# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 21d06620-a2c8-5658-b79d-81ebf25c42b8
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.a.
En temps utile, A_ appelle du jugement du 20 mai 2020, par lequel le Tribunal correctionnel (TCO) l'a acquitté de tentative d'escroquerie (art. 22
cum
146 du Code pénal suisse [CP]), subsidiairement de faux dans les titres (art. 251 CP ; chiffre B.a.II.2. de l'acte d'accusation du 12 mars 2019), mais l'a reconnu coupable de faux dans les titres (art. 251 CP ; chiffre B.a.I.1. de l'acte d'accusation) et condamné à une peine privative de liberté de 24 mois, sous déduction de la détention avant jugement, avec sursis (délai d'épreuve de trois ans). Le TCO a également rejeté les conclusions en indemnisation de A_ et condamné ce dernier, conjointement et solidairement avec B_, aux frais de la procédure de première instance.
a.b.
A_ entreprend ce jugement, concluant, sous suite de frais, à son acquittement du chef de faux dans les titres, à une indemnisation pour ses frais de défense dans la procédure d'appel, à une indemnisation pour la détention injustifiée avant jugement ainsi qu'à une indemnisation pour le gain manqué résultant de sa détention.
Il conclut également à titre préjudiciel, aux réquisitions de preuves suivantes : i) la mise en œuvre d'une expertise visant à déterminer si les montants des loyers des appartements de l'immeuble sis 1_, à C_ [VD], et 2_, à D_ [VD], sont conformes aux art. 269, 269a et 270 du Code des obligations (CO) et donc légitimes et licites, et la nomination d'un spécialiste en immobilier actif dans le canton de Vaud à titre d'expert à cet effet ; ii) l'audition de E_, F_, G_, H_, I_, J_, K_, L_, M_ et N_ et iii) le dépôt, en mains de O_ SA et des propriétaires de l'immeuble, des états locatifs et des baux de l'immeuble sis 3_, à C_, pour les années 2009 à 2017.
Enfin, il requiert, toujours à titre de question préjudicielle : i) à ce que soit constaté que le TCO est tombé dans l'arbitraire, en versant au dossier un certain nombre de pièces en lien avec la méthode du calcul de rendement des loyers de façon unilatérale et en violation de son droit d'être entendu et de l'art. 100 al. 1 et 2 du Code de procédure pénale (CPP) ; ii) à ce que soient écartées du dossier lesdites pièces ayant été versées de façon illicite et enfin iii) à ce que soit constaté que le TCO a intentionnellement entravé son droit à la défense en ne lui fournissant une copie du dossier que dix mois après qu'il en a fait la demande alors qu'une copie scannée existait au dossier.
a.c.
Le Ministère public (MP) forme appel joint en temps utile, concluant à la réforme du jugement entrepris s'agissant de la peine et plus particulièrement à la condamnation de A_ à une peine privative de liberté de 30 mois, dont 12 fermes, avec un délai d'épreuve de trois ans pour la partie avec sursis, au rejet de l'appel principal ainsi qu'à la confirmation du jugement entrepris pour le surplus.
a.d.
Le TCO a également reconnu B_ coupable de faux dans les titres (art. 251 CP) et l'a condamné à une peine privative de liberté de 15 mois, avec sursis (délai d'épreuve de trois ans). L'intéressé n'a pas fait appel.
b.a.
Selon l'acte d'accusation du 12 mars 2019, il est encore reproché à A_ ce qui suit (chiffre B.a.I.1. de l'acte d'accusation): il a, à Genève, entre 2009 et 2017, alors qu'il s'occupait, en sa qualité d'avocat et avec la régie O_ SA (ci-après également : l'agence de C_ ou la régie), de la gestion et la location des immeubles sis 1_, à C_, appartenant à sa sœur, P_, et 2_, à D_, appartenant à Q_ SA, intentionnellement donné à la régie des noms fictifs comme anciens locataires ainsi que des montants fictifs à titre d'anciens loyers et d'anciennes charges lors de l'établissement de nouveaux contrats de bail et d'avis de notification de loyer initial portant sur la location d'appartements situés dans les immeubles précités, afin que ces informations figurent dans lesdits documents, lesquels étaient ensuite signés par B_, directeur de l'agence de C_, qui savait que ces informations étaient fausses, dans le but d'éviter les contestations initiales de loyers par les nouveaux locataires et de permettre une augmentation massive – et injustifiée – des loyers, étant précisé que, dans les contrats de bail, figurait encore la mention fausse de
"loyer inchangé"
. Il a agi dans les cas particuliers suivants :
Locataires lésés
Date des documents (contrat de bail à loyer et avis de notificat-ion du loyer initial)
Signataire des documents
n° appar-tement
Ancien loyer mensuel
Nouveau loyer mensuel
Anciennes charges mensuelles
Nouvelles charges mensuelles
Vrais anciens locataires
Faux noms d'anciens locataires utilisés
Immeubles concernés
R_ et S_
30.09.2009
B_
44
CHF 1'250.-
CHF 2'100.-
CHF 100.-
CHF 200.-
T_
U_
P_, 1_, [code postal] C_
V_, W_ et X_
09.08.2010
B_
42
CHF 1'250.-
CHF 1'680.-
CHF 80.-
CHF 140.-
Y_ ou Z_
AA_
P_, 1_, [code postal] C_
AB_ et AC_
23.02.2011
B_
1
CHF 1'530.-
CHF 2'100.-
CHF 90.-
CHF 200.-
AD_ et AE_
N_
P_, 1_, [code postal] C_
AF_
26.03.2013
B_
33
CHF 1'060.-
CHF 1'880.-
CHF 60.-
CHF 200.-
AG_
AA_
P_, 1_, [code postal] C_
AH_ et AI_
14.06.2013
B_
12
CHF 1'030.-
CHF 1'880.-
CHF 70.-
CHF 200.-
AJ_
M_
P_, 1_, [code postal] C_
AK_ et AL_
22.07.2015
B_
34
CHF 1'400.-
CHF 1'880.-
CHF 120.-
CHF 200.-
AM_
M_
P_, 1_, [code postal] C_
AN_ et AO_
24.07.2015
B_
11
CHF 1'645.-
CHF 1'880.-
CHF 90.-
CHF 200.-
AP_ SA
AQ_
P_, 1_, [code postal] C_
AR_ et AS_
Fin juillet 2015
inconnu
24
CHF 1'020.-
CHF 1'600.-
Montant inconnu
CHF 170.-
AT_
AU_
Q_ SA, 2_, [code postal] D_
AV_ et AW_
13.07.2016
B_
43
CHF 1'100.-
CHF 1'680.-
CHF 80.-
CHF 200.-
AX_
AY_
P_, 1_, [code postal] C_
AZ_ et BA_
09.01.2017
B_
24
CHF 1'200.-
CHF 1'880.-
CHF 100.-
CHF 200.-
BB_
BC_
P_, 1_, [code postal] C_
Ces faits ont conduit au verdict de culpabilité de faux dans les titres, contesté en appel.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a.
