# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 52d82b4c-a86c-53b5-837d-57475fe96cc7
**Court:** GE_TP
**Chamber:** GE_TP_001
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Substantive Criminal

## Facts

EN FAIT. - 12 -
A.
Acte d'accusation
. - 12 -
B.
Faits pertinents
. - 16 -
a)
X_
. - 16 -
b)
B_
. - 17 -
c)
CC_ LTD
.. - 29 -
d)
D_
. - 36 -
e)
E_
. - 49 -
f)
F_
. - 61 -
g)
GG_ LTD / G_
. - 70 -
h)
J_
. - 73 -
i)
I_
. - 74 -
j)
L_ GROUP
.. - 75 -
k)
K_
. - 76 -
l)
R_
. - 77 -
m)
S_ SA
.. - 77 -
n)
H_
. - 78 -
o)
Opération BETA_
. - 78 -
p)
Opération ALPHA_
. - 84 -
q)
Rétrocessions
. - 89 -
r)
Biens mobiliers et immobiliers de X_
. - 98 -
C.
Audience de jugement
- 106 -
D.
Situation personnelle
. - 110 -

## Considerations

EN DROIT. - 111 -
1.
Questions préjudicielles et incidents
. - 111 -
2.
Escroquerie
. - 117 -
3.
Aggravante du métier
. - 132 -
4.
Faux dans les titres
. - 132 -
5.
Gestion déloyale au détriment de BANQUE A_ et de B_
. - 136 -
6.
Gestion déloyale au détriment de D_ et E_
. - 143 -
7.
Gestion déloyale au détriment de F_
. - 148 -
8.
Gestion déloyale au détriment de GG_ LTD
.. - 149 -
9.
Le cas de CC_ LTD
.. - 150 -
10.
Dommage causé par les actes du prévenu
. - 155 -
11.
Fixation de la peine et mesure
. - 155 -
12.
Prétentions civiles
. - 159 -
13.
Restitutions, confiscations et créances compensatrices
. - 164 -
14.
Allocation au lésé
. - 178 -
15.
Indemnités fondées sur les art. 433 et 434 CPP
.. - 179 -
16.
Autres confiscations et restitutions
. - 185 -
17.
Frais de procédure
. - 185 -
Dispositif
. - 187 -
Annexes
. - 196 -
Voies de recours
. - 196 -
Indemnisation du défenseur d'office
. - 198 -
CONCLUSIONS FINALES DES PARTIES :
Le Ministère public conclut à un verdict de culpabilité du prévenu d'escroquerie par métier, subsidiairement d'abus de confiance aggravé, de faux dans les titres et de gestion déloyale aggravée, avec une responsabilité pleine et entière, sans circonstance atténuante.
Il sollicite le prononcé d'une peine privative de liberté de 5 ans et demande que X_ soit interdit d'exercer une profession dans le domaine bancaire ou financier pour une durée de 4 ans.
Il conclut au rejet des conclusions civiles des parties plaignantes et des tiers saisis.
S'agissant du sort des avoirs séquestrés, il conclut :
- à la confiscation des avoirs de SOCIETE 4_ SA, SOCIETE 2_ SA, SOCIETE 3_ AG auprès de la BANQUE SAISIE 6_, de la BANQUE SAISIE 7_, de la BANQUE SAISIE 8_ à Monaco, de la BANQUE SAISIE 5_, des appartements de Porto Cervo, des avoirs déposés auprès du Pouvoir judiciaire, des avoirs de SOCIETE 1_ SA auprès de BANQUE SAISIE 4_, BANQUE SAISIE 2_ et BANQUE SAISIE 3_ et des titres détenus par cette société;![endif]>![if>
- au maintien du séquestre en vue du prononcé d'une créance compensatrice des avoirs de X_ auprès de BANQUE A_, de la maison de VILLAGE 1_, des espèces saisies lors de la perquisition et des bijoux;![endif]>![if>
- il s'en rapporte à justice s'agissant du séquestre de la maison de VILLAGE 2_;![endif]>![if>
- au prononcé d'une créance compensatrice à hauteur de CHF 8'000'000.- à l'encontre de X_;![endif]>![if>
- à la restitution à B_ ou à BANQUE A_, charge à celui-ci de les recréditer sur le compte de B_, des avoirs déposés sur le compte de D_ auprès de BANQUE A_ ainsi qu'au prononcé d'une créance compensatrice à l'encontre de D_ à hauteur de CHF 20'000'000.-;![endif]>![if>
- à la confiscation de la propriété de Eze appartenant à SCI DDD_;![endif]>![if>
- à la restitution à B_, respectivement à BANQUE A_, des avoirs déposés sur le compte de E_ auprès de BANQUE A_, subsidiairement à la confiscation de ces avoirs;![endif]>![if>
- à la restitution à B_, respectivement à BANQUE A_, des avoirs de F_ auprès de BANQUE A_;![endif]>![if>
- à la restitution à B_, respectivement à BANQUE A_, des avoirs de FF_ CORP. après de BANQUE SAISIE 1_, subsidiairement à la confiscation de ces avoirs, voire au prononcé d'une créance compensatrice à l'encontre de FF_ CORP.;![endif]>![if>
- à la confiscation des avoirs de C_ sur son compte auprès de BANQUE A_, à hauteur de CHF 21'826'000.-, subsidiairement au prononcé d'une créance compensatrice à son encontre ou à l'encontre de toute société concernée dont celui-ci est l'ayant-droit économique d'un montant équivalent;![endif]>![if>
- à la restitution à B_, respectivement à BANQUE A_, des avoirs détenus par G_ auprès de BANQUE A_, subsidiairement à la confiscation de ces avoirs;![endif]>![if>
- à la restitution à B_, respectivement à BANQUE A_, subsidiairement à la confiscation, des avoirs détenus par H_ auprès de BANQUE A_;![endif]>![if>
- à la restitution à B_, respectivement à BANQUE A_, subsidiairement à la confiscation, des avoirs détenus par I_ auprès de BANQUE A_.![endif]>![if>
Subsidiairement, le Ministère public conclut au prononcé de créances compensatrices à l'encontre de toutes les parties plaignantes et des tiers saisis, qui ont bénéficié de transferts de fonds.
S'agissant des prétentions en indemnités des parties fondées sur les art. 433 et 434 CPP, le Ministère public demande que les heures d'activité d'avocats réclamées soient revues à la baisse et propose que les heures d'activité d'avocats retenues par le Tribunal ne dépassent pas celles demandées par la défense, avec la précision que la requête en indemnisation de Me Giorgio CAMPA doit être déclarée irrecevable, faute de motivation.
S'agissant des prétentions civiles de BANQUE A_, il s'en rapporte à justice. Il ne s'oppose pas à l'allocation à BANQUE A_ des biens confisqués et des créances compensatrices, dans la mesure où BANQUE A_ s'est engagé à rembourser à B_ et à C_ les montants qui lui seraient attribués, sous réserve d'un montant équivalant aux frais de la procédure, tels qu'arrêtés par le Ministère public.
Enfin, le prévenu doit être condamné aux frais de la procédure et maintenu en détention de sûreté.
BANQUE A_
, partie plaignante, conclut à la culpabilité du prévenu d'escroquerie par métier et de faux dans les titres, subsidiairement d'abus de confiance aggravé, et de gestion déloyale aggravée s'agissant des faits mentionnés sous chiffre B.III.1 de l'acte d'accusation. Il propose que le prévenu soit acquitté :
- des faits mentionnés sous chiffre B.III.2 de l'acte d'accusation (CC_ LTD), subsidiairement le classement de ces faits pour cause de prescription;![endif]>![if>
- des faits mentionnés sous chiffre B.III.3 (D_/E_);![endif]>![if>
- des faits mentionnés sous chiffre B.III.4 (F_/GG_ LTD);![endif]>![if>
- des faits mentionnés sous chiffre B.I.1.3 (ALPHA_) et B.I.4 (ALPHA_).![endif]>![if>
BANQUE A_ persiste dans les conclusions civiles déposées le 18 janvier 2018 et modifiées le 19 janvier 2018, complétées à deux reprises lors de l'audience de jugement (PV 23.01.18, p. 6 et PV 25.01.18, p. 5-6).
BANQUE A_ conclut au rejet des conclusions civiles prises par les autres parties.
Enfin, BANQUE A_ demande la condamnation du prévenu à payer la somme de CHF 446'000.-, plus TVA à 8% ou 7.7%, à titre d'indemnité de procédure conformément à l'art. 433 CPP.
B_, BB_ SA, BBB_ LTD, BBBB_ LTD
, parties plaignantes, concluent à un verdict de culpabilité du prévenu de tous les chefs d'infractions retenus à son encontre. Dans le cadre de la présente procédure, ils ne prennent pas de conclusions civiles ni ne font valoir de prétentions en indemnisation, sur la base de l'art. 433 CPP.
CC_ LTD, C_, CCC_ LTD, CCCC_ LTD
, partie plaignante et tiers saisis, concluent à la culpabilité du prévenu d'escroquerie par métier et de faux dans les titres. Ils persistent dans les conclusions écrites déposées le 19 janvier 2018. Ils demandent également la condamnation du prévenu à payer la somme de CHF 503'750.- à titre d'indemnité de procédure, conformément aux art. 433 et 434 CPP.
D_, DD_ INC., E_, EE_ INC., SCI DDD_
, parties plaignantes et tiers saisis, concluent à la culpabilité du prévenu de tous les chefs d'infractions retenus et commis à leur encontre, notamment en lien avec les faits retenus sous chiffre B.III.3 avec la précision que le dommage retenu correspond au montant chiffré et établi figurant dans les conclusions civiles déposées. Ils persistent dans leurs conclusions civiles écrites déposées le 15 janvier 2018 et modifiées le 19 janvier 2018, avec la précision qu'ils demandent qu'il leur soit donné acte de la réserve de leurs conclusions concernant les dommages et intérêts réclamés à X_ en lien avec les opérations MEINL (ch. 9, 10 et 11 des conclusions écrites du 15 janvier 2018) et qu'il soit donné acte à E_ de la réserve de sa conclusion concernant les dommages et intérêts réclamés à X_ en lien avec le transfert des titres ACCSYS (ch. 17 des conclusions écrites du 15 janvier 2018 et pièce 13). Ils demandent la condamnation du prévenu à leur payer la somme de CHF 470'000.- à titre d'indemnité de procédure, conformément à l'art. 433 CPP.
F_
, partie plaignante, conclut à un verdict de culpabilité du prévenu s'agissant des faits commis à son encontre, en particulier s'agissant des faits mentionnés sous chiffres B.III.4 et B.I.4. Elle renonce à prendre des conclusions civiles par la voie de l'adhésion à la procédure pénale et se réserve le droit de les faire valoir contre le prévenu par la voie civile, référence étant faite au courrier du 18 janvier 2018. Elle s'oppose à la restitution des avoirs sur le compte Dream, à toute confiscation et au prononcé de toute créance compensatrice à son encontre. Elle conclut à l'irrecevabilité des conclusions de BANQUE A_ en tant qu'elles sont dirigées à son encontre, subsidiairement au rejet de celles-ci. Elle conclut à la condamnation du prévenu à lui payer les sommes de CHF 430'555.-, avec intérêts à 5 % l'an dès le 9 février 2018, et de CHF 25'625.-, avec intérêts à 5 % l'an dès le 19 janvier 2018, à titre de dépenses obligatoires occasionnées par la procédure, en application de l'art. 433 CPP (honoraires d'avocat et avis de droit), et à ce qu'une juste indemnité, au sens de l'art. 434 CPP, lui soit allouée.
GG_ LTD et G_
, parties plaignantes, concluent à un verdict de culpabilité du prévenu de gestion déloyale commise à leur encontre. Ils s'opposent à la confiscation des avoirs de GG_ LTD sur le compte 0251-_08-4 auprès de BANQUE A_ et au prononcé d'une créance compensatrice à l'encontre de G_ et de GG_ LTD. Ils renoncent à prendre des conclusions civiles par la voie de l'adhésion à la procédure pénale et se réservent le droit de les faire valoir contre le prévenu par la voie civile. Ils concluent au déboutement des conclusions civiles prises par BANQUE A_. Ils demandent qu'il leur soit alloué la somme de CHF 184'000.- à titre de dépenses obligatoires occasionnées par la procédure, en application de l'art. 433 CPP, subsidiairement 434 CPP, subsidiairement à ce que la moitié de cette somme soit allouée à G_ et l'autre moitié à GG_ LTD.
EPOUSE X_
, tiers saisi, conclut à la levée des séquestres prononcés sur ses valeurs patrimoniales et à ce qu'il soit renoncé au prononcé de toute créance compensatrice à son encontre pour le surplus. Subsidiairement, elle conclut à la levée des séquestres prononcés sur ses valeurs patrimoniales à hauteur de CHF 927'500.- afin de couvrir ses besoins indispensables durant les quinze années qui la séparent de la retraite, à la levée des séquestres prononcés sur les valeurs patrimoniales appartenant à X_ ou lui appartenant en commun avec celui-ci à hauteur de CHF 668'933.65 afin de permettre le paiement des impôts dus à l'Office des impôts du district de Nyon et à ce qu'il soit renoncé au prononcé de toute créance compensatrice à son encontre pour le surplus. Plus subsidiairement encore, elle conclut à ce qu'il soit renoncé au prononcé de toute créance compensatrice à son encontre au-delà de la valeur des valeurs patrimoniales séquestrées lui appartenant.
FF_ CORP.
,
tiers saisi, conclut au rejet de toute réquisition pénale de restitution, confiscation ou au prononcé d'une créance compensatrice à son encontre. Elle demande la levée du séquestre prononcé sur son compte bancaire auprès de BANQUE SAISIE 1_. Elle conclut au déboutement de toutes éventuelles conclusions civiles prises par BANQUE A_ à son encontre, avec suite de dépens. Elle conclut également à la condamnation du prévenu à lui payer les sommes de CHF 37'405.-, CHF 13'034.- et CHF 38'010.- ainsi que de CHF 25'625.- à titre de dépenses obligatoires occasionnées par la procédure, en application de l'art. 434 CPP (honoraires d'avocat et avis de droit).
I_ et H_
, tiers saisis, concluent :
- à la levée des séquestres sur leurs comptes;![endif]>![if>
- à la condamnation du prévenu à leur rembourser les honoraires de leur avocat, soit CHF 31'500.- pour H_ et CHF 16'800.- pour I_;![endif]>![if>
- à la condamnation du prévenu à payer CHF 323'972.- à H_, ainsi que CHF 2'445'292.- et USD 1'040'330.- à I_;![endif]>![if>
- au déboutement de BANQUE A_ et du Ministère public de toutes autres ou contraires conclusions.![endif]>![if>
SOCIETE 1_ SA, tiers saisi, s'en remet à justice.
X_
, prévenu, reconnaît sa culpabilité d'escroquerie par métier, à l'exception des faits suivants :
- les transactions fondées sur les instructions figurant sous PP 600'538, 600'570, 600'571, 600'572, 600'574, 600'577 ou pour lesquelles il n'y a pas d'instructions de transfert;![endif]>![if>
- les transferts de USD 775'000 et de CHF 1'012'031.- effectués depuis le compte de EE_ INC.;![endif]>![if>
- les transferts BETA_ en ce qui concerne E_ et D_ (B.I.3 de l'acte d'accusation);![endif]>![if>
- les transferts des titres ALPHA_ de B_, E_, D_ et de F_ en faveur de SOCIETE 11_ CORP. (B.I.1.3 et B.I.4 de l'acte d'accusation).![endif]>![if>
Il s'en remet à justice s'agissant du prêt SOCIETE 13_ LLC de EUR 6'000'000.- (PP 600'601).
Le prévenu reconnaît sa culpabilité de faux dans les titres, à l'exception des faits suivants :
- B.II.1 (faux contrats de prêt);![endif]>![if>
- B.II.2.1 ("ordre de transfert" de USD 14'300'000.-).![endif]>![if>
Il reconnait sa culpabilité de gestion déloyale s'agissant des faits commis à l'encontre de B_ (fonds GAMMA_; B.III.1).
Il conclut à son acquittement de gestion déloyale commise à l'encontre de :
- BANQUE A_ (B.III.1) et de B_ (autres fonds; B.III.1), à l'exception des produits CENTRIS pour lesquels il s'en remet à justice;![endif]>![if>
- C_ (B.III.2) s'agissant de la violation du devoir d'information et soulève la prescription des faits pour le surplus, soutenant son absence d'enrichissement illégitime;![endif]>![if>
- D_ et E_ (B.III.3);![endif]>![if>
- F_ et GG_ LTD (B.III.4).![endif]>![if>
S'agissant du sort des avoirs séquestrés, le prévenu ne s'oppose pas au séquestre de toutes les valeurs patrimoniales, qui sont le produit d'une infraction. S'agissant des valeurs patrimoniales, qui ne sont pas le produit d'une infraction, il demande la levée du séquestre sur le compte LPP auprès de BANQUE A_ (créance pas exigible ni exécutable) et s'en remet à justice s'agissant du sort des biens personnels figurant sous chiffres 12 à 63 de l'inventaire. Il conclut au prononcé d'une créance compensatrice à son encontre à hauteur des valeurs patrimoniales séquestrées, qui ne sont pas le produit d'une infraction. En tout état, il s'oppose au prononcé d'une créance compensatrice qui engendrerait, indirectement, le séquestre de la maison d'VILLAGE 2_.
S'agissant des conclusions civiles formulées par les parties, le prévenu conclut au rejet des conclusions civiles de D_ et E_ et demande que BANQUE A_ soit renvoyé à agir au civil s'agissant de ses prétentions civiles.
