# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 683469d6-93da-5667-b070-0e36e01ab71c
**Court:** GE_TP
**Chamber:** GE_TP_001
**Year:** 2013
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** Criminal
**Law Sub-area:** $law_sub_area

## Facts

", tout en précisant que le précité ne lui avait rien fait car elle ne se serait de toute façon pas laissée faire. Elle lui avait dit qu'il ne devait pas faire l'imbécile car "
on allait le foutre à la porte
". A_ n'avait jamais été nu dans sa chambre. Si tel avait été le cas, elle l'aurait renvoyé. Elle a contesté avoir caressé A_ et précisé qu'elle ne ferait jamais son mari cocu, même mort.
De toute évidence, E_ ne se souvenait pas de son audition précédente par la police et ne comprenait pas la référence du Procureur à cette audition, tout en indiquant que "
ici on signe n'importe quoi
". Après 15 minutes d'audition, E_ a constaté la présence de Me _ et d'un technicien-son s'écriant "
il y des hommes là!
".
Ensuite, elle a déclaré qu'elle ne voulait pas toucher le "
zizi
" de A_ en indiquant "
d'ailleurs, il paraît qu'il était difforme
". Finalement, E_ a demandé "
cela servira à quoi tout ça, on va me foutre dedans, je m'en fous comme de l'an 40 à mon âge
". Elle n'avait jamais caressé A_, elle avait "
celui de son mari qui était très bien, [elle] n'avait pas besoin du sien, il n'avait qu'à le garder pour quelqu'un d'autre
". Elle n'avait "
rien fait avec ce type
".
e.b)
G_ est née le _ 1930. Elle se déplace à l'aide d'une canne.
Par certificat médical du 21 juin 2011, le médecin-répondant de H_, le Dr Y_, a indiqué que celle-ci était apte à être entendue par les autorités "
compétentes
".
Entendue par la police, G_ a déclaré ne pouvoir dire que du bien de A_. Le précité avait toujours été très courtois et elle ne voudrait surtout pas "
le salir sans raison
". Elle discutait souvent avec lui et celui-ci était curieux de savoir ce qu'elle avait fait dans sa vie. A_ ne l'avait jamais touchée, tout au plus lui caressait-il l'avant bras pour lui souhaiter bonne nuit. Une semaine après le licenciement de A_, celui-ci était venu frapper à la fenêtre de sa chambre et l'avait invitée à boire un thé. Rendez-vous avait été pris dans un tea-room un ou deux jours après; elle s'était rendue au rendez-vous mais A_ n'était pas venu. Interrogée sur le pantalon et les chaussures retrouvées devant la chambre la nuit du 18 au 19 avril 2011, G_ a répondu: "
C'est absurde! Si A_ était entré cul-nu dans [sa] chambre, [elle] s'en serait aperçue tout de même. Non, non, c'est impossible
."
Devant le Procureur, G_ a nié avoir eu des contacts physiques avec A_, précisant ne plus être une gamine de 20 ans. Si tel avait été le cas, elle lui aurait dit "
au revoir Monsieur
". A_ ne s'était jamais présenté nu devant elle, il avait toujours porté un pantalon, ou un bermuda, et une chemise.
e.c)
H_ est née le _ 1923. Elle se déplace en chaise roulante et présente de sérieux problèmes d'élocution (cf. rapport de police du 16 juin 2011 et audition filmée du Ministère public).
Par certificat médical du 15 juin 2011, le médecin-répondant de H_, le Dr Y_, a indiqué que celle-ci était apte à être entendue par les autorités "
compétentes
".
Elle a déclaré à la police que ce n'était pas elle qui demandait à A_ de se déshabiller. Ce dernier avait sa blouse blanche et il l'écartait; elle pouvait voir tout ce qu'un homme avait. Elle avait dû voir les parties intimes de cet infirmier quatre ou cinq fois; à ce moment, son sexe était "
tout droit
". Il n'y avait eu rien d'autre que de l'exhibitionnisme, ajoutant "
à mon âge...
". Elle n'avait pas eu peur, n'avait parlé à personne de ce qui s'était passé, précisant qu'elle avait travaillé dans un restaurant et qu'elle avait vu beaucoup de choses. Elle avait dit à A_ que les veilleuses allaient le voir et qu'il devait partir.
H_ a indiqué ne pouvoir ni écrire son nom ni signer sa déclaration à la police. Par ailleurs, lors de son audition, elle s'endormait dans sa chaise roulante (cf. rapport de police du 16 juin 2011 et p. 2 du PV de son audition).
Devant le Procureur le 5 septembre 2011, H_ a indiqué que A_ travaillait comme veilleur de nuit. Le précité ouvrait sa blouse devant elle et elle avait vu son "
machin tout droit
". A_ lui avait demandé si elle était d'accord de voir son "
machin
" et de le caresser. Il lui mettait la main sur son sexe et elle avait caressé le sexe de A_. Elle n'avait pas eu peur.
e.d)
D_, née le _ 1920, a été déclarée, par le Dr Y_, incapable de discernement pour être entendue par les autorités compétentes. Elle se trouvait au moment des faits en chambre commune.
Elle a refusé de se déplacer pour être auditionnée par le Ministère public.
e.e)
X_ est née le _ 1916.
X_ a déclaré à la police que ce qu'avait fait l'infirmer, qui portait une blouse blanche, (note: A_) n'était pas grave; le précité lui avait juste touché le sein alors qu'elle était alitée en train de regarder la télévision. Lorsqu'il était entré, il avait mis sa main sur son sein. Elle l'avait repoussé et il était reparti. Une autre fois durant la même nuit, un homme – elle ignorait s'il s'agissait du même homme que précédemment – était entré "
les parties à l'air
" dans sa chambre; il portait sa blouse blanche et avait le pantalon baissé. Elle n'avait parlé à personne de ces événements, notamment par gêne.
