# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** da22db28-454a-42a6-8320-87d812da2430
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2007
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
A._, née le 2.********, s’est inscrite en tant que demandeuse d’emploi au taux d’activité de 60% le 1
er
septembre 2004 auprès de l’Office régional de placement de 1.******** (ci-après : ORP) et a été mise au bénéfice d’un délai cadre d’indemnisation du 1
er
septembre 2004 au 31 août 2006.
B.
Assignée le 23 mars 2005 à effectuer un stage « Entreprise d’entraînement » à Yverdon, du 4 avril au 3 octobre 2005, l’assurée a renoncé à participer à la mesure, invoquant des problèmes de déplacement. Assignée à nouveau le 21 avril 2005 à suivre une mesure de marché du travail auprès de « Puissance L » à Lausanne, elle a fait savoir à l’ORP, par lettre du 25 avril 2005, qu’elle ne pourrait pas suivre la mesure pour les motifs suivants :
« Mon mari, comme je l’ai déjà mentionné, a des horaires irréguliers et le véhicule de la famille lui est indispensable.
En outre, étant donné que ma maman va partir tout prochainement en Turquie pour une période indéterminée, je n’ai actuellement aucune possibilité concernant la garde de ma petite fille de quatre ans.
(...)
Cependant, si une éventuelle opportunité de travail se présentait dans l’avenir et si possible à 1.******** ou dans les environs, je reste ouverte à toutes propositions pour autant que je puisse également m’organiser sans négliger ma famille. »
Invitée à se déterminer quant à son aptitude au placement, A._ a précisé par lettre du 2 mai 2005 ce qui suit :
« Je ne tiens en aucun cas à ce que ma petite fille soit placée dans une garderie, crèche, maman de jour non seulement pour des raisons personnelles mais également pour le côté onéreux que ces moyens de garde représentent.
Cependant, ma maman (tierce personne, pas demandeuse d’emploi) accepte volontiers de garder ma fille en fonction de ses possibilités.
En outre cette mesure peut se mettre en place à partir du début septembre 2005 (ma maman rentrera en Suisse à fin août) et toutes les questions pratiques telles jours et heures de garde seront discutés de vive voix avec elle.
Par ailleurs, elle pourra vous fournir une attestation écrite concernant la garde de ma fille si vous le souhaitez.
(...) »
C.

## Considerations

Par décision du 2 juin 2005, l’ORP a déclaré l’assurée inapte au placement à compter du 14 mars 2005. Il a retenu que celle-ci n’avait pas été en mesure de produire une attestation de garde en cas de reprise d’emploi. Considérant qu’elle avait suivi plusieurs mesures actives dont la dernière s’était terminée le 11 mars 2005, il a admis qu’elle était apte au placement jusqu’à cette date.
A._ a formé opposition contre cette décision par lettre du 6 juin 2005 en ces termes :
« (...) J’ai refusé les cours suivants qu’elle m’a assignés et j’ai bien expliqué que ce n’est pas des cours qu’il me faut mais que je souhaitais travailler. A plusieurs reprises lors de nos entretiens, ma conseillère m’a fait la remarque de sortir du chômage.
Si le chômage m’aurait trouvé un travail convenable à 1.********, ou dans les environs, il n’y aurait eu aucun problème pour la garde de ma fille.
(...) »
L’inaptitude au placement a été confirmée par décision sur opposition du 10 octobre 2005, non contestée auprès du Tribunal administratif, et dont on extrait ce qui suit :
« (...) Il paraît évident que pour être en mesure d’accepter un emploi et une mesure du marché du travail, un assuré ayant la garde d’un enfant doit pouvoir à tout moment et sans tarder confier ce dernier à un tiers. Un assuré ne peut pas se dire disposé à trouver une solution de garde seulement pour prendre un emploi et non pour participer à une mesure assignée par l’ORP. Soit il dispose d’une solution de garde pour toutes les éventualités prévues à l’art. 15 LACI, soit il ne peut pas se prévaloir d’une telle solution (...) L’opposante a clairement déclaré qu’elle n’entendait pas confier sa fille à une crèche, une garderie ou une maman de jour, et qu’elle disposerait d’une possibilité de faire garder sa fille que dès le retour de sa mère de Turquie, à la fin du mois d’août. A teneur de l’art 17 al. 3 lettre c LACI, l’assuré a l’obligation, lorsque l’autorité compétente le lui enjoint, de fournir les documents permettant de juger s’il est apte au placement. En l’occurrence, l’assurée n’a fourni une telle preuve que jusqu’au 11 mars 2005, et ce de manière implicite, en suivant trois cours auxquels elle avait été assignée. Par contre, au-delà de cette date, cet élément probant fait défaut (...)»
