# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** ab1d1f59-dc0b-5774-b45f-b322609f6d73
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2020
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
En temps utile, A_ a formé appel du jugement du 13 novembre 2019, par lequel le tribunal de police l'a reconnue coupable d'injures (art. 177 al. 1 du code pénal [CP]) et d'utilisations abusives d'une installation de télécommunication
(art. 179
septies
CP), l'a condamnée à une peine pécuniaire de 50 jours-amende à
CHF 30.- l'unité, assortie du sursis avec délai d'épreuve de trois ans, ainsi qu'à une amende de CHF 300.-, s'agissant du délit. La contravention a été sanctionnée d'une amende de CHF 600.-.
b.
A_ conclut à son acquittement de la contravention et à l'exemption de peine s'agissant des injures.
c.
Selon l'ordonnance pénale du 17 mai 2019 valant acte d'accusation, il est reproché à A_, d'avoir, à Genève :
· le 14 mars 2018, porté atteinte à l'honneur de C_, en le traitant notamment de
« fils de pute
» ;
· le 15 mars 2018, tenté de joindre C_ sur son téléphone portable à environ 100 reprises, et sur son lieu de travail à environ 60 reprises, alors qu'il lui avait répondu une fois en lui demandant d'arrêter de prendre contact avec lui ;
· les 26 et 27 juillet 2018, appelé à une soixantaine de reprises C_ et lui avoir laissé un message vocal dont la teneur est la suivante: «
mon pédé, tu as appelé la police hier pour qu'ils t'enculent ? Tu es vraiment très lâche, très pédé, tu as été satisfait. En plus d'être cocu, tu es pédé, tu es très stupide !
» ;
· le 29 août 2018, appelé à réitérées reprises en numéro masqué C_ ;
· depuis le 1
er
trimestre de l'année 2018, jusqu'au 2 août 2018 à tout le moins, téléphoné à de très nombreuses reprises sur le lieu de travail de C_, en demandant à lui parler ;
· le 10 février 2019, entre 03h29 et 04h17, tenté de joindre C_ sur son téléphone portable à 23 reprises.
B.
L'appelante ne conteste pas les faits tels que retenus par le premier juge, qui seront dès lors résumés ci-après, en renvoyant pour le détail au jugement entrepris (art. 82 al. 4 du code de procédure pénale [CPP]) :
a.
C_ et A_ ont entretenu une relation sentimentale qui a pris fin. A partir de mars 2018, les deux parties ont déposé différentes plaintes. Celle de A_ a fait l'objet le 17 mai 2019 d'une décision de classement entrée en force.
b.
Les trois plaintes de C_ ont été déposées pour les faits retenus dans l'ordonnance pénale du 17 mai 2019. Elles sont accompagnées de pièces, notamment de relevés des journaux d'appels reçus sur son téléphone et d'une attestation de son employeur.
c.
A_ a régulièrement fait défaut aux convocations du Ministère public (MP) et de la police. Lorsqu'elle a pu être entendue, elle a initialement admis être l'auteure d'appels masqués - tout en en contestant le nombre - avant de se rétracter. Elle a également admis avoir tenu des propos injurieux, en situant toutefois ces injures dans le cadre d'un échange de tels propos, et contestant avoir employé l'expression «
fils de pute
». Elle a expliqué avoir eu peur de C_.
C. a.
La Chambre pénale d'appel et de révision (CPAR) a ordonné la procédure écrite avec l'accord des parties (art. 406 al. 2 CPP).
b.
A_, par son avocat, invoque l'art. 177 al. 2 CP. Les injures proférées l'étaient en réponse à des injures du plaignant, et ne devaient donc pas faire l'objet d'une sanction mais d'une exemption de peine au sens de cette disposition. Par ailleurs, les appels répétés n'étaient motivés ni par la méchanceté, ni par l'espièglerie, et l'art. 179
septies
CP n'était donc pas applicable à son comportement.
c.
Le MP se réfère au jugement entrepris et conclut au rejet de l'appel.
d.
C_ conclut au rejet de l'appel et à l'octroi d'une indemnité de CHF 2'475.-, correspondant à cinq heures et demie d'activité d'avocat chef d'étude, pour ses dépenses indispensables en appel.
e.
Par courriers de la CPAR du 2 juin 2020, auxquels elles n'ont pas réagi, les parties ont été informées que la cause serait gardée à juger à l'échéance d'un délai de dix jours.
D.
