# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 996e7c53-e9aa-40a9-9c86-a01d58c9a1f8
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par actes séparés, expédiés le 25 avril 2022, A_ et C_ recourent
contre la décision rendue le 12 précédent, notifiée le lendemain, aux termes de laquelle le Procureur général a classé leurs plaintes pénales déposées contre la police (du chef d’accès indu à un système informatique [art. 143bis CP]) et la Procureure D_ (pour entrave à l’action pénale [art. 305 CP] et abus d’autorité [art. 312 CP]).
Ils concluent à l’annulation de cette décision, la cause devant être renvoyée au Ministère public pour complément d’instruction.
Le premier nommé sollicite l’octroi de l’assistance judiciaire devant la Chambre de céans, et la seconde, l’extension de cette même assistance, qui lui a été allouée par le Procureur général, à la procédure de recours.
b.
Par acte expédié le 25 avril 2022, A_ recourt contre la décision rendue le 12 précédent, communiquée par pli simple, à teneur de laquelle le Ministère public a refusé de lui accorder le bénéfice de l’assistance judiciaire en qualité de partie plaignante.
Il requiert l’annulation de cette ordonnance et l’octroi de ladite assistance.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
F_ vit dans une maison à Genève avec, notamment, deux de ses filles (C_, née en 1993, ainsi que G_, née en 1997) et trois de ses fils (A_, né en 1986, H_, né en 1990, ainsi que I_, né le _ 2000).
En été 2018, le dernier nommé était soupçonné, par la police, d’avoir commis des infractions tant avant qu’après sa majorité.
b.
Le 29 août 2018, J_, K_ et L_, inspecteurs auprès de la Brigade des mineurs, se sont présentés chez I_ pour l’interpeller et perquisitionner son logement.
Alors que les policiers étaient sur le palier, F_, A_ et G_, qui se trouvaient à l’intérieur, dans l’entrebâillement de la porte, leur ont exposé que leur fils et frère avait été arrêté la veille. Des discussions se sont ensuivies. Les deux derniers nommés ont commencé à filmer la scène, A_ avec son téléphone portable et G_ avec l’appareil (de marque U_) de sa sœur, C_, également présente. À un moment donné, la police est entrée de force dans le logement. Des clés de bras ont été pratiquées sur G_ ainsi que A_ et ce dernier a été menotté. Les deux téléphones ont été saisis.
Il s’est avéré que I_ n’était pas chez lui, ayant effectivement été interpellé le 28 août précédent pour des faits qui lui étaient reprochés en tant que majeur.
Au terme de l’intervention, A_ a été amené au poste de police.
c.
P/2_/2018
c.a.
À la suite de ces évènements, le prénommé a été arrêté et prévenu d'infraction de violence ou menace contre les autorités et fonctionnaires (art. 285 CP), pour s'être physiquement opposé à l’intervention policière précitée, ainsi que de voies de fait (art. 126 CP), ayant blessé J_ – qui a porté plainte – à cette occasion.
c.b.a
.
Entendu par la police, A_ s’est exprimé sur les faits qui lui étaient reprochés. Il a prétendu ne pas avoir empêché les policiers de faire leur travail, en particulier d'entrer dans l'appartement. Il leur avait demandé s'ils disposaient "
d'un mandat
" et ils lui avaient "
répondu que oui
" (page 2 du procès-verbal d'audition). Il avait filmé la scène car il n'avait pas apprécié la manière dont "
on
" lui avait parlé; il avait faussement prétendu diffuser celle-là "
en direct sur Facebook
", pensant que cela calmerait la situation.
Les inspecteurs lui ont demandé s’il était disposé à effacer cette vidéo, ce à quoi il avait répondu, dans un premier temps, par l’affirmative, puis par la négative.
Le prévenu a accepté de signer la deuxième page de sa déposition mais non les autres, aux dires de la police parce qu'il souhaitait revenir sur certaines de ses déclarations.
c.b.b
.
La police a requis du Ministère public, dans son rapport d’interpellation du 29 août 2018 (sous la rubrique "[a]
ctes
d'enquête sollicités
") l'extraction des données des téléphones saisis, afin de s’assurer qu’elles n’avaient pas été diffusées, et leur suppression.
c.c
.
Par télécopies les 29 août 2018 à 12h00 et 30 août 2018 à 15h53, Me W_ informait le Ministère public qu'elle se constituait à la défense des intérêts tant de I_ que de A_. Elle ajoutait souhaiter assister ce dernier lors de toute audition.
c.d.a
.
Le 30 août 2018, A_ a été entendu par la Procureure de permanence des arrestations, D_ (ci-après : la Procureure) – entrée dans la magistrature le 21 septembre 2017 –, dans les locaux de X_ (ci-après : X_), entre 16h00 et 16h55.
