# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 161fa014-fd9a-42bb-8dad-d4b13bf9f9da
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1) M. A_, né le _ 1977, est ressortissant de B_.![endif]>![if>
2) Il est arrivé en Suisse le 28 septembre 2002.![endif]>![if>
3) Le 5 novembre 2002, il a été mis, par l’office cantonal de la population, devenu depuis lors l’office cantonal de la population et des migrations (ci-après : OCPM), au bénéfice d'une autorisation de séjour pour études, régulièrement renouvelée jusqu'au 30 novembre 2006.![endif]>![if>
4) Le 15 février 2007, l’OCPM a refusé de prolonger l'autorisation de séjour de M. A_ et a imparti à ce dernier un délai au 15 mars 2007 pour quitter la Suisse.![endif]>![if>
5) Le 2 novembre 2007, M. A_ a contracté mariage à Genève avec Mme C_, née le _ 1982, ressortissante D_ au bénéfice d'une autorisation d'établissement.![endif]>![if>
6) Le 29 avril 2008, l'OCPM a délivré à M. A_ une autorisation de séjour valable jusqu'au 1
er
novembre 2012, au titre du regroupement familial avec son épouse.![endif]>![if>
7) Le 24 juillet 2008, Mme C_ a annoncé à l'OCPM son changement d'adresse personnelle à partir du 1
er
juillet 2008.![endif]>![if>
8) Le 18 juin 2009, le Tribunal de première instance a prononcé le divorce des époux A_.![endif]>![if>
9) Le 13 janvier 2014, l’OCPM a refusé de renouveler l’autorisation de séjour de M. A_ et de lui octroyer l'autorisation d'établissement sollicitée et a prononcé son renvoi de Suisse.![endif]>![if>
Le 27 mai 2014, le Tribunal administratif de première instance (ci-après : TAPI) a rejeté le recours formé par M. A_ contre cette décision.
Le 3 novembre 2015, la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative) a rejeté le recours formé par M. A_ contre ce jugement.
Le 18 janvier 2016, le Tribunal fédéral a rejeté le recours formé par M. A_ contre l’arrêt de la chambre administrative.
10) Le 11 avril 2016, M. A_ a déposé auprès de l’OCPM une demande d’autorisation de séjour en vue de préparer son mariage avec Mme E_, de nationalité F_.![endif]>![if>
11) Le 26 mars 2018, l’OCPM a rejeté cette requête.![endif]>![if>
M. A_ n’avait pas produit les justificatifs de ses démarches préparatoires. Le mariage ne pouvait être considéré comme imminent.
Le 11 juillet 2018, le TAPI a rejeté le recours formé par M. A_ contre cette décision.
Le 31 mai 2021, la chambre administrative a déclaré sans objet le recours formé par M. A_ contre ce jugement, M. A_ ayant accompli les démarches nécessaires et obtenu l’attestation en vue de la préparation de son mariage.
12) Le 8 septembre 2021, M. A_ a formé auprès de l’OCPM une demande d’autorisation de séjour pour cas de rigueur.![endif]>![if>
Il résidait en Suisse depuis 2002, maîtrisait le français, possédait le certificat d’admission d’étudiants porteurs d’un diplôme étranger et ne figurait pas au casier judiciaire. Des ressortissants suisses avaient établi des attestations en sa faveur. Il avait reçu une carte de vote pour les votations du 7 mars 2021. Il avait travaillé bénévolement pour l’G_ et pour la fondation H_. Il avait été employé par I_ SA, J_ SA, K_ SA et l’L_. Il n’avait jamais bénéficié de l’aide sociale et avait toujours payé ses impôts. Il possédait un diplôme de comptable.
