# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 69a20ea7-acd9-5349-ba24-5f4b36ff2f85
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_003
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** Civil
**Law Sub-area:** $law_sub_area

## Facts

EN FAIT
A. a. B_ est une société inscrite au Registre du commerce de Genève depuis le _ 2016.
Elle a pour but la commercialisation, la création, la fabrication et l'installation d'éléments de décor pour la communication des entreprises.
b. Le 20 février 2018, B_ a fait une demande de dérogation d'horaires, pour la période du 26 février au 1
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mars 2018, à la Commission paritaire des métiers du second œuvre (ci-après : A_) concernant l’aménagement des vitrines de la boutique D_, sise 1_ à Genève. Dans le cadre de l’échange de courriels intervenu les 21 et 22 février 2018, et en réponse aux questions posées par la A_, elle a précisé que son travail consistait à démonter toutes les vitrines existantes, puis à y installer les nouveaux décors produits par ses soins. Elle indiquait que le client souhaitait que ces opérations s’effectuent de nuit pour ne pas déranger les équipes de vente et les clients, en précisant qu’elle utilisait "divers outils qui pour des raisons de sécurité ne sont pas à utiliser en public". Elle effectuait elle-même le démontage des vitrines existantes. S’agissant des qualifications professionnelles des employés qui interviendraient sur le chantier, elle précisait que E_ et F_ étaient embauchées en qualité de décorateurs et G_ et H_ en qualité de peintres-décorateurs. Elle a joint une fiche de salaire de chacun desdits employés.
c. Le 22 février 2018, la A_ a notifié une décision négative à la dérogation d’horaires sollicitée par B_, en indiquant que les conditions salariales n’étaient pas conformes aux minimaux imposés par la CCT-SOR.
d. Par courrier du 27 février 2018, la A_, en qualité d’organe de contrôle compétent chargé de veiller à l’application correcte de la CCT-SOR par les entreprises actives dans le secteur du second-œuvre a sollicité que B_ SARL lui fasse parvenir le contrat de travail des quatre employés devant travailler sur le chantier avec l’indication de leur fonction, de leur taux d’occupation, de leur classe de qualification et de leur droit annuel aux vacances, leurs fiches de salaire et leurs décomptes d’heures pour les mois d’octobre à décembre 2017 et janvier 2018, le justificatif de paiement des indemnités forfaitaires, le décompte de leurs vacances, le justificatif de paiement de leur 13ème salaire, l’accusé de réception de l’annonce indiquant la date d’inscription des travailleurs de B_ aux assurances sociales, dûment avalisée par leur caisse AVS/leur fond de prévoyance et de lui indiquer auprès de quelle Caisse de métiers ou quelle Association professionnelle, elle versait la contribution professionnelle et la cotisation à la retraite anticipée. Elle précisait qu’à défaut de production de ces documents dans le délai imparti, elle statuerait sur la base des pièces en sa possession et prendrait les sanctions qui s’imposent.
e. Le 27 février 2018, la A_ a effectué un contrôle de B_ sur le chantier D_, qui a fait l’objet du rapport d’intervention n° 3_. _, Président de l’entreprise B_ a exposé qu’il avait sept employés en Suisse et trente-cinq en France. Il avait débuté son activité quinze ans auparavant et avait toujours réalisé des décors de vitrines et d’expositions. Il avait fait des démarches auprès de la A_ par erreur, son activité n’étant pas soumise au second-œuvre. Il avait engagé deux ouvriers de J_ SARL après la faillite de celle-ci. Il avait déposé une demande auprès de l’OCIRT pour travail de nuit.
L’inspecteur K_, pour ne pas péjorer le client et compte tenu du doute qu’il avait sur le champ d’application de la CCT-SOR, n’a pas signifié l’arrêt du chantier.
Après recherches, il est apparu que I_ était directeur de la société L_ qui elle-même chapeautait la société M_. Il était précédemment directeur de la société suisse J_ SARL, du 12 août 2014 au 22 janvier 2016, et actuellement, directeur de la société B_, créée le 8 avril 2016.
