# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** dcdb802a-5a58-516d-9ebb-114d8dd3cabd
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2012
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
Monsieur A_ (ci-après : l’assuré), de nationalité française, né en 1962, est séparé de Madame A_ depuis le 1
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novembre 2005. Leur divorce a été prononcé le 1
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mai 2007. La garde des deux filles de l’assuré a été attribuée à leur mère. L’assuré verse pour leur entretien 1'600 fr. par mois.
Selon l’Office cantonal de la population (OCP), l’assuré a été domicilié à Genève (_ rue N_) du 1
er
novembre 2005 au 27 février 2006, puis à Dardagny (_ chemin C_), chez Madame B_. Cette dernière a conclu avec l’assuré en date du 27 février 2006 un contrat de bail aux termes duquel elle lui loue une chambre et une salle d’eau, toutes deux situées au dernier étage de sa maison, pour un loyer mensuel de 950 fr. L’assuré doit également s’acquitter de la moitié de la facture d’électricité. Il a le droit d’usage de la cuisine, du salon ainsi que du jardin, dont l’entretien doit être partagé. Le deuxième étage de la maison constitue les appartements privés de la bailleresse et son accès est interdit à l’assuré à l’exception d’un weekend sur deux, lorsqu’il a la garde de ses deux filles : il peut alors utiliser la chambre d’amis située au deuxième étage.
Le 27 février 2006, après avoir épuisé son droit aux prestations de l’assurance-chômage, l’assuré a demandé à pouvoir bénéficier du revenu minimum cantonal d’aide sociale (RMCAS). Il a renouvelé sa demande le 8 février 2007, le 5 février 2008, le 25 février 2009 et le 1
er
février 2010.
Dans les formulaires remplis à ces occasions, l’assuré a indiqué être domicilié à Dardagny et être séparé de fait depuis le 1
er
octobre 2005 (demande du 27 février 2006), voire depuis le 1
er
novembre 2005 (demande du 8 février 2007). Dans ses demandes des 5 février 2008 et 25 février 2009, l’assuré a indiqué être divorcé. Dans sa demande du 1
er
février 2010, il a allégué l’être depuis 2004.
A chaque fois, l’intéressé a assuré ne faire ménage commun avec personne.
Aux questions relatives à l’exercice d’une activité indépendante et à la réalisation d’un bénéfice ou d’un déficit, l’assuré a répondu par la négative (en 2007, 2008 et 2010) ou s’est abstenu (en 2006 et 2009).
En sus des formulaires précités, l’assuré a signé chaque année un document intitulé « Mon engagement en demandant le revenu minimum cantonal d’aide social », par lequel il s’est engagé, en substance, à fournir à l’Hospice général (HG) tous les renseignements utiles concernant sa situation financière.
Du 1
er
mars 2006 au 28 février 2010, l’HG a ainsi versé à l’assuré des prestations à hauteur de 187'291 fr. 05.
Le 26 novembre 2007, l’assuré a informé son assistant social qu’il avait le projet de louer des espaces publicitaires sur des véhicules privés (bonbonnes apposées sur des taxis) ; il a produit un courrier rédigé le 31 octobre 2007 sur papier à en-tête de X_ Sàrl (ci-après : la Sàrl) - société pour laquelle l’assuré avait travaillé du 1
er
mai 2003 au 31 août 2004 -, demandant au SERVICE DES AUTOMOBILES ET DE LA NAVIGATION (SAN) l’approbation technique de son projet. L’assuré espérait pouvoir en vivre dans un délai d’environ deux mois.
En date du 5 février 2008, l’assuré a indiqué à son assistant social que son projet était en bonne voie et qu’il espérait sa viabilité dans un délai de deux à quatre mois.
Le 17 juin 2008, interrogé par l’HG sur le lancement de son activité indépendante, l’assuré a indiqué que son projet n’avançait pas et ne débouchait sur rien de concret ; il fallait selon lui attendre jusqu’au mois de septembre 2008 ; il disait être en train de réunir des fonds à l’attention de la fiduciaire Y_ SA (ci-après : la fiduciaire), également impliquée dans le projet, afin qu’elle puisse assurer son futur salaire.
Par courrier du 27 juin 2008, la Sàrl a expliqué à l’assistant social de l’assuré qu’elle avait approché ce dernier pour lui demander des conseils sur les opportunités commerciales, qu’il avait été précieux en raison de son expérience et de ses connaissances et qu’il avait été promis à l’assuré que s’il arrivait, par ses conseils, idées et contacts dans le monde de la publicité, à augmenter suffisamment les fonds de la société pour lui assurer le salaire d’au moins un an à plein temps, un poste lui serait offert. L’assuré avait fait ce qu’il pouvait pour créer son propre poste à raison de quelques heures par mois à titre bénévole et sans aucune rémunération.
