# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 26ac8787-a17d-4862-9f1b-a250bb1d9c63
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A.
A._, ressortissant français né en 1985, a épousé le 3 septembre 2016 à ********, en France, B._, une compatriote née en 1982.
B.
Depuis 2012, A._ travaille en Suisse au bénéfice d'une autorisation frontalière (permis G UE/AELE), en qualité de collaborateur de différentes entreprises actives dans le domaine des télécommunications.
Le 13 septembre 2016, A._ et B._ ont annoncé au Bureau des étrangers de la Commune d'Yverdon-les-Bains leur arrivée en Suisse. A._ a requis la transformation de son autorisation frontalière en autorisation de séjour avec activité lucrative (permis B UE/AELE). A la rubrique "L'étranger(ère) [...] a-t-il(elle) fait l'objet d'une condamnation en Suisse ou à l'étranger" du formulaire d'annonce ad hoc, il a répondu par la négative.
A réception de cette demande, le Service de la population (SPOP) s'est fait délivrer par les autorités compétentes les casiers judiciaires suisses et étrangers de A._, qui mentionnent les condamnations suivantes (état au 27 septembre 2016 pour le casier judiciaire suisse et au 29 septembre 2016 pour le casier judiciaire français):
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25 janvier 2005: Tribunal correctionnel de Dôle; 4 mois d'emprisonnement avec sursis, 450 euros d'amende; conduite d'un véhicule sans permis; sursis révoqué de plein droit
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5 octobre 2005: Tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier; 2 mois d'emprisonnement avec sursis; vol; sursis révoqué de plein droit
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3 mai 2006: Tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier; 6 mois d'emprisonnement, violence commise en réunion suivie d'incapacité supérieure à 8 jours
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18 mars 2008: Tribunal correctionnel de Dôle; 2 mois d'emprisonnement; violence dans un établissement scolaire ou aux abords à l'occasion de l'entrée ou la sortie des élèves suivie d'incapacité supérieure à 8 jours
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16 avril 2013: Ministère public de l'arrondissement de la Côte; peine pécuniaire de 20 jours-amende à 40 fr., avec sursis pendant 2 ans, et amende de 360 fr.; conduite d'un véhicule automobile sans le permis de conduire requis et contravention à la loi sur la vignette autoroutière
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5 septembre 2014: Tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier; 90 jours-amende à 8 euros; refus, par le conducteur d'un véhicule, de se soumettre aux analyses ou examens en vue d'établir s'il conduisait en ayant fait usage de stupéfiants et conduite d'un véhicule à moteur malgré injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points
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2 juin 2015: Ministère public de l'arrondissement de la Côte; peine pécuniaire de 25 jours-amende à 30 fr.; conduite d'un véhicule automobile sans le permis de conduire requis
Par décision du 3 février 2017, le SPOP a refusé de délivrer à A._ l'autorisation de séjour sollicitée et a révoqué l'autorisation frontalière de l'intéressé, compte tenu des condamnations pénales "récurrentes, parfois conséquentes" dont il a fait l'objet et qu'il a essayé de cacher lors de son arrivée en Suisse.
C.
Par acte du 13 mars 2017, A._ a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP), en concluant principalement à la délivrance de l'autorisation de séjour sollicitée et subsidiairement au renvoi de la cause au SPOP pour nouvelle décision. Le recourant se plaint pour l'essentiel d'une violation de l'accord du 21 juin 1999 entre la Confédération suisse d'une part, et la Communauté européenne et ses États membres, d'autre part, sur la libre circulation des personnes (ALCP, RS 0.142.112.681). Il soutient que les condamnations dont il a fait l'objet sont pour la plupart anciennes et ne font pas état d'un comportement dangereux de sa part. Il se prévaut également du parcours professionnel qu'il a accompli en Suisse. Il relève encore, s'agissant des prétendues fausses déclarations qu'il aurait faites, qu'il pensait de bonne foi que "l'indication ayant pour objet l'absence d'antécédents correspondait à l'absence d'inscription au casier judiciaire". Pour ces motifs, il affirme qu'il ne représente pas une menace grave et actuelle pour l'ordre public suisse au sens de l'art. 5 par. 1 annexe I ALCP.
Dans sa réponse du 28 mars 2017, le SPOP a conclu au rejet du recours.
Les parties ont confirmé leurs conclusions respectives dans des écritures complémentaires des 12 et 19 avril 2017.
La cour a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit:
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2.
Le litige porte sur le point de savoir si le refus de délivrer au recourant une autorisation de séjour UE/AELE, respectivement la révocation de son autorisation frontalière UE/AELE, sont conformes au droit.
