# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 2acc4768-96f6-4489-a656-30b4afebca26
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2013
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
A. X._ Y._, ressortissante camerounaise née le 14 juillet 1982, réside actuellement à
1******** (F) au bénéfice d’un titre de séjour français. Elle a conclu un pacte civil de solidarité (pacs) avec B. Z._, ressortissant français, avec qui elle a eu une fille au mois de décembre 2006, C. Y._.
A. X._ Y._ est titulaire d’un diplôme de licence en biochimie délivré en 2006 par l’université de Yaoundé (Cameroun) ainsi que d’une équivalence d’aide-soignante obtenue en 2009 à l’Institut de formation en soins infirmiers de Vesoul (F). Elle a exercé cette profession entre les années 2009 et 2011 dans différents établissements médicaux en France.
B.
Le 12 octobre 2010, A. X._ Y._ a sollicité un visa de long séjour (visa D) auprès de l’Ambassade de Suisse à Paris dans le but d’effectuer une formation de quatre ans en soins infirmiers auprès de la Haute école de santé Vaud (ci-après : HESAV). La formation se compose d’une année propédeutique santé suivie de trois années d’études spécifiques en soins infirmiers.
Le Service de la Population (ci-après : SPOP) a informé A. X._ Y._ le 30 janvier 2012 de son intention de refuser sa requête et lui a imparti un délai pour se déterminer. Le 6 février 2012, l’intéressée a sollicité par courrier un rendez-vous avec un responsable afin de formuler de vive voix ses objections. Cette démarche semble toutefois être restée sans suite.
Par décision du 23 février 2012, le SPOP a refusé l’octroi de l’autorisation d’entrée en Suisse, respectivement l’autorisation temporaire de séjour pour études sollicitée par A. X._ Y._.
Se référant au courrier du 30 janvier 2012, A. X._ Y._ a finalement fait part de ses remarques par écrit le 25 février 2012. Elle a pour l’essentiel expliqué que sa licence en biochimie ne lui avait pas permis de trouver de travail, raison pour laquelle elle avait opté pour une formation en soins infirmiers, domaine où sévit actuellement une pénurie de personnel qualifié. Elle a également expliqué avoir dû interrompre des études similaires entamées en France suite à la naissance de sa fille et disposer à présent de la motivation et des ressources financières nécessaires à sa réorientation professionnelle. Ce faisant, elle a indiqué avoir bientôt effectué une année de formation sur les quatre initialement prévues.
Constatant que le droit d’être entendu de A. X._ Y._ n’avait pas été pleinement respecté, le SPOP a annulé le 13 mars 2012 sa décision du 23 février 2012.
Par nouvelle décision du 4 avril 2012, le SPOP a refusé l’octroi de l’autorisation d’entrée en Suisse, respectivement l’autorisation temporaire de séjour pour études, sollicitée par A. X._ Y._. Il a retenu les éléments suivants :
« [...]
- La prénommée a obtenu en 2006 le diplôme de Licence en Biochimie de l’Université de Yaoundé. Elle a ensuite suivi diverses formations dans le domaine de la santé et rejoint le marché du travail.
- De ce fait, force est de constater que la nécessité d’entreprendre des études de base en Suisse n’est pas démontrée à satisfaction.
- Par ailleurs, le désir de l’intéressée d’entreprendre un cursus de base en Suisse est louable, mais ne peut pas être pris en compte pour la délivrance d’une autorisation de séjour pour études. En effet, notre Service estime que ces études peuvent être entreprises en France, lieu de résidence actuel de l’intéressée.
- De plus, la jurisprudence constante et les directives fédérales en matière de migration stipulent qu’il n’y a pas lieu d’autoriser des étudiants relativement âgés à entreprendre un nouveau cursus d’études en Suisse. Il est en effet préférable de privilégier en premier lieu les étudiants plus jeunes qui ont un intérêt plus immédiat à obtenir une formation.
[...] ».
Cette décision n’a fait l’objet d’aucun recours et est entrée en force.
C.
Le 21 avril 2012, A. X._ Y._ a sollicité par courriel le réexamen de la décision précitée. A l’appui de sa demande, elle a remis aux guichets du SPOP une attestation établie par la HESAV le 4 avril 2012 indiquant qu’elle était inscrite depuis septembre 2011 dans cet établissement ainsi qu’un formulaire d’évaluation relatif à un stage effectué du 5 mars au 27 avril 2012 à l’EMS 2********. Elle a encore fait parvenir ultérieurement un extrait de relevé de notes indiquant à la main en bas de page qu’elle avait «
validé son année [propédeutique]
».
