# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c68d598c-98c2-546c-8527-30b415b621bf
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2014
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A. a.
Par courriers des 18 et 21 octobre 2013, le Ministère public, respectivement A_, ont annoncé appeler du jugement du Tribunal correctionnel du 14 octobre 2013, dont les motifs ont été notifiés le 26 novembre 2013, par lequel le tribunal de première instance a :
- acquitté A_ des infractions visées sous lettre C.a) ch. 1, 2, 4 et 5 de l'acte d'accusation [cas G_, K_, D_ et L_], l'a reconnu coupable d'escroquerie par métier, de violation de secrets privés et de faux dans les titres pour d'autres faits similaires (lettre C.a) ch. 3, 6, 7, 8, 9 et 10 [cas E_, M_, N_, O_, F_ et C_]), l'a condamné à une peine privative de liberté de trois ans et demi, sous déduction de 265 jours de détention avant jugement, comprenant 40 jours de détention à titre extraditionnel, à une amende de CHF 500.- (peine privative de liberté de sR_titution de cinq jours) et à payer à la J_ CHF 15'000.- à titre de réparation du dommage matériel, à H_ CHF 9'000.-, avec intérêts à 5 % dès le 9 décembre 2011, à titre de réparation du dommage matériel et CHF 2'150.- à titre d'indemnité de procédure, à s'acquitter des trois quarts des frais de procédure, par CHF 5'693,35, y compris un émolument de jugement de CHF 3'000.-, et l'a maintenu en détention pour des motifs de sûreté par décision séparée ;
- acquitté B_ des infractions visées sous lettre C.b) ch. 1, 2 et 4 de l'acte d'accusation [cas L_, M_ et O_], l'a reconnu coupable de complicité d’escroquerie pour d'autres faits (lettre C.b) ch. 3 [cas N_]), de tentative d’escroquerie et de faux dans les titres (lettre C.b) ch. 5 [cas F_]), l'a condamné à une peine pécuniaire de 360 jours-amende, à CHF 40.- le jour, sous déduction de sept jours-amende équivalant à sept jours de détention avant jugement, avec sursis, délai d'épreuve de trois ans, ainsi qu'à un quart des frais de procédure ;
- ordonné la confiscation de l'ensemble des pièces saisies par les autorités vaudoises, sous réserve de leur restitution à B_.
b.
Par acte du 16 décembre 2013, A_ a déposé une déclaration d'appel en application de l'art. 399 al. 3 du Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 (CPP ;
RS 312.0
), aux termes de laquelle il attaque le jugement dans son ensemble, conclut à son acquittement de toutes les infractions reprochées et à l'octroi d'une indemnité de CHF 200.- par jour de détention subie à tort, sollicitant l'audition de P_ à titre de réquisition de preuves.
c.
Par déclaration expédiée le 17 décembre 2013 par messagerie sécurisée à la Chambre pénale d'appel et de révision (ci-après : CPAR), le Ministère public :
- conteste l'acquittement de A_ s'agissant des cas G_, K_ et D_ (lettre C.a) ch. 1, 2 et 4 de l'acte d'accusation) et conclut à sa condamnation pour l'ensemble des faits reprochés à une peine privative de liberté de cinq ans ;
- conteste l'acquittement de B_ de faux dans les titres étrangers et de violation des secrets privés (implicitement) dans le cas N_ (lettre C.b) ch. 3 de l'acte d'accusation), de violation des secrets privés (implicitement) dans le cas F_ (lettre C.b) 5), de tentative d'escroquerie, faux dans les titres étrangers et violation des secrets privés s'agissant du cas M_ (lettre C.b) ch. 2), d'escroquerie, faux dans les titres étrangers et violation des secrets privés concernant le cas O_ (lettre C.b) ch. 4) ainsi que le fait que B_ n'ait pas été reconnu coupable de coactivité d'escroquerie dans le cas N_ (lettre C.b) ch. 3) et, plus généralement, d'escroquerie par métier, et conclut à sa condamnation à une peine privative de liberté de 2 ans assortie du sursis partiel, la partie ferme de la peine devant être fixée à un an.
d.a
Selon l'acte d'accusation du Ministère public du 25 juillet 2013, il est notamment reproché à A_ d'avoir commis, à Genève, plusieurs escroqueries entre _2010 et _ 2011, toutes commises suivant un
modus operandi
identique. Un courrier contenant des vieux journaux était livré et remis à la victime contre sa signature. Son relevé de compte bancaire était ensuite dérobé dans sa boîte aux lettres. Puis, une personne munie d'une fausse carte d'identité _ réalisée au nom de la victime était chargée de procéder à un ou plusieurs retraits sur le compte de celle-ci, à l'instar de ce qu'ont notamment fait P_ et B_. A cette occasion, un faux chèque pouvait également être présenté à l'encaissement, ce qui permettait à son porteur d'ajuster le montant du retrait frauduleux en retirant du compte une somme inférieure à la somme figurant sur le chèque.
