# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c911ce2f-e1f4-584b-abf7-406a972189b1
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_001
**Year:** 2014
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
a.
Par acte du 2 septembre 2011, B_ a saisi le Tribunal de première instance (ci-après : le Tribunal) d'une demande contre A_ visant le paiement, avec suite de frais, de 5'689'507 fr. 88 et de 252'175 GBP, avec intérêts à 5% dès le 17 mars 2010.![endif]>![if>
B_ se prévaut du dommage résultant de transactions qui auraient été effectuées à son insu et contre son gré, entre le 27 janvier 2006 et le 6 août 2009, depuis son compte D_ ouvert auprès de la succursale genevoise de A_. Il impute ces détournements à C_, son cousin et gestionnaire du compte, voire à d'autres employés de la banque.
A cet égard, B_ a fait état de transferts effectués sur les comptes _.
b.
C_ a été licencié par A_ et il est actuellement en fuite en Turquie, son pays d'origine.
c.
Le 20 janvier 2012, A_ a requis la suspension de la procédure jusqu'à droit jugé dans la procédure pénale P/4803/2010, ouverte à la suite de la plainte déposée par la banque contre C_ en juillet 2010, portant notamment sur les faits susrésumés et dans le cadre de laquelle B_ est également partie plaignante.
Par décision du 10 mai 2012, le Tribunal a refusé une telle suspension, au motif que la procédure pénale n'avait pas avancé de manière significative, que son issue et sa durée étaient incertaines compte tenu de la fuite du prévenu en Turquie et que le Tribunal pouvait en tout état y envoyer des commissions rogatoires.
d.
Sur le fond, A_ a conclu au rejet de la demande, arguant notamment de ce que les transferts litigieux avaient été effectués sur ordres téléphoniques de B_ à C_, que le demandeur ne les avait pas contestés avant le printemps 2010 et que lesdits transferts n'avaient pas non plus suscité des protestations de la part des titulaires des comptes bénéficiaires.
Au sujet de la plainte pénale susmentionnée, A_ a précisé que son dépôt était "intervenu à titre de mesure conservatoire suite aux diverses plaintes reçues de la part de clients turcs alléguant des malversations dont C_ se serait rendu coupable".
A_ a au surplus produit des documents au sujet des ordres de virement par téléphone querellés, dont B_ a contesté la valeur probante au vu de ce qu'il s'agissait de documents internes de la banque, signés pour l'essentiel par C_.
e.
Dans leurs réplique et duplique respectives, les parties ont persisté dans leurs conclusions sur le fond.
B_ a, au surplus, notamment requis la production par A_ des documents d'ouverture et le "profil client" des comptes bénéficiaires.
f.
Durant les débats d'instruction devant le Tribunal, B_ a expliqué vouloir interroger les titulaires des comptes bénéficiaires au sujet de la cause des transferts litigieux. A_ s'y est opposée en invoquant le secret bancaire.
B_ a également requis la production du rapport d'audit interne de la banque concernant le compte D_ ainsi que la "side letter" relative aux objectifs de C_. A_ s'y est opposée en se prévalant de la confidentialité de ces documents.
B.
a.
Par ordonnance du 18 novembre 2013, notifiée aux parties le 22 novembre suivant, le Tribunal a fixé un délai à A_ au 13 décembre 2013 pour fournir l'identité des titulaires des comptes _ (1
er
point du dispositif).![endif]>![if>
Le premier juge a au surplus écarté les pièces 6, 7A, 7B, 55, 56, 58, 59, 62, 63 et 64 produites par B_, refusé d'ordonner la production du rapport d'audit interne ainsi que celle de la "side letter" et réservé la suite de la procédure, en précisant qu'une ordonnance de preuve serait rendue dès réception des noms des titulaires des comptes susmentionnés (2
ème
, 3
ème
et 4
ème
point).
b.a
Le Tribunal a considéré que le demandeur était dans l'impossibilité de prouver les faits allégués par la production de documents, dans la mesure où les transactions litigieuses avaient été exécutées sur ordres téléphoniques. Le principal témoin, soit le gestionnaire du compte D_, C_, qui avait exécuté les prétendus ordres bancaires, était en fuite en Turquie, sous le coup d'une procédure pénale ouverte à Genève. Il était dès lors peu probable qu'il défère à une convocation du Tribunal et la fiabilité de ses explications, fournies le cas échéant sur commission rogatoire, n'était pas certaine, compte tenu de son implication personnelle. A_ ne pouvait pas se borner à se prévaloir de l'existence d'ordres téléphoniques non enregistrés, dès lors que lesdits ordres pouvaient avoir été créés de toutes pièces par C_ ou d'autres employés de la banque. Seuls les titulaires des comptes bénéficiaires étaient donc, à ce stade, en mesure d'indiquer si les transferts litigieux avaient ou non une cause valable.
