# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c0401530-d034-4c32-90fd-d0edaeabbe46
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2005
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
La Commission communale de recours en matière d'impôts communaux et de taxes spéciales de Lausanne a statué le 24 novembre 2000 sur de nombreux recours dirigés contre la taxe de ramassage et de traitement des déchets pour 1997 et 1998. Sa décision a la teneur suivante:
"La Commission communale de recours en matière d'impôts communaux
et de taxes spéciales
constate
En faits
1) Les recourants sont tous entrepreneurs sur le territoire de la Commune de Lausanne et, pour la plupart, exploitants d'établissements publics.
2) Des bordereaux relatifs à la taxe d'enlèvement et de traitement des déchets pour l'année 1997, respectivement 1998, ont été notifiés par la Direction de la Sécurité sociale et de l'environnement de la Ville de Lausanne à chacun d'entre eux.
3) La législation municipale pertinente en la matière a changé en 1997. Effectivement, le Règlement sur la gestion des déchets du 25 avril 1996 (recte : 12 novembre 1996) a remplacé avec effet au premier janvier de l'année suivante un ancien Règlement pour l'enlèvement des ordures ménagères du 22 avril 1913 invalidé. Récemment, la législation fédérale traitant du sujet a également évolué (ces points seront développés dans la partie droit).
4) De précédents litiges avaient déjà opposé les parties, ou plus exactement un certain nombre parmi les recourants, à l'intimée, s'agissant, la dernière fois, de la finance d'enlèvement des déchets pour 1996. Saisie. la Commission de céans avait alors estimé, dans une décision du 15 décembre 1998, que les éventuels liens fondant la prestation communale considérée étaient de nature contractuelle. Elle s'était par conséquent proclamée incompétente et avait renvoyé la Ville à réclamer son dû par la voie civile ordinaire.
5) Il ressort des documents produits par l'intimée, basés sur les données d'exploitation 1997 du service d'assainissement, qu'en 1997 le CROM (Centre de ramassage des ordures ménagères) a collecté 42'208 tonnes de déchets urbains incinérables dont 41 '249 tonnes à Lausanne. Sur cette quantité 7'996 tonnes, soit environ 20 %, provenaient des entreprises. En outre l'UIOM (Usine d'incinération des ordures ménagères) a reçu 67 tonnes de déchets dits industriels.
Les chiffres du budget 1997 prévoyaient que les dépenses liées à la gestion des déchets atteindraient fr. 17'653'600.-- mais que les recettes ne se monteraient qu'à fr. 5'813'400.-- dont fr. 2'389'000.-- dérivant des taxes perçues des entreprises et qu'ainsi, à l'instar des années précédentes, un déficit substantiel prévaudrait. Le coût net de la gestion des déchets (c'est-à-dire le total des dépenses moins toutes les recettes non liées à la taxe sur les entreprises) s'élèverait à fr. 14'229'200.--, somme dont les 20 % correspondraient à fr. 2'845'840
6) Plusieurs entreprises privées telles Boschung évoluent dans le créneau du ramassage des déchets en pratiquant des prix semblables à ceux de la Commune même si leurs prestations s'avèrent légèrement différentes (passages plus fréquents et de nuit).
Les tarifs du service d'assainissement de la Ville sont édictés chaque année par la Municipalité (et approuvés par le Conseil d'Etat). Pour le ramassage et le traitement des déchets incinérables assimilables aux ordures ménagères, il était demandé aux entreprises, par tonne, fr. 285.-- en 1997 et fr. 306.-- en 1998 (augmentation due à la répercussion de la TVA) dans le cadre d'une prestation globale.
Lorsque les déchets urbains étaient directement livrés par les usagers aux installa- tions de traitement, les prix respectifs pour leur incinération seule en 1997 et 1998
s'élevaient à fr. 180.-- et à fr. 220.-- par tonne.
Le tonnage se définit d'après un questionnaire et, en cas de doute ou de contestation, par des pesages.
Il est à noter que certaines prestations publiques, telles le ramassage porte-à-porte ou la collecte en dehors des jours officiels, accomplies en faveur des entreprises, dont moult cafés-restaurants, excèdent ce qui est usuel et leur coût n'est pas repor- té sur les bénéficiaires.
