# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 2c6f445f-94ad-402b-bd04-1b7857e64e77
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_003
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Employment Contract

## Facts

EN FAIT
A. a. B_ a été engagé en qualité de chauffeur d'autocar de tourisme de juillet 2016 à novembre 2017 par C_ SA.![endif]>![if>
b. Ce contrat a été résilié et repris à compter du 1
er
décembre 2017 par A_ SA, une société proche de C_ SA qui exploite des services en commun avec celle-ci.
c. Un salaire mensuel brut de 4'875 fr. par mois, versé treize fois l'an, a été convenu entre les parties dès le 1
er
décembre 2017.
L'art. 4.1 du contrat de travail prévoyait une "
durée du travail selon les ordonnances fédérales
", soit une moyenne de 45 heures hebdomadaires, réparties selon un horaire irrégulier, en fonction de la demande de la clientèle, étant précisé que "
les imprévus et les heures supplémentaires font partie du métier de conducteur professionnel de personnes
".
d.a. Dans le cadre de l'organisation et du contrôle de l'activité de ses chauffeurs, A_ SA établit informatiquement un document intitulé "
détail conducteur
", issu des données enregistrées par le tachygraphe des autocars conduits par le collaborateur, sur la base duquel elle calcule le temps de travail et sa rémunération. Ce document est censé refléter le temps de "
conduite
" (véhicule engagé dans la circulation), le temps de "
travail
" (véhicule actif mais à l'arrêt), le temps de "
disponibilité
" (conducteur à disposition des clients) et le temps de "
repos/pause
" (temps de conduite interdite).
d.b. En parallèle, l'employé remplit à la main une fiche récapitulative mensuelle des heures supplémentaires en introduisant les données suivantes par jour de travail : début et fin de l'activité du matin, début et fin de l'activité de l'après-midi, repas de midi, repas du soir, nuit, heures supplémentaires.
e. A_ SA a résilié le contrat de travail de B_ le 16 avril pour le 30 juin 2019.
B. a. Par requête en conciliation déposée le 14 septembre 2020 et demande introduite le 23 novembre 2020 devant le Tribunal des prud'hommes (ci-après le Tribunal), B_ a assigné A_ SA en paiement de 20'143 fr., plus intérêts à 5 % l'an dès le 1
er
septembre 2018, dont 19'197 fr. à titre de salaire pour 534 heures supplémentaires effectuées entre décembre 2017 et juin 2019.![endif]>![if>
En substance, l'employé a reproché à son employeur de n'avoir considéré comme heures à rémunérer que le temps de "
conduite
" et le temps de "
travail
" documenté par le tachygraphe et non pas également les temps de "
disponibilité
" et de "
repos/pause
" lorsqu'il était en réalité travaillé. Les décomptes fondés sur le document "
détails conducteurs
" n'étaient donc pas compatibles avec ceux établis par le chauffeur mensuellement. En outre, du 9 avril au 5 mai 2019, les données enregistrées par le tachygraphe étaient incomplètes en raison d'une carte défectueuse, ce qui n'avait pas permis d'établir le document "
détails conducteur
" et les heures travaillées n'auraient pas été correctement décomptées durant cette période. Il estimait qu'un calcul correct de ses heures réelles de travail lui donnait droit aux montants réclamés.
A titre préalable, B_ demandait la production notamment par son employeur (i) des récapitulatifs mensuels remplis par lui-même (cf. supra A.d.b), (ii) des tickets du tachygraphe pour la période du 9 avril au 5 mai 2019 (cf. supra A.d.a) et (iii + iv) des "
billets collectifs
" émis par l'employeur pour chaque mission du collaborateur au service de clients – soit l'équivalent d'un ordre de mission détaillant le planning des prestations attendues du collaborateur au cours de l'excursion – afin de prouver l'existence des heures supplémentaires alléguées. Il ne détenait en effet pas ces documents pour l'intégralité des rapports de travail.
Toujours préalablement, B_ concluait à ce qu'il soit ordonné à son ancien employeur de "
procéder à l'inscription des données disponibles sur la durée [de son] travail dans son système informatique, puis d'en transmettre le résultat (i. e. le document "détail conducteur" complété) tant à l'autorité judiciaire qu'à [lui-même]
".
b. Dans sa réponse du 22 janvier 2021, A_ SA a conclu au déboutement de B_ de toutes ses conclusions.
Sur le fond, elle a expliqué que le décompte des heures de travail rémunérées dans l'entreprise s'effectuait essentiellement au moyen du tachygraphe. Il reprenait le chiffre figurant dans la colonne "
temps salaire
" du relevé du tachygraphe, lequel correspondait à l'addition des heures dévolues "
au travail, à la conduite et aux absences affectées au travail (atelier, bureau, etc.)
". B_ avait toujours considéré que le décompte du "
temps salaire
" n'était pas le reflet du travail accompli, alors qu'il était conforme aux dispositions de l'ordonnance sur la durée du travail et du repos des conducteurs professionnels de véhicules automobiles (OTR 1) et faisait foi, puisque l'art. 14 OTR 1 prévoyait que "
pendant son activité professionnelle, le conducteur doit maintenir le tachygraphe continuellement en fonction aussi longtemps qu'il se trouve dans le véhicule ou à proximité, et s'en servir de telle manière que la durée de la conduite, des autres travaux, de la disponibilité et des pauses soit clairement indiquée
