# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 6b39bdf3-0789-5043-8566-03f9c4e78741
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2014
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1) Madame A_ exerce la profession d’avocate et est inscrite au registre cantonal des avocats du canton de Genève.![endif]>![if>
2) Le 31 août 2012, Monsieur B_, président de l'autorité de surveillance des avocats du canton de Neuchâtel, a adressé aux autorités de surveillance de Suisse romande un courrier concernant Mme A_ et Monsieur C_, avocats à Genève. ![endif]>![if>
Le Tribunal fédéral avait confirmé le 28 février 2012 une sanction disciplinaire prise dans le canton de Neuchâtel à l'encontre de M. C_, à teneur de laquelle l'autorisation de plaider lui était retirée pour une durée de six mois à compter du 8 mars 2012.
En dépit de cette décision, il s'avérait que M. C_ avait continué à procéder devant certaines juridictions romandes. Il semblait s'être associé à Mme A_, en faveur de laquelle les clients du précité avaient signé une procuration. M. C_ avait ainsi signé des actes de procédure avec la mention « p.o. Me A_, avocate » ou « exct. Me A_, avocate ». Or, ces actes n'étaient pas valables lorsqu'ils étaient produits dans des procédures soumises au monopole des avocats inscrits au barreau. Dès lors que Mme A_ était formellement responsable de la défense convenable des clients lui ayant signé une procuration, l'autorité de surveillance neuchâteloise avait ouvert contre elle une procédure disciplinaire, estimant qu'elle leur faisait courir le risque de voir leurs écritures écartées.
Les autorités de surveillance des avocats de Suisse romande étaient dès lors invitées à procéder à des investigations auprès des autorités judiciaires de leurs cantons respectifs, afin de vérifier si les intéressés y avaient adopté le même comportement.
3) Le 5 septembre 2012, Monsieur D_, président de la commission du barreau de Genève (ci-après : la commission), a répondu à son homologue neuchâtelois. Il allait inviter Mme A_ à se déterminer sur les faits signalés, cas échéant se renseigner auprès des autorités judiciaires genevoises. Cela étant, M. C_ avait déposé le jour même une demande d'inscription au registre cantonal genevois, laquelle révélait sans ambiguïté l'existence de la suspension de six mois, soit du 8 mars au 8 septembre 2012. ![endif]>![if>
4) Le 11 septembre 2012, la commission a invité Mme A_ à lui faire part de sa détermination s'agissant de la question de savoir si, durant la période de sa suspension, M. C_ l'avait remplacée ou excusée dans le cadre d'activités monopolistiques déployées à Genève. ![endif]>![if>
5) Le 18 septembre 2012, Mme A_ a indiqué à la commission qu'à sa connaissance, M. C_ ne l'avait ni remplacée ni excusée dans le cadre d'une procédure menée durant sa période de suspension. Seule Madame E_, avocate-stagiaire de son étude était autorisée à le faire. ![endif]>![if>
À ce courrier, était jointe la copie d'un courrier adressé à l'autorité de surveillance neuchâteloise le 10 septembre 2012, à teneur duquel M. C_, dans le cadre des procédures dans lesquelles elle était intervenue à sa place, ne s'était présenté à aucune audience devant les instances judiciaires civiles. Il avait assisté à deux audiences d'instruction pénale, l'une à Morges et l'autre à Genève, après avoir dûment informé les procureurs concernés de sa qualité de titulaire du brevet d'avocat. C'était l'avocate-stagiaire de l'étude de Mme A_, qui l'avait alors excusée et avait assuré la défense des intérêts des mandants. Les actes signés par M. C_ « pour ordre » de Mme A_ avaient été dûment rectifiés et signés par cette dernière. L'autorité de surveillance lui prêtait des intentions qu'elle n'avait jamais eues, dès lors que le seul objectif de son intervention en lieu et place de M. C_ avait été de ne pas faire subir aux mandants les conséquences et désagréments résultant de la suspension. Elle était prête à communiquer à celui-ci tous renseignements ou documents utiles dans le cadre de la procédure disciplinaire ouverte à son égard.
