# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 4251e1f1-8436-4c7d-a535-6ebc3a973928
**Court:** GE_TP
**Chamber:** GE_TP_001
**Year:** 2020
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Substantive Criminal

## Facts

EN FAIT
A.
Par acte d'accusation du 8 novembre 2019, il est reproché à X_ d'avoir, à Meyrin, le 8 juin 2017, à 23h55, alors qu'il était à l'arrêt au volant de son véhicule de marque Seat Leon Cupra, sur le parking du Centre sportif de Meyrin, sis avenue Louis-Rendu 7, démarré, accéléré, et dirigé volontairement son véhicule en direction de D_ pour le percuter à une vitesse de plus de 50 km/h, avant de s'arrêter, puis, alors que D_ était étendu à terre, inerte, d'avoir dirigé délibérément une seconde fois son véhicule vers lui et roulé sur son corps avant de prendre la fuite, lui occasionnant de multiples lésions traumatiques à l'étage crânio-cérébral, thoracique, du bassin et aux membres inférieures entraînant ainsi son décès, faits qualifiés de meurtre, avec la circonstance aggravante de l'assassinat (art. 111 et 112 CP), X_ ayant agi de manière préméditée, avec une absence particulière de scrupules dans sa façon d'agir et dans un but particulièrement futile et égoïste.![endif]>![if>
B.
Sur la base des éléments figurant au dossier, le Tribunal retient l'état de fait suivant : ![endif]>![if>
Le contexte des mois précédant les faits
aa)
X_ est né le _1996. Il est notamment passionné de voitures, ce qui l'a amené à effectuer un apprentissage de magasinier, en 2015-2016, auprès du garage E_, à _. Après avoir fait la connaissance de F_ en octobre 2014, il s'est lié d'amitié avec lui en août 2015, lorsque celui-ci a également travaillé au garage E_. Au début de l'année 2016, il a fait la connaissance du groupe d'amis de F_, lequel comprenait notamment G_, la petite amie du précité, et D_, qui était alors en couple depuis plusieurs années avec H_. Les liens dans le groupe étaient bons. Ses membres se voyaient régulièrement, les discussions tournant souvent autour des voitures. Le terme "
nain
" ou "
nain de jardin
" pour désigner D_, en raison de sa petite taille, y compris en s'adressant à lui, était parfois utilisé. ![endif]>![if>
ab
)
En février 2016, un rapprochement s'est opéré entre X_ et G_, laquelle fréquentait F_. La jeune femme a hésité entre les deux hommes pendant quelque temps. Si X_ a prétendu que cette situation n'avait pas créé de tension avec F_, les témoignages indiquent le contraire. X_ a parfois adopté une attitude agressive et colérique, écrivant notamment le 18 mars 2016, sur son mur
Facebook
, à l'attention de son rival : "
un conseil mec croise pas ma route car tu croisera la mort
". Tous deux s'étant rendus compte quelques jours plus tard que G_ leur exprimait simultanément des sentiments, ils se sont unis pour la forcer à faire un choix. I_, la mère de C_, s'est également mêlée à ces discussions.
ac
)
Finalement, F_ s'est mis à l'écart et X_ a entamé une relation avec G_ à la fin du mois de mars 2016. Il a rapidement été très épris de la jeune fille, alors que celle-ci a notamment indiqué sur
Facebook
qu'elle s'ennuyait en sa compagnie. En juin 2016, elle a écrit à F_ laisser une chance à X_ de la conquérir, mais penser encore énormément à lui, ne pas avoir envie de l'oublier et vouloir être dans son cœur.
ad
)
Cette période a été marquée par le décès du père de X_, le _2016, et par des tensions entre celui-ci et sa mère. Cette dernière lui reprochait notamment un changement de comportement depuis qu'il fréquentait G_. Le 20 août 2016, en présence de cette dernière, une violente dispute a éclaté entre X_ et I_. En effet, celle-ci lui avait dit ne plus vouloir de la présence de la jeune fille à son domicile et tenir leur relation pour responsable du décès de son époux. Lors de l'altercation, X_ a jeté une bouteille en plastique en direction de sa mère et l'a étranglée. Une médiation s'en est suivie. Un suivi thérapeutique familial a été mis en place entre la mère et le fils auprès de l'association "
Couple et famille
". Suite à cet épisode, G_ a mis un terme à sa relation de couple avec X_.
ae
)
Dès le mois de septembre 2016, X_ et G_ ont toutefois repris des relations intimes. Celle-ci ne voulait cependant plus d'une relation de couple exclusive avec lui, ce que le jeune homme a accepté. Peu après il est apparu dans l'entourage des intéressés que G_ avait des contacts avec un garçon prénommé _. Sur l'instigation de I_ notamment, une réunion comprenant plusieurs personnes du groupe a été organisée le 3 novembre 2016 afin de confronter G_ à cette relation. J_, le demi-frère de X_, y était présent et avait tenté de lui faire comprendre qu'il devait oublier G_. Ce discours n'a pas plu à X_ et les deux frères en sont venus aux mains. De son côté, I_ s'est rendue chez G_ pour lui parler et la police a dû intervenir.
Du 3 au 11 novembre 2016, I_ a été hospitalisée et G_ est retournée vivre au domicile des K_. Les relations intimes entre X_ et G_ ont pris fin à la fin du mois de novembre 2016.
af
)
En novembre 2016, H_, petite amie de D_, l'a quitté. Ce dernier a trouvé du réconfort auprès de G_, qui l'a accueilli à plusieurs reprises sous son toit. Selon la jeune femme, elle a d'abord été un soutien pour lui puis leur relation s'est transformée en un flirt en décembre 2016. Ils partageaient une union libre et secrète. D_ voulait la garder secrète, si bien qu'ils avaient toujours nié entretenir une relation. La procédure contient un échange de messages entre les deux jeunes gens, dont il ressort que G_ exprimait son amour à D_ alors que celui-ci était toujours attaché à H_ et ne parvenait pas à se projeter dans une autre relation.
ag
)
A cette époque, X_ a suspecté l'existence d'une relation entre G_ et D_. Il en a été très jaloux. Il a notamment fouillé le téléphone de la jeune femme et y a découvert des messages, qui lui ont fait penser qu'elle entretenait une relation intime avec F_. Le 30 décembre 2016, une violente dispute a éclaté à ce sujet entre X_ et G_, lors de laquelle le premier a donné une claque à la seconde. Cet épisode a mis fin à leur relation. X_ a toutefois toujours gardé l'espoir de la reconquérir. Le 4 janvier 2017, après une visite de F_ à G_, à laquelle il avait confié son chat, X_ lui a écrit : "
tu touche a G_ je peux te dire que tu est mort
". Les tensions entre les deux jeunes se sont toutefois rapidement apaisées et ils se sont à nouveau comportés en amis.
ah
)
Vers la même date, G_ et X_ ont repris des liens d'amitié. X_ a toujours gardé l'espoir de "
reconquérir
" G_. De manière générale, les contacts entre eux ont perduré jusqu'au jour du drame, avec des fluctuations. A plusieurs reprises, au cours du 1
er
semestre 2017, X_ a exprimé son incapacité à passer un jour sans la voir mais aussi parfois sa volonté de rompre tout lien avec elle. Il n'y est toutefois jamais parvenu. Au début de l'année 2017, il a accédé à certaines informations personnelles contenues dans le téléphone de G_, X_ ayant affirmé qu'ils s'étaient communiqué leurs codes respectifs. Il ressort des messages échangés entre F_ et X_ qu'au milieu du mois de mars 2017, la jeune femme a déposé une main courante à la police pour se plaindre qu'elle était suivie par X_. Une médiation a alors été engagée, lors de laquelle il a été décidé que les deux jeunes gens ne se verraient qu'une fois par mois. Malgré cela, ils ne sont jamais restés de longues périodes sans contact. X_ était le plus souvent à l'origine de leurs contacts et G_ y a toujours répondu, que ce soit par message ou par téléphone.
ai
)
Parallèlement, X_ a constaté une intensification des liens entre G_ et D_. Au début du mois de février 2017, il a découvert des messages échangés entre les précités d'août 2016 à février 2017, dont il a compris qu'ils "
couchaient
" ensemble. Confrontés à ces messages par X_, tant G_ que D_ ont nié avoir "
couché
" ensemble. A la fin du mois de mars 2017, X_ a eu la confirmation par L_, une amie proche de G_, que celle-ci "
couchait
" avec D_. Il a alors publié à l'attention de ce dernier le message qu'il avait posté un an auparavant à l'attention de F_, soit : "
Un conseil mec, croises pas ma route, car tu croiseras la mort
". Le 31 mars 2017, il a également écrit à G_ à propos de D_ : "
j'ai pas du tout envie de voir sa gueule sinon je le tue
".
ag
)
En avril 2017, X_ a entamé une relation avec M_. A cet égard, si X_ a déclaré qu'elle n'avait pas duré plus d'un mois, voire même qu'une semaine, tant sa mère que M_ ont affirmé que le couple se fréquentait encore à la période du drame. Si le 1
er
juin 2017, M_ a indiqué à X_, qui la draguait, qu'ils n'étaient plus en couple, les deux jeunes gens ont échangé des messages affectueux jusqu'au jour du drame.
Les éléments ressortant de l'extraction des téléphones en lien avec cette période
b)
Dès son arrestation, X_ a accepté de remettre son téléphone à la police et en a fourni les code d'accès. L'examen de son contenu corrobore l'état de fait fixé ci-dessus. Les éléments suivants méritent en particulier d'être relevés :
baa
)
Les contacts entre X_ et G_ (1_) sont relativement anodins. A la fin du mois de janvier 2017, G_ lui a proposé qu'ils se voient une fois par mois ou alors plus du tout. X_ s'est dit détruit par cette idée et n'a surtout pas voulu ne plus la revoir. Il lui a indiqué qu'il n'arriverait jamais à tenir sans elle et elle lui a répondu que c'était comme ça et pas autrement.
bab
)
Il ressort du journal des appels qu'à l'exception de deux périodes en mars et en avril 2017, il est rare qu'il se soit passé plus de trois jours sans un contact téléphonique entre eux. Les appels sont passés par l'un ou par l'autre de manière relativement égale.
bba
)
X_ et D_ (2_) se sont bien entendus jusqu'en février 2017. En novembre 2016, X_ lui a notamment proposé de l'accompagner dans ses démarches pour trouver un emploi. Le 4 janvier 2017, il lui a écrit pour lui demander s'il était avec G_ et lui a conseillé de se méfier de F_, car celui-ci préparait un "
plan pour faire souffrir G_
", ce qu'il ne voulait pas. Deux jours plus tard, il lui a dit que F_ était un "
gros connard
", car celui-ci avait couché avec G_ pendant que lui-même sortait avec elle. Il a ajouté que la veille, quand il l'avait appris, il n'avait eu qu'une envie, "
c'était de le tuer
". Le 22 janvier 2017, il lui a souhaité un bon anniversaire, lui a présenté ses condoléances et s'est mis à disposition en cas de besoin. Le 30 janvier 2017, il lui a révélé avoir le moral au plus bas à cause de G_. Il ne demandait qu'à passer du temps avec elle, alors que celle-ci passait tout son temps avec lui. Le lendemain, il lui a répété qu'il n'avait pas le moral car G_ ne voulait le voir qu'une fois par mois.
bbb
)
Au début du mois de février 2017 X_ a accédé au téléphone portable d'G_ et y a découvert des messages échangés avec D_ depuis le mois d'août 2016. Il en ressort que G_ et D_ se sont dit des mots doux et ont échangé des moments de complicité ainsi que des câlins. D_ y a également évoqué son ex-compagne, H_, qui semblait être sa priorité et qu'il disait vouloir reconquérir. Le 7 février 2017, X_ a transmis à D_ des captures d'écran de ces messages, dont certains passages étaient surlignés. Il l'a sommé de s'expliquer "
avant que ça finisse mal
", le menaçant de transmettre les messages à son ex-copine s'il ne s'expliquait pas immédiatement. D_ a maintenu ne jamais avoir entretenu de relation sexuelle avec G_. Ils avaient fini par convenir de se voir pour en discuter. Les jours qui ont suivi et jusqu'au 20 février 2017, ils ont échangé des banalités et ont parfois évoqué G_. A partir de cette date, le téléphone ne contient plus aucun message entre eux.
bc
)
X_ et F_ ont eu énormément de contacts, notamment sur
Whatsapp
. Le 7 février 2017, X_ a laissé un message vocal dans lequel il a allégué vouloir faire un barbecue et qu'au menu, ce serait un "
D_
", parce que celui-ci le prenait pour un con depuis le début. On venait de lui donner des preuves qu'il couchait avec G_ alors qu'il avait nié. Il a écrit un peu plus tard : "
avec se que je viens de lire se soir, j'ai juste envie de le tuer
". Le lendemain, il a envoyé : "
putain le D_ y commence grave a me gonflé
".
Par la suite et de manière générale, F_ a beaucoup titillé X_, a parlé crûment et est parti dans des délires. Il lui a notamment conseillé de sortir et de draguer, mais X_ a très souvent parlé du fait qu'il ne pensait qu'à G_, sauf au début du mois de mars lorsqu'il voulait sortir avec M_. F_ l'a encouragé dans cette direction, mais X_ s'est souvent décrit comme timide et ne sachant pas draguer, comme par exemple le 7 mars 2017, à 18h37. Ils ont régulièrement fait le constat que les femmes semblaient attirées par les salauds et non par les "
mecs
" gentils. Le 2 mars 2017, en parlant de ses relations amoureuses, F_ a expliqué qu'il n'était pas une brute, mais qu'il avait "
des envies de meurtres
", ce à quoi X_ lui a répondu que lui aussi. Le 3 mars 2017, le précité a écrit qu'il allait tuer G_, car elle était allée à la police après que X_ et F_ l'avaient suivie. Le 10 avril 2017, à 21h58, dans le cadre d'une discussion où ils étaient partis dans des délires, X_ a envoyé une photo d'une roue avant de voiture, avec du liquide rouge et la mention : "
on dirait que j'ai fait un meurtre
J", suivi de : "
Attend j'ai tuer quelqu'une faut que je nettoie
". F_ a rigolé et a espéré qu'il s'agissait de G_, précisant que X_ avait toujours une chance avec M_. X_ lui a répondu avoir essayé de tuer D_ mais s'être raté.
bd
)
X_ a régulièrement eu des échanges anodins avec H_. Le 22 mars 2017, après 17h15, X_ lui a écrit pour l'informer d'une discussion avec L_, lors de laquelle celle-ci lui avait confirmé que D_ avait couché avec G_ et que cela durait depuis un mois environ. Il lui a précisé que si D_ l'appelait, elle devait le lui dire et que c'était lui qui allait le "
choper
". Il a relevé un peu plus tard que D_ avait intérêt à ne pas le croiser. De son côté, H_ a demandé à pouvoir contacter L_, afin de lui parler directement, ce qu'elle a semblé faire. H_ et X_ ont passé la soirée ensemble et X_ l'a remerciée le lendemain "
pour cette superbe soirée
". Les messages qui ont suivi étaient à nouveau anodins.
be
)
X_ et N_ ont souvent été en contact et ont essentiellement parlé de voitures. Ils se surnommaient régulièrement "
petit nain
". Ils ont notamment échangé les messages suivants :
- Le 25 janvier 2017, ils ont évoqué le fait que D_ et un certain O_ critiquaient G_, mais qu'ils passaient leurs nuits chez elle. X_ les a traités de "
faux-culs
" et a écrit : "
je vais deja voir se que G_ me dit et au pire je chope D_ et O_ une fois sur le p piscine
".![endif]>![if>
- Le 6 et le 7 février 2017, X_ a envoyé les captures d'écran des messages échangés entre G_ et D_ et lui a demandé ce qu'il en pensait. ![endif]>![if>
- Le 3 mars 2017, N_ a demandé à X_ comment il allait. Il a répondu bien, qu'il avait juste envie de tuer quelqu'un car "
l'autre conne
" était allée à la police pour se plaindre qu'il la suivait. Il pensait que c'était "
l'autre connard de D_
" qui lui avait dit d'agir ainsi. Les deux commençaient à lui "
pomper l'air
" et il avait juste envie de les tuer.![endif]>![if>
c)
Le téléphone de D_ a également été analysé. En lien avec la première partie de l'année 2017, les éléments suivants apparaissent notamment :
ca
)
D_ et G_ ont été en contact en tout cas depuis le mois de juin 2016. Leurs échanges sur
Whatsapp
se sont intensifiés depuis le mois de novembre 2016 pour devenir extrêmement nombreux en avril 2017, puis reprendre le niveau de mars 2017, le mois suivant. Ils se sont échangé des mots doux et ont semblé entretenir une relation. Cela étant, à plusieurs reprises, D_ a évoqué le fait qu'il n'arrivait pas à oublier H_. Il apparait ainsi notamment dans l'échange de message du 28 avril 2017 que G_ a exprimé son amour pour D_ alors que celui-ci ne l'a pas fait en retour. Il a tenu à être honnête envers elle et lui a dit qu'il n'était pas prêt à se lancer dans une histoire sérieuse avec une autre fille que H_.
cb
)
Dans un échange avec "
P_
", soit Q_, en février 2017, D_ a évoqué le fait qu'G_ et lui avaient été surveillés par X_ au point qu'G_ ne vivait plus tranquille et en prenait "
plein la gueule
".
Le contexte des deux semaines précédant les faits
da
)
Le 11 mai 2017, X_ a reçu une voiture sportive, de marque Seat Leon Cupra prise en leasing par sa mère. Il s'agit d'une voiture sportive et puissante. Depuis lors, selon X_, ses contacts avec G_ ont à nouveau été plus fréquents. Certaines personnes de son entourage l'avaient mis en garde sur l'intérêt de G_ pour ce genre de véhicule. Toujours selon X_, pendant le tournoi de tennis de Genève, les deux jeunes gens se seraient embrassés à bord de ladite voiture, garée au bord du lac.
db
)
Le 26 mai 2017, X_ a constaté la présence de rayures sur la carrosserie de sa nouvelle voiture. Il s'est rendu à la police pour déposer plainte contre inconnu. Le soir-même, lors d'une discussion de groupe, qui a pris place sur le parking de la piscine de Meyrin, X_ s'est moqué des compétences de D_ en matière de mécanique. Dans les jours qui ont suivi, l'animosité entre X_ et D_ est allée grandissante. Le premier, qui pensait que le second avait griffé sa voiture, a relayé l'épisode du parking sur les réseaux sociaux. Les échanges moqueurs se sont poursuivis par le biais de l'application
Snapchat
.
dc)
Dans la soirée du 28 mai 2017, X_, qui conduisait sa Seat, est allé chercher sa mère et F_, à la sortie du tram, pour les ramener à leurs domiciles respectifs. Dans le même temps, D_ a tenté à deux reprises de le joindre par téléphone, sans succès. Sur le chemin, X_ est passé devant le parking de la piscine de Meyrin et s'y est arrêté car son groupe d'amis s'y trouvait. G_ et D_ étaient notamment présents. Dès l'arrivée de X_ sur place, une violente altercation a eu lieu entre D_ et lui.
dd
)
Les versions des différents protagonistes ne coïncident pas parfaitement quant au déroulement de la bagarre. D_ a admis avoir échangé des insultes avec X_ et l'avoir mordu pour se défendre. De son côté, X_ a reconnu avoir donné une gifle à D_ en réponse à une insulte. La maman de X_ s'est trouvée mêlée à l'altercation. Estimant que D_ s'en prenait à elle, X_ s'est jeté sur lui et l'a projeté contre la voiture de G_, qui a été endommagée. F_ a tenté de les séparer. Dans leur lutte, D_ a mordu X_ au niveau du cou.
de
)
Le lendemain, D_ et G_ se sont rendus ensemble au poste de police de Blandonnet pour déposer plainte. Peu après, X_ et I_ se sont rendus au même poste de police. Selon le rapport d'arrestation du 9 juin 2017, les gendarmes leur ont demandé de sortir du poste de police, où se trouvaient déjà D_ et G_. X_ n'avait toutefois pas obtempéré. Il était venu à proximité de D_ et lui avait adressé un doigt d'honneur, en lui disant "
j'ai le bras très long
". A noter que la version de X_ diffère légèrement et ressort d'un échange de messages avec R_, mentionné ci-dessous.
df
)
Dans les jours qui ont suivi la bagarre du 28 mai 2017, X_ a publié sur son profil
Snapchat
, accessible à toutes les personnes en contact avec lui sur cette application, un bon nombre de messages contenant des menaces de mort explicites et détaillées, dont on comprend dans le contexte du dossier qu'elles sont destinées à D_. Il a également raillé les qualités de mécanicien d'une personne qu'il ne nomme pas expressément.
dg
)
X_ a communiqué avec de nombreuses personnes au sujet de D_ et s'est vanté d'avoir pris le dessus dans la bagarre du 28 mai 2017. Il a exprimé une forte animosité envers lui. Ces messages ont essentiellement pris place jusqu'au 1
er
juin 2017.
dh
)
Si D_ a lui-même fait état d'une certaine animosité à l'encontre de X_ suite à l'altercation, il a également commencé à éprouver une certaine crainte. Il s'est plaint auprès de ses amis que X_ faisait carrément des menaces de mort. Il a envoyé des captures d'écran de celles-ci à ses parents et à G_. Il ne voulait en outre plus que celle-ci fréquentât X_.
di)
Les premiers jours du mois de juin 2017, X_ a moins écrit de messages en lien avec D_. Le 1
er
juin 2017, il a transmis à L_ et à F_ des captures d'écran de la page
Facebook
de G_, selon lesquelles l'ancien X_ lui manquait. A cet égard, X_ s'est souvent plaint à ses amis que la jeune femme lui disait qu'il lui manquait alors qu'en parallèle, elle ne répondait pas à ses messages et qu'elle trouvait toujours une excuse pour éviter de le voir.
dj
)
Entre le 1er juin et le 8 juin 2017, X_ et G_ ont eu quelques contacts par téléphone et par le biais de messages. Selon ce que X_ a confié à F_ le 4 juin 2017, G_ lui aurait proposé de passer un week-end ensemble à la fin du mois de juin 2017. Il a essayé de la contacter par téléphone ou par messages à plusieurs reprises.
dk
)
Dans la journée du 7 juin 2017, en réaction à une information que lui a transmise S_ au sujet de D_, X_ a à nouveau exprimé à de nombreuses reprises l'envie soit de "
jarter
" G_ de sa vie, s'il restait sans nouvelle d'elle d'ici le dimanche suivant, soit celle de tuer D_. Tant F_ que R_ ont pris ses propos à la rigolade ou ont tenté de le calmer. S_ lui a même affirmé qu'il n'y avait rien entre G_ et D_.
dl)
Dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, la dénommée "
P_
" a créé un groupe Whatsapp incluant plusieurs amis, dont G_, X_ et D_, afin de trouver une solution au mal-être qu'elle avait constaté chez G_ en raison des dissensions entre les trois précités.
Les éléments ressortant de l'extraction des téléphones en lien avec cette période
e)
L'état de fait ainsi fixé est corroboré par le contenu du téléphone portable de X_. Les éléments suivants sont en particulier relevés :
ea
)
Après un appel du 26 mai 2017, à 22h00, le journal d'appel ne contient plus aucun contact entre X_ et G_ jusqu'au 3 juin 2017. A cette date, peu avant 01h30, X_ a tenté trois fois de joindre G_. La durée des appels fait penser qu'il a laissé des messages vocaux à deux reprises. G_ l'a rappelé le même jour à 04h50 et ils se sont parlé pendant 10 minutes. Il a ensuite essayé de la joindre une fois le 4 juin 2017 et six fois le 6 juin 2017. Il se sont en outre notamment échangé les messages suivants:
- Le 24 mai 2017, X_ a proposé à G_ de venir voir un match de tennis au Geneva Open, événement pour lequel il travaillait comme agent Securitas. Il lui a envoyé une photographie de lui, portant un costume et une cravate. G_ lui a répondu : "
class, ça te va super bien
". ![endif]>![if>
- Le dimanche 28 mai 2017, entre 18h15 et 18h48, X_ et G_ ont échangé des iMessages. G_ lui a dit qu'elle ne dormait pas bien et X_ lui a répondu qu'elle ne faisait pas beaucoup d'efforts pour aller mieux. Elle a répliqué : "
Si justement mais tu vera bien un jour :)
". X_ lui a proposé ensuite de venir avec lui chez E_ le lendemain, pour qu'elle y dépose son CV. Il a également évoqué le fait d'aller à Vevey le vendredi, soit le 2 juin 2017, mais avec sa voiture à elle. Elle a répondu qu'elle verrait car elle serait avec T_.![endif]>![if>
- Le lendemain de la bagarre du 28 mai 2017, X_ a écrit à G_ : "
Sache une chose c'est pas contre que j'en ai c'est uniquement contre D_ que j'en ai, toi tu a rien a voir d'en l'histoire
". G_ a semblé s'inquiéter pour le coût des réparations de la voiture. ![endif]>![if>
- Le 5 et le 6 juin 2017, X_ a écrit plusieurs iMessages à G_ en lui demandant comment elle allait, quand est-ce qu'ils pourraient se voir et pourquoi elle ne lui répondait pas.![endif]>![if>
- Le 7 juin 2017, à 17h18, S_ a prêté son téléphone à G_ pour qu'elle écrive à X_. Elle lui a transmis qu'elle n'avait pas envie de le perdre, mais qu'elle souffrait de cette situation. Il a répondu qu'il comprenait, mais qu'il ne pouvait plus continuer comme ça. De son côté, G_ a indiqué qu'elle ne dormait plus depuis qu'il s'était battu avec D_ et que savoir qu'il s'inquiétait pour elle lui faisait mal. X_ lui répondu qu'il n'avait pas l'impression qu'il lui manque tant que ça, puisqu'elle ne lui répondait pas quand il lui écrivait, et que, donc, il passait son chemin. ![endif]>![if>
eb
)
X_ a échangé régulièrement avec F_. Ils se sont écrit ou ont laissé de nombreux messages vocaux, dont le ton relevait souvent de l'humour noir. Plusieurs messages ont évoqué G_ ou D_ :
- Le 23 mai 2017, à 09h55, X_ a écrit à F_ que des tiers avaient dégradé sa relation avec G_. A l'avenir, il voulait éviter cela et ne voulait plus être dérangé par la présence de quiconque lorsqu'il était avec elle. ![endif]>![if>
- Le 24 mai 2017, vers midi, les deux amis ont parlé des modifications faites par D_ sur le véhicule de G_. F_, mécanicien de profession, a déploré les interventions techniques de D_. X_ a abondé dans son sens.![endif]>![if>
- Le 26 mai à 20h40, X_ a envoyé une photo de griffure sur la portière de sa Seat, sans évoquer le nom d'une personne qui aurait pu en être responsable.![endif]>![if>
- Le 27 mai 2017, à 00h40, il a laissé un message vocal pour expliquer que D_ avait dit à G_ que des moteurs Volvo se trouvaient dans les Audi RS3, ce qui "
l'hallucinait
". ![endif]>![if>
- Le 29 mai 2017, à 00h05, juste après la bagarre, X_ a envoyé à F_ une capture d'écran de la page
Facebook
d'G_ où elle a écrit que, parfois, elle voulait partir loin pour ne plus être un poids pour personne ou une source de problème. F_ a proposé à X_ de lui dire qu'elle pouvait partir, mais il a répondu qu'il ne voulait pas ajouter de l'huile sur le feu. Il était prêt à payer un billet d'avion à D_ pour qu'il soit loin. F_ a ajouté "
et aussi pour G_
" mais X_ s'y est opposé car elle "
n'a rien fait enfin presque
".![endif]>![if>
- Dans la continuité, X_ s'est rendu à l'hôpital pour faire constater ses blessures à la suite de la bagarre. F_ y a amené la Seat, dont X_ en parle comme de son bébé. Tous deux ont plaisanté sur le fait que la voiture s'ennuyait de son propriétaire. Selon F_, cette dernière allait pleurer et lui rouler dessus et elle aura plein de sang. X_ a répondu que ce n'était pas grave et qu'il irait "
au karcher
". Selon F_, il ne pouvait pas faire ça, car il allait y croiser "
l'autre con
". X_ a indiqué que ce n'était pas grave et que ça lui donnerait "
une raison de plus pour l'achever correctement
". ![endif]>![if>
- Le 29 mai 2017, à 12h40, ils ont évoqué les plaintes déposées suite à la bagarre du 28 mai 2017. X_ a écrit que D_ allait "
prendre cher
" dans la procédure. Il allait dénoncer G_ pour non-assistance à personne en danger et allait faire interdire la voiture de celle-ci à Meyrin. ![endif]>![if>
- Toujours le même jour vers 23h00, F_ a semblé avoir surveillé que D_ ne s'approchât pas de la Seat. ![endif]>![if>
- Le 30 mai à 13h15, X_ a contacté F_, en lui disant : "
eh tu veux rire?
