passer, mais uniquement qu'il avait appris les faits après coup. Il y avait eu des problèmes de traduction en début d'instruction.
B_ était allé à deux reprises sur place pour la réfection des joints de la salle de bains, la première fois avec A_ et D_ et la seconde avec son seul cousin. Il s'était rendu plusieurs fois dans la propriété de F_ avec l'intention de l'exécuter. Dès le début, il avait averti A_ qu'il ne voulait pas agir dans la maison mais à l'extérieur.
Le 19 février 2012, il s'était rendu sur place parce que CHF 400'000.- lui avaient été promis. Il n'avait jamais reçu de contrordre. Lorsqu'il avait quitté les lieux, F_ était à genoux, sans jamais avoir perdu connaissance. Sa blessure au cou pouvait avoir été causée par son sac à main. En tous les cas, il ne l'avait pas étranglée. Après avoir quitté la propriété, il avait rejoint, en courant, D_, qui se trouvait à 700 mètres dans sa voiture et au téléphone, devant un établissement public.
c.a
D_ a contesté les faits reprochés, maintenant ses précédentes déclarations, notamment en tant qu'il prêtait assez fréquemment son véhicule à B_ et qu'il l'avait accompagné à cinq ou six reprises à H_. Très souvent, le rendez-vous de son cousin durait plus longtemps que prévu, si bien qu'il s'impatientait. Le 19 février 2012, D_ n'avait rien remarqué de particulier, notamment pas si son cousin avait froid quand il avait pris place dans la voiture. Il avait dit à son frère AB_, dans les locaux de la police,
"je suis foutu"
, car il s'attendait à ce que la police vienne l'arrêter depuis qu'il avait eu connaissance des agissements de B_. En effet, il avait accompagné son cousin et son téléphone se trouvait toujours dans la voiture, si bien qu'il était localisable.
D_ a produit divers documents attestant qu'il suivait des cours d'informatique et de français à la prison de Champ-Dollon.
c.b
D_ était un gros travailleur pour
BE_ qui l'avait professionnellement côtoyé depuis plus de dix ans. Il était très protecteur avec sa famille.
Selon son frère AB_, D_ avait été soutien de famille au décès de leur père, vu son statut d'aîné. Depuis son incarcération, la situation était très difficile pour son épouse et ses deux filles.
d.a
A_ a confirmé ses précédentes explications, reconnaissant les faits en lien avec l'infraction à la LArm. Il a demandé pardon à F_.
Le 10 février 2012, E_ l'avait contacté pour lui dire qu'il partait et que F_ serait seule, si bien qu'il fallait agir. Comme rien ne s'était passé, le précité l'avait recontacté le lendemain en lui disant :
"Vous foutez quoi, elle était seule et il ne s'est rien passé ; il faut arrêter de dire des salades ; on arrête tout"
. Il avait donc compris que E_ voulait stopper la mission. Au retour de Sierre, A_ avait contacté D_ et lui avait dit que E_ voulait tout arrêter. Il n'avait pas senti de réticences de la part de son interlocuteur. Au surplus, l'agression de F_ dans le jardin n'était pas en accord avec le projet initial.
d.b
A_, que BF_ connaissait depuis plus de vingt ans, était quelqu'un de bien, toujours présent lorsqu'on avait besoin de lui. Il avait notamment aidé la communauté kosovare après la guerre.
Le témoin BG_, qui le connaissait professionnellement depuis 2001, a qualifié A_ de serviable et calme.
e.a
Dès sa première conversation avec A_, il était clair pour E_ que seule la mort de F_ était visée. Une autre issue était cependant apparue après sa rencontre avec P_. Il s'était rendu compte de l'impasse dans laquelle il se trouvait et avait accepté que chaque époux conserve ses acquêts, ce qui permettait un divorce ainsi qu'une situation claire avec son épouse. Il se trouvait dans cet état d'esprit avant la discussion qu'il avait eue avec elle le 9 février 2012.
E_ avait eu une conversation téléphonique avec A_ le jour de la rencontre de Sierre, le matin ou durant la matinée, lors de laquelle son interlocuteur lui avait dit que celui qui devait exécuter la mission s'était fait arrêter. Il avait répondu par une
"avalanche d'insultes"
. Comme A_ avait souhaité interrompre la conversation, E_ lui avait dit qu'il l'attendait au plus vite à O_, la rencontre ayant finalement eu lieu à Sierre en raison de la neige.