Par certificat médical du 16 juin 2011, la Dresse Z_ a indiqué que X_ disposait de la "
capacité de discernement pour être entendue par les autorités compétentes
". Entendue par le Procureur, elle a précisé que X_ était capable de s'exprimer sur une situation dont elle aurait souffert, pour autant qu'elle s'en rappelle. La précitée pouvait réagir verbalement si un homme se présentait nu devant elle, mais ne pouvait se défendre physiquement. X_ lui avait raconté qu'un homme, dont elle ne se souvenait pas du nom, s'était présenté devant elle nu sous sa blouse et lui avait mis la main sous sa chemise de nuit. Elle avait précisé que cet homme était un "
salaud
", mais elle n'était pas traumatisée par la situation. X_ était gênée de parler de cette affaire.
f)
Aucune des résidentes susmentionnées n'a souhaité déposer plainte pénale à l'encontre de A_.
g.a)
Entendu par le Procureur, le Dr Y_ a indiqué que D_ souffrait de démence modérée et de troubles mnésiques; elle ne disposait pas des facultés intellectuelles pour se rappeler, mémoriser et répondre adéquatement aux questions qui lui seraient posées par un tribunal. Elle était désorientée dans le temps. Il était difficile pour le Dr Y_ de dire si D_ pouvait discerner le bien du mal; selon lui, elle pourrait réagir, tout en précisant que "
ces personnes font confiance au personnel soignant et acceptent sans savoir que l'on s'occupe d'elles
". Il a indiqué que certaines personnes âgées avaient besoin d'affection physique. Si on s'approchait d'elles et qu'on leur faisait des caresses à caractère sexuel, elles ne comprenaient pas forcément ce qui se passait, mais cela pouvait leur rappeler leur vie antérieure. Les personnes dont il était question ici, faisaient confiance au personnel soignant et étaient en quelque sorte dans un état de dépendance à leur égard. Si un acte sortait du cadre thérapeutique, le Dr Y_ n'était pas sûr que ces personnes âgées s'en rendent compte. S'agissant de D_ en particulier, elle ne serait pas capable de tout à fait comprendre ce qui lui arrivait.
S'agissant de H_, le Dr Y_ a indiqué qu'elle n'avait pas toute sa capacité de discernement. Si quelque chose lui arrivait, cette dernière ne pourrait pas résister physiquement. En revanche, elle pouvait réagir par la parole pour exprimer ce qu'elle ressentait. Cette dernière était consciente que quelque chose s'était passé avec A_ et n'en avait jamais parlé; elle ne voulait pas être, une nouvelle fois, entendue de crainte que sa famille ne soit au courant.
E_ était dépendante physiquement. Elle avait la capacité de résister à quelque chose qui lui déplairait mentalement et, physiquement, jusqu'à un certain degré. Elle avait montré un besoin d'affection physique et manifesté son désir, de manière crue, par la parole.
g.b)
Le médecin traitant de E_, le Dr AA_, a déclaré que celle-ci avait "
toute sa tête
" et était capable de manifester son désaccord à des actes qui lui seraient proposés. Il a précisé que les personnes âgées verbalisent un état de solitude qui correspond aussi à la disparition de l'inhibition liée à leur âge et recherchent des contacts du fait de leur état.
g.c)
Le médecin traitant de G_, le Dr AB_, a décrit sa patiente comme pesant 44 kg pour 1m60, souffrant de dépression, de problèmes d'alcoolisme et de nombreuses fractures causées par des chutes à son entrée en EMS; son état s'était amélioré depuis. Il a confirmé la capacité de discernement de sa patiente. Il lui était difficile de répondre à la question de savoir si la précitée était capable de résister si l'on s'approchait d'elle, cela dépendait du contexte. Il pensait néanmoins qu'elle pourrait manifester son désaccord à des caresses sexuelles qu'on lui proposerait. Il a néanmoins précisé que G_ était influençable et pouvait ne pas résister à des caresses d'ordre sexuel dans un contexte de personnel soignant à patiente.
h)
Par décision du 27 mai 2011, la Direction générale de la santé a prononcé, à titre provisionnelle, le retrait de l'autorisation de pratiquer la profession d'infirmier délivrée à A_, relevant que la poursuite de l'activité professionnelle de A_ mettait en danger les patients soignés dans les établissements où il travaillait et que l'urgence à prendre des mesures empêchant cet infirmer de maltraiter des patientes et de réitérer des actes d'ordre sexuel sur des patientes était établie.
i)
Une expertise psychiatrique du prévenu a été effectuée. Dans son rapport du 1
er
septembre 2011, l'expert a mis en exergue ce qui suit:
- un diagnostic d'exhibitionnisme, d'autre trouble de la préférence sexuelle (gérontophilie) et de trouble de la personnalité mixte était posé;
- l'expertisé souffrait d'un trouble de la préférence sexuelle et d'un trouble de la personnalité mixte (narcissique et dyssocial) d'intensité sévère;
- il avait la faculté d'apprécier pleinement le caractère illicite de ses actes, prenant des précautions pour ne pas être surpris et ayant des regrets après ses agissements, mais ne disposait pas pleinement de la faculté de se déterminer d'après cette appréciation en raison du trouble mental dont il souffrait;
- sa responsabilité au moment des faits était dès lors faiblement restreinte;
- le risque de récidive était élevé et un traitement ambulatoire psychiatrique-psychothérapeutique à un rythme soutenu et au long cours indiqué afin de diminuer le risque de récidive. Un traitement médicamenteux pourrait également être nécessaire selon l'évaluation du psychiatre traitant afin d'améliorer le contrôle des impulsions; l'expertisé témoignait d'une forte impulsivité, était dans le déni de la réalité et n'avait pas exprimé de culpabilité par rapport à ses actes;
- l'expertisé devait être écarté de toutes les professions susceptibles de favoriser une récidive, c'est-à-dire non seulement les professions médicales et paramédicales, mais également toute profession dans lesquelles il aurait une position de responsabilité et d'autorité par rapport à d'autres personnes (éducateur, enseignant, etc.);
- la mesure thérapeutique prononcée devait, si possible, être mise en place dans un centre de soins comprenant une consultation spécialisée en sexologie et rattachée à un service de psychiatrie permettant également la mise en place d'un traitement de réhabilitation psychiatrique afin de travailler la dimension des habilités sociales de l'expertisé;
- le traitement ambulatoire préconisé était compatible avec l'exécution d'une peine privative de liberté.