" Il lui a ensuite relaté qu'un policier l'avait informé du fait que G_ voulait porter plainte contre lui, suite aux messages
Snapchat
, car elle se sentait menacée. X_ a précisé que ses messages étaient destinés à D_. ![endif]>![if>
- Le 31 mai 2017, à 19h10, X_ a évoqué l'hypothèse que F_ prenne l'avion vers le Canada, avec D_ dans sa valise, pour éviter de payer un billet supplémentaire, et pour qu'il s'y perde dans la neige. ![endif]>![if>
- Le 1
er
juin 2017, à 00h08, X_ a transféré une capture d'écran du profil
Facebook
d'G_ qui disait : "
L'ancien toi me manque. Timide, gentils comme tout, très câlin, joyeux, drôle, bref tu me manque redevient comme avant
". A 10h10, il a envoyé une capture d'écran de son propre statut
Facebook
où il avait écrit : "
Tu veux qu'il revienne alors fait se qu'il t'a dit et il reviendra comme tu le souhaites car a lui aussi tu lui manque
". S_ a commenté avec le nom G_ et plein de cœurs. ![endif]>![if>
- Le même jour, à 18h15, F_ a informé X_ qu'il avait vu D_ à Balexert et qu'il avait entendu que G_ l'avait appelé par téléphone, juste avant qu'il ne parte. X_ en a déduit que le premier était allé rejoindre la seconde. Il a affirmé que cela ne l'étonnait même pas et a précisé : "
mais apres elle veux me récupére
".![endif]>![if>
- Le 3 juin 2017, à 23h46, F_ a écrit à X_ : "
alors comme ça tu voulais revoir D_ hier soir
". X_ n'a pas compris et a dit l'avoir vu de loin sur le parking. F_ a relevé avoir appris par son père et sa belle-mère que G_ avait évité que X_ vienne sur le parking. Il a ensuite écrit : "
Oui bah je peux te dire qu'il t'attendais pour te casser la tête faux pas toucher à leur D_ et en plus ma belle mère m'as dis que tu avais aucune chance contre D_ j'aurais pas dû te retenir
". X_ a répliqué qu'il le reprenait quand il voulait. F_ était "
gonfl
[é
]" par le fait que son père avait présenté D_, qu'il qualifiait de "
petit rou
", à des amis. X_ a répondu : "
c'est pour ça qu'il faut que je l'élimine
". Pour sa part, F_ a affirmé que c'était le problème qu'il fallait éliminer. X_ a répondu qu'en éliminant D_, il éliminait le problème.![endif]>![if>
- Le 4 juin 2017, à 21h23, X_ a laissé entendre à F_ que G_ lui avait dit de réserver le dernier week-end de juin, car elle avait prévu de faire quelque chose avec lui. Il ne devait le dire à personne. F_ a répondu qu'il allait vite le dire à D_. X_ lui a répliqué qu'il ne fallait rien dire à "
l'autre con
" et a immédiatement précisé : "
De tout façon je pense que a cette période la y sera deja mort
". F_ a répondu qu'il n'était pas "
con
" et qu'il était son meilleur ami. X_ a conclu en écrivant à F_ qu'il le faisait bien rire. ![endif]>![if>
- Le 5 juin 2017, à 01h30, F_ a évoqué sa soirée passée chez lui. Il a dit surveiller "
sa grotte
" avec une carabine et "
plomber le premier qui se pointe
" ainsi que, dorénavant, la prochaine fille qui l'approcherait. Après quelques échanges où F_ lui a suggéré d'être sa cible mouvante, X_ lui a proposé plutôt D_. Quelques heures plus tard, X_ a transféré une capture d'écran d'une application Facebook ayant établi que sa sœur et "
D_
" étaient les personnes qui l'aimaient le plus. F_ lui a proposé de leur déclarer son amour. X_ a répondu : "
Alors le D_ sa sera avec une balle dans la tête et ma sœur je sais pas elle le merite pas mon amour
". F_ lui a envoyé une photo d'une carabine en écrivant "
tu veux?
". Il a ajouté : "
Tu plomb D_ je plomb U_
". X_ lui a répondu : "
oh oui, ramène-là
" mais F_ a rétorqué qu'il ferait trop de dégât avec elle. X_ a répliqué qu'il n'en ferait qu'un. F_ a précisé : "
Je plomberais beaucoup decul moi
. D_ G_ U_ V_ et j'en passe
". X_ a ajouté quant à lui qu'il "
ferait D_, W_
" et il ne savait pas qui.![endif]>![if>
- Le 7 juin 2017, entre 12h42 et 12h48, F_ et X_ ont échangé des banalités, suite à quoi le premier a écrit tout d'abord : "
Si t'es pas gentil avec moi, c'est moi qui vais me faire D_
". Le second a répond "
Noooooon
, laisse le moi stp
", ensuite de quoi F_ a rigolé. X_ a alors écrit "
Ou alors on se le fait a 3 avec R_
" puis, deux minutes plus tard, "
Non alors tue le tout de suite comme ça s'est réglé
". F_ a rigolé et a écrit "
Je veux du sang
". A 13h22, X_ a encore envoyé : "
J'ai envie de me faire le nain de jardin ce soir
". ![endif]>![if>
- Le même jour, à 19h02, F_ a demandé à X_ comment allaient ses "
casses burnes
". Celui-ci a répondu par message vocal que la "
casse couille
M_
" lui donnait des nouvelles tous les jours et que l'autre devait l'appeler à minuit avec le téléphone de S_, car "
l'autre con
" faisait sa crise et qu'il ne voulait pas voir son nom sur le téléphone de G_. Il allait essayer de régler ce problème. Il devait voir S_ vendredi à 10h00 et espérait faire venir G_ pour lui faire comprendre que D_ devait "
dégager au plus vite
". G_ demandait des nouvelles et s'inquiètait pour lui mais n'osait pas lui parler à cause des crises de D_. Il commençait "
grave à en avoir marre
" de ce "
petit con de merde
". F_ lui a répondu "
Mange le
" et X_ a écrit "
non je le tue
", "
Sa va plus vite
".![endif]>![if>
ec
)
X_ a eu quelques contacts avec N_:
- Le 24 mai 2017, il a transmis les messages échangés avec F_ sur les modifications que D_ avait opérées sur le véhicule de G_. Il a dit à N_ que cela le faisait marrer que G_ soit obligée de le recontacter pour faire une nouvelle géométrie après l'intervention de D_, qui était un "
super mécanicien
".![endif]>![if>
- Le 29 mai 2017, N_ a demandé par iMessage à X_ ce qui s'était passé car il avait vu des publications sur la page
Facebook
de G_. Il lui conseillait de laisser tomber ces personnes.![endif]>![if>
- Le 1
er
juin 2017, N_ lui a écrit qu'il ne devait pas se laisser avoir par G_ parce qu'il avait une nouvelle voiture.![endif]>![if>
ed
)
A la période de la bagarre et du drame, X_ et L_ ont eu de nombreux contacts. Il ressort du dossier qu'ils se sont vus quelques fois et qu'ils se sont appelés. Les messages suivants apparaissent en particulier :
- Le 30 mai 2017, X_ a eu une conversation sur
Whatsapp
avec L_ (3_; sous le pseudonyme _), lors de laquelle il lui a expliqué la bagarre entre D_ et lui. L_ s'est montrée compréhensive envers lui et critique envers l'attitude de D_ et la réaction de G_. Elle envisageait de se rendre à la police pour déclarer que G_ se faisait manipuler par D_. Elle a écrit que ce n'était pas normal, qu'il y avait un vrai problème, ce à quoi X_ a répondu "
tu comprends maintenant pourquoi je veux la mort de l'autre con
". L_ l'a repris en relavant qu'il était malsain de souhaiter la mort de quelqu'un. X_ a acquiescé et a dit à L_ qu'il l'adorait. On comprend qu'au cours de cet échange, L_ reçoit un appel de G_, accompagnée de D_. Elle a indiqué avoir raccroché rapidement car D_ participait à la discussion. L_ a alors écrit à X_ : "
Bouhou
D_ a peur
", ce à quoi X_ a répondu : "
Ahahhahah
. Lui faut pas que je le croise
". L_ a ajouté "
En tout cas G_ sait que j'ai quelque chose derrière la tête et ça a l'aire de l'inquiéter
". Plus tard, X_ a envisagé de dire à G_ qu'il lui prêtait sa voiture pour que celle-ci accepte de rayer D_ de sa vie et qu'elle retire sa plainte.![endif]>![if>
- Le 1
er
juin 2017, X_ a transmis à L_ deux captures d'écran de publications d'G_ sur
Facebook.
Sur la première, cette dernière partageait une publication disant "
tu me manques à chaque instant
" et sur la seconde, elle mentionnait : "
L'ancien toi me manque. Timide, gentils comme tout, très câlin, joyeux, drôle, bref tu me manque redevient comme avant
". X_ et L_ ont trouvé ces publications étranges. X_ s'est dit que "
peut-être au fond [il] lui manque vrai comme elle [lui] a dit la semaine passée mais [il] pense pas que c'est [lui] qui l'intéresse c'est plutôt la voiture et [s]es bras
".![endif]>![if>
- Le 2 juin 2017, X_ a indiqué avoir vu G_ la veille. Les deux interlocuteurs avaient le sentiment que G_ les négligeait. ![endif]>![if>
- Le 6 juin 2017, ils se sont demandé mutuellement s'ils avaient des nouvelles de G_, vraisemblablement dans l'idée de présenter sa voiture à l'expertise. X_ a indiqué l'avoir eue brièvement au téléphone ce matin-là, mais qu'elle était endormie de sorte qu'il lui avait demandé de le rappeler. Elle ne l'avait toutefois pas recontacté, ce qu'il ne comprenait pas. L_ lui dit qu'elle avait l'impression que G_ "
se fout de sa gueule
". ![endif]>![if>
ee
)
X_ a expliqué de manière détaillée à R_ la façon dont il voyait ses relations avec G_ et D_ :
- Le 29 mai 2017, X_ a eu un échange de messages vocaux sur
Facebook
avec R_, qui lui demandait des explications sur ses publications récentes, précisant qu'on dirait qu'il allait tuer la personne. Il a ponctué ses phrases par des
smileys
ou l'abréviation "
mdr
" (pour mort de rire). X_ lui a expliqué que c'était en lien avec "
le D_
", avec qui il s'était "
foutu sur la gueule
". Il a ensuite écrit "
je le retrouverai, je terminerai mon travail et je le crèverai. C'est pour ça j'ai envie de le tuer je te jure hier soir si y'aurait pas eu mon pote F_, je le tuais. Et c'est ce que je cherche en fait
". Il lui a expliqué ce qui l'agaçait chez D_, à savoir qu'il avait cassé son couple avec G_, qu'il était toujours là depuis qu'il essayait de la récupérer et qu'il avait couché avec elle. Il a ensuite fait état des incompétences de D_ comme mécanicien et de la bagarre du 28 mai 2017. Il a notamment argué que D_ lui avait dit quelque chose qu'il ne fallait pas, mais il ne se rappelait plus quoi, "
c'était le trou noir
", avant de lui "
balancer une claque dans la gueule
". Il a également raconté l'épisode de leur présence simultanée au poste de police. Sa version varie un peu de celle retranscrite dans le rapport d'arrestation du 9 juin 2017. Il a ainsi indiqué être sorti et avoir attendu près de la voiture. Au moment où il avait vu D_ sortir, il s'était dirigé vers lui et lui avait "
gueulé
", en présence du policier, "
ça va tu l'as bien baisée cette nuit
", en lui faisant un doigt d'honneur. Le policier lui avait dit que cette attitude n'allait pas jouer en sa faveur et il lui avait répondu avoir le bras long. R_ lui a répondu : "
tu sais que t'es comme mon p'tit frère,
je vais le dégommer le mec, je vais le tuer
Te salis les mains pour ça mon gars. Tu me dis juste où il habite et je lui démonte sa gueule
". X_ lui a alors envoyé une photo où apparait D_ et R_ lui a écrit "
Jvais
le rendre plus beau mdr
", ce à quoi X_ a répliqué "
Tue le sa sera plus vite et sa m'arrange
".![endif]>![if>
- Le 7 juin 2017, à 13h30, X_ a écrit à R_ avoir envie de "
se faire le nain de jardin
" et de lui "
dégommer la gueule
". Il avait tellement envie "
de le choper
", c'était un "
truc de fou
". R_ lui a répondu qu'il savait, en rigolant et en lui écrivant de se calmer. X_ a relevé que ce n'était pas facile et a ajouté : "
En même temps si je le tue maintenant les problèmes son réglé
". R_ lui a fait remarquer : "
sauf celui d'aller à champ dollon. Mdf. Mdr
" X_ a répondu que personne ne saurait que c'était lui et R_ a affirmé le contraire vu que le gouvernement lisait ce qu'ils écrivaient. X_ a ajouté : "
et puis qui ta dit que c'étais moi qui allais le tuer je délègue
", suite à quoi R_ a rigolé.![endif]>![if>
ef
)
X_ est en contact sur
Whatsapp
avec S_(4_), la colocataire de G_, depuis le mois de mars 2017. Son téléphone ne contient toutefois que des messages à partir du 6 juin 2017. On trouve notamment les messages suivants :
- Le 6 juin 2017, X_ a demandé à S_ si elle savait pourquoi G_ ne lui répondait pas alors qu'elle était active sur Facebook. Il pensait que celle-ci n'osait pas lui répondre parce qu'elle était avec "
le nain de jardin
" et que celui-ci risquait de "
piquer sa crise
". Cette affirmation a étonné S_, qui n'avait jamais constaté un tel comportement. X_ lui a expliqué que D_ manipulait G_ et n'aimait pas que celle-ci soit en contact avec lui. D_ avait peur qu'il parvienne à le faire dégager et qu'il ne puisse ainsi plus continuer à profiter de la voiture de G_ et de manger chez elle notamment. X_ n'appréciait pas non plus le fait que G_ n'écoutait que D_ et ne parlait que de lui. Il avait un peu l'impression d'être pris pour un "
con
", car G_ lui disait qu'il lui manquait mais elle ne répondait pas à ses messages. S_ lui a répondu qu'elle allait observer la situation ces prochains jours. X_ a précisé que tout se passait bien entre G_ et lui quand ils se voyaient, mais que tout changeait quand D_ était là. Il ne voulait pas perdre cela, raison pour laquelle il voulait qu'elle "
dégage
" D_ de sa vie, soit qu'elle n'ait plus de contact avec lui. ![endif]>![if>
- Le 6 juin 2017, à 18h00, par message vocal, S_ a écrit à X_ qu'elle adorait G_ et D_, mais qu'elle s'était un peu éloignée de celui-ci. Elle voulait confier quelque chose à X_, mais uniquement s'il lui promettait de n'en parler à personne. Elle ne voulait pas avoir de problème mais avait besoin de le confier à quelqu'un. L'échange de message ne permet pas de savoir ce que S_ a rapporté à X_, mais, le 7 juin 2017, dans la matinée, ils ont parlé du fait que H_ avait prêté de l'argent à D_ et que celui-ci ne le lui avait toujours pas rendu.![endif]>![if>
- Le 7 juin 2017, de 13h25 à 13h29, X_ lui a écrit : "
Depuis que tu ma dit se que tu ma dit se matin j'ai envie de me le faire se nain de jardin c'est un truc de fou
". Le fait que D_ fasse des captures d'écran de ses messages sur l'application
Snapchat
l'énervait également. S_ lui a conseillé de se calmer. ![endif]>![if>
- Le 7 juin 2017, à 14h48, X_ a laissé un message vocal dans lequel il a prétendu qu'après y avoir réfléchi, s'il n'avait pas de nouvelle de G_ d'ici la fin de la semaine, il allait la "
jarter
de sa vie
". D'un côté il avait envie d'être avec elle, mais il pensait qu'ainsi, s'il lui manquait vraiment, elle ferait tout pour le contacter et dirait à D_ qu'il "
ferme sa gueule
" et qu'elle l'aimait et voulait le voir. Il n'avait pas envie de problème, mais soit il tuait D_, soit il virait G_. Après ce que S_ lui avait raconté à midi, il n'en pouvait plus de D_. Il n'avait qu'une envie, celle de le tuer. Il allait faire plus simple et virer G_ de partout, s'il n'avait pas de nouvelle de sa part d'ici dimanche. Cela lui éviterait les problèmes.![endif]>![if>
- Après ce message, S_ a regretté d'avoir raconté son secret à X_. Mais celui-ci lui répondu qu'il valait mieux qu'il le sache, pour qu'il puisse mettre les choses au clair et savoir s'il devait enlever G_ de sa vie ou pas. Le fait de savoir que G_ et D_ avaient dormi ensemble et qu'"
ils
" dormaient encore ensemble une semaine auparavant le "
trucid
[ait]
". Le fait que G_ lui avait affirmé qu'il lui manquait alors qu'elle dormait avec un autre ne passait pas. Il allait la "
jarter
" de sa vie au plus vite, sauf si elle lui écrivait d'ici dimanche. S_ lui a répondu que ce n'était pas parce qu'ils dormaient ensemble qu'ils "
couchaient
" ensemble et qu'il devait se calmer. Il n'y avait rien entre D_ et G_, laquelle lui demandait souvent comment il allait. ![endif]>![if>
- Le 7 juin 2017, vers 16h00, elle lui a demandé s'il serait réveillé vers minuit, car il risquait de recevoir un message de G_ depuis son téléphone à elle, afin d'éviter les problèmes. X_ lui a ensuite demandé s'il pourrait les voir toutes les deux afin de parler de D_ et d'essayer de régler le problème, ce que S_ a accepté. Il a aussi proposé que G_ vienne discuter avec lui au Caribana Festival.![endif]>![if>
eg
)
Le 7 juin 2017 vers 23h20, Q_, soit "
P_
", a créé un groupe
Whatsapp
intitulé "
Stop
", auquel elle a associé X_, C_, G_, S_ et D_. Elle était intervenue car elle constatait qu'G_ allait mal. Il n'était pas normal d'interdire à cette dernière de voir des gens. Les choses allaient trop loin. Le fait d'entendre parler en mal de ses amis faisait souffrir G_. Q_ aurait préféré une discussion de vive voix, mais elle avait peur des conflits, vu qu'il y avait beaucoup de tensions. X_ lui a répondu être d'accord avec certains points, mais qu'elle faisait une erreur en mettant tout le monde dans le même groupe. Il essayait au maximum de protéger G_. Il ne voulait pas que "
l'autre
" la coule et savait très bien pourquoi. Il était en train de trouver une solution avec L_, mais si G_ ne voulait pas écouter et retournait toujours "
vers le mal
", ils ne pourraient rien faire pour elle. S_ est ensuite intervenue en disant à X_ qu'il n'avait pas compris que c'était leur histoire qui lui nuisait. D_ et X_ la manipulaient tous les deux et ne s'en rendaient même pas compte. A 23h54, D_ a quitté le groupe et, à minuit, X_ a répondu avoir toujours voulu protéger G_. Il a admis avoir "
une dent
" contre D_. Il valait mieux que ce dernier ne croise pas sa route. Il voulait aider G_ mais si celle-ci ne faisait pas l'effort qu'il estimait nécessaire, cela ne servait à rien.
f)
Les éléments suivants ressortent de l'extraction du téléphone de D_ :
fa
)
Le 28 mai 2017, à 22h10, D_ a tenté à deux reprises d'appeler X_, comme celui-ci l'avait affirmé.
fb
)
Dans un échange avec le contact "
mon ange
" (4_), D_ a évoqué la bagarre du 28 mai 2017. Il a indiqué que son conflit avec X_ était dû au fait que celui-ci affirmait qu'il était un charlatan en matière de mécanique. Il avait rétabli la vérité envers X_, qu'il qualifiait de "
vraie taffiole
", qui n'était rien sans sa maman. En évoquant le dépôt de sa plainte pénale, il a écrit qu'il fallait que ça cesse, même s'il devait faire "
justice [lu]i-même
", "
ce genre de connard dev[an]t même pas exister
". Le 30 mai 2017, il a écrit : "
il faut l'enfermer ce fils de pute, il fait carrément des menaces de mort
".
fc
)
Le 1
er
juin 2017, à 13h25, il a écrit à Y_: "
j'ai laissé faire X_ une fois, la prochaine fois ça sera sans pitié pour lui
".
fd
)
Sur la carte mémoire du téléphone se trouvent de nombreuses captures d'écran de messages publiés par X_ sur
Snapchat.
Ces messages ne sont pas nominatifs et ont été postés à des dates indéterminées, mais pendant la période proche de l'altercation. Dans certains messages, X_ s'est moqué des compétences d'une personne en matière de mécanique et a raillé le fait que c'était mieux d'écouter un tel charlatan manipulateur que de vrais professionnels qui avaient travaillé dans la marque. D'autres avaient des contenus menaçants. Parmi ceux-ci on trouve notamment les messages suivants : "
Tkt
pas je terminerais le travail que j'ai commencé
", "
+ les jours passe + l'envie de t'éliminer devient immense
", puis "
Tkt
pas d'ici la fin de la semaine tu sera plus partie de cette terre la promis
" et "
Lache
cette fille a jamais et je te laisse la vie sauve
".
fe
)
D'autres captures d'écran montrent des publications sur
Facebook
. Apparaît notamment un texte publié par X_, disant que celui qui touchait aux deux personnes qu'il aimait était "
grave dans la merde
". Il ne fallait pas toucher aux gens qu'il aimait, sinon c'était la mort qu'il aurait en face de lui. Le message se termine par le
post scriptum
suivant : "
commence déjà a creusé car la prochaine fois que tu me vois le dong aura sonné pour toi
". Il est suivi d'une image illustrant la mort. En commentaire, S_ lui demande de qui il parle et il répond qu'il s'agit d'un "
nain de jardin profiteur et manipulateur ( ) qui mord comme une fillette
". Dans un autre message publié à l'attention du "
nain de jardin
", X_ écrit "
Tu la touche pas, tu l'approche pas, tu la regarde pas, tu lui parle pas, parce que c'est ma propriété privée
".
ff
)
Le 7 juin 2017, "
P_
" a évoqué auprès de D_ le fait que G_ lui avait dit qu'il lui interdisait de voir X_, sans quoi ils ne se verraient plus. D_ lui a confirmé la réalité des propos dans la mesure où, de son côté, X_ essayait de la "
remonter
" contre lui, qu'il lui posait des ultimatums et que, chaque fois qu'elle le voyait, elle faisait la tête. Il voulait ainsi l'écarter d'une relation toxique.
fg
)
Il ressort des échanges entre D_ et X_ que leur relation s'est dégradée aux alentours du mois de mars 2017 et qu'il n'ont eu que très peu d'échanges après cela. Leur dernier contact est un message adressé sur
Snapchat
:
- Le 7 juin 2017 à 13h34, X_ (sous le nom d'utilisateur "
_
") lui a écrit : "
Sa va tu t'amuse a screen tout mes snap, tu crois plus fort que moi
". ![endif]>![if>
g)
G_ a également transmis des extraits de messages qui se trouvaient sur son téléphone. Le rapport d'arrestation fait notamment état d'une publication de X_ sur
Facebook
du 29 mai 2017, dans laquelle il a écrit : "
Tkt
pas je terminerais le travail que j'ai commencé
". Une certaine "
Z_
" a commenté en demandant d'arrêter ces gamineries car elle en avait marre de voir tout cela. X_ a répondu qu'il ne savait pas de quoi elle parlait, mais qu'il ne s'agissait que d'un jeu qu'il devait terminer, ce que "
Z_
" n'avait pas cru. S_ a commenté en rigolant et en disant "
bande de fou".
Les déclarations des témoins sur le contexte
haa
)
Le 9 juin 2017 devant la police,
G_
a commencé par expliquer qu'elle "
fréquentait
" D_ mais qu'ils n'étaient pas en couple. X_ était son ancien petit ami, dont elle était séparée depuis une année environ, mais qu'elle "
fréquentait
" régulièrement, précisant qu'il n'y avait plus d'engagement entre eux.
Elle s'était mise en couple avec X_ près de deux ans auparavant, juste après sa séparation d'avec F_. Cette situation avait créé une certaine rivalité entre les deux jeunes hommes. Le début de leur relation avait été bon puis X_ avait changé à la mort de son père. Suite à une discussion à ce sujet, ce dernier avait lancé une bouteille d'Oasis sur sa mère et l'avait étranglée. Suite à cet épisode, elle avait mis un terme à leur relation. Il lui avait donné une gifle le 30 décembre 2016, avant qu'ils ne se battent. En automne 2016, X_ avait encore eu une altercation avec son demi-frère J_.
Elle avait commencé à fréquenter D_, sept ou huit mois avant son audition par la police, soit depuis la fin de la relation de celui-ci avec H_. D_ souhaitait garder leur relation secrète, alors qu'elle souhaitait être en couple avec lui. Des tiers lui avaient toutefois appris que L_ avait informé X_ du fait qu'elle fréquentait D_.
hab
)
Le 28 juillet 2017 devant le Ministère public, G_ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a précisé que, dès le lendemain de sa rupture avec X_, celui-ci était revenu vers elle et ils avaient décidé de reprendre un "
flirt
". Cette relation signifiait qu'ils avaient des relations sexuelles mais qu'ils pouvaient fréquenter et avoir des relations sexuelles avec d'autres personnes. En parallèle, elle avait également un "
flirt
" avec F_, qui ne voulait pas que cela se sache. Après que H_ avait quitté D_, elle l'avait soutenu. Par la suite, leur relation s'était naturellement transformée en "
flirt
", en décembre 2016. D_ avait également voulu que cette relation reste secrète. Toute cette situation avait débouché sur la bagarre avec X_ le 30 décembre 2016. X_ la suivait grâce à une application qui permettait de localiser les téléphones portables.
hac
)
Le 16 août 2017 devant le Ministère public, G_ a détaillé les débuts de sa relation avec X_, au début de l'année 2016. Elle sortait alors avec F_, qui pouvait faire preuve d'un humour lourd et rabaissant. X_ était arrivé un peu comme un sauveur, avec des attentions, des câlins, ce qu'elle avait pu trouver un peu ennuyeux à la longue. X_ s'était rapidement montré très amoureux, alors qu'elle avait un peu "
fait le ping-pong
" entre les deux. Cette situation avait amené les deux jeunes hommes à se détester pendant un certain temps, ensuite de quoi ils s'étaient "
rabibochés
".
