# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 2f9e8996-7e94-5cc7-901b-80aae4c19f28
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT : 3
A. Cadre des débats
. 3
B. Faits pertinents résultant du dossier soumis à la Cour
....................................................... [7]
1. Contexte
. [7]
2. Opération AE_
. 9
3. Enquêtes et procédure pénale au Guatemala
. [14]
3.a. Par le Ministère public
. [14]
3.b. Par le bureau du PDH
.. [14]
3.c. Par la COPREDEH
.. 16
3.d. Par la CICIG
.. [16]
3.e.
La procédure pénale au
Guatemala
contre H_ et consorts
. [16]
4. Ouverture de la présente procédure
. 18
5. Matériel probatoire supplémentaire
. [18]
5.a. Images
. [18]
5.b. Dépositions
. [22]
5.b.a. Détenus
. [23]
BC_
. [23]
BE_
. [25]
5.b.b. Agents de la PNC et du Système pénitentiaire
. [27]
AJ_
. [27]
BG_
. [28]
AK_
. [30]
BJ_
. [32]
BL_
. [32]
BM_
. [36]
AL_
. [37]
BB_
. [43]
O_
. [44]
5.b.c. Enquêteurs de la CICIG
.. [47]
AN_
. [47]
AM_
. [52]
AO_
. [54]
5.b.d. Autres protagonistes mis en cause
. [58]
G_
. [58]
M_
. [63]
L_
. [64]
F_
. [65]
5.b.e. Témoin de moralité
. [67]
5.b.f. A_
. [68]
C.
Déroulement de la procédure d'appel suite au prononce de l'arrêt de renvoi
[77]
D.
Situation personnelle
. [85]

## Considerations

EN DROIT : [87]
A. Questions préjudicielles
. [87]
B. Retrait allégué de l'appel joint
. [93]
C. Au fond
.. [94]
1. Culpabilité
. [94]
1.a. Appréciation de preuves et établissement des faits
. [94]
1.b. Qualification juridique et subsomption
. [115]
2. Peine
. [122]
3. Conclusions civiles
. [130]
4. Frais de la procédure et indemnités
. [130]
D. Assistance juridique
. [135]
DISPOSITIF : [139]
EN FAIT
:
A.
Cadre des débats
a.
A_ (ci-après :A_, le prévenu ou encore l'appelant), double national guatémaltèque et suisse, a occupé le poste de directeur général, soit le niveau hiérarchique le plus élevé, de la Police nationale civile du Guatemala du 22 juillet 2004 au 26 mars 2007. Durant son mandat, son supérieur direct était le Ministre de _, F_. Il avait notamment pour subordonnés G_, _, son ami d'enfance qu'il avait nommé _ de la PNC, d'abord à la tête de la Division de la santé policière, dès le 1
er
août 2005 (201'688) mais avec effet rétroactif, puis à celle de la Division des enquêtes criminelles (DINC), dès le 13 janvier 2006 jusqu'au 16 mars 2007, H_, agent de longue date de la PNC et, en dernier lieu chef de la Division des enquêtes criminelles, ainsi que les frères I_ et J_, conseillers en sécurité.
F_ avait, quant à lui, notamment sous ses ordres K_, conseiller dans le domaine de la lutte contre les enlèvements et le crime organisé, employé au sein du Ministère de _ (210'045, trad. 210'108).
Le _ du système pénitentiaire de l'époque était L_, depuis le 7 novembre 2005 (201'744), dont dépendait M_, chef _ au sein du Système pénitentiaire du 1
er
mai 2006 au 15 novembre 2007.
b.
Par acte d'accusation du 10 janvier 2014, il est reproché ce qui suit à A_ :
Chiffre I.1 (assassinats de sept détenus lors de l'opération de reprise de la
"Ferme de réhabilitation de N_")
b.a.
Entre janvier et septembre 2006, parallèlement à un plan officiel intitulé AE_ visant à la reprise du contrôle effectif de la prison de N_, les plus hautes autorités policières, pénitentiaires et politiques guatémaltèques ont secrètement décidé et planifié l'élimination physique, lors d'une opération prévue le _ 2006, des 25 prisonniers les plus influents incarcérés dans ledit centre de détention, selon une liste dressée par O_. A_ a pris part activement à la décision d'éliminer les 25 détenus et à la planification de sa mise en œuvre, notamment lors de réunions avec F_ et G_.
Le 25 septembre 2006, les deux plans ont été exécutés. L'intervention a principalement été menée par la PNC, sous le commandement de A_, avec l'appui de l'armée, plus de 2'000 personnes y participant. Le prévenu est arrivé sur place, lourdement armé, vers 04:00 et s'est réuni notamment avec G_, F_, H_, P_, conseiller de L_, et d'autres individus cagoulés. Il a été décidé que la prison serait mise sous le contrôle de la PNC, elle-même placée sous la direction de A_, qui avait ainsi la maîtrise de la situation, en tant que représentant supérieur de la PNC.