Il lui est ainsi reproché, pour ce qui est des infractions encore pertinentes, d'avoir agi, par coactivité avec des comparses dont B_, au détriment de :
- des époux G_ et Q_, ainsi que du I_ (ci-après : I_). Une enveloppe a été livrée le 23 novembre 2010 au domicile des époux G_, afin d'obtenir la signature de Q_. P_ s'est ensuite présentée le 1
er
décembre 2010 au guichet du I_ à _ munie d'une fausse carte d'identité _ au nom d'Q_. Elle en a imité la signature en présentant à l'encaissement un chèque volé qui n'a pas pu être crédité. Elle a retiré CHF 37'000.- du compte Q_ en imitant sa signature (C.a) ch.1 de l'acte d'accusation) ;
- K_, à laquelle un colis a été livré contre signature par B_ le 15 février 2011. P_ s'est ensuite présentée le 4 mars 2011 au guichet R_ (ci-après : R_) de _ munie d'une fausse carte d'identité _ au nom de K_ dont elle a imité la signature en présentant à l'encaissement un chèque volé qui n'a pas pu être crédité. Elle a tenté de retirer CHF 22'000.- du compte bancaire en s'apprêtant à imiter sa signature (C.a) ch. 2) ;
- E_ et S_, ainsi que de J_ (ci-après : J_). Un colis contre signature a été livré fin février 2011 à S_. Le 4 mars 2011, P_ s'est présentée au guichet de la J_ de _ munie d'une fausse carte d'identité _ au nom de S_ dont elle a imité sa signature en présentant à l'encaissement un chèque volé qui n'a pas pu être crédité. Elle a retiré CHF 15'000.- du compte de cette dernière en imitant sa signature (C.a) ch. 3) ;
- D_ et de J_. Une enveloppe a été livrée contre signature début mars 2011 à D_. P_ s'est présentée le 16 mars 2011 au guichet de J_ de _ munie d'une fausse carte d'identité _ au nom de D_ dont elle a imité la signature en présentant à l'encaissement un chèque volé qui n'a pas pu être crédité. Elle a retiré CHF 33'000.- du compte bancaire en imitant sa signature (C.a) ch. 4) ;
- M_, à laquelle B_ a livré un colis contre signature au début du mois de juin 2011. Le 25 juin 2011, P_ s'est présentée au guichet de R_ de _ munie d'une fausse carte d'identité _ au nom de M_ et a tenté de retirer le solde de son compte en imitant sa signature (C.a) ch. 6) ;
- N_, à laquelle un colis a été livré contre signature le 20 juin (
recte
mai) 2011. P_ s'est présentée le 3 juin 2011 au guichet de T_ de _, munie d'une fausse carte d'identité _ au nom N_. Elle a retiré CHF 32'000.- de son compte en imitant sa signature (C.a) ch. 7) ;
- O_ et de H_ (ci-après : H_). Fin juin - début juillet (
recte
fin mai - début juin) 2011, une enveloppe a été livrée à O_, contre signature, par B_. Un inconnu s'est présenté le 23 juin 2011 aux guichets de H_ d'_ et de _ muni d'une fausse carte d'identité _ au nom de O_. Il a retiré deux fois CHF 4'500.- du compte bancaire en imitant sa signature (C.a) ch. 8) ;
- F_, auquel une enveloppe a été livrée contre signature le 27 juin 2011. B_ s'est présenté le 8 juillet 2011 au guichet de T_ de _ muni d'une fausse carte d'identité _ au nom de F_. Il a tenté de retirer CHF 50'000.- de son compte en imitant sa signature (C.a) ch. 9) ;
- C_, à laquelle un colis a été livré contre signature le 19 septembre 2011. P_ s'est présentée le 30 septembre 2011 au guichet de la J_ de _munie d'une fausse carte d'identité _ au nom de C_ dont elle a imité la signature en présentant à l'encaissement un chèque volé qui n'a pas pu être crédité. Elle a tenté de retirer CHF 47'000.- du compte bancaire en imitant sa signature (C.a) ch. 10).
d.b
Aux termes du même acte d'accusation, il est reproché à B_ d'avoir, entre mai et juillet 2011, sans qu'il ne soit fait référence à la notion de coactivité :
- livré un colis au domicile de M_ début juin 2011, obtenu de la sorte un exemplaire de sa signature, dérobé des documents bancaires lui appartenant et ainsi fait en sorte que P_ puisse se présenter au guichet de R_ de _, le 25 juin 2011, munie d'une fausse carte d'identité _ au nom de M_, où elle a tenté de retirer le solde de son compte (C.b) ch. 2) ;
- livré un colis au domicile d' N_, le 20 juin (
recte
mai) 2011, obtenu de la sorte un exemplaire de sa signature, dérobé des documents bancaires lui appartenant et ainsi fait en sorte que P_ puisse se présenter au guichet de T_ de _, le 3 juin 2011, munie d'une fausse carte d'identité _ au nom d' N_, où elle a retiré CHF 32'000.- de son compte (C.b) ch. 3) ;
- livré une enveloppe au cabinet de O_ fin juin - début juillet 2011 (
recte
en mai-juin), obtenu de la sorte un exemplaire de sa signature, dérobé des documents bancaires lui appartenant et ainsi fait en sorte qu'un inconnu puisse se présenter au guichet H_ d'_ et de _, le 23 juin 2011, muni d'une fausse carte d'identité _ au nom de O_, où il a retiré deux fois CHF 4'500.- de son compte (C.b) ch. 4) ;
- livré une enveloppe au domicile de F_, le 27 juin 2011, obtenu de la sorte un exemplaire de sa signature et dérobé des documents bancaires lui appartenant. Il s'est présenté au guichet de T_ de _, le 8 juillet 2011, muni d'une fausse carte d'identité _ au nom de F_, où il a tenté de retirer CHF 50'000.- de son compte (C.b) ch. 5).
B.
Les faits encore pertinents pour l'issue du litige sont les suivants :
a.
Dès le mois de _2010, les polices genevoise et vaudoise ont enregistré plusieurs plaintes pénales pour des escroqueries ou tentatives, effectuées selon le même
modus operandi
que celui décrit dans l'acte d'accusation. Selon le rapport de police du 4 mars 2013, ces agissements délictueux ont cessé en _ 2011 et depuis lors, plus aucune escroquerie de ce type n'a été à déplorer.
b.
Tentative d'escroquerie au préjudice de F_
(C.a) ch. 9 et C.b) ch. 5 de l'acte d'accusation).
b.a
Le 8 juillet 2011, la police vaudoise a interpellé, au guichet de T_, succursale de _, un individu identifié comme étant B_, alors qu'il tentait de retirer CHF 50'000.- du compte d'un client nommé F_ au moyen d'une fausse pièce d'identité _ et d'un relevé de compte d'avril 2011, au nom du titulaire de la relation bancaire.
Lors de l'interpellation, B_ était porteur d'un bout de papier portant le nom, la signature et la date de naissance de F_. Un document contenant les adresses de plusieurs banques T_ à _, _ et _ a aussi été découvert dans son véhicule.
L'examen du matériel informatique saisi chez B_ a révélé que trois types de recherches avaient été effectuées : la première, sur le site internet www.youtube.com, portait sur les mots "fausse carte d'identité", la deuxième était relative aux adresses des succursales R_ en Suisse et la troisième, sur le site www.google.com, portait sur les termes "O_ + _ + _ + _".
b.b
Le 9 juillet 2011, F_ a déposé plainte pénale. Fin mai - début juin 2011, une personne de _, mesurant entre _ cm, de corpulence _ et âgée d'une _ d'années, s'était présentée à son domicile à _. Elle avait remis à son épouse, contre signature, un courrier contenant un magazine. Le 27 juin 2011, cette même personne s'était à nouveau présentée à son domicile et lui avait remis une lettre contre sa signature. F_ s'était aperçu après coup qu'il n'avait jamais reçu le relevé de son compte bancaire du mois d'avril 2011 à son nom. Le plaignant n'a reconnu personne sur la planche photographique présentée sur laquelle figurait la photographie de B_. Il ne l'a pas davantage reconnu en confrontation, audience au cours de laquelle F_ a confirmé sa plainte.
b.c
Lors de l'interpellation de B_, la police a notamment saisi une fausse carte d'identité au nom de F_ qui comportait la photographie du prévenu ainsi que la mention suivante : "Préfecture de police – _, soit pour elle U_, _".
b.d
A la police vaudoise, B_ a admis avoir voulu retirer CHF 50'000.- du compte de F_. Il était un exécutant et avait agi dans ce seul cas. Le 2 juillet 2011, il avait été recruté à _par un homme d'environ _ ans qui avait prétendu être un _. De corpulence _, mesurant _ cm, avec _ et _, l'individu lui avait montré un relevé bancaire au nom de F_ et lui avait expliqué qu'il pouvait aller à _ pour faire établir une fausse carte d'identité sous ce nom mais avec sa photographie. Muni de cette pièce falsifiée, B_ devait ensuite se rendre au guichet de la banque T_ de _ pour retirer le maximum d'argent contre une rémunération s'élevant à 10% du montant retiré. Il avait accepté et transmis des photographies format passeport à l'individu. Le 7 juillet 2011, ce dernier lui avait remis une fausse carte d'identité _, un relevé de compte bancaire au nom de F_ ainsi qu'un document comportant la signature du titulaire de la relation bancaire pour qu'il pût s'entraîner à l'imiter.
