# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** d7966385-ab3b-5337-b2fe-964ee867b0a5
**Court:** GE_TP
**Chamber:** GE_TP_001
**Year:** 2017
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Substantive Criminal

## Facts

EN FAIT
A. a.a.
Par acte d'accusation du 29 juillet 2016, il est reproché à X_ d'avoir, entre novembre 2005 et juillet 2007, à Genève, en sa qualité d'administrateur d'un fonds de placement enregistré aux Iles Caïmans nommé A_ [note : le fonds agissant par l'intermédiaire d'une société enregistrée aux Iles Caïmans, nommée A_ Ltd (ci-après : A_)], alors qu'il représentait à la fois le fonds A_, son gestionnaire de placement (
Investment Manager
) en tant qu'administrateur et actionnaire majoritaire d'D_ SA (aujourd'hui en liquidation) et son conseiller en investissement (
Trading Advisor
) en tant que directeur général (
CEO
) de D_ INVESTMENT MANAGEMENT, qu'il avait ainsi le pouvoir de prendre toute décision de placement des avoirs du fonds A_ et de donner des instructions à cet égard, alors qu'il s'était engagé envers les investisseurs à ce que :
- les actifs d'A_ soient placés de manière diversifiée, mais principalement dans des tranches de
collaterised debt obligation (CDO)
liés à des crédits de sociétés de haute qualité (
high grade corporate credit using synthetic CDOs)
; ![endif]>![if>
- chaque position soit couverte au minimum à concurrence de 90% des avoirs du fonds; ![endif]>![if>
- les directives de placement qu'il avait lui-même fixées soient respectées, ces directives prévoyant en particulier que :![endif]>![if>
- un maximum de 20% de la valeur brute des avoirs pouvait être investi auprès d'un même émetteur, à l'exception d'obligations gouvernementales notamment;![endif]>![if>
- l'exposition du fonds à l'insolvabilité d'une de ses contreparties serait limitée à 20% de la valeur brute de ses avoirs;![endif]>![if>
- le fonds appliquerait le principe de la diversification des risques en ce qui concerne ses placements dans des instruments dérivatifs;![endif]>![if>
créé, en 2005, le fonds de placement G_ Ltd (ci-après : G_) sous la forme d'un
structured investment vehicule
enregistré aux Iles Caïmans, qui investissait dans des obligations exposées à des risques liés à des hypothèques sur des immeubles résidentiels aux Etats-Unis, investissements sélectionnés par D_ FINANCIAL SERVICE Ltd (ci-après : D_ FINANCIAL SERVICE) et agissant sur les conseils d'D_ INVESTMENT MANAGEMENT, d'y avoir investi une part importante des actifs d'A_ par l'acquisition, aux alentours du 15 novembre 2005, de
capital notes
émises par G_, pour un total de USD 15 millions, représentant environ 15% du portefeuille d'A_, puis d'y avoir encore investi, respectivement en juin et en juillet 2007, pour USD 6 millions et USD 9 millions, de telle sorte que le fonds A_ détenait des
capital notes
émises par G_ pour un montant total de USD 40 millions en août 2007, représentant au minimum deux tiers du portefeuille d'A_, alors que ses investissements n'étaient couverts d'aucune manière et étaient contraires à la politique d'investissement d'A_ et aux informations communiquées aux investisseurs, en violation des engagements pris ainsi qu'aux règles de diligence et prudence en matière de placement de capitaux, violant ainsi ses devoirs de gestion et causant un dommage à A_ équivalant à la valeur de ses investissements, et d'avoir perçu, par le biais de D_ INVESTMENT MANAGMENT qui les rétrocédait pour partie du moins, des commissions venant à la fois de G_ et d'A_, obtenant ainsi une rémunération illégitime pour des placements injustifiés,
faits qualifiés de gestion déloyale aggravée (art. 158 al. 1 ch. 3 CP)
(B.I.1 et B.I.2).
a.b.
Il est également reproché à X_, en sa qualité d'administrateur des fonds de placement A_ et B_ [note : ce dernier fonds agissant par l'intermédiaire d'une société enregistrée aux Iles Caïmans, nommée B_ Ltd (ci-après : B_)], alors qu'D_ INVESTMENT MANAGEMENT était responsable de la gestion des avoirs de ces deux fonds et qu'elle agissait sur les conseils d'D_ SA, étant rappelé que X_ était directeur général
(CEO)
de la société D_ INVESTMENT MANAGEMENT et administrateur d'D_ SA, ayant ainsi le pouvoir de prendre toute décision de placement des avoirs d'A_ et d'B_ et de donner des instructions à cet égard et ayant le pouvoir de signature sur les comptes bancaires d'A_ et d'B_ auprès de la banque L_ à Londres et détenant ainsi la maîtrise sur les actifs d'A_ et d'B_, alors qu'il était également conjointement avec Y_ indirectement actionnaire de la société I_ Ltd, laquelle détenait intégralement I_ SARL, qui, à son tour, détenait 100% du capital social de J_HOLDING AG, laquelle détenait enfin l'intégralité des actions de J_SAS, une société de droit suisse ayant son siège à Genève et dont X_ était l'administrateur unique jusqu'au 26 octobre 2007 :
- d'avoir, à douze reprises, entre octobre 2005 et septembre 2006, donné ou validé des instructions de virement au débit du compte d'A_, respectivement d'B_, en faveur du compte de I_ SARL et d'avoir, pour justifier ces opérations auprès de la société administratrice des fonds SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_ Ltd (ci-après: SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_), signé à Genève, au nom et pour le compte d'A_, respectivement d'B_, des contrats de prêts en faveur de I_ SARL, alors qu'il savait que cette dernière n'avait pas la capacité de rembourser les montants prêtés par A_ et B_, ni même de payer les intérêts dus sur ces montants et, alors que ces opérations n'avaient aucune cause juridique valable, effectué de la sorte 12 transferts représentant un montant total de EUR 3 millions au préjudice d'A_ et de EUR 2.1 millions au préjudice d'B_, puis de s'être approprié les fonds versés – conjointement avec Y_ – afin de financer l'acquisition du groupe de société J_, soit J_SAS et ses filiales, en n'ayant aucunement l'intention de rembourser ou de mettre des actifs à disposition de I_ SARL afin de rembourser les fonds versés par A_ et B_, causant à A_ un dommage de EUR 3 millions
![endif]>![if>
(B.II.3);
- d'avoir, le 27 juin 2006, donné ou validé des instructions portant sur deux virements du compte d'B_ auprès de la banque L_ de EUR 250'000.- chacun en faveur de I_ Ltd et d'avoir, pour justifier ces opérations auprès de SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_, signé à Genève, le 4 août 2006, au nom et pour le compte d'B_, un contrat de prêt en faveur de I_ Ltd, alors qu'il savait que cette dernière n'avait pas la capacité de rembourser les montants prêtés par B_, ni même de payer les intérêts dus sur ces montants et, alors que ces opérations n'avaient aucune cause juridique valable, de s'être approprié les fonds versés – conjointement avec Y_ – afin d'injecter des liquidités dans le groupe de société J_, soit J_SAS et ses filiales, qui n'étaient plus en mesure d'honorer leurs créanciers, en n'ayant aucunement l'intention de rembourser ou de mettre des actifs à disposition de I_ Ltd afin de rembourser les fonds versés par B_, causant à B_ un dommage de EUR 3 millions![endif]>![if>
(B.II.4);
- d'avoir, à trente reprises, entre avril 2006 et juillet 2007, donné ou validé des instructions de virements au débit du compte d'A_, respectivement d'B_, auprès de la banque L_ à Londres, en faveur du compte de J_HOLDING AG n° 0425-842428-5 ouvert en les livres de M_ à Lausanne, soit trente versements pour une valeur totale de USD 11'548'000.- et EUR 4'450'000.-, et d'avoir, pour justifier ces opérations auprès de SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_, signé à Genève, au nom et pour le compte d'A_, respectivement d'B_, divers contrats de prêts en faveur de J_HOLDING AG, alors qu'il savait que cette dernière et les autres sociétés du groupe J_ n'avaient pas la capacité de rembourser les montants prêtés par A_ et B_, ni même de payer les intérêts dus sur ces montants et, alors que ces opérations n'avaient aucune cause juridique valable, de s'être approprié les fonds versés, afin de les utiliser pour son propre compte et celui de Y_ à concurrence de : ![endif]>![if>
§ CHF 166'964.-, USD 297'753.- et EUR 138'311.- retirés en espèces du compte de J_HOLDING AG; ![endif]>![if>
§ CHF 1'282'000.- versés à l'Etat de Genève pour s'acquitter de dettes d'impôts; ![endif]>![if>
§ CHF 718'843.- et EUR 253'665.- pour l'acquisition de biens et services de luxe en sa faveur et celle de Y_; ![endif]>![if>
§ CHF 4'119'065.-, USD 895'000.- et EUR 610'000.- virés sur ses comptes bancaires, une partie ayant ensuite été transférée à Y_; ![endif]>![if>
§ CHF 1'111'084.-, USD 100'000.- et EUR 733'696 crédités en faveur de Y_;![endif]>![if>
ou afin de les injecter dans J_SAS à concurrence de EUR 9'702'162.-, causant à A_ et B_ un dommage équivalant à la valeur des montants ainsi détournés
(B.II.5)
;
- d'avoir, à quatre reprises, entre juin et septembre 2007, donné ou validé des instructions de virements au débit du compte d'A_ auprès de la banque L_ à Londres, en faveur de tiers indéterminés, pour un montant total de USD 3'617'500.- et d'avoir, pour justifier ces opérations auprès de SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_, signé à Genève, au nom et pour le compte d'A_, divers contrats de prêts en faveur de J_HOLDING AG, alors que ces opérations n'avaient aucune cause juridique valable, permettant ainsi aux bénéficiaires et/ou à lui-même de s'enrichir sans droit des montants ainsi détournés, causant à A_ un dommage équivalant à ces valeurs patrimoniales![endif]>![if>
(B.II.6);
- d'avoir, le 3 avril 2007, donné l'ordre de transférer, à titre gratuit, une obligation
Corsait ltf 0% euro Medium-Term
(ci-après : Obligation
Corsair
) dont A_ était propriétaire sur un compte au nom d'D_ SA auprès de P_ au Luxembourg, puis, le 5 avril 2007, de l'avoir transférée sur un compte n° n° 1_ auprès de O_ (ci-après : O_) aux Iles Turques-et-Caïques, dont il était l'ayant-droit économique (ci-après : compte N° 1_), se l'appropriant, avant de la vendre, le 26 avril 2007, pour un prix de USD 6'435'000.-, somme qu'il a ensuite utilisée de la manière suivante : ![endif]>![if>
§ USD 5'015'000.- pour acquérir des titres BNPP liés à des parts d'A_ d'une valeur nominale de USD 5 millions;![endif]>![if>
§ CHF 55'000.- retirés en espèces pour ses propres besoins;![endif]>![if>
§ USD 89'580.- virés en faveur de Employé a_ au crédit du compte n° 4_ auprès de O_;![endif]>![if>
§ CHF 79'150.- virés sur son propre compte auprès de M_ puis reversés à Y_;![endif]>![if>
causant de la sorte un dommage à A_ de la valeur de l'Obligation
Corsair
(B.II.7.1);
- d'avoir, le 3 avril 2007, donné l'ordre de transférer, à titre gratuit, une obligation
Steers Credit Trust à 0% coupon
(ci-après : Obligation
Steers
) dont A_ était propriétaire sur un compte au nom d'D_ SA auprès de P_ au Luxembourg, puis, le 5 avril 2007, de l'avoir transférée sur son compte N° 1_ auprès de O_, se l'appropriant, avant de la vendre, le 12 avril 2007, pour un prix de USD 5'024'250.-, somme qu'il a ensuite utilisée de la manière suivante : ![endif]>![if>
§ CHF 500'000.- et EUR 60'000.- retirés en espèces pour ses propres besoins;![endif]>![if>
§ USD 2'500'000.- virés en faveur de Y_ sur son compte personnel et USD 250'000.- sur le compte de E_ CORP., dont Y_ est l'ayant-droit économique;![endif]>![if>
§ EUR 250'000.- virés en faveur de Administrateur b_ au crédit du compte n° 777 MILAYA auprès de O_;![endif]>![if>
§ le solde ayant été viré sur son compte personnel, étant précisé que X_ a transféré une partie de ces fonds à Y_, dépensé une autre partie pour acquérir des biens de luxe pour le compte de Y_ et/ou de lui-même pour un prix total de CHF 49'294.- et EUR 93'785.- à tout le moins et retiré en espèces pour ses propres besoins les avoirs restants;![endif]>![if>
causant de la sorte un dommage à A_ de la valeur de l'Obligation
Steers
(B.II.7.2);
- d'avoir, le 3 septembre 2007, donné l'ordre de transférer, à titre gratuit, une obligation
KUTZNETSKI CAPITAL (Bank of Moscow) 8%
(ci-après : Obligation
KUTZNETSKI
) dont B_ était propriétaire sur un compte au nom d'D_ SA, puis, le 7 septembre 2007, de l'avoir transférée sur son compte N° 1_ auprès de O_, se l'appropriant, avant de la vendre, le 19 septembre 2007, pour un prix de USD 1'049'536.-, causant de la sorte un dommage à B_ de la valeur de l'Obligation
KUTZNETSKI
![endif]>![if>
(B.II.7.3);
- d'avoir, à une date indéterminée au printemps 2007, fait émettre ou accepté pleinement et sans réserve qu'un tiers fasse émettre par BNP Paribas des titres
BNP Paribas 0 coupon
(ci-après : titres
BNPP
) pour un montant nominal de USD 10 millions, lesquels ont été intégralement investis dans des parts A_, avant de souscrire, le 24 mai 2007, 5'000'000 titres BNPP pour un montant de USD 5 millions au moyen de fonds provenant de la vente de l'Obligation
Corsair
qu'il s'était indûment appropriée au détriment d'A_, puis de vendre à B_, le 30 août 2007, 1'700'000 titres BNPP qu'il avait précédemment souscrits à leur valeur nominale de USD 1'700'000.-, alors que leur valeur était nulle, s'appropriant ensuite le prix de vente en le transférant sur le compte n° 5_, dont il est ayant-droit économique, somme qu'il a ensuite utilisée de la manière suivante :![endif]>![if>
§ CHF 260'000.- retirés en espèces pour ses propres besoins;![endif]>![if>
§ CHF 1'000'000.- et USD 202'771.- virés sur le compte n° 0251-315795-5 à son nom auprès de M_, qu'il a pour partie dépensé dans des biens et services de luxe pour son propre compte et celui de Y_;![endif]>![if>
§ EUR 300'000.- virés en faveur de J_SAS;![endif]>![if>
causant de la sorte un dommage à B_ correspondant au prix des parts A_ que lui a versé B_
(B.II.8);
- de s'être fait remettre, en sa qualité d'administrateur président délégué de C_ SA (ci-après : C_ SA) société de droit suisse ayant son siège à Genève, filiale d'D_ SA à 100%, la somme de CHF 25'000.- le 23 novembre 2007 et la somme de CHF 25'000.- le 27 novembre 2007, par la banque Q_ SA (ci-après : Q_) au débit du compte de C_ SA ouvert auprès de cet établissement bancaire, s'appropriant sans droit ces sommes, qu'il a ensuite dépensées pour son propre compte, causant de la sorte un préjudice de CHF 50'000.- à C_ SA![endif]>![if>
(B.II.9);
faits constitutifs d'abus de confiance au sens de l'art. 138 ch. 1 CP.
a.c.
Il lui est également reproché d'avoir, dans les circonstances décrites ci-dessus, à plusieurs reprises entre octobre 2005 et août 2007, signé au nom et pour le compte d'A_ ou d'B_, d'une part, et de J_SA, d'autre part, des contrats de prêts en faveur de J_SA, lesquels étaient uniquement destinés à couvrir des transferts de fonds indus au détriment d'A_, respectivement d'B_, lesquels ont profité directement ou indirectement à lui-même, à Y_ et au groupe J_,
faits constitutifs de faux dans les titres au sens de l'art. 251 CP
(B.III.10).
a.d.
Il lui est également reproché alors qu'il était administrateur et actionnaire majoritaire à 60% d'D_ SA et qu'il détenait le pouvoir de signature sur les comptes bancaires de la société, de même que son épouse à l'époque, Y_ :
- d'avoir, entre le 1
er
juillet 2004 et le 17 août 2007, soustrait indûment des actifs de la société en signant et/ou en acceptant pleinement et sans réserve que Y_ signe des ordres de transfert au débit des comptes de la société en faveur de son compte personnel ou de celui de Y_, effectuant ainsi 46 transferts pour une valeur totale de CHF 10'101'389.-, EUR 1'909'000.- et USD 150'000.-, opérations effectuées sans droit, sans contre-prestation, ni garantie valable et sans aucun lien avec le but social d'D_ SA, contribuant largement à son surendettement, puis à sa faillite prononcée le 22 janvier 2008, causant un préjudice aux créanciers équivalent aux montants soustraits, ![endif]>![if>
faits constitutifs de diminution de l'actif au préjudice des créanciers au sens de l'art. 164 ch. 1 CP
(B.IV.11).
- d'avoir, entre le 30 juin 2005 et le 30 septembre 2007, signé et/ou accepté pleinement et sans réserve que Y_ signe des ordres de transfert pour le paiement de dépenses inutilement exorbitantes se rapportant à l'acquisition de biens et services sans lien avec les activités de la société et à son seul profit ou à celui de Y_, agissant de la sorte à tout le moins concernant des dépenses totalisant la somme de CHF 4'039'776.54, et d'avoir ainsi contribué à aggraver le surendettement d'D_ SA, dont la faillite a été prononcée le 22 janvier 2008, ![endif]>![if>
faits constitutifs de gestion fautive au sens de l'art. 165 ch. 1 CP
(B.V.12).
b.a.
Par le même acte d'accusation, il est reproché à Y_, alors qu'elle était directrice et actionnaire à 25% d'D_ SA et qu'elle détenait le pouvoir de signature sur les comptes bancaires de la société, de même que son époux à l'époque X_ :
- d'avoir, entre le 1
er
juillet 2004 et le 3 janvier 2007, soustrait indûment des actifs de la société en signant et/ou en acceptant pleinement et sans réserve que X_ signe des ordres de transfert au débit des comptes de la société en faveur de son compte personnel ou de celui de X_, effectuant ainsi 35 transferts pour une valeur totale de CHF 8'377'389.-, EUR 1'310'000.- et USD 150'000.-, opérations effectuées sans droit, sans contre-prestation, ni garantie valable et sans aucun lien avec le but social d'D_ SA, contribuant largement à son surendettement, puis à sa faillite prononcée le 22 janvier 2008, causant un préjudice aux créanciers équivalent aux montants soustraits, ![endif]>![if>
faits constitutifs de diminution de l'actif au préjudice des créanciers au sens de l'art. 164 ch. 1 CP
(C.I.1).
- d'avoir, entre le 30 juin 2005 et le 3 janvier 2007, signé et/ou accepté pleinement et sans réserve que X_ signe des ordres de transfert pour le paiement de dépenses inutilement exorbitantes se rapportant à l'acquisition de biens et services sans lien avec les activités de la société et à son seul profit ou celui de X_, agissant de la sorte à tout le moins concernant des dépenses totalisant la somme de CHF 3'464'351.99, et d'avoir ainsi contribué à aggraver le surendettement d'D_ SA, dont la faillite a été prononcée le 22 janvier 2008, ![endif]>![if>
faits constitutifs de gestion fautive au sens de l'art. 165 ch. 1 CP
(C.II.2).
b.b.
Il lui est également reproché, entre le 22 novembre 2004 et le 15 octobre 2007, de s'être fait créditer, à sa demande, sur les comptes bancaires dont elle était titulaire et/ou ayant-droit économique, sans cause juridique valable, par 77 versements bancaires, les sommes totales de CHF 7'093'227.-, EUR 2'168'496.- et USD 3'744'975, alors qu'elle ne pouvait ignorer, ou à tout le moins devait suspecter, que celles-ci provenaient des crimes commis par X_ – dans certains cas avec son concours – au préjudice d'A_, d'B_ et d'D_ SA, tels qu'ils sont décrits ci-dessus, dépensant ensuite une partie de ces sommes directement et transférant une autre partie sur d'autres comptes bancaires en France, notamment en remboursement de prêts hypothécaires en lien avec des biens immobiliers acquis conjointement avec X_, ainsi que sur un compte auprès de T_ à l'Ile Maurice, et d'avoir agi de façon à entraver la découverte et la confiscation pénale de ces avoirs, de sorte à mener un train de vie somptuaire alors qu'elle n'avait plus de revenus propres et avait réduit son activité professionnelle en quittant ses fonctions de directrice d'D_ SA,
faits constitutifs de blanchiment d'argent avec l'aggravante du métier selon l'art. 305bis ch. 1 et ch. 2 lit. c CP
(C.III.3 et C.III.4).
