# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 77a05b2e-dc51-4010-a609-594a97b770df
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2010
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
La personne qui déclare se nommer X._ (ci-après: X._), née selon ses déclarations le ******** à 2******** (Cameroun), est entrée en Suisse le 1
er
avril 2006 sans visa. Au mois de juillet 2007, X._ s’est annoncé auprès du Bureau des étrangers de la Commune de 1******** en se légitimant avec un faux passeport français au nom de X._. Entendu par la police de sûreté le 4 août 2007, il a indiqué que sa véritable identité était Z._, ressortissant de la République Démocratique du Congo.
B.
Y._, née le ******** à 3******** (Cameroun), dispose d’un permis d’établissement en Suisse. Le 16 janvier 2009, X._ et Y._ (ci-après aussi: les fiancés) ont entrepris des formalités en vue de mariage auprès de l’Office de l’état civil de 1********. Dans ce cadre, X._ a dû produire différents documents dont il ressort qu’il est ressortissant camerounais né le ******** à 2******** au Cameroun (acte de naissance, certificat de célibat, photocopie de passeport).
C.
Le dossier a été transmis avec une demande d’examen, le 24 février 2009, par l’Office de l’état civil de 1******** à la Direction de l’état civil, agissant en qualité d’autorité cantonale de surveillance en matière d’état civil, en vue de faire authentifier les documents de mariage des fiancés par la représentation suisse compétente à Yaoundé (Cameroun).
D.
La requête d’authentification des documents de X._ et Y._ (à savoir les actes de naissance et les certificats de célibat) a été adressée le 26 mars 2009 par la Direction de l’état civil à l’Ambassade de Suisse à Yaoundé.
E.
Les documents contrôlés par l’Ambassade de Suisse à Yaoundé ont été retournés par la Direction de l’état civil à l’Office d’état civil le 27 juillet 2009 pour la suite de la procédure préparatoire de mariage. Y étaient joints les rapports d’expertise de l’avocat de confiance de cette représentation du 12 juin 2009, indiquant que les actes de naissance de X._ et Y._ étaient authentiques et que leurs certificats de célibat étaient bons.
F.
Le 27 juillet 2009, la Direction de l’état civil a informé les fiancés que les documents qu’ils avaient produits avaient été légalisés par la représentation suisse à Yaoundé.
G.
Le 29 juillet 2009, la Division étrangers du Service de la population (SPOP) a informé l’Office de l’état civil de ce que le fiancé était connu également sous d’autres identités, à savoir X._, né le ********, de nationalité française, et Z._, né le ********, de nationalité congolaise.
H.
Le 19 août 2009, X._ a transmis à la Direction de l’Etat civil divers documents le concernant (bulletins de notes, carte de baptême).
I.
Le 26 août 2009, la Direction de l’état civil a demandé à X._ de produire son passeport camerounais en original. Elle l’a également invité à s’expliquer de manière concrète et précise sur son parcours depuis le Cameroun, jusqu’en France et finalement son arrivée en Suisse. Elle préciserait qu’elle enverrait ces documents à la représentation suisse au Cameroun.
J.
Une nouvelle requête d’authentification des documents de X._ et Y._ a été adressée le 17 septembre 2009 par la Direction de l’état civil à l’Ambassade de Suisse à Yaoundé, avec le passeport original nouvellement produit de X._ et l’exposé des faits parvenus à la connaissance de la Direction de l’état civil en rapport avec la seconde identité du fiancé.
K.
Par décision du 23 septembre 2009, le SPOP a refusé à X._ une autorisation de séjour, pour les motifs suivants:
"
L’intéressé sollicite une autorisation de séjour en vue de mariage avec une compatriote, titulaire d’une autorisation d’établissement.
A l’examen du dossier, nous relevons qu’il est entré en Suisse le 1er avril 2006 sans être au bénéfice d’un quelconque visa et que depuis le 10 décembre 2008, date de son annonce auprès de sa commune de domicile, il y a séjourné et travaillé illégalement dans notre pays.