Interrogé sur la teneur des conversations téléphoniques que les deux hommes avaient eues le dimanche 12 février 2012 un peu avant treize heures, ces deux conversations étant entrecoupées d'un appel à F_, E_ a expliqué avoir déclaré qu'il voulait tout arrêter lors du premier appel et avoir précisé à son interlocuteur qu'il neigeait beaucoup lors du deuxième. L'appel à F_ de 12:55 ne répondait à aucune raison, sinon que L_ avait émis le souhait de parler à sa mère.
Le 19 février 2012, il n'avait pas déclenché l'alarme car il ne savait pas exactement ce qui se passait. Même s'il s'était muni d'une arme, qu'il avait chargée, et de son bouledogue, qu'il avait lâché en lui disant d'attaquer, il ne se sentait pas menacé mais souhaitait être lui-même menaçant. Par ailleurs, il n'aurait pas voulu déclencher l'alarme pour rien. E_ avait appuyé sur la télécommande de l'alarme se trouvant sur le porte-clefs de la voiture de F_ pour déclencher l'alarme-agression, dont il n'avait pas réalisé sur le moment qu'elle était silencieuse. Cependant, comme il ne se passait rien, il était remonté au premier étage, pour regarder à l'extérieur. Il pensait aujourd'hui qu'en étant sorti armé, il avait empêché la mort de F_, étant rappelé qu'il avait donné l'ordre de tout arrêter et qu'il n'avait pas l'idée que F_ pût rentrer avant 23:00. En revanche, dès qu'il l'avait vue ensanglantée, il avait imaginé que l'agression pouvait être liée à son projet initial.
e.b.a
E_ a produit un certificat médical daté du 16 septembre 2014, établi par le Dr BH_. Il bénéficiait d'un traitement psychiatrique et psychothérapeutique à la prison depuis octobre 2012 comprenant la prescription d'antidépresseurs. L'adhésion du patient à la thérapie était bonne et l'alliance thérapeutique satisfaisante. E_ réussissait à mieux repérer ses émotions, ce qui se manifestait par la manière dont il exprimait sa souffrance d'être éloigné de ses enfants et sa remise en question par rapport aux faits reprochés, vis-à-vis desquels il se montrait critique, en les regrettant. Le but du traitement, qui se concevait sur le long terme, consistait à optimiser la capacité d'introspection du patient et à favoriser la communication avec son entourage.
e.b.b
Pour
son ex-épouse, E_ avait toujours joué son rôle de père envers leur fils BI_, né en 1992, et ce même après leur divorce. Selon ce qu'elle avait constaté lors de ses visites, il ne comprenait pas pourquoi il était emprisonné et pensait que F_ essayait de faire en sorte que la situation se retourne contre lui. Dans une deuxième phase, il avait compris les enjeux, beaucoup travaillé et réfléchi sur lui-même.
BJ_, amie de E_ depuis de très nombreuses années, l'avait vu s'assombrir depuis 2010.
Pour BK_, son ami depuis trente-huit ans, E_ était un homme fin, sensible, intelligent, qui avait toujours porté de l'affection et de l'amour à ses enfants et subi des épreuves émotionnelles dans sa vie. Il avait répondu présent lorsque lui-même avait eu des difficultés dans le cadre de son divorce. Durant les années 2010 à 2012, BK_ avait constaté un changement de comportement.
f.
F_ avait perdu connaissance au moment où elle se trouvait sous les buissons. Elle suffoquait faute de pouvoir respirer, de sorte qu'elle s'était laissé partir. Elle estimait avoir eu de la chance de n'être ni handicapée, ni défigurée, message qu'elle avait fait passer à ses enfants. Ces derniers allaient bien et n'avaient pas oublié leur père mais avaient besoin qu'on les laisse en paix. Elle avait reçu une somme de CHF 50'000.- de la part de A_.
Les diverses conventions de divorce prévoyaient une garde des enfants usuelle, avec une autorité parentale partagée. Il n'y avait eu aucun litige avec E_ à cet égard. Ce dernier pouvait voir les enfants quand il le voulait. Le 9 février 2012, elle lui avait dit son accord pour le divorce, mais pas selon les termes de la dernière convention.
F_ avait bénéficié d'un soutien psychologique qu'elle avait interrompu le 8 décembre 2013 à son départ pour le Brésil. Un certificat médical établi le 20 février 2014 par la Dresse BL_ faisait état d'un syndrome post-traumatique avec décompensation anxio-dépressive à la suite de son agression, son état ayant nécessité des consultations hebdomadaires et un traitement médicamenteux.
g.
