# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** cd47e2c7-35bf-5ed2-a41e-90659a6fa1cd
**Court:** FR_TC
**Chamber:** FR_TC_004
**Year:** 2016
**Language:** fr
**Jurisdiction:** FR / Espace_Mittelland
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Family

## Facts

considérant en fait
A. B._ et A._ se sont mariés en 1994. Ils sont les parents de C._ et D._, nés respectivement en 2006 et en 2010. Les enfants sont binationaux, leur mère étant de nationalité canadienne et leur père de nationalité suisse.
Par décision du 20 mars 2014, le Tribunal civil de l’arrondissement de la Sarine a prononcé le divorce de B._ et de A._. Il a attribué l’autorité parentale conjointe aux parents et la garde des enfants à la mère, le père disposant d’un droit de visite (DO 110 ss).
B._ s’est remariée avec E._. De cette union est né un enfant prénommé F._.
B. Sur demande de A._, la Juge de paix de l’arrondissement de la Sarine (ci-après : la Juge de paix) a, par décision de mesures superprovisionnelles du 9 janvier 2015, interdit à B._ de quitter le territoire suisse avec C._ et D._, au vu d’un retour au Québec, sans l’autorisation écrite préalable de A._ (DO 6 ss).
C. Le 28 janvier 2015, la Justice de paix de l’arrondissement de la Sarine (ci-après : la Justice de paix) a institué une curatelle de surveillance des relations personnelles au sens de l’article 308 al. 2 CC en faveur de C._ et D._. Le mandat est actuellement confié à G._, intervenante en protection de l’enfant au Service de l’enfance et de la jeunesse (ci-après : SEJ). Elle a en revanche refusé d’instaurer une curatelle éducative (DO 65 ss).
D. Par acte du 18 mai 2015, B._ a requis de la Justice de paix l’autorisation de modifier le lieu de résidence de ses enfants au Québec (Canada), région dont elle est originaire et où vit sa famille. Elle a allégué en substance qu’elle et son époux ont l’intention d’acquérir une propriété située non loin d’où vit sa famille, laquelle comportera notamment des locaux destinés à l’exploitation d’une rôtisserie de cochons de lait à la mode portugaise dont le financement est d’ores et déjà garanti. Cette activité commerciale à domicile leur permettra d’être présents pour les enfants. De plus, B._ exécutera des mandats à distance pour son ancien employeur et son mari exercera une activité lucrative parallèle. En outre, la région d’accueil offre des solutions de choix sur le plan scolaire. Ce changement est ainsi fondé sur un véritable projet d’avenir dans lequel l’intérêt des enfants joue un rôle central. De plus, ce changement de domicile ne s’opposerait pas au maintien de relations personnelles de qualité avec le père. B._ s’est en outre déclarée prête à renoncer aux pensions alimentaires versées par son ex-mari pour qu’il puisse exercer son droit de visite, et s’est engagée à accompagner les enfants en Suisse chaque année et à maintenir des contacts réguliers entre ses enfants et leur père par webcam et téléphone (DO 100 ss).
Par courrier du 24 juillet 2015, A._ s’est déterminé sur cette demande. A titre préliminaire, il a conclu à ce qu’une expertise pédopsychiatrique de C._ et D._ et une évaluation sociale aux domiciles maternel et paternel soient ordonnées. Au fond, il a conclu principalement au rejet de la demande et, subsidiairement, à ce que B._ soit autorisée à modifier son propre lieu de résidence, la garde des enfants étant confiée au père, un droit de visite étant accordé à la mère, frais d’exercice de celui-ci à la charge de cette dernière. Plus subsidiairement, il a conclu à ce que la mère soit autorisée à modifier son lieu de résidence et celui des enfants au Québec, un droit de visite étant accordé au père, frais d’exercice du droit de visite à
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la charge de la demanderesse. En substance, il a allégué que depuis la séparation du couple, les enfants ont déjà été déstabilisés par de nombreux évènements qui auraient provoqué une prise de poids chez D._ et des angoisses chez C._. De plus, il craint qu’une fois installée, B._ entrave l’exercice de son droit de visite. Par ailleurs, le mari de B._ aurait un comportement inapproprié envers les enfants C._ et D._ ; il aurait donné une gifle à C._ et embrassé D._ sur la bouche. Il a manifesté le souhait que ses enfants vivent auprès de lui en cas de départ de leur mère. De plus, il a estimé le projet commercial de B._ et de son mari comme étant incomplet. Compte tenu de ces éléments, une expertise pédopsychiatrique est selon lui nécessaire pour évaluer les risques d’un tel déracinement pour les enfants et du comportement du mari de la mère. A._ a en outre requis l’audition de sa sœur, de son frère et du père de la requérante (DO 145 ss).
