# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 28d4082d-b71c-5835-92bf-59ce8935fe6c
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 22 octobre 2018, A_ recourt
contre l'ordonnance du 9 octobre 2018, notifiée le lendemain, par laquelle le Tribunal des mesures de contrainte (ci-après, TMC) a ordonné à son égard la modification de la mesure de substitution lui enjoignant de résider chez l'un de ses enfants et maintenu pour le surplus les autres mesures de substitution, notamment celle qui concernait le dépôt de son passeport français en main du Procureur en charge de la procédure, le TMC rappelant que ces mesures de substitution étaient en vigueur jusqu'au 18 décembre 2018.
Le recourant conclut, sous suite de frais et dépens, à l'annulation de l'ordonnance querellée et à la levée de l'obligation de résider en Suisse, à C_ (JU) ou chez l'un de ses enfants, ainsi qu'à la levée du dépôt de son passeport français en main du procureur en charge de la procédure. Les deux autres mesures de substitution, à savoir l'obligation de se présenter à toutes les convocations du Ministère public ou de la police et le dépôt d'une caution de 10'000 €, pouvant être maintenues.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Par suite d'une dénonciation du médecin cantonal, D_, ressortissant italien et gabonais titulaire d'un diplôme de médecin obtenu en Chine, a été mis en prévention notamment d'escroquerie (art. 146 CP), subsidiairement obtention illicite de prestations d'une assurance sociale ou de l'aide sociale (art. 148a CP), et d'infractions à la Loi fédérale sur les professions médicales (LPMed), la Loi fédérale sur l'assurance maladie (LAMal), la Loi fédérale sur les produits thérapeutiques (LPTh) et la Loi fédérale sur les stupéfiants (LStup). Il lui est reproché d'avoir pratiqué, sans droit, depuis le 1
er
septembre 2011, en qualité de médecin, au sein du cabinet médical genevois exploité par la société E_ SA, alors qu'il ne possédait pas de diplôme ni d'autorisation lui permettant de pratiquer la médecine en Suisse, et d'avoir facturé ses prestations aux assurances-maladies.
A_, ressortissant français né le _ 1946 à F_, République Démocratique du Congo, médecin dûment autorisé à exercer en Suisse, où il est titulaire d'un permis C, est l'administrateur délégué de E_ SA et possède une signature collective à deux. D_ administrait en fait cette société, au bénéfice d'une signature individuelle.
b.
L'enquête ayant démontré que D_ utilisait les codes créanciers de deux médecins, A_ et G_, ces derniers ont été soupçonnés d'escroquerie
(art. 146 CP), subsidiairement d'obtention illicite de prestations d'une assurance sociale (art. 148a CP) et d'infraction aux articles 92 LAMal et 136 de la Loi genevoise sur la santé.
c.
G_ a été mis en prévention pour ces motifs en mars 2018.
d.
A_ a été interpellé et entendu par la police le 16 juin 2018. Il a contesté les faits qui lui étaient reprochés et a déclaré, s'agissant de sa situation personnelle, qu'il partageait son temps entre H_ [commune en I_, région française d'outre-mer] et la Suisse, qu'il percevait l'AVS en Suisse, soit Fr. 1'606.- par mois, et le produit de son activité de _ dans le cabinet J_ à H_, soit € 160'000 par année. Il avait effectué des remplacements à la Clinique K_ à H_, mais de 2009 à 2014. Il était propriétaire de son logement tant à C_ qu'à H_.
e.
Le 17 juin 2018, A_ a été mis en prévention d'escroquerie (art. 146 CP), subsidiairement d'obtention illicite de prestations d'une assurance sociale (art. 148a CP), d'infractions à l'art. 92 LAMAL et à l'art. 136 de la Loi genevoise sur la santé, pour avoir, de concert avec D_, permis à ce dernier de pratiquer la médecine générale du 1
er
septembre 2011 au 26 mars 2018, au sein du cabinet médical situé au _, à Genève, exploité par E_ SA, en utilisant les ordonnances et le code créancier délivré par L_ SA à A_, et de facturer lesdites prestations aux assurances-maladies au nom de A_ afin d'obtenir ainsi des prestations indues des assurances-maladies alors que D_ ne possède pas d'autorisation de pratiquer en Suisse
f.
