# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 3dc2b42f-4510-5b8e-925f-c80119121895
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2010
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Y_ S.A. (ci-après : Y_) est une société anonyme de siège à Genève. Selon son règlement du 1
er
octobre 2002, cette société exploite un établissement médical placé sous le contrôle et la surveillance d’un médecin répondant. Monsieur X_ en est l’administrateur et le médecin répondant.
2. Par courrier du 14 avril 2005, le Docteur Z_ s’est adressé à la commission de surveillance des professions de la santé (ci-après : la commission). Il souhaitait porter à la connaissance de cette dernière un cas manifeste d’administration abusive et répétée d’opiacés par les médecins de Y_.
Dans le cadre de sa pratique, il traitait un patient souffrant de « Cluster Headache », lequel avait une tendance connue à abuser des opiacés, notamment la péthidine. Grâce à une prise en charge médicale adéquate de plusieurs années, impliquant notamment le concours d’un psychiatre et d’un neurologue, le patient avait totalement renoncé à cette pratique dommageable pour sa santé. Les tendances toxicomaniaques à composante psychiatrique de ce patient étaient bien connues des services d’urgence à domicile, lesquels respectaient la démarche thérapeutique consistant à éviter de lui administrer des opiacés. Y_ avait toutefois radicalement modifié sa pratique. Invoquant une recrudescence des crises douloureuses lors de l’absence du médecin traitant pour vacances, le patient avait fait appel à de multiples reprises à Y_ afin de demander des injections de péthidine. A son retour, le médecin traitant avait pu constater que Y_ avait administré des injections de péthidine à ce patient à de très nombreuses reprises. Il était en possession d’une vingtaine de rapports émanant de Y_ à ce sujet et ce n’était probablement pas terminé. Tous ces rapports étaient signés par le responsable médical de Y_, à savoir le Dr X_, auquel la fréquence des injections d’opiacés chez ce patient connu n’avait pu échapper. Ce dernier avait eu recours à ce service « médical » jusqu’à cinq fois par jour et n’était plus capable d’assumer ses charges de famille et professionnelles. Plusieurs années d’efforts thérapeutiques étaient ruinées.
Ces pratiques étaient contraires aux règles de l’art médical, à la déontologie et aux principes économiques régissant les professions de la santé. De plus, elles portaient directement atteintes aux intérêts du patient. En effet, celui-ci obtenait une distribution à domicile d’opiacés quasiment gratuite.
En tant que médecin traitant de ce patient et plus généralement, en tant que praticien, il était révolté par les agissements de Y_, dont les priorités étaient de plus en plus étrangères à la médecine.
Il demandait à la commission de prendre les mesures qui s’imposaient afin de préserver la santé publique et d’éviter la dispensation désordonnée de stupéfiants par Y_.
Etaient joints à cette dénonciations quatre rapports que Y_ lui avait adressés le 13 avril 2005 concernant le patient en question. L’identité du patient était occultée pour des raisons de respect du secret médical.
3. Le 3 juin 2005, la commission a transmis au Dr X_ la dénonciation précitée lui impartissant un délai au 8 juillet 2005 pour faire valoir ses observations (cause n° 19/05/A).
4. M. X_ a adressé une première réponse à la commission le 17 juin 2005.
Le Dr Z_ citait un patient particulier dont il était le médecin traitant et voulait généraliser ce cas, ce qui pour Y_ n’était pas acceptable. Cette situation était d’autant plus inconfortable que le patient avait fait part à Y_ d’un conflit grave qu’il avait eu avec le Dr Z_ et qui avait dégénéré jusqu’à l’implication personnelle de l’épouse du patient.
Le 20 juin 2005, M. X_ a complété ses observations.
Y_ était confronté à des situation parfois rudes nécessitant l’usage de la péthidine. Le type de patients qu’incriminait le Dr Z_ présentait un état borderline et était rarement intégré à un lieu de soins. Y_ servait alors de passerelle à l’intérieur d’un cercle thérapeutique en général lâche ou entre ce cercle et les institutions spécialisées. Cela étant, certains cas chroniques avaient épuisé toutes les ressources connues. Le débat sur la prise en charge de tels patients avait toujours été vif. Pour sa part, il demandait que chaque collaborateur aborde cette situation en apportant la solution que le patient s’était librement choisie.
