# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** e1926e93-6370-4013-9099-623cc1b22681
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2012
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
A. X._, ressortissant du Kosovo né en 1968, a été mis au bénéfice d'une autorisation de séjour en vue d'un regroupement familial suite à son mariage avec une ressortissante suisse, le 23 août 2006. Ses filles B. X._ et C. X._, toutes deux nées le 1
er
octobre 2005, sont arrivées en Suisse le 9 mars 2009 avec leurs frères D. X._ et F. X._, nés respectivement en 1993 et 1992, au motif du regroupement familial, auprès de leur père.
B.
Suite à la séparation d’avec son épouse, A. X._ s'est vu révoquer son autorisation de séjour pour regroupement familial, par décision du 17 décembre 2009 du SPOP, qui s'est néanmoins déclaré favorable à une délivrance d'une autorisation de séjour en application de l'art. 50 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20), sous réserve de l'approbation de l'Office fédéral des migrations (ODM). Le 29 mars 2010, cet office a rendu une décision de refus de la prolongation de l'autorisation de séjour et de renvoi de Suisse de A. X._. Par arrêt du 9 juin 2011, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a confirmé la décision du 29 mars 2010 de l’ODM de refus d’approbation à la prolongation de l’autorisation de séjour de A. X._.
C.
Par décision du 13 janvier 2012, le SPOP a refusé le renouvellement des autorisations de séjour en faveur de B. X._ et C. X._ et a prononcé leur renvoi de Suisse, dès lors que le motif initial de l’octroi de l’autorisation de séjour par regroupement familial en leur faveur n’existait plus. En outre, âgées de seulement six ans, elles pouvaient suivre leur père à l’étranger.
D.
Par acte du 22 février 2012, B. X._ et C. X._, représentées par leur père, et ce dernier (ci-après : les recourants ou les recourantes) ont recouru devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre cette décision dont ils demandent l'annulation. Ils concluent à l’admission du recours et à l’annulation de la décision attaquée, le dossier étant retourné à l’autorité de première instance pour nouvelle instruction et décision dans le sens des considérants. Les recourants reprochent au SPOP de n’avoir pas tenu compte de leur situation personnelle.
Le SPOP s’est déterminé le 15 mars 2012 et a conclu au rejet du recours.
Le 14 mars 2012, les recourants se sont référés à la situation de D. X._ et F. X._ et ont requis la suspension de la cause jusqu’à droit connu sur le statut de ces derniers. Le 19 mars 2012, le SPOP a confirmé ses conclusions et s’est opposé à la suspension de la cause, considérant que les recourantes ne sauraient prétendre à un quelconque règlement de leurs conditions de séjour en relation avec le statut respectif de leurs frères.
La requête tendant à la suspension de la procédure a été écartée par la juge instructrice le 19 mars 2012.
Les recourants se sont encore déterminés le 10 avril 2012 et le SPOP le 12 avril 2012. Les recourants ont déposé des écritures finales le 2 mai 2012.
E.
Les arguments des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

## Considerations

Considérant en droit
1.
a) Selon l’art. 44
LEtr
, l’autorité compétente peut octroyer une autorisation de séjour au conjoint étranger du titulaire d’une autorisation de séjour et à ses enfants célibataires étrangers de moins de 18 ans aux conditions suivantes: a) ils vivent en ménage commun avec lui; b) ils disposent d’un logement approprié; c) ils ne dépendent pas de l’aide sociale.
Le droit au regroupement familial suppose ainsi notamment l'existence d'un droit de séjour originaire. Le droit de séjour conféré aux membres de la famille est un droit dérivé dont la validité est subordonnée en principe à la durée du droit de séjour originaire.
En l'occurrence, il n’est pas contesté que le père des recourantes ne dispose plus d’une autorisation de séjour valable en Suisse (cf. arrêt du TAF du 9 juin 2011). Les recourantes ne sauraient dès lors se prévaloir de
l’art. 44
LEtr
pour se voir délivrer une autorisation de séjour.
b) L'art. 77 al. 1 de l’ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative (OASA ; RS.142.201) dispose quant à lui que l’autorisation de séjour octroyée au conjoint et aux enfants au titre du regroupement familial selon l’art. 44 LEtr peut être prolongée après la dissolution du mariage ou de la famille si la communauté conjugale existe depuis au moins trois ans et que l’intégration est réussie (let. a) ou si la poursuite du séjour en Suisse s’impose pour des raisons personnelles majeures (let. b). Selon l'al. 2 de cette disposition, les raisons personnelles majeures visées à l’al. 1, let. b, sont notamment données lorsque le conjoint est victime de violence conjugale et que la réintégration sociale dans le pays de provenance semble fortement compromise.
