# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 894bfec5-ce2e-5def-a441-f58feb8a7707
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2017
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Madame A_ (ci-après l’assurée ou la recourante), née en 1968, a travaillé à plein temps en qualité d’employée chargée du suivi des navires (
vessel
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) dès 1996. À ce titre, elle a perçu en 1997 un salaire annuel de CHF 76'050.-. Elle était assurée contre les accidents et les maladies professionnelles auprès d’AXA ASSURANCES SA (ci-après AXA).![endif]>![if>
2. Le 18 octobre 1997, l’assurée a été victime d’un accident de la circulation sur une autoroute alors qu’elle était passagère à l’avant d’un véhicule.![endif]>![if>
3. Dans un rapport du 30 octobre 1997, le docteur B_, médecin aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), a diagnostiqué des cervicalgies post-traumatiques. Le scanner cervical avait confirmé l’absence de lésion osseuse. La capacité de travail était nulle depuis le 18 octobre 1997, pour une durée indéterminée.![endif]>![if>
4. Dans un rapport du 17 décembre 1997, le docteur C_, spécialiste FMH en médecine interne générale, a diagnostiqué un traumatisme cranio-cérébral avec probable perte de connaissance, une plaie au cuir chevelu et des contusions cervicales et thoraciques multiples. L’assurée présentait une persistance des douleurs thoraciques, des troubles du sommeil et des limitations fonctionnelles cervicales. Sa capacité de travail était de 50 % depuis le 20 novembre 1997 et totale dès le 2 décembre 1997.![endif]>![if>
5. Compte tenu de la persistance de symptômes douloureux, un bilan radiologique, effectué à la demande du docteur D_, spécialiste FMH en neurochirurgie, a mis en évidence une fracture D2 par éclatement avec menace médullaire sérieuse et phénomène de Lhermitte sur une fracture.![endif]>![if>
À la suite de ces examens, l’assurée a subi deux interventions chirurgicales, pratiquées par le Dr D_. La première, qui a eu lieu le 17 janvier 1998, a consisté en une laminectomie D2 élargie, bilatérale, une stabilisation par système Apofix D1-D3, une réparation ligamentaire C6-C7, C7-D1 et une greffe autologue postérieure. La seconde, pratiquée le 3 avril 1998, était une stabilisation de la deuxième vertèbre dorsale par cervico-sternotomie gauche, corporectomie D2, greffe autologue et ostéosynthèse D1-D3 par plaque d’Orion antérieure.
6. Le 22 juin 1999, l’assurée a déposé une demande de prestations auprès de l'office cantonal de l'assurance-invalidité (ci-après l'OAI ou l’intimé), invoquant les conséquences de son accident.![endif]>![if>
7. Dans son rapport du 13 juillet 1999, le Dr D_ a qualifié l’état de santé de l’assurée de stable. Elle présentait des douleurs cervico-dorsales chroniques et permanentes qui nécessitaient la prise régulière d’antalgiques majeurs et de la physiothérapie. Ceci justifiait une capacité de travail définitive de 50 % dès le 31 mars 1999. Aucun traitement médical n’était susceptible d’améliorer la capacité de travail. Des mesures professionnelles n’étaient pas indiquées. Une activité adaptée à ses limitations fonctionnelles devait permettre à l’assurée d’alterner les positions assises et debout, de ne pas maintenir chacune de ces positions plus de quatre heures, d’éviter de marcher plus d’un kilomètre, de se mettre à genoux, d’incliner le buste, de s’accroupir, de lever, porter ou déplacer fréquemment des charges, de se baisser, d’effectuer des mouvements répétitifs du dos, de travailler avec des horaires irréguliers ou de nuit, de travailler en hauteur ou avec risque de chute, de se déplacer sur sol irrégulier ou en pente et de travailler dans un environnement froid. Il y avait une fatigabilité excessive du bras droit. Dans ce type d’activité, aucune diminution de rendement ne devait être prise en compte.![endif]>![if>