Quelques mois auparavant, il s’était entretenu de cet important sujet avec le président Pierre-François Unger, qui lui avait confirmé son impuissance à trouver une solution adéquate pour ces quelques patients qui hantaient généralement tous les lieux de soins. Ce problème n’avait pas échappé non plus aux assurances. Les cas étaient alors pris en considération par un médecin-conseil de l’assurance avec lequel Y_ entretenait une relation constructive.
5. Par courrier du 24 juin 2005, la commission a confirmé à M. X_ qu’elle attendait des explications pour la prise en charge médicale par Y_ du patient du Dr Z_.
6. M. X_ s’est déterminé le 7 juillet 2005.
De manière générale, le rôle de Y_ consistait à venir en aide à tous les patients, notamment lorsque ceux-ci étaient en rupture avec le cercle thérapeutique. Y_ poursuivait alors le traitement initié par le médecin que le patient s’était librement choisi ou s’efforçait de maintenir une alliance thérapeutique permettant de faire progresser ce dernier dans une prise en charge globale.
7. Le 30 août 2005, la commission a informé M. X_ que la sous-commission A chargée de la surveillance des médecins, avait réexaminé le dossier. A cette occasion, elle s’était étonnée de la répétition - sur une brève période - d’injections de péthidine à un seul patient, sans autres mesures de prise en charge. La commission persistait à demander à M. X_ des explications médicales motivées à ce sujet. En particulier, lorsque dans son rapport du 13 avril 2005, le collaborateur de Y_ indiquait que « le patient a fait appel à nos services quatre fois hier et c’est la troisième fois ce jour », cela signifiait-il que des administrations de péthidine, respectivement de morphine, avaient été faites à ce patient lors de chaque appel ?
8. Dans le délai imparti au 10 septembre 2005, M. X_ a présenté sa détermination.
Chaque intervention de Y_ faisait l’objet d’un rapport au médecin traitant. Dans le cas particulier, le Dr Z_ avait été tenu informé des interventions de Y_ auprès de son patient, surtout lors des périodes de crise. Il n’avait jamais fait part à Y_ de son opposition à suivre le traitement qu’il avait lui-même appliqué. Par ailleurs, ce dernier était parfaitement au courant du système informatique de directives anticipées de Y_ qui permettait la gestion de ces patients selon l’accord du cercle thérapeutique. Or, il n’y avait pas recouru.
Comme expliqué antérieurement, un différend avait surgi entre ce patient et son médecin traitant auquel Y_ n’entendait pas se mêler.
9. Le 30 août 2005, la commission a interpellé le service du pharmacien cantonal (ci-après : le pharmacien cantonal) sur la question de savoir si le suivi de l’utilisation des opiacés (péthidine chez Y_) était détaillé patient par patient.
10. Dans sa réponse du 12 septembre 2005, le pharmacien cantonal a confirmé que Y_, en tant qu’établissement médical, était habilité à commander des stupéfiants auprès de grossistes pour ses propres besoins et devait, dans ces conditions, tenir une comptabilité pour les stupéfiants. Concernant les prescriptions faites par les médecins au domicile des patients, seul un contrôle des ordonnances de stupéfiants établi par les pharmacies en fin de mois permettait de savoir ce qui avait été prescrit. Un contrôle rétroactif de celles-là n’était toutefois pas envisageable.
11. Par courrier du 26 octobre 2005, la commission a demandé des renseignements complémentaires au pharmacien cantonal.
Elle souhaitait que celui-ci procède à un contrôle spécifique de la comptabilité de Y_ concernant les opioïdes injectables et plus particulièrement la morphine et la péthidine sur les deux années passées, que celui-ci se renseigne auprès de l’office fédéral de la santé publique (ci-après : OFSP) pour connaître, pendant cette même période la commande globale de ces produits par Y_ et enfin qu’il procède à un contrôle prospectif des ordonnances de Y_ honorées par les pharmacies de la ville portant sur ces deux substances pour les deux mois à venir.
12. Le 9 décembre 2005, le pharmacien cantonal a fourni à la commission les renseignements demandés.
Au cours des deux dernières années, Y_ avait commandé auprès du grossiste Galexis les quantité suivantes :
Pour 2004
:
- 14 emballages de morphine HCI Amino 10 mg à 100 ampoules
- 9 emballages de péthidine 100 mg / 2 ml à 100 ampoules
Pour 2005 (jusqu’au 15 novembre 2005)
- 13 emballages de morphine 10 mg à 100 ampoules
- 22 emballages de péthidine 100 mg / 2 ml à 200 ampoules
S’agissant de la question de la gestion des stupéfiants, le pharmacien cantonal s’était rendu chez Y_ le 17 novembre 2005. Il n’existait qu’une comptabilité partielle des stupéfiants qui s’arrêtait à la prise d’ampoules dans le coffre-fort et permettait seulement de déterminer par qui, quand et combien d’ampoules avaient été prises dans le coffre. Il n’existait pas de comptabilité de la totalité des stupéfiants stockés chez Y_, ni une comptabilité spécifique à l’administration. Le pharmacien cantonal a demandé que cela soit mis en place.