B.
Les éléments pertinents suivants ressortent du dossier.
a. Généralités
a.a.
D_ SA était une société anonyme de droit suisse ayant son siège au 50 rue du Rhône à Genève, aujourd'hui en liquidation. X_ a créé cette société en 2001 et en était l'administrateur de sa création le 7 mars 2001 jusqu'au prononcé de la faillite le 22 janvier 2008. Il en était l'actionnaire majoritaire, détenant 60% du capital social. Y_ en était la directrice du 30 novembre 2001 au 10 janvier 2007. Elle détenait également 25% du capital social de cette société.
D_ SA agissait en tant que conseiller en investissement (
Trading advisor)
pour A_ et B_. X_ avait la qualité de
Chairman
des fonds A_ et B_, avec signature individuelle.
a.b.
D_ GROUP est une société holding de droit luxembourgeois, dont la gestion opérationnelle se faisait depuis les locaux d'D_ SA à Genève. X_ est actionnaire à 60% et Y_ à 40%.
D_ GROUP avait pour activité de créer des produits financiers qu'elle proposait à ses clients. Elle proposait notamment les parts d'un fonds de placement nommé D_ FUND Ltd, créé en 2001 par D_ SA et domicilié aux Iles Caïmans, lui-même composé de trois "sous-fonds" de type
hedge funds,
dénommés A_, B_ et D_ ALTERNATIVE. Les
hedge funds
étaient organisés en sociétés enregistrées aux Iles Caïmans, nommées A_ et B_.
X_ était l'administrateur et le directeur d'D_ FUND Ltd, de même que des trois sous-fonds.
Les fonds A_ et B_ faisaient partie de la catégorie de fonds d'investissements spéculatifs, dont l'objectif était la recherche de performance maximale par l'utilisation d'un effet de levier.
L'
Investment Manager
d'A_ était D_ INVESTMENT MANAGEMENT, filiale d'D_ GROUP, dont X_ était l'un des directeurs et actionnaire majoritaire.
a.c.
D_ SA avait également une société filiale à Genève sous la raison sociale de C_ SA. D_ SA détenait 100% du capital social de C_ SA.
X_ en était l'administrateur président délégué jusqu'au 14 décembre 2007, puis l'administrateur jusqu'au 9 mai 2008.
Les infractions au préjudice des fonds A_ et B_
b. Les plaintes déposées
b.a.
Entre septembre et octobre 2007, les sociétés d'investissement _ Ltd, _ LLP, _Ltd, _ Ltd, H_ Funds ainsi que des particuliers _, _, _ et _ ont déposé plainte à l'encontre de X_ pour escroquerie, faux renseignements sur des entreprises commerciales, gestion déloyale, faux dans les titres et infractions à la loi sur les placements collectifs de capitaux.
La qualité de partie plaignante des sociétés et particuliers susvisés (ci-après : les investisseurs) a été rejetée par décision du Juge d'instruction du 14 mars 2008.
Le 7 décembre 2007, A_ et B_ se sont constitués parties plaignantes dans le cadre de la procédure pénale ouverte à l'encontre de X_.
b.b.
Il ressort des plaintes à l'origine de la présente procédure les faits suivants.
Les investisseurs avaient acheté des parts dans le fonds A_ qui était proposé par D_ SA depuis 2001. Dans le cadre de leurs décisions d'investissement, les investisseurs s'étaient basés sur le prospectus d'émission (ou
Offering memorandum
) ainsi que sur une présentation faite par les administrateurs d'A_ au sujet de la stratégie du fonds (P 101'268ss), selon laquelle A_ investissait exclusivement dans des instruments liés à des risques de crédit de sociétés importantes. L'exposition à ces risques devait être effectuée de différentes manières, par le biais d'instruments dérivés liés à des crédits (
CDS : credit default swap
), de
CDO (collateral debt obligations
) ou de
CDO
synthétiques, à condition que le sous-jacent à ces investissements regroupe des instruments à revenus fixes. Ces documents positionnaient clairement le fonds A_ comme étant basé uniquement sur du
correlation trading
, ce qui impliquait que les investissements du fonds A_ seraient limités à des risques en rapport avec de grandes sociétés.
Sur la base de ces informations, les investisseurs avaient, entre 2004 et 2006, confié plusieurs millions de dollars à A_. Jusqu'à l'année 2006, les rapports d'activités publiés faisaient état d'une politique conforme à ce qui était prévu et annoncé, en particulier quant au
correlation trading.
Seulement, au début de l'année 2007, des problèmes étaient apparus. Les investisseurs n'avaient pas été informés d'un changement au sein des directeurs de l'
Investment manager
, à mi-2007, les comptes 2006 n'avaient pas encore été audités et la valeur nette d'inventaire (ci-après :
NAV
pour
Net Asset Valuation
) n'avait pas été calculée depuis de nombreux mois.
b.c.
Dès le début du printemps 2007, les investisseurs avaient réclamé le rachat de leurs parts, conformément à la procédure de sortie prévue par l'
Offering memorandum via
des
redemption order
. Dans le courant de l'été 2007, les investisseurs avaient appris que le fonds A_ était dans une situation catastrophique. Ils avaient découvert qu'A_ avait investi, en violation des règles d'investissements indiquées dans l'
Offering memorandum
, la part principale des actifs dans une structure
SIV
mise en place et gérée par D_ SA, à savoir G_, pour un montant d'au moins USD 34 millions sur un total de fonds gérés de USD 55 millions (P 101'343). Une autre part des actifs avait été mise sans droit à disposition des sociétés du groupe J_, dont X_ avait pris la tête.
c. Selon les pièces au dossier
c.a.a.
Selon l'
Offering memorandum
d'A_ :
- le fonds A_ était destiné aux investisseurs institutionnels et qualifiés. Le montant minimum de souscription était de USD 100'000.-;![endif]>![if>
- l'objectif du fonds était d'utiliser des produits sous-évalués afin de créer un portefeuille d'investissements offrant un rapport bénéfice/risque favorable. Il se concentrait sur les obligations et des produits similaires tels que des titres structurés, hypothèques, obligations convertibles, emprunts, swaps, dérivés de crédit (CDO/CDS); ![endif]>![if>
- l'utilisation d'un effet de levier (leverage) était prévue si nécessaire, aucune limite n'ayant été prévue à ce sujet;![endif]>![if>
- les investissements pouvaient être diversifiés, la seule restriction importante résidant dans la couverture de chaque position (hedging). Au maximum 10% du portefeuille total pouvait être investi de manière non couverte (unhedged), selon l'appréciation de l'Investment Manager; ![endif]>![if>
- SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_ était désigné comme l'administrateur (administrator) du fonds. En cette qualité, il appartenait à cette société de calculer la valeur nette d'inventaire (NAV) du fonds ou de préparer les comptes. ![endif]>![if>
L'
Offering memorandum
a subi des modifications puisque les versions datées à partir de novembre 2004 contenaient des restrictions supplémentaires, selon lesquelles le fonds A_ s'engageait, en sus, à respecter notamment les politiques d'investissements suivantes :
- pas plus de 20% de la valeur brute des avoirs du fonds ne devaient être investis auprès du même émetteur; ![endif]>![if>
- l'exposition du fonds à l'insolvabilité de l'une de ses contreparties devait être limitée 20% de la valeur brute des avoirs; ![endif]>![if>
- le fonds ne devait pas investir dans l'immobilier, ni dans les matières premières ou dérivés;![endif]>![if>
- le fonds devait appliquer un principe de diversification des risques en ce qui concernait ses placements dans des instruments dérivés. ![endif]>![if>
Selon une publication relative à A_ (P 101'327), A_ était destinée à investir dans les
High Grade Corporate Credit using synthetic CDOs.
c.a.b.
La masse des avoirs sous gestion d'A_ se montait à un peu plus de USD 90'800'000.- au 31 décembre 2005 (P A-230'210) et à USD 71'550'000.- au 31 décembre 2006 (P A-230'201).
Selon une note relative au rapport de
due diligence
du 30 mars 2007, la masse sous gestion d'A_ représentait, à cette date, la somme arrondie de USD 70'000'000.- (P 400'159) et, selon une note téléphonique du 2 mai 2007, la masse sous gestion était passée à USD 60'000'000.- (P 400'161).
Selon un courriel faisant suite à une réunion d'un investisseur avec X_ en juillet 2007 et retransmettant ce que ce dernier avait annoncé durant celle-ci (P 101'343), la masse sous gestion d'A_ avait chuté en 2007 en raison de demandes de remboursement et se montait, à la période du 16 juillet 2007, à environ USD 55'000'000.-.
A teneur des comptes audités d'D_ FUND Ltd pour l'année 2005 (P 101'465ss), A_ générait une performance régulière grâce à ses produits, notamment des
Asset backed securities
. Les
Asset backed securities
représentaient 53% du portefeuille d'investissement d'A_ (P 101'469). Une note, faisant partie intégrante des comptes (P 101'485), précisait qu'A_ se concentrait sur des investissements dans des obligations (
bonds
) et des produits similaires, tels que des
structured notes
,
mortgages
,
securisation
,
convertibles notes
,
loans
,
asset swaps
, et
credit derivatives
.
c.b.a.
En 2005, X_ a créé avec U_ (ci-après : U_) un produit financier appelé G_, sous la forme d'un
Structured Investment Vehicule (SIV)
enregistré aux Iles Caïmans. Cette structure investissait dans des titres à haut degré d'investissement, tout en se finançant en émettant des instruments de dettes et ayant recours à un important effet de levier (
leverage
limité à 12.5). G_ investissait principalement dans des obligations liées à des crédits hypothécaires risqués sur des immeubles résidentiels aux Etats-Unis, appelés
subprimes mortgages
. G_ se finançait par l'émission d'obligations à court terme de trois niveaux : des
commercial papers
,
mezzanine notes
et
capital notes
. L'
Investment Manager
de G_ était D_ FINANCIAL SERVICE Ltd (P 101'354). X_ était également directeur de cette dernière, laquelle était une filiale d'D_ GROUP.
c.b.b.
Entre novembre 2005 et juillet 2007, une part importante des actifs d'A_ a été investie dans le produit G_. Ainsi, au 31 décembre 2005 (P A-230'213), tout comme au 31 décembre 2006, (P A-230'205), la position G_ représentait une valeur de USD 25'000'000.-, soit environ 28% du total des avoirs sous gestion d'A_ en 2005 et 35% en 2006. Selon un document recueilli par les investisseurs, présentant l'état du portfolio d'A_ au 12 juillet 2007, l'investissement dans G_ représentait à cette date une valeur de marché de USD 34'500'000.- (P 101'348).
c.b.c.
En juillet 2007, les parts de G_ ont fait l'objet d'une évaluation par l'agence de notation STANDARD & POOR'S qui a attribué aux
capital notes
(telles que celles détenues par A_) un
rating
de BBB (P 101'366). Toutefois, une très grande partie des investissements de G_ a perdu significativement de la valeur durant l'été 2007 en raison de la crise des
subprimes
. En août 2007, les
capital notes
de G_ ont été rétrogradées à un rating de CCC, soit le dernier échelon avant le défaut total de paiement (P 101'367). A la suite de cette dévalorisation, l'activité de G_ s'est arrêtée et la société a été mise en liquidation, étant dans l'incapacité totale de rembourser les
capital notes
souscrites par A_.
c.b.d.
Dans le cadre des investissements d'A_ dans G_, D_ INVESTMENT MANAGEMENT percevait des commissions de la part de G_ pour les conseils donnés à D_ FINANCIAL SERVICE Ltd pour la gestion du fonds de G_ et recevait également des commissions de la part d'A_ en sa qualité d'
Investment Manager
.
A teneur des comptes consolidés pour D_ GROUP au 30 juin 2006, le montant des commissions perçues provenant des
hedge funds
du groupe était de EUR 2'005'606.- pour l'année 2006 (P A-230'107). Selon un projet annoté de ces comptes au 30 juin 2006, le
Collateral Management Agreement
du 18 novembre 2005 prévoyait qu'D_ GROUP recevait une commission de 0.06% + 0.04% de G_. D_ GROUP percevait également un montant provenant de U_ pour la mise en place de G_, lequel se chiffrait à 40% du
warehouse period investment gain
(P A-230'082).
c.c.a.
Au cours de l'année 2005, X_ a souhaité développer des affaires de
private equity
dans le cadre des activités d'D_ SA, ayant cherché à investir dans la prise de contrôle et la revente de groupes de sociétés en difficultés. Dans ce cadre, il s'est intéressé à la reprise du groupe français J_, fabricant de chaussures et d'accessoires de luxe, en procédure de dépôt de bilan.
A l'automne 2005, X_ a repris le groupe J_ par le biais de la structure suivante : X_, conjointement avec Y_, était indirectement (par le biais d'une société EOS2) actionnaire de la société I_ Ltd, laquelle détenait intégralement I_ SARL, société enregistrée au Luxembourg, qui, à son tour, détenait 100% du capital social de J_HOLDING AG – une société de droit suisse ayant son siège à Genève et dont X_ était l'administrateur unique jusqu'au 26 octobre 2007 –, laquelle détenait enfin l'intégralité des actions de J_SAS (P 500'099ss).
c.c.b.
Entre 2005 et 2007, X_ a donné des ordres de virement au débit des comptes bancaires des fonds A_ et B_ auprès de la banque L_ à Londres, tel que cela ressort des relevés desdits comptes produits par les plaignantes précitées (P 620'000ss).
Ces fonds ont été virés en faveur des différentes entités du groupe J_, soit I_ SARL, I_ Ltd et J_HOLDING AG.
Les versements effectués ressortent des pièces bancaires produites par A_ et B_ (classeurs E.2.1 à E.2.3) et peuvent être listés de la manière suivante, selon la numérotation de l'acte d'accusation :
TRANSFERT DE FONDS
No
Date
Montant
Compte débité
Destinataire
3.1
20.10.2005
EUR 1'000'000
A_ no 28_ Q_ SA
I_ SARL
3.2
20.10.2005
EUR 1'000'000
A_ no 28_ Q_ SA
3.3
20.10.2005
EUR 1'000'000
A_ no 28_ Q_ SA
3.4
27.04.2006
EUR 100'000
B_ L_ UK
3.5
26.09.2006
EUR 250'000
B_ L_ UK
3.6
26.09.2006
EUR 250'000
B_ L_ UK
3.7
26.09.2006
EUR 250'000
B_ L_ UK
3.8
26.09.2006
EUR 250'000
B_ L_ UK
3.9
28.09.2006
EUR 250'000
B_ L_ UK
3.10
28.09.2006
EUR 250'000
B_ L_ UK
3.11
28.09.2006
EUR 250'000
B_ L_ UK
3.12
29.06.2009
EUR 250'000
B_ L_ UK
4.1
27.06.2006
EUR 250'000
B_ L_ UK
I_ Ltd
4.2
27.06.2006
EUR 250'000
B_ L_ UK
5.1
18.04.2006
EUR 500'000
B_ L_ UK
J_HOLDING AG
J_HOLDING AG
5.2
21.04.2006
EUR 500'000
B_ L_ UK
5.3
04.05.2006
EUR 500'000
B_ L_ UK
5.4
31.05.2006
EUR 400'000
B_ L_ UK
5.5
16.10.2006
EUR 250'000
B_ L_ UK
5.6
05.12.2006
USD 450'000
B_ L_ UK
5.7
05.12.2006
USD 800'000
L_ UK
5.8
08.12.2006
USD 200'000
B_ L_ UK
5.9
19.01.2007
EUR 750'000
A_ L_ UK
5.10
19.01.2007
EUR 750'000
A_ L_ UK
5.11
27.02.2007
USD 400'000
A_ L_ UK
5.12
19.03.2007
USD 189'000
B_ L_ UK
5.13
27.03.2007
USD 500'000
A_ L_ UK
5.14
27.03.2007
USD 500'000
A_ L_ UK
5.15
08.05.2007
USD 600'000
A_ L_ UK
5.16
08.05.2007
USD 500'000
A_ L_ UK
5.17
14.05.2007
EUR 800'000
A_ L_ UK
5.18
15.05.2007
USD 710'000
L_ UK
5.19
15.05.2007
USD 700'000
L_ UK
5.20
21.05.2007
USD 600'000
A_ L_ UK
5.21
31.05.2007
USD 750'000
A_ L_ UK
5.22
12.06.2007
USD 500'000
A_ L_ UK
5.23
27.06.2007
USD 517'000
A_ L_ UK
5.24
27.06.2007
USD 462'000
A_ L_ UK
5.25
05.07.2007
USD 520'000
A_ L_ UK
5.26
06.07.2007
USD 520'000
A_ L_ UK
5.27
10.07.2007
USD 392'000
A_ L_ UK
5.28
18.07.2007
USD 900'000
A_ L_ UK
5.29
20.07.2007
USD 700'000
A_ L_ UK
5.30
27.07.2007
USD 138'000
A_ L_ UK
6.1
07.06.2007
USD 500'000
A_ L_ UK
N'a pas pu être identifié
6.2
08.06.2007
USD 2'497'500
A_ L_ UK
6.3
26.07.2007
USD 500'000
A_ L_ UK
6.4
13.08.2007
USD 120'000
A_ L_ UK
Total
EUR 10'050'000
USD 15'165'500
c.c.c.
Les montants versés et listés ci-dessus ont fait l'objet de 26 contrats de prêts, saisis dans les locaux d'D_ SA, totalisant des prêts d'une valeur totale de USD 15'248'000.- et de EUR 11'450'000.-. Les contrats de prêts suivants ont été signés :
- le 20 octobre 2005, prêt d'A_ à I_ SARL : EUR 1'000'000.-;![endif]>![if>
- le 20 octobre 2005, prêt d'A_ à I_ SARL : EUR 1'000'000.-;![endif]>![if>
- le 20 octobre 2005, prêt d'A_ à I_ SARL : EUR 1'000'000.-;![endif]>![if>
- le 7 avril 2006, prêt d'B_ à J_HOLDING AG : EUR 2'000'000.-;![endif]>![if>
- le 3 janvier 2007, prêt d'B_ à J_HOLDING AG : EUR 2'250'000.- et USD 1'450'000.- (avenant au contrat du 07.04.2006);![endif]>![if>
- le 4 août 2006, prêt d'B_ à I_ Ltd : EUR 800'000.-;![endif]>![if>
- le 29 septembre 2006, prêt d'B_ à I_ SARL : EUR 1'100'000.-;![endif]>![if>
- le 18 janvier 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : EUR 1'500'000.-;![endif]>![if>
- le 26 février 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 400'000.-;![endif]>![if>
- le 19 mars 2007, prêt d'B_ à J_HOLDING AG : USD 189'000.-;![endif]>![if>
- le 26 mars 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 1'000'000;![endif]>![if>
- le 8 mai 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 1'100'000.-;![endif]>![if>
- le 11 mai 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 1'410'000.-;![endif]>![if>
- le 14 mai 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : EUR 800'000.-;![endif]>![if>
- le 21 mai 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 600'000.-;![endif]>![if>
- le 31 mai 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 750'000.-;![endif]>![if>
- le 7 juin 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 500'000.-;![endif]>![if>
- le 8 juin 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 2'500'000.-;![endif]>![if>
- le 27 juin 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 979'000.-;![endif]>![if>
- le 06 juillet 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 1'040'000.-;![endif]>![if>
- le 10 juillet 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 392'000.-;![endif]>![if>
- le 18 juillet 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 900'000.-;![endif]>![if>
- le 20 juillet 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 700'000.-;![endif]>![if>
- le 27 juillet 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 138'000.-;![endif]>![if>
- le 26 juillet 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 700'000.-;![endif]>![if>
- le 13 août 2007, prêt d'A_ à J_HOLDING AG : USD 500'000.-.![endif]>![if>
Les premiers contrats de prêts, datés du 20 octobre 2005, prévoyaient une durée de trois mois à l'issue de laquelle le prêt devait être remboursé en principal, intérêts en sus. Les contrats suivants prévoyaient une durée d'un an. Les actifs de J_ étaient mis en gage en garantie de ces prêts. La plupart des contrats de prêts sont signés par la main de X_ à la fois pour le prêteur et pour l'emprunteur. Les contrats du 20 octobre 2005 sont signés par Employé c_ pour I_ SARL et par X_ pour A_. Le contrat daté du 7 avril 2006 est signé par Employé d_ pour J_HOLDING AG et par X_ pour B_. En lien avec ce contrat, une caution commerciale a été signée par Employé e_ le 6 avril 2006, selon laquelle ce dernier s'engageait à rembourser le prêt sur les revenus et les biens de J_SAS si J_HOLDING AG n'y satisfaisait pas.
