# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 65ed15d1-9b78-4fe5-b7f2-d3cbf8c58b60
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2012
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
William Aviolat est propriétaire de la parcelle n° 1672 du cadastre de la commune de Pully. Ce bien-fonds, d'une superficie de 5'457 m
2
, a été colloqué en zone de villas, et comprend deux immeubles (de 63 m
2
respectivement 10 m
2
). L'intéressé, jardinier-botaniste, s'en est servi depuis le début des années 1960 pour étudier la résistance de différents végétaux sur coteaux arides; dans le cadre de ces mêmes études, il a créé dès 1972 le jardin botanique de St-Tryphon.
B.
Par décision du 14 novembre 1984, le Service des forêts et de la faune (devenu dans l'intervalle le Service des forêts, de la faune et de la nature - SFFN) a informé William Aviolat qu'il avait procédé, à la demande de la commune de Pully, à la définition des surfaces soumises au régime forestier sur le coteau de "Rochettaz", et que la parcelle n° 1672 était soumise à un tel régime.
L'intéressé a formé recours contre cette décision devant le Conseil d'Etat par courrier du 20 novembre 1984, faisant en substance valoir que la parcelle devait être qualifiée de jardin et/ou de verger, et non de forêt. Il a développé ses arguments par courrier du 22 décembre 1984, précisant en particulier que "cent cinquante arbres fruitiers en provenance des deux hémisphères [étaient] à l'étude" sur cette parcelle, "ainsi que deux cent cinquante espèces d'arbres, d'arbustes et de plantes".
Dans un courrier adressé au "Service de justice" le 14 février 1985, le Service des forêts et de la faune a en substance indiqué ce qui suit:
"La parcelle No 1'672 est un parc ou un
« jardin »
pour employer un terme de désignation cadastrale, avec des parties plantées de pins ou d'essences feuillues qui sont soumises, elles, au régime forestier, l'imbrication de ces parties étant assez grande. Une maisonnette existe dans le haut de la parcelle, dans un verger.
Comme aucun changement n'est envisagé pour le moment, comme même
M. AVIOLAT tient à maintenir l'affectation et la gestion actuelles de sa propriété, il nous paraît qu'il n'y a pas, du point de vue forestier, de raison de demander une délimitation des natures par un relevé géométrique.
Le Service forestier accepte la situation telle qu'elle existe aujourd'hui et la poursuite des expériences de M. AVIOLAT, compte tenu aussi de sa lettre du 22 décembre 1984.
Si, pour une raison ou une autre, une nouvelle affectation était envisagée un jour pour la parcelle No 1'672, une délimitation précise des natures devrait alors être faite."
C.
Par courrier du 1
er
février 1993, la Direction des travaux de la commune de Pully a informé William Aviolat que, dans le cadre de travaux préliminaires en vue de l'établissement d'un nouveau plan directeur, la surface forestière de sa propriété avait été relevée par le géomètre officiel; étaient annexés un plan
ad hoc
ainsi qu'un document intitulé "tableau de mutation" du 4 janvier 1993, dont il résulte que la parcelle n° 1672 était en nature de "Prés.Champs" à raison de 3'340 m
2
et de "Bois" à raison de 2'137 m
2
(ce "Bois" se subdivisant en deux parties distinctes, de 875 m
2
respectivement 1'262 m
2
).
Par courrier adressé au Service des forêts et de la faune le 23 février 1993, William Aviolat a en substance exposé ce qui suit:
"Mon terrain provient du regroupement de 5 parcelles que j'ai achetées entre 1960 et 1963, dans le but d'y créer une pépinière pour mes activités professionnelles de jardinier. Quand je l'ai acheté, ce terrain était entièrement planté en vigne. Je l'ai aménagé en y construisant des cabanes, des chemins d'accès, des escaliers, des clôtures, etc. J'y ai créé des vergers d'arbres fruitiers et des pépinières d'arbres d'ornement.
A la fin des années 70, j'ai consacré une plus grande partie de mon temps à la création et à l'entretien du jardin botanique de St-Triphon, délaissant une partie de mes pépinières. C'est pourquoi vous trouverez sur cette parcelle deux petits massifs de pins qui sont les restes de mes pépinières et qui donnent au premier abord une allure de forêt à ce terrain."
