# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 9cf1e6ca-e838-4e46-9767-277fa96a578a
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2003
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A. X._, né en 1956, est titulaire d'un permis de conduire pour voitures depuis 1989. Le fichier des mesures administratives contient les inscriptions suivantes à son sujet :
- un retrait du permis de conduire d'une durée de trois mois, du 21 mars 1992 au 20 juin 1992 pour une ivresse au volant;
- un retrait du permis de conduire d'une durée de quinze mois, du 7 janvier 1996 au 6 avril 1997 pour une ivresse au volant (1,69 gr.
) commise en état de récidive, le 7 janvier 1996 à Bex.
B. Le dimanche 9 mars 2003, vers 01h30, l'intéressé a circulé sur la Route de St-Triphon à Monthey, alors qu'il se trouvait sous l'influence de l'alcool. La prise de sang effectuée à 02h40 a révélé un taux d'alcoolémie de 2,18 gr.
au minimum. Le permis de conduire de l'intéressé n'a pas été saisi.
C. Par décision du 8 mai 2003, le Service des automobiles, considérant qu'au vu du taux d'alcoolémie élevé et de la récidive d'ivresse au volant, il y avait lieu de
craindre qu'il ne souffre d'un penchant pour l'alcool, a ordonné le retrait du permis de conduire de X._ à titre préventif, ainsi que l'interdiction de piloter les cyclomoteurs; l'autorité a également informé l'intéressé que, passé le délai pour déposer d'éventuelles observations, elle mettrait en oeuvre une expertise auprès de l'UMTR.
L'intéressé a déposé son permis de conduire auprès du Service des automobiles en date du 12 mai 2003.
D. Contre la décision du 8 mai 2003, X._ déposé un recours en date du 30 mai 2003. Il demande au tribunal de lui permettre de conduire dans le cadre de sa profession (électricien selon le rapport de police versé au dossier) qui nécessite un véhicule pour le transport du matériel sur différents chantiers. Il conclut dès lors implicitement à l'annulation de la décision attaquée.
Par lettre du 28 2003, le recourant a demandé à l'autorité intimée de lui accorder une dispense pour qu'il puisse continuer à conduire dans le cadre de sa profession. Par lettre du 12 juin 2003, l'autorité intimée a répondu au recourant qu'elle n'était pas en mesure d'entrer en matière quant à une éventuelle autorisation de conduire pour lui permettre d'exercer son activité lucrative, dans la mesure où les doutes concernant son aptitude à conduire subsistent.
Le tribunal a délibéré par voie de circulation à réception du dossier de l'autorité intimée et décidé de rendre le présent arrêt.

## Considerations

Considérant en droit:
1. A teneur de l'art. 17 al. 1 bis première phrase LCR, le permis de conduire doit être retiré pour une durée indéterminée si le conducteur n'est pas apte à conduire un véhicule automobile, soit pour cause d'alcoolisme ou d'autres formes de toxicomanie, soit pour des raisons d'ordre caractériel, soit pour d'autres motifs. L'art. 23 al. 1 in fine LCR prévoit qu'en règle générale, l'autorité entendra l'intéressé avant de lui retirer son permis de conduire ou de le soumettre à une interdiction de circuler. Toutefois, aux termes de l'art. 35 al. 3 OAC, le permis de conduire peut être retiré immédiatement, à titre préventif, jusqu'à ce que les motifs d'exclusion aient été élucidés. Malgré le silence de l'art. 35 al. 3 OAC sur ce point, le retrait préventif ne peut être ordonné que si l'urgence du retrait justifie que l'on prive le conducteur de la possibilité d'être entendu et de faire juger son cas sur la base d'un dossier complet. L'instruction doit se poursuivre ensuite sans désemparer. Le retrait préventif est une mesure de sécurité qui doit être justifiée à la fois par l'importance des craintes que suscite le conducteur et l'urgence qu'il y a de l'écarter immédiatement de la circulation. Compte tenu de la gravité de l'atteinte
que peut causer un retrait immédiat du permis à titre préventif, l'autorité doit mettre en balance l'intérêt général à préserver la sécurité routière et l'intérêt particulier du conducteur (arrêt CR 96/0072 du 1er avril 1996 et les références citées; arrêt CR 97/113 du 26 juin 1997; arrêt CR 97/263 du 14 novembre 1997).
