# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 3cb68dc8-f3fe-5792-ac94-3d46297568c1
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 28 janvier 2019, A_ recourt contre la décision du 16 janvier 2019, notifiée le lendemain, par laquelle le Ministère public a décidé de verser à la procédure uniquement une copie caviardée des photographies de B_.
Le recourant conclut, avec suite de frais et dépens, à l'annulation de ladite décision, et à ce qu'il soit ordonné au Ministère public de verser à la procédure les photographies sans caviardage.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
À la suite de la plainte déposée par B_ le 16 juillet 2018, le Ministère public a, le 27 suivant, ouvert une instruction pénale contre A_ pour contrainte sexuelle, séquestration, lésions corporelles simples, contrainte et injures, pour avoir, à Genève, dans l'appartement occupé par B_, alors qu'il était venu lui rendre visite pour le week-end, du 14 au 15 juillet 2018, l'avoir obligée, à se laisser sodomiser, l'avoir obligée à lui prodiguer une fellation et à avaler son sperme et, après s'être masturbé devant elle, lui avoir éjaculé sur la poitrine alors qu'elle n'y avait pas consenti; l'avoir obligée, pour la "punir", à se brûler le pubis avec une cigarette incandescente; craché sur elle à plusieurs reprises, notamment sur le visage; et empêchée de quitter l'appartement et l'avoir emmenée en voiture contre son gré en France voisine.
b.
Au cours de la procédure, les parties ont été entendues à plusieurs reprises, notamment le 15 janvier 2019 par-devant le Ministère public.
À cette occasion, le recourant a produit deux photographies de B_. Sur le premier cliché, elle était debout, face à un miroir avec un téléphone portable à la main et, sur le second, allongée sur le ventre sur un lit, avec une vue sur l'arrière de son corps.
Interrogée sur les images en question, B_ a expliqué que tant la première sur laquelle elle est nue, que la seconde, où elle est en sous-vêtements, avaient été prises avant le week-end litigieux, lorsqu'elle avait proposé à A_ de venir la voir.
C.
Aux termes de la décision querellée, le Ministère public a décidé, afin de garantir le respect des droits de la personnalité de B_ de ne verser à la procédure qu'une copie des photographies, sur lesquelles étaient apposés des
"post-it"
visant à cacher les parties intimes. Il a relevé que les photographies litigieuses avaient été soumises à la plaignante, qu'une description de celles-ci figurait dans le procès-verbal de l'audience du 15 précédent et qu'elles ne constituaient pas un élément de preuve essentiel.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ se plaint d'une violation du principe de l'égalité des armes et du droit de faire administrer les preuves. En effet, en retenant que les photographies en question ne constituaient pas un élément de preuve essentiel et qu'il fallait protéger la victime, le Ministère public faisait abstraction de la nature particulière de la relation existant entre les parties, soit "
une relation "toxique de co-dépendance et hypersexuelle"",
et orientait l'instruction en faveur de B_. Les photographies, volontairement érotiques, avaient été prises et envoyées par B_ en guise d'invitation. Compte tenu des accusations, les photographies illustraient la plaignante et la nature de la relation entretenue par les intéressés en amont des faits dénoncés.
b.
À réception, la cause a été gardée à juger, sans échange d'écritures ni débats.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement irrecevables ou mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP).
Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
2.
Le recours a été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1, 90 al. 2 CPP), concerne une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émane du prévenu, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP).
Au vu des considérants qui suivent, la question de l'intérêt à recourir du recourant (art. 382 al. 1 CPP) peut rester ouverte.
3.
Le recourant reproche au Ministère public d'avoir versé au dossier uniquement une copie caviardée des photographies litigieuses et ainsi avoir violé le principe d'égalité des armes et son droit d'être entendu.
3.1.
Le principe de l'égalité des armes, tel qu'il est ancré aux art. 29 al. 1 Cst. et 6 § 1 CEDH, requiert que chaque partie se voie offrir une possibilité raisonnable de présenter sa cause dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de net désavantage par rapport à son adversaire (ATF
137 IV 172
consid. 2.6).
