# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c93fe06f-1a8c-521b-8116-ecce7bf85d43
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié le 22 juin 2020, A_ et B_ ont recouru
contre la décision
du 19 précédent, notifiée sous pli simple, par laquelle le Ministère public refusait d'entrer en matière sur leur plainte du 8 juin 2020. Les recourants concluaient, sous suite de dépens, à l’annulation de cette décision et au renvoi de la cause au Ministère public pour l'ouverture d'une instruction.
b.
La décision attaquée a été maintenue par la Chambre de céans le 2 septembre 2020, motif pris de la tardiveté de la plainte (
ACPR/597/2020
).
c
. Saisi par les plaignants, le Tribunal fédéral a considéré qu'il ne pouvait pas cerner le
dies a quo
du délai de plainte dans l'arrêt précité et qu'il lui était par conséquent impossible de déterminer si la plainte était ou non tardive, raison pour laquelle la Chambre de céans devait statuer à nouveau (arrêt
6B_1029/2020
du 5 octobre 2021).
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Le 8 juin 2020, A_ et B_ ont déposé plainte pénale contre tous les dirigeants de C_ AG inscrits au Registre du commerce (ci-après, RC) ou, à défaut contre l'entreprise elle-même, pour avoir reçu au mois d'avril 2019 des sommations de payer les factures en souffrance auprès d'un de leurs fournisseurs; des commandements de payer ces montants, aux mois de juin et juillet 2019; et, en juillet 2019, pour A_ – seul des deux poursuivis à avoir formé opposition à la poursuite – une formule, à compléter, de demande de paiement par acomptes emportant retrait de son opposition.
b.
Ils prétendaient que ces actes étaient constitutifs d'infractions à l'art. 3 let. b, d et h (
recte
: art. 3 al. 1, let. b, d et h) LCD.
c.
Sont joints à leur plainte :
I. deux résiliations de contrat, avec sommation, par C_ AG, du 10 avril 2019, désignant pour personne responsable de leur dossier D_, fondée de pouvoir inscrite au RC;
II. deux commandements de payer notifiés à la requête de C_ AG, l'un le 5 juin 2019 (à B_) et l'autre le 12 juillet 2019 (à A_);
III. une lettre du 18 juillet 2019 de D_ à A_, qui se voit impartir un ultime délai de paiement;
IV. un échange de correspondance en mai 2020 sur l'accès aux données personnelles des plaignants chez C_ AG, notamment aux créances que celle-ci affirme détenir contre eux, et qui butait sur la gratuité ou non des démarches nécessaires à cette fin.
C.
Dans la décision querellée, le Ministère public considère que les faits dénoncés ne réalisaient pas les éléments constitutifs des infractions dénoncées, que le litige était tout au plus de nature civile, que l'art. 52 CP pourrait s'appliquer et que la plainte était "
chicanière
".
D.
a.
Dans leur recours, A_ et B_ reprennent, en substance, les accusations portées dans leur plainte; ils réfutent tout caractère civil à celle-ci et toute possibilité d'appliquer l'art. 52 CP. Ils joignent copie d'une décision de l'autorité de recours du canton de Vaud du 8 mai 2020, dans laquelle leur avocat a obtenu, dans une cause analogue, que les allégations d'infractions à l'art. 3 al. 1 let. b et c LCD soient instruites.
b.
À réception de l'arrêt du Tribunal fédéral, les recourants et le Ministère public ont été invités à se déterminer.
b.a.
Les recourants soutiennent que la substitution de motifs à laquelle s'était livrée la Chambre de céans dans l'arrêt annulé signifiait implicitement qu'ils avaient raison sur le fond. Étant dénués de formation juridique et confrontés à des infractions peu connues, ils avaient constitué avocat à fin avril-début mai 2020, raison pour laquelle le délai de plainte était respecté. Leur audition par la Chambre de céans permettrait de le démontrer.
b.b.
Le Ministère public estime que la cause n'a pas à lui être renvoyée, que ce soit à raison de la tardiveté de la plainte, dont le
dies a quo
se situait à la notification des commandements de payer ou de la lettre de C_ AG du 19 juillet 2019, ou que ce soit pour les motifs qu'il avait développés dans sa décision de non-entrée en matière.
c.c.
Les recourants répliquent en communiquant une décision de la Cour d'appel pénale du Tribunal cantonal du canton de Vaud, du 28 juin 2021, retenant à charge des animateurs d'une société de recouvrement les infractions de tentative d'extorsion et de tentative de chantage.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
La recevabilité du recours n'est pas modifiée par l'annulation de la décision rendue précédemment dans la cause par la Chambre de céans.
2.
L'arrêt de renvoi implique la détermination du
dies a quo
auquel était soumise la plainte pénale déposée par les recourants. Contrairement à ce qu'affirment ceux-ci, il ne résulte pas de cet arrêt que le délai de plainte aurait été respecté ou devrait être considéré comme tel.
2.1.
La LCD vise à garantir, dans l'intérêt de toutes les parties concernées, une concurrence loyale et qui ne soit pas faussée (art. 1 LCD). Est déloyal et illicite tout comportement ou pratique commercial qui est trompeur ou qui contrevient de toute autre manière aux règles de la bonne foi et qui influe sur les rapports entre concurrents ou entre fournisseurs et clients (art. 2 LCD). L’art. 23 LCD permet le prononcé, sur plainte pénale préalable, de sanctions pénales contre des actes de concurrence déloyale définis aux art. 3 à 6 de cette loi. La plainte doit avoir été déposée dans les trois mois à partir du jour où l’ayant droit a connu l’auteur de l’infraction, conformément à l'art. 31 CP, applicable à la LCD par le renvoi de l'art. 333 al. 1 CP (CR LCD-MACALUSO/DUTOIT, n. 8 ad Rem. lim. aux
art. 23-27).