3.
a) La loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20) n'est applicable aux ressortissants des Etats membres de la Communauté européenne que dans la mesure où l'Accord du 21 juin 1999 entre, d'une part, la Confédération suisse, et, d'autre part, la Communauté européenne et ses Etats membres sur la libre circulation des personnes (ALCP; RS 0.142.112.681) n'en dispose pas autrement ou lorsque la loi prévoit des dispositions plus favorables (art. 2 al. 2).
L'ALCP ne réglementant pas la révocation de l'autorisation de séjour, l'art. 62 LEtr est applicable (cf. art. 23 al. 1 de l'ordonnance fédérale du 22 mai 2002 sur l'introduction progressive de la libre circulation des personnes entre, d'une part, la Confédération suisse et, d'autre part, l'Union européenne et ses Etats membres, ainsi qu'entre les Etats membres de l'Association européenne de libre-échange [OLCP; RS 142.203]; TF 2C_317/2016 du 14 septembre 2016 consid. 4.1 et les références).
Aux termes de l'art. 62 LEtr,
l'autorité compétente peut révoquer une autorisation de séjour notamment si l'étranger ou son représentant légal a fait de fausses déclarations ou a dissimulé des faits essentiels durant la procédure d'autorisation (let. a), s'il a été condamné à une peine privative de liberté de longue
durée – soit à une peine dépassant un an d'emprisonnement, indépendamment du fait qu'elle soit ou non assortie (en tout ou partie) du sursis (
ATF 139 I 145
consid. 2.1 p. 147;
139 II 65
consid. 5.1 p. 72) – ou a fait l'objet d'une mesure pénale prévue aux art. 64 ou 61 CP (let. b)
ou s'il attente de manière grave ou répétée à la sécurité et l'ordre publics en Suisse ou à l'étranger, les met en danger ou représente une menace pour la sécurité intérieure ou extérieure de la Suisse (let. c).
b) Comme l'ensemble des droits octroyés par l'ALCP, le droit de séjourner et d'exercer une activité économique en Suisse (art. 4 ALCP et 2 annexe I ALCP) ne peut être limité que par des mesures d'ordre ou de sécurité publics, au sens de l'art. 5 al. 1 annexe I ALCP (cf.
ATF 139 II 121
consid. 5.3).
Conformément à la jurisprudence rendue en rapport avec l'art. 5 annexe I ALCP, les limites posées au principe de la libre circulation des personnes doivent s'interpréter de manière restrictive. Ainsi, le recours par une autorité nationale à la notion d'"ordre public" pour restreindre cette liberté suppose, en dehors du trouble de l'ordre social que constitue toute infraction à la loi, l'existence d'une menace réelle et d'une certaine gravité affectant un intérêt fondamental de la société (
ATF 139 II 121
consid. 5.3 p. 125 s. et les références citées). Il faut procéder à une appréciation spécifique du cas, portée sous l'angle des intérêts inhérents à la sauvegarde de l'ordre public, qui ne coïncide pas obligatoirement avec les appréciations à l'origine des condamnations pénales. Autrement dit, ces dernières ne sont déterminantes que si les circonstances les entourant laissent apparaître l'existence d'une menace actuelle et réelle, d'une certaine gravité pour l'ordre public (cf.
ATF 139 II 121
consid. 5.3 p. 125 s. et les références citées). Il n'est pas nécessaire d'établir avec certitude que l'étranger commettra d'autres infractions à l'avenir pour prendre une mesure d'éloignement à son encontre; inversement, ce serait aller trop loin que d'exiger que le risque de récidive soit nul pour que l'on renonce à une telle mesure. En réalité, ce risque ne doit pas être admis trop facilement et il faut l'apprécier en fonction de l'ensemble des circonstances du cas, en particulier au regard de la nature et de l'importance du bien juridique menacé, ainsi que de la gravité de l'atteinte qui pourrait y être portée. L'évaluation de ce risque sera d'autant plus rigoureuse que le bien juridique menacé est important (
ATF 139 II 121
consid. 5.3 p. 125 s. et les références citées). A cet égard, le Tribunal fédéral se montre particulièrement rigoureux, en lien avec l'art. 5 annexe I ALCP, en présence d'infractions à la législation fédérale sur les stupéfiants, d'actes de violence criminelle et d'infractions contre l'intégrité sexuelle (cf.
ATF 139 II 121
consid. 5.3 p. 125 s.;
137 II 297
consid. 3.3 p. 303 s.; arrêt 2C_862/2012 du 12 mars 2013 consid. 3.1).
c) Tant en application de l'ALCP que de la LEtr, il faut encore que la pesée des intérêts publics et privés effectuée dans le cas d'espèce fasse apparaître la mesure comme proportionnée aux circonstances. A cet égard, il faut prendre en considération la situation personnelle de l'étranger ainsi que son degré d'intégration (art. 96 al. 1 LEtr), mais également la gravité de la faute, la durée du séjour en Suisse ainsi que les inconvénients que l'intéressé et sa famille pourraient subir (ATF 135 II 377 consid. 4.3 p. 381).
