# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** e4de6c45-857f-58fd-8112-a872147bb856
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2009
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Monsieur X_ est domicilié à Genève. Depuis plusieurs années, il est détenteur de divers véhicules immatriculés dans ce canton, certains d’entre eux étant munis de plaques interchangeables et stationnés à l’étranger.
Dans ce contexte, M. X_ a fait l’objet d’une ordonnance de condamnation du Procureur général du 30 mai 2008, aux termes de laquelle il a été reconnu coupable d’infractions à l’art. 97 ch. 1 al. 4 et 6 de la loi fédérale sur la circulation routière du 19 décembre 1958 LCR (
RS 741.01
; P/1206/2005).
2. M. X_ ayant fait opposition le 12 juin 2008, la cause a été transmise au Tribunal de police (ci-après : TP).
3. Le vendredi 17 octobre 2008 à 11h15, la secrétaire du conseil de M. X_ a reçu un téléphone de M. M_, journaliste de la Tribune de Genève et à ce titre, accrédité auprès du Pouvoir judiciaire, qui voulait connaître les réactions dudit avocat au sujet de l'audience du TP appointée le 12 novembre 2008 dans le cadre de la P/1206/2005.
Le conseil de M. X_ était absent de Genève ce jour-là. M. M_ ayant précisé qu'il avait pris connaissance le jeudi 16 octobre 2008 au greffe du TP de la convocation de M. X_ pour l'audience du 12 novembre 2008 et du texte de l'ordonnance de condamnation, le stagiaire de l'étude s'est rendu au greffe de cette juridiction où il a appris qu'une convocation avait bien été expédiée la veille soit le 16 octobre 2008 par le greffe du TP au domicile élu de M. X_.
4. Le 18 octobre 2008, la Tribune de Genève a publié un article rédigé par M. M_ sous le titre : "X_ accusé d’avoir roulé avec de fausses plaques". Le même jour, la manchette du journal annonçait : "X_ aux prises avec la justice genevoise" et sur la première page de ce journal figurait sa photographie.
L'article précisait encore qu'une audience se déroulerait en novembre, devant le TP, le greffe de cette juridiction ayant confirmé en fin de semaine que cette audience aurait lieu le 12 novembre 2008. En outre, l'article reprenait mot pour mot, cité entre guillemets, un passage de l'ordonnance de condamnation, selon lequel "les motivations du mis en cause relèvent d'un mépris caractérisé envers la législation et les interdits en vigueur en Suisse", démontrant ainsi que ledit journaliste était entré en possession du texte intégral de ce document, daté "de la fin du mois de mai dernier".
Enfin, l'article se terminait par une déclaration qu'aurait faite "une source de l'administration".
5. Le 20 octobre 2008, le conseil de M. X_ a reçu la convocation et l'ordonnance de condamnation précitées, par pli recommandé distribué par l'office de poste de Champel dans la case postale de l'étude le jour même à 07h53. Selon le responsable de cet office, ce pli avait été déposé le jeudi 16 octobre 2008 à 20h35 à l'office de la Poste Genève 2 (Cornavin), soit Montbrillant, après 20h00, - heure de fermeture des guichets au public - et il était arrivé à la poste de Champel le lundi 20 octobre 2008 à 06h48.
6. Le 23 octobre 2008, M. X_ s'est constitué partie civile et il a déposé plainte pénale contre inconnu auprès du Procureur général pour violation du secret de fonction, faux dans les titres dans l'exercice de fonctions publiques, voire corruption.
7. En vue de l’audience de jugement du 12 novembre 2008 devant le TP, M. X_ a déposé le 31 octobre 2008 au greffe de cette juridiction une liste de témoins comportant les noms de cinq fonctionnaires du Palais de justice. Leur audition s’avérait nécessaire pour déterminer comment et par qui M. M_ avait été informé de la date de l’audience précitée et était entré en possession du texte intégral de l’ordonnance de condamnation susmentionnée, alors que ces documents, de même que la convocation pour ladite audience, n’étaient parvenus en l’étude de son conseil que le lundi 20 octobre 2008.