Des amendements à ces contrats de prêts ont également été signés, pour la plupart datés du même jour que les prêts auxquels ils se rapportaient. A teneur de ceux-ci, les actifs de J_ mis en gage se rapportaient aux marques détenues par J_ ainsi qu'au
goodwill
de ces marques.
c.c.d.
Si la plupart des actifs ainsi prélevés d'A_ et d'B_ ont servi aux différentes sociétés du groupe J_, lesquelles faisaient face à d'importantes difficultés, une partie de ces sommes a également été utilisée par X_ pour des dépenses privées.
Il ressort à ce titre des pièces bancaires du compte de J_HOLDING AG auprès de M_ (P 340'000ss) que :
- CHF 166'964.-, USD 297'753.- et EUR 138'311.- ont été retirés en espèces; ![endif]>![if>
- CHF 1'282'000.- ont été versés à l'Etat de Genève (P 340'010); ![endif]>![if>
- CHF 718'843.- et EUR 253'665.- ont servi à l'acquisition de biens de luxe; ![endif]>![if>
- CHF 1'111'084.-, USD 100'000.- et EUR 733'696.- ont été crédités sur le compte de Y_. ![endif]>![if>
c.c.e.
Le 20 décembre 2006, X_ a signé, pour le compte de J_HOLDING AG, la vente des marques J_ pour le marché Nord-Américain (zone ALENA) pour un prix de USD 4'000'000.- (pièce 49, classeur B.9).
c.c.f.
Le 12 septembre 2007, il a été mis un terme à l'activité de J_ et le groupe J_ a été mis en liquidation judiciaire à fin décembre 2007, suite à l'engagement d'une procédure de redressement par les autorités judiciaires françaises.
c.d.a.
Dans le cadre de leurs investissements, A_ et B_ détenaient des titres et obligations.
Le 3 avril 2007, X_ a donné l'ordre de transférer un titre
Corsair ltf 0% euro Medium-Term
(ci-avant et après : Obligation
Corsair
). Cette Obligation
Corsair
appartenait à A_ et se trouvait en dépôt sur son compte auprès de V_ à Genève (P 310'217).
Le même jour, X_ a donné l'ordre de transférer un titre
Steers Credit Trust à 0% coupon
(ci-avant et après : Obligation
Steers
) qui appartenait également à A_ et était déposé sur son compte ouvert auprès de la banque L_.
Les deux obligations ont ainsi été transférées, à titre gratuit, sur un compte au nom d'D_ SA auprès d'P_ au Luxembourg. Le 5 avril 2007, X_ a fait livrer les Obligations
Corsair
et
Steers
sur un compte n° n° 1_ auprès de O_, dont il était l'ayant-droit économique (ci-avant et après : le compte N° 1_) (P 370'208).
c.d.b.
Depuis ce compte, l'Obligation
Steers
a été vendue le 12 avril 2007 pour un prix de USD 6'435'000.- (P 370'205). Le produit de cette vente a été utilisé de la manière suivante :
- USD 2'500'016.50 ont été transférés en faveur de Y_ sur le compte n° 2_ auprès de R_ Genève; ![endif]>![if>
- USD 250'016.50 ont été transférés en faveur du compte E_ CORP, dont Y_ est la bénéficiaire économique; ![endif]>![if>
- CHF 250'000.- ont été transférés en faveur de Administrateur b_ sur le compte n° 3_ auprès de O_; ![endif]>![if>
- EUR 60'000.- et CHF 500'000.- ont été retirés en espèces; ![endif]>![if>
- CHF 500'000.- ont été transférés en faveur du compte de X_ auprès de M_.![endif]>![if>
L'Obligation
Corsair
a été vendue par X_ le 26 avril 2007 pour un prix de USD 5'024'250.- (P 370'232). Le produit de la vente a été utilisé de la manière suivante :
- acquisition de titres BNPP pour USD 5'015'000.-; ![endif]>![if>
- CHF 55'000.- ont été retirés en espèces pour ses propres besoins; ![endif]>![if>
- USD 89'580.- ont été transférés en faveur de Employé a_ sur le compte n° 4_ auprès de O_; ![endif]>![if>
- CHF 79'150.50 ont été transférés en faveur du compte de X_ auprès de M_.![endif]>![if>
c.d.c.
Comme décrit ci-dessus, X_ a utilisé une partie du produit de la vente de l'Obligation
Corsair
pour souscrire, le 24 mai 2007, 5'000'000 titres
BNP Paribas 0 coupon
(ci-avant et après : les titres
BNPP
) à partir du compte n° n° 1_ (P 370'256). Le 30 août 2007, X_ a vendu à B_ 1'700'000 titres
BNPP
pour un prix de USD 1'692'350.- qu'B_ a payé, sur ordre de X_, par prélèvement de son compte auprès de L_ (P 620'236). Cette somme a été transférée sur le compte n° 5_ auprès de O_, dont X_ est l'ayant droit économique, puis elle a été utilisée de la manière suivante :
- CHF 260'000.- ont été retirés en espèces par X_; ![endif]>![if>
- CHF 1'000'000.- et USD 202'771.- ont été transférés en faveur du compte de X_ auprès de M_; ![endif]>![if>
- EUR 300'024.- ont été transférés en faveur de J_SAS.![endif]>![if>
c.d.d.
Le 3 septembre 2007, X_ a donné l'ordre de transférer un titre
Kutznetski Capital (Bank of Moscow) 8%
(ci-avant et après : l'Obligation
KUTZNETSKI
). Cette Obligation appartenait à B_ et était déposée sur son compte auprès de L_ (P 620'247).
Le 7 septembre 2007, le titre a ainsi été livré, à titre gratuit, sur le compte N° 1_, puis, le 19 septembre 2007, X_ a fait vendre l'Obligation
KUTZNETSKI
au prix de CHF 1'049'536.- (P 370'197). Une partie du produit de cette vente, soit USD 305'000.-, a été transférée à B_ le 13 septembre 2007 (P 500'146). Le solde a été utilisé par X_ à des fins personnelles.
Il ressort d'une note d'entretien, établie par un employé de O_ le 20 septembre 2007 (P 370'294), que des explications avaient été demandées à X_ au sujet de transferts inhabituels, notamment en lien avec l'Obligation
KUTZNETSKI
. X_ avait répondu qu'il était l'ayant droit économique d'D_ SA et, donc, de l'Obligation
KUTZNETSKI
et qu'il avait choisi de procéder à cette transaction et de vendre cette Obligation par le biais du compte d'D_ SA chez O_ pour des raisons fiscales.
d. Selon les déclarations des témoins
d.a.
Adminstrateur f_
, administrateur, représentant de la société d'investissement H_ Funds, a été entendu à la police le 23 novembre 2007 et par le Juge d'instruction le 28 novembre 2008.
Il a confirmé la plainte déposée par H_ Funds le 11 octobre 2007.
Concernant la décision d'investissement, il a expliqué qu'D_ SA avait contacté sa société pour leur parler du fonds A_. X_ et Employé g_ lui avaient fourni des informations au travers de diverses présentations de leur produit et de leur stratégie d'investissement, ce qui avait été déterminant dans la décision d'investir. Il avait alors pris contact avec SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_ et avec L_ pour vérifier les informations reçues et toutes les données étaient favorables à cet investissement. H_ Funds détenait des parts dans A_ pour USD 7'900'000.- (P 100'291-100'293).
En janvier 2007, suite au départ d'Employé g_ du fonds A_, il avait porté une attention particulière sur ce qui s'y passait. Il avait eu une entrevue en mars 2007 avec X_, lors de laquelle il avait été discuté d'un retard dans la publication de la
NAV
et du faible potentiel de rendement du fonds, à la suite de quoi H_ Funds avait décidé de réclamer le remboursement partiel de USD 4'000'000.-. Le remboursement n'avait pas été effectué dans le délai prévu ce qui avait renforcé ses soupçons, d'autant que le rapport d'audit 2006 tardait à être publié, ce qui avait poussé H_ Funds à réclamer le remboursement total avec échéance au 29 juin 2007. L'investisseur avait alors demandé une complète transparence sur l'état du portefeuille d'A_, demande qui n'avait pas été suivie. A l'occasion d'une réunion qui s'était tenue à Londres le 15 août 2007, il avait appris qu'A_ avait investi dans les
capital notes
de G_, à savoir des positions plus risquées que celles prévues au départ. G_ apparaissait comme une position majeure d'A_, ce qui n'avait pas été divulgué et ce qui était contraire à ce qui avait été présenté en ce sens qu'A_ n'investissait pas dans les produits gérés par D_ SA. De plus, G_ portait sur des crédits hypothécaires américains alors que la stratégie annoncée par A_ était liée aux crédits de sociétés. X_ avait justifié la présence de G_ au sein du fonds A_ par la bonne rentabilité de ce produit. Les règles décrites dans l'
Offering memorandum
étaient effectivement très larges et vagues sur le type d'investissements permis. Selon lui, les risques pris dans G_ n'étaient pas compatibles avec la stratégie d'investissement telle que présentée par X_ et dans les documents marketing du fonds (P 100'247ss). Il admettait que les documents marketing produits à l'appui de la plainte n'étaient pas exactement ceux qui lui avaient été soumis, mais la stratégie n'était dans tous les cas pas ouverte à un investissement tel que G_. En effet, le point 4.5 de l'
Offering memorandum
excluait les investissements dans l'immobilier. De plus, l'
Offering memorandum
donnait une limite de 20% quant à l'exposition du fonds à un seul émetteur, ce qui n'avait pas été respecté puisque la position G_ était nettement supérieure. G_ devait être considérée comme un seul émetteur à part entière dans la mesure où elle émettait de la dette pour financer les actifs de son bilan.
G_ n'apparaissait pas sur les rapports mensuels faisant état de la composition du fonds A_, alors que ceux-ci donnaient la liste des positions les plus exposées à un éventuel défaut. Ces rapports étaient donc mensongers.
Au sujet des prêts à J_, Administrateur f_ a expliqué que les contrats de prêts avaient tous été signés par A_ Ltd et non par le fonds A_, alors qu'A_ Ltd était la société de gestion du fonds et qu'à ce titre, elle était également soumise aux restrictions d'investissement de l'
Offering memorandum
. Ces prêts étaient également contraires à une clause de l'
Offering memorandum
selon laquelle un investissement dans une entité contrôlée à plus de 25% par D_ SA devait faire l'objet de l'aval des membres du conseil d'administration.
d.b. Employé a_
, trader auprès d'D_ SA depuis 2001, a été entendu le 10 janvier 2008 par la police et le 15 février 2008 par le Juge d'instruction. Il détenait 3% du capital d'D_ SA.
Dès 2004, il s'était occupé plus particulièrement de la gestion des avoirs de l'un des trois sous-fonds : D_ ALTERNATIVE. La vocation d'A_ était les produits dérivés de crédits, notamment les
CDO
. Selon lui, l'investissement G_ n'était pas incompatible avec la stratégie du fonds A_, dans la mesure où il considérait que G_ entrait dans la catégorie des
CDO
, sur lesquels A_ se basait. X_ était extrêmement bon pour trouver des produits sous-valorisés par le marché et les proposer aux clients. Entre 2005 et 2006, la stratégie d'investissement avait changé, sous l'impulsion d'Employé g_, pour se diriger vers du
correlation trading
. Il précisait que les clients et le fonds A_ avaient profité du savoir-faire de X_, les investissements ayant rapporté des bénéfices s'élevant à des dizaines de millions d'euros. Toutefois, il estimait que les investissements subséquents et supérieurs aux USD 12'000'000.- de départ n'étaient pas raisonnables; le montant de USD 40'000'000.- qui avait finalement été investi dans G_ n'était pas normal.
Concernant les prêts à J_, il avait appris à l'été 2007 que le volume de ces prêts était de USD 20'000'000.- et il avait trouvé cela aberrant, même si ces prêts devaient normalement rapporter des intérêts substantiels. Indépendamment de cet état de fait, il estimait que ce qui s'était passé début 2007, après le départ d'Employé g_ et les demandes de remboursement des investisseurs, était inacceptable. C'était en effet à ce moment-là que la gestion du fonds A_ était devenue de plus en plus floue et ne pouvait plus être contrôlée, ni par l'administrateur SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_, ni par les investisseurs. La
NAV
n'avait pas non plus pu être établie, ce qui était grave.
Il se rappelait que, début 2007, lors de l'accident de la circulation de X_, Y_ avait cherché en urgence de l'argent pour J_; elle avait demandé aux employés de préparer des ordres de transfert.
S'agissant du transfert des titres BNPP, il estimait que c'était scandaleux. A cette période, les investisseurs avaient déjà demandé le remboursement de leurs parts. X_ avait fait émettre des titres BNPP dans lesquels un client
via
la banque O_ avait investi USD 5'000'000.-, alors que la BNPP ajoutait 5'000'000.-, et les USD 10'000'000.- avaient été investis dans des parts d'A_. Il avait pensé qu'il s'agissait de créer un effet de levier afin de pouvoir rembourser les investisseurs d'A_, ce qu'il estimait être une opération classique pour libérer des liquidités. En réalité, aucun investisseur n'avait été remboursé au moyen de ces fonds. Certaines de ces parts avaient été revendues contre paiement à B_, alors que l'on pouvait se douter qu'elles ne valaient pratiquement rien. Il en avait déduit que ledit client de la banque O_ qui avait investi les 5'000'000.- était probablement X_ et que celui-ci avait bénéficié de l'argent ainsi sorti de B_.
d.c. Employé g_
, ancien trader auprès d'D_ SA et directeur du fonds A_ jusqu'à janvier 2007, a été entendu par la police le 1
er
février 2008 et par le Juge d'instruction le 8 février 2008. Il détenait 2% du capital d'D_ SA.
Il a indiqué que X_ était le directeur du fonds A_ et que c'était lui seul qui avait toutes les signatures, de sorte qu'il ne pouvait faire aucune transaction de liquidités sans l'accord de X_.
La vocation première du fonds A_ était le
trading
de tranches de
CDO Corporate
, soit un dérivé dont le sous-jacent est un portefeuille d'obligations. Toutefois, X_ avait souhaité que le fonds se lance dans la titrisation d'
Asset backed securities
, soit dans des
CDO
qui se rapportaient à des dérivés dont le sous-jacent représentait des crédits hypothécaires, des crédits à la consommation ou des prêts. En 2005, X_ avait eu l'idée d'investir dans le produit dénommé G_, qui semblait un produit intéressant de dérivés sur des dettes hypothécaires américaines cotées AAA et AA. La banque U_, qui avait monté le produit G_, n'avait pas trouvé d'investisseurs pour celui-ci, de sorte que c'était A_ qui avait investi une partie des fonds. Employé g_ a indiqué qu'il avait été opposé à cet investissement pour des raisons déontologiques puisque lui-même et X_ étaient à la fois
Manager
du produit G_ et
Manager
du fonds investisseur A_, de sorte qu'ils recevaient deux fois des commissions sur une même opération. Cette pratique était apparemment courante dans le domaine des
hedge funds
mais il la considérait comme gênante et difficilement défendable vis-à-vis des clients. A sa connaissance, X_ n'avait pas rétrocédé ces doubles commissions. Employé g_ a précisé que l'investissement dans G_ n'avait pas été caché aux investisseurs mais, de manière générale, on ne parlait pas du portefeuille de façon détaillée. Cependant, lorsque les investisseurs venaient parfois visiter les locaux d'D_ SA, on leur faisait une démonstration sur le système informatique et le produit G_ y apparaissait.
Au sujet de l'
Offering memorandum
produit par les plaignants, Employé g_ a indiqué qu'il n'en avait pas eu connaissance dans cette version. Il avait participé à la rédaction du premier
Offering memorandum
en 2002, dans lequel le point concernant la stratégie d'investissement était rédigé plus simplement. En effet, les limites de 10% et 20% ne figuraient pas dans le premier document. La limite de 10% qui pouvait être non
hedgée
le surprenait car cela ne se rapportait à rien et n'avait aucune raison d'être au vu de la stratégie du fonds A_. Il avait été surpris par la valeur d'investissement représentée pour G_ dans le tableau représentant le portfolio d'A_ au 12 juillet 2007 (P 101'348), soit USD 35'250'000.-, alors que, selon lui, la valeur probable de G_ à cette date était égale à zéro. Le produit G_ n'entrait pas dans la catégorie de ceux au cœur de la stratégie d'A_ mais il n'était pas interdit par le mandat de gestion, en tout cas dans la proportion de USD 12'500'000.- sur USD 100'000'000.-, comme cela avait été fait à l'époque où il travaillait encore pour D_ SA.
S'agissant des prêts à J_, l'intéressé a expliqué être au courant de ceux-ci et avoir dit à plusieurs reprises à X_ que cela n'était pas normal. La première fois, X_ lui avait répondu que c'était temporaire mais lui-même avait remarqué que l'argent n'était pourtant jamais revenu. Ensuite, il avait menacé de démissionner et, cette fois-ci, une partie des actifs avait été remboursée à A_ mais il avait eu le sentiment que ces fonds avait en réalité dû être ponctionnés sur une autre structure du groupe D_.
d.d.
Employé d_
et Employé e_
, anciens collaborateurs d'D_ SA, ont été entendus par la police respectivement les 6 et 28 février 2008. Leurs déclarations sont relativement similaires.
Les deux ont indiqué qu'en 2005, X_ leur avait proposé de monter un département
private equity
au sein d'D_ SA. Il s'agissait de rechercher des sociétés en difficulté afin de les redresser puis de les revendre. Ils s'étaient alors penchés sur l'entreprise J_ et avaient monté un plan de cession. Selon celui-ci, un plan de reprise était possible à condition de mettre à disposition de l'entreprise une somme de EUR 2'500'000.- à 3'000'000.-, qu'il fallait trouver très rapidement. X_ leur avait indiqué qu'il n'y avait aucun problème et la somme de EUR 3'000'000.- avait été retirée d'A_. Employé d_ et Employé e_ disposaient d'une signature collective à deux pour engager I_ SARL et J_HOLDING AG de fin novembre 2005 à septembre 2006. Par la suite, ils s'étaient rendu compte que les besoins en liquidités de J_ étaient plus importants que prévu. Ils avaient alors proposé différentes solutions à X_, qui les avaient toujours refusées, de même que différentes offres de rachat. X_ était contre la revente de J_, probablement à cause de Y_. En avril 2006, X_ leur avait annoncé avoir trouvé de nouveaux investisseurs prêts à le suivre dans l'aventure J_. Ainsi, un contrat de prêt avait été signé le 6 avril 2006 liant B_ à J_HOLDING AG pour un montant de EUR 2'000'000.-. Le montant de ce prêt avait ensuite été versé au compte-goutte, en fonction des besoins, et l'argent arrivait toujours trop tard pour faire face aux besoins de production, ce qui avait "tué à petit feu" J_. Ils avaient finalement décidé de démissionner à la fin de l'année 2006 car ils ne supportaient plus cette situation. Depuis la reprise de J_, Y_ avait dépensé de fortes sommes pour des campagnes de marketing et ils ne comprenaient pas comment ces sommes avaient été payées car les factures ne leur avaient jamais été présentées et n'apparaissaient pas dans la comptabilité de J_. Y_ n'avait jamais occupé de fonction officielle dans J_.
d.d.
Administrateur b_
, administrateur d'D_ SA, a été entendu le 30 janvier 2008 à la police et le 1
er
février 2008 par le Juge d'instruction.
Il a expliqué avoir créé une société de gestion de fortune nommée W_ SA (ci-après : W_). W_ avait investi des fonds de ses clients dans D_ SA sous la forme d'un prêt de CHF 2'000'000.- en 2005 et de CHF 1'000'000.- en 2006, avec un taux d'intérêt de 11.05% (P 500'222). Le fonds B_ avait été exclusivement créé pour les investisseurs W_. Il était actionnaire d'D_ SA à hauteur de 8% depuis le 30 juin 2002. X_ l'avait informé de son intention d'investir dans le produit G_ et lui avait fourni un document marketing à ce sujet. Au printemps 2007, il avait demandé à X_ de vendre les positions G_ détenues par B_. X_ lui avait tout d'abord répondu qu'il allait le faire très vite, avant de lui annoncer que cette position était difficile à vendre tant qu'il n'avait pas reçu la cotation y relative. Il avait eu connaissance d'un prêt d'B_ à J_HOLDING AG de EUR 2'000'000.- en avril 2006. Il s'agissait en réalité d'un placement. Il n'était pas au courant d'autres prêts.
d.e. Employé h_
, ancien employé d'D_ SA, a été entendu le 8 avril 2008 par le Juge d'instruction.