Le document mentionnant l'adresse de plusieurs succursales de la banque T_ ne lui appartenait pas. Il lui avait été remis en même temps qu'un reçu bancaire de retrait au nom d'une tierce personne (cf.
infra
let. e O_) par le même interlocuteur pour lui prouver que l'escroquerie fonctionnait. Il n'avait jamais prêté son véhicule et n'était pas impliqué dans le processus préalable de vol de courriers bancaires ni dans les démarches pour obtenir les signatures et les données de la pièce d'identité à falsifier. B_ a confirmé devant le Ministère public la teneur de ses déclarations à la police, notamment le fait que la pièce d'identité lui avait été remise par un inconnu à _.
Lors des débats de première instance, B_ a précisé la teneur de ses dires. Son beau-frère, A_, lui avait remis le relevé du compte bancaire de F_, ainsi qu'un document qui comportait la signature du titulaire du compte. Il avait transmis une photographie à son beau-frère, qui lui avait remis, une semaine plus tard, la carte d'identité, dont il s'était servi dans sa tentative d'escroquerie. Il avait agi de la sorte en raison d'une situation financière difficile.
b.e
La police a procédé à l'analyse des téléphones portables utilisés par B_. Doivent être mis en évidence, s'agissant de la plainte pénale F_, des appels téléphoniques de B_ à A_ le 27 juin 2011 (un seul appel) et le 7 juillet 2011 (sept appels), tous de quelques secondes seulement.
c.
Tentative d'escroquerie – cas C_
(C.a) ch. 10).
c.a
Le 30 septembre 2011, la police a interpellé, à l'agence J_ de_, une personne, qui s'est avérée être P_, qui tentait de retirer CHF 47'000.-. Elle était munie d'une fausse pièce d'identité _, d'un relevé de compte d'août 2011 et d'un chèque d'une valeur d'EUR 42'800.-, libellé au nom de C_.
c.b
Le 13 octobre 2011, C_ a déposé plainte pénale. Le 19 septembre 2011, un individu de type _, d'environ _ ans, mesurant _ cm, de corpulence _et parlant français sans accent, s'était présenté à son domicile genevois. Son époux avait répondu, mais l'inconnu avait refusé de lui remettre le colis, affirmant qu'elle seule devait signer. Sortant de l'immeuble une quinzaine de minutes plus tard, elle avait été apostrophée par le même individu, qui lui avait remis un colis contenant une revue et lui avait demandé de signer un reçu en précisant sa date de naissance sur un document qu'il lui avait fourni. Elle s'était souvenue ne pas avoir reçu son relevé bancaire du mois d'août 2011.
c.c
Parmi les pièces saisies lors de l'interpellation de P_ figurent notamment :
-
la carte d'identité _, au nom de C_, contenant la mention suivante : "Carte délivrée par la Préfecture de _", avec sous l'intitulé "Signature de l'autorité" le timbre humide suivant : "Le _ (sic), U_" muni de sa signature,
-
un chèque de EUR 42'800.-, libellé
"Quarente deux mille huit cent euros",
émanant de la V_, dont le débiteur est un certain W_, domicilié _. Une trace papillaire appartenant à A_ a été relevée sur ce chèque.
c.d
A la police, P_ a expliqué qu'un certain X_, qu'elle avait rencontré à _, lui avait fourni le relevé bancaire de C_ en lui expliquant la marche à suivre. Après lui avoir donné sa photo, il s'était occupé de la suite. Il lui avait payé le billet de TGV pour voyager de _ à Genève et était venu la chercher à la gare Cornavin. A Genève, il lui avait remis une fausse carte d'identité _ et d'autres documents, sans qu'elle ne sache comment la carte falsifiée avait été créée. Il l'avait ensuite déposée devant la banque et lui avait dit d'aller retirer l'argent. Elle avait commis ce type d'escroquerie par deux fois avant le 30 septembre 2011, en étant à chaque fois accompagnée du dénommé X_.
Devant le Ministère public,
P_ a reconnu être impliquée dans la tentative de retrait au détriment de C_ mais a contesté être celle qui aurait livré un colis ou volé un relevé bancaire dans sa boîte aux lettres. Lorsqu'elle avait rencontré X_, il lui avait proposé de l'amener en Suisse et de lui donner des cartes d'identité pour retirer de l'argent dans les banques. A Genève, il lui avait désigné une banque et demandé de montrer le chèque qu'il avait préalablement rempli, P_ ne devant plus que signer. Il lui avait expliqué comment imiter la signature et elle s'était exercée plusieurs fois. Rémunérée EUR 1'500.- par voyage, elle en avait effectué six à Genève, dont celui lors duquel elle avait été arrêtée.
P_ pensait être en mesure de reconnaître X_ si on lui présentait une photographie. Sur planche photographique, elle a identifié A_ comme étant le dénommé X_, contrairement à B_ qu'elle n'a pas reconnu. X_ était originaire de _ et âgé _ d'années. Il mesurait entre _ cm, il était _, de corpulence _ et avait un visage _. Il avait été emprisonné à Genève _.
d.
Suite aux arrestations de B_ et de P_ ainsi qu'aux aveux de cette dernière, la police a fait le lien avec d'autres cas similaires pour lesquels des plaintes avaient été déposées. Il s'agit des tentatives d'escroquerie commises au détriment de K_ et M_ ainsi que des escroqueries dont ont été victimes O_, G_, E_, D_ et N_.
e.
Escroquerie – cas O_
(C.a) ch. 8 et C.b) ch. 4).
e.a.a
Le 20 juillet 2011, O_ a déposé plainte pénale. Plusieurs semaines auparavant, un homme _, d'environ _ans, _, mesurant _ cm et parlant le français sans accent, s'était présenté à son cabinet _. Il lui avait remis, contre signature, une enveloppe contenant un magazine. Il s'était aperçu que deux retraits frauduleux d'un montant total de CHF 9'000.- avaient été effectués sur son compte bancaire le 23 juin 2011, respectivement auprès des succursales H_ d'_ et de _. Il avait également remarqué ne pas avoir reçu son relevé de compte du mois de mai 2011. Il n'a reconnu personne sur la planche photographique contenant notamment la photographie de B_.
e.a.b
Le 9 décembre 2011, la banque H_ a également déposé une plainte pénale pour les retraits frauduleux dont son client O_ avait été victime et qu'elle avait entièrement remboursé.
e.b
La perquisition
effectuée au domicile de B_ après son interpellation a permis de saisir un reçu établi le 23 juin 2011 par la banque H_ au nom de O_.