Devant le Procureur, l'expert a confirmé son rapport et précisé qu'il était impératif que A_ bénéficie du traitement psychiatrique préconisé.
j.a)
A_ a été incarcéré le 7 juin 2011.
Devant le Tribunal des mesures de contrainte (TMC) le 9 juin 2011, A_ a indiqué que les femmes avec qui il avait entretenu des actes sexuels étaient toutes consentantes et disposaient de tous les moyens intellectuels et psychiques pour exprimer un éventuel refus. Il a précisé que, avant son incarcération, il entretenait une relation sentimentale avec une femme de 49 ans mais rencontrait des blocages avec celle-ci. Depuis son licenciement de l'EMS, il cherchait du travail dans le domaine commercial.
Par décision du 4 novembre 2011, le TMC a posé comme condition à la relaxe de A_:
- le dépôt d'une caution de CHF 5'000.-,
- l'obligation de se soumettre au traitement psychothérapeutique proposé par le Dr AC_, psychiatre sexologue auprès du Département de psychiatrie des O_, à raison d'une séance par semaine, avec attestations de suivi;
- l'interdiction de reprendre une profession "
dans un milieu professionnel où il aurait une position de responsabilité et d'autorité vis-à-vis d'autrui
".
Le 7 novembre 2011, A_ a été remis en liberté, les conditions posées à sa relaxe ayant été remplies.
j.b)
Entre le 18 octobre 2011 et le 26 mars 2012, A_ a été suivi par le Dr AC_.
Dans un certificat médical du 7 mai 2012, le Dr AC_ a fait mention de la rupture de la relation sentimentale qu'entretenait A_, laquelle avait engendré une réaction dépressive assez importante chez celui-ci. En outre, il relevait que A_ n'avait pas investi de façon positive le suivi psychothérapeutique. De plus, la patient avaient des difficultés économiques à assumer son suivi et semblait incertain sur son avenir professionnel. Il avait également montré une certaine minimisation des actes sexuels commis. Enfin, malgré une incarcération en 1997 pour des actes d'exhibitionnisme, A_ avait récidivé. Tous ces éléments augmentaient le risque de récidive. Le Dr AC_ avait fait part à son patient d'un éventuel traitement pharmacologique afin de diminuer ce risque de récidive; le précité avait banalisé ce risque et refusé le traitement proposé. Ce moment coïncidait avec la fin de son suivi.
j.c)
Dès décembre 2011 et jusqu'en mars 2013, A_ a retravaillé en qualité d'infirmier en France dans les hôpitaux AD_, AE_, à la Clinique K_ à Thonon-les-Bains et à l'hôpital de AF_. Dès avril 2012, il a également travaillé la nuit (f. pièce 340, audition de A_ par la Commission de surveillance des professions de la santé et des droits des patients et PV audience de jugement, p. 3).
k)
Depuis le mois de février 2012, A_ a été suivi par AG_, psychothérapeute exerçant en France, à raison de séances d'une heure hebdomadaire.
C. a)
Le Tribunal de police a procédé à l'audition du prévenu et de AG_.
a.a)
A_ a reconnu tous les faits qui lui sont reprochés mais en a contesté leur qualification juridique. Il a précisé qu'il choisissait les personnes âgées avec qui il aurait des actes sexuels en fonction de la qualité de la relation qu'il entretenait avec celles-ci ou de leurs attentes. La gradation de ses actes était d'ordre pulsionnel. Il a reconnu que, peut-être, ses actes n'auraient jamais cessé s'il n'avait pas été découvert et que son comportement était immoral et inapproprié. Il avait pris l'initiative des actes sexuels et agissait "
en fonction de son caractère pulsionnel incontrôlable à un certain moment
". Pour lui, toutes les victimes mentionnées dans l'acte d'accusation avaient la capacité de refuser les actes d'ordre sexuel. S'agissant de la question de savoir si les personnes âgées étaient consentantes, il convenait de leur poser la question.
Il a
déclaré avoir repris son métier d'infirmer car les conditions dans la grande distribution y étaient particulières et que, désormais, il était conscient de ses problèmes sexuels. Il pensait que ceux-ci n'étaient pas forcément liés aux conditions particulières de sa profession. Il était sans emploi depuis trois semaines. Il était à la recherche d'un emploi dans le canton de Vaud, toujours en qualité d'infirmier dans le domaine médical ou paramédical, soit y compris dans des EMS.
