# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** acb62ff2-3db0-48e8-ac48-e7c33f8a701d
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2006
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A. Y._, né le 19 avril 1963, de nationalité française et domicilié à *******************, en France, s'est vu délivrer, le 2 mai 2005, une autorisation de séjour de type G, valable pour les zones frontalières de Suisse jusqu'au 31 décembre 2008 pour travailler auprès de la société 2.******************à 3.******************(VD). Il a déposé Le 1er septembre 2005 une demande de titre de séjour CE/AELE pour l'exercice d'une activité de plus de trois mois dans le Canton de Vaud. Ce permis était sollicité afin d'exercer l'activité de manoeuvre polyvalent au sein de l'entreprise X._, à 1.******************.
B. Le 12 septembre 2005, le Service de la population (ci-après SPOP) a octroyé une demande d'autorisation de courte durée à Y._, lequel était invité à s'annoncer dans les huit jours dès son arrivée en Suisse auprès du contrôle des habitants de sa commune de domicile afin de régulariser ses conditions de séjour.
X._ s'est adressé au SPOP le 26 septembre 2005 en l'informant qu'Y._ n'envisageait pas de s'installer en Suisse car sa femme et ses enfants vivaient en France et il souhaitait rentrer tous les soirs à son domicile.
Le 5 octobre 2005, la Municipalité de 1.****************** s'est adressée au SPOP en lui indiquant que l'entreprise X._ était un élément important du tissu économique et social de la commune précitée. Ainsi, la municipalité demandait de bien vouloir reconsidérer la demande de dérogation, qu'elle appuyait.
C. Par décision du 5 décembre 2005, le SPOP a refusé de délivrer une autorisation frontalière à Y._ pour les raisons suivantes :
"A l'examen du dossier de M. ****************** [recte : Y._], nous constatons que son lieu d'activité, à savoir sur la Commune de 1.******************, n'est pas compris dans la zone frontalière d'activité autorisée.
Compte tenu de ce qui précède, nous ne sommes pas en mesure d'accorder la dérogation requise et refusons de délivrer une autorisation frontalière à M. Y._.
Dès le 1er juin 2007, les zones frontalières seront supprimées. Le frontalier jouira dès lors de la liberté d'exercer son activité professionnelle dans n'importe quel état contractant et bénéficiera de la mobilité géographique et professionnelle sur l'ensemble des territoires des parties contractantes".
Par acte du 9 décembre 2005, le recourant a saisi le Tribunal de céans d'un pourvoi qui conclut implicitement à l'annulation de la décision entreprise et à l'octroi d'une autorisation frontalière en faveur d'Y._.
Le recourant s'est acquitté en temps voulu de l'avance de frais de 500 francs requise par le Tribunal. Par décision incidente du 15 décembre 2005, le juge instructeur du Tribunal de céans a refusé d'octroyer l'effet suspensif au recours.
L'autorité intimée s'est déterminée le 1er février 2006 concluant au rejet du recours.
Le Tribunal a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit
1. L'accord du 21 juin 1999 entre la Confédération suisse, d'une part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d'autre part, sur la libre circulation des personnes (ci-après : ALCP), entré en vigueur le 1er juin 2002, prévoit à son art. 7 de l'annexe I ce qui suit:
"Art. 7 Travailleurs frontaliers salariés
(1) Le travailleur frontalier salarié est un ressortissant d'une partie contractante qui a sa résidence sur le territoire d'une partie contractante et qui exerce une activité salariée sur le territoire de l'autre partie contractante en retournant à son domicile en principe chaque jour, ou au moins une fois par semaine.
(2) Les travailleurs frontaliers n'ont pas besoin d’un titre de séjour.
Cependant, l'autorité compétente de l'Etat de l'emploi peut doter le travailleur frontalier salarié d'un titre spécifique pour une durée de cinq ans au moins ou pour la durée de son emploi si celle-ci est supérieure à trois mois et inférieure à un an. Il est prolongé pour cinq ans au moins pour autant que le travailleur frontalier produise la preuve qu'il exerce une activité économique.
(3) Le titre spécifique est valable pour l'ensemble du territoire de l'Etat qui l'a délivré."
L'ordonnance du 22 mai 2002 sur l'introduction progressive de la libre circulation des personnes entre, d'une part, la Confédération suisse et, d'autre part, la Communauté européenne et ses Etats membres, ainsi qu'entre les Etats membres de l'Association européenne de libre-échange (ci-après : OLCP), entrée en vigueur le 1er juin 2002, précise à son art. 4 al. 3 première phrase que l'autorisation frontalière CE/AELE est valable dans toutes les zones frontalières suisses, en indiquant dans une note de bas de page que "les zones frontalières sont déterminées dans les accords frontaliers conclus avec les pays voisins, cf. RS 0.142.113.498, 0.631.256.913.63, 0.631.256.916.33". L'OLCP prévoit en outre ce qui suit :
"Art. 38 Réglementation transitoire (art. 10 de l'accord sur la libre circulation des personnes et art. 26 à 33 de l'annexe I de l'accord sur la libre circulation des personnes ainsi qu'art. 10 de l'annexe K de la Convention instituant l'AELE et art. 25 à 32 de l'appendice 1 de l'annexe K de la Convention instituant l'AELE)
1 Les dispositions afférentes à la priorité des travailleurs indigènes et au contrôle des conditions de rémunération et de travail figurant dans l'accord sur la libre circulation des personnes et dans la Convention instituant l'AELE ne sont applicables que durant les deux premières années qui suivent l'entrée en vigueur de la présente ordonnance.