A la police et devant le Ministère public, B_ a contesté toute implication dans l'escroquerie commise au préjudice de O_. En audience de jugement, il a expliqué que A_ lui avait remis les deux avis de retraits reçus de la banque H_, d'un montant total de CHF 9'000.-, saisis à son domicile, pour lui montrer que l'escroquerie fonctionnait. B_ a d'abord justifié la recherche informatique effectuée au nom de O_ comme une vérification des dires de A_, puis, dans un second temps, après qu'il lui eut été fait remarquer que cette recherche était antérieure au prélèvement, il a soutenu que A_ venait souvent à son domicile pour utiliser son ordinateur.
e.c
L'analyse des téléphones portables utilisés par B_ a permis de mettre en évidence, s'agissant des plaintes pénales O_ et H_, plusieurs appels croisés entre B_ et A_ entre le 19 mai et le 27 juin 2011, soit :
- deux appels du premier au second les 19 et 22 mai 2011,
- un appel de A_ le 2 juin 2011 (durée 7' 30''),
- trois appels de B_ à A_ le 4 juin 2011 auxquels il fallait ajouter un SMS adressé à A_ au sujet d'un transfert d'argent par Y_ après un prélèvement en espèces,
- deux SMS de A_ le 5 juin 2011 en remerciement du transfert précité,
- trois appels de B_ à A_ les 9, 25 et 27 juin 2011.
f.
Escroquerie – cas G_
et
Q_
(C.a) ch. 1).
f.a.a
Le 4 décembre 2010, G_ a déposé plainte pénale. Le 23 novembre 2010, un homme _, mesurant _ cm et âgé de _ ans, _ et portant _, s'était présenté à son domicile. Il lui avait remis une enveloppe contenant un magazine et lui avait demandé, ainsi qu'à sa femme, de signer un reçu et de préciser leur date de naissance. Le 2 décembre 2010, il avait reçu un courrier du I_ accusant réception d'un chèque d'un montant d'EUR 42'000.-. Le surlendemain, il avait constaté que CHF 37'000.- avaient été retirés le 1
er
décembre 2010 au guichet de la succursale _de sa banque.
f.a.b
Le 22 décembre 2010, I_ a également déposé une plainte pénale après que l'un de ses clients, G_, avait été victime d'un retrait frauduleux. Il l'avait remboursé, intégralement et à bien plaire.
f.b
G_ a confirmé sa plainte devant le Ministère public. Il avait remarqué après coup qu'un extrait de compte était manquant, soit celui d'octobre ou novembre 2010.
f.c
Parmi
les documents transmis par la banque figurent notamment les photocopies du recto d'une pièce d'identité _, établie au nom d'Q_, ainsi que d'un chèque
de la
Z_ de
EUR 42'000.-,
libellé en toutes lettres
"Quarente deux mille euros"
, dont la débitrice est une certaine AA_, domiciliée _.
f.d
A la police, P_ a admis avoir effectué le retrait de CHF 37'000.- au détriment de G_, ce qu'elle a confirmé devant le Ministère public. Elle a en revanche contesté avoir livré un colis ou volé un relevé bancaire dans sa boîte aux lettres. P_ s'est référée à ses explications fournies lors de son interpellation pour décrire de quelle manière elle avait été appelée à opérer le retrait d'argent frauduleux à l'initiative de A_ (cf.
supra
let. B.c.d C_).
g.
Tentative
d'escroquerie – cas K_
(C.a) ch. 2).
g.a
Le 4 mars 2011, K_ a porté plainte pénale auprès de la police. Un homme, de type _, d'environ _ ans, mesurant _ cm, de corpulence normale et s'exprimant en français, s'était présenté le 15 février 2011 à son domicile. Un de ses enfants avait vu le véhicule conduit par l'individu, à savoir un ancien modèle de _, de couleur grise, aux plaques _, de type _. L'inconnu lui avait remis une enveloppe contenant un vieux magazine et lui avait demandé de signer un registre. Comme la situation lui paraissait étrange, K_ avait apposé une fausse signature sur ledit registre. Le même jour, l'agence R_ l'avait informée par téléphone qu'une femme _ s'était présentée au guichet pour effectuer un prélèvement de CHF 22'000.- après avoir présenté à l'encaissement un chèque d'une valeur de EUR 32'500.-. Cependant, au moment de signer la quittance, le caissier s'était aperçu que la signature ne correspondait pas à celle de référence figurant dans sa base de données. N'arrivant pas à reproduire la vraie signature, la femme avait alors quitté l'agence.
Confrontée à B_, K_ l'a reconnu comme pouvant être celui qui lui avait remis le colis sans pouvoir l'affirmer à 100%.
g.b
La succursale _d'R_ a transmis l'original du chèque bancaire présenté, lequel avait été émis par la BB_, sise_, d'un montant de EUR 32'500.-, dont la débitrice était CC_, domiciliée _.
g.c
Deux voisines de K_ ont été entendues par la police.
g
.c.a
Trois semaines auparavant, un individu de type _ avait sonné à l'interphone DD_ pour lui faire signer un reçu pour une grande enveloppe, ce qu'elle avait refusé. La photo de B_ lui faisait très fortement penser à l'individu qui s'était rendu chez elle. Le fils de K_ a aussi fait le lien avec l'individu qui s'était présenté chez sa mère le 15 février 2011.
g.c.b
En sortant de chez elle,
EE_ avait vu un individu essayer d'entrer dans l'immeuble puis elle l'avait vu courir vers une voiture _, immatriculée _. En parlant avec des voisins, elle s'était rendue compte que l'inconnu était celui qui avait essayé de faire signer un reçu à DD_ le même jour. Sur la planche photographique, EE_ a formellement reconnu B_ comme étant la personne observée.
g.d
L'analyse des téléphones portables utilisés par B_ révèle, en lien avec la plainte pénale K_, l'existence de huit appels le 15 février 2011 et de cinq autres appels le lendemain émanant tous de B_ en faveur de A_, ainsi que de deux autres appels le 17 février 2011, tous ces appels étant de courte durée (maximum de 16'').
g.e
Devant le Ministère public,
P_ a reconnu être impliquée dans la tentative de retrait au détriment de K_, tout en contestant avoir livré un colis ou volé un relevé bancaire dans sa boîte aux lettres. Elle s'est référée à ses explications fournies lors de son interpellation pour décrire de quelle manière elle avait été appelée à opérer la tentative de retrait d'argent frauduleux à l'initiative de A_ (cf.
supra
cas C_ let. B.c.d).
g.f
A la police et devant le Ministère public, B_ a nié s'être rendu au domicile de K_ ou DD_.
h.
