# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 00d8dad0-50e2-4b21-98bb-42264dd6e31c
**Court:** CH_BSTG
**Chamber:** CH_BSTG_001
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

la question de l’imprescriptibilité prévue par cette disposition ne fait nul
doute s’agissant des génocides et des crimes contre l’humanité commis
postérieurement à l’entrée en vigueur en 2011 des nouvelles dispositions
pénales en vue de la mise en œuvre du Statut de Rome de la Cour pénale
internationale, reste à déterminer le sort des actes antérieurs à ladite
révision.
2.1.2 L’art. 2 CP détermine les conditions de l’application de la loi pénale
dans le temps. Il rappelle le principe général de la non-rétroactivité de la loi
pénale (art. 2 al. 1 CP) et prévoit également l’exception dite de la lex mitior,
à savoir l’application de la loi nouvelle aux actes commis avant son entrée
en vigueur si elle est plus favorable à l’auteur (art. 2 al. 2 CP). Les art. 388 à
390 CP complètent l’art. 2 CP et règlent selon les mêmes principes de la
non-rétroactivité et de l’application de la lex mitior l’exécution des
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jugements, des peines et des mesures, la prescription ainsi que la plainte
(DONGOIS/LUBISHTANI, Commentaire romand: Code pénal I, 2e éd. 2021, n.
19 ad art. 2 CP). Ainsi, s’agissant en particulier des dispositions du nouveau
droit concernant la prescription de l’action pénale et des peines et
conformément à l’art. 389 al. 1 CP, elles sont applicables également aux
auteurs d’actes commis ou jugés avant l’entrée en vigueur du nouveau droit
si elles lui sont plus favorables que l’ancien droit (ATF 134 IV 297 consid.
4.1; DONGOIS/LUBISHTANI, op. cit., n. 21 ad art. 2 CP). L’article 389 CP
réserve cependant expressément toute disposition contraire de la loi.
2.1.3 Une telle dérogation découle justement de l’art. 101 al. 3 CP
s’agissant de la prescription du génocide et des crimes contre l’humanité
(TPF 2018 96 consid. 7.2.2; v. ég. DONGOIS/LUBISHTANI, op. cit., n. 21 ad
art. 2 CP; JAKOB/MALEH, Commentaire romand: Code pénal II, 2017, n. 43
ad Intro. aux art. 264–264n CP). Cette disposition prévoit en effet que
l’imprescriptibilité pour cette première infraction s’applique si l’action
pénale ou la peine n’était pas prescrite le 1er janvier 1983 en vertu du droit
applicable à cette date. S’agissant des crimes contre l’humanité,
l’imprescriptibilité est admise si l’action pénale ou la peine n’était pas
prescrite à l’entrée en vigueur de la modification du 18 juin 2010 du présent
code, en vertu du droit applicable à cette date. Ainsi, les crimes contre
l’humanité sont imprescriptibles lorsqu’ils n’étaient pas encore prescrits au
1er janvier 2011 (ZIEGLER/WEHRENBERG, Commentaire romand: Code
pénal I, op. cit., n. 25c ad art. 101 CP; v. ég. déclarations WIDMER-
SCHLUMPF BO 2010 CE 340). Dans ces cas, les dispositions relatives à
l’imprescriptibilité s’appliquent également aux actes commis avant l’entrée
en vigueur des comportements réprimés (TPF 2018 96, ibidem;
JAKOB/MALEH, op. cit., n. 44 et 48–51 ad Intro. aux art. 264–264n CP;
TRECHSEL/CAPUS, Praxiskommentar, 3e éd. 2018, n. 11 ad art. 101 CP).
Les crimes imprescriptibles au sens de l’art. 101 al. 3 CP constituent ainsi
une exception au principe de la lex mitior et la règle s’applique dès lors
indépendamment de dispositions relatives à la prescription plus favorables à
l’auteur (TPF 2018 96 consid. 7.2.2; DONGOIS/LUBISHTANI, op. cit., n. 21
ad art. 2 CP; DUPUIS ET AL., Petit commentaire, Code pénal, 2e éd. 2017, n.
