# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** b074788b-ac44-5676-b11e-6c11c4444200
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 3 octobre, A_ et B_ recourent contre l'ordonnance
du 12 septembre 2019, notifiée par pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur sa "
dénonciation
" du 3 septembre 2019 dirigée contre C_ et contre le refus, du 26 septembre 2019, de lui désigner un conseil juridique (art. 136 CP).
Les recourants concluent à l'annulation de l'ordonnance précitée, respectivement au renvoi de la cause au Ministère public pour ouverture d'une procédure préliminaire laquelle devait être menée jusqu'à son terme. Ils demandent également que l'assistance judiciaire leur soit accordée.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a.
Le 3 septembre 2019, A_ et B_, "
après déposé des procédures contre C_ pour des faits de criminalité économique ou contraires à l'ordre public
", ont dénoncé des faits dont ils avaient été victimes en novembre 2017.
Le 1
er
novembre 2017, C_, chez qui ils s'étaient rendus, était brutalement entré dans une colère extrême et avait saisi un grand couteau de cuisine. Il avait ordonné à A_, son frère, de s'en saisir criant, à de nombreuses reprises, "
Tue-moi, rends-moi service, tue-moi"
. Craignant pour sa vie et celle de sa femme, A_ avait pris le couteau par le manche et l'avait pointé vers le sol avant de quitter les lieux.
Rétrospectivement, ils avaient envisagé que cette "
instigation au meurtre
" devait permettre à C_ de se prévaloir abusivement d'un cas de légitime défense au cas où sa véritable intention aurait été de riposter immédiatement en faisant usage d'une arme de poing dissimulée. La réaction mesurée de A_ lui avait permis de sauver "
sa peau
", la vie de son frère n'ayant jamais été menacée.
A_ et B_ avaient tu ce drame pour ne pas envenimer la situation, ayant besoin de la collaboration de C_ pour aboutir au partage de la succession. Compte tenu de la tournure des évènements, ils considéraient ne plus pouvoir garder le silence craignant une atteinte à leur intégrité physique et morale de la part du précité.
b.
Le 25 septembre 2019, A_ a déposé au Ministère public le formulaire de situation personnelle en vue de l'octroi de l'assistance judiciaire pour la partie plaignante pour les procédures P/1_/2019, P/2_/2019, P/18619/2019 et "
inconnues
".
C.
a.
Dans son ordonnance de non-entrée en matière, le Ministère public a retenu que les faits dénoncés n'étaient pas constitutifs d'une infraction; C_ ayant eu un comportement auto-agressif, ce qui n'étaient pas interdit par le Code pénal.
b.
Le Procureur motive le refus d'octroi de l'assistance judiciaire aux motifs qu'il ne pouvait plus procéder à la désignation d'un conseil juridique, des ordonnances de non-entrée en matière ayant déjà été prononcées; l'action civile était vouée à l'échec, ce que démontrait la notification de ces ordonnances; A_ n'était pas indigent, au vu des documents produits, disposant d'une fortune de plus de CHF 4 millions.
D.
a.
À l'appui de leur recours, A_ et B_ reprochent au Ministère public d'avoir procédé à une constatation erronée des faits. Ils se réfèrent aux art. 7, 116 et 393 CPP ainsi que 111 et 24 CP. A_ avait été victime d'une instigation à meurtre et B_, proche de la victime, en avait été témoin; ils avaient été victimes d'une atteinte à leur intégrité. Concernant l'assistance judiciaire, dans le cadre de cette procédure, A_ conteste disposer de CHF 4 millions, lesquels correspondaient à des droits successoraux non-partagés.
b.
À réception du recours, la cause a été gardée à juger sans échange d'écritures ni débats.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement irrecevables ou mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
2.
L'autorité de recours possède un plein pouvoir d'examen en fait et en droit et n'est pas liée par les motifs invoqués par les parties (art. 391 al. 1 let. a CPP) ou la motivation de l'autorité précédente dont elle a à connaître des décisions, le seul principe applicable en la matière étant celui de la vérité matérielle objective et de la légalité (art. 7 CPP) ainsi que la maxime d'instruction et l'adage "
jura novit curia
" (art. 6 CPP ; L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND, CPP,
Code de procédure pénale
, Bâle 2013, n. 2 ad art. 391 ;
ACPR/831/2017
du 6 décembre 2017).
3.
Le recours a été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al.1 et 396 al.1 CPP) – les formalités de l'art. 85 al. 2 CPP n'ayant pas été observées – et concerne des ordonnances sujettes à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al.1 let. a CPP).
4.
Reste à déterminer si les recourants disposent de la qualité pour recourir.
Les recourants soutiennent avoir été "
victime d'instigation à meurtre
", Jérémy LUBICZ ayant demandé à son frère de le tuer, sa belle-sœur ayant assisté à la scène, tout en expliquant s'être sentis menacés dans leur intégrité physique.
4.1.
Le recourant, quel qu'il soit, doit être directement atteint dans ses droits et établir que la décision attaquée viole une règle de droit qui a pour but de protéger ses intérêts et qu'il peut, par conséquent, en déduire un droit subjectif. Le recourant doit en outre avoir un intérêt à l'élimination de cette atteinte, c'est-à-dire à l'annulation ou à la modification de la décision dont provient l'atteinte (A. KUHN / Y. JEANNERET (éds),
Commentaire romand :
Code de procédure pénale suisse
, Bâle 2011, n. 2 ad art. 382 CPP).