Il était chargé de gérer les liquidités au quotidien pour le fonds A_. Il établissait la
NAV
tous les mois. L'intéressé a confirmé avoir rédigé des instructions écrites à l'attention de L_ pour ordonner le transfert de fonds, sur demandes orales de X_, à J_HOLDING AG.
A une reprise, le 26 février 2007, Y_ avait sollicité qu'un transfert fût organisé et Employé c_ avait refusé sa demande et insisté pour que l'ordre fût signé par X_. A ce propos, Employé h_ a expliqué que l'ordre de transfert avait été préparé et faxé à Y_, qui l'avait fait signer à X_, avant de le leur retourner par fax. Il se souvenait qu'à réception de l'ordre de transfert, il y avait eu une discussion autour de la question de savoir si c'était bien X_ qui l'avait signé ou non.
Les prêts à J_ étaient supposés rapporter des revenus aux fonds A_ et B_ mais il avait constaté qu'il n'y en avait jamais eu. Il en avait parlé à X_, qui lui avait répondu que cela allait venir. Selon ses souvenirs, SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_ avait également commencé à se poser des questions à partir d'octobre 2007 et demandé ce qu'il en était de ces prêts.
d.f.
Employé i_
, employé au middle-office d'D_ SA, a été entendu par le Juge d'instruction, notamment le 16 avril 2008. Il avait démissionné en septembre 2007.
L'une de ses tâches principales était de valider les opérations d'achats et de ventes effectuées par les traders et d'en opérer le suivi. Il travaillait pour différents fonds gérés par D_ SA, dont notamment B_. Il était aussi chargé d'établir la
NAV
pour B_. Il n'intervenait toutefois pas pour A_.
Concernant le transfert de l'Obligation
Corsair
, il avait effectué celui-ci sur instructions de X_. Le transfert d'un titre
free of payement
n'était pas courant et était utilisé dans le cas où le prix était payé dans une autre monnaie que celle dans laquelle le titre était émis. En règle générale, il ne s'occupait pas des opérations d'A_ mais, dans ce cas, il avait reçu des instructions et les avait exécutées, sans porter une attention particulière à ces instructions en particulier.
d.g. Employé j_
, employé d'D_ SA, a été entendu le 25 avril 2008 par le Juge d'instruction.
Il a expliqué qu'il s'occupait des activités de compliance, formalisait les démarches pour la création de sociétés comme D_ INVESTEMENT MANAGEMENT, contrôlait les contrats avec des fournisseurs, etc. Il n'était en revanche pas tenu au courant des problèmes juridiques de type contentieux de son employeur. Il avait été impliqué dans la rédaction ou la mise à jour des
Offering memorandum
des fonds A_ et B_. Ces documents avaient été mis à jour au printemps 2006 afin d'y intégrer les nouvelles structures mises en place à Guernsey. Il n'avait toutefois pas le souvenir de modifications dans la stratégie d'investissement à cette occasion.
Concernant les prêts à J_, il a indiqué avoir établi certains de ces contrats de prêts à la demande de X_. Certains contrats avaient été rédigés et signés à la date du virement du montant du prêt mais certains avaient été établis après coup. Il avait en effet reçu l'instruction d'établir les contrats en les datant du jour du virement des fonds, même si ceux-ci avaient été versés plusieurs mois auparavant. Par exemple, début 2007, il avait dû établir toute une série de contrats pour des mouvements de fonds intervenus en automne 2006. Cela l'avait interpellé et il s'en était ouvert à Employé c_. Ce dernier lui avait répondu que cela ne posait pas de problèmes puisque le fait générateur des contrats, soit le versement, était effectivement intervenu à la date figurant sur le contrat. Il ne devait de toute façon pas s'inquiéter puisque c'était X_ qui signait. S'agissant des avenants aux contrats de prêts, ils avaient tous été rédigés durant l'été 2007 dans le but de modifier le système de sûretés et datés du même jour que les contrats auxquels ils se rapportaient. Pour la rédaction des contrats et des avenants, il avait utilisé des modèles des premiers contrats rédigés avant son arrivée et les avait adaptés. X_ lui avait demandé de transmettre les contrats à SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_, tout d'abord en biffant le nom du bénéficiaire du prêt, puis SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_ avait demandé les contrats complets. Une copie des contrats avait également été envoyée à Banque L_ durant l'été 2007.
Employé j_ a produit une copie de courriels échangés avec SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_ (P 500'336ss). Il ressort de ces courriels que les contrats de prêts ont été envoyés la première fois, dans une version caviardée, le 8 mai 2007. L'intéressé avait ensuite envoyé les versions non-caviardées ainsi que les amendements, en date du 28 août 2007.
d.h. Employée k_
, employée d'D_ SA, a été entendue le 25 avril 2008 par le Juge d'instruction. Elle avait été engagée en mars 2007 en qualité d'assistante de direction pour X_ et s'était occupée principalement du suivi du dossier J_.
Elle avait appris l'existence des prêts d'A_ à J_ en mai 2007 par l'intermédiaire d'Employé h_, qui lui avait confié les problèmes auxquels faisaient face A_ et J_, les demandes de remboursement des investisseurs et les prêts pour des montants exorbitants. Elle n'en avait pas eu connaissance au préalable.
d.i.
Employée l_
,
portfolio manager
auprès d'D_ SA, a été entendue par le Juge d'instruction les 29 avril, 5 et 9 mai 2008.
Elle a expliqué avoir été engagée en décembre 2004 par X_ afin de travailler au développement de produits financiers, en particulier de valeurs mobilières garanties par des actifs hypothécaires américains (
Asset backed securities
). Elle avait mis sur pied, conjointement avec U_, le produit G_ et avait présenté ce produit à X_. Ce type de produit dénommé
SIV
était similaire aux
CDO
mais avec un potentiel important de croissance de ses actifs, ce qui le rendait plus flexible. Au début 2007, il y avait une demande abondante pour investir dans ce produit et la banque U_ avait annoncé que certains investisseurs souhaitaient s'engager davantage. Le rendement de ce produit correspondait aux attentes et celui-ci générait de bons profits mensuels. Elle n'avait toutefois pas eu connaissance de pressions exercées par U_ sur X_ et D_. En revanche, à l'été 2007, les différents partenaires devaient décider s'ils procédaient à l'augmentation des tranches de G_. S'ils ne le faisaient pas, cela aurait impliqué une mise en vente par U_ du portefeuille que la banque portait en
warehouse
, ce que X_ ne souhaitait pas.
Le 19 juillet 2007, il avait été décidé que les investissements, jusque-là d'un montant inférieur à 2 milliards, auraient la possibilité d'augmenter jusqu'à 4 à 5 milliards. Il était stipulé dans les documents du programme que toutes les parties donnaient leur accord, y compris les agences de notation. Cet accord avait fait l'objet d'une documentation écrite. Les discussions avec les banques et les sociétés de notation, telles STANDARD & POOR'S, avaient confirmé que les
capital notes
de G_ allaient pouvoir faire l'objet d'une notation. Il avait été convenu que STANDARD & POOR'S établirait sa notation lorsque le processus d'augmentation de l'encours du portefeuille serait terminé. Dès le moment où les
capital notes
obtenaient une notation de BBB, leur négociabilité allait augmenter de manière significative puisqu'elles seraient plus attrayantes pour les investisseurs. Cependant, aux alentours du 19 juillet 2007, il y avait eu des rumeurs selon lesquelles deux produits similaires à G_, avec un effet de levier important, étaient en difficulté. Début août 2007, un
SIV
similaire appartenant à une banque allemande avait également commencé à se trouver en difficulté. Suite à des articles de presse et des problèmes sur les marchés monétaires français, de nombreux investisseurs avaient renoncé à renouveler leurs investissements et demandé à ce que leur position soit liquidée. L'effet sur le marché avait été tel que de nombreux investisseurs avaient décidé de ne plus soutenir ce type de produit. En conséquence, G_ avait un grand besoin de liquidités pour rembourser tous les titres arrivés à terme. Normalement, G_ devait pouvoir faire appel à des lignes de crédit auprès de U_; cela s'était toutefois révélé difficile puisque U_ s'était retrouvée sollicitée par de nombreux véhicules dans la même situation. U_ avait finalement accordé le crédit mais tardivement, obligeant G_ à vendre des actifs en catastrophe, à un moment où le marché était très défavorable, ce qui avait généré des pertes très importantes pour G_.
Dans un courriel du 11 août 2007 (P 500'455), elle avait informé X_ et Employé c_ des problèmes sur le marché des produits
SIV
et tenté d'anticiper ceux concernant G_ en imaginant le pire scénario. A son avis, si G_ avait été mis sous tutelle, c'était en raison du manquement de U_ qui refusait la ligne de crédit en multipliant les exigences tracassières, soit en rajoutant des demandes de justificatifs ou d'informations supplémentaires qui n'avaient pas été prévues au départ. Elle avait été très énervée par l'attitude de la banque U_.
Le contrat de portage (
warehouse agreement
, P 500'378) entre D_ FINANCIAL SERVICE et U_ contenait une date d'échéance au 30 novembre 2006, qui avait ensuite été prorogée par deux amendements successifs au 30 mars 2007 puis au 31 mai 2007. Employée l_ a précisé que même après cette date, U_ avait continué à porter les parts de G_.
d.j. Employé m_
, employé en tant que commercial par D_ SA entre juin 2006 et septembre 2007, a été entendu le 27 mai 2009 par le Juge d'instruction. Il se chargeait de la vente des produits financiers et du service à la clientèle pour A_, G_ et un autre produit nommé Z_. L'intéressé a expliqué que son rôle était d'offrir aux investisseurs plus de transparence sur ce qui passait dans les fonds. Les clients recevaient des rapports mensuels concernant la structure des portefeuilles et des
risk reports
. Lorsqu'il proposait le fonds A_ aux investisseurs, il n'avait jamais mentionné le fait que ce fonds pouvait être amené à investir dans des produits D_ SA. C'était une pratique qui était courante mais, lorsque cela avait lieu, c'était en toute transparence et les investisseurs étaient informés, ce qui n'avait pas été le cas pour G_.
e. Selon les déclarations du prévenu
e.a.
X_
a été auditionné à de nombreuses reprises par la police et par le Ministère public. Lors de ses auditions, X_ s'est largement exprimé sur la situation du fonds A_ et ses investissements. Il a déclaré que, bien que le gérant du fonds A_ était Employé g_ jusqu'à mars 2007, ce dernier ne pouvait rien faire sans son accord. D'après lui, la politique d'investissement décrite par les investisseurs dans leurs plaintes n'était pas correcte. En effet, en janvier 2002, un premier
Offering memorandum
avait été rédigé par Employé g_ et lui-même. La première version de l'
Offering memorandum
limitait certains investissements particuliers mais laissait une très grande liberté au gérant. C'était en vue de l'entrée en bourse du fonds A_, prévue en 2006, que l'
Offering memorandum
avait été modifié à l'initiative de l'administrateur SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_. Il n'avait personnellement pas participé à la rédaction du nouveau document et ne l'avait pas vérifié. Il n'avait toutefois aucune raison de penser que les conditions d'investissement avaient été modifiées.
e.b.
Au sujet de G_, X_ a expliqué que Employé a_, Employé g_ et lui-même avaient cherché à diversifier les investissements. U_ les avait approchés pour leur proposer d'investir dans un véhicule
SIV
dans le domaine des dettes immobilières aux Etats-Unis. Ils avaient alors recruté une "tradeuse" en la personne de Employée l_, qui avait été responsable de la création de G_ et de ses investissements.
G_ entrait dans le cahier des charges des fonds B_ et A_. En effet, on ne pouvait pas dire que c'était un investissement immobilier puisqu'il s'agissait d'investir dans des obligations adossées à des dettes hypothécaires. De plus, le rendement était très intéressant. Seul 3% du portefeuille de G_ pouvait être qualifiés de dettes
subprimes
. A l'époque des investissements et jusqu'au mois de juillet 2007, il avait la conviction qu'il s'agissait d'un bon produit. G_ était géré par Employé c_ pour la partie légale et administrative et par Employée l_ pour la partie opérationnelle. Il leur avait entièrement dévolu la gestion de G_ puisqu'il avait lui-même assez à faire avec les problèmes de J_. Ainsi, le 15 novembre 2005, son équipe et lui-même avaient décidé d'investir des fonds provenant d'A_ dans les
capital notes
de G_. Les parts G_ appartenant à A_ avaient été placées sur un compte de dépôt auprès de la banque U_. En cas de problèmes de liquidités, U_ s'était engagée contractuellement à assurer le refinancement de G_. L'investissement avait été de USD 15'000'000.- en 2005, ce qui représentait environ 15% du total des avoirs sous gestion d'A_, qui s'élevaient à USD 100'000'000.- à cette époque.
Devant la police, X_ a indiqué que, suite à l'augmentation de la valeur de G_, il avait eu l'intention de céder une part des
capital notes
, afin de respecter la clause des 20% prévue au point 4.5 de l'
Offering memorandum
. Or, au dernier moment, U_ avait annoncé qu'elle n'était pas en mesure de financer l'augmentation de la valeur de G_ et avait exigé qu'A_ assure ce financement. A_ n'avait pas eu d'autre choix que d'investir un montant supplémentaire de USD 30'000'0000.-. Après l'
upsize
, la part de G_ dans A_ s'élevait à USD 34'000'000.-. Cela dépassait effectivement la limite de 10% d'investissements qui pouvaient être non-couverts selon l'
Offering memorandum
mais personne n'avait trouvé à y redire, avant évidemment la crise des
subprimes
et les pertes. A ce moment-là, X_ était encore persuadé qu'il allait pouvoir obtenir un
rating
élevé pour les parts G_ et pouvoir les revendre rapidement. Toutefois, en une semaine, la situation s'était dégradée de façon inouïe à cause de la crise des
subprimes
survenue en juillet 2007. En août 2007, U_ avait fait défaut et G_ avait été mise sous administration légale (P 400'009ss). X_ a admis qu'il y avait eu un défaut d'informations aux investisseurs concernant G_, tout en rappelant que les investisseurs d'A_ étaient uniquement des investisseurs institutionnels et que ceux-ci n'avaient posé aucune question. Il a précisé que le rapport mensuel du 26 juillet 2007 (P 101'403) mentionnait l'investissement dans G_ sous la mention "
ABS
" dans "
Instrument types
", tout en admettant que le nom de G_ n'y apparaissait jamais, ce qu'il considérait comme une erreur due à un manque de coordination entre les bureaux de Genève et de Londres. De même, SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_ n'avait émis aucune réserve quant aux investissements dans G_. X_ a contesté avoir perçu un double commissionnement pour ses opérations sur G_, expliquant qu'un système de déductions sur les commissions perçues sur le fonds A_ était pratiqué, de sorte à annuler d'éventuelles commissions à double.
Lors de son auditions du 19 février 2008 par-devant le Juge d'instruction, X_ a précisé que la décision de l'augmentation de la taille de G_ (
upsize
de USD 1.4 à 2 milliards) avait été prise en fin d'année 2006, voire au début 2007. Une fois la décision prise, il ne s'était plus occupé de l'opération, Employé c_ et Employée l_ lui effectuant des comptes rendus réguliers lors de leurs réunions. Dans le contexte du contrat-cadre avec U_, A_ avait fait l'acquisition de USD 600'000'000.- d'
Asset backed securities
supplémentaires pour atteindre l'encours de USD 2 milliards. Cette augmentation d'encours s'était poursuivie jusqu'à fin mai 2007. L'intéressé a précisé, lors de son audition du 5 mai 2008, que la question de continuer l'augmentation s'était posée à fin mai ou début juin 2007 ave Employée l_ et Employé c_. Il avait pris la décision de continuer de sorte à éviter des pertes liées à la vente forcée des parts G_ déposées chez U_, voire la survenance de problèmes juridiques avec cette dernière. La crise des
subprimes
avait déjà éclaté aux Etats-Unis mais ne touchait pas encore les marchés financiers. Face à l'inquiétude croissante, la seule solution était de réaliser l'émission des titres le plus vite possible. U_, durant tout le mois de juin 2007, avait mis une très importante pression sur l'agence de notation STANDARD & POOR'S pour obtenir la notation BBB sur les
capital notes
de G_, laquelle avait finalement été obtenue fin juillet 2007. Jusqu'à fin juillet 2007, il n'était toujours pas question qu'A_ achète les
capital notes
supplémentaires. L'émission avait été réalisée à mi-juillet 2007, dès confirmation de l'agence de notation du
rating
BBB. Après l'émission, U_ avait annoncé avoir des acquéreurs pour les
capital notes
supplémentaires mais que ceux-ci n'étaient pas en mesure de les acheter immédiatement, notamment parce que le rating n'était pas publié. U_ avait alors demandé à A_ de porter les titres provisoirement, menaçant de couper les crédits accordés pour le financement de la tranche initiale, voire même de s'en emparer à titre de droit de gage, ce qui avait donc été accepté. Trois jours plus tard, le directeur du département crédits de U_ avait "disparu dans la nature".
Lors de son audition finale du 25 août 2015, X_ a confirmé qu'avec le recul, il ne lui semblait pas prudent d'avoir investi un montant de l'ordre de USD 34'000'000.- dans un seul et même produit. Il avait accepté de faire un
upsize
, G_ rachetant ainsi le portefeuille mis en place par U_, car U_ leur avait en quelque sorte "forcé la main". Le placement devait n'être que provisoire et la banque devait reprendre les parts dès septembre 2007. A cette époque, il était encore convaincu de la qualité du portefeuille de G_; d'ailleurs, toutes les banques et les
hedge funds
lançaient ce type de produit. Avec la crise des
subprimes,
en automne 2007, les gérants avaient stoppé tout achat de titres à court terme émis par un
SIV
, sans chercher à déterminer si le véhicule contenait des
subprimes
ou non. G_ ne contenait pas des titres
subprimes
puisque les crédits liés aux
mortgages backed securities
étaient accordés à des groupes d'emprunteurs particulièrement aisés. G_ avait donc subi la crise des
subprimes,
non pas en raison de la qualité de son produit mais par défaut de refinancement. Ce risque était donc un risque uniquement systémique lié à l'industrie bancaire, lequel était totalement inattendu.
e.c.
Au sujet de J_, X_ a indiqué que la reprise de cette société avait été faite dans le cadre du développement d'une activité de
private equity
au sein d'D_ SA. J_ étant en procédure de dépôt de bilan, il avait monté en 2005 un plan de reprise fondé sur un rapport de PWC et l'avait présenté au Tribunal de commerce compétent. Le plan de reprise avait la structure suivante : il fallait créer J_SAS, une société française, qui détiendrait le groupe J_ (composé de J_HOLDING AG, propriétaire des marques) et qui serait détenue par I_ SARL qui, elle-même, serait détenue par I_ Ltd. Cette dernière serait finalement détenue indirectement par X_ et Y_, pour des raisons fiscales.
Les besoins financiers de J_ avaient été évalués de manière très optimiste; or, il s'était avéré que les besoins réels de l'entreprise étaient bien plus élevés que prévus. Les besoins étaient en tous les cas plus élevés que ce qu'il avait été prêt à investir. Peu avant l'audience prévue devant le Tribunal de commerce à fin octobre 2005, Employé d_ et Employé e_ l'avait appelé pour lui dire qu'il fallait verser EUR 3'000'000.- d'ici quelques jours. Il avait donc décidé de faire avancer ce montant par le biais d'A_, pensant qu'il pourrait le rembourser rapidement grâce à l'activité de J_. Il avait sous-estimé l'impact médiatique de l'opération J_. Tous les problèmes paraissaient dans la presse, mettant en cause son image et celle de D_ SA. Il subissait en plus des pressions de la part de l'Etat français, qui était préoccupé par le sort de cette entreprise et de ses employés. Alors, au fur et à mesure des besoins de liquidités, il avançait celles-ci en les prélevant sur les fonds de placement dont il avait la charge, principalement sur A_.
