# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** cdccdaec-80fb-5d23-82fe-14afb3ec99d5
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2020
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié le 14 décembre 2020, A_ recourt
contre l'ordonnance
du 6 décembre 2020, notifiée le 9 suivant, par laquelle le Tribunal des mesures de contrainte (ci-après : TMC) a prononcé sa mise en détention provisoire jusqu'au 4 janvier 2020.
Le recourant conclut à l'annulation de l'ordonnance précitée et à sa mise en liberté immédiate ; subsidiairement, assortie d'une assignation à résidence ; et, en tout état de cause, à l'indemnisation de son tort moral en raison de la détention illicite.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a.
A_, originaire d'Algérie à teneur du dossier, a été interpellé le 4 décembre 2020, à D_, Genève. Il est prévenu de rupture de ban (art. 291 CP).
Il lui est reproché d'avoir séjourné en Suisse, plus particulièrement à Genève, entre le 11 mars 2020 - lendemain de sa sortie de prison -, jusqu'au 4 décembre 2020, date de son interpellation -, en violation des deux mesures d'expulsion du territoire suisse prononcées par le Tribunal de police, le 19 novembre 2018 pour une durée de 3 ans, et à nouveau le 27 novembre 2019 pour une nouvelle durée de 3 ans.
b.
Entendu par la police puis le Ministère public, A_ a admis ne pas avoir quitté le territoire, nonobstant les décisions d'expulsion, la première fois car il ne savait pas où aller ; la seconde fois à cause de la pandémie, toutes les routes étant bloquées.
Il était venu en Suisse la première fois en 2008 "
pour visiter
", puis était parti dans plusieurs pays d'Europe. Son passeport se trouvait chez sa soeur, en Algérie. Il n'avait pas entrepris de démarches pour son retour, mais il souhaitait le faire.
Il a précisé quela date de naissance mentionnée dans la procédure, 1991, était erronée ; il était en réalité né en 1993.
Il souffrait d'angoisses. Lors de sa dernière condamnation, il avait fait des tentatives de suicide. S'il était libéré à l'issue de l'audience devant le Ministère public, il promettait de quitter immédiatement la Suisse. Informé par le Ministère public que sa mise en détention provisoire était demandée, A_ a pleuré et répondu : "
si je retourne en prison, je vais me suicider. Je ne vais plus m'en sortir cette fois. J'ai arrêté la drogue, les vols
".
c.
S'agissant de sa situation personnelle, il explique que sa "
copine
", E_, de nationalité italienne, vivant à D_, était enceinte de trois mois. Il n'habitait pas chez elle, mais vivait dans la rue. Il a fourni l'adresse de la précitée comme adresse de notification. Ils avaient le projet de se marier, en Italie ou en France. Ils avaient prévu de partir avant Nouvel-An. S'il était libéré, il quitterait immédiatement la Suisse. S'agissant de ses revenus, sa soeur lui faisait parvenir environ EUR 150.- par mois.
À teneur de l'extrait du casier judiciaire suisse, A_ a été condamné à 15 reprises depuis 2012, principalement pour vol et séjour illégal, la dernière fois, en 2019, le 27 novembre 2019 (pour vol et rupture de ban).
d.
Par avis de prochaine clôture, du 5 décembre 2020 - ayant fixé un délai au 18 décembre 2020 pour l'éventuelle demande d'actes d'enquête -, le Ministère public a informé A_ de son intention de le renvoyer en jugement.
C.
Dans l'ordonnance querellée, le TMC a retenu l'existence de charges suffisantes. L'instruction ne faisait que commencer et le prévenu devait être renvoyé en jugement. Le risque de fuite était concret, A_ étant de nationalité étrangère et sans aucune attache avec la Suisse. L'allégation selon laquelle il souhaitait fonder une famille avec sa compagne, enceinte de ses oeuvres, n'était aucunement documentée. Le risque de fuite était renforcé par la peine-menace et concrètement encourue, ainsi que par la perspective d'une expulsion de Suisse (art. 66a ss CP). Le risque de réitération était tangible, au vu des antécédents du prévenu, déjà condamné à plusieurs reprises pour des faits similaires. Le principe de proportionnalité était respecté en dépit de l'épidémie de coronavirus qui sévissait en Suisse, les mesures de précaution prises à la prison paraissant adéquates et efficaces. "
Ce jour
", la prison avait en outre communiqué qu'il n'y avait plus aucun détenu en quarantaine ; en tout état elle disposait d'un service médical adapté. La prison avait en outre été avisée des tendances suicidaires alléguées du prévenu. Aucune mesure de substitution n'était susceptible d'atteindre les mêmes buts que la détention, au vu des risques retenus. Dans ces circonstances, la détention provisoire a été ordonnée pour un mois.
