# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 05a90f52-a733-4ba9-8e13-3883d8d45d90
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A.
Ressortissante bolivienne née le 21 octobre 1992, A._ (ci-après: A._) est entrée en Suisse le 25 juillet 2003 pour rejoindre son père, B._, ressortissant bolivien titulaire d'une autorisation de séjour. En février 2007, elle a quitté notre pays pour rejoindre sa grand-mère en Bolivie. Son autorisation de séjour a pris fin en application de l'art. 61 al. 2 LEtr.
B.
L'intéressée est revenue en Suisse en décembre 2009 et a sollicité la prolongation de son autorisation de séjour.
Par décision du 12 janvier 2012, le SPOP a rejeté la demande. Selon cette décision, l'intéressée ne remplissait pas les conditions d'une réadmission en Suisse au sens de l'art. 49 OASA et ne faisait par ailleurs pas état d'un motif personnel d'extrême gravité au sens de l'art. 30 al. 1 lettre b LEtr. A._ avait passé son enfance et une partie importante de son adolescence en Bolivie où elle avait forgé sa personnalité. Son premier séjour en Suisse (de 2003 à 2007), bien que d'une durée non négligeable, ne pouvait être considéré comme déterminant pour la formation de sa personnalité. Elle conservait également des attaches en Bolivie (demi-frère et demi-sœur). Enfin, elle ne faisait pas état d'une formation ni d'une qualification professionnelle particulière.
Le recours interjeté par A._ contre cette décision a été déclaré irrecevable par arrêt de la Cour de droit administratif du Tribunal cantonal du 3 avril 2012 (PE.2012.0060).
C.
Le 9 août 2013, A._ a présenté au SPOP une demande de réexamen de sa décision du 12 janvier 2012. Elle exposait être très bien intégrée en Suisse, parler couramment le français, que sa situation familiale et financière était catastrophique (abandonnée toute jeune par sa mère, rejet par son père vivant en Suisse, nombreuses poursuites) et qu'elle n'avait plus d'attache avec son pays d'origine.
Par décision du 26 septembre 2013, le SPOP a rejeté cette requête au motif qu'aucun fait nouveau important ne s'était produit depuis sa première décision. Un délai immédiat a été imparti à A._ pour quitter la Suisse L'intéressée n'a pas recouru contre cette décision.
D.
Le 12 juin 2014, A._ a présenté une deuxième demande de réexamen, en alléguant que depuis le 26 septembre 2013, sa situation avait dégénéré en ces sens qu'elle avait "
erré, (...) commis d'autres petites indélicatesses et, surtout,
[était
] en détention à Champ Dollon (GE) pour y purger une peine – jours amende pour une ancienne condamnation: elle devrait être libérée le 25 juin 2014.
" En revanche, sa situation familiale avait évolué favorablement dans la mesure où elle avait renoué avec son père, qui allait l'accueillir chez lui; elle pouvait en outre compter sur l'appui et le soutien deC._, qui jouait le rôle de protecteur, et qu'elle allait entreprendre un apprentissage de peintre en bâtiment.
Par décision du 9 septembre 2014, le SPOP a rejeté cette demande pour les mêmes motifs que ceux indiqués dans sa décision du 26 septembre 2013. Un délai immédiat a été imparti à l'intéressée pour quitter la Suisse. Aucun recours n'a été interjeté contre cette décision.
E.
Le 24 janvier 2017, A._ a sollicité la délivrance d'une autorisation de séjour. Elle invoquait de nouveaux éléments, soit "
recherche en paternité et situation médicale de
[sa
] fille".
Par décision du 30 mai 2017, le SPOP a considéré cette requête comme une troisième demande de réexamen et l'a déclarée irrecevable, subsidiairement l'a rejetée au motif que la naissance de la fille de l'intéressée, D._, le 11 janvier 2015, ne constituait pas un élément de nature à justifier une nouvelle appréciation de sa décision du 12 janvier 2012. Il relevait également que la requérante n'avait cessé d'occuper la justice ces dernières années. Un nouveau délai au 30 juin 2017 lui a été imparti pour quitter la Suisse.