Le prévenu demande qu'il soit constaté :
- une violation du principe de célérité, eu égard au fait que la dernière audience d'instruction a eu lieu le 9 février 2017;![endif]>![if>
- une violation de la présomption d'innocence commise par voie de presse;![endif]>![if>
- une violation du principe d'égalité des armes, notamment eu égard au dépôt tardif des pièces déposées aux débats par Me Giorgio CAMPA et Me Marc HASSBERGER.![endif]>![if>
Enfin, le prévenu sollicite le prononcé d'une peine privative de liberté inférieure à celle requise par le Ministère public, laquelle doit tenir compte de la violation des principes fondamentaux invoqués, de sa bonne collaboration à la procédure et de sa bonne prise de conscience ainsi que des acquittements qui seront prononcés.
* * *
EN FAIT
A.
Acte d'accusation
a)
Par acte d'accusation du 26 juin 2017, il est reproché à X_ d'avoir, entre les 1
er
octobre 2007 et 30 mai 2011, à Genève, alors qu'il était employé de BANQUE A_ et en charge de la gestion des avoirs de B_, BBB_ LTD, BB_ SA, C_, CC_ LTD, D_, E_, EE_ INC., DD_ INC., F_, G_ et GG_ LTD, détourné les sommes suivantes, à son profit ou au profit de clients de la manière suivante :
- entre les 27 août 2007 et 30 mai 2011, il a transféré les sommes de USD 74'499'928.-, EUR 4'151'046.- et GBP 193'560.- par le biais de 92 transferts, indument débitées des comptes de B_, BBB_ LTD et BB_ SA, à leur insu, en faveur d'autres clients, ![endif]>![if>
(ch. B.I.1.1 de l'AA: "Mode opératoire 1") ;
- entre les 27 août 2007 et 30 mai 2011, il a acquis pour le compte de B_ et de BBB_ LTD, à leur insu, des titres détenus par d'autres clients, à un prix largement supérieur au prix du marché, occasionnant un préjudice de USD 14'810'672.-, EUR 20'228'216.- et CHF 9'167'894.- au détriment des précités et a également, le 27 mai 2011, vendu à D_ et E_ des titres MONTANA TECH, TETHYS PETROLEUM LTD., INTERNATIONAL MINERALS CORP. et RAPTOR PHARMACEUTICAL CORP. appartenant à B_ à un prix inférieur au prix du marché occasionnant un préjudice de CAD 66'632.- au détriment de B_, étant précisé que X_ a également effectué, de manière indue, des opérations de vente de titres, pour le compte de B_, à un prix largement supérieur au marché, lesquelles ont rapporté au précité CHF 1'699'995.- et USD 236'000.-,![endif]>![if>
(ch. B.I.1.2 de l'AA : "Mode opératoire 2") ;
- du 31 juillet 2009 au 27 mai 2011, il a transféré, sans contrepartie, 500'000 titres TETHYS PETROLEUM LTD, 300'000 titres INTERNATIONAL MINERALS CORP., 12'750'000 titres ALPHA_ appartenant à B_ au bénéfice de D_ et de SOCIETE 11_ CORP. BUSINESS CORP, occasionnant un préjudice de USD 645'000.-, CAD 2'082'000.- et AUD 1'020'000.- à B_,![endif]>![if>
(ch. B.I.1.3 de l'AA : "Mode opératoire 3") ;
- entre les 31 mars 2008 et 9 avril 2014, il a transféré indument, depuis les comptes de clients dont il était en charge de la gestion auprès de BANQUE A_, les sommes de USD 10'552'711.-, EUR 6'674'848.-, AUD 922'170.- et CHF 1'012'031.- en faveur de relations ouvertes hors BANQUE A_, notamment dans le but de combler des pertes subies par d'autres clients dont X_ était en charge ou en faveur de relations ouvertes au nom de sociétés dont il est lui-même, ou son épouse, l'ayant-droit économique, afin de se procurer un enrichissement illégitime,![endif]>![if>
(ch. B.I.2 de l'AA) ;
- entre les 3 mars 2010 et 9 mai 2011, il a transféré, sans contrepartie et à l'insu des clients concernés, 494'750 titres ACCSYS TECHNOLOGIES PLC, 115 titres RAB SPEC. SITUATIONS FD USD, 109 titres HUDS RI RU FD SERIES 04/06 appartenant à E_, 393 titres MILLENIUM HIGH YIELD FUND LTD, 115 titres RAB SPEC. SITUATIONS FD USD, appartenant à D_ et 400'000 titres NORTHWEST BIOTHERAPEUTICS, 250'000 titres RAPTOR PHARMACEUTICALS, 2'950'000 titres ACCSYS TECHNOLOGIES PLC, 200'000 titres PRO PHARMACEUTICALS appartenant à B_, sur des comptes ouverts au nom de BETA_, dans le but de détourner ces titres en sa faveur et afin de se procurer un enrichissement illégitime, occasionnant un préjudice de USD 2'223'381.- et EUR 674'848.- à E_, D_ et B_,![endif]>![if>
(ch. B.I.3 de l'AA) ;
- entre août et octobre 2009, il a transféré, sans contrepartie et à l'insu des clients concernés, 18'443'404 titres ALPHA_ appartenant à E_, D_ et F_ sur le compte appartenant à SOCIETE 11_ CORP., occasionnant un préjudice de AUD 922'170.- à E_, D_ et F_, ![endif]>![if>
(ch. B.I.4 de l'AA) ;
et d'avoir, afin de dissimuler ces agissements, falsifié des instructions de transferts et des contrats de prêts (cf.
infra
), menti aux clients par écrit ou oralement, en affirmant que les crédits sur leurs comptes étaient justifiés par des investissements effectués, établi et adressé des relevés de fortune erronés qui ne mentionnaient pas les pertes subies en 2008 et les opérations précitées, déjoué le système de contrôle et de surveillance de BANQUE A_, notamment en faisant usage de comptes cachés pour faire transiter certains montants détournés, ce jusqu'en septembre 2015, date à laquelle ladite banque a identifié les détournements, agissant de la sorte de façon intentionnelle, dans le dessein de dissimuler aux clients concernés, à l'exception de B_, les pertes qu'ils avaient subies suite à la crise financière de 2008 et leur procurer un enrichissement illégitime, de conserver ses clients, maintenant ainsi, puis augmentant, sa rémunération perçue de BANQUE A_, dont une part dépendait des résultats obtenus dans la gestion des portefeuilles des clients, et de se procurer un enrichissement personnel illégitime très important,
faits qualifiés d'escroquerie par métier (art. 146 ch. 1 et 2 CP), subsidiairement d'abus de confiance aggravé (art. 138 ch. 1 et 2 CP).
b)
Il est, également, reproché à X_, dans le cadre de son activité de gestionnaire, d'avoir :
- entre les 12 mai 2008 et 27 mars 2014, créé de toutes pièces, à l'insu des ayants-droit économiques des sociétés y mentionnées, cinq contrats de prêt, lesquels ne correspondaient à aucune réalité économique, contrats utilisés pour justifier des transferts effectués du compte de BB_ SA auprès de BANQUE A_ en faveur des entités concernées,![endif]>![if>
(ch. B.II.1 de l'AA) ;
- entre les 13 mai 2008 et 24 mai 2011, créé quatorze fausses instructions de transfert, par le biais d'un collage de la signature de B_, lesquelles indiquaient faussement que lesdites instructions étaient données et/ou confirmées par le précité puis fait exécuter les instructions de transfert ainsi falsifiées afin de détourner les fonds en sa faveur ou en faveur d'autres clients,![endif]>![if>
(ch. B.II.2.1 de l'AA) ;
- entre les 28 mars 2008 et 21 octobre 2008, créé deux ordres de transfert et trois avis de retrait, en imitant la signature de C_ et/ou en ajoutant la signature du précité par le biais d'un collage, lesquels indiquaient faussement que lesdites instructions étaient données par le précité puis fait exécuter les instructions de transfert ainsi falsifiées afin de détourner les fonds en sa faveur,![endif]>![if>
(ch. B.II.2.2 de l'AA) ;
dans le but de dissimuler ses propres agissements à ses clients et à son employeur et de continuer à pouvoir obtenir des avantages pécuniaires indus, sous forme de transferts indus sur les comptes de ses clients et/ou sur ses comptes personnels, d'opérations d'acquisition et/ou de vente de titres à prix fictif et/ou de transfert de titres sans contrepartie en sa faveur ou en faveur d'autres clients, depuis les comptes détenus par ses clients auprès de BANQUE A_, dans les circonstances décrites
supra
sous consid. A.a,
faits constitutifs de faux dans les titres, au sens de l'art. 251 ch. 1 CP.
c)
Il est, enfin, reproché à X_, d'avoir violé ses devoirs de fidélité et de gestion, envers BANQUE A_, B_ et ses sociétés, CC_ LTD, D_, E_, F_ et GG_ LTD de la façon suivante :
c.a)
Dans le cadre de "son mandat de gestionnaire" avec B_ et ses sociétés, il est reproché à X_ d'avoir :
- de mars 2010 à novembre 2015, investi les fonds de B_ et de ses sociétés, à l'insu des précités, investissements qui leur avaient occasionné des pertes importantes, dans les fonds d'investissement FONDS GAMMA 1_, FONDS GAMMA 2_ et FONDS GAMMA 3_, dans des fonds obligataires et des produits structurés gérés par CENTRIS CAPITAL AG, dans le fonds EXTEN géré par DYNAMIC CORE CAPITAL, dans le fonds MARKETVIEW géré par MARKETVIEW MANAGEMENT, dans le fonds SWISS ASIA géré par SWISS ASIA FINANCIAL et dans des actions PEARLGOLD AG dans le but de se procurer un enrichissement illégitime par le biais de commissions perçues sur les comptes de SOCIETE 1_ SA, SOCIETE 5_ LTD et SOCIETE 2_ SA, à l'insu de son employeur, commissions qui se sont élevées à USD 21'065'128.-, CHF 8'975'299.- et EUR 1'276'151.-,![endif]>![if>
- de janvier 2014 jusqu'en été 2015, adressé à B_ et ses sociétés de faux relevés de fortune sous format Excel, dissimulant ainsi les pertes massives dues notamment à la chute du prix de l'action RAPTOR, titre dans lequel X_ avait investi massivement pour le compte de B_ sans son autorisation quant à l'ampleur de l'investissement entre 2013 et 2015, ![endif]>![if>
obtenant, notamment, de la sorte une rémunération illégitime pour des placements non autorisés et causant de ce fait un dommage à BANQUE A_ ainsi qu'à B_ et ses sociétés, dommage équivalent aux commissions indûment perçues et aux pertes occasionnées,
ainsi que violé son devoir de gestion et de fidélité vis-à-vis de son employeur BANQUE A_ en percevant, à son insu, à titre de rémunération, directement de B_, par le biais de BBBBB_ LTD, les montants de : USD 250'000.- en 2008, USD 250'000.- en 2009, USD 200'000.- le 29 avril 2010, USD 200'000.- le 5 mai 2010, USD 300'000.- le 11 mai 2011 et USD 300'000.- le 29 mai 2012, soit un total de USD 1'500'000.-,
(ch. B.III.1 de l'AA)
faits constitutifs de gestion déloyale aggravée, au sens de l'art. 158 ch. 1 al. 3 CP.
c.b)
Dans le cadre de la gestion des comptes de CC_ LTD, il est reproché à X_ d'avoir, dans le but de conserver sa clientèle et ainsi ses revenus, durant 2007 et 2008, violé son devoir de fidélité et d'information, en procédant à des investissements dans des titres MEINL non autorisés par le client, en réactivant des sous-comptes cachés alimentés par une avance à terme puis en procédant à du trading intensif sur le titre MEINL, lequel a engendré d'importantes pertes de l'ordre de plusieurs millions, pertes que X_ a ensuite couvertes par la vente, en octobre 2007 et octobre 2008, des titres MEINL, ATRIUM (anciennement MEINL) et LYXOR à B_ à un prix supérieur au marché,
(ch. B.III.2 de l'AA)
faits constitutifs de gestion déloyale aggravée, au sens de l'art. 158 ch. 1 al. 3 CP.
c.c)
Dans le cadre de la gestion des comptes de D_, DD_ INC., E_ et EE_ INC., il est reproché à X_ d'avoir, dans le but de conserver sa clientèle et ainsi ses revenus, violé son devoir de fidélité et d'information, en dissimulant aux clients les pertes subies en 2008 et 2009 dues à la crise financière et à la chute des titres MEINL et ce jusqu'en septembre 2015, pertes que X_ avait comblées en partie par le biais de transferts indus et d'opérations indues provenant des comptes de B_, de BBB_ LTD et de BB_ SA, tout en mentant aux clients sur la raison et l'origine des fonds ainsi transférés puis d'avoir, dès fin 2011, ouvert des sous-comptes cachés à l'insu des clients afin d'y transférer une partie des pertes liées au titre MEINL et de procéder à des opérations de trading non-autorisées, ce jusqu'en septembre 2015, notamment sur les titres RAPTOR, INTERNATIONAL MINERALS, PEARLGOLD, KAZAKHMYS, EURASIA NATURAL, TETHYS, COPERNIC, ACCYS, au moyen d'une avance à terme de l'ordre de USD 80'000'000.- conclue à l'insu des clients, causant ainsi un préjudice de l'ordre de USD 25'000'000.- à D_, DD_ INC., E_ et EE_ INC.,
(ch. B.III.3 de l'AA)
faits constitutifs de gestion déloyale aggravée, au sens de l'art. 158 ch. 1 al. 3 CP.
c.d)
Dans le cadre de la gestion des comptes
Dream
de F_ et de GG_ LTD, dont l'ayant-droit économique est G_, il est reproché à X_ d'avoir, dans le but de conserver sa clientèle et ainsi ses revenus, violé son devoir de fidélité et d'information, en dissimulant à F_ et à GG_ LTD, respectivement à G_, les pertes subies en 2008 et 2009 dues à la crise financière et également à la chute des titres MEINL, ce jusqu'en septembre 2015, pertes que X_ avait comblées en partie par le biais de transferts indus, en 2009, provenant des comptes de B_ et de BBB_ LTD, tout en mentant aux clients sur la raison et l'origine des fonds ainsi transférés,
(ch. B.III.4 de l'AA)
faits constitutifs de gestion déloyale aggravée, au sens de l'art. 158 ch. 1 al. 3 CP.
B. Faits pertinents
Il ressort de la procédure les faits pertinents suivants :
a) X_
a.a)
X_ a été engagé, le 1
er
décembre 2004, par BANQUE A_ en qualité de
relationship manager
pour le desk "Russie/Ukraine/Asie Centrale" situé à Genève. Il était en charge de la gestion non-discrétionnaire de mandats confiés à la banque.
La part fixe de son salaire a augmenté de CHF 160'000.- en 2006 à CHF 320'000.- en 2015. Quant à la part variable (bonus), elle a augmenté de CHF 300'000.- en 2006 à CHF 1'802'000.- en 2013 et était de CHF 1'485'330.- en 2014 (PP 19/601'379ss).
En août 2006, X_ a repris la gestion des clients B_ et C_, déjà clients de BANQUE A_.
X_ a été licencié en septembre 2015 en raison des faits visés par la présente procédure.
a.b)
BANQUE A_ a déposé plainte contre X_ le 23 décembre 2015, se constituant partie plaignante au pénal et au civil (PP 100'316ss).
a.c)
X_ est ayant-droit économique de plusieurs sociétés, dont :
- SOCIETE 10_ SA (ci-après : SOCIETE 10_ SA), une société panaméenne détenant un compte bancaire auprès de BANQUE SAISIE 11_, à Singapour, ![endif]>![if>
- SOCIETE 1_ SA (ci-après : SOCIETE 1_ SA), société suisse qui avait son siège à Obwald, détenant des comptes dans plusieurs banques en Suisse,![endif]>![if>
- SOCIETE 7_ JLT (ci-après : SOCIETE 7_ JLT), société sise à Dubaï, titulaire d'un compte bancaire auprès de BANQUE SAISIE 9_, ![endif]>![if>
- SOCIETE 4_ SA (ci-après : SOCIETE 4_ SA) société panaméenne titulaire d'un compte bancaire auprès de BANQUE SAISIE 6_,![endif]>![if>
- SOCIETE 5_ LTD (ci-après : SOCIETE 5_ LTD), société sise à Dubaï, titulaire d'un compte bancaire auprès de BANQUE SAISIE 10_,![endif]>![if>
- SOCIETE 3_ AG (ci-après : SOCIETE 3_ AG), société suisse ayant son siège à Zug, titulaire d'un compte bancaire auprès de BANQUE SAISIE 5_ à Vaduz,![endif]>![if>
- SOCIETE 2_ SA (ci-après : SOCIETE 2_ SA), société panaméenne, titulaire d'un compte bancaire auprès de la BANQUE SAISIE 5_ à Zurich et à Vaduz. ![endif]>![if>
b) B_
b.a)
B_ et BB_ SA ont déposé plainte contre X_ le 21 décembre 2015, se constituant parties plaignantes au pénal et au civil (PP 100'000ss). Le 23 décembre 2016, les entités BBBB_ et BBB_ LTD ont également déposé plainte contre X_ (PP 102'237ss).
