# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 168e6d6d-933d-4579-82d8-53d109c53466
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_007
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

En fait:
1.
Le 22 novembre 1996, B.F._ et C.F._ ont déposé une demande de prestations AI pour mineurs pour leur fils, le demandeur A.F._ (ci-après le demandeur), né le 18 novembre 1993. Il y est indiqué que l'atteinte à la santé de ce dernier existait alors depuis un an et demi à deux ans.
Le 18 décembre 1996, le Dr Benoît Roethlisberger, spécialiste FMH ORL, a prescrit un examen auditif du demandeur pour rechercher une éventuelle atteinte auditive pouvant expliquer son retard de langage.
Le rapport médical établi le 20 janvier 1997 par le Dr Guy Chevalley, et transmis à l'AI, mentionnait que le demandeur souffrait d'une amblyopie profonde de l'œil gauche sur micro-strabisme et fixation excentrique. Au titre de traitement, il était proposé la prescription de lunettes et de l'atropine, ainsi qu’une occlusion faciale de l'œil.
Les 28 janvier, 14 février et 14 mars 1997, le demandeur a été soumis à des examens logopédiques. Le rapport logopédique, faisant suite à un entretien avec les parents du demandeur le 21 mars 1997, a relevé ce qui suit: "les parents parviennent à exprimer leur souci par rapport au langage de A.F._. Ils se rendent compte qu'il a du retard comparativement aux autres enfants".
Le 20 mars 1997, le Centre logopédique et pédagogique [...] (ci-après CLP) mentionnait un "retard d'acquisition du langage avec début d'intérêt à la communication orale depuis peu". Des contrôles d'évolution réguliers ont alors été proposés.
Le 15 avril 1997, le Service de neurologie du CHUV a attesté du fait que l'examen auditif pratiqué sur le demandeur était normal et amélioré par rapport à l'examen pratiqué le 13 janvier 1997, alors qu'il présentait une otite moyenne aiguë bilatérale.
Le 12 mai 1997, l'Office AI a confirmé la prise en charge du traitement de l'affection congénitale ophtalmique du demandeur.
Le 18 septembre 1997, un avis du CLP a indiqué que le demandeur était annoncé dans cette institution et que le début de la scolarisation pour un enseignement spécialisé AI datait du 25 août 1997.
Le rapport établi le 7 octobre 1997 par le CLP relevait ce qui suit:
Le rapport du Service médico-pédagogique du secteur psychiatrique du [...] du 23 octobre 1997 indiquait qu'une intégration au jardin d'enfants, associée à un traitement logopédique, était indispensable pour l'évolution du demandeur, ces mesures lui permettant d'avoir une meilleure socialisation, ainsi qu'une meilleure intégration ultérieure pour son début de scolarité.
Le 9 janvier 1998, l'Office AI du Canton de Vaud a informé les parents du demandeur du fait qu'il prenait en charge le traitement logopédique du
25 août 1997 au 31 juillet 1999.
Le rapport du CLP établi le 11 mai 1999 mentionnait ce qui suit: "Avec un langage encore peu élaboré syntaxiquement et une telle dyslalie, il est bien évident que A.F._ a encore besoin d'un traitement logopédique. Il devrait être en âge de rentrer officiellement en 2
ème
enfantine. En fait il restera au CLP où il entrera en classe enfantine."
Le rapport du Service de psychiatrie pour enfants et adolescents du secteur psychiatrique [...] du 21 juillet 1999 mentionnait que l'entourage observait "une évolution favorable" et qu'un traitement logopédique était indiqué afin de permettre au demandeur une meilleure socialisation et évolution.
Le 13 juillet 2001, la Dresse A. Duc Marwood, cheffe de clinique au Service de psychiatrie pour enfants et adolescents à [...], indiquait notamment ce qui suit:
"(...)
Depuis le dernier rapport l'entourage relève la poursuite de l'évolution, quoique à un rythme plus retenu. (...). Pour la suite de sa scolarité, il est probable que, dans un proche avenir, A.F._ doive être intégré au sein de la Fondation Verdeil (investigation en cours effectuée par la psychologue scolaire pour repenser à un enclassement plus adéquat pour A.F._).
(...) il nous semble indispensable que A.F._ puisse bénéficier d'une scolarisation spéciale associée à un traitement logopédique afin de lui permettre une reprise évolutive aussi satisfaisante que possible. Parallèlement, un suivi pédopsychiatrique serait nécessaire mais impossible à réaliser actuellement.