A l'issue des débats, le Ministère public a sollicité la mise en détention pour motifs de sûreté de A_ qui s'était présenté libre au procès. Le Tribunal criminel y a renoncé
"compte tenu de l'absence d'indices concrets qu'il se soustraie à l'exécution du jugement".
h.
M
e
C_a présenté au Tribunal criminel un état de frais totalisant CHF 72'098.20 pour son activité déployée en première instance.
Dans une décision datée du 8 janvier 2015 (
DTCR/1/2015
), la direction de procédure a écarté du total des heures consacrées à la défense de B_ :
- deux heures et 20 minutes pour le poste "procédure" ;
- 15 heures pour le poste "préparation d'audiences", au motif que le temps mentionné était excessif pour les audiences consacrées à BM_, BA_ et aux experts-psychiatres des autres prévenus ainsi que pour les audiences auxquelles il n'avait pas assisté ;
- 13 heures pour le poste "audiences", les vacations pour les audiences du Ministère public ne pouvant être prises en considération. Il convenait par ailleurs de rectifier le tarif horaire pour certaines audiences où le stagiaire de M
e
C_ l'avait remplacé.
Le Tribunal criminel a en revanche pris en considération l'audience du 6 juin 2013, non mentionnée dans l'état de frais.
D.
La
procédure en appel a été scindée en deux instructions parallèles. Le recours de M
e
C_ contre la décision d'indemnisation de son activité déployée en première instance (art. 135 CPP) a été instruit en procédure écrite, tandis que la procédure orale a été ordonnée pour le traitement des appels au fond de B_, D_, A_, E_ et du Ministère public.
i. Recours de
Me C_
contre la décision d'indemnisation en matière d'AJ
a.
Par ordonnance présidentielle du 24 mars 2015 (
OARP/113/2015
), la CPAR fixe un délai au recourant pour le dépôt, cas échéant, d'un mémoire écrit, en complément de son recours motivé.
Me C_ se réfère à son recours. Le Ministère public conclut à la confirmation de la décision attaquée dont il fait siens les arguments développés. Le Tribunal criminel conclut au rejet du recours, avec suite de frais.
ii. Appels au fond
b.
D_ sollicite le report de l'audience d'appel qui devait initialement se tenir en juin. Il renonce à se prévaloir de la violation du principe de célérité en cas de report de l'audience en octobre 2015, première date disponible.
c.a.a
E_ présente une réquisition de preuve tendant à l'audition du Professeur BD_, au motif que le Tribunal criminel n'a pas suivi les conclusions de l'expertise. E_ conclut au surplus à ce que soit écartée du dossier la correspondance adressée par le conseil de F_ au Ministère public que ce dernier a indûment jointe, "pour information", à sa déclaration d'appel.
c.a.b
A_ sollicite l'audition de BN_, son employeur.
c.b.
Par ordonnance présidentielle du 5 juin 2015 (
OARP/199/2015
), les parties appelantes sont citées aux débats d'appel fixés du 5 au 12 octobre 2015. Ce faisant, le président de la CPAR rejette la réquisition de preuve présentée par E_ pour les motifs figurant dans l'ordonnance à laquelle il y a lieu de se référer (p. 9 à 11), admet l'audition de l'employeur de A_ (p. 9) et écarte du dossier la lettre du conseil de F_ jointe à la déclaration d'appel du Ministère public pour les motifs développés dans l'ordonnance (p. 11).
d.
A quelques jours de l'audience d'appel, F_ informe la CPAR que son mari s'est acquitté des montants qu'il lui devait à teneur du jugement du 10 octobre 2014. Les époux s'étant donné civilement un quitus réciproque et pour solde de tous comptes, F_ entend renoncer aux effets de la saisie prononcée par le juge de première instance, se désiste de ses prétentions de partie plaignante et retire sa plainte.
e.
