# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 9f611f60-a863-50ff-a9d2-9d5a06241abd
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_003
**Year:** 2006
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** Civil
**Law Sub-area:** $law_sub_area

## Facts

Vu, EN FAIT, la demande en justice formée le 13 octobre 2004 par T_ contre E_ SA, société anonyme active dans le commerce de différents produits, notamment alimentaires, dont le siège est à X_ (Cause C/22654/2004 - 3).
Attendu que T_ a conclu à ce que le Tribunal des prud'hommes condamne E_ SA à lui payer différentes sommes à titre notamment de salaire afférent au délai de congé (fr. 40'000.-), de treizième salaire afférent aux années 2002 à 2004 (fr. 38'866.-), d'un solde de salaire dû pour une activité déployée en 2002 (fr. 29'000.-), d'indemnité pour les vacances non prises en nature (fr. 38'866.-) et de remboursement d'une somme avancée à un administrateur et à un cadre de la société pour le paiement de billets d'avion (fr. 15'412.-);
Qu'à l'appui de sa demande, T_ a notamment allégué :
qu'il avait été chargé par E_ SA d'effectuer une analyse de la société dès juillet 2001;
que dès janvier 2002, il avait été chargé d'étudier la faisabilité d'un projet de collaboration entre E_ SA et A_ SA, société anonyme notamment active dans la fabrication de spiritueux, dont le siège est à Y_, projet intitulé "Mythen" et prévoyant une prise de participation de la première société dans le capital de la seconde;
qu'il déployait cette activité du lundi au mercredi dans les locaux de E_ SA, moyennant un salaire journalier de fr. 800.- brut, et accomplissait également des heures de travail dans les locaux de A_ SA, lesquelles lui étaient rémunérées par E_ SA;
qu'après l'abandon du projet initial, les deux sociétés avaient continué à collaborer, de sorte qu'il lui avait été demandé dès janvier 2003 de travailler à mi-temps dans les locaux de E_ SA et à mi-temps dans les locaux de A_ SA, moyennant un salaire annuel brut de fr. 260'000.- versés par E_ SA;
que E_ SA avait mis à sa disposition un véhicule de fonction dès avril 2003;
que E_ SA facturait à A_ SA le travail accompli dans les locaux de cette dernière, de même que les frais de déplacement;
qu'en incapacité de travailler pour raison de maladie du 16 août au 2 novembre 2003, T_ avait continué à percevoir l'intégralité de son salaire de E_ SA, qui percevait les indemnités de sa compagnie d'assurance perte de gains;
que, capable de travailler à mi-temps dès le 3 novembre 2003, il avait repris son activité dans les locaux de A_ SA;
que E_ SA avait toujours été son seul employeur pendant la période concernée et que la société avait résilié son contrat de travail le 23 décembre 2003, avec effet à la fin février 2004, sans s'acquitter de l'intégralité de ses obligations;
Que T_ a également produit les documents suivants :
un certificat de salaire afférent à l'année 2002, portant sur un salaire annuel brut de fr. 186'400.-, établi par E_ SA (pièce 3 dem.);
la lettre du 23 décembre 2003 par laquelle E_ SA annonce résilier son contrat de travail en raison des mauvais résultats 2003 et de la suppression de son poste (pièce 7 dem.);
le certificat de travail établi par E_ SA, décrivant l'activité déployée pour la société dès le printemps 2001 (pièce 11 dem.);
un certificat de salaire afférent à l'année 2003, portant sur un salaire annuel de fr. 240'000.-, établi par E_ SA (pièce 20 dem.);
Vu le mémoire de réponse et de demande reconventionnelle déposé au greffe de la Juridiction des prud’hommes le 6 décembre 2004 par E_ SA, laquelle concluait au rejet de la demande et à la condamnation de T_ à lui payer la somme de fr. 31'100.-, à titre d'indemnité pour le dommage subi ensuite de l'utilisation du véhicule de fonction à des fins privées et d'une atteinte à son image imputable à son ancien employé;
