# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 5683f889-5e74-5654-8d91-4ec3179b0cae
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2009
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Le 17 décembre 1986, le Conseil administratif de la Ville de Genève (ci-après : le Conseil administratif) a adopté le règlement municipal relatif aux aides financières du service social. Ce règlement prévoit l'allocation de prestations financières aux bénéficiaires les plus démunis de l’assurance-vieillesse et survivants (AVS) et de l’assurance-invalidité (AI), en sus des prestations allouées, cas échéant, par le service des prestations complémentaires (ci-après : SPC, anciennement appelé office cantonal des personnes âgées ou OCPA) sur la base de la loi sur les prestations cantonales complémentaires à l’assurance-vieillesse et survivants et à l’assurance-invalidité du 25 octobre 1968 (LPCC -
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).
2. En 2006, le chef du département de la solidarité et de l’emploi (ci-après : DSE) a informé l’association des communes genevoises qu’il allait prendre en compte, dès le 1
er
janvier 2008, les prestations municipales dans le calcul du revenu déterminant donnant droit aux prestations complémentaires cantonales, ce qui n'avait jamais été le cas jusqu'alors.
3. L’annonce de cette nouvelle pratique a provoqué de vives réactions de la part du Conseil municipal de la Ville de Genève (ci-après : le Conseil municipal) et du Conseil administratif : les aides municipales accordées n'avaient de sens que si elles étaient complémentaires aux prestations fédérales et cantonales. Intégrées dans le calcul du revenu déterminant pour la fixation des aides cantonales, elles tomberaient dans la manne du canton, constituant une perte financière importante pour la commune (plusieurs millions) tout en perdant leur objet.
4. Malgré un désaccord entre le Conseil municipal et le Conseil administratif, d'une part, et le Conseil d'Etat, d'autre part, portant sur l'étendue de l'autonomie communale dans le domaine des aides sociales, la suppression des prestations accordées par le règlement communal aux rentiers AVS/AI a été envisagée.
5. C'est dans ce contexte que le 6 novembre 2007, les groupes « Avivo » et « A gauche toute » ont lancé une initiative populaire municipale « Pour le maintien des prestations de la Ville de Genève aux rentiers AVS-AI ».
La Ville de Genève (ci-après : la Ville) accordait depuis longtemps des prestations aux personnes bénéficiaires de l’AVS et de l’AI et des allocations complémentaires cantonales. Ces prestations, de CHF 185.- par mois pour les personnes seules et de CHF 285.- pour les couples, constituaient une aide importante pour eux. Celle-ci devait être maintenue en dépit de l’attitude du Conseil d’Etat dont les positions étaient juridiquement contestées.
Le texte de l'initiative était le suivant :
« Règlement municipal sur les prestations accordées aux personnes âgées, veuves, orphelins et invalides.
Vu les compétences des communes en matière d’attribution de prestations d’assistance et d’aide sociale,
Article premier Aide communale aux bénéficiaires des rentes AVS-AI
En raison du coût élevé de la vie à Genève et de la modicité du revenu minimum cantonal d’aide sociale applicable aux rentes minimales AVS-AI, les personnes domiciliées sur le territoire de la Ville de Genève, dont le revenu permet de bénéficier des prestations relevant de la loi
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du 25 octobre 1968 sur les prestations cantonales complémentaires à l’assurance vieillesse et survivants et à l’assurance invalidité, reçoivent des prestations d’aide sociale de la Ville de Genève accordées sous forme d’une aide financière.
Cette aide financière n’est pas allouée aux personnes placées en institution. Elle peut toutefois être accordée à des personnes dont le revenu dépasse jusqu’à CHF 500.- par mois le montant du revenu déterminant fixé par la loi
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pour bénéficier des prestations complémentaires cantonales AVS-AI.
Art. 2 Montant de l’aide communale
Les montants des prestations de l’aide accordée s’élèvent par mois à CHF 185.- pour les personnes seules et CHF 265.- pour les couples vivant ensemble. Ce dernier montant est majoré au cas où le groupe familial dépasse deux personnes. Les montants accordés sont régulièrement indexés à l’indice genevois des prix à la consommation à compter de la dernière date où ils ont été fixés.
Art. 3 Financement par le budget annuel
Le montant des prestations découlant de l’article 2 est prélevé sur la rubrique spécifique figurant à cet effet au budget annuel de la Ville de Genève conformément à la rubrique figurant au budget 2007 qui doit être maintenue pour les exercices futurs
Art. 4 Date d’application du règlement
Les prestations découlant de l’article 2 prennent effet à partir du 1
er
janvier 2008 afin d’assurer la continuité des prestations accordées en 2007.
Art. 5 Modification du règlement
Toute modification du présent règlement doit faire l’objet d’une délibération au sens de l’article 59 de la constitution ».
6. Par arrêté du 6 février 2008, le Conseil d’Etat a constaté l’aboutissement de l’initiative, le nombre de signatures requis par la loi ayant été obtenu.
7. Le 7 mai 2008, le Conseil administratif s’est prononcé sur la validité de l’initiative et sur sa prise en considération.
Formellement, l’initiative était valide. Matériellement, elle semblait contraire au droit supérieur. En effet, le domaine des prestations complémentaires à l’AVS et à l’AI était intégralement régi par le droit fédéral et cantonal et aucune compétence n'était déléguée aux communes. Du point de vue de l’opportunité, l’initiative apparaissait mal venue, voire contre productive, l’Etat ayant consenti provisoirement à suspendre l’application de sa nouvelle pratique, à condition que le Conseil administratif présente une feuille de route sur la mise en conformité de son système de prestations avec le droit supérieur. Cette dernière autorité se refusait à considérer que tout appui financier des communes à des cercles défavorisés de la population conduise à une réduction des aides cantonales. Il convenait néanmoins d’adapter le système actuel en concertation avec le canton. L’aboutissement des travaux engagés dans ce sens était menacé par l’initiative.
8. Ce rapport a été examiné par le Conseil municipal lors de ses séances des 20, 21 et 26 mai 2008 et a été renvoyé en commission.
9. Le rapport de cette commission, daté du 6 octobre 2008, a conclu à la validité de l'initiative. Ce document a été porté à l’ordre du jour des séances du Conseil municipal des 4, 5 et 10 novembre 2008, sans qu'aucun projet de délibération n'ait été joint.
10. Dans sa séance du 4 novembre 2008, le Conseil municipal a débattu le rapport de la commission municipale. Au terme du deuxième débat, il en a approuvé les conclusions. Un troisième débat ayant été demandé aux fins de valider l'initiative, le président du Conseil a distribué le même jour un projet de délibération rédigé dans ce sens.
Ce projet de délibération a été adopté le lendemain par le Conseil municipal.
11. Par courriers des 12 novembre, 9 décembre 2008 et 13 janvier 2009 adressés au Conseil d’Etat, Madame Salika Wenger, conseillère municipale de la Ville, s’est plainte d’une violation de la procédure d’adoption des délibérations.
Le projet de délibération précité n’avait pas été porté à l’ordre du jour ni annexé à ce dernier, contrairement à ce qu’exigeait le règlement du Conseil municipal de la Ville de Genève du 20 avril 2005 (ci-après : le règlement municipal). En outre, il n’avait pas été adopté à l’issue des trois débats requis par ledit règlement, les discussions ayant porté uniquement sur le rapport de la commission municipale chargée de l’examiner. Prise en violation des lois et règlements en vigueur, la délibération du 5 novembre 2008 devait être annulée.

## Considerations