# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** be975ad6-3e9c-5140-b4e2-647da1b12127
**Court:** GE_TP
**Chamber:** GE_TP_001
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** Criminal
**Law Sub-area:** $law_sub_area

## Facts

EN FAIT
A.
Par acte d'accusation du 1
er
septembre 2017, il est reproché en substance à X_ d'avoir,
- entre le 29 décembre 2009 et le 23 avril 2015, exploité la force de travail de sa cousine A_ qu'elle a recrutée au Sénégal alors qu'elle était âgée de dix-neuf ans. Elle lui a saisi son passeport, qu'elle a par la suite découpé aux ciseaux en 2014, et l'a contrainte à s'occuper principalement de deux de ses trois enfants mineurs ainsi que de son ménage, sept jours sur sept, pour une durée hebdomadaire moyenne d'à tout le moins 71 heures, tandis qu'elle poursuivait ses études. Durant toutes ces années, elle a nourri et logé A_, sans toutefois la rémunérer, hormis quelques CHF 50.- ou 100.- par mois à titre d'argent de poche. A_ a dormi sur un matelas à même le sol dans la chambre d'un des enfants et a fait l'objet de nombreuses vexations, pressions psychiques et violences physiques et verbales de la part de X_. Elle a été peu à peu placée dans une situation d'isolement, en étant démunie d'autorisation de séjour ainsi que de pièce d'identité et sans ressources financières, dans un pays qui lui était étranger, faits qualifiés de traite d'êtres humains au sens de l'art. 182 al. 1 du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 (CP ;
RS 311.0
), subsidiairement d'usure au sens de l'art. 157 ch. 1 CP et de contrainte au sens de l'art. 181 CP ;
- le 27 avril 2015, alors que A_ s'était rendue au domicile de X_ pour récupérer des effets personnels, dont un nouveau passeport, tiré les cheveux de A_ lors d'une altercation entre elles, faits qualifiés de voies de fait au sens de l'art. 126 al. 1 CP ;
- entre le 29 décembre 2009 et le 23 avril 2015, facilité le séjour en Suisse de A_ alors que cette dernière ne bénéficiait pas des autorisations nécessaires, et d'avoir tenté d'arranger un mariage entre elle et D_, afin que A_ puisse obtenir un permis de séjour, faits qualifiés d'incitation à l'entrée, à la sortie ou au séjour illégaux au sens de l'art. 116 al. 1 let. a de la Loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr ;
RS 142.20
).
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a.
La police est intervenue au domicile de X_ à _, suite à une bagarre survenue au domicile de cette dernière. Sur place, les forces de l'ordre ont découvert A_ et X_ au sol devant la porte palière en train de se tirer les cheveux.
Des déclarations de A_
b.
Suite à cet incident, A_ a déposé plainte pénale contre sa cousine X_ le 27 avril 2015. Il résulte en substance de ses déclarations à la police et au Ministère public ce qui suit. A_ a indiqué avoir grandi au Sénégal dans un petit village. X_, qui lui avait dit qu'elle allait pouvoir poursuivre ses études à Genève, l'avait faite venir en Suisse le 28 décembre 2009. Dès son arrivée, sa cousine lui avait pris ses documents d'identité et elle avait commencé à s'occuper de ses deux enfants et des tâches ménagères. Elle ne sortait que pour aller jouer avec les enfants ou pour faire les courses et, contrairement aux promesses de sa cousine, n'avait jamais poursuivi ses études. Sa cousine l'avait laissée seule avec les enfants à plusieurs reprises lors de ses séjours au Sénégal et également en juillet 2014 lorsqu'ils se trouvaient en Espagne. X_ ne l'avait pas rémunérée pour son travail, lui remettant uniquement CHF 50.- ou CHF 100.- par mois. Elle était nourrie et logée. Elle avait dormi sur un matelas à même le sol dans la chambre de la fille de X_, avant d'apprendre par les amis de celle-ci, en 2014, qu'il était possible de tirer le bas du lit pour y dormir. Elle avait également dormi à quelques reprises dans le lit d'X_, notamment suite au décès de son père.
Quelques temps après son arrivée, X_ avait commencé à la dénigrer, à l'insulter en la traitant notamment de "
conne
", et "
t'es une pute
" et à la violenter physiquement en lui donnant notamment des gifles et des coups de pieds au ventre avec ses bottes et en la griffant. X_ s'emportait pour un rien et devenait folle. Suite à une nouvelle dispute, elle avait demandé à sa cousine de lui remettre son passeport afin de pouvoir partir mais cette dernière l'avait déchiré avant de lui donner un coup de poing au visage. Constatant le lendemain qu'elle avait l'oeil enflé, X_ lui avait présenté ses excuses et avait demandé à son petit ami, D_, de se rendre à la pharmacie pour acheter des gouttes.
