# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 1dfd7d9d-f707-5fd3-a1e5-316cd2f3e5f2
**Court:** FR_TC
**Chamber:** FR_TC_005
**Year:** 2015
**Language:** fr
**Jurisdiction:** FR / Espace_Mittelland
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Criminal Procedure

## Facts

considérant en fait
A. A._ était administrateur, respectivement associé gérant des sociétés C._ SA et D._ Sàrl, à ce jour radiées. Elles avaient pour but l’exploitation d’une entreprise générale ainsi que la vente, la promotion et la réalisation dans le domaine du bâtiment et de l’immobilier en général. A._ est également associé gérant de E._ Sàrl qui réalise des expertises immobilières et du courtage immobilier, et qui exploite un bureau technique et une entreprise générale de construction.
B. Le 20 juin 2012, F._ et G._ ont déposé une dénonciation pénale pour tentative et instigation d’escroquerie à l’encontre de A._, en sa qualité d’administrateur de C._ SA, société avec laquelle ils ont conclu un contrat relatif à la conception et la réalisation d’une habitation familiale (DO 2'000). En substance, ils lui reprochent d’avoir empoché frauduleusement les rabais accordés par les maîtres d’état aux maîtres d’ouvrage en occultant sur leurs devis les rabais accordés, d’avoir rémunéré un employé au noir, et d’avoir poursuivi un mandat résilié par ses clients en sous-traitance (DO 4'440 ss).
Le 2 octobre 2012, H._ et I._, qui avait conclu avec la société D._ Sàrl un contrat d’entreprise générale portant sur la conception et la réalisation d’une habitation familiale, ont également déposé plainte pénale pour escroquerie à l’encontre de A._ (DO 2'037). Ils ont en outre introduit une action civile en date du 2 avril 2013 (DO 2'201). Ils soutiennent que A._ leur aurait volontairement fait miroiter l’installation d’un type de tuiles (Joran), qui devaient être incluses dans le forfait, alors que cela n’était techniquement pas possible, et que seules des tuiles moins esthétiques et moins onéreuses (Econorobs), étaient adaptées à la pente du toit. Ils prétendent également que A._ leur aurait facturé des prestations qui auraient dû être incluses dans le forfait d’entreprise générale et qu’il aurait poussé une autre entreprise à solliciter une hypothèque légale pour une facture qui devait être incluse dans le forfait. Par ailleurs, certaines malfaçons diminueraient la valeur de la villa (DO 4’401 ss).
Dans le cadre du même litige, les époux H._ et I._ avaient déjà saisi le Président du Tribunal civil de l’arrondissement de la Sarine le 15 octobre 2010 d’une requête de preuve à futur (DO 20'006 ss). Dans ce contexte, B._, architecte ETS, avait été mandaté par le Président du Tribunal pour expertiser l’immeuble du couple H._ et I._ en vue d’établir en particulier des problèmes liés à la construction de la toiture ainsi que d’autres défauts signalés (DO 2'104 ss). Le 30 mai 2011, B._ a livré au Tribunal son rapport, puis un complément le 16 décembre 2011 (DO 2'106 ss). Le 8 mars 2013, une demande en paiement a été introduite par les époux H._ et I._, ensuite de l’échec de la tentative de conciliation. La procédure civile est actuellement toujours pendante.
Le 7 août 2012, le Ministère public a ordonné l’ouverture d’une instruction pénale pour escroquerie et éventuellement abus de confiance à l’encontre de A._ (DO 5'000).
Par mémoire du 24 juin 2013, J._ et K._, qui avaient passé un contrat avec la société E._ Sàrl relatif à la rénovation d’une maison, ont également déposé une plainte pénale à l’encontre de A._ pour violation de la loi sur la concurrence déloyale (DO 2’262 ss). Selon eux, A._ se serait abusivement prévalu du titre d’architecte alors qu’il n’aurait pas été au bénéfice d’un tel diplôme (DO 4'403 ss).
Le 9 juillet 2013, le Ministère public a ordonné l’extension de l’instruction pénale ouverte à l’encontre de A._ à l’infraction de violation de la loi sur la concurrence déloyale (DO
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5'014). Le 22 avril 2014, H._ et I._ ont requis l’audition de B._ en qualité de témoin dans le cadre de la procédure pénale (DO 9'174).
C. Par courrier du 1er avril 2015, le Ministère public a transmis aux avocats du prévenu et des époux, H._ et I._ et J._ et K._ un courrier intitulé "Point de la situation et questions pour l’expert" (DO 9'346 ss). Il est revenu sur les reproches formulés par les plaignants et a expliqué pourquoi, à son avis, ils semblaient infondés de sorte qu’il renonçait à investiguer plus avant. En revanche, le Ministère public a noté que l’enquête avait révélé que A._ avait perçu des rétrocessions de 6 % du chiffre d’affaires de certains maîtres d’état (L._ SA et M._ SA), soit pour plus de CHF 16'000.- au total, au détriment des intérêts de maîtres d’ouvrage qui ne se sont pas constitués parties plaignantes jusqu’alors (N._, O._, P._, Q._, R._, S._, T._, U._). Le prévenu s’est justifié en indiquant qu’il s’agissait de participations au chiffre d’affaires de sociétés avec lesquelles il travaillait régulièrement et que les maîtres d’ouvrage n’étaient en aucun cas lésés puisqu’ils bénéficiaient de prix nettement inférieurs à ceux du marché. Le Ministère public a toutefois considéré que ces faits nécessitaient des investigations complémentaires et a informé les parties qu’il entendait nommer B._, non pas en qualité de témoin comme requis par les époux H._ et I._, mais en qualité d’expert, afin qu’il se prononce sur la véracité des allégations du prévenu s’agissant de la question des rétrocessions.
D. En date du 8 mai 2015, A._ a fait savoir au Ministère public qu’il s’opposait à la désignation de B._ en qualité d’expert, ce dernier devant être récusé. En effet, d’une part, il a réalisé une expertise dans l’affaire civile qui l’oppose aux époux H._ et I._, et, d’autre part, ces époux ont demandé à ce qu’il soit entendu comme témoin dans la procédure pénale. Il a en outre formulé des questions complémentaires à celles du Ministère public à soumettre à l’expert (DO 9'355 ss).
E. Le 13 mai 2015, le Ministère public a rejeté la requête de récusation de A._. Il a confirmé vouloir nommer B._ en qualité d’expert dans la mesure où il n’est pas encore intervenu dans la procédure pénale et que le Ministère public a renoncé à l’entendre comme témoin. Le Ministère public a en outre maintenu le questionnaire à soumettre à l’expert tel qu’il l’avait initialement prévu (DO 4'415 ss).
F. Par mémoire du 26 mai 2015, A._ a interjeté recours contre cette décision concluant à son annulation et au renvoi de la cause au Ministère public pour nomination d’un nouvel expert. Il a en outre conclu à la mise à la charge de l’Etat des frais de la procédure ainsi que des dépens à hauteur de CHF 1'200.-, TVA en sus. Le 2 juin 2015, le Ministère public a conclu au rejet du recours, frais et dépens à la charge du recourant.

## Considerations

en droit
1. a) aa) Aux termes de l’art. 393 al. 1 let. a CPP (Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007; RS 312.0), le recours est recevable contre les décisions et actes de procédure du ministère public. Une décision par laquelle le ministère public établit un mandat d’expertise désignant l’expert et définissant les questions précises qu’il lui donne mandat d’examiner (art. 184 al. 2 let. a et c CPP) est ainsi susceptible de recours selon les art. 393 ss CPP (VUILLE, in Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011, art. 184 CPP n. 17; HEER,
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