# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 519a0dd3-4931-4820-813a-b03df2b39320
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2007
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
a) A.X.Y._ est né le 1
er
août 1969 à Granma sur l’île de Cuba. Il est entré en Suisse le 26 mars 2002 et s’est marié le 2 août 2002 à 2._ avec D.W._, née V._, de nationalité suisse et il a ainsi obtenu une autorisation de séjour pour regroupement familial.
b) D.X.W._ s’est adressée le 8 avril 2003 à l’administration communale de 1._ dans les termes suivants :
Au 1
er
février 2003, je vous annonçais que mon mari M. A.X._ et moi prenions des appartements séparés pour des raisons familiales. Or il se trouve qu’à la suite de cet événement imprévu nous sommes dans l’obligation de nous séparer définitivement et que de ce fait l’adresse de mon mari M. X._ était maintenant à 3._, chemin de 4._; je conserve moi-même mon logement à 1._, chemin 5._.
(...).
c) A la demande du Service de la population, la police municipale de 3._ a procédé à l’audition d’A.X.Y._ le 4 juin 2003, lequel a fait les déclarations suivantes :
« J’ai fait la connaissance de ma femme lors d’une soirée au centre espagnol du 1._ en mars 2002, soit 10 jours environ après mon arrivée en Suisse. Nous avons sympathisé puis nous avons fréquenté jusqu’au 2 août 2002, date de notre mariage civil à 2._/VD. A peine nous étions mariés que j’ai eu des problèmes avec les enfants de ma femme mais surtout avec sa fille, à savoir E.W._, qui est née en 1987. C’est une fille très capricieuse et trop gâtée par sa mère et c’est elle qui rend notre vie de couple impossible. Alors, pour échapper à sa jalousie, ses insultes et des provocations, j’ai pris un appartement le 1
er
février 2003 à 3._ pour être tranquille. Mon épouse et moi-même vivons séparés mais nous nous rencontrons très régulièrement, soit chez l’un soit chez l’autre, car nous nous aimons. Nous avons opté pour cette solution uniquement pour éviter les conflits avec la fille de mon épouse. Nous n’avons jamais entrepris de démarches pour une procédure de divorce et nous sommes financièrement indépendants. »
B.
a) Le 13 septembre 2004, A.X.Y._ avisait le Service de la population de la commune de 3._ qu’il retournait auprès de son épouse à 1._ à partir du 1
er
octobre 2004. Toutefois, en date du 24 janvier 2006, D.X.W._ s’est adressée au contrôle des habitants de la commune de 1._ pour signaler les faits suivants :
« Ces quelques lignes pour vous annoncer que dès le 26 décembre dernier, mon mari M. A.X._ a quitté notre domicile route de 6._ pour habiter avec sa sœur avec sa mère et son fils B._; et dès ce jour, je n’ai plus eu de nouvelles. Je vous annonce que j’ai pris contact avec mon avocat pour faire une demande de divorce. »
b) A la demande du Service de la population, la gendarmerie a procédé à l’audition des époux D.W._ et A.X.Y._. Ce dernier a notamment fait les déclarations suivantes :
« Déjà avant notre mariage, depuis juin 2002, j’ai vécu avec mon épouse sous le même toit, jusqu’à notre première séparation en février 2003. C’est ma femme qui m’a demandé de nous séparer, car la fille de ma femme faisait une dépression et ne supportait pas que je vive à la maison. Mon épouse a fait les démarches auprès d’une gérance pour que je puisse occuper un appartement à l’avenue de 7._, à 3._. En août 2003, je suis retourné vivre auprès de ma femme à 1._. Deux mois après, elle m’a à nouveau demandé de partir, suite aux problèmes de santé de sa fille et qu’elle voulait rester seule avec elle. Je suis alors reparti dans mon appartement à 7._ où j’ai vécu durant un an. En octobre 2004, ma femme m’a demandé de revenir à la maison, car la santé de sa fille s’était améliorée. Le 26 décembre 2005, ma femme m’a demandé de quitter définitivement son appartement, car elle ne voulait plus me voir. Elle m’accusé de faire la fête et d’avoir beaucoup de femmes. Elle a ajouté que de toute manière je la laisserais tomber une fois obtenu mon permis C. Elle avait tout préparé mes affaires et les a amenées chez mon frère à 8._. »
A.X.Y._ a encore précisé qu’il souhaitait reprendre la vie commune avec son épouse ; concernant ses attaches en Suisse, il a précisé qu’un de ses frères habitait à 1._ et une sœur à 8._ alors que ses parents habitaient toujours à Cuba. Il espérait pouvoir continuer à vivre en Suisse et bénéficiait d’un travail en qualité de manœuvre auprès de la société F._ et procédait à des nettoyages des bus pour les transports publics 9._ le soir entre 19h00 et 21h00.