B_ est un milliardaire Géorgien, marié et père de quatre enfants. Il bénéficie de la nationalité française. Il a été premier ministre de Géorgie de 2012 à 2013. Il est titulaire d'un doctorat en économie et a été actionnaire, avec C_, d'une banque en Russie. Il est propriétaire de la banque _, à Tbilissi, et en était le directeur général de 2006 à 2011, avant de prendre ses fonctions de premier ministre.
B_ est titulaire ou ayant-droit économique de 22 relations bancaires auprès de BANQUE A_, dont les comptes (cf. structure des comptes, PP 100'058) :
- no 0251-_76-0 au nom de B_,![endif]>![if>
- no 0251-_23-1 au nom de BB_ SA,![endif]>![if>
- no 0251-_91-7 au nom de BBB_ LTD,![endif]>![if>
- no 0251-_05-7 au nom de BBBB_. ![endif]>![if>
La valeur totale des montants déposés auprès de BANQUE A_ par B_ a atteint la valeur d'environ CHF 1'000'000'000.-.
BB_ (ci-après : BB_ SA) est une société de domiciliation incorporée aux Iles Vierges Britanniques (certificat d'incorporation, PP 22/606'065), dont l'ayant-droit économique final est B_ (PP 18/600'892). _ est administrateur avec signature individuelle de la société (PP 22/606'063). BB_ SA est détenue par un trust, dont le trustee est _ (BVI) LTD. Le bénéficiaire du trust est B_ (PP 22/606'067). La société fiduciaire _ SA, à Genève, gère les aspects administratifs de BB_ SA.
Le 19 mai 2006, BB_ SA a ouvert une relation bancaire auprès de BANQUE A_ (documents d'ouverture de compte: PP 1/100'018). B_ disposait de la signature individuelle sur le compte ouvert auprès de BANQUE A_ (PP 22/606'067). Le 24 mars 2009, B_ a autorisé BANQUE A_ à exécuter des ordres de paiement transmis par télécopie pour autant que (i) l'instruction mentionne la date et l'heure ("
include the time and date
"), (ii) qu'elle comporte la signature d'une personne autorisée sur le compte qui ne diffère pas du spécimen de signature déposé à la banque et (iii) que l'instruction soit confirmée par téléphone par la personne autorisée à signer sur le compte.
BBB_ (ci-après : BBB_ LTD) est une société de domiciliation incorporée aux Iles Vierges Britanniques, dont l'ayant-droit économique final est B_ (PP 18/600'876). Elle est détenue par un trust singapourien, _ TRUST (cf.
Declaration of Trust
du 7 mars 2005). Le trustee du trust est BANQUE A_ TRUST LTD, Singapour, et les bénéficiaires sont B_, son épouse et ses enfants.
Le 10 mars 2005, BBB_ LTD a ouvert un compte bancaire auprès de BANQUE A_. A l'ouverture du compte, U_ LTD était signataire autorisé sur le compte. Des mandats de gestion discrétionnaire ont été conclus sur certains sous-comptes de la relation bancaire (
equity mandate, private equity mandate
et
hedge fund mandate
), lesquels n'étaient pas gérés par X_. B_ disposait d'un pouvoir de signature limité sur le compte l'autorisant à donner des instructions d'investissement, y compris des instructions d'achat et vente de titres, mais non de transfert d'avoirs. BBB_ LTD avait conclu avec la banque une clause de banque restante.
BBBB_ LTD est une société de domiciliation incorporée aux Bahamas. Elle est détenue par un trust néo-zélandais, _ TRUST, dont le trustee est BANQUE A_ TRUST LTD.
Le 24 mars 2009, B_ a ouvert, en son nom personnel, un compte bancaire auprès de BANQUE A_.
Entre 2009 et 2011, B_ était le principal interlocuteur de X_ (PV X_, PP 13/500'126). CONSEILLER B 1_, premier ministre de Géorgie de 2013 à 2015, servait parfois d'intermédiaire entre le client et la banque.
De novembre 2011 à novembre 2013, B_ et CONSEILLER B 1_ ont été très occupés par leurs activités politiques, de sorte que tous deux ne suivaient plus la gestion des comptes. CONSEILLER B 3_ (
head of securities
– responsables titres - de la banque _ – propriété de B_ – de 2005 à 2012) a été, durant un court laps de temps, la personne de contact de X_, avant de rejoindre le camp politique adverse de B_.
Depuis 2012, CONSEILLER B 2_, spécialiste en
Private equity
et CFO du _ FUND – dans lequel B_ est le principal investisseur – était la personne de contact de B_.
b.b)
Entre 2013 et 2015, X_ était le
relationship manager
qui rapportait le plus de revenus à l'unité des
UHNWI
(clients ultras-fortunés) de BANQUE A_ (audition SUPERIEUR 2_, PP 13/500'046). Au vu de la grande activité de trading de X_, les investissements ne faisaient pas l'objet d'une instruction ou d'un accord formel du client. Notamment sous la pression de l'unité des risques de la banque basée à Zurich (
Business Risk Management
), SUPERIEUR 2_ (PP 13/500'048) a demandé qu'un contrôle permettant de s'assurer de l'accord des clients quant aux investissements qui étaient effectués par X_ soit mis en place. Il avait été décidé que, chaque jour, un courriel serait envoyé au client récapitulant les investissements effectués dans la journée en sus des avis de transactions de la banque (PP 13/500'048).
Le 21 avril 2015, une rencontre a eu lieu à Tbilissi en présence de X_, B_ et son épouse, CONSEILLER B 2_, SUPERIEUR 1_ et T_.
Le 29 juin 2015, une nouvelle rencontre a eu lieu à Tbilissi en présence de X_, B_, CONSEILLER B 2_ (PP 13/500'136), SUPERIEUR 4_, SUPERIEUR 2_ et T_.
b.c)
Entre septembre et octobre 2015, BANQUE A_ a adressé huit appels de marge totalisant USD 93'350'000.- à B_ ou à ses sociétés liés à la baisse du titre RAPTOR PHARMACEUTICALS CORP. (ci-après : RAPTOR) (PP 13/500'053).
L'état des avoirs, tel que rapporté au client en 2015, par le biais de tableaux Excel qu'établissait X_ (cf. tableau Excel état des avoirs au 31.12.2014 et au 31.07.2015, PP 1/100'047), ne correspondait pas (différence de plusieurs dizaines de millions de USD) à l'état des avoirs figurant sur les relevés de banque de BANQUE A_ (cf.
investment report as of 31.12.2014
, PP 100'072;
investment report as of
25.09.2015, PP 1/100'135; ou encore PP 1/100'047, PP 1/100'060, PP 7/102'258).
b.d)
Transferts de titres à un prix surévalué (mode opératoire 2)
Entre le 27 août 2007 et le 2 octobre 2009, X_ a procédé à des transferts de titres entre les comptes de certains de ses clients et ceux de B_ à un prix supérieur au marché.
i)
Investissements MEINL
• MEINL INTERNATIONAL POWER LTD (ou MIP)
Les 27 août 2007, 12 octobre 2007 et 14 mars 2008, X_ a transféré au total 2'635'000 actions MIP de certains de ses clients à BBB_ LTD à un prix supérieur au marché, soit à un prix de EUR 10.- l'unité, prix de l'action au 30 juillet 2007 et qui n'a plus jamais été atteint, faisant ainsi supporter la baisse du cours du titre à BBB_ LTD, soit:
- 300'000 actions de R_,![endif]>![if>
- 1'500'000 actions de CC_ LTD,![endif]>![if>
- 50'000 actions de I_,![endif]>![if>
- 50'000 actions de G_,![endif]>![if>
- 200'000 actions de F_,![endif]>![if>
- 320'000 actions de D_,![endif]>![if>
- 215'000 actions de E_.![endif]>![if>
Dans le même temps, soit entre les 26 septembre et 22 novembre 2007 (PP 22/606'126), BBB_ LTD a vendu, au prix du marché, 660'260 actions pour une somme totale de EUR 4'146'580.- en 18 transactions.
En octobre 2008, X_ a organisé (cf. email X_, PP 601'949) la vente de BBB_ LTD à ACHETEUR_, une société fiduciaire sise à Zug, de 3'869'839 actions MIP. Dans le cadre de l'exécution de cette transaction, SOCIETE 10_ SA a demandé à ACHETEUR_ de lui verser sur son compte auprès de BANQUE SAISIE 11_, à Singapour, EUR 147'344.- à titre de participation au profit de l'opération ("
our share in the profit
", PP 15/501'141).
• MEINL AIRPORT INTERNATIONAL LTD et MEINL EUROPEAN LAND LTD
Le 14 mars 2008 également, X_ a transféré les actions MEINL AIRPORT INTERNATIONAL LTD et MEINL EUROPEAN LAND LTD de F_ et de G_ à BBB_ LTD à un prix supérieur au marché.
Les 27 novembre 2008 et 9 juillet 2009, X_ a transféré les actions de ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD (note: selon le rapport annuel 2008 de ATRIUM, p. 4: "
The Company changed its name from MEINL EUROPEAN LAND LIMITED to ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LIMITED on 1 August 2008
") de certains de ses clients à BBB_ LTD à un prix supérieur au marché, soit :
- 582'000 actions de F_,![endif]>![if>
- 10'000 actions de J_,![endif]>![if>
- 25'000 actions de I_,![endif]>![if>
- 1'749'744 actions de CC_ LTD,![endif]>![if>
- 590'630 actions de CC_ LTD,![endif]>![if>
- 40'000 actions de L_ GROUP SA,![endif]>![if>
soit un total de 2'997'374 actions.
ii)
ALPHA_ (ci-après ALPHA_)
Le 14 mars 2008, X_ a également transféré les actions ALPHA_ de certains de ses clients à BBB_ LTD à un prix supérieur au marché, soit :
- 2'000'000 d'actions de D_,![endif]>![if>
- 2'000'000 d'actions de E_,![endif]>![if>
- 4'590'920 actions de F_,![endif]>![if>
- 2'850'000 actions de G_,![endif]>![if>
- 470'000 actions de J_.![endif]>![if>
iii)
Transferts d'autres titres
Les 27 novembre 2008, 9 juillet 2009 et 2 octobre 2009, X_ a transféré d'autres actions détenues par certains de ses clients à BBB_ LTD ou B_ à un prix supérieur au marché.
Pour ce faire, X_ s'est prévalu de copie d'instructions, prétendument issues de B_, soit des instructions suivantes :
- du 8 juillet 2009, prétendument signées par B_, avec la mention d'une date valeur au 9 juillet 2009 (PP 17/600'536),![endif]>![if>
- du 30 septembre 2009, prétendument signées par B_, et portant l'attestation que la signature a été vérifiée et la confirmation téléphonique au client a été effectuée par le
relationship manager
(RM), soit X_ (PP 17/600'538),![endif]>![if>
- du 27 novembre 2008, dites instructions qui figurent au dossier n'étant ni datées ni signées ni annotées (PP 17/600'570).![endif]>![if>
A relever que les instructions des 8 juillet 2009 et 30 septembre 2009 ont également été retrouvées par la banque en format Word (PP 600'537 et 600'539), soit non signées et non annotées, à l'instar des instructions du 27 novembre 2008.
X_ a expliqué, devant le Ministère public (PP 501'270), que le transfert de titres et le paiement du prix ne se faisaient pas de manière simultanée, mais en deux opérations distinctes. En général, il procédait d'abord au transfert des fonds de B_ et ensuite à celui des titres. Ainsi, le prix d'achat des titres était mentionné comme égal à zéro. Comme il s'agissait d'un transfert interne à la banque, il se faisait en dehors du système DVP.
Lors de son audition finale devant le Ministère public (PP 501'488), X_ a reconnu avoir vendu des titres à des prix qui n'étaient pas ceux du marché, causant un préjudice à B_. Il a ajouté que pour les transferts de titres, il produisait des instructions faussement signées par le client.
b.e)
Transferts de fonds non autorisés (mode opératoire 1)
Entre les 12 mai 2008 et 24 décembre 2009, X_ a procédé à des transferts d'argent de B_ ou de certaines de ses sociétés en faveur de certains de ses clients auprès de BANQUE A_.
Ces transferts sont mentionnés à l'annexe 1 du présent jugement.
Les trois plus importants transferts, de USD 17'300'000.-, USD 19'800'000.- et de USD 14'300'000.-, reposent sur des contrats de prêts conclus entre BB_ SA et DD_ INC., respectivement EE_ INC.
Tous les transferts d'argent reprochés dans l'acte d'accusation reposent, par ailleurs, sur des instructions de transfert, prétendument signées par B_, qui figurent à la procédure, à l'exception du transfert de USD 19'800'000.- (cf. PP 600'636ss).
Il ressort de ces documents que, parfois, la signature du client a été vérifiée par la banque (PP 600'540, 600'555, 600'547, 600'538) et/ou une confirmation téléphonique de l'ordre en question a été faite auprès du client par X_ (PP 600'540, 600'542, 600'544, 600'555, 600'569, 600'545, 600'547, 600'538, 600'551, 600'549). En outre, sur l'une des instructions, dont ni la signature n'a été vérifiée ni la confirmation téléphonique effectuée, figure un en-tête de télécopie envoyée depuis "
_
", soit le village de domiciliation de B_.
Certaines de ces instructions ont été retrouvées également en format "Word", c'est-à-dire sans signature ou annotation (cf. PP 600'541, 600'543, 600'537, 600546, 600'548, 600'539, 600'550).
Durant toute la procédure (i.e. PP 16/501'489), X_ a reconnu avoir falsifié les instructions de transfert d'argent et de titres prétendument signées par B_, en procédant à un coupage puis à un collage de la signature du précité avant d'en faire une photocopie.
Quant à B_, il a indiqué ne pas avoir signé les instructions de transfert en question. Par ailleurs, il n'avait jamais signé d'instructions pour l'achat ou la vente d'actions ou de titres. Il avait donné des instructions de transfert par courriels. (PP 16/501'437).
b.f)
Montants versés par B_ à X_
SOCIETE 10_ SA, dont l'ayant-droit économique est X_, a versé à SOCIETE 4_ SA (PP C.5.1/217'118), société incorporée au Panama, dont l'ayant-droit économique est X_ :
- USD 150'000.- le 31 mars 2009 (PP C.5.1/217'116),![endif]>![if>
- USD 255'000.- le 14 mai 2009 (PP C.5.1/217'120),![endif]>![if>
- USD 103'469.- le 8 décembre 2009 (PP C.5.1/217'126),![endif]>![if>
- EUR 232'998.- le 6 avril 2009 (PP C.5.1/217'129).![endif]>![if>
BBBBB_ LTD, société incorporée à Chypre, dont l'ayant-droit économique est B_, a versé à SOCIETE 1_ SA, dont l'ayant-droit économique est X_, les montants suivants :
- USD 200'000.- le 29 avril 2010 (PP C.7.1/18'019),![endif]>![if>
- USD 200'000.- le 5 mai 2010 (PP C.7.1/218'020),![endif]>![if>
- USD 300'000.- le 11 mai 2011 (PP C.7.1/218'024),![endif]>![if>
- USD 300'000.- le 29 mai 2012 (PP C.7.1/218'026),![endif]>![if>
soit un total de USD 1'000'000.-.
X_ a déclaré, devant le Ministère public (PV du 22.03.2016), avoir reçu, à l'insu de BANQUE A_, des commissions de B_, par le biais de sa société chypriote, de 2008 à 2012, soit USD 250'000.- en 2008 et USD 250'000.- en 2009 sur son compte auprès de BANQUE SAISIE 11_, à Singapour. Il avait également reçu, par le même biais, USD 250'000.- en 2010 et USD 250'000.- en 2011 sur le compte de SOCIETE 1_ SA.
CONSEILLER B 2_ a indiqué, quant à lui, avoir entendu qu'à une reprise, B_ avait versé à X_ un bonus; il s'agissait d'une sorte de cadeau, non d'une rémunération (PP 13/500'134).
B_ a indiqué avoir versé, au total, environ USD 1'000'000.-, en trois ou quatre fois, à X_ à titre de bonus pour le récompenser lorsque les résultats étaient bons. Il avait décidé du montant de cette rémunération et il estimait ne pas avoir eu besoin d'en informer la banque (PP 16/501'437). Il avait cessé ces versements car, selon son souvenir, CONSEILLER B 2_ lui avait dit que les gestionnaires avaient déjà de bons salaires de sorte qu'il n'était pas nécessaire de verser en plus un bonus (PP 16/501'440).
b.g)
Prêts BB_ SA
i)
Un contrat de prêt a été signé, le 21 mai 2012, entre BB_ SA et SOCIETE 13_ LLC (ci-après : SOCIETE 13_ LLC) pour un montant de USD 2'250'000.- (PP 13/500'223).
Aucune instruction de transfert ne figure à la procédure.
Le même jour, soit le 21 mai 2012, un contrat de prêt a été signé entre SOCIETE 13_ LLC et SOCIETE 1_ SA pour un montant de USD 2'000'000.- (PP 13/500'236).
Par email du 21 septembre 2012, X_ a expliqué à BANQUE A_ la raison de ce prêt (PP 600'608).
SOCIETE 13_ LLC a versé à SOCIETE 1_ SA :
- USD 850'000.- le 24.05.2012 (PP C.7.1/218'026),![endif]>![if>
- USD 1'150'000.- le 21.06.2012 (PP C.7.1/218'026 verso),![endif]>![if>
soit un total de USD 2'000'000.-.
SOCIETE 13_ LLC a versé à SOCIETE 4_ SA sur son compte auprès de BANQUE SAISIE 6_ :
- USD 150'000.- le 24.05.2012,![endif]>![if>
- USD 70'000.- le 25.06.2012.![endif]>![if>
N_ a indiqué, devant le Ministère public (PP 13/500'347), que X_ avait donné pour instructions que les deux montants de USD 150'000.- et 70'000.- soient versés sur le compte de SOCIETE 4_ SA; il ne se souvenait pas comment avaient été utilisés les USD 30'000.- restants.
