# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** a4af2997-b346-437a-a065-d3df4902c869
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2015
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
Jean-François et Carine Belin sont propriétaires de la parcelle 649 de la Commune de Lignerolle. Ce bien-fonds de 600 m
2
qui supporte une habitation et garage de 139 m
2
est colloqué en zone de village selon le règlement communal sur le plan d’affectation et la police des constructions approuvé par le Conseil d’Etat le 6 décembre 1995. Il résulte du morcellement de la parcelle 565 en date du 24 mars 2014, laquelle était initialement constituée de deux lots de propriété par étage distincts.
Le 27 mai 2008, les époux Belin ont déposé une première demande de permis de construire en vue de la réalisation d’un couvert pour deux voitures et d’un sas d’entrée sur la parcelle qu’ils détenaient alors encore en copropriété avec leurs voisins. Cette demande a été refusée par la municipalité de Lignorolle par décision du 10 juin 2008, notamment au motif que ce projet conduirait à un dépassement du coefficient d’utilisation du sol (COS).
Le 20 septembre 2010, Jean-François et Carine Belin ont sollicité – avec l’accord des autres membres de la propriété par étages - une autorisation en vue de la transformation de leur marquise en un sas d’entrée fermé et non chauffé de 3.6 m
2
. Par décision du 20 octobre 2010, la municipalité a délivré l’autorisation de construire sans qu’il ne soit procédé à une enquête publique.
B.
Dans le courant de l’année 2012, Jean-François et Carine Belin ont procédé au montage d’un couvert pour deux voitures attenant à leur habitation sans solliciter d’autorisation correspondante.
Par avis du 24 octobre 2012, la municipalité a intimé aux intéressés l’ordre d’arrêter immédiatement les travaux de construction de cet ouvrage. Cette notification a été contresignée par les propriétaires de l’immeuble.
Par lettre du 11 décembre 2012, la municipalité a constaté que Jean-François et Carine Belin avaient continué la construction du couvert litigieux sans autorisation en dépit de l’ordre d’arrêt des travaux qui leur avait été précédemment notifié. Elle leur a par conséquent imparti un délai au 31 janvier 2013 afin de démonter ledit couvert ou pour soumettre un dossier de mise à l’enquête publique en bonne et due forme.
Par lettre du 31 décembre 2012, les époux Belin ont sollicité des éclaircissements auprès de la municipalité et requis que cette dernière leur indique les bases légales justifiant la prise en compte du couvert litigieux dans le calcul du COS. Ils ont en outre contesté avoir reçu une copie de l’ordre d’arrêt des travaux et estimé ne pas être tenus par le délai imparti par les autorités. Suite à cet envoi, une entrevue a eu lieu entre les époux Belin et les représentants de la municipalité le 11 février 2013. Par courrier du 12 février 2013, la municipalité a confirmé aux intéressés qu’elle attendait d’eux soit le démontage du couvert à voitures, soit la présentation d’un dossier de mise à l’enquête, soit le dépôt d’un recours contre la décision litigieuse. Elle s’est également réservé la possibilité de dénoncer la construction illicite aux autorités de poursuite pénale compétentes.
A la suite d’un long échange de correspondance avec la municipalité, le mandataire des époux Belin a formellement renouvelé la demande de permis de construire relative au couvert litigieux par lettre du 7 mai 2013. Faisant suite à cette requête, cette dernière a exigé par lettre du 14 mai 2013 la production d’un dossier de mise à l’enquête complet ou le démontage du couvert litigieux.
C.
Suite au rapport de dénonciation de la municipalité du 2 juillet 2013, Jean-François et Carine Belin ont été condamnés par la Préfecture du Jura-Nord vaudois pour la construction d’un couvert à voitures sans autorisation municipale à une amende de 250fr. chacun par ordonnance pénale du 28 octobre 2014.
D.
Jean-François et Carine Belin ont formellement déposé une demande de permis de construire visant à faire régulariser le couvert à voitures réalisé sur leur parcelle en date du 10 juillet 2014. L’enquête publique a été ouverte du 30 juillet au 28 août 2014. Le projet a suscité trois oppositions qui ont été formulées par Bernard Werly, Alix Michel ainsi que par Josianne et Serge Aellen.