7) Sur les 11'035 adresses d'entreprises recensées à fin 1997 sur le fichier créé par la police qu'utilisait le service d'assainissement de nombreuses entreprises n'ont pas été prises en compte car ne produisant pas de déchets ou les acheminant  ou via des transporteurs privés (242 dans ces deux derniers cas). Restaient 7'776 entreprises qui ont eu recours au service d'assainissement, toutefois seuls 6'280 bordereaux ont été envoyés parce que les différentes administrations fédérale, cantonale et communale (au total 439 adresses) ne recevaient qu'un bordereau centralisé chacun, et aussi parce que 1'057 filiales n'en ont pas réceptionnés, ceux-ci parvenant en droite ligne à la maison mère. Au surplus, l'intimée affirme n'avoir sciemment exonéré personne.
A cette époque, Lausanne comptait 123'295 habitants représentant quelque 65'000 ménages.
8) Un premier recours, suivi de nombreux autres, a été formé, le 25 août 1997, contre la taxe pour les déchets des entreprises. En substance, divers griefs y ont été progressivement avancés tenant notamment à la violation des principes d'égalité de traitement et de légalité, au non-respect de ceux d'équivalence et de couverture des coûts, voire au reproche fait à l'intimée de mener des pratiques constitutives de concurrence déloyale et de dumping. Ils seront repris et détaillés, un par un, dans la partie droit.
La Municipalité, dans ses déterminations successives, a conclu au rejet des recours.
10) Lors des auditions des parties, les recourants, représentés par Maître Peter Schaufelberger, avocat, ainsi que la Commune de Lausanne, représentée par Messieurs Ch. De Torrenté, chef du Service juridique et Th. Diserens, chef du Service d'assainissement, ont maintenu leurs positions et ont conclu respectivement à l'admission et au rejet du recours.
En droit
Recevabilité
En vertu de l'art. 9 de l'Arrêté d'imposition de la Commune de Lausanne pour les années 1997-1998, la Commission est compétente pour connaître des recours interjetés contre toute décision prise par l'Autorité communale pour les impôts propres à la Commune, les taxes communales de séjour et les taxes spéciales.
Dans le cas présent, les recours, largement motivés, ont été déposés en temps utile par un représentant habilité et se révèlent donc admissibles.
S'agissant d'un recourant particulier M. Johann Stadelmann, qui dit avoir recouru contre un rappel étant donné qu'il n'aurait pas reçu de bordereau originel, sa version sera retenue en sa faveur et son recours en conséquence examiné, faute de preuve du contraire rapportée par l'intimée.
A.) La problématique des déchets est dominée par un enchevêtrement de normes fédérales, cantonales et communales, par ailleurs en rapide et sensible évolution. Tout particulièrement, la loi fédérale du 7 octobre 1983 sur la protection de l'environnement (LPE), en vigueur dès le 1er janvier 1985, a subi deux modifications nettes depuis 1995, les 21 décembre 1995 et 20 juin 1997.
A l'origine, ladite loi prévoyait à l'art. 30 al. 1 que le détenteur de déchets doit les recycler, les neutraliser ou les éliminer selon les prescriptions de la Confédération et des cantons. Elle précisait ensuite que les cantons, chargés de surveiller cette élimination, avaient cependant à se débarrasser eux-mêmes ou par l'entremise des communes des ordures ménagères (art. 31). Avec la première modification précitée, dite disposition a été remplacée par une règle énonçant l'élimination par les cantons des déchets urbains (art. 31b), cette ultime notion, définie à l'art. 3 de l'ordonnance du 10 décembre 1990 sur le traitement des déchets (OTD), signifiant les déchets produits par les ménages et ceux de composition analogue. Un tel changement terminologique ne survint qu'en français, le texte allemand parlant dès l'abord de «Siedlungsabfälle».