Attendu que E_ SA a notamment allégué :
que T_ était entré à son service en janvier 2002 à raison de trois jours par semaine, du lundi au mercredi, moyennant un salaire journalier de fr. 800.- brut;
qu'à cette époque, T_ collaborait également avec A_ SA;
qu'il avait proposé d'étudier les synergies pouvant être développées entre les deux sociétés. Que E_ SA avait accepté de verser à T_ une rétribution supplémentaire pour le travail accompli les jeudis et vendredis dans les locaux de A_ SA pour mener son étude à bien, sur la base de décompte établi par l'employé;
que dès janvier 2003, il avait été convenu que le salaire de T_ serait financé pour moitié par A_ SA et pour moitié par elle-même, E_ SA se chargeant de verser l'intégralité du salaire;
Vu les documents produits par E_ SA à l'appui de son écriture, soit notamment :
le certificat de prévoyance établi par la caisse inter-entreprises de prévoyance professionnelle au 31 décembre 2003, mentionnant E_ SA comme employeur et le montant brut de fr. 240'000.- comme salaire annuel de référence;
une note du 22 décembre 2002 relative aux salaires de E_ SA en 2003, établie par T_, comportant un tableau des propositions d'augmentation proposée pour les différents employés et mentionnant un salaire de fr. 10'000.- pour lui-même.
Vu la réponse à la demande reconventionnelle déposée le 10 janvier 2005 au greffe de la Juridiction des prud'hommes, par laquelle T_ a indiqué persister dans les termes de sa demande et conclu au rejet de la demande reconventionnelle;
Vu le chargé complémentaire déposé par T_ à l'appui de son écriture;
Vu en particulier le procès-verbal de la séance du 14 novembre 2002 dans le cadre du projet "Mythen", à laquelle avaient participé B_, administrateur unique de E_ SA, C_, administrateur de A_ SA, et T_ (pièces 22 et 28 dem.);
Attendu qu'il ressort de cette pièce que les deux sociétés voulaient mettre sur pied une
joint-venture
dans le but de développer et commercialiser certains produits et qu'une nouvelle société devait être créée en 2002, pour être opérationnelle en 2003;
Que A_ SA devait assurer le préfinancement de la phase d'essai;
Qu'il restait à déterminer qui de E_ SA ou de son administrateur unique serait le partenaire de A_ SA;
Que T_ devait devenir responsable du marketing de cette société;
Que A_ SA s'inquiétait encore des garanties devant lui être données de ce qu'elle pourrait bénéficier à longs termes de l'assistance de deux personnes, dont T_, également susceptibles de devenir actionnaires;
Qu'il était prévu qu'après la fondation de la nouvelle société, T_ travaillerait trois jours à Genève pour E_ SA et deux jours pour la nouvelle société;
Que A_ SA s'inquiétait des conflits d'intérêts potentiels que T_ pourrait rencontrer;
Que le salaire mensuel brut de T_ devait être de fr. 20'000.-;
Qu'il restait à déterminer qui comptabiliserait les salaires et que les conséquences d'une affiliation de T_ par deux sociétés aux différentes assurances sociales devaient encore être étudiées;
Vu également la télécopie du 3 décembre 2002 (pièce 23 dem.), par laquelle l'administrateur unique de E_ SA précisait n'avoir pas pris, à ce stade, de décision ferme quant à sa participation dans la nouvelle société que A_ SA désirait créer en 2002;
Attendu qu'en vue du démarrage de la société nouvelle, E_ SA imaginait que l'activité de T_ et les coûts y afférents devaient vraisemblablement être répartis par moitié;
Attendu que par pli du 21 janvier 2005, le greffe de la Juridiction des prud'hommes a communiqué à E_ SA la liste de témoins déposées par sa partie adverse, sur laquelle figurait notamment C_, administrateur de A_ SA;
Vu la demande d'appel en cause de A_ SA dans la cause C/22654/2004 - 3, formée par E_ SA le 7 février 2005, soit le jour même de l'audience du Tribunal des prud'hommes;
