# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 52e20153-47a9-409e-8196-bc4afa02b8be
**Court:** CH_BSTG
**Chamber:** CH_BSTG_001
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

raison de ces faits puis ont sollicité du MPC la reprise du for au vu de
l’instruction déjà menée par celui-ci. Suite au refus de reprise de for du
MPC, le Ministère public central du canton de Vaud a saisi la Cour des
plaintes d’une requête en fixation de compétence matérielle, sollicitant
TPF 2019 28
30
qu’elle déclare les autorités judiciaires de la Confédération compétentes et
ordonne la jonction des causes en mains fédérales.
La Cour des plaintes a déclaré les autorités de poursuite pénale de la
Confédération seules compétentes pour poursuivre et juger les infractions
reprochées à A. Elle a joint les causes en mains du MPC.
Extrait des considérants:
2. 2.1 La réalisation des conditions de la poursuite pénale et l’absence
d’empêchements de procéder sont nécessaires pour qu’une autorité se
saisisse d’une affaire et mène une procédure. La compétence matérielle, à
raison du lieu, et fonctionnelle, sont des conditions procédurales dites
«positives» (HAUSER/ SCHWERI/HARTMANN, Schweizerisches
Strafprozessrecht, 6e éd. 2005, § 41 n. 13 s.). Dites conditions doivent être
examinées d’office, à chaque stade de la procédure (KIPFER, Commentaire
bâlois, 2e éd. 2014, n. 5 ad rem. prél. aux art. 22 à 28 CPP). La délimitation
des compétences entre la Confédération et les cantons est réglée aux art. 22
à 28 CPP. Selon l’art. 22 CPP, les autorités pénales cantonales disposent
d’une compétence de principe puisqu’elles sont compétentes pour la
poursuite et le jugement des infractions prévues par le droit fédéral, sous
réserve des exceptions prévues par la loi. Ces exceptions figurent aux art. 23
et 24 CPP.
2.2 A teneur de l’art. 24 al. 1 CPP, la juridiction fédérale est notamment
compétente pour connaître des infractions aux art. 260ter CP si les actes
punissables ont été commis pour une part prépondérante (en allemand: «zu
einem wesentlichen Teil»; en italien: «prevalentemente») à l’étranger, ou
dans plusieurs cantons, sans qu’il y ait de prédominance évidente dans l’un
d’entre eux. L’art. 24 CPP reprend, sans modifications majeures, le contenu
de l’art. 337 aCP, lequel avait pour sa part remplacé l’art. 340bis aCP, de
sorte que la jurisprudence et la doctrine relatives à ces dispositions
conservent toute leur valeur. Les compétences de la Confédération en lien
avec ces infractions ont pour prémisse la volonté du législateur d’améliorer
la lutte contre la criminalité internationale (BERTOSSA, Commentaire
romand, 2011, n. 2 ad art. 24 CPP). En matière de soutien à une
organisation criminelle, la jurisprudence a retenu que la compétence
fédérale était donnée à l’égard de celui qui, en Suisse, soutient une
organisation criminelle agissant à l’étranger (arrêt du Tribunal pénal fédéral
SK.2007.4 du 21 juin 2007 consid. 1.1.3 non publié in TPF 2008 80). La
TPF 2019 28
31
compétence de la Confédération découlant de l’art. 24 al. 1 CPP est
impérative à la différence de celle rattachée à l’alinéa second de cette
disposition. La jurisprudence rendue en lien avec la question de la
compétence impérative de la Confédération montre que les contours de cette
dernière demeurent, dans une large mesure, difficiles à préciser. Il en va
notamment ainsi du critère de rattachement de l’organisation criminelle
dont traite l’art. 260ter CP, et à propos duquel il n’est souvent pas possible,
en début d’enquête, de savoir si le crime provient d’une telle organisation
(v. ATF 132 IV 89 consid. 2).