Le 12 mars 2014, elle avait quitté l'appartement après une nouvelle dispute et s'était rendue dans un Centre LAVI pour y obtenir de l'aide. Après avoir quitté le logement durant deux semaines, elle avait réintégré l'appartement de sa cousine pour s'occuper de ses enfants durant son absence au Sénégal.
Une nouvelle dispute était survenue le 22 avril 2015 dans la cuisine, après qu'elle eût accepté que la fille d'une voisine vienne dans l'appartement pour se faire tresser les cheveux, en échange de CHF 30.-. N'ayant pas été conviée à dîner à table avec le reste de la famille, elle avait commencé à se préparer à manger, ce qui avait fortement énervé X_ qui lui avait dit: "
si tu ne veux pas mourir aujourd'hui tu enlèves ce que t'as mis dans le four micro-ondes
". Voyant qu'elle avait tout de même commencé à manger, X_ avait alors balayé l'assiette d'un revers de la main qui s'était cassée sur son avant-bras et l'avait coupée. Le lendemain, elle avait demandé à X_ de lui donner de l'argent pour s'acheter des pansements à la pharmacie, mais celle-ci avait refusé et lui avait confisqué les clés de l'appartement. Elle était malgré tout sortie pour se rendre à la pharmacie avant de partir se réfugier chez la famille E_ à _. Le 27 avril 2015, elle s'était rendue chez sa cousine pour récupérer ses affaires, y compris son nouveau passeport qu'elle gardait dans son armoire. Malgré le refus de sa cousine de la laisser entrer, elle avait réussi à pénétrer dans l'appartement. C'est alors que X_ l'avait saisie par les cheveux. Elle s'était défendue en tirant sur sa perruque. X_ avait ensuite crié "
Appelez la police!
" avant de la faire tomber au sol et de s'asseoir sur elle. Malgré la peur qu'elle avait de sa cousine, elle n'avait rien osé dire au vu de sa situation irrégulière en Suisse. Le 4 mai 2015, elle avait intégré le foyer _.
Sa cousine l'avait inscrite au F_ puis, au G_ où elle avait suivi des cours de couture durant deux ans. Elle prenait depuis trois ans des cours de français à H_.
En février 2016, après avoir été contactée par I_, elle avait indiqué à ce dernier lors d'un rendez-vous avoir été maltraitée et regretter la situation, ajoutant être prête à "
faire la paix
", à savoir qu'elle retire sa plainte et que X_ en fasse de même.
S'agissant de sa présence irrégulière en Suisse, A_ a reconnu avoir séjourné en Suisse sans les autorisations nécessaires. En 2013, X_ avait essayé de la marier avec D_ pour qu'elle obtienne un permis de séjour mais cette démarche n'avait pas abouti faute d'avoir pu se présenter au rendez-vous à l'Office cantonal de la population en raison d'une dispute qui l'avait poussée à se réfugier durant une semaine chez une amie. Sur question, elle a indiqué être suivie par un psychologue en raison de son état de stress.
Des déclarations de la prévenue
c.
Lors de ses auditions à la police et au Ministère public, X_ a, quant à elle, déclaré en substance ce qui suit. Elle avait invité en 2009 A_, alors âgée de dix-neuf ans, à venir vivre chez elle en Suisse, dans le cadre d'un regroupement familial. A_ l'avait aidée à s'occuper de ses enfants mais elle ne l'avait pas fait sept jours sur sept durant quinze heures par jour. Elle n'était pas sa domestique et était libre de faire ce qu'elle voulait. Elle avait les clés de l'appartement et avait vécu chez elle comme un membre de la famille. Elle avait fait son possible pour l'aider et lui donner de l'argent dès qu'elle le pouvait. A_ dormait dans la chambre de sa fille J_ sur un divan faisant office de lit. Elle lui cédait parfois son lit lorsqu'elle dormait au salon en raison de ses problèmes de dos.
