# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 43aa7b31-580a-58c0-8230-77f5f20d19d2
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_001
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
Par jugement
JTPI/3058/2019
du 1
er
mars 2019, le Tribunal de première instance (ci-après : le Tribunal) a déclaré irrecevable la demande en révision du jugement
JTPI/2080/2016
du 12 février 2016 déposée par A_ le 3 juillet 2018 (chiffre 1 du dispositif), arrêté les frais judiciaires à 2'000 fr., compensés avec l'avance de 4'000 fr. versée par A_, les a mis à la charge de celle-ci et ordonné aux Services financiers du Pouvoir judiciaire de restituer 2'000 fr. à A_ (ch. 2), condamné A_ à verser à B_ 2'000 fr. à titre de dépens (ch. 3) et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 4).
B.
a.
Le 4 avril 2019 A_ a formé "appel" contre ce jugement, reçu le 8 mars 2019, concluant à son annulation, à ce que la demande en révision formée le 3 juillet 2018 soit déclarée recevable et au renvoi de la cause au Tribunal pour décision sur rescisoire, à savoir sur les prétentions de A_ à l'encontre de B_ en 297'600 fr. avec intérêts à 5% dès le 16 septembre 2012 à titre d'indemnité équitable pour contribution extraordinaire à la profession ou à l'entreprise du partenaire enregistré, avec suite de frais à la charge de sa partie adverse.
Elle a produit une pièce nouvelle (pièce 26).
Le 23 mai 2019, elle a produit une seconde pièce nouvelle (pièce 27).
b.
Dans sa réponse du 4 juillet 2019, B_ a conclu au déboutement de A_ et à ce que celle-ci soit condamnée au paiement d'une amende disciplinaire de 2'000 fr. pour procédé téméraire, avec suite de frais.
c.
Par avis du greffe de la Cour du 18 septembre 2019, les parties ont été informées de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier soumis à la Cour de justice :
a.
A_, née le _1963 et B_, née le _ 1962, se sont liées par un partenariat enregistré à C_ (Genève) le _ 2007.
b.
A_ travaille dans le domaine _; B_ exploite [une entreprise de] _.
c.
Le 15 octobre 2013, A_ a formé une demande unilatérale de dissolution du partenariat enregistré. Elle a notamment conclu à l'octroi d'un montant de 457'896 fr. 35 à titre de liquidation des rapports patrimoniaux, dont 288'000 fr. étaient fondés sur l'art. 165 CC applicable par analogie selon A_, qui indiquait avoir effectué en moyenne dix heures de travail par semaine, soit 480 heures par année, à tout le moins pendant six ans, au sein de [l'entreprise] de sa compagne, pour laquelle elle avait effectué diverses tâches administratives. Elle réclamait de ce fait une rémunération à hauteur de 100 fr. de l'heure.
d.
Par jugement
JTPI/2080/2016
du 12 février 2016, le Tribunal a dissous le partenariat enregistré le _ 2007 à C_ (Genève) par A_ et B_ et a notamment ordonné le partage de la copropriété formée par les parties sur un bien immobilier sis à D_ (Genève), condamné B_ à payer à A_ les sommes de 91'380 fr. et 67'040 fr., dit que moyennant respect des dispositions susvisées les partenaires avaient liquidé leurs rapports patrimoniaux et n'avaient plus de prétentions à faire valoir l'une envers l'autre de ce chef (ch. 7) et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 15). En ce qui concernait la prétention en paiement d'un montant de 288'000 fr. émise par A_, le Tribunal a retenu, en se référant au Message du Conseil fédéral relatif à la loi fédérale sur le partenariat enregistré entre personnes du même sexe du 29 novembre 2002 (LPart), qu'aucun système de compensation légal particulier au sens des articles 164 et 165 CC n'était prévu en faveur du partenaire qui avait voué ses soins au ménage ou fourni des contributions extraordinaires à l'entretien de la famille. Selon le Tribunal, le Message indiquait que la jurisprudence du Tribunal fédéral développée par l'ATF
113 II 414
selon laquelle la collaboration du conjoint devait être rémunérée en application de l'art. 320 al. 2 CC (
recte
: CO) devait s'appliquer aussi aux partenaires enregistrés. Le Tribunal n'étant toutefois pas compétent pour traiter de la question de l'existence d'un éventuel contrat de travail tacite, il n'a pas statué sur les prétentions de A_ et l'a renvoyée à la juridiction compétente, soit le Tribunal des prud'hommes.
e.
