# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 0951cb60-2f8d-5511-b00f-a55e9ef71779
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_001
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A. a.
B_, née le _ 1979, de nationalité polonaise, et A_, né le _ 1971, ressortissant britannique, se sont mariés le _ 2011 à _.
Aucun enfant n'est issu de cette union.
Par contrat de mariage du 14 septembre 2011, soumis au droit anglais, les époux ont adopté le régime anglais de la séparation de biens. Le contrat prévoit également que
"if any application is or has to be made to the court pursuant to this Agreement or relating to the Marriage and the court of England and Wales have jurisdiction at that time and the courts of one or more other legal jurisdictions also have jurisdiction to entertain such application, the parties intend that the courts of England and Wales shall deal exclusively with such application"
(§ 13.2)
.
b.
Les parties se sont installées à Genève en juin 2011.
c.
Les époux vivent séparés depuis le 16 novembre 2016, date à laquelle B_ a quitté le domicile conjugal afin de s'installer chez une connaissance.
d.
La vie séparée des parties a été organisée par des mesures protectrices de l'union conjugale prononcées par les tribunaux genevois (
JTPI/7379/2017
du
7 juin 2017 et arrêt
ACJC/1289/2017
du 6 octobre 2017).
B. a.
Par acte du 12 octobre 2017, reçu le lendemain et enregistré le 18 octobre 2017, B_ a formé une demande unilatérale en divorce auprès du Tribunal des affaires familiales de la Cour royale de justice de D_ (Grande-Bretagne), concluant au prononcé du divorce et d’une ordonnance financière en sa faveur, en application du titre II de la loi sur les affaires matrimoniales de 1973, mécanisme permettant de couvrir l’ensemble des relations patrimoniales entre les parties.
b.
A_ a sollicité un sursis à statuer le 11 janvier 2018 et B_ a requis le 16 janvier 2018 une "
Legal Services Provisions Order
".
c.
Par ordonnance rendue le 11 avril 2018, statuant sur requête de "
Legal Services Provisions Order
", le Tribunal anglais a :
- condamné A_ à verser à B_ la somme de 7'500 GBP par mois, pour la première fois le 11 avril 2018, puis le 11 de chaque mois, jusqu’à la fin de l’audience de la demande de sursis à statuer de l’époux visant la procédure anglaise ou tout autre moment déterminé par une ordonnance ultérieure (ch. 6 et 7 du dispositif),
- précisé que lesdits ch. 6 et 7 étaient suspendus jusqu’au 9 mai 2018 à 16h, dans l’attente d’une demande d'autorisation de faire appel de A_,
- fixé des délais pour l’instruction de la demande de sursis à statuer de l’époux, et
- autorisé les parties à faire état de tout développement, actuel ou futur, de la procédure en cours, au tribunal suisse parallèlement saisi.
A_ a fait appel contre cette ordonnance.
C. a.
Par acte déposé le 7 novembre 2017 auprès du Tribunal de première instance de Genève (ci-après : le Tribunal), A_ a également formé une demande unilatérale en divorce, assortie d'une requête de mesures superprovisionnelles - rejetée par ordonnance du 1
er
décembre 2017 - et provisionnelles.
Sur mesures provisionnelles, A_ a conclu à la modification de l'arrêt
ACJC/1289/2017
rendu le 6 octobre 2017 en ce qu'il le condamne à verser une contribution à l'entretien de son épouse et à la suppression de toute contribution d'entretien à compter du 1
er
octobre 2017.
Sur le fond, il a conclu à ce que le divorce des parties soit prononcé, à ce qu'il lui soit donné acte de son renoncement à demander le versement d’une contribution à son propre entretien, au partage par moitié des avoirs de prévoyance professionnelle des époux, à l'attribution en sa faveur de la propriété de l'immeuble sis 1_ à E_ [GE] et à la compensation des frais judiciaires.
b.
Lors de l’audience tenue le 21 février 2018 par le Tribunal, A_ a persisté dans ses conclusions.
Son épouse a, pour sa part, soulevé un incident de litispendance découlant de la saisine préalable du tribunal anglais.
Le Tribunal a limité les débats à la question de la détermination de sa propre compétence, de la litispendance internationale et d'une éventuelle suspension, ainsi qu'à la requête de mesures provisionnelles.
c.
Par déterminations sur mesures provisionnelles du 19 mars 2018, B_ a conclu au déboutement de A_, avec suite de frais et dépens.