2 Les dispositions afférentes aux nombres maximums, aux prescriptions spéciales régissant le statut des indépendants (période de mise en place et mobilité professionnelle), aux zones frontalières, au renouvellement et à la transformation de l'autorisation ainsi qu'au droit au retour figurant dans l'accord sur la libre circulation des personnes et dans la Convention instituant l'AELE ne sont applicables que durant les cinq premières années qui suivent l'entrée en vigueur de la présente ordonnance."
2. a) Selon les accords du 1er août 1946 (RS 0.631.256.934.91) et du 15 avril 1958 (RS 0.142.113.498) liant la Suisse et la France relatifs aux travailleurs frontaliers, la zone frontalière correspond à une bande de dix kilomètres de large de part et d'autre de la frontière et elle comprend également les communes de la zone franche du pays de Gex et de la Haute-Savoie. Les administrations françaises et suisses sont compétentes pour déterminer son étendue sur la base d'un accord énumérant les communes concernées. Sur cette base, le Département de la justice, de la police et des affaires militaires a défini en mars 1988 une liste de communes admises au titre de trafic frontalier d'une part et d'autre de la frontière, en fonction de trois zones, à savoir la zone nord, lémanique et ouest.
b) Le Tribunal administratif, dans une jurisprudence rendue antérieurement à l'entrée en vigueur de l’ALCP, avait cependant déjà constaté que la définition de la zone frontalière, telle qu'elle résulte des listes de communes établies par les deux administrations concernées, était devenue pratiquement indépendante de la distance de 10 km prévue par l'accord du 1er août 1946. Il avait considéré que le Service de l'emploi ne pouvait dès lors pas se fonder simplement sur la présence ou l'absence sur la liste ad hoc de la localité concernée, mais qu'il devait, dans chaque cas, examiner si les conditions permettant ou non la délivrance d'une autorisation frontalière étaient réunies (arrêts TA PE 01/0492 du 25 avril 2002; PE 00/0382 du 16 octobre 2000; PE 00/0281 du 9 octobre 2000, PE 00/0317 du 29 août 2000 et réf. citées). Le maintien des zones frontalières par l'OLCP jusqu'au 31 mai 2007 ne modifie donc pas la situation juridique qui existait avant le 1er juin 2002. En conséquence, la réalisation des conditions requises pour obtenir un permis frontalier doit être examinée en fonction des critères dégagés par la jurisprudence. Il faut donc examiner les conditions relatives à la nature de l'emploi et de sa compatibilité avec le statut de travailleurs frontaliers, la distance géographique séparant le domicile du lieu de travail, la qualité des voies de communication et les circonstances personnelles de l'intéressé au regard de l'obligation de retour à l'étranger.
c) En l'espèce, la décision de l'autorité intimée repose sur le simple fait que la Commune de 1.****************** ne figure pas sur la liste énumérant les communes admises au titre de trafic frontalier. Auparavant, Y._ bénéficiait d'une autorisation frontalière pour exercer une activité professionnelle à 3.******************. La distance entre son domicile et cette localité est de 36 kilomètres. Celle qui séparerait son domicile de la commune dans laquelle il exercerait son activité professionnelle pour la recourante ne serait que de 34 kilomètres si l'on emprunte la voie la plus courte. Cette distance, au demeurant plus faible que celle qui séparait son domicile de son ancien lieu de travail, n'empêchera à l'évidence pas Y._ de se rendre auprès de son employeur tous les jours et d'effectuer un trajet de retour. Il dispose à cet effet de voies de communication dont rien ne laisse supposer qu'elles seraient insatisfaisantes. Enfin, aucune circonstance ne rend vraisemblable que Y._, qui est marié et a des enfants, ne rentrera pas régulièrement à son domicile où l'attendent les siens. Il a d'ailleurs manifesté son désir de ne pas s'installer en Suisse, pour retrouver quotidiennement sa famille, raison pour laquelle la première autorisation qui lui avait été délivrée a été annulée.
Dès lors, l'autorité intimée a abusé de son pouvoir d'appréciation en n'octroyant pas au recourant une autorisation de séjour pour travailleurs frontaliers.
3. Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être admis et la décision attaquée annulée. Vu le sort du recours, les frais du présent arrêt son laissés à la charge de l'Etat, l'avance effectuée par le recourant lui étant restituée. Celui-ci obtenant gain de cause sans l'assistance d'un mandataire professionnel n'a pas droit à des dépens.