# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** ccbaeadb-2d66-5904-ab15-aca77ddf7b3c
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2004
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Monsieur N_, né en décembre 1942, d’origine tunisienne, a été mis au bénéfice d’une rente entière d’invalidité depuis le 1
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février 1994 (décision du 10 mars 1998). Son épouse, Madame N_, née le 9 février 1968, est venue s’installer en Suisse en 1995. Les époux N_ ont 5 enfants, nés en 1995, 1997, 1998, février 2000 et juillet 2001. Monsieur N_ est père d’H., né en 1978 d’un premier mariage, lequel reçoit une rente d’invalidité depuis novembre 1996.
2. L’Office cantonal des personnes âgées (ci-après OCPA) a versé à l’assuré des prestations d’assistance à titre d’avance AI, du 1
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novembre 1995 au 31 janvier 1998, soit au total 87'264 fr. 95, selon les calculs de l’OCPA (cf. pièce 49, chargé OCPA).
L’Office cantonal de l’assurance-invalidité (ci-après OCAI), dans sa décision du 10 mars 1998, avait fixé le montant du rétroactif AI dû à l’assuré à 64'896 fr. et a procédé au versement à l’OCPA de la somme de 33'464 fr. représentant une partie des avances AI.
3. Par décision du 24 novembre 1998, l’OCPA a nié le droit de l’assuré à des prestations complémentaires fédérales et cantonales du 1
er
février au 30 novembre 1995, mais lui en a accordé à compter du 1
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décembre 1995, étant précisé qu’une somme de 4'664 fr. 30 était directement prélevée par l’OCPA en remboursement intégral des avances effectuées. Le même jour, l’OCPA a informé l’assuré que contrairement à ce qui venait de lui être dit, le solde qu’il devait rembourser s’élevait à 53'800 fr. 95 (soit 87'264 fr. 95 ./. 33'464 fr.).
4. Le 14 janvier 1999, l’OCPA a prié Maître Jean-Marie FAIVRE de lui faire savoir de quelle manière son mandant, envisageait de lui rembourser la somme de 53'800 fr. 95. Ni Maître FAIVRE, ni l’intéressé ne s’étant manifestés, l’OCPA a déclaré le 1
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février 1999 qu’elle procéderait à une retenue de 500 fr. sur le montant de ses prestations dès le 1
er
février 1999 en remboursement du rétroactif indûment perçu.
5. Par décision du 28 janvier 1999, l’OCPA a fixé à 2'041 fr. le montant des prestations complémentaires fédérales et cantonales dues à l’assuré, déduction faite du montant prévu de 500 fr. Un gain d’activité potentiel pour l’épouse, au montant de 32'920 fr., a été pris en considération.
6. Le recourant, représenté par Maître FAIVRE, a formé une réclamation le 24 février contre ladite décision. Il conteste la prise en considération du gain potentiel de son épouse, considérant que
«
Il n’est pas admissible de prendre en compte s’agissant de Madame N_ un gain d’activité potentiel à hauteur de 20'946 fr. l’an, dès lors que celle-ci est mère de trois enfants en bas-âge, puisqu’ils sont âgés de respectivement 2 mois, 1 an et demi et 3 ans et demi. Même si le recourant n’exerce pas d’activité lucrative, il ne peut faire office de mère, et ses enfants ne peuvent se passer de la présence de celle-ci en permanence. Je préciserais par ailleurs que Madame N_ n’a jamais travaillé, ni en Suisse, ni en Tunisie, en sorte qu’il est illusoire de lui imputer un gain d’activité potentiel de 32'920 fr. »
7. Le recourant reproche également à l’OCPA d’avoir procédé à la retenue de 500 fr. par mois, au motif que le rétroactif ne serait pas indûment perçu. Il se réfère à cet égard à une lettre de l’Hospice général du 20 juin 1997, aux termes de laquelle les secours d’assistance n’étaient pas remboursables dans son cas, et au fait que la Caisse cantonale genevoise de compensation indique avoir versé les rétroactifs AI à des institutions non précisées pour un montant de 38'048 fr. 70.
8. Maître FAIVRE, après s’être inquiété de ne pas recevoir de réponse suite à sa réclamation du 24 février 1999, a précisé quelle avait été globalement, l’affectation des fonds perçus par le recourant, comme le lui demandait l’OCPA :
- paiement de l’émolument dû au titre de l’acquisition de la nationalité suisse et genevoise
- paiement d’arriérés fiscaux à hauteur de 6'000 fr.
- rachat pour un montant de 3'500 fr. d’actes de défaut de biens accumulés antérieurement
- paiement des frais d’accouchement de Madame N_ en Tunisie, les frais y relatifs n’ayant pas été pris par l’assurance maladie au seul motif qu’elle avait accouché à l’étranger sur les conseils insistants de son gynécologue tunisien
- achat de meubles pour un montant de 4'500 fr.
- frais de voyage en Tunisie à raison de deux par an, étant précisé que Madame N_ manifeste une certaine propension à la dépression qu’il n’est possible de maîtriser que moyennant le maintien d’un contact régulier avec sa famille
- 1'332 fr. en règlement de deux mensualités de loyer pour le compte d’H. N_
- le solde fut utilisé pour les besoins du ménage, étant notamment rappelé que les dernières naissances ont engendré des frais considérables.