Depuis que X_ avait eu des doutes au sujet de sa relation avec D_, il lui avait régulièrement reproché d'être un charlatan ainsi que de profiter de son corps, de son argent et de sa voiture. Au tout début du printemps 2017, elle avait parlé à L_ de sa relation secrète avec D_. Celle-ci avait dû en parler à X_, car elle avait constaté que, quand elle évoquait D_, son regard s'assombrissait. Pour elle, dès cette période, tout était clair dans la tête de X_, même s'il ne lui avait jamais dit vouloir tuer D_. Elle était effrayée par X_. Elle était restée en contact avec lui car elle pensait qu'X_ "
allait lâcher l'affaire
". Les provocations sur
Snapchat
avaient commencé en mai 2017. En mai 2017, X_ n'avait pas montré d'hostilité envers D_ lorsqu'ils se voyaient. Chacun restait plutôt dans son coin. Depuis la bagarre du 28 mai 2017, elle essayait de faire en sorte que les deux jeunes hommes ne se croisent pas car elle avait peur "
qu'ils s'entretuent
".
hba
)
Le 9 juin 2017 devant la police, F_ a expliqué qu'il connaissait D_ depuis un peu plus de deux ans lorsqu'ils travaillaient tous deux au garage E_ et que leur métier de mécanicien les avait rapprochés. Il l'avait un peu perdu de vue en août 2016 et l'avait ensuite présenté à sa bande d'amis.
hbb
)
Le 12 septembre 2017 devant le Ministère public, F_ a précisé qu'il n'avait jamais eu de problème avec X_ en tant que collègue. Par contre, ce dernier avait changé quand il lui avait présenté G_, qui était alors sa petite amie. X_ était devenu agressif, en lui demandant de ne plus la voir et de la laisser tranquille. A une période, X_ l'avait menacé de mort par
Whatsapp
et sur
Facebook
. Il n'y avait toutefois jamais rien eu de concret et ces menaces ne lui avaient pas fait peur. Il avait finalement rompu avec G_ lorsqu'il s'était rendu compte qu'elle espérait jouer sur les deux tableaux. Il avait constaté que la jeune femme pouvait avoir une influence néfaste sur ses petits amis. X_ et D_, qui étaient doux comme des agneaux, étaient devenus agressifs. Il l'avait dit à X_, mais celui-ci faisait la sourde oreille. Elle était son premier amour et celui-ci pensait qu'il ne trouverait personne d'autre qu'elle. Il était incapable de la quitter, même s'il se rendait compte que cette relation n'était pas bonne pour lui. Après novembre 2016, G_ et D_ avaient passé beaucoup de temps ensemble. X_ n'avait plus été qu'une sorte de roue de secours.
Lorsqu'X_ avait reçu sa voiture, le 11 mai 2017, G_ l'avait harcelé pour pouvoir l'essayer. Elle lui avait fait des câlins de sorte qu'il avait espéré un "
retour de flamme
". G_ lui avait rapporté que D_ lui interdisait de l'appeler, car il le trouvait néfaste pour elle. X_ n'était pas du tout content de cette situation. Il avait l'impression d'être pris pour un idiot. Il voulait des réponses, mais G_ et D_ niaient toute relation. La situation s'était vraiment détériorée en avril 2017. F_ n'avait pas souvenir que X_ ait parlé de ses intentions envers D_ avant la bagarre du 28 mai 2017. Après celle-ci, il y avait eu des insultes et des messages provocateurs de part et d'autre, avant que X_ ne menace D_ de mort. Il disait ainsi qu'il voulait se le faire, mais c'était sur le ton de la rigolade. Tous deux étaient des personnes respectueuses. De manière générale, X_ ne s'énervait jamais. Il ne les avait jamais vus dans l'état qui avait été le leur le 28 mai 2017. X_ en voulait à D_ à cause de sa relation avec G_. Il réagissait comme un enfant à qui on avait enlevé son jouet.
S'agissant des messages qu'il avait échangés avec X_ au début du mois de juin 2017, il avait pu en vouloir à D_ pour des raisons en lien avec la mécanique. Cela étant, sa fille et sa sœur, AA_, adoraient D_ et il n'aurait jamais rien fait pour les séparer. Il était entré dans le jeu de X_, ce qui avait été une erreur. Il savait que si la situation perdurait, X_ risquait d'en venir aux mains. En revanche, jamais il n'avait pensé que celui-ci pouvait mettre ses menaces de mort à exécution, que ce soit avec une arme ou une voiture.
hc
)
Le 7 juillet 2017 devant le Ministère public, A_, la mère de D_, a expliqué que son fils avait vécu une relation de cinq ans avec H_ et qu'il avait été très affecté par leur rupture. G_ avait également eu besoin d'aide après sa rupture d'avec X_. Celle-ci s'était montrée très possessive et avait essayé de "
chauffer
" son fils. Ce dernier allait parfois dormir chez G_, mais il avait uniquement évoqué une relation d'amitié. Il lui avait rapporté que la jeune femme avait une fille dont elle ne s'occupait pas, qu'elle était maniaco-dépressive et au bénéfice de prestations de l'AI. A la fin du mois de mai, 2017 il lui avait confié avoir commis une petite bêtise en évoquant le fait qu'il avait couché avec G_ à une reprise. Son fils avait été très affecté par les propos tenus par la mère de X_, laquelle était très souvent présente, le traitait de "
glandeur
", qui n'y connaissait rien à la mécanique, et le rabaissait constamment. Depuis le mois de février 2017, X_ avait commencé à se moquer de ses compétences en mécanique et de sa taille. A sa demande, son fils lui avait transmis les menaces reçues par le biais de
Snapchat
. Il en avait éprouvé une certaine peur, celle de recevoir des coups notamment, mais pas celle de se faire tuer. Il avait commencé à avoir vraiment peur quand X_ lui avait écrit qu'il pouvait commencer à creuser sa tombe.
hda
)
Le 9 juin 2017 devant la police, I_ a rapporté les aléas de la relation de son fils avec G_. Elle était intervenue en mars 2016, aux côtés des amis de son fils, pour que la jeune femme fasse un choix entre celui-ci et F_. Après le décès de son époux, le _2016, elle avait demandé à son beau-frère de venir à la maison pour en faire partir G_, car elle ne supportait plus de l'y voir. Le 20 août 2016, suite à une dispute liée à la présence de G_ à son domicile, son fils s'était énervé et l'avait prise à la gorge. G_ s'était interposée et lui avait sauvé la vie. Le 22 août 2016, ils s'étaient retrouvés au poste de police de Blandonnet pour une médiation et il avait été décidé que G_ ne viendrait plus à son domicile, que son fils serait pris en charge par un psychologue et qu'il ne la violenterait plus. Son fils et elle avaient suivi une thérapie au centre "
Couple et famille
" jusqu'en décembre 2016. Le 22 août 2016 au soir, G_ l'avait appelée en pleurs, en lui rapportant qu'elle avait quitté son fils. Leur relation avait toutefois perduré jusqu'en décembre 2016 ou janvier 2017. Le 28 février 2017, elle avait reçu des appels d'un numéro masqué et elle avait reconnu la voix de G_ en arrière fond. Quand son fils l'avait récupérée, vers 22h30, ils s'étaient rendus au domicile de G_, où se trouvait également D_. Ils avaient nié être les auteurs de ces appels et le ton était monté. Suite à cela, G_ s'était rendue à la police et une médiation s'était tenue au début du mois de mars 2017 entre G_ et X_, lors de laquelle ils avaient convenus de ne plus se voir. Par la suite, ils avaient toutefois renoué des liens amicaux. L'achat de la Seat Leon Cupra de 300 chevaux avait constitué un fort attrait pour G_. Depuis ce jour, celle-ci collait son fils et ils avaient même prévu de partir ensemble le 3 juin 2017.
Le vendredi 2 juin 2017 dans la soirée, elle avait accompagné son fils à la station Karcher de Peney, où il devait voir ses amis, soit notamment G_, D_ et AB_. Tout s'était bien passé. La relation entre son fils et D_ avait commencé à se détériorer depuis que le précité s'était rapproché de G_. Le premier était persuadé que le second profitait de la jeune femme, notamment de sa voiture et de son argent.
S'agissant de la bagarre du 28 mai 2017, I_ a donné une version similaire à celle de son fils. D_ avait harangué ce dernier dès son arrivée en lui disant "
Salut petit con
". Ils s'étaient disputés en se reprochant réciproquement d'avoir nui à leurs précédentes relations de couple respectives. Son fils avait giflé D_, ensuite de quoi ils s'étaient battus. Elle avait dit à ce dernier que s'il voulait se "
gratter les couilles dans la vie, c'était son affaire
". Il était venu face à elle avec l'intention de la frapper. X_ l'avait alors ceinturé et projeté sur le capot de la voiture de G_. Ils s'étaient retrouvés à terre. D_ avait tenté de crever l'œil de son fils et l'avait mordu à la gorge.
Elle n'avait plus eu de contact avec G_ et D_ depuis la plainte qu'ils avaient déposée le lendemain des faits.
M_ était la nouvelle amie de X_ depuis deux mois environ, mais il s'agissait d'une relation fluctuante.
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)
Le 15 juin 2017 devant le Ministère public, I_ a allégué que X_ avait été marqué par le décès de son père. Il s'était réfugié dans un déni et ce thème représentait à chaque fois un sujet de dispute. La thérapie effectuée auprès des psychologues du Centre "
Couple et famille
" n'avait pas été fructueuse, car les médecins n'avaient pas su voir la détresse de son fils suite audit décès. De plus, elle pensait que G_ entravait toute démarche, ce dont son fils ne se rendait pas compte. Il ne supportait dès lors aucune remarque de sa mère dans ce sens et avait changé depuis le début de cette relation. Alors qu'il était posé, réfléchi et joyeux, il était devenu beaucoup plus nerveux à son contact.
Dans la soirée du 26 mai 2017, son fils s'était rendu sur le parking de la piscine avec sa nouvelle voiture et G_ avait essayé de le reconquérir. Une semaine plus tard, elle était à nouveau venue à son domicile et avait complimenté X_, en le voyant en costume. Il était également prévu qu'il l'amène au manège de Chavannes-des-Bois le 3 juin 2017, ce qui ne s'était finalement pas concrétisé. Elle était d'avis que G_ avait "
tout fait pour en arriver à ce jeu macabre
" et pensait que son fils avait imaginé pouvoir récupérer la jeune femme.
Le 6 juin 2017, lors d'un repas à son domicile, F_ et R_ avaient attisé la rancœur de X_ à l'encontre de D_ en lui disant qu'il fallait le "
taper
".
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)
Le 29 septembre 2017, M_ a expliqué avoir été très proche de X_ puis qu'ils s'étaient "
mis ensemble
" vers le mois de mai ou juin 2017. En fait, ils avaient essayé mais elle s'était rendu compte que leur relation était plus amicale qu'amoureuse. Leur relation avait duré environ un mois et demi. Le 8 juin 2017, ils étaient encore très proches. En réalité, ils étaient encore ensemble mais elle avait réalisé plus tard que ce n'était déjà "
plus vraiment ça
".
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)
Le 12 septembre 2017 devant le Ministère public, R_ a rapporté connaître X_ depuis huit ans environ, grâce à leur passion commune pour les bus. Ils avaient également joué régulièrement ensemble à des jeux vidéo en ligne, notamment un jeu de voiture et un jeu où le joueur incarnait un criminel.
G_ avait changé X_. Ce dernier rigolait beaucoup moins depuis qu'il la fréquentait. Il avait le sentiment qu'elle utilisait son ami. Il l'avait moins vu depuis lors.
Le lundi 5 juin 2017, il s'était rendu au cinéma à Balexert, avec X_ et M_. Le 6 juin 2017, il était allé manger chez I_, alors que F_ et X_ étaient présents. Ils avaient peu parlé de la relation avec G_ ou de D_.
Lorsqu'il avait écrit à X_ qu'il allait rendre D_ plus beau, il avait évoqué le fait de lui mettre un coup de poing. De manière générale, il réconfortait ses amis par des blagues ou des jeux de mots. Il ne connaissait pas D_ mais l'avait traité de "
sous-merde
" parce que celui-ci avait fait du mal à celui qu'il considérait comme son frère. Lors de la conversation du 7 juin 2017, il avait pensé que X_ rigolait, sinon il n'aurait pas écrit "
mdr
" ou "
ahahah
". Il avait déduit de cet échange que X_ était énervé mais que cela allait passer. Il ne se souvenait pas avoir dit vouloir taper D_, mais s'il avait fallu le taper pour défendre X_, il l'aurait fait, même sans savoir pourquoi.
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)
Le 19 octobre 2017 devant le Ministère public, J_, demi-frère de X_, a expliqué avoir soupçonné, le 3 novembre 2016, G_ d'avoir plusieurs relations intimes. Il s'était fortement embrouillé avec son demi-frère, car il ne parvenait pas à le raisonner pour qu'il la quitte. Une réunion avait été organisée devant le bureau des automobiles, lors de laquelle G_ avait avoué "
coucher
" avec plusieurs garçons en même temps. Il était sorti de ses gonds et avait dit ses quatre vérités à son demi-frère, qui l'avait très mal pris. G_ était la première relation amoureuse de son demi-frère et il en était très amoureux. X_ était devenu plus colérique depuis qu'il était sorti avec la jeune fille.
Les déclarations du prévenu sur le contexte
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)
Lors de sa première audition à la police, X_ a indiqué que sa vie sentimentale était un "
chaos
". Il a décrit les débuts de sa relation avec G_, qui était alors l'amie intime de F_, ce qui n'avait toutefois pas créé de tensions entre eux. Le début de leur relation s'était bien passé mais des tensions étaient apparues après le décès de son père. Sa mère lui avait reproché de ne pas avoir été un soutien pour elle et de préférer passer son temps avec G_. En août 2016, il avait eu une grosse dispute avec sa mère et avait lancé une bouteille d'Oasis en sa direction, sans l'atteindre. Deux jours plus tard, G_ avait décidé de mettre un terme à leur relation. Dès septembre 2016, ils avaient entamé un "
flirt
", soit une union libre, à laquelle il s'était toujours opposé.
Au mois de novembre 2016, H_ avait quitté D_. G_ avait proposé à plusieurs reprises à ce dernier de dormir chez elle. Il avait commencé à avoir des soupçons sur la nature de leur relation et il avait fouillé le téléphone de la jeune femme. Il avait ainsi découvert que G_ et F_ "
couchaient
" ensemble. Il s'était alors disputé avec elle et avait décidé de mettre un terme à leur relation. Quelques jours plus tard, ils s'étaient revus et avaient décidé de rester amis. Il avait toutefois toujours eu le souhait de la "
reconquérir
". Entre janvier et mars 2017, malgré quelques coupures dans leur relation, ils avaient toujours fini par se recontacter. Il avait questionné G_ et D_ sur leur lien. Les intéressés avaient toujours nié entretenir une relation. Selon lui, G_ espérait une relation avec D_, mais lui voulait juste "
coucher
" avec elle et profiter de la voiture de la jeune femme. A partir du mois de mars 2017, il voyait G_ en cachette, car D_ "
engueulait
" celle-ci à chaque fois qu'elle le contactait.
Le 11 mai 2017, il avait acquis sa nouvelle voiture et G_ avait souhaité passer du temps avec lui. Leurs contacts s'étaient intensifiés. Il avait clairement le sentiment qu'elle était alors revenue vers lui par intérêt pour sa nouvelle voiture. Durant le tournoi de tennis de Genève, elle était montée avec lui dans la Seat et l'avait complimenté sur sa tenue de travail. Ils avaient ensuite pris la voiture de G_ et s'étaient rendus au bord du lac. G_ l'avait alors embrassé à plusieurs reprises et il avait joué le jeu, "
en sachant pertinemment qu'elle ne faisait ça que pour la voiture
".
Le 26 mai 2017, il avait constaté des griffures sur son véhicule et avait soupçonné D_ d'en être l'auteur. Le même soir, G_ avait affirmé quelque chose de faux en matière automobile et D_ l'avait soutenue. Il s'était moqué de lui et avait publié l'anecdote sur les réseaux sociaux. Le 28 mai 2017, il y avait eu des "
clashs
" entre les deux hommes sur
Snapchat
. Le même soir, alors qu'il était en voiture avec sa mère et F_, il avait remarqué deux appels en absence - dont D_ était à l'origine selon l'analyse du téléphone de celui-ci. Il avait voulu rejoindre des amis au parking de la piscine et avait vu que la voiture de G_ y était garée. Quand il était arrivé près d'elle, il avait entendu D_ dire : "
il est là ce petit con
". Il était sorti de la voiture en furie et était allé lui "
cracher ses quatre vérités
". Tous deux étaient énervés et le ton était sec. Ils s'étaient mutuellement reproché d'avoir "
cassé
" leurs relations respectives avec H_ et G_. Il ne savait plus ce que D_ avait répondu, mais il avait réagi en lui donnant une "
claque
". D_ avait été un peu sonné et avait ensuite voulu se battre.
Le 30 et le 31 mai 2017, il avait publié des messages menaçant sur
Facebook
et
Snapchat
, mais "
il n'y avait rien de concret, c'était pour faire peur
". Le message mentionnant qu'il devait terminer quelque chose faisait référence à un jeu qu'il devait terminer avec R_.
Il n'y avait pas eu de contact entre lui et G_ entre le dépôt de la plainte du 27 mai 2017 et le 6 juin 2017. Ce jour-là, il avait essayé sans succès de la contacter. Il n'avait eu aucun contact avec D_.
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)
Le 5 juillet 2017, X_ a confirmé ses déclarations à la police. Il a précisé qu'entre février et mars 2016, quelques tensions avaient existé entre lui et F_. S'il y avait eu des menaces réciproques, qu'il qualifiait de "
petites
", il n'y avait jamais eu de guerre entre eux.
S'agissant de sa relation avec G_, il n'avait pas eu d'autre choix que d'accepter le "
flirt
" qu'elle lui avait proposé, s'il voulait continuer à la voir.
Le fait que D_ avait procédé à des modifications sur le véhicule de G_ l'avait énervé. Celui-ci avait voulu faire "
des choses qui n'étaient pas dans la légalité ou qui pouvaient détériorer le véhicule
". Il ne voulait pas que G_ se fasse amender.
S'il ne ressortait pas expressément des messages échangés entre G_ et D_ qu'ils "
couchaient
" ensemble, ils le laissaient sous-entendre, ce qui avait été clair pour lui lorsqu'il les avait lus. Il les avait montrés à F_ qui avait été du même avis. Les principaux intéressés avaient toutefois nié toute relation intime. D_ avait assuré qu'il ne se passerait jamais rien entre elle et lui. Il avait su que leurs affirmations étaient fausses, mais comme il avait voulu faire confiance à G_, il leur avait laissé "
le bénéfice du doute
". Il avait toutefois pris des distances avec elle. Vers la moitié du mois de mars 2017, il avait cependant posté sur
Snapchat
une photo de deux peluches que G_ lui avait offertes. Elle l'avait recontacté en affirmant qu'il lui manquait aussi et ils avaient recommencé à se voir.
Au mois de mars 2017, il avait rencontré M_ et avait entamé une relation avec elle en avril 2017. Il était toujours amoureux de G_ mais il avait essayé de s'épanouir avec M_. Cette relation lui permettait de rester lui-même, ce qui n'était pas le cas avec G_. Quand il était avec celle-ci, il était nerveux, tendu, le "
monstre
" qu'il avait été lors du drame. Même si le drame était de sa faute, celui-ci ne se serait pas produit s'il n'avait pas fréquenté G_ et s'il n'avait pas fait le tour en voiture avec elle. Sa mère, N_ ainsi que F_ le lui avaient fait remarquer. Son demi-frère, J_, était également intervenu dans ce sens. Ils en étaient même venus aux mains. Il avait toutefois été aveuglé par son amour.
Il utilisait souvent l'expression "
je vais te tuer
" avec sa mère ou avec des amis comme R_, F_ ou M_ par jeu. Il ne s'agissait pas de vraies menaces.
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)
Le 27 juillet 2017 devant le Ministère public, X_ a confirmé que G_ avait mis un terme à leur relation en août 2016. En effet, le père de sa fille était violent et elle ne voulait plus fréquenter ce genre d'homme. Ils avaient néanmoins continué une relation de "
flirt
", lors de laquelle ils s'étaient comportés comme s'ils étaient en couple, mais sans l'afficher et sans qu'elle soit exclusive. Ils n'avaient plus entretenu de relations intimes depuis le mois de novembre 2016. Quant à G_ et D_, il ne croyait pas qu'ils aient "
couché
" ensemble.
Il a évoqué un épisode du salon de l'auto 2017, lors duquel il avait publié sur
Snapchat
une vidéo de la fille de F_, sur laquelle H_ était visible. Fâché, D_ avait contacté cette dernière par téléphone, en lui demandant des explications. Alors qu'il était en voiture avec H_, ils avaient croisé D_ qui marchait sur le trottoir. Celui-ci leur avait fait un doigt d'honneur et lui avait envoyé un message dans lequel il disait : "
continue à jouer au con
".
Il avait pour habitude de rassurer ses amis. Il lui arrivait de leur dire de ne pas se mettre dans tous leurs états pour une autre personne et de ne pas retourner vers leurs anciens petits amis. Il était souvent l'illustration de l'adage "
faites ce que je dis, mais pas ce que je fais
".
Il avait passé des heures à jouer à
GTA 5
avec R_. Il s'agissait d'un jeu où l'on incarnait un criminel et où le but était de s'entretuer. Il aimait le fait qu'il fallait s'y chercher et se tuer, soit toutes les choses que l'on ne peut pas faire théoriquement dans la "
vraie vie
". Il jouait également à
Forza
, soit un jeu de voitures. Il aimait les voitures qui allaient vite et était fier d'en avoir une. Il avait déjà roulé à trois reprises sur des circuits et maîtrisait très bien les véhicules.
Sa relation avec M_ avait duré une semaine, soit depuis le 9 avril 2017, mais pour elle, leur relation avait duré un mois. Il avait voulu y mettre un terme car la jeune femme continuait à avoir des contacts avec son ancien petit ami. Elle était revenue vers lui vers le milieu du mois de mai 2017, car elle avait eu besoin de réconfort. Ils avaient partagé beaucoup d'activités, mais ne s'étaient toutefois jamais remis ensemble.
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)
Le 29 août 2017 devant le Ministère public, X_ a indiqué que les messages échangés avec R_ le 29 mai 2017 ainsi que les menaces sur
Snapchat
avaient été écrits sous le coup de la colère. Dans ce genre de moments, il disait beaucoup de choses qu'il regrettait ensuite. Il s'agissait d'évacuer la colère qu'il ressentait, mais il ne visait personne. Il n'avait jamais eu l'intention de tuer D_. Il regrettait ce qu'il avait dit et ce qu'il avait fait.
Le matin du 7 juin 2017, il avait eu une longue discussion avec S_, la colocataire de G_, au sujet de la bagarre du 28 mai 2017. La première lui avait rapporté que la seconde avait tenté de le joindre dans la nuit pour qu'il la console après qu'elle s'était "
salement engueulée
" avec D_. Entre le 30 mai et le 7 juin 2017, il avait espéré voir G_ pour organiser l'expertise du véhicule de celle-ci et pour partir en week-end avec elle à la fin du mois de juin, mais la jeune femme ne lui avait pas répondu.
La publication annonçant à D_ qu'il allait mourir n'était que de la provocation. Il voulait lui faire peur pour qu'il fasse une erreur et puisse en tirer profit dans la procédure pénale ouverte entre eux.
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)
Le 19 octobre 2018 devant le Ministère public, X_ a expliqué qu'il avait fait livrer des fleurs à G_ pour son anniversaire, depuis la prison, même s'il ne l'avait pas fait exactement à la bonne date, car il n'avait pas été en mesure de le faire à la date en question.
La journée du 8 juin 2017
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)
Le 8 juin 2017, à 01h30, après une dispute avec D_, G_ a tenté de joindre X_ par téléphone, puis lui a écrit qu'elle avait besoin de lui car elle allait mal. S_ est également intervenue dans ce sens auprès de lui.
jb
)
Le jour des faits, X_ a eu plusieurs contacts téléphonique avec G_. Ils ont parlé de choses anodines.
jc
)
De 14h00 à 21h00 environ, X_ a travaillé comme agent de sécurité au
Caribana
Festival
de Crans-près-Céligny.
jd
)
Pendant toute la journée, X_ a échangé de nombreux messages avec différents interlocuteurs. Il ressort notamment de ceux-ci qu'il espérait pouvoir voir G_ le soir-même pour discuter de la situation. Il n'arrivait toutefois que difficilement à la contacter et s'en est irrité. Il ne comprenait pas le fait que G_ lui ait dit qu'elle voulait le récupérer et qu'il devait la consoler, alors qu'elle ne répondait pas à ses messages.
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)
Parallèlement au fait qu'il attendait la confirmation d'une rencontre avec G_, X_ a échangé de nombreux messages avec L_. Tous deux ont évoqué la mise en place d'une discussion dans le but de réunir plusieurs amis afin de faire comprendre à G_ que D_ avait une mauvaise influence sur elle. Pour X_, il ne s'agissait pas d'une médiation au sens strict du terme. Il ne voulait pas que D_ soit présent et espérait uniquement que ses amis et lui parviendraient à convaincre G_ qu'elle devait le "
dégager
". A cette fin, X_ a contacté les différents intéressés. La réunion était censée se tenir le week-end suivant.
jf
)
A 18h24, F_ a demandé à X_ s'il voyait finalement G_ le soir-même. L'intéressé lui a répondu qu'il ne le savait pas encore. A 19h32, X_ a écrit à F_ de solliciter sa sœur afin de savoir si celle-ci serait avec G_ durant la soirée et si D_ serait présent, ce que F_ lui a confirmé quelques minutes plus tard. A 19h38, X_ a appelé G_ pendant plus de cinq minutes.
jg
)
A l'issue de cette conversation, X_ s'est plaint à F_ d'en avoir marre de cette situation et a affirmé vouloir dégager G_ avant la fin de la semaine. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui disait qu'il lui manquait et qu'en fin de compte elle allait voir D_ plutôt que lui. S'il tombait sur le jeune homme au parking, il ferait exprès de s'arrêter et irait le chercher.
jh
)
Après que F_ lui a conseillé de laisser tomber, X_ lui a répété, à de nombreuses reprises, entre 19h51 à 21h38, vouloir tuer D_. Il a notamment écrit: "
Je vais l'écraser comme une vieille merde
". F_ a pris cela à la rigolade et lui a plutôt proposé de "
lui faire un gros bisou, avec sa main ou son poing
". X_ lui a répondu : "
Non, avec la Seat
". Lorsque F_ lui a fait remarquer que cela allait salir sa voiture, il a répondu que ce n'était pas grave car il irait la laver. Plus tard, X_ a encore demandé à F_: "
Tu viens avec moi aller tuer l'autre ce soir? j'ai envie j'te jure je suis pressé de finir là ( )
".
ji
)
A 19h55, X_ a écrit sur
Snapchat
à l'attention de D_ : "
ton heure a sonné
".
jj
)
Un premier groupe d'amis, composé de AX_, G_ et AA_, est arrivé sur le parking de la piscine de Meyrin, vers 20h00. Une trentaine de minutes plus tard, D_ les a rejoints.
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)
A 20h06, X_ a écrit à R_ : "
R_ ça te dit un petit meurtre ce soir ?
".
