# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 5bc65e26-c05d-50cd-b12e-369f33ab919d
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2011
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
Monsieur A_, né en 1959 et de nationalité portugaise, est arrivé en Suisse en mars 1986. Il s’est marié le 13 juin 1986 avec Madame A_, née en 1966 en Suisse et de nationalité suisse. Celle-ci a toujours habité en Suisse, selon la base de données de l'Office cantonal de la population (ci-après : OCP). Les époux sont parents de deux enfants nés en 1989 et 1990 en Suisse.
Selon cette même base de données, les intéressés ont habité rue G_ à Genève du 1
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octobre 1996 au 1
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octobre 2006, puis chemin O_. Auparavant, à partir du 15 mai 1992, ils avaient été domiciliés dans le canton de Vaud.
L'intéressée était administratrice de X_ SA, dès la fondation de cette société en date du 1
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juillet 1997. Le but de cette société était l’exploitation d’une agence de voyages et de loisirs. Selon l’extrait du registre du commerce, l'intéressée a démissionné de cette fonction le 13 mars 1998, date à laquelle Madame B_ est devenue administratrice jusqu'en 2006. Cette société a été dissoute par suite de faillite en date du 19 septembre 2009 et a été radiée d’office, après que la procédure de faillite ait été suspendue faute d’actifs.
Le 27 août 1996, l'intéressé a signé un contrat de bail portant sur une maison individuelle située à Cruseilles en France pour un loyer de CHF 1'750.
Le 27 septembre 1996, l'intéressée a signé un contrat de bail portant sur un studio sis rue G_ à Genève au loyer de 550 fr. par mois, avec effet au 1
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octobre 1996.
Le 10 mai 1999, l'intéressé s’est inscrit à l’assurance-chômage. Dans sa demande d’indemnité du 9 mai 1999, il a indiqué être domicilié rue G_ à Genève, que son dernier employeur était X_ GENEVE SA et qu’il avait travaillé pour cette société du 1
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avril 1998 au 30 avril 1999 pour un salaire de 7'500 fr. Il a été licencié pour des raisons économiques. Il a par ailleurs déclaré avoir travaillé, de février 1992 à janvier 1994, pour la filiale d’une banque portugaise à Genève et, de mars 1994 à mars 1996, pour XA_ Sàrl. Sur la confirmation de la réinscription, l'intéressé a mentionné avoir appris la profession d’assistant de direction/d’exploitation et chercher une activité comme employé de banque qualifié. La lettre de résiliation du contrat de travail de l'intéressé du 29 mars 1999 est signée par son épouse. L’attestation de l’employeur du 9 juin 1999, établie par X_ SA, fait état de ce que l'employé est domicilié à Genève et porte la signature de son épouse. De mai 1999 à mai 2001, l'intéressé a touché des indemnités de chômage pour un total de 91'756 fr. 60.
Les intéressés ont fondé le 1
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juin 2001 en France la société civile X_ (ci-après: SCI X_), avec siège à leur adresse route de Noiret à Cruseilles en France, selon acte notarié. Le but de cette société est l'acquisition, la gestion et l'administration de biens immobiliers, en particulier de ceux lui appartenant. Le capital social de la société de 2'000 euros était réparti à parts égales entre les intéressés.
L'intéressé a de nouveau bénéficié d’un délai cadre d’indemnisation de l'assurance-chômage du 1
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juin 2001 au 31 mai 2003, sur la base des gains intermédiaires réalisés chez X_ SA de juin 2000 à mai 2001. Les certificats de salaires produits sont signés par son épouse. Dans sa demande d'indemnisation, il a indiqué être domicilié rue G_ à Genève. De juin 2001 à mai 2003, il a été indemnisé par la caisse de chômage à concurrence de 81'962 fr. 95. Il n'a pas déclaré de gain intermédiaire pendant cette période d'indemnisation.
Selon l'offre du Crédit agricole des Savoie du 15 juillet 2002, la SCI X_, représentée par les intéressés, a demandé un crédit destiné à l'acquisition d'un terrain et la construction d'une maison pour une résidence principale à St-Blaise.