Par décision du 23 septembre 2014, la municipalité a refusé de délivrer aux époux Belin un permis de construire
a posteriori
en vue de la régularisation du couvert à voitures litigieux. Elle a pour l’essentiel invoqué que l’ouvrage dérogeait au COS. Elle a précisé à ce titre qu’elle n’était pas en mesure de déroger à cette disposition ainsi qu’au mode de détermination de la surface bâtie tel que prévu dans la règlementation communale sur les constructions.
E.
Par acte du 22 octobre 2014, Jean-François et Carine Belin ont formé recours contre la décision précitée devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) en concluant, sous suite de frais et dépens, à la réforme de la décision précitée en ce sens que le permis de construire litigieux soit octroyé, subsidiairement que la décision soit annulée et la cause renvoyée à l’autorité communale pour nouvelle décision dans le sens des considérants. Les recourants estiment pour l’essentiel que le couvert litigieux est une construction de minime importance précisant qu’il s’agit d’une structure légère, démontable, sans parois et sans couverture au sol. Ils estiment ainsi que l’ouvrage en cause, bien que couvert, ne doit pas être comptabilisé dans la surface bâtie et qu’il doit être traité comme une dépendance. A l’appui de leur raisonnement, ils soulignent qu’un couvert à voitures est par définition une construction liée à l’occupation du bâtiment principal et qu’elle n’est destinée ni au travail, ni à l’habitat. Ils rappellent également que la municipalité avait elle-même qualifié un précédent projet de couvert à voitures sur leur parcelle de construction de minime importance. A titre de mesure d’instruction, les recourants ont également requis la tenue d’une inspection locale.
Dans sa réponse au recours du 25 novembre 2014, la municipalité fait valoir que la construction litigieuse constitue bien une dépendance mais estime que la surface de celle-ci doit bel et bien être prise en compte dans le cadre des surfaces bâties. Aucune dérogation ne pouvant être accordée en matière de COS, elle conclut au démantèlement des travaux réalisés sans autorisation.
Dans sa prise de position du 9 janvier 2015, les recourants ont indiqué maintenir leur position.
F.
La Cour a tenu audience le 24 avril 2015 à Lignerolle en présence des parties et de leurs représentants. On extrait du compte-rendu tenu à cette occasion les extraits suivants :
"[...]
Les recourants font pour leur part valoir que l’art. 68b RLATC concernant l’inapplication des règles relatives au coefficient d'occupation du sol et aux distances peut s’appliquer de façon plus large que ce que soutient la municipalité. Ils reconnaissent bien volontiers que les constructions listées par l’art. 68a al. 2 RLATC doivent impérativement être exclues de ce calcul. Rien n’empêche toutefois selon eux que d’autres réalisations échappent également à une comptabilisation quand bien même elles ne figurent pas expressément dans la liste prévue par cette disposition. Ils contestent également l’interprétation donnée par la municipalité de l’art. 9.3 du règlement communal sur le plan d’affectation et la police des constructions (RPGA) qui prévoit que la surface bâtie se calcule sur l’étage de plus grande surface compte non tenu des surfaces non couvertes. Selon eux, on ne saurait déduire a contrario de cette disposition que toutes les constructions couvertes doivent être intégrées dans le calcul du cos. Les recourants estiment ainsi que la décision querellée n’est pas conforme au droit cantonal et communal. Ils soutiennent également que, dans le cadre de la reconstruction de l’habitation de Fréderic Nicod, un couvert à voitures a pu être réalisé quand bien même le cos de la parcelle était épuise. L’intéressé leur oppose que la surface du couvert à voitures réalisé a bel et bien été incluse dans le calcul déterminant et se propose de produire les plans du géomètre en mains du tribunal afin d’établir les faits.
Interrogés sur l’application du règlement par la municipalité, ses représentants exposent que la prise en compte de la surface des couverts à voitures dans le cos résulte d’une pratique constante. Ils disent ne pas avoir connaissance de cas de dérogation depuis leur entrée en fonction. Le conseiller technique de la commune souligne à se propos que selon règlement, il n’est d’ailleurs pas possible de ménager des dérogations à cette règle sauf en cas de compensation avec une autre parcelle, ce qui n’est pas le cas en l’espèce. Le syndic indique qu’une telle compensation a récemment été autorisée par la municipalité, ce qui a permis d’aller au-delà du cos de la parcelle en cause.
[...]"