La délimitation des compétences entre autorités de poursuite pénale de la
Confédération et celles des cantons ne dépend pas de ce qui pourra
finalement être imputé à l’accusé. Elle doit plutôt s’opérer sur la base des
soupçons existant au moment où la question doit être tranchée (ATF 133 IV
235 consid. 4.4). A l’instar des règles prévalant la fixation du for, la
compétence ratione materiae ne repose ainsi pas sur ce dont l’intéressé s’est
effectivement rendu coupable et qui pourra en fin de compte être prouvé
mais sur l’état de fait qui lui est reproché dans le cadre de l’enquête menée,
à moins que cet état de fait ne paraisse d’emblée infondé ou ne soit
clairement exclu (décision du Tribunal pénal fédéral BG.2012.16 du 15 juin
2012 consid. 3.2). Dans ce contexte, la Cour des plaintes se fonde sur des
faits et non des hypothèses. En outre, le principe «in dubio pro duriore»
selon lequel, en cas de doute, il y a lieu d’instruire et de poursuivre sur la
base du délit le plus grave, prévaut. Ce n’est que si, à ce stade déjà, ce
dernier peut être exclu de façon certaine qu’il n’est plus pertinent pour
déterminer le for (décision du Tribunal pénal fédéral BG.2012.45 du 9 avril
2013 consid. 2.2 et les références citées).
2.3 Dans le cas d’espèce, le dossier soumis à la Cour de céans permet de
retenir ce qui suit:
2.3.1 Une première instruction à l’encontre de A. a été ouverte suite aux
faits survenus à l’Etablissement B. de Lausanne, le 23 juin 2017. Au vu de
la potentielle implication terroriste de l’auteur, le MPC a immédiatement
admis sa compétence et repris le dossier initialement ouvert par les autorités
vaudoises. Il instruit dès lors la cause pour participation et/ou soutien à une
organisation criminelle et délit à la loi fédérale interdisant les groupes «Al-
Qaïda» et «Etat islamique» et les organisations apparentées. Au dossier
figure le rapport d’expertise psychiatrique établi par l’Institut de Psychiatrie
légale du CHUV (Centre hospitalier universitaire vaudois). Selon celui-ci,
A. aurait, suite à un séjour en Angleterre durant la période du Gymnase,
rencontré deux amis musulmans. Suite à ces rencontres, il aurait commencé
TPF 2019 28
32
à s’intéresser à l’Islam et, s’est alors converti à cette religion. Il a par la
suite suivi le World-Umrah Program for New Muslims. Dans un bloc-notes
où figurent certains de ses objectifs, est écrit qu’il souhaite apprendre trois
versets du Coran par jour. Il semble également être victime
d’hallucinations: il entendrait des voix, et les sons seraient des signes
d’Allah. Dans d’autres écrits il évoque comme plan la constitution d’un
«califat pour libérer les hommes» et un départ en Iran. Les experts
concluent en outre que A. est victime d’un trouble psychiatrique sévère
(schizophrénie paranoïde continue), ce qui entraîne une irresponsabilité
pénale. Malgré les indications du MPC, celui-ci n’a à ce jour pas rendu
d’ordonnance de classement dans cette procédure, laquelle est dès lors
toujours pendante.
2.3.2 Incarcéré à la Prison Z. suite aux événements s’étant produits en juin
2017, A. a attaqué l’un des agents de détention le 21 septembre 2018. Il lui
aurait asséné un coup de poing au visage, avant de se mettre à l’étrangler en
hurlant «Allah Akbar», puis aurait claqué des dents et essayé de le mordre.
Les auditions menées ont notamment révélé que A. faisait partie des détenus
particulièrement signalés et qu’il était considéré comme dangereux. Selon
des agents de détention entendus comme témoins, il arriverait à A. de crier
«Allah Akbar» sans raisons particulières, et il se serait radicalisé davantage
au cours des derniers mois: il aurait prié de plus en plus et très souvent lu le
Coran.
2.4 A teneur de l’art. 260ter CP, celui qui aura participé à une organisation
qui tient sa structure et son effectif secrets et qui poursuit le but de
commettre des actes de violence criminels ou de se procurer des revenus par
des moyens criminels, celui qui aura soutenu une telle organisation dans son
activité criminelle, sera puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au
plus ou d’une peine pécuniaire (ch. 1). Est également punissable celui qui
aura commis l’infraction à l’étranger si l’organisation exerce ou doit exercer
son activité criminelle en tout ou en partie en Suisse. Dans ce cas, l’art. 3
al. 2 est applicable (ch. 3).