En règle générale, il téléphonait à ses collaborateurs, Employé i_ ou Employé h_, pour vérifier si les fonds se trouvaient sur les comptes et c'était eux qui préparaient les fax de transmission pour Employée k_, qui venait les lui faire signer et les transmettait à la banque.
Il avait eu la volonté en 2007 d'offrir des garanties supplémentaires aux fonds A_ et B_ et, à son initiative, des avenants avaient été rédigés par le service juridique, offrant aux fonds A_ et B_, en garantie des prêts, les actifs de J_ mais aussi les marques et le
goodwill
. A fin 2006, il avait valorisé les marques J_ en cédant les droits pour la zone Canada, Mexique et USA, dite cession étant intervenue avant lesdits avenants.
SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_ et L_ avaient demandé des copies des contrats de prêts, qui leur avaient été envoyées. SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION K_ était donc au courant des montants prêtés et n'avait jamais sollicité d'explications supplémentaires. Preuve en était que le prêt de EUR 3'000'000.- d'octobre 2005 avait été comptabilisé dans les comptes de l'exercice 2005 d'A_. X_ a ajouté qu'il aurait préféré qu'on lui demandât des explications à ce stade car cela lui aurait permis de prendre conscience de la situation et d'éviter d'aller plus loin. Il se rendait compte qu'il n'aurait pas dû s'engager dans l'opération J_ car il avait été dépassé par la tâche, qu'il avait nettement sous-estimée. Il avait pensé faire une bonne affaire, ce qui s'était avéré ne pas être le cas. Il estimait, malgré tout, que l'investissement J_ était un investissement qu'il était fondé à faire. Les prêts étaient garantis par les marques ainsi que par le
goodwill
de J_ et étaient rémunérés à un taux d'intérêts supérieur aux taux usuels sur le marché. Il n'était toutefois pas en mesure d'affirmer que ces intérêts eussent effectivement été payés.
A la police, X_ a admis que l'opération J_ avait été réalisée à l'insu des investisseurs d'A_, ce qui était une erreur. Il considérait toutefois que cet investissement était conforme à la philosophie d'A_. Lors de son audition du 25 août 2015, il est revenu sur ses déclarations, assurant que les investisseurs n'avaient pas connaissance des montants investis dans J_ mais que c'était en règle générale toujours le cas, les investisseurs d'un
hedge fund
ne connaissant jamais la composition du portefeuille.
X_ a été, à plusieurs reprises, interrogé au sujet d'un ordre de transfert du 26 février 2007 d'un montant de EUR 400'000.- (P 500'249) débité d'un compte d'A_ en faveur de J_HOLDING AG. Il a affirmé, dans un premier temps, que c'était bien lui qui avait signé cet ordre alors qu'il venait d'être impliqué dans un grave accident de la route, à la suite duquel une personne était décédée sur les quais de Cologny. Il devait absolument envoyer cette instruction pour permettre le paiement des salaires de J_. Il était vrai que Y_ avait cherché désespérément le document signé ce jour-là. Il l'avait contactée dans le quart d'heure qui avait suivi l'accident pour lui demander de lui amener les documents et les avait signés sur le capot de sa voiture. Lors de son audition du 7 février 2014, X_ a modifié sa version des faits. Il a indiqué que l'accident avait eu lieu le 27 février 2007 et que Y_ l'avait rejoint sur les lieux; c'était lui-même qui lui avait parlé de la nécessité d'effectuer un transfert urgent pour J_. Sauf erreur, c'était Employé c_ qui avait effectué ce paiement. Ce n'était pas sa signature sur l'ordre de transfert du 26 février 2007 produit en procédure; la signature figurant sur ce document ressemblait à la sienne mais n'était pas de sa main. Il ne se souvenait pas d'avoir signé un document sur le capot de sa voiture, en particulier pas d'un fax pour un transfert de fonds en faveur de J_. Il se rappelait seulement que Y_ avait fait le nécessaire pour que le paiement fût effectué.
e.d.
Au sujet des transferts de titres, X_ a expliqué, lors de ses auditions en décembre 2007 et janvier 2008 devant le Juge d'instruction, que les titres appartenant à A_ étaient déposés sur un compte auprès de V_. A_ avait acquis l'Obligation
Corsair
en janvier 2006 à 1% de sa valeur nominale, soit pour USD 500'000.-, la valeur nominale étant de USD 50'000'000.-. En avril 2007, l'Obligation
Corsair
avait été transférée à D_ SA contre paiement puis avait été immédiatement revendue. L'Obligation
Steers
avait été également transférée et revendue aussitôt. Les deux titres avaient une valeur bien inférieure à celle comptabilisée au sein du fonds. Il avait décidé de les céder
via
le compte ouvert auprès de O_ pour pouvoir utiliser le produit de la vente afin de répondre aux nombreuses demandes de remboursement des investisseurs mais également pour pouvoir souscrire des titres BNPP. Toutefois, le produit de la vente n'avait pas été entièrement utilisé dans ce but. Il admettait avoir profité d'une partie du produit de la vente des titres à des fins personnelles ou pour le verser à son épouse dans le cadre de leur litige matrimonial. Il avait effectivement commis une erreur.
L'Obligation
KUTZNETSKI
provenait des comptes d'B_; elle avait été revendue pour pouvoir répondre à une demande de L_ et faire face à un appel de marge. Il avait dû trouver la somme de USD 305'000.- dans l'urgence et avait donc pris la décision de vendre l'Obligation
KUTZNETSKI
. Le solde du produit de la vente avait été utilisé pour ses besoins personnels et pour J_SAS qui devait faire face à un besoin de trésorerie.
Les titres BNPP avaient été investis dans A_, leur valeur étant liée à celle d'A_. X_ a admis que les titres
KUTZNETSKI
,
Steers
et
Corsair

## Considerations

avaient été prélevés du patrimoine des fonds A_ et B_ et transférés sans contrepartie sur ses comptes auprès de O_, ce qu'il n'était pas en droit de faire. Il avait agi de la sorte pour disposer de liquidités et faire face aux contraintes et pressions auxquelles il était soumis de par ses affaires, ses dépenses personnelles et les demandes de son épouse. En septembre 2007, O_ avait souhaité mettre un terme à ses relations bancaires; il avait donc fait transférer le solde de ses avoirs à Banque M_, ce qui expliquait les versements de CHF 1'000'000.- le 6 septembre 2007 et USD 202'771.- le 12 octobre 2007 au crédit de son compte auprès de cet établissement bancaire.
Lors de son audition du 25 août 2015, X_ a indiqué que les circonstances du transfert des titres en cause restaient encore floues pour lui. Il avait toujours agi dans l'urgence, comblant une fuite par une autre. Une grande partie des fonds provenant de la vente des titres avait été reversée à Y_, parce qu'il avait cédé au chantage que celle-ci lui faisait subir.
Les détournements au préjudice de C_ SA
f. Selon les pièces au dossier et déclarations des parties
f.a.
D_ SA détenait une filiale ayant son siège à Genève nommée C_ SA, active dans le courtage de crédits hypothécaires et de contrats d'assurance-vie.
X_ avait le pouvoir de signature individuelle pour C_ SA depuis la création de la société en 2002.
Lors d'une séance du conseil d'administration du 28 août 2007, les participants, Administrateur n_ et F_, avaient décidé, à titre conservatoire, de supprimer avec effet au lendemain le droit de signature de X_ sur tous les comptes bancaire de la société (P 605'021).
Le 28 novembre 2007, C_ SA a déposé une plainte à l'encontre de X_ pour gestion déloyale.
C_ SA a exposé que X_ s'était fait remettre en liquide la somme de CHF 25'000.- le 23 novembre 2007 puis, une nouvelle fois, la somme de CHF 25'000.- le 27 novembre 2007, au débit du compte bancaire de C_ SA auprès de Q_.
f.b.
Il ressort des pièces bancaires au dossier qu'un retrait en espèces de CHF 25'000.- a été effectué le 23 novembre 2007 au débit du compte courant libellé en francs suisses de C_ SA auprès de Q_. Ce retrait d'espèces a été effectué à l'agence Q_ Genève-Rhône, le relevé de compte mentionnant "
voir copie PP annexée"
(P 350'402).
Un second ordre de CHF 25'000.- a été donné le 27 novembre 2007, soit "
Selon ordre porté Banque Q_ Genève-Rhône Mlle _"
.
f.c.
F_, administrateur et directeur de C_ SA, entendu par la police le 14 novembre 2007, a précisé que la décision de retirer le pouvoir de signature de X_ faisait suite à des retraits effectués par ce dernier, que l'intéressé justifiait à l'aide de factures infondées ou de fausses promesses de remboursement. Ces retraits avaient été inscrits au bilan de C_ SA sous le poste "débiteurs D_" et se montaient à CHF 235'000.- au 30 juin 2007 (P 400'060).
Les infractions au préjudice d'D_ SA
g. Selon les pièces au dossier
g.a.
A teneur de l'extrait du registre du commerce, D_ SA a été constituée le 7 mars 2001 et disposait d'un capital social de CHF 3'000'000.-, entièrement libéré.
X_ en était l'administrateur depuis sa constitution et Y_ était administratrice, avec signature collective à deux, jusqu'au 10 janvier 2007. Entre le 27 novembre 2003 et le 7 décembre 2006, Administrateur b_ était également administrateur, avec signature collective à deux.
Selon une attestation datée du 1
er
décembre 2006, X_ a certifié que Y_ avait quitté les organes de direction de D_ SA le 1
er
décembre 2005, ajoutant que celle-ci "
n'exerce plus aucune fonction opérationnelle au sein d'D_ ou de toute société rattachée de près ou de loin à cette dernière
" (P 610'032).
Selon un courrier du 5 décembre 2005 adressé à Y_, X_ a dit avoir accepté la démission de Y_ du poste de directeur général d'D_ SA, celle-ci prenant effet au 31 décembre 2005 (annexe n° 4 du courrier de Y_ au Tribunal de céans du 5 septembre 2016).
g.b.
Le 22 janvier 2008, le Tribunal de première instance de Genève a déclaré D_ SA en faillite.
Cette faillite faisait suite à une requête de faillite sans poursuite préalable déposée le 23 novembre 2007 par la société Bailleur aa_, bailleresse des locaux d'D_ SA situés au _ à Genève (P A-50'050). Dans sa requête, Bailleur aa_ a fait état d'une cessation de paiement des loyers dus dès le mois de mai 2007 (P A-50'052).
Plusieurs employés d'D_ SA ont par le biais de plaintes déposées à l'encontre de X_, dénoncé le non-paiement des salaires dès le mois de novembre 2007 et le paiement en retard des salaires du mois d'octobre 2007. Ces employés précisaient que ce n'était pas la première fois que le paiement des salaires subissait des retards (cf. plaintes de Employé o_ P A-270'000 et de Employé p_ P A-270'047).
Le 19 février 2008, une instruction pénale, faisant l'objet de la procédure P/2513/2008, a été ouverte pour gestion fautive à l'encontre de X_. La procédure P/2513/2008 a finalement été jointe à la présente procédure en date du 20 juillet 2016.
g.c.
A teneur des comptes audités par PricewaterhouseCoopers (ci-après : PWC) (P A-230'002ss), D_ SA a réalisé un chiffre d'affaires de :
- CHF 6'854'458.- pour l'exercice 2001-2002; ![endif]>![if>
- CHF 16'646'627.- pour l'exercice 2002-2003; ![endif]>![if>
- CHF 22'945'353.- pour l'exercice 2003-2004; ![endif]>![if>
- CHF 21'246'531.- pour l'exercice 2004-2005;![endif]>![if>
- CHF 14'972'257.- pour l'exercice 2005-2006; ![endif]>![if>
et un bénéfice brut de :
- CHF 1'002'188.- pour l'exercice 2001-2002;![endif]>![if>
- CHF 5'190'511.- pour l'exercice 2002-2003; ![endif]>![if>
- CHF 6'959'150.- pour l'exercice 2003-2004; ![endif]>![if>
- CHF 7'685'435.- pour l'exercice 2004-2005;![endif]>![if>
- CHF 645'143.- pour l'exercice 2005-2006.![endif]>![if>
Pour l'exercice 2004/2005, la distribution d'un dividende de CHF 5'700'000.- avait été proposée et approuvée lors de l'assemblée générale qui s'était tenue le 8 juin 2006 (P A-222'605). Ce dividende n'a pas été distribué en raison de difficultés de trésorerie (P A-230'297).
Dans le même temps, à lecture des comptes audités d'D_ SA, le poste intitulé "compte courant actionnaire" puis "prêt actionnaire" a évolué de la manière suivante :
- CHF 349'735.- pour l'exercice 2001-2002;![endif]>![if>
- CHF 0.- pour l'exercice 2002-2003;![endif]>![if>
- CHF 3'760'614.- pour l'exercice 2003-2004;![endif]>![if>
- CHF 6'601'845.- pour l'exercice 2004-2005;![endif]>![if>
- CHF 13'760'918.- pour l'exercice 2005-2006. ![endif]>![if>
g.d.
Selon une note interne de PWC du 3 novembre 2005 (P A-220'571), le prêt actionnaire n'avait pas été accepté par les autres membres du Conseil d'administration d'D_ SA, alors que cet aval aurait été nécessaire. Toutefois, le prêt devait être remboursé suite à la distribution du bénéfice de 2005. La situation n'étant donc que provisoire, aucune mesure ne devait être prise.
Le poste "prêt actionnaire" a fait l'objet d'une note du réviseur au bilan de l'exercice 2005-2006, celui-ci prenant fin au 30 juin 2006, laquelle fait mention de ce que ce prêt était couvert par la participation au capital que l'actionnaire détenait dans D_ GROUP. Ces titres avaient été valorisés par capitalisation du bénéfice net du premier exercice social (P A-230'042).
Dans le rapport de l'organe de révision, cosigné par Réviseur q_, employé de PWC et réviseur d'D_ SA, l'attention de l'Assemblée générale était attirée sur le fait que ces prêts à l'actionnaire pouvaient constituer une violation de l'art. 680 al. 2 CO (P A-230'036). Il ressort d'une note interne de PWC de la fin de l'année 2005 (P A-220'559) que, pour les réviseurs, le prêt à l'actionnaire avait été réalisé pour financer la création d'une société holding au Luxembourg, D_ HOLDING. La seule problématique relevée en rapport avec ce prêt actionnaire était qu'il avait été constitué sans intérêts, lesquels devaient être comptabilisés en plus à hauteur de CHF 114'000.-. Les réviseurs arrivaient à la conclusion que X_ ayant l'intention de rembourser le prêt, alors que celui-ci n'allait pas au-delà de la part des fonds propres dépassant le capital-actions versé, le prêt actionnaire ne contrevenait pas à l'art. 680 al. 2 CO (P A-220'565).
Un contrat de prêt a été établi et daté du 30 juin 2006 (P A-230'162) afin de régulariser cette situation, selon lequel D_ SA, représentée par X_, s'engageait à prêter à celui-ci la somme de CHF 14'000'000.-, débitée du compte courant actionnaire de la société. Le contrat prévoyait que le prêt portait intérêts à 5% par année et que son remboursement ainsi que le paiement des intérêts étaient garantis par la participation de X_ aux bénéfices d'D_ SA et par sa participation au capital et aux bénéfices d'D_ GROUP. Selon une note transmise au réviseur PWC (P A-230'166), la participation de X_ à D_ GROUP, constituée en 2005, était valorisée dans "
une fourchette supérieure à 100 millions
". Il ressort d'une pièce produite par PWC (P 222'220) que X_ a fait parvenir ledit contrat de prêt signé à Réviseur q_ par courriel du 7 mai 2007.
g.e.
Le 14 novembre 2006, Administrateur b_ a convoqué une séance du Conseil d'administration d'D_ SA.
Selon procès-verbal de cette séance (P A-230'175), Administrateur b_ avait fait part de son inquiétude au sujet de la trésorerie d'D_ SA et demandé que le compte prêt actionnaire fût réduit drastiquement. Il estimait que sa signature à deux, avec X_, l'empêchait de gérer efficacement la société et avait demandé que le système de signature fût modifié. X_ avait refusé, considérant qu'il devait conserver la signature individuelle. Administrateur b_ avait annoncé sa démission avec effet immédiat.
g.f.
Le 27 septembre 2007, s'est tenue l'Assemblée générale d'D_ SA (P A-230'296) pour l'approbation des comptes de l'exercice 2005/2006.
Il ressort du procès-verbal de cette Assemblée générale que X_ avait expliqué que la baisse du chiffre d'affaires ressentie lors de cet exercice était principalement due, d'une part, au fait qu'D_ SA avait financé le développement des affaires d'D_ GROUP, sans toutefois en avoir économiquement bénéficié, mais aussi, d'autre part, au durcissement des règles applicables aux activités financières.
Les dividendes votés n'avaient pas pu être versés en raison des difficultés de trésorerie rencontrées au cours de l'été 2006.
L'avocat représentant Y_ lors de cette assemblée est revenu sur la solidité des garanties octroyées par X_, eu égard au compte actionnaire. Réviseur q_ avait expliqué que la valeur des parts d'D_ GROUP, mises en garantie par X_, avait été estimée sur la base de chiffres parfaitement fiables. X_ soulignait, quant à lui, que le compte courant actionnaire avait été réduit substantiellement au cours de l'exercice 2006/2007.
A l'issue de cette séance, il a également été discuté de la composition du Conseil d'administration. X_ avait informé les actionnaires qu'une réflexion était en cours dans le but d'étoffer le Conseil d'administration, au sein duquel il siégeait seul depuis la démission de Administrateur b_. Il envisageait la présence à ses côtés d'un avocat ou d'un expert-comptable.
g.g.
Par courrier du 13 novembre 2007 (P A-222'639), Employé a_ a informé le réviseur PWC de ce que les salaires des employés d'D_ SA pour le mois d'octobre 2007 n'avaient pas été payés. De même, les loyers étaient en souffrance depuis de nombreux mois.
Selon une note interne rédigée par Réviseur q_ (P A-222'637), ce dernier avait rencontré X_ à ce sujet le 19 novembre 2007. X_ lui avait indiqué que les salaires allaient être payés et qu'il allait prendre des mesures d'assainissement. X_ avait ensuite convoqué une assemblée générale extraordinaire pour le 4 décembre 2007.
Entretemps, soit le 28 novembre 2007, X_ a été arrêté dans le cadre de la présente procédure pénale, portant à l'époque uniquement sur les infractions au préjudice des fonds A_ et B_.
g.h.
Le rapport du réviseur PWC sur les comptes pour l'exercice 2006-2007 (P A-10'012ss) a été établi le 11 décembre 2007. Il révélait que "
le prêt actionnaire s'élève à 11'046'518.- au 30 juin 2007 avec comme couverture principale sa quote-part au capital d'D_ GROUP. Compte tenu de la mise en liquidation des véhicules d'investissements gérés par D_ GROUP, la valeur de cette société estimée par capitalisation de ses revenus ne couvre plus les prêts existants. Aucun intérêt n'a été calculé sur les avances accordées à l'actionnaire principal. Le résultat présenté est dès lors trop favorable de CHF 11'046'518.-
". Par ailleurs, le rapport indiquait que les comptes étaient surévalués s'agissant de plusieurs autres postes, notamment en ce qui concernait les fonds de placement et les sociétés liées. Si les corrections de valeurs visées étaient effectuées, les comptes présenteraient une situation de surendettement. Le réviseur terminait en indiquant que "
le bilan intermédiaire au sens de l'art. 725 al. 2 CO n'a pas été établi. Compte tenu des difficultés de trésorerie d'D_ SA qui rendent impossible la continuation de l'exploitation, le Conseil d'administration doit avertir le juge
".
Par courrier du 13 décembre 2007, le réviseur PWC a informé le juge qu'D_ SA était en état de surendettement (P A-10'011).
g.i.
L'examen des comptes bancaires d'D_ SA fait ressortir que X_ a prélevé directement certaines sommes pour les transférer sur des comptes bancaires dont lui-même ou Y_ étaient les titulaires et/ou les ayant-droits économiques :
PRÉLÈVEMENTS AU PREJUDICE D'D_ SA
No
Date
Compte débité
Compte crédité
Titulaire
Montant
11.1.
![endif]>![if>
22.11.2004
Q_
6_
S_
25_
X_ Y_
EUR
100'000.-
11.2.
![endif]>![if>
22.11.2004
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
100'000.-
11.3.
![endif]>![if>
03.01.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
150'000.-
11.4.
![endif]>![if>
10.02.2005
Q_
6_
Q_
24_
Y_
CHF
725'000.-
11.5.
![endif]>![if>
18.02.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
EUR
200'000.-
11.6.