L'immeuble de C_, appartenant à P_, était à l'époque des faits géré par la régie. A_ en était le représentant auprès de cette dernière.
L'agence de C_ gérait également l'immeuble de D_, dont A_ a indiqué être propriétaire au travers de la société Q_ SA.
b.
Suite à une dénonciation à la Commission du Barreau de Genève de M
e
BD_ et M
e
BE_ datant du 16 avril 2018, alors avocats stagiaires en l'Etude de M
e
A_, le MP a été informé que l'Etude de ce dernier avait utilisé des faux baux à loyer établis au nom de locataires fictifs dans une procédure devant le Tribunal des baux du canton de Vaud. Le procédé des locataires fictifs ayant pour but, selon eux, de simuler un loyer antérieur supérieur à la réalité auprès du nouveau locataire.
c.a.
Le 22 juin 2018,assisté de son conseil, A_ a été entendu par le MP. Après avoir été informé qu'il lui était reproché d'avoir
"un nombre indéterminé de fois, à une date indéterminée, mais entre 2015 et 2018, indiqué ou fait indiquer des noms fictifs sur des baux et avis de fixation de loyer relatifs à l'immeuble sis 1_ à C_"
, il a admis l'essentiel les faits. Sous
"déclaration libre"
il a précisé avoir complété les avis de fixation du loyer initial avec des noms de locataires fictifs et indiqué un montant de loyer qui n'était pas celui du locataire sortant, cela dans le but de rentabiliser l'immeuble de sa sœur. Il avait agi ainsi à chaque fois qu'il y avait eu des travaux de rénovation dans un appartement vacant. Il se pouvait qu'il y ait eu un problème similaire dans l'immeuble sis 2_ à D_. BF_ était son assistante pour les questions immobilières. Elle n'avait aucun pouvoir décisionnel. Il n'était pas sûr que les employés de la régie, y compris B_, savaient qu'il s'agissait de baux
"aux contenus spéciaux"
. Il avait rencontré BG_ [de la régie O_ SA] au ski il y avait 18 ans et avait dû le rencontrer quatre fois socialement par la suite. Cela devait faire cinq ou dix ans qu'il ne l'avait pas revu. Il l'avait eu quelques fois au téléphone.
c.b.
A_ a été arrêté provisoirement à l'issue de son audition, le 22 juin 2018 et détenu à la prison de BH_ du 24 au 29 juin 2018. Au Tribunal des mesures de contraintes (TMC), également assisté d'un avocat, A_ a une nouvelle fois admis les faits reprochés et ajouté qu'il n'aurait pas dû faire ce qu'il avait fait. Il avait agi
"par simplification"
.
c.c.
Il a été mis en liberté le 29 juin 2018, avec mesures de substitution, soit en substance diverses interdictions de contact et de gérer l'immeuble de C_, lesquelles ont été levées le 9 novembre 2018.
c.d.
Comparant librement à l'audience du 26 juillet 2018 devant le MP et toujours assisté de son avocat, A_ a confirmé ses précédentes déclarations, précisant avoir eu beaucoup de problèmes et de procédures avec ses anciens associés, ce qui avait représenté une immense charge de travail. Il avait faussement considéré qu'en ne mettant pas le nom de la personne antérieure sur les contrats de bail, cela simplifierait, évitant ainsi des recherches. S'agissant du montant des loyers, il envoyait des informations aux employés de la régie dans un souci de rentabilité de l'immeuble, en se référant aux analyses de [la société] BI_. Il ne pensait pas en avoir discuté avec B_. A la question de savoir s'il reconnaissait l'infraction de faux dans les titres, il a répondu qu'il n'avait plus les conditions objectives et subjectives en tête.
Examen des pièces séquestrées
d.a.
Selon le rapport de police du 23 juillet 2018, neufs baux et avis de fixation du loyer initial en lien avec l'immeuble de C_ ont été identifiés parmi les pièces saisies dans les locaux de l'Etude de A_ et ceux de la régie comme comportant sciemment des informations erronées au sujet du nom de l'ancien locataire et de l'ancien loyer. Un bail à loyer et un avis de fixation du loyer initial pour l'immeuble de D_ comportaient – conformément aux déclarations spontanées de A_ – ces mêmes fausses informations, bien que les documents en question n'aient pas été retrouvés.
Il ressortait très clairement des différents courriels saisis que les noms des locataires fictifs étaient fournis par A_, parfois par l'intermédiaire de ses secrétaires, de même que les montants des loyers à imposer aux nouveaux locataires et à faire figurer dans la rubrique
"ancien loyer"
des avis de notification du loyer, malgré le fait que B_ les qualifiait presque systématiquement de trop élevés, voire même d'abusifs.
d.b.
Les éléments suivants ressortent plus particulièrement de l'enquête de police :
Appartement n
o
44 de l'immeuble sis 1_ à C_
- Par courriel du 18 août 2009 de B_ à A_, le premier a détaillé les travaux prévus et proposé de fixer le nouveau loyer à CHF 1'650.- ;
- Par courriel du même jour, A_ a répondu, avec copie à son assistante BF_, que le nouveau loyer devait être fixé à CHF 1'850.- et a demandé que le projet de bail lui soit transmis pour révision finale ; sur le courriel imprimé il est inscrit à la main :
"1850.-, ancien locataire N_"
;
- Par courriel du 18 septembre 2009, B_ a envoyé un modèle de contrat de bail et indiqué à BJ_, assistante de location au sein de la régie :
"voir pièce jointe. Pour la feuille verte, il faut mentionner nom ancien loc: U_, ancien loyer CHF 1'850.- + charges dû depuis le 01.08.09 nouveau loyer idem et sous motifs: loyer inchangé".
Le montant inscrit à la main sur le document imprimé est tracé et remplacé par CHF 2'100.- ;
- Le 28 septembre 2009, B_ a répondu que selon lui le loyer ne devrait pas dépasser CHF 1'680.-, que les loyers de C_ n'étaient pas ceux de Genève et que le loyer des immeubles neufs à C_ n'excédait pas CHF 240.- /m2 ;
- Le bail conclu par les locataires R_/S_ est entré en vigueur le 15 octobre 2009 au loyer de CHF 2'100.-. L'avis de fixation indique que le loyer dû par le précédent locataire, U_ selon le bail, était aussi de CHF 2'100.- depuis le 1
er
août 2009, alors que le dernier loyer payé par l'ancienne locataire, T_, était de CHF 1'250.- selon l'état locatif, le bail de cette dernière ayant été résilié pour le 30 juin 2009 et l'appartement étant resté vacant jusqu'au 15 octobre 2009. L'avis de fixation du loyer initial comportait faussement la mention
"loyer inchangé"
;
- Les locataires R_/S_ ont résilié leur bail et leurs successeurs, entrés le 1
er
juin 2011, ont payé un loyer de 2'100.- par mois, de même que les locataires suivants, entrés en septembre 2014. En 2018, le loyer était toujours de CHF 2'100.- par mois.