9. Par décision du 28 juillet 2000, l’OCPA a fixé à 2'862 fr. le montant des prestations complémentaires fédérales et cantonales dues au recourant dès le 1
er
mai 2000. Il est prévu que le rétroactif de 36'555 fr., calculé à compter du 1
er
février 1995, est directement versé à l’OCPA à concurrence de 30'397 fr. 40. La retenue de 500 fr. est ainsi supprimée dès le 1
er
août 2000 et le recourant se voit accorder le solde de 6'157 fr. 60, soit 36'555 fr. ./. 30'397 fr. 40. Aucun gain d’activité potentiel n’a été compté durant les périodes où Madame N_ était enceinte de M., né en 1998, puis de R. née en 2000.
10. Par courrier du 6 septembre 2000, Maître FAIVRE prend expressément note que le problème du rétroactif a été réglé et que la retenue de 500 fr. a été supprimée.
Il persiste en revanche à contester la comptabilisation d’un gain d’activité potentiel pour Madame N_.
11. Un entretien s’est déroulé dans les bureaux de l’OCPA le 3 octobre 2000 afin que soit examinée la capacité de gain présentée par Madame N_. Il n’a pas été possible de mener à bien cet entretien, les trois enfants présents étant très agités et le recourant ayant adopté un comportement considéré comme désagréable.
12. Par décision du 3 janvier 2001, l’OCPA a alloué des prestations complémentaires fédérales et cantonales au recourant, tenant compte d’un gain potentiel pour son épouse de 33'760 fr.
Par décision sur réclamation du 30 mars 2001, l’OCPA a décidé de maintenir sa décision du 28 janvier 1999, considérant que Madame N_ avait la possibilité de réaliser un gain provenant d’une activité lucrative de 33'760 fr., étant rappelé que ce gain était retenu d’une manière privilégiée, c’est-à-dire aux deux tiers après une déduction de 1'500 fr. soit annuellement 20'946 fr.
13. Le recourant, toujours représenté par Maître FAIVRE, a interjeté recours le 3 mai contre ladite décision sur réclamation.
« Madame N_, qui est d’origine modeste, n’a pas bénéficié de la moindre formation professionnelle et elle ne parle que très peu le français.
Comme le recourant et son épouse sont inactifs, ils ne peuvent évidemment vivre des seules prestations de l’AI en sorte qu’ils ont sollicité les prestations complémentaires dues par la loi.
Madame N_ a la lourde charge de s’occuper de ses enfants dès lors que son mari, du fait de son handicap, ne peut guère l’assister dans cette tâche, ce qui pourrait être confirmé, au besoin, par ses médecins traitants, les Drs. A_ à Carouge et B_ à la rue de Berne.
Pour soulager quelque peu Madame N_, les enfants sont placés l’après-midi à la crèche de la Source, ce qui coûte 340 fr. par mois pour les trois cadets, A. étant à l’école enfantine, en deuxième année.
Madame N_ profite du peu de temps qui lui reste pour apprendre le français, à l’Université ouvrière, à raison d’une heure et demie le mardi et une heure et demie le jeudi.
Contrairement à ce qu’insinue l’Office cantonal des personnes âgées, Madame N_ ne perçoit aucune prestation de la part de l’Office cantonal de l’emploi et en tout cas pas les 900 fr. mensuels dont il est question en p. 2 in fine de la décision querellée. »
Maître FAIVRE rappelle par ailleurs que la retenue mensuelle de 500 fr. qui fut supprimée avec effet dès le 1er août 2000 a été maintenue pour la période du 1
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avril 1999 au 31 juillet 2000.
Le recourant conclut dès lors à ce qu’aucun gain d’activité potentiel ne soit pris en compte pour Madame N_ et demande la restitution des retenues de 500 fr. effectuées à tort du 1
er
avril 1999 au 31 juillet 2000.
14. Dans son préavis du 8 juin 2001, l’OCPA relève que le fait que Madame N_ soit sur le point d’accoucher au mois de juin 2001 constitue un fait nouveau postérieur à la décision sur réclamation, lequel ne pourra être pris en considération que pour le mois où le changement a été annoncé, soit en mai 2001 seulement. L’OCPA examine les revenus de la famille N_ pour l’année 2000, constate que les enfants sont placés dans une crèche l’après-midi pour 340 fr. par mois pour les trois enfants, que ce nonobstant, la différence entre les ressources et les dépenses s’élève à 3'149 fr.; il en conclut que le coût de la crèche ne constitue visiblement pas une charge financière trop lourde, et qu’ainsi, Madame N_ aurait la possibilité d’exercer une activité lucrative.
15. Invité à se déterminer, Maître FAIVRE produit un budget établi par un assistant social dont il résulte que la famille N_ vit au-dessous du minimum vital. Il s’étonne par ailleurs de ce que l’OCPA d’une part soutienne que Madame N_ peut travailler, et d’autre part, qu’il reconnaisse la nécessité d’une aide au ménage à raison de huit heures par mois (décision du 12 décembre 2001) (cf. courrier du 20 décembre 2001).

## Considerations