# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 26486051-8cd6-5291-b536-40754cdf684c
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 1
er
juin 2018, C_ recourt
contre le mandat d'actes d'enquête
du 17 mai 2018, notifié par pli simple, par lequel le Ministère public a exclu la présence des parties et de leurs conseils aux auditions, par la Brigade criminelle, des protagonistes ou témoins de l'agression dont a été victime F_.
Le recourant conclut, préalablement, à la "
suspension
" du mandat précité, et, principalement, à ce qu'il soit modifié en ce sens que les parties et leurs conseils, subsidiairement les conseils seulement, soient autorisés à assister à l'administration des preuves et poser des questions aux comparants. Il demande que les "
frais et dépens
" soient mis à la charge de l'État.
b.
Par acte déposé au greffe de la Chambre de céans le 1
er
juin 2018, A_ recourt également
contre le mandat précité.
Il conclut à l'annulation dudit mandat, dans la mesure où il lui interdit de participer à l'administration des preuves, et, principalement, à ce qu'il soit, avec son conseil, autorisé à y participer, subsidiairement à ce que son conseil, seul, y soit autorisé.
c.
Par ordonnance présidentielle du 11 juin 2018, l'effet suspensif a été accordé au recours formé par C_. Le Ministère public et, en tant que de besoin, la police, ont été enjoints à s'abstenir, jusqu'à droit connu sur le recours, de procéder aux auditions visées par le mandat d'actes d'enquête du 17 mai 2018.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Les 15 et 16 avril 2018, F_ et C_ en sont venus aux mains, apparemment pour une histoire de regard.
b.
Le 20 avril 2018, F_ a été agressé par plusieurs personnes, dans le quartier de la G_.
Il ressort en l'état de la procédure de forts soupçons que A_ l'a frappé avec une matraque ou une barre en fer, que D_ lui a tiré dans le dos avec un pistolet
air soft
, que C_ lui a donné plusieurs coups de pied à la tête, alors que la victime était au sol, et que E_ lui a donné un coup de couteau dans le ventre.
c.
Dans l'après-midi du 21 avril 2018, E_ s'est spontanément présenté à la police, expliquant être l'auteur du coup de couteau sur F_. Il a expliqué que, la veille, alors qu'il se trouvait à un barbecue dans les jardins de la G_ auquel participaient une vingtaine de jeunes du quartier, qu'il n'a pas souhaité nommer, C_ avait annoncé l'arrivée de F_ et dit qu'il fallait "
s'armer
". E_ s'était alors emparé d'un couteau à viande et "
tout le groupe
" s'était acheminé vers le kiosque, où F_ et C_ se battaient déjà. E_ était arrivé en courant contre F_, qui "
bougeait dans tous les sens
", et la lame du couteau avait traversé le T-shirt du précité, qui était tombé au sol. E_ ne s'était pas rendu compte qu'il avait "
planté
" F_ avec le couteau. C'était en voyant le trou dans le T-shirt de ce dernier qu'il avait compris. Il s'était alors enfui et avait jeté le couteau dans des buissons.
d.
Le soir du 21 avril 2018, C_ et A_ se sont rendus à la police, ensemble. Entendus séparément, ils ont fait des déclarations
grosso modo
similaires. Le rapport d'arrestation, établi le lendemain, souligne d'ailleurs que les déclarations des précités démontraient qu'ils s'étaient mis d'accord sur la version des faits à donner à la police, version qui ne correspondait pas aux déclarations des témoins.
A_ a, pour sa part, déclaré que, voyant les personnes s'équiper d'objets divers, il avait pris une barre qui trainait vers les poubelles. Il avait senti qu'il y avait quelque chose de dangereux et voulait se protéger. En courant, il s'était retrouvé "
face à un type [qu'il] ne connaissai[t] pas"
ou plus exactement ne connaissait
que de vue, soit F_. Le précité et lui-même avaient commencé à se battre, la foule se tenant autour d'eux. Il ne savait pas qui avait donné le premier coup, les faits s'étant déroulés très vite. Après quelques secondes, il s'était retrouvé au sol et F_ avait essayé de prendre quelque chose dans sa chaussette. Il avait suspecté qu'il s'agissait d'un couteau. Se sentant en danger de mort, il avait pris la barre et avait donné un coup sur les jambes de son opposant, qui n'était pas tombé. C_ était alors arrivé et avait pris sa défense, en donnant un coup de pied à son agresseur, qui avait chuté. Il avait alors pu s'enfuir, se débarrassant de la barre.
