# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 04a6f13a-bfb3-550d-9361-f23f680d47ba
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 18 mai 2019, A_ recourt
contre l'ordonnance
du 7 mai 2019, notifiée par pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d'entrer en matière sur sa
"lettre"
du 27 décembre 2018.
La recourante conclut à l'annulation de cette ordonnance et au renvoi de la cause au Ministère public pour l'ouverture d'une instruction, à la récusation du procureur ayant rendu l'ordonnance et à la désignation d'un conseil juridique gratuit, sous suite de frais.
b.
Par pli séparé du 16 septembre 2019, A_ a sollicité la nomination d'office de
"Me B_".
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
A_ et C_ sont les parents de D_, née le _ 2011. Ils se sont séparés au mois de juillet 2016 et s'opposent depuis lors dans le cadre de procédures pénales et civiles.
b.
Le 12 décembre 2017, une audience de mesures provisionnelles s'est tenue devant le Tribunal de première instance, lors de laquelle les relations personnelles entre l'enfant et C_ ont été réglées. Ce dernier s'est engagé, à la demande de son ex-compagne, à ne pas confronter leur fille à ses grands-parents paternels - lesquels faisaient alors l'objet d'une procédure pénale dans le canton de Vaud, initiée par A_ - lors de l'exercice de son droit de visite (
ACPR/431/2019
).
c.
Par ordonnance du 30 octobre 2017, E_ a été désignée en qualité de curatrice de représentation de l'enfant.
d.
Le 14 juin 2018,A_ a déposé une requête en destitution de la curatrice. En substance, elle lui reprochait de ne pas avoir rappelé à C_ l'obligation faite de ne pas mettre l'enfant en présence de ses grands-parents paternels et de ne pas avoir tenu compte, en concluant à l'octroi au père de la garde de l'enfant, de la phobie de sa fille de dormir chez lui.
Elle a également dénoncé E_ à la Commission du Barreau.
e.
Par ordonnance du 3 décembre 2018, le Tribunal de première instance a rejeté la requête de A_, retenant notamment que la curatrice avait adopté une position en matière de garde de l'enfant qui lui semblait conforme à son intérêt; le fait que ladite position soit opposée à celle de la mère n'était pas suffisant pour remettre en cause sa conformité.
En outre, le rôle de la curatrice de représentation n'était pas de surveiller ou conseiller les parents sur les attitudes à adopter. Les reproches de A_ étaient dès lors infondés.
Sur mesures provisionnelles, le Tribunal a maintenu la garde de l'enfant auprès de sa mère et réservé un droit de visite au père, sans restriction quant aux contacts avec ses grands-parents paternels.
f.
Le 7 décembre 2018, la curatrice a déposé une requête de mesures superprovisionnelles auprès du Tribunal de première instance, concluant notamment à l'attribution de la garde exclusive de D_ à son père.
g.
Par ordonnance sur mesures superprovisionnelles du 12 suivant, le Tribunal de première instance a fait droit à la requête de la curatrice et réservé le droit de visite de la mère, à raison d'une rencontre par quinzaine dans un Point rencontre.
En substance, le Tribunal a retenu que l'expertise rendue le 5 novembre 2018, ses conclusions et
"les circonstances entourant sa remise aux parties"
rendaient suffisamment vraisemblable l'existence d'une mise en danger de l'enfant fondant l'urgence particulière et justifiant le prononcé des mesures requises.
h.
À la suite d'une requête déposée par A_ le lendemain, informant les autorités que sa fille ne s'était pas rendue à l'école, le Tribunal a précisé que la garde exclusive n'incluait pas la capacité de modifier les conditions de l'écolage de l'enfant.
i.
Par pli du 27 décembre 2018 adressé à la police judiciaire, A_ a dénoncé la situation
"cruelle et absolument imméritée"
de sa fille, D_.
En substance, elle exposait avoir pris connaissance de la
"situation"
, grâce à l'intervention des policiers le 12 décembre 2018, lesquels n'avaient toutefois pas
"réussi à voir l'état traumatique"
de D_ car son père l'avait emmenée à l'hôtel pour les en empêcher. C_ avait également refusé d'emmener sa fille à son rendez-vous avec sa pédopsychiatre, la Dresse F_. En outre, son avocat avait été contraint de déposer une demande de mesures superprovisionnelles pour
"sauver"
sa scolarité.
Sa fille n'avait pas le droit de lui parler tous les jours, ni librement, ni en grec (leur langue maternelle) et C_ ne donnait pas de réponse lorsqu'elle lui demandait s'il avait pris des vacances ou s'il entendait laisser sa fille seule, avec ses parents, jusqu'à la rentrée du 14 janvier suivant.
