# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 77c0e313-150b-4f46-b42a-964667661300
**Court:** CH_BSTG
**Chamber:** CH_BSTG_001
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu
- l’acte d’accusation du 25 août 2022 contre A. (ci-après: le prévenu) pour meurtre
(art. 111 CP), assassinat (art. 112 CP), tentative de meurtre (art. 111 CP en re-
lation avec l’art. 22 CP), lésions corporelles simples (art. 123 CP) et menaces
(art. 180 CP), représentation de la violence (art. 135 CP), tentative d’incendie
intentionnel (art. 221 CP en relation avec l’art. 22 CP), tentative d’explosion (art.
223 CP en relation avec l’art. 22 CP), violence ou menace contre les autorités et
les fonctionnaires (art. 285 CP), contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants
(art. 19a ch. 1 LStup) ainsi que de multiples violations de l’art. 2 de la loi fédérale
interdisant les groupes «Al-Qaïda» et «Etat islamique» et les organisations ap-
parentées (ci-après: loi Al-Qaïda/EI);
- l’écriture du 16 septembre 2022 par laquelle Me Nadia Calabria a sollicité, sans
autre motivation, le prononcé du huis clos lors des débats principaux devant avoir
lieu en décembre 2022 (dossier TPF, p. 28.521.002), et l’invitation faite par la
Cour le 19 septembre 2022 à Me Calabria à étayer les motifs à l’appui de cette
demande (dossier TPF, p. 28.400.007);
- le courrier du 22 septembre 2022 par lequel Me Dario Barbosa s’est spontané-
ment opposé, au nom et pour le compte de ses clients, au prononcé du huis clos
(total ou partiel) lors des débats, au motif que ses clients souhaitent une audience
publique, afin notamment de permettre à des membres de la famille et des amis
du défunt d’y participer (dossier TPF, p. 28.552.002);
- le courrier du 27 septembre 2022 de Me Nadia Calabria évoquant des motifs
sécuritaires relativement au prévenu et à tous les participants au procès, au vu
des reproches retenus, i.e. le premier assassinat à caractère djihadiste en Suisse
(dossier TPF, p. 28.521.003) ainsi que des motifs d’opportunité, le prévenu ayant
refusé, selon elle, de «s’exprimer publiquement» durant toute la procédure;
- la détermination de Me Dario Barbosa du 30 septembre 2022, par laquelle celui-
ci déplore, en substance, l’absence d’explication quant aux prétendus motifs sé-
curitaires allégués par le prévenu à l’appui de sa demande en relevant, en outre,
que la gravité des faits reprochés au prévenu justifie, selon lui, la publicité des
débats, à l’instar de la cause SK.2022.20 comportant une tentative d’assassinat
à caractère djihadiste (dossier TPF, p. 28.552.004);
- les écritures de Me Fabien Mingard du 30 septembre 2022 et de Me Charlotte
Iselin, du 3 octobre 2022, par lesquelles ceux-ci s’en remettent à justice s’agis-
sant du prononcé d’un éventuel huis clos (dossier TPF, p. SK.28.551.002 et
SK 28.553.002);
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- et enfin, le courrier du Ministère public de la Confédération (ci-après: MPC) du
3 octobre 2022 concluant au rejet de la requête de huis clos (dossier TPF,
p. 28.510.030 à 031);

## Considerations

Et considérant que:
- le principe de la publicité des débats, ancré aux art. 30 al. 3 Cst., 6 para. 1 CEDH
et 69 al. 1 et al. 4 CPP, veut que les débats devant le tribunal de première ins-
tance sont publics et accessibles à tous. Le tribunal peut néanmoins restreindre
partiellement la publicité de l’audience ou ordonner le huis clos, lorsque la sécu-
rité publique, l’ordre public ou les intérêts dignes de protection d’une personne
participant à la procédure, notamment ceux de la victime, l’exigent ou en cas de
forte affluence (art. 70 al. 1 CPP). Selon la jurisprudence relative à la publicité
des audiences judiciaires, la décision de prononcer un huis clos suppose une
pesée des intérêts entre, d'une part, les biens de police ou l'intérêt privé menacés
et, d'autre part, l'intérêt à ce que l'audience soit publique (ATF 147 II 476 consid.