Vers 06:00, l'opération a commencé. Le prévenu a donné l'ordre à un groupe d'individus lourdement armés, cagoulés et portant des uniformes de type
"SWAT"
(ndlr :
"Special Weapons and Tactics Team"
)
,
composé notamment de G_, son frère Q_, H_, les frères I_ et J_, P_et K_, de pénétrer dans le centre de détention. Ces hommes se sont dirigés en tirant des coups de feu vers l'endroit où résidait le détenu R_, puis vers différents secteurs de la prison où ils ont identifié et mis à part certains prisonniers figurant sur la liste précitée, soit : S_, R_, T_, U_, V_, W_ et X_. Ces hommes, totalement maîtrisés et n'opposant aucune résistance, ont été emmenés de force à l'endroit où vivait R_, où ils ont été tués par des projectiles d'arme à feu tirés par les membres du groupe précité, selon le plan et les instructions décidés par A_ ou qu'il avait contribué à décider, à l'exception de W_, lequel a été tué directement par A_.
Tout au long de l'opération, A_ était en contact direct et permanent avec le groupe armé, qu'il instruisait ou qui, à tout le moins, agissait sous sa supervision et son contrôle. Il était présent lorsque R_ a été ramené dans sa maison et exécuté; il a assisté au fait que certains des détenus, notamment S_, ont été séparés du reste de la population carcérale ; il a été informé de l'arrestation de X_.
A la suite de ces exécutions, et sous la supervision du prévenu, il a encore été procédé à des manipulations des scènes de crime afin de faire croire à un affrontement armé entre les forces de l'ordre et les détenus.
Outre sa participation décisive quant à la planification et la décision de tuer les sept détenus, A_ a ainsi également participé à l'exécution de l'opération, agissant comme un participant principal et s'associant pleinement et sans réserve aux actes et exécutions commises par le groupe armé, comme si c'était sa propre action. Il a participé à la décision d'éliminer des détenus ; il avait sous ses ordres le groupe armé, qui agissait sous son contrôle, ayant tué six de ces hommes, et il en a lui-même tué un.
A_ a ainsi agi en qualité de coauteur avec les membres du groupe armé s'agissant des exécutions de six détenus, qui ont été organisées, planifiées et conduites sous ses ordres et sous son indispensable contrôle ; il a agi en qualité d'auteur direct en ce qui concerne l'exécution du septième détenu.
Chiffres II.2 et III.3 (assassinats de trois évadés de la prison Y_/ Affaire "Z_") :
b.b.
L'acte d'accusation reprochait également à A_ une implication, en qualité de coauteur, dans l'exécution extrajudiciaire qualifiée, pour chaque occurrence, d'assassinat, commise par des membres des forces de l'ordre, de trois détenus qui s'étaient, avec 16 autres prisonniers, évadés le _ 2005 du centre pénitentiaire guatémaltèque Y_, soit :
-
AA_, qui a trouvé la mort le _ 2005, quelques heures après sa capture, au kilomètre _ de la route qui mène à _ dans le secteur de CZ_, département de _ ;
- AB_
et AC_, tués le _ 2005, au lieu-dit DB_, dans le département de _, où ils avaient été localisés.
c.
Le 6 juin 2014, le Tribunal criminel (ci-après : le TCrim) a acquitté A_ des chefs d'accusation d'assassinat visés sous ch. II.2 et III.3 de l'acte d'accusation (volet Z_), l'a reconnu coupable de ces mêmes infractions pour les faits visés sous. ch. I.1 (N_) et l'a condamné à la peine privative de liberté à vie, sous déduction de la détention subie avant jugement. Au plan civil, le Tribunal criminel a condamné A_ à payer à D_, mère de S_, la somme de CHF 30'000.- plus intérêts à 5% dès le 25 septembre 2006, à titre d'indemnisation de son tort moral.
d.a.
La Chambre pénale d'appel et de révision (ci-après : la CPAR) a été saisie à temps d'un appel par A_, lequel conclut, au fond, à son acquittement et à son indemnisation.
d.b.
Le 27 octobre 2014, le Ministère public (ci-après : MP) a présenté appel joint, requérant que l'appelant principal soit reconnu coupable des chefs d'accusation dont il avait été acquitté en première instance, le premier jugement devant être confirmé pour le surplus.
d.c.
Par arrêt du 12 juillet 2015, dont le dispositif avait été communiqué à l'issue des débats, le 12 mai précédent, la CPAR, tout en retenant qu'il n'était pas établi que le prévenu avait lui-même exécuté le détenu W_, a rejeté l'appel de A_, admis celui du MP et, statuant à nouveau, a condamné le prévenu du chef d'assassinat à raison des faits visés sous ch. II.2 et III.3 de l'acte d'accusation, le jugement de première instance étant confirmé pour le surplus.
e.a.