1 à 3 ad art. 389 CP). La prescription n’étant pas une caractéristique de la
punissabilité de l’acte, sa suppression ne pose aucun problème, tant que le
pouvoir répressif de l’Etat n’est pas éteint (JAKOB/MALEH, op. cit., n. 44 ad
Intro. aux art. 264–264n CP; ZIEGLER/WEHRENBERG, op. cit., n. 42 ad art.
101 CP; v. ég. arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme Coëme et
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autres contre Belgique du 22 juin 2000, Recueil CourEDH 2000-VII p. 62
s., n. 149).
Il s’ensuit que l’art. 101 al. 3 CP consacre une rétroactivité limitée des
règles sur l’imprescriptibilité des crimes qui, au jour où la règle y relative
est adoptée, ne sont pas déjà prescrits (ATF 132 III 661 consid. 4.3 s.).
Cette rétroactivité limitée dans le temps permet de concilier le principe de
non-rétroactivité des lois pénales au sens de l’art. 2 CP et les considérations
politiques militant en faveur de l’imprescriptibilité pour les crimes revêtant
une dimension historique, tels que le génocide et les crimes contre
l’humanité (ZIEGLER/WEHRENBERG, op. cit., n. 41 ad art. 101 CP; v. ég.
METTRAUX, International crimes, vol. II: Crimes against Humanity, 2020, p.
187 ss).
2.2
2.2.1 En l’espèce, le MP-VD instruit depuis les années 1990 une procédure
contre treize prévenus pour assassinat, respectivement ou subsidiairement
complicité d’assassinat, et contre C. pour instigation à assassinat.
2.2.2 En ce qui concerne la répression du génocide et des crimes contre
l’humanité commis avant le 15 décembre 2000, respectivement, le 1er
janvier 2011, il fallait se référer aux différentes dispositions de droit
commun, telles que le meurtre (art. 111 CP), l’assassinat (art. 112 CP), les
lésions corporelles graves (art. 122 CP), etc. (MEYLAN, in: La lutte contre
l’impunité en droit suisse, compétence universelle et crimes internationaux,
2e éd. 2015, p. 33, n. 10 et note de bas de page 19; BERTOSSA/CES, in: La
lutte contre l’impunité en droit suisse, compétence universelle et crimes
internationaux, op. cit., p. 91, n. 40 s. et p. 165, annexes 1).
2.2.3 Conformément à l’art. 264 let. a CP, est puni d’une peine privative de
liberté à vie ou d’une peine privative de liberté de dix ans au moins
quiconque, dans le dessein de détruire en tout ou en partie un groupe
national, racial, religieux, ethnique, social ou politique, en tant que tel, tue
des membres du groupe ou attente gravement à leur intégrité physique ou
mentale.
Cette disposition se réfère expressément au fait de tuer des membres d’un
groupe. Bien que le nombre de victime ne soit pas déterminant pour la
qualification de génocide, la lettre de la norme semble prévoir qu’il faille au
moins deux victimes (GARIBIAN, Commentaire romand: Code pénal II, op.
cit., n. 12 ad art. 264 CP). L’infraction est intentionnelle et l’auteur doit
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avoir agi dans le dessein d’exterminer, en tout ou en partie, un groupe
national, racial, religieux, ethnique, social ou politique, soit un ensemble de
personnes présentant des caractéristiques communes et qui les distinguent
collectivement des autres (BERTOSSA/CES, op. cit., p. 85, n. 9;
WEHRENBERG, Basler Kommentar, 4e éd. 2019, n. 27 ad art. 264 CP).
Concernant en particulier les groupes politiques visés par la disposition, il
s’agit de communautés partageant des intérêts généraux et publics et
s’organisant à ces fins (VEST, Praxiskommentar, 3e ed. 2017, n. 4 ad
art. 264 CP, WEHRENBERG, op. cit., n. 36 ad art. 264 CP).
A teneur de l’art. 264a al. 1 let. a CP, est puni d’une peine privative de
liberté de cinq ans au moins quiconque, dans le cadre d’une attaque
généralisée ou systématique lancée contre la population civile, tue
intentionnellement une personne.