De septembre 2008 à février 2009, l’assuré a été mis au bénéfice d’une mesure d’aide au reclassement professionnel au cours de laquelle il a beaucoup évoqué son projet avec les responsables.
Le 25 février 2009, lors de l’entretien en vue du renouvellement de son droit, l’assuré a informé son assistant social qu’il n’arrivait toujours pas à faire aboutir son projet d’indépendant et qu’il était déçu des personnes avec lesquelles il collaborait.
Lors d’un entretien avec sa nouvelle assistante sociale, le 3 août 2009, il a répété qu’il rencontrait des difficultés dans la mise en place de son projet en raison de la crise.
L’HG a alors demandé à son service des enquêtes d’investiguer. Du rapport établi le 13 janvier 2010 après une visite domiciliaire, notamment, il ressort que, contrairement à ce qu’avait assuré l’intéressé lors de son audition, sa bailleresse n’est pas une « vieille dame ». L’enquêteur a constaté qu’elle était en réalité du même âge que l’assuré et tous deux lui ont paru très familiers l’un avec l’autre. L’enquêteur a également relevé qu’il n’y avait pas de séparation claire entre les sphères de vie des deux intéressés : ainsi, les affaires personnelles de l’assuré se trouvaient mélangées avec des habits de sa bailleresse, des photos de famille se trouvaient dans la cuisine et aucune séparation organisationnelle n’était constatée.
Par ailleurs, un relevé bancaire mentionnait comme adresse de l’assuré celle de la fiduciaire. Sur la boîte à lettres de cette dernière figuraient plusieurs noms, au nombre desquels celui de l’assuré et ceux de plusieurs sociétés. Monsieur C_, administrateur de la fiduciaire et associé gérant de la Sàrl jusqu’en 2012 (ci-après : l’associé gérant) a expliqué qu’il recevait toujours du courrier pour le compte de l’assuré, dont il a précisé qu’il était déjà avec une amie au moment de son divorce. Interrogé à ce propos, l’assuré a expliqué qu’il avait demandé la réexpédition de son courrier pour des motifs de confidentialité : il ne voulait pas que tout le village de Dardagny sache qu’il bénéficiait du RMCAS. La réexpédition temporaire du courrier à l’adresse précitée à compter du 12 juillet 2007 a été confirmée par la Poste Suisse.
Sur le plan professionnel, l’assuré avait indiqué à l’enquêteur qu’il était à la recherche d’un emploi et lui avait montré les recherches effectuées. Il avait indiqué n’avoir exercé aucune activité depuis qu’il avait perdu son emploi auprès de la Sàrl dont il avait précisé qu’elle avait cessé d’exister, même s’il restait en contact avec son ancien patron. Après consultation du registre du commerce, l’enquêteur avait constaté que la société existait toujours ; elle était restée inscrite au registre du commerce (RC) sans interruption depuis le 9 février 2001. Monsieur C_, associé gérant et comptable de la Sàrl, a affirmé à l’enquêteur que la société, créée par Z_ SA (ci-après : la XA_), n’avait pas de salariés. Quant à Monsieur D_, administrateur avec signature individuelle de la XA_, il avait confirmé à l’enquêteur qu’il avait créé la Sàrl ; il avait ajouté qu’il connaissait bien l’associé gérant, qui était son premier comptable, que le chiffre d’affaires de la Sàrl ne permettait pas de dégager un salaire suffisant, que l’assuré n’avait perçu aucune rémunération depuis la fin de son engagement mais qu’il donnait de temps en temps des « coups de main » et recevait son courrier auprès de Monsieur C_.
L’enquêteur a appris que des publicités apposées sur des taxis l’avaient été par la Sàrl et que celle-ci avait ainsi facturé ses services 20'982 fr. en date du 24 avril 2009 ; cette facture avait été signée par l’assuré. Entendu par l’enquêteur en date du 3 décembre 2009, l’assuré avait expliqué avoir continué à donner des « coups de main » à la Sàrl jusqu’en avril 2009. Il avait notamment répondu à des courriels et donné des renseignements.
Enfin, l’enquêteur a mentionné que l’assuré possédait un véhicule immatriculé en 2006 et payé 13'000 fr. par son ex-épouse et lui.
