# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** b95d2840-ca73-531e-98bd-5b9d34269936
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte daté du 9 décembre 2019, expédié au greffe de la Chambre de céans depuis la prison B_ le 11 décembre 2019, A_ recourt contre la décision de non-report de son expulsion judiciaire, prononcée par l'Office cantonal de la population et des migrations (ci-après : OCPM) le 29 novembre 2019, notifiée le lendemain.
Le recourant conclut préalablement à être dispensé de l'avance de frais et à ce que son renvoi soit suspendu
"compte tenu notamment de mon état de santé"
. Principalement, il conclut à l'annulation de la décision précitée ainsi qu'à son audition
"afin que vous puissiez «de visu» vous faire une idée de tout ce qui est mentionné dans mon recours"
et celle du Dr E_ des HUG
"afin qu'il explique le risque sur ma santé de manière plus précise si je devais interrompre mon traitement"
.
b.
Par ordonnance du 17 décembre 2019 (
OCPR/66/2019
), la Direction de la procédure de la Chambre de céans a accordé l'effet suspensif au recours.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Par jugement du 27 juin 2019, aujourd'hui définitif et exécutoire, le Tribunal de police a déclaré A_ coupable de vol, dommages à la propriété, entrée illégale, séjour illégal, exercice d'une activité lucrative sans autorisation et non-respect d'une assignation à un lieu de résidence ou d'une interdiction de pénétrer dans une région déterminée. Il l'a condamné à une peine privative de liberté de 8 mois, sous déduction de 63 jours de détention avant jugement, peine partiellement complémentaire à celles prononcées le 25 avril 2017 par le Ministère public de Neuchâtel et le 5 mars 2019 par le Ministère public de Genève.
Il a en outre ordonné son expulsion judiciaire du territoire suisse (art. 66
a
bis
CP) pour une durée de 3 ans.
À cet égard, le Tribunal de police a constaté ceci (consid. 3.2.1) :
"(...) Le prévenu séjourne depuis seize ou dix-sept ans essentiellement en Suisse, étant toutefois relevé que sur cette période, il a passé en détention une durée totale d'environ deux ans. Ses relations avec sa fille âgée de douze ans paraissent pour le moins ténues, puisqu'il n'habite pas avec elle et ne la voit qu'occasionnellement, sans compter qu'aucune pièce du dossier ne vient attester l'existence et la nature de ces relations.
Le Tribunal ne peut que douter de la vie commune que le prévenu dit avoir partagée avec son ex-compagne et leur fille durant sept ans, ce d'autant qu'il dit lui-même ne pas avoir obtenu d'autorisation de séjour faute de résider au domicile familial et avoir entretenu une relation intime avec la mère de sa fille durant trois ans seulement.
À cela s'ajoute que les déclarations du prévenu quant à l'exercice de son droit de visite ont été fluctuantes au cours de la procédure. Même si le long laps de temps écoulé depuis sa dernière rencontre avec sa fille était prétendument exceptionnel, il n'en demeure pas moins qu'il lui arrive de ne pas voir sa fille durant des périodes prolongées d'un mois. Il n'est en outre pas établi qu'il participerait encore financièrement à l'entretien de celle-ci. Le Tribunal qualifie dès lors ses contacts avec sa fille de ponctuels. De tels contacts ne seraient pas assimilables à une vie de famille ne pouvant être maintenue ailleurs qu'en Suisse. Rien n'indique donc qu'il ne pourrait continuer à voir sa fille s'il devait retourner dans son pays d'origine ou s'établir en France, où il indique passer du temps et où résident certains membres de sa famille.
S'agissant de son entourage, le prévenu n'a pas prétendu et encore moins démontré avoir développé en Suisse un cercle social particulier, ni y exercer d'autres activités dénotant une intégration à la vie locale.
S'agissant de la maladie chronique dont il souffre, il sera relevé que le suivi médical obtenu à Genève ne paraît pas indispensable à sa survie et que ses problèmes de santé actuels ne l'empêchent pas de commettre des infractions. S'il ressort des pièces médicales produites que les douleurs et la limitation physique dont il souffre sont susceptibles d'entraîner une incapacité de travail, cela est finalement dénué de pertinence, dès lors qu'il n'a que de très faibles perspectives d'intégration professionnelle. Il ne ressort par ailleurs pas de la procédure qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un suivi médical approprié dans un autre pays. S'il ne pourra vraisemblablement pas bénéficier du traitement biologique très onéreux préconisé par son médecin dans son pays d'origine, force est de constater qu'il n'aura pas plus de chances d'en bénéficier en Suisse, étant donné qu'il ne dispose d'aucune couverture d'assurance maladie dans ce pays et que, comme il l'a lui-même indiqué lors de l'audience de jugement, il n'y a en l'état aucune prise en charge financière en perspective.
