# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** b30f1f60-0a9e-5a71-a2e0-4f0bf0a0969a
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2012
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Monsieur X_, né en 1965, est inscrit au registre des avocats pratiquant dans le canton de Vaud, où il a prêté serment le 22 janvier 2002. Il dirige sa propre étude, _, rue A_ à Lausanne.
2. Le 12 février 2004, la faillite de la société B_ S.A. anciennement M_ S.A. (ci-après : B_), dont Maître Y_ était l’un des administrateurs, a été prononcée à Genève.
3. Parmi les créanciers de la faillie, figurait la société C_ S.r.l., société de droit italien domiciliée via T_ à Milan, Italie (ci-après : C_), dont l’ayant-droit économique était un footballeur professionnel. Cette société a produit dans la faillite une créance de CHF 5'654'557.-, le total des créances colloquées s’élevant à CHF 10'473'129,47 en rapport avec des actifs de CHF 504'869,22.
4. Le 17 novembre 2005, la masse en faillite a cédé à C_ ainsi qu’à huit autres créanciers les droits qu’elle détenait pour l’action en responsabilité contre les organes de la société en faillite ainsi que diverses autres prétentions et actions révocatoires, notamment pour le paiement d’un montant de CHF 2'015'805.- pour le paiement d’une dette solidaire contractée par la faillie et par trois autres personnes soit la société D_ (ci-après : D_), ainsi que Messieurs E_ F_ et G_ F_..
5. Le 6 janvier 2006, la masse en faillite a cédé à C_, ainsi qu’à six autres créanciers de la société faillie, les droits de la masse relatifs à une action révocatoire contre Maître Y_, pour un montant de CHF 269'000.- représentant le total de deux montants d’honoraires de CHF 79'013,01 et CHF 189'986,99 facturés à la faillie pour des interventions en tant qu’avocat de celle-ci.
6. Le 12 janvier 2006, C_ et quatre autres créanciers cessionnaires, ainsi que la masse en faillite, ont déposé une action révocatoire auprès du Tribunal de première instance de Genève (ci-après : TPI). L’action était dirigée contre Me Y_, ainsi que contre les quatre associés de son étude. Elle avait pour objet le montant de CHF 269'000.- d’honoraires précité, ainsi qu’un montant d’honoraires supplémentaire de CHF 79'013,01 non cédés par la masse, soit un total de CHF 348'013,01.
7. A la même date, les mêmes demandeurs ont formé une action révocatoire à l’encontre de D_.
8. Dans les deux procédures civiles précitées, les cinq demandeurs agissaient par l’intermédiaire de Me X_.
9. Par un acte daté du 18 mai 2006, C_ en liquidation, a cédé à J_, société sise aux Pays Bas (ci-après : J_), l’intégralité de la créance de CHF 5'654'557.- qu’elle détenait à l’encontre de B_. Le transfert incluait toutes les créances dont la cédante était titulaire vis-à-vis de la faillie, dont en particulier les créances cédées par la masse en faillite.
J_ avait le même ayant droit économique que C_
10. Le 14 avril 2008, Me X_ a déposé à l’office des poursuites de Genève (ci-après : l’office), une réquisition de poursuite contre Me Y_ pour un montant de CHF 7'000'000.- dû à titre de dommages et intérêts en raison de sa responsabilité comme administrateur de B_. La réquisition de poursuite était formée par C_ et les cinq autres cessionnaires des droits de la masse en faillite. Une réquisition de poursuite similaire était adressée aux autres administrateurs ainsi qu’à l’organe de révision.
11. Le 13 juin 2008, C_ a demandé à la masse en faillite qu’elle lui cède les droits qu’elle détenait à l’encontre de la banque K_, devenue la banque de O_ (ci-après : O_).
12. Le 11 décembre 2008, Me X_ a écrit à Maître S_, avocat de Me Y_. Il demandait à Me Y_, compte tenu d’une médiation en cours, de retourner signée une déclaration de renonciation à la prescription dont il lui transmettait le texte. Il avait demandé à l’office des faillites la prolongation du délai pour déposer l’action en responsabilité à l’encontre de cet avocat en raison de la médiation en cours.
A teneur du document que l’avocat lausannois avait préparé, Me Y_ renonçait à se prévaloir de la prescription à l’égard des six sociétés qui s’étaient fait céder les droits de la masse en faillite pour l’action en responsabilité. Concernant C_, le document précisait que cette renonciation était valable pour cette société, mais également pour «tout cessionnaire de cette dernière, notamment J_».