Escroquerie – cas E_ et S_
(C.a) ch. 3).
h.a.a
Le 22 mars 2011, E_ a déposé plainte pénale. Fin février 2011, un homme de type _, de _, _ et parlant le français correctement, qui avait prétexté être un employé de La Poste, s'était présenté à son domicile _, pour livrer un colis contenant un vieux magazine. Il avait fait signer à sa femme, S_, un bulletin de livraison pour la réception du colis. Par la suite, E_ avait reçu de J_ un avis d'encaissement d'un chèque de EUR 38'100.-. Selon les explications fournies par la banque, un prélèvement de CHF 15'000.- avait été effectué à l'agence de _. Le 4 mars 2011, une femme s'était présentée au guichet avec une carte d'identité _ au nom de S_ et elle avait remis pour encaissement un chèque au nom de la titulaire du compte. E_ a confirmé sa plainte devant le Ministère public.
h.a.b
Le 25 mai 2011, la J_ a déposé une plainte pénale pour le retrait frauduleux dont son client avait été victime. Elle l'avait remboursé, entièrement et à bien plaire.
h.b
Parmi les pièces présentées à la banque lors du retrait litigieux figurent la copie du chèque de FF_, d'un montant de EUR 38'100.-, dont la débitrice est GG_, _, ainsi qu'une copie de la pièce d'identité _, au nom de S_, prétendument délivrée par la Préfecture _, soit pour elle, par _, U_. Le libellé est identique à celui figurant au recto de la carte d'identité falsifiée utilisée pour le retrait C_, sous réserve des différences observables sur le timbre humide ("Police générale" est orthographiée correctement, la police d'écriture est plus grande et la signature manuscrite U_ différente).
h.c
A la police, P_ a dit se reconnaître sur les images de la vidéosurveillance de la banque dans laquelle elle avait retiré CHF 15'000.- au préjudice de E_ et de S_. Comme pour le cas D_ (cf.
infra
let. i), elle était accompagnée du dénommé X_, qu'elle rejoignait à la sortie de la banque et auquel elle remettait la somme retirée. En contrepartie, elle percevait une commission dont elle ne connaissait plus le montant.
Elle a confirmé ce qui précède devant le Ministère public, tout en précisant qu'elle n'avait pas livré un colis ou volé un relevé bancaire dans la boîte aux lettres. P_ s'est référée à ses explications fournies lors de son interpellation pour décrire de quelle manière elle avait été appelée à opérer le retrait d'argent frauduleux à l'initiative de A_ (cf.
supra
let. B.c.d C_).
i.
Escroquerie – cas D_
(C.a) ch. 4).
i.a.a
Le 25 mars 2011, D_ a porté plainte. Au début du mois de mars 2011, un homme d'origine _, d'environ _ ans, mesurant _ cm et _, avec un accent correspondant à une personne originaire _, s'était présenté à son domicile à _pour livrer un pli recommandé contentant un vieux journal. Il lui avait demandé de signer une feuille comportant déjà plusieurs signatures, dont celle de son voisin. Après avoir reçu un courrier de sa banque l'informant que son compte allait être crédité d'un montant de EUR 41'800.- provenant de HH_ qu'elle ne connaissait pas, D_ s'était rendue à la J_ qui lui avait expliqué qu'un prélèvement de CHF 33'000.- avait été effectué sur son compte le 16 mars 2011. Le relevé bancaire relatif au mois de février 2011 lui avait été remis en mains propres de sorte qu'elle n'était pas en mesure de dire s'il avait été volé dans sa boîte aux lettres.
i.a.b
Le 25 mai 2011, la J_ a déposé une plainte pénale suite au retrait frauduleux dont sa cliente avait été victime. Elle l'avait remboursée, entièrement et à bien plaire.
i.b
Parmi les documents remis à la J_ lors du retrait litigieux figure notamment la copie du chèque de _, de EUR 41'800.-, libellé
"quarente un mille huite
(sic)
cent euros",
dont la débitrice est HH_, _.
i.c
L'analyse des téléphones portables utilisés par B_ a permis de mettre en évidence, s'agissant des plaintes pénales D_ et J_, plusieurs appels croisés entre B_ et A_ entre les 2 et 16 mars 2011, soit :
- le 2 mars 2011, 3 appels du premier au second ainsi qu'un appel et un SMS de A_ à B_,
- le 3 mars 2011, un SMS de A_ et deux appels de B_,
- les 4 et 7 mars 2011, deux appels de B_ à A_, le second d'une durée de 6' 14'',
- le 9 mars 2011, deux appels de B_ à A_ (durée maximum de 3' 6''),
- le 10 mars 2011, trois appels de A_ à B_ et trois autres de ce dernier,
- le 14 mars 2011, un SMS de A_ à B_,
- le 15 mars 2011, un appel de B_ à A_,
- le 16 mars 2011, un appel de A_ à B_ (durée 1' 14'').
i.d
A la police, P_ a dit se reconnaître sur les images de la vidéosurveillance de la banque dans laquelle elle avait retiré CHF 33'000.- au préjudice de D_. Elle avait agi avec un _qu'elle a décrit et qui s'est présenté à elle comme se prénommant X_ (cf.
supra
cas E_ et S_ let. h.c). Devant le Ministère public,
P_ a confirmé son implication, tout en contestant avoir livré un colis ou volé un relevé bancaire dans la boîte aux lettres de D_. P_ s'est référée à ses explications fournies lors de son interpellation pour décrire de quelle manière elle avait été appelée à opérer le retrait d'argent frauduleux à l'initiative de A_ (cf.
supra
cas C_ let. B.c.d).
j.
Escroquerie – cas N_
(C.a) ch. 7 et C.b) ch. 3).
j.a
Le 3 juin 2011, N_ a déposé plainte pénale. Elle avait constaté le même jour qu'un prélèvement de CHF 32'000.- avait été opéré sur son compte dans une agence bernoise de la banque T_. Trois semaines auparavant, un livreur s'était présenté à son domicile à _ pour lui remettre un journal et lui avait demandé de signer un reçu. Elle avait déjà aperçu cet individu la veille en train d'observer les boîtes aux lettres de son immeuble. Elle a reconnu, parmi les 16 photographies qui lui avaient été présentées, B_, sans toutefois en être certaine. Elle a réitéré sa mise en cause devant le Ministère public, même si elle ne pouvait en être certaine à 100 %. Sa banque l'avait intégralement remboursée.
j.b
La pièce d'identité au nom d'N_ présentée lors du retrait frauduleux a prétendument été délivrée par la _, soit pour elle par le _, U_.
j.c
A son interpellation, B_ était porteur d'un papier sur lequel avait été notée l'adresse manuscrite de la succursale _ de la banque T_ où le retrait d'argent avait été effectué.