Par décision du 21 juin 2012, le SPOP a déclaré irrecevable la demande de reconsidération déposée par A. X._ Y._ et l’a subsidiairement rejetée. Il a considéré que le bon déroulement de la formation et du stage pratique de l’intéressée n’emportait pas une modification notable de l’état de fait à la base de la décision du 4 avril 2012. Cette décision n’a fait l’objet d’aucun recours et est entrée en force.
D.
Le 16 août 2012, A. X._ Y._ a déposé une nouvelle demande de reconsidération. Elle a en substance fait valoir qu’elle avait passé avec succès son année propédeutique et qu’elle était pleinement admise au sein de la filière « soins infirmiers » de la HESAV. Elle a notamment joint à sa demande une attestation de réussite de l’année propédeutique santé, un certificat d’admission au sein de la filière soins infirmiers de la HESAV à compter du 17 septembre 2012, un contrat de location, ainsi qu’un certificat de prise en charge financière.
Par décision du 6 septembre 2012, le SPOP a déclaré irrecevable la demande de reconsidération déposée par A. X._ Y._ et l’a subsidiairement rejetée. Il a considéré que l’immatriculation de cette dernière ne constituait pas une modification notable de l’état de fait à la base de sa décision du 4 avril 2012. Il a en outre estimé que la volonté de la prénommée de suivre une formation en soins infirmiers et son immatriculation ne démontraient toujours pas la nécessité d’entreprendre des études de base en Suisse.
E.
Par acte du 8 octobre 2012, A. X._ Y._ a formé recours contre la décision précitée en concluant, sous suite de frais et dépens, à ce que le recours soit admis et la cause renvoyée au SPOP pour nouvelle décision. Elle fait pour l’essentiel valoir que l’autorité administrative a violé l’art. 64 al. 2 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD ; RSV 173.36) en n’examinant pas sa demande de reconsidération. Elle fait notamment grief à l’autorité intimée de ne pas tenir compte des raisons qui l’ont amenée à débuter une formation dans le domaine de la santé à un âge relativement avancé et de ne pas reconnaître que son immatriculation dans la filière soins infirmiers est susceptible d’influencer l’issue de la procédure. Elle a joint à son envoi une attestation de la HESAV de laquelle il ressort qu’elle effectue actuellement sa première année de Bachelor en soins infirmiers et que sa formation devrait prendre fin le 13 septembre 2015.
Dans ses déterminations du 13 novembre 2012, le SPOP conclut au rejet du recours. Il fait valoir que l’immatriculation de la recourante ne constitue pas une modification notable de l’état de fait à la base de sa décision dès lors que les motifs sur lesquels celle-ci se fondait demeurent valables. Il estime notamment à ce titre que la nécessité d’entreprendre des études de base en Suisse n’est pas démontrée à satisfaction de droit et que la jurisprudence qui stipule qu’il n’y a en principe pas lieu d’autoriser des étudiants relativement âgés à entreprendre un nouveau cursus d’études est toujours opposable à la recourante.
F.
La Cour a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit
1.
Le recours a été formé en temps utile et selon les formes prescrites (art. 79, 95 et 99 LPA-VD) par un ressortissant étranger pouvant invoquer un intérêt digne de protection à l'annulation ou à la modification de la décision attaquée (cf. art. 75 LPA-VD). Il est donc recevable et il y a lieu d'entrer en matière.
2.
Ressortissante camerounaise, la recourante ne peut se prévaloir d’aucun droit à la délivrance d’un titre de séjour, notamment à des fins d’études. Elle ne prétend du reste rien de tel dans le cadre de la présente procédure.