C_ a, quant à lui, déclaré que le 20 avril 2018 F_ l'avait averti de son arrivée dans le quartier où il organisait, avec A_, des grillades. Après qu'un attroupement, d'une vingtaine de personnes, s'était formé autour de F_, il s'était approché et avait vu F_ mettre à terre A_, puis fouiller dans sa chaussette. En se relevant, A_ avait porté un coup au niveau de la cuisse de son opposant, avec un bout de bois ou une barre de fer. Il était alors intervenu, en mettant un premier coup de pied au visage de F_, car il avait craint que ce dernier ne se munisse d'une arme blanche, puis un second, l'avait fait chuter. A_ et lui-même étaient alors partis.
e.
E_, C_ et A_ ont été placés en détention provisoire et font l'objet d'une mesure d'isolement. Ils sont prévenus d'agression (art. 134 CP) et tentative de meurtre (art. 22
cum
111 CP) en relation avec les faits du 20 avril 2018. Ils ont été confrontés par le Ministère public.
f.
À teneur des déclarations
de témoins entendus par le Ministère public, F_ avait été frappé par A_ à l'aide d'une matraque télescopique, puis par plusieurs personnes alors qu'il se trouvait au sol. A_ avait porté des coups à F_ au niveau des côtes, qui faisaient penser à des coups de couteau.
Selon E_, une "
quinzaine
" de personnes auraient participé ou assisté à l'agression de F_.
C.
Par le mandat querellé, le Ministère public a chargé les inspecteurs de la Brigade criminelle de procéder à l'identification de tous les protagonistes ou témoins de l'agression dont avait été victime F_. Au vu de la nécessité d'administrer des preuves principales, les auditions devaient se faire en l'absence des autres parties et de leurs conseils (art. 101 et 147 CPP ; cf. ATF
139 IV 25
= JdT
2013 IV 226
). En effet, ces témoins, prévenus potentiels ou personnes appelées à donner des renseignements n'avaient fait l'objet d'aucune audition préalable. Il était important d'exclure tout risque de collusion, en particulier pour éviter que les trois prévenus d'ores et déjà interpellés ne puissent adapter leur version des faits aux déclarations de ces témoins ou prévenus potentiels.
D.
Le 24 mai 2018, la police a arrêté D_, qui a été prévenu d'agression et tentative de meurtre pour les événements du 20 avril 2018 et placé en détention provisoire. Il a contesté avoir tiré sur F_ avec un pistolet
air soft
. Il s'était contenté de regarder la scène et était parti avant la fin de la bagarre. Il avait vu quelqu'un tirer sur la victime au moyen d'un pistolet à plomb, mais ne connaissait pas cette personne et ne souhaitait pas en dire plus à ce sujet.
Après l'arrivée de D_ à la prison, et sa mise à l'isolement, une lettre qu'il destinait à C_ a été trouvée par les gardiens à l'extérieur de sa cellule, au-dessus du cadre de la fenêtre, emballée dans du plastique. Le contenu détaillait ses auditions à la police et au Ministère public.
E.
a.
i.
Dans son recours, C_ invoque une violation des art. 101, 108 et 147 CPP. Les prévenus ayant tous été entendus par le Ministère public, ce dernier avait autorisé la consultation du dossier, dès le 25 avril 2018. Par conséquent, les preuves principales avaient été administrées. Or, il ne ressortait pas du déroulement de la procédure que des actes de collusion abusifs pourraient résulter de sa participation aux auditions déléguées à la police par le Ministère public. L'autorité n'expliquait pas non plus les raisons pour lesquelles elle soupçonnerait que le comportement de son conseil pourrait constituer un abus de droit justifiant le maintien du secret. Selon le Tribunal fédéral, des restrictions de participer à l'administration des preuves au sens de l'art. 101 al. 1 CPP ne se justifiaient pas pour les accusés qui, comme en l'espèce, avaient déjà été auditionnés (ATF 134 [
recte
: 139] IV 25 consid. 5.5.4.2 et arrêt du Tribunal fédéral
6B_321/2017
consid. 1.5.1).
ii.
A_ se fonde également, dans son recours, sur la jurisprudence précitée. Seuls des motifs objectifs, autres que la simple éventualité d'un risque de collusion, permettraient de restreindre son droit de participer et collaborer à l'administration des preuves, découlant de son droit d'être entendu. Par ailleurs, son conseil juridique ne pouvait être exclu que du fait de son propre comportement. En l'occurrence, son exclusion, et celle de son conseil, des auditions déléguées étaient parfaitement illicites, car elles ne reposaient sur aucune exception légale. Il avait déjà été entendu par le Ministère public, en audience de confrontation. Il n'existait donc aucune raison de le soupçonner d'un abus de ses droits.