Lors de l’audience, la municipalité a produit en mains du tribunal un document émanant d’un bureau de géomètres qui confirme le bien-fondé du calcul du coefficient d’occupation du sol tel qu’effectué lors de l’examen de la demande de permis de construire litigieuse.
G.
Suite à diverses observations effectuées lors de l’audience, le tribunal a requis de la municipalité par avis du 28 avril 2015 qu’elle produise tous documents permettant le calcul du COS pour deux parcelles voisines de celles des recourants qui supportent des dépendances comparables à celle objet de la présente procédure.
Dans son courrier du 5 mai 2015, la municipalité a fait parvenir les documents précités tout en soulignant que, pour toutes les constructions en question, les normes relatives au coefficient d’occupation du sol avaient bel et bien été respectées et qu’aucune dérogation n’avait été accordée sur ce point aux propriétaires concernés.
La municipalité a déposé ses observations finales le 20 mai 2015. Les recourants se sont déterminés le 17 août 2015. Les arguments des parties seront repris ci-après dans la mesure utile.
H.
La Cour a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit
1.
Les recourants se prévalent des assurances prétendument données par la municipalité relatives au caractère de minime importance de la construction litigieuse, se référant en particulier à une lettre du 13 mai 2008.
a) Ancré à l'art. 9 de la Constitution fédérale, et valant pour l'ensemble de l'activité étatique, le principe de la bonne foi confère au citoyen, à certaines conditions, le droit d'exiger des autorités qu'elles se conforment aux promesses ou assurances précises qu’elles lui ont faites et ne trompent pas la confiance qu'il a légitimement placée dans ces promesses et assurances (ATF 137 II 182 consid. 3.6.2 p. 193; 137 I 69 consid. 2.5.1 p. 72 s.). L'autorité doit avoir fait une promesse effective, c'est-à-dire être intervenue dans une situation donnée à l'égard de personnes déterminées. Elle doit avoir agi dans le cadre et dans les limites de ses compétences. La personne concernée ne doit pas avoir été en mesure de se rendre compte immédiatement de l'inexactitude du renseignement fourni et elle doit s'être fondée sur le renseignement pour prendre des dispositions qu'elle ne saurait modifier sans subir de préjudice. Enfin, la loi ne doit pas avoir subi de changement depuis le moment où la promesse a été faite.
S'agissant des deux premières conditions, selon la jurisprudence rendue en matière de droit des constructions, il ne suffit pas que le service technique communal ait participé à la finalisation du projet, pour que l'on puisse en déduire que la municipalité a approuvé sans réserve le projet litigieux. Le service en question n'est en effet pas habilité à délivrer un permis de construire, compétence qui appartient, conformément aux art. 17 et 104 de la loi cantonale du 4 décembre 1985 sur l'aménagement du territoire et les constructions (LATC; RSV 700.1), à la seule municipalité, à l’exclusion notamment d’un conseiller municipal ou d’un fonctionnaire communal (AC.2006.0239 du 29 octobre 2007 consid. 4).
b) En l’occurrence, le courrier dont les recourants se prévalent ne concerne pas le projet de couvert à voitures tel qu’il fait l’objet du présent recours mais un projet antérieur qui prévoyait également la construction d’un sas d’entrée. Ils ne sauraient dans ce contexte se prévaloir de la qualification opérée par la municipalité à l’époque pour prétendre à ce que l’objet litigieux soit à présent dispensé d’enquête publique. Dès la réalisation du couvert constatée, l’autorité intimée a en effet invariablement requis une mise à l’enquête publique (
a posteriori
) des travaux effectués en raison de l’ampleur des dérogations sollicitées et des conséquences que celles-ci seraient susceptibles d’avoir sur les intérêts dignes de protection des voisins.
Ce grief doit par conséquent être rejeté.
2.