Il était au surplus utile de les interroger sur les éventuels liens qu'ils entretenaient entre eux-mêmes, d'une part, et avec C_ ou avec le demandeur, d'autre part.
b.b
La requête de B_ n'était en revanche pas fondée en tant qu'elle concernait les comptes _ et _, dont les noms des titulaires ressortaient de la procédure.
Le demandeur n'était pas non plus légitimé à requérir la production du rapport d'audit interne de A_, un tel document étant purement interne et son auteur pouvant si nécessaire être entendu en qualité de témoin.
Pour le surplus, en ce qui concernait la "side letter", sa pertinence n'était pas démontrée.
b.c
Le Tribunal a enfin écarté toutes les pièces issues de la procédure pénale produites par B_, au motif que, dans la mesure où ce dernier s'était opposé à la demande formée par A_ visant la suspension de la cause civile jusqu'à droit connu dans la procédure pénale, il ne pouvait pas, selon son choix, en produire certaines pièces, dont la pertinence n'était au demeurant pas évidente.
C.
a.
Par acte déposé au greffe de la Cour de justice le 2 décembre 2013, A_ recourt contre l'ordonnance précitée et conclut à l'annulation du point 1 de son dispositif. Elle sollicite au surplus sa confirmation et le renvoi du dossier au premier juge pour instruction et jugement au fond, sous suite de frais.![endif]>![if>
b.
A_ a préalablement requis l'octroi de l'effet suspensif, au sujet duquel B_ s'en est rapporté à l'appréciation de la Cour.
Cette dernière, par arrêt du 29 janvier 2013, après avoir accordé l'effet suspensif requis à titre superprovisionnel le 6 décembre 2013, a admis la requête de A_, en renvoyant la fixation des frais à la décision sur le fond.
La Cour a considéré que le recours était "prima facie" recevable au vu du préjudice difficilement réparable que causerait l'ordonnance querellée à A_ si elle était mal fondée, que l'argumentation de la banque n'était "a priori" pas manifestement dépourvue de fondement, que la communication des noms des titulaires des comptes visés à B_ ne revêtait aucune urgence, ce dernier s'en rapportant par ailleurs à la justice au sujet de l'effet suspensif, et qu'à défaut d'un tel effet suspensif, le recours serait vidé de sa substance.
c.
Sur le fond, B_ conclut au rejet du recours, avec suite de frais, et au renvoi de la cause au premier juge pour instruction et jugement au fond.
Il produit neuf pièces relatives à la procédure de première instance (actes de procédure et courriers au premier juge).
d.
Dans leurs réplique et duplique respectives, les parties persistent dans leurs conclusions et A_ produit deux pièces également tirées de la procédure de première instance.
D.
a.
Le 18 mars 2014, les parties ont été informées que la cause a été gardée à juger.![endif]>![if>
b.

## Considerations

Les arguments des parties seront examinés dans la partie en droit ci-après dans la mesure utile.
EN DROIT
1.
La Cour examine d'office si les conditions de recevabilité du recours sont remplies (art. 60 CPC).![endif]>![if>
1.1
Le recours est recevable contre les décisions finales, incidentes et provisionnelles de première instance qui ne peuvent pas faire l'objet d'un appel (art. 319 let. a CPC) et contre les autres décisions et ordonnances d'instruction de première instance dans les cas prévus par la loi (ch. 1) ou lorsqu'elles peuvent causer un préjudice difficilement réparable (ch. 2) (art. 319 let. b CPC).
Par définition, les décisions visées à l'art. 319 let. b CPC ne sont ni finales, ni partielles, ni incidentes, ni provisionnelles. Il s'agit de décisions d'ordre procédural par lesquelles le tribunal détermine le déroulement formel et l'organisation matérielle de l'instance (Jeandin, Code de procédure civile commenté, 2011, n. 11 ad art. 319 CPC; Freiburghaus/Afheldt, Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung, 2013, 2
e
éd., n. 11 ad art. 319 CPC).
Les ordonnances d'instruction se rapportent à la préparation et à la conduite des débats. Elles statuent en particulier sur l'opportunité et les modalités de l'administration des preuves, ne déploient ni autorité ni force de chose jugée et peuvent en conséquence être modifiées ou complétées en tout temps (Jeandin, op. it., n. 14 ad art. 319 CPC; Freiburghaus/Afheldt, op. cit., n. 11 ad art. 319 CPC; Hohl, Procédure civile, Tome II, 2010, n. 501 et 2484; cf. aussi Message du Conseil fédéral FF 2006 6841, p. 6984).
1.2
En l'espèce, l'ordonnance entreprise admet la requête de l'intimé concernant la communication des noms des personnes titulaires des comptes ayant bénéficié des transactions litigieuses (ci-après : les bénéficiaires). Elle déboute au surplus l'intimé au sujet de la production d'un rapport interne de la recourante et du document intitulé "side letter".
Il s'agit ainsi d'une ordonnance relative à la conduite des débats, soit une ordonnance d'instruction, statuant en particulier sur l'administration des preuves.
Seule la voie du recours est donc ouverte.
1.3