# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 19b94fd0-e03a-4745-be81-1ab8d1dfda09
**Court:** CH_BSTG
**Chamber:** CH_BSTG_001
**Year:** 2014
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** 

## Facts

Faits:
A. Les autorités judiciaires de la Fédération de Russie ont adressé plusieurs
demandes d'entraide et compléments à la Suisse, datés du 1 er mars 2011,
12 juillet 2011, 20 octobre 2011, 20 janvier 2012 et 2 avril 2012. Ces
demandes et leurs compléments s'inscrivent dans le cadre de procédures
ouvertes en Russie et menées par ses services de lutte contre les crimes
envers l'autorité publique et dans le domaine de l'économie. Lesdits
services suspectent la commission de malversations par des fonctionnaires
en lien avec l'achat de matériel médical. La recourante, anciennement
basée à Genève, serait intervenue dans la livraison du matériel en question
(RR.2014.32, act. 1.1; RR.2014.35, act. 1.3; dossier du MP-GE, pièces
n os
10'003, 10'101, 11'002, 11'503, 12'002).
B. L'office fédéral de la justice (ci-après: OFJ) a délégué l'exécution des
demandes d'entraide du 1 er mars 2011 et 12 juillet 2011 au Ministère public
du canton de Genève (ci-après: MP-GE) les respectivement
12 octobre 2011 et 1 er septembre 2011. Le complément d'informations du
20 octobre 2011 de la demande d'entraide du 12 juillet 2011 a été transmis
au MP-GE le 30 novembre 2011 (in dossier du MP-GE, pièce n° 11'621).
L'exécution des demandes d'entraide du 20 janvier 2012 et 2 avril 2012,
dans un premier temps déléguée au Ministère public de la Confédération, a
été reprise par le MP-GE le 17 juin 2013 (dossier du MP-GE, pièce
n° 11'682).
C. Par décision du 15 mars 2013, le MP-GE est entré en matière sur les
demandes d'entraide susmentionnées (RR.2014.32, act. 1.2 et
RR.2014.35, act. 1.3).
D. Le 19 décembre 2013, le MP-GE a requis l'édition des documents
bancaires du compte n° 1 ouvert auprès de la banque B. et des comptes
n os
2 et 3 ouverts auprès de la banque C., tous trois au nom de A. SA
(dossier du MP-GE, pièces n os
30'400 et 30'500).
E. Par décisions de clôture partielle du 2 janvier 2014 (RR.2014.32, act. 1.0)
et du 14 janvier 2014 (RR.2014.35, act. 1.2), le MP-GE a ordonné la remise
à l'autorité requérante des documents bancaires recueillis.
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F. Les 5 et 11 février 2014, A. SA a interjeté recours, concluant en substance
à l'annulation des décisions précitées et à ce que la documentation
bancaire ne soit pas transmise à l'Etat requérant.
G. Par réponses du 10 mars 2014, l'OFJ a conclu au rejet des recours
(RR.2014.32 et RR.2014.35, act. 8). Egalement invité à répondre, le MP-
GE, le 17 mars 2014, a lui aussi conclu au rejet des recours (RR.2014.32
et RR.2014.35, act. 9).
H. Par courrier du 9 mai 2014, la recourante a requis la suspension des
procédures RR.2014.32 et RR.2014.35 (RR.2014.32 et RR.2014.35,
act. 11; RP.2014.49 et RP.2014.50, act. 1).
I. Le 14 mai 2014, le MP-GE a conclu au rejet de la requête précitée
(RP.2014.49 et RP.2014.50, act. 4). Par observations datées du
14 mai 2014, l'OFJ a persisté dans ses conclusions du 10 mars 2014 et a
conclu au rejet de la requête en suspension de procédure (RP.2014.49 et
RP.2014.50, act. 5).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

## Considerations

La Cour considère en droit:
1. L’entraide judiciaire entre la Confédération suisse et la Fédération de
Russie est régie en premier lieu par la Convention européenne d’entraide
judiciaire en matière pénale (CEEJ; 0.351.1). Peut également s'appliquer
en l'occurrence la Convention n° 141 du Conseil de l’Europe relative au
blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du
crime (CBl; RS 0.311.53), entrée en vigueur le 1 er
septembre 1993 pour la
Suisse et le 1 er
décembre 2001 pour la Russie. Les dispositions de ces
traités l’emportent sur le droit interne régissant la matière, soit l’EIMP et
son ordonnance d’exécution (OEIMP; RS 351.11). Le droit interne reste
toutefois applicable aux questions non réglées, explicitement ou
implicitement, par le traité et lorsqu’il est plus favorable à l’entraide
(ATF 137 IV 33 consid. 2.2.2; 136 IV 82 consid. 3.1; arrêt du Tribunal pénal
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fédéral RR.2010.9 du 15 avril 2010, consid. 1.3). L’application de la norme
la plus favorable doit avoir lieu dans le respect des droits fondamentaux
(ATF 135 IV 212 consid. 2.3; 123 II 595 consid. 7c).