Selon une note figurant au dossier (classeur SOCIETE 5_ LTD 1), le solde a été affecté à hauteur de USD 22'000.- pour l'achat d'une carte de débit prépayée et à hauteur de USD 7'828.- pour payer un avocat ("_"=_), le solde restant étant de USD 172.-. Un plan de remboursement du prêt portant intérêts à 2% (USD 61'151.-) était prévu dans cette note.
SOCIETE 1_ SA a versé à SOCIETE 13_ LLC :
- USD 850'000.- le 20.11.2012 en "
remboursement du prêt
" (PP C.7.1/218'029 verso),![endif]>![if>
- USD 250'000.-le 28.02.2013 en "
remboursement du prêt
" (PP 218'032; PP 218'435),![endif]>![if>
- USD 850'000.- le 30.08.2013 en "
remboursement du prêt
" (PP 218'035 verso; 218'439),![endif]>![if>
- USD 50'000.- le 13 septembre 2013 en remboursement de ce même contrat de prêt "
correction final
" (PP C.7.1/218'035 verso, 218'440),![endif]>![if>
soit un total de USD 2'000'000.-.
ii)
Un autre contrat de prêt a été signé le 27 mars 2014 entre BB_ SA et SOCIETE 13_ LLC pour un montant de EUR 6'000'000.- (PP 13/500'243).
Aucune instruction de transfert ne figure à la procédure.
Le même jour, soit le 27 mars 2014, un contrat de prêt a été signé entre SOCIETE 13_ LLC et SOCIETE 7_ JLT portant sur la même somme (PP 13/500'249).
Le 9 avril 2014, "
as per order dated 9.4.2014
" selon l'avis de débit (PP 601'675), EUR 6'000'000.- ont été transférés du compte de BB_ SA sur le compte de SOCIETE 13_ LLC auprès de BANQUE SAISIE 10_, en exécution du contrat de prêt.
Aucune instruction de transfert ne figure à la procédure.
Le prêt de EUR 6'000'000.- figure dans les comptes au 31.12.2014 et au 31.12.2015 de SOCIETE 7_ JLT (PP 25/609'013, 609'028).
Le 29 avril 2014 (classeur Furet 1 ou PP 25/609'082), SOCIETE 7_ JLT a conclu un contrat de prêt, d'une durée de 20 ans, avec YLUV SARL portant sur EUR 4'975'000.- (comptes SOCIETE 7_ JLT, PP 25/609'013-027; comptes YLUV, PP 25/609'032ss), le prêt étant conditionné à l'acquisition à hauteur de EUR 4'831'905.- soit de 24'779 actions de WIKIFOLIO FINANCIAL TECHNOLOGIES GMBH.
Le 12 mai 2014 (classeur Furet 1), EUR 4'975'020.51 ont été débités du compte de SOCIETE 7_ JLT auprès de BANQUE SAISIE 9_.
Le 6 août 2015 (classeur Furet 1), SOCIETE 7_ JLT a conclu un autre contrat de prêt avec YLUV SARL, les fonds prêtés étant destinés à hauteur de EUR 130'000.- à financer une société finnoise.
Les 18 août et 1
er
octobre 2015 (classeur Furet 1), EUR 160'000.- (32'567.50+127'432.50) ont été versés à YLUV SARL par SOCIETE 7_ JLT depuis son compte auprès de BANQUE SAISIE 9_.
iii)
Par courrier du 23 mars 2016, le conseil de O_ a informé X_, par le biais de son conseil, que SOCIETE 7_ JLT était dans l'impossibilité de rembourser le prêt de EUR 6'000'000.- qui arrivait à échéance le 27 mars 2016 (PP 25/609'176).
iv)
Devant le Ministère public (PP 13/500'124), X_ a expliqué s'être octroyé deux prêts sans l'accord du client. Le prêt de USD 2'250'000.- avait été remboursé à BB_ SA, avec intérêts, à son échéance (PP 500'124). Sur le montant de USD 6'000'000.-, USD 5'000'000.- avaient été investis auprès de la société YLUV afin d'investir dans la société autrichienne WIKIFOLIO. X_ a précisé qu'il était possible de "
sortir
" de ce dernier contrat, même si celui-ci prévoyait une sorte de prêt participatif sur une longue durée. Il avait eu l'intention de rembourser B_, soit en "
sortant
" de cet investissement, soit en vendant des titres lui appartenant.
Dans un courrier du 3 mai 2017, le conseil de X_ a informé le Ministère public que son client n'avait jamais accepté ou donné l'instruction de rembourser le prêt octroyé à YLUV SARL.
Lors de l'audition finale devant le Ministère public (PP 501'489), X_ a déclaré que les contrats de prêt avaient été établis par un avocat, mandaté par GAMMA_. Il avait transmis à cet avocat le contenu des contrats en question.
b.h)
Déclarations du prévenu
b.h.a)
Enquête interne de BANQUE A_
Dans le cadre de l'investigation interne diligentée par BANQUE A_ (PP 100'330), X_ a expliqué qu'en 2009, E_ et D_ avaient enregistré des pertes importantes sur leurs portefeuilles en raison de la chute de la valeur de plusieurs produits. Il leur avait promis de se refaire et leur avait proposé d'autres placements très prometteurs. Ces deux clients avaient investi dans la société MEINL, qui devait faire l'objet d'une IPO, laquelle ne s'était pas faite durant plusieurs années. De surcroît, en février 2009, BANQUE A_ Singapour, n'avait pas exécuté les instructions de B_ de convertir son portefeuille, auprès de BANQUE A_ Singapour, en actions, causant par là un important manque à gagner à l'intéressé, le cours des actions étant remonté depuis. A partir de ce moment, soit en avril 2009, il s'était dit que tous ses clients devaient se refaire. Il avait pris de fortes positions sur des actions et obligations russes, achetant plus du double de la quantité connue du client, ce qui avait généré jusqu'à 180 % de profit. Il avait laissé une partie de ce profit sur le compte de B_ et en avait transféré une autre sur les comptes de E_ et D_, soit environ 60 millions, pour combler les pertes. Personne n'avait remarqué ces transferts de fonds. Pour ce faire, il avait imité la signature de B_ sur de faux ordres de transfert, en coupant la signature de l'intéressé, en la collant et en photocopiant le tout. X_ ne s'était pas enrichi. En 2011, il avait à nouveau essuyé des pertes sur les comptes de E_ et D_, pour lesquelles il se sentait responsable. Pour combler ces pertes, il avait ouvert, à l'insu des clients, un sous-crédit d'environ USD 50'000'000.- sur des sous-comptes de E_ et D_ et avait acheté des actions RAPTOR. Ces sous-comptes ne figuraient pas sur les relevés que X_ envoyait aux clients pas courriel. Les clients achetaient des actions RAPTOR sur les comptes "
visibles
", par téléphone, et X_ en achetait également sur les sous-comptes "
cachés
". En janvier 2014, il avait vendu une partie des actions, ce qui avait généré des bénéfices, mais le titre avait ensuite chuté. En juillet 2015, il avait également vendu une partie des actions figurant sur les sous-comptes cachés puis, en été 2015, tous les marchés avaient chuté. Il aurait pu vendre des positions des clients pour éviter les appels de marge et continuer sa fuite en avant, mais ne l'avait pas fait car il en avait assez de cette situation. Pour masquer des pertes ou des profits, X_ avait établi de faux relevés de compte, depuis récemment pour B_, soit depuis deux ans, et durant les années 2008-2011, en ce qui concernait E_ et D_ soit jusqu'à la création des sous-comptes. X_ a précisé (PP 601'910) ne jamais avoir envoyé à B_ les relevés de compte officiels de BANQUE A_. Le client avait vingt comptes de sorte que les relevés officiels n'auraient pas été compréhensibles pour lui. Par ailleurs, ceux-ci ne permettaient pas d'avoir un aperçu des avoirs par catégorie d'investissements. Dans le cadre de sa seconde audition, toujours dans le cadre de l'investigation interne, X_ a affirmé ne pas connaître SOCIETE 1_ SA, précisant qu'il était possible que sa femme ait travaillé pour cette société ou une société au nom semblable.
b.h.a)
Auditions par le Ministère public
Auditionné par la police le 18 janvier 2016, sur délégation du Ministère public, X_ a déclaré que le 1
er
août 2006, à la suite du départ de la précédente gestionnaire, lorsqu'il avait hérité des deux plus gros clients du desk russe, son travail avait changé du tout au tout et son défi, tel qu'indiqué par ses supérieurs hiérarchiques, avait été de limiter le départ des fonds, ce qu'il avait réussi à faire. B_, tout comme C_, passait les instructions d'achat ou de vente de titres par téléphone, sans qu'une validation écrite ne soit nécessaire. Une signature n'était nécessaire que pour les grosses transactions, mais non pour le trading d'actions. A partir de 2009, ayant obtenu la confiance du client quant aux investissements effectués, X_ gérait seul les comptes de B_, sans même qu'une conversation ait lieu entre eux, ce qu'il a qualifié de "mode de fonctionnement pervers". Ensuite, il y avait eu la non-exécution par BANQUE A_ Singapour, d'instructions du client et les pertes, qu'il avait cachées au client sur les tableaux Excel envoyés à celui-ci de peur de perdre ce client. Il avait alors fait du trading non-autorisé pour rattraper la perte. Fin 2009, tel avait été le cas et il en avait profité pour transférer, par le biais de transferts ou par la vente de titres à des prix surcotés, une partie du bénéfice généré à d'autres clients, dont D_ et E_, qui avaient perdu environ 15 millions chacun sur l'action MEINL EUROPEAN LAND, recommandée par la banque. X_ avait caché aux précités ces pertes pour diverses raisons : il avait trouvé lui-même ces clients, il leur avait recommandé l'action MEINL EUROPEAN LAND, ceux-ci auraient pu lui reprocher cet investissement et il avait peur du discrédit. X_ ne s'était pas personnellement enrichi sur la période 2008 à 2010. Il avait avoué à son épouse EPOUSE X_ certaines de ses actions, laquelle l'avait extrêmement mal pris et lui avait demandé de quitter ce métier, ce qu'il n'avait pas fait de peur d'être découvert. Il avait indiqué à son épouse qu'il resterait à la banque deux ans de plus pour diminuer les chances que cela ne soit découvert. Il a précisé être passé du statut de assistant vice-directeur à directeur. En 2011, un audit interne du département Russie et Europe de l'est avait été effectué et une note de "D" avait été attribuée, soit la pire note possible, en raison du fait qu'un certain nombre de directives internes n'étaient pas appliquées. Le management du département avait changé. Par ailleurs, X_ avait souffert de divers problèmes physiques et avait "
perdu la tête
". Il n'aurait plus dû faire de manipulations car les "
trous
" étaient comblés. Paradoxalement, il avait eu des résultats extraordinaires et était devenu le meilleur gestionnaire de BANQUE A_, peut-être même du monde; il était devenu un modèle. Il avait continué, spécialement entre 2013 et 2015, à faire du trading non-autorisé sur les comptes de B_, lequel avait généré environ 110 millions de bénéfice. Il avait également fait du trading non autorisé sur les comptes de D_ et E_, lequel avait toutefois été déficitaire. Il n'avait jamais bénéficié d'un seul centime de l'argent de ses clients. Il ne s'était jamais attribué de commissions. X_ a précisé qu'il envisageait divorcer et partir à Dubaï. Il avait eu des contacts en ce sens, en juin 2015, avec un avocat spécialiste de Dubaï, qu'il avait rémunéré CHF 18'000.-. Il disposait d'une société
offshore
nommée SOCIETE 4_ SA et une autre société au Liechtenstein, qui avaient été alimentées par de l'argent qu'il avait gagné à Singapour. Il ne détenait pas d'autres sociétés.
Devant le Ministère public le 19 janvier 2016, X_ n'a pas fait mention de SOCIETE 1_ SA, alors qu'il était interrogé sur ses avoirs bancaires et sur les sociétés qu'il détenait. Par ailleurs, il a affirmé que son beau-père était propriétaire d'une maison en Sardaigne et avoir ouvert un compte auprès de BANQUE SAISIE 7_ pour payer les frais courants de ce bien; il pensait que ce compte devait être au nom de son épouse. Il a ajouté que son épouse était traductrice au sein de SOCIETE 1_ SA et recevait un salaire à ce titre. En juin 2015, il avait effectivement le projet de partir s'installer à Dubaï et était en train de créer une société à cette fin. Il était exact qu'il avait parlé à son épouse de ses premiers actes de 2007 et 2008. Il ne comprenait pas la raison pour laquelle, après avoir comblé les pertes en 2008 ou 2009, il avait recommencé. Il mettait ce comportement sur le compte d'un désordre psychologique augmenté par des problèmes de santé. Il aurait dû démissionner en 2009 comme sa femme le lui avait conseillé.
Devant le Ministère public les 22 et 24 mars 2016, X_ a affirmé que les relevés Excel qu'il établissait pour B_ étaient corrects, soit reflétaient la réalité, jusqu'à fin 2013. Début 2014, l'action RAPTOR avait connu une forte baisse. A ce moment, il avait commencé à dissimuler les pertes subies par B_ en lui adressant de faux tableaux Excel. Il en avait fait de même avec E_ et D_. En revanche, il n'avait pas envoyé de faux tableaux Excel à ses autres clients ayant subi des pertes, mais avait uniquement dissimulé celles-ci en renflouant leurs comptes avec des transferts (PP 13/500'128 et 13/500'135).
Devant le Ministère public le 4 octobre 2016, il a expliqué que, concernant la période 2009 à 2011, B_ lui transmettait ses instructions directement ou par le biais de CONSEILLER B 1_. Durant cette période, il lui était arrivé d'aller au-delà des instructions données, mais ni B_ ni CONSEILLER B 1_ ne lui avaient fait de remarques à cet égard. De 2011 à fin 2013, les intéressés étaient plus occupés par leurs activités politiques de sorte que X_ disposait d'une grande liberté dans la gestion des comptes de B_. Durant cette période, les opérations boursières étaient validées
a posteriori
par le client. CONSEILLER B 2_ considérait que X_ disposait d'une sorte de gestion discrétionnaire sur les comptes du client. X_ a répété que les relevés de compte qu'il établissait reflétaient la réalité jusqu'à fin 2013. Tel n'avait plus été le cas par la suite, soit dès le 1
er
janvier 2014. Par courriel du 13 février 2014, il avait envoyé à CONSEILLER B 2_ les relevés de BANQUE A_, qui reflétaient l'état réel des comptes (cf. email PP 15/500'970 et annexes; réponse de CONSEILLER B 2_, PP 601'265).
Devant le Ministère public le 23 novembre 2016, X_ a répété ne pas avoir rapporté au client la non-exécution des instructions relatives à la gestion du compte, auprès de BANQUE A_ Singapour, laquelle avait engendré un gain manqué de USD 40 à 60 millions pour le client. Au contraire, il avait, à partir de ce moment, soit en mars 2009, envoyé de faux relevés au client, lesquels ne faisaient pas apparaître ce gain manqué et il avait effectué des investissements non autorisés sur les comptes du client afin de combler cette perte (PP 16/501'220). Il a précisé que s'il avait besoin de l'autorisation du client pour débiter des comptes, il n'avait pas besoin de l'autorisation préalable de celui-ci pour effectuer des investissements (PP 16/501'220). Au printemps 2015, la banque avait exigé que la procédure d'investissements soit revue. Il avait alors été convenu que des relevés de compte quotidiens seraient envoyés au client. Une réunion avait eu lieu à Tbilissi. L'état du portefeuille de B_ et de ses sociétés, présenté lors de cette réunion, ne reflétait pas la réalité (cf.
document Preserving and protecting your wealth
; PP 16/501'220; PP 16/501'225). En juin 2015, une autre rencontre avait eu lieu afin de discuter de la gestion des comptes, plus spécifiquement de la validation des investissements non-discrétionnaire effectués. Il avait été convenu, à titre de situation provisoire, que des relevés quotidiens seraient envoyés au client, ce qui avait été fait.
Devant le Ministère public le 23 janvier 2017 (PP 16/501'444), consécutivement à l'audition de B_, X_ a confirmé que, jusqu'en janvier 2014, la valeur totale des actifs de B_, telle que mentionnée sur les relevés qu'il établissait, était exacte, en ce sens que les bénéfices réalisés sur les opérations de trading dissimulées au client compensaient les détournements qu'il avait faits. Les relevés qu'il adressait au client, ou à son conseiller, ne mentionnaient pas les détournements effectués. Toutefois, en février 2014, les actifs de B_ avaient diminué de manière très importante en raison de la chute du titre RAPTOR, baisse que X_ n'avait pu compenser avec les bénéfices réalisés. A partir de ce moment, les relevés qu'il établissait étaient faux, soit ne reflétaient pas la valeur réelle du portefeuille.
