# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** f8d69601-6389-5885-acb6-41913d7c4049
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2004
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
L’enfant C_, né le septembre 1998, souffre d’autisme infantile congénital et bénéficie de la prise en charge par l’assurance-invalidité d’un traitement logopédique (pour la période du 26 juin 2001 au 30 juin 2005), ainsi que d’un traitement de psychomotricité (pour la période du 21 février 2002 au 28 février 2004), selon communications des 27 août et 9 septembre 2002 et décision du 23 juillet 2003 de l’office cantonal de l’assurance-invalidité (ci-après OCAI). L’enfant a fréquenté durant l’année scolaire 2003-2004 une école spécialisée, l’Institut International de Lancy.
L’assuré a présenté le 29 juillet 2003 une demande de prestations de l’assurance-invalidité pour mineurs, accompagnée d’un courrier daté du 26 juillet 2003, visant à la prise en charge par l’OCAI de l’ensemble des frais de thérapie dite « applied behavior analysis » (ci-après ABA), dès le mois de juin 2001, non remboursés par l’assurance-maladie, et représentant la somme de 49'250 fr. Il a également demandé que l’OCAI contribue aux frais de son régime diététique sans gluten et sans caséine, dont le coût s’élève à 200 fr. par mois.
Suite à une demande de renseignements de l’OCAI, l’Office fédéral des assurances sociales (ci-après OFAS) a répondu par courrier du 3 octobre 2003 que la thérapie ABA n’était pas reconnue par l’OFAS et n’était, pour cette raison, pas prise en charge par l’assurance-invalidité.
L’OCAI a rendu le 13 octobre 2003 une décision de refus d’octroi de mesures médicales concernant la prise en charge d’une thérapie cognitive ABA ainsi que d’un régime sans gluten. L’OCAI a motivé son refus en expliquant que la thérapie en question n’était ni reconnue par la communauté médicale, ni ne visait une réadaptation par des moyens simples et adéquats.
L’assuré a formé opposition le 16 novembre 2003. Ses parents ont expliqué que le diagnostic de troubles autistiques avait été établi en juin 2001 et que diverses actions thérapeutiques avaient été tentées en collaboration avec le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’établissement hospitalier. En raison du manque de place dans les institutions genevoises, les parents avaient pris en charge le financement de thérapies cognitives de juillet 2001 à juillet 2002 et un régime alimentaire sans gluten ni caséine avait été mis en place. Une thérapie ABA plus soutenue avait été entreprise dès le mois d’avril 2002, en accord avec le service de psychiatrie des ÉTABLISSEMENT HOSPITALIER, poursuivie à domicile dès le mois de septembre 2002. Les progrès de l’enfant étaient spectaculaires, mais la thérapie était onéreuse et ne pouvait être poursuivie qu’avec l’appui financier de l’assurance-invalidité. Citant divers avis de spécialistes de l’autisme, les parents ont soutenu en substance que la thérapie ABA était parfaitement adaptée aux besoins de leur enfant.
Par décision sur opposition du 4 décembre 2003, l’OCAI a rejeté l’opposition et confirmé sa décision du 13 octobre 2003. L’OCAI a soutenu que l’autisme dont souffrait l’assuré figurait bien sur la liste des infirmités congénitales retenues par la loi sur l’assurance-invalidité, mais qu’il ne pouvait prendre en charge les frais de la thérapie ABA, celle-ci ne faisant pas partie des thérapies reconnues par l’assurance-invalidité. Cet avis avait été confirmé par l’OFAS, autorité de surveillance. Le même raisonnement valait,
mutatis mutandis
, pour le régime alimentaire sans gluten.
L’assuré a formé recours par acte du 19 janvier 2004. Il a conclu à l’annulation de la décision du 13 octobre 2003, au remboursement de 63'000 fr. (frais encourus pour la thérapie ABA à domicile) et 12'300 fr. (frais d’écolage à l’Institut International de Lancy), ainsi qu’à l’octroi d’une aide financière de 800 fr. par mois pour la prise en compte des besoins spécifiques de l’enfant. Les parents de l’enfant ont fait état de ses progrès en autonomie, développement moteur et cognitif, expression de ses sentiments, communication verbale et sociabilité. Ils ont produit des attestations du 9 décembre 2003 de la Dresse A_, cheffe de clinique du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des ÉTABLISSEMENT HOSPITALIER, et du 29 mars 2004 du professeur B_ de l’unité de psychologie et clinique développementale des ÉTABLISSEMENT HOSPITALIER. Par ailleurs, les parents de l’assuré ont allégué que l’OCAI avait notifié sa décision du 4 décembre 2003 sans les avoir entendus au préalable et avait ainsi violé leur droit d’être entendu. Ils ont également soutenu que d’autres enfants autistes étaient aidés financièrement par l’OCAI, ce qui constituait une inégalité de traitement arbitraire. Enfin, ils ont avancé qu’un courrier de PRO INFIRMIS les avait informé que le Tribunal fédéral des assurances sociales (ci-après TFA) devait trancher prochainement la question de la prise en charge de la méthode ABA, divers recours étant pendants à ce sujet.