". Une bonne utilisation du tachygraphe permettait ainsi de déterminer le temps de "
conduite
" (art. 5 OTR 1), de "
travail
" (art. 6 OTR 1), de temps de "
disponibilité
" (art. 7 OTR 1) et le temps de "
repos journalier
" (art. 9 OTR 1), ce dernier n'étant pas considéré comme du temps de travail rémunéré car le chauffeur disposait de son temps et n'était pas à disposition. Les tachygraphes des véhicules de A_ SA étaient fiables et régulièrement contrôlés par une entreprise agréée. Si les relevés des tachygraphes des véhicules utilisés par B_ ne répertoriaient pas correctement les heures réellement effectuées, cela ne pouvait découler que d'une mauvaise manipulation par l'intéressé qui devait indiquer à l'appareil dans quelle catégorie de temps il se trouvait pendant l'utilisation du véhicule. En l'occurrence, B_ fondait essentiellement sa demande sur le fait qu'il incorporait dans ses heures de travail le temps de "
repos
" qui ne générait toutefois pas de rémunération. En outre, B_ réclamait 132 h 52 pour la semaine 42 de 2018 alors qu'il était en vacances et voyageait en Italie avec des amis dans un véhicule de A_.
c. Au cours de l'audience du 22 avril 2021, le Tribunal a entendu les parties ainsi que plusieurs témoins, soit des chauffeurs professionnels, ayant travaillé pour A_ SA ou travaillant chez d'autres employeurs de la branche, et des membres de l'encadrement de A_ SA.
Il ressort en substance des déclarations des parties que le litige porte essentiellement sur le fait de savoir si le temps de "
repos
" mentionné sur les décomptes du tachygraphe doit être considéré comme du temps de travail, l'employé estimant avoir été à disposition des clients pendant ces périodes (p. ex. attendre des clients à l'aéroport alors que leur avion a du retard, rester dans l'autocar lors d'un arrêt sur une aire d'autoroute pour le cas où un client revient chercher un objet dans le véhicule). En revanche, les horaires mentionnés par les décomptes du tachygraphe n'étaient pas contestés.
B_ et les chauffeurs entendus en qualité de témoins ont déclaré que dans d'autres entreprises de transport que A_ SA, de telles périodes de "
repos
", consistant en réalité à être à disposition du client, étaient rémunérées; la rémunération commençait dès la prise en main du véhicule et ne s'interrompait qu'à sa restitution au retour de l'excursion, nettoyé et le plein effectué. L'un des cadres de l'entreprise A_ SA a déclaré que le chauffeur pouvait se trouver en situation de "
repos
" au cours d'une excursion pour peu qu'il ne soit pas à disposition du client; il lui appartenait alors d'enclencher les positions "
repos
" ou "
disponibilité
" en fonction de la situation; le temps de "
repos
" n'était pas considéré comme du temps de travail rémunéré au contraire du temps de "
disponibilité
". Un autre cadre de A_ SA a déclaré que si le chauffeur pouvait rentrer chez lui au cours de la journée, il devait enclencher la position "
repos
"; en revanche, s'il se trouvait en déplacement avec les clients et devait rester sur place, il devait enclencher la position "
disponibilité
".
A l'issue de l'audience, B_ a maintenu ses réquisitions en production de titres. A_ SA a déclaré que les pièces requises étaient disponibles, mais archivées, et que leur production était compliquée, raison pour laquelle elle s'y opposait. Les décomptes de tachygraphe produits étaient suffisants pour l'issue du litige.
Le Tribunal a ordonné une suite d'audience devant se tenir le 31 mai 2021.
d. Il a adressé aux parties le 26 avril 2021 une convocation pour le 31 mai 2021, mentionnant sous "objet de l'audience" : "
débats au sens des articles 245 et suivants CPC, étant précisé que l'attention des parties est attirée sur le fait qu'à défaut de décision contraire du Tribunal les plaidoiries finales auront lieu immédiatement après l'administration des preuves",
et sous "remarques" :
"
ci-joint les convocations des témoins A. et P. pour transmission, vu leur domicile à l'étranger
".
e. B_ a adressé le 30 avril 2021 un courrier au Tribunal afin de compléter le procès-verbal avec des explications qu'il avait données mais qui n'y figuraient pas. Il soulignait ainsi l'importance d'ordonner à A_ SA la production des "
billets collectifs
" pour connaître l'activité déployée au service du client et déterminer si le temps indiqué comme "
repos
" devait en réalité être considéré comme en "
disponibilité
". Il relevait à cet égard que lors d'excursions durant toute une journée, voire plusieurs jours, avec de nombreux déplacements, s'il avait enclenché les positions "
disponibilité
" et "
repos
" selon la réalité de son activité, il n'aurait plus respecté les normes en matière de temps de repos obligatoire et de temps maximal quotidien d'activité, raison pour laquelle il avait enclenché la position "
repos
" pour des périodes de "
disponibilité
" en réalité. Les "
billets collectifs
", confrontés aux "
détails conducteurs
" issus du tachygraphe permettraient de prouver l'existence de ces périodes de "
repos
" à requalifier en "
disponibilité
".
f. Le Tribunal a communiqué ce courrier à la partie adverse par pli du 12 mai 2021.

## Considerations