# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 55791bf1-4cb7-5c3c-88eb-9b12e357106f
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2008
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
La société Rehmco S.A. est propriétaire de la parcelle n° 11'604, feuille 5, de la commune de Meyrin, sise au n° 25 avenue de Vaudagne, en zone de développement 3.
Par requête enregistrée le 14 septembre 2006 sous le n° DD 100’806, Télé 2, télécommunication services S.A (ci-après : Télé 2), a, par l'intermédiaire de Focusplus S.A. (ci-après : Focusplus), sollicité du département des constructions et des technologies de l’information (ci-après : DCTI ou le département) la délivrance d’une autorisation définitive de construire une station de téléphonie mobile.
Le projet visait l'édification d’un mât de sept mètres de hauteur avec trois antennes GSM 1800 sur le toit de l’immeuble situé sur la parcelle de Rehmco S.A. Selon la fiche de données spécifiques, annexée à la demande, la valeur de rayonnement dans le lieu de séjour momentané le plus chargé, soit le pied du mât, était de 17.39 V/m. S'agissant des trois lieux à utilisation sensible les plus chargés, la valeur de rayonnement était de 4.48 V/m pour un appartement au 5
e
étage, de 3.27 V/m et de 2.84 V/m pour deux fenêtres sises au 5
e
étage.
a. Dans le cadre de l'examen de la demande, différents services se sont prononcés. En particulier :
le 18 septembre 2006, la direction du patrimoine et des sites a déclaré n’être concernée ni par le projet ni par les travaux projetés ;
le 19 septembre 2006, la direction de l'aménagement du territoire, département du territoire (ci-après : DT) a rendu un préavis favorable ;
le 4 octobre 2006, le service cantonal de protection contre le bruit et les rayonnements non ionisants (ci-après : SPBR) a préavisé favorablement la requête. L’installation sise sur le site Télé 2 GE 826.1 était conforme à l'ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant du 23 décembre 1999 (ORNI -
RS 814.710
) et au règlement sur la protection contre le rayonnement non ionisant des installations stationnaires du 29 septembre 1999 (RPRNI -
K 1 70.07
) ;
le 13 octobre 2006, le service des monuments et des sites (ci-après : SMS) et la commission d'architecture ont tous deux indiqués ne pas être concernés par le projet.
b. Appelée également à se déterminer, la commune de Meyrin a, le 3 octobre 2006, rendu un préavis défavorable. L’installation proposée, tant dans le modèle retenu que dans sa taille, contribuait à défigurer le paysage caractéristique de Meyrin, côté vallon du Nant-d’Avril et Jura. Par ailleurs, compte tenu de la multiplication des installations de téléphonie mobile, l'établissement d'un principe directeur et l'optimisation de celles-ci étaient nécessaires.
Au cours de l’enquête publique qui a eu lieu du 2 octobre au 2 novembre 2006, Monsieur Francis Minkoff, propriétaire de l’immeuble sis au n° 27 avenue de Vaudagne, a formé opposition au projet.
Le département a accordé l’autorisation sollicitée le 28 novembre 2006. Les conditions figurant dans le préavis du SPBR du 4 octobre 2006 devaient être strictement respectées et faisaient partie intégrante de l’autorisation.
Par acte séparé, la commune de Meyrin et M. Minkoff ont recouru contre l'autorisation précitée auprès de la commission cantonale de recours en matière de constructions (ci-après : CCRC ou la commission).
Après avoir entendu les parties, la commission a rejeté les deux recours par décision du 29 mai 2007.