Le 22 avril 2015, des tensions étaient apparues après que A_ ait invité une petite fille pour lui couper les cheveux alors que son fils aîné atteint d'autisme était présent dans l'appartement. Ce soir-là, A_ ayant refusé de dîner avec la famille, avait voulu se faire à manger seule une fois les enfants couchés, malgré son interdiction. Une dispute s'en était suivie et, en tirant toutes les deux sur une assiette, cette dernière s'était cassée sur le bras de A_ et l'avait, selon les dires de cette dernière, coupée. Elle lui avait proposé de se rendre à l'hôpital ou de s'adresser à leur voisine infirmière mais elle avait refusé. A_ avait quitté le domicile le lendemain et était revenue le 27 avril 2015 pour récupérer ses affaires. Cette dernière ayant refusé d'attendre dehors le temps qu'elle prépare ses effets personnels et elles avaient commencé à se battre. Suite à cet incident, sa cousine avait appelé I_ pour lui dire qu'elle regrettait ce qu'elle avait dit et qu'elle voulait en informer le Centre social protestant afin que la famille se réconcilie. Lors de cette conversation, enregistrée par I_, elle avait ajouté savoir que ce qu'elle disait était faux mais qu'elle était obligée d'agir ainsi afin d'obtenir un permis de séjour ou des prestations financières.
Sur question, X_ a nié avoir déchiré le passeport de sa cousine et l'avoir frappée au visage avec son poing lorsque cette dernière avait souhaité partir de la maison, ajoutant s'être toujours très bien entendue avec elle malgré quelques petits conflits. Elle ne l'avait jamais giflée ou griffée mais une bagarre avait eu lieu en 2014 lors de laquelle elles s'étaient échangées des coups.
Elle avait emmené A_ avec elle au G_ afin qu'elle y suive des cours, notamment de natation et de gymnastique.
S'agissant de la présence irrégulière de sa cousine sur le territoire suisse, cette dernière était venue en Suisse pour aider sa famille. A_ possédait un visa Schengen émis par la Belgique mais il se trouvait dans son ancien passeport qui avait disparu. Elles étaient toutes les deux parties en Espagne en été 2014 pour faire un nouveau passeport et avaient tenté d'entreprendre les démarches nécessaires pour que A_ obtienne un permis de travail, notamment en contactant des personnes au Service de l'immigration à Berne et en l'inscrivant au F_. Elles s'étaient également entretenues avec une conseillère au Centre de contact suisse immigrés (CCSI) et avaient voulu organiser un mariage blanc avec un homme.
Des déclarations des témoins
d.a.
Différents témoins ont été entendus dans le cadre de la procédure pénale, étant précisé qu'une enquête administrative a également été ouverte contre X_ par l'Office cantonal de l'inspection et des relations du travail (ci-après OCIRT) en juin 2015, laquelle a donné lieu à une décision actuellement pendante devant la Chambre administrative. Dans le cadre de cette enquête, divers témoins ont été entendus et X_ a produit différents courriers.
d.b.
Lors de son audition à la police et au Ministère public, K_ E_ a indiqué connaître A_, dont il avait été le voisin lorsqu'elle habitait chez sa cousine à _. Il n'avait eu connaissance du litige entre elle et X_ que le 27 avril 2015, lors de l'intervention de la police. Suite à cet incident, elle était venue habiter quelques jours chez lui avant d'être relogée. Elle était également déjà venue dormir chez lui par le passé.
d.c.
Entendue par la police et le Ministère public, L_ a indiqué avoir rencontré A_ à la fin de l'année 2009. Cette dernière était venue fréquemment chez elle avec les enfants de X_ pour qu'ils jouent avec les siens. Elle savait que A_ s'occupait des enfants ainsi que des tâches ménagères, mais cette dernière ne lui avait pas dit être exploitée. Un soir en 2013, A_ était venue chez elle avec les enfants suite à une dispute avec sa cousine. Elle lui avait raconté que X_ lui avait arraché les cheveux et l'avait griffée. Elle avait elle-même constaté les griffures au bas du visage de A_. Une année plus tard environ, A_ était revenue chez elle avec le coude en sang suite à une coupure. Elle lui avait expliqué que X_ lui avait lancé une assiette sur le bras. Après l'altercation survenue le 27 avril 2015, A_ était venue habiter chez elle durant deux semaines avant d'intégrer un foyer pour femmes. Elle lui avait confié avoir été exploitée par X_ et ne pas avoir été payée. Elle-même n'avait jamais été témoin de disputes et A_ semblait libre de ses mouvements lorsqu'elle était en compagnie des enfants, pouvant sortir de chez sa cousine comme elle le souhaitait.
d.d.
Lors de son audition au Ministère public, M_, voisine d'immeuble de X_ lorsqu'elle résidait à _, a indiqué avoir fait la connaissance de A_ à la rentrée scolaire de 2012. Selon elle, cette dernière était comme une nounou pour les deux enfants de X_. Elle avait croisé A_ au parc _ quelques mois avant qu'elle ne quitte définitivement le domicile de sa cousine, qui lui avait raconté être partie du domicile suite à une dispute. Cette dernière n'était pas bien et n'arrivait pas à en parler. Elle-même n'avait pas constaté de violence physique mais plutôt psychologique car A_ était très affectée. Lorsque cette dernière était venue chez elle à quelques reprises après avoir quitté définitivement le domicile de X_, elle était effrayée et avait peur de croiser sa cousine.
d.e.