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)
Après son service, vers 21h00, X_ est rentré en scooter à son domicile pour se changer. M_ y était présente avec I_. Il n'a pas mangé avec elles et est allé chercher en voiture F_ chez lui, aux Libellules, vers 21h45. En chemin, il est passé à plusieurs reprises devant le parking de la piscine et a constaté la présence de G_ et de D_. Il a pressé F_ de le rejoindre avant que le jeune homme ne quitte le parking et a encore menacé de tuer D_ dans la voiture.
jm
)
Alors qu'il était en chemin, M_ lui a écrit de faire attention. Il lui a répondu : "
t'inquiète pas je reviendrai vivant et entier. Bon y en a un y reviendra pas vivant
". Sa mère lui a également laissé un message vocal dans lequel elle a lui demandé s'il était sûr qu'il allait revenir vivant car elle n'était pas sûre que "
le nain de jardin ne l'attendait pas avec d'autres personnes"
. Il devait arrêter "
de jouer au caïd
".
jn
)
Un peu avant 22h00, X_, accompagné de F_, est passé devant le parking de la piscine, au volant de son véhicule. Il est allé se garer sur un autre parking à proximité de la patinoire. Les deux jeunes hommes ont ensuite rejoint à pied le premier groupe sur le parking de la piscine. X_ était calme et il n'y a eu aucun échange entre D_ et lui. A un certain moment, X_ et G_ se sont éloignés du groupe pour discuter.
jo
)
Toute la scène s'est déroulée sur le parking de la piscine de Meyrin. Celui-ci est composé de sept rangées de places de parc, d'une longueur de 80 m environ, chacune séparée par une voie de circulation à sens unique. Les cinq rangées du centre sont doubles, les places se faisant face. Elles sont régulièrement ornées de buissons et d'arbres, ainsi que d'un, respectivement deux, candélabres par rangée. Pour des motifs de simplification, le côté du parking où se situe l'entrée sera appelé le bas du parking et le côté opposé le haut.
jp
)
Vers 22h20, AX_ a emmené AA_ et D_ dans sa voiture pour se rendre aux toilettes, dans un bar de Champ-Fréchet. Craignant pour sa Seat, X_ a couru vers elle et l'a amenée sur le parking.
jq
)
Alors qu'il ne restait plus que F_, G_ et X_ sur le parking, les deux derniers nommés sont partis faire un tour avec la Seat. G_ conduisait le véhicule. Lors de cette promenade, qui a duré un peu plus de 30 minutes, G_ a avoué à X_ entretenir une relation intime avec D_. A ces propos, X_ a eu un geste d'énervement, en tapant contre la vitre de la portière. Selon les déclarations de G_, il a réitéré ses menaces de mort à l'encontre de D_, ce que tendent à corroborer les propos de X_ lorsqu'après les faits, il s'est adressé à la jeune femme en ces termes : "
je t'avais prévenue
". Selon les déclarations de X_ en audience, il lui aurait demandé de faire un choix entre les deux hommes, sans qu'elle n'ait formellement répondu. A cet égard, G_ a confirmé en audience de jugement lui avoir affirmé qu'il devait lui laisser du temps.
jr
)
Peu avant 23h58, X_ et G_ sont revenus sur le parking. X_ était alors au volant de la Seat. Le reste du groupe était à nouveau présent sur le parking. La voiture de G_ était stationnée au bas de cette voie, sur la gauche dans le sens de marche des véhicules, à la hauteur des troisième et quatrième cases. A la fin des deux rangées de parking situées sur la droite, se trouvait un large buisson au centre des deux rangées. Un horodateur, protégé d'une barrière, se situait sur la gauche de ce buisson, vers le centre de la rangée de places bordant immédiatement cette voie de circulation. X_ a stoppé sa Seat, le moteur allumé, en haut de la troisième voie de circulation, à l'opposé de l'endroit où les véhicules de G_ et AX_ étaient garés. A ce moment, AX_, qui s'apprêtait à rentrer chez lui et à ramener AA_ chez elle, tandis qu'elle s'était rendue à pied vers la Seat, a démarré et a arrêté son véhicule à la hauteur de la Seat. F_ a suivi le même trajet, mais à pied. Dans le même temps, G_ est sortie de la Seat et est venue se placer à côté de la portière du conducteur, dont le fenêtre était restée ouverte. F_ les a rejoints quelques instants plus tard. Il a constaté qu'X_ était alors très tendu.
js
)
X_ a donné un ou deux coups d'accélérateur puis, d'un seul coup, il a fortement accéléré en direction de D_, qui traversait la voie du parking de gauche à droite, quelques mètres plus bas. La Seat l'a heurté de plein fouet à une vitesse située entre 50 et 60 km/h. Il a été projeté en avant. X_ a arrêté son véhicule. Puis, alors que le corps de D_ se trouvait au sol, quelques mètres devant la Seat, il a redémarré et a roulé sur le corps inerte.
jt
)
X_ s'est ensuite rendu avec son véhicule vers F_ et lui a demandé ce qu'il faisait. Il s'est à nouveau avancé vers le point de choc et est sorti de la Seat. AX_ a tenté de le retenir, mais X_ l'a repoussé et est remonté dans la voiture. Il a roulé à proximité de G_, qui avait accouru dans l'intervalle près du corps de D_. Il s'est adressé à elle en ces termes : "
je t'avais prévenue
".
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)
X_ a ensuite quitté le parking et a tenté de joindre ses amis par téléphone. Il a indiqué avoir pensé à aller laver son véhicule à la station-service ou à fuir dans un autre pays, mais il est finalement revenu à son domicile, après que sa mère, avertie par F_, l'a convaincu de rentrer.
La victime
ka
)
Selon le scanner cérébral effectué par les HUG le 9 juin 2017, D_, né le _1992, a souffert notamment d'un hématome épidural temporo-polaire gauche de 11 cm d'épaisseur maximale, d'une fracture déplacée de la partie squameuse de l'os temporal gauche et d'un hématome épicrânien fronto-pariétal bilatéral avec saignement actif artériel au sein de l'hématome à droite.
kb
)
Selon le scanner thoraco-abdominal effectué le même jour par les HUG, des condensations et infiltrats en verre dépoli bi-pulmonaires majeurs ont été constatés chez D_. Il présentait également une fracture du pelvis "
open book
", avec fracture déplacée des branches ilio- et ischio-pubiennes et séparation de la symphyse pubienne, une fracture déplacée de la diaphyse proximale du fémur droit, une fracture déplacée du tiers moyen de la clavicule gauche et une fracture non déplacée de l'arc latéral de la 6
ème
côte gauche, un hématome pelvien extra-péritonéale avec saignement actif artériel postérieurement la symphyse pubienne, ainsi que dans le muscle ischio-caverneux gauche et en regard du muscle iliaque droit. De multiples hématomes avec saignement actifs artériels intra-musculaires ou sous-cutanés étaient également visibles dans plusieurs régions au niveau des quadriceps, des fessiers, des lombaires, des dorsaux et de la clavicule.
kc
)
Son décès a été prononcé le 9 juin 2017, à 13h40.
kda
)
Selon le rapport d'autopsie établi par le CURML le 6 juillet 2018, D_ a souffert d'un polytraumatisme sévère, en présence de signes de franchissement thoraco-abdominal gauche, avec ecchymoses "
en forme
" linéaires et répétées. Ces lésions pouvaient avoir été provoquées par une zone saillante "
en forme de peigne
" située sous le véhicule. Des signes de franchissement ont également été relevés au niveau du bassin et des membres inférieurs. Une fracture de la calotte crânienne et de la base du crâne, en charnière, a été constatée, avec un enfoncement d'un fragment temporal gauche, évocateur d'un mécanisme de compression à ce niveau. Au niveau des membres inférieurs, une plaie antérieure de la jambe droite a été constatée, ainsi qu'une fracture multi fragmentaire du fémur droit et une fracture du condyle externe du fémur gauche, avec hémarthrose. Les constations sont compatibles avec le heurt du corps par un véhicule, avec franchissement du corps par le véhicule (châssis).
kdb
)
Le 29 août 2018 devant le Ministère public, le Dr AD_ a confirmé la teneur et les conclusions de son rapport du 6 juillet 2018. Avant l'examen de la victime, celle-ci avait bénéficié de mesures de réanimation extrêmes, destinées notamment à créer une sorte de circulation sanguine extracorporelle. Les experts avaient constaté la présence de lésions qui démontraient un franchissement par une pièce du châssis. Ils n'avaient pas mis en évidence, sur le corps, des signes qui pouvaient faire penser à un profil de pneumatique. Cela n'excluait pas le franchissement d'une partie du corps par une roue. Les experts pensaient que l'enfoncement d'un fragment temporal gauche avait été provoqué par une pièces saillante de 2 cm environ et non par la chute. D_ présentait des fractures sur les deux tempes ainsi que sur un zygomatique. Ces deux fractures se rejoignaient et s'expliquaient par un seul mécanisme de compression.
Les éléments matériels
la
)
Selon le rapport d'interpellation du 9 juin 2017, une patrouille de police s'est rendue à 00h25 au domicile de X_, où était stationnée la Seat Leon Cupra, feux allumés. X_ a été interpelé dans sa chambre, sans opposer aucune résistance. Il a spontanément reconnu être l'auteur des faits.
lb
)
Selon le rapport d'arrestation du même jour, des témoins ont rapporté qu'après avoir percuté une première fois la victime, X_ lui avait roulé dessus quelques secondes plus tard, alors qu'elle se trouvait au sol. Cette manœuvre aurait eu pour effet de trainer la victime sur quelques mètres. Le véhicule a été acheminé à l'Hôtel de police pour constat, avant d'être mis en fourrière.
lc
)
Selon le rapport de prélèvement du 9 juin 2017, le contrôle de l'alcool dans l'air expiré par X_ le 9 juin 2017, à 00h46, était négatif. Sa démarche était normale et ses paroles cohérentes, mais ses yeux étaient injectés.
ld
)
Les enregistrements des appels à la CECAL de G_, d'un jeune homme et de AA_ ont été produits et confirment les versions rapportées.
le)
Le journal des appels du téléphone de X_, confirme qu'il a tenté de joindre F_ à deux reprises, à 00h02 et 00h03, puis qu'à 00h04, il a essayé d'appeler L_ et S_. A 00h05, il a reçu l'appel de sa mère, avec qui il a parlé pendant 4 min 30 sec.
maa
)
Selon l'expertise réalisée par le Centre de tests dynamiques (ci-après DTC) le 31 août 2018, l'emplacement du choc initial n'a pas pu être déterminé précisément, faute d'indices sur la chaussée. Sur la base des différents témoignages ainsi que d'après la position finale des lunettes et du sac à dos du piéton, une zone a été retenue comme la plus plausible. Au vu des témoignages, la distance d'accélération de la Seat entre sa position à l'arrêt et le point de choc a été estimée à 30 m au maximum. Compte tenu d'une accélération maximale sur cette distance de 60 km/h, un domaine de vitesse de 50 à 60 km/h a été retenu comme plausible, au moment du choc avec le piéton. L'expertise relève toutefois qu'il est également possible que le véhicule ait heurté le piéton à une vitesse moindre, sur la base d'une comparaison entre les dégâts subis par la Seat et ceux subis par des véhicules utilisés lors de crash tests. Lors de ceux-ci, les dommages subis au niveau du capot et du pare-brise après des collisions dans ce domaine de vitesse sont plus importants. Le système "
Front Assist
" de la Seat avec détection de piéton fonctionne correctement, mais uniquement si le piéton est en mouvement. Le système n'a jamais réagi en présence d'un piéton immobile ou couché sur sa trajectoire. Selon les tests réalisés jusqu'à 35 km/h, à cette vitesse le système détecte le piéton en mouvement, mais il devient limite pour éviter un choc. Il est fort probable qu'une vitesse supérieure à 35 km/h ne permettrait pas d'éviter un choc. Les différentes traces laissées sur la Seat laissent penser que, suite au choc, le piéton a vraisemblablement été projeté par-dessus le capot puis est venu heurter le toit, avant de retomber au sol, sur la gauche du véhicule. Après avoir vraisemblablement fait un tour complet pour revenir vers le piéton, la voiture a roulé sur lui, alors qu'il était étendu sur le dos, avec un angle d'environ 45°, comme le démontre les griffures obliques retrouvées sur l'abdomen de D_. Selon un complément d'expertise du 22 octobre 2018, l'enclenchement de la fonction "
launch
control
" au moment des faits n'aurait pas modifié les conclusions de l'expertise.
mab
)
Le 8 octobre 2018 devant le Ministère public, AE_, expert, a confirmé les conclusions de son rapport. Dans le cas particulier, en l'absence de traces sur les lieux de l'événement (pneumatique, semelles, sang), il avait dû se baser sur les différents témoignages, la position des lunettes et du sac à dos ainsi que sur les dommages du véhicule. Il était peu plausible qu'à la suite du premier choc, la voiture ait roulé sur le piéton en continuant sur sa lancée, dans la mesure où le piéton était tombé sur le côté gauche de la voiture. Il n'y avait eu qu'un seul passage de la voiture sur le piéton et, d'après son expérience, il n'y avait pas eu d'écrasement direct par les roues. Le piéton était passé entre les deux essieux. Il était assez rare de ne pas avoir d'impact sur le pare-brise lorsqu'il y en avait sur le capot et le toit du véhicule, raison pour laquelle il s'était posé des questions sur la vitesse de l'impact. Il avait finalement conclu à une vitesse de collision de 50 à 60 km/h, dans la mesure où il fallait une certaine vitesse pour que le piéton soit projeté sur le toit, respectivement par-dessus le véhicule. Il était tout à fait possible que, sur la distance estimée, X_ n'ait pas appuyé à fond sur la pédale. Les déclarations de ce dernier, selon lesquelles il avait heurté la victime, freiné puis à nouveau accéléré en lui passant dessus, étaient autant compatibles avec les éléments constatés que la version selon laquelle il aurait fait un tour autour de l'îlot avant de passer sur le corps.
mb
)
Le véhicule de marque Seat, modèle Leon Cupra 2.0 a été séquestré et a fait l'objet d'expertises. Aucune défectuosité n'a été constatée. Le capot et le pare-chocs sont déformés et la calandre est cassée. Des traces d'impact ont été relevées au centre du pavillon du toit, à la hauteur du pare-brise. D'autres enfoncements plus petits ont été remarqués sur le côté gauche et droit du toit. Une marque de frottement est également visible sur le côté gauche du toit, à la hauteur du montant arrière de la porte conducteur.
L'activation du "
launch
control
" nécessite deux manœuvres préalables, à savoir déconnecter l'anti-patinage et sélectionner un mode particulier. L'activation de ce mode désactive le système de détection de piéton. Selon les tests réalisés, sur la distance comprise entre le point de démarrage théorique d'X_ et l'endroit du heurt de D_, la vitesse maximale possible était comprise entre 57 et 63 km/h. Les éléments de l'enquête ne permettent pas de retenir que le "
launch
control
" ait été activé lorsqu'X_ a démarré en direction de la victime.
mc)
Le profil ADN de D_ a été retrouvé sur les prélèvements effectués sur les traces rougeâtres relevés sous la Seat. Aucun profil ADN interprétable n'a été mis en évidence sur la trace glissée relevée sur le côté gauche du toit du véhicule, au-dessus du montant avant de la porte arrière.
Les messages échangés le jour des faits
n)
Compte tenu de leur importance, les messages essentiels échangés par X_ sont mentionnés ici.
na
)
Le jour des faits, X_ a été en contact avec G_ de la manière suivante :
- Entre 01h26 et 01h27, le numéro de G_ a essayé d'appeler celui de X_ à trois reprises.![endif]>![if>
- A 01h32, X_ a reçu le iMessage suivant depuis le numéro de téléphone de celle-ci : "
Coucou c'est S_ tu ne me répond pas stp répond moi G_ ne vas pas du tout bien elle aurai besoin de toi et de te voir !!stp répond pas moi c'est urgent je mtkt pour elle
".![endif]>![if>
- A 01h33, G_ a écrit à X_ sur
Whatsapp
: "
X_ j'ai besoin de toi sa va mal
". ![endif]>![if>
- Dans la journée, G_ a appelé X_ pendant près de quinze minutes vers 10h00 et plus de cinq minutes vers 12h28. X_ l'a appelée également pendant cinq minutes à 19h38. ![endif]>![if>
- Dans l'après-midi, ils ont échangé quelques messages cordiaux, dans lesquels G_ lui demandait où il était et semblait désolée qu'il ne soit plus à Balexert, là où elle disait se faire coiffer.![endif]>![if>
nb
)
X_ est également en contact avec la colocataire de G_, S_.
- Dans la matinée, X_ a écrit à S_ pour lui dire que "
ça le tue
" que G_ veuille le voir mais qu'elle trouvait toujours une excuse. Elle lui a répondu que G_ voulait bien le voir, mais pas pour se faire engueuler. Celle-ci ne voulait pas qu'il lui parle de D_. Ils ont semblé avoir convenu de se voir. ![endif]>![if>
- A 11h13, X_ a laissé un message vocal disant qu'il voulait bien consoler G_, mais pas si elle retournait ensuite vers D_. Elle devait choisir entre les deux. ![endif]>![if>
- A 18h30, S_ a envoyé une image d'une étagère qui s'était décrochée du mur de la chambre de G_ et a demandé à X_ quel jour il pouvait venir la réparer. Il a répondu en rigolant et a constaté qu'il n'y avait pas qu'une vis qui s'était décrochée. Dans le message vocal suivant, G_ lui a demandé sur un ton léger s'il voulait qu'elle lui rappelle comment ils avaient galéré pour monter ce truc qu'il lui avait fabriqué. X_ a répondu à G_ sur le même ton. ![endif]>![if>
- A 19h23, comme S_ n'était plus avec G_, il lui a parlé du groupe
Whatsapp
destiné à organiser une table ronde pour expliquer à celle-ci que D_ n'était pas une bonne personne, vu que, selon lui, plusieurs d'entre eux ne le supportaient plus. S_ a répondu que ce n'était pas une bonne idée parce qu'G_ ne voulait plus rien entendre au sujet de cette histoire.![endif]>![if>
- A 19h27, X_ a maintenu sa position et a dit que G_ devait faire face aux problèmes. ![endif]>![if>
- A 19h45, le ton de X_ a changé et il s'est plaint du fait que G_ lui disait qu'il lui manquait et que, le soir-même, elle allait voir D_. Il n'en pouvait plus et, dès la fin de la semaine, il la dégageait.![endif]>![if>
nc
)
Pendant toute la journée, X_ et L_ ont beaucoup échangé de messages, surtout vocaux. Leur conversation est à l'origine du projet de réunir des amis pour parler à G_ :
- X_ a commencé par expliquer à L_ son ressenti. Il se sentait constamment mal. Quant à G_, elle allait mal suite à une dispute avec D_ de sorte qu'il devait la réconforter. Il était en train de se battre "
pour ça
", toutefois il ne voulait pas la réconforter pour qu'elle retourne ensuite "
vers le mal
" et que lui "
se prenne dans la gueule
". G_ n'avait toujours pas compris qu'il fallait qu'elle dégage D_. Il en avait marre d'être là juste quand elle en avait besoin. X_ et L_ ont évoqué une "
médiation
" entre tous leurs amis et G_. Pour X_, si D_ était là, "
c'était mort
". L_ lui a conseillé de mettre en œuvre la médiation et de rester calme. X_ lui a rapporté que D_ s'en était pris à S_ en lien avec le fait que le chien de G_ avait déféqué sur ses affaires laissées au domicile de G_. Le problème de D_ était qu'il se prenait pour un dictateur, incapable de reconnaître ses erreurs et reprochant les choses aux autres. Il a ajouté que c'était triste d'avoir des gens comme ça sur la planète et ça lui "
faisait chier
" que cela tourne autour de G_. ![endif]>![if>
- Entre 18h00 et 18h30, ils ont discuté de l'organisation de la "
médiation
". Ils souhaitaient que L_, S_ et "
P_
", éventuellement F_ et AF_, le "
frère de cœur
" de G_, y participent. En effet, ceux-ci pensaient aussi que D_ n'était pas une bonne personne à avoir dans son entourage. X_ a proposé d'organiser ce rassemblement le week-end suivant. Comme L_ était occupée, ils l'ont repoussé au week-end d'après. Ils ont décidé de créer un groupe
Whatsapp
et ont discuté de ses modalités jusqu'à 19h35. Le ton de X_ était calme.![endif]>![if>
- A 20h15, X_ a laissé un nouveau message vocal à L_. Le ton était toutefois plus irrité et il a décrit un "
exemple typique
". G_ lui avait dit qu'il lui manquait et il devait la consoler. Ils avaient prévu de se voir le soir-même, mais finalement G_ était allée voir "
l'autre con de D_
". ![endif]>![if>
- A 21h28, L_ a pris une voix ironique pour lui faire remarquer qu'il se faisait prendre "
pour la bonne poire
", alors qu'il avait dit qu'il ne se ferait plus avoir. Elle lui a conseillé de dire à G_ que, la prochaine fois qu'elle annulerait, il ne lui dirait plus jamais oui.![endif]>![if>
- A 21h34, X_ lui a dit de ne pas s'inquiéter, que G_ n'était pas prête de le revoir, avant de préciser qu'enfin "
on verra bien
". Pour lui "
c'était mort
", la prochaine fois, c'était lui qui lui "
tournait à l'envers
". L_ lui a répondu qu'elle ne le croyait pas vu le nombre de fois qu'il l'avait prétendu. Tous deux savaient bien que la prochaine fois qu'G_ pleurerait, il voudrait la réconforter. ![endif]>![if>
- A 21h36, X_ lui a répondu qu'elle pourrait être étonnée, car il n'avait pas mâché ses mots envers G_ au téléphone, lorsqu'elle était avec S_. L_ en a rigolé en relevant que cela ne lui ressemblait pas de jouer "
au gros dur
". Il était trop gentil et faisait trop de concessions, ce qui le "
bouffait beaucoup
". Il ne devait pas se donner un genre. Même s'il en voulait énormément à G_, il continuait à être là pour elle et il devait l'accepter, mais devait trouver un mode de fonctionnement acceptable pour lui. ![endif]>![if>
- A 21h42, X_ a concédé savoir qu'il était beaucoup trop gentil, ce qui constituait son problème. Il avait cependant gardé ses distances en donnant l'exemple d'une conversation téléphonique avec G_. Cette dernière lui avait dit en rigolant "
X_, je te déteste
" et il lui avait répondu "
je t'adore G_
" au lieu de lui dire "
je t'aime
", comme il l'aurait déclaré d'habitude. Il gardait toutes ses distances car il savait qu'elle retournerait voir D_.![endif]>![if>
nd
)
A 19h04,
X_
a contacté AF_ pour lui proposer de participer à la "
médiation
" envisagée. Celui-ci a répondu bien vouloir venir mais qu'il écouterait ce que chacun avait à dire car D_ ne lui avait rien fait.
ne
)
X_ et F_ ont également beaucoup communiqué ce jour-là. Leurs messages permettent de ressentir une certaine bascule lorsque X_ apprend que G_ a prévu de passer sa soirée sur le parking de la piscine en compagnie de D_. L'évocation de tuer le précité devient alors omniprésente. Les messages suivants sont notamment apparus :
- A 18h24, F_ a demandé à X_ si, finalement, il voyait G_ le jour-même. X_ a répondu l'ignorer. ![endif]>![if>
- A 18h40, il l'a informé que L_ et lui organisaient un groupe pour convaincre G_ que D_ n'était pas une bonne personne et qu'elle devait "
le dégager
". Il le tiendrait informé plus précisément. Il en avait marre de cette situation et voulait dégager G_ avant la fin de la semaine. Il a ajouté que L_ avait
"pris les grandes mesures
". ![endif]>![if>
- A 19h32, X_ a laissé un message vocal à F_, lui demandant d'interroger sa sœur, AA_, sur ses projets pour la soirée. Il avait eu S_ au téléphone tandis que G_ se trouvait derrière elle. Celle-ci projetait de conduire avec AX_ et AA_, mais X_ pensait que D_ serait sûrement présent. Il voulait en avoir le cœur net. ![endif]>![if>
- A 19h38, F_ lui a confirmé que sa sœur verrait D_. X_ lui a répondu que cela ne l'étonnait même pas, sous-entendu que G_ irait voir D_. ![endif]>![if>
- A 19h47, par message vocal, il a juré dégager G_ avant la fin de la semaine. Il en avait marre. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui disait qu'il lui manquait, qu'elle voulait qu'il la réconforte et qu'en fin de compte, elle allait voir D_ plutôt que lui. Il jurait que s'il tombait sur le précité au parking, il ferait exprès de s'arrêter. Il a terminé son message en affirmant qu'il allait "
dégager G_
" dimanche.![endif]>![if>
- A 19h50, il a rapporté avoir aussi laissé un message vocal à S_ et attendre sa réponse, car cette situation le gonflait. Il allait "
[s]e faire l'autre
" et allait "
le chercher
". F_ lui a conseillé de laisser tomber mais X_ lui a assuré qu'il voulait "
se le faire
", ce à quoi F_ a répondu "
baise le
". ![endif]>![if>
En même temps que l'échange de messages entre X_ et L_ relatif à l'organisation de la "
médiation
", se place la discussion suivante, entre 19h52 et 21h38 :
- X_ :
Non je vais le tue. Je vais l'écraser comme une vieille merde;
- F_:
Mais nooooon. Tu vas lui faire un gros bisou, avec ta main ou ton poing, je sais pas encore;
- X_ :
Non avec la seat;
- F_:
Noooooooon
tu va la salir. C'est pas un animal fantôme celui là;
- X_ :
C'est
pas grave j'irais la laver;
- F_:
Et si tu la casse;
- X_ :
Tkt
pas pour sa. Tkt je gère;
- F_:
C'est bien ce qui m'inquiète;
- X_ :
Connard;
- F_:
Tu gère quedal toi en général;
- X_ :
Ah sa tkt pas que je vais gere;
( )
- X_ : (audio)
Tu viens avec moi aller tuer l'autre ce soir? Arghh j'ai envie arghgg j'te jure je suis pressé de finir là ( );
- F_:
Tu fini quand?
- X_ :
Dans 30 min;
- F_:
Mais tu dois manger non?
- X_ : (audio)
Vers 21h10, 21h15 chez moi. Si tu veux après on y va. On prend la voiture et on y va. Laisse tomber je mangerai pas. J'ai pas très faim encore en ce moment. T'inquiète pas pour ça;
- F_:
Ahahah. Petit machin à pas faim;
- X_ :
Noooon
. Je tue du nain de jardin. Je veux*;
- F_:
Mdr
. Mange le après;
- X_ :
Non. Je le jete a la benne;
- F_:
T'as peur d'être malade?
- X_ :
Grave;
- F_:
Cela se trie dans quel type de déchet?
- X_ :
Je
sais pas trop. On s'en fous on jette dans les ordure menager;
- F_:
Ouai
ok. J'espère que ça brûle bien;
- X_ :
Au pire on met de l'essence;
- F_:
J'ai G_ qui m'as appeler pour me dire que t'as fais scandale. Ahahah;
- X_ :
Looooool
;
- F_:
Lol c'est cher payer pour lui;
- X_ :
Grave. Mais c'est pas grave;
- F_:
Economie de lenvironnement. L'environnement;
- X_ : (audio)
On va déjà fait une belle fleur à la terre en éliminant cette ordure. On peut bien dépenser au moins dix litres d'essence, c'est rien ou bien;
- F_:
Mouais;
- X_ :
Bon alors tu viens?
- F_:
Jai pad envie de me battre moi. Alors ca risque de faire très mal si je me face. Faché;
- X_ :
Ils sont dans les voitures au P-Piscine près à partir depuis qu'ils m'ont vu passer. J'aimerais bien savoir où c'est qu'ils vont aller;
- F_:
Pourquoi t'es passer devant endouille;
- X_ : (audio)
Pour leur montrer ma présence, tu crois quoi? Pour faire peur. Pour dire : attention je vais arriver;
- F_:
Mdr
. Tu leur as donner rdv?