Est lésé, celui qui est atteint directement dans ses droits par l'infraction (art. 115 al. 1 CPP). Lorsque la norme ne protège pas en première ligne les biens juridiques individuels, seule est considérée comme lésée la personne qui est affectée dans ses droits par l'infraction visée par la norme, pour autant que l'atteinte apparaisse comme la conséquence directe du comportement de l'auteur (ATF
139 IV 78
consid. 3.3.3 p. 81 ss ;
138 IV 258
consid. 2.2 et 2.3). Il suffit, dans la règle, que le bien juridique individuel dont le lésé invoque l'atteinte soit protégé secondairement ou accessoirement, même si la norme protège en première ligne des biens juridiques collectifs. En revanche, celui dont les intérêts privés ne sont atteints qu'indirectement par une infraction qui ne lèse que des intérêts publics, n'est pas lésé au sens du droit de procédure pénale (ATF
141 IV 454
consid. 2.3.1., arrêt du Tribunal fédéral
6B_531/2016
du 5 mai 2017 consid. 3.1. et les références citées).
4.2.
L'art. 111 CP vise celui qui aura intentionnellement tué une personne.
L'art. 114 CP punit celui qui, cédant à un mobile honorable, notamment à la pitié, aura donné la mort à une personne sur la demande sérieuse et instante de celle-ci. Les protagonistes doivent se trouver dans un rapport analogue à celui d'un instigateur vis-à-vis d'une personne instiguée (M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI (éds),
Code pénal - Petit commentaire
, 2
e
éd., Bâle 2017, n. 12 ad art. 114)
L'instigation (art. 24 CP) est le fait de décider intentionnellement autrui à commettre une infraction intentionnelle (M. DUPUIS / L. MOREILLON / C. PIGUET / S. BERGER / M. MAZOU / V. RODIGARI (éds),
op.cit.,
n. 1 ad art. 24).
L'art. 180 CP punit, sur plainte, celui qui, par une menace grave, aura alarmé ou effrayé une personne.
4.3.
En l'espèce, les recourants rapportent dans leur plainte que C_ aurait demandé à son frère de lui "
rendre service et de le tuer
". Ce cas de figure, à supposer que le précité ait réellement eu l'intention de mourir, est celui de l'art. 114 CP et non d'une instigation à meurtre au sens des art. 24 et 111 CP. Le recourant, s'il était passé à l'acte, aurait été prévenu et non victime. La recourante, quant à elle, n'aurait pas pour autant le statut de victime.
Les recourants n'ont ainsi pas le statut de lésé en lien avec une tentative d'homicide.
Ils expliquent, en réalité, que A_ s'était, rétrospectivement senti menacé par l'attitude de son frère et on peut considérer, de manière très large, que la recourante se soit également sentie menacée. Dans cette mesure, les recourants bénéficient de la qualité pour recourir contre l'ordonnance de non-entrée en matière.
5.
Les recourants reprochent au Ministère public de ne pas avoir ouvert une procédure préliminaire.
5.1.
Selon l'art. 310 al. 1 CPP, le ministère public rend immédiatement une ordonnance de non-entrée en matière s'il ressort notamment de la dénonciation que les éléments constitutifs de l'infraction ne sont manifestement pas réunis (let. a); qu'il existe des empêchements de procéder (let. b).
Aux termes de l'art. 31 CP, le droit de porter plainte se prescrit par trois mois. Le délai court du jour où l'ayant droit a connu l'auteur de l'infraction. Ce délai commence à courir le jour où l'ayant droit a connaissance de l'auteur et – l'art. 31 CP ne le précise pas, mais cela va de soi – de l'acte délictueux, c'est-à-dire des éléments constitutifs de l'infraction, objectifs, mais également subjectifs (arrêts du Tribunal fédéral
6B_599/2014
du 15 décembre 2014 consid. 2.1;
6B_451/2009
du 23 octobre 2009 consid. 1.2).
L'observation du délai de plainte est une condition d'exercice de l'action publique (ATF
118 IV 325
consid. 2b), qui justifie un refus de mettre en œuvre la poursuite pénale lorsqu'elle n'est pas réalisée, ou le prononcé d'un non-lieu lorsque le juge d'instruction a procédé à des mesures d'instruction. En dépit de la lettre de l'art. 31 CP, le délai institué par cette disposition est un délai de péremption (arrêt du Tribunal fédéral
6B_482/2008
du 26 août 2008 consid. 3.2 avec référence à l'ATF
97 IV 238
consid. 2), qui ne peut être ni suspendu, ni interrompu, ni prolongé.
5.
2.
En l'espèce, les faits se sont déroulés le 1
er
novembre 2017 de sorte que la plainte des recourants est tardive. Partant, l'empêchement de procéder devait conduire au prononcer d'une ordonnance de non-entrée en matière.
Justifiée,
l'ordonnance
querellée sera donc confirmée, sous cet angle également.
6.
A_ recours contre le refus de le mettre au bénéfice de l'assistance judiciaire.
6.1.
À teneur de l'art. 136 al. 1 CPP, la direction de la procédure accorde entièrement ou partiellement l'assistance judiciaire à la partie plaignante pour lui permettre de faire valoir ses prétentions civiles lorsqu'elle est indigente (let. a) et que l'action civile ne paraît pas vouée à l'échec (let. b).
6.2.
En l'espèce, la cause du recourant était vouée à l'échec, ne serait-ce qu'au regard de la tardiveté de sa plainte.
C'est à bon droit, par substitution de motifs, que sa requête a été rejetée par le Procureur.
7.
Les recourants, qui succombent, supporteront, conjointement et solidairement (art. 418 al. 2 CPP), les frais envers l'État, qui comprendront un émolument de CHF 1'000.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
* * * * *