Selon le contrat de travail remis, N_, titulaire d’un permis G, avait été engagé par B_ en qualité de décorateur, le descriptif de son activité prévoyant qu’il était chargé des travaux de chargement, transport, déchargement et installation des décors de vitrines, de stands ou d’autres lieux de vente. Lorsqu’il n’était pas en mission, il pouvait travailler en atelier. La plupart des missions devait s’effectuer sur territoire suisse mais il pouvait être amené à se déplacer à l’étranger. Le droit suisse était applicable au contrat. Le rapport relève que les fiches de salaires des mois de décembre, janvier et février remises montraient qu’aucune indemnité journalière n’était versée, ni de 13
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salaire. Il a déclaré à l’inspecteur être polydesigner. Son activité lors du contrôle consistait au remplacement des décors de vitrines.
Le contrat de travail de F_, de nationalité suisse, faisait état d’un engagement temporaire, sans taux horaire, ni durée. Il a indiqué à l’inspecteur travailler en qualité d’aide décorateur et lors du contrôle, il remplaçait les décors des vitrines. Les fiches de salaire ne faisaient état d’aucune qualification, ni professions. Aucune indemnité journalière n’était versée, ni 13
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salaire.
Le contrat de travail de G_, de nationalité suisse, mentionnait qu’il était engagé en qualité de peinte décorateur. Il a indiqué à l’inspecteur qu’il était décorateur, ouvrier B (à savoir ouvrier de la construction avec connaissances professionnelles). Il était également occupé au remplacement des décors de vitrines lors du contrôle. Ses fiches de salaire ne faisaient mention d’aucune indemnité journalière, ni d’aucun 13
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salaire.
Le contrat de travail de H_, de nationalité suisse, mentionnait qu’il était engagé comme peintre décorateur à un taux de 100%. Ce dernier a indiqué à l’inspecteur qu’il était décorateur, ouvrier B et à l’assurance invalidité, mais qu’il ne percevait aucune rente. Il était également occupé au remplacement des décors de vitrines lors du contrôle. Ses fiches de salaire ne faisaient mention d’aucune indemnité journalière, ni d’aucun 13
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salaire.
Des photographies ont été jointes au rapport. On y voit des employés occuper à la pose et dépose d’éléments, vraisemblablement de menuiserie, à l'intérieur des vitrines de D_.
f. Le 28 mars 2018, le conseil constitué de B_ a indiqué à la A_ que sa mandante s’était adressée à cette dernière par erreur pour solliciter une dérogation d’horaires, dès lors que son activité ne rentrait pas dans le champ d’application de la CCT-SOR. Plus précisément, elle n’exerçait pas une activité principale ou accessoire prévue par l’art. 2 de ladite convention (version 2011). Elle rappelait la teneur de son but social, à savoir la commercialisation, la création, la fabrication et l’installation d’éléments de décor pour la communication des entreprises.
g. Par courriel du 18 avril 2018, la A_ indiquait au conseil de B_ que, précisément, la création, la fabrication et l’installation d’éléments de décor pour la communication des entreprises relevaient du second-œuvre. En effet, l’art. 2 al. 1 let. a CCT-SOR 2011 s’appliquait "à tous les employeurs, toutes les entreprises et aux secteurs d’entreprises qui exécutent ou font exécuter, à titre principal ou accessoire, des travaux de ( ) fabrication et/ou pose d’agencement(s) intérieur(s) et d’agencement(s) de magasins ( ) ".
Compte tenu des activités décrites dans la demande de dérogation d’horaires du 20 février 2018 et des activités constatées lors du contrôle de chantier du 27 février 2018, B_ devait appliquer les conditions minimales de salaire et de travail imposées par la CCT-SOR (en matière de salaire minimum, de durée et d’horaire de travail) et devait cotiser à la contribution professionnelle et à la retraite anticipée pour son personnel d’exploitation. Un nouveau délai lui était donc imparti pour fournir les pièces sollicitées, ainsi que le questionnaire de fin d’année pour la déclaration de son personnel d’exploitation 2017.