13) Le 1
er
octobre 2021, l’OCPM a informé M. A_ de son intention de refuser sa demande.![endif]>![if>
14) Le 1
er
novembre 2021, M. A_ s’est déterminé.![endif]>![if>
Dépourvu d’autorisation de séjour depuis dix ans, il avait manqué des occasions professionnelles et n’avait pas eu les mêmes chances que d’autres personnes de s’intégrer de manière remarquable. Même sans tenir compte de la durée de son séjour pour formation, il remplissait les conditions du cas de rigueur. Il travaillait comme fiscaliste et ses connaissances étaient à ce point spécifiques qu’il ne pourrait les utiliser dans son pays d’origine. Il avait tissé des liens particuliers avec la Suisse, s’était adapté à la vie sociale et économique et ne pouvait retourner en B_. Un retour dans son pays entraînerait de graves conséquences sur sa situation personnelle. Un coup d’État s’était produit le 25 juillet 2021 en B_, le président s’était arrogé les pleins pouvoirs et plusieurs personnes, dont des parlementaires, avaient été arrêtées. Il avait pris part à des manifestations à Genève contre ce coup d’État et avait été filmé et était reconnaissable. Il risquait d’être emprisonné à son retour en B_.
15) Le 6 décembre 2021, l’OCPM a refusé de transmettre le dossier de M. A_ au secrétariat d’État aux migrations (ci-après : SEM) avec un préavis favorable à la délivrance d’une autorisation de séjour pour cas de rigueur.![endif]>![if>
Ce dernier ne se trouvait pas dans une situation d’extrême gravité. La durée de son séjour résultait de ses nombreuses procédures judiciaires qui s’étaient succédées pendant plus de dix ans ainsi que de son refus d’obtempérer aux décisions de renvoi des 15 février 2007 et 13 janvier 2014. Son intégration socioculturelle ne pouvait pas être qualifiée de particulièrement remarquable. Ses études universitaires ainsi que ses expériences professionnelles lui avaient permis d’acquérir des bases solides, pouvant être utilisées dans un contexte différent. Il n’avait pas respecté l’ordre juridique suisse, puisqu’il ne s’était pas conformé aux deux décisions de renvoi. Il n’avait pas non plus démontré qu’une réintégration dans son pays d’origine entraînerait de graves conséquences sur sa situation personnelle.
Aucun élément attestait le bien-fondé de sa crainte de subir un emprisonnement à son retour en B_, du fait qu’il avait été filmé lors d’une manifestation à Genève. Enfin, il ne démontrait pas l’existence d’obstacles à son retour dans son pays d’origine et le dossier ne faisait pas apparaître que l’exécution de son renvoi se révélerait impossible, illicite ou inexigible.
16) Le 4 janvier 2022, M. A_ a recouru auprès du TAPI contre cette décision, concluant à ce que l’OCPM préavise favorablement son dossier en vue de l’octroi d’une autorisation de séjour pour cas de rigueur.![endif]>![if>
Rappelant la chronologie de son parcours en Suisse, il a repris les arguments exposés dans sa lettre du 1
er
novembre 2021. Il avait reçu une carte de vote pour les votations du 7 mars 2021, alors que sa demande d’autorisation de séjour avait été rejetée par l’OCPM en date du 6 décembre 2021. L’autorité intimée avait violé l’exigence de la loyauté contenue dans le principe de la bonne foi et devait supporter les conséquences de son erreur.
17) Le 7 mars 2022, l’OCPM a conclu au rejet du recours. ![endif]>![if>
M. A_ ne pouvait se prévaloir de la seule durée de son séjour en Suisse, qui constituait un élément parmi d’autres à prendre en considération. Âgé de quarante-cinq ans, en bonne santé, sans enfants et disposant de connaissances professionnelles qu’il pourrait mettre à profit dans sa patrie, sa réintégration n’était pas fortement compromise. Les seules craintes d’emprisonnement pour avoir participé à une manifestation à Genève dénonçant les événements ayant eu lieu en B_, n’étaient pas de nature à donner lieu à une admission provisoire.
18) M. A_ n’a pas répliqué dans le délai imparti. ![endif]>![if>
19) Par jugement du 26 avril 2022, le TAPI a rejeté le recours.![endif]>![if>
M. A_ séjournait en Suisse depuis septembre 2002. Son séjour pour études ne devait toutefois pas être pris en compte. Il avait ensuite séjourné en Suisse en toute légalité, au bénéfice d’une autorisation de séjour pour regroupement familial, mais son union n’avait duré qu’un an et demi. Il avait pour le reste séjourné en Suisse au bénéfice d’une tolérance ou par l’effet de ses recours, ce qui relativisait fortement la durée de son séjour en Suisse.