2.5 2.5.1 La loi fédérale interdisant les groupes «Al-Qaïda» et «Etat islamique»
et les organisations apparentées prévoit quant à elle que quiconque s’associe
sur le territoire suisse à un groupe ou à une organisation visé à l’art. 1, met à
sa disposition des ressources humaines ou matérielles, organise des actions
de propagande en sa faveur ou en faveur de ses objectifs, recrute des
adeptes ou encourage des activités de toute autre manière est puni d’une
TPF 2019 28
33
peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire (art.
2).
2.5.2 Selon le Message du 12 novembre 2014 concernant la loi fédérale
interdisant les groupes «Al-Qaïda» et «Etat islamique» et les organisations
apparentées (FF 2014 8755, 8758; ci-après: «Message»), la principale
menace planant sur la Suisse émane pour l’instant de personnes aguerries au
combat qui reviennent au pays après un séjour passé dans les territoires
djihadistes de l’«Etat islamique» ainsi que d’auteurs isolés radicalisés restés
en Suisse. Le risque que la propagande diffusée par le groupe «Etat
islamique» incite des personnes en Suisse à commettre des attentats ou à se
joindre à d’autres organisations terroristes est estimé comme étant élevé
(Message, FF 2014 8755, 8761).
2.5.3 La poursuite et le jugement des infractions commises contre les
dispositions pénales sont de compétence fédérale, afin de permettre une
instruction et un jugement uniforme des cas en fonction des éléments
constitutifs des infractions commises. La compétence fédérale a ainsi été
privilégiée dans un souci d’unification. Selon le Message, cette solution
découle du fait qu’en vertu de l’art. 23 CPP, le MPC est compétent aussi
bien dans le domaine des infractions contre l’Etat que dans celui de la
poursuite du terrorisme international (art. 260ter CP en corrélation avec l’art.
24 CPP). Ces investigations exigent une collaboration intense et
transfrontalière. Dans ce domaine de criminalité, le MPC ne dispose pas
seulement du savoir-faire adéquat mais aussi des instruments nécessaires. Si
la présomption de participation à une organisation terroriste devait se
confirmer, le manque de compétence de la Confédération obligerait le MPC
à ordonner la jonction des procédures auprès des autorités fédérales lorsque
les cantons concernés auraient éventuellement commencé l’instruction en la
matière (art. 26 CPP; Message, FF 2014 8755, 8766). Le Message du 22
novembre 2017 concernant la prorogation de la loi fédérale interdisant les
groupes «Al-Qaïda» et «Etat islamique» et les organisations apparentées
(FF 2018 87, 97 s.) a confirmé de manière claire la compétence expresse de
la juridiction fédérale en la matière, afin d’éviter tout éventuel conflit de
compétence, positif ou négatif.
2.6 Les faits s’étant déroulés au sein de la Prison Z. en septembre 2018 ne
peuvent être entièrement dissociés de ceux datant de juin 2017. Au
contraire, conformément au principe de l’unité de la procédure pénale
garanti à l’art. 29 CPP, il convient de poursuivre et juger en une seule et
même procédure l’ensemble des infractions reprochées à un même prévenu.
Il n’y pas lieu de déroger à ce principe dans le cas d’espèce. Au contraire,
TPF 2019 28
34
les faits commis par A. – au vu de sa personnalité et de ses idéaux religieux
notamment – doivent être appréhendés par une seule et même autorité,
laquelle sera plus à même de rendre une décision cohérente et éviter ainsi
des contradictions (cf. ATF 138 IV 29 consid. 3.2 p. 31; 138 IV 214 consid.
3.2). Les deux procédures actuellement pendantes doivent dès lors être
jointes.