8. Considérant que cette publicité tapageuse était de nature à empêcher son mandant de bénéficier d’un procès équitable, le conseil de M. X_ a prié le 31 octobre 2008, la commission de gestion du Pouvoir judiciaire de délier de leur secret de fonction :
- Madame V_, alors greffière-juriste de juridiction du TP et du Tribunal d’application des peines et mesures (ci-après : TAPEM) ;
- Mesdames T_ et U_, greffières du TP, la première étant celle du juge L_ en charge de la cause P/1206/2005 ;
- Mesdames K_ et J_, respectivement greffière-juriste de juridiction adjointe et secrétaire juriste du Ministère public,
aux fins de permettre à ces personnes de témoigner devant le TP lors de l’audience du 12 novembre 2008.
9. Le 3 novembre 2008, le bureau de la commission de gestion du Pouvoir judiciaire a rejeté la requête tendant à la levée du secret de fonction des fonctionnaires précitées. Toute la motivation était contenue dans un seul paragraphe ainsi libellé : "considérant que les faits sur lesquels les personnes précitées seraient cas échéant amenées à déposer sont sans pertinence pour la manifestation de la vérité dans la procédure P/1206/2005, le bureau de la commission de gestion rejette la requête". Cette décision a été finalisée le 26 novembre 2008 et communiquée le jour même par pli recommandé avec la mention qu’elle pouvait faire l’objet, dans les trente jours, d’un recours auprès du Tribunal administratif.
Il résultait du texte en question que le bureau - dont la composition n’était pas spécifiée - avait pris cette décision mais que le Procureur général, membre de celui-ci, s’était abstenu.
10. Par acte posté le 15 décembre 2008, M. X_, représenté par son conseil, a recouru auprès du tribunal de céans en concluant principalement à ce qu’il soit constaté que le recours avait effet suspensif ; la décision attaquée devait être annulée et la levée du secret de fonction des fonctionnaires précitées prononcée "aux fins de leur permettre de témoigner lors de l’audience de jugement du TP dans le cadre de la procédure P/1206/2005 dirigée contre Monsieur X_". Les frais devaient être laissés à la charge de l’Etat.
Le 24 décembre 2008, le conseil du recourant a communiqué au tribunal de céans un courrier de la section des recours au Conseil d’Etat selon lequel, l’instruction du recours interjeté par M. X_ auprès de cette autorité contre la décision précitée du bureau de la commission de gestion du Pouvoir judiciaire, enregistré sous numéro 17563-2008, était suspendue en application de l’art. 14 de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 (LPA -
E 5 10
) dans l’attente du jugement du Tribunal administratif.
11. Sous la signature du secrétaire général du Pouvoir judiciaire, le bureau de la commission de gestion du Pouvoir judiciaire a conclu le 2 février 2009 au rejet - dans la mesure où il était recevable - du recours adressé par M. X_ au Tribunal administratif. Le bureau a fait valoir en substance que :
- Mme V_ était jusqu’au 31 décembre 2008, greffière-juriste de juridiction du TP, du TAPEM et qu’en cette qualité, elle supervisait les greffes de ces deux juridictions ;
- Mmes T_ et U_ étaient, comme indiqué ci-dessus, greffières du TP ;
- Mmes K_ et J_ étaient respectivement greffière-juriste de juridiction adjointe et secrétaire juriste du Ministère public, la seconde ayant été "amenée à travailler sur la procédure pénale suscitée dont le Procureur général était en charge".
Le bureau de la commission de gestion a persisté dans les termes de sa décision du 3 novembre 2008.
Sans nier que M. M_ ait été en possession de tout ou partie du texte de l’ordonnance de condamnation, prononcée à l’encontre de M. X_ dans le cadre de la P/1206/2005, avant que le conseil de celui-là n’ait reçu le 20 octobre 2008 la convocation pour l’audience du TP du 12 novembre 2008, les circonstances dans lesquelles cette remise avait eu lieu et les raisons de cette transmission étaient sans pertinence pour la procédure P/1206/2005.
M. X_ n’ayant aucun intérêt à l’audition des cinq fonctionnaires susnommées, le secret de fonction des intéressées n’avait pas à être levé.
Il appartiendrait au TP de déterminer si les faits allégués et la publication de l’article incriminé dans la Tribune de Genève du 18 octobre 2008 avaient entraîné une violation de la présomption d’innocence et, cas échéant, d’en examiner les conséquences.