Au cours de la seconde modification susmentionnée, une disposition traitant du financement de l'élimination des déchets urbains a été introduite, prévoyant explicitement que les cantons ont mandat d'opérer la suppression desdits déchets en répercutant les coûts, par le biais de taxes, sur leurs producteurs (art. 32a),
B) Deux autres règles originelles (générales) de la LPE appréhendent plus ou moins immédiatement cette matière, surtout sous l'angle pécuniaire, soit les art. 2 et 48. Le premier dit que « celui qui est à l'origine d'une mesure prescrite par la présente loi en supporte les frais » alors que le second retient que « entre autres les prestations spéciales prévues par la loi donnent lieu à la perception d'émoluments dont le montant est fixé notamment par les autorités compétentes désignées par le droit cantonal au niveau cantonal. »
C) A l'échelon vaudois, la loi sur la gestion des déchets du 13 décembre 1989 (LGD) est entrée en vigueur le 1er avril 1990, prenant le relais de normes similaires, pour l'essentiel, inscrites dans la loi cantonale de 1974 sur la protection des eaux. En principe, les communes continuent à hériter des tâches d'élimination des divers détritus, à raison de l'art. 10 al. 1 et 2 :
« Les communes sont tenues de collecter, de transporter et de traiter les déchets urbains et les boues d'épuration, conformément au plan de gestion des déchets. Sous réserve de l'article 18 ci-après, elles ont l'obligation de traiter les déchets solides provenant des entreprises.
Sauf convention contraire avec les communes, ces entreprises sont tenues d'assurer à leurs frais le transport de leurs déchets solides aux installations de traitement ».
Le législateur a utilisé à cette occasion le concept de déchets urbains qu'il a, en bref, circonscrit à l'art. 9 let. a de la manière suivante:
« ... les déchets, provenant des habitations et de leurs alentours, qui doivent être régulièrement traités dans l'intérêt de la propreté et de la salubrité (ordures ménagères). Leur sont assimilés les déchets dont la composition est semblable provenant de l'industrie, du commerce, des arts et métiers, des entreprises de services... à l'exclusion... et des déchets mentionnés à l'art. 18. »
D) D'un point de vue financier, l'art. 29 réserve la possibilité de percevoir des contributions communales en échange des services rendus en ces termes:
« Les communes peuvent percevoir; conformément à la loi sur les impôts communaux (art. 4), des taxes spéciales pour couvrir les frais de ramassage, de transport, de traitement ou d'élimination des déchets urbains. Ces taxes peuvent être perçues proportionnellement à la quantité de déchets produits. »
De son côté, l'art. 4 de la loi cantonale sur les impôts communaux du 5 décembre 1956 (LIC) dispose dans les grandes lignes que des taxes spéciales, fondées sur des règlements approuvés par le Conseil d'Etat, peuvent être perçues par les communes en contrepartie de prestations ou avantages déterminés ou de dépenses particulières, à condition d'être réclamées aux bénéficiaires de l'activité étatique et d'être proportionnées à celles-ci.
E) Sur le plan lausannois, enfin, le règlement sur la gestion des déchets du 25 avril (recte 12 novembre) 1996 (RGD), approuvé par le Conseil d'Etat le 18 décembre 1996, trouve application sur ce thème depuis le 1 er janvier 1997. Il différencie aux art. 3 et 4 les ordures ménagères, soit les déchets provenant des habitations et de leurs alentours, qui doivent être régulièrement traités dans l'intérêt de la propreté et de la salubrité et les déchets des entreprises, savoir les déchets assimilables aux ordures ménagères, produits par l'industrie, le commerce, l'artisanat, les arts et métiers, les entreprises et les prestataires de services. Alors que la première catégorie de déchets est transportée par le service d'assainissement jusqu'aux installations communales de traitement, la seconde peut y être amenée, moyennant requête, par les producteurs eux-mêmes ou des tiers qu'ils choisissent (art. 10 et 16 RGD).
F) S'attachant au volet du financement, les art. 26, 27 et 29 RGD pris ensemble stipulent, grosso modo, que la commune peut percevoir une taxe annuelle, proportionnelle au tonnage moyen des déchets produits, auprès des entreprises qui recourent au service d'assainissement, la Municipalité étant compétente pour en arrêter le montant pour peu qu'il n'excède pas fr. 700.-- par tonne s'agissant du ramassage et du traitement ou fr. 500.-- par tonne pour le seul traitement. Les tarifs annuels ont été détaillés auparavant (voir partie en faits point 6).
