# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 164dabae-1231-474e-bae7-d178985d11f9
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2003
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A. Par décision du 30 mars 2001, le SPOP a refusé à X._ et à sa famille la prolongation de leurs autorisations de séjour au motif que le traitement médical du premier pouvait se poursuivre à l'étranger et qu'il pouvait se faire représenter en Suisse dans la procédure tendant au versement éventuel d'une rente-invalidité. Cette décision oppose également aux intéressés des motifs d'assistance publique.
Cette décision du SPOP a été confirmée sur recours par le Tribunal administratif dans son arrêt PE 2001/0215 du 11 avril 2002. Un délai au 15 mai 2002 leur a été imparti pour quitter le canton de Vaud. Le Tribunal a considéré ce qui suit qui :
"
(...)
Dès lors, le refus du Service de la population de renouveler une autorisation de séjour à un étranger qui n'est plus autonome financièrement et qui est tombé, avec sa famille, à la charge de l'aide sociale est parfaitement justifié. Il est vrai que le recourant soutient en procédure que son état de santé ne lui permet pas de travailler, et il se réfère aux procédures pendantes actuellement devant d'autres instances en vue de l'obtention d'une rente AI. Mais le tribunal observe que, précisément dans le cadre de cette procédure, il a été démontré que le recourant était capable de travailler et il renvoie à cet égard au rapport d'expertise du 5 février 2001 du Dr Séchaud. Même si les conclusions de ce rapport sont contestées par le recourant, qui a produit d'autres avis médicaux, le tribunal considère qu'il n'y a aucune raison de s'en écarter. Une expertise présentée par une partie n'a pas la même valeur probatoire qu'une expertise judiciaire, même si le juge est tenu d'examiner si elle est propre à mettre en doute, sur les points litigieux importants, l'opinion et les conclusions de l'expert mandaté par un tribunal (ATF 125 V 351). D'une manière générale, il n'est pas arbitraire de considérer comme plus objective l'opinion émise par des experts choisis en toute indépendance par l'autorité judiciaire et à la préférer à celle d'experts privés ou du médecin traitant. Celui-ci, en particulier, a naturellement le souci d'éviter tout ce qui pourrait perturber son travail et tient à éviter de provoquer chez son patient un ressentiment susceptible de rendre sa mission plus difficile. La doctrine va dans le même sens, en excluant que, pour des motifs d'objectivité et d'impartialité, le médecin avec qui l'expertisé entretient une relation thérapeutique puisse intervenir comme expert (sur tous ces points, voir un arrêt de la Cour de cassation pénale du Tribunal fédéral du 18 juin 1998, dont le considérant 4 est résumé à SJ 1998, p. 736)
.
En l'espèce, le tribunal dispose d'une expertise judiciaire extrêmement complète et fouillée dont il résulte clairement que le recourant essaie d'obtenir indûment aussi bien l'octroi d'une rente qu'une autorisation de séjour. Dès lors que l'observance médicamenteuse est nulle de sa part (rapport Séchaud, réponses aux questions 5 et 6), et qu'aucun traitement médical n'est par conséquent à recommander, il n'existe aucune raison majeure objective imposant le maintien de la présence de l'intéressé et de sa famille en Suisse.
Si d'aventure le recourant devait d'ailleurs obtenir la reconnaissance de son invalidité, l'octroi de celle-ci justifierait cas échéant de revoir la situation du recourant sous tous ces aspects (en particulier ceux relatifs au montant de la rente et aux conditions de versement de celle-ci à l'étranger). Dans cette hypothèse, l'éventuelle délivrance d'un permis sur la base de l'art. 13 lit. b OLE pourrait se poser, à supposer que le recourant reprenne le chemin du travail.
En l'état actuel, le refus du SPOP ne procède pas d'un abus du pouvoir d'appréciation. La décision attaquée doit être confirmée.
(...)"
Par arrêt 2P.109/2002/viz du 17 mai 2002, le Tribunal fédéral a rejeté dans la mesure où il était recevable le recours de droit public de X._ et sa famille dirigé contre l'arrêt précité de l'autorité de céans.
Par décision du 25 juin 2002, l'Office fédéral des étrangers (OFE), devenu l'Office fédéral de l'immigration, de l'intégration et de l'émigration (IMES), a étendu à tout le territoire de la Confédération la décision cantonale de renvoi. Un délai au 30 septembre 2002 leur a été imparti pour quitter la Suisse.
