# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 33a950b2-8c0a-5ab3-a32f-d17f8c261061
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2005
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Les parcelles n° 3561 et 500, feuille 23 de la commune de Thônex, situées à la route de Malagnou et au chemin de Mapraz, sont en zone agricole. Elles ont respectivement une contenance de 50'896 m2 et 6'062 m2.
2. Elles étaient la propriété d’une hoirie jusqu’à ce que la commission foncière agricole (ci-après : la CFA) en autorise la vente par décision du 15 décembre 1998 à la société Coop-Genève, à condition que le centre de recherches agronomiques projeté sur le site par celle-ci soit réalisé. A défaut, les parcelles devaient être cédées à un agriculteur aux conditions légales.
Coop-Genève avait alors le projet de démarrer une exploitation pilote de culture biologique, selon les critères du label « Bourgeon » et le concept « Naturaplan ».
Un système de rotation des cultures était prévu dès 1999 de même que la construction d’un hangar et des compensations écologiques.
Ce projet, mis au point avec l’Institut de recherches de l’agriculture biologique (ci-après : IRAB) était conçu pour six ans au moins. A cet effet, Coop-Genève avait conclu un contrat de travail avec M. Jean-Jacques Chollet, agriculteur à Gy, qui cultiverait ces parcelles.
3. A la suite d’une réorganisation interne de la Coop sur le plan suisse, les affaires immobilières ont été regroupées et c’est dès lors Coop Immobilien AG à Bâle qui a géré ce dossier.
Pour des motifs de stratégie, elle a souhaité vendre ces parcelles.
4. M. Christophe Caveng, garagiste de profession, est administrateur du garage qui porte son nom, situé à la route de Chêne n° 135. Il était déjà copropriétaire des parcelles n° 1497 feuille 23 de la commune de Thônex d’une surface de 3'668 m2 jouxtant le domaine de Sous-Moulin et d’une parcelle voisine sur la commune de Chêne-Bourg, d’une surface de quelque 2'400 m2, toutes deux en zone agricole et contiguës aux parcelles appartenant à Coop. M. Caveng s’est intéressé à l’acquisition de ces dernières parcelles en se disant prêt à poursuivre l’expérience d’agriculture biologique aux mêmes conditions que précédemment.
5. A cette fin, Coop et M. Caveng ont signé le 11 décembre 2002 une promesse de vente et d’achat devant notaire pour le prix total de CHF 550'000.-soit CHF 9,66 le m2.
6. Le 6 novembre 2003, par l’intermédiaire de son conseil, M. Caveng a adressé une demande d’autorisation dérogatoire, selon l’article 64 de la loi fédérale sur le droit foncier rural du 4 octobre 1991(ci-après : LDFR –
RS 211.412.11
) à la CFA pour acquérir ces parcelles au prix susmentionné, quand bien même le formulaire accompagnant cette demande, daté du 6 novembre 2003 et adressé à la CFA également, faisait apparaître la Coop-Genève comme requérante de l’autorisation de vendre à M. Caveng.
7. Par décision du 20 janvier 2004, la CFA a « rejeté la requête en autorisation d’acquérir faite par la Coop-Genève le 6 novembre 2003 » après avoir effectué un transport sur place le 17 décembre 2003. La Coop n’avait pas respecté ses engagements antérieurs concernant les investissements proposés et ne voulait plus poursuivre l’expérience commencée en 1999. Même si d’après l’Office fédéral de l’agriculture, ce projet présentait un intérêt et méritait d’être poursuivi, une acquisition de ces parcelles sur la base de l’article 64 alinéa lettre 1 a LDFR ne se justifiait pas et le prix convenu était supérieur au prix maximum licite de CHF 8.- le m2 pour du terrain agricole.
Quant à M. Caveng, il n’était pas exploitant à titre personnel et « ne pourrait acquérir ces parcelles que dans le cadre de l’article 64 alinéa 1 litt f LDFR ».
8. Par acte posté le 19 mars 2004, M. Caveng a recouru auprès du Tribunal administratif contre cette décision que son conseil avait reçue le 19 février 2004.
