# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 6ea581e9-eabd-530d-9225-5a4050f6f4c3
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2012
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Madame S_ est étudiante inscrite à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (ci-après : la faculté) de l’Université de Genève (ci-après : l’université) depuis l’année universitaire 2008/2009, en vue de l’obtention du baccalauréat universitaire en sciences de l’éducation (ci-après : bachelor).
2. Mme S_ a présenté une première fois son dossier d’admission au programme de licence en sciences de l'éducation, mention enseignement (ci-après : LME) pour l'année académique 2009/2010. Sa candidature a alors été refusée par la faculté pour insuffisance de points.
3. D'après le programme de la section des sciences de l'éducation pour l'année universitaire 2009/2010, le cursus universitaire dans ce domaine commence par le baccalauréat, comprenant deux cycles. Au terme du premier cycle, deux voies sont possibles : soit les étudiants continuent en deuxième, puis en maîtrise universitaire (ci-après : maîtrise) dès l'obtention du baccalauréat ; soit ils optent pour la LME dont l'admission se fait sur dossier.
Dans cette dernière hypothèse, il était précisé que les art. 26 et 27 du règlement d'études de la section des sciences de l'éducation (approuvé le 22 mai 1996, modifié le 12 janvier 1999 par le département de l'instruction publique ; ci-après : RE) faisaient foi. Le dossier de candidature devait être déposé au plus tard le 18 janvier 2010. Un contrat de partenariat avait été institué entre le département de l'instruction publique, devenu le département de l’instruction publique, de la culture et du sport (ci-après : DIP) d'une part, soit pour lui la direction de l'enseignement primaire, et l'université de Genève, section des sciences de l'éducation de la faculté, d'autre part. La LME était le titre requis pour être engagé comme enseignant primaire dans l'enseignement public genevois. Pour postuler, les étudiants devaient posséder la LME et attester d'une parfaite maîtrise de la langue française et d'une connaissance de la langue allemande de niveau B2 du portfolio européen des langues. Un examen écrit de français obligatoire était fixé au 23 novembre 2009.
4. Lors d'une séance d'information du 26 octobre 2009, une note d'information sur la procédure d'admission pour la formation des enseignants primaires a été distribuée aux étudiants.
D'après ce document, l'admission en LME relevait des art. 10, 26, 27, 46 et 47 RE et se référait également à l'art. 134A de la loi sur l’instruction publique du 6 novembre 1940 (LIP -
C 1 10
). Le dossier de candidature devait comprendre les pièces suivantes : une lettre de motivation adressée à l'attention de la commission d'admission, un curriculum vitae, des attestations spécifiques, un questionnaire sur les connaissances des langues dûment complété, un tableau récapitulatif des attestations dûment complété, un certificat de bonne vie et mœurs, ainsi qu'un extrait de casier judiciaire. Les critères principaux pour l'évaluation du dossier étaient les motifs de l'orientation, la maîtrise de la langue française, les connaissances en langues étrangères, notamment en allemand, les expériences professionnelles, éducatives ou associatives, les titres possédés par le candidat et la cohérence du dossier présenté. Les candidats dont les dossiers avaient été retenus par la commission d'admission seraient convoqués à un entretien au cours duquel il serait tenu compte de l'implication personnelle (par rapport à la profession enseignante), de l'anticipation au sujet de la formation et de ses exigences, de la défense du dossier (points forts et points faibles) et de la qualité de la communication (attitude, adaptabilité, argumentation). Le classement se ferait suivant le total des points obtenus et la décision concernant leur demande d'admission serait transmise par le doyen de la faculté.
5. Le 15 janvier 2010, Mme S_ a derechef présenté son dossier d'admission au programme LME 2010/2011. Outre la lettre de motivation requise, les formulaires idoines concernant ses connaissances linguistiques étaient joints. Il en ressortait que son niveau en allemand, anglais et italien était moyen, et celui en français, très avancé, sa langue maternelle étant l'espagnol.
6. Par courrier du 8 février 2010, la présidente de la commission d'admission a informé Mme S_ que la liste des candidats retenus pour passer les entretiens serait affichée le 22 mars 2010.
7. L'entretien d'évaluation de Mme S_ a eu lieu le 30 mars 2010.
8. D'après la fiche d'évaluation de la candidate, établie le 17 mai 2010, cette dernière avait obtenu 22 points sur 35 pour son dossier et 15 points sur 25 à l'entretien, soit un total de 37 points sur 60.