(...)."
2.
Le 21 janvier 2002, un accident de la circulation impliquant le demandeur s'est produit à [...].
Le rapport de police du 23 février 2002 a relevé notamment ce qui suit:
"(...)
(...) l'enfant était pris en charge par le Dr Julien OMBELLI et acheminé au centre hospitalier de notre ville au moyen du véhicule sanitaire. Peu après son admission, le jeune
A.F._
, qui était blessé à la tête, a été héliporté à l'hôpital de l'Ile à Berne/BE, dans un état jugé inquiétant.
(...)
L'enfant
A.F._
a traversé la chaussée en empruntant le passage pour piétons (...) balisé au droit du kiosque [...]. Au vu des dépositions des témoins, nous pouvons affirmer qu'il ne s'est pas lancé sur la chaussée au passage de l'automobile [...]. Dès lors, il n'a pas commis de faute caractérisée.
(...)."
3.
Le 25 mars 2002, le rapport des prises en charge scolaires, logopédique et de psychomotricité établi par le CLP indiquait notamment ce qui suit:
"(...)
Est entré en première primaire du CLP en 2001 car il n'y avait plus de place à la Fondation de Verdeil à [...] où une orientation était prévue. (...)
L'apprentissage du langage écrit n'est pas aisé. De nombreuses confusions consonantiques et inversions ne lui facilitent guère la tâche.
(...)
Au niveau du travail de groupe, malgré une très bonne participation de sa part, il reste que le problème de l'expression verbale l'entrave dans sa relation avec les autres et entraîne chez lui certaines attitudes parasites non-facilitantes.
(...)."
Le 10 avril 2002, l'Office AI a accepté de prendre en charge la formation scolaire spéciale du demandeur pour la période du 1
er
août 2001 au 31 juillet 2003.
Le 16 avril 2002, les Drs Eliane Roulet - qui n'avait pas vu le demandeur avant l'accident litigieux - et C. Fischer, du Département médico-chirurgical de pédiatrie du CHUV, ont établi un rapport dont il ressortait notamment ce qui suit:
" (...)
Discussion:
3 mois après son TCC sévère avec lésions parenchymateuses frontales et temporales droites, on constate que A.F._ présente de nouvelles difficultés de concentration et une lenteur accrue ainsi que de légers troubles du comportement (agitation, régression). Ces problèmes se sont surajoutés à ses difficultés préalables de langage et d'apprentissage, péjorant son rendement scolaire et compromettant actuellement son passage en 1
ère
primaire au Centre logopédique et pédagogique. Ces troubles neuropsychologiques sont peu spécifiques mais typiques de ceux que l'on rencontre après un TCC. Ils peuvent s'améliorer généralement dans les 6 à 12 mois suivant l'accident, ce dont il faut absolument tenir compte pour l'avenir scolaire de l'enfant. Cela a été discuté avec les parents. Nous ne proposons pas de mesures thérapeutiques autres que le traitement logopédique et psychomoteur déjà en place. Nous serions intéressés à connaître les observations des enseignants. Nous souhaiterions revoir A.F._ dans 6 mois (...). A ce moment, en fonction de l'évolution, d'autres investigations pourraient être envisagées (bilan neuropsychologique, selon les problèmes soulevés dans le cadre scolaire, IRM cérébrale).
(...)."
Dans un courrier du 31 mai 2002, H._, enseignante spécialisée, a écrit ce qui suit à la Dresse Eliane Roulet:
" (...)
Suite à votre demande, voici mes observations concernant A.F._, scolarisé dans ma classe du Centre logopédique à [...] en première année primaire depuis août 2001.
(...)
Après son accident, à part pendant les deux semaines suivant son retour, je n'ai pas constaté de différences notables dans le comportement scolaire et social de A.F._. Durant la première semaine, il était extrêmement fatigué. Durant la deuxième semaine, après les vacances de Pâques, il était très agité, ne respectait plus les consignes, criait, tapait. Ensuite tout est redevenu normal et j'ai retrouvé A.F._ tel que je le connaissais, demandant que je lui redéfinisse le cadre régulièrement, mais le respectant relativement bien et se montrant collaborant pour satisfaire la demande de l'adulte.
(...)."