Lors de l'audition finale du 8 février 2017 (PP 16/501'490), X_ a répété que la non-exécution de l'instruction du client par BANQUE A_ Singapour, avait engendré une perte pour le client d'environ USD 40'000'000.-, perte qu'il n'avait pas osé révéler au client. Pour rattraper cette perte, il avait effectué des investissements non-autorisés par le client, par le biais du compte de BBB_ LTD. Ses investissements avaient généré des profits, qui avaient permis de rembourser les pertes et de "
couvrir
" les transferts effectués en faveur d'autres clients pour combler leurs propres pertes. A titre exemplatif, rien que les investissements effectués sur le titre GAZPROM avait généré un bénéfice de l'ordre de USD 100'000'000.- en 2009 pour le compte de B_. X_ a précisé ne pas avoir fait de trading sur le titre MIP. Après 2009, il avait comblé les pertes subies par les transferts indus en faveur d'autres clients par les bénéfices réalisés dans le cadre de la gestion courante du portefeuille de B_, bénéfices qu'il minorait sur les relevés de compte, sous la forme de tableaux Excel, qu'il adressait au client. Il avait agi de la sorte jusqu'au dernier transfert qui devait remonter à 2011.
c) CC_ LTD
c.a)
CC_ LTD a déposé plainte contre X_ le 9 mars 2016, se constituant partie plaignante au pénal et au civil (PP 100'972ss).
CC_ LTD (ci-après : CC_ LTD) est une société de domiciliation incorporée aux Iles Vierges Britanniques, détenue par un trust singapourien, _, dont le trustee est BANQUE A_ TRUST SA (PP 100'986 et 100'987). CCCC_ LTD et CCC_ LTD sont également détenues par _ (PP 500'185). C_ est administrateur unique et actionnaire unique direct de CC_ LTD (PP 101'019).
C_ est titulaire et/ou ayant-droit économique de 23 relations bancaires auprès du BANQUE A_ (PP 650'058), dont :
- 0251-0_-6 au nom de CC_ LTD;![endif]>![if>
- 0251-_91-6 au nom de C_;![endif]>![if>
- 0251-_57-6 au nom de CCCC_ LTD (ci-après : CCCC_ LTD);![endif]>![if>
- 0251-_76-6 de CCC_ LTD (ci-après : CCC_ LTD).![endif]>![if>
Le 10 mars 2005, CC_ LTD a ouvert un compte auprès de BANQUE A_. Jusqu'au 3 mai 2013, U_ LTD était signataire autorisé sur le compte (PP 101'012) et toute la correspondance bancaire devait être envoyée à BANQUE A_ TRUST LTD, à Singapour (PP 101'026). Depuis cette dernière date, C_ est seul administrateur de la société et seul signataire autorisé sur le compte (PP 101'025). Tous les avis de transaction originaux, les relevés de compte et toute la correspondance bancaire devaient alors être envoyés au précité, au domicile d'une société sise au Luxembourg (cf. PP 101'025).
c.b)
Le 12 juillet 2007, à l'insu du client, X_, a réactivé les deux sous-comptes suivants:
- 0251-_-62-36 Advisor IPO en euros,![endif]>![if>
- 0251-_-62-39 Advisor IPO en dollars américains.![endif]>![if>
Le 31 juillet 2007, CC_ LTD a acheté 1'500'000 actions MIP à un prix de EUR 15'000'000.-, soit à EUR 10.- l'action (PP 24/608'091).
Le 12 octobre 2007, selon des instructions du 15 octobre 2007, CC_ LTD a vendu à BBB_ LTD, au prix de EUR 15'000'000.- (avis de débit PP F.1.10/651'342), 1'500'000 actions MIP, soit à EUR 10.- l'action, alors que les actions valaient EUR 10'080'000.- au cours du jour de 6.72, causant un préjudice à BBB_ LTD et un gain pour CC_ LTD de EUR 4'920'000.-.
Après cette opération, le sous-compte 0251-_-62-36 (EUR) Advisor IPO était à zéro.
c.c)
Alors que le sous-compte 0251-_-62-39 (USD) Advisor IPO était à zéro, le 29 février 2008, X_ a transféré la somme de USD 270'188.26 d'un autre sous-compte, qu'il a placée en dépôt fiduciaire (PP 608'016).
Le 31 mars 2008, il a conclu une avance à terme fixe de USD 2'485'000.-, portant intérêts à 3.7 % (PP 608'017).
Le même jour, soit le 31 mars 2008, à l'aide de ce prêt et de la réduction du dépôt fiduciaire, X_ a viré le montant de USD 2'755'250.- en faveur du compte SOCIETE 8_ INC. (compte ouvert en avril 2008 et clôturé en août 2010, dont l'ayant-droit économique est FIDUCIAIRE 1_), auprès de la BANQUE SAISIE 8_, à Monaco (ci-après : BANQUE SAISIE 8_). Le transfert a été exécuté sur la base d'une instruction de transfert de U_ LTD, pour le compte de CC_ LTD.
Après ce virement, le sous-compte en question était à nouveau soldé (solde de USD 400.-).
c.d)
Le 1
er
juillet 2008, alors que le sous-compte 0251-_-62-39 (USD) Advisor IPO était à zéro (solde de USD 178.-), X_ a conclu une avance à terme fixe pour le compte de son client d'un montant de USD 1'281'000.-.
A l'aide de cette avance à terme, le 6 août 2008, X_ a viré le montant de USD 760'000.- en faveur du compte de SOCIETE 8_ INC., auprès de la BANQUE SAISIE 8_.
Ce transfert a été exécuté sur la base d'une instruction de transfert datée du 1
er
août 2008, prétendument signée par C_ (PP 608'005) et sur la base d'une instruction de transfert de U_ LTD, pour le compte de CC_ LTD (PP 608'004).
Ce transfert de USD 760'000.- est venu augmenter d'autant l'avance à terme conclue.
A l'aide de l'avance à terme, du 28 août au 4 septembre 2008 (PP 24/608'020), X_ a effectué sur ce compte des opérations d'achat et de vente du titre LYXOR causant des pertes au client.
Sur la base d'une instruction du 13 octobre 2008, selon les avis de BANQUE A_, ce jour-là, CC_ LTD a transféré à BBB_ LTD 96'839 actions de "PARTS-B-LYXOR INTERNATIONAL ASSET MGT LYXOR ETF RUSSIA", dont la valeur était de USD 2'420'975.- selon le cours du jour de USD 25.
Le 14 octobre 2008, BBB_ LTD a payé à CC_ LTD la somme de USD 7'693'648.- (avis de débit PP 651'339, 608'026), causant un préjudice à BBB_ LTD et un gain pour CC_ LTD de USD 5'272'673.-.
Sur cette somme de USD 7'693'648.- versée le 14 octobre 2008, le montant de USD 1'789'00.- a été débité en faveur du compte de SOCIETE 8_ INC., auprès de la BANQUE SAISIE 8_, ce débit étant "masqué", comptablement, par la conclusion et la liquidation d'un dépôt fiduciaire de même montant le jour-même.
Par ce débit de USD 1'789'000.-, le compte a été soldé (solde de USD 192.-).
Ce transfert de USD 1'789'000.- a été exécuté sur la base d'une instruction de transfert datée du 20 octobre 2008 prétendument signée par C_ (PP 608'007) et sur la base d'une instruction de transfert de U_ LTD, pour le compte de CC_ LTD (PP 608'006).
Le sous-compte 0251-_-62-39 (USD) Advisor IPO a été fermé le 26 novembre 2008.
c.e)
Début janvier 2008, X_ a conclu une avance à terme fixe sur le compte 0251-_-62-36 (EUR) Advisor IPO de EUR 8'871'000.-.
A l'aide de cette avance à terme, de janvier à fin septembre 2008 (PP 24/608'038), X_ a effectué de très nombreuses opérations d'achat et de vente notamment sur les actions MEINL EUROPEAN LAND, VALLOUREC, BNP PARIBAS ou SIEMENS, causant des pertes au client.
Le 3 mars 2008, un crédit de EUR 1'370'552.95 a été effectué sur ce sous-compte 0251-_-62-36 (EUR) Advisor IPO provenant de CCCC_ LTD.
Sur la base d'une instruction du 13 octobre 2008, selon les avis de BANQUE A_, le 13 octobre 2008, CC_ LTD a transféré à BBB_ LTD 1'749'744 actions ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD, dont la valeur était de EUR 8'731'223.- selon le cours du jour de EUR 4.99.
Le même jour, BBB_ LTD a payé à CC_ LTD la somme de EUR 15'607'214.- (avis de débit PP 651'335 et relevé compte CC_ LTD PP 13/500'198) causant un préjudice à BBB_ LTD et un gain pour CC_ LTD de EUR 3'928'748.-.
CC_ LTD a transféré vers un compte non identifié (PP 651'338), avant que le compte 0251-_-65-1 ne soit clôturé, les 590'630 actions ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD restant en compte.
Le sous-compte 0251-_-62-36 (EUR) Advisor IPO a été fermé le 26 novembre 2008.
c.f)
Du compte appartenant à SOCIETE 8_ INC. auprès de BANQUE SAISIE 8_, ont ensuite été transférés les montants suivants :
- USD 1'400'577.- le 15 mai 2008 sur le compte CH8204_ appartenant à _ LTD, dont l'ayant-droit économique est L_, auprès de BANQUE A_,![endif]>![if>
- USD 1'040'330.- (en 3 versements de USD 200'000.-, de USD 635'000.- et de USD 205'330.- des 15 mai 2008, 29 août 2008 et 2 juillet 2009; PP 601'272ss) sur le compte CH5204_ appartenant à I_ auprès de BANQUE A_,![endif]>![if>
- USD 290'219.- le 29 août 2008 sur le compte CH3604_ appartenant à K_ auprès de BANQUE A_,![endif]>![if>
- USD 150'152.- et CHF 363'079.- (en trois versements des 3 août 2009, 1
er
décembre 2009 et 31 mars 2012) sur le compte CH1908_ appartenant à SOCIETE 14_ CORP, dont l'ayant-droit économique est FIDUCIAIRE 1_, auprès de BANQUE SAISIE 12_,![endif]>![if>
- USD 887'789.- en deux versements des 8 avril 2008 et 21 août 2008, sur le compte no 8888385 appartenant à SOCIETE 10_ SA auprès de BANQUE SAISIE 11_, à Singapour;![endif]>![if>
Par la suite, USD 741'438.- ont été transférés de SOCIETE 10_ SA sur le compte SOCIETE 4_ SA auprès de BANQUE SAISIE 6_ (cl. C.5.1) par le biais des transferts suivants :
o le 31 mars 2009 USD 149'970.-,![endif]>![if>
o le 14 mai 2009 USD 255'000.-,![endif]>![if>
o le 8 décembre 2009 USD 103'469.60,![endif]>![if>
o le 6 avril 2009 USD 232'998.37,![endif]>![if>
- USD 1'530'000.- le 6 novembre 2008 sur le compte no 61_ dont EPOUSE X_ est titulaire auprès de BANQUE SAISIE 8_, montant ensuite transféré de la manière suivante :![endif]>![if>
USD 74'257.- le 25 septembre 2009, sur le compte de SOCIETE IMMOBILIERE 1_ auprès de _, OLBIA, en lien avec l'achat d'un bien immobilier,
o USD 384'845.- le 26 octobre 2009, sur le compte du notaire NOTAIRE 1_ auprès de _, TORINO, en lien avec l'achat d'un bien immobilier,![endif]>![if>
o USD 119'784.-, le 19 août 2009, sur le compte de _ AUTOMOBILES SA auprès de BANQUE SAISIE 2_ en lien avec l'achat d'un véhicule,![endif]>![if>
o USD 106'999.- en trois versements, sur le compte de _ auprès de BANQUE SAISIE 2_ en lien avec des travaux paysagistes,![endif]>![if>
o USD 100'112.- le 15 février 2010, en faveur de V_ LTD, dont l'ayant-droit économique est F_, auprès de BANQUE SAISIE 13_, Londres,![endif]>![if>
o USD 100'111.- le 6 décembre 2010, en faveur de FRERE P_ auprès de _ BANK PLC, en lien avec un prêt,![endif]>![if>
o USD 97'862.-, le 25 février 2010, en faveur _ SARL auprès de _ en lien avec l'achat d'œuvres d'art,![endif]>![if>
o USD 91'471.- le 22 février 2011, en faveur de _ auprès de _ en lien avec des soins dentaires,![endif]>![if>
o USD 54'885.- en deux versements en faveur de l'ETAT DE GENEVE auprès de BANQUE CANTONALE GENEVE pour clôturer le compte,![endif]>![if>
o USD 54'159.- en faveur de _ auprès de _ en lien avec l'achat de produits de luxe,![endif]>![if>
(cf. annexe 5 de l'AA, PP 500'969).
c.g)
Devant le Ministère public le 22 mars 2016 (PP 13/500'128), X_ a déclaré avoir effectué des investissements pour le compte de C_ sans l'accord de celui-ci, investissements qui avaient engendré des pertes. Il avait comblé ces pertes par des transferts du compte de B_.
Entendu par le Ministère public le 24 mars 2016 (PP 500'139), il a reconnu, après que les documents lui aient été soumis, avoir détourné le montant de USD 1'789'000.- du compte de CC_ LTD en faveur du compte de son épouse. En revanche, il était impossible qu'il ait détourné d'autres montants. Il convenait de demander la documentation bancaire auprès de BANQUE SAISIE 8_ pour vérifier. Il a indiqué avoir fabriqué les instructions de transfert du 20 octobre 2008, en faisant un collage de la signature de C_.
Le 14 avril 2016 (PP 500'184), X_ a répété ne pas se souvenir avoir détourné près de USD 5'000'000.- au détriment de CC_ LTD. Il remarquait néanmoins que C_ ne connaissait pas la société SOCIETE 8_ INC. en faveur de laquelle les fonds avaient été virés. A la réflexion, il était possible qu'une partie des montants détournés du compte de CC_ LTD ait ensuite été retournée à BANQUE A_ en faveur d'autres clients afin de dissimuler des pertes de ces derniers. Il a précisé avoir réactivé le sous-compte "Advisory IPO", par souci de discrétion, soit pour que les transferts illicites ne soient pas découverts. L'argent détourné des comptes de B_ avait pour but de combler les pertes générées par les opérations de trading qu'il avait effectuées sans l'accord de C_.
Le 4 octobre 2016 devant le Ministère public (PP 500'959), X_ a précisé que FIDUCIAIRE 1_ avait mis à disposition sa société SOCIETE 8_ INC contre rémunération. Il avait utilisé les montants détournés pour compenser les pertes d'autres clients de BANQUE A_. De manière générale, il avait essayé de couvrir les pertes des clients qui avaient été les plus impactés par la chute des marchés et par l'opération MEINL. K_ ne l'avait pas interrogé sur l'origine des fonds reçus. Quant à I_, à l'instar d'autres clients, il pensait que les sommes créditées provenaient de remboursements de fonds. Les clients concernés n'avaient pas reçu de faux relevés de compte. X_ a reconnu que SOCIETE 10_ SA lui appartenait. S'agissant de SOCIETE 14_ CORP, il ignorait l'existence de cette société et le montant transféré lui semblait beaucoup trop important pour correspondre à la rémunération due à FIDUCIAIRE 1_ (note : l'adresse de SOCIETE 14_ CORP est la même que la fiduciaire de FIDUCIAIRE 1_). S'agissant du montant transféré sur le compte de son épouse et de l'utilisation consécutive de ces fonds, X_ a indiqué que le virement en faveur de _ AUTOMOBILES SA correspondait à l'achat d'une Ferrari qu'il avait revendue, les virements en faveur de SOCIETE IMMOBILIERE 1_ et en faveur du notaire NOTAIRE 1_ concernaient l'acquisition de biens immobiliers en Sardaigne, les versements en faveur de _ étaient liés à des travaux de réaménagement du terrain de Prangins, le montant en faveur de FRERE P_ était un prêt en faveur du frère de P_, qu'il pensait avoir été remboursé, et, enfin, le montant versé en faveur de V_ LTD avait été fait pour rembourser des pertes subies par F_. Il ne se souvenait pas si la précitée l'avait interrogé sur les raisons de ce virement.
Le 11 novembre 2016, s'agissant du transfert de 1'500'000 actions, X_ a répété (PP 16/501'198) avoir donné des instructions de transfert. Pour ce faire, il avait dû falsifier une instruction en faisant un couper/coller de la signature de B_. Il avait fait de même s'agissant des autres transferts. Il avait fait exprès de faire payer à B_ un prix qui ne correspondait pas à la valeur des titres. Il avait effectué ces opérations depuis les sous-comptes cachés de CC_ LTD afin que ces sous-comptes soient à zéro. La première opération avait été effectuée afin de couvrir les premières pertes subies sur le trading non-autorisé; les deux opérations suivantes avaient été effectuées pour couvrir des pertes supplémentaires toujours sur le trading non autorisé. BBB_ LTD avait été informée des transferts en question, tout en ignorant que les titres acquis étaient surcotés. Quant à CC_ LTD, elle ignorait l'opération, n'étant informée que de la vente de titres.
Toujours le 11 novembre 2016, X_ a précisé que C_ lui avait rapidement demandé à ce que des relevés quotidiens lui soit adressés sur tableau Excel. Ces relevés avaient été effectués de septembre 2006 à l'été 2007, date à laquelle l'intéressé avait commencé à travailler avec un conseiller externe d'une autre banque. Les seuls agissements délictueux commis à l'égard de C_ l'avaient été par le biais de sous-comptes qu'il avait renommés "Advisor IPO", l'un étant en EUR et l'autre en USD. Il avait effectué du trading non autorisé causant au final une perte de EUR 3'000'000.- et avait détourné environ EUR 5'000'000.- sur des comptes à Monaco. Pour le surplus, la gestion avait toujours été effectuée avec l'accord de C_ et X_ n'avait pas établi de faux relevés de compte. Ce dernier a précisé que l'accès internet aux comptes ne permettait pas de voir les sous-comptes en question.