Pour l'examen du dossier, le décompte des points était le suivant :
4 points sur 4 pour la maîtrise du français et la cohérence du dossier ;
3 points sur 6 pour les motifs de l'orientation (dont 1 point sur 4 pour l'argumentation relative au choix professionnel et l'intérêt pour les sciences de l'éducation) ;
4 points sur 10 pour les connaissances en langues étrangères ;
11 points sur 15 pour les expériences professionnelles, éducatives ou associatives (dont 0 point sur 2 pour les compétences attestées par un titre post-secondaire et 1 point sur 3 pour les compétences dans d'autres domaines institutionnalisés).
Concernant l'entretien, les points étaient répartis ainsi :
5 points sur 8 pour l'implication professionnelle (par rapport à la profession enseignante) ;
4 points sur 8 pour la défense du dossier ;
6 points sur 9 pour la qualité de communication.
9. Le 18 juin 2010, le doyen de la faculté a informé la candidate du refus de son admission au vu de son classement. Les critères de sélection étaient rappelés. Mme S_ pouvait poursuivre ses études en second cycle de bachelor.
10. Par pli recommandé du 21 juillet 2010, Mme S_ a formé opposition à la décision précitée auprès du doyen de la faculté. Elle demandait la production des procès-verbaux de l'entretien d'évaluation et des notes prises par les examinateurs à cette occasion.
Dans ce cadre, elle invoquait :
l’inaccessibilité du RE, applicable en l’espèce ;
une violation de l’interdiction de
numerus clausus
pour insuffisance de base légale formelle, la formulation de l'art. 134A al. 3 LIP ne respectant pas les exigences légales pour limiter à 100 le nombre de candidats admis en LME ;
une insuffisance de motivation de la décision, qui violait son droit d’être entendue ;
la non-soumission avant décision du préavis de la commission d’admission, qui violait son droit d’être entendue et son droit à la réplique ;
le changement des critères au cours de la procédure d'admission ;
une mauvaise évaluation du nombre de points qui lui avaient été octroyés. Elle aurait dû avoir 3 points sur 4 pour l'argumentation de son choix professionnel, au lieu d'un seul accordé, d'autant plus qu'elle en avait obtenu 2 pour ce même critère lors de sa première présentation. Ses connaissances en langues étrangères avaient également été sous-évaluées. Lors de sa première candidature, 4 points sur 6 lui avaient été attribués, alors qu'elle n'en avait que 4 sur 10 cette fois-ci. Ses compétences attestées par un titre post-obligatoire ne lui avaient pas valu de point, alors qu'un point lui avait été accordé la première fois. Les compétences « autres » étaient arbitrairement évaluées à 1 point, en dépit de la liste de ses divers engagements. En ces circonstances, elle devait être admise en LME.
11. Le doyen de la faculté a accusé réception de l'opposition le 26 juillet 2010.
12. Le 3 août 2010, Mme S_ a été invitée à se présenter devant la commission
ad hoc
le 7 septembre 2010.
13. Par courrier du 23 septembre 2010, le doyen a adressé copie du procès-verbal de l'entretien du 30 mars 2010 de Mme S_ au mandataire de cette dernière, lui impartissant un délai de trois semaines pour se déterminer. La commission d'opposition émettrait son préavis pour le collège des professeurs après avoir eu connaissance de ses observations.
14. Par pli recommandé du 19 octobre 2010 adressé au doyen, Mme S_ a remis en question la validité dudit procès-verbal. Un nouvel entretien devait être ordonné. Les observations indiquées ne permettaient pas de motiver l'appréciation des points, effectuée dans la fiche d'évaluation du 17 mai 2010.
15. Par décision sur opposition du 17 novembre 2010, le doyen a signifié à Mme S_ que son opposition, recevable, avait été rejetée. Le collège des professeurs avait décidé de maintenir son refus de l'admettre en LME.
Les entretiens de sélection avaient été effectués par deux personnes qui avaient apprécié de la même manière la prestation de Mme S_. Les éléments avancés par cette dernière avaient été pris en compte dans l'établissement du nombre de points pour son dossier. Un candidat pouvait être plus convaincant sur certaines questions et à un certain moment de l'entretien qu'à d'autres. La disparité dans l'attribution des points montrait que le procès-verbal avait été rédigé conformément aux notes prises par les jurés et selon le déroulement de l'entretien, plutôt que dans l'objectif d'établir un résumé
a posteriori
. La candidature de Mme S_ n'était pas jugée comme insuffisante en soi. Le nombre de points obtenus, supérieur à la moyenne, s'était avéré inférieur à celui des 100 meilleurs candidats admis à la formation. Etant donné que son entretien s'était déroulé selon les règles applicables et par souci d'égalité de traitement, un second lui était refusé.