1.1 La Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est compétente pour
connaître des recours dirigés contre les décisions de clôture de la
procédure d’entraide rendues par les autorités cantonales ou fédérales
d’exécution et, conjointement, contre les décisions incidentes (art. 25 al. 1
et 80e al. 1 EIMP, mis en relation avec l'art. 37 al. 2 let. a ch. 1 de la loi
fédérale sur l'organisation des autorités pénales de la Confédération
[LOAP; RS 173.71] et l'art. 19 du règlement sur l'organisation du Tribunal
pénal fédéral [ROTPF; RS 173.713.161]).
1.2 Formés dans les trente jours à compter de la notification des décisions
attaquées, les recours ont été déposés en temps utile (art. 80k EIMP).
1.3 Aux termes de l’art. 80h let. b EIMP, a qualité pour recourir en matière
d’entraide quiconque est personnellement et directement touché par une
mesure d’entraide et a un intérêt digne de protection à ce qu’elle soit
annulée ou modifiée. Précisant cette disposition, l’art. 9a let. a OEIMP
reconnaît au titulaire d’un compte bancaire la qualité pour recourir contre la
remise à l’Etat requérant d’informations relatives à ce compte (v. ATF
137 IV 134 consid. 5.2.1 et 118 Ib 547 consid. 1d).
1.4 En l'espèce, la recourante est titulaire du compte n° 1 ouvert auprès de la
banque B. et des comptes n os
2 et 3 ouverts auprès de la banque C.
(dossier du MP-GE, pièces n os
31'002, 32'000, 32'017 et 32'030). A. SA a
ainsi la qualité pour recourir contre la transmission des informations
relatives à ses comptes.
1.5 Les recours sont recevables, il y a lieu d'entrer en matière.
2. L’économie de procédure peut commander à l’autorité saisie de plusieurs
requêtes individuelles de les joindre ou, inversement, à l’autorité saisie
d’une requête commune par plusieurs administrés (consorts) ou, saisie de
prétentions étrangères entre elles par un même administré, de les diviser;
le droit de procédure régit les conditions d’admission de la jonction et de la
disjonction des causes (BOVAY, Procédure administrative, Berne 2000,
p. 173). Bien qu’elle ne soit pas prévue par la loi fédérale sur la procédure
administrative (PA; RS 172.021), applicable à la présente cause par renvoi
des art. 12 al. 1 EIMP et 39 al. 2 let. c LOAP, l’institution de la jonction des
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causes est néanmoins admise en pratique (v. arrêts du Tribunal pénal
fédéral RR.2008.190 du 26 février 2009, consid. 1; RR.2008.216 +
RR.2008.225-230 du 20 novembre 2008, consid. 1.2; MOSER/
BEUSCH/KNEUBÜHLER, Prozessieren vor dem Bundesverwaltungsgericht,
Bâle 2008, § 3.17, p. 115).
2.1 Les recours RR.2014.32 et RR.2014.35 émanent du même conseil
juridique et de la même recourante et sont formés contre des décisions
rendues dans la même procédure. Ils soulèvent des griefs identiques. Il se
justifie partant de les joindre et de statuer par un seul arrêt (ATF 127 V 29
consid. 1, 156 consid. 1; 123 II 16 consid. 1; arrêts du Tribunal pénal
fédéral RR.2012.181-184 du 12 février 2013, consid. 1 et RR.2008.190-
207/ RR.2008.249 du 26 février 2009, consid. 1).
3. La recourante se prévaut d'une violation du principe de la double
incrimination. Elle fait valoir que les autorités russes ont ouvert une
procédure pour fraude et escroquerie au sens de l'art. 159 du Code pénal
russe alors que le MP-GE a qualifié les faits de la demande d'entraide de
gestion déloyale des intérêts publics, voire de corruption active et passive
d'agents publics (RR.2014.32 et RR.2014.35, act. 1, p. 8-9).