Le 8 février 2017 (PP 16/501'488), X_ a reconnu les détournements effectués, tout en précisant que, selon lui, la commission due à FIDUCIAIRE 1_ devait s'élever à USD 150'152.-. Il ne comprenait pas les autres versements faits en faveur du précité. S'agissant des transferts indus effectués au préjudice de C_, X_ a indiqué avoir dû logiquement établir une fausse instruction de transfert du montant de USD 2'755'250.- (PP 16/501'489).
X_ a reconnu (PP 16/501'491) avoir parlé, en 2007, à C_ de l'investissement dans MEINL, lequel n'y avait pas donné suite, mais avoir tout de même investi dans MEINL en réactivant des sous-comptes cachés de CC_ LTD. Il avait effectué du trading sur ce titre chaque semaine et ce jusqu'à la vente des titres MEINL, ATRIUM et LYXOR, en octobre 2007 et 2008, à BBB_ LTD à un prix largement supérieur à celui du marché, ce qui avait remis les comptes "à zéro" de sorte que CC_ LTD n'avait subi aucune perte. Le bénéfice ainsi généré avait compensé les pertes sur le trading non-autorisé et les transferts indus de CHF 5'770'000.- en faveur de SOCIETE 8_ INC.
Enfin, lors de l'audition finale devant le Ministère public (PP 501'489), X_ a reconnu avoir ajouté la signature de C_ sur les instructions de transfert de USD 760'000.- et 1'789'000.-. S'agissant de l'instruction de transfert de USD 2'755'250.-, qui ne figure pas à la procédure, il lui paraissait logique qu'il avait également dû établir une fausse instruction de transfert pour ce montant.
c.h)
C_, entendu les 14 avril 2016 (PP 13/500'184) et 18 mai 2016 (PP 13/500'341), a déclaré ne plus avoir de relations d'affaires avec B_ depuis 2005. Il était étranger aux transferts effectués depuis le compte de CC_ LTD en faveur de SOCIETE 8_ INC. qu'il ne connaissait pas. Le 18 mai 2016, il a indiqué ne pas avoir vérifié si le montant de EUR 15'607'214.-, versé sur le compte de CC_ LTD depuis le compte BBB_ LTD correspondait au montant des pertes générées illicitement sur son compte.
c.i)
Les comptes de C_, CCCC_ LTD et CCC_ LTD ont fait l'objet d'une ordonnance de séquestre à hauteur de CHF 21'826'666.-.
Le compte de CC_ LTD a été séquestré. Le solde des avoirs était négatif au 31 décembre 2017.
Le compte 0251-_91-6 de C_ a été bloqué. L'état des avoirs était de CHF 12'488'060.- au 31 décembre 2017.
Le compte 0251-_57-6 de CCCC_ LTD a été bloqué. L'état des avoirs était de CHF 1'930'533.- au 31 décembre 2017.
Le compte 0251-_76-6 de CCC_ LTD a été bloqué. L'état des avoirs était de CHF 190'406'799.- au 31 décembre 2017.
c.j)
C_ a été entendu au cours de l'audience de jugement le 17 janvier 2018.
Il a confirmé qu'il ignorait tout de l'existence des sous-comptes 0251-_-62-39 (USD) Advisor IPO et 0251-_-62-36 (EUR) Advisor IPO. Il n'avait jamais autorisé l'achat en 2007 de 1'500'000 actions MIP. Il avait appris en 2015 ou 2016 que cette transaction avait eu lieu lorsque cette histoire avait été dévoilée. Les signatures sur les instructions de transfert des 1
er
août 2008 (PP 608'005) et 20 octobre 2008 (PP 608'007) étaient fausses même si elles ressemblaient beaucoup à la sienne. De plus, il ignorait tout de cette banque monégasque qui réceptionnait les fonds.
Au sujet du versement de CCCC_ LTD du 3 mars 2008 de EUR 1'370'552.95 sur le sous-compte 62-36 de CC_ LTD, il a expliqué que, durant la période en question, le volume total de ses transactions représentait un montant de USD 3.5 milliards, de sorte que cette transaction ne représentait qu'une goutte d'eau dans l'océan. Cela étant, CC_ LTD étant sa "société mère", les fonds étaient généralement versés de CC_ LTD sur CCCC_ LTD et non l'inverse, puisque CCCC_ LTD était utilisée surtout pour la couverture de ses besoins courants. La structure de ses comptes avait été décidée et mise en place par BANQUE A_. On lui avait proposé une structure toute faite à Singapour avec un réseau de sociétés offshores et un groupe de sociétés affiliées à la banque de Genève.
d) D_
d.a)
D_ et DD_ INC. ont déposé plainte contre X_ le 23 février 2016, se constituant parties plaignantes au pénal et au civil (PP 100'632ss).
D_ a ouvert en 2005 diverses relations bancaires auprès de BANQUE A_, en son nom ou au nom d'entités dont il est l'ayant-droit économique (PP 650'036), dont notamment :
- no 0251-_-9 au nom de D_, ![endif]>![if>
- no 0251-_-4 au nom de DD_ INC. (ci-après : DD_ INC.),![endif]>![if>
- au nom de DDDD_ LTD (ci-après : DDDD_ LTD).![endif]>![if>
La relation bancaire no 0251-_-9 est constituée des sous-comptes suivants :
Comptes courants
Date ouverture*
Date fermeture*
0251-_-91 (CHF)
31.01.2006
01.07.2014
0251-_-91-1 (CHF)
25.10.2011
06.04.2016
0251-_-92 (USD)
29.11.2005
06.04.2016
0251-_-92-1 (EUR)
29.11.2005
26.06.2014
0251-_-92-2 (USD)
07.03.2006
26.10.2015
0251-_-92-3 (GBP)
08.12.2006
08.07.2014
0251-_-92-4 (CAD)
15.01.2007
08.07.2014
0251-_-92-5 (EUR)
14.01.2009
21.02.2014
0251-_-92-6 (USD)
25.10.2011
19.04.2016
0251-_-92-7 (EUR)
25.10.2011
actif
0251-_-92-8 (CAD)
25.10.2011
06.04.2016
0251-_-92-9 (GBP)
12.12.2011
19.04.2016
0251-_-92-10 (EUR)
27.12.2013
actif
0251-_-92-11 (USD)
14.04.2014
19.04.2016
0251-_-92-12 (GBP)
23.12.2014
05.08.2016
Comptes de dépôt
0251-_-95
29.11.2005
actif
0251-_-95-1
07.09.2010
07.04.2016
0251-_-95-2**
27.12.2011
07.04.2016
0251-_-95-3.
14.04.2014
06.04.2016
* selon rapport PWC décembre 2017 ** loan custody account
d
.b)
D_ est le seul signataire autorisé sur son compte personnel no 0251-_-9.
A l'ouverture du compte en décembre 2005 jusqu'au 7 janvier 2009, D_ était le seul signataire autorisé sur le compte DD_ INC. Le 7 janvier 2009, un tel pouvoir a été conféré à Y_ (son beau-fils) avec une limitation à EUR 500'000.- par opération, pouvoir révoqué le 4 septembre 2014. Le 16 janvier 2013, Z_ et Y_ ont été autorisés par DD_ INC. à recevoir des informations sur le compte par email ou oralement et à recevoir la correspondance (annexes 8 à 11, rapport PWC décembre 2017). A cette même date, la communication par courriel avec Z_ a été autorisée sur le compte no 0251-_-9 (annexe 27, rapport PWC décembre 2017).
La correspondance de la banque concernant les relations bancaires no 0251-_-9 et 0251-_-4 était gardée en banque restante (rapport PWC décembre 2017).
d.c)
A l'ouverture des comptes en 2005, DD_ INC. et D_ ont signé la documentation bancaire relative à l'accès internet du compte permettant la consultation et la gestion du compte par internet (
Application to use DirectNet and/or the Business Center
) (annexes 6 et 20, rapport PWC décembre 2017). D_ n'a jamais eu accès à son compte personnel par internet. Entre 2006 et 2016, il a tenté à trois reprises d'y accéder, en vain en raison de l'expiration de ses droits d'accès.
En novembre 2014, Y_ a eu un droit d'accès sur le compte de D_ et sur celui de DD_ INC. (annexe 7, rapport PWC décembre 2017). Toutefois, dans le cadre des démarches pour donner à Y_ l'accès au compte de D_, X_ a demandé que Y_ ait accès seulement aux sous-comptes suivants ("
ONLY
valid for the following accounts and safekeeping accounts
") (rapport interne du 18.11.14, annexe 24, rapport PWC décembre 2017) :
- 0251-_-91-1 (CHF)![endif]>![if>
- 0251-_-92-2 (USD)![endif]>![if>
- 0251-_-92-6 (USD)![endif]>![if>
- 0251-_-92-7 (EUR)![endif]>![if>
- 0251-_-92-8 (CAD)![endif]>![if>
- 0251-_-92-9 (GBP)![endif]>![if>
- 0251-_-92-10 (EUR)![endif]>![if>
- 0251-_-92-11 (USD)![endif]>![if>
- 0251-_-95-1![endif]>![if>
- 0251-_-95-2![endif]>![if>
- 0251-_-95-3.![endif]>![if>
X_ a précisé que Y_ ne devait pas avoir accès ("
NOT
have any
access
") aux sous-comptes -92 et -95 (rapport interne du 18.11.14, annexe 24, rapport PWC décembre 2017).
A relever que les accès aux comptes dépôts 95-1, 95-2 et 95-3 ont été donnés le 23 décembre 2014 (§ 65 du rapport PWC décembre 2017).
Toutefois, une erreur s'étant produite à l'interne de BANQUE A_, Y_ avait eu accès aux sous-comptes -92 et -95 (pièce 26, rapport PWC décembre 2017) le 14 janvier 2015 (§ 66 du rapport PWC décembre 2017).
Y_ a consulté entre novembre 2014 et septembre 2015, à plus de 700 reprises, le compte 0251-_-9 (no 61, rapport PWC décembre 2017), dont 99 fois entre les 14 janvier et 13 mars 2015 (pt 66 du rapport PWC décembre 2017).
d.d)
Le 17 mai 2010, E_ a nanti ses avoirs en faveur de D_ (
General Deed of Pledge
, PP 100'663).
Le 18 décembre 2013, D_ a signé avec BANQUE A_ un
Framework Agreement for a Lombard Facility
portant sur un crédit pouvant aller jusqu'à USD 65'000'000.-. E_, en sa qualité de tiers nanti (
collateral
), a signé ce contrat (PP 100'666).
L'authenticité de ces documents fait l'objet d'une procédure pénale disjointe, référencée sous P/11846/2017 (PP 200'077).
d.e.)
Entre les 24 avril 2006 et 24 mai 2011, des investissements ont été effectués dans "
des produits MEINL
" depuis les comptes de D_, soit dans 6 produits différents (§ 78 et 144, rapport PWC décembre 2017) :
- ANR. MEINL EUROPEAN LAND 06-06 NAMEN-ZERT;![endif]>![if>
- SHS ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD; ![endif]>![if>
- CT. CS INTL 07-10 (Exp.10) SHS MEINL EUR. LAND; ![endif]>![if>
- REG.SHS ATRIUM EUR. REAL ESTATE AUSTRIAN CERTIF; ![endif]>![if>
- CT.CS INTL 07-10 (Exp.10) SHS MEINL EUR. LAND; ![endif]>![if>
- SHS MEINL INTL POWER AUSTRIAN CERT.![endif]>![if>
Le montant total de ces investissements était de CHF 45'062'648.- et les pertes se sont élevées à CHF 17'827'220.- (§ 78, 112, 115 et 144, rapport PWC décembre 2017).
d.f)
Le 14 mars 2008, D_ (compte 0251-_-95) a vendu à BBB_ LTD :
- 320'000 actions MIP pour un prix de EUR 3'200'000.-, alors que les actions valaient EUR 1'760'000.- au cours du jour de 5.5,![endif]>![if>
- 2'000'000 d'actions ALPHA_ pour un prix de USD 1'320'000.-, alors que les actions valaient AUD 104'000.- (=USD 97'550) au cours du jour de 0.052,![endif]>![if>
causant un préjudice BBB_ LTD et un gain pour D_ de EUR 1'472'000.- et USD 1'222'450.-.
Aucune instruction de transfert de titres ou d'argent ne figure à la procédure.
d.g)
Selon un contrat du 12 mai 2008, BB_ SA a prêté à DD_ INC. la somme de USD 17'300'000.- (PP 13/500'168; AA ch. II.1).
Par instructions signées datées du 13 mai 2008, B_ a donné l'ordre de transférer USD 17'300'000.- de son compte BBB_ LTD vers son compte BB_ SA. La signature de l'intéressé a été vérifiée par la banque le 14 mai 2008 et X_ a affirmé avoir effectué la confirmation téléphonique requise auprès du client (PP 600'555).
Par instructions signées datées du 14 mai 2008, le trustee de BBB_ LTD a donné l'ordre de transférer la somme de USD 17'300'000.- à BB_ SA (PP 600'554), instruction exécutée le 17 mai 2008.
d.h)
En décembre 2008, un compromis de vente a été signé par D_, l'acte de vente ayant été signé le 20 janvier 2009 (PP F.1.6/650'501), visant l'acquisition d'une propriété immobilière, sur la commune d'Eze, au Sud de la France, celle-ci devant être acquise par une société civile immobilière, SCI DDD_. Cette propriété, dont le prix a été fixé à EUR 26'660'480.- selon l'acte de vente, devait être financée au moyen d'un prêt conclu avec DDDD_ LTD, dont l'ayant-droit économique est également D_, et par un prêt de EUR 14'000'000.- octroyé par BANQUE A_ France (cf. emails des 06.01.2009 et 02.09.2009, annexes au courrier de Me JEANNERET du 04.12.2007; PP F.1.6/650'501).
Le 8 décembre 2008, D_ a payé 10 % du prix de vente, soit EUR 2'900'000.- (10 % de "EUR 29 mio", PP 650'495, 650'555 et 650'495).
A ce moment, l'état des avoirs au 31 décembre 2008 rapporté au client était de USD 50'571'710.- (cf. annexe au courrier de Me JEANNERET du 04.12.07).
Selon un contrat du 4 décembre 2008, BB_ SA a prêté à DD_ INC. la somme de USD 14'300'000.- (PP 13/500'170).
Par avis de transfert du 12 décembre 2008, le trustee de BBB_ LTD, soit U_ LTD, a sollicité le transfert de USD 14'300'000.- à BB_ SA (PP 17/600'568), qui ont effectivement été débité à BBB_ LTD en faveur de BB_ SA (avis de débit-crédit, PP 16/501'165-6).
Le même jour, BB_ SA a transféré USD 14'300'000.- à DD_ INC. (PP 16/501'167, 501'169), puis le transfert a été fait de DD_ INC. au compte personnel de D_ (PP 16/501'168).
Le 16 décembre 2008, ce montant de USD 14'300'000.- a été converti en euros (PP 501'188 verso, "
foreign exchange spotdeal...
") et le même jour, D_ a transféré EUR 55'000.- et EUR 13'893'250.- sur le compte de DDDD_ LTD (PP 650'558), étant précisé que ce compte était vide avant ces transferts (PP 650'558).
Les 16 et 19 janvier 2009, DDDD_ LTD a transféré à SCI DDD_ ces mêmes sommes.
Au 31 décembre 2008, tant le compte de D_ en USD que celui en EUR ne disposaient pas des liquidités nécessaires au versement des fonds propres à verser pour l'achat de la propriété d'Eze (cf. relevé 92-1 (EUR) au 31.12.08, PP 501'176ss et relevé 92 (USD) au 31.12.2008 (USD), PP 501'187).
Dans le cadre de la présente procédure, X_ a expliqué avoir transféré USD 14'300'000.- de BBB_ LTD à BB_ SA car BBB_ LTD étant un trust, il n'était pas possible d'effectuer des virements à l'extérieur du trust, alors que le bénéficiaire du trust étant l'ayant-droit économique de BB_ SA, un transfert était possible entre ces deux sociétés. Il avait ensuite transféré les avoirs sur le compte de DD_ INC. puis sur le compte personnel de D_ et ensuite de DDDD_ LTD, compte ayant servi à l'acquisition immobilière en question. D_ ne l'avait pas interrogé sur cette arrivée d'argent qu'il avait fait passer comme un retour d'investissement (PP 16/501'149).
Lors de son audition finale devant le Ministère public (PP 501'489), X_ a déclaré avoir établi lui-même les contrats de prêt utilisés sur la base de modèles dont il disposait. Il n'avait pas falsifié de signatures sur ces contrats, mais ceux-ci ne correspondaient à aucune réalité économique.
d.i)
Les transferts suivants des comptes de B_ (no 0251-_76-0), BBB_ LTD (no 0251-_91-7) ou BB_ SA (no 0251-_23-1) ont été effectués en faveur des comptes de D_ (no 0251-_-9) ou de DD_ INC. (no 0251-_77-4), pour un total de USD 32'132'262, EUR 227'228 et GBP 79'500.- :
Date
Donneur d'ordre
Montant
Devise
Bénéficiaire
Instruction
04.12.2009
B_
189'542
USD
D_
PP 600'540
11.12.2009
B_
221'600
USD
D_
PP 600'542
11.12.2009
B_
54'000
EUR
D_
PP 600'542
11.12.2009
B_
109'228*
EUR
D_
PP 600'542
21.12.2009
BBB_
121'120
USD
D_
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
79'500
GBP
D_
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
64'000
EUR
D_
PP 600'544
12.05.2008
BB_
17'300'000
USD
DD_ INC.