Le 2 octobre 2015, le Tribunal des mesures de contrainte, saisi par D_ en vue d'un contrôle de ses conditions de détention à Champ-Dollon, rend une décision par laquelle il
"constate que les conditions dans lesquelles s'est déroulée la détention avant jugement de D_ dès le 29 juin 2012 ont respecté les exigences légales, constitutionnelles et conventionnelles en matière de conditions de détention"
(OTMC/3_).
f.a
A l'ouverture des débats d'appel, Me C_ présente son état de frais, assorti d'un
time-sheet
complet, pour l'activité déployée en appel. Il mentionne 31 heures et 48 minutes d'activité, à savoir :
- 12 heures et 10 minutes d'activité, réparties en l'étude du jugement motivé (une heure), la rédaction de la déclaration d'appel (30 minutes), la prise de connaissance et l'étude des différents déclarations d'appel (30 minutes) et de l'ordonnance du 5 juin 2015 (10 minutes) ainsi que la relecture des pièces essentielles de la procédure (10 heures) [poste "étude de dossier, recherches juridiques et rédaction d'actes"],
- 12 heures de travail (préparation de l'audience d'appel y compris la plaidoirie) [poste "préparation d'audiences"],
- trois heures pour deux visites à Champ-Dollon les 18 décembre 2014 et 22 septembre 2015 [poste "conférences"],
- 1'390 minutes x 20%, soit six heures et 28 minutes [poste "courriers et téléphones"
]
.
f.b
D_ verse une attestation de fin de formation dans le domaine informatique ainsi qu'une attestation d'un suivi de cours de français, tous deux émanant du Service de probation et d'insertion. D_ y est décrit comme un élève assidu qui s'est toujours donné de la peine et a activement participé aux cours.
Son conseil présente des conclusions en indemnisation complémentaires pour la période postérieure au jugement du Tribunal criminel qui se chiffrent à CHF 49'032.- pour ses frais de défense (art. 729 al. 1 let. a CPP) et CHF 73'600.- à titre de tort moral (art. 729 al. 1 let. c CPP), le tout avec intérêts à 5% dès le 12 avril 2015.
f.c.a
E_ produit :
- les décisions judiciaires récentes lui refusant l'exercice de son droit à des relations personnelles avec ses deux enfants durant sa détention ;
- un certificat médical des HUG attestant du suivi de sa prise en charge à la prison, qui se décline en entretiens hebdomadaires et en l'administration d'un traitement médicamenteux. E_ présente une meilleure prise de conscience des actes commis et des conséquences qui y sont liées. Il exprime un sentiment de culpabilité, notamment à l'égard de ses enfants ;
- une attestation de travail pour l'activité exercée au sein de l'atelier reliure durant près de deux ans.
f.c.b
Le conseil de E_ complète les conclusions de son mandant en se référant à l'accord conclu avec la partie plaignante avant les débats d'appel. Il demande qu'il soit renoncé au séquestre portant sur le montant des avoirs issus de la part lui revenant sur la vente de la maison.
g.
Il est procédé à l'audition de B_.
i. Coup de feu au "I_"
g.a
Contrairement à ce qu'il a pu dire initialement, B_ admet dorénavant ne pas avoir tiré en l'air mais à la hauteur des jambes. Le coup de feu avait été précédé d'une attaque par derrière alors qu'il était attablé avec T_, ce qui le conduisait à se prévaloir d'un état de légitime défense. Son agresseur était sur la terrasse au moment du coup de feu, sans qu'il n'y eût de plantes vertes entre eux.
ii. Agression du 19 février 2012
g.b
Des motifs financiers (promesse de CHF 400'000.-) l'avaient conduit à accepter la mission de tuer F_, mais il n'avait rien reçu. Selon les instructions de A_, le plan consistait à commettre un cambriolage qui tourne mal. Pour ce faire, les travaux dans la salle de bains lui avaient permis de connaître physiquement la future victime. Il était allé à plusieurs reprises dans le quartier, parfois accompagné de D_ mais pas toujours. Il avait initialement caché la présence de son cousin le soir des faits pour lui épargner des ennuis car il croyait qu'il était allé voir une fille. B_ ne voulait pas entendre parler d'un cambriolage, jumelé ou non avec une agression de F_ à l'extérieur. A ses yeux, le projet consistait à tuer F_ et lui soustraire son sac à main. Il avait renoncé au vol après qu'il avait échoué à la tuer. Il n'avait plus eu la force morale de la tuer à la vue du sang.
Son cousin était l'une des quatre personnes impliquées dans cet acte mais il n'avait su que plus tard ce qu'il s'était passé. Il n'était pas celui qui lui avait donné l'ordre d'agir et, d'ailleurs, il n'avait eu de cesse de lui reprocher son passage à l'acte.
