# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** f82b1470-260e-535e-ba49-28c4ca631d21
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2020
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié le 5 octobre 2020, A_ et B_ recourent contre l'ordonnance
du 24 septembre 2020, notifiée sous pli simple, par laquelle le Ministère public
a admis la qualité de parties plaignantes de C_ et D_ dans la procédure pénale dirigée contre eux.
Ils concluent, principalement, à l'annulation de cette décision. Préalablement, ils demandent des mesures provisionnelles, en ce sens que C_ et D_ ne bénéficieront pas des prérogatives d'une partie plaignante, avant droit connu.
b.
Le 6 octobre 2020, la Direction de la procédure a fait droit aux mesures provisionnelles (
OCPR/43/2020
).
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
E_, ressortissante française décédée en 2013, était l'ayant droit économique (PP 100'080) d'un compte bancaire détenu à Genève par F_ Foundation, de droit panaméen, qu'elle a fait constituer en 2003 (PP 10'019 ss.). Par ses organes, F_ Foundation avait confié le mandat de gérer ce compte successivement à deux société de gestion de fortune animées par A_, gendre de la défunte.
Selon son règlement (PP 100'045 ss.), F_ Foundation avait pour bénéficiaires E_ ("
première bénéficiaire
"), ainsi que - à parts égales - ses filles, C_ et B_, et sa petite-fille, D_ ("
bénéficiaires substituées
").
B_ est la femme de A_.
De son vivant, E_ avait la jouissance de l'exclusivité de l'ensemble de la fortune de la fondation et des revenus en découlant, à l'exclusion de tout autre bénéficiaire. Un bénéficiaire substitué ne pouvait émettre de prétention sur sa part avant d'avoir atteint l'âge de 30 ans révolu, ce qui était le cas pour les plaignantes à la date du décès de E_.
b.
Alarmées par la diminution des avoirs en compte, C_ et D_ ont déposé plainte pénale, le 18 octobre 2016, contre A_ et B_ : le premier se serait écarté des instructions données par la défunte et la seconde aurait profité de certains mouvements de fonds, possiblement en faveur de ses filles d'un premier mariage (plainte, ch. 39).
c.
Dès le 10 octobre 2018, A_ et B_, prévenus de gestion déloyale et d'abus de confiance pour avoir causé un préjudice de quelque USD 4'400'000.- à E_, ont mis en doute la qualité de parties plaignantes de C_ et de D_. Ils ont refusé de s'exprimer avant que cette question ne soit tranchée.
d.
Entendues le 3 avril 2019, C_ et D_ ont expliqué que A_ avait rejeté l'origine des pertes sur le précédent gestionnaire et sur la crise financière de 2008. Au décès de E_, elles avaient voulu que F_ Foundation fût dissoute et son patrimoine, réparti entre les héritières.
e.
Deux des organes de F_ Foundation ont été entendus comme témoins, les 11 et 25 juin 2020. En bref, le président a affirmé avoir fidèlement exécuté les instructions données par E_ ou transmises par A_, et le secrétaire (jusqu'en 2017) a déclaré ne pas s'y être intéressé; la diminution des avoirs en compte s'expliquait par la crise financière de 2008, la gestion de A_ en 2011 et les nombreux retraits ou transferts intervenus jusqu'en 2016.
C.
Dans la décision attaquée, le Ministère public concède que les actes reprochés auraient directement lésé F_ Foundation, mais que, comme l'audition des organes de celle-ci avait montré qu'ils pourraient en avoir facilité la commission, la fondation se trouvait "
dans l'impossibilité
" de déposer plainte par elle-même, sauf à ce que ses organes "
s'incriminent eux-mêmes
". Pour ne pas heurter le sentiment de justice et d'équité, il convenait donc de reconnaître à C_ et à D_ le droit de se constituer parties plaignantes. En revanche, leur plainte était périmée en tant qu'elle visait B_, une proche au sens de la loi.
D.
a.
À l'appui de leur recours, A_ et B_ font grief au Ministère public d'avoir violé l'art. 115 CPP et les principes applicables. C_ et D_ s'étaient vu conférer, à tort, le droit de consulter le dossier. Leur "
disparition
" (sic) simplifierait considérablement la procédure. La Chambre de céans avait refusé d'étendre la qualité de parties plaignantes aux bénéficiaires d'un trust. Or, F_ Foundation n'était pas un trust, et son patrimoine lui appartenait en propre, non aux plaignantes, qui, même bénéficiaires, devaient en réalité être considérées comme des dénonciatrices. C_ et D_ n'avaient jamais rien entrepris pour destituer ou révoquer les organes de la fondation, pas plus que E_ de son vivant. À cet égard, il fallait même considérer que celle-ci avait renoncé à porter plainte et, par-là, à ses droits procéduraux, au sens de l'art. 121 CPP. Avec le départ du secrétaire, remplacé par une personne totalement extérieure aux faits reprochés, F_ Foundation n'était pas empêchée d'agir contre ses propres organes.
b.

## Considerations