3.3; 143 I 194 consid. 3.6.1; 135 I 198 consid. 3.1). La publicité n'existe pas seu-
lement dans l'intérêt des parties, mais présente plus largement un intérêt public
(ATF 135 I 198 consid. 3.1). Le principe de publicité permet en effet d'assurer la
transparence de la justice, afin de permettre au public de vérifier de quelle ma-
nière les procédures sont menées et la jurisprudence rendue (ATF 146 I 30 con-
sid. 2.2; 143 I 194 consid. 3.1; 139 I 129 consid. 3.3; 119 Ia 99 consid. 4a). Dès
lors que le principe de publicité poursuit un intérêt public, les parties n'ont pas un
droit à obtenir, sur requête, le huis clos (ATF 135 I 198 consid. 2 s.; 119 Ia 99
consid. 2a);
- en l’occurrence, le prévenu développe deux motifs à l’appui de sa demande.
Sous l’angle sécuritaire d’abord, une restriction au principe de publicité des dé-
bats se justifierait du fait que des intervenants à la procédure «pourraient eux-
mêmes être considérés comme des cibles potentielles» au vu de la nature des
reproches formulés à l’encontre du prévenu. A titre individuel ensuite, le prévenu
serait réticent à s’exprimer à l’occasion de débats publics; a contrario, le prévenu
pourrait accepter de s’exprimer en cas de huis clos;
- la lecture de la requête ne permet pas de saisir en quoi, dans le cas d’espèce,
l’intérêt particulier du prévenu à restreindre la publicité des débats devrait l’em-
porter sur l’intérêt public à assurer la transparence de la justice et in fine, sa
bonne administration. En particulier, le dossier ne contient aucun élément qui
appuierait la demande de huis clos tel que, par exemple, la nature de l’infraction,
les qualités personnelles des parties plaignantes voire, celles d’autres partici-
pants à la procédure; bien au contraire, la gravité des reproches formulés à l’en-
contre du prévenu et le fait que certains de ceux-ci soient contestés justifient que
les débats se tiennent en public. Quant aux impératifs sécuritaires regardant les
autres intervenants à la procédure – par ceux-ci, l’on songe principalement aux
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avocats des parties ainsi qu’aux représentants du MPC - il y a lieu de souligner
qu’il incombe à la direction de la procédure de veiller à la sécurité de l’audience
(art. 63 al. 1 CPP), et ce, avec l’aide des cantons (art. 45 al. 2 CPP). Générale-
ment, la sécurité peut être garantie par des mesures policières appropriées, sans
qu’il ne soit nécessaire de prononcer en sus le huis clos (Urs SAXER/Simon
THURNHEER, Basler Kommentar, 2e éd., N. 4 ad art. 70 CPP). Or, à ce stade de
la procédure, la Cour ne voit pas en quoi des impératifs sécuritaires justifieraient
la mise en œuvre d’un huis clos, même partiel;
- en ce qui a trait au motif personnel invoqué par le prévenu, la Cour rappelle qu’il
lui est loisible de refuser de s’exprimer lors des débats, cette possibilité découlant
directement de son droit au silence (art. 113 al. 1 CPP). En revanche, le dérou-
lement de la procédure, qui est notamment régi par le principe de la publicité des
débats, ne saurait dépendre des droits de l’une des parties au procès mais relève
des prérogatives du tribunal, respectivement de la direction de la procédure. Le
fait que le prévenu soit disposé à collaborer ou qu’il exerce, au contraire, son
droit au silence lors des débats ne saurait dès lors avoir une incidence sur la
question de la tenue d’une audience publique;
- les motifs avancés par le prévenu ne sont pas de nature à justifier une entorse
ne serait-ce que partielle, au principe de la publicité des débats et dès lors, la
demande de huis clos doit être rejetée;
- les ordonnances rendues par les tribunaux ne peuvent être attaquées qu’avec la
décision finale (art. 65 al. 1 CPP).
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