# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 0d130a67-f1d0-51cc-b773-14085953375d
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2012
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Le 9 novembre 1988, un groupe de cinquante manifestants, venu réclamer dans la rue un droit au logement dans la période de grave pénurie qui sévissait dans le canton de Genève, est entré par effraction dans trois immeubles de logements, sis au 24, boulevard L_ et aux 12 et 14, boulevard M_. Ces bâtiments étaient inhabités, à l'exception d'un appartement, dans lequel demeuraient deux locataires, Madame A_ et Monsieur C_.
Se réclamant du « groupe X_ », les manifestants se sont installés durablement dans les lieux.
2. Les immeubles squattés (ci-après : les immeubles), après avoir été propriété de la S_ (devenue depuis lors l’O_ S.A. ; ci-après : O_), puis rachetés par des promoteurs (Messieurs B_ et D_), étaient depuis un an la propriété de Messieurs B_, F_, I_, J_ et K_ (immeubles du 24, boulevard L_[ci-après : le 24, Bd L_] et du 12, boulevard M_ [ci-après : le 12, Bd M_]), ainsi que de la SI Boulevard N_ 14 S.A. ([ci-après : la SI] ; propriétaire de l'immeuble sis à cette adresse [ci-après : le 14, Bd M_]), dont le capital-actions était détenu par les mêmes personnes (ci-après : les propriétaires).
3. Le prix de cette dernière acquisition était de CHF 26'000'000.-.
4. Les immeubles faisaient partie d’un ensemble bâti protégé au sens de l’art. 89 de la loi sur les constructions et les installations diverses du 14 avril 1988 (LCI -
L 5 05
).
A cette époque, le 24, Bd L_ était composé comme suit : quatre logements de 7,5 pièces, trois de 6,5 pièces, un de 3,5 pièces et un de 4,5 pièces. Au 12 et 14, Bd M_, se trouvaient sept appartements de 7 pièces et deux de 4 pièces, l’ensemble représentant dix-huit logements et cent-neuf pièces, auxquels s’ajoutaient 437 m
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de surfaces commerciales réparties sur quatre étages et quatorze places de parc. Le dernier état locatif relatif à ces immeubles faisait état, au 30 juin 1986, d’un revenu de CHF 75'144.- pour l’immeuble du 24, Bd L_, soit CHF 1'417.- la pièce par an. Il était de CHF 31'680.-, soit CHF 1'132.- la pièce par an au 12, Bd M_, et de CHF 33'112.-, soit CHF 1'413.- la pièce par an au numéro 14.
Le jour de l'infraction et le lendemain, les représentants des propriétaires ont déposé plusieurs plaintes pénales auprès de la police pour violation de domicile.
Une procédure pénale a alors été ouverte (P/14176/1991).
5. Par trois ordonnances du 10 novembre 1988, le Procureur général a invité la force publique à expulser tout individu qui se trouverait en flagrant délit d’occupation illicite dans l’un des bâtiments susmentionnés.
6. Le même jour, le Conseil d’Etat, soit pour lui le président du département de justice et police d’alors (ci-après : DJP), devenu depuis lors le département de la sécurité, de la police et de l’environnement (ci-après : DSPE), a refusé de mettre à disposition du Procureur général les fonctionnaires de police nécessaires à l’exécution desdites ordonnances au motif que les propriétaires n’ayant pas le projet de mettre les appartements en l’état sur le marché du logement et ne disposant pas d’autorisations de construire ou de transformer, n’avaient qu’un intérêt négligeable à l’évacuation, alors que celle-ci, exécutée par la force publique, pouvait provoquer des troubles sociaux.
7. Les propriétaires des immeubles sont alors entrés en pourparlers avec les squatters, qui ont refusé de quitter les lieux.
8. N’ayant pu obtenir l’évacuation par la voie de la négociation, ils ont demandé à nouveau, en vain, l’intervention des forces de l’ordre par courriers des 5 décembre 1988 et 26 juillet 1989.
9. Par acte du 8 novembre 1989, les propriétaires ont formé un recours de droit public auprès du Tribunal fédéral pour violation de leurs droits constitutionnels, concluant à ce que le Conseil d’Etat soit invité à mettre en œuvre la force publique pour l’évacuation forcée de leurs immeubles, conformément aux ordonnances rendues par le Procureur général le 10 novembre 1988.