c) D.X.W._ a fait de son côté les déclarations suivantes :
« Dès l’instant où nous avions décidé de nous marier, A._ est venu habiter chez moi. Au printemps 2003, A._ a fait venir sa sœur de Cuba. Elle s’est installée chez moi et était également à ma charge. Peu après son arrivée, A._ et elle trouvaient que ma fille était mal élevée et qu’elle n’avait pas d’ordre. Ils ont alors décidé de prendre un appartement ailleurs ensemble. Ensuite, je le revoyais de temps à autre, mais il continuait sa vie de son côté. Il a commencé à fréquenter des établissements publics de nuit. Il a ainsi rencontré une femme mariée, prénommée G._, qui lui a acheté un natel, ainsi que des habits et autres cadeaux. Il se faisait entretenir par cette personne. Cela a cessé après que j’aie appelé le mari de cette femme pour l’informer de la situation. Durant les vacances entre juillet et août 2003, A._ a fait un emprunt de 15'000 fr. auprès de H._, à Lausanne, pour se rendre à Cuba. Comme il n’avait plus d’argent, un ami de la famille l’a rapatrié en Suisse. A son retour, il a encore emprunté 20'000 fr. dans le même établissement. Au 1
er
janvier 2006, sa dette se montait à 75'000 fr. En octobre 2004, je l’ai repris à la maison jusqu’à juin 2005, où il est allé vivre chez sa sœur. Dès cette date on se voyait régulièrement jusqu’au 26.12.2005, date de notre séparation actuelle. »
D.W._ a encore précisé qu’elle avait engagé une procédure de divorce. Elle contestait avoir conclu un mariage de complaisance déclarant qu’elle l’aimait encore. Elle avait toutefois pris la décision de divorcer et ne voulait plus de contact avec lui.
c) Dans l’intervalle, le fils d’A.X.Y._, B.X.Z._, est entré en Suisse le 20 août 2005 et a bénéficié d’une autorisation de séjour pour regroupement familial.
C.
a) Par décision du 28 mars 2006, le Service de la population a révoqué l’autorisation de séjour délivrée en faveur d’A.X.Y._ et de son fils B.X.Z._.
b) A.X.Y._ a recouru contre cette décision auprès du Tribunal administratif le 1
er
mai 2006 en concluant à l’admission du recours et à l’annulation de la décision du Service de la population du 28 mars 2006, subsidiairement à la réforme de cette décision en ce sens que son permis de séjour ainsi que celui de son fils soient maintenus.
c) Le Service de la population a déposé sa réponse au recours le 27 juin 2006 en concluant à son rejet; la possibilité a été donnée au recourant de déposer un mémoire-complémentaire, sur lequel le Service de la population s’est déterminé.

## Considerations

Considérant en droit
1.
a) L'art. 1a LSEE prévoit que tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s'il est au bénéfice d'une autorisation de séjour ou d'établissement. Selon l'art. 4 LSEE, l'autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l'étranger, sur l'octroi de l'autorisation de séjour. Elle tiendra compte des intérêts moraux et économiques du pays, du degré de surpopulation étrangère et de la situation du marché du travail (art. 16 al. 1 LSEE et 8 du Règlement d'exécution de la LSEE du 1
er
mars 1949 [RSEE]). Ainsi, les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (cf. parmi d'autres ATF 127 II 161, consid. 1a et 60, consid. 1a; 126 II 377, consid. 2 et 335 consid. 1a; 124 II 361, consid. 1a).