L'intéressé précisait qu'il "ne contest[ait] pas que le massif principal puisse être considéré comme une forêt", mais qu'il ne pouvait comprendre qu'il en aille de même des autres surfaces. Il rappelait par ailleurs qu'il avait déjà fait recours en 1984 contre une décision soumettant sa parcelle au régime forestier, et que ce recours avait été "admis".
D.
Par décision du 23 mai 1995, la Commission d'estimation fiscale des immeubles du district de Lausanne a procédé à une nouvelle estimation fiscale de la parcelle n° 1672, à hauteur de 123'000 francs. A la suite du recours formé par William Aviolat contre cette décision, la commission a communiqué à l'intéressé le détail des calculs de sa nouvelle estimation, mentionnant une "valeur terrain" (constructible) de 1'000 m
2
, ainsi qu'une surface en "prés-champs" de 4'477 m
2
- correspondant à une valeur vénale totale de 245'000 francs.
Par décision du 30 mai 1996, la Commission d'estimation fiscale des immeubles du district de Lausanne a rejeté le recours formé par l'intéressé, au motif que la parcelle en cause n'était pas cadastrée en nature de forêt.
E.
Du 26 août au 24 septembre 1997, la Municipalité de Pully (la municipalité) a soumis à l'enquête publique un projet de modification du plan général d'affectation (PGA) ainsi que les plans de délimitation de l'aire forestière en limite des zones constructibles de la zone urbaine (notamment).
Par courrier du 1
er
septembre 1997, William Aviolat s'est opposé "aux découpages forestiers sur [s]a parcelle", lesquels ne "correspond[ai]ent pas à la réalité sur le terrain"; il précisait qu'il désirait conserver ses arbres, mais qu'il s'opposait au découpage systématique en zone forestière de toutes ses plantations, indépendamment des essences qui s'y trouvaient.
Par courrier adressé le 22 décembre 1998 à William Aviolat, la municipalité a relevé la nécessité de procéder à une nouvelle constatation de la nature forestière de sa propriété, indiquant qu'elle allait mandater prochainement un géomètre à cette fin. Il était précisé que la nouvelle délimitation à laquelle il serait procédé serait soumise à une nouvelle enquête publique.
Une inspection locale de la parcelle concernée a été mise en œuvre le 20 janvier 1999, en présence de l'intéressé. A la suite de cette inspection, le géomètre officiel a établi le 27 janvier 1999 un nouveau plan de situation, dont il résulte que la zone forestière était désormais arrêtée à 1'536 m
2
- comprenant deux parties distinctes de
899 m
2
respectivement 637 m
2
(cf. le plan de situation annexé à la décision attaquée, reproduit sous let. F
infra
). Dans l'intervalle, par courrier du 25 janvier 1999, William Aviolat a prié la municipalité de "bien vouloir [lui] soumettre [sa] décision avant la mise à l'enquête".
Par courrier adressé le 9 juin 2000 à William Aviolat, la Direction de l'urbanisme et de l'environnement de la commune de Pully a indiqué en particulier ce qui suit:
"Lors de l'enquête publique à laquelle les projets cités en titre furent soumis du 26 août au 24 septembre 1997, vous aviez contesté le secteur intéressant votre propriété
[...]
.
Diverses circonstances ont fait que les procédures d'adoption de ces projets n'ont pu être menées à terme.
Une version amendée du projet de révision du plan général d'affectation des sols de la zone urbaine sera soumise à une nouvelle enquête publique, du 13 juin au 12 juillet 2000.
Toutefois, l'aire forestière représentée sur ce document ne l'est qu'à titre indicatif.
Les plans définissant précisément cette aire forestière seront soumis à une enquête publique spécifique, vraisemblablement durant l'automne prochain."
L’enquête publique a eu lieu comme annoncé du 13 juin au 12 juillet 2000. Elle a suscité 5 oppositions et trois interventions. William Aviolat n’a pas formé opposition à l'encontre de ce projet.
Dans sa séance du 11 octobre 2000, le Conseil communal de Pully, se référant à un préavis municipal du 24 août 2000, a décidé d'adopter le PGA tel que soumis à l'enquête publique et de lever les oppositions. Il n'était fait aucune référence aux réserves quant à la délimitation de l’aire forestière sur la parcelle n° 1672 de William Aviolat ni à l'enquête publique spécifique annoncée dans le courrier du 9 juin 2000. La décision d’adoption du nouveau PGA n'a pas été notifiée à l'intéressé.