10. Pendant l'instruction de ce recours, le 12 octobre 1990, le département des travaux publics et de l’énergie (ci-après : DTP), dénommé ensuite département de l’aménagement, de l’équipement et du logement (ci-après : DAEL) et devenu depuis lors le département des constructions et des technologies de l’information (ci-après : DCTI), a refusé d’octroyer l’autorisation portant sur la transformation et la rénovation des trois immeubles précités, la création de logements pour personnes âgées et la construction du garage souterrain, au motif que ce projet ne respectait pas des dispositions de la loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitation du 22 juin 1989 (aLDTR) et le règlement transitoire du plan d’utilisation du sol de la Ville de Genève (DD 90016).
11. Les propriétaires ont recouru en temps utile contre ce refus d'autorisation, auprès de la commission de recours en matière de constructions (ci-après : CCRC).
12. Le 18 mars 1991, alors que ce recours était pendant, ils ont déposé une nouvelle requête d’autorisation de construire ne concernant cette fois que le 24, Bd L_ (DD 90971) et portant sur la transformation intérieure des logements, l’aménagement des combles, le ravalement des façades et la construction de places de parc.
13. Par arrêt du 8 mai 1991, le Tribunal fédéral a admis le recours de droit public des propriétaires du 8 novembre 1989 et invité le Conseil d’Etat à exécuter les ordonnances du Procureur général (SJ 1991 p. 602).
Ces ordonnances reposaient sur l’application conjointe des art. 43 al. 1 let. c de la loi sur l'organisation judiciaire du 22 novembre 1941 (aLOJ), dans sa teneur d’alors, et 926 al. 2 du Code civil suisse du 10 décembre l907 (CCS -
RS 210
). Selon cette dernière disposition, le possesseur d’un immeuble était autorisé à en expulser aussitôt tout usurpateur qui s’y introduisait par la violence ou clandestinement. Il appartenait au droit cantonal de déterminer si une assistance des autorités pouvait être accordée au possesseur. En droit genevois, cette compétence était confiée au Procureur général par l’art. 43 al. 1 let c aLOJ. Ce droit de reprise supposait cependant que le lésé entreprenne de récupérer son bien aussitôt après l’usurpation. Il prenait fin si le possesseur cessait s’agir ou s’accommodait, même provisoirement, de la situation. Tel n’était pas le cas en l’espèce, les propriétaires ayant immédiatement réclamé l’expulsion des squatters par la police, puis cherché sans désemparer à obtenir l’exécution des ordonnances du Procureur général. Les pourparlers engagés avec les squatters ne pouvaient être interprétés comme une renonciation des propriétaires à l’évacuation forcée demandée auparavant. Malgré le temps écoulé, l’art. 926 al. 2 CCS autorisait l’évacuation forcée et les ordonnances d’évacuation, demeurées valables, devaient être exécutées. Le 6 octobre 1989, la police genevoise avait expulsé des individus occupant d’autres bâtiments, immédiatement après que ces intrus y eurent pénétré. Cette opération n’avait eu aucune suite dommageable pour l’ordre public. Le danger de troubles à l’ordre public ne pouvait ainsi être guère tenu pour imminent et le Conseil d’Etat ne pouvait, de manière durable, préserver la paix sociale en portant atteinte aux droits constitutionnels des propriétaires de logements qui refusaient de mettre leurs biens sur le marché.
14. Le Conseil d’Etat a refusé de donner suite à cet arrêt.
Il renoncerait désormais, d’une manière générale, à expulser les occupants illicites des immeubles de logements vides, aussi longtemps que leurs propriétaires ne seraient pas au bénéfice d’une autorisation de construire ou de transformer en force.
Il s’engageait, en contrepartie, à évacuer les immeubles aussitôt que cette condition était réalisée.
Ici a débuté une véritable pratique des autorités en matière de squats, appelée « pratique genevoise ».
15. Le 17 juin 1991, le président du département en charge du DCTI a informé le chef du DSPE que la CCRC avait admis le recours des propriétaires interjeté contre le refus de l’autorisation DD 90016 pour des motifs formels (préavis manquant de la commission des monuments, de la nature et des sites, ci-après : CMNS) et que l’instruction de cette requête avait été reprise, sans que le département se soit encore prononcé à son sujet.