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, un retrait du permis à titre préventif peut être ordonné jusqu'à ce que les motifs d'exclusion aient été élucidés, dès qu'il existe des éléments objectifs qui font apparaître le conducteur comme une source particulière de danger pour les autres usagers de la route et suscitent de sérieux doutes quant à son aptitude à conduire (ATF 125 II 492; ATF 122 II 359).
2. Le Tribunal fédéral a précisé qu'en matière de toxicomanie, il en va de la drogue comme de l'alcool: la dépendance de la drogue doit être telle que l'intéressé est plus exposé que toute autre personne au danger de se mettre au volant dans un état - durable ou momentané - qui ne garantit plus une conduite sûre. Le retrait de sécurité présuppose la preuve d'une telle dépendance; le soupçon de toxicomanie à la drogue (respectivement à l'alcool) justifie seulement le retrait préventif du permis de conduire pendant la durée de l'instruction (ATF 124 II 559).
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, un examen de l'aptitude à conduire doit être ordonné lorsqu'un conducteur a circulé avec un taux d'alcoolémie de 2,5 gr.‰ ou plus, même s'il n'a pas commis d'infraction de cette nature dans les cinq ans qui précèdent. En effet, les personnes pouvant atteindre un taux d'alcoolémie aussi élevé présentent une tolérance à l'alcool très élevée qui fait, en règle générale, naître le soupçon d'une dépendance à l'alcool (ATF 126 II 185). Dans un arrêt subséquent, le Tribunal fédéral a jugé qu'il existe un soupçon concret et important d'alcoolodépendance lorsqu'un conducteur conduit deux fois en état d'ivresse en l'espace de cinq ans avec un taux d'alcoolémie de 1,6 gr.‰ au minimum (ATF 126 II 361).
3. En l'espèce, le recourant a commis trois ivresses au volant en l'espace de onze ans. Il a circulé avec un taux d'alcoolémie de 2,18 gr.
, sept ans et trois mois après la commission d'une ivresse au volant s'élevant à 1,69 gr.
, elle même commise un peu moins de quatre ans après la première ivresse. Cela étant, le recourant ne remplit pas les conditions dans lesquelles la jurisprudence admet d'emblée l'existence d'un soupçon d'alcoolodépendance, justifiant un réexamen de l'aptitude à conduire : en effet, le taux d'alcoolémie constaté est nettement inférieur à 2,5 gr.
et le laps de temps écoulé entre la commission des deux ivresses est largement supérieur à cinq ans. On ne se trouve dès lors pas dans un cas où le tribunal a jugé que, même si
les faits ne concordaient pas en tous points avec les conditions posées par la jurisprudence du Tribunal fédéral, la situation était néanmoins comparable et faisait naître un soupçon d'alcoolodépendance justifiant le retrait préventif du permis, comme il l'a fait dans les arrêts CR 2003/0098 (deux ivresses de 1,73 gr.
et 1,33 gr.
commises en l'espace de deux ans et trois mois seulement) et CR 2003/0060 (trois ivresses de 1,47 gr.
, 1,41 gr.
et 2,09 gr.
commises en l'espace de 5 ans et 4 mois, les deux dernières ivresses en l'espace d'un an et 4 mois seulement). Dans ces deux arrêts, la grande proximité dans le temps entre les ivresses commises a permis au tribunal de compenser les taux d'alcoolémie inférieurs aux seuils posés par la jurisprudence; mais, dans le cas présent, cette "compensation" entre les critères n'est pas possible, puisque ni la condition du laps de temps de cinq ans entre les ivresses, ni celle du taux d'alcoolémie minimum n'est remplie.
Par conséquent, les éléments au dossier ne permettent pas de conclure à l'existence d'un soupçon concret et important d'alcoolodépendance chez le recourant. En l'absence de sérieux doutes quant à sa capacité de conduire, un retrait du permis de conduire à titre préventif ne se justifie pas. Dans ces conditions, seul un retrait d'admonestation doit être prononcé à l'encontre du recourant à titre de sanction de l'infraction d'ivresse au volant commise par ce dernier en application de l'art. 17 al. 1 lit. b LCR.
Le retrait du permis à titre préventif devant être annulé, l'obligation de se soumettre à une expertise auprès de l'UMTR ne se justifie pas non plus. La décision attaquée doit dès lors annulée et le recours admis sans frais pour le recourant. Par ailleurs, le permis de conduire sera restitué au recourant dans l'attente de la nouvelle décision que rendra l'autorité intimée dans le cadre de la procédure de retrait pour ivresse au volant.