Le nouveau PGA est entré en vigueur le 12 mars 2001. Aucune enquête publique subséquente portant sur la délimitation de l’aire forestière sur la parcelle n° 1672 n’a été mise en œuvre.
F.
Par courrier adressé à William Aviolat le 29 septembre 2009, l'inspecteur des forêts a relevé qu'il était entré en matière, lors de l'inspection locale effectuée en janvier 1999, pour adapter à l'état des lieux la lisière du périmètre boisé situé à l'est de sa parcelle, soit pour "sortir du régime forestier les arbres bordant le domaine public ainsi que la haie composée essentiellement de forthisias" [forsythias]. Le géomètre officiel avait reporté cette nouvelle délimitation sur le plan de situation du 27 janvier 1999 (cf. let. E
supra
), sans toutefois qu'une réquisition de changement de nature n'ait été déposée auprès du registre foncier; l'intéressé était dès lors invité à faire établir une réquisition dans ce sens.
Par courrier du 5 octobre 2009, William Aviolat a répondu qu'il considérait que l'ensemble de sa parcelle était en nature de "jardin", relevant que, sur le côté est, la zone délimitée n'atteignait pas la surface réglementaire de 800 m
2
pour constituer une forêt, d'une part, et que, compte tenu de la présence d'un "abri culture" sur le côté ouest, une zone forestière ne pouvait être autorisée à la limite de cette construction, d'autre part. Il priait dès lors l'inspecteur des forêts de bien vouloir "reconsidérer la chose".
Le SFFN a rendu une "décision de constatation de nature forestière" le 29 mars 2011, dont il résulte en particulier ce qui suit:
"
Généralités
[...]
Cette nouvelle délimitation
[soit celle ayant donné lieu au plan de situation du 27 janvier 1999]
tient compte de l'état des lieux du moment, c'est-à-dire postérieur à un entretien effectué juste avant la visite, ayant mis en évidence les espèces typiques des jardins (forsythia et de bambou) et souligné l'espace entre les bosquets précités
[...].
[...]
La surface de forêt passe donc de 2'175 m2
[selon l'extrait du registre foncier]
à
1'536 m2. Elle est composée de deux entités indiquées sous les numéros ad hoc
et
et du tableau de mutation (annexe 2), soit respectivement 637 m2 et 899 m2.
Description de la végétation sur la parcelle 1672
Les entités boisées
et
sont composées des espèces suivantes:
Arbres: pin sylvestre, pin noir, robinier, frêne, orme et noyer,
Arbustes: chêne, érable plane, hêtre, merisier et tilleul,
Buissons: cornouiller, chèvrefeuille, troène et viorne lantane.
Il s'agit là d'espèces bien adaptées à la station plutôt sécharde compte tenu de l'altitude, de l'exposition du coteau de Rochettaz et de sols relativement superficiels. Les arbres les plus gros de ces entités boisées sont essentiellement des pins noirs, des pins sylvestres ainsi que quelques robiniers, frênes et ormes. Ils sont âgés d'une trentaine d'années au moins et possèdent un diamètre compris entre 25 et 45 centimètres. L'étape de développement de cette végétation est une jeune futaie.
D'autre part, sur la partie pré-champ de la parcelle, il y a de nombreux arbres fruitiers (cerisier, pommier et prunier) ainsi que trois bosquets composés de bouleaux, de pins sylvestres et de tilleuls.
Analyse des arguments
[...]
Les arbres composant les deux secteurs de forêt proviennent majoritairement d'une ancienne pépinière laissée à l'abandon. L'origine de cette végétation n'exclut pas sa soumission au régime forestier.
D'autre part, la présence d'un bâtiment, érigé dans les années 1960 selon les informations de M. Aviolat, n'exclut pas la présence d'une forêt à moins de 10 mètres de la façade d'une construction puisque la constatation de la nature forestière se base sur des critères objectifs et précis caractérisant la végétation mais pas sur la présence de bâtiments.
Cela signifie que l'abri de culture en question, qui est en ruine à la suite d'un incendie, ne pourrait être reconstruit à son emplacement actuel. Il devrait être implanté au minimum à 10 mètres de la lisière.