3.1 La remise de documents est une mesure de contrainte au sens de l’art. 63
al. 2 let. c EIMP, qui ne peut être ordonnée, selon l’art. 64 al. 1 EIMP mis
en relation avec la réserve faite par la Suisse à l’art. 5 ch. 1 let. a CEEJ,
que si l’état de fait exposé dans la demande correspond, prima facie, aux
éléments objectifs d’une infraction réprimée par le droit suisse. L’examen
de la punissabilité selon le droit suisse comprend, par analogie avec
l’art. 35 al. 2 EIMP applicable en matière d’extradition, les éléments
constitutifs objectifs de l’infraction, à l’exclusion des conditions particulières
du droit suisse en matière de culpabilité et de répression (ATF 124 II 184
consid. 4b; 122 II 422 consid. 2a; 118 Ib 448 consid. 3a et les arrêts cités).
Il n’est ainsi pas nécessaire que les faits incriminés revêtent, dans les deux
législations concernées, la même qualification juridique, qu’ils soient
soumis aux mêmes conditions de punissabilité ou passibles de peines
équivalentes; il suffit qu’ils soient réprimés, dans les deux Etats, comme
des délits donnant lieu ordinairement à la coopération internationale
(ATF 124 II 184 consid. 4b/cc; 117 Ib 337 consid. 4a; 112 Ib 225 consid. 3c
et la jurisprudence citée).
3.2 En l'espèce, il ressort des commissions rogatoires que les autorités russes
soupçonnent des fonctionnaires de l'Oblast de Vladimir, de la République
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de Sakha, de la République d'Oudmourtie et de la Région d'Altaï, d'avoir
conclu des contrats d'acquisition d'équipement médical, notamment des
scanners, sans justification commerciale apparente et vraisemblablement à
des prix surfaits (dossier du MP-GE, pièces n os
10'003, 10'101, 11'002,
12'002). Les différentes procédures russes et demandes d'entraide y
relatives s'inscrivent dans le même contexte factuel, notamment dans la
mesure où la recourante est chaque fois intervenue dans la livraison du
matériel médical en question. Le MP-GE a mentionné dans sa décision
d'entrée en matière qu'en droit russe, les faits incriminés par les autorités
russes relèvent de la fraude et de l'escroquerie (art. 159 CP russe;
RR.2014.32, act. 1.1 et RR.2014.35, act. 1.3, p. 2). Il sied toutefois de
relever que la procédure de l'Etat requérant n° 355525 de la demande
d'entraide du 1 er mars 2011 a été ouverte du chef de négligence, à savoir
en substance l'inexécution ou la mauvaise exécution par un fonctionnaire
de ses devoirs au préjudice des intérêts publics (art. 293 du CP russe;
dossier du MP-GE, pièces n os
10'108 et 10'307). La procédure n° 01/424 de
la demande d'entraide du 20 janvier 2012 a également été ouverte pour
négligence ainsi que pour fraude (art. 159 al. 4 CP russe). Quant à la
procédure n° 146'059 de la demande d'entraide du 2 avril 2012, elle vise
aussi l'infraction russe de fraude. S'agissant finalement de la procédure
n° 34'006 de la demande d'entraide du 12 juillet et de son complément du
20 octobre 2011, la procédure a été ouverte des chefs d'abus de confiance
ou de détournement de fonds (art. 160 CP russe).
3.3 Les faits exposés dans les commissions rogatoires de l'Etat requérant
réalisent à première vue, s'ils étaient transposés en droit suisse, les
conditions objectives de gestion déloyale des intérêts publics (art. 314 CP),
voire de corruption active et passive d'agents publics (art. 322 ter
ss CP).
3.4 Il s’ensuit que la condition de la double incrimination est remplie en
l’espèce et que le contenu des demandes russes satisfont aux exigences
de l’art. 14 CEEJ. Le grief est par conséquent infondé. Il n’est au surplus
pas nécessaire de vérifier si l’exposé des faits de la demande réalise
également les éléments constitutifs d’autres infractions pénales selon le
droit suisse. En effet, à l’inverse de ce qui prévaut en matière d’extradition,
la réunion des éléments constitutifs d’une seule infraction suffit pour l’octroi
de l’entraide régie par la CEEJ (ATF 125 II 569 consid. 6; arrêt du Tribunal
fédéral 1C_138/2007 du 17 juillet 2007, consid. 2.3.2).
