# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 6fddbddd-db04-468f-a3d0-304751c76ca5
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2007
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A. A. et B.X._ ont déposé, le 4 mai 2007, une demande de dérogation tendant à ce que leur fils C._, né le 27 juillet 1996, alors en 4ième primaire au Collège des Marionnettes à Lutry et devant commencer le cycle transitoire à la rentrée 2007, puisse poursuivre sa scolarité dans cette commune plutôt qu’au collège de Pully. Ils ont invoqué le fait que leur enfant était très sensible et que son milieu actuel le sécurisait.
Cette demande a fait l’objet d’un préavis défavorable de la part des directeurs des établissements de Lutry et de Pully, ainsi que des communes concernées, qui ont tous considérés que les requérants n’invoquaient que des motifs de convenance personnelle.
B. Par décision du 21 juin 2007, la cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJ) a rejeté la demande des époux X._. Cette décision est motivée comme suit :
« La loi scolaire ne laisse pas le libre choix de l’établissement scolaire aux parents, mais elle stipule à son article 13 que les enfants fréquentent les classes de la commune ou de l’arrondissement scolaire de domicile ou de résidence des parents.
Compte tenu de ce principe de territorialité, le fait de craindre une déstabilisation de votre fils pour la suite de sa scolarité ne peut justifier l’octroi d’une dérogation. Nous considérons de plus qu’il serait bénéfique de favoriser son intégration sociale dans un environnement proche de son domicile ».
C. A. et B.X._ ont recouru contre cette décision par acte du 28 juin 2007. Ils concluent implicitement à l’annulation de celle-ci et à ce que leur fils soit autorisé à poursuivre sa scolarité dans l’établissement secondaire de Lutry. Leur motivation est partiellement citée ci-après :
« C._ a dû faire un changement de classe et d’école pendant la première primaire. Cela été dû au fait qu’il avait été pris comme cible des moqueries et des méchancetés de ses camarades de classe. Plusieurs actions ont été entreprises pour essayer de l’intégrer, sans succès. C._ était alors en dépression et il avait perdu confiance en lui, avec comme conséquence une baisse de ses résultats scolaires. Suite à des consultations avec le psychologue scolaire, la maîtresse et le directeur d’établissement, un changement de collège a été décidé pour février 2004.
C._ a commencé dans un petit collège avec seulement 3 classes. Il s’est bien intégré mais les résultats scolaires ne s’amélioraient pas. (...) Il a suivi une psychothérapie pendant une année pour essayer de reprendre confiance en lui-même. Il a maintenant accompli le CYP2 avec des grands progrès. Il est à l’aise avec son petit groupe d’amis où il est respecté et apprécié. C._ a déjà beaucoup de peine à s’imaginer de quitter son petit collège pour un plus grand mais il prend courage en sachant qu’il sera avec ses amis.
Dans la lettre de refus, il est aussi précisé qu’il sera bénéfique pour C._ de s’intégrer dans un environnement proche de son domicile. Nous contestons cet argument car nous habitons la frontière entre Lutry et Belmont. Il n’y a pas de classe transitoire dans la commune de Belmont et les enfants de Belmont vont à Pully. Les nouveaux camarades de classe seront éparpillé entre les 3 communes de Pully, Paudex et Belmont ce qui ne facilitera pas la tâche d’intégration ».
La Municipalité de Pully a déposé ses observations le 17 juillet 2007. Elle relève que sur le plan communal, des transports publics réguliers desservent une ligne Belmont-Pully et assurent les transports des élèves domiciliés à Belmont et scolarisés à Pully. Elle précise qu’elle ne dispose pas d’information sur le plan pédagogique.
Dans ses observations du 18 juillet, la Municipalité de Lutry indique qu’elle appuie la décision de la cheffe du département et précise qu’en cas de changement d’établissement, elle sera amenée à demander des frais d’écolage aux parents de l’enfant.
La Direction générale de l’enseignement obligatoire s’est déterminée le 24 juillet 2007 et a confirmé sa position, la demande des recourants étant motivée selon elle par des motifs de convenance personnelle. Elle relève que l’argument des parents, axé sur les problèmes d’intégration rencontrés par leur fils lors d’un précédent changement de classe, n’est plus d’actualité, ces faits remontant à plus de trois ans et ne s’étant pas répétés. Elle note par ailleurs qu’au vu des bons résultats scolaires de l’enfant, il est probable que celui-ci soit orienté en voie secondaire baccalauréat au terme de l’année scolaire 2007-2008, ce qui implique obligatoirement une scolarisation à l’établissement secondaire de Pully. Elle considère en conséquence qu’il serait judicieux que C._ s’adapte dès maintenant à cette situation.

## Considerations

Considérant en droit
1. L’art. 13 de la loi scolaire du 12 juin 1984 (LS ; RSV 400.01) dispose que les enfants fréquentent les classes de la commune, de l'établissement ou de l'arrondissement scolaire de domicile ou de résidence des parents. L’art. 14 permet des dérogations à ce principe de territorialité, "notamment en cas de changement de domicile au cours de l’année scolaire, de manière à permettre à l'élève de terminer l'année dans la classe où il l'a commencée, ou en raison d’autres circonstances particulières appréciées par le département."
Jusqu'à la 4ème année de scolarité obligatoire (premier et deuxième cycles primaires), les élèves de la Commune de Belmont sont en principe scolarisés au sein de l'Etablissement primaire de Pully-Paudex-Belmont, à Pully. Pour les 5ème et 6ème années (cycle transitoire) et les suivantes (voie secondaire à option, voie secondaire générale, voie secondaire baccalauréat), ils sont accueillis par l'Etablissement secondaire de Pully qui, outre les élèves de cette commune et de Belmont, accueille également ceux de Paudex, Lutry, Cully, Epesses, Grandvaux, Riex et Villette.