À l'issue de l'audience, le Ministère public a ordonné la mise en liberté de A_ moyennant diverses mesures de substitution, à savoir le dépôt de son passeport français en main du Procureur en charge de la procédure, une obligation de résider chez l'un de ses enfants dont le nom et l'adresse exacte seraient communiqués audit Procureur, une obligation de se présenter à toutes les convocations du Pouvoir judiciaire ou de la police et le dépôt d'une caution de € 10'000 à verser en main des Services financiers du Pouvoir judiciaire au plus tard le 30 juin 2018.
g.
Le Ministère public a sollicité la prolongation de ces mesures de substitution le 13 septembre 2018 pour une durée de 3 mois, ce que le TMC a accepté par ordonnance du 18 septembre 2018, jusqu'au 18 décembre 2018.
h.
Par courrier du 28 septembre 2018, le conseil de A_ a fait valoir que, du fait de son absence à H_, il n'avait plus de revenus depuis le 31 août 2018 et risquait de perdre son emploi. Il sollicitait en conséquence une adaptation circonstanciée des mesures de substitution afin de pouvoir se rendre librement en I_, rappelant les forts liens qu'il entretenait avec la Suisse, où résidait sa famille, et précisant qu'il n'avait nullement l'intention de quitter ce pays ou de ne pas se présenter aux audiences.
i.
La police judiciaire a enquêté sur la situation personnelle de A_ et a établi un rapport le 27 juin 2017. Il en ressort qu'il est considéré en Suisse comme médecin _ [spécialité] FMH, après la reconnaissance de ses titres obtenus en Italie. A_ a été autorisé dès 2008 à exercer à Genève à charge de la LAMal. Son adresse officielle est à C_ (JU). Selon l'Office des poursuites de M_ [JU], il serait endetté à hauteur de Fr. 700'000.- et serait propriétaire avec son épouse, pour moitié chacun, d'une maison estimée à Fr 920'000.-, actuellement en vente. Dans le canton du Jura, A_ est officiellement à la retraite depuis 2011 et a déclaré ne percevoir que l'AVS. L'enquête de police a permis d'établir que A_ avait une adresse privée à H_ – avenue _, ainsi qu'une adresse professionnelle, également à H_, route _ – Clinique K_ – _ H_. A_ a immatriculé un véhicule de marque N_ à son adresse privée en I_ en septembre 2013. L'enquête a également fait apparaitre qu'il exercerait en qualité de _ auprès de deux cabinets de _ à H_, rue _ et route _.
A_ vit avec son épouse, qui ne travaille pas. Ensemble, ils ont eu quatre enfants et six petits-enfants, tous domiciliés à Genève.
C.
Dans sa décision querellée du 9 octobre 2018, le TMC a retenu que les charges – sans conteste graves - étaient suffisantes pour justifier le maintien des mesures de substitution à la détention, ce d'autant qu'elles ne s'étaient pas amoindries depuis la dernière décision du TMC rendue le 18 septembre 2018. L'instruction se poursuivait et une nouvelle audience était prévue le 2 novembre 2018, après que les conseils de D_ et de A_ avaient sollicité le report d'une audience prévue le 3 octobre 2018. Le Ministère public restait par ailleurs dans l'attente de la réception des résultats de l'extraction des données du téléphone portable de D_. Le TMC observait que, en dépit du permis C dont le prévenu est titulaire, d'un domicile et d'attaches familiales en Suisse, il existait un risque de fuite concret, dès lors qu'il est de nationalité française et qu'il vit et travaille en grande partie en I_ et que les mesures de substitution en vigueur n'avaient pas perdu de leur sens, s'agissant de pallier ce risque. Cela étant, la mesure de substitution consistant à obliger le prévenu à vivre chez l'un de ses enfants alors qu'il possédait une maison dans le Jura n'offrait aucune garantie supplémentaire de représentation et n'avait plus lieu d'être.
En revanche, il était exclu de modifier les autres mesures de substitution, nécessaires pour garantir la présence du prévenu aux actes de procédure à venir et l'empêcher de quitter définitivement le territoire suisse afin d'échapper à la procédure pénale.
D.
a.