Statuant sur recours en matière pénale interjeté par A_, le Tribunal fédéral (ci-après le TF) a, par arrêt du 29 juin 2017 en la cause
6B_947/2015
(ci-après : l'arrêt
6B_947/2015
, l'arrêt de renvoi ou l'arrêt du TF), partiellement admis ledit recours, annulé l'arrêt cantonal, renvoyé la cause à la juridiction d'appel, afin qu'elle rende une nouvelle décision, et rejeté le recours pour le surplus, dans la mesure où il était recevable.
e.b.
En substance, ainsi qu'il l'a lui-même résumé dans un communiqué de presse du _ 2017, et s'agissant des faits du _ 2006, le TF, se référant à un très grand nombre de pièces du dossier cantonal, a rejeté ou déclaré irrecevable quantité de griefs formulés par A_, par lesquels celui-ci soutenait que les sept décès de N_ étaient intervenus dans le cadre d'une véritable confrontation armée qui aurait opposé les détenus aux forces de l'ordre. Le TF a jugé qu'il n'était pas arbitraire de retenir qu'il s'agissait d'homicides planifiés dans le cadre d'une action parallèle au plan officiel de l'opération AE_, puis exécutés par un
"commando"
réunissant tant des membres des forces de police que des personnes externes.
e.c.
Le TF n'a pas non plus suivi A_ dans la mesure où il contestait que les trois évadés de Y_ avaient été victimes d'exécutions sommaires commises par des agents de la PNC.
e.d.
Le recours a en revanche été admis en ce qui concerne la responsabilité de A_ dans ces crimes, le TF jugeant que
"la procédure cantonale n'a
[vait]
pas offert au recourant des garanties suffisantes, en relation avec l'audition de plusieurs témoins auxquels il n'a[vait] pu être confronté, s'agissant d'établir son rôle le 25 septembre 2006, en particulier en rapport avec la mise à l'écart de S_, la capture de X_ et le décès de R_. Les développements de la cour cantonale relatifs à l'appréciation des preuves portant sur l'implication de G_ notamment au moment de la capture de X_ (indice de son implication dans l'organisation criminelle constituant un indice de l'implication du recourant) sont insuffisamment motivés. Ces développements sont arbitraires et, en tous les cas, affectés d'un grave défaut de motivation s'agissant d'établir ou non la présence du recourant lors de la mise à l'écart de S_ et son comportement dans ce contexte, indice de son implication dans les faits qui lui sont reprochés. L'arrêt entrepris viole également le droit d'être entendu du recourant en ce qui concerne le refus d'entendre les témoins AF_ et AG_, auxquels la cour cantonale s'est référée à diverses reprises, en particulier pour établir que six des sept détenus décédés à N_ avaient été capturés vivants et s'agissant des circonstances du décès de R_. Le principe de l'accusation a, de plus, été méconnu en ce qui concerne les actes de torture que la cour cantonale a tenus pour commis par le recourant dans le complexe de faits "Z_" et qui constituaient un indice important de sa participation à une organisation criminelle fondant également sa condamnation dans le volet N_ de l'affaire; l'appréciation des preuves opérée par la cour cantonale apparaît, de toute manière incomplète sur ce point. Faute de discuter de manière approfondie les témoignages administrés à ce propos, la motivation de l'arrêt entrepris ne permet pas non plus de comprendre précisément en quoi la rencontre à la station-service de AH_ pouvait constituer un indice important de l'implication du recourant dans une organisation criminelle dédiée à la purification sociale. Cette motivation est, de même insuffisante quant à l'indice résultant de la mise en cause directe de G_ par les témoins AI_, AJ_, AK_, AL_, et O_, et plus généralement s'agissant de démontrer que l'implication de G_ constituait un indice de la culpabilité du recourant. Les développements de la cour cantonale relatifs à l'implication du recourant dans une organisation criminelle ne répondent pas aux exigences déduites de l'art. 6 par. 3 let. d CEDH, en tant que la cour cantonale s'est, notamment fondée, sur les explications des enquêteurs AM_, AN_ et AO_. De même, l'implication du recourant déduite de sa présence près de la maison de R_ alors qu'on y aurait entendu des coups de feu puis de sa présence au moment de l'exécution de R_ procède-t-elle d'une appréciation arbitraire des preuves. (...)