Appartement n
o
42 de l'immeuble sis 1_ à C_
- Par courriel du 7 avril 2010 à A_ et BF_, B_ a proposé, après examen des travaux à effectuer, de relouer l'appartement à CHF 1'580.- + charges au lieu des CHF 1'112 + charges d'alors ;
- Le bail conclu par les locataires V_/W_ est entré en vigueur le 15 août 2010 au loyer de CHF 1'680.-. L'avis de fixation indique que le loyer dû par le précédent locataire, AA_ selon le bail, était aussi de CHF 1'680.- depuis le 1
er
août 2010, alors que le dernier loyer payé par les anciens locataires Y_/Z_ était de CHF 1'112.-, leur bail ayant été résilié pour le 30 juin 2010 et l'appartement étant resté vacant jusqu'au 15 août 2010. L'avis de fixation du loyer initial comportait faussement la mention
"loyer inchangé"
;
- Après avoir résilié leur bail, les locataires V_/W_ ont finalement souhaité rester et A_ a indiqué à la régie vouloir augmenter le loyer. Le 18 novembre 2010, B_ a répondu à celui-ci, avec en copie BF_, notamment ce qui suit :
"effectivement nous ne sommes nullement tenus d'accepter de retirer la résiliation ; une hausse de loyer pourrait en effet être effectuée, mais les locataires ont de nouveau aussi le droit de contester le loyer ( ) nous vous rappelons que le loyer de l'ancien locataire ne se montait qu'à fr. 1'250.- (recte 1'112.-) net + charges ( ) nous considérons que le prix au m2/an pratiqué actuellement ( ) est considéré au sens de la loi plus qu'abusif ( ) nous serions d'avis de refaire un nouveau contrat mais sans modifier le loyer net mais par contre augmenter l'acompte de charges de fr. 140 à fr. 200.- ( )"
;
- A_ a répondu, avec en copie BF_,
"merci pour ce long commentaire que j'avais déjà en tête. L'idéal serait + 100 pour le loyer et + charge à 200 CHF avec la clause de frais de régie dans les charges. Et bail à terme soit 3 ou 5 ans. Maintenant à vous le grand art" ;
- Un nouveau bail a été conclu au prix voulu par A_ de CHF 1'780.- par mois dès le 1
er
décembre 2010 ;
- Ces locataires ont alors contesté cette hausse de loyer ou ce nouveau loyer et par courriel du 5 janvier 2011, B_ a conseillé à A_, de revenir au loyer de CHF 1'680.- en précisant que
"si l'Asloca exige la production de l'ancien bail qui indiquerait déjà la hausse de CHF 1'250.- (recte 1'112.-) à CHF 1'680.- cela risque de devenir très dangereux
", ce à quoi A_ a répondu dans la journée, avec en copie BF_,
"je ne vois pas de raison de leur donner un avantage, nous devrions même résilier leur bail pour culpa in contrahendo"
;
- Ces locataires ayant entre-temps payé le loyer sans la nouvelle hausse, la régie les a mis en demeure estimant que c'était
"le seul moyen pour résilier le contrat
" selon un courriel de B_ à A_ du 6 janvier 2011, auquel A_ a répondu le même jour
"je les déteste"
;
- Apprenant de la régie le 12 janvier 2011 que les locataires proposaient de quitter les lieux tout en étant libérés du bail au 31 janvier 2011, A_ a accepté en précisant :
"ne plus jamais les revoir"
.
Appartement n
o
1 de l'immeuble sis 1_ à C_
- Le 1
er
octobre 2010, BJ_ a informé A_ que les locataires actuels avaient résilié leur bail au 31 décembre 2010, que le loyer s'élevait à CHF 1'530.- et proposé de tenter de relouer l'appartement à CHF 1'900.- après travaux ;
- BJ_ a écrit à A_ le 11 janvier 2011 pour l'informer que des candidats étaient intéressés à louer l'appartement vacant et en travaux depuis le 31 décembre 2010 mais au prix de CHF 1'900.- au lieu de CHF 2'100.- proposé par BF_, ce à quoi l'intéressé a répondu vingt minutes plus tard, avec en copie BF_ :
"depuis quand les locataires décident du loyer ( ) si jamais, l'appartement est loué à ce prix depuis le départ de l'ancien locataire"
;
- Ne comprenant pas la réponse de A_, BJ_ s'est adressée à B_ qui lui a répondu ceci par courriel du 12 janvier 2011 :
"( ) Il [A_] veut dire que pour la notification de loyer qui devra être établie lors de la conclusion du nouveau bail, il faut mettra [sic] ancien loyer identique que le nouveau, et comme s'il était dû par le précédent locataire depuis par exemple le 1er janvier 2011, mais il faut voir avec lui quel nom il faut mettre pour l'ancien locataire ( ) Et qu'il faut donc qu'il nous donne comme d'habitude le nom d'un locataire fictif qui aurait signé un bail et qui ne serait finalement pas rentré dedans ( )"
;
- Le 17 février 2011, BJ_ informe A_, avec BF_ en copie, d'une nouvelle demande de location pour l'appartement, suite à quoi BF_ ajoute à l'attention de A_ :
"ancien loyer 1'530+90 de charges Nouveau loyer : 2100+200 de charges Il s'agit de l'appartement totalement rénové au rez",
ce à quoi A_ a répondu, avec en copie B_,
"Yes et merci au tarif BF_ TFA"
;
- Par courriel du 24 février 2011, BJ_ a demandé à A_ afin d'établir le bail
"merci de me communiquer un nom, comme déjà fait précédemment"
et ce dernier lui a répondu, après un rappel, le 1
er
mars 2011 :
"M N_, 4_ [adresse]"
;
- Le bail conclu par les locataires AB_/AC_ est entré en vigueur le 15 mars 2011 au loyer de CHF 2'100.-. L'avis de fixation indique que le loyer dû par le précédent locataire, N_ selon le bail, était aussi de CHF 2'100.- depuis le 1
er
janvier 2011, alors que le dernier loyer payé par les précédents locataires AD_/AE_ était de CHF 1'530.- selon l'état locatif, leur bail ayant été résilié pour le 15 décembre 2010 et l'appartement étant resté vacant jusqu'au 15 mars 2011. L'avis de fixation du loyer initial comportait faussement la mention
"loyer inchangé"
.
