# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** a85431d4-d9dd-43ac-b742-72f6267b950b
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A.
Par arrêt rendu le 16 mars 2018 dans la cause GE.2017.0018, la Cour de droit administratif et public (CDAP) du Tribunal cantonal a admis le recours formé par A._ à l'encontre d'une décision de la Police cantonale prononçant la confiscation des armes et munitions saisies à son domicile, annulé cette décision et renvoyé le dossier de la cause à l'autorité intimée pour complément d'instruction et nouvelle décision dans le sens des considérants. Il résulte de cet arrêt en particulier ce qui suit:
"3. L'art. 8 de la loi du 20 juin 1997 sur les armes, les accessoires d'armes et les munitions (LArm; RS 514.54) énonce ce qui suit :
«
Art. 8 Obligation d'être titulaire d'un permis d'acquisition d'armes
1
Toute personne qui acquiert une arme ou un élément essentiel d'arme doit être titulaire d’un permis d’acquisition d’armes.
1bis
Toute personne qui demande un permis d’acquisition pour une arme à feu dans un but autre que le sport, la chasse ou une collection doit motiver sa demande.
2
Aucun permis d’acquisition d’armes n’est délivré aux personnes:
a. qui n’ont pas 18 ans révolus;
b. qui sont protégées par une curatelle de portée générale ou un mandat pour cause d’inaptitude;
c. dont il y a lieu de craindre qu’elles utilisent l’arme d’une manière dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui;
d. qui sont enregistrées au casier judiciaire pour un acte dénotant un caractère violent ou dangereux ou pour la commission répétée de crimes ou de délits, tant que l’inscription n’est pas radiée.
2bis
(...).
»
L'art. 31 LArm prévoit ce qui suit:
«
Art. 31 Mise sous séquestre et confiscation
1
L'autorité compétente met sous séquestre:
a. les armes que des personnes portent sans en avoir le droit;
b. les armes, les éléments essentiels d'armes, les composants d'armes spécialement conçus, les accessoires d'armes, les munitions et les éléments de munitions trouvés en possession de personnes qui peuvent se voir opposer un des motifs visés à l'art. 8, al. 2, ou qui n'ont pas le droit d'acquérir ou de posséder ces objets;
(...)
3
L'autorité confisque définitivement les objets mis sous séquestre:
a. s'ils risquent d'être utilisés de manière abusive, notamment si des personnes ont été menacées ou blessées au moyen de ces objets.
(...)
»
Il ressort de la loi que, vu les dangers accrus qui peuvent émaner de l’utilisation d’armes, les personnes qui veulent en détenir doivent être particulièrement fiables (arrêts du Tribunal fédéral [TF] 2C_1271/2012 du 6 mai 2013 consid. 3.2; 2C_158/2011 du 29 septembre 2011 consid. 3.5).
Les conditions de l'art. 8 al. 2 LArm sont notamment réunies en la présence de personnes atteintes dans leur santé psychique ou mentale, de personnes souffrant d'alcoolisme ou présentant des tendances suicidaires, notamment en raison de souffrances physiques. Est déterminant le comportement global respectivement l'état psychique instable de la personne concernée (TF 2C_469/2010 du 11 octobre 2010 consid. 3.6; 2C_93/2007 du 3 septembre 2007 consid.5.2; 2A_546/2004 du 4 février 2005 consid. 3.1 et les auteurs cités).
Tandis que la mise sous séquestre a un caractère préventif et prend place dès qu'un motif d'exclusion de l'art. 8 al. 2 LArm est rempli, la confiscation (le retrait définitif) intervient postérieurement au séquestre et suppose que le risque d'utilisation abusive de l'arme persiste; l'autorité doit ainsi établir un pronostic quant aux risques d'une telle utilisation dans le futur, eu égard aux circonstances concrètes du cas d'espèce et à la personnalité de l'intéressé (TF 2C_469/2010 susmentionné consid. 3.6 et les arrêts cités; cf. aussi TF 6B_204/2012 du 11 juin 2012 consid. 4.2). Dans le cadre de la prise d'une mesure de police administrative, l'autorité est en droit d'appliquer un pronostic plus sévère que celui qu'elle effectuerait dans un contexte de droit pénal (TF 2C_469/2010 susmentionné et les arrêts et la doctrine cités).