Les recourants estiment que le couvert litigieux s’apparente à une dépendance, soit une construction de minime importance qui ne doit pas selon eux être comptabilisée dans la surface bâtie de leur parcelle.
a) A défaut de dispositions communales contraires, les municipalités peuvent autoriser la construction de dépendances de peu d'importance, dont l'utilisation est liée à l'occupation du bâtiment principal, dans les espaces réglementaires entre bâtiments ou entre bâtiments et limites de propriété (art. 39 al. 1 du règlement d'application de la loi du 4 décembre 1985 sur l'aménagement du territoire et les constructions du 19 septembre 1986 [RLATC]; RSV 200.11.1). Par dépendances de peu d'importance, on entend des constructions distinctes du bâtiment principal, sans communication interne avec celui-ci et dont le volume est de peu d'importance par rapport à celui du bâtiment principal, telles que pavillons, réduits de jardin ou garages particuliers pour deux voitures au plus. Ces dépendances ne peuvent en aucun cas servir à l'habitation ou à l'activité professionnelle (art. 39 al. 2 RLATC). Ces règles sont également valables pour d'autres ouvrages que des dépendances proprement dites: murs de soutènement, clôtures, places de stationnement à l'air libre notamment (art. 39 al. 3 RLATC). Ces constructions ne peuvent être autorisées que pour autant qu'elles n'entraînent aucun préjudice pour les voisins (art. 39 al. 4 RLATC).
b) Les indices ou coefficients d’occupation du sol (IOS ou COS) imposent un rapport maximum entre la surface bâtie et la surface de la parcelle. Ils ont principalement pour but de réserver des espaces vierges de construction, ce qui permet d'assurer l'aération et l'ensoleillement des bâtiments, le maintien d'espaces de détente et la sécurité du trafic (Piermarco Zen-Ruffinen/Christine Guy-Ecabert, Aménagement du territoire, construction, expropriation, Berne 2001, n
os
865 et 867). Ils ont également pour fonction de permettre la création de dégagements suffisants par rapport à l'importance de la construction et de son emprise au sol (arrêts AC.2012.0261 du 27 juin 2013, consid. 4b/cc; AC.2010.0106 précité consid. 3d/dd). Ils garantissent ainsi une certaine qualité de l’espace à urbaniser et définissent les caractéristiques du tissu bâti (Jean-Luc Marti, Distance, coefficient et volumétrie des constructions en droit vaudois, 1988, p. 151-152; arrêts AC.2012.0261 du 27 juin 2013, consid. 4b/cc; AC.2010.0106 du 30 août 2011 consid. 3d/dd).
Il ressort de l'art. 47 al. 1 de la loi vaudoise sur l'aménagement du territoire et les constructions du 4 décembre 1985 (LATC; RSV 700.11) que le législateur cantonal a délégué aux communes la compétence de fixer de manière précise dans leurs plans et règlements d'affectation les prescriptions relatives à la mesure de l'utilisation du sol, par quoi il faut entendre également la définition du COS (AC.2005.0054 du 15 décembre 2005 consid. 3b/aa). Comme la jurisprudence cantonale le rappelle régulièrement (AC.2013.0219 du 27 février 2015; AC.2008.0283 du 15 avril 2009; AC.2006.0083 du 27 décembre 2006; AC.2005.0167 du 8 mars 2006; AC.2005.0054 du 16 décembre 2005; AC.2005.0005 du 31 octobre 2005; AC.2004.0081 du 12 novembre 2004; AC.2002.0132 du 26 juin 2003; AC.1999.0213 du 27 avril 2001), les communes peuvent préciser dans leur règlement communal quels sont les éléments à prendre en considération dans la surface bâtie pour le calcul du COS. Cela leur laisse la possibilité d'exclure du calcul certains éléments de construction tels que par exemple les perrons, seuils et balcons, ou les terrasses non couvertes, les piscines non couvertes et les garages enterrés. Il est aussi possible que le règlement communal exclue du calcul de la surface bâtie les dépendances, avec ou sans limitation de leur surface, cette limitation pouvant être fixée par un chiffre absolu ou par leur importance relative par rapport à la construction principale (AC.2002.0229 du 12 mai 2003). Il est également possible qu'un règlement communal procède inversement en définissant spécialement ce qui doit être inclus dans la surface bâtie (AC.2008.0149 du 12 août 2009, consid. 3a).