L'art. 77 al. 1 à 3 OASA reprend l'art. 50 LEtr, qui traite du droit à l'octroi ou à la prolongation des autorisations de séjour du conjoint et des enfants des ressortissants suisses ou des titulaires d'une autorisation d'établissement, de sorte qu'on peut se référer à la jurisprudence rendue à propos de cet article.
2.
Il ressort de la formulation l’art. 77 al. 1 let. a OASA que cette disposition vise le conjoint et qu’elle n’a pas été conçue pour permettre à de très jeunes enfants de rester seuls en Suisse. Il convient ainsi plutôt de se pencher sur l’existence de raisons personnelles majeures, au sens de l’art. 77 al. 1 let. b OASA.
a) Au titre de raisons personnelles majeures, les recourantes invoquent essentiellement leur intégration en Suisse et en particulier les liens tissés à l’école
.
Selon le Tribunal fédéral, s’agissant d’enfants déjà scolarisés qui ont dès lors commencé à s’intégrer de manière autonome dans la réalité quotidienne suisse, le retour forcé peut constituer un véritable déracinement, mais tel n’est pas forcément le cas. Il y a lieu de tenir compte, en particulier, de leur âge, des efforts consentis, du degré de réussite de la scolarisation ainsi que des différences socio-économiques existant entre la Suisse et le pays où ils seront renvoyés. Ainsi, le Tribunal fédéral a refusé de voir une situation d’extrême gravité dans le cas d’un enfant de neuf ans arrivé en Suisse à quatre ans et achevant la deuxième année primaire; il est arrivé à la même conclusion dans le cas d’un enfant de neuf ans arrivé en Suisse à quatre ans et fréquentant la troisième année d’école primaire (cf. ATF 123 II 125 consid. 4a et références). Selon le Tribunal fédéral, la scolarité correspondant à la période de l’adolescence contribue de manière décisive à l’intégration de l’enfant dans une communauté socioculturelle bien déterminée, car, avec l’acquisition proprement dite des connaissances, c’est le but poursuivi par la scolarisation obligatoire. Selon les circonstances, il se justifie de considérer que l’obligation de rompre brutalement avec ce milieu pour se réadapter à un environnement complètement différent peut constituer un cas d’extrême gravité; encore faut-il cependant que la scolarité ait revêtu, dans le cas de l’intéressé, une certaine durée, ait atteint un certain niveau et se soit soldée par un résultat positif. Le cas de rigueur n’a pas été admis, compte tenu de toutes les circonstances, pour une famille qui comptait notamment deux adolescents de seize et quatorze ans arrivés en Suisse à, respectivement, treize et dix ans, et qui fréquentaient des classes d’accueil et de développement. En revanche, le Tribunal fédéral a admis l’exemption des mesure de limitation d’une famille dont les parents étaient remarquablement bien intégrés; venu en Suisse à douze ans, le fils aîné de seize ans avait, après des difficultés initiales, surmonté les obstacles linguistiques, s’était bien adapté au système scolaire suisse et avait achevé la neuvième année d’école primaire; arrivée en Suisse à huit ans, la fille cadette de douze ans s’était ajustée pour le mieux au système scolaire suisse et n’aurait pu se réadapter que difficilement à la vie quotidienne de son pays d’origine (ATF 123 II 125 précité citant l’arrêt non publié Songur du 28 novembre 1995 consid. 4c, 5d et 5
e). De même, le Tribunal fédéral a admis que se trouvait dans un cas d’extrême gravité, compte tenu notamment des efforts d’intégration réalisés, une famille comprenant des adolescents de dix-sept, seize et quatorze ans arrivés en suisse cinq ans auparavant, scolarisés depuis quatre ans et socialement bien adaptés (ATF 123 II 125 précité citant l’arrêt Tekle du 21 novembre 1995).
b) En l’espèce, les recourantes sont arrivées en Suisse en mars 2009. Elles avaient alors trois ans et demi. Au moment où a été rendue la décision attaquée, elles étaient en classe de 2
e
enfantine (école non obligatoire). Il n’y a pas encore lieu à cet âge de parler de résultats scolaires. Même si les recourantes semblent s’être correctement intégrées dans leur école, on ne saurait considérer, vu leur âge et la courte durée de leur séjour sur sol helvétique (deux ans et dix mois au moment où a été rendue la décision attaquée), qu’elles se sont intégrées de manière autonome dans la réalité suisse et qu'un retour dans un pays où elles ont vécu la première et majeure partie de leur existence constituerait un déracinement insurmontable. Partant, on ne se trouve pas dans une situation comparable à celles décrites plus haut dans laquelle le Tribunal fédéral a admis, s'agissant d'adolescents scolarisés durant plusieurs années en Suisse, l'existence d'un cas personnel d'extrême gravité. Par ailleurs, il convient de souligner que le maintien en Suisse des recourantes impliquerait pour elles de vivre séparées de leur père et de leur mère. Une telle séparation, pour des enfants de cet âge, serait bien plus traumatisante qu’un départ de Suisse en compagnie de leur père. Une vie matériellement plus aisée ne peut certainement pas justifier de couper les liens unissant des enfants de six ans à leur père qui en a apparemment seul la garde.