Concernant la grande quantité de péthidine et de morphine utilisée par Y_, le responsable avait indiqué au pharmacien cantonal que Y_ faisait entre cinquante mille et cinquante cinq mille consultations par année et que certains patients figuraient dans leur fichier sous « patient remarquable » appelant fréquemment en urgence pour obtenir des injections de stupéfiants. En principe, dans des cas de ce genre, Y_ établissait un cadre thérapeutique avec le médecin traitant en définissant le nombre maximal de stupéfiants pouvant être administré lors de ses interventions.
Au sujet du contrôle mensuel des ordonnances à souche, le contrôle n’aboutira probablement à rien de concret car Y_ ne possédait pas un tel carnet.
13. Ce même 9 décembre 2005, le pharmacien cantonal s’est adressé à Y_ lui demandant de mettre en place une comptabilité où il était possible de connaître en tout temps les données concernant la quantité stockée des stupéfiants d’une part, et de retracer de manière plus spécifique les administrations de stupéfiants faites lors des interventions, d’autre part. Il était de plus nécessaire de vérifier régulièrement la concordance entre le stock réel et la comptabilité. Enfin, Y_ devait remplir l’inventaire annuel des stupéfiants, comme il le faisait pour la méthadone, en mentionnant tous les stupéfiants et lesquels il utilisait, péthidine et morphine comprises.
Enfin, le pharmacien cantonal avait constaté que des « blisters » étaient coupés afin de les utiliser comme « starter ». Cette pratique, ne permettant pas d’assurer la traçabilité de ces médicaments placés dans des mallettes d’urgence, n’était à l’heure actuelle plus acceptable.
14. Par courrier du 15 décembre 2005, Y_ a pris note des nouvelles exigences émises par le service déclarant qu’elle allait procéder comme il lui était demandé.
15. Le 4 mai 2006, M. X_ a transmis à la commission, pour information, un dossier intitulé « échange avec la direction de S_ », duquel il résultait notamment les éléments suivants :
Le 16 février 2006, Y_ avait fait notifier à S_ un commandement de payer de CHF 211'614,45 concernant des traitements effectués par Y_ au domicile de deux assurés de S_ depuis le mois de mars 2005.
Le 3 mars 2006, S_ avait réagi en s’adressant à Y_ relevant que les praticiens intervenaient quotidiennement, surtout depuis le mois de mars 2005, parfois jusqu’à cinq fois dans la même journée, pour procéder à des injections de péthidine. S_ était en possession d’environ huit cents factures pour deux patients pour des traitements effectués sur environ neuf mois. Considérant qu’il s’agissait d’une dérive, S_ avait décidé d’en informer le médecin cantonal ainsi que la direction de la santé publique.
16. Le 16 mai 2006, la direction générale de la santé du département de l’économie et de la santé, devenu depuis le 7 décembre 2009, le département des affaires régionales, de l’économie et de la santé (ci-après : le département) a transmis à la commission, pour raisons de compétence, copie du courrier précité du 3 mars 2006.
La commission a ouvert un dossier sous n° A/16/06.
17. Le 15 juin 2006, la commission a convoqué M. X_ ainsi que les deux patients mis en cause par S_ pour être auditionnés le 23 juin 2006.
D’entrée de cause, M. X_ a demandé la récusation du professeur Timothy Harding, ce qui a été accepté.
M. X_ a catégoriquement contesté que Y_ doive obtenir une autorisation au sens de l’art. 2 al. 2 du règlement concernant la prescription, la dispensation et l’administration de stupéfiants destinés au traitement des personnes dépendantes du 16 août 1978 (Rstup -
K 4 20.06
).
L’un des deux patients convoqués ne s’est pas présenté, sans excuses ni explications.
La seconde patiente s’est excusée par courrier du 25 juin 2006. Elle avait réceptionné à midi la convocation pour 10h00 du matin.
Depuis plusieurs mois, elle n’avait plus appelé Y_. Elle était suivie par un médecin spécialiste des problèmes de dépendance avec lequel elle avait convenu de ne plus jamais avoir à faire à cet organisme.