Ces insuffisances et ces lacunes affectent l’ensemble des infractions reprochées au recourant. La cause n’étant pas en état d’être jugée, il y a lieu d’annuler la décision entreprise et de renvoyer la cause à la cour cantonale afin qu’elle rende une nouvelle décision. Dans cette perspective, en tant que la cour cantonale sera amenée à rediscuter les faits qui paraissent devoir être imputés à G_, ainsi qu’à d’autres personnes pouvant se prévaloir de la présomption d’innocence, il convient d’attirer son attention sur les principes posés par la CourEDH dans l’affaire Karaman c. Allemagne, précitée."
(arrêt de renvoi, consid. 12)
.
B.
Faits pertinents résultant du dossier soumis à la Cour
1.
Contexte
a.
Selon le
rapport, publié le 19 février 2007, sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires perpétrées au Guatemala, faisant suite à une mission sur place du 21 au 25 août 2006 (100'388 ss), du Rapporteur spécial des Nations Unies, AP_, des actes de nettoyage social étaient pratiqués dans cet Etat par les forces de la PNC, plus particulièrement la Division des enquêtes criminelles (100'396, n. 19), le rapport précisant aussi que ces agissements ne faisaient par ailleurs pas l'objet d'enquêtes sérieuses (100'395, n. 17).
Dans son arrêt
6B_947/2015
, le TF a retenu ce qui suit au sujet dudit rapport :
"10.2.2.2. (...) Ce document, publié sous l'égide de cette institution internationale, ne peut être ignoré, même si son auteur n'a pas été entendu dans la procédure. (...) le rapporteur spécial AP_ a jugé hautement crédibles les allégations selon lesquelles des personnes travaillant pour la Division des enquêtes criminelles (DINC) de la PNC étaient impliquées dans des actes de nettoyage social (ch. 19). Le rapporteur spécial relève aussi qu'à ses yeux, les cas de nettoyage social ne faisaient pas l'objet d'enquêtes effectives (ch. 17). En revanche, ce rapport souligne (ch. 21 in fine), les efforts entrepris en 2005 et 2006 pour assainir la PNC, notamment l'expulsion de plus de 100 agents en 2005 et d'un nombre encore supérieur durant les 8 premiers mois de 2006. (...) cet élément (...) paraît étayer la version du recourant selon laquelle des démarches avaient été entreprises en ce sens. Ce rapport indique toutefois également que l'emploi par l'Etat de tactiques illégales ne peut être imputé exclusivement à des fonctionnaires dévoyés (rogue officers) mais procède d'une large acceptation des élites sociales et politiques ainsi que d'un large segment de la population (ch. 8), cependant que la transition de la brutalité de la période précédente vers un système de justice criminelle fondé sur le droit bute sur un manque de volonté politique patent (ch. 53).
Ces considérations du rapporteur spécial AP_ ne permettent, tout d'abord, pas de mettre en évidence l'existence d'une véritable organisation criminelle dédiée au nettoyage social (...) elles confirment, en revanche, l'existence d'actes de nettoyage social au Guatemala et la responsabilité dans de tels actes de fonctionnaires de l'Etat, très vraisemblablement au sein même de la PNC et plus précisément de la DINC, division à la tête de laquelle se trouvait G_ et à laquelle appartenait H_ (...)"
.
b.
Suite notamment à ce rapport, et
à la demande du gouvernement guatémaltèque, l'Organisation des Nations Unies et la République du Guatemala ont conclu, le 12 décembre 2006, une convention portant création de la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala (ci-après : CICIG), dont la mission était de soutenir le Guatemala dans la démarche visant à démasquer et démanteler les groupes de sécurité illégaux et des organisations clandestines de sécurité, soit des groupes, liés directement ou indirectement à des agents de l'Etat, qui commettaient en toute impunité des actes illicites portant atteinte au plein exercice des droits civils et politiques. Parmi ceux-ci figurait en particulier le droit à la vie, que le Guatemala s'était engagé, par divers traités internationaux, à protéger.
Afin d'accomplir sa mission, la CICIG s'est vue attribuer la compétence de conduire ses propres enquêtes et, à cette fin, de mettre en place et de superviser une équipe d'enquêteurs professionnels, locaux ou étrangers.
Ultérieurement, une section spéciale a été créée au sein du Ministère public guatémaltèque, affectée à l'instruction de dossiers sélectionnés d'un commun accord, la collaboration entre les deux institutions étant jusque-là défaillante.
c.
Le MP a produit aux débats d'appel un rapport de suivi daté du 4 mai 2009 (classeur d'appel VII, pièce B.7.3) dont il résulte que la situation s'était dégradée après la mission de 2006, les meurtres, en particulier ceux relevant du nettoyage social, continuant d'être un problème significatif et représentant 8 à 10% des homicides. Suite à l'implication de la PNC dans le meurtre de trois parlementaires salvadoriens (affaire BS_), le Ministère de _ avait été destitué et 1'900 policiers licenciés, ce qui avait été perçu comme un signal positif. Néanmoins, l'Etat n'avait toujours pas clairement condamné les formes d'exécutions extrajudiciaires dénoncées dans le rapport du 19 février 2007. Le rapport de suivi faisait également un compte-rendu du travail mené par la CICIG et recommandait le renouvellement de son mandat, qualifiant cette mesure de cruciale.