Ce qui était protocolé dans le procès-verbal du 16 juillet 2012 (p. 8, dernier paragraphe, pce 9096) était erroné en raison d'une mauvaise traduction. Il ne s'était jamais exprimé en ces termes. Ses propos relatifs au contrordre donné par A_ et D_ quelques jours avant le 19 février 2012 (procès-verbal du 16 juillet 2012, p. 5, pce 9093) avaient en revanche été correctement traduits. B_ avait voulu protéger A_ pour éviter qu'il ne retourne en prison mais, en fait, personne ne lui avait demandé de "tout arrêter". Au contraire, "on" (A_) n'avait cessé de lui répéter de ne pas tarder et d'accélérer les choses. L'ordre avait été donné d'agir ce soir-là.
Toutes ses déclarations du 16 juillet 2012 étaient le reflet de la réalité à deux exceptions près. La vérité était que D_ n'avait jamais été impliqué dans cette affaire et que A_ ne lui avait jamais donné de contrordre. Seul ce dernier l'avait informé de l'heure d'arrivée de F_. Le nom de D_ figurait au procès-verbal du 16 juillet 2012 (p. 4, pce 9092) en raison d'un problème de traduction.
Le 19 février 2012, il n'avait pas su que les enfants étaient dans la maison. Même s'il avait pu dire autre chose au cours de l'instruction, B_ était formel : il n'avait pas vu E_ dans la maison durant son temps d'observation. Il n'avait pas envie de répondre à la question de savoir s'il avait menti quand il avait dit le contraire à deux reprises auparavant (pces 6333 et 9183). Une seule chose était sûre, il n'aurait pas agi s'il avait su que les enfants étaient présents.
B_ entretenait avec A_ une relation amicale. Il leur arrivait d'aller dans des boîtes de nuit. Son ami avait pu le dépanner ici ou là s'il avait besoin d'argent.
h.a.
D_ a admis durant les débats d'appel que son cousin lui empruntait quelques fois sa voiture. Il n'avait pas dit tout de suite la vérité pour le 19 février 2012 car cette date ne correspondait à rien pour lui. Quand il avait été mis au courant, il avait un peu perdu le contrôle, car il savait que le portable laissait des traces à chacun de ses déplacements. Comme il avait accompagné B_ le soir des faits, il était persuadé qu'il était "cuit" quand il avait été convoqué à la police, ce qui expliquait les mots échangés avec son frère. Ce n'était pas pour autant qu'il était coupable. D_ et A_ s'étaient vus après l'interrogatoire à la police du 20 juin 2012, celui-ci craignant que B_ ne parle. A_ avait besoin d'un tiers entre lui et B_ pour justifier qu'il n'avait pas été suivi pour le contrordre. C'était un grand manipulateur.
Les explications fournies par B_, quand il s'éloignait de la voiture à H_, ne l'avaient pas spécialement surpris. Il savait que son cousin était souvent avec des filles et l'une d'elles connaissait un Albanais à même de lui fournir des faux papiers en vue d'un mariage blanc. Il n'imaginait pas que son cousin ait pu le tromper à ce point sur son emploi du temps. B_ avait beaucoup tergiversé avant de lui révéler qu'il avait menti et qu'il l'avait quitté ce soir-là pour aller tuer F_. Quand il avait pris place dans la voiture après l'agression, D_ n'avait rien remarqué sur ses habits, notamment pas des taches de sang sur les vêtements.
Il était possible qu'il se soit trompé et qu'il ait bu un Martini une autre fois. Sachant qu'il avait été le premier à téléphoner à B_ le 19 février 2012 (à 20:12 et 20:37) en raison de l'absence de crédit du téléphone portable de son cousin. D_ n'avait pas d'explications sur les téléphones en retour de B_ à 20:50 et 23:41, sinon qu'il avait peut-être eu le temps de le recharger.
Il était logique que ce fût A_ qui ait fourni à son cousin l'information concernant l'horaire de retour de F_. Même si A_ était parti au Kosovo le 19 février 2012, des contacts avaient pu avoir lieu avant cette date pour que B_ fût informé de la date d'arrivée. Il y avait assez de contacts directs entre les précités pour que l'heure d'arrivée de F_ ait pu même être communiquée de vive voix et non par téléphone.
Les nombreux échanges de messages téléphoniques avec A_ le soir du 19 février 2012 avaient trait au prêt bancaire que celui-ci essayait d'obtenir au Kosovo, prêt qu'il était faux de situer en avril 2012. Il avait aussi été question de paris sportifs ainsi qu'allégué par A_. Il avait effacé les messages contenus dans son portable - notamment celui qui avait immédiatement précédé l'arrivée du taxi le 19 février 2012 - pour créer de la place dans la mémoire, sans qu'il ne faille y voir quelque velléité de cacher quelque chose. Le soir du 19 février 2012, quand il était à M_, B_ ne lui avait parlé que de la commission d'un cambriolage.