13. Le 8 janvier 2009, J_ et les cinq autres cessionnaires des droits de la masse ont adressé à l’office une réquisition de poursuite à l’encontre de la O_ d’un montant de CHF 7'000'000.-. La réquisition de poursuite était signée de Me X_. Elle mentionnait que J_ agissait en tant que cessionnaire de C_, elle-même cessionnaire des droits de la masse en faillite.
14. Le 8 janvier 2009, Me W_, une collaboratrice de Me X_ a écrit à Maître V_, avocat de D_ et de MM. F_. A la suite d’un entretien téléphonique, Elle lui transmettait, dans le cadre de l’action en responsabilité contre les organes de la société faillie, une copie de l’acte de cession de créance signé par C_ en liquidation en faveur de J_. Elle le priait de lui retourner une nouvelle renonciation à la prescription en faveur de cette société. Il s’agissait de l’acte de cession daté du 18 mai 2006.
15. Le 13 janvier 2009, un collaborateur de Me S_ a transmis à Me X_, la déclaration de renonciation à la prescription demandée à Me Y_ le 11 décembre 2008. A réception de ce document, la collaboratrice de Me X_ précitée a adresssé à l’office un contrordre à la poursuite engagée le 14 avril 2008 contre Me Y_. Le contrordre, daté par erreur du 13 janvier 2008, signé par celle-ci, était donné pour le compte des six créanciers qui avaient engagé la poursuite, parmi lesquels J_ « cessionnaire de C_».
16. Le même jour, des copies du courrier du 13 janvier 2009 destiné à l’office et du contrordre ont été adressées par Me X_ à Me S_.
17. Le 14 avril 2009, la société de révision de la société en faillite a renoncé par écrit à se prévaloir de la prescription. Sa déclaration valait pour les six créanciers cessionnaires dont C_ et J_
18. Le 5 juin 2009, Me X_ a écrit à l’office des faillites. Il demandait une prolongation jusqu’au 31 octobre 2009 du délai pour déposer l’action en responsabilité contre les organes et une action révocatoire contre trois entités. Une solution transactionnelle avait pu être finalisée récemment, qui avait permis de satisfaire certains créanciers. Seule la société C_ restait créancière non désintéressée. Deux actions révocatoires étaient en cours, dont l’une contre Me Y_. Il attendait le jugement de première instance pour cette dernière. Pour les actions révocatoires, des tractations étaient en cours avec certains défendeurs. Il entendait cependant déposer sans attendre une action en responsabilité contre les organes de la faillite.
19. Le 10 juin 2009, Me X_ a écrit à l’office en vue de faire radier la poursuite engagée le 21 mai 2009 contre la société de révision de la faillie, agissant au nom et pour le compte de C_.
20 Le 3 septembre 2009, le TPI a rendu un jugement dans le cadre de l’action révocatoire déposée le 12 janvier 2006. La cause n’opposait plus que C_ à Me Y_ et Maître U_, les autres demandeurs s’étant retiré avec désistement suite à un arrangement ou à un retrait et les autres défendeurs ayant été rayés de la liste de ceux-ci au cours de la procédure. Me Y_ et Me U_ étaient condamnés conjointement et solidairement à payer à C_ une somme de CHF 269'000.-, le paiement de la note d’honoraires effectué par B_ étant révoqué.
21. Le 9 octobre 2009, Me Y_ a fait appel contre ce jugement auprès de la Cour de justice.
22. Le 22 décembre 2009, Me X_ a déposé, pour le compte de J_, au Tribunal de première instance de Genève, une « action en responsabilité des administrateurs et organes de révision » dirigée contre cinq défendeurs dont Me Y_, concluant à titre principal au paiement d’un montant de CHF 5'428'097,70 et d’intérêts moratoires.
Dans le préambule à son offre de preuve, J_ indiquait qu’elle était au bénéfice d’une cession de créance et de droit de la part de C_.
Sous chiffre 2 de son offre de preuve, elle indiquait être au bénéfice d’une cession de créances et de droits de la part de « C_ S.r.l, société de droit italien, dont le siège se trouvait à via H_, n° _, 20100 Milan ».