Pièces à l'appui, elle a, notamment, allégué que son époux n'avait versé
aucune contribution d'entretien depuis le prononcé de l'arrêt
ACJC/1289/2017
du 6 octobre 2017, qu'elle avait présenté une demande d'indemnité à l'assurance-chômage le 1
er
janvier 2017, qui avait été rejetée dès lors qu'elle avait été salariée de l'entreprise F_ Sàrl - dont son époux était associé gérant - du 1
er
mai 2015 au 31 décembre 2016, qu'elle s'était alors retrouvée sans aucune ressource, qu'elle n'avait dès lors pas eu d'autre choix que de quitter la Suisse en date du
28 août 2017 pour se rendre à D_, où elle avait tenté de chercher du travail, de l'aide et des soutiens financiers auprès de sa famille et d'amis, qu'elle était finalement revenue à Genève dans le courant du mois d'octobre 2017, que la position d'associé gérant de F_ Sàrl de son époux avait été radiée du registre du commerce de Genève le 17 octobre 2017, qu'elle avait déposé sa demande en divorce au même moment en Angleterre, que ce n'était qu'à la suite de ces événements que la Caisse cantonale genevoise de chômage lui avait octroyé le droit de percevoir des indemnités et que ce n'était que depuis le 27 octobre 2017 qu'elle était formellement inscrite au chômage.
d.
Par déterminations sur incident de litispendance des 20 et 22 mars 2018, A_ a fait valoir que les juridictions anglaises devraient se déclarer incompétentes pour connaître du divorce et que, même si celles-ci devaient admettre leur compétence, le jugement qu'elles seraient amenées à rendre ne pourrait pas être reconnu en Suisse, de sorte que la procédure n'avait pas à être suspendue.
Il a produit le Règlement (CE) n° 2201/2003 du Conseil de l'Union Européenne du 27 novembre 2003 relatif à la compétence et l’exécution des décisions en matière matrimoniale et en matière de responsabilité parentale et le Rapport explicatif relatif à la convention établie sur la base de l’article K.3 du traité sur l’Union européenne concernant la compétence, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière matrimoniale (C 221/27 à C 221/38).
e.
Par courrier du 20 avril 2018, le conseil précédemment constitué par B_ a informé le Tribunal qu'elle cessait d'occuper avec effet immédiat et a révoqué l'élection de domicile en son Etude.
f.
Comparant depuis lors en personne, B_ a fait parvenir ses observations au Tribunal en date du 26 avril 2018 sur la question de la litispendance, concluant à ce que la procédure soit suspendue, dès lors qu'il y avait déjà une procédure de divorce valablement introduite au Royaume Uni et qu'elle prévoyait de déménager à D_ très prochainement pour des raisons professionnelles.
Elle a, notamment, produit un avis de droit anglais établi par son conseil britannique le 17 avril 2018, Me G_, selon lequel les juridictions d'Angleterre et du Pays de Galles étaient compétentes si une des conditions de l'art. 3 du Règlement (CE) n° 2201/2003 était remplie ou lorsqu'aucune juridiction d'un Etat contractant n'était compétente en vertu de ce Règlement et qu'une des parties était domiciliée en Angleterre et au Pays de Galles à la date du début de la procédure. Au moment où B_ l'avait contacté pour déposer une demande en divorce, elle ne disposait pas d'une résidence habituelle en Angleterre et n'était pas de nationalité britannique, raison pour laquelle elle avait fondé sa requête en divorce anglaise sur le domicile de son époux en Angleterre et Pays de Galles.
Me G_ précisait également que la demande reposait sur le motif du comportement frustratoire de l'époux, ce dernier s'étant comporté de telle sorte qu'on ne pouvait pas raisonnablement s'attendre à ce que l'épouse continue à vivre avec lui (les exemples de tels comportements étant les sévices corporels, les agressions verbales, l'ivresse ou la consommation de drogues).
g.
Lors de l'audience tenue le 16 mai 2018 par le Tribunal, les parties ont persisté dans leurs conclusions respectives.
A l'issue de celle-ci, la cause a été gardée à juger sur mesures provisionnelles et sur incident de litispendance.
h.
Par ordonnance
OTPI/398/2018
du 18 juin 2018, notifiée le 20 juin 2018 à A_ et le 21 juin 2018 à B_, le Tribunal de première instance, a :
-
statuant sur mesures provisionnelles, débouté l'époux des fins de sa requête de mesures provisionnelles (ch. 1 du dispositif), arrêté les frais judiciaires sur mesures provisionnelles à 3'000 fr., compensés à due concurrence avec les avances de frais versées par ce dernier (ch. 2) et mis à sa charge (ch. 3), dit qu’il n’était pas alloué de dépens (ch. 4) et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 5), et
-
statuant sur incident de litispendance internationale, suspendu l’instruction de la cause jusqu’à droit jugé par le Tribunal des affaires familiales siégeant auprès de la Cour royale de justice de D_ (cause No 2_) sur sa compétence internationale pour statuer sur la demande en divorce et ses accessoires dont il a été saisi par B_ (ch. 6) et réservé la question des frais et dépens sur le fond (ch. 7).