8. À la demande d’AXA, le docteur E_, spécialiste FMH en chirurgie orthopédique, a examiné l’assurée. Dans son expertise du 1
er
septembre 2000, il a retenu que les troubles de l’assurée étaient de façon certaine en lien de causalité avec l’accident subi. Sa capacité de travail résiduelle de 50 % devait être considérée comme définitive. ![endif]>![if>
9. Par décision du 16 août 2000, l’OAI a octroyé à l’assurée une demi-rente d’invalidité, basée sur un degré d’invalidité de 50 % à compter du 1
er
mars 1999.![endif]>![if>
10. Par décision du 11 octobre 2000, AXA a octroyé à l’assurée une rente d'invalidité basée sur un degré d'invalidité de 50 % à compter du 1
er
novembre 2000 et lui a alloué une indemnité pour atteinte à l’intégrité de CHF 34'020.-, correspondant à un taux de 35 %.![endif]>![if>
11. Le 16 avril 2002, l’assurée a indiqué à l’OAI que son état s’était aggravé. Ses cervico-dorsalgies étaient en augmentation. Elle était en incapacité totale de travailler depuis le 31 janvier 2002 pour une durée indéterminée. Elle ne pouvait pas porter de poids, présentait une fatigabilité importante et avait besoin de repos et de physiothérapie pour soulager ses douleurs.![endif]>![if>
12. À la demande de l’OAI, le docteur F_, spécialiste FMH en chirurgie orthopédique, a réalisé une expertise en décembre 2002. Dans son rapport du 23 janvier 2003, il a notamment indiqué que la situation était chronicisée, avec une symptomatologie douloureuse cervico-dorsale chronique d’intensité variable suivant les charges physiques. Une amélioration de cette situation n’était pas envisageable. L’évolution était difficile, mais une réévaluation de la situation devait être faite régulièrement en raison du jeune âge de l’assurée. Dans son activité habituelle, elle présentait une capacité de travail de 20 %, avec un rendement difficilement déterminable. Dans une activité adaptée (pas de postures fixes de la colonne cervicale, pas de mouvements répétitifs de la colonne cervicale et possibilité de pauses fréquentes), la capacité de travail pourrait vraisemblablement atteindre 50 %. ![endif]>![if>
13. Par décision du 23 janvier 2004, l'OAI a octroyé une rente entière à l’assurée, correspondant à un degré d'invalidité de 100 % dès le 1
er
avril 2002 et de 80 % dès le 1
er
février 2003.![endif]>![if>
14. Par décision du 13 mai 2004, AXA a accordé à l’assurée une rente d’invalidité correspondant à un degré d’invalidité de 80 % à compter du 1
er
novembre 2003.![endif]>![if>
15. Le 4 avril 2006, à la demande d’AXA, le docteur G_, spécialiste FMH en médecine physique et réhabilitation, a rendu un rapport d’expertise dans lequel il a conclu s’agissant de la capacité de travail que la situation actuelle devait être considérée comme gérable, et qu’exiger une rentabilité supérieure serait totalement déraisonnable et illusoire. ![endif]>![if>
16. Le 13 août 2007, AXA a mandaté une entreprise de surveillance, soit pour elle Monsieur H_, afin d’observer l’assurée. ![endif]>![if>
Ce dernier a suivi l’assurée les 21 août, 13 et 29 septembre et 13 octobre 2007. Il l’a filmée lors des journées de septembre et a enregistré ces images sur un DVD. Le 13 septembre 2007 de 16h35 à 19h20, on y voyait l’assurée monter sur un bateau de ski nautique et le piloter, ranger du matériel sur le bateau ou le bâcher. Le 29 septembre 2007 de 08h00 à 18h02, l’assurée avait fonctionné en qualité de juge lors du championnat genevois de ski nautique et de wakeboard et elle avait pris place dans le bateau qui tirait les participants. Selon M. H_, elle n’avait pas été restreinte ou gênée dans l’accomplissement de ses mouvements durant les périodes de surveillance.
