# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 5ed41fed-9caf-48eb-be1f-729ab0e8ca37
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_002
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
Par jugement
JTPI/1708/2018
du 2 février 2018, le Tribunal de première instance, statuant par voie de procédure sommaire, a déclaré exécutoire en Suisse le Worldwide Freezing Order n° CL-1_, rendu le 23 octobre 2017 par la High Court of Justice, Queen’s Bench Division (Commercial Court), entre B_ LTD et C_, A_, E_, D_, et F_ (chiffre 1 du dispositif), fait interdiction aux établissements suisses mentionnés aux "Schedule C à G" du Worldwide Freezing Order du 23 octobre 2017, dès réception de l'ordonnance et sous la menace des peines prévues à l'article 292 CP, d'aliéner ou de diminuer la valeur de tous actifs, avoirs, avoirs, titres, comptes, coffres appartenant à C_, A_, E_, D_, et F_ (individuellement ou collectivement), ou dont ils sont bénéficiaires économiques, ou qui sont détenus pour leur compte, sauf dans la limite de retrait de 1'308 fr. 40 par semaine (ch. 2), arrêté les frais judiciaires à 2'400 fr., mis à la charge des précités conjointement et solidairement, compensés avec l'avance versée par B_ LTD et condamné ceux-ci à verser, conjointement et solidairement, la somme de 2'400 fr. à cette dernière (ch. 3), condamné les précités à verser, conjointement et solidairement, la somme de 2'250 fr. à B_ LTD à titre de dépens (ch. 4) et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 5).
En substance, le Tribunal a retenu que B_ LTD avait produit la décision dont la reconnaissance était requise ainsi que le certificat nécessaire et qu'à ce stade il n'était pas procédé à l'examen des conditions à la reconnaissance des décisions en application des art. 34 et 35 CL. Les mesures conservatoires sollicitées pouvaient être ordonnées.
B. a.
Par acte du 9 mars 2018, A_ forme recours contre ce jugement, qu'elle a reçu le 27 février 2018, et sollicite son annulation, sous suite de frais et dépens.
Elle produit des pièces nouvelles.
b.
Par mémoire réponse du 19 juin 2018, B_ LTD conclut au déboutement de A_ de toutes ses conclusions, sous suite de frais et dépens.
Elle produit des pièces nouvelles.
c.
Par arrêt
ACJC/895/2018
du 5 juillet 2018, la Cour a ordonné la suspension de la cause et dit que la procédure serait reprise à la requête de la partie la plus diligente.
d.
Par arrêt
ACJC/178/2019
du 5 février 2019, la Cour a ordonné la reprise de l'instruction de la cause suspendue par arrêt du 5 juillet 2018, imparti à A_ un ultime délai de dix jours dès réception de la décision pour verser une avance de frais complémentaire pour la traduction du recours en anglais et réservé la suite de la procédure.
e.
Le recours et les pièces ont été envoyées à E_ en Grande-Bretagne, ainsi qu'à C_ en France et un délai leur a été imparti pour répondre au recours. Aucune suite n'y a été donnée.
Le recours et les pièces ont également été envoyées à D_, ainsi qu'à F_, dite G_, en Chine, et un délai leur a été imparti pour élire domicile en Suisse et répondre au recours, en leur précisant, qu'à défaut, seule la décision finale leurs serait communiquée par publication dans la Feuille d'avis officielle du canton de Genève. Aucune suite n'y a été donnée.
f.
La réponse de
B_ LTD au recours a été transmise à A_ par pli du greffe de la Cour du 22 avril 2022 et celles-ci ont été informées le 10 mai 2022 de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits suivants ressortent du dossier.
a.
B_ LTD est une société inscrite au registre des sociétés d'Angleterre et du Pays de Galles.
A_ est l'épouse de C_. Les époux ont deux fils, D_, marié à F_, dite G_, et E_.
A_ soutient être domiciliée à H_ (TI), alors que l'intimée affirme qu'elle réside en France, à I_, avec son époux.
b.
Dans le cadre d'une action déposée par B_ LTD le 10 mars 2012, la High Court of Justice, Queen's Bench Division, Commercial Court (ci-après: la Haute Cour de Londres) a, par jugement du 28 février 2012, condamné C_, aux côtés d'autres personnes ou entités, à verser à B_ LTD la somme de GBP 8'745'464.
c.
Le 28 septembre 2017, la Haute Cour de Londres a rendu, à la requête de B_ LTD, un Worldwide Freezing Order (ci-après: WFO)
ex parte
visant C_, A_, D_, E_ et F_, dite G_.
Le 23 octobre 2017, après avoir entendu l'avocat représentant C_ et A_, la Haute Cour de Londres a rendu un nouvel WFO, claim CL-1_, faisant interdiction à C_ de disposer d'aucun de ses actifs, qu'il soit situé en Angleterre et Pays de Galles ou ailleurs dans le monde jusqu'à concurrence de GBP 19'000'000. Etaient des actifs de C_, notamment ceux détenus directement par lui ou par l'intermédiaire de sociétés écrans, et par A_ ou l'intermédiaire de sociétés écrans, énumérées dans une annexe D.
L'art. 14 du WFO prévoit que C_ peut dépenser jusqu'à 1'308 fr. 40 par semaine (soit l'équivalent de GBP 1'000) pour des dépenses personnelles, à condition d'en avertir préalablement les avocats de B_ LTD, et que les autres personnes visées par la mesure peuvent dépenser des sommes qui ne proviennent pas des actifs visés et qui ne sont pas détenues conjointement avec ou dans l'intérêt de C_.
d.