Par ailleurs, il est constaté qu’il est connu sous deux identités et qu’une mesure d’interdiction d’entrée en Suisse valable jusqu’au 8 janvier 2011 le concernant a été établie au nom d’Z._.
A l’analyse des éléments en notre possession, nous constatons que nous ne sommes pas en possession de l’avis de clôture de la procédure préparatoire de mariage émise par l’Office de l’état civil.
Vu ce qui précède, notre Service n’est pas disposé à délivrer une autorisation de séjour en faveur de Monsieur X._.
Partant, un délai d’un mois, dès notification de la présente, lui est imparti pour quitter la Suisse
"
.
Un recours auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal a été déposé contre cette décision en date du 27 octobre 2009 (affaire PE.2009.0583).
L.
Par courrier du 2 octobre 2009, l’Ambassade de Suisse au Cameroun s’est déterminée comme suit sur les documents qui lui avaient été transmis en septembre 2009:
"
Compte tenu du passeport falsifié, aucune autre vérification n’a été demandée par la Direction de l’Etat Civil de 1********.
Passeport camerounais no 828219 :
Ce passeport est faux. La page 2 contenant les données personnelles est
"
doublée
"
par une page 21/22 provenant d’un autre passeport dont le numéro est 808457. Les cachets verts
"
Republic of Cameroon
"
sont faux, la plastification est fausse, on aperçoit des traces de découpage/collage aux abords de la page, tout est faux.
La prolongation du passeport de la page 6 comporte des anomalies principalement dans le cachet rouge du gouvernement : nombreuses fautes d’orthographe (manque les accents). De plus durant cette période, Monsieur X._ était censé être en Suisse.
Le reste du contenu du passeport est vierge, indiquant clairement que la personne titulaire de ce document n’a jamais voyagé ni quitté le Cameroun, ce qui n’est pas le cas de ce Monsieur...
Sur la base de ce document, l’identité ne peut pas être établie
"
.
M.
Le 13 octobre 2009, la Direction de l’état civil a informé X._ de ce que, compte tenu du fait qu’il était connu sous deux identités et que le passeport produit n’avait pas permis de déterminer son identité exacte, sa procédure préparatoire de mariage n’était pas recevable. Elle lui faisait part de la possibilité de déposer des déterminations dans un délai de 20 jours et de solliciter une décision susceptible de recours.
N.
X._ s’est déterminé le 23 octobre 2009. Il estime qu’il n’existe aucun doute au sujet de son identité. Il se réfère à cet égard à l’acte de naissance et au certificat de célibat produits, qui ont tous deux été authentifiés par l’ambassade de Suisse au Cameroun. Par ailleurs, il ne s’explique pas comment son passeport a pu être falsifié. Il s’est encore déterminé spontanément le 21 décembre 2009.
O.
Par décision du 22 décembre 2009, le Département de l’intérieur, par la Direction de l'Etat civil (ci-après: l'autorité intimée) a déclaré la procédure préparatoire de mariage des fiancés irrecevable, l'identité, les
données
personnelles et la capacité matrimoniale du fiancé n'ayant pas été établies. Elle a mis fin aux formalités de mariage. Elle a également saisi le passeport falsifié et l’a transmis au Juge d’instruction cantonal.
P.
Agissant le 20 janvier 2010 par l'intermédiaire de leur conseil, les fiancés (ci-après: les recourants) ont déféré la décision de l'autorité intimée du 22 décembre 2009 auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP), concluant, avec suite de frais et dépens, à l’admission du recours et, principalement, à la réforme de la décision entreprise en ce sens que la procédure préparatoire de mariage est recevable et qu’ils sont en conséquence autorisés à faire célébrer leur mariage en Suisse, subsidiairement, à l’annulation de la décision entreprise et au renvoi du dossier à l’autorité intimée pour nouvelle instruction et nouvelle décision dans le sens des considérants à intervenir. Ils relèvent qu’il n’existe pas de doute quant à l’identité du fiancé, les documents pertinents ayant été reconnus comme authentiques par l’Ambassade suisse au Cameroun. Les doutes subsisteraient uniquement quant à la valeur probante du passeport, ce qui ne serait pas déterminant. La décision attaquée serait empreinte de formalisme excessif et gravement arbitraire.