Depuis l'ordonnance du 3 décembre 2018, aucun élément nouveau n'était apparu et elle ne comprenait pas que de telles mesures puissent être prises, avant même une communication officielle et avant qu'une décision soit rendue par le Tribunal de protection de l'enfant (ci-après: TPAE). La curatrice avait demandé lesdites mesures et avait
"permis l'application avant le cours normal de la justice"
.
En outre, les mesures prises étaient fondées sur une expertise établie par G_ et signée par la Dresse H_, ordonnée en octobre 2017, débutée en avril 2018, rendue le 5 novembre 2018 et remise au Tribunal le 9 suivant. La Commission du Barreau avait été informée du résultat de l'expertise avant le Tribunal et les parties, lors de sa séance du 12 novembre 2018.
De plus, l'expertise contenait des incohérences. En effet, le 6 juin 2018, il était consigné qu'il était prématuré pour D_ de dormir chez son père, alors que fin septembre 2018, à la suite de l'intervention de E_, c'était elle qui présentait un danger pour le développement de sa fille. La curatrice avait également permis à C_, son confrère, de ne pas respecter l'ordonnance du Tribunal de première instance lui interdisant de présenter D_ à ses parents.
L'expertise ne tenait pas compte de l'avis de la pédopsychiatre et des constats médicaux des Drs. I_, J_, F_, K_, L_, M_, N_, O_, P_ et Q_.
Elle sollicitait
"une aide"
pour D_ car
"en ce temps de fêtes"
tout était fermé.
À l'appui de sa missive, elle produit divers documents.
j.
Par courriel du 10 janvier 2019, R_, curateur de D_, intervenant au Service de protection des mineurs (ci-après: SPMI), a confirmé que :
· la garde de l'enfant avait été transférée au père,
· l'ordonnance interdisant une déscolarisation de l'enfant à l'école privée S_ était entrée en force,
· un droit de visite en faveur de la mère à raison d'une heure au Point Rencontre avait été fixé,
· l'expertise était terminée et était
"très largement en défaveur"
de la mère,
· elle était "
fichée
" à Interpol en cas d'enlèvement,
· D_ était au domicile de son père, sous la surveillance de ses grands-parents, compte tenu de l'ordonnance du 3 décembre 2018.
C.
Dans l'ordonnance querellée, le Ministère public retient que les faits dénoncés ne remplissaient pas les éléments constitutifs d'une infraction pénale, A_ se plaignant de l'attribution de la garde de sa fille à C_. Le litige étant de nature purement civile, une ordonnance de non-entrée en matière s'imposait en l'espèce.
D.
a.
Dans son recours, A_ réitère les termes de sa lettre du 27 décembre 2018 et invoque une violation des art. 310 CPP ainsi que des infractions pénales d'abus d'autorité (art. 312 CP), de violation du devoir d'assistance et d'éducation (art. 219 CP), de contrainte (art. 181 CP), de calomnie (art. 174 CP) et de fausse déclaration en justice (art. 306 CP). Elle se plaint également d'une violation de l'art. 6 CEDH et de son droit d'être entendue depuis le mois de juillet 2016.
En substance, elle explique que le transfert de la garde était une atteinte grave à la santé psychique et physique de sa fille et à son honneur, la faisant passer pour une
"mère indigne à l'école"
, alors que l'expertise n'était pas encore
"validée"
.
Elle ajoute que le dépôt de mesures provisionnelles par E_, avec l'aide de R_, avait impliqué un transfert de garde
"violent"
, avant qu'une ordonnance soit rendue par le TPAE et que le SPMI se charge d'une
"mise en place adéquate".
"Personne"
n'avait communiqué avec le pédiatre ou le pédopsychiatre. La grave problématique concernant les grands-parents avait été ignorée alors que la procédure ouverte devant les autorités vaudoises était pendante et qu'elle-même n'avait pas été condamnée pour diffamation dans ce cadre. Son autorité parentale avait été
"violée"
, et sa fille changée d'école au milieu de la semaine tel un
"paquet"
. Son droit de visite n'avait pas été organisé et les rencontres mère-fille avaient été empêchées tant à Noël qu'à Nouvel an. Malgré les attestations des médecins,
"on"
ne s'inquiétait pas de la mise en danger du développement de sa fille.
Elle demande également la récusation de T_, qu'elle avait
"supplié"
d'instruire depuis 2016. Sa fille n'aurait jamais connu toutes ces
"injustices et traumatismes"
si tel avait été le cas.
Enfin, elle sollicite diverses auditions et produit des attestations médicales.
b.
À réception, la cause a été gardée à juger, sans échange d'écritures ni débats.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
1.1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP) - les formalités de notification (art. 85 al. 2 CPP) n'ayant pas été observées -, concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner de la plaignante qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
1.2.