Il a indiqué avoir une relation sentimentale avec une dénommée Isabelle, qui ignorait les faits qui lui sont reprochés et qu'il avait rencontrée dans le cadre de sa psychothérapie.
a.b)
AG_, psychothérapeute qui pratique la programmation neurolinguistique, la sofroanalyse, l'analyse transactionnelle et transgénérationnelle et qui est en formation à l'heure actuelle en hypnose, a indiqué travailler avec A_, tout d'abord, dans une optique d'analyse de réflexion et de logique, ensuite elle entendait travailler avec lui son côté sensoriel, soit son inconscient et ses projections. A l'heure actuelle, après plus d'une année de thérapie, elle n'avait pas encore effectué de "
synthèse
". Elle n'avait pris connaissance du rapport d'expertise psychiatrique qu'en été 2012, voulant tout d'abord fixer son propre cadre thérapeutique; elle avait trouvé ce rapport "
pessimiste
". Elle n'avait abordé la problématique sexuelle de A_ que lors des deux derniers entretiens car, pour elle, il fallait d'abord "
nettoyer
" l'état dépressif dans lequel le précité se trouvait pour qu'il puisse prendre conscience des actes commis. Pour elle, le fait que A_ travaille de nuit en qualité d'infirmer, soit dans les mêmes circonstances que lorsque les actes avaient été commis, n'augmentait pas le risque de récidive car celui-ci évoluait depuis les faits commis dans une "
autre direction
" et en avait conscience. A_ s'investissait dans son travail thérapeutique.
b)
Les parties ont pris les conclusions figurant en tête du présent jugement.
D.
S'agissant de sa situation personnelle, A_ est né le _ 1969 à Paris et est de nationalité française. Il est célibataire, sans enfant. Son frère est médecin-gériatre et sa sœur infirmière dans un centre psychiatrique. Il a effectué sa scolarité en France, a obtenu un BAC technique de biologie et un BAC en sciences-math-physique. Il a étudié dans une école de commerce supérieure à Paris et obtenu un brevet de technicien supérieur. Ensuite, il a travaillé dans ce même pays dans une grande surface, où il occupait un poste à responsabilités. En 2006, il a obtenu un diplôme d'infirmier et a déménagé en Haute-Savoie. Il est propriétaire de son logement. Il est Président du Comité des Fêtes de la ville où il habite.
Aucune inscription ne figure au casier judicaire suisse et français de A_.

## Considerations

EN DROIT
1.1.
Selon l’art. 192 al. 1 CP, celui qui, profitant d’un rapport de dépendance, aura déterminé, notamment, une personne hospitalisée, à commettre ou à subir un acte d’ordre sexuel, sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire. Il faut qu’il soit difficile à la victime, privée de la liberté d’aller et venir à l’instar d’une personne en établissement pour personnes âgées, de se soustraire à la volonté de celui qui, tel un infirmier, a sur elle une position dominante ; il ne suffit pas que le résidant soit plus ou moins désemparé (CORBOZ, Les infractions en droit suisse, n. 2, 3 et 10 ad art. 192 CP). L’infraction n’est pas réalisée si, même dans ces circonstances, la personne hospitalisée a pris librement l’initiative des actes d’ordre sexuel (CORBOZ, op. cit., n. 12 ad art. 192 CP).
1.2.
En l'espèce, le prévenu s'en est pris à des résidentes âgées d'un EMS et qui se trouvaient de ce fait dans un monde confiné dans lequel il est difficile de se soustraire à la volonté des personnes qui y détiennent l'autorité, à l'instar de l'infirmier de nuit.
Il convient de déterminer si le prévenu a profité de cette situation pour déterminer ses victimes à subir et à commettre des actes sexuels.
Il ressort des auditions filmées du Ministère public qui se sont déroulées au sein de l'EMS que E_ et H_, âgées au moment des faits de 92 ans, respectivement 88 ans, se trouvaient clairement dans un état de faiblesse d'esprit du à leur grand âge. E_ souffre d'une sévère surdité, de troubles mnésiques évidents, ne se souvenant pas de son audition par la police, et a d'importants problèmes de compréhension – elle a peur qu'on la "
foute dedans
", ce dont elle dit "
s'en foutre comme de l'an 40 à [son] âge
"-; elle se déplace en déambulateur. H_ souffre de sévères troubles de l'élocution et est à l'évidence très amoindrie. Lors de son audition à la police, elle s'endormait; elle se déplace en chaise roulante.
S'agissant de G_, âgée de 81 ans au moment des faits, son médecin répondant a décrit une personne, à son entrée en EMS, de 44 kg pour 1.60 m souffrant de dépression et d'alcoolisme, ainsi que de nombreuses fractures dues à des chutes répétées. Son médecin a ajouté qu'il s'agissait d'une personne influençable et qui pourrait ne pas pouvoir résister à des actes sexuels dans un contexte de personnel soignant à patiente. Elle se déplace avec une canne.
Quant à D_, âgée de 90 ans au moment des faits, il en est de même. Son médecin répondant a indiqué au demeurant qu'elle n'était pas en état d'être entendue par les autorités; elle souffre de démence et de troubles mnésiques; elle est également désorientée dans le temps. Par ailleurs, elle a refusé de se déplacer pour être auditionnée par le Procureur.
Quant au prévenu, il était âgé de 40 ans au moment des faits. Il était, les nuits en question, l'infirmier de nuit seul responsable du deuxième étage de l'établissement. Au surplus, il a précisé qu'il attendait que ses collègues soient en repos, c'est-à-dire hors des couloirs, avant d'entrer dans les chambres des résidentes pour y commettre les actes sexuels litigieux. Le prévenu se situait dès lors clairement dans une position dominante, dans un rapport de confiance particulier par rapport aux résidentes, âgées, de l'EMS, qui se trouvaient en état de dépendance vis-à-vis du personnel soignant. Le prévenu a agi de nuit, alors que les résidentes se trouvaient endormies, voir au repos, et dont on sait qu'elles ne disposent pas de leur pleine mobilité. Le prévenu est entré parfois nu ou s'est déshabillé devant ses victimes. Il a toujours été à l'origine des actes sexuels perpétrés.
