# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 8e509399-3a19-57fe-967e-41ba0ab75e88
**Court:** BE_VB
**Chamber:** BE_VB_001
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** BE / Espace_Mittelland
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Urban Planning and Environmental

## Facts

I. Faits
1. Le 7 juillet 2015, l'intimé 1 et l'intimée 2 ont déposé une demande de permis pour la
construction d'une villa individuelle sur la parcelle no AA._ (ch. de J._ 30)
du ban de La Neuveville. Cette parcelle est située en zone d'habitation à deux niveaux H2
et elle jouxte la zone agricole (vignoble). La parcelle voisine no AB._ (ch. de
J._ 32), propriété du recourant 1 et de la recourante 2, comporte une villa
construite selon permis de construire du 6 juillet 2011 et elle partage le même chemin
d'accès. Ce chemin dessert d'abord deux autres parcelles sur lesquelles sont sises des
villas bâties dans la première moitié des années 70, à savoir no XB._ (ch. de
J._ 26) propriété de la recourante 5 et no XA._ (ch. de J._ 28)
propriété du recourant 3. Le chemin est partie intégrante des parcelles privées, il est situé
respectivement à cheval sur les parcelles nos XB._ et XA._ d'une part,
puis sur les parcelles nos AB._ et AA._ d'autre part.
A la demande de la préfecture, la commune a fait savoir par courrier du 3 novembre 2015
qu'en raison du projet de l'intimé 1 et de l'intimée 2, il fallait considérer ce chemin comme
équipement de détail.
Le 2 décembre 2015, l'intimé 1 et l'intimée 2 ont remis des plans modifiés (des 20/24 no-
vembre 2015) prenant en compte les compléments demandés par la préfecture et la com-
mune. Il s'agissait notamment de la suppression d'installations (escalier et mur) au motif
qu'elles sont situées à l'intérieur de la zone d'interdiction de la route, ainsi que de la démo-
lition d'une partie de celle-ci sur toute sa longueur à raison d'une bande de 90 cm de large.
Le 4 avril 2016, l'intimé 1 et l'intimée 2 ont remis des plans modifiés présentant une réduc-
tion des dimensions de la villa de sorte à respecter une distance à la limite de 5,25 m par
rapport à la limite sud (au lieu de 5,23 m précédemment).
Le projet a été publié le 1er juillet 2016. Plusieurs voisins, dont les recourants et recou-
rantes, ont formé opposition.
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Le 23 mars 2017, l'intimé 1 et l'intimée 2 ont remis une nouvelle fois des plans modifiés
prenant en compte des arguments de certaines oppositions (notamment celles du recou-
rant 1 et de la recourante 2), que la commune avait fait siens. Il s'agissait notamment du
déplacement de l'attique à raison de 1,50 m en direction de l'est et de la suppression des
couverts rétractables (stores à bannes).
2. Par décision du 19 juin 2018, la préfecture a rejeté les oppositions et octroyé le per-
mis de construire.
3. Par écriture du 11 juillet 2018, le recourant 1 et la recourante 2 ont interjeté recours
auprès de la Direction des travaux publics, des transports et de l'énergie (TTE). A titre
principal, le recourant 1 et la recourante 2 concluent à l'annulation de la décision du 19 juin
2018 et au rejet de la demande de permis. A titre subsidiaire, ils concluent au renvoi de la
cause à la préfecture. Ils font valoir que les gabarits ne correspondaient pas aux plans de
la demande de permis et qu'ils ont été retirés en janvier 2017. Ils sont d'avis que la modifi-
cation de mars 2017 aurait dû faire l'objet d'une nouvelle publication. Ils mettent en doute
le respect de la hauteur du bâtiment et requièrent la production du rapport complet du
géomètre permettant d'apprécier la déclivité du terrain, voire la mise en œuvre d'un expert
neutre. Par ailleurs, le recourant 1 et la recourante 2 font valoir l'insuffisance de l'accès
sous l'angle de la protection contre le feu et des services sanitaires, ou requièrent à tout le
moins la tenue d'une inspection locale en vue de lever les incertitudes à cet égard. Ils s'op-
posent à la démolition de la bande de route, et ce également du point de vue de l'évacua-
tion des eaux. Ils critiquent le choix de la façade ouest pour la mesure de la grande dis-
tance à la limite.
4. Par écriture du 18 juillet 2018, le recourant 3 et la recourante 4 ainsi que la recou-
rante 5 ont interjeté recours auprès de la TTE. A titre principal, ils concluent à l'annulation
de la décision du 19 juin 2018 et au rejet de la demande de permis. A titre subsidiaire, ils
concluent à la suspension de l'entrée en vigueur de cette décision jusqu'au moment où il
sera établi que le terrain en cause est équipé de manière suffisante. Ils font valoir que l'im-
passe qui donne accès aux parcelles nos XB._, XA._ et AB._ est
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un passage privé réglé par des servitudes. Ils estiment en substance qu'un plan de quartier
ou un plan de route serait nécessaire s'agissant de l'équipement de la parcelle
no AA._ mais que ces instruments ne relèvent pas de la compétence de la
préfecture. Compte tenu de l'usage accru du droit de passage, le recourant 3 et la
recourante 4 ainsi que la recourante 5 envisagent une modification de la servitude.
5. L'Office juridique, qui conduit les procédures pour le compte de la TTE1, a joint les
deux procédures de recours.
6, Dans leur mémoire de réponse du 15 août 2018, corrigé le 23 août 2018 (signatures),
l'intimé 1 et l'intimée 2 concluent au rejet des recours. Ils renvoient à la motivation de la
décision attaquée. Ils estiment envisageable, s'agissant du recours du recourant 3 et de la
recourante 4 ainsi que de la recourante 5, de s'engager à maintenir ou rétablir à la fin des
travaux l'impasse dans l'état où elle se trouve actuellement. En substance, l'intimé et l'inti-
mée s'en remettent à justice quant à savoir si la partie du chemin d'accès située sur les
biens-fonds des recourants susmentionnés est privée ou communale.
7. Dans sa prise de position du 21 août 2018, la préfecture conclut au rejet des recours
et à la confirmation de sa décision, dont elle renvoie aux considérants. Au surplus, s'agis-
sant des gabarits, elle estime regrettable de n'avoir pas été informée de leur enlèvement
prématuré. Elle relève toutefois qu'une nouvelle publication du projet pour ce seul motif
constituerait une vaine formalité, dans la mesure où tous les opposants ont malgré tout
valablement pu faire valoir leurs griefs à l'encontre du projet, et ce bien avant le mois de
janvier 2017.
8. Dans sa prise de position du 22 août 2018, la commune conclut au rejet des recours
et à la confirmation de la décision attaquée. Elle estime que la modification de projet inter-
venue après l'enlèvement des gabarits ne nécessitait pas de nouvelle publication. Elle est
d'avis qu'aucun argument du recours ne permet de remettre en cause le plan technique
1 art. 7 de l'ordonnance du 18 octobre 1995 sur l'organisation et les tâches de la Direction des travaux publics, des transports et de l'énergie, OO TTE, RSB 152.221.191
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établi par le géomètre s'agissant de la déclivité du terrain. Pour ce qui est de l'accès des
services de secours, la commune relève que les prises de position spécialisées ne men-
tionnent pas l'impossibilité d'une intervention. La commune s'estime propriétaire par l'effet
de la loi du chemin d'accès et annonce qu'elle établira la décision constatant le transfert de
propriété dès l'entrée en force du permis de construire relatif à la parcelle no AA._.
A ce titre, elle ne s'oppose pas à la démolition d'une partie de la route, de sorte que le
bâtiment puisse respecter la distance à la route. La commune est d'avis que la réduction
de la largeur n'empêche pas la route d'absorber le trafic résultant de la villa projetée ni ne
porte atteinte à la sécurité routière.
9. Par ordonnance du 20 septembre 2018, sur la base d'un examen sommaire, l'Office
juridique a fait connaître aux parties sa position selon laquelle le tronçon de chemin à che-
val sur les parcelles nos AB._ et AA._ serait à considérer comme une voie
d'accès à la maison sise sur la parcelle no AB._, et non comme une route de
l'équipement de détail qui impliquerait le respect des prescriptions en matière de distance à
la route. Pour ce qui est du tronçon de chemin à cheval sur les parcelles nos XB._
et XA._, l'office a fait savoir qu'il l'estimait remplir la fonction d'une route de
l'équipement de détail, et ce depuis la construction de la maison sur la parcelle
no AB._. Il a invité les participants à la procédure à se prononcer à ce sujet.
Aux yeux du recourant 3 et de la recourante 4 ainsi que de la recourante 5, "si dans les
faits, le tronçon sur les parcelles nos XB._ et XA._ remplit la fonction d'une
route de l'équipement de détail, en droit il s'agit d'une fonction qui est régie par le droit
civil".
Le recourant 1 et la recourante 2 sont d'avis que le chemin à cheval sur les parcelles
nos AB._ et AA._ doit également être traité comme un équipement de
détail, dès lors que l'ensemble du chemin est uniforme et rectiligne.
Selon la commune, le tronçon de chemin à cheval sur les parcelles nos XB._ et
XA._ a été construit après le 1er janvier 1971 et était dès le début une route de
l'équipement de détail donnant accès aux immeubles construits sur les parcelles
nos XB._ et XA._ sur la base d'un permis de construire octroyé le 14 juin
1971. A son avis, une route de viabilisation construite après le 1er janvier 1971 et
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desservant plusieurs biens-fonds (sauf viabilité fondamentale) constitue par la loi une route
de viabilité de détail et, partant, une route publique communale. Aux yeux de la commune,
le chemin d'accès sur les parcelles nos AB._ et AA._ constitue, par sa
fonction et la date de sa construction, un équipement de détail. La commune précise
qu'elle s'est fondée sur l'avis de droit d'une inspectrice des constructions et sur le rapport
d'un ingénieur.
10. Invités par l'Office juridique en fonction du contenu de son ordonnance du
20 septembre 2018, l'intimé et l'intimée ont fait parvenir le 15 novembre 2018 une modifi-
cation de projet consistant d'une part en la renonciation à la démolition d'une partie de la
voie d'accès à raison d'une bande de 90 cm et, d'autre part, en la réduction du bâtiment
aux fins du respect de la distance à la limite par rapport à la parcelle no AB._.