Le 20 juin 2002, les intéressés ont signé un contrat de location avec la SCI Z_ portant sur un appartement comprenant coin cuisine/salon, une chambre, une salle de bain, WC et deux mezzanines, sis à Cruseilles en France, pour un loyer mensuel de 587 euros. Sur le formulaire du contrat est cochée la case "Habitation principale".
Selon le contrat de vente daté du 30 août 2002, la SX_, représentée par M. A_, agissant en qualité de gérant, a acquis un terrain à l'adresse à St-Blaise destiné à la construction de deux villas à usage d'habitation, au prix de 167'700 euros. Cette somme provenait, selon les déclarations de l'acquéreur, à concurrence de 167'589,86 euros d'un prêt accordé par le Crédit agricole des Savoie. A la même date, les intéressés, en leur qualité des "deux seuls associés de la SX_", ont signé un engagement formel de consentir un bail à long terme à la "SAFER" sur la partie agricole de la parcelle que ladite société avait achetée.
Par courriers du 29 juin 2003, PREDICA, Compagnie d’assurance-vie du Crédit Agricole, a transmis aux intéressés le relevé d’information annuel de leurs contrats « valeur prévoyance V2 »..
Par courrier du 4 mars 2004, l'intéressé a demandé au Crédit agricole un renseignement au nom de la SX_.
Du 2 juin 2004 au 1
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juin 2006, un nouveau délai cadre d’indemnisation de l'assurance-chômage a été ouvert en faveur de l'intéressé, après qu’il ait accompli un emploi temporaire à l’Office cantonal pour personnes âgées du 2 juin 2003 au 1
er
juin 2004. L’intéressé a touché de juin 2004 à décembre 2005 des indemnités de chômage de 58'956 fr. 45.
Par lettre du 7 décembre 2004, l'intéressé a demandé au Crédit Agricole une avance de trésorerie ou un prêt, au nom de la SX_. Dans la marge de ce courrier, il était notamment mentionné que cette missive concernait la "Vente d'une parcelle sise Commune de Saint-Blaise,. Il y était en outre précisé ce qui suit :
"...une demande de lotissement 2 lots a été déposée en octobre dernier. Nous avons déjà proposé à la vente le terrain n°1, néanmoins elle ne peut avoir lieu qu'au plus tôt en janvier 2005. C'est la raison pour laquelle, nous vous demandons ce jour, une avance trésorerie remboursable à la réalisation de la vente, afin de nous permettre, en attendant la réalisation de la vente, de continuer d'avancer dans la finition des travaux sur la maison principale."
Le 28 avril 2005, les intéressés ont résilié le bail portant sur l'appartement à Cruseilles pour le 31 juillet 2005.
Par courrier du 14 décembre 2005, la SX_, représentée par l'intéressé, a donné des instructions au Crédit agricole. Cette missive était rédigée à la première personne du singulier.
Avec effet au 1
er
décembre 2005, l'intéressé a été mis au bénéfice du revenu minimum cantonal d'aide sociale (ci-après : RMCAS) à Genève.
Le 7 juillet 2006, l'intéressé a été entendu par la police judiciaire en qualité d'auteur présumé suite aux déclarations de sa fille. Il a notamment déclaré que le soir précédant la fugue de celle-ci, en juin 2006, elle dormait dans une tente dans son jardin. Il a également indiqué que "Elle avait le droit de sortir sur Genève, mais nous venions la chercher sur le coup de minuit ou de 0100h, en fonction de l'évènement". La sœur et le père de l'intéressé vivaient au Portugal, mais venaient régulièrement en Suisse. Il avait suivi toute sa formation scolaire au Portugal. En Suisse, il avait travaillé dans le domaine bancaire et dans les assurances. Il avait même monté une entreprise bancaire. La maison où il résidait, à Saint-Blaise, appartenait à son père.
Dès le 1
er
août 2006, l’intéressé s’est vu attribuer un appartement HBM de 4,5 pièces 4, chemin O_ à Genève.