Appartement n° 33 de l'immeuble sis 1_ à C_
- Le contrat de AF_ du 15 avril 2013 mentionne comme précédent locataire un certain AA_ et l'avis de fixation du loyer initial indique dans la rubrique
"ancien loyer"
le montant de CHF 1'880.- depuis le 1
er
décembre 2012. Selon l'état locatif, le loyer payé par les derniers locataires AG_ était de CHF 1'060.-, leur bail ayant été résilié pour le 31 janvier 2012 et l'appartement étant resté vacant jusqu'au 15 avril 2013. L'avis de fixation du loyer initial comportait la mention
"loyer inchangé"
;
- Au départ de AF_, l'appartement a été reloué à BK_ au prix de CHF 1'780.- dès le 15 novembre 2015 ;
- Dans le courant de l'année 2016, le locataire BK_ a intenté une action en requalification du contrat en contrat de durée indéterminée. Dans ce cadre, le Tribunal des baux du canton de Vaud a requis à la régie la production des anciens contrats de bail depuis 2009. Les e-mails suivants ont été retrouvés à ce propos :
o E-mail de B_ à deux de ses collaborateurs, BL_ et BM_ du 24 novembre 2016 :
"Il faut faire attention, car sauf erreur, à un moment donné on a mis un faux locataire sur un bail pour justifier hausse loyer. Il faut donc voir avec Me A_ ou son avocate stagiaire pour demander délai au TB et comment faire pour faire signer ce faux bail par la personne dont le nom nous avait été communiqué par Me A_"
;
o E-mail de B_ à BD_ et A_ du 24 novembre 2016 :
"( ) comme vous le savez, lors de changements de locataires où nous avons profité d'augmenter le loyer, nous avons toujours indiqué des noms fictifs d'anciens locataires, fournis par vos soins, pour ne pas indiquer la hausse du loyer ( ) Dès lors, évidemment, nous ne sommes pas en possession des baux des personnes fictives ( ) Vous vous imaginez sans doute les conséquences si le Tribunal des Baux vient à constater une telle pratique ( )"
;
o E-mail de BN_,
collaborateur de A_, à B_, avec en copie notamment BL_, du 28 avril 2017 :
"( ) Etant entendu que vous connaissez la situation entourant les pièces requises ( ) il ne sera pas revenu sur le sujet. Ainsi, pour réponse au Tribunal des Baux, nous vous suggérons la formule suivante : Monsieur le Président, nous vous informons ne pas détenir les pièces requises, qui dans le cadre de la gestion de l'immeuble sis 1_, se trouvent directement en mains de Madame P_, selon les volontés de cette dernière"
;
o E-mail de BL_ à B_ du même jour :
"En fait il (ndlr : BN_) nous demande de mentir au Tribunal qui ne croira pas une seconde que la régie n'est pas en possession des baux à loyer des immeubles qu'elle gère et en plus il nous demande de renvoyer le TB chez la proprio mais d'un autre côté, on ne peut pas non plus produire une copie des faux "
;
- Le 24 mai 2017, A_ a finalement déposé les contrats de bail visés. Les noms des anciens et actuels locataires, ainsi que les loyers actuels avaient été caviardés. Ces contrats n'étaient pas accompagnés des avis de fixation du loyer initial. Par jugement du Tribunal des baux du 29 juin 2017, confirmé en deuxième instance, le bail de BK_ a été requalifié en contrat de bail à durée indéterminée, les juges estimant que le système mis en place, visant à assortir les contrats de bail d'une clause prévoyant une durée limitée, ne s'expliquait que par la volonté de la bailleresse d'éluder les règles impératives, telles celles permettant la contestation du loyer initial ou la protection contre les congés. Il était relevé que
"( ) Ni la défenderesse ni sa gérance n'[avaient] produit de pièce permettant de connaître [le] sort [des baux] – reconduction ou changement de locataire –, bien qu'elles aient été requises de le faire ( ). Le fait que les noms des locataires des baux produits aient été caviardés a tué dans l'œuf toute tentative d'instruire cette question ( )"
;
- Le loyer de BK_ a par la suite été réduit à CHF 1'000.- par le Tribunal des baux du canton de Vaud suite à une procédure en contestation du loyer initial intentée par ce dernier.
Appartement n
o
12 de l'immeuble sis 1_ à C_
- Par courriel du 25 octobre 2012, B_ a informé BF_ de la résiliation du bail, en mettant A_ en copie, et lui a proposé de relouer l'appartement au prix de CHF 1'680.- après rénovation, rappelant qu'un autre appartement proposé au prix de CHF 1'880.- était toujours vacant, que les gens estimaient ce montant abusif au vu de l'aspect extérieur de l'immeuble et qu'il convenait de descendre aussi le loyer de celui-ci à CHF 1'680.- ;
- Le jour-même, A_ a demandé à B_ de lui faire un rapport avec des photos et des propositions raisonnables de travaux et de préparer un contrat de bail
"et de partir du principe que M AA_ a repris temporairement la location de l'appart"
;
- Le bail conclu par les locataires AH_/AI_ est entré en vigueur le 1
er
juillet 2013 au loyer de CHF 1'880.-. L'avis de fixation indique que le loyer dû par le précédent locataire, M_ selon le bail, était aussi de CHF 1'880.- depuis le 1
er
décembre 2012, alors que le dernier loyer payé par le précédent locataire AJ_ était de CHF 1'030.- depuis la conclusion de son propre bail en 2004, son bail ayant été résilié pour le 30 novembre 2012 et l'appartement étant resté vacant jusqu'au 30 juin 2013. L'avis de fixation du loyer initial comportait faussement la mention
"loyer inchangé"
;
- Les locataires AH_/AI_ ont résilié leur bail pour le 31 octobre 2016 et le logement a été reloué au prix de CHF 1'550.- le 15 avril 2018, restant vacant dans l'intervalle.
Appartement n
o
34 de l'immeuble sis 1_ à C_
- Le bail conclu par les locataires AK_/AL_ est entré en vigueur le 1
er
août 2015 au loyer de CHF 1'880.-. L'avis de fixation indique que le loyer dû par le précédent locataire, M_ selon le bail, était aussi de CHF 1'880.- depuis le 1
er
novembre 2014, alors que le dernier loyer payé par le précédent locataire AM_ était de CHF 1'400.- depuis la conclusion de son propre bail en 2007, son bail ayant été résilié pour le 31 mars 2015 et l'appartement étant resté vacant jusqu'au 1
er
août 2015. L'avis de fixation du loyer initial comportait faussement la mention
"loyer inchangé"
;
- Les locataires AK_/AL_ ont résilié leur bail pour le 31 juillet 2016 et leurs successeurs, entrés le 1
er
décembre 2016, payent depuis lors un loyer de 1'880.- par mois.
Appartement n
o
11 de l'immeuble sis 1_ à C_
- Par courriel du 22 juillet 2015, BO_ a écrit à BF_, en mettant A_ en copie :
"voici encore un projet de bail (..). En ce qui concerne le nom de l'ancien locataire, je vous informe que dans l'immeuble nous avons déjà utilisé 2x M_ et 1xAA_. Merci de me dire ce que vous aimeriez noter sur le bail"
. Était joint un projet de bail avec le nom de AA_ comme ancien locataire, ce nom étant tracé à la main sur la version papier et remplacé par
AU_
, qui peut aussi se lire comme AQ_ [autre prénom], alors que la clause de renouvellement du bail a aussi été tracée à la main ;
- Le bail conclu par les locataires AN_/AO_ est entré en vigueur le 15 août 2015 au loyer de CHF 1'880.-. L'avis de fixation indique que le loyer dû par le précédent locataire, AQ_ selon le bail, était aussi de CHF 1'880.- depuis le 15 décembre 2014, alors que le dernier loyer payé par l'ancienne locataire AP_ SA était de CHF 1'645.-, ce bail ayant été résilié pour le 15 décembre 2014 et l'appartement étant resté vacant jusqu'au 15 août 2015. L'avis de fixation du loyer initial comportait faussement la mention
"loyer inchangé"
;
- Les locataires AN_/AO_ ont résilié leur bail pour le 31 octobre 2015 et leurs successeurs, entrés le 15 mai 2016, payent depuis lors un loyer de CHF 1'880.- par mois.