D.
a.
Dans son recours, A_ invoque la violation de son droit d'être entendu, l'absence de charges suffisantes et des risques invoqués, ainsi que la violation du principe de la proportionnalité.
Le TMC avait notamment fondé son ordonnance sur une communication de la prison de B_ qui ne lui avait pas été soumise. Pour cette raison déjà, l'ordonnance querellée violait l'art. 5 § 4 CEDH et devait être annulée.
L'infraction reprochée n'était pas réalisée, car pour pouvoir lui reprocher une rupture de ban, encore eût-il fallu que l'exécution des décisions d'expulsion dont il faisait l'objet fût juridiquement et matériellement possible durant la période pénale. Or, dans une affaire similaire, le Tribunal fédéral avait reconnu qu'entre mai et août 2020, les expulsions vers l'Algérie étaient matériellement impossibles et ne pouvaient justifier une détention administrative (arrêt
2C_597/2020
du 3 août 2020 consid. 4.3). La situation n'était pas différente en mars et avril 2020, étant relevé qu'à cette période le canton était confiné, la plupart des vols annulés et les frontières fermées. Il en allait de même de septembre à décembre 2020. L'Algérie, quant à elle, faisait face à une vague d'épidémie qui laissait croire que les expulsions vers cet État étaient demeurées impossibles même après le mois d'août 2020. Le TMC aurait donc dû constater l'absence de charges suffisantes.
S'agissant du risque de fuite, le TMC avait procédé à une appréciation arbitraire des éléments du dossier. E_ avait confirmé ses dires dans un courriel, qu'il avait produit après l'ordonnance querellée. Il avait donc établi l'existence d'une relation sérieuse impliquant un projet de vie commune et des tentatives d'avoir un enfant commun. Il était en outre paradoxal de retenir un risque de fuite en raison de la menace d'expulsion, alors même qu'il n'avait pas quitté le territoire malgré deux décisions d'expulsion.
Le risque de réitération ne pouvait davantage être retenu, puisque son expulsion vers l'Algérie était matériellement impossible. Au demeurant, sa présence était justifiée par son droit à participer à la procédure pénale et assister au procès (art. 6 § 1 CEDH), ainsi qu'à accompagner sa compagne enceinte et à fonder une famille (art. 12 CEDH).
Une assignation à résidence au domicile de sa compagne, au besoin assortie d'un bracelet électronique, était apte à pallier les éventuels risques sus-décrits, qui plus est pour une infraction en lien avec la migration, étant relevé qu'il avait commis une tentative de suicide par sectionnement des artères du bras lors d'une précédente détention.
À teneur d'un courriel daté du 9 décembre 2020, E_ a confirmé au défenseur de A_ qu'elle était, avec le précité, "
en démarches depuis plusieurs mois d'essayer de faire un enfant et suite à ça [elle] n'a[vait] toujours pas été indisposée depuis plusieurs semaines
". Elle avait un rendez-vous le 4 janvier 2021 chez sa gynécologue pour "
savoir si le travail est en route ou non
". Par ailleurs, A_ et elle-même étaient "
en train de regarder pour éventuellement se marier
".
b.
Le Ministère public conclut à la confirmation de l'ordonnance querellée. Le risque de réitération était bien présent et A_ pourrait avoir la volonté de ne pas se présenter devant les instances pénales pour éviter une nouvelle condamnation. Le principe de la proportionnalité était respecté, la récidive d'une rupture de ban pouvant entraîner une peine supérieure à un mois, soit le délai requis pour renvoyer le précitée en jugement. L'avis de prochaine clôture de l'instruction prévoyait un court délai pour les éventuelles réquisition de preuve, dans le but d'un rapide renvoi en jugement.
c.
Le TMC maintient les termes de son ordonnance.
d.a.
Sur demande de la Direction de la procédure, le TMC a transmis à la Chambre de céans, le 17 décembre 2020, le courriel adressé par la prison de B_, le 4 décembre 2020, au Tribunal pénal et au Ministère public les informant que "
dès ce jour, il n'y a plus d'unité en quarantaine à B_

## Considerations