![endif]>![if>
23.02.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
400'000.-
11.7.
![endif]>![if>
16.03.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
500'000.-
11.8.
![endif]>![if>
20.04.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
150'000.-
11.9.
![endif]>![if>
22.04.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
100'000.-
11.10.
![endif]>![if>
04.05.2005
Q_
6_
Q_
24_
Y_
CHF
500'000.-
11.11.
![endif]>![if>
07.09.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
EUR
100'000.-
11.12.
![endif]>![if>
29.09.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
60'000.-
11.13.
![endif]>![if>
07.10.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
50'000.-
11.14.
![endif]>![if>
21.10.2005
Q_
6_
Q_
24_
Y_
EUR
650'000.-
11.15.
![endif]>![if>
25.10.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
USD
75'000.-
11.16.
![endif]>![if>
26.10.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
USD
75'000.-
11.17.
![endif]>![if>
30.11.2005
N_
26_
Q_
20_
X_
CHF
200'000.-
11.18.
![endif]>![if>
09.12.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
100'000.-
11.19.
![endif]>![if>
19.12.2005
Q_
6_
Q_
24_
Y_
CHF
425'000.-
11.20.
![endif]>![if>
19.12.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
1'000'000
11.21.
![endif]>![if>
20.12.2005
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
2'000'000
11.22.
![endif]>![if>
31.01.2006
Q_
6_
Q_
20_
X_
EUR
60'000.-
11.23.
![endif]>![if>
02.02.2006
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
250'000.-
11.24.
![endif]>![if>
17.02.2006
Q_
6_
Q_
20_
X_
EUR
200'000.-
11.25.
![endif]>![if>
02.03.2006
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
500'000.-
11.26.
![endif]>![if>
03.03.2006
Q_
6_
Q_
20_
X_
CHF
100'000.-
11.27.
![endif]>![if>
08.06.2006
M_
7_
R_
8_
Y_
CHF
470'000.-
11.28.
![endif]>![if>
20.07.2006
M_
7_
M_
27_
X_
CHF
150'000.-
11.29.
![endif]>![if>
20.09.2006
M_
7_
M_
27_
X_
CHF
20'000.-
11.30.
![endif]>![if>
25.09.2006
M_
7_
M_
27_
X_
CHF
70'000.-
11.31.
![endif]>![if>
28.09.2006
M_
7_
M_
27_
X_
CHF
80'000.- recte 50'000.-
11.32.
![endif]>![if>
08.11.2006
M_
7_
R_
8_
Y_
CHF
69'000.-
11.33.
![endif]>![if>
17.11.2006
M_
7_
R_
8_
Y_
CHF
80'000.-
11.34.
![endif]>![if>
12.12.2006
N_
26_
N_
18_
Y_
CHF
65'900.-
11.35.
![endif]>![if>
03.01.2007
M_
7_
R_
8_
Y_
CHF
62'489.-
11.36.
![endif]>![if>
01.02.2007
M_
7_
R_
8_
Y_
CHF
152'000.-
11.37.
![endif]>![if>
14.02.2007
M_
7_
M_
27_
X_
CHF
30'000.-
11.38.
![endif]>![if>
21.02.2007
M_
7_
R_
8_
Y_
EUR
60'000.-
11.39.
![endif]>![if>
23.02.2007
M_
7_
R_
8_
Y_
EUR
30'000.-
11.40.
![endif]>![if>
25.04.2007
M_
7_
M_
27_
X_
CHF
1'000'000
11.41.
![endif]>![if>
27.04.2007
M_
7_
M_
27_
X_
EUR
360'000.-
11.42.
![endif]>![if>
23.07.2007
M_
7_
R_
8_
Y_
CHF
60'000.-
11.43.
![endif]>![if>
24.07.2007
M_
7_
R_
8_
Y_
EUR
60'000.-
11.44.
![endif]>![if>
25.07.2007
M_
7_
R_
8_
Y_
EUR
89'000.-
11.45.
![endif]>![if>
17.08.2007
M_
7_
R_
8_
Y_
CHF
182'000.-
11.46.
![endif]>![if>
17.08.2007
M_
7_
M_
27_
X_
CHF
300'000.-
Total
CHF
EUR
USD
10'101'389
1'909'000
150'000
g.j.
Le compte n° 6_ auprès de Q_ était un compte d'D_ SA ouvert en avril 2002 et libellé en CHF, USD et EUR. Selon le formulaire d'ouverture de compte, la correspondance devait être adressée à "
D_ SA, _, à l'attention de M. X_ ou Mme Y_
" (P 351'224). A partir du 9 décembre 2004, Y_ avait obtenu le droit de signature individuelle sur ce compte (P 351'236), les signatures autorisées étant jusqu'alors celles de X_ (individuelle) et d'Administrateur n_ (collective à deux) (P 351'240). Selon un ordre du 14 décembre 2006, la signature d'Administrateur n_ a été annulée (P 351'238).
Les transferts au débit du compte n° 7_ ouvert au nom d'D_ SA auprès de M_ ont été pour la plupart donnés par le biais de l'accès
electronic banking
de X_.
X_ et Y_ avaient tous deux une autorisation de signer sur le compte n° 26_ auprès de la N_, ouvert le 15 mars 2001 au nom d'D_ SA (P 330'066).
g.k.
Il ressort d'un avis de débit du 27 février 2007 (P 320'186) que Y_ a versé, depuis son compte auprès de R_ Genève, une somme de CHF 300'000.- sur le compte d'D_ SA à la Banque N_, avec mention "
Provision du compte salaire par l'actionnaire
". Quelques jours plus tard, le 6 mars 2007, D_ SA lui a remboursé cette même somme (P 320'191).
De même, selon un ordre de transfert du 27 mars 2007 (P 320'205), Y_ a versé, depuis son compte auprès de Banque R_ Genève, une somme de CHF 198'412.79 à une étude d'avocats genevoise, avec mention "
Provision règlement affaire Employé d_ &Employé e_
". Un avis de crédit du 30 mars 2007 (P 320'209) montre que la même somme est venue en remboursement depuis le compte de J_HOLDING AG auprès de M_, mentionnant en référence "
REMBOURSEMENT AVANCE D_SA (AFFAIRE Employé d_ ET Employé e_)
".
g.l.
Dans le cadre de l'instruction, les relevés d'utilisation des cartes de crédit d'D_ SA ont été saisis (P 25'000ss et P 25'039ss).
Selon ces relevés, X_ et Y_ ont effectué, entre juin 2005 et décembre 2007, un grand nombre de dépenses apparaissant n'avoir aucun lien avec le but social d'D_ SA.
Ces différentes dépenses se décomposent comme suit :
DEPENSES
No
Date
Rubrique
Montant (CHF)
12.1.
![endif]>![if>
Exercice 2005-2006
Hôtel (total)
146'323.35
12.2.
![endif]>![if>
Exercice 2005-2006
Restaurant (total)
74'188.00
12.3.
![endif]>![if>
Exercice 2005-2006
Limousine (total)
80'632.95
12.4.
![endif]>![if>
Exercice 2005-2006
Jet privé (total)
1'670'262.09
12.5.
![endif]>![if>
30.09.2005 et 06.10.2005
Avion pour Johannesburg (total)
61'230.00
12.6.
![endif]>![if>
27.12.2005
Avion pour Mahe Island (total)
33'078.00
12.7.
![endif]>![if>
26.08.2005
Hermès
26'990.00
12.8.
![endif]>![if>
17.12.2005
Hermès
38'250.00
12.9.
![endif]>![if>
22.12.2005
Hermès
49'307.99
12.10.
![endif]>![if>
12.01.2006
Pascal Blitz photographe
13'000.00
12.11.
![endif]>![if>
11.04.2006
Opera Gallery Paris
62'836.15
12.12.
![endif]>![if>
29.04.2006
Hermès
95'000.00
12.13.
![endif]>![if>
29.04.2006
Hermès
75'600.00
12.14.
![endif]>![if>
30.04.2006
Gioielleria Boncompagni (bijouterie, Venise)
24'188.14
12.15.
![endif]>![if>
06.06.2006
Bang & Olufsen center
45'000.00
12.16.
![endif]>![if>
06.08.2006
Desiderio Paolo (bijouterie, Capri)
33'092.26
12.17.
![endif]>![if>
06.08.2006
Gucci (Capri)
11'492.66
12.18.
![endif]>![if>
06.08.2006
Gucci (Capri)
12'690.15
12.19.
![endif]>![if>
06.08.2006
Miu Miu (vêtements, Capri)
2'218.17
12.20.
![endif]>![if>
06.08.2006
Baby Shop (Capri)
1'981.04
12.21.
![endif]>![if>
07.08.2006
Sport boutique (Capri)
10'205.59
12.22.
![endif]>![if>
07.08.2006
Sport boutique (Capri)
10'666.64
12.23.
![endif]>![if>
07.08.2006
Snobberie (vêtements, Capri)
2'033.32
12.24.
![endif]>![if>
07.08.2006
Alberto Boutique (Capri)
2'443.36
12.25.
![endif]>![if>
08.08.2006
La Caprese (bijouterie, Capri)
3'129.35
12.26.
![endif]>![if>
10.08.2006
Bang & Olufsen center
7'300.00
12.27.
![endif]>![if>
10.08.2006
Bang & Olufsen center
50'000.00
12.28.
![endif]>![if>
10.08.2006
Esmeralda Bazar (vêtements, Porto Cervo)
5'593.67
12.29.
![endif]>![if>
10.08.2006
I Gioielli del mare (bijouterie, Porto Cervo)
69'356.41
12.30.
![endif]>![if>
18.07.2005
Cigares
3'878.25
12.31.
![endif]>![if>
31.08.2005
Cigares
1'687.50
12.32.
![endif]>![if>
08.05.2006
Caviar House
1'014.50
12.33.
![endif]>![if>
10.06.2006
Caviar House
1'018.00
12.34.
![endif]>![if>
Exercice 2006-2007
Hôtel (total)
41'454.22
12.35.
![endif]>![if>
Exercice 2006-2007
Restaurant (total)
7'136.25
12.36.
![endif]>![if>
Exercice 2006-2007
Jet privé (total)
1'228'322.48
12.37.
![endif]>![if>
Exercice 2006-2007
Limousine (total)
26'776.05
12.38.
![endif]>![if>
25.04.2007
Pascal Blitz photographe
10'400.00
TOTAL
4'039'776.54
g.m.
D_ SA a fait l'objet d'une reprise fiscale par l'Administration fédérale des contributions (P A-230'170). Dans son courrier du 22 septembre 2006, l'Administration fédérale des contributions a qualifié de soustraction fiscale la comptabilisation de frais marketing non justifiés pour les exercices 2003/2004 et 2004/2005 ainsi que le prêt actionnaire, calculé sans intérêts en 2003/2004, ou avec des intérêts insuffisants en 2004/2005. Suite à la reprise fiscale, une solution négociée a abouti au paiement par D_ SA d'une somme totale de CHF 1'797'366.-.
g.n.
L'état de collocation, non daté, produit par l'Office des faillites (P 212'063) de la Masse en faillite d'D_ SA met en évidence des créances admises pour une valeur de CHF 13'810'546.39.
h. Selon les déclarations des témoins
h.a. Réviseur q_
a été entendu le 27 mai 2009 par le Juge d'instruction.
Il avait révisé les comptes de D_ SA depuis la création de la société. Pour l'exercice 2005-2006, il se rappelait avoir eu besoin d'informations complémentaires qui avaient mis du temps à être fournies, ce qui avait reporté la reddition du rapport de révision à juin 2007. Les demandes d'informations étaient liées à des contrôles de l'administration fiscale, à l'évaluation de la dette de X_ et aux sûretés que le précité pouvait, le cas échéant, fournir. Concernant précisément le compte courant actionnaire, il avait déjà eu une discussion à ce sujet à la fin de l'exercice 2004/2005 avec X_; ce dernier lui avait indiqué que la situation était temporaire et qu'il allait rembourser ce prêt notamment au moyen des dividendes. En 2006, il avait constaté que la dette avait augmenté de près de CHF 7'000'000.- et réclamé à X_ un certain nombre de garanties. Dans ce cadre, le précité avait signé un contrat de nantissement sur les parts qu'il détenait dans D_ GROUP, dont la valeur avait été estimée sur la base des documents fournis par l'intéressé. Cette garantie avait été formalisée par la signature d'un contrat de prêt, selon lequel D_ SA prêtait la somme de CHF 14'000'000.- à X_ et le compte courant actionnaire avait été modifié en un compte "prêt actionnaire" dès le début de l'année 2007. Toutefois, le contrat de prêt était daté du 30 juin 2006 parce qu'il se rapportait à l'exercice 2005/2006, dont le bouclement était au 30 juin 2006. S'agissant de l'exercice 2006/2007, Réviseur q_ a précisé avoir eu une discussion avec X_ en août 2007 concernant la situation de G_, suite à la crise des
subprimes
. Ils avaient convenu de se revoir en novembre 2007 mais X_ avait été arrêté entre temps.
h.b. Employé a_
, lors de ses auditions du 10 janvier 2008 à la police et du 15 février 2008 devant le Juge d'instruction, a indiqué que seul X_ et Y_ avaient accès aux comptes d'D_ SA. En tant qu'actionnaire, il n'était informé de la situation financière qu'à la présentation des comptes lors des assemblées générales, lesquelles se tenaient toujours avec plusieurs mois de retard. Il avait découvert en septembre 2007 que le bénéfice pour l'exercice 2005/2006 avait chuté. Il avait également découvert avec stupéfaction l'état du compte courant actionnaire, qui était passé de CHF 6'000'000.- à CHF 13'000'000.- en une année. Il avait soulevé ce point auprès de Réviseur q_, qui lui avait répondu que les garanties apportées par X_ étaient suffisantes même si elles étaient peu habituelles et que la valeur des actions mises en garantie devait être évaluée à la clôture des comptes, soit à leur valeur de juin 2006. Le dividende qui avait été décidé en 2006 pour l'exercice 2004/2005 n'avait jamais été réellement versé. Lors de sa prise de connaissance des comptes 2005/2006, il avait compris que l'argent de la société avait été utilisé par X_ et Y_.
Concernant l'implication de cette dernière, il estimait qu'au vu de sa formation, elle devait avoir des connaissances dans le domaine financier. Pour D_ SA, elle s'occupait de la gestion du personnel, des contacts avec les fournisseurs et de l'intendance. Elle s'intéressait à savoir quels étaient les gains disponibles pour faire face aux frais de la société. Il n'avait pas vu de différence lorsque Y_ avait cessé son activité puisqu'elle était toujours présente dans les locaux et posait les mêmes questions. Il a précisé que Y_ n'était pas présente lors des dernières assemblées générales de la société de 2006 et 2007.
h.c.
Administrateur b_
, ancien administrateur d'D_ SA entre 2003 et 2006, a été entendu par le Juge d'instruction le 1
er
février 2008.
Il a expliqué les circonstances de sa démission du 14 novembre 2006. Au mois d'août 2006, Administrateur n_, qui s'occupait de la comptabilité d'D_ SA, lui avait fait part de ce que la société avait une poursuite engagée contre elle pour plus de CHF 1'000'000.- et de ce qu'elle devait diverses autres sommes à l'AVS. Il avait alors contacté X_, lui avait demandé des explications et de faire en sorte que la situation fût rétablie. X_ lui avait répondu que cela allait se faire. Il avait dès lors sollicité la convocation d'un conseil d'administration et demandé à modifier le régime de signatures, afin que le pouvoir de signature de X_ fût limité à une signature collective à deux. X_ avait refusé de sorte qu'il avait décidé de démissionner.
Il ignorait si Y_ était au courant des problèmes d'D_ SA. Pour sa part, il traitait uniquement avec X_. Y_ avait un bureau dans les locaux de l'entreprise et elle s'occupait du personnel. Il la rencontrait donc fortuitement lorsqu'il était dans les locaux d'D_ SA mais il ne savait pas si Y_ était au courant des problèmes financiers de la société.
h.d.
Employé r_
, entendu le 30 avril 2008 par la police et le 26 février 2009 par le Juge d'instruction, était le comptable d'D_ SA entre avril et novembre 2007. Il avait pour tâches l'établissement de la comptabilité générale et le paiement des fournisseurs.
A son arrivée, la comptabilité était très désorganisée. Le problème important que l'intéressé avait soulevé était le compte débiteur actionnaire, qui représentait un montant d'environ CHF 10'000'000.-. Il en avait parlé à X_, qui lui avait fait comprendre que cela ne le regardait pas. Dès août 2007, il avait reçu l'aide d'un fiduciaire externe pour le bouclement de l'exercice 2006/2007. Ensemble, ils avaient décidé que toutes sorties de fonds qui ne pouvaient être justifiées par pièces seraient comptabilisées dans le compte courant actionnaire. Cette comptabilisation avait augmenté ledit compte de CHF 2'000'000.- à CHF 3'000'000.- selon ses souvenirs.
Lorsqu'il avait été engagé, il avait vite compris qu'il y avait deux patrons dans la société, X_ et Y_. Il avait reçu l'instruction d'envoyer tous les matins, par SMS, les soldes des comptes bancaires d'D_ SA à X_ et à Y_. Y_ n'était plus directrice d'D_ SA mais elle était encore dans les locaux pour d'autres activités et utilisait des secrétaires. Sur les quelques mois de son activité, il avait constaté que les dépenses liées aux voyages des dirigeants, dont des voyages privés, étaient prioritaires sur le paiement des fournisseurs. Il avait en effet vu passer des factures susceptibles d'être d'ordre privé, telles que des transports en avion privé, des limousines avec chauffeur ou des hôtels luxueux. Pour l'année 2006 par exemple, il avait constaté un montant d'environ CHF 2'900'000.-. Ces frais avaient été comptabilisés en tant que "frais marketing".
h.e. Employé i_
, lors de son audition du 12 mars 2009 par le Juge d'instruction, a expliqué qu'D_ SA avait connu une expansion très importante jusqu'à mi-2006, avec la création de nouveaux fonds et une bonne acquisition de clientèle. D_ SA générait des bénéfices très importants. En janvier 2007, avec le départ d'Employé g_ et les demandes de remboursements de clients, la situation avait commencé à décliner puis, à partir de l'été 2007, avec la survenance de la crise des
subprimes
, la société allait vraiment mal. Il avait eu accès à un extrait de poursuites d'D_ SA et pu constater qu'elles étaient nombreuses et importantes. Selon lui, Y_ s'inquiétait de la situation de la société mais semblait ne pas être totalement au courant de la gravité de la situation; elle lui avait d'ailleurs dit qu'elle souhaitait se réinvestir dans la société. Elle lui téléphonait régulièrement pour demander l'état des liquidités disponibles sur le compte d'D_ SA afin de pouvoir régler des factures. Dans le cadre de ces téléphones, il l'avait informée que les affaires allaient moins bien. Il se rappelait en particulier que, le 26 février 2007, alors que X_ était indisponible en raison d'un accident de la route, Y_ avait demandé à ce qu'un versement fût effectué par A_ en faveur de J_ mais Employé c_ avait refusé de l'effectuer tant que X_ n'avait pas donné son accord et sa signature. Y_ avait eu une dispute au téléphone avec Employé c_ ce jour-là.
h.f.
Employé g_
, lors de son audition par le Juge d'instruction le 8 février 2008, a spontanément indiqué que l'adoption des comptes de l'exercice 2005/2006 avait été un scandale. Les comptes audités par PWC présentaient un compte actionnaire débiteur de CHF 13'000'000.-, un dividende de CHF 6'000'000.- de l'exercice précédent toujours impayé et le tout garanti par des actions dont le premier venu pouvait rapidement voir qu'elles étaient sans valeur. Il avait quitté D_ SA car il avait eu une bonne opportunité professionnelle mais, aussi, car il constatait que X_ était en train de détruire ce qu'ils avaient construit au sein d'D_ SA pendant 6 ans. X_ avait été quelqu'un de travailleur mais il avait changé au cours des années. Il avait un problème de toxicomanie et cela se ressentait dans les affaires. Il préférait jouir de la vie et dépenser. Au commencement de la société, Y_ était directrice générale puis elle avait dit qu'elle ne faisait plus partie de la société. Elle "rodait" toutefois toujours dans les locaux.
h.g. Employée k_
, lors de son audition du 25 avril 2008 par le Juge d'instruction, a indiqué qu'après son engagement en mars 2007, Y_ s'était présentée à elle comme l'actionnaire principale d'D_ SA et l'épouse de X_ et qu'elle avait ainsi un droit de regard sur la gestion de la société; elle voulait que toutes les informations transmises à X_ lui fussent également rapportées. Elle lui avait donc transmis les informations sur ce qui se passait au sein de la société. En juillet 2007, X_ lui avait demandé de ne plus rapporter quoi que ce soit à l'intéressée et elle avait donc cessé tous rapports avec elle. Ces derniers étaient tendus, Y_ ayant plusieurs fois menacé de la licencier.
i. Selon les déclarations des prévenus
i.a.