Dans le chargé de pièces accompagnant la demande, il était mentionné, au regard de la pièce 1 bis : « cession de droit et de créance par C_ S.r.l en faveur de J_ (A PRODUIRE) ».
23. Le 22 décembre 2009, Me X_ a déposé son mémoire de réponse dans le cadre de l’appel pendant à la Cour de justice contre le jugement du 3 septembre précité. Il répondait pour le compte de C_ domicilié via T_ _ à Milan.
24. Le matin du 1
er
mars 2010, Me S_ a adressé un courriel à Me X_ pour lui demander une copie de la cession de créance en prévision de l’audience d’introduction pour l’action en responsabilité des organes qui devait se dérouler le 4 mars 2010. Il se référait à la pièce 1 bis du chargé de pièces qui accompagnait la demande du 22 décembre 2009.
25. Suite à cette requête, Me X_ a adressé, dans l’après-midi du 1
er
mars 2010, un courriel à Monsieur Z_, l’intermédiaire qui assurait le lien avec l’ayant droit économique de C_ et de J_. Il devait produire la preuve que la première avait cédé sa créance à la deuxième, ce qui devait résulter d’un document écrit. Il s’inquiétait du fait que jamais il n’avait été indiqué dans les procédures engagées que C_ était en liquidation. Il ne l’avait jamais mentionné parce qu’il n’avait pas été informé de cela. Ce fait risquait de poser des problèmes procéduraux, entre autres dans la procédure pénale en cours, mais aussi dans les procédures civiles que C_ avait engagées. Il demandait que le processus de liquidation soit arrêté jusqu’à l’aboutissement des procédures pour éviter tout risque d’être débouté pour défaut de légitimation active. Concernant la plainte contre les organes de la société faillie, celle-ci avait été formulée directement au nom de J_ et il devait être mis en possession, d’ici au 3 mars 2010, de l’acte de cession des droits en faveur de la demanderesse. L’accord de cession devait préciser si la cession était faite par C_ ou par C_ en liquidation. Selon sa compréhension, le transfert des droits datait de « début décembre lorsque la société était encore en liquidation ».
26. Le 2 mars 2010, s’est déroulée devant la Cour de justice l’audience d’appel du jugement du TPI du 3 septembre 2010. Dans ce cadre, Me S_ a invoqué le défaut de légitimation active de C_ vu la cession des droits intervenue en faveur de J_, qui résultait de la demande déposée par cette société le 22 décembre 2009, dont il a produit une copie.
27. Le 3 mars 2010, Me X_ a écrit à l’office des faillites. Il lui transmettait une copie de l’action en responsabilité déposée le 22 décembre 2009 par la société J_. Celle-ci s’était en effet fait céder la créance et le droit d’agir par C_ en liquidation. Il ferait parvenir à cet office, dès qu’il la recevrait, copie de la cession de créance de ce jour qui venait valider la légitimation active de J_. A toutes fins utiles, afin de sauvegarder les intérêts de C_, ainsi que de J_, il demandait de prolonger au 31 décembre 2010 les droits cédés par la masse pour agir contre les organes de la société.
28. Le 3 mars 2010, dans la soirée, Me X_ a s’est concerté par courriel avec Me P_ un associé de son étude. Il réfléchissait à l’audience d’introduction du 4 mars 2010. Il n’avait pas encore reçu l’acte de cession demandé. Il se demandait s’il ne serait pas préférable de retirer l’action en responsabilité déposée par J_ puis de la redéposer soit au nom de C_ soit à celui de J_, mais à une date postérieure à celle de la cession de créance. S’il obtenait de l’office des faillites de Genève une prolongation du délai pour agir selon l’art. 260 de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite du 11 avril 1889 (LP -
RS 281.1
), il proposait de retirer l’action.
29. Par courriel du 4 mars 2010 Me X_ a donné à M. Z_ qui les lui avait demandées, des explications au sujet de la situation procédurale. Lors de l’audience d’introduction de l’action en responsabilité, les différents défendeurs avaient contesté la légitimation de J_ qui n’avait pas prouvé qu’elle était titulaire de la créance puisqu’elle n’avait pas produit l’acte de cession. Le juge lui avait accordé un délai au 31 mars 2010 pour produire ce document. Comme on ne pouvait exclure que J_, qui n’était pas titulaire de la créance le 22 décembre 2009, date du dépôt de la demande, soit déboutée pour ce fait, il préférait retirer la demande et la redéposer au nom de C_. En tel cas, il obtiendrait la restitution des deux tiers des droits de greffe.