j.d
L'analyse des téléphones portables utilisés par B_ révèle, en lien avec la plainte pénale N_, un échange nourri de contacts téléphoniques croisés entre B_ et A_ entre le 13 mai et le 9 juin 2011, à savoir :
-
un appel téléphonique le 13 mai 2011 (durée de 3' 29'') et un SMS le lendemain, le tout de A_ à B_ ;
-
plusieurs appels de B_ à A_, respectivement les 15 mai 2011 (durée maximum 30''), 16 mai 2011 (quatre appels d'une durée maximum de 4' 38''), 17 mai 2011 (sept appels d'une durée maximum de 41''), 18 mai 2011 (un appel de 1' 4''), 19 mai 2011 (un appel d'une durée de 8'') et 22 mai 2011 (un appel d'une minute) ;
-
le 2 juin 2011, un appel de A_ à B_ (durée de 7' 30'') ;
-
le 4 juin 2011, trois appels de B_ (durée maximum de 42'') et un SMS du même auteur au sujet de l'argent prélevé et transféré par Y_ ;
-
le 5 juin 2011, deux SMS de A_ à B_, toujours au sujet de l'argent transféré ;
-
le 9 juin 2011, un appel de B_ (durée de 6'').
j.e
Devant le Ministère public,
P_ a reconnu être impliquée dans le retrait au détriment d' N_, tout en contestant avoir livré un colis ou volé un relevé bancaire dans sa boîte aux lettres. Elle s'est référée à ses explications fournies lors de son interpellation pour décrire de quelle manière elle avait été appelée à opérer le retrait d'argent frauduleux à l'initiative de A_ (cf.
supra
cas C_ let.B.c.d).
j.f
A la police et devant le Ministère public, B_ a nié s'être rendu à _, chez N_. Il n'a pas varié dans sa détermination en audience de jugement.
k.
Tentative d'escroquerie - cas M_
(C.a) ch. 6 et C.b) ch. 2).
k.a
Le 5 juillet 2011, M_ a déposé plainte pénale. Début juin 2011, elle avait reçu, à son domicile à _, la visite d'un livreur qui lui avait remis un colis contre sa signature. Selon sa banque, une femme s'était présentée le 25 juin 2011 au guichet d'R_, succursale de _, avec une carte d'identité _ à son nom et fourni toutes ses coordonnées, demandant le retrait du solde du compte. La banque n'avait pas effectué l'opération souhaitée et avait gardé les images de surveillance et les documents d'identité utilisés.
M_ n'a pas reconnu B_ sur la planche photographique qui lui a été présentée ni en audience de confrontation. Par contre, elle a identifié, comme étant le livreur de colis, l'individu filmé par les caméras de surveillance de la banque H_, succursales d'_ et de _, alors qu'il procédait à des prélèvements frauduleux au détriment de O_ (cf.
supra
let. e). M_ a confirmé sa plainte devant le Ministère public.
k.b
La pièce d'identité au nom de M_ présentée à la banque a prétendument été délivrée par la Sous-Préfecture de _, soit pour elle par le _ U_. Elle comportait la mention
_.
k.c
L'analyse des téléphones portables utilisés par B_ révèle, en lien avec la plainte pénale M_, un échange nourri de contacts téléphoniques croisés entre B_ et A_ entre le 2 et le 27 juin 2011, à savoir :
-
un appel téléphonique de A_ à B_ (durée de 7' 30'') le 2 juin 2011 ;
-
le 4 juin 2011, trois appels de B_ à A_ ainsi qu'un SMS relatif à l'argent prélevé et transféré par Y_ ;
-
le 5 juin 2011, deux SMS de A_ à B_ pour le remercier de l'envoi d'argent ;
-
les 9, 25 et 26 juin 2011, trois appels de B_ à A_, d'une durée respective de quelques secondes.
k.d
Devant le Ministère public,
P_ a reconnu être impliquée dans la tentative de retrait au détriment de M_, tout en contestant avoir livré un colis ou volé un relevé bancaire dans sa boîte aux lettres. Elle s'est référée à ses explications fournies lors de son interpellation pour décrire de quelle manière elle avait été appelée à opérer le retrait d'argent frauduleux à l'initiative de A_ (cf.
supra
cas C_ let. B.c.d).
l.
Acceptant
d'être jugée par la voie de la procédure simplifiée, P_
a, par jugement du Tribunal de police du _ 2012, été reconnue coupable d'escroquerie, tentative d'escroquerie, vol, faux dans les titres, faux dans les certificats étrangers et violation de secrets privés (cas G_, K_, E_, D_, M_, N_ et C_) et condamnée à une peine privative de liberté de 18 mois avec sursis, sous déduction de 292 jours de détention avant jugement, délai d'épreuve de quatre ans, ainsi qu'à une amende de CHF 500.- (peine privative de liberté de substitution de cinq jours).
m.
B_ a dans un premier temps déclaré ne pas connaître A_. Dans ses déclarations ultérieures, il a admis l'avoir rencontré une ou deux fois, avant de reconnaître que A_ était le père de son neveu et qu'il avait pour habitude de le contacter quand il venait à Genève voir son fils. Il n'avait pas tout de suite avoué connaitre A_ pour lui éviter des ennuis comme membre de sa famille. B_ a nié lui avoir envoyé de l'argent mais, en une occasion, il en avait reçu pour le compte de son neveu. Il lui prêtait également son véhicule quand il venait à Genève. Devant le Ministère public, B_ a refusé vouloir donner plus d'indications au sujet de A_, pour des questions de sécurité. Il ne savait pas de quoi il était capable et craignait notamment qu'il ne se retournât contre son propre _. Il reconnaissait uniquement la tentative de retrait au préjudice de F_, ce qu'il a confirmé en audience de jugement.
n.
L'analyse des téléphones portables de B_ a notamment permis la découverte d'une photographie de A_ ainsi que d'un SMS de Y_ faisant état de la confirmation de la réception d'un versement par A_. A au surplus été mis en évidence, entre les 24 janvier et 7 juillet 2011, l'existence de 104 contacts téléphoniques entre les deux _ (95 appels de B_ et 9 de A_) et de 23 SMS, dont 18 de A_.
o.
Le 23 décembre 2011, un mandat d'arrêt a été décerné à l'encontre de A_. Celui-ci a été interpellé en _ le _ 2013 avant d'être extradé en Suisse le _ 2013.
o.a
A la police, A_ a expliqué connaître, depuis _au moins, P_ qu'il avait fréquentée pendant quelques temps. Après leur séparation, ils étaient restés en contact pendant six ou sept mois. Il l'avait revue en 2010 et 2011, respectivement à Genève et _, pour lui fournir, à sa demande, trois enveloppes vides.
B_ était l'oncle de son fils, II_. Il lui était arrivé d'envoyer de l'argent à B_ pour le compte de son fils, sans qu'il ne puisse pour autant expliquer le SMS de Y_ reçu de B_.