3.
a) Selon l'art. 64 LPA-VD, une partie peut demander à l'autorité de réexaminer sa décision. L'autorité entre en matière sur la demande (art. 64 al. 2 LPA-VD) si l'état de fait à la base de la décision s'est modifié dans une mesure notable depuis lors (let. a), ou si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve importants qu'il ne pouvait pas connaître lors de la première décision ou dont il ne pouvait pas ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque (let. b), ou si la première décision a été influencée par un crime ou un délit (let. c).
b) L'art. 8 de la Constitution fédérale suisse (Cst.; RS 101) impose à l'autorité administrative de se saisir d'une demande de réexamen si le requérant invoque des faits ou des moyens de preuve importants (
«erheblich»
) qu'il ne connaissait pas lors de la première décision ou dont il ne pouvait se prévaloir ou n'avait pas de raison de se prévaloir à cette époque, ou encore si les circonstances se sont modifiées dans une mesure notable («
wesentliche Änderung»
) depuis la première décision (cf. notamment ATF 136 II 177, consid. 2.1; 124 II 1, consid. 3a; 120 Ib 42, consid. 2b; 113 Ia 146, consid. 3a et 109 Ib 246, consid. 4a), par quoi il faut entendre aussi bien une modification de l'état de fait qu'une modification du droit objectif (ATF 109 précité, consid. 4c). La première hypothèse, couramment appelée révision au sens étroit (cf.
Moor
, Droit administratif, vol. II
: Les actes administratifs et leur contrôle
, 2
ème
éd., Berne 2002, pp. 241 ss;
Koelz/Haener
, Verwaltungsverfahren und Verwaltungsrechtspflege des Bundes, 2
ème
éd., Zurich 1998, n° 426, p. 157), vise les cas où une décision administrative entrée en force repose sur un état de fait incorrect dès l'origine et s'avère subséquemment inexacte. Le requérant doit invoquer des faits, ou des moyens de preuve, qui existaient déjà lorsque l'autorité a statué (pseudo-nova), à tout le moins qui pouvaient encore être utilement invoqués vu l'avancement de la procédure et de l'instruction, mais qu'il a découvert postérieurement. La seconde hypothèse permet quant à elle de prendre en compte un changement de circonstances ou de droit et d'adapter en conséquence une décision administrative correcte à l'origine. La modification des circonstances rend, pour ainsi dire, la décision subséquemment viciée. L'autorité de chose décidée attachée à la décision administrative entrée en force se fondant uniquement sur la situation de fait et de droit au moment où elle a été rendue, il ne s'agit dans ce cas non pas tant d'une révision au sens procédural du terme que d'une adaptation aux circonstances nouvelles. Le requérant doit donc invoquer des faits qui se sont réalisés après le prononcé de la décision attaquée (
"echte Noven"
), plus précisément après l'ultime délai dans lequel, suivant la procédure applicable, ils pouvaient encore être invoqués (clôture de l'instruction; cf.
Moor
,
op.cit.
,
n
o
2.4.4.1, p. 342;
Koelz/Haener
,
op.cit.
, n
os
426, 429, 438 et 440;
Rhinow/Koller/Kiss
, Öffentliches Prozessrecht und Justizverfassungsrecht des Bundes, Francfort-sur-le-Main 1996, n° 1199).
Cette hypothèse ne concerne naturellement que les décisions aux effets durables (
"Dauerverfügung"
;
Moor
,
op. cit.
, p. 230;
Koelz/Haener
,
op. cit.
, n° 444), ce qui est le cas, comme en l'espèce, d'une décision réglementant le statut d'une personne au regard des règles de police des étrangers (PE.2011.0241 du 26 août 2011; PE.2009.0026 du 11 mars 2009 ; TA bernois du 8 octobre 1992, JAB 1993, p. 244 consid. 2a).
Dans les deux hypothèses qui viennent d'être mentionnées, les faits invoqués doivent être importants, c'est-à-dire de nature à entraîner une modification de l'état de fait à la base de la décision et, ainsi, une décision plus favorable au requérant; autrement dit, ils doivent être susceptibles d'influencer l'issue de la procédure. Il en va de même des moyens de preuve dans la première hypothèse, qui sont importants dans la mesure où l'on peut supposer qu'ils eussent amené à une décision différente s'ils avaient été connus à temps (s'agissant des art. 136 let. d, 137 let. b aOJ, cf. ATF 122 II 17 consid. 3; 121 IV 317 consid. 2; s'agissant de l'art. 66 al. 2 let. a PA, cf. ATF 110 V 138 consid.
2; 108 V 170 consid. 1; JAAC 60.38 consid. 5;
Moor
,
op. cit.
, p. 342;
Rhinow/Koller/Kiss
,
op. cit.
, n° 1431).