D.
Compte tenu de la décision d’inaptitude au placement à partir du 14 mars 2005, la Caisse cantonale de chômage (ci-après : la caisse) a, par décision du 7 juin 2005, demandé à l’assurée restitution de la somme de 1'236,75 francs, correspondant à des indemnités versées à tort pour le mois de mars 2005.
L’obligation de restituer a été confirmée par la caisse par décision sur opposition du 23 novembre 2005. Cette dernière a fait l’objet d’un recours au Tribunal administratif le 1
er
décembre 2005. L’assurée a toutefois retiré celui-ci et déposé une demande de remise de l’obligation de restituer.
E.
Par décision du 21 décembre 2006, le Service de l’emploi, instance juridique chômage, a rejeté la demande de remise au motif que la condition de la bonne foi n’était pas réalisée. L’assurée a formé opposition par acte du 8 janvier 2007, laquelle opposition a été rejetée par décision du 5 avril 2007.
F.
A._ a interjeté recours au Tribunal administratif contre cette décision par acte du 25 avril 2007. Elle allègue avoir touché à la fin du mois de mars 2005 ses indemnités comme chaque mois et qu’à aucun moment une lettre ne lui a été adressée pour l’informer de possibles sanctions et d’un remboursement. Elle précise n’avoir été informée de son inaptitude au placement que le 7 juin 2005, un laps de temps d’environ deux mois s’étant alors écoulé entre le moment où elle a touché l’indemnité litigieuse et la demande de restitution, tous ces éléments démontrant sa bonne foi. Ayant deux enfants à charge et ne pouvant compter que sur le seul revenu de son mari, elle ajoute être dans une situation financière difficile et dans l’impossibilité de rembourser la somme réclamée.
Le service de l’emploi s’est déterminé le 25 mai 2007. Il conclut au maintien de sa décision sur opposition.
La Caisse cantonale de chômage et l’ORP de 1.******** ont transmis leur dossier sans formuler d’observations.
Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de 30 jours fixé par l'art. 60 al. 1 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales du 6 octobre 2000 (LPGA ; RS 830.1), le recours est intervenu en temps utile. Il est au surplus recevable en la forme.
2.
Le principe de la restitution ne fait pas l’objet de la procédure. En effet, la décision sur opposition du 23 novembre 2005, selon laquelle la recourante a perçu à tort des indemnités de chômage pour le mois de mars 2005, est entrée en force. Il en résulte que le remboursement de ces prestations est dû. Le tribunal se limitera donc à examiner si les conditions d’une éventuelle remise sont réalisées.
3.
a) L'ancien art. 95 al. 2 de la LF du 25 juin 1982 sur l'assurance chômage et l'indemnité en cas d'insolvabilité (LACI) permettait, sur demande, de renoncer à exiger la restitution de prestations indues si leur bénéficiaire était de bonne foi en les acceptant et si leur restitution devait entraîner des rigueurs particulières. Ces conditions étaient cumulatives (v. notamment, arrêt PS.2001.0026 du 12 février 2002; cf. en outre, Gerhard Gerhards, Kommentar zum Arbeitslosenversicherungsgesetz, n° 40 ad art. 95 LACI). Depuis le 1
er
janvier 2003, l’art. 95 LACI a été remplacé par l’art. 25 al. 1 LPGA qui dispose que les prestations indûment touchées doivent être restituées (1
ère
phrase); la restitution ne peut être exigée lorsque l’intéressé était de bonne foi et qu’elle le mettrait dans une situation difficile (2
ème
phrase). La jurisprudence ayant trait à l’art. 95 al. 2 aLACI demeure toutefois d’actualité
.