11. Les participants à la procédure ont eu l'occasion de se prononcer au sujet de la
modification de projet. Le recourant 1 et la recourante 2 estiment que cette nouvelle modi-
fication diffère de manière importante des plans déposés initialement et qu'une nouvelle
publication devrait avoir lieu, incluant la pose de nouveaux gabarits.

## Considerations

II. Considérants
1. Recevabilité
Le recours porte sur une décision globale au sens de l'article 9 LCoord2. Conformément à
l'article 11, alinéa 1 LCoord, une telle décision ne peut être attaquée ‒ indépendamment
des griefs invoqués ‒ que par la voie de recours admise en procédure directrice. La procé-
dure directrice est en l'occurrence la procédure d'octroi du permis de construire (art. 5, al. 1
LCoord). En vertu de l’art. 40 al. 1 LC3, les décisions relatives à l’octroi d’un permis de
construire peuvent faire l’objet d’un recours auprès de la TTE. Les recourants et les recou-
2 loi de coordination du 21 mars 1994, LCoord, RSB 724.1
3 loi du 9 juin 1985 sur les constructions, LC, RSB 721.0
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rantes se trouvent toutes et tous dans un rapport de voisinage immédiat par rapport au
projet contesté. Par conséquent, ils et elles sont particulièrement atteints et atteintes par la
décision attaquée et ont un intérêt personnel et digne de protection à la modification ou à
l'annulation de celle-ci. A cet égard, ils et elles ont donc qualité pour recourir (art. 40 al. 2
LC en relation avec art. 35 al. 2 let. a LC). Au surplus, les recours ont été déposés en
temps utile et selon les formes légales. Ils sont par conséquent recevables quant à la
forme.
2. Gabarits
a) Le recourant 1 et la recourante 2 font valoir diverses lacunes relatives aux gabarits,
qui à leurs yeux auraient nécessité une nouvelle publication. En substance, ils sont d'avis
que les gabarits implantés différaient considérablement des plans de la demande de per-
mis de construire de juillet 2016 (sic, recte: 2015) s'agissant des distances aux limites et
qu'il manquait un gabarit en ce qui concernerait un "couvert côté sud". Le recourant 1 et la
recourante 2 déplorent que les gabarits aient été enlevés en janvier 2017 et que la cote du
sol fini concernant le rez-de-chaussée n'ait pas été marquée. Ils invoquent également que
les plans modifiés du 23 mars 2017 différaient de manière importante des plans déposés
initialement et que, par conséquent, de nouveaux gabarits auraient dû être posés et une
nouvelle publication effectuée. Finalement, ils estiment qu'il en va de même de la modifica-
tion de projet intervenue au cours de la présente procédure.
b) Si une construction projetée n'est pas piquetée conformément aux prescriptions au
moment de la publication, ou si le gabarit diffère considérablement des plans, la publication
sera répétée une fois le vice corrigé, et le délai d'opposition prolongé d'autant (art. 16 al. 4
DPC4).
La pose de gabarits doit permettre, en complément des plans, d'illustrer le projet. Ils ont en
outre pour effet de rendre celui-ci public à l'attention des personnes concernées. Les gaba-
rits doivent reproduire les éléments essentiels du projet. Pour les détails, les opposants et
opposantes doivent se référer au dossier. Les gabarits doivent être mis en place simulta-
nément au dépôt de la demande de permis et laissés en place jusqu'à l'entrée en force de
4 décret du 22 mars 1994 concernant la procédure d'octroi du permis de construire, DPC, RSB 725.1
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la décision sur le projet (art. 16 al. 1 et 2 DPC). Le retrait prématuré des gabarits n'est en
règle générale pas dommageable, si ce n'est que le ou la maître de l'ouvrage s'expose à
devoir les poser une nouvelle fois à la demande de l'autorité de recours. La personne qui
ne subit pas d'inconvénient du fait de vices liés aux gabarits n'est pas habilitée à faire va-
loir le grief correspondant. 5
Il y a modification de projet lorsque le projet reste le même dans ses éléments fondamen-
taux (art. 43 al. 1 DPC). Lorsqu'une modification de projet intervient pendant la procédure
d'octroi du permis de construire, l'autorité compétente peut, après avoir entendu les partici-
pants à la procédure et, le cas échéant, les tiers nouvellement touchés par la modification
du projet, poursuivre la procédure sans nouvelle publication, pour autant que des intérêts
publics ou des intérêts prépondérants des voisins ne soient pas davantage touchés par la
modification que par le projet original (art. 43 al. 2 DPC). Dans le cas contraire, il faut pu-
blier la modification de projet ou au moins la communiquer aux voisins et mettre ceux-ci au
bénéfice des règles ordinaires du droit d'opposition (délai de 30 jours notamment).6
En cas de modification de projet, la pose de nouveaux gabarits ne s'impose que si la modi-
fication doit être publiée.7
c) Lors de la procédure d'octroi du permis, aussi bien le recourant 1 (agissant alors
seul) que la recourante 2 (déjà représentée) ont pu former opposition et faire valoir leurs
griefs. Même dans l'hypothèse où les gabarits, jusqu'au dépôt public, n'auraient pas cor-
respondu aux prescriptions, le recourant 1 et la recourante 2 n'ont donc pas été empêchés
de former opposition dans le délai. Dans cette mesure, ils ne peuvent par conséquent se
prévaloir d'aucun intérêt digne de protection. Faute de qualité pour recourir à cet égard,
leur recours est irrecevable sur ce point. Matériellement, leur grief devrait de toute façon
être considéré comme infondé. Le recourant 1 et la recourante 2 font essentiellement valoir
qu'il manquait un gabarit pour un couvert. Or aucun plan ne fait état d'un couvert. Il n'y a
que deux places de stationnement en plein air du côté est de la maison, qui selon les plans
respectent la distance à la limite de 2 m prescrite à l'art. 41 RC8. Au surplus, entre le dépôt
5 arrêt du Tribunal fédéral 1C_501/2017 du 27 août 2018, consid. 3; Aldo Zaugg / Peter Ludwig, Kommentar zum Baugesetz des Kantons Bern, 4e éd., tome I, Berne 2013 (ci-après Zaugg / Ludwig I), art. 34 n. 20 6 Zaugg / Ludwig I, art. 32-32d n. 13 7 Zaugg / Ludwig I, art. 34 n. 22 8 règlement de construction de la commune de La Neuveville du 3 décembre 1995
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de la demande et le dépôt public, il y a eu deux modifications du projet, qui toutefois n'ont
aucune influence sur les intérêts publics ou les intérêts prépondérants des voisins (sup-
pression d'un mur et d'un escalier aux abords du chemin d'accès; réduction des dimen-
sions de la villa de 2 cm aux fins du respect de la distance à la limite au sud; s'agissant de
la démolition d'une bande le long du chemin d'accès, cf. consid. 2e ci-dessous). Ces modi-
fications de projet ne nécessitaient donc ni nouvelle publication ni modification des gaba-
rits.
Le grief du recourant 1 et de la recourante 2 relatif à l'absence d'indication de la cote du sol
fini serait également infondé. Le projet prévoit très peu de modifications de terrain. Le ter-
rain aménagé, au niveau du rez-de-chaussée, est inférieur au niveau du terrain naturel
(max. 35 cm env.). Par conséquent, la cote du sol fini du rez-de-chaussée ne pouvait phy-
siquement pas être marquée au moyen d'une latte transversale conformément à l'art. 16
al. 1 DPC, dernière phrase.
d) Les modifications de projet intervenues toujours pendant la procédure d'octroi du
permis, mais après le dépôt public puis l'enlèvement des gabarits, n'ont pas non plus
d'influence sur les intérêts publics ou les intérêts prépondérants des voisins. En mars 2017,
il s'agissait du déplacement de l'attique à raison de 1,50 m en direction de l'est ainsi que de
la renonciation aux couverts rétractables (stores). Ces modifications sont intervenues à la
suite des oppositions, notamment celles du recourant 1 et de la recourante 2, appuyées en
cela par la commune. Par conséquent, il relève de la mauvaise foi d'exiger une nouvelle
publication ainsi que la pose de nouveaux gabarits à cet égard. Le recourant 1 et la recou-
rante 2 font valoir que d'autres opposants potentiels se seraient sans doute opposés au
projet en cas de nouvelle publication et de nouveaux gabarits. La partie recourante n'est
pas habilitée à faire valoir l'absence de gabarits pour le compte de tiers qui auraient été
empêchés de faire valoir leurs droits9. Au demeurant, tous les voisins directs et voisines
directes du projet, y compris les propriétaires de la parcelle no XY._ sise au sud de
la parcelle no AA._, ont participés en tant qu'opposants et opposantes en
procédure d'octroi du permis. L'enlèvement prématuré des gabarits n'a pas porté préjudice
aux opposants et opposantes. Faute d'intérêt digne de protection, ce grief du recourant 1 et
de la recourante 2 est irrecevable.
9 Zaugg / Ludwig I, art. 34 n. 20; jugement du Tribunal administratif du canton de Berne JTA 100/2011/263 du 25 juin 2012, consid. 2.3
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e) Le recourant 1 et la recourante 2 requièrent la publication et la pose de gabarits
concernant la modification de projet intervenue pendant la présente procédure de recours
en date du 15 novembre 2018. Cette modification consiste d'une part en la réduction des
dimensions du bâtiment à raison de 5 cm au nord, aux fins du respect de la distance à la
limite par rapport à la parcelle no AB._ et, d'autre part, en la renonciation à la
démolition d'une partie du chemin d'accès, à raison d'une bande de 90 cm de large.
Si le projet est modifié durant la procédure de recours, il convient d'entendre la commune,
la partie opposée et les tiers touchés par la modification. L'autorité de recours peut ren-
voyer l'affaire à l'instance inférieure pour qu'elle en continue le traitement (art. 43 al. 3
DPC). Ici aussi, une nouvelle publication et, le cas échéant, l'adaptation des gabarits ne se
justifie que si la modification de projet touche davantage les intérêts publics ou les intérêts
prépondérants des voisins que le projet original.10 La réduction des dimensions du bâtiment
ne touche ni les intérêts des voisins et voisines ni les intérêts publics, au contraire. Quant à
la renonciation à la démolition de la bande de 90 cm, le recourant 1 et la recourante 2 l'ont
eux-mêmes appelée de leurs vœux. Ils n'ont pas d'intérêt digne de protection à la nouvelle
publication et à la pose de nouveaux gabarits. Par conséquent, leur requête est irrece-
vable.
