# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** df565f64-9da0-4e8c-a4b4-bb006f9425c9
**Court:** CH_BSTG
**Chamber:** CH_BSTG_001
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Faits:
A. Historique de l’affaire et jugements de première instance
A.1 Ouverture de la procédure pénale
Le 24 juin 2005, le Ministère public de la Confédération (ci-après : MPC) a ouvert
une instruction pour soupçon de blanchiment d’argent. Cette instruction a par la
suite été étendue à A. (ci-après : A., le prévenu ou l’appelant) le 25 janvier 2008
((SK.2011.24) 671 100 002 et (MPC/EAII/10/04/0336) 01-00-00-0004).
A.2 Premier jugement de première instance
Par jugement du 10 octobre 2013 et complément du 29 novembre 2013
SK.2011.24 (ci-après : SK.2011.24), la Cour des affaires pénales du Tribunal pé-
nal fédéral (ci-après : la Cour des affaires pénales) a condamné A. pour escro-
querie (art. 146 CP) et blanchiment d’argent répété et aggravé (art. 305bis ch. 2
CP) à une peine privative de liberté ferme de 48 mois et à une peine pécuniaire
de 270 jours-amende à CHF 150 le jour avec sursis pendant deux ans. L’Etat
tchèque avait été amené, par une mise en scène astucieuse, à vendre ses ac-
tions de la société MOSTECKA UHELNA SPOLECNOST A.S. (ci-après : MUS)
à vil prix. L’escroquerie avait été commise entre janvier 1998 et le 28 juillet 1999,
alors que le prévenu occupait le poste d’adjoint du Directeur général B. au sein
du groupe financier tchèque C. A. avait ensuite effectué différents transferts de
fonds et d’actions propres à entraver l’identification de l’origine, la découverte ou
la confiscation des valeurs patrimoniales en cause. De plus, la Cour des affaires
pénales a ordonné la confiscation des valeurs patrimoniales déposées sur diffé-
rentes relations auprès des banques D., E. SA, et F. (SUISSE) SA. Elle a égale-
ment prononcé une créance compensatrice en faveur de la Confédération suisse
contre A. d’un montant de CHF 204'109’183 (SK.2011.24 p. 419 ss et 503).
A.3 Procédure devant le Tribunal fédéral ; premier arrêt de renvoi
Par arrêt du 22 décembre 2017 (cause 6B_688/2014), le Tribunal fédéral a très
partiellement admis le recours de A. contre le jugement SK.2011.24, annulé ce-
lui-ci et renvoyé la cause à la Cour des affaires pénales pour nouvelle décision.
La Haute Cour a en substance considéré que l’instance précédente devait, en
l’absence de compétence suisse, acquitter le recourant s’agissant des opérations
décrites aux considérants 4.19 et 4.20 du jugement SK.2011.24 p. 332 ss (con-
sid. 4.5.4), fixer la peine à nouveau et la motiver conformément aux exigences
découlant de l’art. 50 CP (consid. 27), examiner l’impact des acquittements sur
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les frais mis à la charge du recourant (consid. 29) et sur les dépens (con-
sid. 30.1). Elle a en revanche rejeté, dans la mesure de leur recevabilité, la quasi-
totalité des autres griefs soulevés par A. et a expressément confirmé aussi bien
sa condamnation pour escroquerie et blanchiment d’argent aggravé que la
créance compensatrice et les confiscations prononcées en première instance
(consid. 19 à 23, 26 et 28). Par conséquent, elle a arrêté les frais judiciaires à
CHF 10'000 et a condamné A. à supporter huit dixièmes de dite somme, soit
CHF 8’000 (consid. 31).
A.4 Deuxième jugement de première instance
Par requête du 17 janvier 2018, confirmée par courrier subséquent du 28 fé-
vrier 2018, A. a requis la tenue de nouveaux débats ((SK.2017.76) 673.521.001-
003 et 004-005). La Cour des affaires pénales a estimé que seules les peines et
certaines questions accessoires devaient encore être revues. Cet examen pou-
vant être effectué sur la base du dossier, elle a donc opté pour la mise en œuvre
d’une procédure écrite (SK.2017.76, consid. A4 p. 4 et consid. 2.4 s. p. 28 s.).
Par jugement du 11 décembre 2018, la Cour des affaires pénales a condamné
A. à une peine privative de liberté de 46 mois et à une peine pécuniaire de 220
jours-amende à CHF 110 le jour pour escroquerie (art. 146 al. 1 CP) et blanchi-
ment d’argent aggravé (art. 305bis ch. 2 CP). Elle l’a mis au bénéfice du sursis à
l’exécution de la peine pécuniaire, avec un délai d’épreuve de deux ans. Elle a
également fixé son indemnisation au sens de l’art. 429 al. 1 let. a CPP à
CHF 122’800 et a décidé de la compenser partiellement avec la part des frais de
procédure de CHF 52’000 mis à sa charge. La part restante de l’indemnité, soit
CHF 70’800, était quant à elle portée en déduction des valeurs patrimoniales
dont la saisie avait été maintenue en vue de l’exécution de la créance compen-
satrice prononcée contre lui en vertu de l’art. 442 al. 4 CPP (SK.2017.76 ch. VIII
n. 2 du dispositif).
A.5 Procédure devant le Tribunal fédéral ; deuxième arrêt de renvoi
Par arrêt du 6 août 2019 (cause 6B_138/2019), le Tribunal fédéral a admis le
recours A., annulé le jugement SK.2017.76 et renvoyé la cause à la Cour des
affaires pénales pour nouvelle instruction et nouvelle décision. La Cour des af-
faires pénales avait, à tort, refusé la tenue de nouveaux débats, ce alors qu’elle
ne disposait pas de la marge suffisante pour s’en passer. En effet, il lui incombait
d’établir la situation personnelle du prévenu au moment du nouveau prononcé,
ce qui impliquait nécessairement de l’entendre à nouveau (arrêt du Tribunal fé-
déral 6B_138/2019 du 6 août 2019 consid. 2.6).
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Par économie de procédure, le Tribunal fédéral a relevé les points suivants :
 Selon la jurisprudence, pour déterminer si le temps écoulé est suffisam-
ment long au sens de l’art. 48 let. e CP, le juge doit se référer à la date à
laquelle les faits ont été souverainement établis. Or, en l’espèce, les faits
ont été souverainement établis par le jugement du 10 octobre et complé-
ment du 29 novembre 2013 (consid. 3.1.2) ;
 Dans son jugement SK.2011.24, la Cour des affaires pénales avait déjà
tenu compte de la circonstance atténuante du long temps écoulé s’agis-
sant de la peine de base relative à l’infraction d’escroquerie. Le premier
arrêt de renvoi du Tribunal fédéral n’imposait pas à la Cour des affaires
pénales de tenir davantage compte de cette circonstance et de fixer une
peine plus clémente s’agissant de la peine de base relative à l’escroque-
rie (consid. 3.2.1) ;
 Le recourant n’avait pas souffert d’une inégalité de traitement parce qu’un
autre prévenu avait bénéficié d’une réduction de 5 mois de la peine de
base relative à l’escroquerie par rapport au jugement de 2013 en raison
de son statut de complice à l’infraction (consid. 3.2.1) ;
 Il incomberait à la Cour des affaires pénales d’examiner l’éventuelle vio-
lation du principe de célérité et ses conséquences sur la peine (con-
sid. 3.2.2) ;
 Il lui incomberait également d’indiquer, d’une part, si elle prononçait la
compensation de la part restante, après compensation avec les frais de
justice, de l’indemnité octroyée au recourant en application de l’art. 429
al. 1 let. a CPP, avec la créance compensatrice et, d’autre part, sur quel
montant (créance compensatrice ou valeurs saisies) elle entendait impu-
ter ce solde et pour quel motif cette imputation constituerait, le cas
échéant, une compensation avec la créance compensatrice (consid. 4.3).
Le Tribunal fédéral admettait cependant sur le principe, et après analyse
circonstanciée, la possibilité de compenser une créance que l’Etat aurait
contre un débiteur avec les indemnités allouées à celui-ci et qui seraient
issues de la même procédure pénale (consid. 4.4).
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A.6 Troisième jugement de première instance
Par jugement du 6 juillet 2021 SK.2019.46 (ci-après SK.2019.46), la Cour des
affaires pénales a condamné A. à une peine privative de liberté de 45 mois et à
une peine pécuniaire de 220 jours-amende à CHF 110 le jour, avec sursis pen-
dant un délai d’épreuve de deux ans, pour escroquerie (art. 146 al. 1 CP) et blan-
chiment d’argent aggravé (art. 305bis ch. 2 CP).
B. Procédure devant la Cour d’appel du Tribunal pénal fédéral
B.1 Le 19 juillet 2021, A. a annoncé faire appel du jugement SK.2019.46 (CAR
1.100.113). Le jugement motivé lui a été notifié en date du 18 août 2021 (CAR
1.100.127).
B.2 Par courrier du 6 septembre 2021, l’appelant a fait parvenir à la Cour d’appel du
Tribunal pénal fédéral une déclaration d’appel concluant (CAR 1.100.128-130) :
« Au fond
1. Annuler le jugement de la Cour des affaires pénales du Tribunal pénal fédéral
du 6 juillet 2021 dans la cause SK.2019.46.
Cela étant fait et statuant à nouveau
2. Réduire la quotité de la peine de privation de liberté infligée à A. à 24 mois,
assortie du sursis complet.
Sur les frais
3. Laisser les frais judiciaires à la charge de la Confédération, pour la procédure
devant le Tribunal pénal fédéral (Cour des affaires pénales et Cour d’appel).
4. Condamner la Confédération à verser à A. une indemnité minimale de
CHF 122'800.- à titre d’indemnité pour l’exercice raisonnable des droits de pro-
cédure (art 429, al. 1, lettre a CPP), dire que cette indemnité sera partiellement
compensée avec la part des frais de procédure de CHF 52'000.- au maximum,
la part restante de CHF 70'800 au minimum étant versée à A. Dire que cette
indemnité de CHF 70'800.- au minimum ne sera pas compensée avec la créance
compensatrice ordonnée par le Tribunal pénal fédéral.
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5. Accorder à A. une indemnité à titre de dépens à charge de la Confédération
pour la procédure devant la Cour des affaires pénales et la Cour d’appel du Tri-
bunal pénal fédéral.
6. Débouter le Ministère public de la Confédération et tout tiers de toutes autres
ou contraires conclusions. »
B.3 En date du 7 septembre 2021, la Cour de céans a transmis au MPC la déclaration
d’appel et lui a indiqué les possibilités de formuler une demande de non-entrée
en matière et/ou de déclarer un appel joint dans le délai légal de 20 jours
(CAR 2.100.001 ; 002-003). Le MPC a renoncé à ces possibilités.
B.4 Le 30 septembre 2021, la Cour de céans a invité les parties à présenter et moti-
ver leurs réquisitions de preuves ainsi qu’à annoncer leurs éventuelles questions
préjudicielles (CAR 6.200.001-002).
B.5 Le 21 octobre 2021, le conseil de l’appelant a requis, comme moyens de preuves,
l’audition de plusieurs témoins : G., H. et I. Il a également demandé un délai sup-
plémentaire pour rassembler de nouvelles pièces, telles que des certificats mé-
dicaux actualisés (CAR 6.200.003-004). En date du 26 octobre 2021, la Cour a
accordé à la défense un délai supplémentaire au 30 novembre 2021 pour ce faire
(CAR 6.200.006-007).
B.6 Le 25 octobre 2021, le MPC a indiqué ne pas avoir de réquisitions de preuves ou
de questions préjudicielles à faire valoir en l’état (CAR 6.200.005).
B.7 Par ordonnance du 3 novembre 2021, la Cour a rejeté les réquisitions de preuves
de la défense relatives à l’audition de G. et de H. Les relations de ces derniers
avec l’appelant étant de natures thérapeutique et professionnelle, elles pouvaient
être attestées et détaillées par écrit. La défense pouvait toutefois produire des
déclarations écrites en vue des débats. Si tel était son souhait, un délai au 17 no-
vembre 2021 lui était fixé pour ce faire. La Cour se réservait également le droit
de statuer à nouveau sur lesdites réquisitions de preuves après réception et exa-
men des éventuelles déclarations écrites. L’audition de l’ex-épouse de A., I., était
quant à elle admise en raison des liens familiaux unissant cette dernière au pré-
venu. Le témoin requis était en effet potentiellement à même d’éclairer la Cour
sur l’influence de la procédure sur la vie privée et familiale de A. (CAR 6.200.008-
010).
B.8 Par requête du 12 novembre 2021 anticipée par courriel, la défense a sollicité
une prolongation de délai pour produire les déclarations écrites de G. et de H.,
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tout en précisant que cette demande ne constituait pas une admission du pro-
cédé consistant à remplacer les auditions requises par des attestations écrites
(CAR 6.200.011-012). La Cour a accordé la prolongation de délai requise et a
fixé à la défense un dernier délai au 30 novembre 2021 pour s’exécuter
(CAR 6.200.013).
B.9 En date du 30 novembre 2021, la défense a fait parvenir plusieurs documents à
la Cour : un rapport médical du Dr J. daté du 18 octobre 2021, un certificat de G.
daté du 30 mars 2021 se trouvant déjà au dossier et une déclaration écrite de H.
La défense précisait également maintenir ses réquisitions de preuves relatives à
l’audition de G. et de H. et se réserver le droit de produire de nouvelles pièces
ultérieurement (CAR 6.200.014-031).
B.10 Le 3 décembre 2021, la Cour de céans a invité le MPC à se déterminer sur les
pièces complémentaires de la défense et lui a fixé un délai au 8 décembre 2021
pour ce faire (CAR 6.200.032). Le MPC n’a pas fait usage de cette possibilité.
B.11 Par complément du 13 décembre 2021 à l’ordonnance sur les moyens de
preuves, la Cour a rejeté les réquisitions de preuves de la défense visant l’audi-
tion de G. et de H. En effet, s’agissant du premier témoin requis, la Cour a relevé
qu’il admettait de lui-même que son avis n’était pas neutre en raison de la longue
relation thérapeutique qu’il avait nouée avec A. et qu’il ne considérait pas néces-
saire d’approfondir ce qu’il avait décrit dans son rapport. S’agissant du second
témoin requis, aucune plus-value ne pouvait être perçue s’agissant de son audi-
tion dans le cadre des débats d’appel. La Cour a cependant versé au dossier les
pièces transmises par la défense en date du 30 novembre 2021 car elles lui per-
mettaient d’évaluer dans quelle mesure A. était touché par la procédure pénale
(CAR 6.200.033-035).