b) L'ignorance par l'assuré du fait qu'il n'avait pas droit aux prestations d'assurance ne suffit pas pour admettre qu'il était de bonne foi. Il faut bien plutôt que le bénéficiaire des prestations ne se soit rendu coupable, non seulement d'aucune intention malicieuse, mais aussi d'aucune négligence grave. Il s'ensuit que la bonne foi, en tant que condition de la remise, est exclue d'emblée lorsque les faits qui conduisent à l'obligation de restituer (violation du devoir d'annoncer ou de renseigner) sont imputables à un comportement dolosif ou à une négligence grave. En revanche, l'assuré peut invoquer sa bonne foi lorsque l'acte ou l'omission fautifs ne constituent qu'une violation légère de l'obligation d'annoncer ou de renseigner (ATF 112 V 97 cons. 2c; ATF C 110/01 du 23 janvier 2002, cons. 4a; v. également Gerhards, op. cit., n° 41 ad art. 95, p. 781).
c) La jurisprudence du Tribunal fédéral des assurances (TFA) contient un certain nombre de précédents au sujet des critères permettant d'admettre ou d’exclure la bonne foi de l'assuré. Ainsi, dans un arrêt relativement ancien, a été admise la bonne foi d'un assuré qui n'avait pas annoncé la prise d'une activité lucrative alors qu'il était au bénéfice des prestations complémentaires AI, au motif que l'intéressé n'avait pas une pleine capacité de discernement et que son tuteur ignorait les faits (ATF 112 V 97). Peu après, le Tribunal fédéral des assurances a également admis la bonne foi d'un assuré qui recevait des indemnités de chômage alors qu'il était dans l'attente d'une décision AI (ATF 116 V 290). Le TFA a nié par contre la bonne foi d'un assuré qui avait déclaré n'avoir déployé aucune autre activité que celles pour laquelle des indemnités spécifiques lui étaient allouées, alors qu'il avait occupé un emploi durant pratiquement toute la période en cause (ATF C 154/01 du 6 novembre 2001). Enfin, il a refusé d'admettre la bonne foi d'une assurée qui avait annoncé un emploi à mi-temps sur ses premières cartes de contrôle pour ne plus en faire état par la suite. Il a estimé que l'intéressée n'avait pas voué le soin que l'on pouvait attendre de sa part dans de telles circonstances, de sorte que l'on devait admettre l'existence d'une négligence grave excluant ainsi le droit à une remise. Dans cette affaire, le TFA a considéré que l'assurée devait se douter que l'annonce de ses gains aurait probablement conduit la caisse à réduire le montant de ses indemnités de chômage, cela d'autant plus que ses revenus globaux excédaient les rémunérations qu'elle percevait avant sa mise au chômage partiel (DTA 1996-1997 n° 25).
Plus récemment, le Tribunal administratif a qualifié de légère la faute d’une assurée qui pensait de bonne foi que la solution de garde dont elle disposait pour son enfant était concrètement réalisable et qui s’est révélée inadéquate lors d’une offre d’emploi temporaire (PS 2005.0074 du 19 juin 2006). Il a également admis la bonne foi d’une assurée qui disposait effectivement d’une solution de garde pour son enfant, la bonne foi ne pouvant toutefois plus être admise à partir du moment où l’assurée savait ne plus pouvoir compter sur cette solution (PS.2006.0022 du 19 juin 2006).
d) En l’espèce, la recourante a indiqué lors de son premier entretien avec son conseiller ORP qu’elle n’avait pas de problème de garde pour sa fille. Elle a par la suite expliqué les raisons qui l’ont conduites à refuser les mesures qui lui étaient proposées. Elle a précisé, dans sa lettre du 25 avril 2005 qu’elle n’avait
« actuellement »
aucune possibilité
de garde compte tenu du départ prochain de sa mère pour la Turquie. Elle a
en outre
précisé dans sa lettre du 2 mai
qu’elle ne tenait pas à placer sa fille dans une crèche ou auprès d’une maman de jour, mais qu'elle pourrait la confier à sa mère à partir du début septembre 2005. Il résulte de l’ensemble de ces éléments, d’une part que la garde de sa fille était dévolue à la grand-mère de celle-ci, et ce dès le début de la période de chômage, d’autre part que son problème de garde n’était effectif qu’au mois d’avril. En conséquence, aucune négligence grave ne peut lui être imputée pour le mois de mars. En outre, elle n’a pas contrevenu à son devoir d’informer, respectivement dissimulé des faits déterminants, mais a au contraire donné toutes explications utiles au moment où celles-ci étaient sollicitées. En définitive, la recourante ne s’est rendue coupable d’aucun comportement fautif, et sa bonne foi doit être reconnue pour la période litigieuse. Il appartiendra à l’autorité intimée d’examiner sa situation financière, puisque les deux conditions posées à l’art. 25 al. 1 LPGA sont cumulatives.