En revanche, lorsque le règlement communal ne contient aucune règle précisant ce qui doit être inclus dans la surface bâtie pour l'application du COS, ce sont les règles subsidiaires développées par la jurisprudence cantonale qui doivent s'appliquer. La jurisprudence de l'ancienne Commission cantonale de recours en matière de construction (commission de recours) a par exemple précisé qu'un élément de construction profond de 4 m accolé en porte-à-faux aux façades d'un bâtiment constitue un avant-corps comptant dans la surface bâtie (RDAF 1986, p. 51; RDAF 1967 p. 337). Il en allait de même pour le prolongement artificiel d'une toiture destinée à couvrir un espace au sol (RDAF 1986 p. 50), pour la surface d'un couvert de 18 m
2
adossé d'un côté à un garage et soutenu de l'autre par trois piliers (RDAF 1975 p. 214) ainsi que pour une surface recouverte par un balcon d'une profondeur de 2.10 m sur une longueur de 9.50 m (RDAF 1988 p. 428) et pour un auvent dépassant les dimensions usuelles (voir Jean-Luc Marti, Distances, coefficients et volumétries des constructions en droit vaudois, Lausanne, 1988, p. 155 et 156). Doivent également être pris en considération dans le calcul de la surface bâtie à défaut de règles communales contraires, les courts de tennis et les piscines (RDAF 1980 p. 61), les dépendances (RDAF 1969 p. 288), notamment les garages pour deux voitures ou les garages enterrés attenants au bâtiment d'habitation principal (RDAF 1983 p. 167). La jurisprudence subséquente a confirmé le principe selon lequel, à défaut de règles communales contraires, une prolongation purement artificielle de la toiture, destinée à couvrir des espaces au sol, de même que la création de terrasses couvertes, constituait une augmentation de la surface construite qui entre en ligne de compte dans le calcul de la surface bâtie (voir notamment les arrêts AC.1996.0072 du 26 mai 1998; AC.1996.0131 du 29 mai 1997). Dans l'arrêt AC.2002.0132 du 26 juin 2003, le tribunal a relevé qu'on peut probablement résumer la jurisprudence en concluant qu'il faut compter dans la surface bâtie celles des constructions qui sont munies d'une couverture étanche. En revanche, les terrasses non couvertes, exposées aux intempéries, ne sont en principe pas prises en considération dans le calcul de la surface bâtie (voir a contrario AC.1999.0213 du 27 avril 2001 et AC.1999.0048 du 20 septembre 2000). Il convient toutefois de rappeler que les critères jurisprudentiels, développés pour dégager le sens de dispositions réglementaires communales nécessitant une interprétation, ne sauraient supplanter les règles claires édictées par le législateur communal (AC.2008.0149 du 12 août 2009, consid. 3a; AC.2005.0054 du 15 décembre 2005 consid. 3b/dd; AC.1998.0043 du 30 septembre 1998).
En ce qui concerne spécifiquement Lignerolle, dans la zone de village, la surface brute de plancher affectée à la réalisation de logements dans les constructions neuves est notamment limitée par l’application d’un COS fixé à 0.25 (art 2.14 let. b RPGA). La définition de la surface bâtie est quant à elle définie par l’art. 9.13 qui est libellé comme suit:
« La surface bâtie se calcule sur l’étage de plus grande surface, compte non tenu des surfaces non couvertes, des perrons, des seuils, des balcons et des piscines non couvertes ».
c) En l’occurrence, les parties s’accordent à reconnaître que le couvert litigieux constitue une dépendance au sens de l’art. 39 RLATC et de l’art. 9.27 RPGA dès lors que l’installation en cause est liée à l’occupation du bâtiment principal et ne sert ni à l’habitation, ni à l’exercice d’une activité professionnelle. La seule question à trancher est donc de savoir si cette construction doit être prise en compte en tant que surface bâtie lors de la détermination du COS. La lecture du règlement municipal n’apporte pas de réponse définitive à ce propos dès lors que la définition de la surface bâtie, formulée de manière négative, semble inclure toutes les constructions couvertes indépendamment de leurs caractéristiques (cf. art. 9.13 RPGA). Il convient donc en pareilles circonstances de se baser sur la jurisprudence et la pratique de la collectivité concernée. Selon les explications fournies par ses représentants, la pratique observée par la municipalité est relativement stricte dès lors que sont comptabilisées toutes les surfaces couvertes qui ne sont pas susceptibles d’être assimilées aux installations de minime importance mentionnées à l’art. 68a al. 2 let. a RLATC et qui sont expressément exclues du calcul relatif au coefficient d'occupation du sol et aux distances (art. 68b let. b RLATC). La production de différents dossiers relatifs à la création de dépendances similaires dans l’environnement immédiat de l’installation litigieuse a permis à la cour de se convaincre que la pratique invoquée par l’autorité intimée était effectivement suivie de manière constante. Les représentants de la municipalité présents à l’audience ont en outre indiqué ne pas avoir connaissance de dérogations accordées à ce propos depuis leur entrée en fonction respective. L’interprétation que l’autorité intimée fait de son propre règlement rejoint d’ailleurs la jurisprudence, laquelle a retenu
qu'il faut compter dans la surface bâtie celles des constructions qui sont munies d'une couverture étanche (AC.2013.0257 du 10 juin 2014 ; AC.2002.0132 du 26 juin 2003). Il s’en suit que le couvert à voitures en cause doit être comptabilisé dans la surface bâtie.
