# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** a8d9a9e0-4967-5d65-9afe-b68373829fd5
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2005
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. La société Z_ SA a été inscrite au Registre du commerce (ci-après le RC) le 17 mai 1979 avec pour but l’importation, l’exportation, l’achat, la vente et la réparation de marchandises de toute nature. Son but social s’est élargi à partir du 31 mars 1992 et a eu pour objet l’importation, l’exportation, le commerce et la représentation de marchandises et produits, l’exploitation d’une entreprise générale du Bâtiment et de Travaux Publics, le commerce d’articles, de produits et de marchandises se rapportant à l’industrie du bâtiment, les opérations immobilières, soit gérer, pour le compte de tiers, tout patrimoine et procéder à tout investissement. Z_ SA était affiliée à la Caisse cantonale genevoise de compensation (ci-après la CCGC).
2. Monsieur T_ a été inscrit en qualité d’administrateur-président avec signature collective à deux du 17 mai 1979 au 19 janvier 1981. Il a été à nouveau inscrit, cette fois, en qualité d’administrateur-secrétaire du 29 août 1985 au 7 juillet 1988, date à partir de laquelle il est devenu administrateur unique avec signature individuelle jusqu’à la dissolution de la société par suite de faillite. Monsieur V_ a été inscrit comme directeur avec signature collective à deux depuis le 31 mars 1992 jusqu’à la faillite de la société.
3. Dès l’année 1994, Z_ SA a versé les cotisations sociales avec retard, contraignant la CCGC à entamer des procédures de poursuite (cf. pièces 13, 19, 23, 26, 30, 34, 37, 56, 63, 68, 73, 80, 85, 90, 94,102, 106). Des plans de paiement ont été mis sur pied, mais dès janvier 1996, plus aucun versement n’a été effectué. La société occupait une quinzaine de personnes et a payé les salaires jusqu’à la fin de l’année 1996.
4. Le Tribunal de Première Instance a prononcé la faillite de la société par jugement du 15 avril 1997.
5. La CCGC a produit dans la faillite une créance totale de 136'126 fr. 05, le 4 novembre 1998. L’état de collocation a été déposé et publié dans la Feuille d’avis officielle le 2 décembre 1998 (pièce 11 CCGC). La CCGC en a été informée par l’Office des poursuites et faillite; aucun dividende n’était prévisible pour les créanciers chirographaires (pièce 10 CCGC).
6. En date du 9 août 1999, la CCGC a déposé plainte pénale auprès du Procureur général de la République et canton de Genève contre Messieurs T_ et V_, portant sur le détournement de 30'144 fr. 05, représentant le 6,55% de la masse salariale pour l’année 1996.
7. Le 3 novembre 1999, la CCGC a notifié une décision en réparation du dommage à Monsieur T_ pour un montant de 134'340 fr. 95, représentant un solde des cotisations 1994, 1995, ainsi que les cotisations 1996, intérêts moratoires, frais de sommation et frais de poursuite compris.
8. Monsieur T_, représenté par Maître POGGIA, a formé opposition le 16 novembre 1999, alléguant n’être pas responsable de la situation qui lui avait été dissimulée par le directeur, Monsieur V_. Il a mentionné ne s’être rendu compte de la position financière d’Z_ SA qu’à fin 1996, malheureusement trop tardivement pour éviter sa faillite.
9. Le 30 novembre 1999, la CCGC a également notifié une décision en réparation du dommage à Monsieur V_ en sa qualité de directeur, pour le même montant. Celui-ci n’a pas formé d’opposition.
10. Par acte du 10 décembre 1999, la CCGC a requis de la Commission cantonale de recours AVS-AI (ci-après CRAVS), alors compétente, la mainlevée de l’opposition de Monsieur T_. Elle a fait valoir que ce dernier était administrateur unique avec signature individuelle et qu’il répondait solidairement du dommage avec Monsieur V_, directeur. Il avait failli à son obligation de surveillance et à celle de se renseigner périodiquement sur la marche des affaires, en sollicitant par exemple la production de pièces comptables. Selon la CCGC, il était difficile de concevoir que Monsieur V_ ait pu dissimuler la situation à Monsieur T_, surtout pendant une si longue période, alors que le directeur n’avait qu’une signature collective à deux. Elle estimait ainsi engagée la responsabilité de Monsieur T_, qui n’avait pas respecté ses obligations.
11. Invité à se déterminer, Monsieur T_ a exposé le 21 janvier 2000 qu’il n’avait pas de bureau au sein d’Z_ SA mais qu’il passait régulièrement dans les locaux de la société. Monsieur V_ lui avait non seulement caché que les cotisations n’étaient plus payées, mais également toutes les lettres de la CCGC. Son attention n’avait été attirée ni par la comptable, ni par le directeur. Il a encore expliqué que Monsieur V_ avait subitement disparu à mi-novembre 1996, avec son épouse qui travaillait également pour la société. Il avait alors constaté que les liquidités d’Z_ SA ne permettaient plus le paiement des salaires depuis le mois de janvier 1997. Enfin, il a rappelé que le Tribunal fédéral s’était prononcé quant à une poursuite engagée sur le plan pénal pour détournement de l’impôt à la source et qu’il avait conclu que le dossier ne permettait pas d’établir qu’il possédait effectivement cette somme et qu’il l’avait détournée ; or, la jurisprudence en matière de détournement de l’impôt à la source s’appliquait également au détournement des cotisations sociales. Ainsi, sa responsabilité n’était pas en cause puisqu’il n’avait commis ni faute intentionnelle ni négligence grave.

## Considerations