Le 2 mars 2010, devant la Cour de justice, Me S_ avait produit l’action en responsabilité déposée devant le Tribunal de première instance par J_ pour prouver que C_ n’avait plus la légitimation active. Si la demande était retirée, il désirait en avertir la Cour de justice.
30. Par courriel du 5 mars 2010, M. Z_ a transmis à Me X_ un acte de « transfer » signé le 3 mars 2010
L’acte s’intitulait « cession de créance » (transfer of claims) et était daté du 3 mars 2010. C_ en liquidation, confirmait avoir cédé à J_ la créance de CHF 5'654'557.- en capital qu’elle avait produite dans la faillite de B_, de même qu’elle avait cédé à J_, les droits contre les organes de la société faillie qui lui avaient été cédées par la masse le 17 novembre 2005. A toutes fins utiles, C_ en liquidation transférait à nouveau sa créance en spécifiant que le transfert était immédiatement effectif pour le montant de CHF 4'178'280,20. Pour la différence, le transfert ne serait effectif que s’il lui était possible de succéder à C_ dans les deux procédures civiles en cours, dont la l’action révocatoire dirigée contre D_ et celle dirigée contre Me Y_ et Me U_. Le montant de cette différence correspondait à la somme des montants en capital en jeu dans ces deux procédures civiles en cours.
31. Le 5 mars 2010, Me X_ a écrit à l’office des faillites pour l’aviser que tous les créanciers cessionnaires de la masse en faillite de B_ avaient transigé l’ensemble de leurs droits. Seules restaient en cours les prétentions de C_. La situation était la suivante : l’office avait prolongé le délai pour ouvrir l’action le 4 mars 2010 ; l’action déposée le 22 décembre 2009 par J_ serait retirée prochainement et remplacée par une action identique de la part de C_ ; l’action révocatoire que la société avait formée à l’encontre de Me Y_ et Me U_ était pendante devant la Cour de justice.
Le jour-même, l’office des faillites lui a accordé un délai au 31 mars 2011 pour faire valoir les droits cédés le 17 novembre 2005.
32. Le 11 mars 2010, Me X_ a retiré pour le compte de J_ l’action en responsabilité contre les organes de la société faillie du 22 décembre 2009.
33. Le même jour, Me X_ a écrit à la Cour de justice. Lors de l’audience du 2 mars 2010, Me S_ avait contesté la légitimation active de C_ en produisant des pièces nouvelles tendant à prouver que cette société aurait cédé sa créance à une société tierce, ce qu’il avait contesté. Il transmettait copie du courrier valant retrait de la demande formée le 22 décembre 2009 par J_, celle-ci n’ayant pas été en mesure d’établir la cession de créance en sa faveur. Cette créance était donc restée en main de C_. Il précisait « à toutes fin utiles » que si celle-ci avait cédé sa créance à J_, elle pouvait procéder à une cession partielle et/ou soumettre ladite cession à la condition suspensive qu’elle perde sa procédure contre Mes Y_ et U_. Les documents produits en audience par les appelants n’avaient pas la valeur probante qu’on leur donnait.
34. Le 18 mars 2010, Me S_ a écrit à la Cour de Justice. Il relevait que :
- dans l’action déposée à Lausanne le 22 décembre 2009, J_ avait allégué être cessionnaire des droits de C_ ;
- lors de l’audience de plaidoirie du 2 mars 2010, Me X_ avait contesté devant la Cour de justice que cette cession soit prouvée, sans en contester l’existence ;
- cet avocat n’avait pas produit ou communiqué à la Cour de justice ou au Tribunal de première instance ou aux conseils concernés une copie du courrier adressé à l’office le 3 mars 2010 ni copie de sa réponse ;
- lors de l’audience du 4 mars devant la Cour de justice, il avait indiqué ne pas être en possession de la dite cession de créance, mais pouvoir la produire, sans parler de sa démarche de la veille auprès de l’office ni du fait que la cession était intervenue seulement la veille ;
- il n’avait pas fait état de son courrier à l’office des faillites du 5 mars 2010 l’avisant du retrait de l’action déposée par J_, suivi du dépôt immédiat d’une demande identique par C_ ;
- son courrier du 11 mars à la Cour de justice ne faisait nullement état de la correspondance du 3 mars à l’office et de la cession intervenue à cette date.