B.12 Les 13 décembre 2021 et 3 janvier 2022, les parties et l’interprète pour la langue
tchèque K. ont été citées aux débats d’appel (CAR 6.301.001-004, 005-007 et
008-010).
B.13 En prévision de ceux-ci, la Cour de céans a requis et obtenu les extraits de ca-
siers judiciaires tchèque, suisse et monégasque de A. (CAR 6.401.001-010).
B.14 Le 7 décembre 2021, la défense a requis un sauf-conduit en faveur de A. afin de
permettre à ce dernier de préparer sa défense (CAR 3.102.001). Le sauf-conduit
requis lui a été accordé et transmis le 13 décembre 2021 (CAR 3.102.002-003).
B.15 Le 18 janvier 2022, la Cour de céans a transmis les extraits de casiers judiciaires
tchèque, suisse et monégasque de A. aux parties (CAR 3.100.001).
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B.16 Par courrier du 18 janvier 2022 anticipé par courriel, la défense a indiqué à la
Cour que des développements importants étaient intervenus dans le cadre de la
procédure tchèque à l’encontre de A., lesquels étaient susceptibles de justifier le
dépôt d’une demande de révision (CAR 3.102.004-006).
B.17 Par courrier du 19 janvier 2022, la défense a transmis à la Cour l’avis de L. daté
du 13 janvier 2022, en version originale tchèque et accompagnée d’une traduc-
tion en langue française effectuée par une traductrice assermentée, et a de-
mandé que cette pièce soit versée au dossier (CAR 3.102.004-006 ; 3.102.007-
031).
B.18 Par télécopie et courriel du 20 janvier 2022, la Cour de céans a invité le MPC à
se déterminer sur l’avis de L. et a invité la défense à lui faire parvenir la note
d’honoraires telle que mentionnée à la p. 12 de l’avis transmis ainsi que le curri-
culum vitae de L. (CAR 3.100.002-003).
B.19 Par courriel du 21 janvier 2022, la défense a transmis les pièces complémen-
taires demandées (CAR 3.102.032-042).
B.20 Par courriel du 21 janvier 2022 transmis aux parties le même jour, I. a indiqué à
la Cour de céans qu’elle ne pourrait pas se rendre en Suisse pour les débats
d’appel auxquels elle avait été citée, et ce en raison d’une quarantaine en lien
avec la COVID-19 (CAR 6.100.009 et 011). Après avoir été invitée par la Cour à
préciser les raisons de son incapacité à voyager, I. a indiqué que sa quarantaine
prendrait fin le 26 janvier 2022 au plus tôt (CAR 6.100.010 ; 012-013).
B.21 Les débats d’appel se sont tenus en date du 24 janvier 2022 en présence des
parties et de l’interprète pour la langue tchèque K. (CAR 7.200.001-014 ;
7.400.001-032). Dans le public, se trouvaient également les avocats tchèques de
A., Mes M. et H. (CAR 7.200.002).
Au début de l’audience, la défense a remis le formulaire relatif à la situation per-
sonnelle et financière du prévenu. Une correction y a ensuite été apportée s’agis-
sant des dettes de A., lesquelles s’élevaient à EUR 4,5 millions et non plus à
4 millions (CAR 7.300.001-003, 7.400.003 et 7.200.006).
Au chapitre des questions préjudicielles, la défense a plaidé l’admission au dos-
sier de l’avis produit par L. et a renoncé à l’audition de I. Dans sa réplique, le
MPC a indiqué ne pas s’opposer au versement de la pièce susmentionnée au
dossier, prendre acte du fait que la défense avait renoncé à l’audition de I. et ne
pas souhaiter demander l’audition de cette dernière de son côté (CAR
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7.200.004). La Cour a finalement décidé d’accepter de verser l’expertise privée
de L. au dossier et de renoncer à l’audition de I. (CAR 7.200.005 s.).
Dans sa plaidoirie, la défense a soutenu que la Cour des affaires pénales, dans
son jugement de première instance, n’aurait pas tenu compte de la situation per-
sonnelle de A., n’aurait pas correctement retenu la circonstance atténuante du
long temps écoulé au sens de l’art. 48a CP et aurait indûment refusé d’appliquer
le principe de la célérité tel que consacré par les art. 5 CPP, 29 Cst. et 6 CEDH.
Elle a également confirmé les conclusions prises dans sa déclaration d’appel du
6 septembre 2021 et s’en est remise à la décision de la Cour s’agissant de ses
honoraires (CAR 7.200.006-013).
Dans son réquisitoire, le MPC a requis que A. soit condamné à une peine priva-
tive de liberté de 45 mois, à une peine pécuniaire de 220 jours-amende à
CHF 110 le jour avec sursis, au paiement des frais de la procédure ainsi qu’au
maintien de la créance compensatrice de CHF 204'109'183 prononcée à son en-
contre et des saisies en vue de l’exécution de dite créance compensatrice
(CAR 7.200.013 et 7.300.004-009).
B.22 Le 7 février 2021, K. a fait parvenir à la Cour sa facture relative à son travail
d’interprète lors des débats d’appel (CAR 9.501.001-005).
B.23 Le dispositif du présent arrêt a été envoyé aux parties en date du 21 février 2022
(CAR 11.100.001-007). A la suite du constat d’une erreur de plume, dit dispositif
a immédiatement été rectifié en date du 9 mars 2022 et envoyé une nouvelle fois
aux parties par courrier recommandé du même jour, accompagné d’un courrier
explicatif faisant mention expresse de la modification effectuée
(CAR 11.100.008-016). Par courrier du 11 mars 2022, la défense de A. a de-
mandé que « l’arrêt du 22 février 2022 soit maintenu dans sa teneur initiale »
(CAR 11.100.017), ce à quoi la Cour de céans lui a répondu, par courrier du
14 mars 2022, que le rectificatif du 9 mars 2022 correspondait en tous points à
la décision arrêtée à l’issue des délibérations de la Cour du 21 février 2022 et
qu’il ne saurait dès lors être modifié. Il était également précisé que A. n’avait pas
subi de préjudice à cet égard vu que le délai pour recourir au Tribunal fédéral
contre l’arrêt CA.2021.16 ne commencerait à courir qu’une fois que l’arrêt motivé
lui serait notifié (CAR 11.100.018-019).
B.24 Par courrier du 10 mars 2022, l’Office fédéral de la justice a retourné à la Cour
de céans les actes originaux non exécutés relatifs à la demande de notification
de la citation à comparaître de A. à Monaco. Les autorités monégasques
n’avaient pas pu procéder à la notification de l’acte judiciaire car le prévenu, bien
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qu’habitant toujours à l’adresse indiquée, n’avait pas pu être trouvé à son domi-
cile et n’avait pas déféré aux convocations motivées qui lui avaient été adressées
(CAR 6.302.005-014).
B.25 Le présent arrêt motivé est envoyé aux parties le 14 avril 2022.

## Considerations

La Cour d’appel considère:
I. Procédure
1. Entrée en matière / délais
1.1 Selon la modification du 17 mars 2017 de la loi fédérale sur l'organisation des
autorités pénales de la Confédération (RS 173.71; LOAP), la Cour d’appel du
Tribunal pénal fédéral, entrée en fonction le 1er janvier 2019, est compétente pour
statuer sur les appels et demandes de révision (art. 38a LOAP).
L’appel est recevable contre les jugements des tribunaux de première instance
qui ont clos tout ou partie de la procédure (art. 398 al. 1 CPP). La partie annonce
l’appel au tribunal de première instance par écrit ou oralement pour mention dans
le procès-verbal dans le délai de 10 jours dès la communication du jugement,
puis adresse une déclaration d’appel écrite à la juridiction d’appel dans les
20 jours dès la notification du jugement motivé (art. 399 al. 1 et 3 CPP).
La qualité pour déposer appel est donnée par l’art. 382 al. 1 CPP, lequel dispose
que toute partie qui a un intérêt juridiquement protégé à l’annulation ou à la mo-
dification d’une décision a qualité pour recourir contre celle-ci.
1.2 En l’espèce, le jugement attaqué a été rendu par la Cour des affaires pénales,
soit l’autorité chargée de statuer en première instance sur les affaires relevant de
la juridiction fédérale (art. 35 al. 1 LOAP). Il met fin à la procédure dès lors qu’il
statue sur les questions pour lesquelles le Tribunal fédéral lui a renvoyé la cause
par l’arrêt 6B_138/2019. En outre, l’appelant a annoncé faire appel en date du
19 juillet 2021, soit dans le délai de 10 jours après communication du jugement.
Il a ensuite fait parvenir sa déclaration d’appel à la Cour de céans le 6 sep-
tembre 2021, soit dans le délai de 20 jours après réception du jugement motivé.
Par ailleurs, l’appelant, prévenu condamné, a un intérêt juridiquement protégé à
l’annulation ou à la modification de ce jugement. Il a dès lors qualité pour interje-
ter appel (art. 104 al. 1 let. a et art. 382 al. 1 CPP).
1.3 L’appel est donc recevable, de sorte qu’il est entré en matière.
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2. Objet de la procédure et cognition
2.1 Appel partiel
A teneur des conclusions de la défense, l’appel de A. porte sur la question de la
peine, de l’indemnité et de la compensation de cette dernière avec la créance
compensatrice ordonnée (voir CAR 1.100.129 et supra B.2).
2.2 Cognition en cas de renvoi du Tribunal fédéral
2.2.1 Aux termes de l’art. 398 CPP, la juridiction d’appel jouit d’un plein pouvoir d’exa-
men sur tous les points attaqués du jugement (al. 2). L’appel peut être formé pour
violation du droit, y compris l’excès et l’abus du pouvoir d’appréciation, le déni de
justice et le retard injustifié (al. 3 let. a), pour constatation incomplète ou erronée
des faits (al. 3 let. b) et pour inopportunité (al. 3 let. c).
En vertu de l’art. 391 al. 1 let. a CPP, la juridiction d’appel n’est pas liée par les
conclusions des parties, sauf lorsqu’elle statue sur une action civile.
Sauf exception, elle n’examine que les points attaqués du jugement de première
instance (art. 404 CPP). En toute hypothèse, son pouvoir d’examen se limite à
l’objet de la procédure.
2.2.2 Lorsqu’une cause a déjà fait l’objet d’un arrêt de renvoi à l’autorité précédente,
le pouvoir d’examen de la juridiction d’appel est restreint. Il se limite aux ques-
tions pour lesquelles le renvoi est intervenu ainsi qu’aux conséquences qui en
découlent ou aux problèmes qui leur sont liés (ATF 116 II 220 consid. 4 p. 222 ;
122 I 250 consid. 2 ; CORBOZ, Commentaire de la LTF, 2ème éd. 2014, n. 27
ad art. 107 LTF et les références citées). L’appelant peut alors uniquement invo-
quer que les directives de l’autorité de renvoi n’ont pas été respectées ou que le
droit a été à nouveau violé (HEIMGARTNER/WIPRACHTIGER, Basler Kommentar,
Bundesgerichtgesetz, 3ème éd. 2018, n. 28 ad art. 61 LTF).
Il est indifférent que l’autorité de renvoi, dans le dispositif de son arrêt, annule
formellement le jugement attaqué dans son ensemble. Ce n’est pas le dispositif,
mais la portée matérielle de la décision qui est déterminante (ATF 143 IV 214
consid. 5.2.1 p. 220 ; arrêts du Tribunal fédéral 6B_765/2015 du 3 février 2016
consid. 4 ; 6B_372/2011 du 12 juillet 2011 consid. 1.3.2 et les références citées).
Il faut ainsi se référer aux considérants de l’autorité de renvoi pour déterminer si
le jugement de l’autorité précédente a été annulé entièrement ou partiellement.
Dans cette seconde hypothèse, le reste du jugement attaqué est réputé confirmé
sur les points non annulés (ATF 122 I 250 consid. 2b). La nouvelle décision de
- 12 -
l’instance à laquelle la cause est renvoyée se limite alors à la thématique qui
ressort de l’arrêt de renvoi comme étant l’objet du nouveau jugement. La procé-
dure n’est rouverte que dans la mesure nécessaire pour tenir compte de ces
considérations contraignantes (ATF 143 IV 214 consid. 5.2.1). La motivation de
l'arrêt de renvoi fixe tant le cadre du nouvel état de fait que celui de la nouvelle
motivation juridique (ATF 135 III 334 consid. 2 p. 335 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_1347/2016 du 12 février 2018 consid. 1).
2.2.2.1 Les arrêts du Tribunal fédéral, autorité judiciaire suprême de la Confédération
(art. 188 al. 1 Cst.), acquièrent force de chose jugée le jour où ils sont prononcés
(art. 61 LTF). L’autorité de chose jugée ne s’attache formellement qu’au seul dis-
positif, mais la portée de ce dernier ne peut être déterminée que sur la base des
considérants. Dans cette mesure, les instructions du Tribunal fédéral sont égale-
ment contraignantes pour l’autorité à laquelle la cause est renvoyée (HEIMGART-
NER/WIPRACHTIGER, Basler Kommentar, Bundesgerichtgesetz, 3ème éd. 2018,
n. 26 ad art. 61 LTF).
2.2.2.2 Il en résulte que l’autorité à laquelle la cause est renvoyée doit se fonder sur les
considérants en droit contenus dans l’arrêt de renvoi. Elle ne peut en aucun cas
s’écarter de l’argumentation juridique du Tribunal fédéral, aussi bien en ce qui
concerne les points sur lesquels il a approuvé la motivation précédente que ceux
sur lesquels il l’a désapprouvée (CORBOZ, op. cit, n. 26 s. ad art. 107 LTF et les
références citées ; ATF 143 IV 214 consid. 5.2.1 p. 220).
2.2.2.3 Les parties du jugement qui ont été admises, même implicitement, par la Haute
Cour restent ainsi valables et doivent être incorporées dans la nouvelle décision
(CORBOZ, op.cit, n. 27 ad art. 107 LTF et les références citées ; ATF 143 IV 214
consid. 5.2.1 p. 220 ; 131 III 91 consid. 5.2).
Cela vaut tout d’abord pour les points qui ont été contestés sans succès. A cet
égard, l’autorité de chose jugée se limite à ce qui a fait l’objet d’une décision.
En particulier, les arguments soulevés par une partie, mais qui n’ont pas été exa-
minés par économie de procédure, ne sont pas considérés comme ayant été
tranchés.
Les points du jugement qui n’ont pas été contestés alors qu’ils auraient pu l’être
ont également force de chose jugée. Ces derniers ne peuvent plus être remis en
question dans une procédure de recours ultérieure (HEIMGARTNER/WIPRACHTI-
GER, op. cit., n. 26-28 ad art. 61 LTF et les références citées).