h. Par courrier du 18 mai 2018, le conseil de B_ se prévalait du fait que l’inspecteur de chantier n’avait pas immédiatement interrompu celui-ci, que le but social de l’entreprise ne prévoyait pas des travaux d’agencements de magasin au sens de l’art. 2 al. 1 let. a CCT-SOR (version 2011), mais l’installation d’éléments de décors dans les vitrines, étant précisé que le but social inscrit n’était pas déterminant pour trancher l’applicabilité d’une CCT étendue à un employeur, qui n’était pas lié par cette convention. L’activité de B_ relevait plutôt de l’événementiel, de la communication et du promotionnel. Les éléments de décor installés n’avaient aucun caractère pérenne puisqu’ils étaient changés au minimum six fois par an. Afin que la CCT-SOR étendue puisse s’appliquer à B_, encore fallait-il qu’elle offre des biens et des services de même nature que les entreprises soumises contractuellement à la CCT. Il devait exister un rapport de concurrence directe entre ces entreprises. Or, ce point n’était pas établi en l’espèce. Tel n’était vraisemblablement pas le cas de la concurrence (www.O_.ch; www.P_.ch), laquelle pourrait offrir des prix inférieurs, ce qui entrainerait la fin de son activité.
i. La A_ a confirmé, par courrier du 23 juillet 2018, sa position. Un nouveau délai était accordé à B_ pour fournir le questionnaire de fin d’année 2017 pour la déclaration du salaire de son personnel d’exploitation 2017.
j. Le 31 juillet 2018, la A_ a informé B_ qu’elle faisait l’objet d’un constat d’infraction supposée à la CCT-SOR suite au contrôle effectué le 27 février 2018 à la rue 1_ à Genève, lors duquel l’inspecteur mandaté par la A_ avait constaté que les quatre employés présents déployaient des activités relevant du second-œuvre. Diverses infractions à la CCT-SOR avaient été relevées (travail d’un soir malgré une dérogation d’horaire négative, non-paiement des suppléments pour travail en dehors de l’horaire normal, non-respect du salaire minimal, non-paiement ou paiement partiel du 13
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salaire, des jours fériés et des indemnités forfaitaires et omission de se déclarer pour la perception de la retraite anticipée et de la contribution professionnelle). Un délai était accordé à la société pour lui faire parvenir ses explications, objections et justifications, accompagnées de toutes pièces utiles, à savoir, obligatoirement, les fiches de salaire des employés de février à avril 2018 et le justificatif du paiement des heures supplémentaires, jours fériés, indemnités forfaitaires, 13
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salaire et du paiement de la contribution professionnelle et de la cotisation de retraite anticipée. A défaut, la A_ l’avisait qu’elle statuerait sur la base du rapport et des pièces en sa possession et prendrait les sanctions qui s’imposent.
k. Malgré le rappel adressé le 4 septembre 2018 à la A_ avec octroi d’un délai supplémentaire pour la production des documents requis, B_ ne s’est pas exécutée.
B. a. Par décisions des 18 et 19 octobre 2018, la A_ a prononcé à l’encontre de B_ des peines conventionnelles respectivement de 10'150 fr. (5 x 2'000 fr., soit 500 fr. par personne salariée et par infraction + 150 fr. de frais administratifs) pour violation de la CCT-SOR en matière de salaire conventionnel minimum, 13ème salaire, indemnités forfaitaires et travail du soir sans dérogation horaire, et de 1'000 fr. pour non transmission du questionnaire de fin d'année relatif aux calculs des cotisations dues.