4. Avant d'examiner les éléments de fond, il y a lieu de souligner que la procédure suivie en l'espèce par l'autorité intimée n'a pas respecté les règles légales exposées ci-dessus. Comme cela lui a déjà été relevé dans un arrêt CDAP GE.2015.0030 du 2 avril 2015, la mise sous séquestre nécessite une décision. Certes, lorsqu'il y a urgence, une décision peut être exécutée sans avertissement préalable de l'administré (art. 61 al. 4 LPA-VD). Une décision de séquestre peut ainsi être notifiée à l'administré au moment même où la saisie des armes est effectuée. Une décision doit toutefois être rendue (art. 31 al. 1 LArm) et un recours est alors ouvert contre cette décision. Lorsque celle-ci est confirmée, une procédure de validation du séquestre peut alors être introduite, laquelle aboutit, cas échéant à une confiscation (définitive) (art. 31 al. 3 LArm; cf. pour un cas de recours contre une décision de séquestre, CDAP GE.2010.0226 du 28 mars 2011). Contrairement à l'avis de l'autorité intimée, la possibilité pour l'administré de demander la restitution des armes saisies pendant la procédure de validation du séquestre ne saurait permettre à la Police cantonale de contourner la procédure définie par la LArm en s'abstenant de rendre une décision prononçant le séquestre (provisoire). En l'occurrence, si la Police cantonale a pu pénétrer chez le recourant, c'est uniquement parce que son colocataire a bien voulu la laisser entrer. La police n'était au bénéfice d'aucun mandat de perquisition ni de décision lui ouvrant l'accès au domicile afin de séquestrer les armes. Même si la situation présentait un certain caractère d'urgence, la police aurait dû, afin de respecter les exigences de la LPA-VD et de la LArm, à tout le moins rendre rapidement une décision de séquestre qui mentionne les voies de recours existantes, voire la joindre à l'inventaire de saisie du ******** 2016. En ne rendant pas de décision de séquestre, mais uniquement une décision de confiscation, l'autorité intimée a privé le recourant d'une voie de recours et a prolongé le séquestre.
5. Le recourant critique l'absence de mise en œuvre d'une expertise médicale ainsi que l'appréciation des preuves opérée par l'autorité intimée. De son côté, l'autorité intimée estime que des éléments objectifs suffisamment graves permettent de motiver la décision de confiscation des armes, sans qu'une expertise médicale ne soit nécessaire.
a)
[...]
b) Dans les cas de séquestres préventifs prévus aux art. 31 al. 1 let. b et 8 al. 2 let. c LArm, l'autorité peut se fonder sur des indices pour retenir que l'hypothèse envisagée à cette disposition est réalisée. Il appartient néanmoins à l'autorité d'établir soigneusement, éventuellement par le truchement d'une expertise, qu'un danger pour le détenteur ou pour autrui existe (CDAP GE.2016.0016 du 8 août 2016 consid. 1b; GE.2014.0118 du 23 avril 2015 consid. 4a; GE.2015.0030 du 2 avril 2015 consid. 5c). Ce devoir d'instruction est encore renforcé lorsqu'il s'agit de prononcer la confiscation des armes d'un administré en application de l'art. 31 al. 3 LArm. Ainsi, si l'on peut parfois renoncer à ordonner une expertise médicale dans les cas de séquestres ou de délivrance de permis d'acquisition d'armes, l'autorité devra se montrer plus exigeante d'un point de vue du degré de la preuve de la dangerosité dans les cas de confiscation, qui constitue la mesure la plus sévère prévue par la LArm.
[...]
c) Le recourant se prévaut notamment du rapport médical du 27 janvier 2017 établi par son médecin-psychiatre qui conclut qu"
il n'est pas à craindre qu'il fasse d'une arme un usage dangereux pour lui-même ou pour autrui
".
D'après la jurisprudence, en tant qu'expertise privée, le résultat de ce rapport n'est qu'un simple allégué de partie dont le juge doit tenir compte avec circonspection, l'expert privé ne pouvant être considéré comme indépendant et impartial, en raison notamment de sa relation contractuelle avec l'intéressé, contrairement à l'expert judiciaire (ATF 141 IV 369 consid. 6.2 p. 373 ss et les arrêts cités).