Ce principe connaît toutefois une exception pour les points qui n'ont pas été at-
taqués ou ne l'ont pas été valablement, mais qui sont intimement liés à ceux sur
- 13 -
lesquels le recours a été admis (ATF 117 IV 97 consid. 4b p. 104 s.). Ainsi, dans
la fixation de la peine, l'autorité à laquelle le Tribunal fédéral a renvoyé la cause
pour qu'il soit statué à nouveau est libre d'apprécier autrement que dans le pre-
mier jugement si une circonstance atténuante peut être retenue. En effet, elle
doit infliger la peine qui, au vu de l'ensemble des circonstances, lui paraît appro-
priée. Elle doit tenir compte notamment de la situation personnelle du prévenu
au moment du nouveau prononcé (ATF 113 IV 47 consid. 4 p. 47 ; arrêt du Tri-
bunal fédéral 6B_1276/2015 du 29 juin 2016 consid. 1.2.1).
2.2.3 En l’espèce, la procédure a fait l’objet de deux renvois du Tribunal fédéral (voir
supra A.3 et A.5).
2.2.3.1 Le premier arrêt de renvoi du Tribunal fédéral 6B_688/2014 du 22 dé-
cembre 2017 a confirmé la condamnation de A. pour escroquerie (consid. 19 à
23) et blanchiment d’argent aggravé (consid. 26) ainsi que la créance compen-
satrice et les confiscations prononcées en première instance (consid. 28).
2.2.3.2 Dans son second arrêt de renvoi 6B_138/2019 du 6 août 2019, le Tribunal fédéral
a rappelé que les faits avaient été souverainement établis par le jugement du
10 octobre et complément du 29 novembre 2013 (consid. 3.1.2) et a confirmé
que l’autorité précédente pouvait, sur le principe, prononcer la compensation
d’une créance compensatrice de l’Etat avec une indemnité allouée au débiteur,
et ce en vertu du principe d’économie de procédure (consid. 4.4).
2.2.4 La Cour constate ainsi que le jugement SK.2011.24, à la suite de l’arrêt du Tri-
bunal fédéral 6B_688/2014 (voir supra 2.2.3.1 et A.3), a déjà définitivement tran-
ché les points suivants :
 L’acquittement de A. s’agissant de l’infraction de complicité de gestion
déloyale ;
 La condamnation de A. pour escroquerie et blanchiment d’argent ag-
gravé ;
 La créance compensatrice d’un montant de CHF 204'109'183.
De plus, à teneur de la déclaration d’appel de A., les points suivants sont égale-
ment d’ores et déjà entrés en force (voir supra 2.1 et B.2 et CAR 1.100.129 ch.
4) :
 La fixation et la répartition des frais de procédure, hors procédure d’ap-
pel ;
- 14 -
 Le montant de l’indemnité pour la procédure de première instance.
2.2.5 Il s’agira ainsi pour la Cour de céans de fixer la peine en tenant compte des
indications du Tribunal fédéral, de vérifier si le principe de célérité a été violé et,
le cas échéant, d’en déterminer les conséquences ainsi que d’analyser la ques-
tion de l’indemnité et de la compensation de cette dernière avec la créance com-
pensatrice.
3. Interdiction de la reformatio in peius
3.1 L’article 391 al. 2 CPP, consacrant l’interdiction de la reformatio in peius, dispose
que l’autorité de recours ne peut modifier une décision au préjudice du prévenu
ou du condamné si le recours a été interjeté uniquement en leur faveur. En vertu
de cette interdiction, l’autorité de recours ne saurait notamment écarter une cir-
constance atténuante retenue par le juge précédent (CALAME, Commentaire ro-
mand, Code de procédure pénale, 2ème éd. 2019, n. 8 ad art. 391 CPP).
3.2 En l’espèce, le MPC n’ayant pas formé d’appel joint, la Cour de céans est sou-
mise à l’interdiction de la reformatio in peius.
3.3 Dans le cadre de l’examen du principe de l’interdiction de la reformatio in peius,
c’est la peine globale finalement fixée qui est seule déterminante et qui ne peut
pas être dépassée (voir ATF 139 IV 282 consid. 2.6 et 117 IV 97 consid. 4c
p. 106 ; dans ce sens également arrêt du Tribunal fédéral 6B_166/2019 con-
sid. 3.1 et les références citées).
3.4 Il en découle que l’Autorité de céans ne saurait condamner l’appelant à une peine
supérieure à celle prononcée par le jugement SK.2019.46, soit une peine priva-
tive de liberté de 45 mois et une peine pécuniaire de 220 jours-amende à
CHF 110 le jour.
II. Sur le fond
1. Fixation de la peine
1.1 Principe de la lex mitior
1.1.1 Conformément au principe de la lex mitior garanti par l’art. 2 al. 2 CP, le nouveau
droit est applicable aux crimes et aux délits commis avant la date de son entrée
en vigueur si l’auteur n’est mis en jugement qu’après cette date et si le nouveau
droit lui est plus favorable que la loi en vigueur au moment de l’infraction.
Une fois que le droit le plus favorable a été déterminé, on applique soit l’ancien
- 15 -
droit, soit le nouveau droit (Grundsatz der Alternativität). L’ancien et le nouveau
droit ne peuvent pas être combinés (ATF 134 IV 82 consid. 6.2.3).
1.1.2 Au vu du principe de l’interdiction de la reformatio in peius (voir supra I. 3) et de
l’absence de contestation à cet égard tout au long de la procédure, y compris
devant le Tribunal fédéral, la Cour de céans constate que la partie générale ré-
visée du Code pénal en vigueur depuis le 1er janvier 2007 est applicable en l’es-
pèce, et ce alors même qu’il ne s’agit pas de la partie générale en vigueur lors
des faits mais de la plus favorable à l’appelant (voir jugement SK.2019.46 con-
sid. 6 et infra II 2.4 in fine).
1.2 Principes applicables en matière de fixation de la peine
1.2.1 Selon l'art. 47 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'auteur. Il prend
en considération les antécédents et la situation personnelle de celui-ci ainsi que
l'effet de la peine sur son avenir (al. 1). La culpabilité est déterminée par la gravité
de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, par le caractère
répréhensible de l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure
dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte tenu
de sa situation personnelle et des circonstances extérieures (al. 2).
L’art. 47 CP confère un large pouvoir d'appréciation au juge (arrêt du Tribunal
fédéral 6B_207/2007 du 6 septembre 2007 consid. 4.2.1). Le Tribunal fédéral
n'intervient que lorsque l'autorité cantonale a fixé une peine en dehors du cadre
légal, si elle s'est fondée sur des critères étrangers à l'art. 47 CP, si des éléments
d'appréciation importants n'ont pas été pris en compte ou, enfin, si la peine pro-
noncée est exagérément sévère ou clémente au point de constituer un abus du
pouvoir d'appréciation. L'exercice de ce contrôle suppose que le juge exprime,
dans sa décision, les éléments essentiels relatifs à l'acte ou à l'auteur qu'il prend
en compte, de manière à ce que l'on puisse constater que tous les aspects per-
tinents ont été pris en considération et comment ils ont été appréciés, que ce soit
dans un sens aggravant ou atténuant (art. 50 CP). La motivation doit ainsi justifier
la peine prononcée, en permettant de suivre le raisonnement adopté, même si le
juge n'est pas tenu d'exprimer en chiffres ou en pourcentages l'importance qu'il
accorde à chacun des éléments qu'il cite (ATF 136 IV 55 consid. 5.6 p. 61 ;
ATF 134 IV 17 consid. 2.1 p. 19 s. ; plus récemment arrêt du Tribunal fédéral
6B_335/2016 du 24 janvier 2017 consid. 3.1). Plus la peine est élevée, plus la
motivation doit être complète (ATF 127 IV 101 consid. 2c p. 105 ; plus récemment
arrêts du Tribunal fédéral 6B_1141/2017 du 7 juin 2018 consid. 4.1 et
6B_659/2014 du 22 décembre 2017 consid. 19.3).
- 16 -
1.2.2 Les éléments fondant la culpabilité que le juge doit examiner en premier lieu sont
ceux qui se rapportent à l’acte lui-même (Tatkomponente), à savoir notamment,
du point de vue objectif, la gravité de la lésion ou de la mise en danger, le carac-
tère répréhensible de l'acte et son mode d'exécution (objektive Tatkomponente).
S’agissant de la gravité de la lésion, on tiendra compte de l'importance du bien
juridiquement protégé par la norme et du résultat de l’activité illicite. Dans le con-
texte d’infractions contre le patrimoine, l’ampleur du dommage ou l’importance
du butin est prise en considération (ATF 118 IV 18, arrêt du Tribunal fédéral
6S.170/2000 du 16 juin 2000 consid. 4). On considèrera également les consé-
quences de l’infraction sur les lésés, notamment sur le plan psychologique. Il sied
de préciser que le bien juridique protégé peut être davantage menacé lorsque
des coauteurs agissent de concert, sans nécessairement constituer une bande,
un partage des tâches entre les protagonistes étant susceptible de favoriser la
réussite de l’infraction (arrêt du Tribunal fédéral 6S.444/2005 du 10 février 2006).
S’agissant du caractère répréhensible de l’acte et de son mode d’exécution, on
tiendra compte de la façon dont l’auteur a déployé son activité criminelle et de
l’ensemble des circonstances, le stratagème mis en œuvre étant à cet égard dé-
terminant. Le cas échéant, on tiendra également compte de l’absence de scru-
pules de l’auteur (MATHYS, Leitfaden Strafzumessung, 2ème éd. 2019, p. 38, n. 91;
WIPRÄCHTIGER/KELLER, Basler Kommentar, Strafrecht I, 4ème éd. 2019, n. 90 ss
ad. art. 47 CP; QUELOZ/MANTELLI-RODRIGUEZ, Commentaire romand, Code pé-
nal I, 2ème éd. 2021, n. 6, 6a et 14 ss ad art. 47 CP). Dans son arrêt 6S.90/2004
du 3 mai 2004, le Tribunal fédéral a considéré qu’il se justifiait d’infliger une peine
élevée, soit dans la limite supérieure du cadre fixé par la loi, au prévenu qui a
commis une infraction portant sur la somme importante de CHF 5 millions en
abusant du lien de confiance qui le liait à la victime (voir aussi QUELOZ/MANTELLI-
RODRIGUEZ, op. cit. n. 16 ad art. 47 ; au sujet de la position de garant,
voir WIPRÄCHTIGER/KELLER, op. cit., n. 119 ad art. 47). Du point de vue subjectif,
sont pris en compte l'intensité de la volonté délictuelle ainsi que les motivations
et les buts de l'auteur (subjektive Tatkomponente). En ce qui concerne l’intensité
de la volonté délictuelle, il s’agira notamment de déterminer à quel point l'auteur
était ou non libre de choisir entre un comportement licite ou illicite et donc s'il lui
aurait été facile ou non d'éviter de passer à l'acte (ATF 107 IV 60, p. 63). Plus il
lui aurait été facile de respecter la norme enfreinte, plus sa décision de l’avoir
transgressée pèse lourdement et, partant, sa faute est grave ; et vice versa
(ATF 127 IV 101 consid. 2a ; 122 IV 241 consid. 1a et les arrêts cités). On tiendra
également compte de la répétition et de la durée du comportement illicite, soit
l’énergie criminelle déployée par l’auteur. En ce qui concerne les motivations et
but de l’auteur, il faut examiner les raisons qui l’ont incité à violer la loi, le carac-
tère égoïste ou futile du mobile poursuivi constituant un critère à charge dans la
- 17 -
fixation de la sanction (MATHYS, op. cit, p. 61 s., n. 154 ss ; WIPRÄCHTIGER/KEL-
LER, op. cit., n. 115 ss ad. art. 47 CP ; QUELOZ/MANTELLI-RODRIGUEZ, op. cit.,
n. 22 ss et 36 ss ad art. 47 CP).
1.2.3 Si, en raison d’un ou de plusieurs actes, l’auteur remplit les conditions de plu-
sieurs peines de même genre, le juge fixe une peine pour l’infraction la plus grave
et l’augmente dans une juste proportion. Il ne peut toutefois, ce faisant, dépasser
de plus de la moitié le maximum de la peine prévue pour l'infraction la plus grave.
Il est en outre lié par le maximum légal de chaque genre de peine (art. 49
al. 1 CP). Dans un premier temps, le juge doit fixer le cadre de la peine en déter-
minant l'infraction la plus grave, soit celle qui est assortie de la peine-menace la
plus élevée. Si plusieurs infractions sont assorties de la même peine-menace, il
convient de partir de l’infraction qui entraîne dans le cas concret la sanction la
plus élevée (MATHYS, op. cit, p. 181, n. 486). Dans un deuxième temps, le juge
fixe la peine de base pour cette infraction (Einsatzstrafe), en tenant compte de
tous les éléments pertinents, parmi lesquels les circonstances aggravantes ou
atténuantes susmentionnées. Dans une troisième étape, il augmentera cette
peine de base au moyen de peines complémentaires pour sanctionner chacune
des autres infractions en application du principe d’aggravation (Asperationsprin-
zip), en tenant là aussi compte de toutes les circonstances y relatives
(ATF 144 IV 217 consid. 3.5.1 et les arrêts cités ; 144 IV 313 consid. 1.1.2).
La motivation du jugement doit permettre d'identifier la peine de base et les
peines complémentaires pour comprendre comment la peine d'ensemble
(Gesamtstrafe) a été formée. Le principe d'aggravation est applicable si l'auteur
remplit les conditions de plusieurs peines de même genre. La peine privative de
liberté et la peine pécuniaire ne sont pas des sanctions du même genre
(ATF 144 IV 217 consid. 2.2 p. 219 et les références citées). Conformément à la
jurisprudence récente du Tribunal fédéral, afin de déterminer si l'auteur remplit
les conditions de plusieurs peines de même genre, le juge doit d'abord fixer la
peine pour chaque infraction, puis examiner les peines qui, prises individuelle-
ment, permettent de constituer une peine d'ensemble, car de même genre
(ATF 144 IV 217 consid. 4.1 et 4.3). Lorsque le principe de l'aggravation de
l'art. 49 al. 1 CP est applicable, il ne peut pas conduire à une peine maximale
supérieure à la peine qui résulterait du principe du cumul de peines (Kumula-
tionsprinzip) (ATF 143 IV 145 consid. 8.2.3 p. 148).