4. La recourante remet en cause la proportionnalité des décisions attaquées.
Elle allègue que les faits tels que décrits par l'Etat requérant ne permettent
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pas de retenir que les comptes de la recourante auraient été utilisés dans
un contexte pénalement relevant (RR.2014.32, act. 1, p. 10, n° 40;
RR.2014.35, act. 1, p. 10, n° 39). En outre, la recourante a requis le
9 mai 2014 la suspension des procédures RR.2014.32 et RR.2014.35
(RR.2014.32 et RR.2014.35, act. 11; RP.2014.49 et RP.2014.50, act. 1).
Elle se prévaut à cet égard que le dénommé D., seul ayant droit
économique de A. SA, n'est ni suspect ni inculpé en Russie et que le droit
russe ne permet pas la poursuite d'une personne morale. Dès lors, la
procédure d'entraide n'aurait plus, selon la recourante, de raison d'être. Elle
a invité l'OFJ à obtenir confirmation de cet élément auprès de l'Etat
requérant et la Cour de céans à suspendre les présentes procédures
jusqu'à ce que cet office ait procédé aux vérifications qui s'imposent
(RR.2014.32 et RR.2014.35, act. 11, 11.1, 11.2; RP.2014.49 et
RP.2014.50, act. 1 et 1.1).
4.1 La recourante perd de vue que l'octroi de l'entraide n'implique pas que la
personne soumise à une mesure de contrainte dans l'Etat requis soit elle-
même accusée dans l'Etat requérant. L'entraide judiciaire que se prêtent
les deux Etats a précisément pour but d'apporter les éléments de preuve, à
charge et à décharge, permettant d'éclaircir le déroulement des faits. La
recourante, qui raisonne comme si l'on se trouvait au stade du jugement ou
de la confiscation, se trompe de perspective. Dès lors, l'argument selon
lequel les autorités russes et d'exécution n'ont pas prouvé l'implication de la
recourante dans l'affaire sous enquête n'est pas pertinent. Dans le domaine
de l'entraide judiciaire, les mesures de contrainte ne sont pas réservées
aux seules personnes poursuivies dans la procédure étrangère, mais à
toutes celles qui détiendraient des informations, des pièces, des objets ou
des valeurs ayant un lien objectif avec les faits sous enquête dans l'Etat
requérant. De même, il appartient au juge de fond, mais non à celui de
l'entraide, de déterminer le rôle exact joué par la recourante (arrêt du
Tribunal fédéral 1A.70/2002 du 3 mai 2002, consid. 4.3).
4.2 Quoiqu’il en soit, il n’y a aucunement lieu à surseoir à la procédure. En
l’absence d’une disposition spécifique sur la suspension de la procédure
prévue par l’EIMP ou la PA (v. néanmoins SEETHALER/BOCHSLER, in
Waldmann/Weissenberger [édit.], VwVG, Praxiskommentar zum
Bundesgesetz über das Verwaltungsverfahren, n° 61 ad art. 52 PA), la
procédure est régie par le CPP (art. 54 CPP). Selon l’art. 314 al. 1 let b
CPP, une procédure peut être suspendue lorsque l’issue de la procédure
pénale dépend d’un autre procès dont il paraît indiqué d’attendre la fin. En
matière d’entraide toutefois, dans la mesure où la demande d'entraide n'a
pas été retirée par l'autorité compétente, il y a lieu d'en achever l'exécution
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(arrêts du Tribunal fédéral 1C_284/2011 du 18 juillet 2011 consid. 1;
1C_357/2010 du 28 septembre 2010 consid. 1.2; 1C_559/2009 du
11 février 2010 consid. 1; 1A.218/2003 du 17 décembre 2003, consid. 3.5).
Il en va de l’exigence de célérité ancrée à l’art. 17a EIMP (arrêt du Tribunal
pénal fédéral RR.2011.144-148 du 26 janvier 2012, consid. 4.3).