Aucune des parties n'a formé appel contre le jugement du 12 février 2016.
f.
Le 3 juillet 2018, A_ a formé une demande de révision du jugement
JTPI/2080/2016
du 12 février 2016. Elle a conclu, préalablement, à la suspension de la procédure de révision jusqu'à droit jugé par la Chambre des prud'hommes de la Cour de justice et le cas échéant par le Tribunal fédéral sur la question de l'existence d'un contrat de travail entre A_ et B_. Principalement, elle a conclu à l'annulation des chiffres 7 et 15 du dispositif du jugement du 12 février 2016 et cela fait à la condamnation de B_ à lui verser un montant de 297'600 fr. plus intérêts à 5% dès le 16 septembre 2012 à titre d'indemnité équitable pour contribution extraordinaire à la profession ou à l'entreprise du partenaire enregistré, avec suite de frais.
En substance, A_ a exposé avoir déposé devant le Tribunal des prud'hommes, le 29 juin 2017, une demande en paiement dirigée contre B_ et portant sur la somme de 368'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 1
er
juillet 2006, à titre de salaire dû pour la période du 1
er
septembre 2000 jusqu'au 30 avril 2012. Par jugement du 4 avril 2018, qu'elle avait reçu le 5 avril 2018, le Tribunal des prud'hommes l'avait déboutée de toutes ses conclusions, au motif qu'il n'existait pas de contrat de travail et que toute éventuelle prétention relative à l'activité déployée par A_ à [l'entreprise] de B_ découlait uniquement de la relation de couple des parties. A_ avait formé appel contre ce jugement et se voyait contrainte de déposer une demande en révision du jugement du 12 février 2016 afin de sauvegarder ses droits. A l'appui de sa demande de révision, elle s'est prévalue de ce qu'elle avait découvert, le 5 avril 2018, que l'activité qu'elle avait déployée en faveur de B_ n'était pas considérée comme un contrat de travail selon le Tribunal des prud'hommes. Si cette analyse devait être confirmée par la Chambre des prud'hommes de la Cour de justice et le cas échéant par le Tribunal fédéral, il appartiendrait alors au Tribunal de première instance de réexaminer la question de l'indemnité équitable pour contribution extraordinaire à la profession ou à l'entreprise du partenaire enregistré. A_ a également soutenu, sur le fond, que le Message du Conseil fédéral sur la LPart indiquait clairement que l'art. 165 al. 1 CC devait s'appliquer par analogie aux partenaires enregistrés.
Il ressort du dossier que A_ a déclaré, dans le cadre de la procédure prud'homale, que B_ et elle-même n'avaient jamais eu l'intention de conclure "un contrat de travail en tant que tel".
g.
Dans sa réponse à la demande de révision, B_ a conclu au déboutement de A_ de toutes ses conclusions et à sa condamnation à une amende de 2'000 fr. pour procédé téméraire. Elle s'est par ailleurs opposée à la demande de suspension.
h.
Par ordonnance du 6 novembre 2018, le Tribunal a rejeté la requête de suspension de la procédure et a restreint les débats à la seule question de la recevabilité de la demande de révision.
i.
Le Tribunal a tenu une audience le 14 janvier 2019. A_ a plaidé le fait qu'elle était en présence d'un conflit négatif de compétences ce qui la frustrait de son droit à obtenir la somme réclamée pour avoir contribué à l'entreprise de B_. Le jugement rendu par le Tribunal des prud'hommes le 4 avril 2018 constituait un fait nouveau, qui justifiait la demande de révision.