Parallèlement, il instruisait la requête d’autorisation sur la transformation de l’immeuble du 24, Bd L_ déposée le 18 mars 1991.
16. Le 18 juin 1991, les propriétaires ont déposé une troisième requête en autorisation de construire portant sur la transformation des immeubles 12-14, Bd M_ (DD 91175), l’aménagement des combles, la réfection des façades et la créations de places de parc. L’affectation en logements était maintenue.
17. Le 28 juin 1991, M. F_ a vendu ses parts de copropriété aux autres copropriétaires.
18. En 1992 ont été adoptées les dispositions de la LDTR prévoyant l’expropriation temporaire, contre indemnité pleine et entière, de l’usage des appartements laissés vides sans motif légitime (art. 1 let. d et 26 ss LDTR).
19. Le 17 février 1994, le DCTI a délivré l’autorisation visant la rénovation de l’immeuble du 24, Bd L_.
Conformément à l’aLDTR et au plan financier accepté, les loyers futurs des sept appartements sis au rez-de-chaussée et aux étages n’excéderaient pas CHF 5’000.- la pièce par an. Celui des deux appartements aménagés dans les combles ne dépasserait pas CHF 6'200.- la pièce par an. Ces loyers seraient appliqués pour une durée de cinq ans à partir de la remise en location.
Les locaux devaient par ailleurs être libres de tout occupant avant le commencement des travaux.
20. Le 9 mars 1994, le DCTI a délivré l’autorisation de construire concernant le 12-14, Bd M_ (DD 91175).
Les loyers futurs des sept appartements de 7 pièces sis au rez-de-chaussée et aux étages étaient fixés à CHF 4'800.- la pièce par an. Celui des deux appartements de 4 pièces aménagés dans les combles était fixé à CHF 6'200.- la pièce par an pour une durée de cinq ans.
Des travaux ne pourraient être entrepris tant que les locaux à transformer ne seraient pas libres de tout occupant.
21. Le groupe X_ (ci-après : X_), constitué en association, ainsi que l’Association genevoise de défense des locataires (ci-après : Asloca), ont recouru contre ces deux décisions auprès de CCRC, qui a déclaré irrecevables les recours de X_, d’une part, admis les recours de l’Asloca et annulé les autorisations délivrées, d’autre part, pour des motifs de procédure de fixation des loyers et du non-respect de l’art. 6 al. 6 LDTR, les loyers fixés ne répondant pas aux besoins prépondérants de la population.
22. Le 29 juillet 1994, les propriétaires ont recouru contre cette dernière décision auprès du Tribunal administratif, devenu depuis le 1
er
janvier 2011 la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative).
23. Le litige portant sur le prix des loyers, les propriétaires se sont mis d’accord avec l’Asloca pour déposer une demande de subvention destinée à les réduire. Pendant l’établissement concerté du nouveau plan financier, négocié entre eux, les propriétaires, l’Asloca, le chef du DCTI et l’office financier du logement (ci-après : OFL), la procédure de recours a été suspendue. Ces négociations ont duré deux ans. Les propriétaires ont consenti tout d’abord à abaisser le loyer des appartements du 12-14, Bd M_ à CHF 3'800.-, respectivement CHF 6'000.- la pièce par an, et celui de l’immeuble du 24, Bd L_ dans la même mesure. Pour l’Asloca, il incombait à l’autorité politique genevoise, si elle voulait débloquer le dossier, de trouver une solution combinant l’aide cantonale et l’aide fédérale, de sorte que les loyers après travaux ne soient pas supérieurs à CHF 3'450.- la pièce par an, respectivement CHF 6'000.-. L’OFL ne souhaitait pas subventionner ce genre d’immeubles, dont l’achat avait été réalisé à des fins spéculatives, et ce d’autant que les banques, créancières gagistes, se disaient prêtes à « effacer » une créance de CHF 25'000'000.- les concernant. Il s’est finalement déclaré prêt à entrer en matière sur le principe d’un subventionnement cantonal et a admis le dépôt d’un plan financier à cette fin.
24. Le 15 juillet 1996, les propriétaires ont déposé un plan financier (ci-après : plan financier initial) prévoyant un prix par pièce et par an, pour les trois immeubles, de CHF 3'500.- plus CHF 800.- de subvention, et de CHF 6'200.- pour logements non subventionnés situés dans les combles.