Le Tribunal a, en substance, considéré que la cause portée devant le Tribunal anglais et la présente cause portaient sur le même objet, à savoir une action en divorce accompagnée d'une demande de règlement des conséquences financières de celui-ci, le Tribunal genevois ayant été saisi en second.
L'époux n'avait pas rendu vraisemblable le fait que la juridiction anglaise ne pourrait rendre une décision sur sa compétence dans un délai convenable.
S'agissant de la condition selon laquelle le jugement de divorce à rendre par le Tribunal anglais devrait pouvoir être reconnu en Suisse, le premier juge a relevé que le fondement de la compétence du Tribunal anglais semblait reposer sur
l'art. 3 du Règlement 2201/2003 du 27 novembre 2003 relatif à la compétence, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière matrimoniale et en matière de responsabilité parentale (Règlement européen Bruxelles II bis), lequel prévoit notamment une compétence fondée sur la résidence habituelle au Royaume-Uni.
Or, le Tribunal a retenu qu'il n'était pas exclu que l'adresse en Suisse de l'épouse n’ait été en réalité qu’une simple boîte aux lettres, conservée pour des raisons administratives, y compris afin de pouvoir s’inscrire au chômage et en percevoir les allocations. S’il fallait ainsi concéder à l'époux qu’il n'était pas établi en l'état que le futur jugement de divorce anglais puisse être un jour reconnu en Suisse, en particulier à l’aune des critères de compétence indirecte de l’art. 26 LDIP, les faits pertinents à cet égard n’apparaissaient pas suffisamment tangibles et établis pour que le Tribunal puisse formuler avec certitude un pronostic de non reconnaissance du futur jugement anglais.
Considérant que les conditions de la litispendance posées par l'art. 9 al. 1 LDIP étaient réunies, le Tribunal a suspendu la cause en vertu de cette disposition.
Il a également retenu qu'une suspension en opportunité en application de
l'art. 126 CPC se justifiait du fait qu'il était à prévoir que le juge anglais se prononce sur sa compétence dans un proche avenir.
D. a.
Par acte expédié le 2 juillet 2018 au greffe de la Cour de justice, A_ recourt contre cette ordonnance, dont il sollicite l'annulation des ch. 6 et 7.
Cela fait, il conclut à la reprise immédiate de l'instruction, avec suite de frais et dépens.
b.
Dans sa réponse du 26 juillet 2018, B_ conclut à ce que la procédure de divorce soit "arrêtée", avec suite de frais et dépens.
Elle a produit deux pièces nouvelles, à savoir des extraits de correspondance par SMS entre les époux et un avis de prochaine clôture de l'instruction (relative au non-paiement des contributions d'entretien par l'époux et au retrait, par l'épouse, d'une somme sur un compte bancaire) établi par le Ministère public en date du
15 juin 2018.
c
. Par courrier du 13 août 2018, A_ a indiqué renoncer à répliquer.
d
.
Par courrier du 28 août 2018, les parties ont été informées par la Cour de ce que la cause était gardée à juger.
e
.
Par courrier déposé le 31 août 2018, B_ a produit une ordonnance rendue le 13 août 2018 par la Cour d'appel anglaise, par laquelle cette juridiction a refusé à A_ la permission de faire appel à l'encontre de l'ordonnance du 11 avril 2018, ainsi qu'un avis de saisie délivré le 5 juillet 2018 par l'Office des poursuites du canton de Genève.
Elle a conclu à ce qu'il soit "mis fin" à la procédure de divorce genevoise, avec suite de frais et dépens à la charge de sa partie adverse.
f
.
Par courrier du 25 septembre 2018, B_ a informé la Cour de son intention de quitter définitivement la Suisse pour Dubaï au début du mois de novembre 2018 pour des raisons professionnelles (nouvel emploi dès le 3 décembre 2018 selon le contrat de travail produit).
Ce courrier n'a pas été communiqué à la partie adverse.

## Considerations

EN DROIT
1.
1.1.
La décision ordonnant la suspension de la cause est une mesure
d'instruction qui peut, conformément à l'art. 126 al. 2 CPC, faire l'objet du recours de l'art. 319 let. b ch. 1 CPC (Gschwend / Bornatico, Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, 2013, n. 17a ad art. 126 CPC). En l'espèce, cette disposition est appliquée en lien avec l'art. 9 LDIP.