N_ a déclaré au Ministère public avoir fait la connaissance de A_ en 2013. Cette dernière s'occupait des enfants de X_ qui étaient dans la même classe que ses enfants. Elles faisaient ensemble des sorties pour les enfants.
d.f.
Lors de son audition au Ministère public, I_ a déclaré avoir été le camarade de classe de X_ avec qui il avait étudié une à deux fois par semaine entre la fin de l'année 2011 et 2014. Il n'y avait jamais eu de conflit entre les deux femmes en sa présence mais parfois, lorsqu'il arrivait au domicile de X_, A_ lui demandait d'intervenir en sa faveur auprès de sa cousine suite à des problèmes survenus entre elles. Selon ses constatations, A_ était toujours devant la télévision et ne semblait vouloir ni travailler ni faire des études.
En février 2016, A_ l'avait appelé pour lui dire que les enfants lui manquaient et qu'elle souhaitait retourner chez sa cousine. Lors de cette conversation qu'il avait enregistrée, elle lui avait dit "
j'aimerais que tu arranges les choses et que ça s'arrête
". Il avait ensuite proposé à A_, lors d'une entrevue, d'organiser un rendez-vous avec X_ mais il ne l'avait finalement pas fait.
d.g.
Entendu par le Ministère public, D_ a expliqué avoir été l'ami intime de X_ entre les mois de mars ou avril 2013 et août 2014. Il avait dormi chez elle entre deux et cinq fois par semaine et avait constaté que A_ dormait avec le fils de X_. Elle s'occupait des enfants durant la journée, en les emmenant à l'école et à leurs activités extrascolaires ainsi qu'en leur préparant à manger. Elle ne restait pas avec lui et X_ mais mettait les enfants au lit entre 20h00 et 21h00 puis, retournait à la cuisine terminer ses tâches ménagères avant d'aller se coucher. Elle n'avait pas d'activités pour elle-même et lui avait indiqué ne pas être rémunérée. Il n'avait jamais abordé le sujet avec X_ car elle avait "
un sacré
tempérament
". Cette dernière était parfois agressive envers A_ pour des motifs qui n'en valaient pas la peine et se fâchait lorsque les choses n'étaient pas faites comme elle le voulait. A_ ne lui répondait que très peu car elle avait, selon lui, peur des représailles. Au début de l'année 2014, lors d'une dispute entre les deux femmes, il avait retrouvé A_ en pleurs avec son passeport qui avait été découpé aux ciseaux par X_. Les disputes, qui étaient fréquentes, avaient rarement lieu en sa présence. Il n'avait jamais assisté à des scènes de violences physiques mais il avait constaté à une reprise que A_ avait été griffée.
X_ lui avait demandé d'épouser sa cousine car cette dernière n'avait pas de permis de séjour. Sous la pression psychologique, il avait initialement accepté avant de se rétracter.
Enquête administrative menée par l'OCIRT à l'encontre de X_
e.a.
En juin 2015, l'Office a initié un contrôle des conditions de travail de A_, pour vérifier le respect des salaires minimaux obligatoires prévus par le Contrat-type de travail de l'économie domestique (ci-après CTT-Edom) pour les mois de janvier 2013 à juin 2015. Il ressort des déclarations de A_ et de X_, ainsi que de la décision de l'Office du 10 mars 2016 les éléments pertinents suivants:
e.a.a.
A_ a travaillé pour le compte de X_ en tant qu'employée domestique du 29 décembre 2009 au 22 avril 2015. Elle s'est occupée sept jours sur sept des enfants de X_, notamment en les emmenant à l'école et à leurs activités extrascolaires, ainsi que du ménage et des petites courses quotidiennes à raison de septante et une heures de travail par semaine, soit de 7h00 à 21h00 du lundi au vendredi, avec une pause de 14h30 à 15h50, à l'exception du mercredi, le samedi de 8h00 à 21h00 et le dimanche de 10h00 à 21h00, avec une pause variable. Elle dormait dans la chambre de J_, fille de X_, sur un matelas à même le sol et avait été violentée verbalement et physiquement à plusieurs reprises par sa cousine.
e.a.b.