En ne portant pas ces pièces à la connaissance de la Cour, Me X_ avait présenté une vision tronquée de l’état de fait, ce qui était contraire à la loyauté des débats.
35. Le 22 mars 2010, Me X_ a adressé une réplique à la Cour de justice. Le retrait de la demande déposée par J_ s’expliquait par l’absence d’une cession de créance valable au jour du dépôt de la demande. En raison de ce risque de rejet, C_ et J_ avaient renoncé à toute cession de créance et la deuxième s’était désistée. Peu importait que ces faits se soient déroulés entre le 2 mars et le 11 mars 2010.
Il avait échappé à Me S_ qu’une cession de créance pouvait être partielle voire soumise à une condition suspensive, donc à concurrence du montant concerné par les actions révocatoires déjà ouvertes en son nom et le solde sous la condition suspensive que C_ n’ait pas gain de cause.
Pour ces raisons, les documents produits par les appelants ne prouvaient pas une cession de la créance qui faisait l’objet de l’action révocatoire.
36. Me S_ a dupliqué le 25 mars 2010 en persistant dans son argumentation.
37. Le 31 mars 2010, Me S_ a dénoncé Me X_ à la commission du barreau (ci-après : la commission). Il considérait que celui-ci avait violé des obligations de diligence et de loyauté de l’avocat, que ce soit à l’encontre de ses confrères, mais aussi et sans doute de manière plus grave, à l’endroit des tribunaux. En effet, il avait accepté de déposer une action en responsabilité au nom de J_ portant sur plus de CHF 5'000'000.- en se prévalant de ce que celle-ci était cessionnaire des droits de C_ et en offrant en preuve de produire l’acte de cession, sans prendre la peine, ne serait-ce de vérifier l’existence de l’acte de cession en question. Dans un premier temps, il avait affirmé que la cession était intervenue avant le dépôt de la demande précitée, ce que confirmait le contrordre que J_ avait adressé à l’office le 13 janvier 2008, mais après cela, il n’avait pas hésité à affirmer à la Cour de justice que la cession n’était pas prouvée puis, plus grave, avait caché à la Cour de justice son courrier du lendemain à l’office des faillites annonçant qu’elle avait eu lieu.
38. Le 12 avril 2012, la commission a accusé réception de la dénonciation et avisé Me S_ que le dénonciateur n’avait pas accès au dossier, mais l’aviserait des suites qui seraient données.
39. Le 12 mai 2010, Me X_ a demandé un délai pour répondre et demandé à la commission si elle avait averti l’autorité de surveillance vaudoise.
40. Le 19 mai 2010, la commission a précisé à Me X_ qu’aucune procédure disciplinaire n’ayant été ouverte, elle n’avait pas encore averti le bâtonnier de l’ordre des avocats vaudois, conformément à l’art. 16 de la loi fédérale sur la libre circulation des avocats du 23 juin 2000 (LLCA -
RS 935.61
).
Une copie de ce courrier a été adressée à Me S_.
41. Le 20 mai 2010, une convention a été conclue entre les diverses parties concernées, inclus Me Y_ et C_ ainsi que J_, qui mettait fin à toutes les plaintes pénales ainsi qu’à toutes les procédures civiles en cours, inclus l’arrêt de la Cour de justice à venir.
42. Le 21 mai 2010, la Cour de justice a admis l’appel interjeté par Me Y_ et Me U_ et annulé le jugement, déboutant C_ de toutes ses conclusions. Les conditions de l’action révocatoire n’étaient pas réalisées. L’objection formulée par les appelants au sujet de la légitimation active de C_ était irrecevable pour des raisons formelles car les pièces nouvelles déposées auraient dû être communiquées cinq jours au moins avant l’audience de plaidoirie. En outre, un procès introduit en vertu d’une cession au sens de l’art. 260 LP avait comme particularité que la qualité pour agir et la légitimation active n’appartenaient pas à la même personne. Le créancier cessionnaire se voyait céder la qualité pour agir, mais pas la légitimation active qui restait en main de la masse en faillite. L’intimée, en cédant sa créance, ne pouvait pas avoir perdu la légitimation active puisqu’elle ne l’avait, de par l’art. 260 LP, jamais eue. Pour qu’elle ait perdu sa qualité pour agir, il aurait fallu que la prétendue cession de créance alléguée par les appelants soit intervenue durant la procédure de première instance et non en procédure d’appel.