Certes, les victimes ne semblent pas avoir subi de traumatismes en lien avec les actes perpétrés, voire même louent la gentillesse et la disponibilité du prévenu. Toutefois, vu les circonstances dans lesquelles les actes se sont produits, soit sur la seule initiative du prévenu, infirmier de nuit dans un EMS, qui décidait du moment que
lui
estimait opportun pour intervenir, entrant nu dans les chambres des résidentes ou se déshabillant devant elles, vu la fragilité d'esprit et la mobilité limitée des victimes, il est évident que le prévenu a profité de sa position dominante de personnel soignant des résidentes et de la faiblesse d'esprit de ses victimes pour les inciter accepter les actes sexuels qu'il leur proposait. Dans ces circonstances également, il n'est pas possible, même au bénéfice du doute, de retenir que les victimes ont consenti librement, sans être en rien influencée par la situation particulière dans laquelle elles se trouvaient, aux actes sexuels que le prévenu leur proposait. Enfin, il convient de relever que l'attitude des victimes dans le cadre de la procédure, qui n'accablent en rien le prévenu, s'explique par les circonstances très particulières dans lesquelles les actes ont été commis, mais peut être aussi par un ressenti de honte, tel que manifesté par exemple par E_ qui a soutenu ne pas tromper son mari même mort, ou encore en raison, tout simplement, de problèmes mnésiques de ces personnes âgées. A cet égard, G_ a nié qu'un homme soit entré nu dans sa chambre, déclaration contredite par l'infirmière V_, dont il n'y a pas lieu de douter. A cet égard, il est évidemment impossible de savoir si cette amnésie est due à un ressenti de honte ou en raison de troubles mnésiques, mais peu importe.
Le prévenu a soutenu que toutes les personnes âgées à qui il proposait des actes d'ordre sexuel avaient tous les moyens intellectuels et psychiques pour exprimer un refus. Il n'en est rien. D_ a été déclarée incapable de discernement par son médecin. Quant aux trois autres victimes, elles sont très clairement diminuées par leur grand âge, même si elles disposaient encore de la capacité de discernement. Le prévenu le sait dès lors qu'il choisit ses victimes après avoir lié un rapport de confiance particulier et détermine celles qui ne le repousseront pas.
Il n'est nullement question ici de la liberté sexuelle des aînés, pas remise en cause ici, mais bien d'actes sexuels commis en pleine nuit par une personne qui, dans le cadre de son travail et en sa qualité d'infirmier de nuit dans un établissement médico-socialisé, entre nu dans les chambres de résidentes diminuées par leur grand âge ou se déshabille devant elles, pour les inciter à subir ou à commettre des actes sexuels, alors qu'elles sont dépendantes de lui en matière de soins.
Dans ces circonstances et comme précédemment mentionné, même si les victimes ont consenti aux actes d'ordre sexuel perpétrés par le prévenu, ce consentement n'était pas libre parce qu'il résultait d'une situation manifeste de dépendance (cf. à cet égard ATF
133 IV 49
, JdT
2009 IV 17
ss, 20, consid. 4). A cet égard, la déclaration de E_ à W_ est révélatrice, E_ répondant "
tant mieux
" en apprenant le licenciement de A_.
Il résulte de ce qui précède que le prévenu a consciemment profité et exploité non seulement sa position de soignant mais également de la faiblesse d'esprit de ses victimes pour les amener à faire preuve de complaisance en matière sexuelle, soit pour les déterminer à subir ou commettre les actes d'ordre sexuel, dont lui-même prenait seul l'initiative, choisissant au demeurant le moment opportun pour agir.
Ces éléments sont constitutifs d'infraction à l'art. 192 CP. Le prévenu sera reconnu coupable de ce chef d'accusation.
2.1.
Au terme de l'art. 191 CP, celui qui, sachant qu'une personne est incapable de discernement ou de résistance, en aura profité pour commettre sur elle l'acte sexuel, un acte analogue ou un autre acte d'ordre sexuel, sera puni d'une peine privative de liberté de dix ans au plus ou d'une peine-pécuniaire.
L'infraction prévue par l'art. 192 CP est subsidiaire par rapport à celle prévue par l'art. 191 CP (CORBOZ, op. cit., n. 17 ad art. 192 CP).
2.2.
En l'espèce, l'infraction prévue à l'art. 191 CP ne sera par retenue, étant précisé que le Ministère public a proposé l'accusation alternative d'actes sexuels commis sur une personne incapable, au sens de l'art. 191 CP, s'agissant de D_.
En effet, il ne peut être établi que le prévenu savait D_ incapable de discernement ou de résistance. Ensuite, selon les déclarations du prévenu et à la lumière des trois autres cas – E_, G_ et H_ –, il ne peut être retenu, sous l'angle subjectif, que le prévenu ait voulu profiter de l'incapacité de D_ pour perpétrer ses actes. En revanche, tel que retenu dans l'analyse de l'art. 192 CP, il est établi que le prévenu a exploité le rapport de dépendance dans lequel D_ se trouvait et la faiblesse d'esprit de celle-ci, faiblesse aisément constatable.
3.1.1.
L'art. 47 CP prévoit que le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'auteur. Il prend en considération les antécédents et la situation personnelle de ce dernier ainsi que l'effet de la peine sur son avenir (al. 1). La culpabilité est déterminée par la gravité de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures (al. 2).
