# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** d7a78e81-3928-5f33-8fbb-6dc08f0e885e
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2012
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par courrier du 5 avril 2012, X_ a annoncé appeler du jugement complémentaire sur indemnisation rendu le 22 mars 2012 par le Tribunal de police, notifié le 26 mars 2012, par lequel le premier juge a condamné l’Etat de Genève à lui verser les sommes de CHF 225.- avec intérêts à 5 % dès le 14 novembre 2011 à titre de dommage économique et de CHF 3'200.- avec intérêts à 5 % dès le 29 janvier 2009 à titre d’indemnité en réparation du tort moral, le déboutant pour le surplus de toutes autres ou contraires conclusions, et a laissé les frais de la procédure à la charge de l’Etat.
b.
Le 16 avril 2012, X_ a formé la déclaration d’appel prévue à l’art. 399 al. 3 du code de procédure pénale du 5 octobre 2007 (CPP ;
RS 312.0
).
B.
Les faits pertinents pour l’issue du litige sont les suivants :
a.
Le 31 décembre 2008, A_ a déposé plainte contre inconnu suite à une agression dont il a été victime la nuit du 25 décembre 2008 alors qu’il se trouvait à l’entrée d’une discothèque avec un ami. Ils avaient été approchés par un groupe de huit ou dix personnes, qui les avait encerclés. Après qu’il eût tenté de repousser l’un des inconnus, il s’était réveillé une vingtaine de minutes plus tard dans une ambulance. Les certificats médicaux versés à la procédure ont mis en évidence qu’il avait subi de multiples fractures au niveau du visage ainsi qu’un traumatisme cérébral.
b.a.
Le 6 janvier 2009, la police a interpellé B_, C_, D_, E_ et F_ puis, le 14 janvier 2009, G_.
b.b.
S’étant rendu à la police le 14 janvier 2009, X_ a été inculpé le lendemain d’agression, de mise en danger de la vie d’autrui et d’omission de prêter secours, et a été placé en détention préventive jusqu’à sa relaxe intervenue le 29 janvier 2009.
c.
Successivement entendu par la police, le juge d’instruction et le Tribunal de police, X_ a déclaré s’être trouvé, la nuit du 25 décembre 2008, devant la discothèque « le H_ » en compagnie de B_, C_, D_, E_, F_ et G_, où se trouvaient également A_ et son ami. Sentant que le ton montait entre les deux groupes, il avait tenté de les calmer, puis la situation avait dégénéré, ses amis s’étant jetés sur la victime, qui avait chuté. Ne voulant pas être impliqué dans la bagarre, il s’était éloigné de la cohue et n’avait pas vu qui avait donné des coups. Il pensait qu’il s’agissait d’une bagarre ordinaire, n’ayant pas pris conscience de la gravité des lésions subies par la victime. Il était reparti en compagnie de ses amis et ne leur avait plus parlé de cet incident. Il se considérait comme une personne non violente détestant se battre.
d.
Entre le 15 janvier 2009 et le 20 mai 2009, X_ a été convoqué à neuf reprises devant le Juge d’instruction, dont cinq fois durant sa détention. Le 25 mai 2009, il a sollicité la disjonction de sa cause de celle des autres prévenus, sa requête ayant été rejetée par la Chambre d’accusation le 30 septembre 2009. Le 9 octobre 2009, le Juge d’instruction a communiqué la procédure au Ministère public, qui a renvoyé les prévenus en jugement devant le Tribunal de police le 31 mars 2010, disjoignant la procédure à l’encontre de B_ qui a été jugé par la Cour correctionnelle.
e.
Par jugement du 14 novembre 2011, le Tribunal de police a prononcé l’acquittement de X_ du chef d’infraction à l’art. 134 du code pénal suisse du 21 décembre 1937 (CP ;
RS 311.0
), lui impartissant un délai de trente jours pour faire valoir ses droits découlant de l’art. 429 CPP, et a reconnu C_, D_, E_, F_ et G_ coupables d’agression (art. 134 CP), les condamnant à ce titre.
L’autorité de jugement a considéré qu’il existait un doute quant à l’implication de X_ dans la bagarre, dès lors qu’il avait constamment expliqué s’être éloigné du groupe lorsqu’il s’était rendu compte que la situation dégénérait, ses déclarations n’étant contestées par aucune des parties, ni par les témoins.