Durant l'instruction, le ministère public doit établir, d'office et avec un soin égal, les faits à charge et à décharge (art. 6 CPP) ; il doit statuer sur les réquisitions de preuves et peut rendre des décisions quant à la suite de la procédure (classement ou mise en accusation), voire rendre une ordonnance pénale pour laquelle il assume une fonction juridictionnelle (ATF
124 I 76
consid. 2;
112 Ia 142
consid. 2b). Dans ce cadre, le ministère public est tenu à une certaine impartialité même s'il peut être amené, provisoirement du moins, à adopter une attitude plus orientée à l'égard du prévenu ou à faire état de ses convictions à un moment donné de l'enquête. Cela est en particulier le cas lorsqu'il décide de l'ouverture d'une instruction (qui suppose l'existence de soupçons suffisants au sens de l'art. 309 al. 1 CPP) ou lorsqu'il ordonne des mesures de contrainte. Tout en disposant, dans le cadre de ses investigations, d'une certaine liberté, le magistrat reste tenu à un devoir de réserve. Il doit s'abstenir de tout procédé déloyal, instruire tant à charge qu'à décharge et ne point avantager une partie au détriment d'une autre (arrêt du Tribunal fédéral
1B_707/2012
du 8 février 2013 consid. 2.2 ;
ACPR/42/2013
du 30 janvier 2013).
Toutefois, selon la CourEDH, l'art. 6 CEDH ne joue un rôle avant la saisine du juge du fond que si et dans la mesure où l'inobservation initiale de ses dispositions risque de compromettre gravement le caractère équitable du procès (CourEDH
Imbrioscia c. Suisse
du 24 novembre 1993, § 36). L'équité de la procédure s'apprécie en outre au regard de l'ensemble de celle-ci (arrêt du Tribunal fédéral
1B_403/2012
du 15 octobre 2012 consid. 2.3; CourEDH
Pélissier et Sassi c. France
du 25 mars 1999, § 46;
ACPR/137/2013
du 11 avril 2013).
3.2.
Le droit d'être entendu, tel qu'il est garanti par l'art. 29 al. 2 Cst., comprend notamment pour le justiciable le droit de s'exprimer sur les éléments pertinents avant qu'une décision ne soit prise touchant sa situation juridique, d'obtenir l'administration des preuves pertinentes et valablement offertes, de participer à l'administration des preuves essentielles et de se déterminer sur son résultat lorsque cela est de nature à influer sur la décision à rendre (ATF
142 II 218
consid. 2.3;
140 I 285
consid. 6.3.1).
3.3.
En l'espèce, il n'est pas contesté que les photographies en question ont été prises et envoyées par la plaignante au recourant en guise d'invitation à la rejoindre et qu'il s'agit de photographies sur lesquelles le sujet apparait, pour la première, dénudée et, pour la seconde, en sous-vêtements. Au regard desdites constatations, l'on ne voit pas ce que le caviardage à l'aide de
"post-it",
permettant de cacher les parties intimes de la plaignante, empêcherait pour apprécier la teneur des clichés, le but dans lequel ils ont été envoyés, l'intention de l'expéditrice ou même empêcher ceux-ci de constituer un indice permettant d'apprécier la particularité de la relation entre les intéressés. Compte tenu de ce qui précède, l'on ne voit pas plus en quoi le fait de protéger l'intimité de la plaignante puisse engendrer une quelconque violation des principes invoqués par le recourant, le Ministère public n'ayant notamment pas fait preuve de partialité, l'accès étant identique à tous les protagonistes. Il en va de même du fait de qualifier lesdites photographies de preuve non-essentielle. En effet, les portraits n'apparaissent pas propres, ayant été pris antérieurement, à apporter un éclairage quelconque sur les faits objets de la présente procédure, soit le déroulement du week-end litigieux.
Par conséquent, le recours est rejeté
4.
Justifiée, la décision querellée sera donc confirmée.
5.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui comprendront un émolument de CHF 900.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
* * * * *