3. Qualification du chemin d'accès
a) La qualification du chemin d'accès sans issue, desservant les parcelles
nos XB._ et XA._ d'une part et les parcelles nos AB._ et
AA._ d'autre part, est contestée. S'agissant du tronçon sis sur les parcelles
nos AB._ et AA._ (tronçon arrière), la qualification est déterminante
notamment quant au calcul de la distance que doit respecter le présent projet. Si ce
tronçon est qualifié d'accès aux maisons au sens de l'art. 106 al. 3 LC, il s'agit d'une route
purement privée par rapport à laquelle les distances aux routes ne s'appliquent pas; seules
les distances à la limite sont alors déterminantes. Si la fonction de ce tronçon est celle d'un
équipement de détail au sens de l'art. 106 al. 2 let. b LC – tronçon certes construit par des
personnes privées mais affecté à l'usage commun selon l'art. 13 al. 2 ou al. 3 LR11, les dis-
tances aux routes s'appliquent (cf. art. 80 LR). Pour ce qui est du tronçon sis sur les par-
10 Zaugg / Ludwig I, art.32-32d n. 13a 11 loi sur les routes du 4 juin 2008, LR, RSB 732.11
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celles nos XB._ et XA._ (tronçon avant), sa qualification intervient dans la
question de savoir si les parcelles nos AB._ et AA._ bénéficient de
l'accessibilité au réseau routier et/ou à quel titre elles jouissent du droit d'utiliser cette voie
de manière durable (accès suffisant sur le plan juridique12, cf. consid. 4d ci-dessous).
b) Les parcelles nos XB._, XA._, AB._ et AA._ sont
situées à l'extrême limite nord de la zone à bâtir (zone H2); les parcelles nos XB._,
AB._ et AA._ sont contiguës au périmètre de protection du vignoble. Le
chemin de J._, plus précisément le tronçon constitué de la parcelle no I._,
y mène; il s'agit également d'un chemin sans issue qui s'arrête à la limite de ce périmètre.
La commune est propriétaire de ce chemin. Il longe les parcelles nos XB._ et
XA._. Les parcelles nos XB._ et AB._ sont situées le plus au
nord. Les parcelles nos AB._ et AA._ sont longées à l'est par un chemin
vigneron (parc. no K._), les murs situés de part et d'autre de celui-ci sont protégés
et leur destruction est interdite (art. 112 RC et plan13).
Les parcelles nos XB._, XA._, AB._ et AA._ ont été
distraites d'une seule et même parcelle (autrefois no XX._ ) en deux étapes
distinctes. Le 29 mars 1971, le parcellement n'a d'abord concerné que les
nos XB._ et XA._ ; il a été assorti de droits de passage réciproques ainsi
qu'en faveur de la parcelle mère. L'inscription des servitudes au registre foncier a eu lieu le
27 avril 1971. L'assiette était définie de la façon suivante: le droit de passage était consti-
tué le long de la limite des parcelles nos XB._ et XA._ à raison d'une
largeur totale de 4 m, soit d'une largeur de 2 m sur la parcelle no XB._ et de 2 m
sur la parcelle no XA._. A peu de choses près (angle ouest de la parcelle
no XA._, cf. consid. 4c ci-dessous), le chemin effectivement réalisé correspond à
l'assiette dessinée sur le plan de situation du 13 mars 1971.
La surface restante de la parcelle initiale (désormais no XY._), correspondant
notamment aux futures parcelles nos AB._ et AA._, fut intégrée à la zone
12 Jeannerat, Commentaire pratique LAT, art. 19 n. 35 13 plan des murs protégés 1 du 3 décembre 1995
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à bâtir à partir du plan de zones du 3 décembre 199514, après avoir fait partie de la zone de
protection du vignoble (reste du territoire)15.
Par acte du 10 septembre 2010, le propriétaire de la parcelle no XY._ en a distrait
la parcelle no AB._. En vue de permettre l'accès aux parcelles résultant de ce
morcellement, le propriétaire a également constitué un droit de passage mutuel sur les
parcelles concernées, le chemin d'accès étant prévu à cheval sur la limite commune entre
les parcelles nos AB._ et (alors) XY._. L'acte prévoit encore que les frais
d'entretien et de rénovation du droit de passage (revêtement, déneigement, nettoyage, etc)
seront assumés par les propriétaires à parts égales. Les assiettes respectives, dessinées
approximativement sur le plan de mutation, tendent à confirmer que la largeur du chemin
était censée être répartie à parts égales sur les deux parcelles concernées, à l'instar de la
répartition des frais d'entretien. Le contrat de vente, du 10 septembre 2010 également,
stipule que les coûts de construction du chemin d'accès seront assumés pour moitié par
les acquéreurs de la parcelle no AB._ et pour moitié par le vendeur (propriétaire de
la parcelle no XY._ ).16
Sur la base du dossier, on ignore si le morcellement de la parcelle no AA._ a été
effectué à la même date que celui de la parcelle no AB._. La vente de la parcelle
no AA._ paraît à tout le moins avoir été réalisée au 24 mai 2011 au plus tard.17
Selon le permis de construire octroyé le 6 juillet 2011 relatif à la (seule) parcelle
no AB._, le chemin d'accès figure sur le plan montrant l'aménagement des
abords.18 La largeur du chemin sise sur la parcelle no AB._ est de 2,20 m, alors
qu'elle est de 2,80 m sur la parcelle voisine, dont le numéro n'apparaît pas sur le plan
(no XY._ ou no AA._ ). Le propriétaire voisin n'a pas signé la demande de
permis (cf. art. 10 al. 2 DPC). On ignore de qui il s'agissait, car aucun plan de situation
figurant au dossier y relatif ne comporte les noms des propriétaires des parcelles voisines
(cf. art. 13 al. 1 let. a DPC). Selon le plan d'aménagement du 31 octobre 2018
14 encore applicable à la présente demande de permis (cf. art. 36 LC), la plan de zones actuel du 15 juin 2016 étant inchangé à cet égard. 15 plan de zone du 28 novembre 1982 16 dossier communal relatif au permis de construire du 6 juillet 2011, p. 38 17 dossier communal relatif au permis de construire du 6 juillet 2011, p. 46 18 plan sous-sol / rez / étage du 9 mars 2011, dossier communal relatif au permis de construire du 6 juillet 2011, p. 25
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correspondant au présent projet, la largeur du chemin sise sur la parcelle no AB._
est de 2,15 m, alors qu'elle est de 2,45 m sur la parcelle no AA._.
c) La législation sur les constructions distingue, suivant leur fonction, l'équipement de
base, l'équipement de détail ainsi que les accès et raccordements aux maisons.19 L'équipe-
ment général comprend les réseaux principaux des installations d'équipement et les amé-
nagements qui y sont liés (art. 106 al. 2 let. a LC), l'équipement de détail relie plusieurs
biens-fonds aux installations de l'équipement général (art. 106 al. 2 let. b LC); quant aux
raccordements et accès aux maisons, ils relient un bâtiment ou un groupe homogène de
bâtiments au réseau d'équipement (art. 106 al. 3 LC). Les prescriptions régissant l'équipe-
ment de détail ne s'appliquent pas aux accès ou aux raccordements des maisons (art. 107
al. 3 LC).
Selon une jurisprudence assez abondante – à laquelle essentiellement la commune se
réfère, une installation qui dessert plusieurs maisons individuelles ne peut en règle géné-
rale plus être considérée comme raccordement domestique. Autrement dit, une route qui
viabilise plusieurs immeubles ne peut en règle générale plus être qualifiée d'accès aux
maisons, mais est réputée équipement de détail.20 Toutefois, la doctrine admet que des
exceptions à ce principe sont envisageables.21 Quelques exemples contraires existent en
jurisprudence aussi.22 En particulier, le Tribunal administratif a admis que deux parcelles
puissent avoir la jouissance commune d'un accès privé.23 Il a aussi considéré que, du mo-
ment que la construction d'un chemin desservant deux parcelles reposait, notamment
quant à son tracé, sur un contrat de constitution de servitude et non sur le plan de viabilité
de détail, il fallait considérer ce chemin comme un accès aux maisons; au demeurant, la
fonction concrète de ce chemin correspondait également à un accès aux maisons.24
19 JTA 100.2010.150 du 9 août 2010, consid. 3.2 20 JTA 100.2010.150 du 9 août 2010, consid. 3.3 et jurisprudence citée 21 Peter Ludwig, Die Baulanderschliessung nach bernischem Recht, in BVR/JAB 1982 p. 411, spéc. 417 22 Aldo Zaugg / Peter Ludwig, Kommentar zum Baugesetz des Kantons Bern, 4e éd., tome II, Berne 2017 ( Zaugg / Ludwig II), art. 106/107 n. 13 23 JTA 17900 du 10 mai 1990, consid. 4 24 JTA 19062 du 6 mai 1994, consid. 3d
OJ no 110/2018/98 14
La qualification juridique d'une installation peut changer: un accès à une maison devient un
équipement de détail par l'effet de la loi (art. 109 al. 2 LC par analogie) si ultérieurement
plusieurs bâtiments sont desservis par le chemin en question.25
d) Selon l'actuelle loi sur les constructions, l'obligation d'équiper incombe à la commune
(art. 108 al. 1 LC).26 Dans certains cas, il existe des organes particuliers responsables de
l'équipement technique. Dans d'autres cas et à certaines conditions, le conseil communal
confie par voie contractuelle la mise en place de l'équipement technique (élaboration des
plans et construction) aux propriétaires fonciers intéressés (art. 108 al. 1 LC en relation
avec art. 109 al. 1 LC). Le principe selon lequel l'obligation d'équiper incombe à la com-
mune est assoupli à l'art. 109 LC, ce pour tenir compte de façon adéquate du cas particu-
lier. Toutefois, le transfert par contrat de l'obligation aux propriétaires privés ou aux pro-
priétaires privées ne dispense pas la commune de son obligation de principe et de ses
devoirs de surveillance.27 Dans cette mesure les installations d'équipement, une fois ache-
vées, deviennent de plein droit (c'est-à-dire que la décision et l'inscription au registre fon-
cier qui suivent le contrat n'ont qu'un effet déclaratoire28) la propriété de la commune au
sens de l'art. 109 al. 2 LC. Ce régime n'est applicable qu'aux installations d'équipement et
non aux accès aux maisons (art. 107 al. 3 LC). En effet, les accès aux maisons sont tou-
jours privés29 et sont partie intégrante des parcelles respectives – sauf prescriptions (cf.
p. ex. art. 106 al. 2 LC) ou conventions contraires30.