La culpabilité de l'auteur doit être évaluée en fonction de tous les éléments objectifs pertinents, qui ont trait à l'acte lui-même, à savoir notamment la gravité de la lésion, le caractère répréhensible de l'acte et son mode d'exécution. Du point de vue subjectif, sont pris en compte l'intensité de la volonté délictuelle ainsi que les motivations et les buts de l'auteur. A ces composantes de la culpabilité, il faut ajouter les facteurs liés à l'auteur lui-même, à savoir les antécédents (judiciaires et non judiciaires), la réputation, la situation personnelle (état de santé, âge, obligations familiales, situation professionnelle, risque de récidive, etc.), la vulnérabilité face à la peine, de même que le comportement après l'acte et au cours de la procédure pénale (ATF
134 IV 17
consid. 2.1 p. 19 s.;
129 IV 6
consid. 6.1).
3.1.2.
Selon l'art. 19 al. 2 CP, le juge atténue la peine si, au moment d'agir, l'auteur ne possédait que partiellement la faculté d'apprécier le caractère illicite de son acte ou de se déterminer d'après cette appréciation.
Le juge doit apprécier la culpabilité subjective de l'auteur à partir de la gravité objective de l'acte. Dans le cadre de cette appréciation, il doit aussi tenir compte de la diminution de responsabilité de l'auteur et indiquer dans quelle mesure celle-ci exerce un effet atténuant sur la culpabilité. Une diminution de la responsabilité au sens de l'art. 19 CP ne constitue qu'un critère parmi d'autres pour déterminer la faute liée à l'acte, et non plus un facteur qui interfère directement sur la peine. La réduction de la peine n'est que la conséquence de la faute plus légère (ATF
136 IV 55
consid. 5.5, 5.6 et 6.1 p. 59 et suivantes, arrêt du Tribunal fédéral
6B_741/2010
du 9 novembre 2010 consid. 3.1.2).
3.2.
En l'occurrence, la faute du prévenu est lourde. Il s'en est pris à quatre femmes d'un grand âge, en EMS, et donc en situation de dépendance vis-à-vis du personnel soignant et à réitérés reprises à leur encontre. Il a agi de nuit, ses victimes étant de ce fait plus vulnérables. Son comportement est d'autant plus condamnable qu'en sa qualité d'infirmier, seul responsable la nuit de ses victimes en âge avancé, le prévenu savait qu'il n'avait pas le droit d'entretenir durant ses heures de travail des actes d'ordre sexuel avec les résidentes dont il avait la charge. Bien qu'inadmissibles, il ne semble toutefois pas que ses actes aient été traumatisants pour ses victimes. Ses agissements n'ont pris fin qu'en raison de circonstances extérieures indépendantes de sa volonté.
Il a agi pour des mobiles égoïstes, soit pour satisfaire ses pulsions sexuelles au mépris de l'intégrité sexuelle de ses victimes.
Sa collaboration à la procédure a été bonne. Il a reconnu les faits qui lui sont reprochés, dont la plupart n'auraient pas pu être établis sans sa collaboration.
Sa prise de conscience est très limitée, voire nulle. Il a certes reconnu les faits qui lui sont reprochés et avoir adopté un comportement inadéquat, reconnaissance qui constitue un premier pas déterminant dans le processus thérapeutique entamé par le prévenu depuis sa sortie de prison. Toutefois, il ne voit pas l'illicéité de son comportement et ne se remet nullement en cause. Il suit un traitement auprès d'une psychothérapeute à un rythme régulier et s'investit dans sa thérapie. En revanche, malgré l'avis de l'expert et malgré le fait qu'il s'agissait d'une condition à sa relaxe, le prévenu a quasi immédiatement dès sa sortie de prison retravaillé en qualité d'infirmier dans différents hôpitaux et notamment la nuit; il est, par ailleurs, à la recherche d'un emploi dans le milieu paramédical, notamment dans des EMS. Ce faisant, il ne tient nullement compte des avertissements qui lui ont été faits à cet égard de s'éloigner du milieu dans lequel il a cédé à ses pulsions sexuelles et il ne fait pas assez pour prévenir un futur passage à l'acte. A cet égard, il convient de remarquer que le prévenu dispose de capacités intellectuelles, relationnelles et d'adaptation qui lui permettent de trouver un emploi dans un autre domaine.
Le prévenu n'a pas d'antécédent inscrit aux casiers judiciaires suisse et français, élément toutefois neutre dans le cas d'espèce (cf. à cet égard ATF
136 IV 1
consid. 2.6.4).
Rien dans sa situation personnelle ne justifie les actes commis.
Le prévenu ne peut se prévaloir d’aucune circonstance atténuante au sens de l'art. 48 CP. Toutefois, selon l'expertise, au moment d'agir, sa responsabilité était faiblement restreinte. Sa faute s'en trouve partant légèrement amoindrie, celle-ci devant toutefois encore être qualifiée d'importante.
Ces éléments conduisent au prononcé d'une peine privative de liberté de 16 mois.
4.1.
Conformément à l'art. 42 al. 1 CP, le juge doit poser un pronostic quant au comportement futur de l'auteur. En l'absence de pronostic défavorable, il doit prononcer le sursis. Celui-ci est ainsi la règle dont le juge ne peut s'écarter qu'en présence d'un pronostic défavorable ou hautement incertain (ATF
134 IV 1
consid. 4.2.2 p. 5). Pour émettre ce pronostic, le juge doit se livrer à une appréciation d'ensemble, tenant compte des circonstances de l'infraction, des antécédents de l'auteur, de sa réputation et de sa situation personnelle au moment du jugement, notamment de l'état d'esprit qu'il manifeste. Il doit tenir compte de tous les éléments propres à éclairer l'ensemble du caractère de l'accusé et ses chances d'amendement (ATF
134 IV 1
consid. 4.2.1 p. 5).
4.2.