PP 600'544-5**
12.12.2008
BB_
14'300'000
USD
DD_ INC.
PP 600'568
*correspond à GBP 98'000.-
** instruction et ordre de transfert du trustee de BBB_ LTD à BB_ SA
Tous les avis de débit correspondant auxdits transferts figurent à la procédure.
Tous les paiements faits en faveur de D_ sont identiques (mêmes dates, mêmes montants) à ceux faits pour E_, à l'exception des "prêts".
d.j)
D_ a effectué de nombreuses acquisitions mobilières et immobilières depuis ses comptes bancaires auprès de BANQUE A_.
En octobre 2009, D_, par l'intermédiaire d'une société, _ LTD, a acquis un yacht "
My Clementine
" au prix de EUR 4'650'000.- (PP 650'559ss), les deux montants nécessaires à l'acquisition ayant préalablement été débités du compte personnel de D_ (EUR 4'183'028.- et 465'461.-).
En mars 2011, D_ a acheté un bien immobilier à Londres au prix de GBP 9'850'000.- par débits de son compte 92-3 (GBP) (PP 650'570, 650'574).
En janvier 2012, D_, par l'intermédiaire d'une société, _ LLC, a acheté un bien immobilier à New York au prix de USD 28'800'000.- (PP 650'584) par débit de son compte -92-6 (USD) (PP 650'629).
En juin 2012, D_ a acheté des biens immobiliers en Floride aux prix de USD 5'700'000.- (PP 650'630), USD 5'350'000.- (PP 650'645) et USD 3'800'000.- (PP 650'661) par débit de son compte -92-6 (USD) (PP 650'677).
En juillet, 2012, D_ a acheté d'autres biens immobiliers en Floride pour près de USD 10'000'000.- par débits de son compte -92-6 (USD) (PP 650'686-7, 650'695).
En décembre 2012, D_ a acheté un appartement à Londres par débit de son compte -92-9 (GBP) (PP 650'702, 650'705).
d.k)
Selon une note du 19 mai 2011, signée par D_, l'intéressé cherchait à acquérir, fin mai-début juin, de gré-à-gré (transactions OTC) :
- 500'000 actions TETHYS PETROLEUM LTD pour un prix attendu de CAD 585'000.- à un cours de CAD 1.17,![endif]>![if>
- 300'000 actions INTERNATIONAL MINERALS CORP. pour un prix attendu de CHF 2'055'000.- à un cours de 6.85,![endif]>![if>
- 372'000 actions MONTANA à un cours de CHF 6/6.50.![endif]>![if>
La note précisait que "
for market price the day of transaction: will be rounded + 2% / - 2 % around the spot. but will be confirmed by phone BEFORE transaction
" (PP 600'576).
Dans un courrier du 24 mai 2011 rédigé en français (PP 17/600'574), X_ a informé "
B_
", soit B_, de la liste des transactions possibles en fonction des prix du marché actuels et des quantités qui pouvaient être vendues de gré-à-gré. Si tout le monde était d'accord sur le prix, les transactions pouvaient se faire fin mai-début juin. Il était question des titres suivants :
-
"372'000 actions de MONTANA TECH CHF 6 minimum,
![endif]>![if>
-
600'000 actions INTERNATIONAL MINERALS, prix du marché actuel CHF 6.95,
![endif]>![if>
-
1'000'000 d'actions TETHYS PETROLEUM, prix du marché actuel CAD 1.24,
![endif]>![if>
-
200'000 actions RAPTOR, prix du marché actuel USD 5.63".
![endif]>![if>
X_ précisait, dans ce courrier, que les prix étaient indicatifs et que le jour de la transaction, B_ serait contacté pour avoir son accord sur le prix, ce dernier étant encore invité à signer le courrier en question pour accord. Le courrier en question figurant à la procédure est signé par B_ (PP 600'574).
Une note récapitulative a été établie, laquelle consolide les transferts envisagés de D_, E_ et B_ (PP 17/600'575).
Le 30 mai 2011 (instructions du 27 mai 2011), D_ a acheté à B_ :
- 500'000 actions TETHYS PETROLEUM LTD au prix de CAD 600'000.-, alors que les actions valaient CAD 645'000.- au cours de 1.29,![endif]>![if>
- 300'000 actions INTERNATIONAL MINERALS CORP (PP 651'246), alors que les actions valaient CHF 2'082'000.- au cours de 6.94,![endif]>![if>
- 372'000 actions MONTANA TECH COMPENENTS AG (PP 651'245), alors que les actions valaient CHF 1'060'200.- au cours de 2.85.![endif]>![if>
Le 27 mai 2011, D_ a payé à B_ CHF 4'389'000.- et CAD 600'000.-.
Les 6 et 25 juillet 2011, D_ a transféré à B_ les mêmes actions :
- 500'000 actions TETHYS PETROLEUM LTD (
custody account entry advice
, PP 651'240), alors que les actions valaient USD 391'000.- au cours de 0.92,![endif]>![if>
- 300'000 actions INTERNATIONAL MINERALS CORP (
custody account entry advice
, PP 651'240) à CHF 2'100'000.-, alors que les actions valaient CAD 1'654'993.- au cours de 6.22,![endif]>![if>
- 372'000 actions MONTANA TECH COMPENENTS AG (
custody account entry advice
, PP 651'239), alors que les actions valaient CHF 1'023'000.- au cours de 2.75.![endif]>![if>
Le 11 octobre 2011, B_ a transféré à D_ la somme de CHF 2'957'157.- (avis de crédit PP 651'238).
Le 11 octobre 2011 également, B_ a transféré à D_ la somme de USD 585'937.- avec la mention "
correction of the share transfer
" (PP 651'249).
d.l)
Le 31 octobre 2011, des avances à terme de USD 11'480'000 et USD 852'000.- ont été octroyées (PP 601'641) sur le sous-compte 0251-_-95-2, qui n'était pas consultable par internet (PP 100'659).
Au 31 octobre 2011(PP 601'642 et rapport PWC décembre 2017), les sous-comptes suivants présentaient un solde de :
- 92 (USD) : CHF 10'523'843.-![endif]>![if>
- 95 (safekeeping) : CHF 23'061'582.-![endif]>![if>
- 95-1 (safekeeping) : CHF 13'808'056.-![endif]>![if>
d.m)
En raison de la chute du titre RAPTOR (cours à USD 16.- le 26.06.15, USD 12.03 le 11.09.15 et à USD 5.93 le 25.09.15), la semaine du 14 septembre 2015, alors que X_ était revenu de vacances le mardi 15 septembre 2015 (cf. PP 100'332) BANQUE A_ a fait des appels de marge de USD 7'950'000.- et USD 785'000.- sur le compte no 0251-_-9 de D_ (PP 100'647 et 100'685; appels de marge).
BANQUE A_ a également sollicité E_ en sa qualité de tiers-nanti (
cross pledge
;
collateral
).
d.n)
Dans le cadre de sa plainte déposée le 29 février 2016 dans le cadre de la présente procédure, D_ a notamment fait état d'investissements figurant dans le relevé de compte au 14 septembre 2015 qu'il n'avait pas instruits, en particulier 2'400'000 actions RAPTOR, et de comptes dont il ignorait l'existence, soit les sous-comptes :
- 95![endif]>![if>
- 95-2![endif]>![if>
- 91![endif]>![if>
- 92-1![endif]>![if>
- 92-3![endif]>![if>
- 92-4. ![endif]>![if>
d.o)
Entendu le 4 avril 2016 par le Ministère public (PP 13/500'154), D_ a indiqué avoir un collaborateur, Z_, qui s'occupait de ses affaires financières. Tant le précité que Y_ avaient un accès internet à ses comptes. Il rencontrait, pour sa part, X_ deux à trois fois par an et avait occasionnellement des contacts téléphoniques avec le précité. Il discutait avec X_ des investissements à effectuer. Il avait donné des instructions au précité d'investir dans MONTANA et RAPTOR. Tout était discuté oralement et aucune instruction écrite n'était signée. En 2008 et jusqu'en 2010, Z_ prenait possession des relevés de compte de BANQUE A_, au bureau de Moscou. Par la suite, X_ les lui remettait lorsqu'il venait à Moscou. D_ a soutenu ignorer que le précité faisait du trading à haute fréquence, qu'il avait ouvert des sous-comptes, qu'il avait obtenu des lignes de crédit sur ses comptes (en particulier à hauteur de USD 11'000'000, PP 500'158), qu'une ligne de crédit à hauteur de USD 65'000'000.- avait été accordée sur la base d'un acte de nantissement des avoirs de E_ et il contestait que la signature figurant sur le
Framework Agreement for a Lombard Facility
fût la sienne. E_ était un ami et un partenaire en affaires. D_ ignorait également l'existence des contrats de prêt et il n'avait pas vu arriver sur ses comptes les USD 17'300'000.- et USD 14'300'000.-, tout en confirmant qu'en 2008, il recevait les relevés bancaires de BANQUE A_ par l'intermédiaire du bureau de Moscou et que Z_ suivait l'état de ses comptes.
X_ a, quant à lui, affirmé ne pas avoir imité la signature de D_ sur le
Framework Agreement for a Lombard Facility
. Selon lui, ce contrat avait été conclu dans le cadre du renouvellement d'un crédit immobilier effectué par un conseiller financier de D_, soit Y_ (note : selon le contrat de vente de la propriété de Eze, le crédit de EUR 13'000'000.- du BANQUE A_ expirait au 31 décembre 2013 et Y_ a notamment signé ledit contrat, PP 650'502). En revanche, X_ a reconnu avoir profité de l'augmentation de la ligne de crédit pour effectuer du trading aussi bien à l'insu qu'avec l'accord de D_. Il a, par ailleurs, reconnu avoir falsifié les deux contrats de prêt et précisé que ni D_ ni B_ n'étaient au courant de ceux-ci. S'agissant des relevés de compte, au début de la relation, D_ recevait les relevés de BANQUE A_. Toutefois, D_ ne les trouvant pas clair, X_ établissait un tableau Excel qu'il envoyait une fois par mois au bureau de Moscou puis, dès 2010, par courriel à Z_. Les crédits de USD 17'300'000.- et USD 14'300'000.- ne figuraient pas sur lesdits tableaux.
Entendu par le Ministère public le 14 juin 2016 (PP 14/500'639), X_ a reconnu avoir adressé à D_ et à E_ de faux états de situation à partir de 2007 "
sans doute
", soit lorsque les titres MEINL avaient commencé à "
dévisser
". Il avait traîné l'écart de performance pendant plusieurs années, de sorte que les états de situation ne correspondaient pas à la réalité jusqu'en 2012, date à laquelle il avait décidé d'ouvrir, à l'insu des clients, des "
sous-comptes invisibles
" sur lesquels ils logeaient les pertes accumulées, soit les pertes "
MEINL
" et celles liées aux marchés. A partir de ce moment, les sous-comptes "
visibles
" étaient conformes à la réalité.
Les 9 et 20 juin 2016, X_ a indiqué avoir investi environ EUR 15'000'000.- dans PEARLGOLD pour le compte de B_, D_ et E_ (PP 14/500'701), précisant que les investissements dans les titres PEARLGOLD avaient été effectués via les comptes cachés de D_ et E_, lesquels n'avaient jamais été informés "
des investissements effectués via leurs comptes cachés
".
Le 23 novembre 2016 (PP 16/501'222), X_ a répété avoir ouvert des sous-comptes, à l'insu de D_, et y avoir transféré les pertes subies par le client en 2008 et 2009, y compris certaines actions. Il avait conclu une avance à terme fixe sur ces sous-comptes, toujours, selon lui, à l'insu du client, et avait essayé de rattraper les pertes de 2008 et 2009 en effectuant du trading non-autorisé. X_ a toutefois précisé que D_ et E_ étaient parfaitement informés de toutes les acquisitions des titres MEINL, investissements figurant sur tous les relevés, vrais ou faux, qui avaient été envoyés. Par ailleurs, il a soutenu (PP 501'415) que E_ et D_ n'avaient pas été informés de l'existence des prêts contractés sur leurs comptes "
cachés
". En revanche, X_ était convaincu que les opérations sur le titre RAPTOR avaient dégagé un bénéfice important pour le compte de E_ et D_.
Le 8 février 2017, X_ a reconnu (PP 16/501'491) avoir investi en 2007 dans les titres MEINL pour le compte de E_ et D_. Au deuxième semestre 2007, le titre avait chuté, engendrant d'importantes pertes. Il avait dissimulé ces pertes aux clients; puis avaient effectué des transferts indus en leur faveur depuis les comptes de B_. Toutefois, ces transferts n'avaient pas suffi pour combler les pertes de sorte qu'il avait ouvert, à l'insu des clients, des sous-comptes, le 31 octobre 2011, sur lesquels les titres MEINL avaient été transférés. Il avait également transféré des
side-pockets
de fonds de 2008, qui demeuraient sur les comptes de D_ et E_. Ainsi, il avait pu présenter des relevés des comptes "
visibles
" au 1
er
janvier 2012, qui étaient corrects. Il avait ensuite conclu une avance à terme, de USD 80'000'000.-, soit d'un montant correspondant au montant des pertes et à la valeur des titres que détenaient les intéressés sur leurs comptes "
visibles
". Il avait ensuite effectué du trading à l'insu des clients sur leurs sous-comptes cachés. Il n'avait toutefois pas réussi à rembourser complètement l'avance à terme fixe de USD 80'000'000.-. A son départ de BANQUE A_, il devait rester environ USD 25'000'000.- à rembourser pour les clients D_ et E_. X_ ne se souvenait pas des transferts effectués depuis les sous-comptes "
cachés
" en faveur des sous-comptes "
visibles
", transferts qui augmentaient la dette sur les comptes "
cachés
".
d.p)
Selon BANQUE A_, le client était au courant de l'existence des sous-comptes prétendument "
cachés
" (
alleged hidden
) (cf. tableau PP 19/601'392ss). Par ailleurs, se fondant sur une étude réalisée par PWC, BANQUE A_ soutenait que ces comptes "
cachés
" avaient généré un bénéfice d'environ + CHF 9'000'000.- si les transferts de titres entre les comptes "
cachés
" et les comptes "
visibles
" avaient été payés et non effectués gratuitement, soit "
free of payement
" (PP 20/601'641ss, PP 601'875
Projet Dino
Analysis of C3's Accounts
).
Selon X_, il était normal de valoriser comptablement des titres transférés de sous-comptes cachés sur des comptes visibles au moment de leur transfert comme s'il s'agissait d'une vente effective (PP 16/501'493).
Par ailleurs, toujours selon BANQUE A_ (PP 601'650ss), qui se fondait sur une autre étude réalisée par PWC, les investissements effectués en lien avec l'action RAPTOR avaient globalement dégagé un bénéfice pour le client de + CHF 13'074'368.- (PP 601'653 revu par PP 601'866
Projet Dino
Analysis of C3's Investments in Raptor shares
). Il est relevé de nombreux transferts de titres RAPTOR entre le compte "
caché
" 0251-_-95-0 et le compte "
visible
" 0251-_-95-1 (PP 601'653, PP 601'873, Projet Dino
Analysis of C3's Transfer on the hidden accounts
).
Il résulte des pièces bancaires des comptes de D_ qu'un certain nombre de transactions ont eu lieu entre des comptes dits visibles et des comptes prétendument cachés. Ainsi, à titre exemplatif :
- le 30 décembre 2011, un prêt de USD 17'570'000.- a été octroyé sur le compte "
caché
" 0251-_-92 (PP 601'432), lequel a remboursé un prêt de USD 11'825'213.- (PP 601'432), puis USD 500'000.- ont permis l'achat d'actions RAPTOR (PP 601'433-4) et USD 5'238'000.- (PP 601'436) ont été transférés, le même jour, sur le compte "
visible
" 0251-_-92-6 de D_, alors que les avoirs sur ce dernier compte "
visible
" s'élevaient à cette date à USD 4'540'928.-. Le 3 janvier 2012, le client a réduit un placement fiduciaire sur le compte "
visible
" 0251-_-92-6 de USD 458'000.- pour pouvoir transférer, le même jour, la somme de USD 5'764'052.- à l'avocate Anna GERZON (à titre de "
initial deposit
", PP 601'443), montant qui correspond à 20 % du prix d'achat de USD 28'800'000.- (PP 601'443) d'une propriété immobilière aux Etats-Unis (PP 601'397, 601'415, 601'437);![endif]>![if>
- entre le 21 avril et le 1
er
novembre 2011, le compte "
visible
" de DD_ INC. a transféré, en plusieurs versements, sur le compte "
caché
" 0251-_-92 de D_, une somme totale de USD 12'100'000.-, montants investis dans des dépôts fiduciaires (PP 601'416ss). Le 1
er
novembre 2011, ![endif]>![if>
o les dépôts fiduciaires du compte "
caché
" ont été liquidés sur le compte "
visible
" 0251-_-6 de D_ (
fiduciary call dep. – liquidation 00023
, PP 601'434) (crédit de USD 12'097'067.-) et![endif]>![if>
o un prêt de USD 12'397'000.- a été octroyé sur le compte "
caché
" 0251-_-92 de D_ (PP 601'426) et transféré, le même jour, sur le compte "
visible
" 0251-_-92-6 de D_ (crédit de USD 12'343'897.-),![endif]>![if>
ces deux montants, soit USD 24'440'000.-, ayant été placés en dépôts fiduciaires (PP 601'434),
étant précisé qu'avant ces deux crédits, le compte "
visible
" 0251-_-92-6 était débiteur (PP 601'434);
- entre les 1
er
novembre 2011 et 31 décembre 2012, DD_ INC. a encore transféré depuis son compte "
visible
" 0251-_.4 sur le compte "
caché
" 0251-_-92 de D_ (PP 601'518ss), un total de USD 33'000'000.-, montants placés en dépôts fiduciaires.![endif]>![if>
Par courrier du 11 janvier 2017 (PP 23/607'084), le conseil de D_ et E_ a critiqué les calculs effectués par PWC, lesquels concluaient qu'un bénéfice avait été dégagé du trading sur le titre RAPTOR. Il soutenait (i) que les calculs reposaient sur des valeurs théoriques, (ii) que les déplacements de positions entre comptes avaient été, à tort, pris en compte comme s'il s'agissait de ventes et (iii) que les calculs de PWC étaient contredits par les évaluations annuelles établies par BANQUE A_.
