# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 93c271c9-7c4c-51ed-a089-ac27bb40d94c
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu, en fait :
- la plainte – enregistrée sous le numéro de procédure P/1_ – déposée par B_ en mai 2018 contre A_ pour utilisation abusive d'une installation de télécommunication (art. 179
septies
CP),
- la plainte déposée le 30 juillet 2018 par A_ contre B_, pour dénonciation calomnieuse (art. 303 CP), faisant l'objet de la présente procédure,
- l'ordonnance de suspension de l'instruction rendue le 16 août 2018 par le Ministère public.
Attendu que :
-
par son ordonnance querellée, le Ministère public a déclaré ordonner la suspension de l'instruction, jusqu'au 19 février 2019, au motif que l'issue de la présente cause dépendait de celle de la P/1_, dont il paraissait indiqué d'attendre la fin, conformément à l'art. 314 al. 1 let. b CPP,
-
à l'appui de son recours, A_ allègue que les deux procédures ne peuvent être "
jugées
" séparément, tant elles sont intrinsèquement liées,
-
A_ expose – plusieurs pièces à l'appui – qu'elle n'avait nullement harcelé un innocent, puisque B_, son ancien collègue, et elle-même étaient en contact "
virtuel
" quotidien, depuis trois ans ; que si elle n'avait pas fait opposition, en 2016, à la première plainte de B_ (P/2_) pour la même infraction, et avait donc accepté sa condamnation [par ordonnance pénale], c'était en raison du fait qu'elle ne voulait pas lui nuire ni le mettre en difficulté dans son couple ; qu'il avait toutefois visiblement interprété cela comme une possibilité de continuer leurs "
échanges virtuels cachés
", de sorte qu'elle avait fini par lui envoyer cinq courriels, entre avril et juillet 2018, tout en l'informant qu'il pouvait lui demander d'arrêter ; qu'il n'avait pas répondu mais déposé plainte pénale, la contraignant à déposer une contre-plainte pour expliquer la situation, puisque l'enquête avait amené la police non seulement à l'entendre, elle, mais également d'autres personnes de son entourage, notamment ses enfants,
-
pour la recourante, ces deux affaires sont "
les deux faces d'une même pièce de monnaie
".

## Considerations

Considérant, en droit, que :
- le recours est recevable, ayant été déposé selon les forme et délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), contre une décision sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 lit. a CPP), par la plaignante qui a qualité pour agir (art. 104 al. 1 lit b),
- la Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement mal fondés (art. 390 al. 2 et 5 a contrario CPP), comme c'est le cas en l'occurrence,
- selon l'art. 314 al. 1 lit. b CPP, le ministère public peut suspendre une instruction, lorsque l'issue de la procédure pénale dépend d'un autre procès dont il paraît indiqué d'attendre la fin. Cet autre procès peut être de nature civile, pénale ou administrative. Le Ministère public dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour décider d'une éventuelle suspension, mais il doit examiner si le résultat de l'autre procédure peut véritablement jouer un rôle pour le résultat de la procédure pénale suspendue et s'il simplifiera de manière significative l'administration des preuves dans cette même procédure. La suspension ne doit pas avoir pour effet de retarder de manière injustifiée la procédure en cours, mais des retards sont, en général, inévitables dans ce genre de situation (arrêt du Tribunal fédéral
1B_421/2012
du 19 juin 2013 consid. 2.1 et référence citée),
- le principe de la célérité qui découle de l'art. 29 al. 1 Cst. pose des limites à la suspension d'une procédure. Ce principe, qui revêt une importance particulière en matière pénale (ATF
119 Ib 311
consid. 5 p. 323), garantit en effet aux parties le droit d'obtenir que la procédure soit achevée dans un délai raisonnable. Il est notamment violé lorsque l'autorité ordonne la suspension d'une procédure sans motifs objectifs. Pareille mesure dépend d'une pesée des intérêts en présence et ne doit être admise qu'avec retenue, en particulier s'il convient d'attendre le prononcé d'une autre autorité compétente qui permettrait de trancher une question décisive. Dans les cas limites ou douteux, le principe de célérité prime (arrêt du Tribunal fédéral
1B_231/2009
du 7 décembre 2009 consid. 4.1; N. SCHMID, Schweizerische Strafprozessordnung, Praxiskommentar, 2009, n. 1 ad art. 314; A. DONATSCH / T. HANSJAKOB / V. LIEBER (éds),
Kommentar zur Schweizerischen Strafprozessordnung
(StPO), Zurich 2010, n. 4 ad art. 314; E. OMLIN, in Basler Kommentar zur Schweizerischen Strafprozessordnung, 2011, n. 9 ad art. 314),
- à la lumière de ces principes, la suspension querellée est conforme au droit,
- la plainte de la recourante n'a, en effet, de chance de succès que si, et dans la mesure où, l'intéressée est acquittée de l'accusation d'utilisation abusive d'une installation de télécommunication dont elle est poursuivie dans la procédure P/1_,
- dans l'intervalle, rien n'empêche la recourante d'expliquer, pour sa défense, dans la procédure dirigée contre elle, les faits et éléments de preuve exposés devant la Chambre de céans,
- on ne voit pas non plus qu'un problème de célérité se poserait en l'état, le Ministère public ayant prononcé la suspension, en l'état, jusqu'en février 2019,
- en d'autres termes, il paraît tout à fait indiqué d'attendre l'issue de la procédure P/1_ avant de reprendre celle concernée par le présent recours, lequel s'avère, en conséquence, mal fondé,
- justifiée,
l'ordonnance
querellée sera donc confirmée,
- la recourante, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui comprendront un émolument de CHF 800.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
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