X_ a affirmé que A_ n'était pas son employée et qu'elle l'hébergeait gratuitement pour lui permettre de vivre en Suisse. Elle a adhéré à Chèque Service en février 2013 en tant qu'employeur de A_ pour une activité de garde d'enfants à raison de quarante heures de travail par mois pour un salaire mensuel de CHF 800.-, afin de lui obtenir un permis de séjour.
e.a.c.
Par décision du 10 mars 2016, l'Office a condamné X_ à une amende de CHF 5'000.- pour violation de l'art. 9 al. 2 lit. c de la loi fédérale sur les mesures d'accompagnement applicables aux travailleurs détachés et aux contrôles des salaires minimaux prévus par les contrats-types de travail (LDét).
e.b.
Dans le cadre de l'enquête administrative, X_ a adressé notamment deux lettres à l'OCIRT, dont une par l'intermédiaire de son conseil, dans lesquelles elle a indiqué que A_ n'avait pas de ressources financières pour contribuer aux frais du ménage, mais qu'elle s'était occupée de ses enfants durant la journée et avait effectué des tâches ménagères, notamment la lessive et le nettoyage. Aucun contrat de travail ne les avait liées, de sorte que A_ n'avait pas perçu de salaire mais avait reçu CHF 450.- par mois à titre d'argent de poche et avait été nourrie et logée.
f.
Il sera enfin relevé qu'il résulte du procès-verbal du Ministère public du 27 mars 2017 qu'un enregistrement, effectué par I_, a été effacé. Suite à cela, la Procureur en charge du dossier a été récusée et a fait l'objet d'une plainte pénale.
C.
A l'audience de jugement:
a.
X_ a contesté les faits reprochés et s'est prévalue de son droit au silence. Sur présentation de la conversation entre I_ et A_ en pièce 2 de son chargé de pièces, X_ a expliqué que I_ lui avait envoyé ladite conversation en 2016 pour lui montrer que A_ lui demandait de l'aide.
I_ lui avait fait écouter la conversation effacée de son téléphone lors de l'audience du 27 mars 2017 au Ministère public. Elle avait raconté, lors de l'audience du 22 juin 2016 au Ministère public, la teneur de l'enregistrement à la Procureure alors en charge de l'enquête et cette dernière avait résumé ses déclarations dans le procès-verbal. Sur question, X_ n'a pas souhaité indiquer si une copie de la conversation lui avait été remise par I_.
Elle a déposé lors des débats des conclusions en indemnisation tendant à ce que l'Etat de Genève soit condamné au versement, en sa faveur, d'une indemnité pour tort moral de CHF 10'000.- et de tout ou partie du montant de CHF 10'530.- au titre d'indemnité pour les frais de défense engendrés par la procédure.
b.
A_ a confirmé ses précédentes déclarations. Sur question du Tribunal, elle a confirmé les horaires de travail décrits au point 5 de la page 2 du procès-verbal du 16 juin 2015 de l'OCIRT. Lorsqu'elle partait en vacances, c'était en compagnie de X_ et de ses enfants pour s'occuper de ces derniers.
Elle avait refait son second passeport en Espagne en 2014 lors de ses vacances avec X_ et l'avait gardé sur instructions de la soeur de cette dernière. Sa cousine ne lui avait pas demandé de le lui remettre.
Concernant l'enregistrement de sa conversation téléphonique avec I_, c'était ce dernier qui l'avait contactée en février 2016 et lui avait dit "
je suis fâché avec toi, pourquoi as-tu déposé une plainte pénale ?
". Elle l'avait rencontré dans une cafétéria suite à sa demande et lui avait expliqué trouver dommage d'en arriver à ce stade alors que X_ et elles étaient de la même famille, mais elle ne lui avait pas dit vouloir que cela s'arrête. Elle souhaitait que chacune retire sa plainte.
Sur présentation du chargé de pièces produit par X_, soit plus précisément de la conversation figurant en pièce 2, A_ a indiqué qu'il s'agissait d'une discussion qu'elle avait eue avec I_ autour du mois de mars 2016. Son message "
j'ai quelque chose à te demander
" avait pour but de connaître la raison pour laquelle I_ était venu vers elle. Elle avait demandé à I_ s'il avait pu organiser un rendez-vous car il lui avait dit vouloir arranger la situation.
S'agissant des photographies se trouvant dans le chargé de pièces, A_ a confirmé figurer sur certaines d'entre elles. Elle semblait heureuse sur les clichés car elle ne pouvait pas montrer sa tristesse en dehors de la maison, plus particulièrement en présence des amis de X_.
Après avoir effectué un stage dans le domaine de la santé et une formation de quatre mois à la Croix-Rouge, elle espérait désormais pouvoir entamer une formation d'aide-soignante diplômée. Elle était encore suivie par sa psychologue.