b. B_ a contesté ces décisions en date du 19 novembre 2018 devant la Chambre des relations collectives de travail (ci-après : CRCT). Elle a soutenu qu'elle n'était pas soumise à la CCT-SOR en raison de son activité consistant à exécuter la pose d'éléments de décors et de vitrines de boutique. Nombre de ses concurrents à Genève n'étaient pas soumis à la CCT-SOR, de même que dans le canton de Vaud. Par ailleurs, la CCT-SOR visait des activités de construction pérennes comme la menuiserie, ébénisterie et charpenterie, plâtrerie peinture, revêtement de sol, pose de parquets, carrelage, etc. Ces activités ne comprenaient pas celles de décorations de vitrines qui devaient être renouvelées après quelques semaines d'exposition au maximum. La pose d'agencements intérieurs et d'agencements de magasin étaient des activités qui entraient dans le champ d'application de la CCT-SOR, au contraire de celles, éphémères, de décoration de vitrine
c. Par déterminations du 19 décembre 2018, la A_ a conclu à la confirmation des peines conventionnelles prononcées les 18 et 19 octobre 2018. La création, la fabrication et l’installation d’éléments de décor pour la communication des entreprises relevaient du second-œuvre, de sorte que l’activité de B_ entrait dans le champ d’application de l’art. 2 al. 1 let. a CCT-SOR 2011. B_ avait sollicité une dérogation d’horaire et confirmé que ses travailleurs étaient engagés comme décorateurs et peintres décorateurs. Elle avait indiqué que les travailleurs concernés travaillaient précédemment pour une autre entité du groupe, la société B_, entreprise française active dans la décoration d’intérieur et de vitrines, dont les activités étaient soumises à la CCT-SOR et qui était connue de la A_ pour avoir demandé plusieurs dérogations d’horaires. Les peines conventionnelles étaient maintenues mais la A_ accepterait de les reconsidérer en cas de fourniture des documents requis.
d. Une audience de conciliation s'est tenue le 7 février 2019 devant ladite Chambre. Par décision du même jour, la CRCT a suspendu la cause jusqu'au 30 avril 2019 pour permettre à la A_ de réexaminer ses décisions et, cas échéant, de les annuler (suite aux pièces qui lui seraient remises).
e. La A_ a déposé des écritures complémentaires le 9 mai 2019 devant la CRCT. Elle a persisté dans sa position. Les contrats de travail des employés E_ et G/H_ indiquaient expressément les activités respectives de décorateur et peintre décorateur, activités clairement du second-œuvre. Il n’était pas spécifié dans la CCT-SOR que les éléments de décor devaient être des constructions pérennes, elles pouvaient être éphémères et la décoration d’intérieure était une activité qui pouvait changer régulièrement dans les magasins selon les événements, les promotions, etc.
Elle a produit un document établi par Q_, Directrice adjointe des Associations T_, laquelle indiquait avoir présenté le dossier de B_ au comité de l’Association R (ci-après : R_). Ce dernier avait été unanime, la décoration de vitrines, à l’instar de ce que faisait l’entreprise B_ pour D_, entrait pleinement dans les activités usuelles des entreprises membres de l’R_.
La A_ précisait qu’en exerçant une activité soumise au second-œuvre, il existait un rapport de concurrence direct entre les entreprises de décoration d’intérieur et B_. En ne respectant pas les conditions minimales salariales prévues par la CCT-SOR, elle exerçait une concurrence déloyale sur le marché par rapport à ses concurrents. A titre d’exemple, la société S_ SA, citée dans la contestation de B_, avait fait plusieurs demandes de dérogation pour du travail du soir et du samedi auprès de la A_, pour des activités de pose de décorations dans des vitrines pour une marque de joaillerie de luxe, activité identique à celle de B_. Concernant la profession de polydesigner 3D, il était spécifié sur le site
orientation.ch
que cette profession consistait en la réalisation, l’installation de décors dans des vitrines ou les magasins en travaillant des matières tel que le bois, le métal, le carton et également des activités comme scier, découper, peindre, tapisser, agrafer, coudre, etc., activités qui relevaient expressément de la décoration d’intérieur, laquelle était soumise au second-œuvre.
f. Le 28 juin 2019, B_ a sollicité que la CRCT nomme un expert indépendant pour analyser la question du prétendu assujettissement de l'entreprise à la CCT-SOR et, sur le fond, qu'elle dise et constate que les activités de B_ n'entraient pas dans le champ d'application de de la CCT-SOR.
Les parties ont sollicité l'arbitrage de la CRCT.
C. La Chambre des relations collectives de travail (CRCT) a rendu une sentence arbitrale en date du 6 novembre 2019, adressée pour notification aux parties le 7 novembre 2019, par laquelle elle a dit que l'activité de B_, dans le cas d'espèce, n'était pas soumise à la CCT-SOR, dit en conséquence que la A_ n'était pas compétente pour infliger des amendes pour violation de la CCT-SOR et partant a annulé les amendes infligées et débouté les parties de toutes autres ou contraires conclusions.
