# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** f598433f-88b5-41da-ba6d-0645a469cc1d
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2007
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
A._, ressortissante dominicaine, née le 12 août 1967, a déposé le 6 septembre 1996 une demande d’entrée auprès de l’Ambassade de Suisse à Saint-Domingue, afin d’étudier le français à l’Ecole de français moderne (ci-après : l’EFM), auprès de la Faculté des lettres de l’Université de Lausanne. Après avoir obtenu son visa d’entrée, l’intéressée est arrivée en Suisse le 26 octobre 1996. Le Service de la population (ci-après : le SPOP) lui a alors délivré une autorisation de séjour pour études qui, régulièrement prolongée, lui a permis de fréquenter dans un premier temps l’EFM, puis de changer d’orientation et de s’inscrire en octobre 1998 à la faculté HEC. Après avoir connu un échec définitif en octobre 2000 dans cette faculté, A._ s’est à nouveau inscrite auprès de l’EFM, pour obtenir finalement un diplôme de langue et culture françaises en octobre 2002. L’intéressée a travaillé en qualité de professeur d’espagnol en parallèle à ses études depuis avril 2001 auprès de la société X._ SàRL, à 1********. Le 31 octobre 2003, l’Office cantonal de la main-d’œuvre et du placement a rejeté la demande d’activité lucrative en qualité de formateur d’espagnol déposée le 26 septembre 2003 en faveur de A._.
B.
A la suite d’une demande de renseignements du SPOP sur la situation actuelle de ses études, A._ a indiqué le 24 novembre 2003 qu’après avoir terminé ses études de français auprès de l’EFM, elle continuait sa formation auprès de la Faculté des lettres de l’Université de Lausanne. Elle a encore précisé qu’à la fin de l’année universitaire 2003/2004, elle se présenterait déjà aux examens pour obtenir une demi-licence en espagnol.
C.
Le 23 décembre 2003, le SPOP a refusé de prolonger l’autorisation de séjour pour études de A._ ; sa sortie de Suisse au terme de ses études ne serait plus garantie et le but initial de son séjour serait atteint.
D.
a) A._ a recouru le 31 janvier 2004 auprès du Tribunal administratif en concluant à l’annulation de la décision du SPOP ainsi qu’à l’octroi d’un permis humanitaire selon l’art. 13 let. f OLE ; son frère et sa sœur vivaient dans le canton de Vaud, de sorte que c’est en Suisse qu’elle avait ses attaches. Il lui serait impossible de vivre ailleurs que dans ce pays. Pour le surplus, elle désirait terminer ses études à la Faculté des lettres pour pouvoir ensuite enseigner l’espagnol. Le SPOP a indiqué à l’intéressée le 11 mars 2004 qu’il était disposé à lui accorder une autorisation de séjour au sens de l’art. 13 let. f OLE et qu’il transmettait dès lors son dossier à l’IMES (actuellement Office fédéral des migrations : ODM) pour décision. Le 12 mars 2004, le Tribunal administratif a suspendu l’instruction de la cause jusqu’à droit connu sur la décision des autorités fédérales concernant la demande de permis humanitaire.
b) Le 23 mars 2004, l’IMES a rendu une décision de refus d’exception aux mesures de limitation ; les circonstances ne permettraient pas de considérer qu’il s’agirait d’un cas de rigueur revêtant un caractère de gravité exceptionnelle. A._ a recouru contre cette décision le 10 avril 2004 auprès du Département fédéral de justice et police (ci-après : le DFJP). Le 2 septembre 2005, le DFJP a rejeté le recours. Par arrêt du 14 octobre 2005, le Tribunal fédéral a rejeté le recours déposé par l’intéressée contre cette décision.
E.
Au vu du refus confirmé du permis humanitaire par les autorités fédérales, l’instruction de la cause auprès du Tribunal administratif a été reprise. Le recours déposé par A._ a été rejeté par arrêt du 31 octobre 2006 (PE.2004.0040). Le tribunal a en substance considéré que la sortie de Suisse de l’intéressée n’était pas assurée, vu sa volonté clairement affichée de demeurer dans ce pays et qu’au demeurant, le but de son séjour était atteint par l’obtention du diplôme de l’EFM en octobre 2002.