Attendu que E_ SA a motivé son appel en cause par l'engagement que A_ SA aurait pris de payer la moitié du salaire de T_;
Vu l'ouverture de la procédure C/2827/2005 - 3 relative à l'appel en cause;
Attendu qu'à l'audience du 7 février 2005 dans la cause C/22654/2004 - 3, T_ a notamment allégué que le montant de fr. 186'400.- brut perçu de E_ SA en 2002 à titre de salaire couvrait l'activité déployée dans les locaux des deux sociétés;
Que le Tribunal des prud'hommes a communiqué aux parties sa décision de rejeter la requête d'appel en cause; qu'il a procédé immédiatement à l'audition de C_, en qualité de témoin;
Que par jugement du 25 avril 2005, le Tribunal des prud'hommes a motivé sa décision, considérant que l'appel en cause, formé en février 2005, soit deux mois après le dépôt de son mémoire de réponse, l'avait été tardivement et, partant, qu'il était irrecevable;
Que ledit jugement a été expédié aux parties pour notification par pli LSI du 4 mai 2005 et a été notifié à E_ SA au plus tôt le lendemain;
Vu l'appel interjeté par E_ SA le 6 juin 2005, tendant à l'annulation du jugement du Tribunal des prud'hommes, à l'admission de l'appel en cause, à la jonction de la présente cause à la cause C/22654/2004 - 3 et à la condamnation de A_ SA à relever et garantir E_ SA de la moitié de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre à la demande de T_;
Vu les pièces déposées à l'appui dudit appel, soit notamment la copie des factures adressées par E_ SA à A_ SA correspondant aux "honoraires ... de Monsieur T_" (pièce 20 appelante);
Vu le mémoire de réponse à l'appel déposé par A_ SA le 12 septembre 2005 au greffe de la Juridiction des prud'hommes, tendant à ce que la Cour d'appel rejette l'appel et confirme le jugement d'irrecevabilité de l'appel en cause;
Attendu que A_ SA estime que l'appel en cause est tardif, dès lors qu'il n'a pas été formé d'entrée de cause, soit avant toute défense au fond;
Que A_ SA conteste, par ailleurs, avoir une position de garant de E_ SA pour les éventuelles dettes de cette dernière à l'égard de T_; qu'elle conteste avoir été liée par un quelconque contrat de travail avec T_, soutenant à cet égard que celui-ci, employé par E_ SA, avait été chargé en janvier 2002 d'étudier les possibilités de rapprochement des deux sociétés, activité pour laquelle il avait été rémunéré par E_ SA; qu'en janvier 2003, après l'abandon d'un projet de prise de participation de E_ SA dans le capital de A_ SA, les deux sociétés avaient convenu, pour poursuivre leur collaboration, que E_ SA mettrait T_ à disposition de A_ SA à raison de 50% de son temps de travail et facturerait cette prestation pour un montant correspondant à la moitié du salaire de l'employé; que E_ SA était restée l'unique employeur de T_, assumant seule le paiement des charges afférentes à son engagement, notamment des cotisations sociales, des primes de prévoyances professionnelle et des primes d'assurance perte de gains; que E_ SA facturait mensuellement des "honoraires" à A_ SA, auxquels s'ajoutaient 7,6% de TVA; que E_ SA facturait également, une fois par année, 30% des frais de déplacement de T_;
Que, par ailleurs, A_ SA fait valoir que E_ SA s'était acquittée seule du paiement du salaire de T_ pendant l'incapacité de travail de ce dernier du 16 août au 2 novembre 2003, E_ SA étant au surplus indemnisée par l'assurance perte de gains; que A_ SA s'était également vu facturer des honoraires par E_ SA pour l'activité déployée par T_ du 3 novembre au 31 décembre 2003; que dès cette date, E_ SA n'avait plus adressé aucune facture ni émis aucune prétention à l'encontre de A_ SA en relation avec la mise à sa disposition de T_ jusqu'à la fin décembre 2003;