A_ a déposé lors des débats des conclusions civiles tendant à ce que la prévenue soit condamnée au versement, en sa faveur, d'une indemnité pour tort moral de CHF 10'000.-, et d'un montant de CHF 21'181.- au titre de remboursement des frais de défense, auquel devait s'ajouter le temps relatif à l'activité déployée lors de l'audience de jugement.
c
. Entendu en qualité de témoin, O_ a indiqué avoir rencontré X_ en 2014 à Dakar au Sénégal, alors qu'il réalisait des travaux chez elle. Il était architecte de profession. Leur relation intime avait débuté en 2014. Il s'était rendu à cinq ou six reprises à Genève depuis la fin 2014 ou début 2015 durant des week-ends prolongés, soit du jeudi au dimanche, avant de définitivement s'y installer en octobre 2015. Il avait également passé un mois chez X_ en décembre 2014 ou janvier 2015 durant les vacances de cette dernière. A_ avait toujours été présente dans l'appartement lors de ses visites mais il n'avait pas personnellement assisté à des situations problématiques entre elle et sa compagne. Ils vivaient en famille et chacun participait aux tâches ménagères, X_ et A_ s'occupant toutes les deux des enfants. A_ partait à H_ les jeudis et vendredis matin à 9h00 et revenait vers 11h30. Il savait que X_ faisait des études d'ingénieur mais elle ne lui avait pas fait part de son emploi du temps. X_ et lui-même avaient un fils. Concernant l'enregistrement, d'une durée d'environ vingt ou vingt-et-une minutes, I_ le lui avait fait écouter, ainsi qu'à X_, dans l'appartement de cette dernière en février 2016. Dans cet enregistrement, A_ disait à I_ qu'elle était triste et que sa famille lui manquait. Elle expliquait avoir accusé X_ de traite d'êtres humains à cause de "
Satan
", arguant dans un premier temps que la police l'avait un peu forcée à agir ainsi avant d'affirmer que c'était le Centre social protestant qui lui avait expliqué: "
si tu veux rester ici, il faut dire que Mme X_ te faisait travailler et qu'elle doit te payer
". I_ avait ensuite dit à A_ : "
moi et toi on sait que ce que tu dis est faux
", ce à quoi elle avait répondu: "
je sais mais tout cela c'est Satan, c'est pourquoi je veux que cela s'arrête et que je rentre chez moi
". Sur proposition de I_, A_ avait ensuite accepté d'aller dire la vérité aux autorités, notamment au Centre social protestant, et de demander à ce dernier de cesser ses agissements. Ils avaient ensuite convenu d'une date pour se rencontrer avec X_ afin que A_ présente ses excuses. Sur question, O_ a affirmé ne pas détenir l'enregistrement et ne pas savoir si I_ l'avait remis à X_.
D.
X_ est née à Dakar au Sénégal le _ 1976. Elle est arrivée en Suisse en 2000 afin d'y travailler et est au bénéfice d'un permis C. Elle a fait des "
petits boulots
", notamment le ménage dans les bureaux de P_ avec qui elle s'est mariée par la suite. Ce dernier est décédé en 2013. Elle est mère de quatre enfants, soit J_ et Q_, nés respectivement en 2005 et 2007, ainsi que de deux autres enfants dont un fils aîné atteint d'autisme placé dans _. Elle a commencé ses études en 2009 et a entamé des études d'ingénieur en 2011 avant de les arrêter en 2013. A teneur de l'annexe au courrier de X_ du 5 octobre 2017, aux fins que Me C_ lui soit nommé avocat d'office, elle exerce la profession de chauffeur _ et perçoit un salaire de CHF 1'000.- environ par mois. Elle reçoit également, par mois, CHF 1'000.- à titre d'allocations familiales ainsi qu'une rente de veuve de CHF 1'635.-. Son loyer mensuel est de CHF 1'348.-. .
D'après le casier judiciaire suisse, X_ a été condamnée le 16 janvier 2013 par le Ministère public à une peine pécuniaire de 30 jours-amende à CHF 30.-, avec sursis et délai d'épreuve de 3 ans, pour incitation à l'entrée, à la sortie ou au séjour illégal.

## Considerations

EN DROIT
Questions préjudicielles
1.1.
A l'ouverture des débats, X_ a demandé, par l'intermédiaire de ses conseils, la récusation de la Procureure désormais en charge du dossier et l'ajournement des débats.
Le Ministère public ainsi que A_, par la voie de son conseil, ont conclu au rejet de cette demande.
