# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 3e5003d6-8ad7-513d-89ee-6000df9a0029
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 3 janvier 2019, A_ recourt
contre l'ordonnance du 20 décembre 2018, notifiée le 24 décembre 2018, par laquelle le Ministère public a disjoint de la présente procédure pénale le prévenu B_ vers une nouvelle procédure.
Le recourant conclut à l'annulation de ladite décision.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Le 17 janvier 2007, la société japonaise C_ a déposé plainte pénale pour abus de confiance et escroquerie contre B_ et A_, respectivement administrateur délégué et président de la société D_ AG (ci-après : D_), sise à Zoug.
La procédure a été ouverte, à Genève, sous le numéro de procédure P/1_/2007. A_ et B_ ont été prévenus d'abus de confiance (art. 138 ch. 1 CP) et gestion déloyale (art. 158 ch. 1 et ch. 2 CP), pour avoir signé avec la société C_, en août 2005, un contrat de joint-venture et avoir reçu de celle-ci un montant de US 2'700'000.- qu'ils n'avaient ni affecté aux investissements prévus par le contrat ni déposés sur le compte bancaire qui aurait dû être ouvert au nom de cette société.
Le 23 mai 2008, le Procureur général a classé la procédure P/1_/2007 faute de prévention, subsidiairement en opportunité au vu du caractère civil prépondérant du litige.
b.
Le 21 décembre 2010, E_ a déposé plainte pénale contre A_ pour abus de confiance, gestion déloyale, subsidiairement escroquerie.
c.
En mars 2011, le Ministère public a ouvert une instruction contre A_ et B_, pour abus de confiance, respectivement escroquerie ou gestion déloyale. La procédure a été enregistrée sous le numéro P/20701/2010. Le Ministère public a repris la procédure P/1_/2007 et l'a jointe à la nouvelle procédure.
d.
A_ a fait l'objet de deux nouvelles plaintes pénales pour escroquerie, respectivement les 3 mars et 23 mars 2016.
e.
Il ressort de la procédure que B_, qui n'avait pas comparu aux audiences agendées par le Ministère public, était détenu aux Emirats Arabes Unis, où il finissait de purger une peine d'un an et demi de prison (PP 2_).
f.
Par courrier du 22 septembre 2017, le Ministère public a avisé les parties que n'ayant à ce jour toujours pas pu entendre le précité comme prévenu, il envisageait de le disjoindre de la présente procédure et les a invitées à s'exprimer, leur rappelant également que les faits reprochés remontant à 2005, la prescription de 15 ans approchait (PP 3_).
g.
Par pli du 24 octobre 2017, le conseil de A_ s'est opposé à une telle disjonction (PP 4_).
h.
Ayant appris que B_ avait sollicité, auprès de la représentation suisse de F_ (Émirats arabes unis), le renouvellement de son passeport helvétique, le Ministère public s'y est opposé. Il a également enjoint audit intéressé, via cette même représentation, par courrier du 18 janvier 2018, de comparaître à Genève, moyennant, cas échéant, la délivrance d'un sauf-conduit (PP 5_ et PP 6_).
i.
Aux dernières nouvelles, B_ serait empêché de quitter F_ (Émirats arabes unis) en raison de dettes demeurées impayées (PP 7_ et PP 8_).
C.
Dans son ordonnance querellée, le Ministère public expose que B_, co-prévenu, n'a pas pu être entendu à ce jour, malgré les démarches qu'il avait entreprises pour faciliter son retour en Suisse. La disjonction, déjà envisagée en septembre 2017, avait été consentie par les parties, y compris par l'intéressé lui-même, à l'exclusion de A_. La prescription de l'action pénale approchait. Il était aujourd'hui nécessaire de disjoindre la procédure concernant B_ – qui n'avait pu être entendu à ce jour, ni sur les agissements dont il était soupçonné ni sur le sort des fonds lui appartenant et qui avaient entre autres été séquestrés pour garantir une éventuelle créance compensatrice – afin de pouvoir achever l'instruction à l'égard de A_ et décider du sort à lui réserver.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ considère que la décision entreprise viole le principe de l'unité de la procédure. Il devait pouvoir être confronté à son ancien associé. Le risque que certains faits se prescrivent était inhérent à toute procédure pénale et ne pouvait être corrigé par une violation des droits de la défense.
b.
À réception, la cause a été gardée à juger sans échange d'écritures ni débats.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner du prévenu qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).![endif]>![if>
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement irrecevables ou mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.![endif]>![if>
3. 3.1.
Selon l'art. 29 al. 1 CPP, si le prévenu a commis plusieurs infractions ou qu'il y a plusieurs coauteurs ou participation, les infractions seront poursuivies et jugées conjointement.
Cet article met en œuvre le principe d'unité de la procédure, déjà prévu à l'art. 49 CP. Il peut être considéré comme une règle d'ordre, puisque les personnes poursuivies ne pourront pas invoquer ce principe pour en tirer un véritable droit.
3.2.
L'art. 30 CPP ("
Exceptions
") permet toutefois la disjonction de causes, si des raisons objectives le justifient. Ainsi, le risque d’une violation du principe de célérité constitue un motif objectif permettant de renoncer à juger conjointement plusieurs coauteurs (ATF
1B_684/2011
du 21 décembre 2011 consid. 3.2). Tel pourra être le cas lorsque, en présence d'une infraction jugée collectivement, certains prévenus sont sur le point d'être jugés alors que d'autres sont en fuite (A. KUHN / Y. JEANNERET (éds),
Commentaire romand : Code de procédure pénale suisse
, Bâle 2011 n. 4 ad art. 30; L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND,
CPP, Code de procédure pénale
, Bâle 2013, n. 3 ad art. 30).
3.3.
Dans le cas d’espèce,
la disjonction a été prononcée précisément afin de permettre le jugement rapide du recourant – eu égard de surcroît à la prescription prochaine des infractions poursuivies –, alors que son co-prévenu – qui se trouve à F_ (Émirats arabes unis) et ne pourrait quitter ce territoire – n'a pas pu, à ce jour, être entendu, malgré les démarches entreprises en ce sens par le Ministère public.
L'ordonnance querellée constitue donc un cas typique de disjonction telle que prévue par la loi. Elle ne prête pas le flanc à la critique.
4.
Justifiée, ladite décision sera donc confirmée.
5.
Le recourant, bien qu'au bénéfice de l'assistance juridique, succombe. Il supportera les frais de la procédure de recours (art. 428 al. 1 CPP; arrêts du Tribunal fédéral
1B_203/2011
du 18 mai 2011 consid. 4 et
1B_372/2014
du 8 avril 2015 consid. 4.6 [arrêts qui rappellent que l'autorité de deuxième instance est tenue de dresser un état de frais pour la procédure de recours, sans égard à l'obtention de l'assistance judiciaire]), qui comprendront un émolument de décision de CHF 900.- (art. 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP;
E 4 10.03
)
* * * * *