b) L'art. 7 al. 1 LSEE prévoit que le conjoint étranger d'un ressortissant suisse a droit à l'octroi et à la prolongation de l'autorisation de séjour. Après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans, il a droit à l'autorisation d'établissement. Ce droit s'éteint lorsqu'il existe un motif d'expulsion. A l'alinéa 2, il est précisé que ce droit n'existe pas lorsque le mariage a été contracté dans le but d'éluder les dispositions sur le séjour et l'établissement des étrangers, notamment celles sur la limitation du nombre des étrangers. Selon la jurisprudence, invoquer l'art. 7 al. 1 LSEE en vue d’obtenir une autorisation de séjour peut en outre constituer un abus de droit lorsque le mariage n'existe plus que formellement. Tel est le cas lorsque l'union conjugale est définitivement rompue, sans perspective de rétablissement. L'existence d'un tel abus ne doit pas être admise trop facilement. Elle ne peut en particulier être déduite de l'ouverture d'une procédure de divorce - ou de mesures protectrices de l'union conjugale -, ni du fait que les époux ne vivent plus ensemble. C'est précisément pour soustraire le conjoint étranger à l'arbitraire de son époux suisse que le législateur a renoncé à subordonner le droit à l'autorisation de séjour à la condition du ménage commun. Des indices clairs doivent démontrer que la poursuite de la vie conjugale n'est plus envisagée et qu'il n'existe plus de perspective à cet égard (art. 114 CC
; ATF 131 II 265 consid. 4.2; 130 II 113 consid. 4.2; 128 II 145
consid. 2.2 et les arrêts cités). Pour admettre l'abus de droit, il convient de se fonder sur des éléments concrets indiquant que les époux ne veulent pas ou ne veulent plus mener une véritable vie conjugale et que le mariage n'est maintenu que pour des motifs de police des étrangers. L'intention réelle des époux ne pourra généralement pas être établie par une preuve directe, mais seulement grâce à des indices (ATF 127 II 49 consid. 5a p. 57). Le mariage n'existe plus que formellement lorsque l'union conjugale est rompue définitivement, c'est-à-dire lorsqu'il n'y a plus d'espoir de réconciliation; les causes et les motifs de la rupture ne jouent pas de rôle (
ATF 130 II 113
consid. 4.2 et les arrêts cités).
c) En l’espèce, le dossier comporte des éléments déterminants démontrant que l’union conjugale est à ce jour définitivement rompue. Le couple a connu d’emblée des difficultés importantes qui ont nécessité une séparation en 2003 déjà. La vie commune n’a en effet pas duré plus d’une année après le mariage à la suite d’une première séparation intervenue en février 2003 et la reprise de la vie commune en octobre 2004 n’a pas duré plus d’une année pour s’achever en juin 2005, l’épouse du recourant ayant finalement décidé de mettre un terme définitif à la relation au mois de décembre 2005. Dans ces conditions, il apparaît que le recourant invoque de manière abusive le lien juridique du mariage en vue d’obtenir la prolongation de son autorisation de séjour.
2.
a) Il est néanmoins possible, dans certains cas, notamment pour éviter des situations d’extrême urgence, de renouveler ou de maintenir l’autorisation de séjour malgré la rupture de l’union conjugale. L’examen d’un éventuel cas de rigueur doit être fait à la lumière des directives IMES (aujourd'hui l'ODM) qui prévoient, au chiffre 654, que les circonstances suivantes sont déterminantes : la durée du séjour, les liens personnels avec la Suisse (notamment les conséquences d’un refus pour les enfants), la situation professionnelle, la situation économique et du marché de l’emploi ; le comportement et le degré d’intégration. Selon ces directives, sont également à prendre en considération les circonstances qui ont conduit à la dissolution du lien matrimonial ou à la cessation de la vie commune. S’il est établi qu’on ne peut plus exiger du conjoint, admis dans le cadre du regroupement familial, de maintenir la relation conjugale, notamment parce qu’il a été maltraité, il importe d’en tenir compte dans la prise de décision et d’éviter des situations de rigueur.
b) En l’espèce, la vie commune a été brève et les époux n’ont pas eu d’enfant. La durée du séjour du recourant, arrivé en Suisse en 2002, n’est pas telle qu’un retour au pays paraisse exclu. Le recourant n’a pas d’attaches importantes en Suisse à part la présence d’un frère et d’une sœur et il ne bénéficie pas de qualifications professionnelles particulières qui justifieraient le maintien de l’autorisation de séjour. La présence de son fils arrivé seulement au mois d’août 2005 n’est pas déterminante dès lors qu’il a passé la plus grande partie de son enfance à Cuba et qu’un retour avec son père n’apparaît pas créer une situation particulière de rigueur. A cela s’ajoute le fait que les circonstances de la séparation apparaissent imputable au comportement du recourant. Son épouse a en effet toujours déclaré l'aimer mais ce sont vraisemblablement la somme des souffrances endurées par la vie commune qui ne lui permettent plus d'envisager la poursuite du mariage et qui l'ont conduite a demander le divorce. Or, il s’agit d’un élément d’appréciation important pour l’examen d’un cas de rigueur au sens des directives de l’autorité fédérale.
3.
Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté, les frais du recours devant être mis à la charge du recourant (art. 55 al. 1 LJPA). Au vu de l’issue de la procédure, il n’est pas alloué de dépens au recourant. Il appartiendra au Service de la population de fixer au recourant et à son fils un nouveau délai de départ.