G) Le Tribunal administratif vaudois dans un arrêt du 4 novembre 1998 (cas X et six consorts c/ Chavornay c. 2b), confirmé le novembre 1999 par le Tribunal fédéral, a modifié sa jurisprudence antérieure selon laquelle apparemment les déchets urbains des entreprises, qu'il qualifiait de résidus industriels et artisanaux, étaient assimilés à leurs déchets solides pour le transport desquels seul un prix contractuel pouvait être exigé mais non une taxe prélevée par la commune vu l'art. 10 al. 2 de la LGD (ainsi encore dans l'arrêt du 31 octobre 1996 in RDAF 19981 50 c. 3). Dorénavant la cour estime clairement que la notion de déchets urbains (telle que définie à l'art. 9 LGD), soit les déchets d'entreprise semblables aux ordures ménagères, à l'instar de ceux générés par les établissements publics, ne saurait être incorporée à celle de déchets solides, qui devient résiduelle. Dès lors la perception de taxes est possible mais non obligatoire en vertu du droit cantonal (art. 29 LGD), autant pour le transport que pour le traitement des déchets urbains, le critère de facturation pouvant être celui de la quantité de détritus produits.
H) Dans le cas présent, le RGD (art. 27, 29 et tarif), conformément à la législation vaudoise précitée, a opté pour une taxe s'étendant à l'ensemble du cycle d'élimination, déterminée en fonction de la quantité de déchets d'entreprise à neutraliser. Ces textes ont, de surcroît, à chaque fois été approuvés par le gouvernement cantonal, si bien qu'une violation du principe de la légalité, grief que les recourants paraissent avoir abandonné, ne saurait être retenue.
I) La taxe discutée se range dans les contributions causales rattachées à une prestation étatique (ATF 111 la 324, JT 1987 1 625 c. 7; Xavier Oberson, Droit fiscal suisse, Bâle 1998, n. 6 p. 24 ; Marc-Olivier Buffat, Les taxes liées à la propriété foncière, en particulier dans le canton de Vaud, Lausanne 1989, p. 49). Plus précisément, elle incarne la contrepartie d'une prestation destinée à compenser l'avantage qu'un administré retire du recours à un service public de gestion et de traitement des déchets (arrêt fédéral in RDAF 1999 1 94 c. 3a ; arrêt vaudois Chavornay déjà cité c. 3a). Même si la participation financière exigée pourrait jusqu'à un certain point être mesurable à l'aune du service fourni, les principes de couverture des coûts (ou des frais) et d'équivalence s'appliquent en matière de taxes ou émoluments d'utilisation, car l'avantage retiré par chaque bénéficiaire d'une activité étatique se révèle souvent malaisé à circonscrire, ainsi dans l'hypothèse de l'enlèvement des ordures (RDAF 1999 précité). A l'intérieur de ces limites, le législateur communal jouit cependant d'une large marge de manœuvre (ATF 109 la 325 c. 4 ; RDAF 1977 117 c. 3).
S'agissant du principe de la couverture des coûts, il postule que l'ensemble des recettes ne dépasse pas, ou que très peu, le total des dépenses, frais généraux inclus, du secteur administratif concerné. Ne posant qu'une limite générale, il tolère qu'une compensation s'effectue entre les affaires les plus importantes et celles, minimes, où un dédommagement n'est guère concevable (ATF 124 111 c. 6c; 121 1230 c. 3f; Danielle Yersin, L'égalité de traitement en droit fiscal, in RDS 1992 Il, pp 145 ss, spéc. n. 35 p. 173). La jurisprudence a par ailleurs toujours admis un certain schématisme dans le choix des critères permettant de cerner la valeur d'une prestation fournie par une collectivité (ATF 103 la 230 cons. 4a; 1091a 325; 1081a 114).
L'article 32a LPE précise la nature des charges financières à considérer lors du calcul de la taxe qui peut être réclamée à ceux qui sont à l'origine des déchets.
« Le montant des taxes est fixé en particulier en fonction :
a. du type et de la quantité de déchets remis;
b. des coûts de construction, d'exploitation et d'entretien des installations d'élimination des déchets;
c. des amortissements nécessaires pour maintenir la valeur du capital de ces installations,
d. des intérêts;
e. des investissements prévus pour l'entretien, l'assainissement et le remplacement de ces installations, pour leur adaptation à des exigences légales ou pour des améliorations relatives à leur exploitation. »
La taxe mise en œuvre pour l'année 1997, dans le cadre du nouveau règlement communal, a été calculée sur la base du budget établi pour cette année-là. Les expériences réalisées en 1995 et 1996 lors de la perception d'une finance d'enlèvement des déchets fondée sur une étude économétrique ont été également mises à profit pour arrêter le montant de fr. 285.-- la tonne (hors TVA).