Q.
L'autorité intimée s'est déterminée le 4 février 2010 et a conclu au rejet du recours avec suite de frais et dépens. Elle relève que les documents examinés sont effectivement (à l’exclusion du passeport) authentiques, mais peuvent appartenir à un autre individu que le recourant dès lors que celui-ci n’a pas de pièce d’identité valable et qu’il a d’ailleurs déclaré le 4 août 2007 à la police de sûreté s’appeler Z._ et être de nationalité congolaise.
R.
Les recourants ont produit des déterminations complémentaires le 8 mars 2010. L’autorité intimée a répliqué le 22 mars 2010. Sur demande du juge instructeur, le recourant s’est déterminé le 16 avril 2010 sur les motifs pour lesquels il avait déclaré à la police au mois d’août 2007 s’appeler Z._ et être de nationalité congolaise. Il indique à cet égard que, dès lors qu’il avait dû admettre à l’époque que son passeport français au nom de X._ était un faux, il avait donné une identité fantaisiste « en parant au plus pressé ». Il relève cependant qu’il avait donné sa date de naissance exacte et comme lieu de naissance une ville qui se trouve au Cameroun, à proximité de la ville où il est né. Le recourant a également produit copie d’un courrier adressé le même jour au juge d’instruction de l’arrondissement de Lausanne où il explique les circonstance dans lesquelles son passeport a été établi au Cameroun (établissement en 2005 et prolongation en 2008). Il explique avoir été trompé par les fonctionnaires qui ont établi ce document. L’autorité intimée s’est déterminée spontanément le 28 avril 2010 en contestant les explications du recourant au sujet de son passeport et en soutenant, en substance, que ce dernier savait pertinemment qu’il s’agissait d’un faux passeport, ceci confirmant qu’il a vraisemblablement usurpé l’identité de X._ et que sa véritable identité ne peut pas être établie.

## Considerations

Considérant en droit
1.
a) Le droit au mariage est garanti notamment par les art. 14 Cst. et 12 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH; RS 0.101). Ce droit n’est toutefois pas absolu; il peut être limité notamment par des règles de forme, destinées à s’assurer que les conditions de fond du mariage sont réunies. Il en va notamment ainsi de la preuve de l’identité, de la filiation et de la capacité matrimoniale des fiancés (ATF 113 II 1 ; GE.2009.0232 du 22 mars 2010 consid. 2 et les références). La procédure de mariage implique l'enregistrement d'un fait d'état civil, dans un registre destiné à conférer à ce fait une publicité qualifiée (principe de la force probante attachée aux registres publics, selon l’art. 9 du Code civil suisse du 10 décembre 1907
[
CC; RS 210
]
). Il se justifie dès lors d'apporter une rigueur toute particulière dans l'examen des preuves de l'identité des fiancés, de leurs données personnelles et de leur capacité matrimoniale (arrêt GE.2008.0204 du 30 mars 2009). Les autorités d'état civil doivent en effet éviter de prêter leur concours à la célébration de mariages entachés d'un motif de nullit¿ La Haute Cour a précisé que la situation n'est pas différente au regard de l'art. 12 CEDH qui réserve expressément les lois nationales régissant l'exercice du droit au mariage. Le but de cette disposition est d'éviter que les lois nationales ne rendent illusoires l'exercice de ce droit (ATF 113 II 1).
b) Il y a lieu à ce stade d’exposer les règles de forme qui régissent le mariage en droit suisse.