Par courrier du 15 septembre 2015, B._ a transmis à la Justice de paix ses observations et a conclu au rejet des demandes d’expertise pédopsychiatrique, d’évaluation sociale et d’auditions. A titre subsidiaire, elle a requis l’établissement d’un rapport par le SEJ. Sur le fond, la mère a rejeté les conclusions principale et subsidiaire de A._ et a partiellement admis sa conclusion plus subsidiaire (DO 162 ss).
Le 6 novembre 2015, le défendeur a modifié ses conclusions en ce sens qu’il a supprimé sa conclusion plus subsidiaire. Il a en revanche confirmé sa demande d’expertise pédopsychiatrique (DO 189 ss).
E. A la demande de la Justice de paix, le SEJ a livré un rapport d’enquête sociale en date du 16 décembre 2015. Il ressort en substance de ce rapport que les enfants vont bien et qu’ils ont une bonne relation avec leur beau-père, les disputes évoquées entre ce dernier et C._ étant tout à fait normales. B._ semble parfaitement adéquate avec ses enfants et ne cherche aucunement à entraver le droit de visite du père ; elle est au contraire consciente de l’importance des relations père-enfants. Les enquêteurs sociaux ont cependant relevé que le père semblait peu s’investir et s’intéresser à la vie de ses enfants. Au vu de ces éléments, ils ont considéré que rien ne s’oppose à ce que la mère emmène ses enfants au Canada et qu’il est dans leur intérêt que la garde demeure à la mère. En revanche, ils se sont dits défavorables au déménagement de la mère au Canada sans ses enfants. Partant, le SEJ a proposé que la garde de C._ et de D._ reste confiée à la mère, laquelle est autorisée à s’installer au Canada avec ses enfants au terme d’une année scolaire, que A._ bénéficie d’un droit de visite aussi large que possible, à savoir de quatre semaines durant les vacances d’été et, en alternance, de deux semaines à Noël et de deux semaines à Pâques pour autant que ce rythme soit supportable pour les enfants et que les frais inhérents au droit de visite soient répartis équitablement entre les parents, et que le père et les enfants puissent communiquer aussi souvent que possible par exemple par skype, à raison de deux soirs par semaine (DO 201 ss).
En date du 4 janvier 2016, le SEJ a livré son rapport annuel 2015 et a proposé le maintien de la curatelle en faveur des enfants (DO 216 ss).
Par courrier du 4 février 2016, A._ s’est déterminé sur le rapport d’enquête sociale. Il a allégué en substance qu’il est lacunaire, en ce sens qu’aucun contact n’a été pris avec la psychologue scolaire H._, qu’aucun des pédiatres des enfants n’a été consulté, qu’aucun renseignement supplémentaire n’a été demandé quant au déficit d’attention de C._, que le rôle et l’intérêt du père sont minimisés et que les attitudes contestables de la mère et de son
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mari ont été mises de côté. Partant, il a maintenu sa requête d’expertise pédopsychiatrique (DO 221 ss).
Le SEJ a complété son rapport d’enquête en date du 24 mars 2016 après s’être entretenu avec la psychologue scolaire et les pédiatres des enfants. Il a confirmé les propositions faites dans son précédent rapport (DO 239 ss).
F. Le 5 avril 2016, les parties ont comparu devant la Justice de paix, de même que E._ en qualité de témoin. En substance, B._ a confirmé sa demande. Elle a relevé que la situation est difficile à vivre actuellement pour C._ et D._ qui angoissent à l’idée de ne pas savoir s’ils vont partir au Canada. Elle a précisé que D._ a peur d’être séparée de son frère F._ et qu’elle n’est pas en surpoids. En outre, C._ n’est plus suivi par H._. Selon elle, son projet est favorable au bien-être des enfants. A._ a quant à lui allégué qu’il est en arrêt de travail pour cause de maladie, qu’il a dû quitter son emploi en mars 2016 et qu’il va prochainement s’inscrire au chômage. Selon lui, ce projet est négatif pour C._ et D._ qui disent ne pas avoir envie de partir. Pour sa part, E._ a déclaré qu’il souhaite créer un futur et un avenir stables pour les enfants de son épouse. Il a relevé que leur projet professionnel est réaliste et réfléchi et qu’il leur permettra de concilier leur vie de famille avec leur vie professionnelle. Finalement il a contesté avoir jamais eu un geste inapproprié envers D._ (DO 250 ss).