[...]
Analyse des fonctions forestières exercées par la végétation des entités
et
sises sur la parcelle 1672.
1.
Principes
En vertu de l'article 2 al. 1
er
LFo, on entend par forêt toutes les surfaces couvertes d'arbres ou d'arbustes forestiers à même d'exercer des fonctions forestières (à savoir des fonctions protectrices, économiques ou sociales). L'origine du peuplement, son mode d'expansion et la mention au registre foncier ne sont pas pertinents.
D'autre part, l'article 1 al. 2 OFo précise que si le peuplement exerce une fonction sociale ou protectrice particulièrement importante, il doit être considéré comme forêt, indépendamment de sa surface, de sa largeur ou de son âge.
Dans le canton de Vaud, les surfaces boisées de 800 m2 (art. 2 al. 1 lit. A LVLFo) et plus sont considérées comme forêt sous réserve des critères d'âge et de largeur. Néanmoins, il ressort de la jurisprudence fédérale que des boisés de surfaces inférieures à 800 m2 doivent faire l'objet d'un examen attentif de la part des autorités. Ainsi des petites surfaces (entre 500 et 800 m2) peuvent être considérées comme forêt. Le classement en forêt de petites surfaces implique qu'elles exercent des fonctions particulières, sans être exceptionnelles (par exemple petites surfaces avec fonction de protection, paysagère ou biologique particulière).
2.
Examen des différents critères
A)
quantitatifs
La végétation composant le secteur boisé situé à l'est de la parcelle 1672 fait partie d'un ensemble plus large comprenant également la végétation située sur la parcelle voisine numéro 1687 du cadastre de Pully, elle-même en lien avec les parcelles boisées 1686 et 2199 (cf. annexe 2).
Cette végétation est donc soumise au régime forestier, compte tenu de la surface qu'elle occupe supérieure à 800 m2 et des fonctions qu'elle exerce.
B)
qualitatifs
-
Fonction économique
[...]
Cette fonction ne revêt aucune importance en l'espèce.
-
Fonction protectrice
En matière de dangers naturels, la carte des phénomènes révèle une zone de glissements profonds peu actifs à l'ouest de la parcelle 1762 (recte : 1672). D'autre part, les cartes indicatives mentionnent des glissements potentiels sur l'entier du périmètre (la carte des dangers naturels
[est]
en cours d'établissement). Compte tenu des glissements avérés et supposés, notamment à l'ouest de la parcelle, ainsi que de la pente relativement forte du terrain, nous devons considérer que la forêt exerce une fonction de protection physique relativement importante sur les sols.
-
Fonctions sociales
[...]
a)
délassement
La forêt n'est pas accessible
[...]
. Elle ne remplit aucun rôle en matière de délassement et de promenade pour les habitants des environs.
b)
fonction paysagère
L'attrait paysager des deux secteurs de forêt est fort car il jouxte des vignes à l'ouest de la parcelle ainsi que l'avenue de Rochettaz. La végétation de la parcelle 1672 constitue un îlot de verdure qui se remarque particulièrement bien depuis la zone d'habitation voisine. Sur ce point, la fonction de la végétation peut être qualifiée d'élevée.
c)
fonction de protection biologique
La végétation présente n'est pas complètement typique de la station, en particulier le pin noir. En revanche le pin sylvestre est parfaitement adapté à la station sécharde composant l'essentiel de la parcelle 1672. Elle n'a rien d'exceptionnel bien qu'elle soit composée d'essences intéressantes sur le plan de la diversité des espèces de lumière.
S'agissant de la présence d'espèces rares et menacées sur la parcelle,
[...]
il est possible d'affirmer que le milieu en présence répond aux critères indiquant que certaines espèces les plus menacées de notre faune puissent y trouver refuge.
En effet, la présence d'anciens murs de vigne sur la parcelle 1672 ainsi que sur les parcelles voisines et d'une importante zone de prairie sèche sur les parcelles 1687 et 2199 nous permettent d'attester de la présence notamment, de la vipère aspic et de plusieurs espèces de lézards.
Sur la base de ces éléments, la fonction biologique exercée par la végétation peut être qualifiée de très importante.

## Considerations