La plainte pénale contre inconnu déposée par M. X_ le 23 octobre 2008 pour violation du secret de fonction, avait été enregistrée sous numéro P/17384/2008. Elle devrait permettre d’établir comment M. M_ avait pu entrer en possession des documents en question avant le 20 octobre 2008.
12. Le 4 février 2009, le juge délégué a sollicité l’apport des procédures P/1206/2005 et P/17384/2008.
13. Il résulte d’un courrier adressé le 11 février 2009 par le Procureur général au conseil de M. X_ que l’ouverture d’information du chef de violation de secret de fonction contre inconnu dans le cadre de la procédure P/17384/2008 n’avait été ordonnée par ses soins que le 11 février 2009. L’instruction en avait été confiée à Madame W_. Cette dernière a remis au juge délégué cette procédure en prêt. Celle-ci n’étant pas contradictoire, le juge délégué a fait interdiction aux parties, le 6 mars 2009, de la consulter.
Le juge délégué a toutefois levé copie de l’enquête interne que comportait cette procédure pénale, enquête interne datée du 5 février 2009 et ayant été requise le 25 novembre 2008 par le Procureur général auprès du secrétariat général au titre d’enquête préliminaire du Parquet. La plainte de M. X_ avait ainsi été transmise au secrétaire général le 25 novembre 2008, à charge pour lui d’indiquer qui gérait l’acheminement du courrier, de quelle manière et dans quel délai celui-ci avait été opéré dans le cas précis d’une part, et de clarifier la question générale de la remise à des journalistes accrédités de feuilles d’envoi ou d’ordonnance de renvoi de la Chambre d’accusation ainsi que celles des devoirs des journalistes accrédités en la matière, d’autre part. Etaient annexées, les directives concernant l’accréditation des journalistes auprès des autorités judiciaires du canton de Genève qui comportaient sous ch. 3, intitulé :
"Facilités accordées aux journalistes :
Les autorités judiciaires s’efforcent de faciliter aux journalistes accrédités, l’exercice de leur tâche, dans le respect des obligations qui leur sont propres, notamment celles qui découlent de leur secret de fonction. A cette fin, les autorités judiciaires :
a. mettent à disposition des journalistes une salle de presse, dans les locaux du Palais de justice ;
b. mettent à disposition des journalistes la liste des audiences publiques, y compris celle des audiences de jugements ou de prononcé des jugements ; les greffes renseignent sur les lieux et dates de telles audiences ;
c. remettent aux journalistes les ordonnances de renvoi de la Chambre d’accusation, avant les audiences de jugement, interdiction étant faite de publier ces documents (copies conformes ou fac-similés inclus) ;
d. remettent aux journalistes, sur demande et sans prélever d’émolument, copies des jugements civils et administratifs accessibles au public ; cas échéant, ces copies pourront être caviardées, aux fins d’assurer le respect de la sphère privée des plaideurs."
Selon cette enquête interne, la convocation destinée au conseil de M. X_ avait été établie le 15 octobre 2008 à 15h33 et n'avait pas été remise au courrier interne du Pouvoir judiciaire à 16h15. Elle l'avait été soit le jour même, mais après cette heure-ci, soit le lendemain.
Le pli recommandé avait été levé par le greffe du courrier le 16 octobre 2008 à 15h15 ou à 16h15. Il avait été scanné le 16 octobre 2008 sous n
o
_, pris en charge par La Poste le même jour au greffe du courrier et son dépôt avait été enregistré à 20h35.
Pour une raison que La Poste n'avait pu expliquer, ledit pli n'avait pas été distribué le 17 octobre 2008 ni l'avis déposé ce jour-ci dans la case postale de son destinataire, mais cette distribution avait été effectuée le lundi 20 octobre 2008.
Les convocations envoyées par Mme T_ dans les deux autres causes convoquées pour le 12 novembre 2008 devant la _
ème
chambre du TP avaient été traitées de la même manière par le greffe du TP, par le service du courrier interne du Pouvoir judiciaire et par La Poste.