B. Par lettre du 16 août 2002, agissant par l'intermédiaire de Me Jacques-H. Meylan, X._ et sa famille ont sollicité le réexamen de la décision du SPOP du 30 mars 2001 pour des motifs médicaux, en joignant à sa requête cinq pièces relatives à l'état de santé de X._. Il résulte en bref de ces pièces ce qui suit :
Le 18 juin 2002, la Dresse Anne-Marie Chamot, à Morges, a demandé à la Dresse Blanc du Département universitaire de psychiatrie adulte (DUPA) un "consilium" concernant X._, écrivant à celle-ci ...de l'aider "
à débrouiller la part des troubles psychiatriques de ce syndrome douloureux somatoforme persistant
". La Dresse Blanc et le Dr Currat lui ont fait part le 18 juillet 2002 d'un "
pronostic extrêmement réservé face à cette symptomatologie psychiatrique mixte, sévère, chronifiée, résistante à plusieurs tentatives de prise en charge antérieures, dans un contexte de conflit assécurologique et de mesures imminentes de renvoi de la Suisse"
.
X._ a été hospitalisé au service de Rhumatologie, Médecine physique et Réhabilitation du CHUV du 24 juin au 5 juillet 2002. Cette unité du CHUV a posé le 16 juillet 2002 le diagnostic principal de syndrome douloureux somatoforme persistant et constaté au titre de diagnostic secondaire et comorbidité "
des troubles dépressifs récurrents, épisode actuel sévère sans symptômes psychotiques, personnalité dyssociale avec impulsions agressives incontrôlées, BPCO avec syndrome obstructif de degré moyen, partiellement réversible et obésité de stade I selon l'OMS"
.
Les médecins du Département universitaire de psychiatrie adulte (DUPA) ont quant à eux ont posé le 3 juillet 2002 le diagnostic de "
syndrome douloureux somatoforme persistant (F45.4), troubles moteurs dissociatifs (F44.4), personnalité dyssociale avec impulsions agressives incontrôlées (F60.2), troubles dépressifs récurrents, épisode actuel sévère sans symptômes psychotiques (F33.2)
", préconisant des tests psychométriques afin de mieux évaluer X._ au niveau de sa personnalité et de son efficience intellectuelle et proposant par la suite une discussion sur les possibilités d'une aide sur le plan médicamenteux et d'un suivi psychiatrique ambulatoire.
Après un bref retour à domicile, X._ a à nouveau été hospitalisé le 9 juillet 2002 sur le site du DUPA de Cery. Les Drs Presig et Viani du DUPA ont certifié le 30 juillet 2003 (date de sortie de l'hôpital) que X._ présentait actuellement et depuis plusieurs années une symptomatologie dépressive. "
Dans ce cadre, un passage à l'acte auto ou héréro-agressif pourrait être momentanément exacerbé par sa situation sociale actuelle (menace d'expulsion)".
C. Le 27 août 2003, X._ et famille ont recouru contre la décision de l'OFE du 25 juin 2002 auprès du Département fédéral de justice et police (DFJP).
D. Le 12 septembre 2002, le SPOP a imparti aux requérants un délai au 15 octobre 2002 pour produire le rapport circonstancié annoncé dans la demande de réexamen en indiquant qu'il serait souhaitable qu'il indique en quoi la situation de X._ se serait détériorée depuis le mois de mai 2002 et pour quels motifs le traitement devrait impérativement se poursuivre en Suisse.
Répondant le 13 septembre 2002 à une demande des intéressés dans ce sens, le SPOP leur a écrit qu'il tolérait leur séjour jusqu'au 15 octobre suivant.
Le 23 septembre 2002, la Dresse Anne-Marie Chamot a écrit au SPOP ce qui suit :
"En complément à la lettre de Maître Jacques-H. Meylan du 15.08.2002, je souhaite confirmer la gravité de la situation de Monsieur X._. Je l'ai vu ce jour et l'ai trouvé dans un état physique et surtout psychique très détérioré.
En complément aux informations que vous souhaitez, j'affirme que la situation médicale de ce patient s'est péjorée depuis le mois de mai 2002. Il a été hospitalisé dans le service de rhumatologie du CHUV du 24 juin au 5 juillet 2002 mais la gravité de son état psychiatrique a nécessité un transfert à l'hôpital de Cery en raison d'idées suicidaires et d'une crainte exprimée d'actes de violence. Au plan rhumatologique, il présente de nouvelles localisations douloureuses qui sont en cours d'investigation.
Quant à l'affirmation que les traitements prescrits ne semblent pas avoir donné de résultat probant en raison d'une inobservation médicamenteuse, je réfute ce fait car Monsieur X._ vient régulièrement à ma consultation et je n'ai jamais eu cette impression.
Les conclusions du Département Universitaire de Psychiatrie Adulte datées du 18 juillet 2002 me paraissent suffisantes pour justifier que le traitement doit être suivi impérativement en Suisse.
La mise en exécution de la décision de renvoi risque d'avoir des conséquences graves avec des risques de passage à l'acte non négligeables.
En restant à disposition pour toute information complémentaire, ..."