F.
A._ a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif du Tribunal cantonal le 29 juin 2017 en concluant à son admission, à l'annulation de la décision entreprise et à la délivrance d'une autorisation de séjour, subsidiairement au renvoi du dossier à l'autorité intimée pour nouvelle décision dans le sens des considérants.
G.
Le 10 août 2017, la recourante a été mise au bénéfice de l'assistance judiciaire (exonération des avances et des frais judiciaires, assistance d'office d'un avocat en la personne de Me Raphaël Tatti).
H.
Le 8 septembre 2017, le SPOP a requis divers renseignements avant de pouvoir déposer sa réponse au recours, soit :
-
état d'avancement de la cause en constatation de filiation A._ /C._,
-
état d'avancement de la procédure en limitation de l'autorité parentale de la recourante sur sa fille D._,
-
rapport d'évaluation du SPJ et tous autres documents ou informations utiles concernant la situation de l'enfant D._,
-
situation actuelle de la recourante (lieu de résidence, exercice d'activité lucrative, suivi d'une formation, etc.).
La recourante a produit, le 20 novembre 2017, copie d'un rapport médical établi par le DrE._, pédiatre à Lausanne, le 5 octobre 2017, faisant état chez D._ d'un léger retard du développement psychomoteur et de langage. Le médecin précité précisait avoir envoyé l'enfant chez un spécialiste ORL le 25 septembre 2017 pour retard de langage et contrôle de l'audition mais que la mère n'avait pas présenté sa fille à la consultation prévue. Le 23 novembre 2017, la recourante a produit copie d'une décision de la justice de paix du district de Lausanne du 22 novembre 2017 maintenant la mesure de retrait du droit de déterminer le lieu de résidence de la recourante sur sa fille (art. 310 CC). Selon les considérants de cette décision, "
l'action en paternité n'a pas abouti, le père présumé n'étant pas le père biologique de l'enfant
" (page 5).
Le SPOP a produit sa réponse et son dossier le 6 décembre 2017 en concluant au rejet du recours. Il en ressort notamment que la recourante a fait l'objet des condamnations suivantes:
-
1
er
octobre 2013: Ministère public de l'arrondissement de Lausanne, 40 jours de peine privative de liberté pour entrée, sortie et séjour illégaux, exercice d'une activité lucrative sans autorisation;
-
7 janvier 2014: Ministère public de l'arrondissement de Lausanne, 30 jours de peine privative de liberté pour entrée, sortie et séjour illégaux, exercice d'une activité lucrative sans autorisation;
-
6 mai 2014: Ministère public de l'arrondissement de Lausanne, 200 fr. d'amende, pour vol d'importance mineure;
-
17 juin 2014: Ministère public de l'arrondissement de Lausanne, 60 jours de peine privative de liberté pour entrée, sortie et séjour illégaux, exercice d'une activité lucrative sans autorisation;
-
4 novembre 2014: Préfecture de Lausanne, 200 fr. d'amende;
-
15 avril 2016: Ministère public de l'arrondissement de Lausanne, 165 jours de peine privative de liberté pour entrée, sortie et séjour illégaux, exercice d'une activité lucrative sans autorisation, escroquerie, faux dans les certificats, infractions contre le patrimoine, appropriation illégitime, injure(s), violation de domicile, vol d'importance mineure, vol(s);
-
27 octobre 2016: Ministère public de l'arrondissement de Lausanne, 120 jours de peine privative de liberté pour entrée, sortie et séjour illégaux, exercice d'une activité lucrative sans autorisation, violation de domicile, vol d'importance mineure;
-
27 octobre 2016: Ministère public de l'arrondissement de Lausanne, 300 fr. d'amende pour abus de confiance, entrée, sortie et séjour illégaux, exercice d'une activité lucrative sans autorisation, violation de domicile et vol d'importance mineure.
I.
Les arguments des parties seront repris ci-dessous dans la mesure utile.

## Considerations

Considérant en droit:
1.
Interjeté dans le délai légal de trente jours de l'art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours a été déposé en temps utile. Il satisfait par ailleurs aux autres conditions formelles de recevabilité de l'art. 79 al. 1 LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD, de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2.