25. Par décision du 7 août 1996, l’OFL a donné son accord de principe au plan financier initial. Cet accord avait une validité de six mois. Les propriétaires étaient invités à entreprendre à bref délai toutes les démarches nécessaires en vue de l’ouverture du chantier.
26. Pour adapter la rénovation des immeubles au plan financier prévu, une nouvelle requête d’autorisation de construire prévoyant une rénovation plus « douce » des trois immeubles, a été déposée par les propriétaires le 20 décembre 1996 (DD 94630).
Une affectation partielle des entresols en bureaux et dépôt (437 m
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) était prévue. Les travaux relatifs aux réparations des déprédations commises sur les immeubles feraient l’objet d’une requête d’autorisation complémentaire.
27. Selon un communiqué de X_ du 15 janvier 1997, l’association réitérait son souhait de trouver des partenaires économiques et institutionnels pour pouvoir proposer une solution de rachat des immeubles et de rénovation légère, aux coûts et ambitions modestes, qui auraient pour résultat de garantir des logements pour environs 70 personnes sur un très long terme. La solution du logement subventionné prévue par la dernière requête d’autorisation des propriétaires aboutirait, à un terme de cinq ou dix ans, à la mise sur le marché, en loyer libre, des appartements concernés. D’une pénurie quantitative de logements, le canton était passé (et resté) à une situation de manque de logements bon marché garantissant une bonne qualité de vie.
28. L’accord de principe concernant la subvention allouée par l’OFL a été régulièrement renouvelé jusqu’à ce que l’autorisation soit délivrée le 28 juillet 1997 (DD 94630).
Les loyers des appartements subventionnés ne pouvaient excéder, après travaux, CHF 3'500.- la pièce par an en moyenne, conformément au plan financier initial. Ceux des quatre logements situés dans les combles et totalisant 16 pièces n’excéderaient pas CHF 6'200.- la pièce par an.
Enfin, l’ouverture du chantier était subordonnée à l’accord définitif de l’OFL et les travaux ne pourraient être entrepris tant que les locaux à transformer ne seraient pas libres de tout occupant.
29. Le 28 août 1997, l’Asloca et les propriétaires ont signé un accord par lequel l’Asloca s’engageait à ne pas recourir auprès de la commission de recours contre l’autorisation précitée nouvellement délivrée. Les propriétaires promettaient de respecter des loyers de CHF 3'500.- la pièce par an au maximum pour les logements, après transformation, des trois immeubles, sous la seule réserve des adaptations autorisées par l’office du logement (ci-après : OLO).
Cet engagement prendrait fin dix ans après la date moyenne de l’entrée des locataires dans l’immeuble. Il serait inscrit par les propriétaires comme servitude en faveur de l’Asloca. Le recours pendant devant le Tribunal administratif, visant l’autorisation précédente, remplacée par l’autorisation délivrée le 28 juillet 1997, serait retiré car devenu sans objet, moyennant le versement d’une indemnité à titre de dépens, en faveur de l’Asloca, de CHF 2'000.-, à la charge des propriétaires.
30. En septembre 1997, X_ a lancé une pétition « soutien au projet X_ » par laquelle l’association demandait que les autorités et les partis politiques « reconsidèrent leurs priorités en matière de politique du logement social », l’accent devant être mis sur des projets qui répondaient aux besoins et aux choix de vie exprimés par les habitants et sur des projets d’utilité publique, novateurs et économiques. Elle sollicitait une adaptation du cadre légal « à la réalité de la demande de logements associatifs, ainsi qu’à l’existence d’un cadre de vie alternatif qui façonne la vie genevoise depuis plus de quinze ans ». L’association défendait l’idée d’un bail associatif, qui entraînait la participation active des habitants dans l’achat et la gestion des immeubles. Dénué de toute idée de profit, ce projet garantissait à très long terme des logements à bas prix destinés à des personnes disposant de faibles revenus. Il encourageait la constitution d’ateliers d’artistes, de lieux de programmation musicale ou artistique et d’espaces alternatifs ouverts au public. L’association souhaitait racheter les immeubles en partenariat avec une coopérative pour défendre une initiative alternative et novatrice en matière de logement social.
