# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c436c4dc-5220-5958-8ea9-3131bbb08b51
**Court:** FR_TC
**Chamber:** FR_TC_011
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** FR / Espace_Mittelland
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

considérant en fait
A. A._, née en 1966, mère d'un enfant désormais majeur, diététicienne de formation, a travaillé du 1er décembre 2012 jusqu'à son licenciement, le 29 février 2016, pour une entreprise située aux alentours de Zurich, comme "area sales manager" en nutrition clinique pour la Suisse romande. En raison d'atteintes multiples à sa santé (capsulite, dépression, maladie de Crohn, migraines et troubles de sommeil), l'assurée a été en incapacité de travail médicalement attestée à raison de 50% du 20 mai 2015 au 30 août 2015, puis à raison de 100% à partir de cette dernière date.
Le 5 janvier 2016, elle a déposé une demande de prestations auprès de l'Office de l' du canton de Fribourg (ci-après: OAI). Par décision du 10 novembre 2017, sa demande a été rejetée au motif qu'elle présentait une capacité de travail entière sans diminution de rendement dans l'activité lucrative exercée précédemment.
Son recours a été admis par le Tribunal cantonal le 22 août 2018 en la cause 608 2017 296 et la cause renvoyée à l'OAI pour instruction complémentaire dans le sens des considérants et nouvelle décision.
B. Se prévalant de l'inaction de l'autorité intimée, l'assurée a déposé un premier recours pour déni de justice le 11 avril 2019 (608 2019 107), lequel a pu être classé, l'OAI ayant décidé, le 11 juin 2019, la mise en œuvre d'une expertise pluridisciplinaire (médecine interne générale, gastroentérologie, psychiatrie et psychothérapie, rhumatologie).
Le 19 décembre 2019, le centre médical d'expertises mandaté a rendu son rapport avec évaluation consensuelle, concluant à une capacité de travail nulle dans toute activité depuis 2016 en raison des problèmes psychiques dont est atteinte l'assurée (trouble dépressif récurrent, épisode actuel sévère, sans symptômes psychotiques F33.2 et trouble de personnalité dépendante F60.7).
Dans son évaluation du 23 décembre 2019, le Dr B._, spécialiste en médecine interne générale, pour le Service médical régional de l'AI (SMR), a indiqué que, du point de vue de la médecine interne, de la rhumatologie et de la gastroentérologie, la situation était claire et les expertises convaincantes. Le médecin SMR n'a en revanche pas validé le volet psychiatrique, au motif que les constatations cliniques sont très succinctes, voire insuffisantes, qu'il y a discordance entre la description d’une "journée type" que l’assurée fournit au psychiatre par rapport à celle qu’elle fournit aux autres spécialistes, en particulier au rhumatologue. Par ailleurs, de l'avis du SMR, l'expert-psychiatre ne discute pas les critères de la CIM-10 en lien avec le diagnostic qu’il retient, se limitant à fournir une liste de signes et symptômes, sans les discuter et sans qu’on puisse trouver une corrélation avec ses observations cliniques. De plus, il estime que le diagnostic est certes conforté par les différents comptes rendus des médecins qui ont suivi l’assurée, mais que ceci est insuffisant de la part d'un expert, qui devrait se fonder sur ses constatations objectives en premier lieu. Enfin, l'expert ne démontrerait pas que l’intéressée est atteinte de manière uniforme dans toutes les domaines de sa vie.
Le 21 janvier 2020, l'assurée en personne a demandé copie des rapports d'expertise.
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Le 28 janvier 2020, son mandataire a pour sa part demandé que les experts soient invités à déposer leur rapport.
C'est le 24 février 2020 que l'OAI lui a transmis le dossier constitué, comprenant tant l'expertise que la prise de position du SMR.
Le 17 mars 2020, l'assurée reproche à l'OAI d'avoir laissé trainer le dossier deux mois depuis le 23 décembre 2019, au lieu de lui soumettre immédiatement le rapport d'expertise et l'évaluation du SMR; elle soupçonne même de la malveillance. S'agissant de l'évaluation du SMR, elle la conteste, estimant qu'elle est bâclée et qu'elle manque de sérieux. A son sens, le SMR, qui s'exprime hors de son domaine de compétence qui plus est, n'a pas vu que les experts avaient retenu une intrication de l'intensité des douleurs et du syndrome dépressif, impliquant que les observations cliniques des autres experts valent aussi pour l'expert-psychiatre. Elle estime ainsi que les diagnostics psychiatriques et leur influence sur sa capacité de travail ou dans sa vie quotidienne sont motivés de manière complète et cohérente. En outre, elle observe que les conclusions consensuelles des experts rejoignent celles de ses médecins traitants, selon lesquels sa capacité résiduelle de travail est nulle. Partant, il n'y a donc aucune raison de sursoir à la décision d'octroi d'une rente entière qu'elle réclame d'ici au 30 avril 2020.