Le dossier du DCTI contenait tous les préavis nécessaires à l’établissement complet des faits et il n'y avait pas lieu de douter que le préavis du SPBR ait été émis après une analyse effective et conforme à la loi. La parcelle était située dans une zone à bâtir. Les valeurs de l’ORNI, calculées par la requérante et dûment contrôlées par le service compétent, étaient respectées. De même, l’autorisation querellée ne violait aucune disposition de la loi fédérale sur la protection de l’environnement du 7 octobre 1983 (LPE -
RS 814.01
). Par conséquent, en l’absence d’obligation de coordination, le DCTI devait délivrer l’autorisation sollicitée. Le principe de précaution étant épuisé par les normes de l'ORNI, il n'existait pas de nuisances graves au sens de l’article 14 de la loi sur les constructions et les installations diverses du 14 avril 1988 (LCI -
L 5 05
). Enfin, il ressortait de la procédure et notamment des photographies produites que l’on ne voyait quel serait le caractère ou l’intérêt du quartier qui devrait être protégé contre la pose d’un mât sur le toit d’un immeuble qui en comportait déjà. L'installation litigieuse n'altérerait pas les vues entre les immeubles. Il n’y avait dès lors pas violation de l’article 15 LCI. A cet égard, la parcelle considérée n’étant pas située en zone protégée et le bâtiment en question n’étant ni classé ni soumis à l’inventaire, le DCTI n’avait pas à soumettre le projet à la commission consultative des monuments de la nature et des sites (ci-après : CMNS).
Le 10 juillet 2007, la commune de Meyrin et M. Minkoff ont recouru contre la décision de la commission auprès du Tribunal administratif. Ils concluent à l'annulation de cette dernière.
La qualité des préavis rendus dans le cadre de l’instruction de la requête était insuffisante, aucun élément du dossier ne démontrant une analyse attentive du projet proposé. Seul le préavis du SPBR examinait le projet mais d’une manière très sommaire, sans aucune analyse critique des données. Il n’avait également pas été tenu compte des autres antennes de téléphonie mobile dans les environs de l’installation projetée et du préavis négatif de la commune. Le département avait ainsi instruit le dossier de manière insuffisante en se limitant à autoriser l’installation sur la base du seul préavis positif du SPBR. La décision de la commission qui méconnaissait que les faits avaient été établis de manière incomplète, n’était dès lors pas conforme aux exigences découlant des articles 20 alinéa 1 et 61 alinéa 1 lettre b de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 (LPA -
E 5 10
). En ne se prononçant pas sur la qualité des préavis, la commission avait violé son obligation de motivation.
Le département n’avait pas démontré de manière satisfaisante que les valeurs de l’ORNI seraient respectées par l’installation planifiée. Il s’était fondé sur le préavis du SPBR qui, lui-même, avait uniquement tenu compte des données remises par Focusplus. Ces informations n’avaient pas été évaluées, ni vérifiées. Or, les résultats obtenus méritaient un examen complémentaire. Le département avait ainsi violé les articles 11 et 12 ORNI en n’effectuant pas les contrôles nécessaires exigés par le droit fédéral et la commission avait conclu à tort que les dispositions en matière de protection de l’environnement étaient respectées. Le département avait également excédé son pouvoir d’appréciation en ignorant l’article 14 lettre a LCI.
Le Tribunal fédéral avait reconnu que la Confédération et les cantons devaient garantir la coordination et l’optimisation des sites de téléphonie mobile et veiller à ce que les intérêts de l’aménagement du territoire, de la protection de l’environnement, de la nature et du paysage soient dûment pris en compte dans les procédures de concession et d’autorisation. Ils devaient porter le soin nécessaire pour éviter que la création du réseau ne conduise à une forêt d’antennes qui nuirait aux intérêts de protection de l’environnement, du paysage et du patrimoine. Le Conseil d’Etat genevois avait adopté le RPRNI qui prévoyait que des modalités particulières pouvaient être déterminées entre les départements et les opérateurs concernés pour la coordination des emplacements et que les informations fournies par le détenteur ou l'exploitant étaient consignées dans un cadastre des installations. Le canton de Genève avait ainsi souhaité permettre une utilisation optimale des installations de téléphonie mobile. Or, il ressortait du cadastre établi par l’office fédéral des communications et du constat de l’huissier judiciaire qu’il y avait une quinzaine d’antennes dans un rayon de 1,2 kilomètre autour de l’emplacement souhaité. Dès lors que plusieurs mâts de téléphonie mobile étaient disponibles à proximité immédiate de l'installation souhaitée, il convenait que l’autorité refuse l’autorisation de construire.