En substance, la CRCT a retenu que l'entreprise concernée, dans le cadre des activités qu'elle exerçait le 27 février 2018, n'était pas assujettie à la CCT-SOR. Elle a estimé que le remplacement d’une vitrine pouvait être considéré comme une activité éphémère,
a fortiori
dans un commerce de luxe de la rue 4_, où la décoration était régulièrement renouvelée. Elle s’est ensuite posée la question de savoir si ce caractère éphémère de l’activité était suffisant pour considérer que celle-ci ne relevait pas du second-œuvre et l’exclure du champ d’application de la CCT-SOR. Pour répondre à cette question, elle a examiné un ensemble de critères, à savoir l’activité exercée lors du contrôle, la formation des travailleurs et les conditions de travail. Elle a considéré qu’il ne pouvait rien être déduit de la demande de dérogation d’horaire faite par l’entreprise, qui avait été refusée, tous les travailleurs étant, lors du contrôle, occupés au remplacement des décors de vitrines. Selon le rapport, les quatre travailleurs occupés sur le chantier avaient indiqué exercer la profession de polydesigner et de décorateur. Sur quoi, la CRCT a indiqué que la formation de polydesigner 3D, telle qu'elle ressort du site officiel d'orientation professionnelle, fait l'objet d'un apprentissage de quatre ans permettant d’obtenir un CFC, une maturité professionnelle ou un certificat fédéral, les principales activités de cette profession décrites sur ce site consistant à "
concevoir, analyser la demande (type de produit, lieu d'exposition, période de l'année, etc.) formulée par la clientèle ou le service de vente de l'entreprise; se documenter sur les tendances de la mode, les goûts de la clientèle, l'ambiance, le style approprié pour créer une atmosphère en rapport avec le produit ou le service; dessiner en 2D ou 3D à l'aide de logiciels informatiques; créer une maquette de projets; évaluer les coûts, établir un budget et le respecter; définir les délais et les détails de l'exécution des décors, prévoir les adaptations nécessaires aux futures surfaces d'exposition ainsi que la signalisation; commander les fournitures, louer ou acheter des accessoires de décoration"
en précisant que
les polydesigners collaborent notamment avec des menuisiers, des peintres et des électriciens...".
La CRCT a considéré que cette profession était particulière, dès lors qu’elle était moins manuelle que celle de décorateur, et faisait partie des arts appliqués. De surcroît, le fait de collaborer avec des travailleurs du second-œuvre ne signifiait pas exécuter des travaux relevant du second-œuvre. Le décorateur d’intérieur était, quant à lui, un artisan polyvalent selon l’R_. Sur un même projet, le designer concevait, tandis que le décorateur, travailleur du second œuvre, réalisait.
D. a. Par acte expédié à la Chambre des Prud'hommes de la Cour de justice le 9 décembre 2019, la A_ a formé recours contre cette sentence arbitrale, concluant à son annulation et, cela fait, à la confirmation des décisions rendues les 16 et 18 octobre 2018 par la A_ à l'encontre de B_, laquelle devait être déboutée de toutes autres ou contraires conclusions, sous suite de frais et dépens.
A l'appui de ses conclusions, elle considère que la CRCT a fait preuve d'arbitraire en examinant l'assujettissement de l'entreprise à la CCT-SOR en utilisant le critère de la durée de l'activité (pérenne ou éphémère). Elle s'est ainsi écartée des règles d'interprétation des CCT posées par la loi et la jurisprudence, sans raison, alors que le texte de l'art. 1 CCT-SOR 2019 (anciennement art. 2 CCT-SOR 2011) est parfaitement clair. En l'espèce, tant les activités, que la formation des travailleurs, entrent dans le champ d'application de la CCT-SOR. Or, après avoir retenu un critère inexistant dans la CCT-SOR, la CRCT a poursuivi en détaillant la formation de polydesigner présentée par l'OFPC, alors que seul l'un des travailleurs possède cette qualification, les trois autres étant des décorateurs. Elle a ainsi procédé à un examen incomplet de la situation, ce qui confine à une appréciation manifestement inexacte des faits pertinents présentés. Le fait que l'OFPC distingue la formation de polydesigner de celle de décorateur au moyen de grilles de salaire différenciées n'est pas relevant en l'espèce, dès lors que l'assujettissement à la CCT-SOR ne dépend pas de cela. Lors du contrôle du 27 février 2018, les travailleurs de B_ étaient en train de changer les décors dans plusieurs vitrines, et effectuaient donc des travaux manuels de second œuvre, qui entrent dans le champ d'application de la CCT-SOR. Les contrats de travail versés à la procédure mentionnent d'ailleurs sans ambigüité les fonctions des travailleurs présents sur le chantier, soit deux peintres-décorateurs et un décorateur, aucun contrat ne mentionnant l'engagement d'un polydesigner.