1.2.4 Le juge doit également apprécier les facteurs liés à l’auteur lui-même (Täterkom-
ponente) (MATHYS, op. cit, p. 117, n. 311 ss ; WIPRÄCHTIGER/KELLER, op. cit.,
n. 120 ss ad. art. 47 CP ; QUELOZ/MANTELLI-RODRIGUEZ, op. cit., n. 47 ss
ad art. 47 CP). Dans la mesure où ils ne s’attachent pas à l’un ou l’autre des
délits commis mais à l’ensemble de ceux-ci, les facteurs aggravants ou atté-
nuants liés à l’auteur ne doivent être pris en compte qu’après avoir déterminé, le
- 18 -
cas échéant, la peine d’ensemble provisoire y relative (voir arrêts du Tribunal
fédéral 6B_265/2017 du 9 février 2018 consid. 4.3 selon lequel les prendre en
compte pour chaque délit correspondrait à une unzulässige Mehrfachverwertung
et 6B_745/2017 du 12 mars 2018 consid. 2.7 ; d’un avis contraire, après chan-
gement de position depuis la 1ère éd. de son ouvrage (à cet égard voir MATHYS,
Leitfaden Strafmessung, 1ère éd. 2016 p. 157 n. 359 et p. 203 let. c) : MATHYS,
op. cit, p. 182, n. 489). Aux termes de l’art. 47 CP, ces facteurs sont les antécé-
dents et la situation personnelle de l’auteur ainsi que l'effet de la peine sur son
avenir. Bien que la récidive ne constitue plus un motif d'aggravation obligatoire
de la peine (art. 67 aCP), les antécédents continuent de jouer un rôle très impor-
tant dans la fixation de celle-ci. En général, la culpabilité de l'auteur est amplifiée
du fait qu'il n'a pas tenu compte de l'avertissement que constituent sa ou ses
précédentes condamnations. Il en va de même des antécédents étrangers
(ATF 105 IV 225 consid. 2 p. 226 s.). L'absence d'antécédents a, quant à elle, en
principe un effet neutre sur la fixation de la peine. Elle n’a pas à être prise en
considération dans un sens atténuant. Exceptionnellement, il peut toutefois en
être tenu compte dans l'appréciation de la personnalité de l'auteur, comme élé-
ment atténuant, pour autant que le comportement conforme à la loi de celui-ci
soit extraordinaire. La réalisation de cette condition ne doit être admise qu'avec
retenue, en raison du risque d'inégalité de traitement (ATF 136 IV 1 consid. 2.6).
Relativement à la personne du prévenu, le juge doit notamment prendre en
compte sa situation personnelle (âge, santé, formation, origine socioécono-
mique), sa réputation, sa vulnérabilité à la peine, son intégration sociale, son
attitude et ses comportements après les faits qui lui sont reprochés ainsi que
pendant la procédure (aveux, collaboration à l'enquête, remords, prise de cons-
cience de sa propre faute ; ATF 134 IV 17 consid. 2.1 ; 129 IV 6 consid. 6.1 ;
arrêt du Tribunal fédéral 6B_759/2011 du 19 avril 2012 consid. 1.1 ;
QUELOZ/MANTELLI-RODRIGUEZ, op. cit., n. 68 ss ad art. 47 CP). Un prévenu qui
s’obstine à nier sa culpabilité témoigne de son absence de remords à l’égard de
ses agissements délictueux, ce qui pourrait, le cas échéant, justifier une aggra-
vation de sa peine (WIPRÄCHTIGER/KELLER, op. cit., n. 173 ad art. 47 CP).
Pour apprécier l'effet prévisible de la peine sur l'avenir du prévenu, le juge se
demande quelles seront, selon toute vraisemblance, les incidences principales
de la peine infligée sur la vie future du prévenu. A cet égard, il convient également
de tenir compte du fait que certains délinquants sont plus durement touchés par
l’exécution d’une peine privative de liberté. La vulnérabilité face à la peine ne doit
cependant être retenue comme circonstance atténuante que si elle rend la sanc-
tion considérablement plus dure pour le prévenu que pour la moyenne des autres
condamnés, par exemple en cas de maladie grave, de psychoses claustropho-
biques ou de surdimutité (a contrario, voir arrêt du Tribunal fédéral 6S.398/2006
du 6 novembre 2006 consid. 2.5). Il ne s’agit en effet pas de favoriser les délin-
- 19 -
quants appartenant à la classe sociale privilégiée par rapport aux simples ci-
toyens (arrêt du Tribunal fédéral 6B_14/2007 consid. 6.4). La peine doit être fixée
de sorte qu'il existe un certain rapport entre la faute commise et l'effet que la
sanction produira sur le prévenu. Cette exigence n’autorise que des tempéra-
ments marginaux, la peine devant toujours rester proportionnée à la faute (arrêt
du Tribunal fédéral 6B_673/2007 du 15 février 2008 consid. 3.1).
1.2.5 Si les éléments liés à l’infraction et à la culpabilité de l’auteur en lien avec celle-
ci (Tatkomponente) s’apprécient au moment des faits incriminés, les facteurs liés
à l’auteur (Täterkomponente) doivent, quant à eux, être évalués au moment du
jugement (MATHYS, op. cit., p. 117 n. 313).
1.3 Application de l’art. 48 CP
Selon l'art. 48 let. e CP, le juge atténue la peine si l'intérêt à punir a sensiblement
diminué en raison du temps écoulé depuis l'infraction et que l'auteur s'est bien
comporté dans l'intervalle. L'atténuation de la peine en raison du temps écoulé
procède du même principe que la prescription. Le temps écoulé amenuise la né-
cessité de punir et il doit être pris en considération aussi lorsque la prescription
n'est pas encore acquise, si l'infraction est ancienne et que le délinquant s'est
bien comporté dans l'intervalle. Cela suppose qu'un temps relativement long se
soit écoulé depuis l'infraction. Cette condition est en tout cas réalisée lorsque les
deux tiers du délai de prescription de l'action pénale se sont écoulés (arrêt du
Tribunal fédéral 6B_36/2019 du 2 juillet 2019 consid. 3.5.1 ; WIPRÄCHTIGER/KEL-
LER, op. cit., n. 40 ad art. 48 CP) ; selon la nature et la gravité de l'infraction, le
juge peut cependant aussi tenir compte d'une durée moins importante. Pour dé-
terminer si l'action pénale est proche de la prescription, le juge doit se référer à
la date à laquelle les faits ont été souverainement établis, et non au jugement de
première instance (moment où cesse de courir la prescription selon l'art. 97 al. 3
CP). Ainsi, lorsque le condamné a fait appel, il faut également prendre en consi-
dération le moment où le jugement de seconde instance a été rendu dès lors que
ce recours a un effet dévolutif (ATF 140 IV 145 consid. 3.1 p. 147 s. ; 132 IV 1
consid. 6.2.1). Quant à l’exigence selon laquelle le prévenu doit s’être bien com-
porté dans l’intervalle, la doctrine majoritaire estime que cette condition est rem-
plie en l’absence de nouvelles infractions, alors que le Tribunal fédéral semble
envisager qu’un comportement inconvenant ou incorrect puisse suffire à exclure
la circonstance atténuante (PELLET, Commentaire romand, Code pénal I, 2ème éd.
2021, n. 44 ad art. 48 CP et les références citées).
Lorsque les circonstances atténuantes prévues par l’art. 48 CP sont réalisées, le
juge atténue la peine en vertu de l’art. 48a CP (DUPUIS ET AL., Petit commentaire,
Code pénal, 2ème éd. 2017, n. 1 ad. art. 48a CP). Aux termes de cette disposition,
- 20 -
le juge qui atténue la peine n’est pas lié par le minimum légal de la peine prévue
pour l’infraction (al. 1). Il peut prononcer une peine d’un genre différent de celui
qui est prévu pour l’infraction mais il reste lié par le maximum et par le minimum
légal de chaque genre de peine (al. 2).
1.4 Principe de célérité
1.4.1 Le principe de célérité tel qu’il ressort de l’art. 5 CPP constitue un élément impor-
tant du droit à un procès équitable. Il est également consacré par les art. 29 Cst.,
6 § 1 CEDH et 14 § 3 let. c Pacte ONU II (SUMMERS, Basler Kommentar, Schwei-
zerische Strafprozessordnung, Jugendstrafprozessordnung, 2e éd. 2014, n. 1 ad
art. 5 CPP ; MOREILLON/PAREIN-RAYMOND, op. cit., n. 2 ad art. 5 CPP ; HOTTE-
LIER, Commentaire romand, Code de procédure pénale, 2e éd. 2019, n. 1 ad
art. 5 CPP). La procédure doit être menée à bien dans un délai raisonnable afin
de ne pas maintenir le prévenu inutilement dans l’angoisse. Il est impossible de
fixer une limite temporelle dans l’abstrait. Le caractère raisonnable de la durée
de la procédure doit être apprécié au regard des circonstances spécifiques du
cas d’espèce et en tenant compte de l’ensemble des critères pertinents (ATF 143
IV 373 consid. 1.3.1). Outre le critère le plus important, soit le comportement de
l’autorité, il faut tenir compte de différents facteurs tels que l’ampleur et la com-
plexité de l’affaire, le comportement du prévenu et l’enjeu du litige pour ce dernier
(SUMMERS, op. cit., n. 7 ad art. 5 CPP).
1.4.2 Il existe deux types de violation du principe de célérité. Si la durée de la procé-
dure paraît totalement disproportionnée, une violation du principe de célérité peut
être constatée sans qu’il soit nécessaire de prendre en compte d’autres facteurs
de manière détaillée, étant précisé qu’il n’existe pas de durée standard admis-
sible. Pour savoir si la durée d’une certaine procédure est admissible, il convient
de tenir compte de l’ensemble des circonstances particulières du cas d’espèce
(SUMMERS, op. cit., n. 7 ad art. 5 CPP). Si la durée totale de la procédure ne
paraît pas excessive per se, il faut alors déterminer si la longueur de la procédure
est due à un retard des autorités, à savoir si des périodes d’inactivité injustifiables
(krasse Zeitlücke) sont intervenues (SUMMERS, op. cit., n. 8 ad art. 5 CPP et les
références citées). Selon la jurisprudence, apparaissent comme des carences
choquantes une inactivité de treize ou quatorze mois au stade de l'instruction, un
délai de quatre ans pour qu'il soit statué sur un recours contre l'acte d'accusation
ou encore un délai de dix ou onze mois pour que le dossier soit transmis à l'auto-
rité de recours (ATF 130 IV 54 consid. 3.3.3 p. 56 s.). Comme on ne saurait exi-
ger de l’autorité pénale qu’elle s’occupe constamment d’une seule et unique af-
faire, il est inévitable qu’une procédure comporte quelques temps morts.
Lorsqu’aucun d’eux n’est d’une durée vraiment choquante, c’est l’appréciation
d’ensemble qui prévaut. Effectivement, des période d’activités intenses peuvent
- 21 -
compenser le fait que le dossier a été laissé momentanément de côté en raison
d’autres affaires (HOTTELIER, op. cit., n. 13 ad art. 5 CPP ; ATF 130 IV 54 ; ar-
rêt du Tribunal fédéral 6B_203/2019 du 10 avril 2019 consid. 3.1). Il appartient
au justiciable d'entreprendre ce qui est en son pouvoir pour que l'autorité fasse
diligence, que ce soit en l'invitant à accélérer la procédure ou en recourant, le
cas échéant, pour retard injustifié (ATF 107 Ib 155 consid. 2b et c p. 158 s.).
Le comportement du justiciable s'apprécie toutefois avec moins de rigueur en
procédure pénale et administrative que dans un procès civil, où les parties doi-
vent faire preuve d'une diligence normale pour activer la procédure (ATF 130 I
312 consid. 5.2 et les références citées).
On constate que les deux types de violation du principe de célérité précités peu-
vent se recouper. En effet, des périodes d’inactivité importantes auront égale-
ment une incidence sur la durée totale de la procédure.
1.4.3 La période à prendre en considération pour déterminer la mesure de la violation
du principe de célérité commence au moment où le prévenu est informé des
soupçons qui pèsent sur lui (ATF 130 IV 54 consid. 3.3.1). Selon la jurisprudence
de la CEDH, cette période ne prend fin qu’au moment du jugement de dernière
instance (cf. not. SUMMERS, op. cit., n. 2 ad art. 5 CPP).
1.4.4 Conséquences de la violation
Comme les retards dans la procédure pénale ne peuvent être guéris, le Tribunal
fédéral a fait découler de la violation du principe de célérité des conséquences
sur le plan de la peine. Le plus souvent, la violation de ce principe conduira à une
réduction de peine, parfois même à la renonciation à toute peine ou encore,
en tant qu’ultima ratio, dans les cas les plus extrêmes, à une ordonnance de non-
lieu. Selon la jurisprudence, la réduction de la peine ne doit pas correspondre à
la durée de la prolongation de la procédure, mais doit être calculée au vu d’un
ensemble de circonstances, notamment de la gravité de l’atteinte aux droits du
prévenu, de la gravité des infractions, de l’intérêt du lésé et de la complexité de
l’affaire (HOTTELIER, op. cit., n. 24 ad art. 5 CPP et les références citées). Il faut
également examiner qui est responsable du retard de la procédure (SUMMERS,
op. cit., n. 19 ad art. 5 CPP et les références citées).
1.5 Lien entre le principe de célérité et la circonstance atténuante de l’écoule-
ment du temps
L'exigence découlant du principe de la célérité se distingue de la circonstance
atténuante de l'écoulement du temps (art. 48 let. e CP). Lorsque les conditions
de l'art. 48 let. e CP et d'une violation du principe de la célérité sont réalisées,
il convient de prendre en considération les deux facteurs de réduction de peine
- 22 -
(arrêts du Tribunal fédéral 6B_122/2017 du 8 janvier 2019 consid. 11.7.1 ;
6B_189/2017 du 7 décembre 2017 consid. 5.3.1). Le juge n’est néanmoins pas
tenu d’exprimer en chiffres ou en pourcentages la portée accordée à chacune
des circonstances mentionnées (ATF 136 IV 55 consid. 5.6 p. 61 et les arrêts ci-
tés).
2. Fixation de la peine in casu
A titre préliminaire, la Cour de céans constate que :
 Dans son appel, A. ne critique pas la fixation des peines de base mais
uniquement la réduction subséquente selon lui insuffisante effectuée par
la Cour des affaires pénales. Dans son raisonnement, cette dernière n’au-
rait pas tenu compte de sa situation personnelle, n’aurait pas correcte-
ment retenu la circonstance atténuante du long temps écoulé et aurait
indûment refusé d’appliquer le principe de la célérité.