Dans leurs déterminations finales du 17 août 2015, les recourants tentent de démontrer une pratique communale contraire en se prévalant de toute une série d'exemples. Les constatations de la cour au sujet des exemples avancés par les recourants se résument comme il suit:
- la parcelle 72 du registre foncier d'une surface de 675 m2 comporte une habitation de 162 m2 pour une surface constructible de 168.75 m2. Les données cadastrales mentionnent une surface d'accès à place privée de 80 m2, non couverte, selon la vue aérienne du guichet cartographique cantonal, état au 26 août 2015. Le COS est ainsi respecté;
- la parcelle 62 du registre foncier d'une surface de 691 m2 comporte quatre bâtiments d'une surface additionnée de 115 m2 pour une surface constructible de 172 m2. Les données cadastrales mentionnent une surface d'accès à place privée de 116 m2, non couverte, selon la vue aérienne du guichet cartographique cantonal, état au 26 août 2015. Le COS est ainsi respecté;
- la parcelle 603 du registre foncier d'une surface de 725 m2 comporte une habitation de 79 m2 pour une surface constructible de 181.25 m2. Les données cadastrales mentionnent des travaux après remaniement parcellaire et mensuration. Quel que soit l'état du couvert mentionné par les recourants, le COS semble largement respecté en l'état;
- la parcelle 641 du registre foncier d'une surface de 1'112 m2 comporte une habitation de 112 m2 pour une surface constructible de 278 m2. Les données cadastrales mentionnent des travaux après remaniement parcellaire et mensuration. Quel que soit l'état du couvert mentionné par les recourants, le COS semble largement respecté en l'état;
- la parcelle 151 du registre foncier d'une surface de 877 m2 comporte une habitation de 81 m2 et un bâtiment de 15 m2 pour une surface constructible de 219.25 m2. Les données cadastrales mentionnent des travaux après remaniement parcellaire et mensuration. Quel que soit l'état du couvert mentionné par les recourants, le COS semble largement respecté en l'état;
- la parcelle 612 du registre foncier d'une surface de 935 m2 comporte une habitation de 91 m2 et un bâtiment de 13 m2 pour une surface constructible de 327 m2. Les données cadastrales mentionnent des travaux après remaniement parcellaire et mensuration. Quel que soit l'état du couvert mentionné par les recourants, le COS semble largement respecté en l'état;
- la parcelle 107 du registre foncier d'une surface de 900 m2 comporte une habitation et un garage de 176 m2, ainsi qu'un garage souterrain de 42 m2, pour une surface constructible de 225 m2. Les données cadastrales mentionnent des travaux après remaniement parcellaire et mensuration. Quel que soit l'état du couvert mentionné par les recourants, le COS semble largement respecté en l'état;
- la parcelle 628 du registre foncier d'une surface de 542 m2 comporte une habitation de 96 m2 et un bâtiment de 8 m2 pour une surface constructible de 135 m2. Les données cadastrales mentionnent des travaux après remaniement parcellaire et mensuration. Quel que soit l'état du couvert mentionné par les recourants, le COS semble respecté en l'état;
- la parcelle 223 du registre foncier d'une surface de 872 m2 comporte une habitation de 128 m2, un bâtiment de 10 m2 et un garage de 18 m2 pour une surface constructible de 218 m2. Les données cadastrales mentionnent des travaux après remaniement parcellaire et mensuration. Quel que soit l'état du couvert mentionné par les recourants, le COS semble largement respecté en l'état;
- les parcelles 121 et 111 du registre foncier comporteraient d'après les recourants des vérandas apparemment non soumises à l'enquête publique. On peine à comprendre quel droit en relation avec le calcul du COS les recourants entendent-ils tirer de l'absence d'enquête publique. La parcelle 121, d'une surface de 703 m2 comporte bien une habitation avec affectation mixte de 240 m2 et un garage de 15 m2 pour une surface constructible de 175.75 m2. Le COS semble en effet dépassé dans ce cas avec toutefois la particularité que le bâtiment en question se trouve à cheval sur plusieurs parcelles. La parcelle 111 en revanche, d'une surface de 2'537 m2, comporte une habitation et rural, un couvert et un garage d'une surface totale de 572 m2 pour une surface constructible de 634.25 m2. Le COS semble donc largement respecté en l'état;