43. Le 31 mai 2010, Me X_ a contesté tout fondement à la dénonciation de Me S_ à la commission. C_ et J_ appartenaient au même footballeur professionnel. Il avait été mandaté par le représentant du joueur en Suisse. Ce dernier avait voulu transférer de C_ à J_ le profit des actions menées dans le cadre de la faillite de B_. La cession devait intervenir alors que plusieurs actions étaient déjà en cours soit deux actions révocatoires dont l’une contre Me Y_ et une procédure pénale, l’action en responsabilité contre les organes devant encore être déposée. Dans ce contexte, J_ avait ouvert l’action en responsabilité. En fonction des informations en sa possession, il avait allégué dans la demande que J_ s’était fait céder la créance de C_, qui fondait l’action en responsabilité. Faute de disposer d’une cession valable au moment du dépôt de la demande, il avait annoncé la preuve de la cession comme pièce à produire. Le 2 mars 2010, il n’avait pas encore le document en sa possession. Il devait essayer de l’obtenir pour l’audience d’introduction du 4 mars 2010. Le 2 mars 2010 pourtant, Me S_ avait plaidé devant la Cour de justice pour défaut de légitimation active de C_ en se fondant sur la demande déposée par J_. Le 21 mai 2010, la Cour de justice avait rejeté son objection.
Le 3 mars 2010, il avait écrit à l’office des faillites pour lui annoncer qu’il allait lui transmettre la cession de créance établie à cette date dès qu’il la recevrait. Cette cession était postérieure au jour du dépôt de l’action en responsabilité le 22 décembre 2009 par J_. Il y avait vu un risque que la légitimation de celle-ci soit contestée en procédure, et pour éviter ce risque il avait décidé, d’entente avec la demanderesse et C_, de retirer l’action en responsabilité et de la déposer à nouveau au nom de C_. Dans la cession du 3 mars 2010, C_ ne cédait pas immédiatement l’entier de sa créance de CHF 5'654'557.-, mais une partie de celle-ci, le solde n’étant cédé qu’à la condition suspensive que C_ échoue dans ses procédures révocatoires contre un tiers d’une part et contre Me Y_. Le droit de faire valoir les droits de la masse avait en effet cette particularité de permettre à un créancier cessionnaire de prendre des conclusions pour un montant supérieur à sa créance colloquée avec la contrainte, en cas de succès complet, de verser la part dépassant celle-ci à la masse en faillite. Il ne s’était jamais opposé à ce que Me S_ puisse avoir accès au dossier de l’office des faillites. Au surplus, une convention globale avait été passée entre les parties, qui mettait fin à l’ensemble du contentieux. En outre, Me S_ n’avait pas respecté l’art. 29 du code suisse de déontologie (ci-après : CSD) qui impliquait, avant de dénoncer un avocat, de chercher une médiation.
44. Le 8 juin 2010, Me S_ a adressé à la commission l’arrêt de la Cour de justice du 21 mai 2010. Il l’avisait également que l’ensemble des litiges pendants avaient été transigés par une convention. Celle-ci n’impliquait pas, contrairement à ce que soutenait Me X_, le retrait de la dénonciation, qu’il maintenait dans son intégralité.
Ce courrier a été transmis à Me X_ le 21 juin 2011.
45. Le jour même, Me S_ a écrit à Me X_. La dénonciation qu’il avait formulée auprès de la commission pour le compte de son mandant, n’intervenait pas en violation d’une norme de déontologie fédérale ou cantonale. Il avait saisi le bâtonnier le 29 mars 2010 avant de déposer sa dénonciation à la commission. Ce dernier l’avait autorisé à procéder en ajoutant qu’il ne voyait pas de raison de faire application de l’art. 24 al. 2 des us et coutumes du barreau genevois.
46. Le 15 juin 2010, la commission a transmis à Me S_ la détermination de Me X_ du 31 mai 2010, y compris son chargé de pièces, et ordonné un « second échange d’écritures » compte tenu de l’existence de certaines contradictions et des griefs formulés par Me X_ à l’encontre de Me S_.