Dans son préavis du 23 février 2004, l’OCAI conclut au rejet du recours. A titre liminaire, l’OCAI a relevé qu’il n’était pas tenu d’entendre les parents du recourant avant la notification de la décision litigieuse. L’OCAI a ensuite fait remarquer que l’OFAS avait clairement indiqué le 3 octobre 2003 que la thérapie ABA n’était pas prise en charge par l’assurance-invalidité. Il en allait de même pour le régime alimentaire sans gluten. Au surplus, l’OCAI a soutenu que l’Institut International de Lancy n’était pas reconnu en tant qu’école spéciale, de sorte qu’il ne prenait pas en charge les frais d’écolage du recourant.
Par courrier du 1
er
mars 2003, le Tribunal de céans a demandé à l’OFAS de lui fournir des renseignements complémentaires au sujet de la méthode ABA et du régime alimentaire sans gluten.
Par courrier du même jour aux parents du recourant, le Tribunal de céans a requis la production du courrier de PRO-INFIRMIS dont il était question dans le recours du 19 janvier 2004.
Dans sa réponse du 8 mars 2004 au Tribunal, l’OFAS a fait état des critiques de la communauté scientifique internationale sur la thérapie ABA, laquelle ne pouvait être considérée comme simple et efficace au sens de l’assurance-invalidité, ni par conséquent être prise en charge par celle-ci. Ainsi, l’OFAS a fait valoir que la méthode ABA était souvent appliquée par des personnes ayant une formation minimale ou inadéquate sur l’autisme, ainsi que sur les principes de modification du comportement, le développement de l’enfant ou la méthodologie éducative ; cette thérapie reposait essentiellement sur un modèle analytique par opposition au gestaltisme, c’est-à-dire qu’elle favorisait le développement de l’hémisphère gauche du cerveau au lieu du droit, lequel était pourtant dominant chez la plupart des enfants autistes, ce qui supposait d’utiliser des instructions visuelles ; elle utilisait fréquemment des récompenses non reliées aux tâches, soit une sur-utilisation de renforcements extrinsèques pouvant encourager l’enfant à être davantage attentif aux récompenses qu’à la tâche elle-même ; elle créait une dépendance à l’enseignement individualisé et stressait l’enfant et sa famille avec un programme d’apprentissage par essais distincts ; elle comptait sur l’aspect verbal et ignorait les implications neurologiques de l’autisme ; à cet égard, elle utilisait le même programme pour tous les enfants et abordait les manifestations autistiques comme des comportements volontaires ou entêtés, plutôt que comme des expressions neurologiques. Enfin, le coût total de la méthode était d’environ 10'000 fr. par mois.
L’OFAS a indiqué au surplus qu’il n’entreprenait pas de son propre chef de procédure de reconnaissance de telle ou telle thérapie, mais qu’il appartenait aux sociétés médicales, soit la société suisse de psychiatrie dans le cas particulier, de lui proposer la reconnaissance et la prise en charge de thérapies qu’elle estimait adéquates. Or, aucune demande de reconnaissance de la thérapie ABA n’était en cours ou n’avait été faite auparavant.
Concernant le régime alimentaire sans gluten, l’OFAS a soutenu qu’il s’agissait d’un traitement empirique ne reposant pas sur des bases scientifiques reconnues et qu’aucun article de la littérature scientifique n’en faisait mention pour le traitement de l’autisme. Il ne s’agissait donc pas non plus d’une méthode simple et adéquate du point de vue de l’assurance-invalidité.
Par courrier du 31 mars 2004, les parents du recourant ont à nouveau insisté sur l’efficacité de la thérapie ABA et ont allégué que son coût mensuel était de l’ordre de 3'000 fr. et non de 10'000 fr. par mois. Ils ont produit divers documents, dont un bilan de l’enfant et le courrier de PRO-INFIRMIS.
Par courrier du 6 avril 2004, le Tribunal de céans a demandé au TFA si des procédures étaient pendantes sur la question de la prise en charge par l’assurance-invalidité de coûts de la thérapie ABA.

## Considerations