6) Le 25 septembre 2012, la commission, relevant que M. C_ avait assisté à une audience d'instruction pénale par-devant le Ministère public genevois en qualité de titulaire du brevet d'avocat, a demandé à Mme A_ de préciser si elle-même était constituée pour la défense des personnes concernées. ![endif]>![if>
Par ailleurs, Mme E_ n'était toujours pas inscrite au registre cantonal des avocats-stagiaires et ne pouvait ainsi pas intervenir en justice. En qualité de maître de stage, Mme A_ était invitée à agir auprès de sa stagiaire afin que les démarches nécessaires soient accomplies.
L'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre et à l’encontre de Mme E_ était réservée.
7) Le 16 octobre 2012, Mme A_ a confirmé à la commission que M. C_ avait assisté à une audience d'instruction pénale le 26 juillet 2012 en qualité de titulaire du brevet d'avocat. Elle était elle-même constituée pour la défense des intérêts de la personne faisant l'objet de ladite instruction, cette dernière ayant signé une procuration en sa faveur. Elle n'avait pas pu se rendre en personne à l'audience pour des motifs indépendants de sa volonté, de sorte que sa stagiaire l'y avait remplacée. ![endif]>![if>
Mme E_ n'était intervenue qu'à l'occasion de cette audience. Elle avait été engagée à l'étude au mois d'avril 2012, à temps partiel et avait suivi les cours de l'école d'avocature depuis février 2012. Elle avait prêté serment le 24 juillet 2012, mais avait attendu de recevoir son attestation de prestation de serment pour s'inscrire au registre cantonal des avocats-stagiaires. Dans le cadre de la préparation de ses examens, elle avait été absente de l'étude tout le mois d'août 2012, ainsi que jusqu'à la fin de la session de septembre 2012. La commission l'avait invitée en août 2012 à s'inscrire au registre cantonal des avocats-stagiaires et avait accepté qu'elle le fasse aussitôt ses examens terminés. Ayant toutefois échoué aux examens, Mme E_ n'avait plus qualité d'avocate-stagiaire de l'étude.
8) Le 16 novembre 2012, la commission a informé Mme A_ de sa décision d'ouvrir à son encontre une procédure disciplinaire pour violation éventuelle des règles professionnelles, pour avoir délégué à une audience d'instruction pénale des personnes non habilitées à intervenir en justice. Elle était invitée à faire part de ses observations.![endif]>![if>
9) À la même date, la commission a transmis copie du courrier précité à M. B_, l'informant de l'ouverture d'une procédure disciplinaire. Celui-ci était invité à faire savoir à la commission s'il avait connaissance de l'existence de procédures disciplinaires dirigées contre l'intéressée pour des faits similaires dans d'autres cantons, ainsi qu'à transmettre la position de l'autorité de surveillance neuchâteloise s'agissant de la compétence territoriale pour poursuivre M. C_. ![endif]>![if>
10) Le 26 novembre 2012, Mme A_ a confirmé n'avoir pas délégué M. C_ à l'audience d'instruction pénale en cause, dès lors que ce dernier faisait l'objet d'une suspension de son autorisation de plaider. Pour ce même motif, elle ne lui avait pas demandé, ni ne lui avait donné l'autorisation de la remplacer ou de la représenter. Elle pratiquait le barreau depuis 1981 dans le plus strict respect des règles professionnelles et le cas de M. C_ ne justifiait pas de dérogation. ![endif]>![if>
11) Le 23 janvier 2013, donnant suite à la requête de la commission, Mme A_ lui a adressé une copie caviardée du procès-verbal de l'audience du 26 juillet 2012 au Ministère public. Selon M. C_, la procureure en charge du dossier était prête à apporter toutes précisions nécessaires s'agissant du déroulement de cette audience. Mme E_, M. C_ et elle-même se tenaient également à disposition de la commission pour être auditionnés. ![endif]>![if>
12) Le 27 février 2013, la commission a réitéré sa demande auprès de l'autorité de surveillance neuchâteloise s'agissant de l'état de la procédure contre Mme A_ dans ce canton, de l'existence de procédures dans d'autres cantons, ainsi que de la compétence territoriale pour le cas de M. C_. ![endif]>![if>
13) Le 12 mars 2013, Mme A_ a insisté sur le fait qu'elle n'avait jamais demandé à M. C_ d'assister l'un de ses mandants à une audience d'instruction pénale à Genève, Mme E_ ayant été chargée de le faire, ce dont il convenait de tenir compte dans le cadre de la procédure disciplinaire. ![endif]>![if>
14) Le 8 avril 2013, M. B_ a répondu à M. D_ que, sur le plan disciplinaire, M. C_ ne pouvait faire l'objet d'une procédure, dès lors que la surveillance ne concernait que les avocats inscrits aux registres cantonaux. ![endif]>![if>
Mme A_ était en revanche inscrite au barreau de Genève et le fait qu'elle eût prêté son concours aux activités de M. C_, lui permettant ainsi de contourner une sanction disciplinaire et mettant en péril les intérêts de leurs clients communs, semblait constituer une violation des règles professionnelles. M. C_ était apparemment intervenu sous le couvert du nom de Mme A_ dans le cadre de deux procédures dans le canton de Neuchâtel et d'une dans le canton de Vaud. Dans l'hypothèse où une jonction des procédures s'avérait possible, étant précisé que, faute de disposition légale à ce sujet, cette question devait encore être tranchée, la compétence des autorités genevoises était préférable.