En annexe au rapport d’enquête figuraient notamment les documents suivants :
un
curriculum vitae
mentionnant l’adresse de Dardagny, dans lequel l’assuré indiquait être actif auprès de la Sàrl depuis 2001 en qualité de responsable de la gestion des espaces et des ventes ; il y précisait qu’il avait réussi à faire homologuer la bonbonne publicitaire pour taxis auprès des autorités genevoises ;
une facture destinée à une société ayant fait appel à la Sàrl pour de la publicité, datée du 24 avril 2009, signée par l’assuré, dont le nom était écrit en toutes lettres sous celui de la Sàrl ;
des relevés du compte bancaire ouvert auprès de la BANQUE CANTONALE DE GENEVE (BCG) dont il ressort que l’assuré prélevait régulièrement des montants à un distributeur situé dans le quartier des Pâquis.
Un rapport d’enquête complémentaire a été établi le 25 janvier 2010 suite à un contrôle opéré par l’OFFICE CANTONAL DE L’INSPECTION ET DES RELATIONS DU TRAVAIL (OCIRT) auprès de la Sàrl. L’administrateur de la XA_ avait indiqué que le chiffre d’affaires de la société précitée avoisinait 40'000 fr. et qu’il n’avait plus vu l’assuré depuis six mois au moins. Monsieur C_ avait quant à lui confirmé n’être que le comptable. Selon lui, l’assuré avait travaillé pour l’administrateur de la XA_ et continuait à donner des « coups de main ».
Eu égard à ce rapport, l’enquêteur de l’HG a relevé que :
le volume des activités de la Sàrl était plus important que ce que l’assuré avait affirmé ;
en 2008, le chiffre d’affaires s’était élevé à 222’759 fr.
les activités de cette société se poursuivaient au-delà du mois d’avril 2009 ; lorsqu’une facture n’était pas établie au seul nom de la Sàrl sans signature, elle portait toujours l’indication « X_ - Monsieur A_ » et était signée par ce dernier, qui contrôlait également l’entrée des paiements sur le compte courant et annotait les factures en tant que pièces comptables.
L’enquêteur est arrivé à la conclusion que l’assuré travaillait pour son ancien employeur, dont il a relevé qu’il n’avait officiellement pas de salariés, même s’il n’avait pas été rémunéré.
Compte tenu de ces éléments, l’HG a, par décision du 25 février 2010, mis un terme au versement du RMCAS avec effet au 1
er
mars 2006 au motif que l’assuré vivait en concubinage, qu’il travaillait régulièrement pour une Sàrl à titre d’indépendant et qu’il était inscrit au RC en qualité d’organe de révision d’une fiduciaire. En conséquence, l’HG a réclamé à son bénéficiaire le remboursement de l’intégralité des prestations perçues depuis l’ouverture du droit, le 1
er
mars 2006.
Par courrier du 22 mars 2010, l’assuré s’est opposé à cette décision. Il contestait vivre en concubinage avec sa bailleresse, avoir exercé une activité pour le compte de la Sàrl depuis 2004 et avoir fonctionné en qualité de réviseur d’une fiduciaire.
Le 12 avril 2010, le Président du Conseil d’administration de l’Hg a confirmé la décision du 25 février 2010. En substance, il a retenu :
que l’assuré avait dans un premier temps allégué que sa bailleresse était une personne âgée alors qu’elle avait à peu près le même âge que lui, que la visite domiciliaire avait démontré que la sphère de vie de l’assuré n’était pas distincte de celle de sa bailleresse, que Monsieur C_ avait affirmé que l’assuré était déjà avec son amie au moment du prononcé de son divorce, qu’il fallait donc en conclure que l’assuré vivait bien en concubinage ;
que la Sàrl avait déployé une réelle activité, dégageant même un chiffre d’affaires de 222'759 fr., - alors que l’administrateur de la XA_ et l’assuré avaient allégué un montant d’environ 40'000 fr., respectivement 20'000 fr. - que l’activité de cette société s’était en outre poursuivie jusqu’au 2009 alors que l’assuré avait affirmé qu’elle n’existait plus avant d’admettre qu’il avait continué à « donner des coups de main », qu’il avait en réalité signé des offres, envoyé des factures, contrôlé les paiements sur le compte courant et répondu à des demandes d’information, qu’il s’était fait réexpédier son courrier à l’adresse de la fiduciaire dont il avait d’ailleurs été organe de révision de mars 2003 à novembre 2009 selon le RC, qu’il n’avait été radié qu’après avoir appris qu’il faisait l’objet d’une enquête et qu’en conséquence, il avait bel et bien exercé une activité indépendante ;
que l’assuré avait acheté en octobre 2006 - date à laquelle il bénéficiait déjà du RMCAS - un véhicule payé 13'000 fr. et avait au surplus toujours été en mesure de s’acquitter d’une pension alimentaire pourtant supérieure de 254 fr. au RMCAS versé.

## Considerations