Le 15 octobre 2002, les requérants se sont prévalu du courrier de la Dresse Chamot et ont joint une lettre du 26 septembre 2002 de la Section des troubles anxieux et de l'humeur (STAH) du DUPA adressée à celle-ci, dont il résulte en substance que X._ a été hospitalisé du 9 au 29 juillet 2002 en mode volontaire en raison d'un état dépressif avec idées suicidaires. Il résulte de la correspondance du DUPA du 24 septembre 2002 qu'aucun autre rapport circonstancié ne doit être établi.
Le 29 octobre 2002, le SPOP a toléré la présence des requérants sur son territoire jusqu'à droit connu sur leur demande de réexamen. Le 31 octobre 2002, le DFJP a autorisé à titre superprovisionnel les membres de la famille X._ à séjourner en Suisse.
Le 15 janvier 2003, les requérants ont produit une copie du rapport de la Dresse Chamot a établi à l'attention de l'office de l'assurance-invalidité, saisie elle aussi, d'une demande de réexamen de son refus.
E. Le 20 mai 2003, le SPOP a rendu la décision suivante :
"(...)
En l'espèce, il convient d'admettre que les arguments invoqués relatifs à l'état de santé de M. X._ constituent des faits nouveaux justifiant d'entrer en matière sur sa demande de réexamen. Cette dernière apparaît ainsi recevable.
A l'appui de sa requête, l'intéressé produit des certificats médicaux établissant de manière plus circonstanciée ses troubles psychiques et invoque une aggravation de son état général.
Cela étant, les diagnostics précédents font déjà état d'une pathologie très similaire et la situation médicale de Monsieur X._ ne semble pas avoir évolué de manière significative.
Le Docteur Anne-Marie CHAMOT, médecin-traitant de l'intéressé, a ainsi toujours mentionné les problèmes rhumatologiques et l'état dépressif de son patient (cf. rapport d'hospitalisation du Dr. CHAMOT du 8 décembre 1995 cité et repris dans le rapport du Dr. Robert KOHLER adressé à la VAUDOISE Assurances du 16 avril 1996, p. 4, certificats du Dr. CHAMOT des 12 mars et 28 mai 1997, 7 juillet 2000 et 31 juillet 2001).
Le rapport du Dr Pierre WETTSTEIN du 2 août 1996 retient notamment "une projection somatique douloureuse de problèmes psychiques" et une "surcharge psychique".
Le rapport du Dr. De GOUMOENS du 22 janvier 1996 évoque un patient "anxieux et développant actuellement des phénomènes de surcharge psychogènes secondaires, présentant un état de déconditionnement physique global ceci par absence d'exercices physiques réguliers" (cf. rapport du Dr. Robert KOHLER adressé à la VAUDOISE Assurances du 16 avril 1996 p.5).
Le Dr. Robert KOHLER diagnostique, dans son rapport adressé à la VAUDOISE Assurances du 16 avril 1996, "un status après contusion lombaire mineure et un syndrome de conversion hystérique avec somatisation" et affirme que "le comportement démonstratif de ce patient laisse peu d'espoir d'efficacité à quelque traitement que ce soit, physique ou psychologique".
Enfin, les docteurs Ch. SIMOND BARABAY et M. SILVA retiennent les diagnostics suivants :
1. Syndrome douloureux somatoforme persistant avec troubles moteurs dissociatifs
2. Personnalité dyssociale avec impulsions agressives incontrôlées
3. Evénement difficile ayant une incidence du la famille et du foyer
4. Difficultés liées a sa situation juridique (conflit assécurologique).
(Cf. certificat du Secteur psychiatrique ouest du 13 décembre 1996)
Force est de constater que l'état dépressif, les impulsions agressives et les troubles moteur dissociatifs de M. X._ avaient déjà été relevés par les instances précédemment saisies.
Le Tribunal administratif vaudois, dans son arrêt du 11 avril 2002, avait en effet déjà examiné et pris en compte l'état de santé de Monsieur X._ tel que décrit ci-dessus, en se référant en particulier au certificat médical du Dr. Anne-Marie CHAMOT du 31 juillet 2001.
Ainsi il n'apparaît pas, au regard des certificats médicaux établis postérieurement audit arrêt, que la situation médicale de l'intéressé se serait à ce point détériorée qu'elle constituerait dès lors un motif important exigeant l'octroi d'une autorisation de séjour au sens de l'art. 36 OLE.
L'aggravation des troubles psychiatriques de l'intéressé, susceptible d'être liée à l'imminence de l'exécution de son renvoi de Suisse, même à considérer qu'elle soit avérée, ne permettrait pas à elle seule de conclure à la nécessité pour celui-ci de poursuivre son traitement dans notre pays.
Dès lors et compte tenu des motifs qui précèdent, ainsi que du fait que l'article 10 al. 1 let. d LSEE reste pleinement applicable, il ne se justifie pas de reconsidérer notre décision du 30 mars 2001 et de renouveler les autorisations de séjour de M. X._ et de sa famille.

## Considerations