47. Le 2 juillet 2010, Me S_ a sollicité un délai supplémentaire pour transmettre sa détermination. Il a invité en outre la commission à demander à Me X_ de remettre une copie de la cession « datée du 3 mars 2010 » à laquelle il se référait notamment aux points 6 et 7 de son écriture.
48. Le 5 juillet 2010, la commission a transmis à Me X_ le courrier de Me S_ du 2 juillet 2010 et a prié celui-là de leur transmettre « dans les meilleurs délais une copie de la pièce demandée ».
49. Le 9 juillet 2010, la commission a écrit à Me X_. Elle n’avait effectivement pas ouvert de procédure disciplinaire à la suite de la dénonciation de Me S_ du 31 mars 2010 mais avait choisi de lui demander de se déterminer sur celle-ci avant toute décision à cet égard. Sa détermination n’avait pas permis d’élucider les faits de manière complète et s’était référé à la solution transactionnelle qui était intervenue. Me X_ avait lui-même mis en cause le comportement de Me S_. Dès lors, sa réponse avait été transmise à ce dernier qui avait également été invité à se déterminer. Celui-ci avait demandé préalablement une pièce à laquelle Me X_ avait fait référence sans la produire, requête à laquelle la commission avait fait suite. C’est à la suite de la détermination de Me S_ que la commission déciderait s’il y avait matière à ouvrir une procédure disciplinaire et, le cas échéant, à une instruction.
50. Le 16 juillet 2010, Me S_ a transmis ses observations. Me X_ ne pouvait contester que lorsqu’il avait adressé à la Cour de justice un mémoire de réponse sur appel le 22 décembre 2009 dans la cause C_ contre Me Y_ et Me U_, il n’avait fait aucune mention de ce que C_ avait cédé sa créance. Il avait également tu le fait que la cessionnaire J_, sur la base des droits cédés, initierait une autre action contre des tiers sur la base d’une cession des droits de la masse au sens de l’art. 260 LP. A la date précitée, Me X_ avait caché à la Cour de justice l’existence de la cession de créance tandis qu’il se prévalait devant une autre autorité judiciaire de son existence.
De fait, il se trouvait déjà en possession à la date précitée d’une cession de créance. Il devait dès lors être invité par la commission à produire l’acte de cession qu’il détenait dans son dossier à cette date et qu’il avait subitement décrété comme étant non valable.
Me X_ avait affirmé avoir reçu, le 5 mars 2010, la cession du 3 mars 2010, mais ne produisait pas l’e-mail par lequel il pouvait établir ce fait. De même, dans ses courriers des 11 et 22 mars 2010 adressés à la Cour de justice, il avait caché l’existence de cette nouvelle cession de créance du 3 mars 2010 et, plus grave, il avait soutenu dans ceux-ci que C_ et J_ avaient renoncé à toute cession de créance alors qu’il se trouvait en possession d’un tel acte de cession depuis le 5 mars 2010 au plus tard.
Il était ainsi démontré qu’il avait caché aux autorités de justice une cession dont le contenu ne lui convenait apparemment pas, tout en alléguant l’existence de celle-ci le 22 décembre 2009. En mars 2010, il avait compris que ses clientes l’avaient amené à prendre, dans différentes écritures, des positions inconciliables. Il s’était fait transmettre en catastrophe un nouvel acte de cession puis, pour ne pas compromettre sa position devant la Cour de justice, il lui avait indiqué qu’aucune cession n’était intervenue, C_ étant restée intégralement titulaire des droits alors qu’il avait une pièce contraire dans son dossier.
51. Le 29 juillet 2010, la commission a écrit à Me X_. Elle lui transmettait la détermination de Me S_. Elle avait décidé l’ouverture d’une instruction disciplinaire à son encontre pour possible violation de l’art. 12 let. a LLCA soit pour assertion contraire à la vérité devant une autorité judiciaire. Il serait convoqué pour une audience de comparution personnelle qui porterait sur différents points énumérés dans le courrier. Il était invité, ainsi que Me S_, à adresser à la commission toutes pièces utiles en relation avec six points qu’elle énonçait et sur lesquels porterait son audition. L’autorité de surveillance vaudoise serait informée de l’ouverture de la procédure ainsi que de son issue.
52. Le 30 juillet 2010, la commission a écrit au Président de la chambre des avocats vaudois (ci-après : CAVD) pour l’aviser de la procédure.

## Considerations