# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** b2868040-5ce0-5733-a675-470b845a4868
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2011
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT :
A.
Par acte du 14 avril 2011 adressé au greffe de la Chambre pénale de recours, D_ déclare recourir contre l’ordonnance par laquelle, le 12 précédent, le Ministère public a refusé de lui nommer un avocat d’office pour faire opposition à l’ordonnance pénale rendue contre lui le 5 janvier 2011. Il demande qu’un avocat d’office lui désigné dès que possible.
B.
Il résulte du dossier les faits suivants :
a)
Le 5 janvier 2011, le Ministère public a rendu une ordonnance pénale contre D_, à qui il était reproché une infraction à l’art. 119 al. 1 LÉtr. Cette décision a été envoyée comme acte judiciaire à l’adresse indiquée par le prévenu à la police, soit à B_ (SG), mais l’envoi a été retourné, non réclamé, au Ministère public.
b)
Le 31 mars 2011, donnant pour adresse l’établissement de détention de la Brenaz (GE), D_ a fait parvenir au Ministère public une formule en vue de la désignation d’un avocat d’office, en mentionnant qu’il avait besoin d’un défenseur «
pour révision ou recours contre P/18278/2010
».
c)
Le 5 avril 2011, M
e
S_, avocate, a écrit à la Chambre d’appel et de révision de la Cour de justice que D_ souhaitait qu’elle l’assiste pour demander la révision «
d’une prétendue ordonnance de condamnation du 5 janvier 2011
» dont il n’avait eu connaissance que récemment, par le service social de la Brenaz, où il purgeait une peine depuis le 17 décembre 2010. Elle demandait si ces démarches étaient couvertes par une précédente désignation d’office, dans le cadre d’une autre procédure, ou s’il convenait qu’elle présente une nouvelle demande.
d)
Le 7 avril 2011, la direction de la procédure de la Chambre d’appel a désigné M
e
S_ pour les besoins de la demande de révision annoncée.
e)
Dans son ordonnance querellée, le Ministère public a considéré qu’une demande de révision était dénuée de chances de succès parce que le prévenu n’avait pas retiré l’acte judiciaire à temps et que, par conséquent, il n’y avait pas lieu de pourvoir D_ d’un défenseur d’office.
C. a)
À l’appui de son recours, rédigé en personne, D_ fait valoir qu’il n’avait pas pu avoir connaissance de l’ordonnance pénale, notifiée à B_ (SG), en raison de sa détention à Genève.
b)
Le Ministère public explique avoir appris pendant la procédure de recours que D_ était détenu et s’en remet à justice.

## Considerations

EN DROIT
Le recours est recevable pour avoir été déposé en la forme écrite (art. 393 al. 1 let b. CPP) ; il concerne une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 20 et 132 CPP ; A. KUHN / Y. JEANNERET [éd.],
Commentaire romand
:
Code de procédure pénale suisse
, Bâle 2011, n. 11 et 23 ad art. 132 CPP) et émane du prévenu, qui a qualité pour agir (art. 104 et 382 CPP). Le délai de dix jours pour recourir a par ailleurs été respecté (art. 396 CPP).
La Chambre de céans n’est liée ni par les motifs ni par les conclusions des parties (art. 391 al. 1 CPP).
Aussi doit-on tout d’abord se demander, dans la mesure où, à teneur de la formule de demande d’avocat d’office envoyée au Ministère public, le recourant indiquait vouloir faire «
révision ou recours contre P/18278/2010
», si le recourant n’entendait pas, en réalité, former une opposition à l’ordonnance pénale rendue contre lui, au sens de l’art. 354 al. 1 let. a CPP. En effet, une déclaration obscure ou ambiguë doit, dans le doute, être considérée comme l’expression d’un refus de se soumettre à l’ordonnance pénale (Y. JEANNERET, «
Les procédures spéciales dans le Code de procédure pénale suisse
»,
in R. PFISTER-LIECHTI [éd.],
La procédure pénale fédérale,
Fondation pour la formation continue des juges suisses, Berne 2010, p. 156). En outre, c’est bien le Ministère public qui est l’autorité compétente pour traiter d’une opposition à ordonnance pénale (cf. art. 354 al. 1 CPP), et ce sont bien ces derniers termes qui figurent, désormais, dans l’acte de recours. À cet égard, dans la décision querellée, le Ministère public a implicitement écarté l’opposition du prévenu, en considérant que l’ordonnance pénale du 5 janvier 2011 était devenue définitive – autrement dit qu’elle avait valeur d’un jugement passé en force, au sens de l’art. 354 al. 2 CPP – . Matériellement, il a donc maintenu son ordonnance pénale en rejetant la validité même de l’opposition. Or, c’était au tribunal de première instance qu’il eût appartenu de statuer sur cette question, conformément à la lettre de l’art. 356 al. 2 CPP (M. NIGGLI / M. HEER / H. WIPRÄCHTIGER,
Schweizerische
Strafprozessordnung / Schweizerische Jugendstrafprozessordnung
, Basler Kommentar StPO/JStPO, Bâle 2010, n. 17 ad. 354 CPP). En effet, à supposer qu’il pût se dispenser d’administrer les preuves nécessaires au jugement de l’opposition, au sens de l’art. 355 al. 1 CPP – ce qui pourrait se discuter en l’espèce, dès lors que le recourant, qui n’était d’ailleurs pas tenu de le faire, n’a pas motivé son opposition (art. 355 al. 2 CPP) – , le Ministère public ne pouvait en tout cas pas s’abstenir, ainsi qu’il l’a pourtant fait, de transmettre la cause « sans retard » au tribunal de première instance (art. 356 al. 1 CPP), plus précisément à l’autorité judiciaire compétente pour les crimes et délits jusqu’à deux ans de peine privative de liberté (Y. JEANNERET,
op. cit.
, p. 159), soit, à Genève, le Tribunal de police (art. 96 al. 1 LOJ). C’est en effet à cette autorité qu’il revient de statuer sur la recevabilité de l’opposition lorsque, comme en l’espèce, le Ministère public la tient, lui, pour irrecevable (Y. JEANNERET,
ibid.