Le 24 mars 2020, le Dr B._ confirme son avis du 23 décembre 2019 malgré les critiques émises par l'assurée.
C. Dans un courrier du 2 avril 2020 à cette dernière, l'OAI reprend l'avis de son médecin SMR et déclare maintenir sa volonté de mettre sur pied une nouvelle expertise psychiatrique, ce qu'il concrétise par décision formelle du 6 mai 2020.
D. Le 11 mai 2020, l'assurée recourt auprès du Tribunal de céans. Elle se prévaut d'un déni de justice (608 2020 82) mais s'en prend expressément également à la décision du 6 mai 2020 (608 2020 83), concluant, sous suite de dépens, à l'admission du recours pour déni de justice, à l'annulation de la décision incidente précitée, et à ce que soit ordonné à l'OAI de rendre une décision finale. A l’appui de son recours pour déni de justice, la recourante reproche à l'OAI d'avoir tardé de manière inacceptable depuis sa demande de prestations de janvier 2016, plus particulièrement depuis l'arrêt rendu par l'Instance de céans lui imposant la mise sur pied d'une expertise pluridisciplinaire puis encore après réception du rapport d'expertise. S'agissant de la mise sur pied d'une nouvelle expertise psychiatrique, elle soutient que les conclusions de l'expertise multidisciplinaire confirment l'opinion unanime et constante de ses médecins traitants, à savoir que sa capacité résiduelle de travail est nulle. Même si la motivation de l'expert-psychiatre est succincte, elle est à son avis probante; la recourante émet en revanche des critiques quant au volet rhumatologique, dont elle conteste notamment la majoration des plaintes retenue, tout en estimant que cela ne remet toutefois au final nullement en cause la valeur probante de l'expertise dans sa globalité, dès lors que l'experte en rhumatologie a validé l'évaluation consensuelle. Elle reproche à l'OAI de vouloir en réalité recueillir une "second opinion", laquelle est prohibée par la jurisprudence. Elle estime en outre que ce procédé est en contradiction avec l'arrêt précédemment rendu par le Tribunal cantonal qui avait imposé une expertise pluridisciplinaire. En particulier, il est pour elle arbitraire de s'en prendre à certaines conclusions alors que les experts ont déposé des conclusions consensuelles; cas échéant, c'est une nouvelle expertise pluridisciplinaire qu'il y aurait lieu d'ordonner.
Le 3 juin 2020, une avance de frais de deux fois CHF 400.- a été déposée.
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Dans ses observations du 24 juin 2020, l'OAI conclut au rejet des recours. Il relève que la nécessité d'une nouvelle expertise psychiatrique repose sur les avis du SMR, lequel estime que le volet psychiatrique de l'expertise ne remplit pas les critères jurisprudentiels pour se voir reconnaître une valeur probante, justifiant la mise sur pied de la nouvelle mesure d'instruction litigieuse. Quant au grief de retard injustifié, il ne saurait être admis à la lecture du dossier. L'OAI, se référant au jugement cantonal de 2019 rayant du rôle la première procédure de déni de justice, estime que le rapport d'expertise de décembre 2019 est intervenu dans un délai raisonnable. L'autorité observe que, par la suite, des rapports médicaux ont été produits et que l'assurée s'est exprimée sur l'avis du SMR, nécessitant de requérir une nouvelle appréciation de sa part, laquelle fut encore explicitée à la recourante le 2 avril 2020 avant que ne soit rendue la décision incidente dont est recours.
Dans son intervention spontanée du 3 juillet 2020, la recourante maintient sa position en tous points. L'autorité intimée a renoncé à se prononcer plus avant.
Aucun autre échange d'écritures n'a été ordonné entre parties.
Il sera fait état des arguments, développés par ces dernières à l'appui de leurs conclusions, dans les considérants de droit du présent arrêt, pour autant que cela soit utile à la solution du litige.

## Considerations

en droit
1.
1.1. Les recours portent sur deux objets distincts (déni de justice / mise sur pied d'une expertise) mais demeurent dans un étroit rapport de connexité et opposent les mêmes parties. Il sied, partant, de joindre les causes 608 2020 82 et 608 2020 83 et de rendre un seul et même arrêt, comme en ont d'ailleurs convenu tant l'autorité intimée que la recourante.