# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** ff0de2c9-e79e-4588-a360-992671b3795c
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2006
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
M. Y._, né le 8 juillet 1958, a travaillé comme responsable logistique pour l'entreprise Z._jusqu'au 28 février 2003, puis comme barman dans un cabaret lausannois pendant deux mois. A partir du 1
er
mai 2003, il a touché des indemnités de l'assurance-chômage, faisant régulièrement contrôler son inactivité professionnelle auprès de l'Office régional de placement de Lausanne (ci-après : l'ORP).
B.
Par contrat de durée indéterminée du 13 août 2003, M. Y._ a été engagé, au 1
er
septembre 2003, comme câbleur-monteur par l'entreprise X._. Le 2 septembre 2003, il a fait une demande d'allocations d'initiation au travail (AIT) auprès de l'ORP. X._ avait alors rempli un document intitulé "confirmation de l'employeur relative à l'initiation au travail" selon lequel elle s'engageait notamment à ne résilier le contrat de travail avant la fin de l'initiation que pour justes motifs au sens de l'art. 337 du Code des obligations (CO).
Par décision du 8 septembre 2003, l'ORP a accepté le versement des allocations d'initiation au travail en précisant que celles-ci étaient octroyées pour la période du 1
er
septembre 2003 au 29 février 2004, sous réserve du respect du contrat de travail, de la confirmation de l'employeur et du plan de formation, à défaut de quoi, la restitution des prestations pourrait être exigée.
C.
Par lettre-signature du 18 décembre 2003, X._ a résilié le contrat de travail de M. Y._ au 31 janvier 2004, expliquant qu'en raison de la conjoncture dans l'industrie suisse, elle était dans l'obligation de réduire son personnel. Elle en a informé la Caisse cantonale de chômage (ci-après : la caisse) dans le formulaire intitulé "Attestation MMT-AIT-décembre 2003".
D.
Par décision du 23 janvier 2004, l'ORP a révoqué sa décision d'octroi d'AIT du 8 septembre 2003, exposant que le contrat de travail avait été rompu pendant la phase d'initiation en raison de difficultés économiques et non pour un juste motif au sens de l'art. 337 CO.
Cette décision n'a fait l'objet d'aucun recours.
D. Par décision du 28 janvier 2004, la caisse a réclamé à X._ la restitution des prestations que cette dernière avait indûment touchées pour les mois de septembre à décembre 2003, soit un montant total de 8'856 francs.
E. Le 11 février 2004, X._ a fait opposition à cette décision, concluant à ce qu'il soit renoncé à ce remboursement.
Par décision du 21 avril 2004, la caisse a rejeté l'opposition, considérant que les problèmes économiques de X._ ne constituaient pas un juste motif de résiliation du contrat de travail de M. Y._ et que l’entreprise ne pouvait ainsi pas se prévaloir de sa bonne foi pour obtenir une remise de l'obligation de restituer.
F. X._ a recouru contre cette décision le 13 mai 2004, concluant à son annulation et, implicitement, à la remise de l'obligation de restituer la somme réclamée. Elle fait valoir en substance qu'au vu des difficultés économiques rencontrées à l'époque, maintenir le poste de M. Y._ aurait mis en péril la solvabilité de l'entreprise et que son licenciement était un ultime recours, ce qu'elle considère comme de justes motifs. Elle ajoute que les AIT ont permis à l'intéressé d'apprendre un nouveau métier et d'acquérir un maximum de compétences. Elle précise enfin que le remboursement du montant en question aggraverait sérieusement sa situation financière délicate.
Dans sa réponse du 27 mai 2004, la caisse expose notamment que la mesure d'initiation au travail ayant été interrompue prématurément, l'intéressé se voyait privé d'une formation complète, ce qui était contraire aux engagements pris par X._.
L'ORP a produit son dossier, sans formuler d'observations.
Le Tribunal administratif a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l'art. 103 al. 3 de la loi fédérale sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité du
25 juin 1982 (LACI), le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus recevable en la forme.