2. Lors des travaux préparatoires de l'actuelle loi scolaire, respectivement de l’art. 14 LS, il a été relevé que personne ne contestait le bien-fondé des dispositions concernant les demandes de dérogation pour les élèves qui ont déménagé en cours d'année scolaire. En revanche, des craintes ont été émises pour les dérogations accordées durablement, non pas pour finir une année scolaire, mais pour en recommencer une, voire une suivante encore. En réponse à ces remarques, il a été toutefois rappelé que le département avait toujours eu une politique restrictive dans le domaine de ces transferts ou changements de domicile et que cette politique allait être poursuivie, le but de l'art. 14 LS n'étant nullement de désorganiser les classes (BGC, septembre 1989, p. 952 ss).
Si le motif principal de dérogation mentionné à l'art. 14 al. 1 LS n'est qu'un exemple, il permet toutefois de saisir clairement quels sont les buts poursuivis par la loi. Ce que le législateur a voulu, c'est éviter de perturber l'équilibre scolaire et psychologique d'un enfant en lui imposant de fréquenter - quelles que soient les circonstances - l'école de la commune de domicile ou de résidence de ses parents. Ainsi, si l'élève est confronté à des événements de nature à perturber son équilibre, par exemple un changement de domicile en cours d'année scolaire ou un problème médico-pédagogique reconnu, le département peut faire une exception et admettre qu'un enfant suive la classe dans une autre commune que celle de son domicile. Le tribunal de céans a jugé qu’une telle situation n'était pas réalisée lorsque, au début d'une scolarisation, les parents émettaient le souhait que leur enfant soit placé non pas dans l'établissement du domicile, mais dans un autre établissement situé à proximité d'une garderie où il pourrait continuer à être accueilli (arrêt GE.1999.0027 du 10 juin 1999, consid. 5). Il a également considéré que la scolarisation au lieu du domicile, qui a pour but d’organiser la répartition des élèves de façon globale sans avoir à traiter un grand nombre de cas individuellement, de favoriser l’intégration de l’enfant au lieu de son domicile et d’éviter les transports inutiles, relevait d’un intérêt public prépondérant et qu'une dérogation à la zone de recrutement ne pouvait pas être motivée par le souhait d'un élève de demeurer avec des camarades qu'il connaissait depuis longtemps (GE.2007.0095 du 10 août 2007).
3. En l’espèce, les recourants invoquent les problèmes d’intégration que leur enfant à rencontré au début de son parcours scolaire et la nécessité de préserver son équilibre psychologique en ne l'obligeant pas à quitter le petit groupe de camarades dans lequel il se sent à l'aise et qui le sécurise.
Invités à se déterminer sur le recours, les directeurs de l'Etablissement primaire et secondaire de Lutry et de l'Etablissement secondaire de Pully se sont exprimés en ces termes :
"Nous ne voyons pas de raisons de modifier notre position. Cette demande relève effectivement de convenance personnelle. L'argument principal des parents repose sur le fait que C._ a déjà changé de classe et de collège dans le passé. Nous observons que le dernier changement remonte au 1er mars 2004. Cela fait donc plus de trois ans. Depuis, il n'a plus connu de problèmes d'intégration. Il a développé, en grandissant, des compétences sociales et relationnelles nouvelles.
Au vu de ses bons résultats scolaires, il a une bonne perspective de devoir rejoindre Pully en voie secondaire de baccalauréat en fin de sixième année. Il nous parait donc judicieux qu'il s'intègre dès maintenant à ses camarades de Belmont. Ceux-ci sont une bonne vingtaine à devoir aussi s'adapter à un nouvel environnement scolaire puisqu'ils doivent descendre à Pully. Il se déplacera avec eux en bus et se trouvera dans la même classe que certains d'entre eux. Il n'est donc pas dans une situation particulière qui justifie une dérogation à la Loi scolaire."
Le tribunal n'a pas de raison de s'écarter de cette appréciation, qui émane de professionnels de l'enseignement. Les recourants n'établissent pas que leur enfant présenterait un problème médico-pédagogique reconnu au sens de la jurisprudence précitée. Les problèmes d’intégration invoqués remontent à plusieurs années et, de l’aveu même de ses parents, leur fils a retrouvé confiance en lui, lui permettant de s’adapter à son milieu et d’accomplir sa scolarité avec succès. On relève en outre que, même si la dérogation était accordée, l’enfant devrait quoi qu’il en soit changer de collège, avec pour conséquence la nécessité de s’adapter à un nouvel environnement. Au surplus si, comme on peut l'espérer au vu de ses bons résultats scolaires, l’enfant est orienté en voie secondaire baccalauréat au terme du cycle de transition, il devra obligatoirement rejoindre l’Etablissement secondaire de Pully. La dérogation sollicitée n’aurait dès lors guère d’effet, si ce n’est celui de retarder son intégration.
4. On relève enfin que le Tribunal administratif ne peut pas substituer son appréciation à celle de l’autorité intimée; son pouvoir d’examen est en l'espèce restreint au contrôle de la légalité de la décision attaquée (art. 36 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives [LJPA; RSV 173.36]). Or le département intimé n’a manifestement pas abusé de son pouvoir d’appréciation en considérant qu’il n’existait pas de circonstances justifiant une dérogation à l’art. 13 LS.
5. Conformément à l’art. 55 LPJA, un émolument de justice sera mis à la charge des recourants déboutés.