Que A_ SA qualifie de "contrat de mise à disposition de personnel" le contrat l'ayant liée à E_ SA et affirme que les rapports entre les deux sociétés étaient, en conséquence, étrangers au droit du travail et relevaient du mandat, de sorte que la compétence matérielle de la Juridiction des prud'hommes n'était pas donnée pour connaître du litige opposant E_ SA à A_ SA;
Que A_ SA soutient encore que ses rapports avec T_ ne relevaient pas non plus du contrat de travail, si bien qu'il n'existait, en conséquence, aucun rapport de solidarité ou de garantie entre l'employeur de T_ et elle-même et que les différentes conditions de recevabilité de l'appel en cause n'étaient ainsi pas réunies;
Vu la réponse à l'appel déposé par T_ le 13 septembre 2005 au greffe de la Juridiction des prud'hommes, tendant à ce que la Cour d'appel rejette l'appel de E_ SA et confirme l'irrecevabilité de l'appel en cause;
Attendu que T_ soutient également avoir été mis à disposition de A_ SA par E_ SA, cette dernière société étant son seul employeur; que E_ SA avait facturé cette prestation à A_ SA en 2003 et l'avait vraisemblablement fait également en 2002; que les certificats de salaire afférents aux années 2002 et 2003, établis par E_ SA, portaient sur l'intégralité des montants qu'il avait perçus, y compris ceux relatifs à l'activité accomplie dans les locaux de A_ SA; que le certificat de prévoyance de la Caisse inter-entreprises de prévoyance professionnelle au 31 décembre 2003, portant sur l'intégralité du salaire soumis à cotisation, mentionne E_ SA comme seul employeur; que E_ SA avait continué à lui verser l'intégralité de son salaire pendant son incapacité partielle de travailler, quand bien même il travaillait alors exclusivement dans les locaux de A_ SA et que E_ SA ne percevait des indemnités pertes de gain qu'à raison d'un mi-temps;
Que le fait qu'il ait été nommé administrateur de A_ SA le 10 février 2005, après une période de chômage, n'est pas pertinent;
Que E_ SA a allégué pour la première fois en appel que T_ avait été employé par les deux sociétés; que même si tel avait été le cas, E_ SA n'avait pas à appeler en cause A_ SA, mais devait se contenter de conclure au rejet des prétentions de T_ en tant qu'elles concernaient son activité avec cette seconde société;
Que la Juridiction des prud'hommes n'était ainsi pas compétente
ratione
materiae
pour connaître du litige opposant les deux sociétés;
Que l'appel en cause devait également être déclaré irrecevable en raison de sa tardiveté et de l'excessive complexification de la procédure que son admission entraînerait;

## Considerations

Vu, EN DROIT, l'article 57 de la Loi sur la juridiction des prud'hommes (ci-après LJP), à teneur duquel le président de la Cour d'appel statue seul et sans audience sur les questions de nature procédurale;
Considérant que tel est le cas en l'espèce;
Que l'appel a été interjeté dans la forme et le délai prescrits par la loi (art. 59 LJP) et que l'émolument de mise au rôle, d'un montant de fr. 880.-, a été versé dans le délai fixé par le greffe (art. 60 al. 1 LJP);
Qu'il est en conséquence recevable;
Qu'à teneur de l’article 104 de la Loi de procédure civile (ci-après LPC), une partie peut appeler un tiers en cause s’il a un intérêt direct à contraindre le tiers à intervenir dans la procédure;
Que l’article 104 LPC a la même teneur que l’article 83 du code vaudois de procédure civile (ci-après CPC/VD), dont le législateur genevois s’est inspiré (
Bertossa
/Gaillard/Guyet/Schmidt
, Commentaire de la loi de procédure civile genevoise, n. 5 ad art. 104);
Que l’appel en cause est recevable s’il apparaît que les cinq conditions suivantes sont vraisemblablement remplies :
1) l’appelant en cause dispose d’un intérêt direct à l’intervention forcée du tiers, soit un intérêt suffisant pour pouvoir légitimement imposer l’alourdissement du procès à l’autre partie principale (
Poudret
/Wurzburger/Haldy
, Procédure civile vaudoise, n. 2 ad art. 83 CPC/VD);