Il avait déjà été condamné par le passé en _ pour des escroqueries et des faux dans les titres, en se rendant à la Poste pour encaisser des chèques établis au nom d'une personne dont il avait usurpé l'identité. Il présentait au guichet des documents qui n'étaient pas à son nom sans qu'ils ne soient nécessairement faux. Il avait également été condamné pour des faits similaires en Suisse, où il avait eu un rôle d'exécutant. Dans ce dernier cas, des amis de P_ s'étaient chargés de toute l'organisation.
o.b
Devant le Ministère public, A_ a confirmé ses précédentes déclarations et formellement contesté les faits qui lui étaient reprochés. Quand il avait appris l'arrestation de P_, il avait su qu'elle allait lui "pourrir la vie" car il l'avait abandonnée. Il avait de bons contacts avec B_.
Après avoir contesté tout lien avec le chèque retrouvé sur P_ lors de la tentative de retrait au détriment de C_, A_ a finalement admis qu'il lui avait vendu à _, une fois et à sa demande, un chèque vierge et lui avait remis les trois enveloppes vides dont il avait fait mention à la police.
A plusieurs reprises devant le Ministère public,
A_ a demandé en vain à être confronté à P_, celle-ci ayant quitté la Suisse après sa condamnation avec sursis du _ 2012.
En audience de jugement, A_ a été invité à écrire en toutes lettres EUR 42'800.-, ce qu'il a fait sur un document vierge annexé au procès-verbal. On peut y lire
"Quarente deux mille huit cent euros".
Dûment interpellé par le Président, A_ a contesté avoir mal orthographié le mot
"quarente"
qu'il a épelé avec un
"e".
C.
a.
Par courrier du 30 décembre 2013, A_ a informé la CPAR qu'il persistait dans les termes de son appel et n'entendait pas présenter de demande de non-entrée en matière s'agissant de l'appel du Ministère public. B_ a conclu le 8 janvier 2014 au rejet de l'appel du Ministère public en tant qu'il le concernait.
b.
La J_ a maintenu ses prétentions civiles à concurrence de CHF 48'000.- par courrier
du 9 janvier 2014.
c.
Le 13 janvier 2014, le Ministère public s'en est rapporté à justice sur la recevabilité de l'appel de A_, dont il demande le rejet. Il s'est opposé à l'audition de P_ requise par A_.
d.
Par ordonnance présidentielle du 13 février 2014, la CPAR a ordonné une procédure orale et cité aux débats P_ pour les motifs figurant dans l'ordonnance.
A_ a présenté ses prétentions en indemnisation à concurrence de CHF 93'800.-, augmentées de CHF 200.- par jour jusqu'à la date de l'arrêt. Dans un courrier subséquent reçu la veille de l'audience d'appel,
il a demandé qu'une enquête soit menée sur ses conditions de détention à la prison de Champ-Dollon, se prévalant de conditions inhumaines au sens de l'art. 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 [CEDH ;
RS 0.101
]. Pour ne pas provoquer un report de l'audience, A_ a conclu à la scission des débats (art. 342 CPP en application par renvoi de l'art. 379 CPP), ce que la juridiction d'appel lui a accordé sur question préjudicielle le 6 mai 2014.
En prévision des débats d'appel, A_ a produit un bordereau de pièces contenant une recherche "Google" sur le mot "quarante" orthographié "quarente", l'extrait d'acte de naissance de l'enfant II_ , une attestation de bonne conduite émanant de la mère des trois autres enfants de A_ vivant à _, la preuve de versements en sa faveur depuis son incarcération et une attestation de Champ-Dollon certifiant que A_ travaille à _ et se comporte conformément aux dispositions réglementaires en vigueur.
Les débats d'appel du 6 mai 2014, auxquels P_ ne s'est pas présentée, ont porté sur la culpabilité et la peine de B_, la cause étant en état d'être jugée en ce qui concernait ce dernier contrairement à A_. Pour ce dernier, seule sa culpabilité a été abordée, l'examen de sa situation personnelle et la fixation de la peine étant reportés à une date ultérieure (cf.
infra
let. e.).
e.a
Lors de l'audience, B_ a expliqué que depuis une dizaine d'années il voyait régulièrement A_, qui était un ami en plus d'être son beau-frère. Il avait connu P_ par son intermédiaire. A_ lui en voulait beaucoup car il lui faisait porter la responsabilité de son incarcération. Personnellement, B_ ne voulait et ne pouvait pas "balancer" son beau-frère.
A_ lui avait remis le reçu établi au nom de O_ saisi à son domicile. Il arrivait à B_ de laisser son beau-frère utiliser son ordinateur. Il savait que des recherches informatiques avaient été faites le 7 juin 2011 à partir de son ordinateur sans être à même d'affirmer, pour les raisons exposées précédemment, que A_ en fût l'auteur. B_ n'avait rien gagné avec cette escroquerie. Il avait agi par faiblesse. Il présentait ses excuses aux victimes.
e.b
A_ a confirmé que P_ lui avait demandé le service consistant à lui procurer un chèque, contre une rémunération de EUR 150.-, en lien avec _. C'était en août 2011, ce qui expliquait la présence de son empreinte retrouvée sur le chèque C_. Paniqué, A_ avait raconté à la police n'importe quoi jusqu'au jour où il avait pu rectifier ses dires.
A_ a contesté les déclarations de B_ s'agissant de son accès à l'ordinateur. Il ne s'était plus rendu au domicile de son beau-frère depuis qu'il séjournait à _. Il avait connu P_ par l'intermédiaire de B_ en _. En _, ils étaient devenus intimes pendant environ six mois, soit jusqu'en _. Entre 2006 et _2011, ils avaient continué à entretenir des contacts en tant qu'amis. A_ a admis qu'il s'agissait en l'espèce du même mode opératoire que celui utilisé lors des faits qui avaient conduit à ses condamnations précédentes en Suisse pour lesquelles il n'avait pas dénoncé P_ et B_, qui avaient ainsi pu échapper à toute sanction.
B_ et P_ l'impliquaient par vengeance. En 2005, il avait été condamné sur la base d'empreintes prélevées sur les documents présentés à la banque. Il n'aurait donc pas remis autant de documents à P_ en prenant ce risque. B_ lui en avait voulu quand A_ avait rompu avec sa sœur. Les reproches s'étaient intensifiés lorsqu'il avait appris qu'il sortait avec P_.
La cause a été gardée à juger à l'issue de l'audience.
e.c
La CPAR
a rendu le 19 mai 2014 le dispositif de son arrêt, par lequel elle a rejeté l'appel de A_ et partiellement admis celui du Ministère public, avec une brève motivation orale. Selon ce dispositif :
-
B_ a été reconnu coupable de tentative d'escroquerie [
recte
: escroquerie] et non de complicité dans le cas N_ ([C.b) ch. 3], cf.
supra
let. B.j).
-
A_ a été reconnu coupable d'escroqueries par métier pour les cas G_ ([C.a) ch. 1], cf.
supra
let. B.f), K_ ([C.a) ch. 2], cf.
supra
let. B.g) et D_ ([C.a) ch. 4],
supra
let. B.i).
