# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c6225d0f-abe2-5b4c-aef9-b9e86b3f5818
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2012
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Attendu en fait
que par décision du 13 mars 2007, l’OFFICE CANTONAL DE L’ASSURANCE INVALIDITE (ci-après l’OAI ou l’intimé), a refusé l’octroi de toutes prestations à Monsieur A_, né en 1955, au motif qu’il présentait une capacité de travail de 100 % dans une activité adaptée, de sorte que le degré d’invalidité s’élevait à 16,9% ;
Que l’OAI s’était fondé sur le rapport de la CLINIQUE DE READAPTATION (CRR), notamment sur les conclusions du Dr L_, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie, ainsi que sur l’expertise du Dr M_, spécialiste FMH en rhumatologie, du 23 novembre 2006 ;
Que le recours interjeté par l’assuré en date du 30 avril 2007 par-devant le Tribunal cantonal des assurances sociales (TCAS), alors compétent, a été rejeté par arrêt du 2 avril 2008 (
ATAS/381/2008
) ; que le TCAS a considéré que l’expertise du Dr M_ revêtait pleine valeur probante, malgré l’absence d’un interprète, l’examen clinique étant fondamental dans le cadre d’une expertise rhumatologique, et que celle du Dr N_, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie, réalisée le 7 mai 2007 à la demande de l’assureur perte de gain maladie, confirmait l’absence d’une comorbidité psychiatrique importante ; que pour le surplus, le rapport du 24 octobre 2007 de la Dresse O_, cheffe de clinique à Belle-Idée, faisant état d’une aggravation se rapportait à des faits postérieurs à la décision litigieuse, dont le juge n’avait pas à tenir compte ;
Que l’OAI, par décision du 22 avril 2009, a refusé d’entrer en matière sur la nouvelle demande de l’assuré déposée le 28 janvier 2009, au motif qu’il n’avait pas produit de document médical attestant d’une aggravation de son état de santé ;
Que suite à un rapport du Dr P_, spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie, du 25 janvier 2010, le SMR a relevé que l’aggravation était manifeste depuis juillet 2007 selon le rapport de la Dresse O_, avec hospitalisation pour un état dépressif sévère, et qu’afin d’examiner si cette aggravation était temporaire ou durable et d’en évaluer les conséquences sur la capacité de travail, il convenait d’ordonner un complément d’expertise psychiatrique auprès du Dr N_, de la Clinique CORELA, avec des tests neuropsychologiques ;
Que dans le rapport d’expertise pluridisciplinaire du 1
er
novembre 2010, le Dr N_ précise que l’assuré a fait l’objet d’une consultation de psychiatrie le 13 juillet 2010, ainsi que d’une consultation de neuropsychologie le même jour par Madame B_, psychologue FSP et neuropsychologue ; que l’expert a relevé à plusieurs reprises les difficultés de compréhension de l’expertisé qui ne lui ont pas permis de répondre de façon probante aux questions posées, ni de remplir un questionnaire ; que le psychiatre a retenu comme seul diagnostic psychiatrique celui déjà émis dans son précédent rapport du 14 mai 2007 de majoration de symptômes physiques pour des raisons psychologiques (F68.0), sans répercussion sur la capacité de travail; que l’examen neuropsychologique a montré une atteinte cognitive massive et diffuse de toutes les fonctions cognitives testées, la problématique psychiatrique semblant être à la source du tableau cognitif ; qu’il est cependant difficile d’évaluer la surcharge éventuelle de l’expertisé face à ses difficultés, tant les scores sont bas, de sorte qu’il est impossible à l’heure actuelle de retenir un trouble attentionnel ou de la concentration ;
Que par décision du 26 mai 2011, l’OAI a rejeté la demande de mesures professionnelles de reclassement et de rente d’invalidité ;
Que par acte du 27 juin 2011, l’assuré, représenté par son mandataire, a interjeté recours, concluant préalablement à la mise en œuvre d’une expertise et, principalement, à l’annulation de la décision litigeuse et à l’octroi d’une rente entière d’invalidité ;
Que le recourant conteste l’expertise du Dr N_, réalisée sans la présence d’un interprète, alors même qu’il n’a pas été en mesure de répondre à plusieurs reprises aux questions qui lui ont été posées ; qu’il a produit notamment un rapport du Dr P_ du 12 août 2011 dont il ressort que les diagnostics étaient désormais ceux d’épisode dépressif sévère, avec symptômes psychotiques (F32.3), trouble de l’adaptation, avec prédominance d’une perturbation des conduites (F34.24) et troubles mixtes de la personnalité (F.61.0), avec pour conséquence une incapacité totale de poursuivre ses activités sociales, professionnelles et ménagères ;