2.
L'art. 65 LACI permet le versement d'allocations d'initiation au travail aux assurés dont le placement est difficile, qui sont mis au courant dans une entreprise et reçoivent de ce fait un salaire réduit, lorsque le salaire réduit durant la mise au courant correspond au moins au travail fourni (let. b) et qu'au terme de cette période, l'assuré peut escompter un engagement aux conditions usuelles dans la branche et la région (let. c).
Selon l'
art. 66 LACI
, les allocations d'initiation au travail couvrent la différence entre le salaire effectif et le salaire normal auquel l'assuré peut prétendre au terme de sa mise au courant, compte tenu de sa capacité de travail, mais tout au plus 60 pour cent du salaire normal (al. 1). Pendant le délai-cadre, elles sont versées pour six mois au plus, dans des cas exceptionnels, notamment pour des chômeurs âgés, pour douze mois au plus (al. 2). D'autre part, bien que les assurés soient eux-mêmes titulaires du droit aux allocations d'initiation au travail, celles-ci sont versées par la caisse à l'employeur; ce dernier les verse à son tour à l'assuré avec le salaire convenu (
art. 90 al. 4 OACI
).
Les allocations d'initiation au travail ne sauraient être utilisées pour favoriser économiquement des entreprises ou des régions (par exemple pour attirer de nouvelles entreprises ou faciliter les reprises d'entreprises en allégeant les charges salariales, etc.). Le critère déterminant est l'intérêt du travailleur à obtenir un emploi durable (Circulaire relative aux mesures de marché du travail - citée ci-après : Circulaire MMT - p. 127, J3). L'employeur doit initier l'assuré au travail dans son entreprise avec un encadrement adéquat. Il doit conclure avec le travailleur un contrat d'une durée indéterminée; s'il est prévu un temps d'essai, celui-ci ne peut normalement excéder un mois. S'il apparaît après le début de l'initiation que celle-ci ne pourra raisonnablement être menée à bien, le rapport de travail doit être résilié par congé. L'autorité compétente doit être avisée au préalable du possible échec de l'initiation. Elle devrait tenter, avant la notification du congé, de rétablir l'entente entre le travailleur et l'employeur afin que l'initiation puisse, chaque fois que faire se peut, être achevée comme prévue. L'employeur en particulier ne devrait faire usage de son droit de licenciement que pour des motifs graves (lorsque la poursuite des rapports ne peut être exigée de lui, par exemple parce que le travailleur ne possède pas les capacités nécessaires ou qu'il a enfreint les règles de la bonne foi). Il est tenu d'informer l'autorité compétente du travail des motifs de congé. L'autorité compétente peut exiger la restitution de tout ou partie des allocations déjà versées (art. 25 LPGA; Circulaire MMT, p.131, J27).
3.
a) Dans sa décision du 8 septembre 2003, l'ORP a réservé l'éventualité d'une restitution des prestations si le contrat de travail était résilié, en dehors du temps d'essai et sans justes motifs, pendant la période d'initiation. Une telle réserve doit être comprise en ce sens que le versement des allocations a lieu sous condition résolutoire, appelée aussi réserve de révocation (cf. ATF 111 V 223 consid. 1; GRISEL, Traité de droit administratif, vol. I, p. 408). Elle est tout à fait admissible au regard du but de la mesure, qui est de favoriser l'engagement durable de personnes au chômage dont le placement est fortement entravé; il s'agit également d'éviter une sous-enchère sur les salaires, ainsi qu'un subventionnement des employeurs par l'assurance-chômage (ATF 112 V 251 sv. consid. 3b; THOMAS NUSSBAUMER, Arbeitslosenversicherung, in : Schweizerisches Bundesverwaltungsrecht [SBVR], Soziale Sicherheit, ch. 583; DANIELE CATTANEO, Les mesures préventives et de réadaptation de l'assurance-chômage, thèse Genève 1992, no 780 ss, p. 467 ss). L'autorité cantonale peut même exiger que la condition légale d'un engagement aux conditions usuelles dans la branche et la région, après la période d'initiation (
art. 65 let. c LACI
), fasse l'objet d'un contrat écrit (
art. 90 al. 3 OACI
). L'employeur peut ainsi être tenu à restituer les allocations perçues si les rapports de travail sont résiliés sans justes motifs avant l'échéance du délai indiqué par l'administration dans sa décision; cette restitution s'opère conformément à l'
art. 2
5 al. 1 LPGA
(GERHARDS, Kommentar zum Arbeitslosenversicherungsgesetz, vol. II, n. 30 ad art. 65-67).