D_ a mis la pratique des téléphones quasi systématiques à A_ après l'activation de la borne téléphonique de H_ (cf. pce 6628) sur le compte des très nombreux contacts entre eux, sans qu'on puisse en tirer un élément à charge. Il ignorait si cette systématique pouvait tenir de la coïncidence. Les 90 activations de la borne de la route AN_ sur deux mois (19 décembre 2011 – 19 février 2012) s'expliquaient au surplus par ses déplacements professionnels et pour aller voir un médecin dans la région de BO_. Dès 17:00, ses motivations étaient exclusivement professionnelles (amener du matériel, rencontrer des clients etc.). Interrogé sur le silence de la borne précitée du 19 février 2012 au 4 avril 2012 ainsi que pendant les vacances de F_ (sous réserve d'un seul appel le 12 février 2012), D_ est resté sans explications, avant d'affirmer qu'il y avait peut-être des chantiers autre part, comme par exemple à Crissier. Il était aussi possible qu'il n'avait plus de chantiers dans la région à compter du 20 février 2012, ce qui pouvait expliquer le silence de la borne précitée à compter de cette date.
A_, avec lequel D_ s'entendait bien, avait aussi d'excellents contacts avec B_. Il leur arrivait même de s'échanger les filles. Il avait pu dire le contraire au cours de l'instruction pour préserver A_ après qu'il avait appris ce que son cousin avait fait.
D_ était au courant des menaces pesant sur B_ en lien avec le clan AC_. Pour la communauté kosovare, ce clan était l'émanation même de la puissance politique et économique. Après la bagarre dont il avait été victime, B_ avait acquis une arme pour se protéger, les membres de sa famille et lui-même étant visés par des menaces à peine voilées. Il avait d'ailleurs essuyé une fois un coup de feu en sortant d'un cabaret appartenant à la famille AC_. Sans en savoir beaucoup à ce sujet, D_ était d'avis que les gens qui avait attaqué son cousin au "I_" étaient des Albanais originaires de Giljan ou Viti dont il ignorait tout des motifs.
D_ ne savait rien de l'ordre initial, ni du contrordre. Il n'avait connu la réalité des choses qu'après le 19 février 2012. Certes, après que B_ eut insisté pour recevoir son argent, il avait pris l'initiative de demander à A_ de réclamer son dû auprès de E_. D_ avait été étonné que B_ le mette en cause dans l'agression, référence étant faite au dernier paragraphe de la p. 8 du procès-verbal d'audience du 16 juillet 2012 (pce 9096). Il n'y avait pas de conflit avec B_, sinon que, comme célibataire, son cousin n'avait pas le même rythme de vie que lui-même, marié et père de famille. Même sans être systématiquement ensemble, les cousins étaient toujours disponibles l'un pour l'autre. Ils se voyaient pour le travail et parfois aussi pour les loisirs.
A la connaissance de D_, une partie des revenus de son cousin profitait à sa famille qui vivait dans la pauvreté au Kosovo.
h.b.a
Toutes les déclarations de A_
à compter du 12 juillet 2012 correspondaient à l'entière vérité, même si de mettre en cause deux amis comme D_ et E_ avait été une épreuve douloureuse. C'était en même temps un soulagement, au-delà du fait qu'il s'était retrouvé en prison. A_ avait fait la connaissance de E_ en effectuant des travaux pour son compte. Celui-ci lui avait ensuite rendu des services. La société de A_ avait pu bénéficier de plusieurs mandats que lui avait confiés E_. Il avait ainsi rendu possible son ascension professionnelle. A_ était assez fier de côtoyer un homme disposant d'aisance financière envers lequel il éprouvait du respect.
E_ avait été clair dès le départ : il ne fallait agir contre son épouse qu'en sa propre absence et celle des enfants. Il était inimaginable que cela se passe en présence des enfants. Il fallait en plus que le déroulement ait lieu à l'intérieur avec soustraction du coffre et/ou des bijoux, le vol devant être massif pour faire croire à un acte ayant mal tourné. E_ n'avait jamais varié dans ses exigences, lesquelles n'avaient pas été remises en question par D_ ou B_. A_ avait accepté le projet en voyant E_ désespéré à l'idée de perdre ses enfants.