Appartement n
o
24 de l'immeuble sis 2_ à D_
- Par courriel du 2 juin 2015, BO_ a informé BF_, en mettant A_ en copie, que l'appartement en question dont l'ancien loyer était de CHF 1'020.- restait vacant car le nouveau loyer demandé de CHF 1'780.- était beaucoup trop élevé, tout comme les loyers de trois logements vacants dans l'immeuble de C_, au vu de l'état de l'immeuble. Sur le courriel imprimé le montant de CHF 1'780.- est tracé à la main et remplacé par CHF 1'600.- et le montant de CHF 170.- est indiqué à titre de charges ;
- Par courriel du 16 juillet 2015, BO_ a écrit à BF_, avec A_ en copie, pour lui indiquer
"nous avons enfin un dossier pour l'appartement ( )".
Sur le courriel imprimé, figure l'annotation manuscrite :
"Ok (..) projet de bail SVP" ;
- Par courriel du 23 juillet 2015, BF_ a adressé à la régie un projet de bail
"confirmé"
pour les nouvelles locataires AR_ et AS_ avec un début de contrat au 1
er
août 2015. Sur celui-ci est mentionné à la main sous ancien locataire
"AU_"
, qui peut aussi se lire AQ_. La clause de renouvellement du bail est tracée à la main de même que la mise à disposition d'une cave ;
- La liste des locataires de l'immeuble perquisitionnée auprès de la régie confirme qu'aucun AU_ ou AQ_ n'a habité dans cet appartement et que les locataires AR_ et AS_ sont bien arrivées le 1
er
août 2015 et y sont restées jusqu'au 15 juillet 2016.
Appartement n
o
43 de l'immeuble sis 1_ à C_
- Le courriel du 2 juin 2015 susmentionné visait également l'appartement en question dont l'ancien loyer était de CHF 1'100.- et dont le nouveau loyer demandé de CHF 1'880.- était, selon la régie, beaucoup trop élevé au vu de la vétusté de l'immeuble ;
- Le 12 juillet 2016, BM_ de la régie a écrit à A_ :
"Je vais établir le bail pour Monsieur AV_ [sic] et Mme AW_ avec effet au 15.08.16. Au vu de la hausse conséquente, pourriez-vous svp m'indiquer quel nom dois-je indiquer sur le précédent locataire"
, ce à quoi A_ répond le même jour :
"on me confirme, M AY_"
;
- Le bail conclu par les locataires AV_/AW_ est entré en vigueur le 15 août 2016 au loyer de CHF 1'680.-. L'avis de fixation indique que le loyer dû par le précédent locataire, AY_ (sic) selon le bail, était de CHF 1'880.- depuis le 1
er
janvier 2016, alors que le dernier loyer payé par le précédent locataire AX_ était de CHF 1'100.-, son bail ayant été résilié pour le 31 mars 2016 et l'appartement étant resté vacant jusqu'au 15 août 2016.
Appartement n
o
24 de l'immeuble sis 1_ à C_
- Par courriel du 5 janvier 2017 adressé à BM_, A_ a accepté la candidature des locataires intéressés à reprendre l'appartement vacant depuis un certain temps et a indiqué
"merci de nous passer un projet de bail"
;
- Par courriel du 6 janvier 2017, BM_ a demandé à A_ "
pourriez-vous svp me donner le nom que je dois indiquer dans la rubrique ancien locataire
" et il est indiqué à la main sur la version papier courriel
"AU_"
, ainsi que la date :
"15.9.2015"
;
- Le bail conclu par les locataires AZ_/BA_, est entré en vigueur le 15 janvier 2017 au loyer de CHF 1'880.-. L'avis de fixation indique que le dernier loyer dû par le précédent locataire, BC_ selon le bail, était aussi de CHF 1'880.- depuis le 15 septembre 2015, alors que le loyer payé par les derniers locataires BB_ était de CHF 1'200.-, ce bail ayant été résilié pour le 15 septembre 2015 et l'appartement étant resté vacant jusqu'au 15 janvier 2017 ;
- Les locataires AZ_/BA_, l'un serveur, l'autre maçon, étaient encore en place en 2018, voire au-delà.
d.c.
Le rapport policier relevait encore quele 16 novembre 2016, B_ avait transmis à A_ les coordonnées de BG_. Ce même-jour, A_ avait écrit à BG_ afin de lui exprimer sa satisfaction au sujet de
"l'équipe de C_"
et en particulier de B_ qui savait trouver des arrangements avec
"des locataires difficiles qui se pren[aient] pour des propriétaires"
.
d.d.
Était encore souligné que A_ et B_ avaient tous deux été sollicités par courrier des inspecteurs en charge de l'enquête du 4 juillet 2018 pour se déterminer sur la liste des anciens locataires des immeubles [sis] 1_ à C_ et du 2_ à D_, tirée du logiciel informatique de la régie, et indiquer lesquels d'entre eux avaient fait l'objet d'un bail contenant le nom d'un ancien locataire fictif et/ou avis de notification de loyer initial contenant un ancien loyer incorrect, ce qui eut nettement facilité le tri. Aucun des deux n'avait répondu.
d.e.
De nombreuses mentions manuscrites de noms, de montants de loyer et de dates – d'aspect similaire à l'écriture de A_ telle qu'elle figure sur sa fiche de situation personnelle et sur la pièce C-602 dont il a reconnu qu'il s'agissait de son écriture – apportées sur les courriels ou les projets de contrat cités ci-dessus, sont ensuite reprises sur les contrats de bail et avis de notification du loyer signés, dans les rubriques
"ancien locataire"
,
"ancien loyer"
et
"loyer dû par le précédent locataire depuis le"
.
d.f.
Les documents pertinents sur lesquels se sont basés les enquêteurs pour l'établissement du rapport du 23 juillet 2018 ont été joints en original audit rapport. Les autres pièces séquestrées et figurant à l'inventaire du dossier sous
"pièces de forme"
ont été conservées – et toujours été consultables sur rendez-vous – au greffe des pièces à conviction, ce que le MP a par ailleurs expressément indiqué dans différents courriers figurant à la procédure, adressés au conseil de A_ en destinataire principal ou en copie.
e.
Dans le délai imparti par le MP au 30 août 2018, A_ a indiqué, sous la plume de son conseil, n'avoir aucune observation à formuler au rapport de police du 23 juillet 2018.
f.
L'ensemble des locataires lésés mentionnés dans l'acte d'accusation ont été indemnisés par A_, pour un montant total de CHF 218'118.-. L'indemnisation convenue correspondait généralement à la différence entre le loyer fixé et payé par les locataires lésés et le véritable loyer effectivement payé par le réel précédent locataire, pour la durée du bail, excepté pour les locataires en demeure. Les locataires AH_/AI_, les plus fortement lésés, ayant payé durant la durée de leur bail de 39 mois, un loyer de CHF 1'880.- alors que le véritable loyer précédent était de CHF 1'030.-, ont été indemnisés à hauteur de CHF 33'150.-.