La recourante fait grief à l'autorité intimée d'avoir rejeté sa demande de réexamen alors que l'on serait en présence selon elle de motifs de réexamen obligatoire au sens de l'art. 64 LPA-VD.
a) A teneur de l'art. 64 LPA-VD, une partie peut demander à l'autorité de réexaminer sa décision (al. 1). L'autorité entre en matière sur la demande (al. 2) si l'état de fait à la base de la décision s'est modifié dans une mesure notable depuis lors (let. a), si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve importants qu'il ne pouvait pas connaître lors de la première décision ou dont il ne pouvait pas ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque (let. b), ou encore si la première décision a été influencée par un crime ou un délit (let. c).
L'hypothèse prévue par l'art. 64 al. 2 let. a LPA-VD permet de prendre en compte un changement de circonstances ou de droit et d'adapter en conséquence une décision administrative correcte à l'origine. Le requérant doit donc invoquer des faits qui se sont réalisés après le prononcé de la décision attaquée, plus précisément après l'ultime délai dans lequel, suivant la procédure applicable, ils pouvaient encore être invoqués (vrais
novas
). Quant à l'hypothèse prévue par l'art. 64 al. 2 let. b LPA-VD, elle vise les cas où une décision administrative entrée en force repose sur un état de fait incorrect dès l'origine et s'avère subséquemment inexacte; le requérant doit dans ce cadre invoquer des faits ou des moyens de preuve qui existaient déjà lorsque l'autorité a statué (
pseudo-nova
), à tout le moins qui pouvaient encore être utilement invoqués vu l'avancement de la procédure et de l'instruction, mais qu'il a découverts postérieurement (
cf
. ATF 136 II 177 consid. 2.1; 129 V 200 consid. 1.1; arrêt PE.2016.0126 du
29 juin 2016 consid. 2a et les références citées). Aussi faut-il admettre que les griefs tirés des
pseudo-nova
n'ouvrent la voie du réexamen que lorsque, en dépit d'une diligence raisonnable, le requérant n'a pas pu les invoquer – ou les produire s'agissant des moyens de preuve – dans la procédure précédant la décision attaquée ou dans la voie de recours ordinairement ouverte à son encontre, ce qu'il lui appartient de démontrer (
cf
. notamment JAAC 1996, n° 37, c. 1b; Koelz/Haener,
op. cit
., n° 434, p. 159, application analogique de l'art. 66 al. 3 PA; en matière de réexamen des décisions de taxation fiscale,
cf
. également ATF 111 Ib 209 consid. 1).
Dans ces deux hypothèses, les faits invoqués doivent être "importants", soit de nature à modifier l'état de fait à la base de l'acte attaqué et à aboutir à un résultat différent en fonction d'une appréciation juridique correcte (
cf
. arrêts PE.2010.0620 du 30 mars 2011 consid. 3a et PE.2010.0620 du 30 mars 2011 consid. 3a et les références citées); dans ce cadre, le simple écoulement du temps et une évolution normale de l'intégration en Suisse ne sont pas constitutives d'une modification des circonstances de nature à admettre une reconsidération (
cf
. arrêts TF 2A.7/2004 du 2 août 2004 consid. 1; TF 2A.180/2000 du 14 août 2000 consid. 4c; arrêts PE.2016.0072 du 30 mai 2016 consid. 1a et PE.2015.0420 du 25 janvier 2016 consid. 2c).
b) De manière générale, le réexamen de décisions administratives entrées en force ne doit toutefois pas être admis trop facilement, principe qui prévaut également en matière de droit des étrangers (
cf
. arrêts TF 2C_481/2013 du 30 mai 2013 consid. 2.2; 2C_1007/2011 du 13 mars 2012 consid. 4.2 avec renvoi à l'ATF 136 II 177 consid. 2.1). Lorsque l'autorité refuse d'entrer en matière sur une demande de réexamen, estimant que les conditions requises ne sont pas réunies, l'administré ne peut pas remettre en cause, par la voie d'un recours, la première décision sur laquelle l'autorité a refusé de revenir; il peut seulement faire valoir que l'autorité a nié à tort l'existence de conditions justifiant un réexamen. Les demandes de réexamen ne sauraient en effet servir à remettre continuellement en question des décisions administratives, ni surtout éluder les dispositions légales sur les délais de recours (ATF 136 II 177 consid. 2.1; 120 Ib 42 consid. 2b; arrêt TF 2D_138/2008 du 10 juin 2009 consid. 3.2; arrêt PE.2013.0163 du
11 juillet 2013 consid. 2a et les références citées).
