# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c6957a94-5103-532c-bbae-366b4d6de448
**Court:** FR_TC
**Chamber:** FR_TC_004
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** FR / Espace_Mittelland
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Family

## Facts

considérant en fait
A. C._ et B._, nés respectivement en 2015 et en 2003, sont les enfants de A._ et de D._. Ceux-ci sont également parents de deux autres enfants majeurs, E._ et F._, nés respectivement en 1999 et en 1994.
C._ présente un décalage des acquisitions motrices et des interactions ainsi que des signes d'autisme, de sorte qu'elle est prise en charge au jardin d'enfants spécialisé de G._. B._ est scolarisé au CO de H._. E._ souffre d'autisme et est pris en charge par la fondation I._. F._ exerce une activité lucrative et a quitté le domicile familial.
B. Par un appel téléphonique du 27 avril 2018 complété par un courriel du même jour, la directrice du Service éducatif itinérant (SEI) a communiqué à la Justice de paix ses inquiétudes au sujet de C._. En substance, la directrice a relevé que l'état de santé de la mère s'était dégradé depuis l'été 2017 en raison d'une grave dépression. Le père a pris en charge toute la famille mais semble arriver à ses limites. Les parents ne sont ainsi plus en mesure de répondre correctement aux besoins de base de leur enfant.
C. Par courrier du 9 mai 2018, le SEI a informé la Justice de paix du fait que l'éducation précoce spécialisée pour C._ avait été suspendue. Les difficultés rencontrées par la famille ne permettaient en effet plus une intervention à domicile.
D. Par décision urgente du 20 juillet 2018, D._ a été placée à des fins d'assistance au Centre de soins de J._ en raison d'une tentative de suicide.
Le 13 septembre 2018, Dr K._ et Dre L._, médecin adjoint et médecin assistante au Centre de soins de J._, ont produit un rapport d'évolution au sujet de D._. En substance, les médecins ont relevé que leur patiente présente une hyperventilation importante qui survient de manière imprévisible ainsi qu'un comportement suicidaire. Elle entretient une relation fusionnelle avec son époux, qui s'investit beaucoup pour sa femme. L'époux est cependant très méfiant envers toute mesure thérapeutique et interprète les gestes du personnel soignant comme étant hostiles, ce qui mène à un comportement inadéquat de sa part.
E. Le 2 octobre 2018, le Service de l'enfance et de la jeunesse (SEJ) a produit un rapport d'enquête sociale au sujet de la famille de A._ et D._, dont il ressort en substance les éléments suivants :
D._ souffre de maux que les médecins n'arrivent pas à définir ainsi que d'une dépression sévère. Malgré leurs difficultés, les parents estiment être tous deux en mesure de s'occuper des enfants C._ et B._. En cas de besoin, la grand-mère paternelle par alliance ou un autre membre de la famille intervient. B._ est très autonome et apporte son aide de manière régulière, et C._ a augmenté le nombre de jours passés au jardin d'enfants spécialisé de 2 à 3 par semaine. Les horaires de travail du père, agent de sécurité à 100%, sont relativement flexibles, ce qui lui permet de libérer du temps pour assumer certaines tâches ménagères et s'occuper des enfants. Les parents ont de très bonnes relations avec leurs enfants, mais le père déplore le fait que la vie de famille est mise entre parenthèses depuis la maladie de la mère.
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Interrogés, différents intervenants ont, en substance, formulé les remarques suivantes:
- L'enseignante de B._ note que l'enfant évolue favorablement. Il est appliqué, à l'écoute, et bien intégré parmi ses camarades.
- La responsable de G._ soulève que les parents étaient réticents face à la proposition d'augmenter le temps passé par C._ au jardin d'enfants. Ils sont toutefois aimants et attentifs aux besoins de l'enfant, et la collaboration avec l'institution est bonne. La responsable de G._ relève que C._ présente des troubles importants du sommeil, de l'alimentation et du langage, et a besoin d'être stimulée de manière importante. Elle évolue cependant positivement et semble avoir du plaisir à être avec les autres enfants.
- La pédiatre de B._ et de C._ soulève que les parents s'occupent très bien de leurs enfants et qu'ils leurs prodiguent énormément d'amour et d'affection. Ils sont généralement à l'écoute des remarques et démontrent une volonté sincère de bien faire, mais peinent à reconnaitre leurs limites et à demander de l'aide. Les parents composent avec des moyens financiers restreints mais refusent de se tourner vers l'aide sociale et de s'endetter. Depuis le déclenchement de la maladie de l'épouse, ils sont peu disponibles pour les enfants. La pédiatre ne formule aucune inquiétude particulière pour B._, qui évolue favorablement et arrive à se distancer des problèmes de ses parents. Quant à C._, la pédiatre relève que des signes d'autisme sont perceptibles et qu'il serait préférable que son placement à G._ soit le plus conséquent possible.