L'intéressée a bénéficié d'un délai-cadre d’indemnisation du 1
er
avril 2007 au 13 mars 2009. Dans sa demande du 27 mars 2007, elle a indiqué être domiciliée au 4, chemin O_ à Genève et avoir travaillé du 1
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juillet 1997 au 31 mars 2007 pour X_ SA, qui l'a licenciée pour des raisons économiques. Au chiffre 29 de sa demande d’indemnités du 21 mars 2007, elle a répondu par la négative à la question de savoir si elle ou son conjoint possédait une participation financière à l’entreprise ou une fonction dirigeante (par exemple actionnaire, membre du conseil d’administration d’une SA ou associé gérant d’une Sàrl). Elle a par ailleurs indiqué avoir travaillé de 1995 à 1997 pour XA_ X_ Sàrl.
Selon l’attestation de l’employeur, à savoir X_ SA, remplie et signée par l’intéressée le 26 mars 2006 et jointe à sa demande d’indemnité de chômage, l’employée et son conjoint n’avaient ni une participation financière à l’entreprise ni occupé une fonction dirigeante.
Durant les mois d’avril et mai 2007, l’intéressée a touché des indemnités de chômage pour un total de 1'685 fr. 60.
Le 2 mai 2007, Monsieur D_ a déposé plainte pénale contre les intéressés au motif qu’il avait réservé un voyage d’un montant de 4'464 fr. qu’il avait payé en totalité. Il avait été servi par l'intéressée. Toutefois, par la suite, l’organisateur du voyage l’avait informé que X_ SA n’avait pas payé les billets, de sorte que son voyage avait été annulé. Lorsqu’il s’était rendu à l’agence X_ SA, il avait rencontré l'intéressé qui était en train de vider l’arcade. Il avait relevé le numéro de plaque de son véhicule, une Mercedes immatriculée en France.
Le 7 mai 2007, X_ SA a adressé à Madame E_ un courrier pour l'informer que ses billets d'avion avaient été émis et qu'ils n’avaient pas encore été envoyés parce qu'un solde restait encore dû.
Le 6 juin 2007, l'intéressée a notamment déclaré à la police judiciaire que ses parents étaient divorcés, qu'ils vivaient à Genève, mais qu'elle ne se souvenait plus de l'adresse de son père ni de celle de sa mère, en précisant qu'elle n'avait plus revu cette dernière depuis 15 ans. Son fils fréquentait un lycée à St-Julien et sa fille était étudiante à Annemasse.
Le 7 juin 2007, l'intéressé a déclaré au juge d'instruction en particulier qu'il habitait en fait en France dans la maison de son père. Lui et sa famille y dormaient le plus souvent, sauf sa fille qui était dans un foyer aux Acacias. Il passait tous les jours à l'appartement au chemin O_ pour le courrier et y dormait de temps en temps. Il travaillait dans les voyages depuis une vingtaine d'années. Les difficultés X_ SA avaient commencé il y a trois ans et demi ou quatre ans. Lorsqu'elles se sont accentuées, "on payait avec l'argent des nouveaux clients les billets des clients précédents".
Le 18 juin 2007, Monsieur F_, responsable du Service des prestations de la Caisse cantonale genevoise de chômage (ci-après : la caisse) a été entendu en tant que témoin par la police judiciaire dans le cadre d’une procédure pénale dirigée contre les intéressés. Il a fourni des renseignements sur les périodes d'indemnisation des intéressés et a déclaré que "s'il devait être établi que le couple A_ réside sur le territoire français il n'aurait jamais eu droit à une quelconque allocation de la part de la Caisse Cantonale Genevoise de Chômage".
Le 19 juin 2007, les inspecteurs de la police judiciaire ont adressé un rapport complémentaire au juge d’instruction concernant l’audition de Madame B_ et l’état du compteur dans le logement sis chemin O_. Madame B_ a déclaré avoir fonctionné comme administratrice « fantôme » X_ SA. Après avoir travaillé durant quelques mois il y a plusieurs années pour cette agence, elle avait accepté, à la demande des intéressés, de devenir administratrice de cette société. Elle n’avait jamais été rétribuée pour cette fonction ni accédé aux comptes de la société. Fin 2006, elle avait démissionné comme administratrice. Elle a confirmé que les intéressés étaient les seuls animateurs de X_ SA depuis plusieurs années. Concernant l’appartement chemin O_, il est indiqué dans ce rapport que, lorsque les intéressés ont pris possession de l’appartement fin août 2006, le compteur d'électricité affichait 49'434 KW. Lors de la visite domiciliaire effectuée le 7 juin 2007 en compagnie de l'intéressée, le compteur affichait toujours le même chiffre.
