# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 9026df5f-a00a-506a-8785-6a59fdefe526
**Court:** FR_TC
**Chamber:** FR_TC_004
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** FR / Espace_Mittelland
**Law Area:** Civil
**Law Sub-area:** $law_sub_area

## Facts

considérant en fait
A.
A.a. B._ et A._ se sont mariés en 1997. De leur union sont nées trois filles, C._, née en 1999 – donc désormais majeure - et D._ et E._, nées en 2004.
A.b. La Justice de paix de l’arrondissement de la Gruyère (ci-après: la Justice de paix) a eu à connaître de la situation des enfants depuis le printemps 2013, soit encore durant la vie commune, en raison de tensions très fortes entre les parents, dégénérant parfois en violence, attisées par les consommations excessives d’alcool du père. Les parents se sont par la suite séparés et les enfants ont vécu avec leur mère. C’est toujours le cas s’agissant de D._ et E._.
A.c. La Justice de paix a tenu depuis 2013 plusieurs audiences. Les enfants ont été entendus à de nombreuses reprises. Diverses mesures ont été prononcées en ce qui les concerne. En particulier, une curatelle éducative a été instaurée le 3 juin 2013, désormais confiée à F._, intervenant en protection de l'enfant du Service de l'enfance et de la jeunesse (SEJ). Le 19 mai 2014, la Juge de paix a par mesures provisionnelles pris acte que B._ suivait un traitement contre l'alcoolisme et un traitement psychothérapeutique; elle a subordonné l'organisation des relations personnelles à la poursuite de ce traitement. Il était prévu que le droit de visite entre les jumelles et le père s'effectuait un week-end sur deux durant un jour, et que les parties pouvaient se mettre d'accord en vue d'un éventuel élargissement de sorte à ce que les jumelles puissent dormir chez leur père durant les visites. Ces mesures ont été confirmées le 22 septembre 2014.
A.d. Par jugement du 29 juin 2015, le Tribunal civil de l’arrondissement de la Gruyère a prononcé le divorce des parents. L’autorité parentale sur les trois enfants a été maintenue en commun, leur garde confiée à la mère, et le droit de visite du père se déroulant à défaut d’entente entre les parents un week-end sur deux du vendredi soir au dimanche soir. Les contributions d’entretien en faveur des enfants ont en outre été fixées.
A.e. Le 31 août 2016, G._, psychologue auprès des Services auxiliaires scolaires de la Gruyère (SASG), a établi un rapport sur la situation de E._ et D._. S’agissant des liens père-filles, elle a relevé que les précitées semblaient avoir du plaisir à se rendre chez leur père mais se montraient parfois inquiètes quant à sa santé.
Le 24 février 2017, la Juge de paix a suspendu par mesures superprovisionnelles le droit de visite de B._ sur ses enfants suite à une péjoration de son état de santé (phase de décompensation, consommation d’alcool). Le 10 mars 2017, la Juge de paix a réglementé les relations personnelles entre B._ et E._ et D._ de telle sorte que celui-là était uniquement autorisé à prendre contact avec ses filles par des courriers soumis au contrôle préalable de la Juge de paix. Aucun courrier direct, ni aucun contenu inadéquat n'était autorisé. Les enfants étaient autorisées à répondre mais n'y étaient pas obligées.
Depuis lors, E._ et D._ n’ont plus revu leur père. La Justice de paix a continué à suivre régulièrement la situation. Elle a notamment tenu une audience le 20 avril 2018 à la suite d’un rapport de G._, dans lequel elle signalait que E._ et D._ ne voyaient plus leur père depuis des mois et refusaient catégoriquement de le revoir, se sentant trahies par le fait qu’il avait recommencé à boire. Dans une lettre du 15 janvier 2018 à la Juge de paix, les deux enfants précitées ont indiqué avoir peur de voir leur père quand il a bu. Dans son rapport 2017 établi le 16 janvier 2018, le SEJ a également noté que E._ et D._
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ne voyaient plus leur père depuis un an, les relations personnelles étant limitées à des correspondances du père, et qu’elles redoutaient une reprise de contact liée au fait qu’elles allaient prochainement fréquenter H._ où il travaille. Elles ont réitéré ces craintes lors de leur audition par la Juge de paix le 3 mai 2018, où elles ont indiqué ne pas avoir envie de reprendre des contacts réguliers avec leur papa.
A.f. Le 15 juin 2018, la Juge de paix a demandé un rapport au Docteur I._, qui suit B._, sur l'état de santé de son patient. Le médecin a fourni un rapport le 5 juillet 2018 dans lequel il a diagnotisqué des troubles mentaux et du comportement liés à l'utilisation d'alcool, un trouble dépressif récurrent, des troubles mixtes de la personnalité et autres troubles de la personnalité, un état de stress post-traumatique, un ictère et un diabète sucré. Il a mentionné également le traitement et les thérapies que suit actuellement B._, précisant que ce dernier estime que la séparation d'avec ses filles est un facteur important de mal-être mais qu'il ne se sent pas prêt pour les rencontrer. Le médecin s’est dit favorable à des rencontres médiatisées.
A._ s’est déterminée le 5 octobre 2018 sur le rapport précité. Elle s’est opposée à la mise en place de relations personnelles plus larges que celles alors existantes entre le père et les cadettes, affirmant que celles-ci s’y opposent également. Elle a en outre sollicité que le rapport du 5 juillet 2018 soit transmis en copie au SEJ, ce que la Juge de paix a refusé.