La jurisprudence souligne toutefois que les demandes de nouvel examen ne sauraient servir à remettre continuellement en question des décisions administratives, ni surtout à éluder les dispositions légales sur les délais de recours (ATF 109 précité consid. 4a).
c) Quant à la procédure, l'autorité administrative saisie d'une demande de réexamen doit dans un premier temps contrôler si les conditions requises pour l'obliger à statuer sont remplies (compétence, qualité pour agir, allégation d'un fait nouveau ou production d'un moyen de preuve important, etc.). Si elle déclare la requête recevable, elle doit, dans un second temps, entrer en matière et examiner la réalité du motif invoqué (
Merkli/Aeschlimann/Herzog
, Kommentar zum Gesetz vom 23.
Mai 1989 über die Verwaltungsrechtspflege des Kantons Bern, Berne 1997, n° 3 ad art. 57, p. 396).
4.
En l'occurrence, la demande de réexamen déposée par la recourante est principalement fondée sur son immatriculation au sein de la filière soins infirmiers de la HESAV pour l’année académique 2012-2013, telle que documentée par le certificat d’admission du 6 juillet 2012 et l’attestation du 17 septembre 2012.
Quand bien même ce fait est survenu postérieurement à la décision querellée, force est de constater en l’espèce que cette immatriculation ne constitue pas une modification notable de l’état de fait à la base de la décision rendue par l’autorité intimée. Le refus opposé à la recourante était en effet fondé sur la constatation que celle-ci dispose déjà d’une solide formation en biochimie, complétée par une formation d’aide soignante ainsi que plusieurs mois d’expérience professionnelle dans ce domaine. L’autorité intimée relevait dans ce contexte que la nécessité d’entreprendre une nouvelle formation de base en soins infirmiers à un âge relativement avancé dans notre pays n’apparaissait pas démontrée en l’espèce, ce d’autant plus que des études similaires pouvaient être effectuées en France, pays où l’intéressée séjourne actuellement. L’état de fait retenu à la base de la décision querellée ne remettait ainsi pas en question les capacités de la recourante à suivre l’enseignement dispensé par la HESAV dans la filière soins infirmiers au sens de l’art. 27 al. 1 let. a de la loi du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr ; RS 142.20). On ne saurait dès lors considérer que son immatriculation à compter du 17 septembre 2012 emporte une modification notable des circonstances depuis la première décision rendue par l’autorité intimée le 4 avril 2012 ; ce d’autant plus que la recourante se trouvait déjà en année propédeutique dans ce même établissement lorsque l’autorité intimée a statué sur son dossier (cf. attestation du 4 avril 2012 selon laquelle l’intéressée a débuté sa formation à la HESAV en septembre 2011). A ce titre, on notera encore que, lors de sa précédente demande de reconsidération, l’intéressée avait expressément relevé le bon déroulement de sa formation théorique et pratique sans que cela ne conduise pour autant l’autorité intimée à reconsidérer la décision querellée (cf. décision du 21 juin 2012 à présent entrée en force).
Dans ces circonstances, force est de constater que les faits invoqués par la recourante ne constituent pas une modification notable de l’état de fait à la base de la décision querellée et que celle-ci ne peut par conséquent plus être soumise à une procédure de réexamen sur la base de l’art. 64 al. 2 let. a LPA-VD. La volonté de suivre des études en soins infirmiers ainsi que l’assiduité dont la recourante semble faire preuve dans le cadre de sa formation ne suffisent en effet pas à démonter la nécessité d’entreprendre de nouvelles études de base dans notre pays. Quant aux raisons qui ont motivé la réorientation professionnelle de la recourante, il ne s’agit pas véritablement de faits nouveaux. Ceux-ci étaient en effet connus dès le dépôt de la demande d’autorisation litigieuse et l’intéressée a eu l’occasion de les exposer en détail dans le cadre de son droit d’être entendue avant que la décision lui refusant l’octroi d’une autorisation de séjour pour études ne soit prononcée (cf. lettre du 25 février 2012).
En l’espèce, c’est donc à bon droit que l'autorité intimée a refusé d'entrer en matière sur sa demande de réexamen et l’a subsidiairement rejetée.
5.
Les considérants qui précèdent conduisent le Tribunal à rejeter le recours et à confirmer la décision attaquée.
Le sort du recours commande en outre de mettre les frais à la charge de son auteur (
art. 49 al. 1 et art. 91 LPA-VD)
et de ne pas allouer de dépens
(art. 55 al. 1, a contrario, et art. 91 LPA-VD).