X_
, entendu par le Juge d'instruction le 10 décembre 2007, a déclaré qu'il avait une dette actionnaire importante envers D_ SA, qui résultait de prélèvements actionnaires effectués pour ses besoins personnels. Dans la mesure où il était soumis à un forfait fiscal, il ne pouvait pas se verser de salaire et subvenait donc à ses besoins par le biais de ces prélèvements. Il avait également fait des prélèvements pour son épouse, Y_. Les réviseurs avaient accepté sans réserve la comptabilité contenant cette dette actionnaire lors de l'audit des comptes au 30 juin 2006. Ces prélèvements étaient garantis par les titres d'D_ GROUP.
Selon lui, c'était la déconvenue des titres G_, la crise des
subprimes
et la crise de confiance des investisseurs qui s'en était suivie qui avait causé le surendettement d'D_ SA.
i.b.
Lors de son audition du 30 janvier 2008, X_ a indiqué que Employé e_ et Employé d_ avaient intenté une procédure de faillite sans poursuite préalable suite à un différend financier. La demande avait été retirée à l'issue d'une transaction et du paiement d'une indemnité. Cette dernière avait été versée par Y_ dans un premier temps car la trésorerie d'D_ SA n'était pas disponible dans les délais. D_ SA avait ensuite remboursé Y_.
i.c.
Lors de son audition du 6 novembre 2008, X_ a précisé qu'après avoir obtenu un forfait fiscal en 2006, avec un effet rétroactif dès 2002, il n'était donc plus autorisé à recevoir un revenu d'une activité professionnelle en Suisse. Il avait décidé, en accord avec le réviseur et en parfaite transparence, de faire passer une partie de ses frais personnels sur les comptes de la société. Au sujet du compte "marketing et démarchage", il a expliqué que dans le cadre des activités d'D_ SA, il fallait effectuer un vrai travail commercial auprès des contreparties qui pouvaient être des banques ou des sociétés de gestion. Cela nécessitait des déplacements fréquents. Dans la plupart des pays, les rétrocessions étaient interdites; en revanche, il y avait la possibilité de faire des cadeaux ou des prestations en nature, week-ends, voyages, restaurants, etc. En ce qui concernait le compte prêt actionnaire, les montants qui y étaient prélevés étaient ceux qui lui étaient dus comme rémunération pour son activité dans D_ SA, dans la mesure où, à lui seul, il réalisait 70% du chiffre d'affaires de la société. Le contrat de prêt du 30 juin 2006 avait été signé à la demande de Réviseur q_, qui souhaitait pouvoir formaliser le prêt et y adjoindre une garantie pour couvrir le compte actionnaire débiteur. Aucun intérêt n'avait été payé, malgré ce que prévoyait ce contrat. Des montants avaient également été versés à Y_ dans le cadre de leurs rapports matrimoniaux. A l'époque, il pensait que les liquidités d'D_ SA permettaient de faire face à ces prélèvements, même s'il reconnaissait que c'était une erreur.
i.d.
Lors de son audition du 20 juillet 2011, X_ a admis les faits reprochés s'agissant de son inculpation pour gestion fautive, tout en précisant ne pas avoir eu d'intention de nuire à D_ SA, vu le contexte dans lequel il avait agi. Il admettait avoir opéré des prélèvements sur D_ SA pour son usage personnel. Toutefois, dans le contexte de l'époque, il ne pensait pas qu'il y aurait de telles conséquences et notamment pas celle de la faillite d'D_ SA. De février 2002 à fin 2006, D_ SA avait généré des bénéfices importants, parfois de plus de CHF 10'000'000.- par année. Il avait ainsi pensé que ses prélèvements étaient tout à fait proportionnés. Il a expliqué avoir eu "la tête dans le guidon" et ne plus avoir été en mesure d'apprécier la gravité de la situation. Au printemps 2007, les investisseurs avaient fait pression pour être remboursés; en février 2007, il avait eu un accident de la route et une personne était décédée; dès 2006, il y avait eu des tensions au sein de son couple, jusqu'à ce qu'en 2007 Y_ décidât de divorcer. En juin 2007, il avait été expulsé du domicile conjugal à la suite d'un jugement sur mesures protectrices de l'union conjugale. Y_ lui avait demandé à recevoir le quart des bénéfices d'D_ SA en tant qu'actionnaire à 25% et les prélèvements qu'il avait faits pour elle correspondaient à peu près à ce pourcentage. Il a ajouté que Y_ ne lui laissait pas vraiment le choix puisque, dans le cas où il ne s'exécutait pas, elle lui faisait des scènes de ménage. Finalement, il a admis qu'il aurait dû être plus attentif à la santé de la société, surtout à partir de la fin de l'année 2006.
i.e.
Y_
a été entendue par le Juge d'instruction le 21 décembre 2007, en qualité de personne appelée à donner des renseignements. Elle a indiqué être titulaire d'une licence en sciences politiques mathématique et physique, avec une spécialisation en finance d'entreprise et marchés de capitaux. Elle avait travaillé auprès d'une banque du groupe _ en qualité de vendeur de produits financiers. Avec X_, elle avait repris la société D_ SA et en avait été la directrice de mars 2001 à décembre 2005. Elle s'était occupée du fonctionnement administratif de la société, alors que X_ s'occupait de l'activité financière. Durant cette période, elle était au bénéfice d'un contrat de travail et percevait un salaire de CHF 350'000.- par an, en sus d'une participation au résultat de la société en sa qualité d'actionnaire. Elle ne recevait aucune information sur le plan financier. Elle estimait toutefois que la situation d'D_ SA était saine lors de son départ à fin 2005. D'ailleurs, D_ SA avait engendré un bénéfice de CHF 6'500'000.- en 2005, raison pour laquelle elle était particulièrement surprise par la situation obérée de la société. Dès 2006, elle n'avait plus touché aucun dividende, ni salaire. Elle s'était retirée de la société, ne conservant qu'un petit bureau avec deux assistantes qu'elle utilisait à titre privé. Elle n'avait noté aucun signal négatif au sujet de la santé de la société depuis 2006. Si elle avait interrompu son activité, c'était pour pouvoir s'occuper de ses enfants.
i.f.
Entendue en qualité de prévenue pour des faits de blanchiment d'argent le 18 novembre 2008 par le Juge d'instruction, Y_ a expliqué que malgré qu'elle ait cessé son activité, elle avait toutefois gardé un intérêt pour la société. Elle en était toujours actionnaire à 25% et avait conservé un
family office
au sein des locaux pour régler ses affaires personnelles. Elle n'était pas très informée par X_ sur l'évolution du groupe D_, de sorte qu'elle avait souhaité conclure un pacte d'actionnaires avec lui en septembre 2006. Par ce pacte, X_ s'était engagé à la tenir informée de la situation du groupe et n'avait plus le droit de procéder à des augmentations de capital sans son accord. De plus, à la même période, elle avait demandé à son avocat français de mettre en place un audit interne visant à protéger ses intérêts. Elle souhaitait avoir une visibilité sur les administrateurs et les structures mises en place. De cette manière, elle avait découvert que X_ était l'administrateur de quatorze sociétés en Suisse et à l'étranger. Elle ne s'était rendue compte des difficultés de la société qu'en novembre 2007, lorsqu'elle s'était rendue dans les bureaux et que les collaborateurs lui avaient dit qu'ils n'avaient pas été payés depuis deux mois.
i.g.
Lors de son audition du 17 juin 2009, Y_ a ajouté qu'à l'occasion du litige par-devant les juridictions des prud'hommes entre D_ SA, d'une part, et Employé d_ et Employé e_, d'autre part, c'était elle qui avait payé en avril 2007 l'indemnité due aux précités de CHF 150'000.-, X_ n'ayant pas de disponibilités. Elle n'en avait pourtant pas conclu qu'D_ SA était en difficulté. Elle n'avait pas de raison d'en douter et n'avait pas de vision claire.
i.h.
Le 6 juin 2014, Y_ a été mise en prévention pour complicité de gestion fautive. Suite à cette mise en prévention, Y_ a été convoquée à plusieurs reprises entre 2014 et 2015 pour être entendue sur les faits reprochés dans la faillite d'D_ SA mais l'intéressée ne s'est pas présentée. Le Ministère public a alors envisagé de procéder à son audition par commission rogatoire à Paris mais en vain (P 51'043).
Les transferts de fonds à Y_ et leur utilisation
j. Selon les pièces au dossier
j.a.
Les avoirs ainsi que la documentation de tous les comptes bancaires dont Y_ est la titulaire et/ou l'ayant-droit économique auprès de la banque R_ ont été saisis.
Y_ détient en son nom propre un compte n° 8_ auprès de R_ Genève. Ce compte a été ouvert le 7 février 2006 et les documents d'ouverture mentionnent l'activité de Y_ selon l'intitulé suivant : "
Dir. général c/o D_ SA
" (P 320'003). Le formulaire
Compliance
, rempli pour ce compte le 7 février 2006, mentionne comme provenance de la fortune de Y_ "
Epargne de son activité professionnelle + fortune personnelle
" (P 320'038). Annexée à ce formulaire, se trouve une carte de visite de Y_ à l'en-tête d'D_ SA, "
Chief Executive Officer, Directeur général
", indiquant sa ligne téléphonique directe dans les bureaux d'D_ SA ainsi que son numéro de téléphone portable (P 320'042).
Auprès de cette même banque, Y_ est, selon formulaire A (P 320'383), l'ayant-droit économique d'un compte bancaire qu'elle a elle-même ouvert en novembre 2006 au nom d'une société panaméenne E_ CORP. Ce compte ne détenait aucun avoir, jusqu'au versement décrit ci-dessous du 20 avril 2007 (P 320'466).
Un nouveau compte a été ouvert le 21 novembre 2007 par Y_ auprès de R_ Genève, également au nom d'une société panaméenne Zz_ SA (P 320'526ss). Les documents d'ouverture de compte indiquent que les fonds à verser sur ce compte proviennent de l'"
Epargne de son activité professionnelle + fortune personnelle"
et se réfèrent à un courriel qui n'est pas présent au dossier de la procédure. Y_ y est également décrite comme "
Directrice générale de D_ SA, Sté financière
" (P 320'555). Toujours selon ces documents, les fonds proviennent du compte personnel de Y_ n° 8_ (P 320'557). Le compte Zz_ SA a reçu le 22 novembre 2007 une somme de EUR 100'000.-, avant son blocage survenu le 11 décembre 2007 (P 320'590).
Y_ est également titulaire d'un compte ouvert auprès de R_ à Paris (P 380'055).
j.b.
L'analyse des pièces bancaires relatives auxdits comptes a permis de mettre en évidence que de nombreux montants provenant des sociétés impliquées dans les mouvements de fonds litigieux décrits ci-dessus ou de X_ directement, y avaient transité.
Un tableau de flux de fonds établi par le Ministère public a été versé au dossier. A teneur de ce tableau, il apparait que les sommes détournées des fonds A_ et B_ et des comptes d'D_ SA ont transité pour la plupart sur des comptes de X_, avant de se retrouver sur les différents comptes bancaires de Y_ auprès de la banque R_ à Genève et à Paris.
j.c.
Entre 2006 et 2007, Y_ a ainsi bénéficié des versements suivants :
PROVENANCE DES FONDS
VERSES SUR
MONTANT
DATE
BANQUE
N°
TITULAIRE
BANQUE
NUMERO
TITULAIRE
3.1.
22.11.2004
Q_
6_
D_ SA
S_
25_
X_
Y_
EUR
100'000
3.2.
10.02.2005
Q_
6_
D_ SA
Q_
24_
Y_
CHF
750'000
3.3.
04.05.2005
Q_
6_
D_ SA
Q_
24_
Y_
CHF
500'000
3.4.
21.10.2005
Q_
6_
D_ SA
Q_
24_
Y_
EUR
650'000
3.5.
19.12.2005
Q_
6_
D_ SA
Q_
24_
Y_
CHF
425'000
3.6.
08.06.2006
M_
7_
D_ SA
R_, Genève
8_
Y_
CHF
470'000
3.7.
08.11.2006
M_
7_
D_ SA
R_, Genève
8_
Y_
CHF
69'000
3.8.
17.11.2006
M_
7_
D_ SA
R_, Genève
8_
Y_
CHF
80'000
3.9.
12.12.2006
M_
7_
D_ SA
N_
18_
Y_
CHF
65'900
3.10.
12.12.2006
V_, Singapour
23_
D_ Investment Management
R_, Genève
8_
Y_
USD
409'975
3.11.
03.01.2007
M_
7_
D_ SA
R_, Genève
8_
Y_
CHF
62'489
3.12.
09.01.2007
V_, Singapour
23_
D_ Investment Management
R_, Genève
8_
Y_
USD
410'000
3.13.
23.01.2007
M_
29_
J_Holding AG
R_, Genève
8_
Y_
EUR
150'000
3.14.
25.01.2007
M_
29_
J_Holding AG
R_, Genève
8_
Y_
CHF
250'000
3.15.
01.02.2007
M_
7_
D_ SA
R_, Genève
8_
Y_
CHF
152'000
3.16.
14.02.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
100'000
3.17.
21.02.2007
M_
7_
D_ SA
R_, Genève
8_
Y_
EUR
60'000
3.18.
23.02.2007
M_
7_
D_ SA
R_, Genève
8_
Y_
EUR
30'000
3.19.
08.03.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
100'000
3.20.
20.03.2007
M_
29_
J_Holding AG
R_, Genève
8_
Y_
USD
100'000
3.21.
21.03.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
USD
50'000
3.22.
27.03.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
USD
25'000
3.23.
28.03.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
150'000
3.24.
30.03.2007
M_
29_
J_Holding AG
R_, Genève
8_
Y_
CHF
198'412
3.25.
30.03.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
15'400
3.26.
30.03.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
10'000
3.27.
04.04.2007
M_
27_
X_
R_, Paris
21_
Y_
EUR
50'000
3.28.
16.04.2007
O_
n° 1_
N° 1_
R_, Genève
8_
Y_
USD
2'500'000
3.29.
20.04.2007
O_
n° 1_
N° 1_
R_, Genève
13_
E_
USD
250'000
3.30.
02.05.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
300'000
3.31.
07.05.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
33'500
3.32.
08.05.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
40'483
3.33.
10.05.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
100'000
3.34.
15.05.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
100'000
3.35.
16.05.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
10'000
3.36.
22.05.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
600'000
3.37.
25.05.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
100'000
3.38.
01.06.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
300'000
3.39.
04.06.2007
M_
29_
J_Holding AG
R_, Genève
8_
Y_
EUR
4'696
3.40.
04.06.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
15'000
3.41.
08.06.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
37'560
3.42.
11.06.2007
M_
29_
J_Holding
R_, Genève
8_
Y_
CHF
57'183
3.43.
11.06.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
160'000
3.44.
11.06.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
EUR
4'600
3.45.
13.06.2007
M_
29_
J_Holding AG
R_, Genève
13_
E_
EUR
50'000
3.46.
14.06.2007
M_
27_
X_
R_, Paris
21_
Y_
EUR
500'000
3.47.
19.06.2007
M_
29_
J_Holding AG
R_, Genève
13_
E_
EUR
50'000
3.48.
19.06.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
26'000
3.49.
25.06.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
50'000
3.50.
25.06.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
50'000
3.51.
27.06.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
100'000
3.52.
28.06.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
100'000
3.53.
03.07.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
50'000
3.54.
04.07.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
50'000
3.55.
06.07.2007
M_
29_
J_Holding AG
R_, Genève
8_
Y_
EUR
100'200
3.56.
06.07.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
160'000
3.57.
09.07.2007
M_
29_
J_Holding AG
R_, Genève
13_
E_
EUR
50'000
3.58.
12.07.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
150'000
3.59.
23.07.2007
M_
7_
D_ SA
R_, Genève
8_
Y_
CHF
60'000
3.60.
24.07.2007
M_
7_
D_ SA
R_, Genève
8_
Y_
EUR
60'000
3.61.
25.07.2007
M_
7_
D_ SA
R_, Genève
8_
Y_
EUR
89'000
3.62.
03.08.2007
M_
29_
J_Holding
R_, Genève
8_
Y_
EUR
40'000
3.63.
17.08.2007
M_
7_
D_ SA
R_, Genève
8_
Y_
CHF
182'000
3.64.
20.08.2007
M_
29_
J_Holding AG
R_, Genève
13_
E_
EUR
50'000
3.65.
20.08.2007
M_
27_
X_
R_, Paris
21_
Y_
EUR
50'000
3.66.
22.08.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
EUR
80'000
3.67.
06.09.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
167'000
3.68.
06.09.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
167'000
3.69.
06.09.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
79'000
3.70.
10.09.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
50'000
3.71.
26.09.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
83'500
3.72.
02.10.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
20'000
3.73.
05.10.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
167'000
3.74.
08.10.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
12'500
3.75.
15.10.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
83'500
3.76.
15.10.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
41'800
3.77.
15.10.2007
M_
27_
X_
R_, Genève
8_
Y_
CHF
17'000
Total
CHF
EUR
USD
7'093'227
2'253'800
3'744'975
j.c.
Par la suite, Y_ a utilisé l'argent reçu comme suit.
L'intéressée en a dépensé une partie dans des biens de luxe et des voyages (CHANEL, ALPINE JET, etc.).
Elle a fait reverser, par le débit de son compte personnel R_ à Genève, des sommes importantes sur son compte bancaire n° 18_ auprès de la N_.
Elle a donné l'ordre de verser la somme de CHF 285'000.- par le débit du compte E_ CORP. sur son compte personnel chez R_, le 27 novembre 2007 (P 320'477).
Elle a passé, depuis son compte personnel R_, plusieurs ordres à destination de son compte ouvert en France auprès de S_ (IBAN FR_), portant la mention "
Remboursement de Prêt 1011072201
", soit notamment le 30 mai 2007 un ordre de CHF 2'816'838 (P 320'249), le 3 juillet 2007 un ordre de CHF 850'000.- (P 320'280) et le 4 juillet 2007 un ordre de CHF 505'000.- (P 320'284).
Par le débit de ce compte ouvert auprès de S_, Y_ a procédé au remboursement anticipé de prêts hypothécaires souscrits auprès de cet établissement pour l'achat, en 2004, de biens immobiliers luxueux, soit deux appartements à Paris et un chalet à Megève. Pour ce faire, les sommes suivantes ont été versées (P 380'008) :
- le 21 mai 2007, EUR 850'813.- (PARIS 1 prêt n° 1001027701); ![endif]>![if>
- le 8 juin 2007, EUR 2'793'812.- (PARIS 2 prêt n° 1011072201); ![endif]>![if>
- le 26 juillet 2007, EUR 1'336'006.- et le 23 août 2007, EUR 910'317.- (MEGEVE prêt n° 1012329101). ![endif]>![if>
Selon le rapport établi par la Brigade financière de la police judiciaire à Paris, sur ordre du Tribunal de grande instance de Paris, suite à une commission rogatoire du 18 février 2008 (P 380'052ss), le compte R_ Paris de Y_ avait reçu de nombreux virements – pour près de EUR 3'000'000.- – en provenance des comptes de l'intéressée auprès de Banque Q_ et de Banque R_ en Suisse ainsi que du compte de X_ auprès de M_ (P 380'055).
Y_ est également titulaire d'un compte n° 9_ auprès de T_ à l'Ile Maurice qu'elle avait fait ouvrir au mois de novembre 2007 (P 500'505). Ce compte a été crédité de USD 137'116.- le 7 novembre 2007, les fonds provenant du compte R_ Genève de l'intéressée (P 320'687). Le 27 novembre 2007, Y_ a par ailleurs donné l'ordre à R_ Genève de transférer sur son compte à l'Ile Maurice la somme de USD 711'250.-, avec pour mention : "
Villa Immobilier VR6 Four Seasons
" (P 320'692).
j.d.
Lors des perquisitions effectuées dans les locaux d'D_ SA de nombreux documents ont été saisis.
Un tableau des produits d'exploitation d'D_ SA au 30 juin 2006 a notamment été retrouvé dans le bureau fermé à clé de Y_ sur place (Pièce à conviction 319).