Cela étant, ce rapport médical, additionné au certificat médical établi le 15 février 2015 par les Dr B._ et C._ ainsi qu'au compte-rendu du médecin de service ayant examiné le recourant lors de sa conduite au poste de police, constituent les seuls éléments au dossier se rapportant à la santé psychique du recourant. Tous tendent à démontrer que celui-ci ne souffre d'aucun trouble susceptible de le rendre dangereux pour autrui ou pour lui-même du fait qu'il possède des armes. A cela s'ajoute que, sans formellement requérir sa mise en œuvre, le recourant a, à plusieurs reprises, déclaré accepter de se soumettre à une expertise médicale judiciaire pour prouver sa non dangerosité. L'autorité intimée a refusé d'ordonner cette expertise considérant que les évènements survenus le ******** 2016 et le fait qu'une décision de retrait de l'arme militaire aurait déjà été rendue à son encontre suffisaient à établir sa dangerosité.
Cette appréciation ne peut être suivie. Premièrement, plusieurs questions relatives à cette décision de retrait de l'arme militaire demeurent sans réponse.
[...]
On ignore
[...]
tout du contexte dans lequel cette décision aurait été rendue ainsi que ses motifs. Selon l'extrait du registre "Armada", des raisons médicales justifieraient ce prononcé, mais l'on ne connaît pas la nature de ces problèmes de santé.
[...]
la Police cantonale ne pouvait, sans rechercher davantage d'informations, considérer l'existence de cette décision comme établie au seul motif qu'elle figure dans le registre "Armada" et se baser sur celle-ci pour motiver la confiscation des armes.
En outre, l'autorité intimée n'indique pas quels problèmes psychiatriques et psychologiques dont souffrirait l'intéressé rendraient la possession des armes dangereuse. Elle focalise son attention sur un évènement ponctuel survenu le ******** 2016 lors duquel la Responsable RH s'est plainte auprès de la police du comportement tendu et verbalement violent du recourant qui avait également fait mention de ses armes à ses collègues. Ce comportement, ajouté au fait d'avoir fait changer la serrure de l'appartement après une dispute avec son colocataire, ne constituent que des indices du caractère potentiellement colérique du recourant. Bien qu'ils plaident en défaveur de la détention d'armes par l'intéressé, ils ne constituent pas une preuve du caractère dangereux de ce dernier. Or la jurisprudence impose un examen du comportement global, respectivement de l'état psychique global de la personne concernée. En matière de confiscation d'armes, l'autorité ne peut se contenter d'une simple vraisemblance pour admettre que l'hypothèse visée à l'art. 8 al. 2 let. c LArm est réalisée; elle doit pouvoir établir un pronostic quant aux risques d'une utilisation dangereuse des armes dans le futur, eu égard aux circonstances concrètes du cas d'espèce et à la personnalité de l'intéressé. Au vu du dossier, la Cour de céans n’est pas en mesure de contrôler le bien-fondé de la décision attaquée et de statuer sur l'existence d'un problème psychique entraînant une dangerosité du recourant en matière d'usage d'armes. Il convient par conséquent d'annuler la décision entreprise et de retourner le dossier à l’autorité intimée afin qu’elle ordonne une expertise sur ces divers points.
Il faut encore souligner que l'autorité intimée aurait pu ordonner une expertise sans aucunement mettre en péril la sécurité du recourant et des tiers puisque les armes étaient déjà saisies depuis le ******** 2016. Dès lors que la décision attaquée est annulée et par conséquent la confiscation litigieuse également, il reviendra à l'autorité intimée de régler sans tarder, par une décision incidente de séquestre, le sort des armes avant la mise en œuvre de l'expertise à ordonner (art. 31 al. 1 let. b LArm et art. 62 al. 3 dernière phrase LPA-VD) de façon à ce qu'elles ne puissent présenter de danger pour quiconque jusqu'à la nouvelle décision au fond qui sera rendue après expertise.
Pour l'heure, il n'est pas nécessaire de statuer sur le montant de l'indemnité due au recourant pour ses armes dès lors que celle-ci n'entre en ligne de compte que lorsque la restitution des armes s'avère impossible, ce qui n'est pas encore établi à ce stade de la procédure."