Le mariage est célébré par l’officier de l'état civil au terme de la procédure préparatoire (art. 97 al. 1 CC). Les fiancés établissent leur identité au moyen de documents et déclarent personnellement auprès de l'office de l'état civil qu'ils remplissent les conditions du mariage; ils produisent les consentements nécessaires (art. 98 al. 3 CC).
Aux termes de l'art. 15 al. 2 de l'ordonnance fédérale du 28 avril 2004 sur l'état civil (OEC; RS 211.112.2), sous réserve du cas de l'enfant trouvé et de la découverte d'un corps, toute procédure d'enregistrement d'un fait d'état civil implique au préalable l'enregistrement de l'état civil de la personne concernée. Ainsi, à l'appui de leur demande d'exécution de la procédure préparatoire, les fiancés
présentent
un certificat relatif à leur domicile actuel, des documents relatifs à la naissance, au sexe, au nom, à la filiation, à l’état civil (pour les personnes qui ont déjà été mariées ou liées par un partenariat enregistré: date de la dissolution du mariage ou du partenariat) ainsi qu’aux lieux d’origine et à la nationalité, lorsque les données relatives aux fiancés n’ont pas encore été enregistrées dans le système ou que les données disponibles ne sont pas exactes, complètes ou conformes à l’état actuel, ainsi que
des documents relatifs à la naissance, au sexe, au nom et à la filiation des enfants communs, lorsque le lien de filiation n’a pas encore été enregistré dans le système ou que les données disponibles ne sont pas exactes, complètes ou conformes à l’état actuel (art. 64 al. 1 OEC). L'office de l'état civil examine si la demande en exécution de la procédure préparatoire a été déposée régulièrement, si l'identité des fiancés est établie et si les conditions du mariage sont remplies (art. 99 al. 1 CC).
L'art. 16 OEC précise ce qui suit:
"
1
L'autorité de l'état civil:
a. examine si elle est compétente;
b. s'assure de l'identité et de la capacité civile des personnes concernées;
c. vérifie que les données disponibles du système et les indications à enregistrer sont exactes, complètes et conformes à l'état actuel.
2
Les personnes concernées doivent produire les pièces requises. Celles-ci ne doivent pas dater de plus de six mois. Si l'obtention de tels documents s'avère impossible ou ne peut manifestement être exigée, des documents plus anciens sont admis dans des cas fondés.
(...)
5
L'autorité de l'état civil informe et conseille les personnes concernées, met en œuvre, au besoin, des recherches supplémentaires et peut exiger la collaboration des personnes concernées.
6
Lorsque les faits à enregistrer ou une procédure de mariage ou d'enregistrement d'un partenariat ont un lien avec un Etat étranger, les cantons peuvent prévoir que les actes produits soient soumis à l'examen de l'autorité de surveillance.
7
(...)"
L'art. 5 al. 1 OEC dispose que les représentations de la Suisse à l'étranger collaborent à l'enregistrement de l'état civil de même qu'à la procédure de préparation des mariages et de l'enregistrement des partenariats; elles assument notamment la tâche de vérifier l'authenticité de documents étrangers (let. g).
Lorsque les données relatives à l'état civil doivent être établies par des documents, l'autorité cantonale de surveillance peut admettre que la preuve repose sur une déclaration faite à l'officier de l'état civil, pour autant que les données ne soient pas litigieuses et que la présentation des documents s'avère impossible ou ne puisse raisonnablement être exigée (art. 41 al. 1 CC et 17 OEC).
2.
a) En l’occurrence, l’autorité intimée a justifié sa décision (déclarant irrecevable la demande de procédure préparatoire de mariage) par le fait que la véritable identité du fiancé ne pouvait pas être établie, vu que celui-ci n’avait produit aucun document valable attestant de son identité. Le recourant estime pour sa part que dans la mesure où l’acte de naissance et le certificat de célibat qu’il a produits ont été considérés comme authentiques, son identité doit également être reconnue.
b) En premier lieu, il convient de relever que le litige ne porte pas sur les documents qui ont été authentifiés par la représentation suisse à Yaoundé (certificat de naissance et certificat de célibat établis au nom de X._), dont l’autorité intimée admet la validité.
