# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 34f6f393-97b7-51dd-b6e9-3c54d53710b8
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_004
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Rental and Lease

## Facts

EN FAIT
A. a.
Le 25 novembre 2019, SI A_ SA a formé devant le Tribunal des baux et loyers une demande en paiement à l'encontre de B_ tendant, en substance, à ce qu'il soit dit que la résiliation immédiate de son bail par B_ le 18 mai 2018 était inefficace et à ce que celle-ci soit condamnée à lui verser une somme totale de 115'500 fr.
b.
Les _ 2020, B_ a fait l'objet de trois sommations dans la Feuille officielle suisse du commerce de la part du Registre du commerce de Genève en application de l'art. 155 ORC afin que d'éventuels opposants se manifestent, faute de quoi, l'affaire serait transmise "au tribunal pour décision".
c.
Le _ 2020, B_ a été radiée d'office du Registre du commerce, en application des art. 938a al. 1 CC et 155 al. 3 CC, selon publication dans la Feuille officielle suisse du commerce du _ 2020, personne n'ayant fait valoir un intérêt au maintien de l'inscription.
B.
Par jugement
JTBL/487/2020
du 14 juillet 2020, le Tribunal des baux et loyers a déclaré irrecevable la demande en paiement formée le 25 novembre 2019 par
SI A_ SA à l'encontre d'anciennement B_ (ch. 1 du dispositif), débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 2) et dit que la procédure était gratuite (ch. 3).
Cette décision, rendue en application des art. 52 al. 1, 53 et 54 CC, ainsi que 643 CO et 59 al. 2 let. c CPC, était motivée par le fait que B_ avait été radiée du Registre du commerce.
C. a.
Par acte expédié le 17 août 2020 à la Cour de justice, SI A_ SA a formé appel contre ce jugement. Elle a conclu, préalablement, à la suspension de l'instruction de la cause jusqu'à droit jugé sur la requête en réinscription de B_ au Registre du commerce et, principalement à l'annulation du jugement attaqué, à ce qu'il soit dit et constaté que la demande qu'elle avait formée le 25 novembre 2019 était bonne et recevable et au renvoi de la cause au Tribunal pour qu'il statue sur ladite demande, le tout avec suite de dépens.
b.
Dans sa réponse du 21 septembre 2020, B_ a conclu à l'irrecevabilité de l'appel, avec suite de frais.
c.
Dans sa réplique du 19 octobre 2020, SI A_ SA a allégué que B_ avait été réinscrite au Registre du commerce.
Elle a produit à cet égard un extrait dudit Registre du commerce ainsi qu'un jugement du Tribunal de première instance du 1
er
octobre 2020 ordonnant la réinscription de B_ au motif que SI A_ SA avait rendu vraisemblable tant sa qualité de créancière qu'un intérêt à la réinscription, la radiation de B_ ne lui permettant pas de faire valoir ses droits contre cette dernière.
d.
B_ a dupliqué, persistant dans ses conclusions.
e.
Les parties ont été avisées le 1
er
décembre 2020 par le greffe de la Cour de ce que la cause était gardée à juger.