18. Le 3 novembre 2008, la commission a informé M. X_ que l’instruction des deux dénonciations était terminée et que celle-ci serait soumise à la prochaine séance plénière de la commission. Un délai au 10 novembre 2008 lui était imparti pour faire valoir un motif de récusation à l’encontre de l’un ou l’autre des membres de la commission dont la liste lui était communiquée.
19. La commission a établi son préavis le 13 novembre 2008.
Compte tenu du fait que les griefs soulevés dans les deux causes étaient le fait de la même entité, avaient fait l’objet d’une instruction parallèle et étaient en état d’être jugées au même moment, elles étaient jointes.
C’était bien l’attitude générale de Y_ instaurée par le recourant, en sa qualité de médecin répondant, face à des patients dépendants qui devait être examinée et non pas l’attitude professionnelle de chacun des médecins intervenus pour le compte de cette entité.
Comme le démontraient les statistiques du pharmacien cantonal, qui n’avaient pas été contestées par M. X_, Y_ avait prescrit des quantités énormes de stupéfiants, en l’occurrence de la péthidine, laquelle agissait particulièrement violemment, ce qui la rapprochait dans ses effets de l’héroïne. Selon les chiffres avancés par S_ concernant uniquement deux patients, Y_ était intervenu à plus de huit cents reprises en une seule année, parfois jusqu’à quatre ou cinq fois par jour, pour leur administrer de la péthidine et ce, pour un coût dépassant CHF 250'000.-.
La commission reprochait à M. X_ de refuser la responsabilité thérapeutique de patients dépendants alors que dans un même temps il leur avait prodigué un traitement d’entretien, selon ses propres termes, et qu’il n’avait pas contrôlé le suivi de telles prescriptions administrées sur une longue durée.
Il n’était pas tolérable, vu la quantité de stupéfiants prescrite en urgence et de manière répétitive, qu’aucune autorisation de prescription n’ait été sollicitée. M. X_ ne pouvait pas soutenir qu’il s’agissait-là d’interventions d’urgence qui lui permettraient d’échapper au régime de l’autorisation, vu le nombre considérable d’interventions auprès des mêmes patients et de leurs fréquences. A partir du moment où Y_ intervenait de manière régulière, l’établissement faisait de la substitution et des autorisations devaient donc être sollicitées auprès du médecin cantonal, conformément au Rstup. De telles autorisations servaient à réguler l’utilisation et la consommation de stupéfiants.
Y_ avait contrevenu de manière flagrante à la législation en vigueur avec comme conséquences possibles d’exposer des patients à des risques de surdosage dans le cas où ceux-ci bénéficieraient déjà d’un autre traitement de substitution.
La commission estimait que M. X_ en sa qualité de médecin répondant avait commis des agissements professionnels incorrects au sens de la loi sur l’exercice des professions de la santé, des établissements médicaux et diverses entreprises du domaine médical du 11 mai 2001 (LPS -
K 3 05
).
Les griefs revêtaient une gravité importante et étaient de nature à mettre en danger la santé publique. Dès lors la commission proposait au département d’infliger à l’intéressé un blâme et une amende de CHF 10'000.- au sens de l’art. 110 LPS, ce qui devrait permettre à M. X_ de revoir sa pratique à l’avenir.
20. Par décision du 17 décembre 2008, le président du département, sur la base du préavis de la commission, a prononcé un blâme et une amende de CHF 10'000.- à l’encontre de M. X_, en sa qualité de médecin répondant de Y_.
Il était reproché à M. X_ de refuser la responsabilité thérapeutique de patients dépendants alors que dans le même temps, Y_ avait prodigué un traitement dit d’entretien avec de la péthidine et que M. X_ n’avait pas contrôlé le suivi de telles prescriptions administrées sur une longue durée. Il n’était pas tolérable, vu la quantité de stupéfiants prescrite en urgence et de manière répétitive par Y_, qu’aucune autorisation de prescription pour des traitements de maintenance n’ait été sollicitée auprès du médecin cantonal, conformément au Rstup.
Y_, soit pour lui M. X_, avait contrevenu de manière flagrante à la législation en vigueur, avec comme conséquence possible d’exposer des patients à des risques de surdosage dans le cas où ceux-ci bénéficieraient déjà d’un autre traitement de substitution.
M. X_ avait commis des agissements professionnels incorrects au sens de la LPS.

## Considerations