 Les infractions dont le prévenu a été reconnu coupable ne sont pas toutes
étroitement liées sur les plans matériel et temporel. Dès lors, il convient,
dans un premier temps, de fixer la peine hypothétique pour chaque in-
fraction. Puis, dans un second temps, il s’agit d’examiner si ces peines
permettent de constituer une peine d’ensemble, car de même genre.
 Les faits ainsi que leur qualification juridique ont été définitivement fixés
par le jugement SK.2011.24 dans la mesure où ils ont été confirmés et
validés par le Tribunal fédéral dans son arrêt du 22 décembre 2017
(6B_688/2014). Par souci d’efficacité, il y sera donc ici renvoyé, et ce en
application de l’art. 82 al. 4 CPP.
2.1 Peine relative à l’infraction d’escroquerie (art. 146 CP)
2.1.1 Tatkomponenten (obj. et subj.)
Du point de vue objectif
En application de l’art. 82 al. 4 CPP, référence est ici faite aux jugements
SK.2011.24 consid. B.6.2.1 a. p. 419 s. et SK.2019.46 consid. 4.10.1.
2.1.1.1 Gravité de la lésion
- 23 -
Il est question ici d’une escroquerie orchestrée contre un Etat et d’un dommage
s’élevant à plus de CHF 97 millions (SK.2011.24 consid. 2.10.2, p. 155 ss ; arrêt
du Tribunal fédéral 6B_688/2014 du 22 décembre 2017 consid. 19-23).
2.1.1.2 Mode d’exécution
L’édifice complexe de mensonges utilisé au détriment de l’Etat tchèque doit être
qualifié de particulièrement astucieux. Il a été échafaudé de longue main et on
dénote un certain cynisme en ce qu’il s’est agi, initialement, d’utiliser les propres
fonds de MUS pour acquérir la première participation de 49,98% en faveur des
auteurs. Par la suite, ces fonds n’ont jamais été remboursés, si ce n’est par un
jeu d’écritures. Un montage a par ailleurs été utilisé pour ne rien laisser paraître
des véritables acquéreurs et, dans le même temps, pour laisser croire à l’exis-
tence d’un acquéreur particulièrement favorable s’agissant de l’avenir de l’entre-
prise (voir SK.2017.76 consid. 4.8).
A. a orchestré l’escroquerie commise au préjudice de l’État tchèque de concert
avec d’autres protagonistes (voir arrêt du Tribunal fédéral 6S.444/2005 du 10 fé-
vrier 2006 et supra II. 1.2.2). Sa contribution à l’infraction peut être qualifiée d’es-
sentielle (voir SK.2017.76 consid. 4.8.1).
Du point de vue subjectif
En application de l’art. 82 al. 4 CP, référence est ici faite aux jugements
SK.2017.76 consid. 4.8.2 et SK.2019.46 consid. 4.10.2.
2.1.1.3 Le prévenu a fait montre d’une volonté délictuelle importante. Il a agi par appât
du gain (SK.2011.24 consid. 6.2.1 s. p. 419 ss ; SK.2019.46 consid. 4.10.3). Pour
ces motifs, sa culpabilité a été qualifiée de très lourde (jugement SK.2011.24
consid. 6.2.1 a, p. 420). Ce constat peut être ici confirmé.
Fixation de la peine de base (Einsatzstrafe)
2.1.1.4 Les peines de base suivantes ont été retenues par la Cour des affaires pénales :
 40 mois, selon jugement SK.2011.24 (voir consid. 6.2.1 c, p. 420),
étant précisé que la Cour des affaires pénales a considéré qu’il se justifiait
de réduire la peine de base initiale de 40 mois à 32 mois, les 8 mois de
différence permettant de tenir compte de l’écoulement du temps depuis
la commission de l’infraction.
- 24 -
 40 mois, selon jugement SK.2017.76, étant précisé que la Cour des af-
faires pénales a considéré qu’il se justifiait de réduire la peine de base de
40 mois à 32 mois, la différence de 8 mois permettant de prendre en
compte le temps écoulé depuis la commission de l’infraction (voir con-
sid. 4.8.7).
 40 mois, selon jugement SK.2019.46, étant précisé que la Cour des af-
faires pénales a considéré qu’il se justifiait de réduire la peine de base de
40 à 32 mois, la différence de 8 mois permettant de prendre en compte
le temps écoulé depuis la commission de l’infraction (voir consid. 4.10.7).
A cet égard, la Cour de céans relève que la première instance, avec cette
réduction, a pris en considération le temps écoulé entre la commission
des faits incriminés et le jugement SK.2017.76.
2.1.1.5 Position du défenseur
La Cour de céans constate que la défense ne conteste pas la peine de base.
2.1.1.6 Fixation de la peine de base in casu
La Cour d’appel fixe la peine de base à 40 mois. A titre de comparaison, la Cour
des affaires pénales avait retenu une peine de base de 36 mois à l’encontre du
coauteur N. (SK.2019.48 consid. 5.9). Cette peine de base a ensuite été confir-
mée par la Cour de céans dans un arrêt aujourd’hui entré en force (CA.2020.11
consid. II. 2.1.1.9).
2.1.2 Application de l’art. 48 let. e CP
2.1.2.1 L’infraction commise par l’appelant, soit l’escroquerie, se prescrit par 15 ans
(art. 97 al. 1 let. b CP). En application de l’art. 97 al. 3 CP, la prescription de l’ac-
tion pénale relative à cette infraction ne court plus dès lors qu’un jugement de
première instance (et son complément) a été rendu le 10 octobre 2013 (et le
29 novembre 2013) (SK.2011.24), soit avant son échéance. A cet égard, il est
indifférent que ce dernier jugement ait été formellement annulé par l’arrêt du Tri-
bunal fédéral 6B_688/2014 (voir ATF 139 IV 62 consid. 1.5.2 et dit arrêt du Tri-
bunal fédéral 6B_688/2014 du 22 décembre 2017 consid. 17.2.3). De plus, en
vertu du principe lata sententia iudex desinit iudex esse, la prescription de l’action
pénale a cessé de courir à la date à laquelle le jugement de première instance a
été rendu, soit le 10 octobre 2013 ou le 29 novembre 2013 au plus tard, et non
pas au moment où il a par la suite été rectifié pour de simples erreurs de plume
(in casu en mai 2014) ou finalement notifié (in casu en juin 2014 ; à ces égards,
voir ATF 130 IV 101 consid. 2.1).
- 25 -
2.1.2.2 Au moment du prononcé du premier jugement de première instance SK.2011.24,
largement plus des deux tiers du délai de prescription de l’infraction d’escroque-
rie commise par l’appelant s’était écoulé depuis la commission des faits entre
janvier 1998 et le 28 juillet 1999.
2.1.2.3 Aucun élément au dossier n’indique que l’appelant aurait commis de nouvelles
infractions depuis lors.
2.1.2.4 Les conditions d’application de la circonstance atténuante prévue par l’art. 48
let. e CP sont donc réalisées et il doit en être tenu compte en faveur de l’appelant
dans le cadre de la fixation de la peine de base et de la peine d’ensemble.
2.1.2.5 Il convient néanmoins de souligner la complexité des faits de la cause.
Cette complexité justifie, dans une large mesure, la durée de l’instruction et rela-
tivise conséquemment ce facteur atténuant.
2.1.2.6 Dans son arrêt CA.2020.11 du 1er juillet 2021 rendu à l’encontre de N., la Cour
d’appel a procédé à une réduction de 1/6 de la peine pour tenir compte de l’écou-
lement du temps au sens de l’art. 48 let. e CP, réduisant ainsi la peine de base
initialement prononcée de 6 mois. La Cour d’appel a procédé de la même ma-
nière pour le complice O. (voir arrêt CA.2020.17 du 21 février 2022).
2.1.2.7 Au vu des considérations susmentionnées, la Cour d’appel procède dans le cas
d’espèce également à une réduction de 1/6 de la peine de base pour le temps
écoulé jusqu’au premier jugement SK.2011.24 rendu le 10 octobre 2013
(pour l’écoulement supplémentaire du temps, voir infra II. 2.4). La peine de base
est ainsi fixée, une fois arrondie à la baisse en faveur de l’appelant, à 33 mois.
2.2 Peine complémentaire : blanchiment d’argent aggravé (art. 305bis ch. 2 CP)
2.2.1 Tatkomponenten (obj. et subj.)
2.2.1.1 Du point de vue objectif
En application de l’art. 82 al. 4 CPP, référence est ici faite aux jugements
SK.2011.24 consid. 6.2.2, p. 421 s. et consid. C. 4 p. 326 ss et SK.2019.46 con-
sid. 5.1 et 5.2.
A. a commis plus d’une centaine d’actes de blanchiment d’argent sur une période
de plusieurs années. A cet égard, on peut relever les éléments suivants :
- 26 -
 Si l’on additionne tous les montants relatifs aux opérations retenues à son
encontre, on constate que les actes de blanchiment commis ont porté sur
une somme totale de près de CHF 1,83 milliard, étant précisé que cer-
taines valeurs patrimoniales ont été blanchies à plusieurs reprises et qu’il
en sera également tenu compte s’agissant de la fixation de la peine ;
 Les actes de blanchiment d’argent commis par A. ont permis aux prota-
gonistes de l’affaire de mener à bien leur plan commun ;
 Lors du partage final, le prévenu s’est vu attribuer une part du produit des
infractions qui a été évaluée à CHF 207'889'183 (voir également
SK.2011.24 consid. 7.9.6) ;
 La sophistication non négligeable relative aux différents actes d’entrave
a mis en danger la place financière de manière importante.
2.2.1.2 Du point de vue subjectif
En application de l’art. 82 al. 4 CPP, référence est ici faite aux jugements
SK.2011.24 consid. 621 s. p. 419 ss et SK.2019.46 consid. 5.1.4. et 5.3 s.
L’unique mobile de A. est l’appât du gain. Sa culpabilité est lourde.
Fixation de la peine de base (Einsatzstrafe)
En application de l’art. 82 al. 4 CPP, référence est ici faite aux jugements
SK.2011.24 consid. 6.2.2- 6.2.4 p. 421 ss et SK.2019.46 consid. 5.6.
2.2.1.3 S’agissant de l’infraction de blanchiment d’argent aggravé, la Cour des affaires
pénales, dans son jugement SK.2019.46, a relevé les éléments suivants :
 La culpabilité de A. était légèrement moins grave que celle de O. en ma-
tière de blanchiment d’argent, A. ayant blanchi pour environ CHF 30 mil-
lions de moins que O. La différence était cependant faible en comparai-
son à la somme totale blanchie (CHF 1,83 milliards) ;
 L’importante culpabilité de A., au regard notamment des montants blan-
chis, aurait pu justifier une peine très proche voire équivalente à la peine
menace prévue par l’art. 305bis ch. 2 CP, c’est-à-dire cinq ans ou 60 mois.
Cette peine aurait ensuite été réduite de 8 mois pour tenir compte de la
circonstance atténuante du long temps écoulé au sens de l’art. 48 let. e
CP ;
- 27 -
 Toutefois, il était relevé que, dans son premier jugement de première ins-
tance SK.2011.24, la Cour des affaires pénales avait fixé à 16 mois la
peine de A. pour l’infraction de blanchiment d’argent aggravé ;
 La Cour des affaires pénales a finalement estimé que la peine de 16 mois
prononcée dans le jugement SK.2011.24 devait être réduite à 14 mois
pour tenir compte de l’écoulement du temps jusqu’au 11 décembre 2018,
soit la date du prononcé du deuxième jugement de première instance
SK.2017.76. Il était précisé que cette peine tenait compte de l’acquitte-
ment partiel complémentaire dont A. avait bénéficié et de la circonstance
atténuante du long temps écoulé et qu’elle devrait prendre la forme d’une
peine privative de liberté puisqu’elle dépassait la limite légale pour le pro-
noncé de jours-amende. A cet égard, la Cour de céans relève que le pre-
mier arrêt de renvoi du Tribunal fédéral 6B_688/2014 du 22 décembre
2017 avait précisé que la Cour des affaires pénales devrait examiner si
les acquittements qu’elle devrait prononcer pour certains actes de blan-
chiment d’argent étaient propres à influer sur la peine et, le cas échéant,
dans quelle mesure (voir consid. 27.3.2), ce qui implique qu’une réduction
de la peine en lien avec les acquittements prononcés était possible mais
pas nécessairement obligatoire ;
 La Cour des affaires pénales a également prononcé une peine pécuniaire
additionnelle de 220 jours-amende à CHF 110 le jour pour sanctionner
l’infraction de blanchiment d’argent aggravé.
2.2.1.4 La Cour de céans constate que la culpabilité de A. en matière de blanchiment
d’argent est très légèrement plus faible que celle de O., A. ayant blanchi environ
CHF 30 millions de moins que O. Toutefois, il convient de relever que ce montant
ne représente que 1,6% de la somme totale blanchie. Au vu du caractère minime
de la différence entre la somme blanchie par O. et celle blanchie par A., la Cour
de céans considère qu’elle est sans incidence sur la peine qui doit être ici pro-
noncée à l’encontre de A. et décide donc de fixer, s’agissant de ce dernier, la
peine de base à 16 mois, ce qui correspond également à la peine de base fixée
s’agissant de O. (voir à cet égard CA.2020.17 consid. 2.2.1.5).
2.2.2 Application de l’art. 48 let. e CP
2.2.2.1 L’infraction commise par l’appelant, soit le blanchiment d’argent aggravé,
se prescrit par 15 ans (art. 97 al. 1 let. b CP). En application de l’art. 97 al. 3 CP,
la prescription de l’action pénale relative à cette infraction ne court plus dès lors
qu’un jugement de première instance (et son complément) a été rendu le 10 oc-
tobre 2013 (et le 29 novembre 2013) (SK.2011.24), soit avant son échéance.
- 28 -
A cet égard, il est indifférent que ce dernier jugement ait été formellement annulé
par l’arrêt du Tribunal fédéral 6B_659/2014 (voir ATF 139 IV 62 consid. 1.5.2 et
dit arrêt du Tribunal fédéral 6B_688/2014 du 22 décembre 2017 consid. 17.2.3).
De plus, comme déjà mentionné supra, en vertu du principe lata sententia iudex
desinit iudex esse, la prescription de l’action pénale a cessé de courir à la date à
laquelle le jugement de première instance a été rendu, soit le 10 octobre 2013
ou le 29 novembre 2013 au plus tard, et non pas au moment où il a été par la
suite rectifié pour de simples erreurs de plume (in casu en mai 2014) ou finale-
ment notifié (in casu en juin 2014 ; à ces égards voir ATF 130 IV 101 consid. 2.1).