Quant à la convocation destinée au Parquet dans la cause P/1206/2005, imprimée "au plus tôt vers 15h35", transmise par courrier interne, elle n'avait pu être distribuée par courrier interne avant la dernière levée, intervenant en principe à 14h30, et elle avait donc été prise en charge lors des tournées du greffe du courrier le 16 octobre 2008 à 08h00 ou 10h30 pour être livrée au greffe du Parquet le même jour à 10h30 ou 14h30.
Enfin, toujours selon cette enquête interne, une consoeur de M. M_ aurait déclaré que celui-ci "n'avait pas obtenu l'ordonnance de condamnation à l'occasion de la transmission usuelle, par le greffe, de ce document".
L'identité de la ou des personnes qui auraient renseigné M. M_ n'avait pu être déterminée.
14. Le 6 mars 2009, le juge délégué a soumis un certain nombre de questions au bureau de la commission de gestion et il a interpellé les parties pour savoir si l’instruction du recours, dont le tribunal de céans était saisi, pouvait être suspendue dans l’attente de l’issue de la cause P/17384/2008, le juge d’instruction étant vraisemblablement appelé à auditionner les fonctionnaires dont la levée du secret de fonction avait été refusée le 3 novembre 2008.
15. Les 25 et 31 mars 2009, les parties se sont opposées à cette suspension et l’intimé a exposé la pratique du TP concernant la communication des jugements de cette juridiction.
16. A la requête du juge délégué, le juge d’instruction a indiqué le 8 mai 2009 que la procédure P/17384/2009 (recte : 2008) avait été communiquée la veille au Parquet, sans inculpation.
17. Le 25 mai 2009, le juge délégué a sollicité une nouvelle fois, mais du Parquet, la transmission en prêt de la cause P/17384/2008. Monsieur le Procureur général était également invité à autoriser, cas échéant, la consultation de cette procédure par le recourant, quand bien même celle-ci n’était jamais devenue contradictoire, vu l’absence d’inculpation.
18. Les 16 juin et 9 juillet 2009, un rappel a été adressé à M. le Procureur général et l’apport de la cause P/17384/2008 ordonné par retour du courrier.
Cette procédure a finalement été transmise en photocopie au juge délégué le 14 juillet 2009.
Après en avoir pris connaissance, celui-ci a constaté que cette procédure ne comportait pas le résultat de l’ordonnance de perquisition et saisie prononcée le 27 mars 2009 par le juge d’instruction et priant la direction du Centre des technologies et de l’information (ci-après : CTI) "de procéder à une perquisition dans l’ensemble des boîtes e-mail des personnes travaillant au sein du Palais de justice aux fins de déterminer, du 1
er
mai 2008 au 31 décembre 2008, si et qui avait eu des contacts avec les adresses e-mail :
- M_@edipresse.ch dans une première liste,
- @edipresse.ch dans une seconde liste,
du contenu de ces e-mails mais à tout le moins l’objet du mail pouvant servir à la manifestation de la vérité".
19. Sur requête du juge délégué, le juge d’instruction a transmis à celui-ci le 19 août 2009 "une nouvelle copie des relevés e-mail reçus du DCTI (recte : CTI) qui ne se trouveraient pas dans la procédure".
20. Un délai au 31 août 2009 a été fixé aux parties pour déposer leurs observations au sujet de la procédure P/17384/2008 qui pouvait être consultée par leurs soins auprès du greffe de la juridiction et qui faisait apparaître qu’avaient été entendus comme témoins par le juge d’instruction :
a. Le 18 mars 2009, Monsieur Y_, juge d'instruction.
Le témoin avait appris, à l’occasion d’un déjeuner pris le 16 octobre 2008 entre 12h30 et 14h00 avec M. M_, que ce dernier devait aller l’après-midi même au greffe du TP pour obtenir la feuille d’envoi dans un dossier qui impliquait M. X_. Il avait été question d’une enveloppe derrière la vitre du greffe dans laquelle il y avait l’ordonnance de condamnation, mais le témoin ignorait comment son interlocuteur avait su que cette ordonnance de condamnation concernant M. X_ se trouvait déjà au greffe du TP.
Le juge avait encore entendu comme témoins, après que ceux-ci aient été déliés de leur secret de fonction par le bureau de la commission de gestion :
b. Les 31 mars et 28 avril 2009, Mme T_, Monsieur H_, et Madame A_, tous deux commis-greffiers au TP.

## Considerations