2.7 Comme le précise le Message (cf. supra, consid. 2.5.3), il ressort une
volonté claire d’unification en mains fédérales pour l’instruction et le
jugement de ce qui concerne les organisations criminelles et la participation
ou le soutien à celles-ci. Que cela débouche à l’issue de l’instruction sur une
ordonnance de classement ou un acte d’accusation, il est certain que les
autorités fédérales sont plus à même de déterminer ce qui est réprimé ou
non par ces dispositions pénales. Dès lors que des éléments du dossier
mènent à suspecter une activité terroriste ou un soutien à une organisation
interdite en Suisse, la compétence des autorités fédérales doit être admise
dès lors que celles-ci sont plus spécialisées dans ce domaine. Le Message
du 22 novembre 2017 concernant la prorogation de la loi fédérale
interdisant les groupes «Al-Qaïda» et «Etat islamique» et les organisations
apparentées a par ailleurs confirmé que la loi permet d’ouvrir une
instruction même lorsque la personne visée n’a pas de lien direct avec
l’organisation terroriste, ainsi que la volonté de pouvoir élargir et définir de
manière large ce qui tombe sous le coup de cette loi (FF 2018 87, 98 et les
références citées). Une telle approche, voulue par le législateur, tend
également à garantir une pratique constante dans la poursuite de la
répression contre le terrorisme. L’autorité fédérale est dès lors plus apte à
juger de ce qui relève de l’infraction d’«organisation criminelle» (art. 260ter
CP) ainsi que les états de fait pouvant être sanctionnés par la loi fédérale
interdisant les groupes «Al-Qaïda» et «Etat islamique» et les organisations
apparentées, que les autorités cantonales, peu ou pas confrontées à ce
phénomène. Il s’ensuit qu’en l’espèce, le MPC est plus à même que les
autorités du canton de Vaud de juger des faits commis par A., tant en juin
2017 qu’en septembre 2018.
2.8 Les arguments avancés par le MPC – à savoir que les faits reprochés au
prévenu dans la procédure vaudoise relèvent des infractions contre la vie et
l’intégrité corporelle et sont partant de compétence cantonale, que la
procédure instruite par le MPC toucherait à sa fin, et qu’aucun élément
n’aurait permis de lier particulièrement le prévenu à l’islamisme radical
violent ou à des personnes radicalisées – ne sauraient faire obstacle à ce qui
a été développé précédemment. Au contraire, le MPC n’a à ce jour pas
rendu d’ordonnance de classement, quand bien même il lui paraît évident
TPF 2019 35
35
que le cas ne relève pas des infractions de participation et/ou soutien à une
organisation criminelle et délit à la loi fédérale interdisant les groupes «Al-
Qaïda» et «Etat islamique» et les organisations apparentées. Bien plus, les
éléments produits par les autorités vaudoises viennent appuyer les soupçons
d’une potentielle radicalisation. Que celle-ci ne soit au final pas avérée et
que le MPC ne puisse, selon ses termes, lier tout particulièrement A. à
«l’islamisme radical violent» ni constater qu’il remplit les conditions des
dispositions pénales dont il est question, n’est pas de nature à inverser la
compétence matérielle des autorités fédérales. Il convient de se conformer
aux principes développés supra, selon lesquels il y a lieu de se baser sur les
soupçons et l’état actuel du dossier, et non sur ce qui pourra finalement être
imputé à l’accusé (cf. supra, consid. 2.2).
TPF 2019 35
9. Auszug aus der Verfügung der Beschwerdekammer in Sachen A. vom
15. Februar 2019 (BB.2018.133)
Erlass der Verfahrenskosten durch die Beschwerdeinstanz; Zuständigkeit des
Einzelgerichts
Art. 395 lit. b, 425 StPO
Sofern der Schwellenwert von 5’000 Franken gemäss Art. 395 lit. b StPO nicht
überschritten wird, entscheidet die Beschwerdeinstanz als Einzelgericht über
Gesuche um Erlass der Verfahrenskosten (E. 1).
Remise des frais de procédure par l’autorité de recours; compétence du juge
unique
Art. 395 let. b, 425 CPP
Dans la mesure où la limite de 5’000 francs au sens de l’art. 395 let. b CPP n’est
pas dépassée, l’autorité de recours statue sur les requêtes de remise des frais de
procédure dans une composition à juge unique (consid. 1).
Condono delle spese procedurali da parte della giurisdizione di reclamo;
competenza del giudice unico
Art. 395 lett. b, 425 CPP

## Considerations