D'après H._, alors enseignante du demandeur durant l'année scolaire 2001-2002, ce dernier a été examiné, comme tout enfant entrant au Centre logopédique par le Service psychiatrique de l'enfant et de l'adolescent. A la fin de l'école enfantine, voire au début de la première année primaire, soit en 2001, il a été vu par une psychologue qui travaillait pour la Ville d' [...] à la demande de ses parents. Lors de cet examen, un retard de deux ans a été constaté. Ce retard avait déjà été observé au niveau scolaire. Après l'accident, quand le demandeur est revenu en classe, il a été très fatigué la première semaine, peut-être parce qu'il avait recommencé avant l'avis médical; au retour des deux semaines des vacances de Pâques, il a été très agité pendant une semaine. En revanche, tout est redevenu normal après cela. L’enseignante a relevé qu’elle n’avait pas constaté de changement par rapport à la situation antérieure à l'accident, pas de perte au niveau de ses acquisitions et de la vitesse de celles-ci. Toutefois, aucun test n'a été effectué après ceux de 2001.
Le 26 juin 2002, Maryse Chalumeau Lefébure, logopédiste au CLP, a attesté du fait que le demandeur avait été orienté vers la Fondation de Verdeil dès la rentrée du mois d'août 2002.
Le formulaire du 27 août 2002 établi à la Fondation de Verdeil mentionnait que le début de la prise en charge du demandeur était prévue pour le
26 août 2002.
Le 12 septembre 2002, Maryse Chalumeau Lefébure a écrit ce qui suit à l'Office AI du Canton de Vaud:
"(...)
En vous référant à mon rapport logopédique de mai 2001 ainsi qu'à celui de la psychologue, vous comprendrez qu'une orientation vers la Fondation de Verdeil avait déjà été pensée.
Elle se réalise d'une part à cause du retard intellectuel déjà détecté, d'autre part en fonction des apprentissages qui n'évoluent pas au niveau du raisonnement. A.F._ peut apprendre en mémorisant des chiffres, des lettres, mais il est extrêmement difficile pour lui de combiner, de faire des liens, de raisonner.
(...)."
Selon le certificat médical intermédiaire/final établi par le Dr Olivier Reinberg du Service de Chirurgie Pédiatrique du CHUV le 18 octobre 2002, le demandeur a subi un traumatisme crânio-cérébral avec fractures du crâne et contusions hémorragiques.
Le 28 octobre 2002, les Drs Eliane Roulet et Joël Fluss, du Département médico-chirurgical de pédiatrie du CHUV, ont rendu le rapport suivant:
Selon le certificat médical intermédiaire/final établi par le Dr Kerstin Hagemann de la Clinique de l'Enfant à Berne le 3 novembre 2002, à sa sortie de l'hôpital, une amélioration sensible de la vigilance a été constatée chez le demandeur, laquelle était réduite de manière minime en comparaison avec celle existant avant l'accident, notamment en termes de coordination et d'équilibre.
Le 20 février 2003, l'Office AI du Canton de Vaud a décidé de prendre en charge la formation scolaire spéciale du demandeur pour la période du
1
er
août 2002 au 31 juillet 2009.
4.
Par jugement du 8 mai 2003, le Tribunal de police de l'arrondissement de [...] a condamné le conducteur [...]. Ce jugement relevait notamment ce qui suit:
"(...)
2. Le lundi 21 janvier 2002, vers 13h30, [...] circulait à [...] au volant de sa "Honda CR-V" sur la rue de [...] en direction de la place [...]. Arrivé à la hauteur du passage pour piétons situé devant le kiosque [...], il n'a pas remarqué l'enfant A.F._, né le 18 novembre 1993, qui traversait la chaussée de gauche à droite par rapport à son sens de marche sur le passage pour piétons et qu'il a heurté.
Le jeune A.F._ a subi une otorragie gauche avec un traumatisme cranio-cérébral et une mydriase gauche. Le bilan radiologique effectué à l'hôpital de l'Ile à Berne, où il avait été transporté en urgence, a montré une fracture de la calotte crânienne occipitale gauche et une contusion hémorragique, ainsi qu'une fracture du rocher gauche clinique. Au moment de l'accident, sa vie a été gravement mise en danger, une intubation sur place ayant été nécessaire pour le transfert. L'évolution immédiate a été favorable après une hospitalisation aux soins intensifs du 21 au 23 janvier 2002. L'enfant a été extubé quatre heures après l'admission sans problème. Un contrôle neurochirurgical a été prévu dans le service de neurochirurgie du CHUV six semaines après l'hospitalisation pour évaluer d'éventuelles séquelles. L'enfant a été hospitalisé du 21 janvier au 1
er
février 2002.