La question qui se pose est par contre celle de savoir si l’autorité intimée a fait preuve de formalisme excessif en considérant que les documents authentifiés ne suffisaient pas à prouver l’identité du recourant. Le formalisme excessif est prohibé par l'art. 9 Cst., il s'agit d'une forme particulière du déni de justice qui est réalisée lorsque les règles de procédure sont appliquées avec une rigueur que ne justifie aucun intérêt digne de protection, au point que la procédure devient une fin en soi, empêchant ou compliquant de manière insoutenable l'application du droit matériel et entravant notamment de manière inadmissible l'accès aux tribunaux (ATF 121 I 177 consid. 2b/aa p. 179 et les références citées; 118 Ia 14 consid. 2a p. 15).
C’est en l’occurrence à juste titre que l’autorité intimée a considéré que les documents authentifiés par la représentation suisse à Yaoundé ne suffisaient pas à eux seuls à établir l’identité du recourant; comme elle le relève, il peut en effet tout aussi bien s’agir de documents authentiques appartenant à une autre personne. Le tribunal n’entend pas poser comme principe qu’un acte de naissance et un certificat de célibat ne peuvent jamais suffire à eux seuls à prouver une identité. Dans le cas d’espèce toutefois, le fait que le fiancé ait été connu des services de l’Etat sous d’autres identités (X._, né le ********, de nationalité française, et Z._, né le ********, de nationalité congolaise) justifie que l’autorité ne se soit pas satisfaite des documents authentifiés par la représentation suisse à Yaoundé, mais qu’elle ait recherché d’autres preuves de l’identité du fiancé.
Le passeport est la pièce qui permet le mieux d’identifier une personne. Le dossier fait était de deux passeports: pour le premier un passeport français établi au nom de X._ faisant partie d’un lot de passeports volés en blanc et pour le second un passeport camerounais établi au nom de X._. Le premier de ces passeports est manifestement dépourvu de force probante. Quant au second, il a été considéré comme grossièrement falsifié par l’Ambassade de Suisse au Cameroun qui a relevé que la page 2 contenant les données personnelles était
"
doublée
"
par une page 21/22 provenant d’un autre passeport, que les cachets verts
"
Republic of Cameroon
"
étaient faux, que la plastification était fausse, qu’on apercevait des traces de découpage/collage aux abords de la page, que la prolongation du passeport de la page 6 comportait des anomalies principalement dans le cachet rouge du gouvernement, qu’il y avait de nombreuses fautes d’orthographe (accents manquants) et que le reste du contenu du passeport était vierge (comme si la personne titulaire de ce document n’avait jamais voyagé ni quitté le Cameroun). La falsification a également été considérée comme avérée par la Police de sûreté à l’examen de laquelle le passeport a été soumis.
Le recourant soutient que son passeport aurait été falsifié à son insu par les fonctionnaires camerounais chargés de l’établir dans le but de gagner du temps. Cette argumentation paraît peu crédible, d’une part car les informalités auraient dû être constatées immédiatement par le recourant, compte tenu du caractère évident de celles-ci, d’autre part car les manipulations de falsifications décrites ci-dessus paraissent bien plus longues et compliquées que l’établissement d’un passeport ordinaire et on voit mal quelle raison aurait poussé les fonctionnaires camerounais à agir de la sorte
.