B.
a) A la suite de cet arrêt, la Police cantonale a adressé le 26 avril 2018 un "
Préavis concernant la mise en œuvre d'une expertise
" à A._ (par l'intermédiaire de son conseil). Elle a confirmé la mise sous séquestre préventif de toute arme, tout élément essentiel d'arme, tout accessoire d'arme, toute munition ou tout élément de munition trouvés en possession de l'intéressé, indiqué que l'expertise à mettre en œuvre serait confiée au Centre d'expertises psychiatriques du CHUV et précisé les questions auxquelles il devrait être répondu dans ce cadre; elle a relevé que les frais de la procédure d'expertise, de l'ordre de 4'500 fr., seraient facturés à l'intéressé (en référence à l'art. 48 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative - LPA-VD; BLV 173.36) et qu'une avance de frais serait requise de sa part. Il était notamment retenu ce qui suit dans les considérants en fait de ce préavis:
"Le ******** 2016, la police a été sollicitée pour un individu perturbé, lequel avait des sautes d'humeur violentes qui effrayaient les employés de l'entreprise."
Invité à se déterminer, A._ a notamment fait valoir, par courrier de son conseil du 30 mai 2018, qu'aucune avance de frais ne pourrait être réclamée de sa part (en référence à l'art. 47 LPA-VD). Il a par ailleurs relevé qu' "
une présentation objective des évènements command
[ait]
que toute référence à un individu perturbé soit supprimée et que la constatation du médecin de service soit relatée
".
b) Le 31 mai 2018, la Police cantonale a adressé à A._ une "
décision incidente
" dont il résulte en particulier ce qui suit:
"CONSIDERANT EN FAIT
[...]
Le ******** 2016, la police a été sollicitée pour un individu que ses informateurs ont qualifié de perturbé. Les personnes ayant ainsi appelé la police ont déclaré que l'intéressé avait des sautes d'humeur violentes qui effrayaient les employés de l'entreprise.
[...]
CONSIDERANT EN DROIT
[...]
avant de procéder à une éventuelle confiscation des armes saisies, en application de l'article 29, alinéa 1, lettre a
[LPA-VD]
et conformément à l'arrêt rendu en l'espèce par la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (GE.2017.0018), la Police cantonale doit ordonner une expertise psychiatrique concernant la personne de A._.
[...]
Les frais de la procédure d'expertise seront facturés à A._ (art. 48 al. 1 LPA
[-VD]
). A titre indicatif, ces frais seront de l'ordre de fr. 4'500.-- environ pour l'expertise complète. Une avance de frais pour ce montant sera perçue préalablement par la Police cantonale, qui reversera le moment venu la somme nécessaire au Centre d'expertises psychiatriques du CHUV.
Dans ses déterminations formulées le 30 mai 2018, l'intéressé conteste le principe de l'avance de frais. L'art. 47 al. 1 LPA
[-VD]
permet à l'autorité de première instance, en procédure administrative, de demander une avance de frais non seulement lorsque l'administré requiert une mesure d'instruction, mais aussi en cas de circonstances exceptionnelles. En l'espèce, même s'il n'a pas formellement requis une expertise, les arguments du recourants
[
sic!
]
ont toujours tendu à ce que celle-ci soit mise en œuvre. C'est d'ailleurs dans cette mesure et à ce propos que A._ a obtenu gain de cause sur recours, contre une décision antérieure de confiscation. L'autorité considérait les faits de la cause comme probants sans expertise, ce que A._ a contesté. A._ a ainsi obtenu le droit de faire examiner par expertise sa capacité à détenir une arme. Il s'agit ici indubitablement de circonstances justifiant l'application de l'art. 47 al. 1 LPA
[-VD].
[...]
Un mandat officiel peut
[...]
être donné au Centre d'expertises psychiatriques du CHUV. L'intéressé y sera convoqué et sera tenu de s'y présenter dans les délais impartis par les experts. A défaut, il sera présumé avoir renoncé à sa requête et le dossier sera classé, sans frais, sous réserve d'une facturation par l'expert de tâches qu'il aurait déjà effectuées et sous réserve du contenu d'une décision formelle qui serait ultérieurement requise par A._.

## Considerations