- X_ : (audio)
Moi je leur ai rien donné rendez-vous du tout. Par contre tu vois je suis là dans 5 minutes. Donc si tu veux déjà descendre si tu veux;
- F_:
Je suis un roi en ce moment;
- X_ : (audio)
Et bien active;
- F_:
Tu fais quoi derrière à bus depuis tout à l'heure
- X_ : (audio)
tu fais pareil;
- F_: (audio)
Pareil que quoi? D'abord?
- X_ : (audio)
Pareil que avant derrière ton bus. T'actives! Tu grouilles ton cul avant qu'il se bouge ce fils de pute. Je veux me le choper. J'veux m'faire un lancer de nain de jardiiiinnn din-din-din J'le veux, j'le veux et je l'veux ce soir j'veux mon repas ;
- F_: (audio)
T'as qu'à bouffer le minou de la blonde qu'est chez toi. C'est mieux non?
- X_ : (audio)
J'en
ai rien à foutre du minou de la blonde de chez moi. Je veux le nain de jardin ce sooooirr;
- F_: (audio)
Ouais. Mais tu sais que c'est pas commestible hein? Enfin je crois;
- X_ : (audio)
J'ai
pas dit que je voulais le bouffer. J'veux le tuer, l'enterrer et basta.
- Les derniers messages audio avant le drame concernent l'arrivée de X_ chez F_ et prennent place à 21h45. F_ a relevé avoir entendu arriver X_, lequel lui a répondu que ce n'était pas possible, qu'il n'avait pas fait de bruit et qu'il était en mode normal. Le ton était toujours à la rigolade. A 22h20, F_ lui a écrit qu'il revenait car sa sœur avait besoin de faire pipi, puis à 23h06 "
ils sont de retour
".
nf
)
A 20h06, X_ a écrit à R_ : "
R_ sa te dit un petit meurtre se soir
", ce à quoi l'intéressé a répondu : "
je bosse hahaha
".
ng
)
A 21h22, M_ a écrit à X_ de faire attention. Il lui a envoyé tout d'abord un bref message, puis lui a laissé le message vocal suivant, à 21h38: "
T'inquiètes pas, je reviendrai vivant et entier. Bon, y en a un y reviendra pas vivant. Mais bon, ça c'est pas grave
". Elle lui a répondu : "
Ta de l humour. non mais Calme toi
".
nh
)
A 21h43, X_ a envoyé une image à sa mère en lui disant de la montrer à M_. Il s'agissait d'une publication listant les signes du zodiaque, du plus romantique au moins romantique. Sa mère lui a répondu que M_ aurait préféré qu'il soit là.
o)
Du contenu du téléphone portable de D_ ressortent notamment les éléments suivants.
oa
)
Un échange de messages confirme qu'une dispute a eu lieu entre D_ et G_ dans la nuit du 7 au 8 juin 2017. D_ lui a notamment écrit : "
Demerdes
toi désormais..
" à 23h28 et "
Je souhaiterai juste récupérer mes affaires une prochaine foi.. désolé mais là vous avez fait déborder le vase..
". Cependant, à 01h38, D_ lui a demandé de l'appeler, car il s'inquiétait pour elle. G_ lui a répondu que c'était chou de s'inquiéter pour elle et qu'elle s'endormait doucement.
ob
)
Le 8 juin 2017, X_ a publié deux messages sur sa "
story
"
Snapchat
, visibles par tous ses contacts. Le premier, publié à 16h22, était une photo de lui avec le message "
je cuits au soleil
". Le second a été posté à 19h55 et contenait le texte suivant : "
Ton heure a sonner
".
Les déclarations des témoins sur le jour du drame
paa
)
Le 9 juin 2017 devant la police,
G_ a indiqué qu'après l'arrivée de X_ sur le parking, elle l'avait pris à part, afin de discuter de leur situation. Elle ne supportait en particulier plus qu'il la surveille. Elle avait ensuite pris le volant de la Seat, car elle voulait l'essayer. Pendant quasiment tout le trajet, ils avaient discuté de leur conflit. X_ lui avait dit que D_ était une mauvaise personne, qui profitait d'elle. Elle lui avait répondu qu'elle n'appartenait à personne et que D_ lui avait interdit de le voir jusqu'à ce qu'un juge se prononce sur leurs plaintes. A un moment donné, X_ avait tapé du poing contre la vitre ou la portière. Il lui avait affirmé que c'était pour écraser un moustique, mais pour elle, il s'agissait d'énervement. Après un certain temps, il avait repris le volant pour lui montrer ce que représentaient 300 chevaux sous le capot, en faisant de fortes accélérations. Lorsqu'ils étaient revenus sur le parking et qu'elle s'était accoudée à la fenêtre du conducteur, F_ les avait rejoints et avait demandé à G_ ce qu'elle avait fait à X_, pour qu'il soit dans cet état. En effet, avant le tour en question, celui-ci était plutôt calme, alors qu'après, il était très énervé. D'ailleurs, durant le trajet, il lui avait fait comprendre que, s'il croisait D_, il le tuerait. Elle ne se souvenait cependant pas s'il avait utilisé ces termes exacts. Alors qu'il était arrêté sur le parking, X_ avait fait vrombir son moteur deux ou trois fois puis était parti en direction de D_, qui était en train de traverser la voie de parking une vingtaine de mètres devant lui. Il lui semblait que D_ était de face lorsqu'il s'était fait percuter par l'avant droit du véhicule. Il s'était fait projeter vers l'avant et le véhicule avait ensuite roulé par-dessus lui. Elle avait alors couru vers D_ pour le secourir. X_ était ensuite revenu vers eux au volant de sa voiture et lui avait dit quelque chose du genre "
il l'a mérité
", sans qu'elle se souvienne des mots exacts.
pab
)
Le 28 juillet 2017 devant le Ministère public, G_ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a précisé que, lors du tour en voiture, elle avait dit à X_ avoir "
couché
" avec D_ et que celui-ci venait environ une fois par semaine chez elle. A son avis, lorsque X_ avait violement tapé contre la vitre de la portière, il avait dû se dire "
putain merde, elle l'a fait
". Il avait ensuite clairement fait savoir qu'il voulait faire du mal à D_. Il avait dit quelque chose du genre "
je le vois, je le tue
". Il lui avait également dit qu'il était protégé, au cas où il lui ferait plus que du mal. Ces propos l'avaient inquiétée et elle y avait repensé quand, après avoir roulé sur D_, X_ lui avait lancé qu'il l'avait prévenue.
pba
)
Le 9 juin 2017 devant la police, F_ a expliqué que, le soir des faits, il s'était rendu sur la parking de la piscine de Meyrin avec X_, parce que celui-ci voulait parler à G_ du problème qui les occupait depuis plusieurs mois, soit les liens de celle-ci avec D_. X_ savait que le précité serait présent. Depuis plusieurs semaines, son ami menaçait celui-ci de mort par le biais de
Facebook
et de
Snapchat
. Il avait toujours pensé que les menaces étaient "
des paroles en l'air
". A la période où lui et X_ voyaient G_, son ami l'avait également menacé de mort,
via
les mêmes réseaux sociaux.
Le soir des faits, X_ était passé le chercher chez lui aux alentours de 21h30. Le jeune homme était calme et avait lancé en rigolant "
je veux me le faire
", en parlant de D_. Il ne l'avait vraiment pas pris au sérieux, mais il lui avait quand-même répondu que cela ne servait à rien de vouloir le tuer. Ils avaient tous deux utilisé le terme "
tuer
", mais pour lui, il évoquait plutôt une bagarre, comme lors de l'épisode du 28 mai 2017. Arrivés à la hauteur du parking de la piscine, ils avaient continué jusqu'au parking de la patinoire, qui se trouvait à proximité, car X_ voulait éviter que la Seat soit victime de "
dommages collatéraux
", comme l'avait été le véhicule de G_ le soir du 28 mai 2017. En se rendant à pied jusqu'au parking de la piscine, ils avaient rigolé et il avait dit à X_ de le laisser d'abord parler à G_ et à D_ pour éviter toute querelle. Jusque vers 22h30, tout s'était passé calmement. X_ et G_ s'étaient isolés pour discuter. Après qu'il avait accompagné sa sœur AA_ dans un bar, en compagnie de AX_ et D_, il était retourné parler avec G_ et X_, qui était calme. Ils avaient fait quelques passes avec un ballon. A un moment donné, AX_, AA_ et D_ étaient partis en voiture sans leur dire où ils allaient. X_ était directement retourné à sa voiture, par peur que D_ soit allé l'abimer. Tel n'avait pas été le cas et X_ était revenu sur le parking au volant de la Seat. G_ s'était ensuite installée au volant du véhicule. Comme elle voulait l'essayer depuis longtemps, X_ avait accepté qu'elle la conduise.
Lorsque X_ et G_ étaient revenus sur le parking, ils s'étaient arrêtés loin des véhicules, où F_ discutait avec AA_, AX_ et D_. Il était tard et tout le monde s'apprêtait à rentrer. AX_ et AA_ s'étaient dirigés vers la Seat en voiture. Pour sa part, il les avait rejoints à pied. Alors qu'il était en train de dire au revoir à AX_ et AA_, il avait aperçu que X_ était une "
boule de nerfs
". Celui-ci était assis dans sa voiture et son visage était tendu, regardant dans la direction de D_. Il avait démarré en "
launch
control
", à savoir en appuyant fort sur l'accélérateur, tout en maintenant le frein, avant de démarrer pour partir très rapidement. Il était arrivé "
en pleine face
" sur D_ et l'avait percuté une première fois. Il avait ensuite fait le tour des poteaux se trouvant sur le parking et était revenu rouler sur la victime. Après cela, D_ était venu vers lui et lui avait demandé s'il voulait monter. Pour sa part, il avait contacté le 144 puis la mère de X_, à qui il avait tout expliqué. G_ n'avait pas été en état de parler après les faits, si bien qu'il ne savait pas pourquoi X_ s'était mis dans cet état de folie. Pour lui, celui-ci avait vraiment "
viré
". X_ était habituellement une personne douce, voir timide. En début de soirée, il était souriant et déconnait avec lui. A partir du moment où il était revenu de son tour en voiture avec G_, il n'avait plus été le même.
pbb
)
Le 12 septembre 2017 devant le Ministère public, F_ a déclaré qu'il avait prévu de voir sa sœur AA_ sur la parking de la piscine, tandis que X_ souhaitait rencontrer G_. Avant d'arriver, il avait demandé à son ami de ne pas hausser le ton, car il avait peur qu'il y ait à nouveau une bagarre. X_ avait été d'accord avec lui et celui-ci ne s'était pas rendu sur le parking pour se battre. Deux heures s'étaient écoulées sans que rien de particulier ne se soit passé.
Il n'avait jamais vu X_ dans l'état qui était le sien lorsqu'il s'était approché de la Seat après que son ami et G_ étaient revenus sur le parking. Ce dernier, rouge et en colère regardait fixement devant lui et ne répondait pas lorsqu'il lui parlait. Il s'était souvenu après coup que G_ lui avait dit "
ne fais pas ça, il y a ma voiture
". Pour lui, elle savait ce que X_ voulait faire, à savoir percuter D_. Quand le premier avait vu le second avancer, il avait appuyé sur l'accélérateur. G_ avait immédiatement couru après la Seat lorsque celle-ci avait démarré, avant même qu'elle ne percute D_.
pc
)
Le 9 juin 2017 devant la police, AX_ a indiqué que, le soir des faits, G_ avait été nerveuse lorsque X_ avait rejoint le groupe en raison des tensions entre celui-ci et D_. Ce dernier était resté un peu à l'écart, consultant son téléphone.
S'agissant de la collision, il a indiqué que D_ devait se trouver à une vingtaine de mètres de son véhicule et de la Seat, arrêtés au milieu de la voie. Il avait vu celle-ci partir en "
lauch
control
" en direction de D_, mais ne l'avait pas vue le percuter. Il était sorti de son véhicule, tout comme AA_. Toutefois, choqué, il n'avait pas pu s'approcher de la victime. Il n'avait pas vu que X_ serait passé une deuxième fois sur le corps de D_. Il avait essayé de retenir le jeune homme lorsqu'il était revenu vers lui avec la Seat et qu'il en était descendu. X_ l'avait toutefois repoussé et avait quitté le parking avec son véhicule.
pd
)
Le 9 juin 2017 devant la police, AA_ a expliqué qu'elle était la petite sœur de cœur de F_, qui était le fils de l'ancien compagnon de sa mère. Elle avait vu deux ou trois fois D_ et X_.
Le soir en question, X_ était passé deux ou trois fois devant le parking de la piscine, en conduisant de manière totalement irresponsable, pour attirer leur attention. Une quinzaine de minutes plus tard, il était arrivé à pied sur le parking, accompagné de F_.
Lorsque X_ et G_ étaient revenus de leur tour en voiture, ils s'étaient garés un peu plus loin, les phares allumés, et étaient restés dans cette position une dizaine de minutes. Comme elle devait partir, elle s'était rendue vers eux pour les saluer. AX_ les avait rejoints avec sa voiture, qu'il avait placée à la hauteur de la Seat. G_ était sorti de la voiture de X_, dont le moteur était enclenché. Un instant plus tard, X_ avait commencé à appuyer sur l'accélérateur, sans mettre la voiture en mouvement, avant de partir "
comme un boulet de canon
". Au début, elle avait cru qu'il allait de nouveau "
faire son intéressant
", mais il avait percuté D_. Elle avait vu quelque chose voler, dont elle avait cru qu'il s'agissait du parcomètre ou d'un sac en plastique. Elle avait compris ensuite que D_ avait été projeté plus loin. Après cela, X_ avait fait demi-tour et était parti en direction du CERN. Elle avait appris plus tard qu'après son demi-tour, il avait de nouveau roulé sur la victime, mais elle ne l'avait pas vu faire, car elle était trop loin et ne savait pas où D_ était tombé.
pe
)
Le 5 juillet 2017 devant le Ministère public, AG_ a déclaré s'être arrêtée peu avant minuit avec son ami dans la 4
ème
allée du parking de la piscine. Deux voitures étaient déjà arrêtées perpendiculairement aux places, dans la troisième allée, au bout de la flèche de direction du milieu.
Alors qu'ils étaient appuyés contre le coffre de leur véhicule pour fumer une cigarette, ils avaient entendu deux à trois coups d'accélération dans le vide. Ils avaient regardé dans cette direction, tout en continuant à discuter. Ils avaient ensuite entendu une forte accélération et avaient vu une voiture noire démarrer assez brutalement. Elle avait ensuite vu un corps voler au-dessus du buisson qui se trouvait au bout du parking. Ils avaient entendu un homme crier "
arrêtez-le, il est fou
", si bien qu'ils s'étaient cachés derrière leur voiture, en regardant un peu par-dessus le toit. Ils avaient vu la Seat faire un tour sur elle-même, puis tanguer quand elle était passée sur le corps. A noter qu'elle a précisé ensuite ne pas être certaine que le véhicule ait effectué un tour entre le moment où le corps avait volé et celui où il s'était fait rouler dessus. Elle n'arrivait pas à évaluer le temps entre ces deux épisodes mais cela avait été très rapide. La Seat avait ensuite fait un autre tour sur elle-même puis était partie à toute vitesse vers la sortie. Son ami et elle étaient remontés dans leur voiture pour se rendre à proximité de la victime. Une jeune femme, accroupie à côté du corps, soit G_, lui avait demandé de l'aider. Elle avait placé le corps en position latérale de sécurité. Cet événement l'avait beaucoup perturbée. Le lendemain, elle s'était rendue à un rassemblement sur le parking et avait revu la jeune femme. Elles avaient un peu parlé ensemble et celle-ci lui avait raconté ce qui s'était passé avant le soir du drame, soit qu'il s'agissait d'une histoire de jalousie.
pf
)
Le 7 juillet 2017 devant le Ministère public, A_ a expliqué avoir tout de suite penser que X_ avait mis ses menaces à exécution, quand elle avait reçu l'appel des HUG à 03h00 l'informant de l'état de santé très précaire de son fils D_. Elle n'en avait pas informé AH_, le frère de D_, car celui-ci était en train de passer des examens. A son arrivée à l'hôpital, travaillant elle-même dans le milieu médical, elle avait compris la situation et avait demandé aux médecins de "
débrancher les appareils
", avant même d'avoir vu son fils. Elle avait finalement accepté qu'il soit emmené au bloc opératoire, car son cerveau fonctionnait encore. Quand elle était entrée dans sa chambre, elle ne l'avait pas reconnu. Sa tête était énorme, son crâne était tout ouvert et la partie de l'oreille et du cuir chevelu était couverte par un gros pansement. "
C'était monstrueux
". Il lui était difficile d'exprimer son ressenti. C'était comme si on lui arrachait les tripes, elle ressentait de la rage et avait envie d'hurler, mais ne devait "
rien lâcher
" car elle devait rester le pilier, pour le "
petit
".
A cet égard, elle a indiqué souffrir d'un lymphome du menton, au dernier stade de son développement. Cinq ans auparavant, elle avait subi une opération, dont l'issue aurait pu être fatale. Elle s'était alors préparée à s'en aller mais avait voulu tenir jusqu'à la majorité de son fils AH_, après quoi D_ aurait pu s'en occuper. Ce drame lui avait fait perdre sa paix intérieure. Si elle n'avait pas eu AH_, elle se serait suicidée car on lui avait enlevé une grosse partie de sa vie.
pga
)
Le 9 juin 2017 devant la police, I_ a déclaré que, le soir des faits, M_ était venue à son domicile pour lui préparer son repas, car elle venait d'être opérée du talon d'Achille. X_ était arrivé vers 21h00. Elle l'avait senti énervé. Il leur avait dit qu'il ne fallait pas l'attendre et qu'il allait retrouver F_. Sentant qu'ils iraient au parking de la piscine, elle avait rappelé à son fils qu'il n'avait aucune raison de raviver la dispute du 28 mai 2017. Pendant toute la semaine, elle avait senti une rancœur monter. Depuis l'altercation, son fils, F_ et R_ parlaient, d'abord sur le ton de la plaisanterie, de "
se faire
" D_. Elle avait mis en garde son fils sur le fait qu'il ne devait pas régler leur différend par la violence et il lui avait répondu de ne pas s'inquiéter. Vers minuit, F_ l'avait appelée pour lui expliquer ce qui s'était passé. Elle avait ensuite téléphoné à son fils. Celui-ci lui avait déclaré devoir quitter le pays car il avait fait une bêtise. Elle lui avait demandé de rentrer à la maison pour discuter, ce qu'il avait fait. Selon les dires de son fils à son domicile, il avait agi sur un coup de folie, avait "
vu noir
" et ne comprenait pas pourquoi il avait agi ainsi. Elle l'avait senti abattu et désemparé. Il lui avait rapporté que, juste avant son geste, il avait fait un tour de voiture avec G_ pendant une trentaine de minutes et qu'elle lui avait alors avoué avoir des relations sexuelles avec D_. La police était ensuite arrivée.
pgb
)
Le 15 juin 2017 devant le Ministère public, I_ a précisé que la première chose que son fils avait expliqué, lors de son retour au domicile après le drame, était qu'G_ lui avait dit qu'elle et D_ "
couchaient
" ensemble. Il lui avait ensuite demandé pourquoi personne ne l'avait empêché de faire cela.
ph
)
Le 29 septembre 2017 devant le Ministère public, M_ a expliqué que, le 8 juin 2017 au soir, elle s'était rendue chez I_ pour l'aider à cuisiner. Quand X_ était rentré, ils s'étaient juste salués et demandé comment cela allait. Il était reparti très vite, soit dix ou quinze minutes plus tard, sans dire où il allait. Il avait juste indiqué avoir rendez-vous et elle n'avait pas demandé avec qui.
Confrontée aux messages échangés avec X_ ce soir-là, elle a indiqué qu'elle ne l'avait pas vu aussi calme que d'habitude. Quand elle lui avait écrit de faire attention, elle avait juste voulu manifester tenir à lui et s'inquiéter pour lui. Elle était en souci car elle avait senti que quelque chose "
ne jouait pas
". Elle avait compris du message de X_ qu'il voulait faire du mal à quelqu'un et elle avait pensé à D_.
X_ avait toujours été très attentionné et "
très chou
" envers elle. Il avait toujours été serein, calme et réfléchi, il n'avait jamais été violent. Elle avait été très choquée d'apprendre ce qu'il avait fait.
Les déclarations du prévenu sur le jour du drame
qa
)
Lors de sa première audition le soir des faits, X_ a indiqué être arrivé sur le parking de la piscine à l'improviste, même s'il savait que G_ serait présente. Il avait senti que l'ambiance était lourde et il n'avait pas parlé du tout avec D_. Lorsqu'il s'était rendu compte que le groupe dans lequel se trouvait ce dernier avait quitté le parking, il avait couru vers sa voiture, craignant que celui-ci n'aille l'endommager. Il avait récupéré la Seat et l'avait amenée sur le parking de la piscine. Lors de la promenade effectuée avec G_, elle lui avait avoué que, contrairement à ce qu'elle lui avait toujours affirmé, elle avait "
couché
" à plusieurs reprises avec D_. Il était resté calme, mais ces vérités lui étaient restées en travers de la gorge. Au moment où ses amis étaient venus à leur hauteur à leur retour dans le parking, il était très énervé. Lorsqu'il avait vu D_ traverser le parking, il avait vu noir et n'avait plus rien contrôlé. Il avait appuyé sur l'accélérateur, presque machinalement, comme si son corps avait pris le contrôle de ses gestes. Il n'avait pas eu conscience de ce qu'il faisait, son cerveau était comme déconnecté de son corps. Quand il voyait noir, plus rien, ni personne ne pouvait l'arrêter. Il avait voulu "
chopper
" D_ et avait foncé. Il avait entendu le choc, avait vu D_ monter sur le pare-brise et par-dessus la Seat. Puis, comme il avait freiné, le jeune homme était retombé au sol, trois à quatre mètres devant la voiture. Il avait alors eu un bref éclair de lucidité et avait songé qu'il y avait un problème. Mais le voile noir était revenu. Il avait accéléré à nouveau et lui avait "
passé dessus
". Il avait continué sa course et s'était arrêté sur une autre voie du parking. Il était passé près du corps et avait vu que G_ était déjà à ses côtés. Il lui avait alors dit : "
je t'avais prévenue
". Par ces mots, il avait voulu lui rappeler lui avoir demandé de choisir entre eux, parce qu'à l'époque, la situation était devenue insoutenable pour lui. Il avait avancé à nouveau et s'était arrêté vers F_ pour lui demander ce qu'il faisait. Celui-ci avait répondu appeler une ambulance. Il s'était alors dit qu'il ne servait plus à rien et avait quitté les lieux pour rentrer chez lui.
En arrivant à son domicile, il était très mal et avait conscience d'avoir fait une "
grosse connerie
". Il avait discuté avec sa mère, informée de la situation par F_, des solutions à adopter. Il avait commencé à réaliser ce qu'il avait fait en partie sur le parking et entièrement une fois à la maison. Lorsqu'il avait été interpelé, il n'avait pas tout de suite pensé à D_ et s'était questionné sur son état à son arrivée à la police. Même s'il ne l'aimait pas, le jeune homme ne méritait pas ce qu'il avait subi. Il s'était également inquiété pour sa mère, qui était handicapée par une blessure au tendon d'Achille.
Il avait voulu dégager D_ de la vie de G_, dans le sens de le faire sortir de sa vie. Il en avait déjà parlé à plusieurs personnes, comme L_ ou H_. Il n'avait voulu que le bien de G_ et lui avait posé des ultimatums pour qu'elle choisisse entre eux. Il avait le sentiment que D_ la dénigrait et la rabaissait systématiquement, alors que lui la valorisait et essayait de la faire avancer dans la vie. Il trouvait les allers-retours de G_ entre D_ et lui très néfastes pour elle. Il aurait été d'accord de s'effacer si G_ avait choisi D_. G_ était sa première copine et ses sentiments pour elle étaient forts. Il avait toujours envie de se remettre avec elle.
qb
)
Lors de son audition devant le Ministère public le 9 juin 2017, X_ a confirmé ses précédentes déclarations. Il s'était rendu sur le parking pour discuter avec G_, qui l'évitait constamment. Arrivé sur place, elle l'avait pris à part pour discuter. Au cours de leur virée en voiture, des vérités avaient été dites. Elle lui avait avoué qu'elle "
couchait
" au moins une fois par semaine avec D_, alors qu'elle lui avait toujours affirmé qu'il était le dernier avec qui elle avait eu une relation intime. Alors passager au moment des révélations, il s'était senti très mal et s'était énervé intérieurement, sans rien laisser paraître. Quand ils étaient revenus au parking, il était tendu, sans le laisser paraître, mais moins que lorsqu'elle lui avait tout avoué. Il était "
tendu et zen à la fois
". Il avait vu noir quand il avait aperçu D_ traverser la voie. A ce moment-là, il avait eu la haine mais son but n'avait pas été de le tuer. Il ne savait pas ce qu'il avait voulu. Il avait voulu "
l'amocher
", mais en aucun cas le tuer. Il avait accéléré, l'avait percuté puis avait freiné. Il s'était demandé ce qui s'était passé, la colère ayant disparu. Mais d'un coup, celle-ci était revenue et il avait "
foncé
" sur lui pour lui rouler dessus. Il ne s'était pas rendu compte de ce qui se passait.
Il avait quitté le parking en bifurquant à droite pour rentrer chez lui. Il avait essayé d'appeler F_, L_ et S_, mais aucun des trois n'avait répondu. Sa mère l'avait appelé juste après. Elle lui avait demandé de rentrer au plus vite, alors qu'il avait envisagé de quitter le pays. Cela lui faisait mal d'apprendre que l'état de D_ était critique et que l'issue risquait d'être fatale.
qc
)
Lors de l'audience du 23 juin 2017 devant le Ministère public, X_ a expliqué qu'à son retour sur le parking, il s'était positionné en haut de la voie, vers la pointe de la première flèche peinte au sol. Il avait alors montré à G_ le fonctionnement du système de frein automatique, ce qui avait fait avancer la Seat de deux mètres environ. Après que le véhicule de AX_ avait démarré pour venir se placer sur sa droite, il avait vu D_ devant le véhicule de G_ sortir le chien de la jeune femme et jouer une petite minute avec lui. Le jeune homme s'était ensuite dirigé vers l'entrée de la piscine, soit dans l'angle opposé à l'entrée du parking, ce qui l'avait amené à traverser la voie de gauche à droite, légèrement en diagonale. Pour sa part, il se trouvait à la hauteur de la huitième case depuis le haut du parking. Lorsqu'il avait démarré, le frein de parking de la Seat était enclenché ainsi que la vitesse D. Il n'avait pas appuyé à fond sur la pédale. D_ n'avait rien fait pour l'éviter et lui avait tourné le dos. Le système de détection des piétons, qui aurait dû amener le véhicule à s'arrêter, n'avait pas fonctionné. Quand il avait percuté D_, celui-ci avait heurté le capot et le pare-brise de la Seat. Il avait tout d'abord pensé que le jeune homme avait touché le toit mais, en réalité, cela devait être le haut du pare-brise, parce qu'il le "
voyai
[t]
" à ce moment-là. Il a estimé sa vitesse à 60 ou 70 km/h. Il avait alors freiné et D_ était retombé devant lui. Il avait eu un instant de lucidité. Il l'avait vu couché sur le côté droit et avait à nouveau vu noir, avait redémarré et lui avait roulé dessus. Il avait fait une boucle pour remonter vers F_ et avait roulé au pas en passant à côté de lui, pour lui parler. Il était ensuite reparti vers le bas de la troisième voie. Il était sorti de son véhicule et avait vu AX_ courir dans sa direction, F_ derrière lui. Il était remonté dans son véhicule et était passé à côté de D_ et G_, qu'il n'avait pas vue se déplacer vers le corps, en disant "
je t'avais prévenue
". Il était ensuite reparti en faisant une boucle pour quitter le parking.
qd
)
Le 5 juillet 2017 devant le Ministère public, X_ a indiqué que quelque chose chez G_ le faisait changer, ne plus être lui-même. A son arrivée sur le parking, il était calme. S'il n'avait pas fait le tour en voiture avec G_, le drame ne se serait jamais produit.
qe
)
Le 29 août 2017 devant le Ministère public, X_ a précisé avoir affirmé à G_ l'avoir prévenue, parce que, lors de leur tour en voiture, il l'avait avertie qu'il y aurait à nouveau un "
clash
" entre D_ et lui si elle continuait de faire le "
yo-yo
" entre eux. Il avait pensé à un "
clash
" verbal car il était conscient de la tension entre D_ et lui, que le comportement de G_ n'aidait pas à faire baisser.
