# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 4f0b7d36-25f8-572a-83a4-ac9c766b6229
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2011
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Atendu en fait
1. Le 1
er
juillet 2011, sous la double signature de Messieurs Michel Perizzolo, directeur, et Hervé Basset, responsable du développement immobilier, le secrétariat des fondations immobilières de droit public (ci-après : le secrétariat), indiquant agir d’ordre et pour le compte de la Fondation René et Kate Bloch-Harding (ci-après : la fondation) a informé CLM-Architectes et Pierre Moser, ingénieur civil (ci-après : les soumissionnaires) que le mandat d’architecture et d’ingénierie civile pour le projet IEPA route de Meyrin à Genève, avait été adjugé à 2DLC Architectes Partenaires S.A. et CSD Ingénieurs S.A. (ci-après : les adjudicataires). L’offre de ces derniers remplissait pleinement les conditions fixées par le règlement sur la passation des marchés publics du 17 décembre 2007 (RMP -
L 6 05.01
) et elle avait été jugée économiquement la plus avantageuse.
2. Par acte du 14 juillet 2011, les soumissionnaires ont recouru auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative) contre la décision susmentionnée, concluant à son annulation et à ce que le mandat leur soit adjugé. Préalablement, ils ont demandé que l’effet suspensif soit octroyé à leur recours et à ce qu’il soit fait interdiction à la fondation de conclure un contrat en exécution de la décision querellée.
Les conditions de l’adjudication étaient illégales. En effet, les critères retenus pour l’adjudication au deuxième tour étaient la qualité architecturale de l’ouvrage et la rationalité des typologies (40 %), le concept constructif et l’économie du projet (30 %), le concept énergétique et développement durable (20 %) et les références et l’organisation de l’ingénieur civil (10 %). Aucun d’eux ne faisait référence au prix des prestations des architectes et des ingénieurs, élément pourtant indispensable. N’étant pas juristes, ils n’avaient pas été à même de soulever cette question au moment de l’appel d’offre.
La note de 2,5 attribuée au bureau d’ingénieur Pierre Moser était arbitraire, eu égard à l’expérience unanimement reconnue de celui-ci. L’autorité adjudicatrice ne pouvait se prévaloir d’aucune urgence pour s’opposer à l’octroi de l’effet suspensif, les travaux n’étant pas censés débuter rapidement. Les soumissionnaires avaient en revanche un intérêt privé majeur à obtenir cet effet suspensif car leur offre était meilleure et seule la note arbitraire précitée avait permis de la placer en deuxième position.
Par ailleurs, Monsieur Stéphane Lorenzini, l’un des trois architectes de 2DLC Architectes Partenaires S.A., était également membre du conseil d’administration du secrétariat.
3. Invités à se déterminer sur l’octroi de l’effet suspensif, la fondation et les adjudicataires ont tous deux répondu le 29 juillet 2011.
a. La fondation a conclu au rejet de la requête. Le grief relatif à la référence au prix des prestations était manifestement dirigé contre l’appel d’offres et non contre l’adjudication. Dit appel d’offres était sujet à recours. Le grief était ainsi tardif. Au surplus, l’appel d’offres contenait des précisions concernant la manière de présenter l’offre d’honoraires et lorsqu’ils avaient reçu la décision querellée, les soumissionnaires avaient pu prendre connaissance des sous-critères et constater que les honoraires comptaient pour un tiers du critère « concept constructif et économie du projet », soit pour 10 % de la note totale. Sur ce sous-critère, ils avaient d’ailleurs obtenu une meilleure note que les adjudicataires. Quant à la note obtenue pour les références de l’ingénieur civil, les soumissionnaires n’avaient pas fourni celles-ci. Selon l’appel d’offres, la documentation devait être limitée à trois pages A4, tout document supplémentaire devant être écarté. Dans le cas particulier, les trois premières pages concernaient les architectes. La quatrième, concernant l’ingénieur civil, aurait dû être écartée. Quant à l’organisation de ce dernier, la documentation fournie était indigente. La note obtenue de 2,5 pouvait être considérée comme démente. Le recours était dépourvu de toute chance de succès et la fondation avait un intérêt public prépondérant à réaliser au plus vite un projet de construction d’un immeuble à encadrement pour personnes âgées comprenant quarante-et-un logements et trente chambres d’accueil temporaire.