A_ est née le _ 1973, de nationalité portugaise, divorcée, sans enfant à charge. Elle est titulaire d'un permis B et est au bénéfice de prestations de l'Hospice général qui prend en charge son loyer et son assurance-maladie et lui verse environ CHF 1'200.- net par mois, montant qui est majoré si elle suit des stages. Elle allègue des dettes pour environ CHF 4'000.- à 5'000.-.
L'extrait de son casier judiciaire suisse est vierge.
E.
M
e
B_, défenseur d'office de A_, dépose un état de frais pour la procédure d'appel, comptabilisant, sous des libellés divers, 2 heures et 42 minutes d'activité de chef d'étude, dont 30 minutes pour la rédaction et l'envoi de la déclaration d'appel.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
L'appel est recevable pour avoir été interjeté et motivé selon la forme et dans les délais prescrits (art. 398 et 399 CPP).
La Chambre limite son examen aux violations décrites dans l'acte d'appel (art. 404 al. 1 CPP), sauf en cas de décisions illégales ou inéquitables (art. 404 al. 2 CPP).
2.
2.1.
Se rend coupable d'injure celui qui aura, par la parole, l'écriture, l'image, le geste ou par des voies de fait, attaqué autrui dans son honneur (art. 177 al. 1 CP).
Alors que la diffamation (art. 173 CP) ou la calomnie (art. 174 CP) supposent une allégation de fait, un jugement de valeur, adressé à des tiers ou à la victime, peut constituer une injure au sens de l'art. 177 CP. L'honneur protégé correspond alors à un droit au respect formel, ce qui conduit à la répression des injures dites formelles, tels une expression outrageante, des termes de mépris ou des invectives (ATF
128 IV 53
consid. I/A/1/f/aa, p. 61 et les références citées ; arrêts du Tribunal fédéral
6B_794/2007
du 14 avril 2008 consid. 3.1 et
6B_811/2007
du 25 février 2008 consid. 4.2).
L'art. 177 al. 2 CP permet au juge d'exempter l'auteur d'une injure de toute peine si l'injurié a directement provoqué l'injure par une conduite répréhensible. Il s'agit d'une faculté, non d'une obligation (ATF
109 IV 39
consid. 4b
in fine
p. 43). Le juge peut ou non exempter l'auteur de toute peine, mais il peut aussi se limiter à atténuer cette dernière. Il dispose à cet égard d'un large pouvoir d'appréciation (arrêt du Tribunal fédéral
6B_640/2008
du 12 février 2009 consid. 2.1).
Le juge ne peut faire usage de la faculté que lui réserve l'art. 177 al. 2 CP que si l'injure a consisté en une réaction immédiate à un comportement répréhensible de l'injurié, qui a provoqué chez l'auteur un sentiment de révolte. Il peut s'agir d'une provocation ou d'un autre comportement blâmable. Celui-ci ne doit pas nécessairement viser l'auteur de l'injure ; une conduite grossière en public peut suffire (ATF
117 IV 270
consid. 2c p. 273 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_87/2013
du 13 mai 2013 consid. 4.4). L'auteur doit avoir agi sous le coup de l'émotion provoquée par la conduite répréhensible de l'injurié, sans avoir eu le temps de réfléchir tranquillement (ATF
83 IV 151
; arrêt du Tribunal fédéral
6B_87/2013
du 13 mai 2013 consid. 4.4).
2.2.
L'art. 179
septies
CP prévoit que celui qui, par méchanceté ou par espièglerie, aura utilisé abusivement une installation de télécommunication pour inquiéter un tiers ou pour l'importuner sera, sur plainte, puni d'une amende.
Cette disposition protège le droit personnel de la victime à ne pas être importunée par certains actes commis au moyen d'une installation de télécommunication (cf. ATF
121 IV 131
consid. 5b p. 137), notamment du téléphone. L'utilisation de ce moyen de télécommunication est abusive lorsqu'il apparaît que l'auteur ne tend pas vraiment à une communication d'informations ou de pensées, mais emploie plutôt le téléphone dans le but d'importuner ou inquiéter la personne appelée.
Selon la jurisprudence (cf. ATF
126 IV 216
consid. 2b/aa p. 219 s.), les téléphones inquiétants et importuns doivent atteindre une certaine gravité minimale sur le plan quantitatif et/ou qualificatif, pour constituer une atteinte à la sphère personnelle de la victime punissable pénalement au sens de l'art. 179
septies
CP. En cas d'atteintes légères ou moyennes à la sphère personnelle causées par l'usage du téléphone, la limite de la punissabilité exige une certaine quantité d'actes. La question du nombre d'appels nécessaire pour admettre une utilisation abusive d'une installation de communication, dépend des circonstances du cas d'espèce et ne peut pas être déterminée de façon abstraite (arrêt du Tribunal fédéral
6B_1088/2015
du 6 juin 2016 consid. 2.1).