Il s’en rapportait à justice concernant l’erreur contenue dans le dispositif de la décision attaquée et Coop Bâle appuyait son recours, acceptant d’agir comme co-recourante en tant que de besoin. Référence était faite à un courrier adressé le 17 mars 2004 au conseil du recourant par le chef de la « région immobilière Suisse romande » de Coop attestant de cette volonté. Il résultait de cette missive également que :
- Coop était très attachée à ce projet pilote ;
- néanmoins, en raison de modifications structurelles, elle avait cherché un acquéreur, prêt à poursuivre cette expérience unique en Suisse romande, ce qui était le cas de MM. Caveng et Chollet ;
- elle réfutait le reproche que lui adressait la CFA de ne pas avoir consenti les investissements promis, car au lieu de construire un hangar, elle avait en effet préféré verser à M. Chollet un montant complémentaire pour l’utilisation des machines et du matériel dont il avait fait lui-même l’acquisition.
Enfin, la Coop se disait prête à modifier le prix de vente convenu avec M. Caveng pour le réduire à CHF 8.- le m2 conformément au montant admis par la CFA.
M. Caveng concluait donc dans son recours à l’annulation de la décision prise par la CFA le 20 janvier 2004 et à l’octroi de l’autorisation à la Coop de lui vendre lesdites parcelles puisqu’il s’engageait à maintenir un centre de recherches, comme le prévoyait l’article 64 alinéa 1 lettre a LDFR.
9. A la requête commune des parties, la cause a été suspendue par décision du 14 mai 2004 dans l’espoir d’un arrangement.
Tel n’a toutefois pas été le cas.
M. Caveng a donc sollicité la reprise de l’instruction le 26 juillet 2004 et la CFA s’est déterminée par écrit le 25 août 2004.
Elle s’en est rapportée à justice quant à la recevabilité du recours.
Elle a contesté que l’article 64 alinéa 1 lettre a LDFR soit applicable en l’espèce. L’autorisation d’acquérir qu’elle avait délivrée à la Coop en 1998 avait été obtenue sur la base de fausses indications, de sorte que cette autorisation pourrait être révocable au sens de l’article 71 LDFR. En effet, le centre de recherches n’existait pas et la convention passée avec l’IRAB, se terminait à fin 2004.
Quant à M. Caveng, il n’était pas exploitant à titre personnel.
Ces parcelles présentaient un intérêt certain pour un investisseur, vu leur situation. Il s’agissait de bonnes terres cultivables, d’une surface importante. Il était conforme à l’article 63 LDFR de les revendre à un exploitant à titre personnel ou dans le cadre d’une offre d’achat non soumise à conditions, selon l’article 64 alinéa 1 lettre f LDFR, plutôt que de poursuivre cette expérience. Enfin, le prix de CHF de 9,66 le m2 était surfait, le maximum licite étant en 2004 de CHF 8.- le m2.
10. Le juge délégué a prié la Coop de se déterminer par écrit au vu des écritures des parties.
Après avoir reçu un rappel, la Coop a répondu le 5 novembre 2004 qu’elle appuyait les conclusions de M. Caveng, tout en réitérant l’intérêt qu’elle portait à cette expérience pilote, considérée comme intéressante par le professeur Jacques Morel, sous-directeur de la division principale de la recherche à l’Office fédéral de l’agriculture, et par M. Josy Taramarcaz, qui l’avait proposée à la Coop alors qu’il travaillait à l’IRAB et qui continuait à la suivre depuis qu’il était conseiller agricole au sein de Prometerre.
La Coop a encore réitéré qu’elle était prête à vendre ces parcelles au prix de CHF 8.- le m2.
Elle s’est dit choquée des assertions de la CFA, remettant en cause l’existence même de cette expérience-pilote. Plutôt que d’investir dans la construction d’un hangar, elle avait trouvé un accord avec M. Chollet. Ce mode de procéder avait été avalisé par M. Nils Ankers, alors directeur de la Chambre d’agriculture du canton de Genève.
En cas de doute, les personnes précitées pourraient être entendues comme témoins.