b. Les adjudicataires ont également conclu au rejet de la demande d’octroi d’effet suspensif. Le secrétariat n’avait pas mené la procédure mais uniquement assuré son suivi administratif et organisationnel, sans pouvoir décisionnel. Ce dernier appartenait à la fondation et l’évaluation des projets avait été faite sans la participation de M. Lorenzini. Le grief relatif au prix était irrecevable car il aurait dû être formulé au stade de l’appel d’offre. Il était pour le surplus infondé, la rémunération des architectes et ingénieurs relevant à l’évidence de considérations économiques, comprises évidemment dans le critère concept constructif et économie du projet. Quant à la mauvaise note attribuée pour l’ingénierie, elle provenait du fait que les soumissionnaires avaient à cet égard présenté une offre incomplète. Les chances de succès du recours étaient pour le moins ténues et les soumissionnaires ne pouvaient se prévaloir d’un intérêt privé prépondérant à celui des adjudicataires ou à la mission d’intérêt public poursuivie par la fondation.
4. Le juge délégué a fait droit à la demande des soumissionnaires de pouvoir exceptionnellement procéder à un second échange d’écritures sur la requête d’effet suspensif.
a. Le 10 octobre 2011, les soumissionnaires ont contesté avoir remis un dossier incomplet, la teneur de l’appel d’offres limitant certes à trois pages A4 la documentation à fournir mais par bureau, puisque chaque candidat se composait de deux bureaux. Si leur dossier avait été jugé incomplet, il aurait été écarté d’entrée de cause à l’instar de deux autres concurrents. Les sous-critères du critère concept constructif et économie du projet n’étaient pas mentionnés dans le cahier des charges. Enfin, aucune pièce du dossier ne permettait de vérifier que M. Lorenzini s’était récusé lors de la prise de décision d’adjudication ou lors de sa préparation. Pour le surplus, l’un des signataires de la décision d’adjudication, M. Basset, n’avait aucun pouvoir pour engager le secrétariat, de sorte que la composition de l’autorité était incorrecte.
b. Le 17 octobre 2011, les adjudicataires ont persisté dans leurs conclusions sur effet suspensif. Il ressortait clairement de l’appel d’offres que le pouvoir adjudicateur était la fondation, le secrétariat étant uniquement l’entité organisatrice. M. Lorenzini n’avait ainsi pas à se récuser, puisqu’il ne participait pas à la préparation de la décision d’adjudication et n’était pas membre du groupe d’évaluation.
Pour des motifs d’ordre pratique, la décision prise avait ensuite été notifiée « d’ordre et pour le compte » de la fondation par un courrier signé notamment par M. Basset. Il s’agissait uniquement d’un rapport de représentation n’impliquant pas de participation à la prise de décision notifiée. Le secrétariat n’étant pas l’autorité adjudicatrice, le rôle de M. Basset était d’ordre administratif.
c. La fondation a persisté dans ses conclusions sur effet suspensif. Les adjudicataires avaient compris et rempli correctement l’appel d’offres, ce qui n’était pas le cas des soumissionnaires dont le dossier était incomplet s’agissant de la compréhension de la problématique, des références de l’ingénieur et de son organisation générale. La fondation était l’entité adjudicatrice, il lui appartenait d’évaluer les candidatures et de choisir le lauréat. L’administrateur de l’architecte adjudicataire ne faisait pas partie du groupe d’évaluation et n’était pas membre du conseil d’administration de la fondation. Le secrétariat se bornait, dans le cadre des procédures de marché public, à remplir un rôle d’appui logistique. Ses collaborateurs permanents, dont M. Basset, membre de la direction, géraient les dossiers de procédure et transmettaient la décision de l’entité adjudicatrice. M. Lorenzini pouvait ainsi répondre à l’appel d’offres.
5. Il ressort de la consultation du registre du commerce de Genève et du site internet des fondations immobilières de droit public (www.fidp.ch) les éléments suivants :
a. M. Lorenzini est administrateur unique de 2DLC Architectes Partenaires S.A. Il est par ailleurs membre de la commission administrative des fondations immobilières (ci-après : CAFI) et du bureau du secrétariat. C’est lui qui apparaît comme responsable du dossier sur l’appel d’offres déposé par les adjudicataires.

## Considerations