Le 15 avril 2016, la Juge de paix s’est entretenue avec C._ et D._. En substance, C._ a confié s'entendre « moyen » avec le mari de sa mère qu'il trouvait parfois trop strict à son égard, alors qu'il l'est moins envers sa sœur. Il a avoué être un peu stressé par rapport au projet de départ au Canada car il a peur « de ne plus voir sa maman autant souvent qu'avant » et avait « aussi un peu peur de partir ». Il a répété que ce qui compte le plus pour lui, c’est « d'être avec [sa] maman ». Il a en outre relevé que s'il part au Canada, il pourra « skyper » avec son père pour garder des contacts avec lui. D._ a quant à elle indiqué qu'elle s'entend bien avec son beau-père. Relativement au projet de départ au Canada, elle a relevé qu'elle est un peu stressée car il « n'y avait pas encore de décision » mais que cela ne l'empêche pas de dormir la nuit et qu'en fait, elle « ne pense rien de tout ça » [départ au Canada]. Elle a indiqué qu'elle sait « parler sur skype » (DO 267 ss).
G. Par décision du 27 avril 2016, la Justice de paix a rejeté la requête de A._ tendant à ordonner une expertise psychiatrique sur ses enfants ainsi que celle tendant à l’audition de son frère, de sa sœur et du père de B._. Elle a également autorisé cette dernière à déplacer le lieu de résidence de C._ et D._ au Québec (Canada) à partir du 1er août 2016, étant entendu que les enfants commenceront leur nouvelle scolarité au Canada. L’autorité parentale conjointe sur D._ et C._ a été maintenue et la garde est restée confiée à la mère, A._ disposant d’un droit de visite qui s’exercera à raison de quatre semaines durant les vacances d’été et, en alternance, deux semaines à Noël et deux semaines à Pâques. De plus, en dehors des vacances, A._ communiquera aussi souvent que possible avec ses enfants mais au minimum une fois par semaine, soit par skype, soit par téléphone, à 18h15 (heure au Canada, soit 12h15 en Suisse). Les frais de déplacements des enfants pour l’exercice du droit de visite ont été mis à la charge du père, lequel n’aura plus à verser de pensions alimentaires. Finalement, la Justice de paix a levé l’interdiction faite à B._ de quitter le territoire suisse avec ses enfants en vue d’un retour au Québec sans l’autorisation de A._
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et a maintenu la curatelle de surveillance des relations personnelles en faveur des enfants jusqu’à leur départ définitif au Canada (DO 276 ss).
H. Par mémoire du 27 mai 2016, A._ a interjeté recours contre cette décision concluant à son annulation, à ce qu’une expertise pédopsychiatrique sur ses enfants soit ordonnée et au rejet de la requête en modification du lieu de résidence de ses enfants ; subsidiairement il a conclu à ce que la mère soit autorisée à modifier son lieu de résidence, que la garde de C._ et D._ soit confiée à leur père et qu’un droit de visite soit accordé à leur mère qui s’acquittera des frais d’exercice du droit de visite ; très subsidiairement, A._ a conclu au renvoi de la cause à l’autorité intimée pour nouvelle décision dans le sens des considérants, frais à la charge de B._. Par acte séparé du même jour, A._ a déposé une requête de mesures provisionnelles urgentes et a conclu principalement à ce que le SEJ soit mandaté pour déposer un rapport sur la situation personnelle et familiale de ses enfants, à ce qu’une expertise psychiatrique de ces derniers soit ordonnée, au retrait du droit de résidence de B._ sur ses enfants jusqu’au terme de l’enquête sociale, à ce que ses enfants soient confiés au SEJ qui veillera à leur séjour chez leur père, et à l’instauration d’une mesure de curatelle au sens de l’art. 308 al. 1 CC en leur faveur, frais à la charge de l’intimée. En outre, le recourant a requis l’octroi de l’assistance judiciaire et la désignation de Me Laetitia Dénis en qualité de défenseur d’office.
Par courrier du 1er juin 2016, la Juge de paix a renoncé à déposer des observations et s’est intégralement référée au contenu de la décision attaquée.
Par mémoire du 23 juin 2016, B._ a conclu au rejet du recours et à la confirmation de la décision querellée, frais à la charge du recourant. De plus, elle a requis le retrait de l’effet suspensif. Elle a également conclu au rejet de la requête d’assistance judiciaire de A._.

## Considerations

en droit
1. a) Selon l'art. 8 de la loi du 15 juin 2010 concernant la protection de l'enfant et de l'adulte (LPEA), le Tribunal cantonal connaît des recours contre les décisions rendues par l'autorité de protection - soit la Justice de paix (art. 2 al. 1 LPEA) - ou par son président ou sa présidente. La Cour de protection de l'enfant et de l'adulte (art. 14 al. 1 let. c du Règlement du Tribunal cantonal du 22 novembre 2012 précisant son organisation et son fonctionnement [RTC]) est compétente pour statuer.
b) Les dispositions de la procédure devant l’autorité de protection de l’adulte sont applicables par analogie (art. 314 al. 1 CC). La procédure devant l’instance de recours est ainsi régie par les art. 450 à 450e CC (MEIER/STETTLER, Droit de la filiation, 5ème éd., 2014, n. 589 p. 399).