La CPAR a ordonné la détention de A_ pour des motifs de sûreté par décision séparée du même jour. Toutefois, par décision présidentielle prise ultérieurement (
OARP/143/2014
du 20 juin 2014), A_ a été autorisé à exécuter de manière anticipée la peine privative de liberté à laquelle il avait été condamné en première instance.
f.a
Donnant suite à la demande de A_, la direction de Champ-Dollon a fait parvenir à la CPAR le détail de son parcours cellulaire. Il en ressort en substance que :
-
à son entrée à la prison et durant une dizaine de jours, A_ a été incarcéré dans une cellule individuelle (surface nette 12 m2) occupée par deux et trois détenus, respectivement pendant une et sept nuits. La surface disponible dont disposait A_ était alors de 6 m2, pour une nuit, et de 4 m2 le reste du temps ;
-
dès le _ 2013, A_ a été transféré dans une autre cellule individuelle, occupée successivement par deux (une nuit) et trois détenus (29 nuits), la surface disponible étant identique à la période précédente ;
-
à partir du _ 2013 et pour quelques mois, A_ a été incarcéré dans une cellule prévue pour trois détenus et d'une surface nette de 23 m2 (cellule 317). Cinq détenus y ont été incarcérés durant 33 nuits, laissant à A_ une surface disponible de 4,60 m2. Pendant 78 nuits, six détenus y ont pris place, avec une surface disponible réduite à 3,83 m2 ;
-
le _ 2013 et pour une quinzaine de jours, A_ a été placé dans une autre cellule à trois lits dont la surface était légèrement supérieure à celle de la cellule 317 (28,16 m2). Ils ont été cinq à y être incarcérés durant 5 jours (surface disponible pour A_ de 5,63 m2), six pendant 11 nuits (4,69 m2 par détenu) et 7 durant une nuit (4,02 m2) ;
-
entre le _ 2013 et _2014, A_ a été détenu seul dans une cellule individuelle durant une nuit (surface disponible de 12,85 m2), à deux dans la même cellule durant plus de cinq mois (6,42 m2) et à trois durant 119 jours (4,28 m2).
Selon le même rapport, les cellules dites triples des unités Nord et Sud ont une surface brute de 25,5 m2 comprenant des douches et sanitaires avec séparation (2,5 m2), un frigo, un téléviseur et une penderie : ces cellules sont systématiquement équipées de six lits et disposent d'une douche dont les détenus peuvent user à leur guise. Les places de travail sont attribuées par ordre chronologique, le délai d'attente étant de l'ordre de six mois. Les visites du conseil sont garanties sans restriction, celles de la famille une fois par semaine pendant une heure. Les délais d'attente pour les consultations médicales dépendent de la gravité du cas : les consultations urgentes sont immédiatement garanties, les autres peuvent attendre jusqu'à un mois (consultations médicale somatique ou psychiatrique non urgentes). Le délai d'attente pour obtenir un entretien avec le secteur socio-éducatif est de plusieurs semaines tandis que celui pour un appel téléphonique s'élève à un mois environ. A part l'heure de promenade quotidienne à l'air libre, ce rapport mentionne une heure de sport par semaine dans la grande salle de gymnastique, sans préjudice d'une pratique du sport plus aléatoire dans la petite salle.
f.b
Dans un courrier manuscrit adressé au président de la CPAR, A_ a contesté les calculs opérés par la direction de Champ-Dollon. Il était impossible, au regard de la surpopulation carcérale chronique de l'établissement de détention, qu'un lit fût resté inoccupé pendant 33 jours dans la cellule 317. La sixième place n'était pas restée inoccupée plus de deux ou trois jours.
f.c
La direction de Champ-Dollon, à laquelle la contestation de A_ a été adressée, a persisté dans son décompte du taux d'occupation des cellules occupées par A_. Celui-ci avait, vérification faite, passé effectivement 33 jours dans la cellule 317 en compagnie de 5 [
recte
: 4] autres détenus, soit une occupation à cinq détenus durant un peu plus d'un mois.
La direction de Champ-Dollon a joint à son courrier les rapports d'occupation journalière de la cellule 317 durant les 33 jours considérés. 26 rapports journaliers mentionnent la présence de cinq détenus - dont A_ - dans la cellule 317 tandis qu'il ressort des sept autres fiches que six détenus occupaient la même cellule les _ 2013.
g.
Une seconde audience d'appel a été consacrée à la situation personnelle de A_ et aux plaidoiries, conformément à la scission des débats antérieurement décidée.
g.a
Une pièce complémentaire a été produite, consistant en une promesse d'embauche de A_ par JJ_, _ à _. L'emploi dont il pourrait bénéficier en cas de libération consistait à être _ d'une petite équipe de sept ou huit _.
A_ vivait un véritable supplice. Il était primordial que sa situation familiale et personnelle soit prise en considération dans la fixation de sa peine.
g.b
A_ conclut
à l'octroi d'une indemnisation pour les 85 jours de détention constitutifs d'une violation de l'art. 3 CEDH, selon les critères retenus par le Tribunal fédéral. Sur le fond, une peine de 3 ans de privation de liberté, avec un sursis partiel et une partie ferme fixée à 18 mois, était de nature à sanctionner équitablement son activité coupable.
Le Ministère public persiste dans ses conclusions figurant dans sa déclaration d'appel. Il n'y avait pas lieu d'entrer en matière sur une éventuelle violation de la CEDH pour différents motifs, dont le principal était que la durée de détention dans des conditions difficiles n'atteignait pas le minimum fixé par le Tribunal fédéral. Si la CPAR devait néanmoins entrer en matière, l'indemnisation ne pourrait pas dépasser l'équivalent de 10% des jours où la violation de la CEDH serait constatée.
g.c
Les parties ont renoncé au prononcé public de l'arrêt, A_ admettant que le dispositif lui soit notifié à bref délai par la voie postale. La cause a ainsi été gardée à juger.
h.
Dans les jours qui ont suivi l'audience, le président de la CPAR a interpellé la direction de Champ-Dollon sur l'apparente contradiction résultant de son dernier envoi, l'occupation de la cellule 317 à cinq détenus ne totalisant au regard des fiches journalières que 26 jours durant la période considérée et non 33.
La direction de Champ-Dollon a confirmé l'exactitude des données fournies dans le courrier du 13 juin 2014. La confusion née de l'existence de sept fiches mentionnant six occupants dans la cellule 317 durant certains jours s'expliquait par le fait que dans les décomptes fournis un détenu qui avait quitté la cellule dans la journée était tout de même comptabilisé. Selon la direction de Champ-Dollon, les détenus quittaient en principe la cellule dans la matinée, de sorte que seuls cinq détenus occupaient en fait la cellule 317 durant les jours susmentionnés ainsi que la nuit suivante.
h.a
La teneur des explications de la direction de Champ-Dollon a été transmise au conseil de A_ pour détermination.

## Considerations