Toutes les conditions pour la délivrance d’une autorisation dérogatoire, au sens de l’article 64 alinéa 1 lettre a LDFR, étaient ainsi réunies.
11. Le juge délégué a entendu les parties en audience de comparution personnelle le 3 décembre 2004.
a. La représente de la CFA a admis la qualité pour recourir de M. Caveng. Elle a précisé que la CFA délivrerait l’autorisation si un agriculteur se portait acquéreur au prix de CHF 4.- le m2. Enfin, elle s’est étonnée du fait que la Coop abandonne un projet pilote auquel elle disait tenir particulièrement. Elle craignait enfin qu’à terme, l’acquéreur spécule sur un déclassement de ces parcelles, bien situées.
b. Pour expliquer son intérêt pour l’agriculture, M. Caveng a fait valoir ses origines paysannes, sa mère venant du canton de Fribourg et son père étant originaire de celui des Grisons. M. Caveng était prêt à poursuivre cette expérience avec M. Chollet au-delà des six ans projetés initialement.
12. Des enquêtes ont eu lieu le même jour et MM. Chollet et Taramarcaz ont été entendus comme témoins.
a. M. Chollet était disposé à continuer à travailler avec M. Caveng. Il gagnait bien sa vie grâce à ce contrat de travail. Il utilisait son matériel agricole pour cultiver les parcelles en cause, sa ferme de Gy n’étant qu’à 8 km. Il n’avait pas songé à acquérir ces parcelles qui ne lui avaient pas été proposées.
Le terrain agricole se négociait actuellement à CHF 3.- ou CHF 4.- le m2 et non pas à CHF 8.-.
b. M. Taramarcaz a confirmé les rapports qu’il avait établis.
Cette expérience permettait d’obtenir des informations pour les paysans désireux de cultiver leurs champs de manière biologique, sans avoir de bétail.
L’idéal serait de poursuivre cette expérience pendant 18 ans ce qui permettrait d’effectuer trois rotations de cultures.
Cette expérience coûtait environ CHF 52'000.- par an et permettait des revenus de CHF 8'000.- à CHF 12'000.- par an.
Lors d’une audience ultérieure du 4 février 2005, le tribunal a encore entendu M. Delacuisine, chef du service de l’agriculture du canton de Genève jusqu’au 31 décembre 2002, après que celui-ci ait été délié de son secret de fonction.
c. M. Delacuisine a retracé l’historique de cette affaire en indiquant que dans les années 1960 déjà, la Coop était intéressée par les parcelles se trouvant dans ce périmètre non pas pour les cultiver mais pour implanter un centre commercial. Celui-ci n’a pas été réalisé puisque le canton avait privilégié le centre de Balexert, proche de l’aéroport. La Coop ne voulait pas acquérir ces parcelles sans avoir la certitude de pouvoir construire et c’est la raison pour laquelle elle avait négocié un droit d’emption pendant une vingtaine d’années avec les propriétaires d’alors, soit les consorts Juillerat. Ceux-ci exploitaient les parcelles et avaient reçu de la Coop une partie du prix sous forme d’emprunt. La Coop versait les intérêts pour se garantir ce droit d’emption qui a été prolongé à plusieurs reprises. La Coop payait CHF 300'000.- par année de sorte qu’au bout du compte elle avait versé davantage que le prix des parcelles. Au moment où cette opération avait débuté, la Coop pouvait légalement acquérir ces terrains car ni la loi fédérale sur l’aménagement du territoire ni la LDFR n’existaient. Seule était en vigueur la loi sur le maintien de la propriété foncière rurale mais le canton de Genève n’avait pas légiféré. Ultérieurement, la Coop n’a pas pu exercer ce droit d’emption. Etant donné le montant que la Coop avait déjà dépensé, elle a souhaité acheter ces parcelles mais Genève avait dans l’intervalle interdit la vente à un non exploitant sauf exception au sens de la loi sur le maintien de la propriété foncière rurale. Le service de l’agriculture, consulté, devait répondre à deux seules questions :
1. Le terrain avait-il une vocation agricole ? La réponse était affirmative.

## Considerations