31. En octobre 1997, X_ a présenté deux variantes de projet d’achat au chef du DCTI.
Elle proposait d’acheter les trois immeubles pour CHF 2'257'591.- et d’effectuer des travaux pour CHF 1'800'000.- (contre les CHF 7'000'000.- de travaux proposés par les propriétaires), ce qui portait le loyer final de la pièce à CHF 2'151.- par an, subventions déduites (de CHF 717.- la pièce par an). Ce projet garantissait aux habitants un loyer de CHF 250.- par mois, chacun d’eux occupant une pièce et une part des lieux communs. Une alternative se trouvait dans un achat des immeubles pour CHF 3'150'000.-, conduisant à un loyer final par pièce de CHF 2'820.-, subventions déduites et travaux inclus. Ces deux alternatives étaient conditionnées à l’octroi d’un bonus à la rénovation, comme dans les opérations HLM.
Un soutien institutionnel était nécessaire pour l’investissement des fonds propres notamment, X_ ne disposant que de CHF 100'000.- et pouvant générer des parts de coopérative pour CHF 160'000.-.
32. Le 3 décembre 1997, la pétition précitée a été adressée au Grand Conseil, munie de 3'500 signatures (P 1180-A).
33. Le lendemain, le Grand Conseil a été saisi d’une motion invitant le Conseil d’Etat à se conformer à l’art. 10A let. h de la Constitution de la République et canton de Genève du 24 mai 1847 (Cst-GE -
A 2 00
), imposant aux autorités une politique active de concertation en cas de conflit en matière de logement, et à ouvrir sans délai, avec l’aide du Procureur général, des négociations entre toutes les parties concernées (en particulier les propriétaires et les occupants) en vue de prendre en considération le projet de coopérative de l’association X_, et à surseoir à toute intervention de la police visant à évacuer les immeubles.
34. A cette période, X_ a créé dans les immeubles deux établissements publics, soit un café-restaurant et une salle de spectacle, nommés « Le P_ » et la « Q_ ».
Elle a également fondé une crèche pour ses membres.
35. Le 2 février 1998, M. B_ est tombé en faillite. A cette date, les copropriétaires, ainsi que la SI, ne faisaient plus face, depuis longtemps, à leurs obligations hypothécaires. Leur créance de CHF 32'397'821.- détenue par l’O_ à leur encontre, incorporée des cédules hypothécaires grevant les immeubles, ainsi que l’intégralité du capital-actions de la SI, a été rachetée, à titre fiduciaire, par Monsieur R_, pour Monsieur S_, au prix de CHF 2'600'000.-.
36. Le 20 janvier 1998, une rencontre entre les protagonistes a été organisée par le président du DCTI, lors de laquelle les propriétaires ont proposé de vendre les trois immeubles pour CHF 3'500'000.-.
37. Par courrier du 1
er
février 1998, X_ a fait une contre-proposition d’achat à CHF 2'200'000.-.
Ce prix correspondait aux montants des loyers que les habitants actuels pouvaient payer. La valeur des immeubles ne pouvait être évaluée à l’aune des spéculations successives, mais conformément aux possibilités des habitants. Le prix proposé intégrait les possibilités d’une subvention HLM et l’octroi d’un bonus à la rénovation. Le rachat des parcelles par un tiers avec établissement d’un droit de superficie pouvait également entrer en ligne de compte. Elle espérait un cautionnement par l’Etat des crédits nécessaires à cet achat.
38. Par un courrier du 10 février 1998, adressé au président du DSPE, le président du DCTI a informé ce dernier que l’autorisation de construire délivrée le 28 juillet 1997 n’avait fait l’objet d’aucun recours et qu’elle était dès lors entrée en force. L’association X_ ayant mis au point un projet de rénovation alternatif et le Conseil d’Etat ayant été saisi d’une motion du Grand Conseil lui demandant d’ouvrir des négociations entre les parties concernées et de surseoir à toute intervention de la police visant à évacuer les immeubles, il le priait de ne pas procéder à une telle évacuation si celle-ci était demandée par les propriétaires des bâtiments, et cela bien que le chantier pouvait, juridiquement, être ouvert.
39. Le 30 mars 1998, l’association X_, sous le nouvel acronyme « T_ » a sollicité une nouvelle fois du président du DCTI l’aide de l’Etat de Genève, proposant l’acquisition par ce dernier d’un droit de superficie sur les parcelles concernées afin de permettre l’existence d’une coopérative.