2.2.2.2 Les actes de blanchiment d’argent aggravé ont été commis entre le 28 dé-
cembre 1998 et le 2 septembre 2007. Au moment du prononcé du premier juge-
ment de première instance SK.2011.24, les deux tiers du délai de prescription de
l’infraction de blanchiment d’argent aggravé s’étaient donc écoulés depuis la
commission d’une partie des faits reprochés. Pour les actes de blanchiment d’ar-
gent commis avant les deux tiers du délai de prescription, soit avant le 29 no-
vembre 2003 (en faveur de l’appelant étant donné que ce dernier était fixé sur sa
culpabilité depuis le 10 octobre 2013, voir supra A.2), l’art. 48 let. e CP trouve
donc à s’appliquer. Tel n’est en revanche pas le cas en ce qui concerne les actes
de blanchiment d’argent postérieurs à cette date. Sachant que les valeurs patri-
moniales blanchies avant cette date s’élèvent à moins de CHF 450'000'000, ce
qui représente approximativement 1⁄4 de la somme totale blanchie qui s’élève à
CHF 1,83 milliards (SK.2019.46 consid. 5.3 et 5.1.2), il est possible de retran-
cher, de manière favorable au prévenu, 1 mois de peine. Pour ce faire, la Cour
procède, pour cette partie des actes de blanchiment et en tenant compte des
acquittements prononcés pour certains actes (voir à cet égard supra et arrêt du
Tribunal fédéral 6B_688/2014 du 22 décembre 2017 consid. 4.5.4 et 27.3.2),
à une réduction de 1/6, ainsi qu’elle l’a fait pour l’infraction d’escroquerie (voir
supra) et arrondit le résultat obtenu (1/6 x 1/4 arrondi).
2.2.2.3 Comme déjà relevé supra, aucun élément du dossier n’indique que l’appelant
aurait commis de nouvelles infractions depuis lors ou aurait fait preuve d’un com-
portement particulièrement inconvenant ou incorrect, étant néanmoins précisé
que A. n’avait plus guère d’intérêt à commettre de nouvelles infractions contre le
patrimoine au vu des montants engrangés.
2.2.2.4 Les conditions d’application de la circonstance atténuante prévue par l’art. 48
let. e CP sont donc réalisées et il doit en être tenu compte en faveur de l’appelant
dans le cadre de la fixation de la peine.
- 29 -
2.2.2.5 Comme déjà mentionné, il convient de souligner la complexité des faits de la
cause. Cette complexité justifie, dans une large mesure, la durée de l’instruction
et relativise conséquemment ce facteur atténuant.
2.2.2.6 Au vu des considérations susmentionnées, la Cour d’appel atténue donc la peine
de base fixée supra II 2.2.1.4 de 1 mois en raison de l’écoulement du temps
depuis les infractions.
La peine supplémentaire pour l’infraction de blanchiment d’argent aggravé est
ainsi fixée à 15 mois à la date du premier jugement de première instance
SK.2011.24 rendu le 10 octobre 2013 (pour l’écoulement supplémentaire du
temps, voir infra II. 2.4).
2.2.3 Fixation du nombre et du montant des jours-amende
2.2.3.1 Dans son premier jugement (SK.2011.24), la Cour des affaires pénales avait pro-
noncé une peine pécuniaire additionnelle de 270 jours-amende à CHF 150 le jour
en tenant compte du long temps écoulé. Dans son deuxième jugement, elle avait
ensuite réduit cette peine à 220 jours-amende à CHF 110 le jour afin de tenir
également compte, d’une part, de l’acquittement partiel complémentaire dont A.
avait bénéficié au chapitre du blanchiment d’argent et, d’autre part, de sa situa-
tion économique au moment du prononcé du nouveau jugement (SK.2017.76
consid. 5.2.6 s. et 7.6.3).
2.2.3.2 L’instance précédente, confirmant ainsi son jugement SK.2017.76, a finalement
fixé la peine pécuniaire additionnelle à 220 jours-amende, ce qui tient également
compte du temps écoulé et de la situation économique du prévenu au moment
du prononcé du nouveau jugement (voir SK.2019.46 consid. 5.5 s., 6.2.2 et
6.4.2).
2.2.3.3 In casu, aucun élément ne permet à la Cour de céans de s’écarter du nombre et
du montant de jours-amende fixé par la Cour des affaires pénales, la défense ne
le remettant pas en cause. Il se justifie donc ici de le reprendre et de prononcer
une peine de 220 jours-amende à CHF 110 le jour.
2.2.4 Résultat
La peine complémentaire pour le blanchiment aggravé est ainsi fixée à 15 mois
de peine privative de liberté assortie d’une peine pécuniaire de 220 jours-amende
à CHF 110 le jour à la date du premier jugement de première instance
SK.2011.24 rendu le 10 octobre 2013 (pour l’écoulement supplémentaire du
temps, voir infra II. 2.4).
- 30 -
2.3 Peine totale intermédiaire
Pour réprimer l’infraction d’escroquerie et celle de blanchiment d’argent aggravé,
la peine intermédiaire hypothétique à la date du premier jugement de première
instance est ainsi fixée à 48 mois de peine privative de liberté et à une peine
pécuniaire de 220 jours-amende à CHF 110 le jour (pour l’écoulement supplé-
mentaire du temps, voir infra II. 2.4).
2.4 Application de l’art. 48 CP pour écoulement supplémentaire du temps
Entre le premier jugement de première instance SK.2011.24 du 10 octobre 2013
(et son complément du 29 novembre 2013) et le présent arrêt, 8 ans et 4 mois
se sont écoulés. A cet égard, on peut préalablement relever les éléments sui-
vants :
 937 jours séparent le prononcé du jugement SK.2017.76 du 11 dé-
cembre 2018 et celui du jugement SK.2019.46 du 6 juillet 2021. Pour tenir
compte de cet écoulement supplémentaire du temps et de son effet gué-
risseur, la Cour des affaires pénales a réduit la peine privative de liberté
du prévenu de 46 mois à 45 mois. Elle a justifié cette diminution par le fait
que ce laps de temps supplémentaire était minime au vu de la longue
durée générale de la procédure (voir SK.2019.46 consid. 6.4.2.4) ;
 Entre le prononcé du jugement SK.2019.46 en date du 6 juillet 2021 et
l’envoi du dispositif du présent arrêt le 21 février 2022, un peu plus de
7 mois se sont écoulés.
On peut ensuite constater que les 8 ans et 4 mois susmentionnés représentent
approximativement respectivement la moitié et le tiers du temps qui s’est écoulé
depuis la commission des infractions (moitié des 15 ans et le tiers des 21 ans).
Force est également de constater que certaines infractions ne seraient à ce jour
pas encore prescrites, et ce même en cas de premier jugement (voir SK.2019.46
consid. 5.1 et SK.2011.24 p. 326 ss) :
 Opération du 26 mars 2007, montant de CZK 467'738'602 ;
 Opération du 11 juin 2007, montant de EUR 1 million ;
 Opération du 30 juillet 2007, montant de CZK 380'000'000 ;
 Opération du 02 août 2007, montant de CKZ 52'500'000 ;
- 31 -
 Opération du 14 août 2007, montant de CZK 22'000'000 ;
 Opération du 02 septembre 2007, montant de USD 7'568'000.
Les actes de blanchiment d’argent qui ne seraient à ce jour pas prescrits repré-
sentent une valeur totale de CZK 922'238’602, EUR 1 million et USD 7'568'000,
soit CHF 47'698'958,26 (39'656'259,89 + 1'055'428,85 + 6'987'269,52 au cours
au 9 février 2022).
Partant, la Cour de céans retient un taux de réduction entre 1/12 et 1/18, à savoir
de 1/15, ce qui correspond également au taux de réduction appliqué s’agissant
de A. (voir à cet égard CA.2020.17 consid. II. 2.5).
Pour tenir compte de l’écoulement supplémentaire du temps depuis le premier
jugement de première instance, la Cour de céans réduit donc la peine privative
de liberté et la peine pécuniaire de 48 à 44 mois et de 220 à 205 jours-amende
à CHF 110 le jour.
2.5 Täterkomponenten
En application de l’art. 82 al. 4 CPP, référence est ici faite aux jugements
SK.2011.24 consid. D.2 p. 45 ss et SK.2019.46 consid. B.1.3.
2.5.1 L’appelant conteste le jugement SK.2019.46 car il n’aurait pas tenu compte de
sa situation personnelle. A cet égard, la défense fait notamment valoir l’état de
santé dégradé de A., les effets de la procédure et du stress sur ce dernier ainsi
que l’ostracisme dont il serait victime dans sa vie professionnelle, sa vie familiale
détruite, sa vie personnelle inexistante et les remords qui l’accableraient
(CAR 7.200.006 ss).
2.5.2 Les éléments pertinents à relever ici sont les suivants :
 L’appelant ne figure pas aux casiers judiciaires suisse, tchèque ou moné-
gasque, étant précisé que l’absence d’antécédents a en principe un effet
neutre sur la fixation de la peine et n’a donc pas à être prise en considé-
ration dans un sens atténuant (ATF 136 IV 1 consid. 2.6) ;
 Eu égard à la formation et à l’origine socio-économique de l’appelant,
on pourrait potentiellement retenir un élément aggravant à son encontre.
A partir de 1996, il a occupé le poste d’adjoint du Directeur général P. au
sein de la société C. 1 A.S. De 2002 à 2007, il a été employé par la société
Q. Aucun élément au dossier ne permet de retenir qu’il rencontrait des
- 32 -
problèmes financiers, bien au contraire. Il n’a pas agi par nécessité mais
par appât du gain ;
 S’agissant de la situation financière de l’appelant, la Cour remarque
que A. estime pouvoir récupérer CZK 9 milliards auprès de R. (CAR
7.400.018), étant rappelé que les 85 % de dite somme doivent lui revenir
(CAR 7.400.012). Pour financer les procédures judiciaires qui le concer-
nent, et notamment pour recouvrer les fonds susmentionnés, A. s’est en-
detté à hauteur de EUR 4,5 millions (CAR 7.400.003 et 017 ; 7.300.001-
003). Cette somme lui a été prêtée par d’anciens partenaires commer-
ciaux. En contrepartie, ces derniers auront droit à la moitié de la somme
totale qui pourra, le cas échéant, être récupérée auprès de R. (selon les
informations communiquées lors de l’audience des débats, voir
CAR 7.400.017 étant précisé que ce dernier élément ne ressort cepen-
dant pas du formulaire de situation financière et personnelle qui a dû être
mis à jour en cours d’audience, voir CAR 7.300.003). Ainsi, au vu des
créances dont il est le bénéficiaire, A. semble éloigné de la faillite person-
nelle, contrairement à ce que la défense soutient (CAR 7.200.012) ;
 Au chapitre de la vie personnelle et familiale de l’appelant, la Cour relève
que A. s’est séparé de son épouse en 2002 ((SK.2011.24) 671.930.103).
Il est ensuite parti travailler en Suisse, de 2002 à 2007, en tant qu’em-
ployé au service de la société Q. pour le compte de laquelle il a affirmé
avoir géré le rachat de la société S. ((SK.2011.24) 671.930.103 s.). Par
la suite, il a finalement déménagé à Monaco où il déclare encore résider
à ce jour. La Cour constate que A. s’est séparé de son épouse et est parti
en Suisse avant d’avoir eu connaissance de l’ouverture de la procédure
à son encontre en 2007 (CAR 7.400.006). De plus, son installation sub-
séquente à Monaco explique certainement aussi, dans une certaine me-
sure, son ressenti relatif à son isolement. A cet égard, il convient de pré-
ciser que le fait de perdre des amis ou des connaissances à la suite d’une
procédure pénale à son encontre n’est pas un événement exceptionnel
en soi, même si on peut naturellement le regretter (voir notamment arrêt
du Tribunal fédéral 6B_237/2007 du 5 octobre 2007 consid. 3.1). Qui plus
est, à teneur des déclarations de A., on constate que la procédure qui le
confronte à R. semble l’avoir plus profondément touché que les procé-
dures pénales à son encontre (voir notamment CAR 7.400.016). Enfin,
on constate également que A. a librement choisi de se domicilier à Mo-
naco au lieu de rester en Suisse auprès de sa fille. Au vu de ce qui pré-
cède, les éléments susmentionnés sont neutres et ne seront retenus ni
dans un sens atténuant ni dans un sens aggravant en faveur ou en défa-
veur du prévenu ;
- 33 -
 S’agissant du comportement du prévenu en procédure, la Cour ne cons-
tate aucun indice de repentir sincère. Au contraire, A. nie encore toute
responsabilité pénale s’agissant des faits qui lui sont reprochés. De plus,
il n’a, à ce jour, entamé aucune démarche visant au remboursement du
dommage qu’il a causé. Bien au contraire, à chaque fois qu’il a eu des
fonds à sa disposition, il a effectué le nécessaire pour les rendre inacces-
sibles aux autorités pénales. On relève par exemple qu’il a mis tous les
biens facilement réalisables, et partant confiscables, au nom de son ex-
épouse I., et ce à l’exception de ce qui se trouvait déjà sous séquestre à
l’époque concernée (voir CAR 7.400. 007 ss). De plus, il s’oppose égale-
ment encore à la compensation de son indemnité pour l’exercice raison-
nable de ses droits de procédure avec la créance compensatrice pronon-
cée à son encontre car il estime suffisant de faire le nécessaire pour ré-
cupérer les fonds auxquels il aurait droit auprès de R. (CAR 7.400.013 et
019), étant rappelé que la moitié des fonds qui pourra peut-être être re-
couvrée sera ensuite redistribuée aux personnes qui auront rendu dit re-
couvrement possible. Cela influe légèrement en sa défaveur.
S’agissant de l’état de santé de A., la défense a remis plusieurs documents, dans
un premier temps lors de la procédure de première instance :
a) « Avis psychologique et opinion personnelle non professionnelle » établi
par G. en date du 30 mars 2021 ((SK.2019.46) 677.721.018-024 : ensuite
produit à nouveau dans le cadre de la procédure d’appel voir CAR
6.200.016-022, pour les développements, voir infra d.) ;
b) Rapport médical du Dr J. du 29 mars 2021 ((SK.2019.46) 677.721.025-
027) :
 A teneur de ce rapport, A. doit observer un régime quotidien de repos qui
exclut toute situation stressante. Il doit éviter les déplacements ainsi que
les réunions officielles. La Cour constate toutefois qu’aucune dispense n’a
été requise en ce sens s’agissant notamment des audiences devant le Tri-
bunal pénal fédéral.
 Le rapport fait également mention d’un mode de vie strict et de la prise de
nombreux médicaments. La Cour constate qu’aucune précision n’est ce-
pendant fournie à ces deux égards.