Les pièces nouvelles produites à l'appui de cet acte sont également recevables, la jurisprudence admettant la production de faits et de moyens de preuve nouveaux en deuxième instance (arrêts du Tribunal fédéral
1B_368/2014
du 5 février 2015 consid. 3.1 et 3.2 et
1B_768/2012
du 15 janvier 2013 consid. 2.1).
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
3.
La recourante se plaint d'une violation de son droit d'être entendue depuis le mois de
"juillet 2016"
.
3.1.
Selon la jurisprudence, une violation du droit d'être entendu peut être réparée lorsque la partie lésée a la possibilité de s'exprimer devant une autorité de recours jouissant d'un plein pouvoir d'examen. Toutefois, une telle réparation doit rester l'exception et n'est admissible, en principe, que dans l'hypothèse d'une atteinte qui n'est pas particulièrement grave aux droits procéduraux de la partie lésée. Cela étant, une réparation de la violation du droit d'être entendu peut également se justifier, même en présence d'un vice grave, lorsque le renvoi constituerait une vaine formalité et aboutirait à un allongement inutile de la procédure, ce qui serait incompatible avec l'intérêt de la partie concernée à ce que sa cause soit tranchée dans un délai raisonnable (ATF
142 II 218
consid. 2.8.1 p. 226 s. et les références citées; arrêt
6B_510/2018
du 31 juillet 2018 consid. 2.2.1). Par ailleurs, le droit d'être entendu n'est pas une fin en soi. Il constitue un moyen d'éviter qu'une procédure judiciaire ne débouche sur un jugement vicié en raison de la violation du droit des parties de participer à la procédure, notamment à l'administration des preuves. Lorsqu'on ne voit pas quelle influence la violation du droit d'être entendu a pu avoir sur la procédure, il n'y a pas lieu d'annuler la décision attaquée (ATF
143 IV 380
consid. 1.4.1 p. 386 et les références citées; arrêt
6B_1067/2018
du 23 novembre 2018 consid. 2.1.1).
3.2.
On comprend de la formulation du grief que la recourante se plaint en réalité de la lenteur de l'instruction dans une autre procédure. Ce grief n'est pas recevable ici. Au demeurant, l'ordonnance querellée était dûment motivée de sorte que le grief de la violation du droit d'être entendu est infondé.
4.
La recourante reproche au Ministère public de ne pas être entré en matière sur sa lettre du 27 décembre 2018.
4.1.
En tant que la recourante se serait plainte des actes de la curatrice, la Chambre de céans a examiné la plainte déposée par la recourante contre la précitée (
ACPR/929/2019
rendu dans la procédure P/1_/2019) le 11 mars 2019 pour les mêmes faits. Il n'y a donc pas lieu d'y revenir.
Au surplus, les griefs de la recourante ne visent pas la commission d'infractions pénales. La recourante se plaint en réalité de l'exécution d'une décision prise par un Tribunal civil contre laquelle elle disposait de voies de droit spécifiques.
5.
Justifiée, l'ordonnance querellée sera donc confirmée.
6.
Le rejet du recours rend sans objet la demande de récusation du Procureur chargé de la procédure, pour la suite de celle-ci. On ne pourrait de toute manière pas voir de prévention du magistrat dans le simple fait d'avoir prononcé une décision défavorable à la recourante (ATF
139 III 120
consid. 3.2.1 p. 124 ; arrêts du Tribunal fédéral
6B_1424/2017
du 18 juin 2018 consid. 3.2 ;
6B_1238/2016
du 25 septembre 2017 consid. 4.1), que ce soit à cette occasion ou antérieurement.
7.
Enfin, la recourante sollicite d'être mis au bénéfice de l'assistance judiciaire.
7.1.
À teneur de l'art. 136 al. 1 CPP, la direction de la procédure accorde entièrement ou partiellement l'assistance judiciaire à la partie plaignante pour lui permettre de faire valoir ses prétentions civiles lorsqu'elle est indigente (let. a) et que l'action civile ne paraît pas vouée à l'échec (let. b). L'assistance judiciaire comprend, notamment, l'exonération des frais de procédure (art. 136 al. 2 let. b CPP).
La cause du plaignant ne doit pas être dénuée de toute chance de succès. L'assistance peut donc être refusée lorsqu'il apparaît d'emblée que la démarche est manifestement irrecevable, que la position du requérant est juridiquement infondée ou que la procédure pénale est vouée à l'échec (arrêts du Tribunal fédéral
1B_173/2014
du 17 juillet 2014 consid. 3.1.1 et
1B_254/2013
du 27 septembre 2013 consid. 2.1.1. et les références citées).
7.2.
En l'espèce, quand bien même la recourante serait indigente, il a été jugé ci-dessus que ses griefs étaient manifestement infondés. La requête d'assistance judiciaire ne peut donc qu'être rejetée.
8.
Le recourant, qui succombe, supporte les frais envers l'État, fixés en totalité à CHF 900.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
* * * * *