2.
Opération
AE_
d.
La Granja modelo de rehabilitación penal N_ est un établissement carcéral sis dans la commune de _, à une trentaine de kilomètres de Guatemala City.
A l'époque des faits, la prison comptait 1'800 détenus et les autorités en avaient depuis longtemps perdu le contrôle, à l'instar d'autres établissements de détention. Celle-là était de fait dirigée par un Comité d'ordre et de discipline (ci-après : COD), présidé par X_ et composé de détenus influents qui s'adonnaient depuis l'établissement lui-même à des activités criminelles relevant notamment du trafic de stupéfiants, d'extorsions et d'enlèvements.
e.
Une vue aérienne en a été produite par le témoin AM_ lors d'une audience par devant le MP en date du 4 mars 2013 et utilisée aux fins d'illustration tout au long de la procédure :
Légende:
-
en haut à droite, marquée par une lettre A (couchée) manuscrite en noir, l'entrée principale ;
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-
au centre, entourés en noir, le toit de l'église catholique et le terrain multisports ;
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-
entre ces deux cercles, en vert, la "sextavenida" ;
![endif]>![if>
-
plus à gauche, entourée de rose, la zone dite des _ ;
![endif]>![if>
-
en dessous, légèrement sur la gauche, entourée de noir, la "maison de R_" ;
![endif]>![if>
-
en dessous, légèrement sur la gauche, l'entrée B (lettre majuscule B à l'envers) pratiquée dans le grillage ;
![endif]>![if>
-
à l'extrémité gauche, l'ouverture C pratiquée dans le grillage, utilisée pour le transfert des détenus à N_.
![endif]>![if>
f.
Sous l'égide de la Direction générale du Système pénitentiaire, un plan intitulé
"Plan des opérations AE_ 2006"
a été établi (200'973, trad. 450'755), en vue de la reprise du contrôle sur l'établissement.
A teneur de ce plan, les institutions appelées à intervenir étaient, outre le Système pénitentiaire, la PNC, le Ministère de la défense nationale, le Ministère public et le bureau du Procureur des droits de l'homme (Procurador de los derechos humanos ; ci-après : PDH).
Le commandement de l'opération incombait au directeur général du Système pénitentiaire, chargé du contrôle direct de l'exécution du plan, tandis que l'unité d'élite des gardiens devait assurer la protection des détenus et les transférer au centre de contrôle d'identité installé dans l'établissement voisin de [Petit-]N_.
Le plan comportait trois phases. La première, dite de positionnement, contrôle et transfert, prévoyait qu'après la sécurisation du périmètre de la prison par la PNC et l'armée, le signal du début de l'opération serait donné par l'explosion de quatre charges puis les détenus rassemblés, de manière pacifique, sur la place principale de la prison. A 07:40 puis 07:50, quatre groupes d'élite des gardiens de prison, chacun renforcé par cinq agents de la PNC, devaient prendre position pour surveiller et contrôler les détenus, puis les faire sortir un à un après un contrôle d'identité. Les détenus devaient alors être remis aux agents de la PNC en vue de leur transfert à [Petit-]N_. La seconde phase du plan était celle de la fouille de la prison, vidée de ses occupants, par les employés du Système pénitentiaire, leur sécurité étant assurée par des agents de la PNC. Enfin, la troisième phase consistait en la réorganisation du centre de détention de N_.
Selon les points 6 et ss du plan, la PNC devait apporter le soutien, tel que demandé par la Direction générale du Système pénitentiaire, pour prendre le contrôle du périmètre et en interdire l'accès, assister les gardiens lors du recensement général des détenus, assurer leur sécurité, veiller à ce que les soins nécessaires soient dispensés à d'éventuels blessés, voire organiser leur évacuation, et établir un périmètre de sécurité en cas de mort d'homme. Vingt agents devaient renforcer le groupe d'élite des gardiens de prison et dix policiers des forces régulières devaient être postés aux points de contrôle. Des unités canines devaient également intervenir, pour la recherche de drogue ou objets interdits.
En cas d'utilisation d'armes à feu par les détenus, les gardiens de prison, les agents de la PNC et le personnel militaire étaient autorisés à faire usage des moyens nécessaires, y compris de leurs propres armes, dans les limites de la légalité. A tout moment, les droits de l'homme et les lois en vigueur devaient être respectés.
g.
Il est désormais acquis aux débats qu'en marge de la préparation de l'opération, O_, conseiller (assesseur) auprès du Système pénitentiaire, a reçu pour mission de déployer une activité de renseignement et d'établir une liste des membres les plus importants du COD, sous prétexte de les isoler du reste de la population carcérale et de les transférer dans une autre prison.