B_, pour sa part, a soutenu que le Tribunal avait d'ores et déjà tranché la question de la contribution réclamée et avait constaté que les conditions des art. 164 ss CC n'étaient pas réalisées. Il avait par conséquent débouté A_ de ses conclusions et il avait "laissé la porte ouverte" s'agissant d'une possible qualification comme contrat de travail de la relation qui existait entre les parties. B_ a contesté que les conditions de l'art. 328 CPC soient réalisées.
A l'issue de l'audience, le Tribunal a gardé la cause à juger sur la seule question de la recevabilité de la demande de révision.
D.
a.
Dans son jugement du 1
er
mars 2019, le Tribunal a nié l'existence de faits nouveaux. Il a rappelé le contenu de son jugement du 12 février 2016 concernant la prétention émise par A_ fondée sur l'art. 165 CC et a indiqué avoir, "de manière superfétatoire" laissé ouverte la question d'un éventuel contrat de travail tacite entre les parties, en rappelant qu'il n'était pas compétent pour traiter cette question. Or, une qualification juridique différente, même postérieure, d'un fait d'ores et déjà allégué, ne le transformait pas en un fait nouveau ou pseudo-nova. Le Tribunal a ajouté qu'il aurait appartenu à A_ d'appeler du jugement du 12 février 2016 et de contester le refus du Tribunal d'appliquer les art. 164 et 165 CC au partenariat enregistré, ce qu'elle n'avait pas fait.
b.
Dans son acte d'appel, A_ a fait grief au Tribunal d'avoir fait une mauvaise application de l'art. 328 al. 1 let. a CPC. Se fondant sur un arrêt du Tribunal fédéral
4A_421/2014
du 10 mars 2015, elle a soutenu que la reconnaissance judiciaire ou la constatation judiciaire du rapport juridique entre deux parties était un motif de révision au sens de l'art. 328 al. 1 let. a CPC. Or, dans son jugement du 12 février 2016, le Tribunal avait "effectué un lien de causalité entre l'application de l'art. 320 al. 2 CO et l'inapplication de l'art. 165 CC et, de la sorte, pensait qu'il fallait exclure l'application analogique de l'art. 165 CC au motif que l'art. 320 al. 2 CO pouvait s'appliquer". Le premier juge avait également précisé qu'il n'était "toutefois" pas compétent pour traiter de la question de l'existence d'un éventuel contrat de travail tacite. Il ne s'agissait par conséquent pas d'un considérant superfétatoire, comme le Tribunal l'avait soutenu
a posteriori
dans son jugement du 1
er
mars 2019, mais bien de la suite logique de son raisonnement; le Tribunal n'avait pas statué sur les prétentions de A_, mais l'avait renvoyée à la juridiction compétente, soit le Tribunal des prud'hommes. Ainsi, le Tribunal n'avait pas statué sur deux questions différentes - application ou non des art. 164 et 165 CC et, indépendamment, application ou non de l'art. 320 al. 2 CO - mais avait estimé qu'il n'y avait pas lieu de se déterminer sur l'application des art. 164 et 165 CC par analogie parce qu'il considérait que la situation devait être réglée par l'art. 320 al. 2 CO pour l'application duquel seul le Tribunal des prud'hommes était compétent. De bonne foi, A_ n'avait pas formé appel sur ce point et avait saisi la juridiction des prud'hommes. Or, le Tribunal des prud'hommes l'avait déboutée de toutes ses conclusions. Du fait des décisions rendues tant par le Tribunal de première instance que par la juridiction des prud'hommes, elle se retrouvait dans une situation de conflit négatif de compétences que seule la procédure de révision permettait de résoudre, les conditions de l'art. 328 al. 1 let. a CPC étant remplies, contrairement à ce qu'avait retenu le premier juge.

## Considerations

EN DROIT
1.
1.1
Selon l'art. 332 CPC, la décision sur la demande en révision peut faire l'objet d'un recours.