Il est évident que les données fournies par les comptes définitifs 1997 et 1998 ne pouvaient servir au calcul de la taxe qui est bien antérieur à leur clôture. Lors de l'instruction, la commission a cependant tenu à examiner les comptes de fonction- nement en cause afin de s'assurer que la taxe fondée sur le budget n'est pas manifestement sans commune mesure avec les charges réelles du service concerné nonobstant les résultats positifs enregistrés ensuite de mesures de rationalisation introduites dans le Service d'assainissement.
Dans le cadre de cet examen, il est apparu que l'organisation comptable de l'intimée ne permet pas de faire apparaître facilement les coûts et produits particuliers du secteur des entreprises. Les données utiles dans un tel contexte sont imprécises ou incertaines comme, notamment, le fait que, sous rubriques 6501.1 « Ramassage des ordures » et 6501.2 « incinération des déchets », le compte 434.02, intitulé respectivement «prestation facturées à des tiers-enlèvements commerces, industries, etc. » et « taxes facturées par le CROM », englobe d'autres ressources que celles provenant de la taxe querellée, ou encore que le tonnage global traité par la Ville pour le secteur des entreprises comprend des déchets évacués par des particuliers lors des ramassages effectués pour les commerces. En outre, le montant de la taxe a été estimé sur la base du volume des déchets déclaré annuellement par les entreprises au moyen d'un questionnaire. Bien qu'il soit techniquement possible de peser, lors des prises en charge, la quantité exacte de déchets enlevée auprès de chaque producteur, la commune de Lausanne n'est pas obligée d'appliquer une méthode compliquée et coûteuse aggravant notablement les charges répercutées sur les usagers.
Dès lors, les chiffres énoncés par la Ville de Lausanne, tirés des comptes de fonctionnement 1997 et 1998 (éléments publiés) et des données d'exploitation analytiques fournies, incorporant partiellement des charges de gestion et de direction, ainsi que des intérêts sur un crédit d'étude pour le remplacement des installations (Tridel), ont été retenus par la commission, qui se réfère aux termes de l'article 32a LPE, pour être analysés sous l'angle d'un calcul de prix unitaire.
Le prix de revient de la tonne de déchets traitée est ainsi déterminé en divisant les charges nettes totales par le tonnage global traité. Cela quand bien même ces chiffres sont critiqués par les recourants comme étant sans rapport avec les prestations fournies et provenant de comptes qui ne répondent pas, selon eux, à la notion de praticabilité que les administrés sont en droit d'attendre de comptes publics.
Il apparaît toutefois vraisemblable que les charges des seules entreprises, si elles étaient distinguées comptablement par la méthode analytique, ne différeraient guère de celles des ménages, voire seraient même plus élevées, car les entreprises bénéficient de prestations accrues (partie en faits point 6 al. 4 et en droit lettre M), non incorporées dans la taxe actuelle. En outre, le coût des moyens propres à assurer cette distinction devrait être porté en compte.
Les recourants se plaignent de ce que les chiffres du compte de fonctionnement ne permettent pas d'établir de prime abord le rapport entre le coût de la prestation et son report sur les entreprises. Ils décèlent une distorsion de quelque 15 % entre le résultat obtenu en divisant le montant du compte « 434.02 Enlèvement commerces, industries etc. » par le prix unitaire officiel de la tonne de déchets ramassés pour l'année 1997, soit fr. 142.25, et en comparant le tonnage obtenu à celui indiqué par l'autorité intimée. La commission a constaté, comme expliqué plus haut, que le compte incriminé enregistre également d'autres produits que celui de la taxe contestée. Il englobe des factures ponctuelles adressées à toutes les catégories d'usagers, hors du contexte de la perception de la taxe, pour des prises en charge spéciales, ainsi que le produit de prestations fournies à des entreprises ou collectivités importantes sises hors Lausanne (EPFL, UNIL notamment).
Le volume de déchets incinérables, de 7'996 tonnes, auquel il faut ajouter 2'423 tonnes de déchets recyclables, soit au total 10'419 tonnes, communiqué par la Ville de Lausanne, ne concernant que celui des entreprises lausannoises sujettes à la taxe, le raisonnement soutenu par les recourants est inadéquat et ne peut pas être accueilli.