F.
Le 28 novembre 2006, la société X._ SàRL a déposé une demande de main-d’œuvre auprès de l’Office cantonal de la main-d’œuvre et du placement (ci-après : l’OCMP) en faveur de son employée A._, en qualité de formatrice d’espagnol. Cette dernière a indiqué que son contrat de travail de 2001 était toujours en vigueur. La demande a été rejetée par l’OCMP par décision du 6 décembre 2006 ; l’intéressée n’était pas ressortissante d’un pays membre de l’UE ou de l’AELE, et aucune démarche pour recruter un tel ressortissant ou une main-d’œuvre indigène n’avait été effectuée. En outre, une exception ne pourrait être accordée, ne s’agissant pas de personnel hautement qualifié ayant une large expérience professionnelle.
G.
A._ a recouru auprès du Tribunal administratif contre cette décision le 26 décembre 2006 en concluant à son annulation ainsi qu’à l’admission de la demande de main-d’œuvre ; son employeur aurait entrepris maintes démarches avant de la recruter et elle serait considérée comme une employée indispensable à la survie de l’entreprise, car les horaires de travail étaient souvent pendant la pause de midi. Pour le surplus, elle expose ses compétences professionnelles qui seraient de grande qualité. L’OCMP s’est déterminé sur le recours le 28 mars 2007 en concluant à son rejet. L’intéressée a encore déposé un mémoire complémentaire le 27 mai 2007 accompagné de divers documents, dont un certificat de travail intermédiaire élogieux, et des courriers de deux élèves vantant ses qualités humaines et professionnelles.

## Considerations

Considérant en droit
1.
a) La loi fédérale sur le séjour et l’établissement des étrangers du 26 mars 1931 (ci-après : LSEE) prévoit que tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s’il est au bénéfice d’une autorisation de séjour ou d’établissement, ou encore si la loi prévoit qu’il n’y a pas besoin d’une telle autorisation (art. 1a LSEE). L’étranger est tenu de déclarer son arrivée en Suisse dans les trois mois à la police des étrangers de son lieu de résidence pour le règlement de ses conditions de résidence. Les étrangers entrés dans l’intention de prendre domicile ou d’exercer une activité lucrative doivent faire une déclaration dans les huit jours et dans tous les cas avant la prise d’emploi (art. 2 al. 1 LSEE). L’art. 16 LSEE précise que lorsqu’elle statue sur une demande d'autorisation de séjour, l’autorité doit tenir compte des intérêts moraux et économiques du pays ainsi que du degré de surpopulation étrangère (art. 16 al. 1 LSEE). Elle statue librement dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l’étranger (art. 4 LSEE).
b) L’art. 25 al. 1 LSEE attribue au Conseil fédéral la compétence d’exercer la haute surveillance pour assurer l'application des prescriptions fédérales relatives à la police des étrangers. Il a ainsi adopté l’ordonnance limitant le nombre des étrangers du 6 octobre 1986 (ci-après : OLE ou l’ordonnance). L'ordonnance a pour but d’assurer un rapport équilibré entre l’effectif de la population suisse et celui de la population étrangère résidante (let. a), de créer des conditions favorables à l’intégration des travailleurs et résidants étrangers (let. b) et d’améliorer la structure du marché du travail en assurant un équilibre optimal en matière d’emploi (let. c).