Le prévenu a été condamné à une peine privative de liberté de seize mois, de sorte que la condition objective du sursis est réalisée. Il s'agit donc de déterminer si, en fonction des antécédents et du caractère du condamné, une peine ferme est nécessaire pour le détourner de commettre d'autres crimes ou délits. Comme le recourant n'a pas été condamné précédemment, des circonstances particulièrement favorables ne doivent pas être établies.
En l'occurrence, l'expert a indiqué que le risque de récidive chez le prévenu était élevé et qu'un traitement ambulatoire psychiatrique-psychothérapeutique à un rythme soutenu et au long cours devait impérativement être mis en place pour diminuer ce risque. En outre, l'expertisé devait être écarté de toutes les professions susceptibles de favoriser une récidive, c'est-à-dire notamment les professions médicales et paramédicales. Or, en l'occurrence, le prévenu suit une thérapie auprès d'un thérapeute qui, selon les dires de celui-ci, en est au tout début du traitement après une année de thérapie, la problématique sexuelle n'ayant été alors qu'abordée, deux séances y ayant été consacrée. On peut d'ailleurs se poser la question de l'adéquation de ce traitement avec celui préconisé par l'expert et au vu des remarques formulées par le Dr AC_. Malgré qu'il s'agisse d'une condition à sa relaxe et malgré les recommandations de l'expert à cet égard, à peine sorti de prison, le prévenu a repris son activité d'infirmier, notamment auprès de personnes âgées et de nuit. Il cherche à l'heure actuelle du travail dans ce domaine dans le canton de Vaud, dès lors qu'il est interdit de pratique dans le canton de Genève, après avoir travaillé dans de nombreux établissements en France voisine.
Au vu de ces éléments, en particulier également de la prise de conscience du prévenu qui ne voit toujours pas l'illicéité de son comportement et qui ne s'est pas éloigné du milieu dans lequel il a cédé à ses pulsions sexuelles, un pronostic défavorable doit être posé, lequel exclut le prononcé du sursis.
5.1.
A teneur de l'article 56 al. 1 CP, une mesure doit être ordonnée si une peine seule ne peut écarter le danger que l'auteur commette d'autres infractions (let. a), si l'auteur a besoin d'un traitement ou que la sécurité publique l'exige (let. b) et si les conditions prévues aux art. 59 à 61, 63 ou 64 sont remplies (let. c).
S'agissant de cette dernière condition, l'art. 63 al. 1 CP dispose que lorsque l'auteur souffre d'un grave trouble mental, est toxicodépendant ou qu'il souffre d'une autre addiction, le juge peut ordonner un traitement ambulatoire au lieu d'un traitement institutionnel si l'auteur a commis un acte punissable en relation avec son état et s'il est à prévoir que ce traitement le détournera de nouvelles infractions en relation avec son état. L'art. 63 al. 4 CO prévoit que le traitement ambulatoire ne peut en principe excéder cinq ans, sauf s'il apparaît nécessaire de le prolonger pour prévenir la commission de nouvelles infractions.
La mesure prononcée doit se fonder sur une expertise (art. 56 al. 3 CP) et respecter le principe de la proportionnalité (art. 56 al. 2 CP). La jurisprudence a eu l'occasion de préciser qu'il faut que l'atteinte aux droits de la personnalité qui résulte de la mesure pour l'auteur ne soit pas disproportionnée au regard de la vraisemblance qu'il commette de nouvelles infractions et de leur gravité (art. 56 al. 2 CP; arrêt du Tribunal fédéral
6B_555/2008
du 23 septembre 2008 consid. 2.1; arrêt du Tribunal fédéral
6B_604/2007
du 9 janvier 2008 consid. 6.2).
5.2
. En l'occurrence, le prévenu souffre d'un trouble de la préférence sexuelle et d'un trouble de la personnalité mixte d'intensité sévère selon l'expert, qui a, au demeurant, indiqué qu'un traitement ambulatoire devait impérativement être ordonné afin de diminuer le risque de récidive qu'il qualifiait d'élevé. Il convient de suivre les conclusions de l'expert à cet égard et d'ordonner un traitement ambulatoire, lequel est adéquat et justifié en l'espèce.
Par conséquent, un traitement ambulatoire psychiatrique-psychothérapeutique à un rythme soutenu, tel que préconisé par l'expert, sera ordonné.
6.
Le Ministère public et le prévenu, à titre subsidiaire, ont conclu à la suspension de la peine privative de liberté prononcée au profit du traitement ambulatoire ordonné.
6.1.
Selon l'art. 63 al. 2 CP, si la peine n'est pas compatible avec le traitement, le juge peut suspendre, au profit d'un traitement ambulatoire, l'exécution d'une peine privative de liberté ferme prononcée en même temps que le traitement. Il peut ordonner une assistance de probation et imposer des règles de conduite pendant la durée du traitement.
Le principe est que la peine est exécutée et que le traitement ambulatoire est suivi en même temps. La suspension de la peine est l'exception (arrêt
6B_335/2012
du 13 août 2012 consid. 2; arrêt
6B_807/2010
du 7 juillet 2011 consid. 4.1;
6B_717/2010
du 13 décembre 2010 consid. 3.2;
6B_141/2009
du 24 septembre 2009 consid. 4). Celle-ci doit se justifier suffisamment par des motifs thérapeutiques. Une suspension doit être ordonnée si la perspective du succès du traitement est considérablement compromise par l'exécution de la peine privative de liberté prononcée. La thérapie doit être privilégiée lorsqu'un traitement immédiat offre de bonnes chances de réinsertion, lesquelles seraient clairement entravées ou réduites par l'exécution de la peine (ATF
129 IV 161
consid. 4.3 p. 165; arrêt
6B_107/2011
du 23 mai 2011 consid. 5.2;
6B_581/2009
du 15 décembre 2009 consid. 3.2). En outre, il faut tenir compte, d'une part, des effets de l'exécution de la peine, des perspectives de succès du traitement ambulatoire et des efforts thérapeutiques déjà consentis mais également, d'autre part, de l'exigence de politique criminelle de réprimer les infractions proportionnellement à la faute, respectivement d'exécuter en principe les peines qui ont force de chose jugée. Sous l'angle du principe de l'égalité de traitement, le besoin de traitement doit être d'autant plus marqué que la peine suspendue est d'une longue durée. Un traitement ambulatoire ne saurait être ordonné pour éviter l'exécution d'une peine ou la différer indéfiniment (ATF
129 IV 161
consid. 4.1 p. 163; arrêt
6B_947/2009
du 6 janvier 2010 consid. 3.3).