16. Par acte du 20 décembre 2010, Mme S_ a interjeté recours auprès du Tribunal administratif, devenu dès le 1
er
janvier 2011 la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative).
17. Par arrêt du 1
er
février 2011 (
ATA/68/2011
dans la cause A/4321/2010), la chambre administrative a admis le recours de Mme S_ pour défaut de motivation. La cause était retournée à la faculté pour qu'elle statue à nouveau.
18. Le 17 février 2011, le doyen a donné à Mme S_ une copie du RE, à disposition des étudiants dans les locaux de la faculté. Elle avait un délai au 4 mars 2011 pour adresser ses éventuelles observations.
19. Dans le délai prolongé au 18 mars 2011, la candidate a persisté dans les termes de ses précédents écrits. Elle demandait copie de plusieurs documents en lien avec l'art. 27 RE.
20. Le 11 mai 2011, elle a prié le doyen de bien vouloir statuer dans les meilleurs délais.
21. Le 15 mai 2011, la présidente de la commission d'admission a apporté à la commission d'opposition plusieurs précisions au sujet de la notation du dossier de Mme S_.
Le même jour, la conseillère aux études a informé la commission d'opposition que l'art. 27 al. 8 RE était appliqué en cas de circonstances exceptionnelles pouvant avoir eu une influence sur l'échec du candidat à la procédure d'admission et ayant été dûment attestées dans les meilleurs délais.
22. Le 18 mai 2011, copies de ces courriers, ainsi que de l'arrêté du DIP du 10 juin 2002 fixant à 100 le nombre de places de stages par promotion, ont été transmises à Mme S_ par la présidente de la commission d'opposition.
Après vérification des points attribués, la commission d'admission avait décidé de lui accorder 1 point supplémentaire, portant ainsi son total à 38, lequel demeurait insuffisant au vu des 42 points requis pour être admis en LME. Un nouveau délai au 8 juin 2011 lui était accordé pour formuler ses commentaires.
23. A l'échéance de celui-ci, Mme S_ a sollicité la transmission de documents supplémentaires. Selon elle, le mode de fixation du nombre de places de stage par le DIP ne respectait pas l'art. 134A LIP. Elle maintenait ses conclusions.
24. Par courrier du 22 août 2011, elle a prié la commission d'opposition de bien vouloir statuer sur la suite de la procédure à bref délai.
25. La présidente de la commission d'opposition lui a répondu le 30 août 2011 que le collège des professeurs se réunissait le 15 septembre 2011.
26. Le 22 septembre 2011, le vice-doyen de la faculté a informé Mme S_ de la décision sur opposition du collège des professeurs de lui accorder une troisième tentative de participer à la procédure d'admission au programme LME 2011-2012.
27. Par acte du 24 octobre 2011, reçu le lendemain, Mme S_ a recouru auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : chambre administrative) contre la décision précitée, concluant à l'annulation et la réformation de celle-ci en ce sens qu'elle soit admise au deuxième cycle du baccalauréat en sciences de l'éducation orientation enseignement primaire (LME). Elle demandait subsidiairement la confirmation de la décision attaquée en tant qu'elle l'autorisait à se représenter une troisième fois, et préalablement, qu'une comparution personnelle des parties soit ordonnée, ainsi que la production du préavis de la commission d'opposition, et l'autorisation de compléter ses écritures ; le tout sous suite de frais et dépens.
Les dispositions du règlement transitoire de l’université (ci-après : RTU), devenu caduc le 17 novembre 2010, devaient être appliquées à son cas en tant qu'elles étaient plus favorables. Le collège des professeurs était incompétent pour rendre la décision attaquée, cette compétence appartenant au doyen selon l'art. 4 du règlement relatif à la procédure d’opposition au sein de l’Université de Genève du 16 mars 2009 (RIO-UNIGE), sur préavis du premier. Son droit d'être entendu avait été violé, car elle n'avait pas pu se prononcer sur le préavis de la commission d'opposition avant que le collège des professeurs ne rende la décision en question. Il l'avait également été sous l'angle de l'interdiction du déni de justice formel, la décision attaquée n'étant pas motivée sur l'ensemble des griefs formulés dans son opposition du 21 juillet 2010. La décision attaquée était sommaire, énonçant abstraitement des critères sans les appliquer à son cas. Son droit d'être entendu était encore violé de ce point de vue. L'art. 134A al. 3 LIP ne répondait pas aux exigences en matière d'instauration d'un
numerus clausus
. Pour le surplus, elle reprenait ses précédents arguments.