C. a.a.
Dans sa déclaration d’appel, X_ conteste le jugement entrepris en tant qu’il condamne l’Etat de Genève à lui verser, avec intérêts, un montant de CHF 3'200.- à titre d’indemnité pour tort moral et le déboute de toutes autres ou contraires conclusions. Il conclut à la condamnation de l’Etat de Genève à lui verser, avec intérêts à 5 % dès le 29 janvier 2009, les sommes de CHF 32'500.- à titre d’indemnité pour atteinte à l’avenir économique et de CHF 6'400.- à titre d’indemnité en réparation de son tort moral. Il sollicite son audition afin de s’exprimer sur les circonstances ayant entouré son interpellation et l’impact de celle-ci sur sa vie.
a.b.
Le Ministère public a indiqué n’avoir pas d’observations à formuler.
b.
Le 2 mai 2012, la Chambre de céans a ordonné l’ouverture d’une procédure écrite, l’appelant, qui n’avait pas demandé à s’exprimer oralement devant le premier juge, pouvant exposer ses arguments par écrit devant la juridiction d’appel.
c.a.
Dans son mémoire d’appel du 29 mai 2012, X_ persiste dans ses conclusions.
L’octroi d’une indemnité en réparation du tort moral de CHF 6'400.-, correspondant à CHF 400.- par jour de détention, se justifiait dès lors qu’il avait été privé de sa liberté pendant une session d’examens, ce qui avait entraîné son exclusion de la Faculté des sciences économiques et sociales (ci-après : Faculté des SES), où il était immatriculé en première année. Il n’avait pu y être réintégré qu’avec le concours de son avocat et n’avait pas pu suivre les cours dispensés durant le semestre d’été. La détention avait en outre porté atteinte à sa sensibilité de jeune adulte, puisqu’il n’avait que 19 ans à cette époque et était d’une nature non violente. D’ailleurs, le soir des faits, il s’était d’emblée démarqué des auteurs de l’infraction. Il avait également collaboré, ses déclarations étant restées constantes durant la procédure, ce qui n’avait pas empêché le juge d’instruction de surestimer les charges retenues à son encontre, lesquelles avaient été progressivement abandonnées.
Il avait également subi une atteinte à son avenir économique, dès lors qu’il n’avait pu se présenter aux examens de la session de janvier/février 2009 et avait dû les rattraper au mois de juin 2009. Contrairement à ce qui figurait dans sa requête en indemnisation présentée devant le premier juge, il ne sollicitait plus une réparation du dommage économique subi en raison de la non-obtention de son diplôme, mais du fait d’avoir « perdu » six mois et ainsi n’avoir pas plus tôt intégré le marché du travail. Son premier salaire étant de CHF 65'000.- par an, il convenait de lui en allouer la moitié, soit CHF 32'500.-, correspondant aux six mois durant lesquels il n’a pas pu travailler en attendant de passer une nouvelle fois ses examens.
Il a versé à la procédure un chargé de pièces comprenant notamment :
un relevé de notation « destiné à l’affichage sur le web », non daté, pour la session de janvier/février 2009 du cursus « baccalauréat universitaire en gestion d’entreprise (HEC), 1
ère
partie » faisant état de l’inscription à six cours, dont un mentionne la note « 4 » et les cinq autres « absence non justifiée ». Ce document fait en outre état d’une décision d’exclusion de la faculté en raison « d’absence non justifiée lors d’une session d’examens » ;
un courrier de son conseil à « HEC Genève » du 3 février 2009 indiquant que son client faisait l’objet d’une procédure pénale et avait été détenu préventivement du 14 au 29 janvier 2009 ;
un échange de courriels entre son conseil et la conseillère aux études de la Faculté des SES entre le 3 et le 8 février 2009, aux termes desquels son avocat indique que X_ s’est présenté à son premier examen le 12 janvier 2009 mais, ayant été retenu par les forces de l’ordre dès le lendemain, il n’avait pas pu se présenter aux deux autres examens qu’il devait passer le 13 janvier 2009, de sorte que son incarcération constituait un juste motif pour participer à la session extraordinaire d’été ;
un courrier de I_ du 24 octobre 2011 attestant employer X_ en qualité de « business assistant » depuis le 1
er
février 2011 pour un salaire annuel de CHF 65'500.-.
c.b.
Le Ministère public a fait savoir qu’il n’avait pas d’observations à formuler.
c.c.

## Considerations