Au cours d'une séance préparatoire qui a eu lieu dans les bureaux de F_ le 24 septembre 2006, à laquelle G_ a assisté, les photographies de ces détenus ont été visionnées (cf. arrêt
6B_947/2015
, notamment consid. 9.8 et 5.5.5.2).
h.a.
Egalement
le 24 septembre 2006, AQ_, chef du District central de la PNC, a émis un ordre de service intitulé
"Soutien au Système pénitentiaire dans le contrôle, l'inspection, et le replacement de détenus du Centre de Réinstauration Constitutionnelle N_"
, lequel figure à la procédure muni du tampon "
Annexe 4
" (200'985, trad. 450'807s). Cet ordre détaillait l'affectation des forces de l'ordre, notamment celles de la PNC, en vue de la mise en œuvre du plan, dans le respect du cadre juridique, notamment des droits de l'homme, ce qui devait être rappelé par les officiers à leurs subalternes. AQ_ revêtait le rôle de coordinateur et inspecteur général de l'opération et son sous-commissaire, AR_, celui d'
"agent responsable"
.
h.b.
Comme observé par le TF dans son arrêt de renvoi (consid. 10.3.4.2 et 10.3.4.3) cet ordre de service consacre des modifications du plan initial : "
le plan initial prévoyait la création de quatre groupes d’élite des gardiens de prison, renforcés par des éléments de la PNC, de l’armée et de la police militaire (p. 450767), dont deux groupes entreraient dans la prison à 7h50, après que les deux autres groupes auraient pris position pour surveiller les détenus, protégés par des véhicules blindés (p. 450769). Le commandement incombait au directeur général du système pénitentiaire (p. 450’776). L’annexe 4 prévoyait, quant à elle, sept équipes, entrant par deux accès dans le pénitencier. Le système pénitentiaire ne fournissait guère que 60 gardiens, appelés à être intégrés, en tant que "guides", aux sept équipes précitées (p. 450’845). La direction des opérations échéait, comme on l’a déjà vu, à AQ_ et AR_ (p. 450’815). Des ouvertures étaient prévues dans le grillage "aux extrémités du bâtiment principal" (bâtiment réservé aux bureaux; dossier cantonal, classeur C.3 p. 450’769 et 450’771).
Et le TF de conclure qu'en définitive "
le système pénitentiaire a
[vait]
perdu le contrôle des opérations au bénéfice de la PNC
", alors que selon le plan initial, celle-ci n'était censée fournir que des policiers en renfort des équipes de gardes pénitentiaires.
i.
Divers documents étaient annexés à l'ordre de service, dont un croquis du centre pénitentiaire et un tableau énumérant les responsables des diverses équipes de la PNC appelées à intervenir. Les noms de A_, G_ ou encore H_ ne sont pas évoqués.
Ces documents mentionnent également la répartition des différentes forces par couleur. C'est ainsi que 160 hommes de la PNC auxquels avait été attribué le secteur proche du point B formaient l'équipe bleue (cf. pièces 201'010 et 201'011).
j.
Sur le croquis annexé à l'ordre de service, deux points d'entrée étaient prévus, l'un correspondant au point désigné par un A sur la vue aérienne, soit la porte principale, et un à la hauteur de l'entrée B sur ladite vue aérienne. Une 3
ème
entrée/sortie au point C n'était alors pas envisagée (201'011).
Or, deux nouvelles modifications
sont ensuite intervenues dans la mesure où, au moment de l'opération, une ouverture supplémentaire a été pratiquée, au point C, affectée au passage des prisonniers en vue de leur transfert à [Petit-]N_, de sorte que l'entrée B était désormais déchargée, et que l'heure du début de l'entrée des forces de l'ordre a été avancée (arrêt du TF, consid 10.3.4.1 à 10.3.4.3).
k.
Le transfert du commandement de l'opération à la PNC a encore été formalisé aussitôt avant le lancement de celle-ci, en ce sens que AS_, chef de poste, a dû signer un document attestant de ce qu'il avait reçu le "
bureau
" de commandement de la prison le jour-même, à 04:35 (201'091).
l.
La version officielle du déroulement de l'opération, résultant notamment
de deux rapports du 25 septembre 2006 à A_ (201'034 ss, trad. F-279 ss) et au Ministère public (201'053 ss, trad. F–263 ss), était qu'au début de celle-ci, des détenus avaient actionné des armes à feu. Lors de l'échange de coups de feu qui s'en était suivi, le détenu AT_ avait été touché au pied de sorte qu'il avait dû être transféré aux urgences de l'Hôpital _, où il avait été admis, sous bonne garde. En outre, sept détenus avaient trouvé la mort.