4.3 Selon le principe de la proportionnalité, la question de savoir si les
renseignements demandés sont nécessaires ou simplement utiles à la
procédure pénale est en principe laissée à l’appréciation des autorités de
poursuite de l’Etat requérant. L’Etat requis ne disposant généralement pas
des moyens qui lui permettraient de se prononcer sur l’opportunité de
l’administration des preuves acquises au cours de l’instruction étrangère, il
ne saurait substituer sur ce point sa propre appréciation à celle des
magistrats chargés de l’instruction. La coopération ne peut dès lors être
refusée que si les actes requis sont manifestement sans rapport avec
l’infraction poursuivie et impropres à faire progresser l’enquête, de sorte
que la demande apparaît comme le prétexte à une recherche indéterminée
de moyens de preuve (ATF 122 II 367 consid. 2c; arrêt du Tribunal pénal
fédéral RR.2009.33-36 du 25 juin 2009, consid. 3.1). Le principe de la
proportionnalité interdit en outre à l’autorité suisse d’aller au-delà des
requêtes qui lui sont adressées et d’accorder à l’Etat requérant plus qu’il
n’a demandé. Cela n’empêche pas d’interpréter la demande selon le sens
que l’on peut raisonnablement lui donner. Le cas échéant, une
interprétation large est admissible s’il est établi que toutes les conditions à
l’octroi de l’entraide sont remplies; ce mode de procéder permet aussi
d’éviter d’éventuelles demandes complémentaires (ATF 121 II 241
consid. 3a; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2009.286-287 du
10 février 2010, consid. 4.1).
4.4 S'agissant de demandes relatives à des informations bancaires, il convient
en principe de transmettre tous les documents qui peuvent faire référence
au soupçon exposé dans la demande d'entraide; il doit exister un lien de
connexité suffisant entre l'état de fait faisant l'objet de l'enquête pénale
menée par les autorités de l'Etat requérant et les documents visés par la
remise (ATF 129 II 462 consid. 5.3; arrêts du Tribunal fédéral 1A.189/2006
du 7 février 2007, consid. 3.1; 1A.72/2006 du 13 juillet 2006, consid. 3.1).
Les autorités suisses sont tenues, au sens de la procédure d'entraide,
d'assister les autorités étrangères dans la recherche de la vérité en
exécutant toute mesure présentant un rapport suffisant avec l'enquête
pénale à l'étranger. Lorsque la demande vise, comme en l'espèce, à
éclaircir le cheminement de fonds ayant potentiellement servi à des actes
de corruption, il convient d'informer l'Etat requérant de toutes les
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transactions opérées au nom des sociétés et par le biais des comptes
impliqués dans l'affaire (v. ATF 121 II 241 consid. 3). L'utilité de la
documentation bancaire découle du fait que l'autorité requérante peut
vouloir vérifier que les agissements qu'elle connaît déjà n'ont pas été
précédés ou suivis d'autres actes du même genre (v. arrêts du Tribunal
fédéral 1A.259/2006 du 26 janvier 2007, consid. 2.2; 1A.75/2006 du
20 juin 2006, consid. 3.2; 1A.79/2005 du 27 avril 2005, consid. 4.2;
1A.59/2005 du 26 avril 2005, consid. 6.2). Cela justifie la production de
l'ensemble de la documentation bancaire, sur une période relativement
étendue (v. arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2009.142-147 du
5 août 2009, consid. 2.3 et RR.2008.287 du 9 avril 2009, consid. 2.2.4).
Dans un tel cas, il se justifie en principe de transmettre les pièces, à moins
qu'il ne soit établi, d'emblée et de manière indiscutable, que certaines ne
présentent aucun lien, de quelque sorte que ce soit, avec les faits décrits
dans la demande (v. arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2008.8 du
23 juillet 2008, consid. 3.2; RR.2007.180-181 du 8 mai 2008, consid. 4.3).
4.5 L'autorité requérante dispose ainsi d’un intérêt à être informée de toute
transaction susceptible de s’inscrire dans le mécanisme frauduleux mis en
place par les personnes sous enquête en Russie.
4.6 Certes, il se peut également que les comptes litigieux n’aient pas servi à
commettre des infractions pénales ou à opérer des virements illicites.
L’autorité requérante n’en dispose pas moins d’un intérêt à pouvoir le
vérifier elle-même, sur le vu d’une documentation complète, étant rappelé
que l’entraide vise non seulement à recueillir des preuves à charge, mais
également à décharge (v. supra consid. 4.1; ATF 118 Ib 547 consid. 3a
p. 552; arrêt du Tribunal fédéral 1A.88/2006 du 22 juin 2006, consid. 5.3;
arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2012.181-184 du 12 février 2013,
consid. 5.1; RR.2008.287 du 9 avril 2009, consid. 2.2.4 et la jurisprudence
citée; RR.2007.29 du 30 mai 2007, consid 4.2). Selon la jurisprudence, le
principe de l’utilité potentielle joue un rôle crucial dans l’application du
principe de la proportionnalité en matière d’entraide pénale internationale.