Au surplus, elle fait grief à la CRCT d'avoir ignoré la position de l'R_ laquelle considère que la fonction de polydesigner entre pleinement dans la CCT-SOR, au vu des activités visées, et atteste que plusieurs des entreprises membres de l'R_ qui réalisent des travaux de décoration d'intérieur comparables à ceux de l'entreprise concernée, mais pour d'autres enseignes, sont soumises à la CCT-SOR, de sorte que B_ entre dans un rapport de concurrence directe avec d'autres entreprises du second œuvre et doit se conformer à la CCT-SOR. L'R_ étant l'une des parties contractantes à la CCT-SOR, sa position exprime la volonté des parties à intégrer l'activité de décorateur de vitrines à la CCT-SOR. Or, lors du contrôle du 27 février 2018, les travailleurs de la société concernée effectuaient des travaux de remplacement des décors de vitrine, pour lesquels l'entreprise avait préalablement sollicité une demande de dérogation d'horaire, de sorte que c'est à raison que la A_ avait considéré l'activité déployée comme relevant du second œuvre, indépendamment de l'appellation de polydesigner employé. La CRCT avait admis que le polydesigner concevait une vitrine, mais ne l'installait pas lui-même; il bénéficiait de l'aide de travailleurs du second œuvre pour ce faire, ce qui était précisément le cas lors du contrôle effectué, B_ n'ayant collaboré avec aucune autre entreprise pour démonter et remonter les vitrines du magasin, activité propre au second-œuvre selon l'art. 1 al. 1 let. a CCT-SOR 2019 (anciennement art. 2 al. 1 let. a CCT-SOR 2011), mais l'ayant fait elle-même. En outre, la décision rendue considérait que les pièces produites ne permettaient pas d'établir avec précision la formation des travailleurs mais concluait cependant, de manière arbitraire, qu'ils étaient tous polydesigners. La A_ avait d'ailleurs sollicité la production par l'entreprise concernée de divers documents concernant la formation des travailleurs concernés, que l'entreprise n'avait pas fournis, et que la CRCT n'avait pas réclamé.
En conséquence, d'une part, par son activité d'agencement de magasin selon l'art. 1 let. a CCT-SOR 2019 (anciennement art. 2 al. 1 let a CCT-SOR 2011), activité constatée lors du contrôle de chantier du 27 février 2018 et, d'autre part, par son activité de décoration d'intérieur selon l'art. 1 let. j CCT-SOR 2019 (anciennement art. 2 al. 1 let. e CCT-SOR 2011), activité mentionnée dans les contrats de travail des travailleurs contrôlés le 27 février 2018, l'entreprise B_ était soumise à la CCT-SOR.
b. Dans sa réponse, B_ a conclu au rejet du recours, à la confirmation de la sentence arbitrale et au déboutement de la A_ de toutes ses conclusions, sous suite de frais et dépens. Subsidiairement, elle a conclu à la nomination d'un expert indépendant pour analyser la question du "prétendu" assujettissement de B_ à la CCT-SOR.