Un contrat au sens de ce qui précède suppose que les organes communaux d'une part et
les propriétaires concernés d'autre part ont, réciproquement et d'une manière concordante,
manifesté leur volonté quant à son objet et son contenu (art. 1 CO31).32 Depuis l'entrée en
vigueur de la LC actuelle, il n'est plus possible à un propriétaire foncier ou une propriétaire
foncière ayant demandé un permis de construire de faire installer de son propre chef
25 décision de l'OJ no 110/2018/56 du 20 août 2018, consid. 5c et jurisprudence citée 26 Zaugg / Ludwig II, art. 108 n. 1 27 Zaugg / Ludwig II, art. 108 n. 1 et art. 109 n. 1 28 Zaugg / Ludwig II, art. 109 n. 20 et 22 29 OJ no 110/2018/56 du 20 août 2018, consid. 5c 30 Zaugg / Ludwig II, art. 106/107 n. 15 31 code des obligations du 30 mars 1911, CO, RS 220 32 Zaugg / Ludwig II, art. 109 n. 3 et 7
OJ no 110/2018/98 15
l'équipement nécessaire, dès lors que c'est fondamentalement la commune qui est respon-
sable de l'élaboration du projet d'équipement technique et de sa réalisation.33
Il en allait différemment sous l'empire de l'ancienne loi sur les constructions de 1970, en-
trée en vigueur le 1er janvier 1971, selon laquelle l'obligation d'équiper incombait aux pro-
priétaires fonciers.34 En effet, selon les art. 76 ss aLC, les installations de la viabilité de
détail devaient être en principe réalisées par les propriétaires fonciers intéressés, qui de-
vaient s'accorder entre eux. Il n'y avait donc par principe pas de contrat avec la commune.
Par contre comme aujourd'hui, les installations de la viabilité de détail, une fois achevées,
devenaient à titre gratuit la propriété des responsables publics de la viabilité, les raccorde-
ments domestiques toutefois restaient en mains des propriétaires fonciers (art. 78 aLC).
Les routes qui n'étaient pas construites sur la base d'un plan de la viabilité de détail pas-
saient également dans la propriété de la commune en vertu de ce régime, pour autant
toutefois qu'elles aient satisfait aux exigences de celle-ci en matière de routes publiques.
La commune pouvait refuser le transfert d'une route qui n'y répondait pas.35 Avant le
1er janvier 1971, la propriété des installations d'équipement construites par des personnes
privées ne passait pas à la commune, faute de base légale; ces installations restent pro-
priété des personnes privées aussi sous l'empire des nouveaux régimes juridiques.36
Toutefois, si un accès privé (peu importe la date de sa construction) devient ultérieurement
un équipement de détail – dès lors que plusieurs bâtiments construits entretemps sont
desservis par celui-ci – , l'art. 109 al. 2 LC (ou auparavant l'art. 78a LC) s'applique alors par
analogie et la propriété de l'installation devenue nouvellement équipement de détail passe
de plein droit à la commune, qui doit en assurer l'entretien.37 Le principe veut en effet que
toutes les installations de l'équipement de détail construites à partir du 1er janvier 1971 en-
trent dans la propriété de la commune (ou de l'organe ad hoc responsable) et qu'elles
soient entretenues par elle.38
33 Guide pour l'aménagement local, Transfert à des particuliers des tâches relatives à l'équipement technique, février 1988, p. 3 et 7 34 JAB 2008 p. 332, consid. 4.4 35 Aldo Zaugg, Kommentar zum Baugesetz des Kantons Bern vom 7. Juni 1970, art. 78 n. 1 36 Zaugg / Ludwig II, art. 109 n. 3 37 décision de l'OJ no 110/2018/56 du 20 août 2018, consid. 5c et jurisprudence citée 38 Zaugg / Ludwig II, art. 109 n. 3
OJ no 110/2018/98 16
e) La législation sur les routes s'applique aux seules routes publiques au sens de celle-
ci (art. 2 al. 1 LR; à l'al. 2, exceptions non pertinentes en l'espèce39). Sont réputées routes
publiques les routes, chemins et places ouverts à l’usage commun (art. 4 al. 1 LR). Les
routes publiques sont classées selon leur destination et leur importance en routes natio-
nales, routes cantonales, routes communales et routes privées affectées à l’usage com-
mun (art. 4 al. 2 LR). Toutes ces catégories de routes font partie du domaine public. Elles
ne doivent pas obligatoirement être propriété de la collectivité; la propriété privée est un
statut possible pour elles.40 Les routes appartenant à des personnes privées sont réputées
routes publiques dès qu’elles sont affectées à l’usage commun (art. 9 LR). L'affectation au
sens de l'art. 13 LR est nécessaire pour garantir l'usage commun sur le plan juridique.41
Pour les routes construites par la commune ou par le canton, l'affectation à l'usage com-
mun est réalisée dès leur ouverture à la circulation (art. 13 al. 1 LR). S'agissant des routes
construites par des propriétaires privés ou des propriétaires privées, plusieurs possibilités
d'actes constitutifs de l'affectation sont prévues par la loi. D'abord, l'art. 13 al. 2 LR fait
écho aux art. 108 et 109 LC (cf. consid. précédent); il a la teneur suivante: Les routes
construites par des propriétaires intéressés sur la base de l'art. 109 LC et destinées à
l'usage commun sont affectées à cette fin dès que leur construction est conforme aux
prescriptions. Au surplus, dès que les installations deviennent de plein droit la propriété de
la commune au sens de l'art. 109 al. 2 LC, elles sont réputées affectées à l'usage
commun.42 D'autres modes constitutifs sont encore énumérés à l'art. 13 al. 3 LR en ces
termes: Une route privée est affectée à l’usage commun par décision de la commune avec
le consentement de son propriétaire foncier ou de sa propriétaire foncière (let, a), par la
constitution d’une servitude de passage en faveur de la collectivité (let. b) ou par le
transfert à la commune de l’obligation d’entretien d’une route ouverte au trafic général
(let. c). La notion de route privée "ouverte au trafic" n'est pas identique à celle de route
privée affectée à l'usage commun. La première notion concerne parmi les routes privées
celles qui, sans être affectées à l'usage commun, sont effectivement ouvertes au trafic et
utilisées par celui-ci. De telles routes ne sont pas a priori des routes au sens de l'art. 2 al. 1
LR mais sont des routes publiques au sens de la LCR43, autrement dit les règles de la
39 rapport du 19 septembre 2007 présenté par le Conseil-exécutif au Grand Conseil concernant la loi sur les routes (ci-après: rapport), p. 11 ad art. 2 40 rapport, p. 11 ad art. 4 et p. 12 ad art. 9 41 rapport, p. 12 ad art. 9 42 rapport, p. 13 ad art. 13 43 loi fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière, LR, RS 741.01, cf. art. 1 al. 1: "circulation sur la voie publique"; art. 1 al. 2: "routes servant à la circulation publique".
OJ no 110/2018/98 17
législation sur la circulation routière s'y appliquent.44 Une route est ouverte à la circulation
publique, c'est-à-dire au trafic général, lorsqu'elle est mise à disposition d'un cercle
indéterminé de personnes même si son usage est limité par sa nature ou par le mode ou le
but de son utilisation. La notion de route ouverte à la circulation publique doit être
interprétée extensivement. Ce caractère public ne dépend pas de la volonté du propriétaire
ou de la propriétaire (personne physique ou morale ou encore corporation publique), mais
de l'usage qui est fait de la route en question.45 Selon l'art. 10 RC, les routes communales
et les routes privées ouvertes de fait au trafic général sont entretenues par la commune.
En tous les cas, la législation sur les routes ne prescrit aucune distance à respecter s'agis-
sant des routes qui ne sont pas affectées à l'usage commun. Les constructions peuvent
être édifiées à proximité immédiate d'un accès privé, pour autant que la distance à la limite
par rapport à la parcelle voisine soit respectée (sous réserve d'atteinte à l'exercice de la
servitude); si l'accès privé est aborné et forme une parcelle distincte, la distance à la limite
se calcule par rapport à la limite de cette parcelle.46
f) En l'espèce, l'installation litigieuse, à savoir le tronçon sis à cheval sur les parcelles
nos AB._ et AA._ (tronçon arrière), a été réalisé par des personnes
privées. Un équipement de détail réalisé par des personnes privées doit l'être en principe
sur la base de l'art. 109 LC, c'est-à-dire au moyen d'un contrat de droit administratif conclu
entre la commune d'une part, et les propriétaires fonciers et propriétaires foncières qui y
ont intérêt d'autre part, et sous respect de toutes les conditions prescrites dans cette
disposition. En l'espèce, il n'y a pas de tel contrat d'équipement, mais uniquement un
contrat de constitution de servitude de passage réciproque sur les parcelles
nos AB._ et AA._ entre propriétaires fonciers et foncières. La plupart des
conditions énoncées à l'art. 109 al. 1 LC ne sont pas remplies: en particulier, il n'y a pas de
plan de quartier adopté ou prévu et les modalités financières n'ont pas été fixées. Par
conséquent, en l'espèce, la qualification d'équipement de détail du tronçon arrière ne peut
pas reposer sur l'art. 109 al. 1 LC. Autrement dit, le transfert de plein droit, à la commune,
de la propriété de l'installation (art. 109 al. 2 LC) ne peut pas prendre effet sur cette base,
mais seulement si l'installation en question correspond réellement, quant à sa fonction, à
44 rapport, p. 10 ad art. 2 et p. 12 ad art. 11 45 Bussy/Rusconi/Jeanneret/Kuhn/Mizel/Müller, Code suisse de la circulation routière commenté - CSCR, 4e éd., art. 1 n. 2.3 ss; message du Conseil fédéral à l'Assemblée fédérale concernant un projet de loi sur la circulation routière, du 24 juin 1955, FF 1955 II 1, spéc. p. 9 46 Zaugg / Ludwig I, art. 12 n. 17
OJ no 110/2018/98 18
une installation de l'équipement de détail (cf. consid. suivant). Il n'y a pas de mécanisme,
fondé sur cette réglementation, par lequel une installation construite sur la seule base d'un
contrat de servitude de passage deviendrait de plein droit partie de l'équipement de détail.