Les regroupements de données comptables nécessaires pour respecter le degré légal de publicité des comptes ne permettent certes pas à l'usager de vérifier aisément le respect du principe de la couverture des coûts, ce qui paraît être le cas égaiement pour nombre de collectivités publiques percevant des taxes. Toutefois, les données et les explications qu'un tiers pourrait souhaiter dans le cadre du contrôle de la constitutionalité de la taxe, en sus des éléments comptables et tarifs publiés, peuvent être obtenues auprès de l'administration. Aussi la commission considère-t-elle que l'obligation faite par l'art. 32 a LPE de fournir au public les bases de calcul qui servent à fixer le montant des taxes est respectée. Partant, le grief de non praticabilité soulevé par les recourants est rejeté.
La taxe incriminée est la contrepartie d'une prestation globale - telle qu'indiquée dans le tarif publié par la Ville sous rubrique « I Ramassage des déchets urbains (CROM) --A Déchets incinérables » - incluant la collecte, le transport, le traitement et l'élimination des déchets urbains produits par les entreprises. A ce titre, il est erroné d'en séparer les composantes pour en tirer des conclusions en matière de respect du principe de la couverture des frais.
La commission retient donc les coûts comptables unitaires de fr. 281.25 pour 1997 et de fr. 285.05 pour 1998. Comparés au montant de la taxe, de fr. 285.--, il en ressort respectivement un bénéfice de fr. 3.75 et une perte de fr. 0.05. Le montant positif dégagé, de quelque 1,3%, est en accord avec la notion de bénéfice admis dans l'application du principe examiné.
Une violation du Règlement du 14 décembre 1979 sur la comptabilité des communes, art. 27f, qui prescrit l'inscription au passif du bilan des fonds alimentés par des recettes affectées est reprochée à la commune. Ce constat ne porte cependant pas préjudice aux recourants.
Quand bien même la Ville de Lausanne a reconnu un caractère incitatif à la prétention contestée, celle-ci a bien le caractère d'une taxe et le faible bénéfice réalisé pour 1997 ne permet pas de l'envisager sous l'angle de l'impôt d'affectation, lequel emporte la notion de généralité alors qu'il est admis qu'une taxe ne soit perçue qu'auprès d'une catégorie de bénéficiaires.
K) Quant au principe de l'équivalence, traitant du lien entre la prestation étatique individuelle et sa rémunération, il signifie que la contribution requise de l'assujetti ne doit pas être en disproportion manifeste avec la valeur objective du service que la collectivité lui a fourni et demeurer, en tout état de cause, dans des limites raisonnables (ATF 122 1 279 c. 6c ; Yersin, op. cit., n. 36 pp. 173-174). Dans l'élaboration des tarifs, un certain schématisme, dicté par un souci de simplification et aisément compréhensible, trouve toutefois sa place s'il ne crée pas de discrimination dépourvue de base légale (ATF 125 1 182 c. 4h ; 109 la 325 c. 5 ; arrêt vaudois Chavornay déjà cité c. 3a bb ; André Grisel, Traité de droit administratif suisse, Neuchâtel 1984, p. 612).
L) En l'espèce, la somme acquittée par chaque entreprise apparaît en rapport avec le volume de ses déchets urbains pris en charge par le service d'assainissement, ceci par le biais d'un tarif conçu proportionnellement au tonnage. Qui plus est, l'existence d'une concurrence privée, formée par cinq ou six sociétés de transport, sur le marché de l'enlèvement des déchets assure la régulation des prix souhaitable du point de vue des utilisateurs.
Se pose ensuite la question de l'égalité de traitement entre les entrepreneurs (dont les restaurateurs) qui sont taxés sur l'enlèvement et le traitement de leurs déchets et les particuliers qui ne le sont pas.