En substance, elle considère que la CRCT n'est pas tombée dans l'arbitraire pour définir le champ d'application de la CCT-SOR. Le caractère pérenne ou éphémère servant à distinguer les activités de polydesigner et de décorateur devait être examiné afin de savoir si les activités de B_ entraient dans le champ d'application de la CCT-SOR, cette convention ne précisant aucune méthode d'interprétation. La CRCT n'avait par ailleurs pas utilisé ce seul critère d'examen, contrairement à ce que laissait entendre la A_ dans son recours. La comparaison qu'elle avait fait de l'activité de B_ avec celle d'un vitrier n'était pas pertinente, ce dernier effectuant une installation fixe et durable, contrairement à l'entreprise concernée. Par ailleurs, les contrats de travail des employés de B_, ou leurs formations respectives, ne suffisaient pas à déterminer précisément l'activité déployée par la société; seules étant déterminantes les tâches effectivement confiées et exécutées par celle-ci. Il n'était par ailleurs pas surprenant que ladite société emploie des travailleurs ayant des connaissances en matière de peinture ou de décoration, sans pour autant que cela ne permette encore d'affirmer que ceux-ci exerçaient au sein de la société dans ces domaines.
Pour qualifier l'activité de B_ de "décoration d'intérieur", la A_ s'était fondée sur l'avis de l'R_, laquelle était composée d'uniquement quatorze membres. Q_ étant membre de son comité et également secrétaire de la A_, son avis était sujet à caution. Rien ne démontrait que les entreprises membres effectueraient des travaux de décoration de vitrines identiques à ceux de B_. L'activité de cette dernière ne correspondait d'ailleurs pas à celle de décorateur d'intérieur telle qu'elle était définie sur le site de l'R_; B_ n'était ni une menuiserie, ni une ébénisterie, ni une charpenterie et, point essentiel, ne fabriquait aucun élément de décor ni élément de vitrine. Seules la décoration intérieure (au sens de l'art. 2 al. 1 let. e CCT-SOR 2011) et les activités d'agencement intérieur et d'agencement de magasins (au sens de l'art. 2 al. 1 let. a CCT-SOR 2011) qui perduraient et nécessitaient des travaux d'une certaine ampleur (comme la pose d'escalier, de chauffage design, etc.) entraient dans la catégorie des travaux de menuiserie ébénisterie et charpenterie, au contraire de la décoration de vitrine qui était éphémère et de faible importance (présentoirs bijoux ou d'autres marchandises, etc). B_ n'exécutant que la pose d'éléments de décors et de vitrine de boutique (comme cela ressortait du rapport de contrôle sur chantier), c'est à juste titre que la CRCT avait retenu que son activité relevait du métier de polydesigner, dès lors qu'elle imagine/intellectualise les décors qu'elle pose en vitrine après réalisation de ceux-ci par les corps de métier tels les menuisiers, charpentiers, ébénistes. La décision rendue n'était ainsi pas arbitraire.
Au surplus, l'OFPC distinguait clairement la profession de décorateur d'intérieur de celle de polydesigner 3D (les listes d'apprentis en vigueur à Genève distinguaient ces deux professions). Pour les salaires des décorateurs d'intérieur, c'est la CCT-SOR qui s'appliquait, alors que pour la profession de polydesigner 3D, c'étaient les Conventions d'entreprise qui régissaient la matière, de sorte que cette dernière profession ne relevait pas de la décoration d'intérieur et n'était pas assujettie à la CCT-SOR. La décision rendue reposait ainsi sur une appréciation correcte des faits résultant de l'instruction menée. Pour poser les nouveaux éléments de décor, B_ devait enlever les précédents, activité qui ne relevait pas du second œuvre, cette dernière ne fabricant par ailleurs aucun élément de décor.

## Considerations

EN DROIT
1.
La Cour est saisie d’un recours dirigé contre une décision rendue par la Chambre des relations collectives de travail concernant une violation de la convention collective de travail du second œuvre romand (ci-après : CCT-SOR). Elle examine d’office si les conditions de recevabilité sont remplies (art. 60 CPC).