Les loyers des locataires encore en place ont été ramenés au montant du loyer du précédent locataire, impliquant le remboursement des loyers trop perçus par la bailleresse, puis des échelons ont été prévus pour l'avenir.
Les accords s'agissant des locataires de l'immeuble de P_ ont été passés par le biais du conseil de cette dernière.
Un accord portant sur le remboursement de CHF 6'670.- a été trouvé directement entre A_ et les locataires AR_/AS_, seuls locataires lésés de l'immeuble sis 2_ à D_.
A_ a également versé à BK_ un montant de CHF 28'470.- à titre de remboursement des loyers indument perçus conformément au jugement rendu dans la procédure en contestation du loyer initial intentée par ce dernier.
Les locataires BK_, AF_, AV_/AW_, R_/S_, AN_/AO_ et AK_/AL_ qui avaient déclaré vouloir participer à la procédure, ont retiré leur plainte.
Audition des employés de la régie de C_ et de BG_
g.
Plusieurs employés de la régie ont été entendus en qualité de personnes appelées à donner des renseignements. Ils ont tous indiqué avoir su que la régie avait indiqué des noms de locataires fictifs ainsi que des anciens loyers erronés sur les contrats de bail et avis de notification du loyer initial en lien avec l'immeuble de C_. Pour la majorité des témoins entendus, les instructions provenaient de A_, directement ou
via
ses collaborateurs. Ils n'avaient jamais eu de contact avec P_ et n'ont pas mentionné l'immeuble de D_.
g.a.
BO_, assistante technique au sein de la régie, a été entendue par la police. Elle devait toujours obtenir le
"feu vert"
de A_ ou de sa secrétaire ou bras droit BF_, laquelle transmettait les ordres de ce dernier, pour toutes questions en lien avec l'immeuble de C_. Elle n'avait pas conscience que lorsque A_ leur demandait de modifier les baux ou les avis de notification de loyer, cela pouvait constituer des faux dans les titres. Elle exécutait uniquement les ordres donnés par A_
via
BF_. Quant à B_, il devait faire ce que le propriétaire lui ordonnait de faire, sous peine de perdre le mandat de gestion de l'immeuble en question.
g.b.
BL_, gérant technique au sein de la régie, a déclaré devant la police que, selon les cas, A_ donnait l'instruction de mentionner le nom d'une de ses connaissances dans la rubrique
"ancien locataire"
. Dans celle de l'
"ancien loyer"
, A_ voulait que la régie indique le même loyer. Ainsi le nouveau locataire n'était pas informé de la hausse de loyer. Il ignorait à combien de reprises la régie avait effectué une telle demande mais après chaque résiliation, les loyers étaient revus à la hausse. Personnellement, il avait toujours été en contact avec A_ ou ses associés, soit BP_ ou BF_. C'était toutefois toujours A_ qui décidait. B_ n'avait selon lui pas eu le choix que d'accepter les demandes de A_ qui était une connaissance de BG_. Le cas de l'immeuble en question était toutefois unique et il ne s'agissait nullement d'une pratique de la régie.
Au MP, BL_ a nuancé ses précédentes déclarations, affirmant qu'il ne savait pas qui avait transmis les noms fictifs. Il s'agissait d'une pratique
"banale"
qui se faisait dans d'autres régies. B_ était une personne très consciencieuse qui contrôlait tout. Il avait simplement supposé que ce dernier avait subi des pressions en raison de sa position de directeur d'agence mais il ne pouvait pas confirmer que tel avait été le cas s'agissant précisément de l'immeuble de C_.
g.c.
BM_, alors secrétaire gérante au sein de la régie, a confirmé devant la police et le MP, avoir été au courant de la problématique liée à l'immeuble de C_, au sujet des locataires fictifs figurant sur certains baux ainsi que des anciens loyers fictifs figurant sur les avis de notification. Elle avait elle-même rédigé des baux avec de faux noms. Elle établissait également les avis de notification avec le montant des anciens loyers qu'on lui donnait. B_ lui donnait le "
feu vert
" pour qu'elle transmette les baux à A_ par le biais de BQ_, la secrétaire de ce dernier. A_ contrôlait tout avant de lui retourner le bail validé ou comportant d'éventuelles modifications à apporter. Il lui semblait que B_ avait tenté de s'opposer à la pratique des loyers et des noms fictifs et qu'il avait exprimé son désaccord. Elle avait toujours agi selon les instructions de A_.
g.d.
BJ_, alors assistante de location au sein de la régie, a été entendue par la police sur délégation du MP. Elle a confirmé qu'il y avait eu des
"petites magouilles"
en lien avec des locataires et des loyers fictifs relatifs à l'immeuble de C_. Elle a confirmé avoir envoyé un email à A_ le 24 février 2011 lui demandant de lui fournir un nom d'ancien locataire et qu'il était inhabituel que des noms de locataires n'apparaissent pas sur l'état locatif. Elle ne se souvenait pas avoir fait ces
"bêtises-là"
. Elle agissait toujours sur instruction de B_, à qui elle rendait des comptes dès lors qu'il était son supérieur hiérarchique. A la lecture des e-mails soumis, elle comprenait que
B_ ne semblait pas d'accord mais qu'il fallait suivre les instructions de A_. Selon elle, le seul intérêt de B_ dans ce procédé était de ne pas perdre la gestion de l'immeuble. Il subissait beaucoup de pression pour ne pas perdre de propriétaires.
g.e.
K_, alors gérante technique au sein de la succursale de C_, a été entendue par la police, sur délégation du MP. La pratique en lien avec cet immeuble consistant à faire figurer des noms de locataires et des anciens loyers fictifs avait, selon elle, été l'initiative de B_, lequel avait déployé ce procédé pour d'autres immeubles, notamment un situé à 3_. Elle était en conflit avec la régie dans le cadre d'une procédure prud'homale. B_ avait refusé d'engager du personnel supplémentaire alors qu'ils étaient tous à la limite du
burn out
. Il l'avait insultée en public et avait exigé sa démission.
g.f.
BR_, assistante de direction au sein de la régie depuis dix ans, a également été entendue. Elle n'était pas en charge de la gestion de l'immeuble de C_ visé par l'enquête et n'avait pas eu, à l'époque, connaissance de la pratique mise en place en lien avec des noms de locataires et des montants d'anciens loyers fictifs. Elle savait uniquement que la régie devait se conformer aux instructions de A_ pour cet immeuble, notamment sur le choix des locataires et sur les baux qu'il validait.Elle partageait l'avis de BL_ s'agissant du fait que B_ ne faisait que répondre aux demandes du propriétaire et de BG_.
h.