3. Entendu par la police le jour de l'accident, l'accusé a expliqué qu'il circulait à une vitesse d'environ 30 km/h. Alors qu'il arrivait à la hauteur du passage pour piétons situé devant le kiosque [...], il a ralenti et remarqué une voiture foncée qui survenait en sens inverse. Ne voyant aucune personne sur le passage, il a poursuivi sa route à l'allure du pas. A cet instant, il a été surpris par la présence d'un enfant qui traversait la chaussée de gauche à droite en courant. Il a aussitôt freiné, mais n'a pu éviter de heurter le bambin. Il a encore ajouté qu'il souffrait de la maladie de Charcot, conséquence d'un diabète, mais que cela ne gênait en rien la conduite de son véhicule. Il a précisé que celui-ci était équipé d'une boîte à vitesses automatique.
Le témoin [...] a déclaré qu'il circulait de la rue [...] en direction de la rue [...]. Devant le passage pour piétons situé en face du kiosque, il a remarqué la présence d'un enfant qui était arrêté sur le trottoir sud de la rue [...]. Il a immobilisé son véhicule devant le passage de sécurité. L'enfant l'a alors regardé et s'est engagé sans précipitation sur la chaussée. Il semble qu'il n'a pas regardé sur sa droite pour voir si un véhicule arrivait. Aux deux tiers du passage pour piétons, il a été heurté par une voiture de style Jeep, qui venait de la rue [...].
Un autre témoin, [...], a expliqué qu'il circulait au volant de sa voiture de la rue [...] en direction du château, à une vitesse de 40 à
50 km/h, et qu'il était précédé d'une voiture de type Jeep. Arrivé à la hauteur du passage pour piétons, l'automobiliste qui se trouvait devant lui a ralenti. [...] a ensuite remarqué qu'un véhicule qui venait en sens inverse était arrêté à la hauteur du passage pour piétons. A ce moment-là, il a constaté qu'un enfant, qui se trouvait devant le passage, a regardé la voiture qui venait de s'immobiliser et a traversé la chaussée en courant. C'est alors qu'il a été heurté par la voiture de style Jeep. [...] a encore précisé que cette dernière roulait à l'allure du pas. Il a ajouté qu'il avait parfaitement aperçu le garçon et ne comprenait pas pourquoi l'automobiliste qui se trouvait devant lui avait poursuivi sa route.
(...)
5. La qualification juridique de lésions corporelles graves par négligence n'est pas contestée. [...] n'a pas fait preuve d'une attention suffisante à l'approche d'un passage pour piétons dûment signalé et n'a pas remarqué l'enfant A.F._ qui traversait la chaussée de gauche à droite par rapport à son sens de marche. Il a enfreint les articles 33 LCR, 3 al. 1 et 6 al. 1 OCR. Ces violations sont en relation de causalité naturelle et adéquate avec les lésions subies par l'enfant. C'est donc à juste titre que l'accusé doit être reconnu coupable de lésions corporelles graves par négligence, la vie de l'enfant ayant été gravement mise en danger au moment de l'accident.
6. La peine sera fixée d'après la culpabilité de l'accusé, d'après ses mobiles, ses antécédents et sa situation personnelle. En l'occurrence, la culpabilité de [...] doit être qualifiée de lourde. L'accusé a fait preuve d'une grossière inattention, qui a duré plusieurs secondes. Tant l'automobiliste qui circulait en face de lui que celui qui le suivait ont remarqué la présence de l'enfant. Le premier s'est même arrêté pour le laisser traverser. Il est incompréhensible que l'accusé ne l'ait pas vu. Sa faute justifie le prononcé d'une peine privative de liberté. A sa décharge, le tribunal tiendra compte de l'absence d'antécédents et des regrets exprimés. Compte tenu de sa situation financière serrée, aucune amende ne sera mise à sa charge à titre de sanction immédiate.
La peine sera assortie du sursis, dont l'accusé remplit les conditions.
7. [...] supportera les frais de la cause.

## Considerations