# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 204ca406-1223-5f53-84dd-64b8b7c08890
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
Par acte déposé au greffe de la Chambre de céans le 26 avril 2018, A_ recourt
contre l'ordonnance
du 19 avril 2018, notifiée le 24 suivant, par laquelle le Tribunal des mesures de contrainte (ci-après : TMC) a prolongé sa détention provisoire jusqu'au 19 juin 2018.![endif]>![if>
Le recourant conclut, principalement, à l'annulation de l'ordonnance précitée et au renvoi de la cause au TMC pour qu'il statue en tenant compte de ses observations du 19 avril 2018, subsidiairement, au rétablissement de son identité en conformité avec ses documents d'identité et à "
la libération immédiate de C_
".
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :![endif]>![if>
a.
A_, ressortissant _ né le _ 1983, est soupçonné d'infractions à la loi fédérale sur les stupéfiants (art. 19 et 19a LStup), d'infraction à la loi fédérale sur les étrangers (art. 115 LÉtr) ainsi que de faux dans les certificats (art. 252
cum
255 CP).
Il lui est reproché d'avoir, à Genève, à son domicile sis à _, détenu 175,2 grammes de cocaïne conditionnés en doigts (cachés dans les pieds d'une table basse), 5,2 grammes de cocaïne conditionnés en boulettes (cachés dans un matelas) et 66,7 grammes de cocaïne conditionnés en boulettes (cachés dans le tube du rideau de douche), étant précisé que cette drogue était destinée à la vente, ainsi que d'avoir vendu à tout le moins 100 grammes de cocaïne durant les deux semaines précédant son arrestation, pour un montant total de CHF 6'000.-.
Il est également soupçonné d'avoir obtenu, à Genève, une autorisation de séjour et un permis de conduire sur la base de documents d'identité portugais établis frauduleusement au nom de C_, né le _ 1990.
b.
A_ a été interpellé le 29 octobre 2017 et entendu, le même jour, par la police.
Il a reconnu que la cocaïne retrouvée chez lui, soit environ 200 grammes, lui appartenait, à l'exception des boulettes retrouvées dans le matelas. Elle provenait d'un lot de 300 grammes dont il avait fait l'acquisition auprès d'un _ et était destinée à la vente. Il avait déjà vendu les autres 100 grammes, au prix de CHF 60.- le gramme. Il avait reçu la drogue telle quelle, c'est-à-dire déjà coupée et conditionnée. Il a précisé avoir déjà, en 2001, été arrêté, en Suisse, pour avoir vendu une boulette de cocaïne.
Il a toutefois contesté les charges de faux dans les certificats, car les papiers d'identité portugais au nom de C_ étaient les siens. Il s'agissait de son vrai nom. En 2001, il était venu en Suisse pour y demander l'asile sous le nom fantaisiste de A_. En 2005, l'asile lui ayant été refusé, il était reparti au Portugal. En 2014, il était revenu, avec ses pièces d'identité authentiques. Il a allégué avoir obtenu la nationalité portugaise grâce à son père, D_, dont il ignorait tant la date de naissance que le lieu où il pouvait être joint.
c.
Devant le Ministère public, le prévenu a confirmé ses déclarations.
d.
Le 30 octobre 2017, le Ministère public a requis de la police qu'elle se renseigne auprès de l'Hospice général pour déterminer si le prévenu percevait des aides. À teneur de son rapport de renseignements, du 11 novembre 2017, CHF 31'982,20 d'aides avaient été versées à A_ du 10 mai 2001 au 30 octobre 2004, et CHF 30'731,30 à C_ du 1
er
février 2016 au 31 octobre 2017.
e.
Par lettre datée du 14 novembre 2014, le Ministère public a procédé à une transmission spontanée (art. 67a EIMP) au Portugal, s'agissant de l'acquisition des documents d'identité au nom de C_.
f.
À la demande du conseil du prévenu, le Consulat du Portugal à Genève a confirmé, le 23 novembre 2017, qu'un passeport biométrique avait été délivré le 5 décembre 2013 à C_, par le Consulat général du Portugal à _ [France]. Le Ministère public a répondu à l'avocat que cela ne changeait rien, car seul était contesté le fait qu'il s'agissait de la véritable identité du prévenu.
g.