3.
Dans le cas présent, la recourante invoque tout d'abord à titre de fait nouveau la naissance de sa fille D._ le 11 janvier 2015, l'état de santé de cette dernière, l'existence d'une procédure de reconnaissance de l'enfant par son père présumé, de nationalité suisse, et le fait qu'un renvoi priverait D._, qui pourrait être de nationalité suisse, du seul parent biologique avec lequel elle a des contacts, le père présumé n'ayant pas manifesté la volonté de voir sa fille.
S'il est exact que la naissance de l'enfant D._ constitue un fait nouveau par rapport à la situation existant au début 2012, il ne s'aurait en revanche s'agir d'un fait nouveau important au sens décrit ci-dessus. D'une part, l'action en paternité n'a pas abouti, le père présumé n'étant pas le père biologique de l'enfant (cf. décision de la justice de paix du district de Lausanne du 22 novembre 2017), de sorte qu'aucune autorisation de séjour par le biais d'un regroupement familial inversé ne saurait entrer en ligne de compte. D'autre part, l'état de santé de l'enfant ne pose pas de problème d'une gravité telle qu'un renvoi ne saurait être envisagé. Le pédiatre qui a examiné D._, la première fois en été 2017 puis à nouveau en septembre 2017, n'a relevé qu'un léger retard de langage et un éventuel problème d'audition, qui n'ont cependant pas été confirmés, l'enfant n'ayant pas été présentée à la consultation du spécialiste ORL. Quoi qu'il en soit, il ne s'agit à l'évidence pas d'une atteinte sérieuse qui ne pourrait être traitée, cas échéant, dans le pays d'origine de l'enfant. Pour le reste, la situation personnelle de la recourante a déjà été examinée de manière circonstanciée par le SPOP dans sa décision du 12 janvier 2012. Il n'y a par conséquent pas lieu d'y revenir.
4.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision entreprise. Les frais judiciaires seront provisoirement laissés à la charge de l'Etat.
Compte tenu de ses ressources, la recourante a été mise au bénéfice de l'assistance judiciaire par décision du 10 août 2017. L'avocat qui procède au bénéfice de l'assistance judiciaire dans le canton de Vaud peut prétendre à un tarif horaire de 180 fr. (art. 2 al. 1 let. a du règlement vaudois du 7 décembre 2010 sur l'assistance judiciaire en matière civile [RAJ; RSV 211.02.3], applicable par renvoi de l'art. 18 al. 5 LPA-VD) et aux débours figurant sur la liste des opérations et débours (art. 3 al. 1 RAJ). En l’espèce, l'indemnité de Me Raphaël Tatti peut être arrêtée, compte tenu de la liste de ses opérations produite le 18 décembre 2017, à un montant total de 2'700 fr. (15 x 180), montant auquel s’ajoute celui des débours, par 83 fr.10, soit 2'783 fr. 10 fr. Compte tenu de la TVA au taux de 8% (soit 222 fr. 65), l’indemnité totale s’élève ainsi à 3'005 fr. 75.
L'indemnité de conseil d'office est supportée provisoirement par le canton (cf. art. 122 al. 1 let. a du code de procédure civil du 19 décembre 2008 [CPC; RS 272], applicable par renvoi de l'art. 18 al. 5 LPA-VD). La recourante est toutefois rendue attentive au fait qu'elle est tenue de rembourser le montant ainsi avancé de même que les frais judiciaires dès qu'elle est en mesure de le faire (art. 123 al. 1 CPC, applicable par renvoi de l'art. 18 al. 5 LPA-VD).