Il n’avait jamais bénéficié de l’aide sociale et ne faisait l’objet ni d’actes de défaut de biens ni de poursuites pour dettes. Il maîtrisait la langue française depuis 2002. Le diplôme de comptable qu’il avait obtenu en 2014 pouvait être valorisé dans son pays. Il pouvait se prévaloir d’une bonne intégration socioculturelle puisqu’il s’était investi bénévolement auprès de la fondation H_ et de l’G_. Arrivé en Suisse à l’âge de 25 ans, il avait vécu dans son pays son enfance et son adolescence, période cruciale pour la formation de sa personnalité. Ses difficultés de réinsertion en B_ ne seraient pas plus graves que celles de ses concitoyens placés dans une situation similaire. Il avait mis l’autorité devant le fait accompli et devait s’attendre à ce que celle-ci se préoccupe de rétablir une situation conforme au droit. Son mariage avec Mme E_ n’avait pas été célébré et il devait s’attendre à devoir quitter tout ce qu’il avait mis en place en Suisse en cas de rejet de sa demande.
Le fait qu’il avait reçu une carte de vote ne pouvait constituer une assurance quant à l’octroi d’une autorisation de séjour.
20) Par acte remis à la poste le 24 mai 2022, M. A_ a recouru auprès de la chambre administrative contre cette décision, concluant à son annulation ainsi qu’à celle de la décision de refus de l’OCPM et à ce que lui soit délivrée une autorisation de séjour pour cas de rigueur, subsidiairement à ce qu’il soit admis à titre provisoire, plus subsidiairement à ce que le dossier soit renvoyé à l’OCPM ou au SEM. Préalablement, l’édition de toutes preuves ou documents propre à démontrer les faits de la cause et l’audition de M. M_, président de l’association des victimes de tortures, devaient être ordonnés.![endif]>![if>
Il travaillait comme comptable fiscaliste indépendant depuis janvier 2015. La pandémie de Covid-19 ne lui avait pas permis de réunir les documents nécessaires au mariage. Il avait toujours payé l’impôt à la source. P_ SA avait promis de l’embaucher pour une durée indéterminée s’il obtenait une autorisation de séjour.
Il remplissait à tout le moins la condition du séjour de sept à huit ans prévu par la jurisprudence. Il avait étudié la comptabilité suisse et non pas B_, or il existait de grandes différences entre les deux. Il avait étudié la fiscalité suisse exclusivement. Il ne serait pas en mesure de réintégrer la société B_.
Il avait reçu son matériel de vote entre 2012 et 2021, or la Constitution genevoise n’autorisait que les étrangers ayant leur domicile légal dans le canton à exercer leurs droits politiques, ce qui signifiait qu’ils devaient être en situation régulière et disposer d’une autorisation de séjour. Le même État qui lui adressait son matériel de vote lui avait refusé l’autorisation de séjour.
Son renvoi en B_ était illicite car il l’exposerait à un véritable risque concret et sérieux d’être victime de traitements prohibés par l’art. 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 (CEDH -
RS 0.101
) ou par l’art. 3 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984 (Conv. torture -
RS 0.105
). Il avait été filmé lors de manifestations à Genève contre le coup d’État survenu en B_. M. M_ attestait qu’il était connu comme un opposant aux nouvelles mesures prises par le président et menacé par de sérieux harcèlements et problèmes qui pouvaient même le conduire en prison et l’exposer à des pratiques inhumaines mettant sa vie en danger s’il rentrait en B_.
21) Le 21 juin 2022, l’OCPM a conclu au rejet du recours.![endif]>![if>
M. A_ n’avait pas rendu vraisemblable que le pouvoir en place en B_ aurait eu connaissance de sa participation à la manifestation à Genève et qu’il risquerait de ce fait des persécutions à son retour dans son pays.
M. M_ n’indiquait pas concrètement ni ne prouvait les menaces qui pèseraient sur le recourant.
22) Le 27 juillet 2022, M. A_ a répliqué et persisté dans ses conclusions.![endif]>![if>
Il avait précisément demandé l’audition de M. M_ pour faire détailler les risques qu’il encourrait en cas de retour en B_.

## Considerations