Que dans sa réponse du 19 septembre 2011, l’intimé conclut au rejet du recours, considérant que l’expertise du Dr N_ revêtait pleine valeur probante ; que s’agissant de la présence d’un interprète, il appartenait à l’expert de décider si tel devait être le cas ; que la précédente expertise du 14 mai 2007 avait été réalisée sans interprète et qualifiée de probante par le TCAS ; que pour le surplus, les diagnostics décrits par le Dr P_ dans ses rapports des 7 avril 2007 et 12 août 2011 ne constituaient en réalité qu’une appréciation différente du même état de fait ;
Que par écriture du 12 octobre 2011, le recourant relève que le Dr O_ était assisté d’un interprète lors des examens psychiatriques à la clinique de Belle-Idée, que contrairement à ce que soutient l’intimé, l’expertise ayant été réalisée consécutivement au recours, le TCAS, dans son arrêt du 2 avril 2008, n’avait pas examiné la valeur probante de l’expertise du Dr N_ ; que pour le surplus, dans son rapport du 12 août 2011, le Dr P_ fait état d’une aggravation ;
Que par courrier du 24 avril 2012, la Cour de céans a informé les parties de ce qu’il entendait mettre en œuvre une expertise psychiatrique, leur a communiqué le projet de mission ainsi que le nom de l’expert et fixé un délai au 11 mai 2012 pour lui faire part des questions complémentaires qu’elles souhaitaient voir poser à l’expert ainsi que pour faire valoir d’éventuels motifs de récusation ;
Que les parties n’ont pas fait valoir de cause de récusation à l’encontre de l’expert;

## Considerations

Attendu en droit
quedès le 1
er
janvier 2011, la Chambre des assurances sociales de la Cour de justice est compétente en la matière (art. 134 de la loi sur l’organisation judiciaire; LOJ - RS
E 2 05
) ;
Que la loi sur la partie générale des assurances sociales (LPGA), entrée en vigueur le 1
er
janvier 2003, est applicable au cas d’espèce ;
Que le recours, déposé dans les formes et délai prévus par la loi est recevable à la forme (art. 56 et 60 LPGA) ;
Que, selon le principe inquisitoire qui régit la procédure dans le domaine des assurances sociales, le juge doit établir (d'office) les faits déterminants pour la solution du litige, avec la collaboration des parties, administrer les preuves nécessaires et les apprécier librement (art. 61 let. c LPGA; cf. ATF
125 V 193
consid. 2) ;
Qu’il doit procéder à des investigations supplémentaires ou en ordonner lorsqu'il y a suffisamment de raisons pour le faire, eu égard aux griefs invoqués par les parties ou aux indices résultant du dossier ;
Qu’en particulier, il doit mettre en oeuvre une expertise lorsqu'il apparaît nécessaire de clarifier les aspects médicaux du cas (ATF
117 V 282
consid. 4a; RAMA 1985 p. 240 consid. 4 ; ATFA non publié I 751/03 du 19 mars 2004, consid. 3.3) ;
Que lorsque le juge des assurances sociales constate qu'une instruction est nécessaire, il doit en principe mettre lui-même en oeuvre une expertise (ATF
137 V 210
consid. 4.4.1.3 et 4.4.1.4) ;
Qu’un renvoi à l’administration reste possible, notamment lorsqu'il s'agit de préciser un point de l'expertise ordonnée par l'administration ou de demander un complément à l'expert (ATF
137 V 210
consid. 4.4.1.3 et 4.4.1.4 ; ATF non publié
8C_760/2011
du 26 janvier 2012, consid. 3);
Que les coûts de l'expertise peuvent être mis à la charge de l'assureur social (ATF
137 V 210
consid. 4.4.2) ;
Qu’en l’espèce, il apparaît que la barrière linguistique a été un problème important lors de l’examen effectué par le Dr N_, ainsi que cela ressort de son rapport du 1
er
novembre 2010 ;
Qu’en effet, le recourant n’a, notamment, pas pu remplir le questionnaire de dépression de BECK en raison de la langue et d’un déficit de compréhension ; qu’à de nombreuses reprises, l’expert a indiqué que le recourant n’avait pas compris les questions qui lui étaient posées et n’a, dès lors, pas été en mesure d’y répondre ; que certaines réponses étaient vagues ou incompréhensibles (cf. expertise p. 33, 34) ;
Que l’expert a mentionné ce qu’il croyait comprendre ou ce qu’il lui semblait avait été dit (cf. expertise p. 29, 33) ; qu’il n’a pas été en mesure de décrire l’histoire du recourant, se contentant de citer ses propos, difficilement compréhensibles, vraisemblablement en raison de la barrière linguistique ;
Que force est de constater que le recourant et l’expert ne se comprenaient pas de manière suffisante en l’absence d’un interprète, de sorte qu’une pleine valeur probante ne peut à l’évidence pas être reconnue à l’expertise du Dr Q_ ;
Qu’au demeurant, à la lecture du rapport d’expertise du 14 mai 2007, la Cour de céans relève encore que contrairement à ce que soutient l’intimé, lors de sa première expertise, le Dr N_ était bien assisté d’un interprète ;
Qu’au vu de ce qui précède, il convient d’ordonner une nouvelle expertise psychiatrique du recourant, qui sera réalisée avec le concours d’un interprète de langue turque ;
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