2) le tiers est codébiteur ou garant de l’appelant en cause, étant précisé que celui qui peut être tenu pour responsable de l’obligation faisant l’objet de l’action dirigée contre l’appelant en cause a la qualité de garant (
Bertossa
/Gaillard/ Guyet/Schmidt
, op. cit., n. 3 ad art. 104);
3) le tiers est justiciable du tribunal saisi de la demande principale (cf. ci-dessous);
4) l’appelant en cause dispose de l’un des motifs prévus à l’art. 104 al. 1 lit. a-c LPC, soit qu’il pourra faire valoir contre le tiers, s'il succombe, une prétention récursoire ou en dommages-intérêts, qu’il entend lui opposer le jugement ou qu’il pourra faire valoir contre le tiers des prétentions connexes à celles qui sont en cause;
5) la requête d’appel en cause est formulée d’entrée de cause, avant toute défense au fond, soit dans le délai de réponse (
Bertossa
/Gaillard/Guyet/Schmidt
, op. cit., n. 1 ad art. 104;
Poudret
/Wurzburger/Haldy
, op. cit., ad art. 84 CPC/VD;
Hohl
, procédure civile, T. I, n. 651, p. 128);
Que le juge peut en outre refuser l’appel en cause lorsqu’il entraînerait une complication excessive du procès (article 104 al. 2 LPC); qu’en matière prud’homale, cette disposition doit être interprétée au regard des exigences de simplicité et de rapidité très strictes imposées par l’article 343 al. 2 CO ou, lorsque la valeur litigieuse est supérieure à fr. 30'000.-, par l’article 11 LJP;
Que la cinquième condition susmentionnée n'est pas remplie dans le cas d'espèce;
Qu'en effet, l'appelante a formé sa requête deux mois après avoir déposé son mémoire de réponse et demande reconventionnelle, quand bien même elle disposait de toutes les informations nécessaires avant même l'ouverture de la procédure;
Qu'elle a, par ailleurs, déposé sa requête d'appel en cause au greffe de la Juridiction des prud'hommes le jour même de l'audience du Tribunal, à laquelle elle avait été convoquée un mois plus tôt;
Qu'en procédure prud'homale, les causes sont fréquemment instruites en une seule audience et délibérées le soir même;
Que les témoins sont également convoqués et entendus lors de la première audience, lorsqu'il ne ressort pas du dossier qu'une question de procédure devra être préalablement traitée par le Tribunal;
Que c'est ainsi à bon droit que le Tribunal a jugé la requête de l'appelante, formée bien après le dépôt de son mémoire réponse et quelques heures avant le début de l'audience d'enquêtes, tardive et, partant, irrecevable;
Qu'en outre la troisième condition de recevabilité de l'appel en cause n'est, en l'occurrence, pas remplie non plus;
Qu'en effet, l'appelé en cause n'est justiciable de la juridiction saisie de l'action principale qu'à la condition que ladite juridiction soit également compétente pour connaître du litige opposant l'appelé en cause à l'appelant en cause;
Qu'à teneur des articles 8 de la Loi fédérale sur les fors en matière civile et 57A al. 2 de la Loi d'organisation judiciaire (ci-après LOJ), le juge saisi de l'action principale est également compétent pour connaître de l'intervention et de l'action en garantie dirigée par une des parties au procès principal contre le tiers garant;
Que la compétence
ratione
loci
de la Juridiction des prud'hommes est ainsi donnée pour connaître des prétentions de E_ SA à l'encontre de A_ SA;
Qu'en revanche, l’appel en cause ne doit pas permettre de déroger aux règles de compétence matérielle, sous réserve d’un cas d’application de l’article 32 LOJ (
Bertossa
/Gaillard/Guyet/Schmidt
, op. cit., n. 4 ad art. 104);
Que la présente procédure ne constitue manifestement pas un cas d'application de l'article 32 LOJ, soit une des situations envisagées à l'article 31 al. 1 lit. b n. 2 et 3 LOJ;