Selon la jurisprudence et la doctrine, un arrêté ou une décision viole le principe de l'égalité de traitement lorsqu'il établit des distinctions juridiques qui ne se justifient par aucun motif raisonnable au regard de la situation de fait à réglementer ou lorsqu'il omet de faire des distinctions qui s'imposent au vu des circonstances, c'est-à-dire lorsque ce qui est semblable n'est pas traité de manière identique et ce qui est dissemblable ne l'est pas de manière différente. Il faut que le traitement différent ou semblable injustifié se rapporte à une situation de fait importante (ATF 125 I 1 c. 2b aa; 122 1 305 c. 6a). Ce principe s'applique aussi aux contributions publiques mais avec des réserves aux contributions causales, notamment en ce sens que les avantages particuliers dont bénéficient les administrés doivent être reflétés dans l'imposition (Blaise Knapp, Précis de droit administratif, 4ème éd., Bâle 1991, n. 2832 et 2835 p. 584).
S'agissant du domaine des déchets, dans une optique d'égalité de traitement, le principe de causalité contenu dans l'art. 2 de la LPE ne nécessite pas, en lui-même, la taxation de tous les producteurs de déchets, pas plus qu'il n'exige uniquement une répartition des frais en fonction de la quantité effective des déchets produits (arrêt cantonal Chavornay déjà cité c. 2 d) cc, 3 a) bb et 3 b) bb) bbb en corrélation).
M) Dans le présent cas, il sied d'abord de remarquer que le législateur a délibérément différencié les entreprises et les particuliers dans la LGD, quant au ramassage des déchets. Partant, il paraît également possible de les appréhender différemment au niveau de la taxation, d'autant plus que le droit fédéral, en tout cas à l'époque, ne réclamait pas l'imposition de tous les pollueurs ou producteurs de déchets, comme semble le suggérer le nouvel art. 32a LPE (lui-même non directement applicable selon la doctrine actuelle [Peter Steiner, Die Umsetzung des Verursacheprinzips durch das Umweltschutzrecht, Zurich 1999, pp. 104, 298] ; sur le caractère programmatoire de la norme encore plus générale qu'incarne l'art. 2 LPE voir aussi la jurisprudence, dernièrement ATF 123 1 248, JT 1999 1 80 c. 3c), entré en vigueur en novembre 1997, pour la transposition duquel les cantons, puis les communes, doivent toutefois bénéficier d'un temps d'adaptation.
A ce propos, dans une autre matière sensible constituée par l'égalité des sexes, un laps de temps d'une année, comme ici, a été jugé notoirement insuffisant pour pro- céder à l'alignement des prescriptions de rang inférieur (A TF 123 1 56, JT 1999 1 522 c. 3b).
Au demeurant, même si le Tribunal fédéral, dans un arrêt récent (DEP 1998 pp. 520 ss c. 5d bb = Zbl 1999 pp. 423 ss), a assimilé plus étroitement les déchets des entreprises à ceux des familles donnant l'impression de se satisfaire du critère de la composition, assez semblable entre les cafés-restaurants et les ménages, et ne plus attacher autant d'importance à celui du volume, en règle générale la quantité produite par un établissement public dépassant celle d'une unité domestique, il convient, en l'état, d'entériner la distinction opérée par la réglementation communale entre ces deux catégories. En effet, les acteurs économiques disposent de possibilités accrues, en comparaison des simples consommateurs, pour agir sur leurs déchets en les réduisant, les triant ou les valorisant, par exemple dans le choix des processus de fabrication ou la diminution des emballages, là où le particulier ne peut que renoncer à une acquisition. Il ne faut pas non plus oublier que maintes entreprises, dont passablement de cafés-restaurants, bénéficient de prestations personnalisées de la part du service d'assainissement qui vont au-delà de ce qui est effectué en faveur des utilisateurs privés. Ainsi leurs déchets sont ramassés porte-à-porte ou en dehors des jours officiels de ramassage.
Au surplus, une éventuelle exonération de certaines entreprises a été démentie par l'établissement des faits (partie en faits point 7).
N) En dernier lieu, il est reproché par les recourants à l'intimée de s'adonner à une pratique des prix constitutive de dumping et de concurrence déloyale.
Outre le fait que les articles et lois invoqués ne s'appliquent pas à une entité politique telle une commune accomplissant une tâche d'intérêt public (maintien de la propreté et de la salubrité sur son territoire), la présente argumentation se révèle antinomique avec celle développée en rapport avec la couverture des coûts. De toute façon, la commune n'a pas dépassé dans l'établissement de son tarif les limites que lui assignaient l'art. 4 LIC.

## Considerations