Selon le rapport de commission rogatoire à Saint-Blaise en France du 19 juin 2007 de la police judiciaire, dans le cadre de la procédure pénale dirigée contre les intéressés, deux inspecteurs se sont rendus à Saint-Blaise le 8 juin 2007, en compagnie de la gendarmerie de Saint-Julien-en-Genevois, afin de procéder à une perquisition à cette adresse des intéressés. Lors de celle-ci, le fils des époux, âgé de 16 ans, s'y trouvait . Il ressort de ce rapport que la villa en cause est située sur une parcelle comportant deux villas. Les inspecteurs ont appris que ces deux habitations appartenaient aux intéressés qui avaient créé la société immobilière X_. Ils cherchaient à vendre la seconde villa, laquelle venait d'être terminée, au prix de 575'000 euros. Lors de la perquisition, de nombreux documents financiers des sociétés X_ et X_ ont été saisis dont il ressortait que X_ était dirigée uniquement par les intéressés. Au sous-sol de la villa se trouvait une véritable agence de voyages. Sur cette base, les inspecteurs ont constaté que le couple continuait à travailler dans le domaine des voyages, alors qu’ils avaient officiellement cessé toute activité. Il a en outre été établi avec certitude que la famille résidait officiellement en France depuis plusieurs années. Une voiture de la marque Mercedes a été mise sous séquestre; elle faisait partie de la société X_ et avait été immatriculée avec des plaques genevoises. Selon le contrat de vente du 28 mars 2007, elle a été vendue par cette société à l'intéressé le 28 mars 2007 pour un montant de 4'900 fr., puis immatriculée en France, alors même que ce véhicule avait été acheté à la valeur résiduelle par cette société le 30 janvier 2007 pour un montant de 15'000 fr.
Le 28 juin 2007, la police judiciaire a adressé un rapport complémentaire au juge d’instruction. Elle a relevé que les intéressés formaient la société SX_, laquelle avait acquis un terrain à Saint-Blaise/Cruseilles/France. La police judiciaire avait par ailleurs trouvé des relevés d’impôts français sur le revenu depuis 1999, ainsi que des certificats d’action au porteur X_ SA pour un montant de 59'500 fr. Les inspecteurs ont également rapporté avoir rencontré, devant l’agence X_ SA à la rue N_ à Genève, Madame E_ qui leur avait déclaré avoir été victime d’un abus de confiance et d’une escroquerie de la part X_ SA. Elle avait indiqué avoir reçu un courrier encore le 7 mai 2007 de leur part, l’invitant à verser le solde de sa facture, afin d’obtenir les billets de voyage.
Le 28 juin 2007, la caisse a demandé au juge d'instruction à consulter le dossier relatif à la procédure pénale dont faisaient l'objet les intéressés.
Lors de son audition en date du 6 juillet 2007 en tant que témoin par la police judiciaire, Monsieur G_ a déclaré notamment qu'il connaissait l'intéressé depuis environs 12 ans. Celui-ci était venu chez la société MARKOR, où le témoin travaillait à l'époque, pour acheter des fax, photocopieuse et téléphones pour l'agence de voyage X_ SA. Le témoin connaissait aussi son épouse qui travaillait dans cette agence. Il supposait que celle-ci leur appartenait, dès lors qu'il ne pensait pas que l'intéressé achetait du matériel pour l'employeur de son épouse. L'intéressé travaillait par ailleurs à l'époque dans une banque. Lors de la première rencontre, il lui semblait que l'intéressé habitait dans le canton de Vaud, puis celui-ci lui avait dit, il y a deux ou trois ans environ, qu'il avait acheté un terrain pour construire une maison et qu'il s'était installé en France.
Par courrier électronique du 5 septembre 2007, la caisse a demandé à la police judiciaire de consulter la procédure pénale. Celle-ci l'a invitée à s'adresser au juge d'instruction pour ce faire, par courrier électronique du 10 septembre 2007.

## Considerations