En arrivant sur le parking, il n'avait eu aucune intention particulière par rapport à D_. Au contraire, il avait voulu l'éviter et ils étaient restés éloignés l'un de l'autre.
Au moment de foncer sur lui, il ne savait pas quelle avait été son intention, il avait vu noir et avait eu un accès de colère. Le voile noir s'était matérialisé par le fait qu'il ne voyait plus rien et ne se rappelait plus de rien. Il avait été présent au moment de "
foncer
" sur D_ jusqu'à celui où le corps avait heurté le pare-brise de la Seat. Ensuite, il avait repris ses esprits et freiné. Il s'était dit : "
merde qu'est-ce qui s'est passé
" puis avait à nouveau eu un voile noir et avait à nouveau "
foncé
" sur lui. C'était vraiment triste que D_ soit décédé, il ne le méritait pas. Il n'avait pas voulu cela. Sur le moment, il n'avait pas réalisé à quel point "
foncer
" sur une personne avec une voiture pouvait avoir des conséquences graves. Il n'était pas allé porter secours à D_, car G_ et F_ étaient déjà en train d'appeler les secours.
S'agissant de G_, elle n'avait pas essayé de le contacter avant le 8 juin 2017, alors qu'ils auraient dû se voir. A cette date, elle l'avait appelé par le biais du téléphone d'S_. Elle avait également tenté de le joindre dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, vers 01h00, mais il n'avait pas répondu. G_ cherchait à le voir depuis un moment, mais L_ et la jeune femme lui avaient rapporté que D_ bloquait ses appels et empêchait celle-ci de l'appeler. Cette situation l'avait énervé. Même s'il avait été en colère contre D_, il n'avait eu aucune intention de le tuer ou de lui faire du mal. Même quand il était en colère contre quelqu'un, il ne souhaitait pas sa mort, même s'il le prétendait. Il regrettait "
ses conneries
". D_ ne méritait pas de mourir ni d'être blessé. Même si cela ne se voyait pas, il était triste. Il était comme cela, il s'était forgé une carapace pour protéger son cœur et ne pleurait que lorsque celle-ci était percée.
Quant aux messages échangés avec R_, il ne se souvenait pas avoir écrit "
sa
te dit un petit meurtre ce soir
". Il lui avait peut-être proposé une partie du jeu vidéo auquel ils jouaient souvent, soit Grand Theft Auto (GTA). Il s'agissait d'humour noir. Il avait cherché une occupation pour la soirée. Comme R_ travaillait, il avait appelé F_. Il était allé le chercher en voiture et avait vu que G_ était sur le parking, si bien qu'il l'avait rejointe.
S'agissant des messages échangés avec F_ le soir des faits, il s'agissait également d'humour noir. Au moment de les écrire, il ressentait de la colère, mais ils ne correspondaient pas à de réelles intentions. Il avait écrit vouloir écraser D_ avec la Seat et l'avait effectivement fait quelques heures plus tard, de sorte qu'il comprenait qu'il était difficile de croire à une coïncidence. Il n'y avait toutefois eu aucune préméditation de sa part. Il ne savait pas pourquoi il avait foncé sur D_. Il avait eu un trou noir.
Quant aux messages échangés avec
M_, elle lui avait dit de faire attention à lui car elle savait qu'il allait voir G_ et ce qui s'était passé le 28 mai 2017. Elle ne voulait pas de bagarre. Ses messages étaient une façon de jouer au caïd, mais ils ne représentaient pas son intention.
qf
)
Le 18 décembre 2018 lors de l'audience finale du Ministère public, X_ a indiqué se sentir odieux de ce qu'il avait fait et s'en vouloir énormément. Il avait agi dans un accès de colère. Sa situation était tendue et conflictuelle depuis plusieurs mois et les épisodes des jours précédant le drame avaient constitué la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Il n'avait voulu la mort de personne.
X_ s'est excusé auprès de la famille de D_ et lui a présenté ses condoléances. Il ne pourrait jamais réparer ce qu'il avait fait mais voulait faire au mieux de ses possibilités, en donnant de l'argent pour compenser leur dommage et leur tort moral.
Reconstitution
ra
)
Une première reconstitution s'est déroulée sur les lieux mêmes du drame le 26 juin 2017 afin de déterminer le positionnement des différentes personnes impliquées et des véhicules. Une vidéo de cette reconstitution figure à la procédure. G_, AA_, AX_ et F_ ont confirmé les versions des faits décrites ci-dessus. Ils n'ont été en mesure de déterminer qu'approximativement les positions de la Seat et de D_ au moment des chocs. G_ a confirmé que X_ n'avait pas fait de manœuvre entre le premier choc et le moment où il avait roulé sur le corps de D_, avec ses quatre pneus. AA_ et AX_ n'ont pas pu se déterminer à cet égard. Selon F_, D_ s'était arrêté et retourné en direction de la voiture juste avant d'être percuté. Il avait ensuite été projeté en avant, sans passer par-dessus la Seat. Il ne savait pas exactement par où celle-ci était passée mais elle avait eu le temps de faire le tour des arbres pour revenir passer sur le corps et le trainer sur quelques mètres.
rb
)
Une seconde reconstitution s'est déroulée le 6 juillet 2017, sur la place d'arme des Vernets, afin de recueillir les déclarations de X_ quant aux positions des différents protagonistes. Une vidéo de cette reconstitution figure également à la procédure. Ne se trouvant pas sur les lieux du drame, le prévenu a eu de la peine à déterminer de manière précise les distances et les positionnements. Il a toutefois confirmé pour l'essentiel les explications qu'il avait déjà fournies dans la procédure.
L'état psychologique d'X_
sa
)
Selon l'expertise psychiatrique du 3 janvier 2018 établie par les Drs AI_ et AJ_, X_ leur a expliqué lors des entretiens que, malgré le choc d'avoir appris que G_ entretenait régulièrement des relations sexuelles avec D_, il espérait toujours se remettre en couple avec elle. Lors du tour en voiture, il lui avait demandé de faire un choix entre eux jusqu'au dimanche suivant. G_ lui avait répondu souhaiter plus de temps et, en particulier, attendre l'issue des plaintes pénales. Il avait maintenu son ultimatum et elle avait éludé la question. Lorsqu'il avait vu D_ marcher sur le parking, il s'était d'abord dit "
tant mieux s'il part
". Quelques secondes après et de façon très brusque, un fort sentiment de colère était apparu et il avait accéléré en direction de D_. Lorsqu'il l'avait vu au sol, il avait pensé que le jeune homme était sous le choc, mais jamais qu'il était mort. Il n'avait jamais eu de projet meurtrier avant la commission des faits. Il s'est également demandé pourquoi le système de sécurité n'avait pas fonctionné et pourquoi la victime était restée plantée devant sa voiture. Lors des entretiens, X_ a en outre allégué avoir quitté le parking dans le but de se rendre dans une station de nettoyage, où il avait l'habitude d'aller, non pas pour dissimuler des preuves mais par souci pour son véhicule.
Les experts ont diagnostiqué chez X_ un trouble mixte de la personnalité, avec composantes borderline, narcissique et immature (F61). Ils ont été frappés par son empathie limitée et sa difficulté à décrire ses propres émotions. Ses interactions sociales étaient marquées par une nette rigidité, qui s'illustrait par des ultimatums réguliers, ce qui trahissait une tendance de maitrise relationnelle, assimilable à des traits dits pervers. En réalité, ce besoin d'avoir recours à la maitrise et à la rigidité s'expliquait par des failles narcissiques. L'expertisé ne supportait pas le risque de déception et de potentielle rupture, ce qui le faisait sans cesse retourner vers G_, par peur et crainte de se retrouver seul.
Que X_ ait agi de manière programmée ou non, il présentait à l'époque des faits une personnalité extrêmement fragile et, notamment, une pensée très opératoire, diminuant de façon très légère ses capacités cognitives de représentation mentale et notamment de discernement en matière d'appréciation des limites de la légalité. Sa faculté d'apprécier le caractère illicite de son acte était ainsi très légèrement réduite du fait de sa déstabilisation de l'équilibre psychique. De même, cette déstabilisation avait réactivé des angoisses abandonniques, incluant une dimension impulsive, et des capacités d'empathie faibles, si bien que sa capacité à se déterminer d'après son appréciation était également très légèrement diminuée. Sa responsabilité était ainsi faiblement restreinte.
Le risque de récidive d'actes violents était quant à lui faible, existant surtout dans un contexte de stress émotionnel. Une mesure thérapeutique, à savoir une prise en charge psychothérapeutique, était toutefois susceptible de le diminuer encore. Une mesure ambulatoire apparaissait nécessaire et suffisante.
sba
)
Le 26 février 2018 devant le Ministère public, les Drs AI_ et AJ_ ont confirmé la teneur et les conclusions de leur expertise. Ils ont expliqué que les passages à l'acte violents de l'expertisé survenaient dans des moments de stress émotionnellement chargés. Comme la gestion des émotions faisait partie des difficultés qu'il rencontrait, lorsque celles-ci n'étaient pas verbalisables, il passait à l'acte. La colère noire évoquée par l'expertisé était un mécanisme très infantile, que l'on pouvait comparer à la rage d'un bébé. Il s'exprimait sans filtre, ce qui était rare pour un adulte. La version de l'expertisé, faisant état d'une colère noire, entrecoupée d'un moment de lucidité, était plausible et compatible avec la rage, cette dernière apportant des effets cathartiques apaisants. L'expertisé détournait la violence. Il s'agissait d'une violence à l'état brut, sans filtre, qu'il tournait contre celui qui était à l'origine de sa rage. Cette rage n'entrainait pas une défaillance des organes, qui aurait dû amener l'expertisé à ne pas se souvenir des faits. Bien qu'il connaisse la loi, ce dernier n'était pas en mesure de l'intérioriser, ses capacités cognitives étaient légèrement réduites en cas de colère. Sa problématique ne consistait pas tellement dans le passage à l'acte, mais dans le fait que, quand il passait à l'acte, l'autre n'existait pas. Il se souciait plus de nettoyer sa voiture que de savoir ce qu'il était advenu de la victime. Il y avait chez l'expertisé des fusibles qui ne marchaient pas. Il présentait une incapacité à se remettre en cause ainsi qu'une impulsivité.
La froideur de l'expertisé avait frappé les experts. Il peinait à reconnaitre l'autre comme un sujet ayant sa propre existence. Il était centré sur lui-même. Une évolution était toutefois possible, son trouble narcissique n'était pas enkysté. L'espoir thérapeutique était centré sur l'empathie, la maîtrise de soi et la gestion de la colère. L'expertisé avait évoqué la victime à plusieurs reprises lors des entretiens, de façon assez froide. Il y avait des regrets quant aux faits et à la victime. L'expression de la culpabilité était présente, même si elle paraissait légèrement froide également. L'expertisé avait parlé du corps de la victime à la manière d'un médecin légiste, de manière très technique, comme pour échapper à ses émotions. Il avait décrit un sentiment intense de colère, qui n'était pas identifiable à un
raptus
, soit la réaction de jalousie exacerbée ressentie par un mari qui trouve sa femme dans les bras de son amant. Le projet de suppression de l'amant consistait également en un autre processus que celui éprouvé par l'expertisé. L'instabilité de sa relation avec G_ avait certainement réactivé ses angoisses abandonniques et avait eu un impact sur son agressivité. Sa distance ainsi que son dénigrement pouvaient être des mécanismes de défense. En référence aux outils statistiques, X_ était un homme qui pouvait être qualifié de non violent et le risque de récidive était relativement faible. La dangerosité contextuelle était toutefois plus importante si l'expertisé venait à être déstabilisé par un vécu d'abandon ou de trahison.
Suite au décès de son père, l'expertisé s'était senti matériellement essentiel dans sa relation avec sa mère. Le rôle émotionnel n'avait en revanche pas été exprimé compte tenu de sa personnalité. L'expertisé ne niait pas la gravité des faits ni l'existence de l'autre dans ceux-ci, mais il la déniait. Il était, par exemple, incapable d'imaginer ce que ressentait sa mère vis-à-vis de son incarcération et sa mise en cause pour des faits aussi graves.
sbb
)
Le 22 mars 2018 devant le Ministère public, les Drs AI_ et AJ_ ont précisé que la mesure proposée était la plus adéquate pour palier au risque de récidive présenté par l'expertisé. Un placement à Belle-Idée ou à Curabilis n'aurait aucun effet thérapeutique pour lui. L'évolution de l'expertisé en milieu carcéral et notamment le fait qu'il n'ait pas fait l'objet de mesures disciplinaires était un élément dont il fallait tenir compte dans son risque envers les autres. Si des traits immatures de l'expertisé avaient évolué vers la psychopathie, la mesure préconisée pourrait peut-être ne pas être suffisante. L'immaturité était un élément de bon pronostic chez un sujet jeune, dès lors que les traits de personnalité étaient moins fixés. Mais l'évolution pouvait aussi se péjorer en fonction de son attitude vis-à-vis des autres détenus. Il y avait un risque d'imitation. S'agissant des voiles noirs, les experts ne pouvaient pas trancher entre les trois hypothèses possibles, soit l'existence de deux voiles noirs, d'un seul lors du premier choc ou d'aucun.
sc
)
Selon le rapport de suivi psychothérapeutique établi le 5 février 2018 par AK_, psychologue auprès de la prison de Champ-Dollon, X_ s'est investi dans son travail psychothérapeutique et a exprimé des regrets concernant l'homicide commis. Son empathie s'exprimait toutefois uniquement au niveau cognitif et de manière limitée. Il présentait une pensée très opératoire et son fonctionnement était caractérisé par une certaine psychorigidité et une immaturité affective.
Les déclarations d'X_ sur son état mental
t)
Le 18 décembre 2018 devant le Ministère public, X_ a expliqué qu'il suivait un traitement à la prison auprès de la psychologue AK_. Il avait progressé en matière de gestion des émotions, de la colère et du stress. Il ne voulait pas s'arrêter en si bon chemin et entendait poursuivre ce traitement.
Les courriers de X_ pendant sa détention
u)
Pendant sa détention, X_ a envoyé un certain nombre de courriers, soit à sa famille, soit à ses amis, dans lesquels il a évoqué les faits. Les éléments suivant en ressortent notamment :
- il a écrit plusieurs lettres d'amour à M_;
- dans plusieurs courriers, il a évoqué le fait de récupérer la Seat et de la faire réparer. Conduire lui manquait énormément. Par exemple, dans un courrier adressé à sa mère le 11 juillet 2017, il lui a notamment demandé de solliciter un devis pour repeindre la Seat en "
mystery
blue
" ou en blanc comme celle utilisée pendant la reconstitution;
- dans un courrier du 19 juillet 2017, il a écrit prier le ciel pour que la voiture sorte. Il a évoqué les attentats de Nice et s'est dit touché de voir que, même un an après, il y avait toujours des souvenirs de ce drame;
- dans un courrier du 9 août 2017, il écrit à sa mère avoir rempli le constat d'accident pour ALLIANZ "
comme [il] pouvai[t]
", précisant la victime n'était pas morte à cause de lui mais parce que la mère de D_ avait demandé à "
couper
";
- dans un courrier du 25 août 2017, il a évoqué sa relation fusionnelle avec sa mère et avec "
_
", ce qui le faisait pleurer, et son idée de "
faire tomber
" G_ pour incitation à assassinat, comme c'était quand même un peu à cause d'elle que D_ était mort;
- le 27 septembre 2017, il a indiqué à sa mère qu'il ne voulait plus jamais voir G_. Il regrettait ce qu'il avait fait. Il ne l'avait jamais dit auparavant car il n'arrivait pas à croire ce qui était arrivé. D_ était un bon mec et lui manquait.
- le 22 août 2017, après avoir mentionné le terme "
ironique
" entre parenthèses, il a écrit que des auteurs d'attentats le copiaient en utilisant un véhicule. Il plaignait les véhicules qui n'avaient rien demandé. Il a terminé son écrit par un "
hommage aux victimes
".
- le 28 août 2017, il a indiqué qu'en cellule, il parlait beaucoup avec le "
mec des Libellules
", qu'il trouvait "
super cool
". Celui-ci lui avait dit qu'il le considérait comme son petit-frère, ce qui lui avait fait chaud au cœur.
- dans un courrier à sa mère, non daté, il s'est insurgé contre sa détention. Cela devenait inhumain alors qu'il était le pilier de beaucoup de monde. G_ était une personne malsaine et il était d'accord avec sa mère sur le fait qu'il allait y avoir un "
drame beaucoup plus grave et violent que le [s]ien
" si la justice n'arrêtait pas la jeune femme à temps.
- le 16 octobre 2017, il s'est plaint auprès de sa mère du temps mis par les autorités pour faire sortir la Seat. Il a qualifié les intéressés d'"
assassins de véhicule
" et a demandé le respect pour sa voiture. Il a évalué les réparations résultant de son immobilisation. Evoquant Y_, il a transmis à sa mère qu'elle savait très bien que le précité ne cherchait qu'à la "
sauter
", comme il l'avait fait avec G_ et "
AL_
". S'il essayait de rentrer en contact avec M_, il "
lui garanti pas une vie sereine
".
- dans un courrier à F_ du 26 décembre 2017, il s'est insurgé contre ces "
connards
" qui lui avaient retiré le permis. Il avait toujours été un bon conducteur qui respectait les règles.
- dans un courrier adressé à "
U_
", sa "
frangine
", du 26 mars 2018, il a déclaré que, contrairement à ce que sa mère avait dû lui raconter, le fait qu'G_ était responsable des événements du 8 juin n'était pas la "
vraie vérité
". Sa vérité était que D_ avait commis plein d'erreurs qui lui avaient "
fait péter un cable
". Il était vrai qu'après, G_ avait essayé de le récupérer. Le soir du 8 juin 2017, comme il ne supportait plus qu'elle veuille le voir mais qu'elle trouve toujours des excuses, il s'était rendu sur le parking discuter tranquillement avec elle. Lors d'un tour en voiture, il avait appris certaines vérités et trahisons de la part de la jeune femme, si bien que, quand il était revenu sur le parking et qu'il avait vu D_, la colère avait pris le contrôle et il lui avait "
foncé dessus
". Pour lui, le fautif était D_, même si G_ n'était pas innocente à 100% non plus. Cela lui faisait "
chier qu'on en soit arrivé là
" et qu'il ait abimé sa voiture. Mais bon on ne pouvait pas revenir en arrière et la voiture pourrait être réparée.
- le 4 avril 2018, il a écrit à G_ à l'occasion de l'anniversaire de celle-ci. Il regrettait d'en être arrivé à de telles extrêmes et qu'une personne ne soit plus parmi eux, mais il lui écrivait essentiellement pour lui dire qu'il tenait à elle et qu'elle l'avait marqué au fer rouge. Il était conscient que la vie ne devait pas être facile pour elle. Cela étant, même s'il était l'auteur de tout cela, il était quand même là pour elle. Il était au courant qu'elle "
s'est mise
" avec AX_ et lui souhaitait tout le bonheur, mais il ne pouvait pas lui cacher qu'il avait encore des sentiments pour elle. Il travaillait avec la psychologue pour redevenir le X_ qu'elle avait connu tout au début.
- le même jour, il a écrit à M_ pour lui dire qu'il pensait souvent à elle mais qu'il n'avait jamais de nouvelles de sa part et qu'il en avait marre d'être uniquement traité comme une bouée de sauvetage quand elle allait mal;
- trois jours plus tard, il lui a à nouveau écrit après l'avoir rencontrée à la prison. Il s'excusait pour son dernier courrier, lui disait qu'elle devait prendre soin de sa santé et qu'elle était libre de voir qui elle voulait. Son "
AM_
" n'avait pas à décider de sa vie, sinon il lui enverrait
"[s]es pitbull de R_ et F_ pour lui montrer qu'on touche pas aux gens qu['il] aime
".
- le 8 avril 2018, il a écrit à F_. Au dos de son courrier, il lui a demandé de vérifier dans un programme de E_ si un contrôle des airbags de la Seat avait été effectué, afin qu'il sache où en était l'expertise.
- le 1
er
mai 2019, I_ a écrit à son fils être toujours bien vue et acceptée à Meyrin, ce qui devait sûrement déranger la mère de D_. Les événements du 8 juin 2017 étaient un accident aggravé. De toute façon, ce n'était pas lui qui avait donné la mort à D_ mais la mère du jeune homme en le débranchant douze heures après le drame.
C)
A l'audience de jugement, le Tribunal a entendu les parties, l'expert psychiatre ainsi que différents témoins.
aa
)
X_ a confirmé ses déclarations figurant à la procédure. De mars 2017 jusqu'au drame, ses contacts avec G_ étaient amicaux, mais, vers la fin, ils avaient essayé de se reconquérir mutuellement. Malgré les mises en garde de ses proches, il n'avait jamais été capable de renoncer à la jeune femme. Leur seul moment d'intimité avait constitué en un échange de baisers, le 26 mai 2017. Il avait interprété cela comme un signe d'intérêt, tout comme le projet de passer un week-end ensemble à la fin du mois de juin 2017, qu'ils avaient évoqués lorsqu'ils s'étaient vus le 1
er
juin 2017. Dans le même temps, elle avait toutefois trouvé des excuses pour ne pas le voir, ce qu'il ne comprenait pas et qui l'énervait. Cette relation l'avait tourmenté mais il avait été incapable d'y renoncer. Au jour de l'audience, même s'il ne se projetait pas dans une perspective avec G_, avec laquelle il n'avait plus de contact, il considérait une relation amicale possible avec elle à l'avenir. Cette relation appartenait au passé, mais il ne savait pas de quoi était fait l'avenir et peut-être que les choses seraient différentes dans vingt ans. Quant à sa relation avec M_, elle était terminée au moment du drame, ce que lui avait confirmé l'intéressée dans un message du 1
er
juin 2017. Au début de son incarcération, il avait vécu une période difficile lors de laquelle ses sentiments étaient confus, écrivant des lettres d'amour à M_ et envoyant des fleurs à G_. Au début de l'année 2019, M_ et lui avait tenté de vivre une relation amoureuse, mais ils y avaient rapidement renoncé.
Au début de sa détention, il n'avait pas été capable d'assumer ses actes et avait vécu dans le déni. Il s'était construit une carapace et avait eu beaucoup de difficultés à exprimer ses sentiments. S'il avait pu rejeter la faute du drame sur d'autres, la thérapie lui avait permis de savoir qu'il en était la seule cause et qu'il devait en assumer les conséquences. S'il avait presque terminé le travail d'acceptation des faits, il devait encore se concentrer sur la gestion des situations de stress émotionnel pour l'avenir. Alors qu'il avait évoqué la rédaction d'une lettre à l'attention des parties plaignantes, lors d'une demande de mise en liberté en janvier 2018, il n'avait jamais trouvé le moment opportun pour l'envoyer et avait finalement préféré présenter ses excuses aux parents de D_ de vive voix, à l'audience de jugement, ce qu'il a fait. Lorsqu'il avait appris le décès du jeune homme, il avait éclaté en sanglots à son retour en cellule. Il s'était dit qu'il lui avait enlevé la vie pour l'amour d'une femme. Il ne savait pas comment il avait pu en arriver là, il était un monstre.
S'agissant des faits à proprement parler, il les a admis tels que retenus dans l'acte d'accusation. Il a toutefois contesté toutefois avoir voulu tuer D_ et avoir prémédité son acte. Les menaces à l'encontre du précité étaient destinées à lui faire peur, pour que celui-ci s'éloigne de G_. Les menaces de mort avaient été proférées sous le coup de l'énervement et de la colère. Lorsqu'il avait affirmé à ses amis vouloir le tuer, il s'agissait d'évacuer sa colère et la pression et de confronter son avis sur celui-ci à celui de ses amis. Il n'avait pas imaginé mettre ses menaces à exécution, y compris celle de l'écraser avec la Seat. Cela avait été dit sur le ton de la "
déconne
". Pendant toute la journée du 8 juin 2017, il avait évoqué la création d'un groupe destiné à convaincre G_ de faire sortir D_ de sa vie en raison de sa mauvaise influence sur elle. Lorsqu'après le drame, il avait indiqué à G_ l'avoir prévenue, il se référait au fait qu'il se passerait quelque chose entre D_ et lui si elle continuait à ne pas choisir entre eux.
G_ avait évoqué passer la soirée du 8 juin 2017 avec lui, mais il avait appris peu après 19h30 qu'elle allait finalement conduire avec AX_ et AA_. Il avait rapidement su que D_ serait également présent. A ce moment-là, il ne comprenait plus pourquoi G_ lui disait vouloir le voir mais toujours trouver des excuses pour ne pas y donner suite. Elle venait de se faire "
engueuler
" par D_, mais elle retournait quand-même auprès de celui-ci. Il était très en colère contre le précité. C'était dans ce contexte qu'il avait écrit de nombreux messages, où il affirmait vouloir le tuer. F_ avait toutefois réussi à le calmer. Il s'était rendu sur le parking dans le but de récupérer G_ et d'avoir des réponses à ses questions. Il ne s'était pas du tout occupé de D_, qui était présent dès son arrivée. Avant le tour en voiture avec G_, il pensait qu'elle avait pu coucher avec D_ une fois. Toutefois, les intéressés avaient toujours nié toute relation intime entre eux. Il pensait donc que tel était le cas et avait l'espoir de récupérer la jeune femme. Quand elle lui avait avoué sa relation avec D_, son monde s'était écroulé. Quant à leur avenir, G_ souhaitait attendre l'issue des plaintes déposées sans voir les deux garçons. Ils n'avaient finalement pas trouvé de solution et étaient revenus sur le parking sans savoir qui s'y trouvait. Au moment où il avait appuyé sur l'accélérateur, il était complètement perdu suite à la révélation de G_. Il était dans une colère immense, n'avait plus conscience de rien et avait "
pété les plombs
". Il n'avait pas envisagé à ce moment-là qu'il soit possible de tuer D_ avec la Seat. Il avait eu un voile noir, avait appuyé quelques fois sur l'accélérateur, alors que le levier de vitesse était en position neutre, et avait ensuite démarré. Après avoir percuté D_, il avait eu une fraction de seconde de lucidité mais la colère était immédiatement remontée, lui occasionnant un deuxième voile noir. Il avait agi de manière égoïste. Il a d'abord indiqué n'avoir pas pensé à D_ avant de préciser avoir eu l'intention de lui faire ressentir la douleur qu'il éprouvait lui-même. Il n'était pas en mesure d'expliquer en quoi blesser son rival lui aurait permis de récupérer G_. Il a finalement admis qu'en accélérant en direction de D_, il savait que l'issue pouvait être fatale.