La commune fait valoir que "dans la pratique, des contrats d'infrastructures sont très sou-
vent conclus hors de la LC". Contrairement à ce qu'elle pense, cette manière de faire n'est
pas possible sous l'empire de la LC en vigueur depuis le 1er janvier 1986. Une regrettable
erreur de traduction à l'art. 108 al. 1 LC, probablement inspirée à l'époque de la législation
en vigueur entre 1971 et 1985, laquelle chargeait les propriétaires fonciers et les proprié-
taires foncières de l'obligation d'équiper (cf. consid. 3d ci-dessus), contribue probablement
à créer la confusion. Cette disposition a la teneur suivante: "La commune élabore les pro-
jets et assure la construction des installations d'équipement, s'il n'existe pas d'organes par-
ticuliers responsables de l'équipement technique ou si la mise en place de ce dernier n'a
pas été convenue par les propriétaires fonciers". Or il faut lire: "...si la mise en place de ce
dernier par des propriétaires fonciers n'a pas été convenue".47 Partant, la formulation
potestative de l'art. 109 LC ("Le conseil communal peut confier par voie contractuelle...")
ne signifie pas que la commune est libre de se départir de ses tâches d'équipement à
l'intention de personnes privées. Elle signifie seulement que la commune peut assumer ces
tâches soit elle-même, soit par l'intermédiaire d'un organe particulier ou des propriétaires
fonciers et propriétaires foncières, dans ce cas aux conditions de l'art. 109 LC.
La qualification d'équipement de détail du tronçon arrière ne repose pas non plus sur un
permis de construire valable à cet égard. Or la construction et l'aménagement de routes de
desserte de l'équipement de détail nécessitent un tel permis (art. 23 al. 1 let. a OR48). En
l'occurrence, le tronçon arrière a été construit sur la base du permis de construire octroyé
le 6 juillet 2011 pour la villa sise sur la parcelle no AB._. Or ce permis ne porte sur
aucun équipement de détail et ne porte que sur cette parcelle. La parcelle no AA._
(ou no XY._ ) n'est mentionnée nulle part. Le plan d'aménagement des abords
reproduit seulement le chemin d'accès (cf. aussi consid. 3b ci-dessus) sans spécifier rien
d'autre. La demande de permis ne cite que "la construction d'une maison familiale avec
garage pour 2 voitures".
47 "Die Gemeinde projektiert und baut die Erschliessungsanlagen, soweit dafür nicht besondere Erschliessungsträger bestehen oder die Erstellung durch Grundeigentümer vereinbart ist". 48 ordonnance du 29 octobre 2008 sur les routes, OR, RSB 732.111.1
OJ no 110/2018/98 19
Finalement, on ne voit pas d'autres actes juridiques formels qui pourraient fonder la qualifi-
cation d'équipement de détail du tronçon arrière. Par conséquent, il y a lieu d'examiner si,
en vertu de sa fonction concrète, ce tronçon correspond à une installation de l'équipement
de détail ou à un accès à deux villas individuelles.
g) La jurisprudence et la doctrine admettent que la distinction entre route de l'équipe-
ment de détail et accès aux maisons n'est souvent pas évidente à faire. Il faut se référer au
but visé par les prescriptions applicables.49 Dans ce cadre, la disposition selon laquelle
l'accès privé relie "un bâtiment" au réseau d'équipement (art. 106 al. 3 LC) ne doit pas obli-
gatoirement être prise au pied de la lettre. Dès lors qu'elle ne mentionne pas expressément
"un seul bâtiment", il n'est pas exclu qu'une voie d'accès desservant deux bâtiments ou
deux parcelles doive tout de même être qualifiée d'accès privé (cf. consid. 3c ci-dessus).
Vu l'absence de planification, de décision ou de contrat de droit administratif sur la base
desquels le tronçon arrière aurait été construit, sa qualification d'équipement de détail ou
d'accès aux maisons va dépendre de sa fonction effective (cf. aussi art. 107 al. 1 LC par
corrélation: faute de plans, c'est la "nature" d'une installation qui détermine si elle fait partie
de l'équipement général). Il convient de s'en référer à l'ensemble des circonstances du cas
particulier et non à un raisonnement schématique.
La constellation actuelle est le résultat de deux phases distinctes. D'abord, les parcelles
nos XB._ et XA._ ont été construites au début des années 70 mais
postérieurement au 1er janvier 1971, en particulier en ce qui concerne le chemin d'accès sis
à cheval sur celles-ci. Les futures parcelles nos AB._ et AA._ n'ont été
intégrées à la zone à bâtir qu'à partir de 1995 (entrée en vigueur du plan de zones
applicable en l'espèce). Par conséquent, avant cette date, il n'y avait pas d'obligation
d'équiper les concernant, étant donné que cette obligation ne vaut pas en dehors de la
zone à bâtir.50 Autrement dit, jusqu'à cette date, le tronçon sis à cheval sur les parcelles
nos XB._ et XA._ ne pouvait desservir que celles-ci; il n'était pas censé
équiper d'autres parcelles constructibles. Il faut donc admettre que la fonction de ce
tronçon était celle d'un accès privé aux deux maisons sises sur les parcelles
nos XB._ et XA._ (cf. aussi consid. suivant). De plus, la construction de
ce tronçon, particulièrement son tracé, ne reposaient que sur un contrat de constitution de
49 JTA 100.2010.10 du 10 juin 2010, consid. 3.3; Ludwig, BVR/JAB 1982 p. 411, spéc. 416 s. 50 Zaugg / Ludwig II, art. 108 n. 1
OJ no 110/2018/98 20
servitudes. Pourtant, à l'époque aussi, un plan de viabilité de détail devait être à la base de
la construction par les propriétaires fonciers et foncières (art. 76 aLC). Aucune des parties
ne prétend que la construction de ce tronçon aurait fait l'objet d'un tel plan. Aucune des
parties ne prétend non plus que l'entretien aurait été assuré par la commune à la suite du
transfert gratuit à celle-ci (art. 78 al. 1 aLC). A cela s'ajoute que l'accès n'est pas aborné
mais fait partie intégrante des parcelles en question, la commune n'avait donc annoncé
aucune mutation pour inscription au registre foncier (art. 78 al. 2 aLC). Au vu de la
jurisprudence précédemment citée (cf. consid. 3c ci-dessus), il est possible que deux
immeubles se partagent le même accès privé. Cela est d'autant plus vrai en l'espèce que
les deux terrains concernés étaient situés de part et d'autre du tronçon susmentionné et
non en enfilade le long d'un chemin. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le
tronçon sis sur les parcelles nos XB._ et XA._ constituait un accès privé
pour deux maisons considérées individuellement.
A partir de 1995, la construction des parcelles nos AB._ et AA._ est
devenue possible. La seconde phase de construction a commencé à être réalisée à partir
de 2011 s'agissant de la parcelle no AB._. Toutefois, la parcelle no AA._ a
vraisemblablement aussi été vendue en mai 2011 au plus tard. La construction de la villa
sur la parcelle no AB._ s'est accompagnée dans les faits de la construction du
tronçon arrière sur la parcelle no AA._ également. Dès ce moment, le tronçon sis
sur les parcelles nos XB._ et XA._ (tronçon avant) desservait donc un
nombre suffisant de parcelles construites ou à construire et ne pouvait plus être considéré
comme un accès privé partagé entre les deux maisons sises ch. de J._ 26 et 28.
De la sorte, il est devenu une installation d'équipement de détail par l'effet de la loi, passant
de plein droit dans la propriété de la commune au sens de l'art. 109 al. 2 LC (cf. consid. 3c
et 3d ci-dessus). Le recourant 3 et la recourante 4 ainsi que la recourante 5 admettent eux-
mêmes que dans les faits, le tronçon sur les parcelles nos XB._ et XA._
remplit désormais la fonction d'une route de l'équipement de détail. Par contre ils se
trompent lorsqu'ils ajoutent qu'en droit il s'agit d'une fonction qui est régie par le droit civil,
compte tenu du mécanisme prévu à l'art. 109 al. 2 LC.
h) A ce stade, il faut relever qu'il n'y aura pas de troisième phase de construction dans
le prolongement des parcelles nos AB._ et AA._. Elles sont en effet
limitées à l'est non seulement par le périmètre de protection du vignoble, hors zone à bâtir,
mais également par le chemin vigneron bordé de murs dont la destruction est interdite. Par
OJ no 110/2018/98 21
conséquent, toute prolongation du chemin sis sur les parcelles nos XB._,
XA._, AB._ et AA._ est désormais exclue. Il faut en outre relever
que, s'agissant de l'accessibilité au réseau routier, la jurisprudence et la doctrine n'exigent
aucunement qu'une route carrossable mène directement jusqu'au bâtiment, ni même
jusqu'au terrain en question pour que celui-ci soit considéré comme équipé. Il suffit qu'il
existe une route à proximité, à partir de laquelle il est possible d'accéder à la construction
par un chemin piéton.51 Ainsi, de ce point de vue déjà, il n'y a pas d'obligation pour la
commune d'instaurer un équipement rectiligne qui aille jusqu'au fond des parcelles
nos AB._ et AA._, c'est-à-dire jusqu'à l'emplacement des garages, places
de stationnement et entrées de maison respectifs, tels qu'ils ont été construits. Ces
parcelles sont accessibles au réseau routier par le fait que le tronçon avant remplit désor-
mais la fonction d'une route de l'équipement de détail. Au surplus, s'agissant de la de-
mande de permis concernant la parcelle no AB._, la commune n'a pas exigé que
les installations respectent la distance à la route. En effet, le garage n'est distant du chemin
que de 3,20 m, alors que 3,60 m sont nécessaires (art. 80 al. 1 let. b LR). Bien plus, un
mur de soutènement d'une longueur de 18 m et d'une hauteur de 2 m, surmonté d'un
grillage, ne respecte pas la largeur libre (50 cm, art. 83 al. 3 LR), mais jouxte le chemin
immédiatement. Si rien ne s'oppose à cette configuration s'agissant d'un accès privé, elle
n'est par contre pas envisageable pour ce qui est d'une route de l'équipement de détail. La
commune aurait certes été en mesure d'accorder une dérogation aux conditions de l'art. 81
LR pour la distance à la route, par contre le respect de la largeur libre ne souffre aucune
exception.52 Autrement dit, lors de la construction de la villa sise sur la parcelle
no AB._, il n'était pas question que le tronçon arrière soit autorisé à titre
d'équipement de détail (cf. aussi consid. précédent). Un mur construit sur la parcelle
no XB._ longe également le tronçon avant à l'intérieur de ce qui est devenu depuis
2011 la largeur libre, il est vrai. Toutefois la construction de ce tronçon correspondait à
l'époque à un accès privé, raison pour laquelle un corps de bâtiment sis sur la parcelle
no XA._ a également pu être construit à l'intérieur de ce qui est aujourd'hui la
largeur libre. Ces installations sont soumises au régime de la garantie des droits acquis au
sens de l'art. 84 LR.