Réentendu le 21 décembre 2017 par le Ministère public, le prévenu a maintenu ses déclarations. Il a expliqué qu'à sa venue en Suisse, en 2001, il n'avait pas encore la nationalité portugaise, car il avait grandi auprès de sa mère en H_ [hors UE] alors que son père vivait au Portugal, et ses parents, séparés, n'avaient plus de contacts. Il avait déposé sa demande d'asile, en Suisse, sous un faux nom, en disant qu'il venait de I_ [hors UE], car ce pays était en guerre. En 2012, il avait obtenu la nationalité portugaise, sur la base de son extrait de naissance et de son passeport de H_ [hors UE]. Interpellé sur le fait que, à le suivre, il aurait, selon les documents d'identité portugais, eu 11 ans lors de son arrestation en Suisse pour infraction à la LStup en 2001, il a déclaré souhaiter s'entretenir de cette problématique avec son conseil avant de s'exprimer davantage.
h.
Par lettre de son conseil, du 31 janvier 2018, le prévenu, se prévalant de la directive A.8 du Procureur général sur l'identité d'une partie, a demandé au Ministère public de corriger sans délai son identité dans la présente procédure. Le Procureur lui a répondu, le 5 février 2018, qu'il n'entendait pas donner suite à sa demande, dès lors qu'il était contesté que ce fût sa véritable identité.
Le prévenu a réitéré sa demande le 15 mars 2018 et le Ministère public a maintenu sa position, le 5 avril 2018. S'il fallait se fier à la date de naissance figurant sur la carte d'identité portugaise au nom de C_, le prévenu aurait eu 11 ans en 2001, lorsqu'il avait été interpellé et placé en détention pour sa première infraction à la LStup – condamnation qui lui avait valu son renvoi de Suisse en 2004 –, ce qui était manifestement incompatible avec la réalité. Pour cette raison, le Procureur a refusé l'audition du Consul du Portugal.
i.
À teneur du rapport d'expertise génétique forensique du Centre universitaire romand de médecine légale (ci-après, CURML), du 8 février 2017, un profil correspondant à l'ADN du prévenu a été retrouvé, dans un profil ADN de mélange, sur les extrémités d'un scotch entourant un emballage et le bout brûlé du sachet de cellophane.
j.
Les stupéfiants saisis ont été transmis à la Brigade de police technique et scientifique à fin décembre 2017. Selon le résumé des résultats des analyses, daté du 28 février 2018, la quantité de cocaïne retrouvée chez le prévenu s'élève à 217.7 grammes net, et son contenu a été analysé. Son taux de pureté est compris entre 49.9 % et 61.3 %.
k.
Lors de l'audience du 26 avril 2018, le prévenu a maintenu ses déclarations et sollicité la mise en place d'une procédure simplifiée, la question du lieu d'expulsion restant à déterminer.
l.
S'agissant de sa situation personnelle, le prévenu bénéficie d'un permis B, sous l'identité de C_, document saisi dans le cadre de la présente procédure. Ses parents résident en _ [hors UE] et il a déclaré avoir une copine et une fille âgée de 3 ans, au Portugal.
Il a expliqué avoir précédemment travaillé dans _, puis pour E_. Au moment de son interpellation, il avait trouvé du travail, depuis peu, auprès de la société intérim F_, à Genève, qui l'avait placé dans un _. Il percevait environ CHF 3'000.- par mois. Le loyer de son appartement s'élevait à CHF 990.-.
L'extrait de son casier judiciaire suisse est vierge et le prévenu est inconnu des services de police.
m.
A_ a été placé en détention provisoire par ordonnance du TMC, le 30 octobre 2017, pour une durée de trois mois, prolongée depuis. L'existence de charges suffisantes et graves, ainsi qu'un risque de fuite, ont été retenus.
n.
Le 17 avril 2018, le Ministère public a requis du TMC la prolongation de la détention de A_, retenant un risque de fuite.
Le prévenu s'est vu accorder, le même jour, un délai de trois jours pour se déterminer par écrit.
Le lendemain, soit le 18 avril 2018, le conseil du prévenu a écrit au TMC un courrier commençant ainsi : "
Dans le délai imparti, je me déterminerai (par écrit) sur la demande de prolongation de la détention formée par la direction de la procédure. Je demande cependant qu'il soit procédé à l'audition de mon mandant (art. 227 al. 6 CPP) afin que celui-ci puisse vous fournir toutes les informations utiles concernant son identité et d'autres éléments de sa situation personnelle
". Suivait ensuite un long paragraphe sur le fait que "
le Ministère public a[vait] modifié l'identité"
du prévenu, que le Consulat du Portugal avait confirmé sa nationalité portugaise et que, malgré de multiples demandes, aucun acte d'administration de preuve n'avait été accompli par le Procureur depuis la dernière demande de prolongation de la détention.

## Considerations