- la parcelle 642 du registre foncier d'une surface de 931 m2 comporte une habitation et deux garages d'une surface totale de 166 m2 pour une surface constructible de 232.75 m2. Les données cadastrales mentionnent des travaux après remaniement parcellaire et mensuration. Quel que soit l'état du couvert mentionné par les recourants, le COS semble largement respecté en l'état;
- la parcelle 68 du registre foncier d'une surface de 960 m2 comporte une habitation de 173 m2 pour une surface constructible de 240 m2. Les données cadastrales mentionnent des travaux après remaniement parcellaire et mensuration. Quel que soit l'état du couvert mentionné par les recourants, le COS semble largement respecté en l'état;
- la parcelle 78 du registre foncier d'une surface de 321 m2 comporte un garage de 43 m2 pour une surface constructible de 80.25 m2. Les données cadastrales mentionnent des travaux après remaniement parcellaire et mensuration. Quel que soit l'état du couvert mentionné par les recourants, le COS semble bien respecté en l'état;
Il résulte de ce qui précède que les recourants échouent dans la preuve d'une pratique communale contraire de laquelle ils entendent tirer un droit à l'égalité de traitement. Les vérifications de la cour, en se fondant sur les données cadastrales actuelles, bénéficiant de la foi publique, tendent au contraire, à confirmer la pratique constante de l'autorité communale dans le sens d'une prise en considération dans le calcul du COS des couverts à voitures. Aucune dérogation ne ressort des exemples avancés par les recourants. Certes, il résulte des extraits du registre foncier des parcelles susmentionnées qu'un remaniement parcellaire et une mensuration on eu cours en 2015, certains travaux subséquents n'ayant peut-être pas encore été cadastrés. Cela ne permet toutefois pas de remettre en cause la pratique communale que la municipalité s'est encore engagée à respecter lors de l'audience du 24 avril 2015.
d) Aucune des parties ne conteste pour le surplus que le COS applicable dans la zone de village est bien de 0.25. La surface totale de la parcelle des recourants étant de 600 m
2
, l’emprise maximale de la surface bâtie est donc de 150 m
2
. L’habitation des recourants et son garage mesurant à eux seuls 139 m
2
, force est de constater que la réalisation du couvert litigieux de 29 m
2
(4.55m x 6.37m) emporte en dépassement de 18 m
2
par rapport à la couverture maximale du sol autorisée.
Il ressort de ce qui précède que cette installation doit être qualifiée de non réglementaire sous l’angle du COS.
3.
Il reste à examiner si, compte tenu de l'ensemble des circonstances, l'autorité intimée pouvait renoncer à exiger la démolition de l'ouvrage litigieux
conformément au principe de proportionnalité.
a) Selon l'art. 105 al. 1 LATC (cf. ég. art. 130 al. 2 LATC), la municipalité, à son défaut le département compétent, est en droit de faire supprimer (ou modifier), aux frais du propriétaire, tous travaux qui ne sont pas conformes aux prescriptions légales et réglementaires.
Contrairement à ce que sa formulation peut laisser entendre, cette disposition n'accorde pas une latitude de jugement ou un pouvoir d'appréciation à l'autorité compétente, mais lui impose une obligation quand les conditions en sont remplies. Par démolition, il faut entendre non seulement la démolition proprement dite de travaux effectués sans droit, mais également la remise en état des lieux. Cela étant, la seule violation des dispositions de forme relatives à la procédure d'autorisation de construire est en principe insuffisante pour justifier l'ordre de démolition d'un ouvrage non autorisé, si l'ouvrage en cause est conforme aux prescriptions matérielles applicables. En outre, la violation du droit matériel par les travaux non autorisés ne suffit pas non plus à elle seule à justifier leur suppression; l'autorité doit bien plutôt examiner la nature et l'importance des aspects non réglementaires des travaux et procéder à une pesée des intérêts en présence, soit l'intérêt public au respect de la loi (et donc à la suppression de l'ouvrage non réglementaire construit sans permis) et l'intérêt privé au maintien de celui-ci (arrêt AC.2012.0130 du 13 décembre 2012 consid. 9a et les références).