A 10:34, des représentants de l'agence no 20 des Délits contre la vie du Ministère public s'étaient présentés dans le secteur de _ et avaient établi des procès-verbaux relatifs à la présence de sept cadavres de détenus. En effet : le corps de R_ gisait, à l'étage de sa maison ; ceux de W_, portant un T-shirt jaune, et de T_ avaient été trouvés au rez-de-chaussée de la maison ; les cadavres de X_ et de V_ se trouvaient sous un abri attenant à la bâtisse, décrit par certains comme un poulailler ; les deux dernières victimes, S_ et U_, avaieent été découvertes plus loin, dans le secteur des _. Il est renvoyé au précédent arrêt notamment s'agissant de la description de la scène, notamment de la présence d'armes ou munitions.
m.a.
En substance, les rapports d'autopsie effectués sous l'égide du Ministère public attribuent la mort des sept hommes à des blessures par balles.
m.b.
Dans le cadre de son enquête, la CICIG a mis en œuvre, séparément, deux experts, auxquels les rapports d'autopsie et d'autres pièces, notamment des photographies, ont été soumis.
m.b.a.
Aux termes du rapport du 22 octobre 2010 (201'935 ss, trad. 451'171 ss) de la Dre AU_, confirmé et explicité par son auteure lors de ses auditions par le MP et devant le TCrim, la manipulation des corps sur les lieux où ils avaient été trouvés n'avait pas été conforme aux standards internationaux applicables, de même que celle de leurs vêtements. Les procès-verbaux de levée de corps ne contenaient ni renseignements relatifs aux circonstances dans lesquelles s'étaient produits les faits, ni données sur l'aspect et la position des cadavres. Les phénomènes cadavériques, les vêtements, les blessures et les lésions n'avaient pas été décrits. Le déroulement des autopsies n'avait pas non plus été conforme aux standards applicables. En particulier, les lésions avaient été décrites de manière insuffisante et les preuves n'avaient pas été préservées.
Trois cadavres (V_, U_, R_) présentaient des "
pseudo
anneaux de contusion
", soit des marques apparaissant lorsque la surface du corps, par laquelle sort le projectile, se trouve appuyée sur une surface dure ; deux (V_ et W_) avaient des lésions aux poignets donnant à penser qu'ils avaient les mains liées au moment de leur mort ; deux (W_ et X_) semblaient avoir levé le bras, dans une position de défense. Sur les 40 impacts par projectiles d'arme à feu recensés sur les sept corps, 30 se situaient sur le thorax ou l'abdomen supérieur – soit 75 % du total des impacts – alors qu'aucun n'était localisé sur les jambes. 28 des 40 impacts avaient une trajectoire anatomique antéro-postérieure. Ces éléments relatifs à l'emplacement et à la trajectoire des lésions, conjugués à la présence de traces de type tatouage laissés par des résidus de poudre dans un des cas, ne correspondaient pas au schéma de lésions habituellement observé dans les cas d'affrontements armés et/ou de combats.
m.b.c.
Le second expert, AV_ a rendu un rapport du 5 novembre 2010 (450'894 ss, trad. 450'906 ss), aux conclusions similaires à celles de AU_, soulignant que les sept corps présentaient des lésions dans les zones vitales, causées par des projectiles à grande vitesse tirés d'une même position. Dans certains cas, plusieurs impacts étaient par ailleurs concentrés sur de petites surfaces du corps. Or, les organes vitaux n'occupaient que 20 % de la surface du corps d'un homme debout, de sorte qu'un impact de projectile tiré sans précision dans le cadre d'un affrontement armé n'avait qu'une relativement faible probabilité d'entraîner une conséquence fatale. De même, il était peu probable que survienne, dans le cadre d'un affrontement à distance, une concentration d'impacts sur une petite surface, ce d'autant plus que la logique voulait que des insurgés ne demeurent pas dans une position statique pendant un échange de tirs. Il était en outre constant, dans une situation d'affrontement, que l'on recense des morts et/ou des blessés des deux côtés. Aussi, le scénario le plus probable était que les impacts observés sur les corps des détenus provenaient de tirs à bout portant essuyés alors que les intéressés avaient été maîtrisés. La quantité d'impacts de projectiles observés sur chaque corps, tirés pour la plupart d'une même position avec une trajectoire antéro-postérieure, indiquait clairement que l'objectif avait été de donner la mort, et non de soumettre l'adversaire.
n.
Par ailleurs, selon les conclusions du rapport du 14 décembre 2006 sur l'analyse balistique effectuée par AW_, employé du département de technique scientifique au sein du Ministère public guatémaltèque, l'arme trouvée sous le corps de R_ était dépourvue de chien et n'était donc pas en état de fonctionner (200'958 ss, trad. 451'228 ss).