Il y a méchanceté lorsque l'auteur commet l'acte répréhensible parce que le dommage ou les désagréments qu'il cause à autrui lui procurent de la satisfaction. Quant à l'espièglerie, elle signifie agir un peu follement, par bravade ou sans scrupule, dans le but de satisfaire un caprice momentané (ATF
121 IV 131
consid. 5b p. 137 ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_441/2016
du 29 mars 2017 consid. 5.1).
2.3.1.
En l'espèce, l'appelante ne conteste pas le caractère injurieux des propos qu'elle a tenus à l'égard de l'intimé. C'est en vain qu'elle invoque une provocation de la part de l'intimé, provocation qui ne ressort d'aucun élément de la procédure. Elle ne démontre en particulier aucun propos ni message injurieux qui auraient expliqué ce qu'elle tente de décrire comme une réaction. En particulier, le message vocal de juillet 2018 semble motivé par le fait que l'intimé avait déposé plainte, ce qui n'est évidemment pas constitutif d'une provocation au sens de l'art. 177 al. 2 CP.
Faute d'avoir démontré l'existence d'une provocation de la part de l'intimé, l'appelante se prévaut en vain de l'art. 177 al. 2 CP. Le verdict de culpabilité et le prononcé d'une peine pour injures doivent donc être confirmé.
2.3.2.
L'appelante conteste tout aussi vainement la réalisation des conditions de l'art. 179
septies
CP. Elle ne remet à raison plus en question le nombre d'appels effectués, ni être l'auteur des appels masqués adressés à l'intimé. La motivation invoquée - la peur ou la provocation de l'intimé - est farfelue : on ne comprend pas en quoi des appels incessants sont susceptibles de mitiger la crainte qu'elle affirme ressentir pour son correspondant. Au surplus, la provocation n'est pas plus démontrée. Au contraire, les appels intempestifs et importuns, répétés parfois plusieurs dizaines de fois par jour jusqu'auprès de l'employeur de l'intimé, ne s'expliquent en réalité que par une volonté de nuire, partant, par méchanceté.
L'appel doit donc également être rejeté en tant qu'il porte sur le verdict de culpabilité d'infraction à l'art. 179
septies
CP.
3. 3.1.
L'appelantene s'exprime pas sur la peine prononcée. La CPAR doit néanmoins statuer sur ce point.
Selon l'art. 47 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'auteur. Il prend en considération les antécédents et la situation personnelle de ce dernier ainsi que l'effet de la peine sur son avenir (al. 1). La culpabilité est déterminée par la gravité de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures (al. 2).
La culpabilité de l'auteur doit être évaluée en fonction de tous les éléments objectifs pertinents, qui ont trait à l'acte lui-même, à savoir notamment la gravité de la
lésion, le caractère répréhensible de l'acte et son mode d'exécution (
objektive Tatkomponente
). Du point de vue subjectif, sont pris en compte l'intensité de la volonté délictuelle ainsi que les motivations et les buts de l'auteur (
subjektive Tatkomponente
). À ces composantes de la culpabilité, il faut ajouter les facteurs liés à l'auteur lui-même (
Täterkomponente
), à savoir les antécédents (judiciaires et non judiciaires), la réputation, la situation personnelle (état de santé, âge, obligations familiales, situation professionnelle, risque de récidive, etc.), la vulnérabilité face à la peine, de même que le comportement après l'acte et au cours de la procédure pénale (ATF
142 IV 137
consid. 9.1 ;
141 IV 61
consid. 6.1.1). L'art. 47 CP confère un large pouvoir d'appréciation au juge (ATF
144 IV 313
consid. 1.2).
3.2.
En l'espèce, la faute de l'appelante n'est pas négligeable. Dans une situation de rupture sentimentale, elle a laissé libre cours à sa colère et a procédé par méchanceté et sans égard pour la vie privée et à l'honneur de son ancien compagnon. Elle a agi de façon répétée, sur une période relativement longue, pour des motifs obscurs, n'hésitant pas à perpétrer ses agissements jusque chez l'employeur de l'intimé, dans le but manifeste de lui occasionner un maximum de désagréments.
Sa situation personnelle, relativement précaire, ne présente aucune particularité et ne saurait justifier l'acharnement dont elle a fait preuve.