Le recourant explique également que le contenu du passeport serait vierge, car il l’aurait établi juste avant de partir à l’étranger, mais il l’aurait laissé au Cameroun. A nouveau, on comprend mal la logique de l’argument. Les déclarations faites devant l’autorité intimée et le tribunal de céans contredisent en outre celles qui ont été protocolées le 4 août 2007 par la police de sûreté. En effet, le recourant serait selon ses premières affirmations arrivé en Suisse en 2006 depuis la France où il vivait depuis 1996 (PV de l’audition par la police de sûreté). Il a par contre expliqué à l’autorité intimée être arrivé depuis l’Italie où il aurait accosté en pirogue, ce qui lui aurait permis de venir en Suisse sans pièce d’identité (ce qui expliquerait pourquoi son passeport était vierge malgré ses déplacements). Si l’on suit la seconde – et plus récente – version des faits, la question se pose néanmoins de savoir pourquoi il a fait établir un passeport au Cameroun en 2004 tout en ne voulant pas le prendre avec lui. Cela amène à se demander s’il disposait véritablement à ce moment-là du passeport camerounais ou si celui-ci a été confectionné par la suite, tout en étant antidaté.
En tous les cas, on peut comprendre que l’autorité intimée n’ait pas tenu compte du passeport camerounais produit par le recourant et qu’elle ait estimé que l'identité du fiancé ne pouvait pas être établie avec certitude.
L’autorité intimée n'a pas d'emblée rejeté la demande présentée par les fiancés. Elle a au contraire requis que le dossier soit complété. L'examen de la pièce d’identité par un spécialiste sur place ayant démontré que le document n'était pas valable, elle a offert à l'intéressé la possibilité de s'en expliquer. En outre, il n'a pas été établi que l'obtention de pièces convaincantes soit impossible ou qu'elle ne puisse être raisonnablement exigée. Le recourant a d’ailleurs entamé une procédure de demande de nouveau passeport auprès de l’Ambassade du Cameroun à Berne. En conclusion, en déclarant irrecevable la procédure préparatoire de mariage, faute d'établissement de l'identité du fiancé, l'autorité intimée n'a pas interprété arbitrairement la loi, ni violé le droit au mariage ou celui de l'interdiction du formalisme excessif.
3.
Les recourants requièrent que soit appointée
"le cas échéant, une audience au cours de laquelle ils pourront encore exposer leurs motifs"
.
a) Aux termes de l'art. 6 par. 1 CEDH, toute personne qui soumet à un tribunal une contestation sur ses droits et obligations de caractère civil a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable. L'art. 6 par. 1 CEDH ne concerne pas seulement les contestations de droit privé au sens étroit - c'est-à-dire celles qui surgissent entre des particuliers, ou entre un particulier et l'Etat agissant au même titre qu'une personne privée - mais aussi les actes administratifs adoptés par une autorité dans l'exercice de la puissance publique, pour autant qu'ils aient un effet déterminant sur des droits de caractère privé (ATF 130 II 425 consid. 2.2 p. 429 s. et les références citées). L'obligation d'organiser des débats publics présuppose toutefois une demande formulée de manière claire et indiscutable par l'une des parties au procès; de simples requêtes de preuves, comme des demandes tendant à une comparution ou à une interrogation personnelle, à un interrogatoire des parties, à une audition des témoins ou à une inspection locale, ne suffisent pas pour fonder une semblable obligation (ATF 130 II 425 consid.
2.4
p. 431
; 125 V 37 consid. 2 p. 38 s.;
GE.2009.0035 du 31 mars 2010 et les références citées). En outre, selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, une audience publique ne s'impose pas lorsque le recours ne soulève pas de questions de fait ou de droit qui ne peuvent être résolues de manière appropriée sur la base des pièces du dossier et des observations des parties (ATF 1C_457/2008 du 28 septembre 2009 consid. 3.1; ATF 125 V 37 consid. 3 p. 38).