- L'endocrinologue de B._ a déclaré suivre l'enfant depuis 2014 pour un problème d'hyperthyroïdie. Un suivi régulier (tous les 6 mois) a été mis en place mais a été interrompu entre 2016 et 2018. La pédiatre a rappelé au père de prendre rendez-vous, ce que celui-ci a fait.
- L'infirmière puéricultrice qui suit la famille depuis 18 ans estime que les parents sont compétents et adéquats mais moins disponibles depuis la maladie de la mère. Les moyens financiers du couple sont restreints et les limitent dans la mise en place de soutien (ex.: aide à domicile). C._ a des besoins spécifiques et conséquents mais a réalisé des progrès significatifs depuis son admission à G._. Il serait bénéfique que la prise en charge soit encore augmentée. Il convient de ne pas oublier B._, qui a encore besoin de l'accompagnement de ses parents malgré le fait qu'il est mature et autonome.
- La médecin généraliste de la mère estime que les parents sont en mesure de répondre aux besoins de base de leurs enfants et qu'ils y sont très attachés. Ils peinent cependant à offrir des moments en famille et vivent selon des horaires décalés, en fonction de la maladie de la mère et du travail du père. Il est à craindre que les parents s'épuisent, d'autant plus qu'ils peinent à reconnaitre leurs limites et craignent les intrusions de tiers.
- L'infirmière de M._ relève que l'état de santé de la mère se dégrade et que les pensées suicidaires se précisent. La mère est compétente et impliquée, mais ne peut plus s'occuper de ses enfants.
- La collaboratrice de N._ qui suit la famille depuis plusieurs années relève que les parents fonctionnent bien mais que, depuis la maladie de la mère, la prise en charge des enfants n'est pas optimale. Il a été suggéré aux parents qu'ils demandent des mesures d'aide, mais ils refusent de s'adresser au service social.
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- La grand-mère paternelle par alliance relève qu'elle est disponible et disposée à s'occuper de C._ de manière régulière, mais les parents présentent une certaine réticence à l'idée de l'inclure systématiquement dans l'organisation de la prise en charge de l'enfant. Elle est attentive à offrir à sa petite-fille un cadre adapté et un rythme régulier et constate par ailleurs que l'enfant évolue favorablement.
Au vu de la situation, le SEJ a préconisé des mesures permettant de soulager les parents et garantir la prise en charge de qualité des enfants, dont l'institution d'une curatelle éducative pour les enfants.
F. Le 13 novembre 2018, le Dre O._ du Centre de soins de J._ a produit un rapport d'évolution au sujet de D._. Il en ressort que l'état de celle-ci s'améliore lentement. Une ouverture progressive du cadre hospitalier est préconisée ainsi que trois jours de congé à domicile, afin de favoriser les liens avec les enfants et de préparer la sortie de l'hôpital.
G. Le 26 novembre 2018, les époux ont comparu par-devant la Justice de paix de la Sarine. En substance, la mère a confirmé souffrir encore mais rentrer à domicile trois fois par semaine. Le père a été en incapacité de travail car il a tenté de mettre fin à ses jour le 4 octobre 2018. Interrogé sur son état de santé, il a relevé qu'il avait consulté un psychiatre par 3 fois. De plus, il peine à faire face à ses charges financières, son salaire mensuel de CHF 2'500.00 étant insuffisant pour subvenir aux besoins de sa famille. C._ se rend 3 jours par semaine à G._, soit lundi, mardi et vendredi, et est prise en charge par la grand-mère paternelle par alliance du lundi soir au vendredi matin. B._ évolue bien et son enseignante est satisfaite de son travail.
H. Le 26 novembre 2018, la Justice de paix de la Sarine a rendu sa décision.
Elle a retenu que les parents sont aimants et investis, mais que la mère n'est pas en mesure de s'occuper de ses enfants en raison de troubles psychiques graves et que le père est épuisé par les responsabilités qui pèsent sur lui (travail, tenue du ménage et prise en charge des enfants). De plus, la famille est en proie à des difficultés financières mais refuse de demander de l'aide. Dans ces conditions, il est difficile pour les parents de mettre l'intérêt des enfants au centre de leurs préoccupations.