L'ordre de démolir une construction ou un ouvrage édifié sans permis et pour lequel une autorisation ne pouvait être accordée n'est en principe pas contraire au principe de la proportionnalité. Celui qui place l'autorité devant un fait accompli doit en effet s'attendre à ce qu'elle se préoccupe davantage de rétablir une situation conforme au droit que d'éviter les inconvénients qui en découlent pour lui (ATF 123 II 248 consid. 4a et la référence). Les mesures de remise en état doivent toutefois être strictement limitées à ce qui est nécessaire pour atteindre le but recherché; l'autorité doit dans ce cadre renoncer à de telles mesures si les dérogations à la règle sont mineures, si l'intérêt public lésé n'est pas de nature à justifier le dommage que la démolition causerait au maître de l'ouvrage, si celui-ci pouvait de bonne foi se croire autorisé à construire ou encore s'il y a des chances sérieuses de faire reconnaître la construction comme conforme au droit qui aurait changé dans l'intervalle (cf. ATF 136 II 359; ATF 1C_543/2011 du 14 janvier 2013 consid. 5.1 et les références).
En principe, le constructeur qui n'a pas agi de bonne foi peut également se prévaloir du principe de la proportionnalité à l'égard d'un ordre de démolition ou de remise en état. Il doit cependant s'accommoder du fait que les autorités, pour des raisons de principe - à savoir pour assurer l'égalité devant la loi et le respect de la réglementation sur les constructions - accordent une importance prépondérante au rétablissement d'une situation conforme au droit et ne prennent pas ou peu en considération les inconvénients qui en résultent pour le maître de l'ouvrage (arrêt AC.2012.0048 précité, consid. 2a et les références).
b) En l’occurrence, les recourants ont procédé à la construction de leur couvert à voitures en passant outre le refus d’autorisation qui leur avait été notifié pour un premier projet de couvert le 10 juin 2008. Ils ont également poursuivi les travaux litigieux après réception d’un ordre d’arrêt des travaux de la municipalité daté du
24 octobre 2010
dont ils affirment ne pas avoir reçu copie mais qu’ils ont néanmoins contresigné en personne. En pareilles circonstances, invoquer - même implicitement - leur bonne foi dans le cadre du présent recours confine à la témérité. La municipalité a quant à elle invariablement exigé une mise à l’enquête de la construction litigieuse de sorte à garantir l’intérêt des voisins ainsi que l’intérêt public
au respect des règles sur le COS. Celles-ci ont pour fonction principale de limiter l'emprise des constructions sur les parcelles en maintenant des espaces non construits de verdure autour de chaque bâtiment influençant ainsi la structure, la trame et la forme urbaine du quartier tel que prévus dans les plans d’affectation (cf. arrêt AC.2008.0251 du 28 mai 2009 consid. 6b et les références). Il s’agit donc d’un intérêt public important. S'agissant du dommage que causerait la démolition de l'ouvrage litigieux aux constructeurs, ces derniers ont souligné dans leur recours le caractère léger, démontable, sans paroi et sans encrage au sol de l’ouvrage. Le préjudice économique subi par les recourants lors de son démontage devrait dans ces conditions être limité, quand bien même aucun chiffre exact à ce propos n’a été formulé dans le cadre de la présente procédure.
Il s'impose donc de constater que l'intérêt public à la démolition du couvert à voitures litigieux l'emporte incontestablement sur l'intérêt privé du constructeur au maintien de cet ouvrage.
4.
Au vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté et la décision entreprise confirmée. Un émolument de justice est mis à la charge des recourants, solidairement entre eux. La Commune de Lignerolle n’ayant pas procédé par l'intermédiaire d'un mandataire professionnel, il n’y a pas lieu d’allouer de dépens (art. 55 LPA-VD).