D’après le procès-verbal dressé à cette occasion, le prévenu, informé de son droit d’être assisté d’un conseil, s’est dit "
d’accord
" de s’exprimer hors la présence d’un avocat. Il s’est prononcé sur les faits reprochés – expliquant notamment que si les policiers lui avait "
dit qu'il s'agissait d'une perquisition
", il l'aurait autorisée – et a ajouté être prêt à présenter des excuses à J_ ainsi qu’à participer à une médiation.
Il a, en outre, déclaré ce qui suit : "
Vous me demandez
[si je consens à]
effacer en votre présence les vidéos faites lorsque la police est intervenue à mon domicile le 2
[9]
août 2018
( )
?
Oui, je suis d'accord. Je suis également d'accord d'effacer celles qui sont dans le téléphone portable de ma sœur. Avec votre autorisation, je vais l'appeler devant vous et lui demander le code de son téléphone. Ma sœur est absente du domicile mais mon frère me communique son code qui est le 3_
". À 16h30, un inspecteur, M_ [affecté à la Brigade des délits contre les personnes], a rejoint l’audience. Et le prévenu de continuer : "
Avec l'aide de
[ce policier]
, qui a amené mon téléphone ainsi que celui de ma sœur C_, j'ai visionné les vidéos en présence de la Procureure
( )
, afin qu'elle en prenne connaissance. Je suis d'accord d'effacer les vidéos qui étaient dans mon téléphone, c'est ce que je fais devant vous. L'inspecteur constate que les vidéos ont été effacées. La même chose est faite pour la vidéo se trouvant sur le téléphone de ma sœur. Je suis d'accord d'effacer les vidéos et ai pris note que vous les avez visionnées. Tout ce que je veux c'est en finir avec cette histoire
".
Au terme de l’audience, A_ a signé le procès-verbal et a été relaxé.
c.d.b
.
Le 31 août 2018, la Procureure a établi une note de dossier résumant les deux vidéos supprimées la veille. À teneur de ce document : les policiers font état d'un mandat de perquisition pour I_; l'accès au logement leur est refusé; une discussion vive s’ensuit avec les membres de la famille, essentiellement avec A_; l’une des séquences montre, en gros plan, le visage d’une inspectrice; la police demande d’arrêter de filmer, entre dans le logis et une bousculade se produit; l'interpellation de A_ n’est pas filmée. Cette note, dont il est précisé qu’elle a été établie avec la collaboration de M_, est exclusivement signée par la Procureure.
c.e
.
Le 31 août 2018, la Brigade des mineurs a informé le Ministère public que, lors de l’intervention du 29 précédent, "
C_
", ayant filmé la scène, s'était débattue pour empêcher l’un des policiers de la maîtriser.
À cette suite, la prénommée a été mise en prévention pour infraction à l’art. 286 CP. Elle a contesté la commission des faits précités, refusant toutefois de dénoncer leur auteure.
c.f.a.
Par courrier du 5 septembre 2018, l’avocat d’office de A_ déplorait, auprès de la Procureure, que ce dernier ait été privé, le 30 août précédent, de la présence et des conseils de Me W_, "
dument
mandatée par sa famille
". Le procès-verbal de l’audience tenue à cette date devait être rectifié comme suit : cette magistrate avait demandé à son mandant d’effacer la vidéo sur son téléphone mobile "
en lui indiquant qu’à défaut ce portable serait détruit
". Le film enregistré dans l’appareil de C_ avait été effacé sans le consentement de cette dernière. "
Dans tous les cas, la destruction de preuves par le Ministère public
[lui]
sembl
[ait] ( )
relever de l’abus
".
c.f.b
.
Cette magistrate lui a répondu que la teneur du procès-verbal correspondait aux déclarations faites en audience, que A_, dûment informé de ses droits, avait accepté d'être entendu sans avocat et que "
quand
[elle avait]
expliqué
[au prévenu]
que son téléphone portable risquait d'être saisi,
[son]
client a
[vait]
préféré effacer lui-même les vidéos filmant les agents de police lors de l'exercice de leur fonction, afin de pouvoir
récupérer
[cet]
appareil
".
c.g
.
Courant septembre 2018, C_ et A_ ont requis, et obtenu, la restitution de leurs téléphones.
c.h
.
La procédure a été reprise par un autre Procureur en décembre 2018.
c.h.a
.
Le 17 décembre 2021, ce magistrat a ordonné le classement de la cause à l'égard de C_, au motif que les faits reprochés à cette dernière avaient été, en réalité, commis par sa sœur, G_.
c.h.b
.
À cette même date, il a renvoyé A_ en jugement pour infraction à l’art. 285 CP. La procédure est pendante devant le Tribunal de police.
d.
P/1_/2018
d.a
.
Les 25 septembre et 27 novembre 2018, A_, sa mère et G_ ont déposé plainte pénale contre les trois inspecteurs de la Brigade des mineurs, leur reprochant d'avoir violé leur domicile et de les avoir blessés lors de l’intervention du 29 août 2018.