40. Le 21 avril 1998, la SI a été déclarée en faillite.
41. Le 7 juin 1998, X_ a constitué une coopérative.
42. Lors d’une réunion qu’il avait provoquée entre les parties, le président du DCTI a informé X_ qu’il ne pouvait accéder à sa demande d’aide étatique sous les formes proposées et la favoriser par rapport aux autres citoyens. Les propriétaires ont reformulé, à cette occasion, leur offre de vente à CHF 3'500'000.-.
43. Le 20 juillet 1998, le DCTI a prorogé, à la demande des propriétaires, l’autorisation de construire du 28 juillet 1997.
Cette prorogation était toutefois munie de conditions.
L’ouverture du chantier était subordonnée à la délivrance d’une autorisation de construire complémentaire, dont la requête devait être déposée dans un délai de trente jours, portant sur la modification du plan financier, qui devait tenir compte des changements intervenus depuis la délivrance de l’autorisation initiale (baisse des taux hypothécaires, rachat des créances par M. R_ pour CHF 2'600'000.-,
etc.
). Cette requête serait accompagnée d’une demande de subvention de « bonus à la rénovation » fondée sur ces nouveaux éléments.
Les propriétaires devraient reloger prioritairement les actuels occupants au 12 ou au 14, Bd M_.
Conformément à l’autorisation principale, les immeubles devraient être libres de tout occupant avant l’ouverture du chantier.
44. Le 28 juillet 1998, les propriétaires ont déposé la requête en autorisation de construire complémentaire demandée (DD 94630/2-3).
45. Le 14 septembre 1998, le président du DCTI les a informés que la commission d’attribution leur avait alloué un bonus à la rénovation de CHF 768'000.-. Cette subvention était toutefois subordonnée à la délivrance, par le département, de l’autorisation complémentaire de construire visée par la décision de ce dernier du 20 juillet 1998.
Les travaux devraient être entrepris dans un délai de trois mois après la délivrance de cette autorisation. Le loyer des quatorze logements HCM, soit 93 pièces, ne devait pas excéder CHF 3'225.- par an et celui des logements dans les combles (14 pièces) CHF 6'000.-.
46. En janvier 1999, le DCTI a demandé à la Y_ de prêter ses bons offices à la négociation demandée par le Grand Conseil, devant intervenir entre M. S_, alors créancier gagiste et détenteur économique des immeubles, et X_.
Ces négociations pouvaient se résumer de la manière suivante.
47. En février 1999, X_ a souhaité racheter les trois immeubles. La Y_ a suggéré le rachat d’un seul immeuble pour des motifs liés à la capacité financière des habitants. M. S_ a privilégié la solution de location ou de vente d’un seul immeuble.
En mars 1999, M. S_ a proposé soit un bail de dix ans pour les trois immeubles au prix de CHF 220'000.- par an, un bail de dix ans pour un seul immeuble, moyennant un loyer de CHF 145'000.- par an ou encore l’achat par X_ des créances relatives à l’immeuble 14, Bd M_.
En avril 1999, M. S_ a demandé aux occupants de faire une offre d’achat de ses créances, qu’il déclarait être d’accord de vendre s’il ne perdait pas d’argent. Il était en voie d’acquérir la pleine propriété des immeubles concernés.
En mai 1999, il a offert à X_ d’acquérir ses créances relatives au trois immeubles pour CHF 3'000'000.- ou d’acquérir celle du 14, Bd M_ pour CHF 1'700'000.-. Il a encore proposé la conclusion d’un bail sur deux immeubles moyennant un loyer net de CHF 180'000.- par an, pour une durée de dix ou quinze ans, assorti d’un droit de préemption.
X_ a articulé le prix de CHF 2'600'000.- pour l’achat des immeubles, cette acquisition supposant toutefois une participation financière de la Z_ ainsi que de la Y_, à laquelle elle a parallèlement demandé une aide.
En décembre 1999, M. S_, n’ayant pas reçu de réponse à ses propositions de la part de X_, a souhaité retirer son offre. X_ a déclaré vouloir trouver encore une solution de financement avec les fondations suscitées. Celles-ci ont finalement refusé leur concours, faute pour X_ de disposer de suffisamment de fonds propres.