 Le rapport fait également état d’un traitement psychiatrique et psycholo-
gique intensif suivi par A. alors que, dans les faits, un tel traitement psy-
chiatrique n’a été entamé par l’appelant qu’au mois de décembre 2021.
- 34 -
c) Certificat médical de la Dresse T. du 19 avril 2021 ((SK.2019.46)
677.721.029-034) :
 A teneur de ce certificat médical, A. souffre de maladies inflammatoires
chroniques depuis au moins 30 à 40 ans. Cela se traduit par un épisode
annuel sous forme d’infections virales, d’infections bactériennes ou d’aller-
gies.
 A la suite de tests spécifiques, il a pu être établi que A. a développé une
maladie auto-immune en raison du virus Epstein-Barr.
 En conséquence de cela, A. a développé un prédiabète, de l’hypertension
ainsi qu’une dystonie végétative extrême, soit un déséquilibre entre le sys-
tème nerveux sympathique et parasympathique.
 Chaque situation de stress accentue les symptômes subis par A.
 La Cour constate que la Dresse T. n’indique aucun traitement médical en
lien avec les atteintes à la santé mentionnées. Aucune urgence à cet égard
ne peut être perçue.
Les certificats susmentionnés ont été discutés dans le jugement SK.2019.46 du
6 juillet 2021. Dans ce cadre, la Cour des affaires pénales a non seulement relevé
plusieurs imprécisions mais également plusieurs incohérences entre eux
(voir consid. 4.10.5). La Cour de céans constate quant à elle que la défense se
contente de relever quelques critiques de nature formelle mais qu’elle ne discute
pas les critiques relatives au fond (CAR 7.200.007 s.). Pour ce qu’il en est, en
particulier, de la critique formulée à l’encontre du Dr J. s’agissant de l’absence
de références à la CIM-10, la Cour constate que, par la suite, le Dr J. a finalement
posé son diagnostic selon les normes applicables (voir infra, rapport subséquent
du 18 octobre 2021).
Dans le cadre de la procédure d’appel, la défense a ensuite produit les docu-
ments médicaux suivants :
d) « Avis psychologique et opinion personnelle non professionnelle » établi
par G. en date du 30 mars 2021 (CAR 6.200.016-022 ; voir également
(SK.2019.46) 677.721.018 ss)) :
 A la lecture de ce document, on apprend que A. est suivi par G. depuis le
mois de décembre 2004 (dans un premier temps à raison d’une séance par
- 35 -
semaine dans le cadre d’une psychothérapie, puis à raison de 4h par se-
maine dans le cadre d’un travail de psychanalyse et enfin, depuis 2015,
à raison de 2h par semaine dans le cadre d’une psychothérapie psychana-
lytique).
 La Cour constate que G. ne donne pas un avis neutre, ce qui est par ail-
leurs expressément admis par l’intéressé lui-même (voir (SK.2019.46)
677.721.023 et CAR 6.200.021). On relève, dans l’avis concerné, plusieurs
jugements de valeur, par exemple s’agissant du traitement médiatique ré-
servé au patient ou du lien établi avec la situation vécue par AA. ainsi que
le décès de ce dernier. La Cour constate que G. ne prend pas de recul vis-
à-vis des critiques émises par A., lesquelles sont reprises telles quelles
(par exemple, la justice suisse n’aurait toujours pas établi la culpabilité de
A. alors que tel est déjà le cas).
 La Cour relève également que le traitement suivi par A. a été réduit, en
2015, à 2h par semaine, ce qui entre en contradiction avec le postulat selon
lequel la situation se serait aggravée en raison de la procédure pénale su-
bie.
 G. indique que A. souffre d’états d’anxiété chronique, d’attaques de pa-
nique terrifiantes et de cauchemars, d’un sentiment de honte et d’échec
social mais précise également qu’il a toujours réussi à sortir de cette boue
en dépit de l’inconfort mental et de la mauvaise humeur.
 G. relativise aussi le comportement de son patient s’agissant de sa con-
sommation d’alcool et de son tabagisme.
e) Rapport médical du Dr J. établi le 18 octobre 2021 (CAR 6.200.024-029) :
 Ce rapport médical fait état des antécédents médicaux et des maladies
actuelles subies par A. (notamment : stress extrême à long terme, fatigue,
anxiété chronique, humeur dépressive, tremblements des membres,
sueurs, borréliose aiguë, infection due au virus d’Epstein-Barr etc.).
 Les maladies dont souffre A. sont qualifiées de très graves et elles requiè-
rent, selon le Dr J., un traitement complexe à long terme ainsi que la pour-
suite d’une thérapie intensive par un psychologue. A. serait un individu très
vulnérable sur le plan médical. Une simple augmentation de son niveau de
stress pourrait entraîner des conséquences irréversibles, voire fatales.
- 36 -
 La Cour relève tout d’abord que les résultats du dernier examen de labo-
ratoire complet ne sont pas annexés, contrairement à ce qui est indiqué
(CAR 6.200.026 in fine).
 La Cour constate ensuite que le Dr J. a tenu compte des critiques de la
première instance et a inclus une mention au virus d’Epstein-Barr qu’il ne
semble cependant pas avoir traité.
 La Cour relève également, de manière plus générale, que A. n’a produit
aucun certificat médical émis par un médecin monégasque, alors même
que Monaco est son lieu de domicile.
 Les traitements mentionnés ne sont pas d’une lourdeur que l’on pourrait
qualifier d’extraordinaire. Par ailleurs, la prise de somnifères par A. semble
presque relever de l’automédication, la posologie ressortant uniquement
de ses déclarations auprès de L. (voir CAR 3.102.023 : « En cas de néces-
sité, je prends irrégulièrement du Diazepam (jusqu’à 10 mg/j) et un demi-
comprimé de Stilnox (5mg) contre l’insomnie ») et n’étant, en revanche,
jamais indiquée dans les rapports et certificats médicaux produits.
f) Avis de L. (CAR 3.102.007-031) :
 Dans un premier temps, la Cour relève que l’avis de L. est une expertise
privée et que, à ce titre, ce document doit donc être considéré comme une
simple allégation de partie (à cet égard, voir notamment ATF 127 I 73 con-
sid. 3f/bb ; HEER, Basler Kommentar, 2ème éd. 2014, n. 6 ad art. 189 CPP).
 La Cour constate que cette expertise privée contient plusieurs impréci-
sions s’agissant notamment de la privatisation de MUS, de la durée du sé-
jour de la fille de A. en Suisse ou encore de la date à laquelle le prévenu a
commencé à suivre une thérapie (voir CAR 7.400.026 ss). A la p. 10 in fine
de l’avis (CAR 3.102.027). Il est également fait mention d’un diagnostic de
dépression et d’un traitement psychiatrique y relatif alors que ce traitement
a commencé après le premier entretien effectué par L. et sur recomman-
dation de ce dernier (voir audition de A. CAR 7.400.027 et avis de L. CAR
3.102.025), étant également précisé que le premier entretien susmen-
tionné n’avait porté que sur l’objet de l’avis à produire par L. et les antécé-
dents médicaux de base de A. (voir CAR 3.102.020).
 L. ne précise par ailleurs pas réellement pour quelles raisons il considère
que tous les critères sont remplis, dans le cas de A., s’agissant du trouble
de modification durable de la personnalité (voir CAR 3.102.027).
- 37 -
 S’agissant de la qualité du document de manière générale, la Cour retient
qu’il n’est fait mention ni de la durée des entretiens ni du questionnaire qui
aurait été soumis à A. (mention faite lors des débats d’appel, voir CAR
7.400.025 s.). Il s’avère que seul le deuxième entretien, effectué en date
du 12 janvier 2022, a été consacré aux différents problèmes et au contexte
(CAR 3.102.020). Le rapport a ensuite été rédigé le 13 janvier 2022. De
plus, L. indique lui-même que le diagnostic repose sur des données sub-
jectives de la personne évaluée et que le tribunal devrait comprendre, sur
la base de ces renseignements, quelles sont les souffrances psychiques
causées à A. par la longue poursuite pénale (CAR 3.102.024, voir égale-
ment supra s’agissant du manque d’objectivité du rapport de G. également
à disposition de L.). Dès lors, la Cour ne perçoit pas de réelle plus-value à
l’avis produit, surtout après avoir constaté les imprécisions qu’il comporte
(voir supra).
 La Cour relève également que, à teneur même de l’avis de L., des pour-
suites pénales sont à même de provoquer un stress important à n’importe
qui (CAR 3.102.025). Par ailleurs, L. n’écarte pas la possibilité que d’autres
circonstances de la vie aient pu entraîner les difficultés décrites par A. Ce-
pendant, pour L., il est logique d’identifier le stress causé par les poursuites
pénales à l’encontre de A. comme la cause la plus probable des difficultés
de ce dernier (CAR 3.102.025). Pourtant, A. indique de lui-même que le
coup le plus dur pour lui était la trahison de R. qu’il considérait être son ami
(CAR 3.102.021). On ne relève par ailleurs aucune différentiation entre les
trois sources de stress potentielles (procédure pénale suisse, procédure
pénale tchèque, procédure contre R.).
g) Attestation de Me H. datée du 30 novembre 2021 (CAR 6.200.030 s.) :
 A cet égard, la Cour a pris acte des constats de Me H. relatifs à la santé de
A. mais rappelle que la précitée n’est pas active dans le domaine de la
santé, ce qui rend son témoignage à cet égard peu pertinent.
S’agissant toujours de l’état de santé de A., la Cour de céans relève encore les
éléments suivants :
 Lors de l’audience des débats d’appel du 24 janvier 2022, le prévenu a été
interrogé pendant environ 5 heures (début de l’audition à 9h18, voir
CAR 7.400.002 et fin de l’audition à 14h47, voir CAR 7.400.032, le tout
entrecoupé par deux brèves pauses de 10 et 15 minutes à env. 11h, voir
- 38 -
CAR 7.400.010 et à env. 13h, voir CAR 7.400.019). Lors de son interroga-
toire, A. n’a eu de trous de mémoire. Il n’a montré aucun signe particulier
de fatigue. La Cour n’a pas non plus constaté de tremblements de sa part.
 A. ne semble être ni détruit ni ostracisé, bien au contraire. Il est toujours
fier de ce qu’il a accompli pour MUS et la société S. (CAR 7.400.005 ss). Il
se dit également confiant de pouvoir récupérer tout au moins CZK 9 mil-
liards dans le cadre de la procédure qui l’oppose à R. (CAR 7.400.018).
Dans ce combat, il investit entre 20 et 30 heures par semaine (CAR
7.400.015). Il pratique par ailleurs toujours la musique (CAR 7.400.004 s.)
 La lourde charge de travail invoquée par son médecin traitant concerne,
en premier lieu, la procédure qui oppose A. à R. Elle concerne ensuite,
mais dans une moindre mesure, la procédure pénale tchèque. C’est seu-
lement dans une mesure encore moindre qu’elle concerne finalement la
procédure pénale suisse.
 A. a pris connaissance de la procédure pénale à son encontre en Suisse
en 2007 et il n’était pas visé par la première procédure pénale tchèque en
lien avec les faits qui lui sont reprochés. Partant de ce constat, la Cour
relève que, en 2007, A. était déjà séparé de son ex-épouse et avait alors
également déjà entamé une thérapie.
Au vu des éléments relevés, A. n’est pas atteint dans sa santé de manière si
extraordinaire qu’il se justifierait, au sens de la loi, de la jurisprudence et de la
doctrine (voir supra II. 1.2.4) d’en tenir compte de manière à atténuer la peine
prononcée à son encontre. Même si la Cour était parvenue à la conclusion que
l’état de santé de A. s’était dégradé de manière extraordinaire, le lien de causalité
entre la présente procédure et l’état de santé de A. ferait toujours défaut. En effet,
à teneur des rapports et certificats médicaux produits et mentionnés supra, aucun
lien direct n’est établi entre l’état de santé de A. et la présente procédure pénale
à son encontre en Suisse. L’évolution plutôt négative de son état de santé semble
bien davantage en lien, d’une part, avec les longues séances effectuées dans le
cadre de la procédure pénale en République tchèque (voir notamment
((SK.2019.46) 677.721.026) et, d’autre part, avec la procédure de recouvrement
contre R. (voir notamment CAR 3.102.021).
L’état de santé de A. n’a donc pas d’incidence sur la peine.
2.5.3 Au vu des considérations susmentionnées, les facteurs liés à la personne de
l’appelant penchent légèrement en sa défaveur. La Cour de céans décide cepen-
dant de ne pas influencer négativement la peine de A. pour cette raison.
- 39 -
3. Principe de célérité
3.1 Griefs de la défense
3.1.1 Pour la défense, la Cour des affaires pénales aurait indûment refusé d’appliquer
le principe de la célérité alors qu’il se justifierait d’en tenir compte, en l’espèce,
comme facteur de réduction de la peine (CAR 7.200.006 et 010 ss).
3.1.2 Les éléments suivants sont soulevés à cet égard :
 Il s’est écoulé 2 ans, 7 mois et 10 jours entre la réception de l’acte d’ac-
cusation et le premier jugement de première instance ;
 Le jugement initial a fait l’objet d’un complément en novembre 2013 et
d’une correction en mai 2014 ;
 A. a eu gain de cause à deux reprises par devant le Tribunal fédéral ;
 La Cour des affaires pénales se serait trompée en estimant que 14 ans
s’étaient écoulés depuis le début de la procédure et le jugement de pre-
mière instance car 18 ans se seraient écoulés ;
 Il serait inadmissible d’imputer une partie de la longue durée de la procé-
dure à A. On ne pourrait pas reprocher à son conseil de ne lui avoir posé
que deux questions après une audition exhaustive effectuée par le tribu-
nal. De même, le manque de disponibilités d’un avocat serait un gage de
sa qualité. Enfin, le justiciable disposerait, en tout état de cause, du droit
d’utiliser les voies de recours qui sont à sa disposition ;
 Il s’est écoulé 8 ans et 3 mois entre le 10 octobre 2013 et l’audience des
débats d’appel du 24 janvier 2022 ;
 La violation du principe de célérité serait attestée par un arrêt rendu par
la Cour d’appel dans le cadre de la procédure CA.2019.8 concernant BB.
Il y est fait mention d’une procédure d’une durée hors du commun.
3.2 Appréciation globale
En application de l’art. 82 al. 4 CPP, référence est ici faite au jugement.