La nécessité de procéder à un examen de la proportionnalité de la mesure tendant à empêcher le recourant à séjourner en Suisse découle aussi de l'art. 8 § 2 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 (CEDH; RS 0.101). Selon cette disposition, une ingérence dans l'exercice du droit au respect de la vie privée et familiale est possible pour autant qu'elle soit prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. La question de savoir si, dans un cas d'espèce, les autorités de police des étrangers sont tenues d'accorder une autorisation de séjour fondée sur l'art. 8 CEDH doit être résolue sur la base d'une pesée de tous les intérêts privés et publics en présence (
ATF 139 I 145
consid. 2.2 p. 147 s.;
135 II 377
consid. 4.3 p. 381). Pour apprécier ce qui est équitable, l'autorité doit notamment tenir compte de la gravité de la faute commise par l'étranger, de la durée de son séjour en Suisse et du préjudice qu'il aurait à subir avec sa famille du fait de l'expulsion. Normalement, en cas de peine d'au moins deux ans de détention, l'intérêt public à l'éloignement l'emporte sur l'intérêt privé – et celui de sa famille – à pouvoir rester en Suisse (
ATF 139 I 145
consid. 2.3 p. 148 s.;
135 II 377
consid. 4.3 et 4.4 p. 381 s.;
130 II 176
consid. 4.1 p. 185).
4.
En l'espèce, le recourant n'a pas mentionné les sept condamnations pénales dont il a fait l'objet, lorsqu'il s'est annoncé auprès du bureau des étrangers de sa commune de domicile. Il ne le conteste pas. Il explique toutefois qu'il pensait de bonne fois que "l'indication ayant pour objet l'absence d'antécédents correspondait à l'absence d'inscription au casier judiciaire". Dans la mesure où l'intégralité ou à tout le moins l'essentiel des condamnations dont il a fait l'objet figurent encore aujourd'hui au casier judiciaire, cet argument n'est pas pertinent. Comme l'a relevé l'autorité intimée, en taisant ces faits importants pour l'appréciation de son droit à l'octroi d'une autorisation de séjour, le recourant réalise le motif de révocation de l'art. 62 let. a LEtr (cf. pour un cas comparable, TF 2C_317/2016 du 14 septembre 2016 consid. 4.3 et les références citées). Compte tenu du nombre de condamnations subies et du fait que certaines sanctionnent des actes de violence, il tombe également sous le coup de l'art. 62 let. c LEtr. Il reste à examiner si le refus d'une autorisation de séjour ordinaire et la révocation de son autorisation frontalière se justifient sous l'angle des conditions dont l'ALCP fait dépendre la limitation des droits qu'il confère, ainsi que du principe de proportionnalité.
Comme le relève le recourant, les faits les plus graves, à savoir les actes de violence commis, sont anciens. Ils remontent à une dizaine d'années, alors que l'intéressé avait à peine vingt ans et qu'il n'était pas encore entré dans la vie active. Les faits les plus récents sont d'une autre nature. Les condamnations des 16 avril 2013, 5 septembre 2014 et 2 juin 2015 sanctionnent en effet des infractions à la circulation routière. Il ne s'agit ainsi pas d'infractions envers lesquelles le Tribunal fédéral se montre particulièrement rigoureux, même si elles ne doivent pas être minimisées. A cela s'ajoute que le recourant n'a plus commis d'infraction – ni en Suisse, ni en France – depuis plus de deux ans et demie. De plus, sa situation professionnelle et personnelle est stable.
Au regard de ces éléments, il y a lieu d'admettre, conformément à la jurisprudence selon laquelle les limites posées au principe de la libre circulation des personnes doivent s'interpréter de manière restrictive, que le recourant ne représente pas, en l'état, une menace suffisamment grave pour justifier une mesure d'ordre public au sens de l'art. 5 annexe I ALCP. Le simple fait que le recourant n'ait pas annoncé les condamnations dont il a fait l'objet lorsqu'il a rempli son annonce d'arrivée ne saurait modifier cette appréciation, contrairement à ce que l'autorité intimée laisse entendre.
5.
Les considérants qui précèdent conduisent à l'admission du recours et à l'annulation de la décision attaquée. La cause est renvoyée à l'autorité intimée afin qu'elle délivre l'autorisation de séjour sollicitée. Compte tenu de l'issue du litige, l'arrêt sera rendu sans frais (art. 52 al. 1 LPA-VD). Assisté par mandataire professionnel, le recourant a droit à l'allocation de dépens à la charge de l'autorité intimée (art. 52, 55, 91 et 99 LPA-VD).