B. Le 5 novembre 2018, la Justice de paix a rendu une décision dont le dispositif est le suivant:
« I. Le chiffre 4 du dispositif du jugement de divorce du 29 juin 2015 du Tribunal civil de l’arrondissement de la Gruyère est modifié comme suit :
4.1 Le droit aux relations personnelles de B._ sur ses filles E._ et D._ s’exercera d’entente entre les parents. A défaut d’entente, il s’exercera sous la forme d’échanges épistolaires, directement entre B._ et ses filles, sans passer par la présente Autorité, étant précisé que dits messages ne devront contenir aucun reproche, critique, dénigrement de l’autre parent, chantage affectif ou mise en conflit de loyauté. Par ailleurs, les intéressées sont encouragées à lui répondre.
4.2 En outre, des rencontres médiatisées, en présence du SEJ, ou sur de courtes périodes, lors d’activités planifiées, en présence d’un tiers bienveillant, seront mises sur pied, à raison d’une fois par mois au maximum et pour autant que l’état psychique et physique de B._ le permette, les modalités de dites rencontres étant laissées à l’appréciation du SEJ.
II. Mission est donnée à F._ de prendre contact avec le psychiatre de B._, avec le consentement de ce dernier, avant chaque visite médiatisée ou organisée lors d’activités planifiées en présence d’un tiers bienveillant, afin de déterminer si l’état de santé de celui-ci permet l’organisation d’une rencontre entre lui et ses filles.
III. Il est rappelé à B._ et à A._ qu’ils ont la possibilité de convenir ensemble de relations personnelles plus étendues, en dérogation du chiffre I du présent dispositif, pour autant que cela corresponde aux besoins et aux intérêts des enfants E._ et D._.
IV. B._ est exhorté à poursuivre son suivi psychiatrique de manière régulière.
V. Le rapport annuel 2017 du SEJ, établi le 16 janvier 2018 par J._ et F._, concernant D._ et E._, est approuvé.
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VI. Toute autre ou plus ample conclusion des parties est rejetée.
VII. Chaque partie supporte ses propres dépens.
VIII. Les frais judiciaires dus à l’Etat, fixés à CHF 2’130.00 (émoluments : CHF 1’930.00 ; débours : CHF 200.00 (Frais : CHF 60.00 ; Rapports médicaux : CHF 140.00), sont mis à la charge de B._ et A._, par moitié chacun.
C. Le 10 décembre 2018, A._ a déposé un recours contre la décision du 5 novembre 2018. Elle conclut principalement à la suppression des points II, III, VI, et VII du dispositif et à la modification des chiffres I 4.1, I.4.2 comme suit:
« 4.1 - B._ est autorisé à maintenir contact avec les enfants E._ et D._ sous la forme d'un courrier d'une page A4 par semaine ;
- Les courriers doivent impérativement être adressés à la Justice de paix de l'arrondissement de la Gruyère, à l'attention de la Juge K._ ;
- Aucun envoi direct à l'adresse postale des enfants intéressées n'est autorisé ;
- Lesdits courriers ne doivent en aucun cas contenir de reproches, de critiques, de dénigrement de l'autre parent, de chantage affectif ou de mise en conflit de loyauté ;
- Le Juge de paix prendra systématiquement connaissance du contenu des courriers écrits par B._ et se voit réservé le droit de ne pas les transmettre aux intéressées si cela va à rencontre de leurs intérêts ;
- S'ils devaient être inadéquats, les courriers seront renvoyés à B._, accompagnés de remarques, afin d'être rectifiés ;
- E._ et D._ sont autorisées à répondre par écrit à leur père, mais elles n'y sont pas obligées.
4.2. Hormis les échanges épistolaires prévus sous chiffre 4.1, le droit aux relations personnelles entre B._ et les enfants E._ et D._ est suspendu pour une durée indéterminée, tant que l'état de santé de B._ ne se sera pas amélioré et que les enfants E._ et D._ ne manifesteront pas la volonté d'entretenir des relations avec leur père.»
Elle a par ailleurs conclu à ce que le chiffre VIII soit également modifié en ce sens que les frais et les dépens, ces derniers par CHF 6'489.70, soient mis à la charge de l’intimé.
Subisidiairement, elle conclut à l'annulation des points I, II, III, VI, VII et VIII du dispositif et au renvoi de la cause devant la Justice de paix pour qu'elle statue à nouveau dans le sens des considérants.
Elle a par ailleurs sollicité que le rapport du 5 juillet 2018 soit transmis au curateur F._.
Le 28 janvier 2019, B._ a déposé une réponse. Il estime que la décision de la Justice de paix doit être maintenue intégralement en ce qu'elle est parfaitement proportionnée et compatible avec son état de santé. La Justice de paix a justement pris en compte le rapport médical pour fixer le droit aux relations personnelles.
Le 6 février 2019, A._ a déposé une détermination spontanée dans laquelle elle conteste la réponse de B._ et maintient les conclusions de son recours. Le 26 février 2019, elle a produit sa liste de frais pour la procédure de recours.
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## Considerations

en droit
1.
1.1. Les décisions de l’autorité de protection, soit la Justice de paix, sont sujettes à recours auprès du Tribunal cantonal, plus précisément de la Cour de protection de l'enfant et de l'adulte (art. 450 al. 1 du Code civil [CC] par renvoi de l'art. 314 CC, 8 de la loi du 15 juin 2012 concernant la protection de l'enfant et de l'adulte [LPEA, RSF 212.5.1]).