17. Par demande déposée le 17 octobre 2007 devant la Cour civile du Tribunal cantonal vaudois, l’assurée a assigné le conducteur du véhicule dans lequel elle avait été accidentée ainsi qu’AXA, qui répondait en qualité d’assureur responsabilité civile de ce dernier, conjointement et solidairement, en paiement de plus de CHF 3'500'000.- pour perte de gain, tort moral, dommage ménager, frais de cures thermales, achat d’un véhicule adapté et remboursement des honoraires d’avocat.![endif]>![if>
18. Dans un rapport du 19 octobre 2007, le docteur I_, spécialiste FMH en médecine interne et responsable du service médical de Suisse romande d’AXA, a indiqué avoir examiné le dossier de l’assurée et visionné le DVD. Il a relevé ce qui suit : «
[...] on voit Mme A_ être parfaitement à l’aise sur le bateau de ski nautique, évoluer sans limitation apparente sur le plan instable que réalise une telle embarcation (...). Les manœuvres qu’elle effectue pour parquer le bateau sont effectuées avec une parfaite aisance (...). Lorsqu’elle gesticule, toujours sur le bateau, les bras en abduction en effectuant des rotations rapides de la nuque à droite et à gauche, Mme A_ le réalise sans aucune gêne ni limitation (...). Elle met de l’ordre sur son bateau en effectuant des mouvements de flexion antérieure du tronc, élévation du tronc, abductions – adductions des bras (pliage de la corde de traction) sans aucune gêne ni précaution (...). [...] lorsqu’elle s’assied dans le bateau (...), elle le fait sans aucune précaution, aucun amortissement du mouvement et sans douleur apparente. Mme A_ compense parfaitement le roulis ou le tangage du bateau. Elle ne craint pas d’être sur ce bateau, quand bien même elle est tournée vers l’arrière et ne peut anticiper les réactions du bateau qui évolue – par essence – à grande vitesse, ce qui sur ce plan d’eau est source d’importants soubresauts et oblige fréquemment le bateau à « taper ». Alors même que le bateau évolue à grande vitesse (...), elle se lève d’un bond, effectue une rotation du tronc de 90° vers la gauche avant de se rasseoir, avec une totale aisance. Les mouvements des bras pour enrouler la corde sont parfaitement coordonnés, effectués de manière harmonieuse et à grande vitesse (...). Elle évolue pendant plus de deux heures d’affilée durant cette matinée sans aucun problème. À aucun moment elle ne semble ressentir une quelconque douleur. [...] On la voit faire des mouvements circulaires de ses deux bras en abduction, avec une aisance totale (...); elle applaudit avec force, elle lève les bras en élévation complète, agitant les poignets, puis applaudit de nouveau et croise les bras en élévation à 90° (...) ; elle sautille sur place, effectuant des demi-tours complets en génuflexion partielle sur elle-même, tout en joignant, bras ballants, ses mains alternativement sur son ventre puis derrière son dos, mouvements mimant probablement une figure de ski nautique (...) ; elle est capable d’effectuer sans gêne des rotations du tronc (...) ; elle déplace aisément des objets en porte-à-faux (...), les bras en extension; ses mouvements pour remettre ses cheveux en place ou réajuster son sac sur l’épaule sont harmonieux et sans particularité (...) ; la marche est elle aussi totalement aisée, rapide et normale (...) ; Mme A_ se retourne même en marchant sans aucune difficulté ni appréhension ; elle hausse les épaules sans gêne, et gesticule sans limitation ni douleurs apparentes (...) ; à plusieurs reprises, on la voit monter sur un muret d’une hauteur de 40 cm (...) en descendre (...) sans évidence d’une quelconque limitation. Au contraire, elle en saute même (...) ; elle effectue, toujours en mimant des figures de ski nautique, des mouvements de rotation de 180° du corps, la tête restant dans la même direction, avec une totale aisance (...) ; elle éternue, avec mouvements de flexion démonstrative du tronc et réflexions de la nuque sans aucune douleur apparente (...) ; la séquence de gestuelle de 20 secondes (...) est éloquente et ne donne pas l’impression d’un trouble phonique. D’autres scènes auraient pu être détaillées, mais je tiens à attirer l’attention encore sur deux séquences : 1) un «slap me five» (...), 2) une longue flexion antérieure maximum du tronc avec le bras et tête en extension (... soit environ 34 secondes !), donc Mme A_ se redresse sans aucune gêne
».![endif]>![if>
Le Dr I_ a conclu qu’à aucun moment des séquences vidéo, il n’avait eu l’impression que l’assurée présentait une limitation de ses mouvements, des douleurs ou des signes de fatigue. Au contraire, elle était très souvent souriante et gaie, n’économisant jamais ses mouvements. Les images étaient particulièrement éloquentes et en nette contradiction avec bon nombre de limitations annoncées par l’assurée ou préconisées par les experts, ces derniers se basant principalement sur les plaintes subjectives annoncées par l’assurée.
19. Par décision du 13 février 2008, AXA a informé l’assurée qu’elle mettait fin à ses prestations à partir du 1
er
janvier 2008.![endif]>![if>
20. En date du 21 février 2008, se constituant partie civile, AXA a déposé une plainte pénale à l’encontre de l’assurée pour escroquerie et délit manqué d’escroquerie.![endif]>![if>
Les éléments suivants ont notamment été recueillis dans le cadre de la procédure pénale :
a. Dans une attestation datée du 25 février 2008, le Président de la Fédération internationale de ski nautique a certifié que cette fédération était consciente de l’état de santé de l’assurée et comprenait son besoin de pouvoir disposer de repos fréquents durant une compétition. L’expérience de l’assurée comptait plus que les nombreux désavantages liés à son handicap. Bien entendu, elle ne pratiquait aucune activité physique pendant la compétition. Le fait d’être assis ne posait en soi aucun problème au bon déroulement de l’activité de juge.

## Considerations