Il est évident que, pour des enfants de six ans, les personnes de références sont leurs parents – sauf circonstances très particulières, non réalisées en l’occurrence – et que c’est en grande partie la qualité de cette relation qui va leur permettre de grandir harmonieusement. On conçoit mal que le fait de couper tous les liens parentaux puisse être souhaitable pour le bien des recourantes, qui sont encore de jeunes enfants.
Par ailleurs, les fillettes sont en bonne santé et ne nécéssitent pas de rester en Suisse pour des soins particuliers.
Enfin, la manière dont les recourantes subsisteraient en l’absence de leur père n’est pas claire.
Au vu des éléments relevés ci-dessus, un départ de Suisse ne devrait pas exposer les recourantes à des difficultés insurmontables.
3.
a) Selon l'art. 30 al. 1 let. b LEtr, il est possible de déroger aux conditions d'admission (art. 18 à 29 LEtr), en particulier pour tenir compte des cas individuels d'une extrême gravité. L'art. 31 al. 1 OASA précise qu'une autorisation de séjour peut être octroyée dans les cas individuels d'extrême gravité et que, lors de l'appréciation, il convient de tenir compte notamment de l'intégration du requérant (let. a), du respect de l'ordre juridique suisse par le requérant (let. b), de la situation familiale, particulièrement de la période de scolarisation et de la durée de la scolarité des enfants (let. c), de la situation financière et de la volonté de prendre part à la vie économique et d'acquérir une formation (let. d), de la durée de la présence en Suisse (let. e), de l'état de santé (let. f) et des possibilités de réintégration dans l'Etat de provenance (let. g). Cette disposition comprend donc une liste exemplative des critères à prendre en considération pour la reconnaissance de cas individuels d'une extrême gravité.
b) Dans le cas présent, en l’absence de circonstances personnelles majeures, comme on l’a vu ci-dessus, il n’y a pas lieu de considérer que les recourantes se trouvent dans un cas individuel d’extrême gravité, qui imposerait la poursuite de leur séjour en Suisse au sens des art. 30 al. 1 let. b LEtr et 31 OASA.
4.
Les recourantes se prévalent également de l’art. 8 § 1 CEDH, qui dispose que « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ».
Selon une jurisprudence constante, un étranger peut se prévaloir de la protection de la vie familiale découlant de l’art. 8 CEDH à condition qu’il entretienne une relation étroite et effective avec une personne de sa famille ayant le droit de résider en Suisse, ce qui suppose que cette personne ait la nationalité suisse, une autorisation d’établissement en Suisse ou un droit certain à la délivrance d’une autorisation de séjour en Suisse (ATF 2C_971/2010 du 11 janvier 2011 consid. 3.1 et références citées).
Les relations familiales qui peuvent fonder, en vertu de l'art. 8
§ 1
CEDH, un droit à une autorisation de police des étrangers sont avant tout les rapports entre époux ainsi qu'entre parents et enfants mineurs vivant ensemble (arrêt 2C_544/2011 du 30 juin 2011 c
onsid.3.2,
ATF 127 II 60
consid. 1d/aa p. 65;
120 Ib 257
consid. 1d p. 261).
En l’occurrence, le père des fillettes n’a ni la nationalité suisse, ni d’autorisation d’établissement ou de droit certain à la délivrance d’une autorisation de séjour de sorte que les intéressées ne sauraient invoquer valablement l’art. 8 § 1 CEDH. On relèvera par surabondance qu’elles sont venues en Suisse il y a trois ans pour vivre avec leur père avec lequel elles ont depuis fait ménage commun, nouant avec lui des liens importants et effectifs. On ne peut pas raisonnablement soutenir que le respect de la vie familiale des fillettes imposerait à présent qu’elles se séparent de leur père et qu’elles vivent avec leur deux grands frères à peine sortis de l’adolescence (dont le droit de présence en Suisse n’est d’ailleurs non plus pas assuré). On peut encore moins soutenir que le respect de la vie familiale des fillettes impose qu’elles se séparent de leur père pour rester proche d’oncles, de tantes et de cousins.
Dans ces conditions, les recourantes ne sauraient se prévaloir de l’art. 8 § 1 CEDH pour prétendre à la prolongation d’une autorisation de séjour.
5.
Au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté. Les frais seront mis à la charge des recourants qui succombent et n’ont pas droit à des dépens (art. 49 al. 1, 55, 91 et 99 LPA-VD).