51 JTA 100.2018.96 du 20 décembre 2018, consid. 4.3; Jeannerat, Commentaire pratique LAT, art. 19 n. 24 52 rapport du 19 septembre 2007 présenté par le Conseil-exécutif au Grand Conseil concernant la loi sur les routes, p. 26
OJ no 110/2018/98 22
Le fait que le tronçon arrière ait été construit dans le prolongement du tronçon avant (con-
formation rectiligne, ainsi que l'invoquent le recourant 1 et la recourante 2) ne change rien
à cela. Cette conformation résulte uniquement d'un accord entre personnes privées et non
d'un plan communal. L'accès et les places de stationnement auraient pu être disposés dif-
féremment aussi bien sur la parcelle no AB._ que sur la parcelle no AA._.
Par exemple, le stationnement aurait pu théoriquement être prévu sur le côté ouest des
parcelles à la place du côté est; de la sorte le tronçon rectiligne arrière dans le
prolongement du tronçon avant n'aurait en majeure partie pas été nécessaire. Pour ce qui
est de la disposition actuelle, comme déjà vu dans le considérant précédent, la
jurisprudence n'exclut pas systématiquement que deux immeubles individuels se partagent
le même accès privé – peu importe la longueur de celui-ci.
Au vu de l'ensemble de ce qui précède, le tronçon arrière, par sa fonction, constitue un
accès privé et non un équipement de détail. Ainsi, l'installation une fois achevée ne passe
pas de plein droit dans la propriété de la commune au sens de l'art. 109 al. 2 LC.
De plus, pour l'instant, il n'y a aucun mode d'affectation en vue qui puisse faire passer la
route privée dans l'usage commun. Celle-ci n'ayant pas été construite sur la base d'un
contrat au sens de l'art. 109 LC, l'affectation à l'usage commun ne peut pas reposer sur
l'art. 13 al. 2 LR. Il n'y a ni décision de la commune au sens de l'art. 13 al. 3 let. a LR, ni
constitution de servitude de passage en faveur de la collectivité au sens de l'art. 13 al. 3
let. b LR. Reste la reprise par la commune de l'obligation d'entretien d'une route ouverte au
trafic général au sens de l'art. 13 al. 3 let. c LR. Cette circonstance n'est pas non plus réali-
sée en l'espèce. Le tronçon arrière n'est destiné qu'à desservir les deux villas sises ch. de
J._ 30 et 32. Leurs habitants pourraient théoriquement interdire l'accès à l'entrée
de leurs parcelles sans que le trafic public en pâtisse. Dès lors, le tronçon arrière ne peut
pas être considéré comme ouvert au trafic général. Par conséquent, l'art. 10 RC n'entre
pas non plus en considération. Au demeurant, la répartition des frais d'entretien entre les
propriétaires privés et privées a été stipulée précisément dans le contrat de morcellement
d'immeuble du 10 septembre 2010.
En définitive, la qualification d'accès privé (et de route purement privée) doit être admise. Il
est loisible à la commune de décider ou de convenir avec les propriétaires fonciers et des
propriétaires foncières concernés (recourant 1, recourante 2, intimé 1 et intimée 2) qu'elle
assumera l'entretien du tronçon arrière. Le cas échéant, il s'agira néanmoins d'une déci-
OJ no 110/2018/98 23
sion ordinaire, formatrice, et non d'une décision en constatation au sens de l'art. 109 al. 2
LC, faisant suite à un transfert de propriété de plein droit.
i) Compte tenu de la qualification d'accès privé du tronçon sis partiellement sur leur
parcelle, il n'y a pas lieu d'imposer à l'intimé et à l'intimée le respect d'une distance à la
route. Ce résultat se justifie d'autant plus qu'aucune distance à la route, pas même la lar-
geur libre, n'a été exigée à l'occasion de la demande de permis relative à la parcelle voi-
sine no AB._. Il serait contraire à l'égalité de traitement et à la sécurité du droit de
ne faire respecter ces prescriptions que sur la parcelle no AA._.
Au vu de la modification de projet présentée par l'intimé et l'intimée le 15 novembre 2018,
la petite distance à la limite, y compris le supplément dû à la longueur du bâtiment, à savoir
5,25 m au total, est respectée (art. 38 et 90 RC). Il n'est pas nécessaire de démolir une
bande de route car la distance aux routes ne s'applique pas. L'autorisation de construire
est délivrée pour la modification du projet selon demande du 15 novembre 2018. Cette
modification de projet ne prévoit plus la démolition d'une partie de la route. Par consé-
quent, la question de savoir si la suppression ou le déplacement des grilles d'évacuation
sont conformes au droit ne se pose plus. Le grief correspondant des recourants 1 et 2 est
sans objet.
4. Voie d'accès suffisante
a) Le recourant 1 et la recourante 2 font valoir que l'insuffisance de la voie d'accès sous
l'angle de la protection contre le feu et des services sanitaires. Ce faisant, ils mettent en
doute le caractère suffisant sur le plan technique et requièrent la tenue d'une inspection
des lieux à cet égard. Le recourant 3 et la recourante 4 ainsi que la recourante 5 jugent la
voie d'accès insuffisante au motif qu'il s'agit d'un passage privé réglé par une servitude,
dont ils envisagent la modification. Ils sont d'avis qu'un plan de quartier ou un plan de route
serait nécessaire. Ils invoquent ainsi l'insuffisance sur le plan juridique, plus particulière-
ment quant au droit de l'intimé et de l'intimée d'utiliser l'accès en question de manière du-
rable.53
53 Jeannerat, Commentaire pratique LAT, art. 19 n. 35
OJ no 110/2018/98 24
b) Le permis de construire est accordé uniquement dans la mesure où il est établi que,
lorsque la construction ou l'installation sera achevée, au besoin déjà lors du commence-
ment des travaux, le terrain à bâtir sera équipé de manière suffisante (art. 7 al. 1 LC).
L'équipement technique est réputé suffisant lorsque la voie d'accès conduit suffisamment
près des bâtiments et installations et que ces derniers sont aisément accessibles aux ser-
vices de défense contre le feu et aux services sanitaires (art. 7 al. 2 let. a LC). De plus, les
installations d'équipement doivent être adaptées à l'utilisation du terrain à bâtir et des au-
tres terrains auxquels elles doivent servir selon les plans d'aménagement (art. 7 al. 3 LC).
Selon l'art. 6 al. 3 OC54, lors de la détermination de l'agencement d'une route et notamment
de la largeur de la chaussée, il faut tenir compte de la sécurité routière ainsi que des sites
et du paysage; il faut tenir compte, dans la limite des articles 7 à 10 OC, des circonstances
particulières, telles que des données topographiques défavorables, la présence de cons-
tructions constituant des obstacles, la nécessité de ralentir le trafic, la perspective que le
trafic sera faible (accès pour un nombre de logements ne dépassant pas 20 ou dont l'af-
fectation provoque un trafic de même intensité), ainsi que des besoins particuliers du trafic.
Selon l'art. 7 al. 1 OC, la largeur de la chaussée doit être déterminée, dans la limite de
l'art.6 al. 3 OC, selon l'intensité du trafic (trafic fluide et véhicules à l'arrêt). En règle géné-
rale, cette largeur ne doit pas être inférieure à 3 m pour les routes à sens unique, et à
4,2 m pour les routes ouvertes à la circulation dans les deux sens (art. 7 al. 2 OC). Si des
circonstances particulières au sens de l'art. 6 al. 3 OC l'exigent, la largeur de la chaussée
peut également être réduite à 3 m au plus pour les routes ouvertes à la circulation dans les
deux sens; si la route présente un long tronçon sans visibilité, des places d'évitement
doivent être aménagées (art. 7 al. 3 OC).
Si une installation d'équipement existante ne répond pas aux exigences applicables aux
équipements nouveaux (art. 6 ss OC), il faut alors vérifier que les conditions de l'art. 5 OC
sont remplies, de sorte que l'accès (c'est-à-dire la liaison routière entre le projet de cons-
truction et le réseau routier public, cf. art. 6 al. 1 OC) puisse quand-même être considéré
comme conforme aux dispositions55. Selon l'art. 5 let. a OC, les installations d'équipement
en place sont réputées suffisantes pour les projets de construction dans les secteurs lar-
gement bâtis et hors de la zone à bâtir si, globalement, le surcroît de mise à contribution de
ces installations sera vraisemblablement relativement minime et que la sécurité routière et
la protection contre le feu soient garanties.