b) En l'espèce, la décision litigieuse, en refusant la célébration du mariage des recourants, a un effet direct sur le droit au mariage des recourants garanti par l'art. 14 Cst., qui est incontestablement un droit de nature privée. Cette décision porte ainsi, indépendamment de son rattachement au droit public, sur un droit de caractère civil au sens étroit (ou classique) du terme. L'art. 6 CEDH est par conséquent applicable. La requête des recourants tendant à la tenue d'
"une audience au cours de laquelle ils pourront encore exposer leurs motifs"
ne constitue toutefois pas une demande claire et indiscutable d'organiser des débats publics. A cet égard, le Tribunal fédéral a considéré qu'une demande de convocation à une audience, afin de pouvoir évoquer de vive voix la motivation du recours, ne constituait qu'une requête de preuve, car la demande ne tendait qu'à la fixation d'une audience de comparution personnelle (ATF C 105/05 du 23 octobre 2006 consid. 1.4). Au demeurant, une audience ne se justifie pas. Les recourants ont eu l’occasion de s’exprimer à diverses reprises par écrit dans le cadre de la procédure de recours. Ils ont déposé des écritures dans lesquelles ils ont largement exposé leurs motifs. On relève au surplus que l’élément déterminant est le fait que le recourant n’a pas été en mesure de fournir un passeport qui ne soit pas falsifié. Or, on ne voit pas ce qu’une audience pourrait apporter à cet égard. Le tribunal ne voit ainsi pas quels éléments supplémentaires, qui n’auraient pu être exposés par écrit, les recourants pourraient apporter à l’affaire par le biais de la fixation d’une audience. On renoncera donc à ordonner cette mesure d’instruction complémentaire, dont l’utilité n’est pas démontrée.
c) La même solution s'impose au regard du droit d'être entendu, tel qu'il est garanti par l'art. 29 al. 2 Cst., et qui comprend le droit pour l'intéressé de s'exprimer sur les éléments pertinents avant qu'une décision ne soit prise touchant sa situation juridique, de produire des preuves, d'obtenir qu'il soit donné suite à ses offres de preuves pertinentes, de participer à l'administration des preuves essentielles ou à tout le moins de s'exprimer sur son résultat, lorsque cela est de nature à influer sur la décision à rendre (
ATF 133 I 270
consid.
3.1 p. 277;
132 II 485
consid. 3.2 p. 494;
127 III 576
consid.
2c p. 578;
127 V 431
consid. 3a p. 436;
124 II 132
consid.
2b p. 137 et la jurisprudence citée). Le droit de faire administrer des preuves suppose que le fait à prouver soit pertinent, que le moyen de preuve proposé soit nécessaire pour constater ce fait et que la demande soit présentée selon les formes et délais prescrits par le droit cantonal (
ATF 119 Ib 492
consid. 5b/bb p. 505 s.). Le droit d’être entendu découlant de l’art. 29 al. 2 Cst. ne comprend toutefois pas le droit d’être entendu oralement, ni celui d’obtenir l’audition de témoins (ATF 130 II 425 consid. 2.1 p. 428 s.). L’autorité peut donc mettre un terme à l’instruction lorsque les preuves administrées lui ont permis de former sa conviction et que, procédant d’une manière non arbitraire à une appréciation anticipée des preuves proposées, elle a la certitude qu’elles ne pourraient l’amener à modifier son opinion (ATF 130 II 425 consid. 2.1 p. 428 s. et les arrêts cités; 122 V 157 consid. 1d p. 162; 119 Ib 492 consid. 5b/bb p. 505 s.), ce qui est le cas en l'espèce. Les recourants ont d'ailleurs bénéficié de suffisamment d'occasions devant l'autorité intimée et le tribunal pour exposer leur point de vue. Au surplus, leur mandataire ne saurait ignorer que les audiences publiques ne sont pas la règle devant le tribunal et qu'il devait ainsi faire valoir tous ses moyens dans le cadre de la procédure écrite. Le tribunal peut ainsi, par appréciation anticipée des preuves, se dispenser de convoquer une audience sans violer le droit d'être entendu des recourants.
4.
Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté aux frais des recourants et la décision de l'autorité intimée maintenue. Il n'est pas alloué de dépens.