Le Tribunal a informé les parties que la demande de récusation de la Procureure allait être transmise à l'autorité compétente et a rejeté la demande de renvoi des débats jusqu'à droit jugé sur cette requête, considérant qu'un tel renvoi ne se justifiait pas à teneur de l'art. 59 al. 3 CPP.
X_ a par la suite soulevé plusieurs questions préjudicielles. Le Ministère public a conclu au rejet de chacune d'entre elles, à l'exception de celle en relation avec R_ (énoncée ci-après), pour laquelle il s'en est rapporté à justice. La partie plaignante a, quant à elle, conclu aux rejets de toutes les questions préjudicielles.
1.2.
La prévenue a demandé à ce que R_, ne soit pas acceptée en tant que personne de confiance de A_, dans la mesure où elle pourrait être également citée comme témoin dans une autre procédure contre la précédente Procureure en charge du dossier.
Le Tribunal a accepté cette requête vu que R_ pourrait être entendue en qualité de témoin dans une autre procédure et qu'il était partant préférable qu'elle n'assiste pas à l'audience en qualité de personne de confiance de la partie plaignante.
1.3.
Sur deuxième question préjudicielle, la prévenue a demandé au Tribunal d'expliquer, voire de documenter les liens qu'il a eu ou non avec la juge en charge du volet administratif du dossier.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle dans la mesure où ses actes sont documentés par le dossier.
1.4.
Sur troisième question préjudicielle la prévenue a demandé à ce que le juge administratif soit interpellé quant à la coordination entre la procédure administrative et la procédure pénale.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle dans la mesure où les pièces qui figurent au dossier sont claires à ce sujet.
1.5.
Sur quatrième question préjudicielle, la prévenue a demandé au Tribunal d'indiquer si des contacts entre le Ministère public, le Tribunal pénal et la Chambre administrative avaient eu lieu.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle, dans la mesure où les pièces figurant au dossier sont claires à ce sujet.
1.6.
Sur cinquième question préjudicielle, la prévenue a demandé au Tribunal de faire état des raisons ayant entrainé les différents changements dans la composition celui-ci.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle au motif que cette question relevait de son organisation interne qui ne concerne pas les parties.
1.7.
Sur sixième question préjudicielle, la prévenue a requis l'ajournement des débats pour violation des droits de la défense, dans la mesure où elle n'a pas eu le temps de se préparer pour l'audience du jour et a demandé à pouvoir plaider sur cette question avant de faire état des prochaines questions préjudicielles.
Le Tribunal a rejeté cette demande, dans la mesure où le dossier ne pouvait qu'être connu par la défense à tout le moins depuis le 6 novembre 2017, veille de l'audience de jugement initialement prévue pour le 7 novembre 2017, et qu'aucun acte concernant le fond de la cause n'est intervenu depuis lors. La cause a été convoquée depuis le 11 octobre 2017, conformément au délai légal, laissant le temps nécessaire pour se préparer. Par ailleurs, le Tribunal a à de multiples reprises indiqué à la défense qu'elle devait dans un premier temps annoncer toutes ses questions préjudicielles puis les plaider dans un deuxième temps.
1.8.
Sur septième question préjudicielle, Me C_ a demandé le renvoi de l'audience en raison du fait qu'il était souffrant et qu'il avait dû se rendre aux urgences la veille de l'audience.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle, dans la mesure où deux avocats étaient constitués pour la défense de la prévenue et que l'absence de l'un pouvait être suppléée par l'autre.
1.9.
Sur huitième et neuvième questions préjudicielles la prévenue a réitéré sa demande de pouvoir plaider à la suite de chaque question préjudicielle.
Le Tribunal a rejeté ces demandes, étant rappelé que l'organisation du déroulement des débats relevait de la compétence de la direction de la procédure et qu'en l'espèce le nombre important des questions préjudicielles annoncées imposait, en tous les cas, qu'elles soient d'abord annoncées puis plaidées toutes ensembles.
1.10.
Sur dixième question préjudicielle, la prévenue a soulevé la problématique du principe
ne bis in idem
, compte tenu de la décision administrative et de la décision qui pouvait être prise par le Tribunal, et requis en conséquence l'ajournement des débats.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle vu que la décision administrative n'était pas définitive, car frappée d'un recours, et que dès lors le principe
ne bis in idem
ne peut trouver application.
1.11.