54 ordonnance du 6 mars 1985 sur les constructions, OC, RSB 721.1 55 décision de la TTE OJ no 110/2005/17 du 22 août 2005, consid. 2a et référence citée
OJ no 110/2018/98 25
L'accès au sens de l'art. 6 al. 1 OC, à savoir la liaison routière entre le terrain à bâtir et le
réseau routier public, comprend l'accès au bâtiment, le tronçon de route y conduisant, pour
autant que le trafic à destination et en provenance de la zone équipée y soit prédominant,
ainsi que le raccordement de ce tronçon à une route sur laquelle le trafic public est prédo-
minant. Les autorités cantonales et communales compétentes bénéficient d'un grand pou-
voir d'appréciation lorsqu'elles jugent de la suffisance technique d'une voie d'accès.56 La
valeur de 4,2 m prescrite à l'art. 7 al. 2 OC pour les routes ouvertes à la circulation dans les
deux sens n'est donc pas une valeur minimale absolue.57 En région de montagne, les
routes mesurent souvent moins de 3 m de large sans pour autant qu'il en résulte automati-
quement une atteinte à la sécurité routière.58 Le permis de construire ne peut être refusé
que si l'accès est insuffisant par rapport au projet en question (et par rapport au dévelop-
pement concret et prévisible dans la zone concernée59), mais non si au-delà le réseau rou-
tier ne répond pas aux exigences.60
Du point de vue de l'accessibilité aux services de défense contre le feu et aux services
sanitaires (art. 7 al. 2 let. a LC), l'accès au bâtiment (selon définition de l'art. 106 al. 3 LC)
fait partie de l'examen de la suffisance de l'équipement, même si les propriétaires fonciers
concernés et les propriétaires foncières concernées sont responsables de leur planification
et de leur construction.61
c) Le projet de construction est desservi par un accès privé déjà construit sur les par-
celles nos AB._ et AA._ (tronçon arrière), qui mesure 4,60 m de large. Le
tronçon de route (tronçon avant) qui y conduit est de largeur variable, soit entre 4,15 m à
l'ouest et 4,90 m à l'est.62 Ce tronçon est raccordé au chemin de J._
(parc. no I._ ). A l'angle nord ouest de la parcelle no XA._, le débouché du
tronçon sur le chemin de J._ ne présente aucun rayon de raccordement,
contrairement à ce qui est le cas sur la parcelle no XB._. L'assiette des servitudes
56 Jeannerat, Commentaire LAT, art. 19 n. 26 57 JTA no 1174 du 27 février 2006, consid. 2.1 58 Zaugg / Ludwig I, art. 7/8 n. 10 59 Jeannerat, Commentaire LAT, art. 19 n. 29 60 Zaugg / Ludwig I, art. 7/8 n. 14 61 décision de la TTE OJ no 110/2015/175 du 18 août 2016, consid. 2a 62 dossier préfectoral, p. 302
OJ no 110/2018/98 26
constituées en 1971 prévoyait un tel rayon des deux côtés. Aujourd'hui, cet endroit à
l'angle nord ouest de la parcelle no XA._ est occupé par une fontaine privée.63
En l'espèce, la voie d'accès est déjà existante. Il est évident que le surcroît de mise à con-
tribution de cette installation est minime au sens de l'art. 5 let. a OC. Il s'agit du trafic lié à
une seule villa, à savoir le présent projet, étant donné que la demande de permis de cons-
truire pour la parcelle no AB._ n'a donné lieu à aucune objection quant au
caractère suffisant de la voie d'accès. Quoi qu'il en soit, la mise à contribution
supplémentaire pour deux villas doit également être qualifiée de minime. La sécurité
routière doit aussi être considérée comme garantie, les conditions de visibilité étant
satisfaisantes64: la voie d'accès est rectiligne et sa longueur est faible, de plus la dimension
des places privées permettent les manœuvres.65
Les impératifs en matière de protection contre l'incendie ne s'opposent pas non plus au
projet. Selon la jurisprudence fédérale et la doctrine, on peut considérer un terrain comme
suffisamment équipé même si les véhicules des services publics ne peuvent l'approcher à
moins de 80 m, pour autant qu'une intervention efficace reste possible.66 La jurisprudence
du Tribunal administratif bernois va même jusqu'à 100 m.67 Cet ordre de grandeur se re-
trouve dans la directive de la Coordination suisse des sapeurs-pompiers (CSSP) s'agissant
des bâtiments ne dépassant pas une hauteur totale de 11 m.68 Cette valeur de 80 m
correspond à l'envergure de la conduite déployée entre le fourgon tonne-pompe et l'entrée
du bâtiment. Le bâtiment projeté mesure moins de 11 m de haut; l'ensemble des tronçons
avant et arrière desservant le bâtiment projeté mesure moins de 80 m (env. 70 m) à
compter du carrefour avec le chemin de J._ (parc. no I._ ) et environ 57 m
seulement si l'on prend l'entrée du futur bâtiment en considération. Malgré l'étroitesse du
chemin de J._ (3 m de large environ, selon plan de situation), il est avéré que le
fourgon tonne-pompe peut se rendre jusqu'à ce carrefour, qui en outre est doté d'une
borne d'hydrant.69 En raison de la configuration du chemin de J._ lui-même
63 dossier préfectoral, p. 119, 244 et 299 64 dossier préfectoral, p. 299 s. 65 notice technique du bureau d'ingénieurs-conseils ATB SA, dossier préfectoral, p. 300 66 Jeannerat, Commentaire pratique LAT, art. 19 n. 24 et jurisprudence citée 67 JTA 100.2018.98 du 20 décembre 2018, consid. 4.3 68 directive du 4 février 2015 concernant les accès, surfaces de manœuvre et d'appui pour les moyens d'intervention sapeurs-pompiers, p. 11 69 dossier préfectoral, p. 119 et 299
OJ no 110/2018/98 27
(parc. no I._ ), la situation n'est certes pas optimale. La présence de la fontaine
privée dans le rayon de raccordement avec ce chemin est aussi de nature à péjorer les
conditions d'intervention. Toutefois, au vu de l'ensemble du dossier, il n'y a pas lieu de
conclure qu'une intervention efficace serait impossible. Même si les plus gros véhicules
d'extinction ne peuvent s'engager dans l'impasse, celle-ci est courte, rectiligne, dénuée de
pente ou d'autres obstacles, de sorte que les forces d'intervention peuvent accomplir leurs
tâches sans difficultés particulières.
D'ailleurs, l'équipement en place pourrait même tout juste répondre aux exigences tech-
niques applicables aux nouvelles installations au sens des art. 6 ss OC. La voie d'accès est
ouverte à la circulation dans les deux sens. La largeur de 4,2 m n'est pas atteinte à raison
de 5 centimètres seulement sur une portion longue d'environ 22 m au niveau des parcelles
nos XB._ et XA._. Ce dépassement insignifiant ne fait pas obstacle au
caractère suffisant de l'équipement.
Bien que le chemin de J._ (parc. no I._ ) ne fasse pas au sens strict partie
de l'équipement relatif au présent projet mais appartienne au réseau routier plus lointain
(cf. consid. précéd.), il faut relever qu'il pose lui-même davantage problème que la voie
d'accès en question, puisqu'il ne mesure à cet endroit que 3 m. Cet état de fait, accepté
pour la construction de la villa sise sur la parcelle no AB._, ne peut pas pénaliser le
présent projet. Au contraire, les conditions d'intervention sont meilleures pour le présent
projet: l'entrée du bâtiment sis sur la parcelle no AB._ se trouve en retrait par
rapport à l'axe de l'impasse, soit à une distance de 85 m environ à compter du carrefour
avec le chemin de J._, contre 57 m seulement pour le présent projet.
En définitive, le grief du recourant 1 et de la recourante 2 selon lequel l'équipement serait
insuffisant sur le plan technique est infondé. La protection contre l'incendie est assurée
conformément aux règles de la jurisprudence et de la pratique. Les véhicules des services
sanitaires, nettement moins volumineux que ceux de la protection contre le feu, ont accès
à l'impasse sans problèmes particuliers. Aucune inspection des lieux ne s'impose, la do-
cumentation photographique au dossier est largement suffisante. L'offre de preuve du re-
courant 1 et de la recourante 2 est rejetée.
d) La voie d'accès est également garantie en droit à l'égard de l'intimé et de l'intimée.
Depuis la construction de la villa sur la parcelle no AB._, le tronçon avant est
OJ no 110/2018/98 28
devenu une installation de l'équipement de détail par l'effet de la loi, passant de plein droit
dans la propriété de la commune (cf. consid. 3g ci-dessus). Ce faisant, il est ouvert au
trafic public relatif aux parcelles nos AB._ et AA._. Les griefs du recourant
3 et de la recourante 4 ainsi que de la recourante 5 concernant la nature privée du
passage réglé par une servitude sont donc infondés pour cette raison déjà.
Ils le seraient également dans la mesure où le tronçon par hypothèse serait considéré
comme passage privé. L'accès est considéré comme garanti en droit si des installations
suffisantes existent déjà et que le ou la maître d'ouvrage est habilité à les utiliser.70 Lors-
que les installations doivent encore être construites et qu'elles se trouvent sur des fonds
appartenant à des tiers, l'équipement est réputé garanti dans deux cas de figure (art. 4
let. c OC). Soit il existe un plan impératif pour les propriétaires fonciers (plan de quartier,
plan de route); soit, avant la décision d'octroi du permis de construire, il a été convenu du
droit à l'aménagement et au maintien des installations; dans ce cas, les droits nécessaires
doivent être acquis lors du commencement des travaux. L'autorité d'octroi du permis de
construire, de même que l'autorité de recours en la matière, est habilitée à examiner les
questions de droit civil à titre préjudiciel.71
En l'occurrence, toutes les installations existent. Il en va de même des contrats de servi-
tude nécessaires, qui ont été convenus par le passé et inscrits au registre foncier. De la
sorte, lorsque l'intimé et l'intimée seront censés commencer les travaux de construction, les
droits nécessaires auront déjà été acquis, conformément à l'art. 4 let. c OC. Etant donné
que les actes juridiques mentionnés à l'art. 4 let. c OC le sont à titre alternatif et non pas
cumulatif, nul besoin d'un plan de route ou de quartier. Le recourant 3 et la recourante 4
ainsi que de la recourante 5 déclarent envisager une modification de la servitude. La modi-
fication unilatérale de la servitude par le propriétaire ou la propriétaire du fonds servant
n'est pas prévue par le droit. Au contraire, le propriétaire grevé ou la propriétaire grevée ne
peut en aucune façon empêcher ou rendre plus incommode l'exercice de la servitude
(art. 737 al. 3 CC72). Ce propriétaire ou cette propriétaire ne peut exiger la radiation d'une
servitude que si celle-ci a perdu toute utilité pour le fonds dominant (art. 736 al. 3 CC).