Il ressort d'un courriel du 12 décembre 2006 adressé par Employé c_ à X_ et Y_ que cette dernière avait demandé et reçu des informations précises sur les états financiers d'D_ SA et sur les autres sociétés du groupe D_ (Pièce 126 de l'inventaire du 4 décembre 2007, classeur B.14).
En 2007, Y_ avait demandé qu'un audit soit effectué sur D_ SA. Le dossier relatif aux données récoltées en vue de cet audit d'D_ SA a été retrouvé au domicile des prévenus, dans la chambre de Y_ (P 700'451).
Le 19 mars 2007, X_ a signé une reconnaissance de dette en faveur de Y_ pour un montant de CHF 3'000'000.-, le document précisant que ce montant n'avait "
aucune relation avec les revenus issus par les sociétés des groupes D_, J_ ou D_ SA dont Y_ puisse être actionnaire ou y exercer une activité
" (Pièce à conviction 107, classeur B.9).
Des pactes d'actionnaires entre Y_ et X_ ont été signés durant le mois d'avril 2007, concernant les sociétés I_ Ltd, I_ SARL, et D_ GROUP (P 700'545ss et 700'559ss). Ces pactes prévoyaient notamment que le droit à l'information était renforcé et, en particulier, que Y_ ne pouvait être assimilée à un administrateur de droit ou de fait, de sorte que sa responsabilité "
ne saurait être recherchée
" (P 700'550 et P 700'564).
Y_ était en copie de courriels que X_ avait adressé à Réviseur q_, notamment d'un courriel du 21 mai 2007 au sujet de G_ (P A-222'626).
Le 5 octobre 2007, un projet de contrat de prestations de services entre Y_ et D_ GROUP a été préparé, visant à formaliser l'activité de l'intéressée au sein du groupe pour une rémunération de EUR 30'000.- par mois (Pièce à conviction 205, classeur B.9). Ce contrat n'a finalement pas été signé.
j.e.
Par ordonnance du 27 août 2008, la Chambre d'accusation de la Cour de justice a annulé une décision du Juge d'instruction du 19 février 2008 refusant la mise en inculpation de Y_ du chef de blanchiment d'argent. En substance, la Chambre d'accusation a retenu que, bien que la simple réception des fonds d'origine criminelle sur les comptes dont Y_ était la titulaire et/ou l'ayant-droit économique ne fût pas constitutive de blanchiment d'argent, le transfert de USD 711'000.- à l'Ile Maurice, de même que l'affectation de près de CHF 6'000'000.- au remboursement de prêts hypothécaires en France étaient susceptibles de relever de cette infraction. En l'état de l'instruction, il existait ainsi des charges suffisantes à l'inculpation de Y_ pour ces faits.
k. Selon les déclarations de X_
k.a.
X_, lors de ses nombreuses auditions entre 2007 et 2009, a expliqué que les montants versés à Y_ en janvier 2007 par le débit du compte de J_HOLDING AG représentaient, en partie, des remboursements de frais mais étaient, pour l'essentiel, la rémunération du travail de l'intéressée pour la société. Il a indiqué en premier lieu que les montants versés sur le compte de E_ CORP. correspondaient à des honoraires d'audit, avant de revenir sur ses dires et de préciser que ceux-ci s'inscrivaient dans la lignée des prestations payées par J_. Quant aux fonds provenant d'D_ SA, X_ a expliqué que certains versements consistaient en des distributions de dividendes ou d'avances sur ces distributions, alors que d'autres avaient été faits de sa propre initiative dans le cadre de leurs rapports personnels. Il ne s'agissait pas de salaires. En réalité, il estimait que ce qui avait posé problème était le mode de taxation fiscale du couple, soit une taxation au forfait, qui leur interdisait de percevoir des revenus d'une activité exercée en Suisse. Par ailleurs, Y_ pensait encore qu'en 2007, D_ SA dégageait des bénéfices de CHF 5'000'000.- à CHF 6'000'000.- par année.
k.b.
Lors de son audition du 7 février 2014, X_ a modifié ses déclarations concernant le rôle de Y_.
Après sa démission en 2005, Y_ avait continué à jouer un rôle de fait. Elle avait maintenu son influence sur le personnel administratif et se tenait quotidiennement informée du résultat d'D_ SA. En revanche, elle n'avait aucun pouvoir décisionnel au niveau de la salle des marchés. Elle continuait à se renseigner de la même manière sur la situation financière de la société. Lorsqu'il avait commencé à avoir des problèmes avec les fonds au début 2007, Y_ ne pouvait les ignorer. Toutefois, les problèmes ne l'avaient jamais intéressée et ce qui l'intéressait, c'était surtout l'argent et la réussite sociale. Leurs vies professionnelle et personnelle étaient complètement imbriquées de sorte que bien qu'elle ait démissionné, elle était au courant de la situation financière d'D_ SA. Ils parlaient à la maison des affaires d'D_ SA et de J_. Lorsque les problèmes avaient commencé à surgir, il ne lui en avait toutefois pas fait part expressément; cela dit, elle lui mettait une pression significative, notamment en lui posant des questions, et cela dégénérait en crise si elle n'obtenait pas les réponses qu'elle voulait. Lorsqu'il avait compris que J_ allait vraiment mal, il n'avait pas vendu l'entreprise immédiatement car il fallait déjà trouver des acquéreurs, et de plus Y_ ne voulait pas vendre. Elle s'était sentie investie d'une mission pour cette marque.
Au sujet des versements reçus entre fin 2006 et août 2007, X_ a indiqué qu'à cette époque, il se trouvait dans une passe difficile, confronté aux problèmes de J_ et des fonds A_ et B_. Il pensait que Y_ avait "senti le vent venir" et elle avait commencé à lui mettre une énorme pression. Concrètement, elle lui demandait de l'argent de façon insidieuse, de sorte qu'il finissait par lui verser de l'argent afin de mettre fin aux scènes de ménage successives et au climat délétère au sein de leur couple. Il espérait ainsi gagner en tranquillité afin de pouvoir mieux gérer ses affaires, ce qui s'était révélé totalement faux. Il avait été pris dans une tempête qu'il n'arrivait pas à maîtriser. A cette époque, Y_ ne voulait plus savoir d'où provenait l'argent qu'il lui versait.
X_ a expliqué que son point de vue quant au rôle de Y_ avait évolué par rapport à ses précédentes déclarations, notamment en raison du fait qu'à l'époque, il n'avait pas entièrement fait le deuil de leur relation et qu'ils étaient toujours mariés. Avant son incarcération, Y_ avait un fort ascendant sur lui, lequel s'était estompé durant sa détention préventive avant de cesser totalement dès après sa libération.
l. Selon les déclarations de Y_
l.a.
Entendue par le Juge d'instruction le 21 décembre 2007 en qualité de personne appelée à donner des renseignements, Y_ a été interrogée sur les différents montants reçus, notamment sur son compte auprès de la banque R_. Elle a indiqué que ces montants avaient été versés par X_ en tant que participation à son entretien et à celui de leurs enfants. Elle n'avait pas eu de raison de se poser de questions ou de se méfier de ces versements puisqu'elle pensait que tout allait bien pour la société. Une partie de l'argent versé, soit CHF 1'155'000.- entre janvier et avril 2007, avait été utilisée pour payer sa part d'impôts découlant de l'imposition forfaitaire à laquelle les époux étaient soumis depuis 2005. Au sujet du montant de USD 2'500'000.-, versé le 16 avril 2007 sur son compte R_ Genève en provenance de celui de X_ auprès de O_, Y_ a expliqué que X_ lui avait transféré cette somme en raison de leur séparation, dans le cadre d'un accord relatif à la répartition de leurs biens immobiliers. Les versements en provenance de J_HOLDING AG ne l'avaient pas non plus surprise puisqu'elle avait œuvré pour le plan média de la marque J_.
l.b.
Y_ a été entendue par le Juge d'instruction le 18 novembre 2008, suite à son inculpation pour blanchiment d'argent prononcée le 16 octobre 2008. Elle a reconnu avoir reçu les montants visés par l'inculpation, soit environ CHF 5'500'000.-, EUR 1'420'000 et USD 4'265'000 entre 2006 et 2007, et avoir donné des ordres de paiements en faveur de son compte à l'Ile Maurice et de ses comptes bancaires en France. Elle a toutefois contesté que ces versements fussent constitutifs de blanchiment d'argent. En effet, les versements avaient été effectués par X_ dans le cadre de leur séparation. Il y avait eu CHF 6'000'000.- pour le remboursement de crédits immobiliers et de frais de notaire et plus de CHF 1'200'000.- pour les impôts. Une partie des fonds était aussi venue en remboursement d'avances faites pour la communication de J_. En outre, elle n'avait jamais caché son train de vie. Les montants reçus n'étaient ni des salaires, ni des dividendes mais étaient versés dans le cadre de leurs rapports matrimoniaux. Comme elle ne percevait pas de salaire, les versements visés étaient l'argent du ménage. Elle avait bien versé un montant de USD 711'000.- sur son compte auprès de T_. Il s'agissait d'un projet d'achat d'une maison à l'Ile Maurice, réalisé au moyen de ses économies personnelles.
Elle avait confiance en X_ et n'avait pas de raison de douter de lui. Elle ne s'était donc pas sentie interpellée par les montants qui provenaient de différentes entités, soit D_ SA, D_ INVESTMENT MANAGEMENT, J_, etc. Pour elle, toutes ces sociétés dégageaient des revenus suffisants. Interrogée sur la confiance qu'elle disait témoigner en X_, alors qu'elle avait eu recours à des avocats pour conclure un pacte d'actionnaires et mettre en place un audit interne pour se protéger, Y_ a répondu que la confiance n'excluait pas le contrôle. Elle n'avait toutefois jamais demandé à X_ de justifier l'origine des fonds reçus. Elle a admis avoir effectivement bénéficié d'environ CHF 2'600'000.- entre septembre et novembre 2007, ayant précisé que cela incluait également la pension alimentaire fixée à CHF 167'000.- par mois.
Au sujet de J_, elle a expliqué être intervenue pour développer le marketing de la marque. Elle avait été l'ambassadrice de cette dernière et s'était chargée d'en assurer la promotion. La première campagne avait eu lieu au printemps 2006. Elle utilisait pour cette activité son bureau au sein des locaux d'D_ SA. Elle avait avancé l'argent pour la mise en place de plans médias pour J_ et avait payé certaines factures, ce qui justifiait selon elle le montant d'environ CHF 1'300'000.- reçu de J_HOLDING AG.
l.c.
Lors de son audition du 17 juin 2009 devant le Juge d'instruction, Y_ a expliqué qu'en avril 2008, elle n'avait pas de soupçons quant à une éventuelle origine criminelle des fonds qui lui avaient été versés par X_ et par les différentes sociétés. Elle avait vendu pour environ CHF 250'000.- de bijoux auprès de la maison SOTHEBY'S en juin 2008; elle a précisé qu'il s'agissait de bijoux qui lui avaient été offerts par X_ ou qu'elle avait elle-même achetés avant 2005. Quant à l'origine des fonds reçus, elle a expliqué que X_ gérait toutes ces entités, de sorte qu'elle n'était pas surprise que les versements provinssent d'entités différentes. Elle pensait que X_ lui versait ce qu'il estimait devoir lui verser, selon les finances des sociétés en cause. Si elle avait demandé au comptable Employé r_ de vérifier les soldes bancaires, c'était surtout pour aider celui-là car il reprenait la comptabilité.
l.d.
Lors de son audition du 5 juin 2014, Y_ est revenue sur les motifs des fonds reçus. Elle a indiqué avoir reçu certaines sommes en tant qu'actionnaire des sociétés D_ SA et D_ GROUP. Elle détenait également 50% de J_ par le biais de la société Ww_. Les montants touchés étaient donc en partie des dividendes. Une autre partie avait été versée par X_ à titre de liquidation de leur régime matrimonial, à la suite d'un protocole d'accord conclu en juin 2007. Elle a versé au dossier de la procédure un engagement écrit de X_ du 11 mars 2007, à teneur duquel le précité devait lui verser notamment un montant de CHF 3'000'000.- en remboursement de sommes avancées pour le ménage et pour les entreprises (P 500'586).
Les actifs séquestrés
m.a.
Dans le cadre de la procédure, il a été procédé à de nombreux séquestres sur les actifs des prévenus. Les actifs suivants demeurent sous séquestre pénal [note : les soldes visés ci-après sont les derniers documentés au dossier, essentiellement en 2016] :
Auprès de V_, Genève
- compte A_ n° 11_ : CHF 83'444.- (P 201'050).![endif]>![if>
Auprès de R_, Genève
- compte Y_ n° 8_ : CHF 368'510.25 (P 202'158);![endif]>![if>
- compte E_ CORP. n° 13_ : EUR 98'552.36 et USD 92'003.33 (P 202'148);![endif]>![if>
- compte Zz_ SA n° 14_ : EUR 85'078.69 (P 202'151);![endif]>![if>
- bijoux selon inventaire du 17 janvier 2008 (P 905'050ss).![endif]>![if>
Auprès de la N_
- compte X_ n° 15_ : CHF 2'877.- (P 203'026);![endif]>![if>
- compte X_ n° 16_ : CHF 2'946.- (P 203'024);![endif]>![if>
- compte Y_ n° 17_ : CHF 25'435.70 (P 203'024);![endif]>![if>
- compte Y_ n° 18_ : CHF 62'615.75 (P 203'024);![endif]>![if>
- compte Y_ n° 19_ : EUR 694.40 (P 203'024).![endif]>![if>
Auprès de Q_ Genève
- compte X_ n° 20_ : EUR 10'015.- et USD 7'292.90 (P 205'067);![endif]>![if>
- bijoux selon inventaire du 13 juin 2016 (P 905'073ss et P 905'083ss).![endif]>![if>
Dans les lieux de vie des prévenus
- sept enveloppes contenant au total les sommes de CHF 58'920.-, EUR 37'280.- et USD 23'667.- en espèces, retrouvées au domicile des prévenus à _ (P 905'055);![endif]>![if>
- CHF 18'930.-, EUR 185.- et USD 219.- en espèces, retrouvées dans la chambre d'hôtel de X_ (P 905'044);![endif]>![if>
- montres selon chiffres 230 à 234 de l'inventaire du 14 février 2008 (P 905'056);![endif]>![if>
- USD 2'300.- en espèces, retrouvées dans les locaux d'D_ SA, telles que mentionnées dans la note du juge du 29 juin 2010 (P 905'065, en relation avec la cote n° 28 de l'inventaire visé sous P 905'004).![endif]>![if>
m.b.
Les fonds A_ et B_ ont requis et obtenu la saisie de plusieurs actifs des prévenus sis à l'étranger :
- compte Y_ n° 21_ en France, auprès de R_ Paris : EUR 38'788.47 (P 380'055); ![endif]>![if>
- compte Y_ n° 9_ auprès de T_ Ltd à l'Ile Maurice;![endif]>![if>
- parts de la Société civile immobilière _1, détenant un premier appartement à Paris;![endif]>![if>
- parts de la Société civile immobilière _2, détenant un second appartement à Paris;![endif]>![if>
- chalet de Megève, dit _, représentant le lot n°_ de l'ensemble immobilier situé _ à Megève.![endif]>![if>
C.
a.a.
Suite à la convocation de l'audience de jugement, Y_ a fait parvenir au Tribunal de céans quatre courriers, chacun de plusieurs pages et accompagnés d'annexes, résumés dans la mesure utile.
Par un premier courrier daté du 5 septembre 2016, reçu le 20 septembre 2016, Y_ a informé le Tribunal de son absence aux débats et pour une durée de six mois minimum en raison d'une maladie inflammatoire invalidante. Les deux certificats médicaux joints, datés du 22 juin 2016 et du 6 septembre 2016, font état d'une "
maladie du système nerveux central dont l'évolution pourrait être aggravée par le contexte psychologique difficile et les contraintes diverses auxquelles elle est soumise
" et d'un "
épisode inflammatoire de la substance blanche (...) s'intégrant dans une pathologie inflammatoire chronique du système nerveux central"
, lequel "
peut l'empêcher de se déplacer de son domicile
".
Lors d'un deuxième courrier du 3 octobre 2016, Y_ a produit un nouveau certificat médical, daté du 8 septembre 2016 et émanant du même médecin, avec la même teneur que celui du 6 septembre 2016, précisant que la pathologie de Y_ pouvait l'empêcher de sortir de son domicile
"lors de poussées
".
Par courrier du 21 octobre 2016, Y_ a fait parvenir au Tribunal de céans de nouveaux certificats médicaux. L'un, daté du 10 octobre 2016, fait état de symptômes "
d'une maladie inflammatoire chronique du système nerveux central, appelée sclérose en plaques rémittente. (...) Cette affection est responsable d'une fatigue et de variations assez imprévisibles de l'état neurologique (marche, fourmillements).
" Une inscription manuscrite, signée par un autre médecin directement sur le certificat médical produit, "
certifie que Madame Y_ est suivie par le Dr. Aa_ et n'est pas apte à assister à des audiences
". Un autre certificat du 19 septembre 2016 décrit "
une maladie du système nerveux, évoluant depuis juillet 2015 et qui est responsable de symptômes et de signes invalidants. Cette pathologie peut elle-même être aggravée par un contexte psychologique difficile et notamment stress et pressions de toute sorte, y compris administratives, auxquelles elle pourrait être soumise et dont les conséquences, à court et à long terme, justifient toutes réserves
".
Un dernier courrier du 5 décembre 2016 est parvenu au Tribunal le 7 décembre 2016. Y_ niait les faits reprochés et y faisait part de son souhait de reprendre la maison J_ et de recréer de l'emploi avec des investisseurs américains et chinois.
a.b.
En annexe à ses courriers, Y_ a également fait parvenir de nombreux documents ayant trait aux faits reprochés.
En annexe à son courrier du 5 septembre 2016 se trouvait notamment un échange de courriers entre l'administration fiscale genevoise et une étude d'avocats, dont il ressort une négociation d'un forfait fiscal pour X_ et Y_ au début de l'année 2005, s'agissant des années fiscales 2002, 2003, 2004 et 2005 à 2009.
A l'appui de son courrier du 3 octobre 2016, Y_ a produit une copie du jugement du Tribunal de première instance de Genève du 11 juillet 2008 sur mesures protectrices de l'union conjugale, lequel prenait acte de l'engagement de X_ à verser une contribution à l'entretien de la famille de CHF 40'000.- par mois. L'intéressée a également produit une attestation de suivi d'une formation LBA prodiguée par le cabinet Analyse – Conseil – Formation Sàrl du 23 mai 2003.
En annexe à son courrier du 21 octobre 2016, elle a notamment fourni un courrier du 22 novembre 2007 que son avocat de l'époque avait adressé à PWC, indiquant que Y_ "
découvre que la situation de la société [D_ SA] est extrêmement préoccupante. Les salaires des employés ne sont pas payés. Le loyer non plus.
" et demandant que les comptes au 30 juin 2007 fussent établis urgemment.
a.c.
Le 4 novembre 2016, le Conseil de Y_ a fait parvenir au Tribunal de céans les mêmes certificats médicaux que ceux visés ci-dessus et requis "
l'annulation / report / ajournement
" de l'audience de jugement.
Par courrier de son Conseil du 24 novembre 2016, Y_ a produit deux nouveaux certificats médicaux. Un premier du 7 novembre 2016 a la teneur suivante : "
l'état de santé de M Y_ nécessite un arrêt de travail de six mois minimum à compter du 7 novembre 2016 ne lui permet pas de se déplacer et n'est pas apte a suivre des audiences dans le contexte de sa maladie invalidante longue durée et prise à cent pour cent
". Le deuxième certificat du 10 novembre 2016 décrit de manière plus précise l'état de santé de Y_ : "
Suivie pour une forme rémittente de SEP ayant démarré en septembre 2015, dont le diagnostic a été porté en 2016. Elle a fait un second épisode de la maladie en septembre 2016, dont elle se remet doucement. Cette affection génère une fatigue et une fatigabilité importantes ainsi que des douleurs dont l'évolution n'est pas prévisible et peut être suffisamment sévère pour l'empêcher de mener à bien ses activités professionnelles, en particulier lorsqu'il est demandé d'effectuer des déplacements. La situation aujourd'hui est telle, après ce deuxième épisode, qui va être suivi d'ici peu par l'instauration d'un traitement de fond qu'il faudra assimiler".
b.
Dûment cités, X_ et Y_ étaient absents à l'audience de jugement convoquée le 14 novembre 2016.
c.