Quant à la notion de justes motifs, elle est, dans le présent contexte, la même que celle définie à l'
art.
337 CO
(DIETER FREIBURGHAUS, Präventivmassnahmen gegen die Arbeitslosigkeit in der Schweiz, Berne 1987, p. 51).
b) Selon l'
art. 25 al. 1 LPGA,
les prestations indûment touchées doivent être restituées. La restitution ne peut être exigée lorsque l’intéressé était de bonne foi et qu’elle le mettrait dans une situation difficile.
En matière d'assurances sociales, la restitution de prestations suppose, en règle ordinaire, que soient remplies les conditions d'une reconsidération ou d'une révision procédurale de la décision par laquelle les prestations en cause ont été allouées (ATF 122 V 19 consid. 3a, ATF 122 V 367 consid. 3, et la jurisprudence citée). L'administration peut reconsidérer une décision formellement passée en force de chose jugée et sur laquelle une autorité judiciaire ne s'est pas prononcée quant au fond, à condition qu'elle soit sans nul doute erronée et que sa rectification revête une importance notable (ATF 122 V 19 consid. 3a, ATF 122 V 367 consid. 3 et les arrêts cités). En outre, par analogie avec la révision des décisions rendues par les autorités judiciaires, l'administration est tenue de procéder à la révision d'une décision entrée en force formelle lorsque sont découverts des faits nouveaux ou de nouveaux moyens de preuve, susceptibles de conduire à une appréciation juridique différente (ATF 122 V 19 consid. 3a, 122 V 270 consid. 2).
Cependant, quand le versement de prestations a eu lieu, comme en l'espèce, sous condition résolutoire, l'administration peut en demander la restitution sans être liée par les conditions susmentionnées relatives à la révocation des décisions (ATF 117 V 139 consid. 4b; Moor, Droit administratif, vol. II, 2
ème
éd., p. 78).
4.
En l'espèce, la recourante a mis un terme au contrat de travail avant la fin de la période d'initiation, après le temps d'essai. Elle se prévaut toutefois de ses difficultés financières, qui justifiaient la résiliation du contrat comme ultime recours. Ce motif, qui n'est pas lié à la personne de M. Y._, mais à des problèmes économiques internes, ne saurait être retenu comme un juste motif de licenciement immédiat au sens de l'art. 337 CO. En outre, on ne peut pas considérer le but de la mesure comme atteint, puisque M. Y._ n'a pas pu achever sa formation, ni être engagé de manière durable. Ainsi, c'est à juste titre que la caisse a réclamé à la recourante le remboursement des allocations qu'elle avait versées en faveur de l'intéressé du 1
er
septembre au 31 décembre 2003, pour un montant total de 8'856 francs.
5. La recourante a demandé implicitement à ce qu'il y soit renoncé, se prévalant de sa bonne foi et des difficultés financières qu'elle rencontrait. Or une remise de l'obligation de restituer selon l'art. 95 al. 2 LACI est exclue; le débiteur doit s'attendre à devoir rembourser les prestations en cas de non-respect des conditions fixées, ce qui ne lui permet pas d'invoquer sa bonne foi (ATF 126 V 42 consid. 2b, p. 46; RCC 1988 p. 550).