Dans la période de novembre à décembre 2011, il y avait eu quelques rencontres avec B_, lequel était accompagné de son cousin. A chaque fois que E_ informait A_ qu'il était à la montagne, il savait que les enfants étaient à ses côtés et qu'il était possible d'agir. Celui-là avait pu être très fâché que rien ne se passe, comme cela avait été le cas à la mi-janvier, alors même qu'il séjournait à l'étranger, ou le 10 février 2012. A cette date, A_ avait imaginé l'excuse du
"maçon malade"
pour communiquer à son interlocuteur l'inaction de B_.
Lors de la rencontre de Sierre, qui avait duré environ une heure, il avait laissé son portable dans le coffre de la voiture, en raison de la méfiance qui régnait entre eux. E_ lui avait dit qu'il en avait assez et qu'il fallait tout arrêter. Il lui avait expliqué avoir rencontré une nouvelle amie, qu'un accord avait été trouvé pour le divorce et qu'il désirait tourner la page. E_ n'était pas aussi fâché que les autres fois où il lui reprochait son inaction. Pour A_, l'arrêt du projet n'était pas un problème, même s'il ne suffisait pas de dire
"stop"
. Sa décision de tout arrêter avait été ressentie comme une délivrance, reléguant de la sorte l'intérêt financier à la réussite de l'opération au second plan.
A_ avait donné l'ordre et le contrordre de la même manière aux deux autres personnes impliquées, avec la même intensité et clarté du message. D_ n'avait pas été très satisfait de la tournure des événements mais il semblait en avoir compris la portée. A_ avait au surplus instruit D_ de l'arrivée de F_ le dimanche soir, mais sans lui révéler l'heure exacte qu'il ne connaissait pas. Il était clair selon les informations fournies par A_ que le plan était mort. B_ en avait été informé le lendemain de la rencontre de Sierre, de sorte qu'il mentait quand il soutenait n'en avoir rien su. En fait, il avait manifesté sa volonté d'aller de l'avant, mais A_ avait insisté sur le fait que c'était terminé. B_ avait quand même été jusqu'à lui demander, le dimanche soir, l'heure d'arrivée de F_.
B_ n'avait fourni aucune explication sur le fait qu'il était passé à l'acte sans respecter le cadre défini par E_, ce qui pouvait conduire à penser qu'il était avant tout intéressé par l'argent. D'ailleurs il avait insisté pour être payé, ce que refusait E_ en raison des circonstances. Ce dernier était resté ferme sur ses positions, étant même prêt à révéler la réalité du projet aux autorités.
Pour l'affaire du "I_", A_ savait que les agresseurs venaient de la commune de Viti, sans que la thèse du clan AC_ ne soit exacte. Quelqu'un dont il ignorait l'identité avait "balancé" B_ pour le coup de feu du "I_", mais il n'en savait pas plus.
h.b.b
En
tant que patron de la société BP_, BN_ avait engagé à sa sortie de prison A_, qu'il connaissait depuis une vingtaine d'années et qui était un ami. Depuis son engagement, sa société s'était beaucoup développée, A_ ayant été un important apporteur d'affaires qui avait permis de multiplier par 9 ou 10 le chiffre de la société. A_, employé sérieux et fiable, était doté d'un grand sens commercial. Il faisait preuve d'une bonne disponibilité et assurait le suivi des chantiers avec compétence. C'était un homme de parole et de caractère, sincère, tout le contraire d'un manipulateur.
h.c
La situation dans le couple était difficile depuis 2007, date à laquelle E_ avait appris que sa femme le trompait. Il avait dans un premier temps préféré se raccrocher aux sentiments encore existants, mais il s'était progressivement senti acculé, sans trouver une porte de sortie qui ne soit pas dommageable pour les enfants. Il était partagé entre la violence de ses sentiments et la volonté de la récupérer. Il aimait sa femme et, en même temps, voulait la tuer. Il avait senti la situation lui échapper au moment où F_ avait parlé de divorcer et s'était vu pour la deuxième fois de sa vie de couple privé de ses enfants.