Pour se prononcer sur la suspension de l'exécution d'une peine privative de liberté ferme, le juge doit se fonder sur une expertise psychiatrique (art. 56 al. 3 let. c CP en relation avec l'art. 63 CP; arrêt
6B_581/2009
du 15 décembre 2009 consid. 3.3). Le juge peut se fonder sur une expertise qui figure déjà au dossier si celle-ci est encore suffisamment actuelle. L'élément déterminant n'est pas le temps qui s'est écoulé depuis le moment où l'expertise a été établie, mais plutôt l'évolution qui s'est produite dans l'intervalle. Il est parfaitement concevable de se fonder sur une expertise relativement ancienne si la situation ne s'est pas modifiée entre-temps (ATF
134 IV 246
consid. 4.3 p. 254,
128 IV 241
consid. 3.4 p. 247 s.).
6.2.
En l'occurrence, tout d'abord, l'expert a indiqué que le traitement ambulatoire préconisé était compatible avec l'exécution d'une peine privative de liberté. Ensuite, aucun élément ne permet de retenir que les perspectives de succès du traitement thérapeutique serait entravées, ou même seulement réduites, par l'exécution de la peine privative de liberté. Certes, le prévenu est en cours de thérapie en France, toutefois ce seul élément ne justifie pas une suspension de peine. Par ailleurs, au vu de la prise de conscience du prévenu de l'illicéité de ses actes, l'exécution de la peine privative de liberté est essentielle dans une optique d'un amendement durable du prévenu. Enfin, suspendre l'exécution de la peine privative de liberté reviendrait, en l'espèce, à éviter l'exécution de la peine privative de liberté prononcée, ce qui est contraire à la loi.
Partant, la peine privative de liberté prononcée ne sera pas suspendue au profit d'un traitement ambulatoire.
7.1.1.
Selon l'art. 67 al. 1 CP, si l'auteur a commis un crime ou un délit dans l’exercice d’une profession, d’une industrie ou d’un commerce et qu’il a été condamné pour cette infraction à une peine privative de liberté de plus de six mois ou à une peine pécuniaire de plus de 180 jours-amende, le juge peut lui interdire totalement ou partiellement l’exercice de cette activité ou d’activités comparables pour une durée de six mois à cinq ans s’il y a lieu de craindre de nouveaux abus.
Celui qui, au mépris de l'interdiction prononcée contre lui par jugement pénal, aura exercé une profession, une industrie ou un commerce sera puni d'une peine privative de liberté d'un an au plus ou d'une peine pécuniaire (art. 294 CP).
7.1.2.
Aux termes de l'art. 68 al. 1 CP, si l’intérêt public, l’intérêt du lésé ou l’intérêt de la personne habilitée à porter plainte l’exigent, le juge ordonne la publication du jugement aux frais du condamné.
7.2.
En l'occurrence, le prévenu a commis les infractions retenues à son encontre dans le cadre de sa profession, soit alors qu'il était infirmier de nuit et responsable des personnes âgées qu'il a déterminées à subir ou commettre les actes d'ordre sexuel. Il a ainsi profité d'occasions offertes par son activité professionnelles pour commettre des infractions. Par ailleurs, l'expert a indiqué que le traitement thérapeutique à mettre en place devait être au long cours et régulier et que le prévenu devait être écarté de toute profession favorisant un passage à l'acte. Or, le prévenu, alors qu'il n'en est qu'au début de son traitement thérapeutique, se remet dans des conditions propres à un nouveau passage à l'acte. Dès lors qu'il ne comprend pas cette situation et qu'il recherche un emploi qui le remplace dans des conditions favorables à un nouveau passage à l'acte, il sera fait interdiction au prévenu d'exercer une profession où il aurait une position de responsabilité ou d'autorité vis-à-vis d'autrui, soit toute profession médicale ou paramédicale ou toute profession qui l'amènerait à être en contact ou responsable de personnes âgées, mineures ou souffrant de troubles psychiques.
Il convient encore de mentionner, comme déjà relevé, que les capacités intellectuelles, relationnelles et d'adaptation du prévenu lui permettent de trouver un emploi dans un autre domaine que celui qui le placerait dans une position favorisant un passage à l'acte, à l'instar de l'emploi qu'il a exercé par le passé dans la grande distribution. Ainsi, l'intérêt public à prononcer l'interdiction d'exercer une profession prévaut sur celui du prévenu de pouvoir pratiquer le métier d'infirmier qu'il exerce depuis plusieurs années.
Au vu des recherches d'emploi actuelles du prévenu, cette interdiction sera publiée.
En cas de non-respect de l'interdiction prononcée, le prévenu s'expose à une peine privative de liberté d'un an au plus ou d'une peine pécuniaire conformément à l'art. 294 CP.
8.
Les frais de la procédure seront mis à la charge de l'accusé (art. 426 al. 1 CPP).