Ainsi, la Justice de paix a enjoint les parents, en vertu de l'art. 307 al. 3 CC, à permettre que C._ se rende au minimum 4 fois par semaine à G._ et à se rendre au Service social de P._ afin d'obtenir des conseils et une aide matérielle utile à la prise en charge adéquate des enfants. Elle a également, en vertu de l'art. 308 al. 1 CC, institué une curatelle éducative en faveur de B._ et de C._. Le curateur aura ainsi pour tâche d'assister les parents de ses conseils et de son appui dans la prise en charge et l'éducation des enfants, de s'assurer que C._ se rende 4 fois par semaine à G._, de s'assurer de la bonne évolution de B._, d'évaluer la nécessité et l'opportunité de mettre en place une action éducative en milieu ouvert (AEMO) en faveur des enfants en fonction de l'évolution de la situation et de formuler, au besoin, toutes nouvelles propositions des mesures d'accompagnement ou de protection.
I. Par courrier du 22 décembre 2018, le père a interjeté recours contre la décision du 26 novembre 2018 d'instituer une curatelle éducative en faveur des enfants.
En substance, il relève que ses enfants ne sont jamais sans assistance. Il assume son rôle de parent avec ses propres moyens, s'est investi de son mieux et a suivi les instructions des autorités. Il a ainsi pris contact avec le Service social de P._ et a accepté la prise en charge de C._ par G._ à raison de 4 jours par semaine. Il s'assure que
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C._ bénéficie d'un suivi médical et se mobilise pour l'avenir de B._. Une curatelle n'apporterait ainsi rien de plus. D'autres mesures pourraient lui être utiles, telles que l'annulation des frais de justice, une aide de ménage gratuit, le remboursement de l'argent utilisé pour les soins de son épouse, des cadeaux pour les enfants. Il estime finalement qu'il doit pouvoir décider de ce qui est bon pour ses enfants, sans l'avis d'un tiers.
J. Le 7 janvier 2019, la Justice de paix a indiqué ne pas avoir d’observations à formuler sur le recours.
K. Le 30 avril 2019, sur invitation de la Cour, elle a produit les récentes pièces du dossier, soit des notices téléphoniques avec divers intervenants (avec le recourant, des médecins, le service social, Q._ et N._) établies entre le 21 janvier 2019 et le 21 février 2019.
Il en ressort notamment que C._ se rend à G._ quatre fois par semaine et qu'elle a fait des progrès depuis le début de l'année (cf. notice téléphonique avec A._ du 21 janvier 2019). Les époux ont pris contact avec le service social qui a entrepris diverses démarches pour les soutenir. Il est soulevé que les parents sont très collaborants (cf. notice téléphonique avec R._ du 23 janvier 2019). D._ a quitté le Centre de soins de J._ mais ne se sent pas suffisamment bien pour se rendre à Q._ (cf. notices téléphoniques avec le Dr K._ du 6 février 2019 et avec la Dresse S._ du 21 février 2019). Elle est suivie par une psychiatre à Fribourg (cf. notice téléphonique avec la Dresse S._ du 21 février 2019). Quant au père, il semble plus calme et serein, acceptant d'avantage l'aide qui lui est proposée et acceptant le fait que sa femme souffre d'un trouble psychique (cf. notices téléphoniques avec le recourant et avec la Dresse S._ du 21 février 2019).

## Considerations

en droit
1.
Selon l'art. 8 de la loi du 15 juin 2012 concernant la protection de l'enfant et de l'adulte (LPEA), le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions rendues par l'autorité de protection, soit la Justice de paix (art. 2 al. 1 LPEA). La Cour de protection de l'enfant et de l'adulte (art. 14 al. 1 let. c du Règlement du Tribunal cantonal du 22 novembre 2012 précisant son organisation et son fonctionnement [RTC]) est compétente pour statuer. Les dispositions de la procédure devant l’autorité de protection de l’adulte sont applicables par analogie (art. 314 al. 1 CC) de sorte que la procédure de recours est ainsi régie par les art. 450 à 450e CC (MEIER/STETTLER, Droit de la filiation, 5e éd., 2014, n. 589). Tout comme la procédure de première instance, la procédure de recours est régie par la maxime d'office et par la maxime inquisitoire. La Cour dispose d'un plein pouvoir d'examen, en fait comme en droit (art. 446 CC). A défaut de disposition contraire du droit cantonal, la Cour peut statuer sans débats (art. 450f CC et 316 al. 1 du code de procédure civile [CPC]).