2.2.
Le délai court du jour où l'ayant droit a connu l'auteur de l'infraction et – l'art. 31 CP ne le précise pas, mais cela va de soi – de l'acte délictueux, c'est-à-dire des éléments constitutifs objectifs, mais également subjectifs de l'infraction (arrêts du Tribunal fédéral
6B_451/2009
du 23 octobre 2009 consid. 1.2 et
6B_396/2008
du 25 août 2008 consid. 3.3.3). Cette connaissance doit être suffisante pour que l'ayant droit puisse considérer que des poursuites auraient de fortes chances de succès et ne l'exposeraient pas au risque d'être lui-même poursuivi pour dénonciation calomnieuse ou diffamation (ATF
126 IV 131
consid. 2;
121 IV 272
consid. 2a); de simples soupçons ne suffisent pas, mais il n'est pas nécessaire que l'ayant droit dispose déjà de moyens de preuve (ATF
121 IV 272
consid. 2a; ATF
101 IV 113
consid. 1b; arrêt du Tribunal fédéral
6S.33/2007
du 20 avril 2007 consid. 5).
2.3.
Il existe un empêchement de procéder, au sens de l'art. 310 al. 1 let. b CPP, lorsqu'une infraction réprimée sur plainte a été dénoncée tardivement (cf. arrêt du Tribunal fédéral
6B_1113/2014
du 28 octobre 2015 consid. 2). Le ministère public doit, au demeurant, examiner d'office s'il existe des empêchements de procéder (Y. JEANNERET / A. KUHN / C. PERRIER DEPEURSINGE (éds),
Commentaire romand : Code de procédure pénale suisse,
2
ème
éd., Bâle 2019, n. 12 ad art. 310).
2.4.
L'autorité de recours qui substitue la tardiveté de la plainte aux motifs de non-entrée en matière exposés par le ministère public ne soulève pas, ce faisant, un argument juridique dont la prise en compte ne pouvait être raisonnablement prévue par les recourants (arrêt du Tribunal fédéral
6B_1335/2015
du 23 septembre 2016 consid. 2.3); et ce d'autant moins, en l'espèce, que ceux-ci sont assistés par un mandataire professionnel. Ils ne prétendent d'ailleurs rien de tel, mais soutiennent, à tort, parce qu'elle doit intervenir d'office, que la constatation d'un empêchement de procéder escamoterait le bien-fondé de leurs accusations.
2.5.
Or, les actes qu'ils prétendent constitutifs d'infractions à la LCD ont été achevés au plus tard en juillet 2019, lorsqu'ils ont reçu les derniers éléments manifestant la volonté de C_ AG d'encaisser sa créance.
À supposer qu'ils le fassent, les recourants ne peuvent pas soutenir que c'est seulement la décision rendue le 8 mai 2020 par la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal du canton de Vaud (jointe à l'acte de recours du 22 juin 2020) qui aurait levé leurs doutes sur la punissabilité du comportement prêté à la fondée de pouvoir de C_ AG, car seul était déterminant l'état de fait qui les concernait. Au demeurant, il résulte de leurs déterminations après renvoi qu'ils avaient déjà consulté un avocat avant que cette décision fût rendue et que c'est à partir de ce moment, qu'ils situent à fin avril-début 2020, qu'ils calculent le
dies a quo
.
L'état de fait pertinent pour pouvoir déposer plainte pénale était suffisamment clair pour eux depuis la résiliation-sommation du 10 avril 2019, qu'ils ne prétendent évidemment pas n'avoir pas reçu moins de trois mois avant de déposer plainte, le 8 juin 2020. Dans la mesure où elle a été suivie de commandements de payer, chacun d'eux disposait au plus tard à la date de notification de l'acte de poursuite qui le concernait – soit respectivement les 5 juin 2019 et 12 juillet 2019 – de tous les éléments pour pouvoir agir à temps devant l'autorité pénale (état de fait, auteur présumé).
Du reste, les recourants n'allèguent aucun fait postérieur aux dates susmentionnées qui leur aurait fait prendre conscience qu'ils pouvaient avoir été victimes d'une infraction. Toute leur plainte pénale est fondée sur les documents précités.
N'y change rien, pour le recourant qui n'a pas formé opposition, le fait que la société de recouvrement lui ait octroyé un ultime délai de paiement, puisque ce sursis date du 18 juillet 2019 déjà.
N'y change rien, non plus, le silence apparemment opposé en 2020 à leur demande d'obtenir l'acte par lequel leur fournisseur a cédé sa créance contre eux. En dépit du parallélisme qu'ils croient, peut-être, pouvoir tracer avec la cause vaudoise dont ils se prévalent (cf. le consid. 4.3. de la décision du 8 mai 2020), le refus de leur communiquer l'acte de cession est d'autant moins l'indice d'une infraction pénale que la remise d'une copie de l'acte a buté sur une question de frais et émoluments, qu'ils se refusaient à payer. Leur propre attitude ne saurait donc modifier le
dies a quo
. La décision rendue le 28 juin 2021 par la Cour d'appel pénale du Tribunal cantonal du canton de Vaud (jointe à leurs déterminations après renvoi) n'apporte aucun élément utile à ce calcul
.
Les démarches ultérieures de leur avocat avaient trait, pour le surplus, au droit d'accès prévu par la LPD, mais non à la recherche d'éléments de fait nécessaires à une plainte pénale pour infraction à l'art. 23 LCD.
Dès lors, leur plainte pénale du 8 juin 2020 s'avère tardive, et le Ministère public n'avait pas à entrer en matière. Dans son résultat, la décision querellée apparaît donc conforme au droit.