A fortiori
, cette mesure ne pouvait s'étendre à son conseil.
b.
D_ appuie les recours précités.
c.
E_ s'en rapporte à justice, mais demande que l'éventuelle admission du recours lui soit profitable.
d.
F_, agissant en personne, n'a pas répondu.
e.
Dans une prise de position du 25 juin 2018, identique pour les deux recours, le Ministère public conclut à leur rejet.
Il était faux d'affirmer que la consultation du dossier avait, en l'espèce, été autorisée. Elle était, en début d'instruction, limitée aux propres déclarations des prévenus. Le droit de consultation était, donc, partiel. Les trois premiers prévenus, arrêtés en avril 2018, n'avaient, ainsi, pas accès aux déclarations de D_, et vice-versa. Le mandat querellé ne violait donc pas l'art. 101 al. 1 CPP.
Par ailleurs, dans l'arrêt
6B_321/2017
cité par les recourants, le Tribunal fédéral considérait admissible de restreindre, sur la base de l'art. 101 al. 1 CPP, la présence des parties à l'administration des preuves fixée par l'art. 147 al. 1 CPP.
Si les prévenus ayant d'ores et déjà fait l'objet d'une ouverture d'instruction, soit les "
anciens prévenus
", étaient autorisés à assister à l'audition, par la police, de tous les autres participants identifiés postérieurement, soit les "
nouveaux prévenus
", cela viderait l'art. 101 al. 1 CPP de sa substance. En effet, dans cette hypothèse, lors de la première audition contradictoire, devant le Ministère public, entre les "
nouveaux prévenus
" et les "
anciens prévenus
", ces derniers seraient parfaitement au courant des versions apportées par ces nouvelles parties et pourraient ainsi adapter leur version. Cette manière de procéder permettait une collusion évidente entre co-prévenus et galvaudait une confrontation des prévenus aux éléments de preuve nouvellement recueillis. Cette collusion était un motif objectif permettant de restreindre la présence des parties à l'administration des preuves, au sens de l'art. 101 al. 1 CPP, tel que l'admettait le Tribunal fédéral dans l'arrêt précité.
f.
A_ a répliqué, précisant que selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, les restrictions au sens de l'art. 101 CPP ne se justifiaient pas s'agissant de prévenus déjà auditionnés.
F.
Le 3 juillet 2018, le Ministère public a confronté les quatre prévenus et, le 12 suivant, il a autorisé le conseil de A_ à consulter le dossier de la procédure, sans restriction.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
En tant qu'ils ont été interjetés par deux prévenus contre le même acte de procédure et ont trait au même complexe de faits, il se justifie de joindre les deux recours, sur lesquels la Chambre de céans statuera par un seul et même arrêt.![endif]>![if>
2.
2.1.
Les recours ont été déposés selon la forme prescrite (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP) et émanent de prévenus, parties à la procédure (art. 104 al. 1 let. a et 111 CPP). ![endif]>![if>
2.2.
Il convient toutefois d’examiner si cette voie est ouverte contre l'acte visé et si les recourants disposent, à cet égard, d'un intérêt juridiquement protégé à agir.
2.2.1.
À teneur de l'art. 393 al. 1 let. a CPP, le recours est recevable, en particulier, contre les décisions et les actes de procédure du Ministère public.
Il n'est toutefois pas possible de recourir contre un mandat de délégation du Ministère public à la police au sens des art. 309 al. 2 et 312 CPP, puisqu'il s'agit d'un acte intervenant exclusivement entre autorités (L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND,
CPP, Code de procédure pénale
, Bâle 2016, n. 8 ad art. 393 et les références citées (
ACPR/381/2014
du 27 août 2014).
En revanche, en tant que cet acte contient une interdiction faite aux parties, en l'occurrence les prévenus, de participer à l'administration des preuves, les destinataires de la décision disposent d'un intérêt juridique à recourir contre cette décision (art. 382 al. 1 CPP ; arrêt du Tribunal fédéral
1B_329/2014
du 1er décembre 2014 consid. 2.3 ;
ACPR/270/2016
du 10 mai 2016).
2.2.2.
Partant, les recours sont recevables.
3.
Les recourants reprochent au Ministère public une violation de leur droit de participer à l'administration des preuves.![endif]>![if>
3.1.
