# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 5aeb4014-bdf3-5c96-a526-b792c3d17b2b
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2010
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Attendu en fait que par requête déposée le 28 juillet 2006 par-devant le Tribunal arbitral, trente-huit caisses-maladie (ci-après les demanderesses), représentées par Santésuisse, ont réclamé au Dr M_, spécialiste FMH en ophtalmologie, le paiement du montant de 221'720 fr. en raison d’une pratique jugée non économique pour l’année 2004 par rapport à celle de son groupe de comparaison, à savoir le sous-groupe des médecins ophtalmologues-opérateurs;
Que selon les demanderesses, ce montant correspond à la différence du coût moyen par patient tel qu’il résulte des statistiques (335 fr. 24), augmenté d’une marge de tolérance de 30 %, d’avec le coût moyen par patient facturé par le Dr M_ en 2004 (573 fr. 27, indice 171);
Qu’au vu de l’échec de la tentative obligatoire de conciliation, chacune des parties a désigné son arbitre et le Tribunal arbitral a été constitué ;
Que dans sa réponse du 20 octobre 2006, le défendeur a contesté la demande, rappelant en substance la spécificité de sa pratique, le fait qu’il s’est spécialisé dans la chirurgie et dans l’usage de technologies de pointe, notamment les lasers, opérant plus de 100 cas par année ; qu’il soutient travailler davantage que ses confrères, que l’essentiel de son chiffre d’affaires relève de la facturation d’actes spécifiques et qu’il dispose d’une salle d’examens spécialisée ; qu’en outre, sa patientèle est composée de personnes âgées et de diabétiques présentant des complications oculaires ; enfin, que son groupe de référence ne peut constituer une base de comparaison, dès lors que sur les 26 médecins composant la liste, 11% ne font pas état d’un titre d’ophtalmochirurgien et que 37% d’entre eux n’opèrent pas ou que très peu ;
Que le défendeur conclut principalement au déboutement de la demande, sous suite de frais et dépens ;
Que dans leur mémoire de réplique du 22 janvier 2007, les demanderesses concluent à l’admission de la demande et à la condamnation du défendeur au paiement du montant réclamé, rien dans la pratique du défendeur ne justifiant de s’écarter de la marge de tolérance de 30% ;
Que le défendeur a dupliqué en date du 5 avril 2007 ;
Qu’en date du 2 juillet 2007, vingt-une caisses-maladies, toutes représentées par Santésuisse, ont déposé une nouvelle demande en paiement à l’encontre du Dr M_, concluant à ce qu’il soit condamné à leur payer le montant de 131'630 fr. résultant d’une pratique non économique pour l’année 2005, cause enregistrée par le greffe du Tribunal de céans sous le numéro A/2612/2007 ;
Qu’à l’audience de conciliation du 13 novembre 2007, le Tribunal de céans a constaté l’échec de la tentative de conciliation et joint la cause A/2612/2007 à la cause A/2819/2006 ;
Que dans sa réponse du 15 janvier 2008, le défendeur, invoquant préalablement la prescription, s’est opposé à la demande pour les mêmes motifs que précédemment ;
Que le Tribunal de céans a entendu les parties en audience de comparution personnelle le 1
er
février 2008 ;
Qu’il a ouvert les enquêtes et procédé à l’audition, entre avril et juillet 2008, de treize médecins ophtalmologues faisant partie du groupe de comparaison du défendeur, en qualité de témoins ;
Qu’en date du 23 juillet 2008, vingt-quatre caisses-maladies, représentées pas Santésuisse, ont déposé une troisième demande en paiement à l’encontre du défendeur, concluant principalement à ce qu’il soit condamné à leur payer le montant de 112’832 fr., subsidiairement 47'410 fr, résultant d’une pratique non économique pour l’année 2006, cause enregistrée sous le numéro A/2799/2008 ;
Qu’après l’échec de la tentative de conciliation, le Tribunal a joint la cause sous le numéro de procédure A/2819/2006 ;
Que le défendeur s’est opposé à cette troisième demande ;
Qu’en date des 10 octobre et 14 novembre 2008, le Tribunal de céans a entendu encore trois médecins ophtalmologues ;
Que les parties ont déposé leurs conclusions après enquêtes en date des 15 janvier et 6 février 2009 ;
Qu’en date du 8 décembre 2009, le Tribunal a informé les parties qu’il entendait mandater le Professeur N_, clinique d’ophtalmologie, Hòpitaux universitaires de Genève (HUG) ;
Qu’il leur a communiqué la mission d’expertise et leur a imparti un délai au 4 janvier 2010 pour faire valoir un éventuel motif de récusation à l’encontre de l’expert et poser, le cas échéant, des questions complémentaires ;
Que dans le même délai, le défendeur a été invité à communiquer au Tribunal la liste complète de ses patients pour les années 2005 et 2006 ;
Que les parties ont sollicité un délai complémentaire pour se déterminer ;
Que les parties n’ont pas fait valoir de motif de récusation à l’encontre de l’expert et ont communiqué leurs questions complémentaires ;

## Considerations

Considérant en droit
que conformément au principe inquisitoire qui régit la procédure dans le domaine des assurances sociales, le Tribunal arbitral procède à toute mesure probatoire utile (cf. art. 45, al. 3 de la loi d'application de la loi fédérale sur l'assurance-maladie, du 29 mai 1997 - LaLAMal ; RS
J 3 05
);
Que pour établir l’existence d’une polypragmasie, le Tribunal fédéral admet le recours à trois méthodes : la méthode statistique, la méthode analytique ou une combinaison des deux méthodes (ATF
130 V 377
, consid. 6.1 non publié,
119 V 453
consid. 4) ;
Que les Tribunaux arbitraux sont en principe libres de choisir la méthode d’examen ; que toutefois la préférence doit être donnée à la méthode statistique par rapport à la méthode analytique qui est en règle générale appliquée seulement lorsque des données fiables pour une comparaison des coûts moyens font défaut (cf. ATF
130 V 377
,
98 V 198
) ;
Qu’en l’espèce, au regard des allégués du défendeur et afin de déterminer si sa pratique relève de la polypragmasie ou non, le Tribunal de céans considère qu’il se justifie d’ordonner une expertise analytique des factures et dossiers de ses patients, à confier à un spécialiste en ophtalmologie;
Que cela étant, le Tribunal de céans complétera le libellé des questions à poser à l’expert, pour tenir compte des observations des parties, dans la mesure de leur pertinence ;
Que le Tribunal de céans procédera à la sélection des dossiers des patients du défendeur après la notification de la présente ordonnance ;