## Considerations

EN DROIT
1.
1.1
L'appel est recevable contre les décisions finales et les décisions incidentes de première instance (art. 308 al. 1 let. a CPC). Dans les affaires patrimoniales, l'appel est recevable si la valeur litigieuse au dernier état des conclusions est de 10'000 fr. au moins (art. 308 al. 2 CPC). La voie de l'appel est dès lors ouverte en l'espèce.
1.2
Interjeté selon la forme et dans le délai prescrit, l'appel est recevable. Il est rappelé que l'entité juridique dont l'existence juridique ou la capacité d'être partie est remise en cause demeure formellement partie au procès portant sur ces questions et peut former appel (ATF
118 Ia 236
consid. 3a;
99 III 4
consid. 5; arrêt du Tribunal fédéral
5A_194/2011
du 30 mai 2011 consid. 3.2).
1.3
A la suite du jugement du Tribunal de première instance du 1
er
octobre 2020 ordonnant la réinscription de B_ au Registre du commerce, la conclusion préalable de l'appelante en suspension de la procédure jusqu'à droit jugé sur la requête en réinscription est devenue sans objet.
1.4
L'art. 317 al. 1 CPC prévoit que les faits et moyens de preuve nouveaux sont admissibles en appel pour autant qu'ils soient invoqués ou produits sans retard (let. a) et qu'ils n'aient pas pu l'être en première instance, bien que la partie qui s'en prévaut ait fait preuve de la diligence requise (let. b). Selon la jurisprudence, ces conditions sont cumulatives.
En l'espèce, l'appelante a produit devant la Cour des pièces nouvelles, relatives à des faits survenus postérieurement à la date à laquelle le jugement attaqué a été rendu. Ils sont donc recevables.
2.
L'appelante invoque dans son appel avoir formé une requête afin que l'intimée soit réinscrite au Registre du commerce, laquelle devrait être admise, de sorte que son appel était fondé.
2.1
2.1.1
La capacité d'être partie est subordonnée soit à la jouissance des droits civils, soit à la qualité de partie en vertu du droit fédéral (art. 66 CPC). L'exercice des droits civils confère la capacité d'ester en justice (art. 67 al. 1 CPC).
Les personnes morales acquièrent la personnalité en se faisant inscrire au Registre du commerce (art. 52 al. 1 CC). Dès qu'elle acquiert la personnalité, la personne morale jouit des droits civils (art. 53 CC) et se voit attribuer la capacité d'être partie au procès.
La radiation d'une personne morale entraîne son défaut de capacité d'être partie, y compris si elle survient en cours de procès (Bohnet, Code de procédure civile, 2
ème
éd., 2019, n. 77 ad art. 59 CPC).
2.1.2
La capacité d'être partie constitue une condition de recevabilité de la demande (art. 59 al. 2 let. c CPC) et, à ce titre, est examinée d'office par le juge (art. 60 CPC). La non réalisation de cette condition aboutira, le cas échéant, à un jugement d'irrecevabilité dépourvu d'autorité de chose jugée (Jeandin, in Commentaire romand, Code de procédure civile, 2
ème
éd., 2019, n. 11 ad art. 66 CPC).
2.1.3
La réinscription d'une société au Registre du commerce conduit au rétablissement du
status quo ante
avec un effet
ex nunc
(Galli/Vischer, Wiedereintragung einer im Handelsregister gelöschten Gesellschaft, GesKR 2019 p. 646 s; Rüetschi, in SHK- Handelsregisterverordnung (HRegV), 2013, n. 5 ad art. 164 ORC; Bilek/Von der Crone, Voraussetzungen und Kognition hinsichtlich der Wiedereintragung einer Gesellschaft, Entscheid des Schweizerischen Bundesgerichts
4A.12/2006
(BGE 132 III 731) vom 19. September 2006, RDS 2007, p. 85). Il n'y a ainsi pas d'effet rétroactif du rétablissement de la personnalité juridique (Lorandi, Löschung einer Gesellschaft im Handelsregister nach Abschluss des Insolvenzverfahrens, PJA 2018, p. 730).
2.2
En l'espèce, l'intimée avait été radiée du Registre du commerce lorsque le Tribunal a rendu le jugement attaqué. En déclarant, de ce fait, la demande irrecevable, le Tribunal n'a dès lors pas violé le droit, ce que l'appelante ne conteste d'ailleurs pas. La réinscription de l'intimée au Registre du commerce, postérieurement au jugement attaqué, qui n'a qu'un effet
ex nunc
, ne change rien au fait qu'au moment où le jugement attaqué a été rendu, l'intimée était radiée.
La réinscription postérieure de l'intimée constitue toutefois un fait nouveau recevable, dont il y a lieu de tenir compte. Dès lors, dans la mesure où l'intimée n'est plus, en l'état, radiée du Registre du commerce, elle dispose de la capacité d'être partie.
Le jugement attaqué sera ainsi annulé et la cause renvoyée au Tribunal pour instruction de la cause et nouvelle décision.
3.
A teneur de l'art. 22 al. 1 LaCC, il n'est pas prélevé de frais dans les causes soumises à la juridiction des baux et loyers (ATF
139 III 182
consid. 2.6).
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