1.1
La CCT-SOR prévoit à son art. 51 al. 2 que les décisions de la Commission professionnelle paritaire cantonale (A_) peuvent faire l’objet d’un recours dans les trente jours auprès de la Chambre des relations collectives de travail (CRCT) dans le Canton de Genève. Selon la même disposition, la CRCT est saisie soit en tant qu’instance de conciliation, soit en tant qu’instance de jugement, soit en tant qu’instance d’arbitrage, en application des art. 8, 9 et 10 de la loi concernant la Chambre des relations collectives de travail. La CRCT est quant à elle définie dans le cadre de la loi concernant la Chambre des relations collectives de travail (LCRCT). Cette loi institue une Chambre des relations collectives de travail à Genève avec notamment les compétences de prévenir et concilier les différends d’ordre collectif concernant les conditions de travail et de trancher les différends collectifs comme tribunal arbitral public (art. 1, al. 1, let. a et e LCRCT). L’art. 10 LCRCT prévoit quant à lui que la Chambre peut statuer comme tribunal arbitral public sur tout litige qui lui est soumis d’entente entre les parties. L’art. 7 du Règlement d’application de la loi concernant la Chambre des relations collectives de travail (RCRCT) dispose quant à lui que les parties aux conventions collectives et les organisations professionnelles ayant qualité pour agir selon le droit fédéral sont notamment considérées comme parties ayant la qualité pour requérir la réunion de la Chambre des relations collectives de travail. L’art. 10 RCRCT dispose que les associations d’employeurs et de salariés et l’employeur qui a un différend d’ordre collectif avec ses salariés sont notamment considérés comme parties ayant qualité pour requérir la réunion de la Chambre dans le cadre d’une procédure d’arbitrage au sens de l’art. 10 LCRCT. En l’absence d’un compromis écrit, l’art. 11 al. 2 RCRCT dispose que les parties peuvent déclarer conjointement et oralement, lors d’une audience de la Chambre fonctionnant en qualité de Chambre de conciliation, qu’elles se soumettent à son arbitrage, cette déclaration étant portée au procès-verbal. L’art. 15 RCRCT prévoit que la sentence arbitrale rendue par la CRCT est minutée comme un jugement et est assimilée, pour son exécution, à un jugement définitif. Ni la LCRCT ni le RCRCT ne prévoient d’instance de recours cantonale contre une décision prise par la Chambre des relations collectives de travail en tant que tribunal arbitral instaurée par la CCT-SOR. Cette dernière ne prévoit pas non plus un tel recours.
Dans un arrêt
4A_53/2016
du 13 juillet 2016, la première Cour de droit civil du Tribunal fédéral a considéré que la CRCT est une instance publique cantonale lorsqu’elle agit en qualité de tribunal arbitral public et que sa composition et la détermination de son siège étant soustraites au choix des parties, elle ne peut pas être considérée comme un tribunal arbitral au sens des art. 353 et ss. CPC, avec la conséquence qu’un recours direct au Tribunal fédéral sur la base de l’art. 77 al. 1 LTF est dès lors exclu et que la CRCT statue ainsi dans ces situations en tant qu’autorité judiciaire cantonale de première instance et que sa décision, comme jugement étatique, n’est pas susceptible d’être attaquée directement devant le Tribunal fédéral. En effet, le recours en matière civile est ouvert contre une décision cantonale, pour autant que cette décision ait été rendue par un tribunal supérieur du Canton, lequel, sauf exception n’entrant pas en ligne de compte en l’espèce, aura statué lui-même sur recours, au sens de l’art. 75 al. 1 et 2 LTF. Le Tribunal fédéral a ainsi considéré qu’en vertu du droit fédéral, une voie de recours cantonale doit être ouverte contre une décision judiciaire de première instance de la CRCT, de sorte qu’à Genève, la Cour de justice est compétente pour connaître d’un tel recours, en sa qualité d’autorité judiciaire supérieure du Canton (ATF
139 III 252
consid. 1.6 p. 255 et ss.).
A Genève, la Chambre des prud’hommes de la Cour civile est compétente pour les appels et les recours dirigés contre les jugements du Tribunal des prud’hommes (art. 124 LOJ). La Chambre de céans, second degré de juridiction civile à Genève pour un litige ayant trait au droit du travail, est dès lors compétente pour connaître de la présente cause (
CAPH/204/2017
du 12 décembre 2017), ce qui n’est au demeurant pas contesté par les parties.
1.2