28. Dans ses observations du 30 novembre 2011, l'université a conclu au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée et du refus d'admission directe de la recourante en LME, faute d'un total de points suffisants.
Mme S_ avait obtenu son baccalauréat en septembre 2011, et était inscrite depuis le semestre d'automne 2011 en maîtrise. Le litige ne concernait que l'échec de la recourante à la procédure d'admission à la formation en enseignement primaire, étant précisé qu'elle avait déjà échoué une première fois en 2009 sans faire opposition. Le collège des professeurs était bien compétent pour rendre la décision attaquée en vertu de l'art. 27 al. 6 RE. Le contenu du préavis de la commission d'opposition avait été rapporté oralement au collège des professeurs comme cela était l'usage. Ce document préconisait l'octroi d'une troisième tentative à Mme S_ compte tenu de certaines faiblesses dans la procédure d'admission. Mme S_ n'avait pas été admise faute d'avoir obtenu le nombre minimum de points. Quant à ceux attribués, un point supplémentaire lui avait été accordé. Pour les connaissances en langues étrangères, les attestations fournies pour l'allemand ne correspondaient pas à un certificat de réussite à un examen officiel. Toutefois, un point supplémentaire lui était accordé à ce titre, « par gain de paix ». Son total était donc porté de 38 à 39. Concernant la pratique des langues étrangères, la recourante avait obtenu 2 points sur 4 au vu de son autoévaluation indiquant qu'elle possédait un niveau moyen, alors que les points étaient accordés aux candidats possédant un niveau avancé. Un point lui avait été accordé pour la pratique de l'espagnol et un autre pour son bilinguisme français-espagnol. Pour les compétences attestées par un titre post-secondaire, les diplômes de la recourante n'étaient pas équivalents à un tel niveau. Quant au critère « compétences autres : domaines institutionnalisés », seule l'attestation de l'association Contacto Latino le remplissait, une pratique régulière d'au moins deux ans étant requise. Les éléments non repris avaient été pris en compte par le collège des professeurs dans sa décision. Les vices de forme relevés dans la procédure d'admission n'avaient pas eu d'incidence sur l'évaluation même de la candidature de Mme S_.
29. Le 2 décembre 2011, un délai au 16 décembre 2011 a été accordé aux parties pour déposer des observations, faute de quoi la cause serait gardée à juger.
30. A l'échéance de celui-ci, Mme S_ a sollicité une audience de comparution personnelle des parties. Elle répliquerait ensuite.
31. Le juge délégué a tenu une audience de comparution personnelle des parties le 18 janvier 2012.
a. Mme S_ était présente, assistée de son conseil. Comme elle n'avait pas reçu de réponse positive pour le certificat demandé, elle avait achevé sa formation en baccalauréat en septembre 2011, puis elle avait effectué une maîtrise. Depuis la première présentation de son dossier, elle avait fait des remplacements dans une école spécialisée ainsi que dans l'enseignement primaire. Elle travaillait également à 70 % dans un centre médico-pédagogique depuis 2009, expérience qui renforçait sa motivation à vouloir devenir enseignante dans l'enseignement primaire. Elle n'avait pas parlé d'autre langue que le français lors de son entretien d'évaluation.
b. L'université était représentée par la conseillère aux études, le doyen de la faculté et le président de la commission d'admission.
aa. Selon le doyen de la faculté, la procédure standard avait été suivie depuis l'arrêt de la chambre de céans du 1
er
février 2011. La commission d'opposition, disposant d'un plein pouvoir de cognition, prenait ou reprenait les dossiers d'opposition et recevait les opposants. Elle transmettait son préavis au collège des professeurs, lequel statuait. Ensuite, le doyen transmettait la décision du collège aux personnes intéressées. Environ 250 candidats postulaient annuellement. Leur nombre avait dû être limité à 80, puis à 100 actuellement. Des oppositions étaient acceptées régulièrement, de sorte qu'il arrivait que le nombre d'étudiants admis dépasse 100. La décision du collège des professeurs d'autoriser une troisième présentation était exceptionnelle. Les éléments relatifs au
numerus clausus

## Considerations