Après avoir quitté le parking, il n'avait pas su quoi faire ni où aller. Plusieurs pensées lui avaient traversé l'esprit avant que l'appel de sa mère ne le fasse rentrer à son domicile.
Ce soir-là, il avait pris toutes les mauvaises décisions, qu'il changerait s'il le pouvait. Il avait été incapable de renoncer à son amour pour G_ alors qu'il aurait dû s'en éloigner. Il n'appréciait toujours pas que l'on s'en prenne aux gens qu'il aime et, si cela devait arriver, sans aller aussi loin que le 8 juin 2017, il ferait comprendre aux intéressés que cela ne servait à rien "
d'emmerder les gens qu'il aime
" et qu'il fallait les laisser tranquilles.
S'agissant des courriers rédigés au début de sa détention, il était alors très immature, dans le déni et la provocation. Après son suivi psychothérapeutique, il ne les écrirait plus.
Invité à se positionner sur les prétentions civiles des parties plaignantes, X_ a indiqué qu'il comprenait leur douleur et leur demande, si bien qu'il acquiesçait à toutes les prétentions dans leur principe. Il n'était toutefois pas à même de se déterminer quant aux montants demandés, si bien qu'il s'en remettait à la justice.
ab
)
X_ a produit un bordereau de pièces contenant notamment :
- trois rapports de suivi psychothérapeutique rédigés par AK_. Le dernier, établi le 18 août 2020, relève que X_ s'investit dans son travail psychothérapeutique et exprime des regrets concernant l'homicide commis. Son empathie s'exprime essentiellement d'un point de vue cognitif et de manière limitée. Il présente une pensée très opératoire et doit être stimulé par la thérapeute, mais il se livre volontiers. Son fonctionnement est toujours caractérisé par une certaine psychorigidité et une immaturité affective. Il est parvenu à s'adapter au monde carcéral et a commencé un BTS en service informatique aux organisations, pour lequel il étudie activement. Un suivi thérapeutique au long court est préconisé pour approfondir le travail sur l'expression émotionnelle, la gestion de la colère et les modes relationnels instaurés avec autrui.
- trois attestations de suivi social établis par AN_.
- des attestations des compétences acquises par X_ en cours de détention et un projet de formation devant déboucher sur un BTS informatique à la fin de l'année 2022.
b)
Le Dr AI_ a confirmé le contenu et les conclusions de son expertise ainsi que ses déclarations devant le Ministère public. Les faits rapportés par la Tribunal qui s'étaient produits après l'élaboration de son rapport n'en modifiaient pas les conclusions. Il en allait en particulier ainsi de l'évocation des sentiments de l'expertisé envers G_ ainsi que des contacts pris avec l'extérieur en vue d'obtenir une peine plus clémente. Un épisode violent avec son codétenu et les jours de cachot qui avaient suivi pour les deux protagonistes n'étaient pas suffisamment explorés pour qu'il puisse en être tiré une conséquence. Un événement isolé n'était en tout cas pas de nature à changer ses conclusions. Il en allait de même de ses affinités avec un codétenu accusé de la même infraction que lui. Les tests avaient mis en évidence des tendances à la manipulation, sans que d'autres éléments concrets ne parlent en faveur de traits de personnalité en lien avec celle-ci. Le risque de mimétisme avec des codétenus existait aussi bien en milieu carcéral qu'en institution pour jeune adulte. De même un tel placement n'éloignerait pas l'expertisé d'une influence potentiellement inadaptée ou peu soutenante de sa famille. Dans tous les cas, il fallait examiner la position de l'expertisé vis-à-vis de certains propos familiaux. S'il y avait une forme de distance ou de critique, cela n'était pas problématique. Si tel n'était pas le cas, il faudrait savoir si cet aspect avait été abordé en thérapie et, cas échéant, l'y intégrer.
c)
G_ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a indiqué qu'après sa rupture d'avec X_, elle avait pris ses distances, tout en gardant contact. Elle ne s'était pas plus rapprochée de lui en mai 2017 que les mois précédents. Ses souvenirs se concentraient sur le drame et elle ne se souvenait plus des autres aspects de sa relation avec lui. Elle ne se rappelait notamment pas si elle l'avait embrassé pendant le Geneva Open, mais il était fort probable que tel ait été le cas. Elle avait plus cherché à "
concilier
" qu'à avoir un contact étroit avec lui. Si D_ avait toujours voulu garder leur relation secrète, elle s'en était toutefois ouverte à sa meilleure amie, L_. A un certain moment, vers le mois de février 2017, X_ lui avait fait comprendre, par ses attitudes, qu'il avait été informé de leur relation. Il avait eu un regard noir depuis lors. Il l'avait régulièrement suivie et elle s'était sentie oppressée. Elle voulait qu'il arrête de la considérer comme sa propriété. Au sujet du message qu'elle lui avait envoyé dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, elle avait cherché à pacifier sa relation avec lui. Elle a contesté l'avoir appelé à l'aide suite à une dispute avec D_. Au début du tour en voiture, X_ était calme. Comme elle se sentait oppressée par les tensions entre celui-ci et D_, elle lui avait petit-à-petit dit la vérité, soit qu'elle avait des sentiments envers le précité et qu'elle voulait construire quelque chose avec celui-ci. X_ avait quant à lui été obnubilé par la question de savoir s'ils couchaient ensemble, ce qu'elle avait admis pour la première fois. X_ était énervé au possible et avait dit qu'il allait tuer D_. Après leur retour sur le parking, alors qu'elle se trouvait à côté de la portière du conducteur, elle lui avait dit avoir besoin de temps. Elle avait entendu le moteur vrombir et X_ avait démarré. Interrogée sur le fait que F_ l'aurait entendue mettre X_ en garde sur la présence de sa voiture, elle a admis avoir pu le dire. A l'heure actuelle, elle avait peur d'X_. En effet, il pouvait se dire que, s'il ne pouvait pas l'avoir, personne ne l'aurait. Depuis les faits, elle se sentait mal et ne dormait presque plus. Elle ne supportait plus la vue des Seat Cupra.
d)
F_ a confirmé ses précédentes déclarations. Il était intervenu tant auprès de X_ que de D_ pour leur dire que G_ n'était pas une bonne personne. Celle-ci jouait avec les deux jeunes hommes et le premier en était affecté. Il ne se souvenait pas du but précis pour lequel il s'était rendu sur le parking avec X_, mais il n'était en tout cas pas question de meurtre. S'il lui avait envoyé un message à la fin de la soirée indiquant que les autres étaient revenus, c'était parce qu'il était tard et qu'il souhaitait que son ami revienne aussi sur le parking pour qu'il puisse rentrer chez lui. Quand il l'avait revu sur le parking, le jeune homme était dans un état extrême, qu'il ne pensait pas avoir déjà vu auparavant. Suite au drame, il avait été coupé de tout son groupe d'amis, avait été incapable de suivre ses cours pendant six mois et avait dû entamer un suivi psychologique. X_ était quelqu'un de bien, qu'il était heureux de côtoyer. Il avait gardé contact pendant son incarcération même s'il n'était pas allé lui rendre visite en prison.
ea
)
A_ a confirmé ses précédentes déclarations. Après la bagarre du 28 mai 2017 et les menaces que son fils lui avait transférées, elle s'était inquiétée de plus en plus pour lui. Son fils avait toujours vécu avec elle et son plus jeune frère. Il était bon vivant et très affectueux. Leur relation était très complice. La mort de D_ avait chamboulé sa vie, même si elle s'efforçait de tenir le coup pour son fils AH_. Trois ans après les faits, elle parvenait encore difficilement à décrire son état. Elle bénéficiait d'un suivi psychiatrique et, depuis 2018, d'un traitement médicamenteux pour lutter contre la dépression. Elle avait été incapable de toucher à la chambre de D_, qui était restée exactement dans l'état où celui-ci l'avait laissée le jour du drame. Elle y avait érigé un mémorial avec les cendres de son fils, en attendant d'être capable de les disperser dans la mer, comme il l'avait souhaité. Suite au drame, elle n'avait plus réussi à effectuer son travail d'accompagnatrice en fin de vie de sorte que son contrat de travail avait été résilié. Au jour de l'audience, elle n'avait pas été en mesure de reprendre une activité professionnelle et percevait une rente AI à 75%. La détresse psychologique consécutive au décès de son fils s'était ajoutée aux difficultés liées à son lymphome de stade 4.
eb
)
A_ a pris des conclusions civiles. Elle a prétendu au versement par X_ de la somme de CHF 100'000.-, avec intérêts à 5% l'an dès le 8 juin 2017, à titre de réparation de son tort moral, au versement des sommes de CHF 6'294.15, avec intérêts à 5% dès le 7 juin 2018, CHF 43'802.45, avec intérêts à 5% dès le 15 janvier 2020, CHF 864.10, avec intérêts à 5% dès le 15 janvier 2018 et CHF 1'167.45 avec intérêts à 5% dès le 1
er
janvier 2019, en réparation de son dommage matériel. Elle a produit un bordereau de pièces justifiant ses conclusions, dont notamment un certificat médical, établi le 21 août 2020 par la Dresse AO_. Il en ressort qu'en raison du décès de son fils, elle a perdu son activité professionnelle. Son travail de deuil était bloqué. Elle n'arrivait pas à s'habituer à l'absence de son fils et ressentait un sentiment de vide. Elle était régulièrement re-traumatisée par l'exposition aux circonstances de l'assassinat et à l'assassin en raison des audiences et souffrait de stress post-traumatique.
fa
)
B_ a expliqué avoir vécu avec son fils, D_ jusqu'en 2010, époque de sa séparation d'avec son épouse. Son fils était un bon vivant, serviable, respectueux et généreux. Leur lien avait été constant et se matérialisait autour de leur passion commune pour la mécanique. Il culpabilisait de ne pas avoir pu le protéger. Son fils lui avait rapporté ses problèmes avec X_ et lui avait transmis les menaces reçues. Au début, il s'agissait de messages entre adolescents mais ils étaient devenus inquiétants. Tous deux avaient eu peur qu'il arrive quelque chose, mais ils n'avaient jamais envisagé la mort.
Le 9 juin 2017, à 05h00, il avait vu les multiples appels de A_ et s'était immédiatement rendu à l'hôpital. Son fils était alors méconnaissable. Tandis qu'il était de petite taille, il occupait tout le lit d'hôpital et sa tête avait doublé de volume. Suite au drame, il avait quitté son travail dans la mécanique car il n'arrivait plus à se concentrer suffisamment. A l'heure actuelle, son état était fluctuant. Certains jours, il ne parvenait pas à se lever. D'autres, il n'arrivait pas à dormir et partait marcher des kilomètres pour évacuer et se changer les idées. Souvent, il faisait le trajet du Grand-Lancy vers le parking de Meyrin, sans véritablement savoir pourquoi et en espérant voir son fils marcher vers lui. Il ne croyait pas à la sincérité des regrets exprimés par X_.
fb
)
B_ a déposé des conclusions civiles, demandant à ce que X_ soit condamné à lui verser la somme de CHF 100'000.-, avec intérêts à 5% dès le 9 juin 2017, à titre d'indemnité pour tort moral.
g)
AP_ a expliqué être un ami de B_ depuis l'arrivée de celui-ci en Suisse, en 1984 ou 1985. Il avait vu D_ grandir et jouer avec ses filles. Le jeune homme avait toujours fait preuve de courtoisie et de correction. Depuis le drame, il essayait d'être présent aux côtés de B_. Le choc suite au décès de son fils avait été très fort.
h)
AQ_ a indiqué être une amie de A_ depuis près de vingt-quatre ans. Leurs enfants avaient suivi leur scolarité ensemble et D_ avait toujours été un petit ange. A_ avait une relation privilégiée avec son fils. Son amie était effondrée depuis son décès. Elle allait mieux désormais, mais intériorisait énormément sa souffrance pour rester forte pour son deuxième enfant.
i)
AR_ a déclaré avoir été un ami proche de D_. Celui-ci, toujours calme et souriant, respirait la joie de vivre; il était très proche, voire fusionnel, avec sa mère, avec laquelle il pouvait toujours parler de tout. Après le drame, il avait vu A_, afin de la soutenir dans cette épreuve. Elle était effondrée mais n'avait jamais cessé de se battre.
j)
AS_ a expliqué être la compagne de B_. Elle avait connu D_ depuis tout petit car ses enfants et lui fréquentaient la même école. Depuis toujours, le jeune homme avait été très gentil et sociable. En grandissant, il avait toujours voulu aider les autres et avait élaboré des projets, tel que celui d'aller à la rencontre de sa famille au Canada. Comme il y avait eu des tensions familiales, elle s'était tenue en retrait lorsque son compagnon voyait son fils, mais il en avait toujours parlé avec beaucoup d'émotion. Depuis le drame, il avait beaucoup changé. Il était triste et ne voyait plus beaucoup d'intérêt à la vie. Il ne se projetait plus dans l'avenir et ne dormait quasiment plus.
k)
I_ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a rappelé que son fils et D_ s'entendaient bien avant que G_ n'intervienne dans leur vie. Cette fille avait fait de sa vie un enfer et elle s'était battue jusqu'au bout pour que son fils la quitte. L'unique débordement physique qu'il avait eu à son encontre s'était produit parce qu'elle avait accusé sa relation avec G_ d'être la cause du décès de son époux. Quand il était rentré à la maison après le drame, il lui avait demandé pourquoi personne ne l'avait empêché de faire cela. Il éprouvait des remords et était conscient d'avoir enlevé la vie de quelqu'un. Lors d'un parloir, il lui avait relaté que, si D_ était sorti de la voiture d'G_ avec le chien de celle-ci, il ne l'aurait pas "
shooté
".
l)
R_ a confirmé ses précédentes déclarations. Il connaissait X_ depuis sept ou huit ans au travers de leur passion commune pour les transports en commun et l'aéronautique. Leur relation avait forcément été péjorée par la détention de X_. Cependant, il allait le voir car cela lui faisait du bien et qu'il l'aimait.
D)
X_ est né le _1996 à Meyrin. Il est de nationalité suisse, célibataire et sans enfant. Avant son incarcération, il vivait avec sa mère. Son père est décédé le _2016.
Il est titulaire d'un CFC de gestionnaire de commerce de détail, obtenu en 2016, après un apprentissage effectué auprès du garage E_. Depuis novembre 2016, il a travaillé sur appel, en qualité d'agent de sécurité au sein de l'entreprise AT_ ainsi que chez AU_. Il a également fait des co-voiturages pour E_.
Avant son incarcération, il percevait des revenus à hauteur de CHF 1'000.-, complétés par des indemnités de l'assurance-chômage à hauteur de CHF 200.- environ. Il ne payait pas de loyer mais participait à l'achat de nourriture.
Il déclare des dettes à hauteur de CHF 30'000.- engendrées par une hospitalisation pour une appendicite en clinique privée alors qu'il ne bénéficiait que d'une couverture d'assurance en division commune.
Pendant sa détention préventive, il a travaillé aux cuisines puis à la bibliothèque. Il a entamé un BTS en informatique. Il a indiqué qu'à sa sortie de prison, il se voyait travailler dans l'informatique, fonder une famille et surtout voyager.
Selon l'extrait du casier judiciaire suisse, il n'a pas été condamné avant les faits discutés dans la présente affaire.

## Considerations

EN DROIT
Culpabilité
1. 1.1.1. La présomption d'innocence, garantie par les art. 10 CPP, 32 al. 1 Cst., 14 § 2 Pacte ONU II et 6 § 2 CEDH, ainsi que son corollaire, le principe
in dubio pro reo
, concernent tant le fardeau de la preuve que l'appréciation des preuves au sens large (ATF
144 IV 345
consid. 2.2.3.1). En tant que règle sur le fardeau de la preuve, elle signifie, au stade du jugement, que le fardeau de la preuve incombe à l'accusation et que le doute doit profiter au prévenu. Comme règle d'appréciation des preuves, la présomption d'innocence signifie que le juge ne doit pas se déclarer convaincu de l'existence d'un fait défavorable à l'accusé si, d'un point de vue objectif, il existe des doutes quant à l'existence de ce fait. Il importe peu qu'il subsiste des doutes seulement abstraits et théoriques, qui sont toujours possibles, une certitude absolue ne pouvant être exigée. Il doit s'agir de doutes sérieux et irréductibles, c'est-à-dire de doutes qui s'imposent à l'esprit en fonction de la situation objective (ATF
144 IV 345
consid. 2.2.3.3). ![endif]>![if>
1.1.2. Selon l'art. 111 CP, celui qui aura intentionnellement tué une personne sera puni d'une peine privative de liberté de cinq ans au moins, en tant que les conditions prévues aux articles suivants ne seront pas réalisées.
1.1.3. Selon l'art. 12 al. 2 CP, agit intentionnellement quiconque commet un crime ou un délit avec conscience et volonté. L'auteur agit déjà avec intention, sous la forme du dol éventuel, lorsqu'il tient pour possible la réalisation de l'infraction et l'accepte pour le cas où celle-ci se produirait (ATF
133 IV 9
consid. 4.1). Parmi les éléments extérieurs permettant de conclure que l'auteur s'est accommodé du résultat dommageable pour le cas où il se produirait figurent notamment la probabilité, connue par l'auteur, de la réalisation du risque et l'importance de la violation du devoir de prudence. Plus celle-ci est grande, plus sera fondée la conclusion que l'auteur, malgré d'éventuelles dénégations, a accepté l'éventualité de la réalisation du résultat dommageable (ATF
138 V 74
consid. 8.4.1;
135 IV 12
consid. 2.3.3). Ainsi, le dol éventuel peut notamment être retenu lorsque la réalisation du résultat devait paraître suffisamment vraisemblable à l'auteur pour que son comportement ne puisse raisonnablement être interprété que comme une acceptation de ce risque (ATF
137 IV 1
consid. 4.2.3;
133 IV 222
consid. 5.3).
1.1.4. Selon l'art. 112 CP, si le délinquant a tué avec une absence particulière de scrupules, notamment si son mobile, son but ou sa façon d'agir est particulièrement odieux, il sera puni d'une peine privative de liberté à vie ou d'une peine privative de liberté de dix ans au moins.
L'assassinat (art. 112 CP) est une forme qualifiée d'homicide intentionnel qui se distingue du meurtre ordinaire (art. 111 CP) par le fait que l'auteur a tué avec une absence particulière de scrupules. Cela suppose une faute spécialement lourde et déduite exclusivement de la commission de l'acte; les antécédents ou le comportement que l'auteur adopte immédiatement après les faits n'entrent en ligne de compte que dans la mesure où ils y sont étroitement liés et permettent de caractériser la personnalité de l'auteur (ATF
127 IV 10
consid. 1a p. 14). Pour caractériser la faute de l'assassin, l'art. 112 CP évoque le cas où les mobiles, le but ou la façon d'agir de l'auteur sont particulièrement odieux, mais cet énoncé n'est pas exhaustif.
Le mobile de l'auteur est particulièrement odieux lorsqu'il tue pour obtenir une rémunération ou voler sa victime. Il l'est également lorsqu'il apparaît futile, l'auteur tuant pour se venger, sans motif sérieux, ou encore pour une broutille (Corboz, Les infractions en droit suisse, volume I, 3
ème
éd. 2010, n. 8
ad
art. 112 CP). Le but, qui se recoupe en grande partie avec le mobile, est particulièrement odieux lorsque l'auteur élimine un témoin gênant ou une personne qui l'entrave dans la commission d'une infraction (Corboz, op. cit., n. 9 ss
ad
art. 112 CP). Quant à la façon d'agir, elle est particulièrement odieuse lorsqu'elle est barbare ou atroce ou lorsque l'auteur a exploité avec perfidie la confiance de la victime (ATF
141 IV 61
consid. 4.1; Corboz, op. cit., n. 13 ss ad art. 112 CP).
Il ne s'agit toutefois que d'exemples. L'énumération du texte légal n'est pas exhaustive. L'absence particulière de scrupules peut être admise lorsque d'autres éléments confèrent à l'acte une gravité spécifique (ATF
117 IV 369
consid. 19b). C'est ainsi que la réflexion et la planification de l'acte peuvent constituer des éléments susceptibles de conduire à retenir une absence particulière de scrupules (Stratenwerth / Jenny / Bommer, Besonderer Teil I: Straftaten gegen Individualinteressen, 7
ème
éd. 2010, § 1 n. 25). Par la froideur dans l'exécution et la maîtrise de soi, l'auteur manifeste également le plus complet mépris de la vie d'autrui (arrêt du Tribunal fédéral
6B_600/2014
du 23 janvier 2015 consid. 4.1 et les références citées).
La préméditation, au sens d'une planification froide de l'acte peut certes constituer un indice de l'absence particulière de scrupule de l'auteur. En tant que cette notion vise aussi le travail qui se fait dans l'esprit de celui-ci avant qu'il commette son acte et qui le conduit à l'exécuter, on doit cependant se demander si ce débat intérieur ne traduit pas par lui-même l'existence de scrupules et s'interroger, cas échéant, sur la manière dont l'auteur a évacué ses scrupules initiaux. Le Tribunal fédéral a ainsi confirmé que, malgré le fait que l'auteur avait prémédité le meurtre de son ex-femme, le meurtre devait être retenu plutôt que l'assassinat, car l'auteur avait agi par détresse, en étant ballotté par des émotions qu'il avait de la peine à lire et à intégrer, ce qui s'éloignait de l'homme totalement dépourvu de scrupules qu'exige la définition de l'assassin (arrêt du Tribunal fédéral
6B_23/2012
du 1
er
novembre 2012 consid. 4.4).
Pour déterminer si l'on se trouve en présence d'un assassinat, il faut procéder à une appréciation d'ensemble des circonstances externes (comportement, manière d'agir de l'auteur) et internes de l'acte (mobile, but, etc.). Les troubles psychiques dont souffre l'auteur et qui sont la cause d'une représentation erronée des faits, sont en revanche sans pertinence pour la qualification d'assassinat, qui doit procéder d'une appréciation morale objective (arrêt du Tribunal fédéral
6B_719/2009
du 3 décembre 2009 consid. 2.3 et les réf. citées). Il y a assassinat lorsqu'il résulte de l'ensemble de ces circonstances que l'auteur a fait preuve du mépris le plus complet pour la vie d'autrui. Alors que le meurtrier agit pour des motifs plus ou moins compréhensibles, généralement dans une grave situation conflictuelle, l'assassin est une personne qui agit de sang-froid, sans scrupules, qui démontre un égoïsme primaire et odieux et qui, dans le but de poursuivre ses propres intérêts, ne tient aucun compte de la vie d'autrui. Chez l'assassin, l'égoïsme l'emporte en général sur toute autre considération. Il est souvent prêt, pour satisfaire des besoins égoïstes, à sacrifier un être humain dont il n'a pas eu à souffrir. La destruction de la vie d'autrui est toujours d'une gravité extrême. Pour retenir la qualification d'assassinat, il faut cependant que la faute de l'auteur, son caractère odieux, se distingue nettement de celle d'un meurtrier au sens de l'art. 111 CP (ATF
141 IV 61
consid. 4.1;
127 IV 10
consid. 1a).
Le Tribunal fédéral a retenu que le fait d'agir avec acharnement et cruauté, sans raison ou pour un motif futile réalisait toutes les hypothèses mentionnées à l'art. 112 CP. En outre, le comportement de l'auteur après l'acte, consistant à éliminer toute trace de son passage sans affolement, confirmait sa froideur et son mépris total de la vie d'autrui (arrêt du Tribunal fédéral
6B_600/2014
du 23 janvier 2015 consid. 4.2).
La responsabilité restreinte, l'émotion ou des particularités de caractère n'excluent pas la qualification d'assassinat (arrêt
6B_825/2016
du 6 juillet 2017 consid. 2.1).
1.2.1. En l'espèce, au vu de l'état de fait retenu par le Tribunal, il est établi que les agissements du prévenu, soit le fait d'avoir percuté un piéton à une vitesse comprise entre 50 et 60 km/h avec un véhicule automobile, puis d'être passé sur son corps avec celui-ci, ont engendré la mort de la victime.
Le prévenu a toujours contesté avoir voulu la mort de celle-ci lorsqu'il a foncé sur elle, indiquant soit ne pas savoir ce qu'il avait voulu, soit avoir voulu lui faire du mal. Or, le prévenu avait proféré des menaces de mort explicites à l'encontre de la victime. Dans plusieurs messages, y compris plusieurs semaines avant les faits, il a en outre mentionné le fait de tuer quelqu'un avec un véhicule. Il savait donc pertinemment qu'en percutant un piéton avec la Seat à une vitesse non négligeable, il prenait le risque, et l'acceptait, de provoquer sa mort. Le prévenu n'a toutefois pas seulement agi par dol éventuel. En effet, si son unique but avait été de causer du mal à la victime, tout en acceptant le risque de la tuer, il était déjà parvenu à ses fins après le premier choc. Le fait qu'il ait encore roulé sur le corps inerte démontre que sa volonté n'était pas seulement de blesser mais aussi de tuer. Comme cela sera développé ci-dessous, le prévenu voyait en la victime un rival, qui l'empêchait de vivre une relation avec son premier amour et qu'il s'agissait d'éliminer. Il ne pouvait obtenir ce résultant qu'en lui ôtant la vie. Le Tribunal a ainsi acquis la conviction que le prévenu a tué D_ à dessein.
1.2.2. Les circonstances du meurtre reproché au prévenu étant établies, se pose la question de l'application de l'infraction qualifiée que constitue l'assassinat.
Au regard de l'état de fait fixé ci-dessus, il apparait que, les heures précédant le drame, le prévenu est monté en puissance. Le 7 juin 2017, il a essentiellement évoqué, avec plusieurs amis, deux options, celle de sortir G_ de sa vie ou celle d'éliminer son rival. Dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, un groupe a été créé pour venir en aide à la jeune femme. Quelques minutes plus tard, elle a écrit au prévenu pour lui demander son aide. C'est dans ce contexte que, pendant toute la journée du drame, le prévenu a espéré pouvoir la rencontrer afin de discuter de leur situation et qu'inspiré par ledit groupe, il a imaginé un moyen de la convaincre de faire sortir D_ de sa vie. Il a contacté plusieurs amis pour tenter de les fédérer à sa cause. Il a parlé de cette perspective de discussion, prévue le week-end suivant, dans la majeure partie de ses messages jusqu'à 19h38. A ce moment-là, il a appris que G_ passerait sa soirée avec D_. Les menaces de mort sont alors devenues de plus en plus pressantes et le ton est monté. Il est allé jusqu'à décrire la scène qui aura lieu plus tard, soit tuer son rival avec la Seat, dans des messages avec son meilleur ami. Il a évoqué un projet de meurtre avec R_ et a indiqué à M_ qu'une personne ne reviendrait pas vivante. Au vu de la teneur des menaces de mort, de leur fréquence et de leur concrétisation dans l'élaboration d'un moyen de tuer, puis de l'exécution finale du moyen évoqué, le Tribunal a acquis la conviction que, durant la journée du 8 juin 2017 et avant d'arriver sur le parking, le prévenu a eu le projet de tuer D_.
Toutefois, le Tribunal constate également que le prévenu est arrivé sur le parking sans la Seat, alors qu'il savait que son rival s'y trouvait. Il était alors calme. Il a passé plusieurs minutes à discuter avec G_ et a côtoyé D_ sans chercher l'affrontement. Il n'y a ainsi pas eu de continuité entre le funeste projet évoqué dans les messages et le déroulement de la soirée. En effet, au cours des trente-six heures qui ont précédé le drame, le prévenu avait évoqué trois options pour mettre un terme à une situation qu'il ne supportait plus : soit il écartait G_ de sa vie, soit l'intervention de ses amis permettait de lui faire comprendre qu'elle devait "
dégager
" D_, soit il le tuait. Rien n'indique qu'il avait alors écarté l'une de ses trois options et, en particulier, qu'il avait renoncé à son projet de discussion de groupe prévu le week-end suivant.