Que la doctrine et la jurisprudence admettent que la compétence d’une juridiction puisse être étendue au-delà de sa compétence matérielle habituelle lorsqu’elle est saisie d’une objection de compensation ou de conclusions reconventionnelles, pour autant que lesdites conclusions se trouvent dans un rapport de connexité suffisant avec la demande principale et que le litige paraisse ainsi relever de manière prépondérante d’une matière attribuée par la loi à la juridiction saisie (
Bertossa
/ Gaillard/Guyet/Schmidt
, op. cit., n. 9 lit. c ad art. 98);
Que la situation de l’appel en cause diffère des deux situations susmentionnées en ceci qu’il n’a pas seulement pour effet d’inviter le juge à trancher d’autres conclusions que les conclusions principales, mais également de greffer sur le litige initial un second litige opposant des parties différentes; qu’il y a ainsi lieu de se montrer plus restrictif en matière d’appel en cause, de manière à protéger le droit des tiers de voir leur cause soumise au juge matériellement compétent de par la loi;
Que les principes évoqués ci-dessus ne sauraient dès lors trouver application dans le cas d’espèce;
Qu’au contraire de la loi de procédure civile genevoise, le code vaudois de procédure civile prévoit expressément, en son article 88, que l’appel en cause peut entraîner, d’un point de vue intracantonal, une attraction de compétence
ratione
loci
et
ratione
valoris
; que les commentateurs du Code de procédure vaudois précisent qu’une attraction de compétence matérielle est également possible, nonobstant le silence de la loi sur le sujet; qu’ils excluent néanmoins toute attraction de compétence
ratione
materiae
si l’action contre l’appelé en cause ne rentre pas dans la compétence exclusive du juge premier saisi; qu’il est ainsi exclu que l’appelé en cause puisse être contraint de procéder devant la juridiction des baux et loyers si le litige qui l’oppose à l’appelant en cause ne relève pas du droit du bail; que d’une manière plus générale, l’appel en cause ne doit pas permettre de déroger aux règles impératives ou absolues de compétence matérielle (
Poudret
/Wurzburger/Haldy
, op. cit., n. 3 ad art. 88 CPC/VD);
Que l’article 1 LJP est une règle de compétence exclusive, réservant à la juridiction des prud’hommes la compétence matérielle de trancher les contestations relatives aux rapports de travail, au sens du titre dixième du Code des obligations;
Qu'en l'espèce, les éventuels engagements de l'appelée en cause à l'égard de l'appelante pourraient trouver leur fondement dans un contrat de mandat ou un contrat innommé, un contrat de société simple, voire une éventuelle responsabilité précontractuelle liée au projet de collaboration que les deux sociétés étudiaient, mais ne découlent en tout cas pas de rapports de travail;
Qu’ainsi, en admettant que les principes développés par la doctrine et la jurisprudence vaudoises puissent trouver application en procédure genevoise, ces principes ne permettraient pas non plus d’attraire A_ SA devant la Juridiction des prud’hommes pour des raisons de connexité, dès lors que l’article 1 LJP est une règle de compétence exclusive et impérative et que le litige l'opposant à l'appelante ne découle pas de rapports de travail;
Que la décision des premiers juges doit ainsi également être confirmée pour ce motif-là;
Que le litige principal ne présente pas de difficultés particulières et que le Tribunal des prud’hommes devrait pouvoir conduire l’instruction de la cause et rendre sa décision dans des délais raisonnables;
Que l’admission de l'appel en cause ne pourrait que retarder considérablement l’avancement de la procédure, ce qui contreviendrait au principe de célérité énoncé à l'article 11 LJP;
Que la décision des premiers juges doit aussi être confirmée pour cette troisième raison;
Que l'émolument de mise au rôle versé par l'appelante, qui succombe, restera acquis à l'Etat de Genève (article 78 al. 1 LJP);
* * * * * *