SK.2019.46 consid. 8. L’exposé complet et pertinent des motifs de la Cour des
affaires pénales ne prête pas flanc à la critique. Il y est donc ici renvoyé. Il sied
- 40 -
ici simplement de relever quelques éléments-clés pertinents et de répondre en-
suite aux arguments soulevés par la défense en deuxième instance :
 Contrairement à ce que soutient la défense, le moment déterminant pour
apprécier la durée globale de la procédure, est l’ouverture de la procédure
à l’encontre de la personne concernée, soit in casu le 25 janvier 2008.
Ainsi, à ce jour, on parle de 14 ans de procédure, ce qui est en dessous
du délai de prescription prévu par le législateur pour les deux infractions
retenues à l’encontre de A.
 A. est fixé sur sa culpabilité et la peine maximale encourue depuis le
22 décembre 2017.
 S’agissant du comportement des autorités, la procédure n’a pas fait l’ob-
jet de temps morts et on ne constate pas d’erreurs crasses (voir infra).
Si les recours du prévenu ont certes été admis par le Tribunal fédéral,
il convient néanmoins de souligner que la grande majorité des griefs sou-
levés a été rejetée. Dans son premier arrêt de renvoi 6B_688/2014 du
22 décembre 2017 (voir supra A.3), le Tribunal fédéral a rejeté, dans la
mesure de leur recevabilité, la quasi-totalité des griefs soulevés par A. et
a expressément confirmé aussi bien sa condamnation pour escroquerie
et blanchiment d’argent aggravé que les confiscations prononcées en
première instance. Ainsi, en 2017 déjà, A. était fixé sur ces points essen-
tiels. Dans son second arrêt de renvoi 6B_138/2019 du 6 août 2019 (voir
supra A5), le Tribunal fédéral a admis, sur le principe et après analyse
circonstanciée, la possibilité de compenser une créance que l’Etat aurait
contre un débiteur avec les indemnités allouées à celui-ci et qui seraient
issues de la même procédure pénale (consid. 4.4) et a considéré que la
Cour des affaires pénales avait, à tort, refusé la tenue de nouveaux dé-
bats, et ce alors qu’elle ne disposait pas de la marge suffisante pour s’en
passer. En effet, il lui incombait d’établir la situation personnelle du pré-
venu au moment du nouveau prononcé, ce qui impliquait nécessairement
de l’entendre à nouveau (consid. 2.6). S’agissant précisément de la tenue
des débats, la Cour de céans constate que les deux autres prévenus, N.
et O., ont pu être jugés en première instance pour la troisième fois bien
avant A. et que l’absence de A. aux débats fixés en mars 2020 n’a pas
trouvé d’explication satisfaisante.
 La procédure se distingue par sa complexité, en raison de son caractère
international, de la multiplicité des prévenus et de l’édifice de mensonges
de grande envergure conçu par les protagonistes de l’affaire et dont l’ap-
pelant est l’un des artisans centraux. La longue durée requise pour le
- 41 -
traitement de l’affaire par le Tribunal fédéral illustre également cette com-
plexité.
 Au vu de la multitude de prévenus impliqués dans l’affaire, des montants
concernés et du nombre important de points annexes à juger, les enjeux
sont considérables.
 S’agissant du comportement du prévenu, il doit être tenu compte du fait
que la jurisprudence est moins stricte en matière pénale qu’en matière
civile. Cependant, on constate qu’il n’a jamais demandé une accélération
de la procédure. Bien au contraire, A. a demandé la suspension de la
procédure de première instance (voir à cet égard le 1er arrêt de renvoi du
Tribunal fédéral 6B_688/2014 du 22 décembre 2017 consid. 6.2).
 Une partie non négligeable des actes constitutifs de blanchiment d’argent
ne seraient aujourd’hui toujours pas prescrits (voir supra II 2.4). Si ces
actes étaient poursuivis aujourd’hui de manière indépendante, et donc
sans application du rabais de l’art. 49 CP, A. se verrait infliger une peine
bien plus importante que celle qui lui a finalement été fixée pour ces in-
fractions. Par ailleurs, le jugement SK.2019.46, à son consid. 5.4, relève
que l’importante culpabilité de A. aurait pu justifier une peine très proche,
voire équivalente, à la peine menace prévue par l’art. 305bis ch. 2 CP,
c’est-à-dire 5 ans, et réduite d’environ 8 mois à 52 mois pour tenir compte
des effets de la circonstance atténuante du long temps écoulé au sens
de l’art. 48 let. e CP.
 S’agissant de l’arrêt CA.2019.8 rendu à l’encontre de BB. et cité par la
défense, la Cour relève que le prévenu concerné s’est vu attribuer un
dédommagement symbolique de CHF 1. Cela démontre que la durée de
la procédure pouvait certes être considérée hors du commun, mais qu’elle
se justifiait cependant en vertu des circonstances du cas d’espèce, elles
aussi hors du commun.
3.3 Temps morts et erreurs dites crasses
En application de l’art. 82 al. 4 CPP, référence est ici faite au jugement
SK.2019.46 consid. 8.
La Cour fait siens les développements précis de la Cour des affaires pénales
quant à l’absence de temps morts et les complète par rapport aux arguments
soulevés en deuxième instance comme suit :
- 42 -
 Si le temps qui s’est écoulé entre le dépôt de l’acte d’accusation et le
jugement de première instance est inhabituel, c’est parce que la procé-
dure l’est également de par son ampleur, les questions soulevées par les
défenseurs, la non-comparution d’une partie des prévenus à la première
date fixée, le nombre de protagonistes et les moyens de preuves à admi-
nistrer par le tribunal.
 Le fait que le premier jugement de première instance SK.2011.24 ait été
rendu en deux temps par la Cour des affaires pénales a été validé par le
Tribunal fédéral (voir arrêt 6B_688/2014 consid 3). En raison de l’ampleur
de l’affaire et, précisément, du principe de célérité, il se justifiait de tran-
cher, en premier lieu, la question de culpabilité et de la sanction pour en-
suite, dans un second temps, trancher les questions annexes. Qui plus
est, la Cour de céans relève aussi que la correction du mois de mai 2014
concernait uniquement des erreurs de plume (voir à cet égard l’arrêt du
Tribunal fédéral 6B_659/2014 consid. 5.2 rendu à l’encontre de O.).
 Elle constate que les très nombreux griefs soulevés par A. dans son re-
cours contre le jugement SK.2011.24 ont justifié un traitement de pas
moins de 3 ans et demi auprès de notre Haute Cour. A cet égard, on
constate aussi, à nouveau, que la grande majorité des griefs soulevés par
A. a été rejetée, ce qui s’est également directement répercuté sur la ré-
partition des frais de la procédure. Par arrêt 6B_688/2014 du 22 dé-
cembre 2017, le Tribunal fédéral a condamné A. à supporter huit
dixièmes des frais judiciaires, précisant que le recourant avait succombé
sur plusieurs aspects déterminants (voir consid. 31).
 De manière générale, il est naturel qu’un recours auprès du Tribunal fé-
déral puisse avoir pour conséquence de prolonger la durée de la procé-
dure.
Ainsi, la Cour constate que la procédure n’a pas fait l’objet de temps morts déci-
sifs ni d’erreurs crasses.
3.4 De l’impact de la durée de la procédure sur le prévenu
Au chapitre des effets de la durée de la procédure sur le prévenu, la Cour relève
dans un premier temps que A. est fixé sur la peine maximale encourue depuis
2017 et qu’il n’a, à ce jour, effectué aucun jour en détention. De même, si les
créances compensatrices sont d’ores et déjà entrées en force, elles n’ont cepen-
dant, à ce jour également, pas encore été exécutées.
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Par conséquent, l’on ne saurait dire que A. souffre plus, en raison de la durée de
la procédure, que n’importe quel autre prévenu faisant l’objet d’une procédure
pénale à son encontre dans une affaire d’une certaine complexité.
3.5 Conclusion
Par conséquent, le constat de la Cour des affaires pénale peut être ici confirmé.
La Cour de céans peut également faire le même constat à l’issue de la procédure
en appel (voir supra) : le principe de la célérité n’a pas été violé s’agissant du
prévenu et il ne se justifie donc pas de lui accorder une réduction de peine sup-
plémentaire à ce titre.
4. Compensation (art. 442 al. 4 CPP)
4.1 Principe
Conformément à l’art. 442 al. 4 CPP, les autorités pénales peuvent compenser
les créances portant sur des frais de procédure avec les indemnités accordées
à la partie débitrice dans la même procédure pénale et avec des valeurs séques-
trées. Cette compétence appartient tant à l’autorité chargée du recouvrement des
frais qu’à l’autorité de jugement (ATF 143 IV 293 consid. 1). La compensation de
l’art. 442 al. 4 CPP peut également être prononcée pour la créance compensa-
trice (CAVALLO, Kommentar zur Schweizerischen Strafprozessornung, 2ème éd.
2014 n. 16 ad art. 442 CPP).
4.2 Application au cas d’espèce
La Cour de céans relève que, par arrêt 6B_138/2019 du 6 août 2019, le Tribunal
fédéral a admis, sur le principe et après analyse circonstanciée, la possibilité de
compenser une créance que l’Etat aurait contre un débiteur avec les indemnités
allouées à celui-ci et qui seraient issues de la même procédure pénale (voir con-
sid. 4.4). Le raisonnement de l’instance précédente ne prêtant pas le flanc à la
critique, la Cour de céans confirme donc ici le résultat auquel est parvenue la
Cour des affaires pénales à cet égard (voir SK.2019.46 consid. 15.9 s.), à savoir
le prononcé de la compensation, par imputation de la part restante après com-
pensation avec les frais de justice, de l’indemnité octroyée à A. en application de
l’art. 429 al. 1 let. a CPP avec la créance compensatrice.
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5. Maintien des séquestres
5.1 On peut s’étonner qu’à ce jour, malgré une créance compensatrice définitivement
validée en 2017, les séquestres soient toujours en cours et que leur réalisation
n’ait toujours pas été mise en œuvre.
5.2 En tout état de cause, la Cour constate, d’une part, que les séquestres ne sont
pas suffisants pour couvrir les créances compensatrices prononcées et, d’autre
part, que A. ne manifeste aucune volonté en lien avec leur remboursement.
5.3 Au vu de ce qui précède et étant considéré que cet élément n’est pas contesté à
ce stade, les séquestres sont maintenus.
6. Frais et indemnités
6.1 Frais
6.1.1 Les frais, hors procédure d’appel, et leur répartition sont d’ores et déjà entrés en
force (voir supra I. 2.2.4).
6.1.2 Les frais de la procédure de recours sont mis à la charge des parties dans la
mesure où elles ont obtenu gain de cause ou succombé (art. 428 al. 1,
1ère phrase CPP).
Le Tribunal pénal fédéral fixe dans un règlement (a) le mode de calcul des frais
de procédure; (b) le tarif des émoluments; (c) les dépens alloués aux parties et
les indemnités allouées aux défenseur d’office, aux conseils juridiques gratuits,
aux experts et aux témoins (art. 73 al. 1 LOAP).
Les frais de procédure comprennent les émoluments et les débours (art. 1 al. 1
du règlement du Tribunal pénal fédéral du 31 aout 2010 sur les frais, émolu-
ments, dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale [RFPPF;
RS 173.713.162]).
Les émoluments sont dus pour les opérations accomplies ou ordonnées par la
Police judiciaire fédérale et le MPC dans la procédure préliminaire, ainsi que par
la Cour des affaires pénales dans la procédure de première instance, par la Cour
d’appel dans celle d’appel et de révision, et par la Cour des plaintes dans les
procédures de recours selon l’art. 37 LOAP (art. 1 al. 2 RFPPF). Le montant de
l’émolument est calculé en fonction de l’ampleur et de la difficulté de la cause, de
la façon de procéder des parties, de leur situation financière et des frais de chan-
cellerie (art. 73 al. 2 LOAP ; art. 5 RFPPF). La fourchette des émoluments est de
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CHF 200 à 100'000 pour chacune des procédures suivantes : a. la procédure
préliminaire; b. la procédure de première instance; c. la procédure de recours
(art. 73 al. 3 LOAP ; art. 6 – 7bis RFPPF).
Les débours sont les montants versés à titre d’avance par la Confédération;
ils comprennent notamment les frais imputables à la défense d’office et à l’assis-
tance judiciaire gratuite, les frais de traduction, les frais d’expertise, les frais de
participation d’autres autorités, les frais de port et de téléphone et d’autres frais
analogues (art. 1 al. 3 RFPPF). Les débours sont fixés au prix facturé à la Con-
fédération ou payé par elle (art. 9 al. 1 RFPPF).
6.1.3 Au vu de la complexité de l’affaire, l’émolument est ici fixé à CHF 9'000.
6.1.4 Les conclusions de la défense visaient, d’une part, la réduction de la peine pro-
noncée à l’encontre de A., cette dernière devant finalement prendre la forme
d’une peine privative de liberté de 24 mois assortie du sursis complet, et, d’autre
part, le versement d’une indemnité qui ne serait que partiellement compensée.
6.1.5 Vu l’issue de la cause, les frais de procédure sont mis à la charge de l’appelant
à concurrence de 3/4, ce qui représente CHF 6'750. Le reste, soit CHF 2'250,
est laissé à la charge de la Confédération. Les frais relatifs au mandat d’inter-
prète de K., qui s’élèvent à CHF 1'533,70, sont également laissés à la charge de
l’État (voir CAR 9.501.001-005).
6.2 Indemnité pour la procédure d’appel
6.2.1 A teneur de l’art. 429 al. 1 let. a CPP, le prévenu acquitté totalement ou en partie
ou au bénéfice d’une ordonnance de classement a droit à une indemnité pour les
dépenses occasionnées par l’exercice raisonnable de ses droits de procédure.
Cette indemnité suppose que le recours à un avocat de choix et l’activité dé-
ployée par celui-ci soient justifiés (ATF 142 IV 45 consid. 2).
6.2.2 Dans les causes jugées par le Tribunal pénal fédéral, il convient d’appliquer le
RFPPF, lequel prévoit un tarif horaire de CHF 200 à 300.
6.2.3 En l’espèce, Me Grumbach a renoncé à produire une note d’honoraires.
La Cour considère pro aequo et bono qu’il aurait pu percevoir un montant de
CHF 10'000 pour la défense de A. si ce dernier avait entièrement obtenu gain de
cause, et ce en prenant en considération la journée d’audience du 24 jan-
vier 2022 et les déplacements y relatifs ainsi que les documents produits et leurs
traductions.
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Au vu de l’issue de la procédure, il se justifie dès lors de lui accorder une indem-
nité d’un montant de CHF 2'500, soit 1⁄4 de la somme précitée.
Cette indemnité est compensée avec les frais de procédure mis à la charge de
A. (art. 442 al. 4 CPP).
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