15) Par décision du 11 novembre 2013, la commission a prononcé un avertissement à l'encontre de Mme A_, avec un délai de radiation de la sanction de cinq ans. ![endif]>![if>
Bien qu'elle fût constituée pour une personne entendue à titre de renseignement lors de l'audience d'instruction pénale du 26 juillet 2012, il ressortait du procès-verbal de ladite audience que cette personne était assistée de M. C_, ce dernier étant accompagné de sa stagiaire, Mme E_. Or, ni l'un ni l'autre n'avaient qualité pour agir devant les autorités pénales, dès lors que le premier était sous le coup d'une interdiction temporaire de pratiquer et que la seconde n'était pas inscrite au registre cantonal des avocats-stagiaires. Même à considérer que, selon les explications de Mme A_, elle n'avait pas délégué à l'audience M. C_ mais sa stagiaire, elle s'était fait représenter par une personne n'étant pas habilitée à intervenir en justice lors d'une audience d'instruction pénale. Elle avait ainsi enfreint les règles professionnelles en vigueur, en particulier son devoir d'exercer sa profession avec soin et diligence.
Le comportement reproché à Mme A_ n'était pas anodin, car il avait permis à M. C_ d'assister à une audience d'instruction pénale et ainsi de contourner la sanction disciplinaire dont il faisait l'objet. Toutefois, il convenait de retenir que Mme A_ n'ayant pas l'intention d'enfreindre les règles professionnelles, avait pensé, à tort, pouvoir se faire représenter par sa stagiaire et n'avait jamais fait l'objet de sanction disciplinaire, raison pour laquelle la sanction la plus clémente était prononcée.
16) Le 13 décembre 2013, Mme A_ a recouru contre cette décision auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative), concluant principalement à son annulation. Subsidiairement, elle demandait la réformation de ladite décision et le prononcé d'un simple rappel à l'ordre, sans inscription de la sanction au registre.![endif]>![if>
La décision attaquée était fondée sur une constatation inexacte ou incomplète des faits par la commission, avait été prise en violation des dispositions légales applicables en matière de profession d'avocat et était, sinon injustifiée, totalement arbitraire et disproportionnée.
Mme A_ avait été totalement étrangère à la procédure initiée par M. B_ à l'encontre de M. C_ ayant conduit à la suspension de ce dernier dès le 8 mars 2012 pour une durée de six mois. Dans l'impossibilité d'assurer la défense des intérêts de ses mandants, M. C_ avait transféré à des confrères, dont Mme A_, certains de ses mandats ; il en avait perdu d'autres. C'était à tort qu'il avait cru bien faire en signant des actes de procédure avec la mention « p.o. Me A_, avocate » ou « exct. Me A_, avocate » ; ces erreurs avaient été rectifiées aussitôt.
Elle avait affirmé à plusieurs reprises au cours de la procédure disciplinaire que seule Mme E_ avait été autorisée à la remplacer et l'excuser, car cette dernière, qui avait affirmé avoir entrepris toutes les démarches utiles en vue de son inscription au registre cantonal des avocats-stagiaires, avait prêté serment le 24 juillet 2012. La recourante avait appris avec stupeur, par la commission le 25 septembre 2012, que Mme E_ n'était pas inscrite au registre cantonal des avocats-stagiaires. Elle l'avait d'ailleurs déploré lors d'un entretien téléphonique du 20 novembre 2012 avec le greffe de la commission.

## Considerations