48. Pendant la durée de ces négociations, M. S_ a acquis, en son propre nom, les créances, cédules hypothécaires et actions de la SI relatives aux immeubles.
49. Le 12 juillet 1999, l’autorisation principale DD 94630 a été prorogée, sa validité demeurant toutefois subordonnée à la délivrance de l’autorisation complémentaire attendue.
50. Entre avril et juin 2000, la société E_ S.A., dont M. S_ était le détenteur économique, a acheté les parts de copropriété de tous les copropriétaires, devenus insolvables.
51. Le 9 juin 2000, les propriétaires ont sollicité une nouvelle fois la délivrance de l’autorisation complémentaire, en même temps que la prorogation de l’autorisation principale.
52. La Ville de Genève (ci-après : la ville) ayant approché M. S_ et Maître Bénédict Fontanet, administrateurs de la SI, pour un échange foncier, la direction du DCTI a décidé, le 27 juin 2000, de proroger « une dernière fois » l’autorisation principale et de laisser la complémentaire « en attente » pour ne pas interférer dans les négociations menées par la ville.
53. Le 29 juin 2000, le DCTI a accordé ladite prorogation.
Compte tenu de l’ensemble des circonstances, le DCTI procédait « une ultime fois » au renouvellement de l’autorisation de construire principale susvisée. Des négociations étant toujours en cours, l’ouverture du chantier demeurait subordonnée à la délivrance de l’autorisation de construire complémentaire en cours d’instruction.
54. Le 18 octobre 2000, Me Fontanet a écrit à la fondation du logement du Grand Conseil.
Il avait tenté de trouver un terrain d’entente avec les squatters, qui avaient refusé toutes les propositions formulées, y compris la location de deux immeubles pour le prix de CHF 180'000.- par an, ou la vente d’un seul des immeubles pour y regrouper leurs activités. Compte tenu notamment des frais exposés et des intérêts intercalaires encourus depuis, ces propositions n’étaient plus d’actualité. Les occupants n’avaient jamais été en mesure de présenter une offre financièrement crédible. Les fondations immobilières de droit public, comme la CODHA, ne les avaient pas suivis. M. S_ n’avait, à ce jour, reçu aucune proposition concrète de la part de la ville pour un échange foncier. Il entendait réaliser dans les meilleurs délais la rénovation des immeubles. Il était disposé, si les squatters quittaient volontairement les lieux, à ce que les travaux commencent au mois d’avril 2001 seulement, qu’ils soient effectués en deux temps, soit, par exemple, dans l’immeuble du 24, Bd L_, d’abord, puis dans celui du 12-14, Bd M_, ensuite, de sorte que les occupants devant quitter le premier bâtiment puissent se regrouper dans le second. Il donnait également son accord, dans ce cas, à ce que les squatters disposent d’une priorité de « retour » dans les immeubles rénovés, dans le respect des conditions fixées par l’office.
55. En 2000, la cause relative aux autorisations remplacées par la DD 94630 a été rayée du rôle par le Tribunal administratif.
56. Le 24 avril 2001, le président de la Y_ a adressé son rapport au président du DCTI au sujet des négociations qu’il avait diligentées.
« L’affaire X_ » aurait pu trouver une issue satisfaisante si les occupants des trois immeubles concernés avaient accepté de conclure le bail de dix ans, moyennant le loyer annuel de CHF 180'000.- proposé par M. S_. Ce loyer avoisinait CHF 1'100.- la pièce par an. Il paraissait acceptable, même compte tenu de l’état de vétusté des immeubles et des travaux que les locataires potentiels auraient immanquablement dû assumer.
Les occupants illicites des immeubles n’avaient payé aucun loyer au propriétaire. Ils auraient ainsi pu constituer des économies pour effectuer notamment des travaux. Les solutions d’achat des créances ou des immeubles s’étaient heurtées à plusieurs difficultés. D’une part, les occupants n’avaient ni le désir, ni vraisemblablement les moyens d’assumer toutes les procédures nécessaires à l’acquisition des droits fonciers. D’autre part, ils ne disposaient pas de suffisamment de fonds propres pour acheter les immeubles et procéder aux travaux. Preuve en était qu’ils souhaitaient obtenir des financements extérieurs.
Sa mission de bons offices avait échoué.

## Considerations