Entretemps, le 28 septembre 2017, B_ LTD a assigné A_, C_, E_, D_, et F_, dite G_, devant la Haute Cour de justice de Londres (Claim n° 2_ Folio 3_).
e.
Le 3 octobre 2017, B_ LTD a requis et obtenu du Tribunal, à l'encontre de C_, le séquestre, à concurrence de 11'362'106 fr., des avoirs au nom de celui-ci ou de tiers mais lui appartenant auprès de J_ SA, K_ SA, L_ SA, M_ SA et N_ SA, le titre de créance étant le jugement rendu par la Haute Cour de Londres le 28 février 2012.
f.
Par requête du 8 novembre 2017 au Tribunal dirigée contre C_, A_, E_, D_, et F_, dite G_, B_ LTD a conclu à la constatation de la force exécutoire en Suisse du WFO du 23 octobre 2017 susmentionné. Cela fait, elle a requis des mesures conservatoires, sans entendre les précités, visant notamment en substance à ce qu'il leur soit fait interdiction de disposer de tous actifs, avoirs, titres, comptes, coffres leur appartenant ou dont ils sont bénéficiaires économiques, ou qui sont détenus pour leur compte, sauf dans la limite du retrait de 1'308 fr. 40 par semaine et à ce qu'il soit dit que les mesures conservatoires ordonnées déploieront leurs effets durant le délai de recours contre la constatation de la force exécutoire, sous suite de frais et dépens.
Le Tribunal a rendu le jugement entrepris (cf. A ci-dessus).
g.
A la requête de B_ LTD, la Haute Cour de Londres a rendu
ex parte,
le 8 février 2018, un nouvel WFO à l'encontre de A_. Il y est précisé, au paragraphe 3: "
As against the Respondant only, this Order varies an supersedes the worldwide freezing order made against her by Mrs O_ on 23 October 2017. Save insofar as varied and superseded by this Order against the Respondent only, the worldwide freezing order made by Mrs O_ on 23 October 2017 remains in full force and effect"
,
soit selon la traduction de la recourante:
"à l'encontre de la partie défenderesse uniquement, la présente Ordonnance est modifiée et remplace l'ordonnance de gel mondial prise à son encontre par Mme O_ le 23 octobre 2017. Sauf telle que modifiée et remplacée dans cette mesure par la présente Ordonnance à l'encontre de la Partie défenderesse uniquement, l'ordonnance de gel mondial prise par Mme O_ le 23 octobre 2 017 reste pleinement en vigueur".
L'intimée conteste cette traduction s'agissant des termes
"modifie et remplace"
, qui doivent être compris selon elle comme
"amende et prévaut sur"
.
Ce nouvel WFO porte sur les actifs de A_ visés par le WFO du 23 octobre 2017, en particulier ceux des sociétés mentionnées à l'annexe D, ainsi que sur de nouveaux actifs, détenus par des sociétés tierces, dont le nom figure sur une liste qui vient compléter celle de l'annexe D, et
"n'interdit pas à la partie défenderesse de dépenser 1'500 £ (ou l'équivalent local soit 1'962 fr. 60 Francs suisses et 15'813, 60 HK$) de frais de subsistance et une somme raisonnable destinée au conseil juridique et à la représentation. Mais avant de dépenser toute somme, la partie défenderesse doit informer les représentants légaux du Demandeur de la provenance de l'argent"
.
h.
Le 1
er
mars 2018, la Haute Cour de justice de Londres a confirmé ce WFO après avoir entendu les parties.
Il est précisé à l'annexe B de cette décision que
"Le demandeur n’utilisera sans l'accord du tribunal aucune information dans le but d’intenter d’autres poursuites civiles ou pénales, que ce soit en Angleterre et au Pays de Galles, ou dans toute autre juridiction (6). Sauf pour les procédures en saisie contre des biens appartenant ou contrôlés par C_ et/ou le défendeur en France et en Suisse (7)".
i.
Le 12 février 2018, B_ LTD a requis et obtenu du Tribunal, à l'encontre de C_, le séquestre, à concurrence de 11'420'701 fr., des avoirs au nom de A_ auprès de K_ SA, L_ SA et N_ SA, le titre de créance étant le jugement rendu par la Haute Cour de Londres le 28 février 2012.
j.
Dans un courrier du 18 juin 2018 au conseil de A_, le conseil anglais de B_ LTD a fait valoir que le second WFO n'était qu'un complément du premier et ne pouvait exister indépendamment de celui-ci. Il avait été obtenu suite à l'apparition de nouveaux éléments de preuve. Par ailleurs, A_ avait accepté la compétence des tribunaux anglais, suite au WFO du 13 octobre 2017. Elle avait en revanche contesté cette compétence à réception du WFO du 1
er
mars 2018, ce qui n'était pas possible, celui-ci n'étant qu'un complément du premier WFO.

## Considerations

EN DROIT
1.
1.1
Seule la voie du recours est ouverte en matière d'exécution d'une décision étrangère selon la CL (art. 319 let. a, 309 let. a et 327a CPC).
En matière d'exécution d'une décision étrangère selon la CL, la procédure sommaire est applicable (art. 339 al. 2 CPC) mais, en vertu de l'art. 327a al. 3 CPC qui renvoie à l'art. 43 ch. 5 CL, le délai de recours est d'un mois si la partie contre laquelle l'exécution est demandée est domiciliée en Suisse.