Une telle attaque procède généralement d’une stratégie, de la politique d’un
Etat ou d’une organisation (DUPUIS ET AL., op. cit., n. 7 ad art. 264a CP).
L’attaque doit être générale, c’est-à-dire qu’elle se distingue par son
envergure ou systématique, auquel cas elle se distingue par son degré
d’organisation (Message du 23 avril 2008 relatif à la modification de lois
fédérales en vue de la mise en œuvre du Statut de Rome de la Cour pénale
internationale [ci-après: Message], FF 2008 3461, 3517; DUPUIS ET AL., op.
cit., n. 8 ad art. 264a CP; VEST, op. cit., n. 6 ad art. 264a CP). Dite attaque
est lancée contre la population civile (VEST, op. cit., n. 7 ad art. 264a CP).
En d’autres termes, il suffit que l’auteur ait intentionnellement fait une seule
victime indépendamment de sa nationalité tant que l’action s’inscrit dans le
contexte plus large d’une attaque généralisée ou systématique (Message,
3515; DUPUIS ET AL., op. cit., n. 9 ad art. 264a CP).
2.2.4 À la lumière du dossier pénal et des investigations menées par le MP-
VD depuis les années 1990, force est de constater que les caractéristiques
susmentionnées et nécessaires à l’application des art. 264 et 264a CP,
lesquels peuvent au demeurant être retenus en concours (v. JAKOB/MALEH,
op. cit., n. 36 ad Intro. aux art. 264–264n CP), ne peuvent être niées.
Il ressort en effet des éléments établis en cours d’enquête que l’exécution de
B., militant du Conseil national de la résistance iranienne, alors sous le
couvert de l’asile politique en Suisse depuis 1981, avait d’ores et déjà été
décidée et ordonnée en 1982 ou 1983 par C., ministre des services de
renseignement et des affaires concernant la sécurité de la République
islamique d’Iran et responsable de la direction des actions d’exécution des
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opposants au régime. Aux fins de planification du crime en question, des
commandos iraniens se sont déplacés en Suisse à trois reprises entre octobre
1989 et avril 1990. Au cours du dernier déplacement, le commando mis en
place et composé de treize personnes munies de passeports de service
iraniens portant la mention «chargé de mission» a observé la victime durant
plusieurs jours avant de passer à l’acte en date du 24 avril 1990. Tombé,
non loin de son domicile, dans une embuscade composée de deux véhicules
dont les occupants ont ouvert le feu avec une mitraillette 9 mm, B. a
succombé sur place à ses blessures. Les auteurs ont quitté le sol helvétique
dans les heures qui ont suivi le crime et ont fait depuis lors l’objet de
mandats d’arrêt internationaux délivrés par les autorités suisses, mandats
qui ont aujourd’hui été levés.
Le MP-VD a en outre mis en évidence que l’élimination des opposants
iraniens était menée dans plusieurs pays d’Europe. Des assassinats ont
notamment été perpétrés entre 1987 et 1993 à Hambourg, Vienne, Genève,
Londres, Dubaï et Paris. C. a été placé sous mandat d’arrêt international par
les juridictions pénales allemandes en 1996 pour avoir joué un rôle
fondamental dans les assassinats d’opposants et par les autorités argentines
en 2003 pour avoir organisé et coordonné un attentat à la bombe au siège de
l’Association mutuelle israélo-argentine à Buenos Aires. Un mandat d’arrêt
international a en outre été délivré en 2006 à son encontre par les autorités
suisses dans le cadre de la présente affaire.
2.2.5 Il découle de ce qui précède que les faits sous enquête sont
susceptibles de relever des infractions de génocide et/ou de crimes contre
l’humanité, ce que le MPC ne semble par ailleurs pas contester.
2.3 Au vu des considérations qui précèdent, de même que du principe in
dubio pro duriore, l’assassinat dont il est question en l’espèce peut avoir été
commis dans une intention génocidaire ou de perpétration de crimes contre
l’humanité. Ces actes n’étant pas prescrits au 1er janvier 1983,
respectivement, au 1er janvier 2011, ceux-ci peuvent être poursuivis sans
limite de temps (v. MEYLAN, ibidem).
Il convient par conséquent au MPC de reprendre la cause.

## Considerations