Cette circonstance n'est à l'évidence pas réalisée en l'espèce. Au contraire, étant donné
que l'intimé et l'intimée n'ont pas d'autre accès au reste du réseau routier, ils auraient selon
70 Zaugg / Ludwig I, art. 7/8 n. 12 71 Zaugg / Ludwig I, art. 2 n. 4a 72 Code civil suisse du 10 décembre 1907, CC, RS 210
OJ no 110/2018/98 29
toute probabilité été en mesure, le cas échéant, de se prévaloir d'un droit de passage né-
cessaire déduit de l'art. 694 CC.
Finalement, aucun plan de quartier ou de route n'est nécessaire pour le tronçon arrière,
étant donné qu'il s'agit d'un accès privé.
e) En définitive, la voie d'accès doit être considérée comme suffisante tant sur le plan
technique que sur le plan juridique. Les griefs y relatifs sont infondés.
5. Orientation de la grande distance à la limite
a) Le recourant 1 et la recourante 2 contestent que la grande distance à la limite puisse
être mesurée à partir de la façade ouest. Mesurée à partir de la façade sud, comme il se
doit selon eux, elle ne serait pas respectée.
b) Les communes ont toute liberté pour adopter leurs plans d'aménagement dans les
limites de la législation et des plans supérieurs (art. 65 al. 1 LC). L'autonomie des com-
munes ne se limite pas à légiférer. Celles-ci disposent également d'une certaine marge
d'appréciation dans l'interprétation des normes qu'elles sont habilitées à édicter. Il incombe
en premier lieu à la commune elle-même de déterminer de quelle façon elle interprète ses
propres dispositions, en particulier quel sens et quel contenu elle donne aux concepts juri-
diques indéterminés. Lorsque l'interprétation d'une norme est contestée, il incombe à
l'autorité de recours d'examiner si l'interprétation faite par la commune est juridiquement
acceptable. Autrement dit, l'autorité s'oblige à une certaine réserve: si l'interprétation de la
commune est défendable, l'autorité de recours ne pourra pas lui préférer une autre inter-
prétation, également possible et défendable.73 Par contre, la commune ne pourra pas se
réclamer de son autonomie si la manière dont elle applique l'une de ses normes est mani-
festement contraire au droit ou arbitraire, ou encore qu'elle viole les droits fondamentaux.74
c) Selon l'art. 37 al. 2 RC, les bâtiments avec des locaux d'habitation et de travail doi-
vent observer la grande distance sur une façade au moins; sans être située sur le côté
nord, celle-ci peut être choisie librement par le maître d'oeuvre, mais de manière qu'elle
73 JAB 2010 p. 113, cons. 3.4; Zaugg/Ludwig art. 65, n. 3 74 Markus Müller dans Kommentar zum Gemeindegesetz des Kantons Bern, 1999, art. 3 n. 6
OJ no 110/2018/98 30
sera située devant la façade qui comprend le plus de surfaces vitrées, éclairant des locaux
d'habitation ou de travail.
En l'espèce, la façade qui comprend le plus de surfaces vitrées éclairant des locaux d'ha-
bitation est bien la façade ouest. Les surfaces données par le projet sont de 34,67 m2 pour
la façade ouest et de 24,08 m2 pour la façade sud. Selon calcul effectué par l'Office juri-
dique, les surfaces atteignent 33,44 m2 et 27,49 m2 respectivement. La grande distance à
la limite est donc applicable devant la façade ouest, à savoir 10 m à quoi s'ajoutent 1,25 m
au titre du supplément dû à la longueur du bâtiment (art. 38 et 90 RC). Le projet respecte
ces prescriptions puisqu'il prévoit une grande distance à la limite de 12 m.
Les arguments du recourant 1 et de la recourante 2 n'y changent rien. Ils se réfèrent
d'abord à la représentation graphique figurant au chiffre 4 de l'annexe I du RC. D'après le
texte de celle-ci, la grande distance à la limite se mesure perpendiculairement à la façade,
ce qui correspond à l'art. 37 al. 3 RC. Toutefois, le croquis comporte la mention "côté en-
soleillé le plus long". Le recourant 1 et la recourante 2 sont d'avis qu'il faut préférer la men-
tion figurant sur le croquis, censé illustrer et rendre accessible la prescription du RC de
manière qu'elle soit comprise des citoyens. Cette position ne peut être suivie. Seul le texte
du RC a fait l'objet d'une approbation en bonne et due forme75 et a force de loi, à l'exclu-
sion des annexes. Le RC de 1995 se fonde sur le règlement-type des constructions (RTC)
de juillet 1988. S'agissant de la détermination de la façade devant laquelle se mesure la
grande distance à la limite, le RTC proposait plusieurs variantes. La commune de La
Neuveville a choisi la sous-variante de la variante II. Par contre, le modèle d'annexe I
n'existait qu'en une seule variante et celle-ci a été reprise telle quelle par la commune,
sans adaptation. Sur ce point précis du "côté ensoleillé le plus long", l'annexe ne peut donc
pas servir à illustrer l'art. 37 RC. En vertu du principe de l'autonomie communale, il n'y a
pas lieu de comparer la législation de La Neuveville avec "la législation similaire d'autres
communes" ainsi que le requièrent le recourant 1 et la recourante 2. Leur recours est rejeté
sur ce point.
75 cf. page à la suite de l'art. 138 RC
OJ no 110/2018/98 31
6. Hauteur
a) La hauteur réglementaire des bâtiments sis en zone H2 est de 7 m (art. 90 RC). Se-
lon l'art. 47 al. 2 RC, elle ne doit être dépassée sur aucune des faces; à l'exception de la
façade en amont d'un bâtiment sur pente, la hauteur du bâtiment peut être majorée de 1 m;
la pente, définie comme la déclivité du sol naturel mesurée à l'intérieur du plan du bâti-
ment, doit être au moins de 10%. En façade sud, la villa projetée mesure 7,29 m de haut,
et 7,08 m en façade ouest. La hauteur réglementaire n'est donc respectée que si le projet
peut bénéficier de la majoration de 1 m.
Le recourant 1 et la recourante 2 contestent que le projet puisse bénéficier de la majoration
de hauteur en raison de la pente. Ils mettent en doute l'exactitude du plan établi par le
géomètre conservateur pour déterminer la pente du terrain. Ils requièrent la production du
rapport complet du géomètre permettant d'apprécier la déclivité du terrain, voire la mise en
œuvre d'un expert neutre.
b) Le plan du géomètre conservateur reproduit la ligne de la déclivité en trois endroits
différents à l'intérieur du plan du bâtiment, à savoir au centre et aux deux extrémités. Les
valeurs indiquées se montent respectivement à 13,2% au centre, 12,8% à l'ouest et 12,1%
à l'est.76 Ce faisant, la marge par rapport à la limite de 10% est plutôt élevée. De plus, en
tant qu'ancienne vigne, le terrain est par nature en pente régulière, ce que confirme d'ail-
leurs la vue des données LIDAR disponibles sur le site géoportail du canton de Berne. Par
conséquent, la TTE n'a aucune raison de mettre en doute l'exactitude du plan établi par le
géomètre conservateur. Au regard de cette situation évidente, les offres de preuve du re-
courant 1 et de la recourante 2 sont rejetées.
La majoration pour pente est donc applicable au présent projet. La hauteur est respectée.
Le recours est rejeté sur ce point.
76 dossier préfectoral, p. 282
OJ no 110/2018/98 32
7. Frais et dépens
a) Les frais de procédure sont perçus sous la forme d'un émolument forfaitaire. Un émo-
lument supplémentaire peut être perçu pour les enquêtes particulières, les expertises ou
d'autres mesures d'instruction (art. 103 al. 1 LPJA). Un émolument forfaitaire de 200 à
4'000 fr. est perçu pour les décisions sur recours dans des affaires de justice administrative
(art. 19 al. 1 en relation avec art. 4 al. 2 et 3 OEmo77).
Les griefs du recourant 1 et de la recourante 2 sont nombreux et variés, contrairement à
ceux du recourant 3 et de la recourante 4 ainsi que de la recourante 5, qui ne portent que
sur un point – non abordé dans le recours du recourant 1 et de la recourante 2. Selon la
pratique de la TTE, les frais de la procédure sont fixés à 2'700 fr. s'agissant du recours du
recourant 1 et de la recourante 2 et à 900 fr. s'agissant du recours du recourant 3 et de la
recourante 4 ainsi que de la recourante 5.
Les frais de la procédure sont mis à la charge de la partie qui succombe à moins que le
comportement d’une partie au cours de la procédure permette une répartition différente ou
qu’il soit justifié par des circonstances particulières de ne pas percevoir de frais (art. 108
al. 1 LPJA). Pour autant que la décision sur recours ou le jugement n'en disposent pas
autrement, les frais et dépens mis conjointement à la charge de consorts sont supportés
entre ceux-ci à parts égales, leur responsabilité étant toutefois solidaire (art. 106 LPJA). Le
recourant 1 et la recourante 2 obtiennent indirectement gain de cause uniquement sur la
question de la démolition de la bande de route, rendue sans objet par le fait de la modifica-
tion de projet du 15 novembre 2018 (art. 110 al. 1 LPJA). Ce point secondaire n'est toute-
fois pas de nature à modifier la répartition des frais. De la sorte, le recourant 1 et la recou-
rante 2 doivent être considérés comme succombant entièrement et assument l'entier des
frais mis à leur charge. Il en va de même du recourant 3 et de la recourante 4 ainsi que de
la recourante 5, qui sont également partie succombante.
b) Le recourant 1 et la recourante 2, qui succombent, n'ont pas droit à des dépens
(art. 108 al. 3 LPJA).
77 ordonnance du 22 février 1995 fixant les émoluments de l'administration cantonale, OEmo, RSB 154.21
OJ no 110/2018/98 33