3.
Enquêtes et procédure pénale au
Guatemala
3.a. Par le Ministère public
o.
Sous l'égide du Ministère public, il a été procédé à l'établissement de dossiers photographiques et de croquis, aux autopsies, à des analyses balistiques ainsi qu'à certaines auditions.
3.b. Par le bureau du PDH
p.a.
Au mois de décembre 2006, le PDH a émis un rapport, sous forme de présentation power point, intitulé
"Etat de droit ou impunité ? Evènements survenus dans la Granja Modelo de Rehabilitacion N_ le 25 septembre 2006"
(500'551 ss, trad. 451'035).
Selon ce rapport, le principe de l'intervention en vue de la reprise du contrôle au sein de la prison devait être salué mais une enquête avait néanmoins été menée, durant près de trois mois, parce que les membres du bureau du PDH s'étaient vu interdire l'accès à la prison durant l'opération, contrairement à la loi.
Les conclusions du PDH étaient que les autorités de la PNC, le Ministère public, la Direction du Ministère de _, de la Défense nationale et de la COPREDEH (cf. infra q), soit les institutions ayant participé à l'opération, avaient violé les règles de droit constitutionnel en empêchant le bureau du PDH de procéder à la surveillance de l'opération. La thèse de l'affrontement était peu plausible, eu égard aux témoignages, preuves médico-légales et images réunis. Lors de l'opération, la PNC ainsi que les membres d'autres corps de sécurité de l'Etat avaient eu la maîtrise des sept détenus qui avaient été exécutés. Le travail effectué par le Service médico-légal ne répondait pas aux exigences techniques définies par le Protocole de l'ONU sur la prévention des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et les moyens d'enquête sur ces exécutions. Le travail réalisé par le Ministère public était également déficient et mettait en péril la qualité de l'enquête criminelle.
p.b.
Après annulation, par la Cour constitutionnelle saisie de recours, de plusieurs décisions du PDH, celui-ci a finalement émis une résolution motivée du 29 mars 2010 (201'210 ss, 450'857 ss trad. 450'879 ss, et 500'175). Reprenant les éléments qui précèdent, cet acte indique notamment que l'enquête du bureau du PDH avait comporté l'audition de 60 personnes, dont 39 sous garantie de confidentialité. En vue de l'opération, l'état d'exception avait été promulgué dans la municipalité de _, selon décret 3-2006. Le détenu qui avait été blessé par balle, parce qu'il n'avait pas entendu la sommation de se rendre, était AT_. Selon les déclarations des prisonniers et d'autres témoins, un groupe d'agents des forces spéciales, portant des passe-montagne, était en possession d'une liste de détenus et de quelques photographies, afin de les localiser et de les mettre à l'écart. À l'exception de R_, qui était parvenu à échapper au contrôle en donnant un nom d'emprunt, mais qui avait ensuite été ramené de [Petit-]N_ sous prétexte d'un entretien avec son avocate, les six détenus qui avaient trouvé la mort avaient été extraits des files et placés sous la surveillance de ces agents. La scène du crime avait été maquillée, des grenades étant placées sur les cadavres afin de faire croire à une résistance armée. Après les faits, des détenus et des membres de leur famille avaient été l'objet de pressions afin qu'ils ne révèlent pas la vérité. La femme et le fils du détenu AX_ avaient été victimes d'un attentat.
Aux termes de la résolution, le PDH déclarait que les autorités de l'Etat avaient violé l'état de droit et la loi, ce qui avait conduit à de graves violations des droits de l'homme, soit le droit à la vie, à l'intégrité et à la dignité des sept détenus morts durant l'opération, lesquels avaient subi des traitements cruels, inhumains et dégradants ; le PDH et son équipe avaient été empêchés d'accéder aux installations carcérales pendant l'opération, en violation de la Constitution et de la loi ; le PDH recommandait également l'ouverture d'une enquête à l'encontre des fonctionnaires et agents publics ainsi que la désignation d'un Procureur spécial.
3.c. Par la COPREDEH
q.
Pour sa part la COPREDEH, institution relevant du pouvoir exécutif, a rendu un rapport le 5 décembre 2006, en réponse à une interpellation du PDH, dont il résulte que le Président de ladite institution et quatre fonctionnaires s'étaient rendus à N_ le jour des faits et avaient été autorisés à pénétrer dans l'enceinte, après qu'il eût été établi qu'il n'y avait plus de risques liés aux échanges de tirs entre les forces de police et les détenus. Selon les informations recueillies auprès du personnel de la prison et des autorités intervenues lors de l'opération, des détenus avaient apparemment résisté, utilisant des armes de gros calibre. Le Ministère public n'avait cependant donné aucun renseignement de sorte que la COPREDEH n'avait pu déterminer "
les causes
" et "
les circonstances