Revenant sur les mois qui avaient précédé le 19 février 2012, E_ a confirmé avoir posé deux exigences : une agression dans la maison, avec vol du coffre-fort, ce qui était pour lui une manière d'éviter d'être impliqué, la contrevaleur du butin devant servir à une partie de la rémunération. Deuxièmement, F_ devait être seule à la maison, sans compromis possible sur ce point, ce qui le conduisait à informer systématiquement A_ de son départ de la maison avec les enfants. L'attitude de ce dernier, durant toute la période où le projet avait été porté, pouvait être qualifiée de "fuyante" et "hésitante", même s'il n'avait manifesté aucune réticence quand il lui avait présenté la mission. Etant lui-même confus, il ne pouvait affirmer si les motifs invoqués par A_ pour l'absence d'actes étaient fondés ou s'il s'agissait de subterfuges. Avec le temps, il était d'avis que A_ l'avait "baladé" durant tous ces mois et qu'il eût été préférable qu'il y ait une réponse plus rapide.
Il avait fixé un ultimatum au 10 février 2012 pour le passage à l'acte, nonobstant le fait qu'il avait imaginé en janvier 2012 ne pas continuer. A cette date, il avait manifesté son mécontentement quand il avait appris que rien ne s'était passé. L'énième excuse qui lui avait été servie était inacceptable à ses yeux, de sorte qu'il avait demandé à rencontrer A_ pour qu'ils puissent s'expliquer. Parallèlement, il avait appris la nouvelle de la grossesse de son amie, dont il avait eu connaissance à son retour du Brésil, le 7 ou le 8 février 2012. Dans sa tête, le cours de la vie avait repris et son projet assassin s'accordait désormais mal de cette perspective heureuse, même s'il était vrai qu'il en avait déjà connaissance quand il s'était fâché le week-end précédent. Le processus de sortie de sa période de dépression avait mis du temps, en plus du fait que la confirmation de la grossesse n'était intervenue que le 13 février 2012.
Il était possible qu'il ait éteint son portable au début de la rencontre de Sierre avec A_. Ce jour-là, contrairement à l'habitude, il n'avait pas sur lui les deux brouilleurs de téléphone portable dont il avait fait l'acquisition pour leurs discussions. Même sans avoir donné à A_ les instructions de ce qu'il devait dire ou faire, il avait été clair sur le fait qu'il était préférable pour tous d'arrêter cette entreprise criminelle. Son interlocuteur n'avait pas cherché à s'opposer à sa détermination bien qu'il ait posé beaucoup de questions sur sa motivation à tout arrêter. La manière dont il avait donné le contrordre à A_ était plus claire à ses yeux que celle avec laquelle la mission lui avait été confiée, car en 2010 il était dans une grande confusion et la détresse.
Un certain nombre d'éléments ne manquaient pas de le surprendre au sujet du déroulement des faits le 19 février 2012. L'absence d'aboiement des chiens restait sans explication. Pour des raisons incompréhensibles, l'un des trois secteurs où la lumière s'enclenchait de façon manuelle n'avait pas fonctionné.
Il avait utilisé pour déclencher l'alarme une télécommande se trouvant dans le vide-poches à l'entrée de la maison, sans savoir à qui elle appartenait (à sa femme ou à lui-même), étant précisé qu'elles étaient d'apparence semblable. L'alarme avait été actionnée à son retour dans la maison, après qu'il était sorti de la villa l'arme au poing. Le cri à l'extérieur l'avait complètement affolé, ce qui expliquait qu'il soit sorti armé. Comme il avait donné le contrordre, il était à mille lieues d'imaginer ce qui se passait. Quand il avait vu sa femme ensanglantée venant en sa direction, il avait culpabilisé et pensé que A_ l'avait trahi. Plus tard, celui-ci lui assurera avoir fait le nécessaire mais que les agresseurs s'étaient rendus sur place sans le lui dire.
Il n'avait pas eu le courage sur le moment de dire la vérité. Il s'en était voulu, regrettant de ne avoir tout avoué aussitôt qu'il avait remarqué que F_ s'en était sortie vivante. La peur de perdre ses enfants et son épouse l'avaient retenu de se rendre à la police. Il était exact qu'il avait été longtemps dans le déni. Ce qui s'était passé représentait un gâchis monstrueux, il y avait désormais une brisure dans sa vie.
i.a
A l'issue de son réquisitoire durant les débats d'appel, le Ministère public confirme ses conclusions découlant de sa déclaration d'appel. Il conclut à la mise en détention immédiate de A_, vu le risque de fuite.
Le conseil de A_ plaide et conclut au rejet de la demande du Ministère public qui est prématurée et infondée. S'exprimant en dernier, A_ réaffirme sa volonté de rester en Suisse en tout état.

## Considerations