Même après l’ouverture de l’instruction, le Ministère public peut charger la police d’investigations complémentaires (art. 312 al. 1
ab initio
CPP). Lorsqu’il charge la police d’effectuer des interrogatoires, les participants à la procédure jouissent des droits accordés dans le cadre des auditions effectuées par le Ministère public (art. 312 al. 2 CPP).
3.2.
L'art. 147 al. 1 1ère phrase CPP consacre le principe de l'administration des preuves en présence des parties durant la procédure d'instruction et les débats. Il en ressort que les parties ont le droit d'assister à l'administration des preuves par le ministère public et les tribunaux et de poser des questions aux comparants. Ce droit spécifique de participer et de collaborer découle du droit d'être entendu (art. 107 al. 1 let. b CPP). Il ne peut être restreint qu'aux conditions prévues par la loi (cf. art. 108, 146 al. 4 et 149 al. 2 let. b CPP; cf. aussi art. 101 al. 1 CPP et Message du 21 décembre 2005 relatif à l'unification du droit de la procédure pénale, FF 2006 1166 s. ch. 2.4.1.3).
Les preuves administrées en violation de l'art. 147 al. 1 CPP ne sont pas exploitables à la charge de la partie qui n'était pas présente (art. 147 al. 4 CPP; cf. ATF
140 IV 172
consid. 1.2.1 p. 175;
139 IV 25
consid. 4.2 p. 29 s. et arrêt du Tribunal fédéral
6B_321/2017
du 8 mars 2018 consid. 1.5.2).
Le droit de participer à l'administration des preuves durant l'instruction et les débats vaut également pour l'audition des coprévenus (ATF
141 IV 220
consid. 4.3.1 p. 228;
140 IV 172
consid. 1.2.2 p. 175;
139 IV 25
consid. 5.1-5.3 p. 30 ss).
3.3.
Le principe de la présence des parties lors de l'audition de coprévenus peut, dans certaines circonstances, conduire à une perte d'efficience et à une certaine inégalité de traitement entre les coprévenus. Le CPP contient cependant certains correctifs à cet égard (cf. ATF
139 IV 25
consid. 5.4 p. 33 ss = JdT 2013 IV p. 233). Ainsi, par analogie avec l'art. 101 al. 1 CPP, le ministère public peut examiner de cas en cas s'il existe des motifs objectifs pour restreindre momentanément la présence des parties à l'administration des preuves. Des restrictions au sens de cette dernière disposition ne se justifient cependant pas s'agissant de prévenus qui ont déjà été auditionnés (ATF
139 IV 25
consid. 5.5.4.2 p. 37 = JdT
2013 IV 236
).
Le législateur a tenu compte de l’éventualité que les accusés qui ont déjà été auditionnés pourraient par la suite conformer leur comportement en procédure aux déclarations faites par les autres coaccusés, étant donné qu’il a reconnu aux parties le droit de participer à l’administration de toutes les preuves (art. 147 al. 1
er
CPP) et que les points de vue de l’art. 101 CPP ne sont pas applicables. Il a toutefois largement admis le principe de l’administration des preuves en présence des parties. La simple possibilité d’une "mise en péril abstraite des intérêts de la procédure" – au terme des premières auditions – ne constitue pas encore un motif d’exclusion (ATF
139 IV 25
consid. 5.5.7 = JdT 2013 IV p. 238).
3.4.
Des soupçons d’un abus de droit au sens de l’art. 108 al. 1
er
let. a CPP ne peuvent reposer sur le seul motif qu'une détention provisoire de l'accusé a déjà été ordonnée en raison du risque de collusion de l’art. 221 al. 1
er
let. b CPP. Une restriction "automatique" des droits des parties de l’art. 147 al. 1
er
CPP dans les cas de détention serait inadmissible. Une exclusion reposant sur l’art. 108 al. 1
er
CPP exige, aussi pour les détenus, des indices d’un comportement abusif lors de l’administration des preuves en question. La simple éventualité que le détenu (qui a obligatoirement déjà été auditionné sur la base de l’art. 224 al. 1
er
CPP) conforme par la suite son comportement durant les auditions à celui des coaccusés ne constitue ni un motif de détention, ni un motif général pour exclure le détenu de ces auditions (ATF
139 IV 25
consid. 5.5.8 = JdT
2013 IV 239
).
3.5.
Le conseil juridique d'une partie ne peut faire l'objet de restrictions, sur la base de l'art. 108 al. 2 CPP, que du fait de son comportement.