En substance, ils y exposaient que ces policiers étaient entrés de force chez eux, sans être au bénéfice d'un mandat de perquisition; ils avaient été violents, alors qu'aucun des occupants ne s'était montré agressif.
À l’appui, A_ a produit un certificat médical daté du 30 août 2018 attestant qu’il souffrait d'un "
traumatisme psychologique
", de diverses lésions et de douleurs. Un arrêt de travail à 100% pendant cinq jours lui a, entre autres, été prescrit.
d.b
.
Prévenus d’infractions aux art. 123, 186 et 312 CP, J_, K_ et L_ ont contesté toute responsabilité pénale. Ils avaient obtenu un mandat de perquisition, dont ils s’étaient prévalus à l’égard des plaignants, mais en vain, avant d’entrer dans la maison. L’attitude hostile de la famille les avait contraints à employer la force pour pouvoir mener à bien leur mission.
e.
P/18196/2018
e.a.a
.
En automne 2018, C_ a porté plainte contre la police et la Procureure.
Elle a expliqué avoir constaté, le 1
er
septembre 2018, en consultant le site "
Google
-
Mon activité
" [outil permettant de retracer l’historique de certaines activités sur un/des appareil(s) électronique(s)] que son téléphone portable avait été activé à dix reprises entre le 29 août 2018 à 9h31 et le 31 août 2018 à 6h55, alors qu’il était en possession de la Brigade des mineurs; des tentatives d’accès indus à cet appareil avaient donc eu lieu. Lors de l’audience du 30 août 2018, la Procureure avait exigé de A_ qu’il se procure le code de déverrouillage de son téléphone – ce que ce dernier avait fait en contactant l’un de leurs frères [H_, elle-même n’étant pas présente au domicile lors de l’appel du premier nommé] – pour fouiller l'appareil et effacer l’enregistrement; or, elle n'avait jamais consenti à la destruction de celui-ci.
e.a.b
.
Pour étayer ses allégués, elle a produit neuf captures d’écran tirées du site "
Google
-
Mon activité
"; ces documents font état de plusieurs activations d’un téléphone de marque U_; aucun nom ou numéro permettant d’identifier les titulaires de l’appareil/de l’historique des activités, concernés n’y figure. D’après ceux-là, diverses "
applications
" avaient été activées sur un téléphone, aux dates et heures suivantes : le 29 août 2018 à 9h31 ("
appareil photo
"), 12h22 ("
com.U_.app.spage
" [application qui fonctionne avec l’assistant virtuel T_ (équivalent de O_ pour les P_)]), 12h23 ("
appareil photo
") et 14h26 ("
com.U_.app.spage
"); le 30 août 2018 à 16h41 ("
U_ Video Player
"), 16h43 ("
appareil photo
"), 17h10 ("
Galerie U_
"), 20h59 ("
Galerie U_
") ainsi que 21h37 ("
Galerie U_
").
e.b
.
À cette suite, le Procureur général a ouvert une procédure contre inconnu des chefs d’accès indu à un système informatique (art. 143bis CP), entrave à l’action pénale (art. 305 CP) et abus d’autorité (art. 312 CP), qu’il a ensuite étendue à A_.
Un conseil juridique gratuit a été désigné à C_ et un avocat d’office, au prévenu.
e.c
.
En cours d’instruction, A_ s’est constitué partie plaignante "
en relation avec la destruction des vidéos
".
e.d
.
L’Inspection générale des services (ci-après : IGS) et/ou le Ministère public ont entendu les intervenants suivants :
e.d.a
.
C_ a confirmé sa plainte. Son téléphone était doté d’une application "
Google Photos
", où s’enregistraient directement les séquences qu’elle filmait au moyen de cet appareil. Pour y accéder, le téléphone devait être déverrouillé. Avant que cet objet ne lui soit restitué par les autorités pénales, elle s’était connectée à
"
Google photo
" pour tenter de récupérer la vidéo effacée, mais en vain; c’était alors qu’elle avait imprimé l'historique des accès sus-évoqué. Personne ne l'avait contactée le jour de l’audience; lorsqu'elle était rentrée chez elle, elle avait appris que H_ avait donné, sans obtenir son autorisation au préalable, son code d’accès à A_ pour que la Procureure puisse regarder la vidéo.
e.d.b
.
Les inspecteurs J_, L_ et K_ ont contesté avoir tenté d’accéder aux données contenues dans le téléphone de C_.
Aux dires du premier nommé, il avait, après la saisie, laissé cet appareil sur son bureau. Les membres de la Brigade des mineurs avaient assisté, durant toute la journée du 30 août 2018, à une séance réunissant "
des brigades de
[s] [m]
ineurs
( )
romandes
"; la permanence avait été assurée par la Brigade des délits contre les personnes.
e.d.c
.

## Considerations