S’agissant de l’article 15 LCI, la commission d’architecture ainsi que le service des monuments et des sites ne s’étaient pas prononcés. Quant au SPBR, son préavis ne devait pas être pris en considération pour l’application de cet article. En revanche, la commune avait formulé un préavis négatif. En ignorant le préavis communal et en ne motivant pas sa décision divergente, le département avait excédé son pouvoir d’appréciation. Cette violation avait été perpétuée par la décision de la commission qui avait refusé d’ordonner un transport sur place.
Télé 2 s’est déterminée le 21 août 2007. Elle conclut au rejet du recours.
La commission avait traité les problèmes pertinents en examinant la manière dont le DCTI avait constitué son dossier et en constatant que ledit dossier comprenait tous les avis pertinents pour rendre une décision conforme au droit. La fiche de données techniques comprenait le calcul détaillé des valeurs d'immissions projetées de l’installation litigieuse. Par ailleurs, même si les calculs effectués par l’opérateur étaient conformes aux valeurs limites prescrites par la réglementation fédérale, l’autorité avait l’obligation, à titre préventif, d’exiger de l’opérateur qu’il procède à une mesure de réception du rayonnement non ionisant après la mise en service de l’installation, et ce en application de la recommandation de l’office fédéral de l’environnement. Ainsi, la manière de procéder du SPBR ne prêtait nullement flan à la critique. Il avait vérifié les calculs établis par l’intimée et vérifiera, une fois l’antenne mise en service, si les valeurs effectives de l’installation respectent les valeurs annoncées lors de la procédure d’octroi du permis de construire.
En sa qualité de concessionnaire de service de télécommunication, Télé 2 exerçait une mission d’intérêt public. En milieu urbain, il était difficile d’éviter l’installation de plusieurs antennes à quelques kilomètres de distance. La configuration y était telle qu’une couverture optimale et conforme aux exigences posées par l’autorité concédante nécessitait plusieurs antennes relais. On ne saurait dès lors refuser la construction d’une antenne de téléphonie mobile au seul motif qu’il y en aurait d’autres dans un rayon de 1,2 kilomètres.
Enfin, le lieu retenu pour l’implantation de l’antenne n’était pas d’une beauté particulière ou ne témoignait pas d’un intérêt culturel spécial. Télé 2 relevait encore que la configuration des lieux, singulièrement des bâtiments environnant et leur hauteur importante, nécessitait une antenne qui puisse émettre des ondes dans un rayon suffisamment important. La hauteur de l’antenne projetée permettait précisément d’éviter la multiplication des antennes pour couvrir le même rayon.
Le 20 août 2007 le département s’est opposé au recours.
Le préavis du SPBR avait été émis sur la base d’un dossier complet. Rien indiquait que la fiche de données spécifiques du 13 août 2006 reposait sur des données erronées ou incomplètes qui auraient dû amener le SPBR à s’en écarter. C’était donc à juste titre que la commission avait considéré que le préavis du SPBR était fiable quant aux résultats obtenus. Forte de ce constat, la commission avait conclu sans aucun arbitraire que le principe de prévention était respecté, du fait du respect des valeurs posées par l’ORNI. Quant à l’article 14 LCI, il n’avait pas de portée juridique propre, s’agissant d’un grief ayant trait à un type de nuisance tombant également sous le coup de LPE.
La parcelle concernée, située en zone de développement 3 de construction, ne bénéficiait pas d’une protection particulière. Le bâtiment sur lequel l’installation était projetée n’était pas digne de protection et ne faisait l’objet d’aucune mesure dans ce sens. Partant, il ne saurait être reproché au département de n’avoir pas soumis de dossier à la CMNS ou à la commission d’architecture. Il convenait toutefois de relever que, dans son rapport d’entrée du 18 septembre 2006, la direction du patrimoine et des sites n’avait pas émis d’observation particulière à propos de la zone sur laquelle l’installation litigieuse serait implantée. En outre, la commission de recours, composée de spécialistes, avait également estimé que ce quartier n’avait aucun caractère ou intérêt particulier à préserver.
a. Le 20 septembre 2007, Télé 2 a requis le retrait de l’effet suspensif accordé au recours.

## Considerations