Même si le prévenu savait déjà que G_ couchait avec D_, les principaux intéressés l'avaient toujours nié. Ainsi, lorsqu'au cours de leur tour en voiture, celle qu'il espérait reconquérir lui a dit pour la première fois qu'ils couchaient ensemble, son monde s'est écroulé. Cette révélation a provoqué en lui une colère noire. Lorsqu'il est revenu sur le parking, le prévenu n'était plus dans le même état qu'auparavant. Il est rappelé également que, lorsqu'il a quitté le parking avec G_, seul F_ s'y trouvait encore. Le prévenu a indiqué qu'il n'avait pas pris connaissance du message dans lequel ce dernier l'informait du retour des autres protagonistes sur le parking et aucun élément du dossier ne permet d'infirmer cette déclaration. Ainsi, il est retenu que le prévenu ignorait la présence de D_ à leur retour. Il a stoppé son véhicule en haut de la voie de circulation et est resté assis au volant de son véhicule. Lorsqu'il a vu D_ devant le véhicule de G_ puis traverser la voie de circulation devant la Seat, l'option de le tuer, qui concourait jusqu'alors avec deux autres solutions dans les heures précédentes, a pris toute la place. C'est à ce moment uniquement que l'option de tuer son rival s'est imposée à lui et qu'il a délibérément dirigé son véhicule sur lui. De telles circonstances ne relèvent pas d'une froide planification. La réalisation quelques heures plus tard de la possibilité envisagée de tuer D_, que le prévenu avait affirmé vouloir écraser avec la Seat, ne suffit pas pour constituer un indice d'une préméditation et, partant d'une absence particulière de scrupules.
En revanche, le prévenu a agi avec une immense lâcheté en fonçant avec son véhicule sur D_, lequel ne se doutait de rien et s'apprêtait à quitter le parking à pied. Vu la disparité des forces en présence, il n'a laissé aucune chance à la victime d'échapper à son sort. Alors que le corps inerte de D_ gisait au sol après avoir été percuté, le prévenu a fait preuve d'acharnement en roulant sur lui et en l'achevant sans aucun scrupule. Après avoir agi de la sorte, il a roulé à une vitesse normale sur le parking; il s'est tout d'abord adressé à F_ pour lui demander ce qu'il faisait puis est descendu de son véhicule et y est remonté en repoussant un autre membre du groupe, qui tentait de le retenir. Il est ensuite passé à proximité de sa victime, simplement pour lancer à G_ qu'il l'avait prévenue, sans le moindre égard pour l'homme qui gisait au sol. Après avoir quitté le parking, il a imaginé aller nettoyer son véhicule.
Ces éléments démontrent que le prévenu a agi de façon odieuse, au mépris de la vie de D_, ce qui dénote une absence particulière de scrupule.
En outre, le but du prévenu était éminemment égoïste. G_ était son premier amour. Si leur relation a été courte, l'idée de la récupérer a toujours été présente dans son esprit. Même lorsqu'il a évoqué la possibilité de la "
jarter
"
de sa vie, c'était dans l'espoir qu'elle se rende compte qu'il lui manquerait et dans le but de la faire ainsi revenir vers lui. Au début du mois de juin 2017, son but principal était de la récupérer. Partant, même si le prévenu a souvent exprimé le fait qu'il voulait aider G_ et écarter de la vie de celle-ci toute personne néfaste, aucun altruisme n'a motivé sa démarche. Le prévenu n'a tenu aucun compte des avis qui pouvaient diverger du sien, ni de la volonté de G_, qui, même si elle a pu faire preuve d'ambivalence, lui a manifesté sa volonté de ne pas reprendre une relation avec lui. Il n'a surtout eu aucune considération pour D_, qu'il a tué parce qu'il estimait qu'il constituait un obstacle à sa relation avec G_.
Plusieurs mobiles se dégagent du dossier. Le prévenu a notamment agi par jalousie, pour éliminer un rival et récupérer son premier amour, alors qu'objectivement cette relation était une amourette, qui avait pris fin depuis plusieurs mois. Il a également agi sous le coup d'une grande colère suite aux révélations de G_. Le prévenu a éprouvé un sentiment de trahison, tant à l'égard de la jeune femme que de D_, ainsi que de la frustration. Il a ainsi réagi de manière totalement inadaptée à une situation qu'il a interprétée comme une tromperie, alors même que la personne concernée n'avait aucun engagement envers lui. Seuls son intérêt et le mépris de tout ce qui pouvait nuire à celui-ci ont dicté sa conduite. S'il a contesté avoir voulu tuer la victime, le prévenu a tout de même affirmé avoir voulu lui faire mal, comme lui avait souffert. Une composante de vengeance exacerbée a ainsi également fonctionné comme mobile à ses actes. Comme il était incapable de s'en prendre directement à G_, cette volonté de vengeance s'est entièrement concentrée sur celui qu'il tenait comme responsable de l'échec de sa relation. Les paroles adressées après l'acte à G_ le confirment. Le prévenu a ainsi agi de manière égoïste, afin de combler une blessure narcissique, sans penser aux conséquences de ses agissements.
Son but et ses mobiles étaient ainsi également odieux et dénotent une absence particulière de scrupules du prévenu.
En tout état de cause, il est rappelé que l'examen du caractère odieux de l'acte se fait selon une appréciation morale objective. Au moment d'agir, le prévenu possédait une large capacité de discernement. La légère limitation de cette capacité ainsi que la difficulté éprouvée par le prévenu à contrôler ses émotions en raison de son trouble de la personnalité seront prises en compte au moment de l'appréciation de la gravité de la faute et de la fixation de la peine.
Compte tenu de ce qui précède, il ressort de l'ensemble des circonstances externes et internes de l'acte que le prévenu a fait preuve du mépris le plus complet pour la vie de D_. Il a agi sans scrupules, en faisant preuve d'un égoïsme primaire et odieux, et n'a tenu aucun compte de la vie de celui-ci dans le but de poursuivre ses propres intérêts. La circonstance aggravante de l'assassinat doit être retenue.
Le prévenu sera donc déclaré coupable d'assassinat.
Responsabilité
2. 2.1.1. Le juge atténue la peine en application de l'art. 19 al. 2 CP si, au moment d'agir, l'auteur ne possédait que partiellement la faculté d'apprécier le caractère illicite de son acte ou de se déterminer d'après cette appréciation. ![endif]>![if>
Dans ce cas, il s'agit de diminuer la faute et non la peine; la réduction de la peine n'est que la conséquence de la faute plus légère (ATF
136 IV 55
consid. 5.5). Le juge dispose d'une marge d'appréciation lorsqu'il doit décider comment la diminution de la responsabilité constatée doit se manifester sur l'appréciation de la culpabilité (subjective) en tenant compte de l'ensemble des circonstances. Il faut appliquer dans un tel cas le barème ordinaire, à savoir qu'une faute (objectivement) très grave peut être ramenée à cause d'une légère diminution de la responsabilité à une faute grave à très grave.
2.1.2. Selon l'art. 20 CP, l'autorité d'instruction ou le juge ordonne une expertise s'il existe une raison sérieuse de douter de la responsabilité de l'auteur.
Selon la jurisprudence, le juge apprécie en principe librement une expertise et n'est pas lié par les conclusions de l'expert. Il est libre d'appliquer l'art. 19 CP même si cela contredit l'avis de l'expert, ou de ne pas appliquer cette disposition, alors que l'expert la considère comme indiquée (ATF
102 IV 225
consid. 7b, Dupuis et al. PC CP, n° 16
ad
art. 20 CP; STRÄULI, CR - CP I, n° 34
ad
art. 20 CP). Toutefois, il ne peut s'en écarter que lorsque des circonstances ou des indices importants et bien établis en ébranlent sérieusement la crédibilité; il est alors tenu de motiver sa décision de ne pas suivre le rapport d'expertise (ATF
133 II 384
consid. 4.2.3;
129 I 49
consid. 4;
128 I 81
consid. 2).
2.2. Conformément aux conclusions des experts, dont il n'y a pas lieu de s'écarter, la responsabilité du prévenu était légèrement diminuée lors des faits du 8 juin 2017.
Peine
3. 3.1.1. Il sera fait application de l'ancien droit des sanctions, conformément au principe de la non-rétroactivité du droit pénal, dès lors que le nouveau droit entré en vigueur le 1
er
janvier 2018 n'est pas plus favorable au prévenu.
3.1.2. A teneur de l'article 47 al. 1 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'accusé, en tenant compte des antécédents et de la situation personnelle de ce dernier ainsi que de l'effet de la peine sur son avenir. L'alinéa 2 de cette disposition prévoit en outre que la culpabilité est déterminée par la qualité de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures.
Il appartient au juge de pondérer les différents facteurs de la fixation de la peine (ATF
134 IV 17
consid. 2.1). La faute est l'élément principal à prendre en considération dans le cadre de la fixation de la sanction.
3.1.3. La définition de l'assassinat ne laisse que peu de place pour d'éventuelles circonstances atténuantes. Si l'application de l'art. 48 CP ne semble pas exclue dans son principe, elle semble cependant devoir s'envisager de façon exceptionnelle, en raison du caractère difficilement compatibles des circonstances atténuantes avec la définition même de l'assassinat (Dupuis et al., op. cit., n° 28
ad
art. 112 CP).
Le jeune âge n'est plus une circonstance atténuante depuis l'entrée en vigueur du Code pénal 2007, mais peut être pris en considération par le juge dans le contexte de la détermination de la culpabilité, à titre d'élément de la situation personnelle de l'auteur. Il peut ainsi constituer un indice d'une certaine immaturité ou influençabilité (cf. arrêt
6B_889/2010
du 24 mai 2011 consid. 3.2.2.,
6B_305/2010
du 23 juillet 2010 consid. 3.5).
3.2. La faute du prévenu est extrêmement lourde. Il s'en est pris à D_, lui ôtant la vie, bien le plus précieux de notre ordre juridique. Il a démarré en trombe pour le percuter puis l'a achevé en franchissant son corps inerte avec son véhicule. Il a agi avec une très grande lâcheté, alors que la victime était sans défense, n'avait aucune possibilité de s'échapper et ne s'attendait aucunement à être agressée. Il a quitté les lieux sans se soucier du sort de la victime.
Par son acte, il a privé la famille de la victime de leur fils et de leur frère. Il a également bouleversé la vie de nombreuses personnes, en particulier celles de ses amis, dont certains sont restés traumatisés.
Il a fait preuve d'une intensité délictueuse certaine. Si le passage à l'acte a été déclenché dans des circonstances que le prévenu n'avait pas anticipées, il avait exprimé depuis plusieurs jours son envie d'éliminer celui qu'il considérait comme son rival et l'avait menacé de mort à de réitérées reprises.
Il a agi sous l'emprise de la colère et mû par des sentiments de jalousie, de vengeance et de trahison. Ses mobiles étaient égoïstes.
Le prévenu aurait pu agir autrement et éviter le drame. Ses proches l'avaient mis en garde sur le caractère toxique de cette relation et avaient tenté de calmer son animosité contre D_.
Il doit toutefois être tenu compte du jeune âge du prévenu et de son état émotionnel au moment de son acte. G_ était son premier amour. Il éprouvait un amour irrationnel pour elle. L'ambivalence de la jeune femme a renforcé tant l'attachement qu'il lui portait que sa frustration. Cette relation s'est avérée toxique. C'est dans ce contexte qu'il a réagi de manière exacerbée suite aux révélations de la jeune femme. Si ces éléments permettent d'expliquer une telle extrémité dans ses agissements, ils ne les justifient pas. Ceux-ci s'inscrivent également dans le trouble de personnalité retenu par les experts. Il doit en effet être tenu compte de la responsabilité faiblement restreinte du prévenu au moment des faits, ce qui vient amoindrir sa faute.
S'agissant de sa collaboration, il doit être retenu qu'il a spontanément fourni des explications détaillées sur les éléments factuels du dossier mais qu'il est resté en retrait sur son ressenti et ses motivations. Sur ce point, il a toutefois progressé au cours de l'audience, même s'il a persisté à nier son intention homicide.
Le prévenu a manifesté des regrets. Il a de lui-même suivi une psychothérapie en prison qui semble l'avoir fait progresser, même si le travail de prise de conscience n'est pas abouti. Encore récemment, il a notamment rédigé un certain nombre de courriers qui interrogent sur la prise de conscience de sa responsabilité et sur sa capacité à oublier son premier amour, éléments importants dans l'appréciation du risque de récidive. Les progrès du prévenu ont été constatés en audience de jugement, lors de laquelle il a admis avoir agi de façon odieuse et égoïste et a assumé la seule responsabilité de ce drame. Un attachement à son premier amour semble toutefois toujours couver sous les couches de rationalisation que le prévenu a accepté de revêtir.
L'absence d'antécédent judiciaire du prévenu au moment des faits a un effet neutre sur la peine.
En conséquence, une peine privative de liberté de 13 ans sera infligée au prévenu.
Mesures
4. 4.1.1. Selon l'art. 56 al. 1 CP, une mesure doit être ordonnée si une peine seule ne peut écarter le danger que l'auteur commette d'autres infractions, si l'auteur a besoin d'un traitement ou que la sécurité publique l'exige et si les conditions prévues aux art. 59 à 61, 63 ou 64 CP sont remplies. Si les conditions sont remplies aussi bien pour le prononcé d'une peine que pour celui d'une mesure, le juge ordonne les deux sanctions (art. 57 al. 1 CP). ![endif]>![if>
4.1.2. L'art. 61 al. 1 CP, prévoit que le juge peut ordonner le placement de l'auteur dans un établissement pour jeunes adultes, s'il avait moins de 25 ans au moment de l'infraction, qu'il souffre de graves troubles du développement de la personnalité, qu'il a commis un crime ou un délit en relation avec ces troubles (let. a) et qu'il est à prévoir que cette mesure le détournera de nouvelles infractions en relation avec ces troubles (let.b).
Ainsi, plusieurs conditions doivent être réalisées pour qu'une telle mesure puisse être prononcée: l'auteur doit être âgé de 18 à 25 ans au moment de la commission de l'infraction; il doit souffrir de graves troubles du développement de la personnalité; l'infraction commise doit être en lien avec ces troubles; la mesure paraît propre à prévenir la récidive, en particulier parce que le jeune adulte semble accessible à un traitement socio-pédagogique et thérapeutique.
Cette mesure est ordonnée principalement en raison de l'état personnel du jeune adulte délinquant et de sa capacité à recevoir un soutien socio-pédagogique et thérapeutique pouvant influencer favorablement le développement de sa personnalité (FF 1999 1887; ATF
118 IV 351
consid. 2b p. 354 s.). Un tel placement doit par conséquent être réservé aux jeunes adultes qui peuvent encore être largement influencés dans leur développement et qui apparaissent accessibles à cette éducation. Moins l'intéressé semble encore malléable, moins cette mesure peut entrer en considération. En outre, les carences du développement pertinentes sous l'angle pénal doivent pouvoir être comblées par l'éducation, en tout cas dans la mesure où ce moyen permet de prévenir une future délinquance (ATF
125 IV 237
consid. 6b p. 240;
123 IV 113
consid. 4c p. 122;
118 IV 351
consid. 2b et d p. 354 ss).
4.1.3. Selon l'art. 63 al. 1 CP, lorsque l'auteur souffre d'un grave trouble mental, est toxicodépendant ou qu'il souffre d'une autre addiction, le juge peut ordonner un traitement ambulatoire au lieu d'un traitement institutionnel, si l'auteur a commis un acte punissable en relation avec son état et s'il est à prévoir que ce traitement le détournera de nouvelles infractions en relation avec son état.
4.2. En l'espèce aucun élément du dossier ne permet de se distancer de l'avis des experts, qui ont relevé notamment que le prévenu était correctement inséré socialement et professionnellement. Chez celui-ci, le problème ne se pose pas sous l'angle éducatif mais sous celui de l'introspection personnelle et de sa capacité à identifier et à gérer ses émotions dans des domaines particuliers. Ainsi les critères d'application de la mesure applicable aux jeunes adultes ne sont pas réunis dans le cas d'espèce.
En outre, le traitement ambulatoire débuté en détention a montré une certaine efficacité, avec une évolution notable, même si le travail n'est pas terminé. Celui-ci sera donc prononcé, conformément aux recommandations des experts.
Prétentions civiles
5. 5.1.1. A teneur de l'art. 122 al. 1 CPP, en qualité de partie plaignante, le lésé peut faire valoir des conclusions civiles déduites de l'infraction par adhésion à la procédure pénale. Le même droit appartient aux proches de la victime dans la mesure où ceux-ci font valoir contre le prévenu des conclusions civiles propres (art. 122 al. 2 CPP). Le Tribunal statue sur les conclusions civiles présentées lorsqu'il rend un verdict de culpabilité à l'encontre du prévenu (art. 126 al. 1 lit. a CPP), étant précisé que si le prévenu acquiesce aux conclusions civiles, sa déclaration doit être consignée au procès-verbal et constatée dans la décision finale (art. 124 al. 3 CPP). ![endif]>![if>
La notion de proche de la victime est définie à l'art. 116 al. 2 CPP; il s'agit notamment des père et mère, mais aussi d'autres personnes ayant avec elle des liens analogues.
5.1.2. Chacun est tenu de réparer le dommage qu'il cause à autrui d'une manière illicite, soit intentionnellement, soit par négligence ou imprudence (art. 41 al. 1 CO). La preuve du dommage incombe au demandeur (art. 42 al. 1 CO).
5.1.3. Selon l'art. 46 al. 1 CO, en cas de lésions corporelles, la partie qui en est victime a droit au remboursement des frais et aux dommages-intérêts qui résultent de son incapacité de travail totale ou partielle, ainsi que de l'atteinte portée à son avenir économique.
La jurisprudence admet que les parents subissent un choc émotionnel après avoir appris la mort de leur enfant dans un accident par exemple. Il s'agit d'une atteinte directe à l'intégrité corporelle et la victime ainsi atteinte peut demander la réparation de son préjudice, pour autant qu'il soit en lien de causalité adéquate avec l'accident (ATF
112 II 118
consid. 5;
138 II 276
consid. 2 ss, JdT
2012 I 270
; ATF
142 III 433
, JdT
2016 I 347
).
5.1.4. Aux termes de l'art. 47 CO, le juge peut, en tenant compte de circonstances particulières, allouer à la victime de lésions corporelles ou, en cas de mort d'homme, à la famille, une indemnité équitable à titre de réparation morale.
En raison de sa nature, l'indemnité pour tort moral, qui est destinée à réparer un dommage qui ne peut que difficilement être réduit à une simple somme d'argent, échappe à toute fixation selon des critères mathématiques, de sorte que son évaluation en chiffres ne saurait excéder certaines limites. L'indemnité allouée doit toutefois être équitable (ATF
130 III 699
consid. 5.1; arrêt
6B_1066/2014
du 27 février 2014 consid. 6.1.2).
A titre de comparaison, les indemnités pour tort moral suivantes ont été définitivement alloués à des parents dans des affaires d'homicides :
- un montant de CHF 100'000.- a été alloué aux parents d'une petite fille de 12 ans, violée et assassinée chez elle par l'ami de la mère dans des circonstances atroces (
JTCR/1/2018
);
- un montant de CHF 40'000.- a été alloué à la mère d'une femme tuée par son époux de sept balles dans la tête. L'intéressée était en contact constant avec sa fille malgré la distance séparant leurs lieux de vie et sa vie avait été bouleversée par le fait qu'elle devait désormais prendre de soin de ses petits-enfants encore jeunes (
AARP/526/2016
).
- un montant de CHF 60'000.- a été alloué aux parents d'une victime tuée de vingt-sept à trente-cinq coups de tournevis pour un mobile inconnu. Les parents étaient profondément affectés et peinaient à se remettre, plus de deux ans et demi après les faits. Ils entretenaient des liens particulièrement étroits avec la victime et se voyaient quasiment tous les jours (
JTCR/6/2015
);
- un montant de CHF 40'000.- a été alloué aux parents d'une victime tuée par arme à feu durant son sommeil, par une personne mandatée dans ce but par l'ex-copine de la victime, la mère de l'ex-copine et un intermédiaire. La famille était extrêmement unie et leur souffrance était importante.
5.2.1. En l'espèce, chacun des parents de la victime a conclu à ce que le prévenu soit condamné à leur payer un montant de CHF 100'000.- à titre d'indemnité pour tort moral, avec intérêt à 5% depuis la date du drame.
Le prévenu a acquiescé à ces prétentions sur le principe, ce dont il est pris acte.
Il est notoire que la perte d'un enfant constitue une grande souffrance pour des parents et n'est pas loin de représenter ce qui se fait de pire dans l'échelle des valeurs d'une épreuve. Dans le cas d'espèce, il est établi que les parties plaignantes ont été profondément affectées par la perte de leur fils, épreuve dont elles peinent à se remettre et dont les conséquences sont toujours bien présentes, plus de deux ans et demi après les événements. Par ailleurs, la victime, âgée de 25 ans, vivait avec sa mère et entretenait des liens privilégiés avec elle. Si les circonstances de la vie ont amené le père de la victime à vivre séparé de son fils, il n'en continuait pas moins à entretenir des contacts réguliers avec lui, comme l'ont attesté plusieurs témoins. La vie de ces deux parents a été chamboulée par ce drame. Leur incompréhension face à celui-ci ainsi que l'attitude parfois désinvolte du prévenu, qui a pu reporter la responsabilité du décès de la victime sur celle-ci ou sur sa mère, ont constitué des sources de souffrance supplémentaires pour les parties plaignantes, propres à rendre leur deuil plus difficile encore.
Des indemnités pour tort moral de CHF 60'000.- seront ainsi allouées à chacune des parties plaignantes.
5.2.2. La partie plaignante A_ a sollicité réparation de son dommage matériel.
Le prévenu a admis les conclusions civiles sur leur principe, si bien que le principe de l'indemnisation est reconnu. Au surplus, un certificat médical atteste du fait que la partie plaignante a perdu son travail suite au décès de son fils.
S'agissant du calcul de la perte de gain, de manière générale, il est établi qu'à partir du 1
er
septembre 2017, la partie plaignante a touché une rente invalidité de trois-quarts, alors qu'elle percevait une demie rente auparavant. Plutôt que d'imputer ce montant de manière globale, le Tribunal a calculé les dommages mensuels de la partie plaignante et a donc mensuellement déduit la différence entre ces deux montants, soit CHF 498.35 (CHF 1'495.- - CHF 996.65). A partir du 1
er
janvier 2019, les montants des rentes ont varié et la différence est passée à CHF 502.65 (CHF 1'508.- - CHF 1'005.35).
Nonobstant cette précision, les chiffres avancés par la partie plaignante dans son mémoire de conclusions civiles jusqu'au mois de février 2018 sont corrects. Le salaire habituel à 100% a été déterminé sur la base du salaire à 80% effectivement perçu. Ceux-ci varient chaque mois.
Pour la période qui a débuté après le licenciement de la partie plaignante, le Tribunal tient compte d'un salaire habituel mensuel de CHF 3'481.05 (calculé au
pro rata
du salaire annuel assuré : CHF 41'772.60 / 12) et en déduit les prestations de l'assurance perte de gain et la différence des rentes AI pour déterminer le dommage subi chaque mois. Les chiffres ainsi obtenus diffèrent quelque peu de ceux de la partie plaignante.
A partir du 8 juin 2019, les prestations de l'assurance perte de gain sont arrivées à leur terme et la partie plaignante a sollicité l'octroi de prestations complémentaires AVS/AI. Contrairement à la partie plaignante, le Tribunal estime que ces montants doivent venir en déduction de la perte de gain éprouvée par la partie plaignante. Il s'agit en effet de prestations versées par un assureur social, qui ne va jamais réclamer à la bénéficiaire le remboursement des prestations versées. Si le prévenu était condamné à lui verser ces montants, la partie plaignante serait indemnisée à double. A partir du mois de juillet 2019, la perte de gain était ainsi chaque mois de CHF 1'894.40 (salaire habituel de CHF 3'481.05 auquel sont soustraites les prestations complémentaires de CHF 1'084.- et la différence des rentes AI de CHF 502.65).
Compte tenu des éléments qui précèdent, le dommage de la partie plaignante s'articule de la manière suivante :
- du 9 au 30 juin 2017 : CHF 606.15![endif]>![if>
- juillet 2017 : CHF 798.60![endif]>![if>
- août 2017 : CHF 698.55![endif]>![if>
- septembre 2017 : CHF 338.60![endif]>![if>
- octobre 2017 : CHF 200.20![endif]>![if>
- novembre 2017 : CHF 178.60![endif]>![if>
- décembre 2017 : CHF 200.20![endif]>![if>
- janvier 2018 : CHF 178.15![endif]>![if>
- février 2018 : CHF 32.25![endif]>![if>
- 1
er
au 26 mars 2018 : CHF 96.75![endif]>![if>
- 27 au 31 mars 2018 : - CHF 156.10![endif]>![if>
- avril 2018 : CHF 236.20![endif]>![if>
- mai 2018 : CHF 144.65![endif]>![if>
- juin 2018 : CHF 236.20 ![endif]>![if>
- juillet 2018 : CHF 144.65![endif]>![if>
- août 2018 : CHF 144.65![endif]>![if>
- septembre 2018 : CHF 236.20![endif]>![if>
- octobre 2018 : CHF 144.65![endif]>![if>
- novembre 2018 : CHF 236.20![endif]>![if>
- décembre 2018 : CHF 144.65![endif]>![if>
- janvier 2019 : CHF 140.35![endif]>![if>
- février 2019 : CHF 415.00![endif]>![if>
- mars 2019 : CHF 140.35![endif]>![if>
- avril 2019 : CHF 231.90![endif]>![if>
- mai 2019 : CHF 140.35![endif]>![if>
- 1
er
au 7 juin 2019 : CHF 479.15![endif]>![if>
- 8 au 30 juin 2019 : CHF 1'415.25![endif]>![if>
- juillet 2019 ![endif]>![if>
à août 2020 :
CHF 26'521.60
Total : CHF 34'323.95 CHF 34'636.25
La perte de gain subie par la partie plaignante s'élève ainsi à CHF 34'636.25.
La partie plaignante a également demandé à être dédommagée pour les frais de transport en ambulance, qu'elle a dû honorer à hauteur de CHF 864.-, et pour les frais médicaux de la Dresse AO_, qui n'ont pas été pris en charge par l'assurance maladie (franchises et quote-part), à hauteur de CHF 1'167.45.
Ces postes de dommages sont également justifiés et s'ajoutent au dommage matériel qui doit être indemnisé par le prévenu.
Celui-ci sera ainsi condamné à lui payer un montant total de CHF 36'667.70. L'ensemble du préjudice étant réparti sur quarante-trois mois, la date moyenne des intérêts sera fixée au 31 janvier 2019.
6. Le défenseur d'office et les conseil juridiques gratuits seront indemnisés conformément aux arts. 135 al. 2 et 138 CPP.
7. Le Tribunal ordonnera la restitution au prévenu de ses deux téléphones portables et à la partie plaignante A_ celle des effets personnels de son fils (art. 267 al. 1 et 3).
8. Les frais de la procédure, qui s'élèvent à CHF 76'501.35, y compris l'émolument de jugement fixé à CHF 10'000.- (art. 10 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, du 16 décembre 2010; RTFP ;
E 4 10.03
), seront mis à la charge du prévenu (art. 426 al. 1 CPP).