Elle n'a pas du tout collaboré à l'enquête, s'abstenant de répondre aux convocations à réitérées reprises, niant une bonne partie des faits, revenant sur ses aveux partiels et blâmant le lésé, faisant preuve de bien peu d'introspection et encore moins de prise de conscience.
L'absence d'antécédents a un effet neutre sur la fixation de la peine.
Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les peines fixées par le premier juge, soit de 50 jours-amende à CHF 30.- l'unité, assortie du sursis et d'un délai d'épreuve de trois ans, ainsi qu'une amende de CHF 300.-, s'agissant du délit, et une amende de CHF 600.- pour la contravention, apparaissent adéquates et proportionnées à la faute commise ; elles seront confirmées.
4.
L'appelante, qui succombe, supportera les frais de la procédure envers l'Etat (art. 428 CPP).
5. 5.1.
Selon l'art. 135 al. 1 CPP, le défenseur d'office ou le conseil juridique gratuit (
cf.
art. 138 al. 1 CPP) est indemnisé conformément au tarif des avocats du canton du for du procès. L'art. 16 du règlement sur l'assistance juridique du 28 juillet 2010 (RAJ ;
E 2 05.04
) dispose que l'indemnité, en matière pénale, est calculée selon le tarif horaire suivant, débours de l'étude inclus : avocat stagiaire CHF 110.- (let. a) ; collaborateur CHF 150.- (let. b) ; chef d'étude CHF 200.- (let. c). En cas d'assujettissement, l'équivalent de la TVA est versé en sus.
Conformément à l'art. 16 al. 2 RAJ, seules les heures nécessaires sont retenues. Elles sont appréciées en fonction notamment de la nature, de l'importance, et des difficultés de la cause, de la valeur litigieuse, de la qualité du travail fourni et du résultat obtenu.
Il est admis que l'activité consacrée aux conférences, audiences et autres actes de la procédure soit forfaitairement majorée de 20% jusqu'à 30 heures de travail décomptées depuis l'ouverture de la procédure, 10% lorsque l'état de frais porte sur plus de 30 heures, pour couvrir les démarches diverses, telles la rédaction de courriers ou notes, les entretiens téléphoniques et la lecture de communications, pièces et décisions (arrêt du Tribunal fédéral
6B_838/2015
du 25 juillet 2016 consid. 3.5.2 ; voir aussi les décisions de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral BB.2016.34 du 21 octobre 2016 consid. 4.1 et 4.2 et BB.2015.85 du 12 avril 2016 consid. 3.5.2 et 3.5.3).
5.2.
En l'occurrence, les 30 minutes facturées pour la rédaction et l'envoi de la déclaration d'appel, document qui n'appelle pas de motivation particulière, seront écartées s'agissant d'une activité couverte par l'indemnisation forfaitaire. Pour le reste, l'état de frais produit par le conseil de l'appelante paraît adéquat et conforme aux dispositions et principes qui précèdent, de sorte qu'il sera admis.
En conclusion, l'indemnité sera arrêtée à CHF 568.65 correspondant à 2 heures et 12 minutes d'activité au tarif de CHF 200.-/heure plus la majoration forfaitaire de 20% et l'équivalent de la TVA au taux de 7.7%.
6. 6.1.
L'art. 433 al. 1 CPP permet à la partie plaignante de demander au prévenu une juste indemnité pour les dépenses obligatoires occasionnées par la procédure lorsqu'elle obtient gain de cause (let. a) ou lorsque le prévenu est astreint au paiement des frais conformément à l'art. 426 al. 2 CPP (let. b).
La juste indemnité, notion qui laisse un large pouvoir d'appréciation au juge, couvre les dépenses et les frais nécessaires pour faire valoir le point de vue de la partie plaignante dans la procédure pénale. Il s'agit en premier lieu des frais d'avocat de la partie plaignante. En particulier, les démarches doivent apparaître nécessaires et adéquates pour la défense du point de vue de la partie plaignante raisonnable (arrêts du Tribunal fédéral
6B_864/2015
du 1
er
novembre 2016 consid. 3.2 ;
6B_495/2014
du 6 octobre 2014 consid. 2.1 ;
6B_159/2012
du 22 juin 2012 consid. 2.3).
6.2.
En l'espèce, l'état de frais du conseil de l'intimé apparaît quelque peu élevé, singulièrement en comparaison avec celui du conseil de l'appelante, même si les développements de l'intimé sont plus longs. Le montant alloué sera ramené à CHF 1'696.25, correspondant à trois heures et demie d'activité à CHF 450.- de l'heure plus la TVA à 7.7%.
* * * * *