Dans son recours, A_ n'entend pas revenir sur les charges retenues contre lui mais précise qu'il sollicitera son acquittement, laissant entendre que lesdites charges sont ténues.
Il conteste le risque de fuite et considère que le TMC a appliqué les critères le concernant à l'excès. Il souligne qu'il habite en Suisse depuis près de quarante ans et qu'il est propriétaire de son logement, une maison à C_ (JU). Ses quatre enfants et six petits-enfants vivent en Suisse où ils sont nés. Il est un médecin honorablement connu à Genève et pratique depuis dix ans en I_. Partant, il n'y a aucune raison pour qu'il tente de soustraire à la justice helvétique.
Il invoque également une pesée des intérêts publics et privés, considérant que le maintien des mesures de substitution entrainerait la perte de son emploi et que, en raison de son âge, il serait à la charge de la collectivité.
b.
Le Ministère public conclut, le 22 novembre 2018, au rejet du recours. Selon ses observations, A_ est domicilié en H_ où il est associé dans plusieurs cabinets médicaux, tout en revenant souvent en Suisse. Ses enfants viennent le trouver à H_. Il est en train de vendre sa maison à C_ et fait l'objet de nombreuses poursuites en Suisse. S'agissant des charges, le Ministère public relève que A_ était en contacts fréquents avec D_ et qu'ils discutaient des affaires du cabinet et des difficultés rencontrées par ledit D_. Il était donc parfaitement au courant de la situation de celui-ci.
c.
Dans ses observations du 22 novembre 2018, le TMC s'en tient à son ordonnance et propose le rejet du recours.
d.
A_ a répliqué. Il était exact qu'il était en phase de réaliser sa maison de C_, afin d'assainir sa situation financière et de ne plus faire l'objet de poursuites en Suisse. Ses enfants et petits-enfants vivaient à Genève où se situait l'essentiel de leurs relations. Son épouse, qui ne travaillait pas à H_, passait la majeure partie de son temps à C_ ou chez sa fille à Genève. A_ entendait vivre sa retraite en Suisse. Il n'y avait dès lors aucun indice concret propre à laisser penser qu'il pourrait se soustraire à la justice suisse par une fuite dans son pays d'origine ou en I_. Enfin, A_ titre l'intégralité de ses revenus d'un cabinet médical à H_, dont il est l'un des associés mais, en raison de sa longue absence, il ne perçoit plus aucun salaire depuis le 31 août 2018 et risque de perdre définitivement son poste s'il ne le réintègre pas au début 2019. Agé de 72 ans, il ne retrouverait certainement pas de travail et ne serait pas, dans l'hypothèse d'une condamnation, en mesure de rembourser tout ou partie du dommage avéré des parties plaignantes. Il n'y avait donc pas d'intérêt public prépondérant qui justifierait de lui interdire de se rendre sur son lieu de travail.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
Le recours a été déposé selon la forme (art. 385 al. 1 CPP) et dans le délai prescrits (art. 90 al. 2 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 222, 237 al. 4 et 393 al. 1 let. c CPP) et émaner du prévenu qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP), a qualité pour agir. ![endif]>![if>
2.
Le recourant ne remet pas en cause les charges recueillies contre lui. Il n'y a pas à y revenir (art. 385 al. 1 let. a CP).![endif]>![if>
3.
Le recourant estime injustifiée la mesure de substitution consistant au dépôt de son passeport, au regard de ses attaches en Suisse, de sa volonté d'y vivre sa retraite et de son intention de ne pas se soustraire aux convocations de la Justice.![endif]>![if>
3.1.