3.6.
En l'espèce, le Ministère public a ouvert une instruction pour agression et tentative de meurtre.
Les recourants, prévenus, ont déjà été entendus ès qualité, par le Ministère public, de même les deux autres co-prévenus, et tous ont été confrontés. Le Procureur a par ailleurs autorisé l'accès intégral au dossier de la procédure. Partant, l'autorité ne peut plus se prévaloir d'un accès partiel des parties au dossier, au sens de l'art. 101 CPP, pour restreindre leur droit d'accès à l'administration des preuves.
Le Procureur a fait le choix, en application de l'art. 312 al. 1 CPP, de déléguer à la police l'audition des éventuels autres participants ou spectateurs de l'agression du 20 avril 2018, plutôt que de procéder lui-même aux confrontations envisagées. L'art. 147 al. 1 CPP est dès lors applicable aux auditions visées par ce mandat. Il s'ensuit que, les recourants et leurs co-prévenus ayant déjà été auditionnés par le Ministère public, l'application de l'art. 101 CPP est également exclue pour cette raison et que seule une restriction au sens de l’art. 108 CPP pourrait entrer en considération (
ACPR/270/2016
du 9 novembre 2016 ;
ACPR/158/2014
du 20 mars 2014).
En l'occurrence, la restriction du droit des prévenus et de leurs conseils de participer aux actes d'enquête, décidée par le Ministère public, repose sur le fait que les personnes à entendre n'ont encore fait l'objet d'aucune audition préalable et qu'il serait important d'exclure tout risque de collusion, pour éviter que les prévenus d'ores et déjà interpellés ne puissent adapter leur version des faits aux déclarations recueillies. Dans ses observations sur les recours, le Procureur fait une distinction entre les "
anciens prévenus
" – dont font partie les recourants – et les "
nouveaux prévenus
", en soulignant que l'audition des seconds, à la police, en présence des premiers, constituerait "
une collusion évidente entre co-prévenus et galvaude[rait] une confrontation aux éléments de preuve nouvellement recueillis
".
Or, il résulte de la jurisprudence sus-citée que le législateur a bel et bien tenu compte de l'éventualité que les prévenus déjà auditionnés – les "
anciens prévenus
" – pourraient par la suite conformer leur comportement en procédure aux déclarations faites par les autres prévenus – les "
nouveaux prévenus
" –, mais a néanmoins largement admis le principe de l'administration des preuves en présence des parties (cf. consid.
3.3.
supra
).
Dans le cas présent, le Ministère public n'allègue, à titre de motif d'exclusion, aucun risque de collusion particulier, se limitant à des considérations toutes générales.
Au surplus, on ne saurait voir, dans la tentative du prévenu D_ de communiquer à C_ le contenu de ses déclarations à la police, des pressions ou intimidations telles qu'elles feraient craindre un risque de collusion si grave qu'il justifierait de restreindre le droit des prévenus, déjà entendus par le Ministère public, à participer à l'administration des preuves. Comme relevé par la jurisprudence précitée, le risque de collusion retenu pour prononcer la détention provisoire ne suffit pas à justifier, à lui seul, une restriction du droit de participer à l'administration des preuves.
Au vu de ces éléments, on ne décèle aucun indice concret d’un comportement abusif à craindre des recourants, ou des deux autres co-prévenus, lors de l’administration des preuves en question.
3.7.
Le Procureur est muet, dans ses observations, sur les restrictions imposées aux conseils des recourants par la décision querellée. Force est ainsi de constater qu'il ne démontre aucunement que les conseils des recourants, de par leur propre comportement, abuseraient de leur droit.
3.8.
Il résulte de ce qui précède que la présence des recourants et de leurs conseils doit être autorisée dans le cadre des auditions déléguées par le mandat d'actes d'enquête querellé. Cela vaut également pour les autres prévenus et leurs conseils.
4.
Fondés, les recours seront admis. Le mandat d'acte d'enquête du 17 mai 2018 sera donc annulé en tant qu'il restreint l'accès des parties aux auditions déléguées à la police, les recourants et les autres prévenus devant, en tant que de besoin, être admis à participer à l’administration de ces preuves, sauf fait nouveau.![endif]>![if>
5.
L'admission du recours ne donne pas lieu à la perception de frais (art. 428 al. 1 CPP).![endif]>![if>
6.
Les recourants étant au bénéfice d'une défense d'office, il n'y a pas lieu d'indemniser à ce stade les défenseurs d'office (art. 135 al. 2 CPP).
* * * * *