Entendu au MP, BG_ a expliqué avoir connu A_ 40 ans auparavant, pour être allé skier avec lui, et l'avoir croisé à deux ou trois reprises à Genève par la suite. Un jour, A_ l'avait appelé pour lui dire qu'il avait donné des immeubles à gérer à l'agence de C_. Lui-même n'avait jamais donné d'instructions à B_ quant à la gestion des immeubles de A_, en particulier quant aux noms qui devaient figurer sur les baux ; il faisait entièrement confiance à ses gérants. Il voyait B_ en principe une fois par année et avait des contacts avec lui par téléphone ou par courriel. B_ était l'unique responsable de toute la gestion de l'agence de C_ et connaissait très bien son métier. Il n'avait jamais entendu parler de la pratique consistant à inscrire sur les baux des noms et loyers fictifs.
Audition des collaborateurs de A_
i.
Plusieurs collaborateurs de A_ ont été entendus par le MP en qualité de personnes appelées à donner des renseignements. Ils ont tous indiqué n'avoir eu aucun pouvoir décisionnel par rapport aux questions immobilières et avoir toujours agi sur instruction de A_.
i.a.
BP_, secrétaire de A_ depuisplus de dix ans, a précisé qu'elle n'avait pas connaissance de la problématique des locataires et anciens loyers fictifs. BF_ s'occupait davantage des questions liées à l'immobilier. Celle-ci n'avait toutefois pas beaucoup de pouvoir décisionnel. Il était exact que A_ avait à un certain moment délégué des choses liées à certaines procédures à l'extérieur sans qu'elle ne se souvienne de la date.
i.
b.
BF_, assistante de A_ pour les questions immobilières de 2007 à 2016 ou 2017, a expliqué qu'elle suivait des lignes de conduite fixées par A_ et que ce dernier contrôlait régulièrement son travail. Elle n'avait aucun pouvoir décisionnel. Elle avait eu des contacts avec la régie s'agissant de l'immeuble de C_. Elle avait plus particulièrement transmis à la régie des noms de locataires que A_ lui avait indiqués mais elle ignorait si ceux-ci avaient existé ou non. Ce dernier lui mentionnait également les montants des loyers à transmettre à la régie. Elle ne savait pas s'il s'agissait des anciens loyers ou des nouveaux loyers, c'était confus.
i.
c.
BN_, collaborateur de A_, a indiqué s'être occupé, avec BD_ et sous la supervision de A_, de la procédure judiciaire concernant l'immeuble de C_ et les
"baux problématiques".
BD_ et lui-même avaient été informés par B_ que ceux-ci pouvaient contenir des noms fictifs. Il en avait parlé à A_, sans connaître le détail de ce qui était fictif. A_ ne lui avait pas dit qui était l'auteur de ces documents. Les baux avaient été caviardés avant d'être produits car A_ ne souhaitait pas que l'ASLOCA utilise les informations caviardées pour faire ouvrir d'autres procédures. Il a refusé de répondre à la question de savoir si l'existence de baux au contenu discutable dérangeait quelqu'un au sein de l'Etude, invoquant que son rôle était de conseiller l'agence de C_ et pas de
"décider si une chose est bien ou non"
.
Auditions de B_
j.
B_, entendu en qualité de prévenu, a d'abord contesté les faits expliquant n'avoir eu connaissance de la pratique consistant à faire figurer des locataires et des loyers fictifs sur les baux et avis de notification que tardivement, soit en 2011. A_ n'avait jamais rien exigé de lui et ne lui faisait pas peur. Il était un client charmant et courtois et n'avait eu que peu de contacts directs avec lui.
Il a ensuite concédé, sans se souvenir de l'ensemble des cas mentionnés dans l'acte d'accusation, avoir effectivement su qu'il signait des documents avec de fausses informations. Il avait simplement répondu aux attentes de A_ et demandé à ses collaborateurs de faire de même. Il n'avait pas conscience de la portée de ses actes, soit que cela pouvait constituer des faux dans les titres. Vu que les ordres provenaient de A_, qui était avocat, il pensait que ce dernier savait ce qu'il faisait, et qu'en tout état, la responsabilité incombait à la société qui l'employait ou au propriétaire de l'immeuble. A_ était d'ailleurs plus interventionniste qu'un autre propriétaire. Il avait ses propres modèles de contrat de bail que la régie devait utiliser pour les immeubles concernés et contrôlait tout. Il ne se souvenait pas comment la pratique des locataires et loyers fictifs avait débuté. Lors de sa première réunion avec A_ en 2008, ils avaient longuement parlé des directives à appliquer dans la gestion des immeubles de C_ et de D_. Après avoir vérifié ses notes de réunion, il avait constaté qu'il n'était pas fait mention de locataires ou de loyers fictifs, alors qu'il consignait en général tout par écrit. Cependant, il ne s'agissait pas d'une pratique habituelle au sein de la régie O_. Ce procédé avait pour but d'obtenir un rendement supérieur, éviter que les nouveaux locataires contestent le loyer initial et éviter que ce loyer soit réduit au montant payé par le locataire précédent. Il n'avait personnellement tiré aucun avantage de cette pratique, n'ayant en particulier perçu aucune prime ou pourcentage sur les loyers encaissés par la régie. Il avait accepté de le faire car il subissait une pression constante de son employeur pour garder ses mandats. La régie n'avait pas encaissé de loyers s'agissant des anciens locataires fictifs qui auraient réellement habité dans les appartements concernés.
Audition de A_ à l'audience de jugement
k.
A l'audience de jugement, A_ est revenu sur ses déclarations et a alors pour la première fois contesté les faits de même que leur qualification juridique de faux dans les titres. Il n'était pas très présent à l'Etude et des e-mails pouvaient avoir été envoyés à son insu en son nom. Il n'avait jamais demandé aux employés de la régie de mettre sur les baux des noms de personnes qui n'avaient jamais habité dans les immeubles visés par la procédure. Il avait uniquement donné le nom de personnes qui se trouvaient dans les appartements, qu'elles soient formellement locataires ou pas. Il avait en effet aidé des gens en difficulté en leur disant de téléphoner à l'Etude pour voir s'il y avait un appartement vacant pour eux. Le nom de AA_ ne lui disait rien mais les locataires N_, M_, AU_ ([prénommé] AU_ ; les mentions BC_ et AQ_ [même nom, autres prénoms] étant des erreurs) et L_ avaient effectivement habité dans les logements concernés, soit avant, pendant ou après les travaux. Ces personnes étaient censées payer quelque chose car il
"fallait faire entrer de l'argent"
en raison des travaux, mais les appartements restaient vides.