Selon l’art. 7 OLE, les autorisations pour l’exercice d’une première activité, pour un changement de place ou de profession et pour une prolongation de séjour ne peuvent être accordées que si l’employeur ne trouve pas un travailleur indigène capable d’occuper le poste aux conditions de travail et de rémunération usuelles de la branche et du lieu (al. 1). Les suisses et les étrangers titulaires d’un permis d’établissement font partie des travailleurs indigènes (al. 2). Lorsqu’il s’agit de l’exercice d’une première activité, la priorité est donnée aux travailleurs indigènes et aux demandeurs d’emploi étrangers se trouvant déjà en Suisse et autorisés à travailler (al. 3). En vertu de l'art. 8 al. 1 OLE, les ressortissants des Etats membres de l’AELE et de l’UE bénéficient également du principe de la priorité. L'admission de ressortissants des Etats tiers n'est admise que lorsqu'il est prouvé qu'aucun travailleur indigène ou ressortissant de l'UE ou de l'AELE ne peut être recruté pour un travail en Suisse. Dans une telle hypothèse, l'art. 7 al. 4 OLE dispose que l'employeur est tenu, sur demande, de prouver qu'il a fait tous les efforts possibles pour trouver un travailleur sur le marché indigène et au sein de l'UE/AELE (annonces dans les quotidiens et la presse spécialisée et recours aux agences privées de placement), qu'il a signalé la vacance du poste en question à l'office de l'emploi compétent, que celui-ci n'a pas pu trouver un candidat dans un délai raisonnable et qu'enfin pour le poste en question, il ne peut pas former ou faire former dans un délai raisonnable un travailleur disponible sur le marché du travail. Dans sa jurisprudence constante, le Tribunal administratif a considéré qu'il fallait se montrer strict quant à l'exigence des recherches faites sur le marché du travail de manière à respecter le principe de priorité (cf. notamment arrêts TA PE 1996/0431 du 10 juillet 1997, PE 1997/0667 du 3 mars 1998, PE 1999/0004 du 1er juillet 1999, PE 2000/0180 du 28 août 2002, PE 2001/0364 du 6 novembre 2001 et PE 2002/0330 du 10 septembre 2002). Les autorités cantonales peuvent cependant admettre des exceptions à la règle de priorité dans le recrutement pour du personnel qualifié et si des motifs particuliers justifient une exception (art. 8 al. 3 let. a OLE).
c) En l’espèce, la recourante travaille pour le même employeur depuis avril 2001. Elle soutient à cet égard qu’il serait disproportionné d’exiger de la part de ce dernier de recruter quelqu’un d’autre, au vu de sa longue expérience à son service. Toutefois, d’une part, la recourante n’a jamais été autorisée à travailler pour cet employeur, et d’autre part, ça ne change rien au fait qu’aucune démarche de recherche d’un travailleur indigène ou ressortissant d’un Etat membre de l’UE/AELE capable et désireux d’occuper le poste en question n’a été prouvée. Il semble au contraire qu’il aurait été aisé de recruter une telle personne, au vu en particulier de la langue enseignée. La rigueur dont il convient de faire preuve dans l'interprétation du principe de la priorité des demandeurs d'emploi indigènes ou ressortissants des Etats membres de l’UE/AELE ne permet donc pas de s'écarter de la décision négative de l’OCMP.
En outre, aucun motif ne justifie d’admettre une exception à l’art. 8 al. 1 OLE. En effet, selon la jurisprudence du Tribunal administratif, il faut entendre par personnel qualifié des travailleurs au bénéfice d'une formation ou de connaissances spécifiques telles qu'il soit impossible, voire à tout le moins très difficile, de les recruter dans un pays membre de l'UE ou de l'AELE (cf. notamment arrêt TA PE 2004.0378 du 22 octobre 2004). Là encore, sans nier les compétences vraisemblablement très appréciables de la recourante, on ne saurait admettre que la personne recherchée pour un tel poste ne puisse être trouvée parmi les ressortissants indigènes ou de l’UE. La recourante dispose certes d’une longue expérience auprès de cet employeur, mais les motifs de convenance personnelle imputables à ce dernier ne sauraient justifier une exception.
2.
Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision attaquée maintenue. Au vu de ce résultat, les frais de justice sont mis à la charge de la recourante, qui n’a pas droit à des dépens (art. 55 LJPA).