À l'instar de la détention provisoire ou pour des motifs de sûreté, les mesures de substitution doivent en tout temps demeurer proportionnées au but poursuivi, tant par leur nature que par leur durée (ATF
140 IV 74
consid. 2.2 p. 78;
141 IV 190
consid. 3.3). Le principe de la proportionnalité commande de choisir les mesures de restriction de la liberté personnelle adéquates, c'est-à-dire les moins incisives pour autant qu'elles soient propres à atteindre le but visé; elles correspondent à la notion de garanties assurant la comparution de l'intéressé à l'audience et, le cas échéant pour l'exécution du jugement au sens de l'art. 9 § 3 Pacte ONU II. En droit interne, l'art. 36 al. 3 Cst. commande également de limiter la restriction à la liberté personnelle dans le respect du principe précité. Cette obligation est concrétisée notamment par l'art. 237 CPP (cf. arrêts du Tribunal fédéral
1B_96/2012
du 5 mars 2012 consid. 3.1 et
1B_623/2011
du 28 novembre 2011 consid. 3). L'assignation à un certain territoire, au sens de l'art. 237 al. 2 let. c CPP, se conçoit avant tout en présence
d'un risque de fuite (L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND, CPP,
Code de procédure pénale
, Bâle 2013, n. 22 ad art. 237), et l'assignation à résidence ne peut entrer en ligne de compte que conjointement au dépôt d'une caution, du
moins en matière de substitut à la détention extraditionnelle (cf. les arrêts
cités par L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND,
op. cit.
, n. 23 ad art. 237;
ACPR/345/2017
du 24 mai 2017 consid. 4.1). Le dépôt des papiers d'identité ne constitue certes qu'un obstacle à la fuite d'une efficacité relative puisqu'il est relativement aisé de franchir la frontière; il en va de même pour l'interdiction de quitter la Suisse. Les mesures de substitution peuvent être revues en tout temps
(art. 237 al. 5 CPP).![endif]>![if>
3.2.
Conformément à la jurisprudence, le risque de fuite doit s'analyser en fonction d'un ensemble de critères tels que le caractère de l'intéressé, sa moralité, ses ressources, ses liens avec l'État qui le poursuit ainsi que ses contacts à l'étranger, qui font apparaître le risque de fuite non seulement possible, mais également probable (ATF
117 Ia 69
consid. 4a p. 70 et la jurisprudence citée). La gravité de l'infraction ne peut pas, à elle seule, justifier la prolongation de la détention, mais permet souvent de présumer un danger de fuite en raison de l'importance de la peine dont le prévenu est menacé (ATF
125 I 60
consid. 3a p. 62;
117 Ia 69
consid. 4a p. 70,
108 Ia 64
consid. 3).
3.3.
En l'espèce, c'est à juste titre que le risque de fuite a été retenu. Le recourant est de nationalité française et entend retourner travailler en I_. S'il venait à ne pas revenir en Suisse, aucune extradition ne serait possible et ses engagements actuels n'y changeraient rien. Cette probabilité est par ailleurs d'autant moins exclue que le recourant possède à H_ une maison – à l'inverse de celle de C_ qu'il cherche à vendre - et un véhicule et qu'il arrive à ses enfants de le retrouver en ce lieu. Fort de ces constats, le TMC a estimé il y a quelque six mois que le dépôt d'une caution et du passeport du recourant pourraient constituer un palliatif pour réfréner une éventuelle tentation de quitter la Suisse. Les charges pesant sur le recourant n'ayant pas diminué depuis la première décision et la suite de l'instruction étant encore incertaine, le maintien du dépôt du passeport demeure d'actualité et paraît parfaitement proportionné aux enjeux en cause, notamment au regard des actes d'instruction à accomplir. La proportionnalité est également donnée compte tenu de ce que cette mesure n'est valable en l'état que jusqu'au 18 décembre 2018. Il appartiendra alors, dans le cadre d'une prolongation de cette mesure que le Procureur pourrait solliciter, d'une part que le recourant présente une situation personnelle circonstanciée, notamment au sujet de la valeur de sa maison à C_, des démarches en cours, des solutions de relogement du recourant en Suisse une fois ce bien vendu ainsi qu'un état complet de ses finances, tant en Suisse qu'en I_, questions d'importance dont le recourant ne dit mot. En effet, le risque de ne pas revenir en Suisse peut parfaitement dépendre de l'absence d'un logement en Suisse, d'une situation financière péjorée en Suisse, à opposer à une situation florissante en I_, étant rappelé que le recourant fait état d'un revenu annuel de € 160'000, toutes circonstances que le dossier ne permet pas d'éclaircir en l'état.
3.4.
En d'autres termes, le premier juge était fondé à retenir un risque de fuite que seul le dépôt du passeport français du recourant pouvait contenir.
4.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui comprendront un émolument de CHF 900.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).![endif]>![if>
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