Il n'avait toutefois personnellement pas perçu de loyer de leur part. Il n'avait jamais non plus donné l'instruction de mentionner que le loyer était inchangé et de faire figurer le nouveau loyer comme ancien loyer. Il n'avait auparavant pas expliqué que ces personnes avaient réellement habité dans les appartements visés car on ne lui avait pas posé la question. Les
"déclarations libres"
qu'il avait faites en début de procédure ne l'étaient pas. Il avait été mis sous pression de la mise en détention et avait dit ce que le procureur voulait entendre. Confronté au fait que lors de l'audience du 26 juillet 2019 devant le MP, il n'avait pas non plus mentionné ces éléments, alors qu'il était libre depuis le 29 juin 2018, il a expliqué qu'il n'avait certes pas donné une information complète mais ce n'était pas à lui de faire l'instruction. BF_ avait peut-être donné des faux noms de locataires à la régie ; elle avait des problèmes de drogue. Les loyers n'étant pas abusifs, les locataires n'auraient pas forcément contesté leur loyer initial même s'ils avaient connu la réalité du montant de la hausse. Il avait servilement payé les montants demandés par les locataires lésés en tenant compte des dysfonctionnements de son Etude. Il n'estimait pas que sa sœur ou lui se fussent enrichis car les impôts étaient très élevés. Le fait que les frais de régie étaient inclus dans les charges des locataires ne posait pas de problème et correspondait à la méthode zurichoise, puisque c'étaient eux qui donnaient du travail à la régie. Le fait que les successeurs de certains locataires lésés continuaient de payer le loyer élevé sortait au demeurant du champ de l'acte d'accusation.
Audition de témoins à l'audience de jugement
l.a.
P_ a indiqué que son frère était un homme bon et de parole. Il avait notamment fait des efforts pour garder des locataires âgés dans des appartements à loyer très bas. Elle gardait toute confiance en lui. Il n'avait jamais été question qu'elle le rembourse des montants des indemnités qu'il avait lui-même versés.
l.b.
BS_, ami de longue date de A_, BT_, courtière en immobilier, et BU_, dont A_ avait défendu le compagnon, ont décrit l'intéressé comme quelqu'un d'honnête, droit, gentil, généreux et professionnellement très consciencieux. Il avait mis à disposition de BS_ des locaux pour lui permettre de passer ses examens avec quiétude. BT_ n'avait jamais constaté, dans le cadre de son activité de courtière pour la location d'appartements, que de fausses indications figuraient dans les baux. A_ était venu en aide à plusieurs personnes se trouvant dans des situations très délicates. Il suivait de près la gestion de ses immeubles.
Pièces produites par A_ à l'audience de jugement
m.a.
A_ a produit plusieurs témoignages écrits, dont il ressort notamment ce qui suit :
- D'après E_, F_ et G_, responsables dans des régies ou agences immobilières qui géraient des biens immobiliers appartenant à A_, ce dernier suivait de près la gestion de ses biens ; il était un client précis et exigeant. Les baux lui étaient soumis et il fixait les nouveaux loyers lui-même. A_ ne leur avait jamais demander d'inscrire des noms de locataires précédents fictifs ou des loyers fictifs dans des baux.
- H_ a expliqué avoir travaillé sur différents projets de rénovation et d'entretien sur les immeubles sis 1_, à C_, et 2_, à D_. Pendant ces travaux, il avait remis à plusieurs reprises des clés d'appartements à des personnes, quand les appartements étaient vides, en attente de rénovation ou en cours de rénovation. On lui avait dit que ces personnes étaient aidées par A_.
- AU_ a écrit ce qui suit :
"( ) A_ m'a mis à disposition et/ou loué pour moi ou de mes amis ou connaissances [sic] à de multiples occasions des surfaces commerciales à Genève et aussi des appartements soit en état soit en travaux notamment dans les années 2010 à C_ au 1_ (entre la gare et le lac) et à D_ au 2_ ( )"
.
m.b.
A_ a également produit un avis de droit de BV_, ancien président du Tribunal fédéral, mandaté par ses soins, et selon lequel les formules officielles de notification du loyer initial ne constituent pas des titres. Afin de délimiter le faux intellectuel du simple mensonge écrit, il convenait de se poser la question de savoir si le déclarant revêtait une position assimilable à un garant, laquelle ne devait être admise, dans la relation entre deux sujets de droit privé, que lorsque l'une des parties assumait une obligation particulière, à l'instar de l'architecte qui avait une obligation de vérification du décompte final. Or le bailleur n'assumait pas d'obligation comparable à l'égard du locataire. Il ressortait par ailleurs de la jurisprudence que la qualification de faux intellectuel avait été
niée s'agissant d'un
affidavit
produit en justice civile et qui contenait des indications inexactes, parce que celles-ci étaient sujettes à vérification par l'autorité. Selon ce raisonnement, le formulaire d'avis de notification du loyer initial contenant des indications inexactes mais vérifiables lors d'un procès civil, ne constituait pas non plus un faux intellectuel. Enfin, l'art. 269 al. 2 CO applicable par renvoi de l'art. 270 al. 2 CO se référait à un formulaire au moyen duquel une augmentation de loyer devait être communiquée et motivée. La loi ne prévoyait que la nullité au cas où la communication n'avait pas eu lieu au moyen du formulaire prescrit. L'on ne voyait dès lors pas comment un faux intellectuel pouvait être commis au moyen d'un tel formulaire. Le législateur ne s'était nullement prononcé sur la punissabilité de déclarations inexactes faites sur ledit formulaire. Une condamnation pour faux dans les titres en l'espèce s'opposait ainsi au principe
nulle crimen sine lege
.
Accès au dossier
n.a.
Le 27 mars 2019, le TCO a offert de remettre une copie de la procédure à A_ si la demande en était faite rapidement, dès lors que le dossier devait être acheminé au Tribunal fédéral en raison d'un recours interjeté par le précité.
A_ a répondu le lendemain souhaiter recevoir dans les meilleurs délais une copie numérotée de la procédure.
Malgré une note au dossier intitulée
"Demande de photocopie"
datée du 27 mars 2019 signée du greffe du Tribunal pénal :
"
Svp besoin d'une copie urgente car le dossier doit partir au Tribunal fédéral. Gardez 1 copie scannée car il faudra refaire des copies pour les juges et les parties. [...]
"
, la demande de A_ est restée sans réponse.
n.b.
Après le retour de la procédure du Tribunal fédéral, et suite à une nouvelle demande de A_, la présidente a informé ce dernier par courrier du 22 janvier 2020 qu'une copie de la procédure était à sa disposition au greffe du Tribunal. Le dossier a une nouvelle fois été mis à disposition pour consultation, le 13 mars 2020.
n.c.
Par lettre du 5 mai 2020, la présidente du TCO a fait parvenir aux parties copie des derniers éléments versés à la procédure, précisant qu'il leur était loisible de venir consulter le dossier, sur demande préalable et selon un créneau horaire précis en raison des mesures sanitaires liées à la COVID, afin de vérifier qu'ils avaient reçu tous les documents, voire demander copie de certaines pièces.
n.d.
Les 6 et 12 mai 2020, le TCO a envoyé aux conseils de A_ un lot de
"copies de certaines pièces portées à l'inventaire"
puis
"une sélection de pièces"
tirées des documents figurant à l'inventaire de la procédure.
n.e.
Suite à la demande de A_ de recevoir une copie scannée de la procédure, la présidente du TCO a répondu, le 7 mai 2020, que le dossier n'était pas scanné et que les deux classeurs du Tribunal seraient mis à la disposition des conseils de A_ durant une heure, le lendemain, dans leur état au jour de la consultation. Les conseils de A_ ont pu consulter le dossier le 8 mai 2020. Le dossier a, à nouveau, été mis à la disposition de A_, pour consultation, le 15 mai 2020.
n.f.

## Considerations