C’est le propre de l’entraide de favoriser la découverte de faits,
d’informations et de moyens de preuve, y compris ceux dont l’autorité de
poursuite étrangère ne soupçonne pas l’existence. Il ne s’agit pas
seulement d’aider l’Etat requérant à prouver des faits révélés par l’enquête
qu’il conduit, mais d’en dévoiler d’autres, s’ils existent. Il en découle, pour
l’autorité d’exécution, un devoir d’exhaustivité, qui justifie de communiquer
tous les éléments qu’elle a réunis, propres à servir l’enquête étrangère, afin
d’éclairer dans tous ses aspects les rouages du mécanisme délictueux
poursuivi dans l’Etat requérant (arrêts du Tribunal pénal fédéral
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RR.2010.173 du 13 octobre 2010, consid. 4.2.4/a et RR.2009.320 du
2 février 2010, consid. 4.1; ZIMMERMANN, La coopération judiciaire
internationale en matière pénale, 3 e éd., Berne 2009, n° 722).
4.7 Comme déjà précité (v. supra consid. 3.2), l'Etat requérant enquête sur des
éventuelles malversations de fonctionnaires russes dans le cadre de la
conclusion d'importants contrats pour du matériel médical, essentiellement
des scanners, à des prix apparemment surfaits et sans justification
commerciale. Les appels d'offres initiaux en lien avec ledit matériel datent
de fin 2009. Le préjudice estimé aux dépens du budget de l'Etat est de plus
de 13 millions de roubles (in RR.2014.32 act. 1.1, p. 1 et RR.2014.35,
act. 1.3, p. 1; dossier du MP-GE, pièces n os
10'005, 10'103, 11'005-11'006,
12'004, 13'010). Dans ce contexte, l'Etat requérant a identifié lors de son
enquête les trois relations bancaires de la recourante auprès des banques
B. et C. Il sollicite ainsi la transmission de la documentation y relatives du
1 er mars 2009 au 30 juin 2010, dates correspondant à la période durant
laquelle les opérations commerciales irrégulières impliquant la recourante
auraient eu lieu (dossier du MP-GE, pièces n os
11'010 et 11'012). Dans ces
conditions, force est de reconnaître qu'il existe un rapport objectif,
respectivement un « lien de connexité » suffisant entre les informations que
l'autorité d'exécution entend transmettre à la Russie et l'enquête qui y est
diligentée. L'autorité requérante a ainsi intérêt à pouvoir prendre
connaissance de la documentation requise afin d'être informée de toute
transaction susceptible de s'inscrire dans le mécanisme mis en place par
les prévenus sous enquête dans le pays requérant. Ces informations sont
sans conteste utiles à sa procédure et lui permettront d'instruire à charge
comme à décharge, ce qui est conforme à la jurisprudence (arrêt du
Tribunal pénal fédéral RR.2008.287 du 9 avril 2009, consid. 2.2.4 et la
jurisprudence citée).
4.8 Vu l'ensemble de ces éléments, le grief tiré d'une prétendue violation du
principe de la proportionnalité se révèle, lui aussi, mal fondé.
5. Il découle des considérants qui précèdent que les recours doivent être
rejetés.
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En règle générale, les frais de procédure, comprenant l’émolument
d’arrêté, les émoluments de chancellerie et les débours, sont mis à la
charge de la partie qui succombe (art. 63 al. 1 PA, applicable par renvoi de
l’art. 39 al. 2 let. b LOAP). Le montant de l’émolument est calculé en
fonction de l’ampleur et de la difficulté de la cause, de la façon de procéder
des parties, de leur situation financière et des frais de chancellerie (art. 73
al. 2 LOAP). La recourante qui succombe supportera les frais du présent
arrêt, réduits du fait de la jonction des causes et fixés à CHF 4'000.--
(art. 73 al. 2 LOAP et art. 8 al. 3 du règlement du Tribunal pénal fédéral sur
les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure pénale
fédérale du 31 août 2010 [RFPPF; RS 173.713.162] et art. 63 al. 5 PA). La
recourante ayant versé un total de CHF 8'000.-- à titre d'avance de frais,
l'émolument du présent arrêt est couvert par celle-ci et la caisse du
Tribunal pénal fédéral lui restituera le solde de CHF 4'000.--.
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