Sur onzième question préjudicielle, X_, par la voie de son Conseil, a réitéré sa demande du 10 octobre 2017 portant sur la saisie des différents outils électroniques au domicile de Monsieur I_, pouvant contenir l'enregistrement effacé, ainsi que le renvoi de l'audience.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle. La procédure démontre que l'enregistrement figurant dans le téléphone de I_ a été effacé. La demande de la prévenue est par ailleurs tardive dans la mesure où elle ne l'a pas formulée lors des audiences des 27 mars et 2 mai 2017 au Ministère public, ni non plus suite à l'avis de prochaine clôture du 8 mai 2017 ; la prévenue a en outre indiqué expressément dans son courrier du 15 mai 2017 n'avoir aucune réquisition de preuves à faire valoir suite à la clôture de l'instruction. Sa première demande au sujet de cet enregistrement date du 10 octobre 2017 et a été adressée à la direction de la procédure, laquelle la rejetée par une décision motivée.
1.12.
Sur douzième question préjudicielle, la prévenue a requis la suspension de la procédure jusqu'à droit jugé dans la procédure pénale dirigée contre la précédente Procureure.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle dans la mesure où la procédure pénale contre la précédente Procureure n'a pas le même objet que celle dont il est saisi ; la procédure contre la Magistrate en cause concerne uniquement une éventuelle faute commise par cette dernière lors d'une audience.
1.13.
Sur treizième question préjudicielle, la prévenue a sollicité l'ajournement des débats jusqu'à droit jugé par le Tribunal fédéral sur le recours formé contre la décision de la Chambre pénale de recours en relation avec l'ordonnance de classement concernant A_, actuellement pendant par-devant cette autorité.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle car le résultat de ce recours ne peut avoir d'incidence sur la présente procédure.
1.14.
Sur quatorzième question préjudicielle, la prévenue a requis le renvoi des débats jusqu'à droit jugé en relation avec la procédure en dénonciation calomnieuse ouverte contre A_. Elle a également demandé à ce que le Ministère public fournisse des explications à ce sujet.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle. En effet, la procédure en dénonciation calomnieuse dont fait état la prévenue ne peut avoir d'incidence sur la présente procédure, dès lors qu'elle est, au contraire, subordonnée au verdict qui sera rendu dans la présente cause et relève en tous les cas de la compétence du Ministère public.
1.15.
Sur quinzième question préjudicielle, la prévenue a sollicité le renvoi des débats jusqu'à décision du Conseil supérieur de la magistrature concernant sa dénonciation formée auprès de cette autorité contre la précédente Procureure.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle, vu que la dénonciation en question ne peut avoir d'incidence sur la procédure en cours, étant par ailleurs rappelé que la précédente Procureure a été récusée.
1.16.
Sur seizième question préjudicielle, la prévenue a demandé, compte tenu de la nature de l'affaire dans laquelle une plainte pénale avait été déposée contre un Procureur, le dépaysement de la procédure pendante devant le Tribunal de céans, subsidiairement le renvoi de la procédure au Tribunal de police. Elle a également soulevé l'éventuel problème pouvant entrer en ligne de compte en relation avec l'art. 8 CPP.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle car le dépaysement n'est déjà pas prévu par la loi et qu'il estime qu'aucun élément concret ne remet en cause son indépendance, de sorte qu'il n'a pas à se dessaisir du dossier. En outre, le dessaisissement au profit du Tribunal de police n'est pas non plus prévu par la loi, étant par ailleurs rappelé que le Tribunal de céans n'est pas limité par une quotité minimum de peine à prononcer, en cas de condamnation. S'agissant d'une éventuelle application de l'art. 8 CPP, elle relève du fond.
1.17.
Sur dix-septième question préjudicielle, la prévenue a demandé à ce qu'une décision incidente soit rendue sur la motivation du refus éventuel des questions préjudicielles déjà posées.
Le Tribunal a donné une brève motivation orale à l'audience, s'agissant des décisions qu'il a prises sur questions préjudicielles.
1.18.
Sur dix-huitième question préjudicielle la prévenue a demandé à ce que soient retranchées les pièces en relation avec la procédure de l'OCIRT, plus précisément les procès-verbaux d'interrogatoire devant cette autorité.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle. Il s'agit en effet d'un apport à la procédure demandé par le Ministère public et prévu par l'art. 194 CPP. En outre, les personnes entendues dans le cadre de l'enquête de l'OCIRT ont été réentendues devant le Ministère public.
1.19.
Sur dix-neuvième question préjudicielle, la prévenue a requis, selon ce qui sera décidé par le Tribunal, l'apport de la procédure pénale dirigée contre la Procureure alors en charge du dossier, celle relative à la dénonciation auprès du Conseil supérieur de la magistrature ainsi que de la procédure en dénonciation calomnieuse.
Le Tribunal a rejeté cette question préjudicielle, pour les motifs déjà indiqués en relation avec la douzième, quatorzième et quinzième question préjudicielle.
1.20.