Ainsi, la solidité des liens sociaux, culturels et familiaux du prévenu avec la Suisse est très faible, voire inexistante, malgré une importante durée de son séjour dans ce pays.
Quant aux liens que l'intéressé conserve avec son pays d'origine, l'Algérie, ou avec la Tunisie, pays dont il dit avoir aussi la nationalité, ils ne paraissent pas si faibles, dès lors qu'il a grandi et vécu pendant au moins 15 ans en Algérie et qu'il a une soeur qui vit en Tunisie.
En définitive, compte tenu du nombre important d'antécédents et de son intégration inexistante en Suisse, le Tribunal considère que l'intérêt public à l'éloignement du prévenu l'emporte sur son intérêt personnel à demeurer en Suisse."
b.
Le 15 novembre 2019, l'OCPM a imparti un délai à A_ pour faire valoir ses observations sur la décision qu'il entendait prendre d'exécuter son expulsion à destination de la Tunisie.
c.
Dans ses observations du 19 suivant, le précité s'est opposé à son expulsion vers la Tunisie. Sa première demande d'asile avait été déposée en Italie, de sorte que c'était vers ce pays qu'il fallait l'expulser, conformément aux accords de C_.
d.
À teneur du dossier, A_ avait été reconnu par les autorités tunisiennes et renvoyé par deux fois dans ce pays, en 2008 et 2012. Son renvoi vers un État
"C_"
était exclu.
C.
Dans sa décision, l'OCPM a refusé le report de l'expulsion judiciaire prononcée le 27 juin 2019 à l'encontre de A_. Les résultats obtenus dans la base de donné F_ avaient été négatifs. Il n'existait donc aucun obstacle à l'exécution de son expulsion à destination de la Tunisie.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ allègue souffrir d'une spondylarthrite ankylosante nécessitant un traitement adéquat. Son médecin lui avait indiqué qu'il était peu probable qu'il puisse en bénéficier en Tunisie. Quand bien même, il était sans ressources ni n'avait de liens avec son pays d'origine. En outre, un renvoi rendrait ses contacts avec sa fille impossibles vu sa situation précaire.
b.
Dans ses observations du 15 janvier 2021, l'OCPM conclut au rejet du recours. L'intéressé ne jouissait pas du statut de réfugié reconnu en Suisse; sa vie ou sa liberté n'étaient pas menacées par l'exécution de son expulsion dans son pays d'origine. Sa maladie n'était pas d'une gravité telle que la probabilité qu'il ne puisse pas bénéficier d'un traitement
ad hoc
en Tunisie, au vu de son coût, ait des conséquences létales. Son argumentation relative à sa fille ne saurait par ailleurs être prise en compte à ce stade, eu égard à l'examen approfondi de son cas par le Tribunal de police. Enfin, il n'y avait aucun obstacle à son renvoi vers la Tunisie, ce pays l'ayant reconnu et étant disposé à délivrer un laissez-passer. Le recours était dilatoire, l'intéressé cherchant par tous les moyens à se soustraire à son expulsion, preuve en était que depuis sa sortie de prison, le 22 février 2020, il n'avait respecté ni l'assignation à résidence dans la commune de D_ ni l'injonction faite de se présenter à la police une fois par semaine.
c.
Dans ses observations du 21 décembre 2020, le Ministère public conclut au rejet du recours. Les questions relatives à la vie familiale du recourant avaient déjà été définitivement tranchées et ne pouvaient pas être examinées à ce stade de la procédure. Le Tribunal fédéral avait en outre déjà jugé que le système sanitaire tunisien était apte à fournir les soins nécessaires et ne justifiait ainsi pas un report de l'expulsion (cf. arrêt
2C_411/2015
du 24 juin 2015).
d.
Le recourant n'a pas répliqué.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
1.1.
Dans son arrêt du 23 novembre 2020 (
ACST/34/2020
), la Chambre constitutionnelle de la Cour de justice a admis que la Chambre de céans était compétente pour connaître des recours contre les décisions de l'OCPM rendues en matière de report de l'exécution de l'expulsion pénale au sens de l'art. 66
d
CP.
Cette attribution résultera en outre de la modification de la loi d'application de la loi fédérale sur les étrangers et l'intégration (LaLEI) en cours, laquelle confère au Département de la sécurité, de l'économie et de la santé, soit pour lui l'OCPM, la compétence pour statuer sur le report de l'exécution de l'expulsion. Le nouvel art. 5 al. 5 LaCP entraînera ainsi la compétence de la Chambre pénale de recours pour statuer sur les recours en la matière, par le truchement des art. 40 al. 1 et 42 al. 1 let. a LaCP.
1.2.
La procédure devant la Chambre de céans est régie par le CPP, applicable au titre de droit cantonal supplétif (art. 42 al. 2 LaCP).
1.3.
Le recours émane du condamné, qui a un intérêt juridiquement protégé à l'annulation ou à la modification de la décision attaquée (art. 382 al. 1 CPP).
1.3.1.