Par courrier du 19 janvier 2017 (PP 601'883), le conseil de BANQUE A_ a répondu que (i) les calculs ne se fondaient pas sur des valeurs théoriques, mais sur toutes les données fournies par la banque comprenant tous les achats, ventes, dépôts et retraits, sur une base journalière, entre mi-septembre 2010 et octobre 2016, chiffres qui ressortaient également des relevés bancaires du client, (ii) pour calculer la performance sur les comptes prétendument cachés, tous les transferts (retraits ou transferts sans contre-paiement) de comptes "
cachés
" à des comptes "
visibles
" avaient été considérés comme des ventes au jour du transfert, étant précisé que cette manière de procéder n'avait aucune influence sur le calcul global de la performance et (iii) que les valeurs mentionnées dans le rapport PWC ne correspondaient pas, pour les raisons déjà évoquées, aux soldes de fin d'année mentionnés sur les relevés de compte (
Statement of Investment Report
). Enfin, il était relevé que les valeurs d'achat des actions mentionnées sur les relevés de compte de fin d'année (
Statement of Investment Report
) étaient des valeurs moyennes pondérées par titre (
weighted average price per share
), soit une représentation du prix moyen d'une action à l'intérieur d'un portefeuille d'actions achetées à différents niveaux de prix. Le calcul ainsi effectué tenait compte des différentes quantités achetées, mais également des différents niveaux de prix, et ne prenait pas en compte les gains et pertes intervenus lors de ventes antérieures (PP 601'884-5).
Devant le Ministère public le 12 janvier 2017 (PP 501'414), X_ a soutenu que E_ ne lui avait pas posé de questions à propos du transfert de USD 67'546'506.-. De manière générale, tout comme D_, E_ ne lui avait jamais posé de questions sur l'origine des fonds crédités sur les comptes "
visibles
". Par ailleurs, il ne se souvenait pas avoir dû contrôler que la valeur de nantissement des titres était suffisante pour permettre le transfert des USD 35'000'000.-, ce qui avait été juste le cas. E_, tout comme D_, n'avait pas été informé des prêts conclus sur leurs comptes cachés.
Lors de son audition finale par le Ministère public (PP 501'492), X_ a expliqué que D_ et E_ avaient subi des pertes liées à la crise financière de 2008 dont il ne pouvait estimer le montant. Il avait commencé à investir dans MEINL pour leur compte en 2007, ce dont les clients étaient informés. Au deuxième semestre 2007, l'action avait chuté, engendrant des pertes importantes qu'il avait dissimulées aux clients, puis il avait effectué des transferts indus des comptes de B_, lesquels n'avaient pas suffi à combler ces pertes. Il avait dès lors décidé d'ouvrir, à l'insu des clients, des sous-comptes cachés en USD, EUR, CAD, AUD, GBP et CHF et avait conclu des avances à terme, le 31 octobre 2011, dont le montant correspondait au montant des pertes occasionnées et au montant nécessaire pour faire l'acquisition par les sous-comptes cachés des titres MEINL, au prix du marché, que les clients possédaient sur leurs comptes visibles. Dans le même temps, il avait fait "
racheter
" des
side pockets
de fonds de 2008 qui demeuraient sur les portefeuilles de D_ et E_. Ensuite, il avait effectué du trading sur les comptes cachés dans l'optique de "
remettre les comptes à zéro
".
A l'exception des pertes liées aux investissements MEINL, les portefeuilles des clients étaient parfaitement gérés et tous les investissements approuvés par eux. Par ailleurs, les clients recevaient les relevés de compte officiels de BANQUE A_ et avaient connaissance précisément des investissements effectués sur leurs comptes visibles.
X_ a ajouté qu'il était exact de dire que, de manière globale, son trading non-autorisé sur les sous-comptes cachés avait dégagé un bénéfice important, étant précisé que les transferts effectués des sous-comptes cachés aux comptes visibles augmentaient d'autant le montant des avances accordées. Par ailleurs, il avait toujours eu la certitude que le trading sur le titre RAPTOR avait engendré des gains importants pour les clients, que ce soit sur les comptes visibles ou cachés. A son départ de BANQUE A_, les sous-comptes cachés de E_ et D_ détenaient environ 3'000'000 d'actions RAPTOR, à USD 7.- l'action. Selon le prix auquel ces actions avaient été vendues, les pertes avaient diminué en conséquence. Pour les autres titres, parfois des gains avaient été générés et parfois des pertes avaient été causées.
d.q.a)
Selon un rapport de PWC de décembre 2017, mandaté par BANQUE A_, via son conseil zurichois, les pertes subies (pertes réalisées) par D_ depuis l'ouverture de ses comptes jusqu'au 30 octobre 2011 s'élevaient à CHF 39'169'362.- (montant qui tient compte du transfert des actions à BETA_ au "
prix du marché
" de CHF 337'473.-), dont CHF 17'827'220.- de pertes dues à la chute du prix des actions "MEINL" et le solde à la crise financière de 2008/2009.
Les pertes liées aux actions "
MEINL
", de CHF 17'827'220.-, résultaient d'investissements effectués du 24 avril 2006 au 24 mai 2011 (§ 78, 113, 115 et
contra
121 du rapport PWC) à hauteur de CHF 45'062'648.-, ce qui constituait le deuxième plus important investissement effectué par le client après celui dans RAPTOR (§ 112 et 136 du rapport PWC).
Jusqu'au 7 septembre 2010, le compte de D_ no 0251-_-9 ne disposait que d'un seul compte de dépôt (
safekeeping account
), soit le sous-compte -95. A cette dernière date, un autre compte de dépôt a été ouvert (-95-1) lequel ne servira qu'à des investissements spécifiques (
used exclusively to trade on specific assets
; § 51 et 111 du rapport PWC).
Le paiement des actions "
MEINL
" a été effectué par le biais du seul compte en euros de D_, le sous-compte -92-1, duquel des paiements en faveur de la société du précité ont été effectués ou qui a servi au paiement de la carte de crédit (§ 135 et 92 du rapport PWC).
Au 30 octobre 2011, le solde du compte (
balance
) -95 était de CHF 23'061'583.-, sur lequel étaient déposés 13 titres différents, dont aucun titre "
MEINL
" (§ 121 du rapport PWC).
Par ailleurs, PWC s'est employé à démontrer qu'aucun compte n'avait été caché à D_, qui ne pouvait que connaître l'existence de tous les sous-comptes au vu des transferts intervenus entre ceux-ci.
Postérieurement au 30 octobre 2011, 13 transferts de titres pour un total de CHF 9'921'137.- ont eu lieu entre les comptes -95 (supposé caché) et -95-1 (supposé visible) (ch. 101, rapport PWC). Par ailleurs, 2'857'500 actions RAPTOR ont été transférées du compte "
caché
" -95 au compte "
visible
" -95-1 et 1'443'604 actions RAPTOR ont été transférées du compte 95-1 au -95 (+ CH 10'924'850.- transférés en faveur du sous-compte visible 95-1; § 119 du rapport PWC).
S'agissant de la performance du sous-compte supposé caché -95, entre le 31.10.2011 et le 19.10.2016, l'activité sur celui-ci a engendré une perte de CHF 781'109.- (§ 124 du rapport PWC), soit :
- CHF 10'609'345.- de pertes sur les titres INTERNATIONAL MINERAL CORP, COPERNIC, PEARLGOLD, TETHYS et autres, et ![endif]>![if>
- CHF 9'828'237.- de gains sur les titres RAPTOR (+ CHF 8'615'008 sur le seul sous-compte -95), MONTANA, NORTHWEST BIO et autres.![endif]>![if>
Toutefois, en tenant compte des transferts de titres sans contre paiement effectués entre les 31 octobre 2011 et 19 octobre 2016, du compte -95 en faveur du compte -95-1, de CHF 14'147'304.- (§ 119 du rapport PWC; explications sur ce procédé et § 171-173 du rapport PWC), la performance sur le sous-compte -95 dit caché a dégagé un bénéfice de CHF 13'366'195.-
(§ 126 du rapport PWC).
d.q.b)
Lors de l'audience de jugement, les auteurs de ce rapport de décembre 2017, EMPLOYE PWC 1_et EMPLOYE PWC 2_, ont été entendus. Ils ont confirmé que, pour calculer la performance des sous-comptes dits cachés, il fallait isoler lesdits sous-comptes et tenir compte des transferts d'argent et de titres effectués gratuitement entre les sous-comptes dits cachés et ceux dits visibles et inversement. Cet isolement de sous-comptes ("
split
") était théorique et nécessaire au calcul de la performance des sous-comptes examinés, mais n'affectait pas la performance globale du portefeuille du client.
d.r)
Le compte de D_ 0251-_-9 a été séquestré à hauteur de CHF 42'042'221.-. Le solde de CHF 5'246'689.- au 31 décembre 2017 a été bloqué. Le compte DD_ INC. n'a pas été bloqué vu son solde nul.
La propriété de Eze appartenant à SCI DDD_ a fait l'objet d'une ordonnance de saisie pénale (PP 12/400'807).
d.s)
D_ a été entendu lors de l'audience de jugement le 17 janvier 2018.
Il a affirmé qu'il n'avait pas d'accès internet à ses comptes auprès de BANQUE A_, mais que ses conseillers financiers en avaient un. Il n'avait pas reçu non plus de relevés de comptes officiels de BANQUE A_. Il n'avait pas remarqué les crédits pour des montants importants sur le compte de DD_ INC.. Il ignorait également que des avances à terme avaient été octroyées sur son compte et que du trading avait été effectué notamment sur le titre ACCSYS. Au sujet des titres ALPHA_, D_ a maintenu ne rien savoir de cette société; il ne pouvait pas se rappeler avoir signé des instructions de transferts de titres à ce sujet. Il a contesté avoir signé l'instruction de transfert de titres du 19 mai 2011 (PP 17/600'576) en lien avec les transactions du 27 mai 2011. Il n'avait pas posé de questions pour savoir s'il avait subi des pertes lors de la crise des marchés en 2008 ou 2009 et X_ ne lui avait rien dit spontanément. Pour financer l'achat de sa villa de Eze, il avait de l'argent sur son compte auprès de BANQUE A_ et avait en plus demandé un prêt hypothécaire, qui se montait à environ EUR 14'000'000.-. Il avait effectué cet achat par le biais de sa société SCI DDD_.
e) E_
e.a)
E_ et EE_ INC. ont déposé plainte contre X_ le 23 février 2016, se constituant parties plaignantes au pénal et au civil (PP 100'719ss).
E_ a, depuis 2005, ouvert diverses relations bancaires auprès de BANQUE A_, en son nom ou au nom d'entités dont il est l'ayant-droit économique (PP 650'003), dont les relations suivantes :
- no 0251-_80-6 E_,![endif]>![if>
- no 0251-_85-1 EE_ INC. (ci-après : EE_ INC.).![endif]>![if>
La relation bancaire 0251-_80-6 est constituée des sous-comptes suivants :
Comptes courants
Date ouverture*
Date fermeture*
0251-_80-61 (CHF)
31.01.2006
06.06.2014
0251-_80-61-1 (CHF)
25.10.2011
actif
0251-_80-62 (USD)
29.11.2005
30.06.2017
0251-_80-62-1 (EUR)
29.11.2005
06.06.2014
0251-_80-62-2 (USD)
06.03.2006
20.04.2016
0251-_80-62-3 (GBP)
08.12.2006
06.06.2014
0251-_80-62-4 (CAD)
15.01.2007
06.06.2014
0251-_80-62-5 (SEK)
05.11.2012
22.06.2017
0251-_80-62-6 (USD)
25.10.2011
27.06.2017
0251-_80-62-7 (EUR)
25.10.2011
22.06.2017
0251-_80-62-8 (GBP)
25.10.2011
22.06.2017
0251-_80-62-9 (SGD)
05.11.2012
22.06.2017
0251-_80-62-10 (XAU)
05.11.2012
22.06.2017
0251-_80-62-11 (USD)
01.05.2013
26.06.2017
0251-_80-62-12 (EUR)
01.05.2013
23.06.2017
0251-_80-62-13 (GBP)
01.05.2013
22.06.2017
0251-_80-62-14 (SGD)
01.05.2013
actif
0251-_80-62-15 (USD)
02.04.2014
23.06.2017
Comptes de dépôt
0251-_80-65
29.11.2005
actif
0251-_80-65-1
07.09.2010
actif
0251-_80-65-2**
27.12.2011
08.04.2016
0251-_80-65-3
01.05.2013
26.06.2017
0251-_80-65-4
02.04.2014
08.04.2016
* selon rapport PWC décembre 2017 ** loan custody account
e.b)
E_ est seul signataire autorisé sur son compte personnel no 0251-_80-6.
E_ a toujours été le seul signataire autorisé sur le compte de EE_ INC.. Le 16 janvier 2013, Z_ a été autorisé par EE_ INC. à recevoir des informations sur le compte par email ou oralement et à recevoir la correspondance (annexes 11, rapport PWC décembre 2017). A cette même date, la communication par courriel avec Z_ a été autorisée sur les comptes no 0251-_85-1 et 0251-_80-6.
La correspondance de la banque concernant les relations bancaires no 0251-_80-6 et 0251-_85-1 était gardée en banque restante (rapport PWC décembre 2017).
A l'ouverture des comptes en 2005, EE_ INC.
et E_
ont signé la documentation bancaire relative à l'accès internet du compte permettant la consultation du compte par internet (
Application tu use DirectNet and/or the Business Center
) (annexes 8 et 19, rapport PWC décembre 2017).
E_ n'a jamais eu accès à son compte personnel par internet. Entre 2007 et 2015, il a tenté d'y accéder à 26 reprises, mais en vain en raison de l'expiration de ses droits d'accès (§ 64, rapport PWC décembre 2017).
Le 19 novembre 2014, CONSEILLER E_ a été autorisé à avoir l'accès internet, en mode consultation uniquement ("
Query Only
"), sur le compte de EE_ INC. et de E_ (annexes 9 et 21, rapport PWC décembre 2017).
Toutefois, dans le cadre des démarches pour donner à CONSEILLER E_ cet accès, X_ a demandé que CONSEILLER E_ ait accès seulement aux sous-comptes suivants ("
ONLY
valid for the following accounts and safekeeping accounts
") (rapport interne du 18.11.2014, annexe 22, rapport PWC décembre 2017) :
- 0251-_80-61-1![endif]>![if>
- 0251-_80-62-2![endif]>![if>
- 0251-_80-62-5 à 62-15![endif]>![if>
- 0251-_80-65-1![endif]>![if>
- 0251-_80-65-3![endif]>![if>
- 0251-_80-65-4![endif]>![if>
X_ a précisé que CONSEILLER E_ ne devait pas avoir accès ("
NOT
have any access
") aux sous-comptes (rapport interne du 18.11.2014, annexe 22 du rapport PWC décembre 2017) :
- -62![endif]>![if>
- -65![endif]>![if>
- 65-2.![endif]>![if>
Selon PWC, CONSEILLER E_ n'aurait jamais essayé de consulter les comptes par internet (§ 69 du rapport PWC décembre 2017).
e.c)
Lors de l'ouverture de la relation bancaire, un acte de nantissement général sur les avoirs a été signé par le client (cf.
General Deed of Pledge
du 19.11.2005, PP 100'770; relevé de compte au 19.10.2015; PP 100'905).
e.d)
Entre les 24 avril 2006 et 28 août 2009, des investissements ont été effectués dans "
des produits MEINL
" depuis les comptes de E_ soit dans six produits différents (§ 78 et 153, rapport PWC décembre 2017):
- ANR. MEINL EUROPEAN LAND 06-06 NAMEN-ZERT![endif]>![if>
- SHS ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD![endif]>![if>
- CT. CS INTL 07-10 (Exp.10) SHS MEINL EUR. LAND![endif]>![if>
- REG.SHS ATRIUM EUR. REAL ESTATE AUSTRIAN CERTIF![endif]>![if>
- CT.CS INTL 07-10 (Exp.10) SHS MEINL EUR. LAND![endif]>![if>
- SHS MEINL INTL POWER AUSTRIAN CERT.![endif]>![if>
Le montant total de ces investissements était de CHF 27'540'192.- et les pertes ont été de CHF 15'809'219.- (§ 78 et 153 du rapport PWC décembre 2017).
e.e)
Le 14 mars 2008, E_ (compte 0251-_80-65) a vendu à BBB_ LTD:
- 215'000 actions MIP pour un prix de EUR 2'150'000.-, alors que les actions valaient EUR 1'182'500.- au cours du jour de 5.5 (différence de EUR 989'000.-),![endif]>![if>
- 2'000'000 d'actions ALPHA_ pour un prix de USD 1'320'000.- (PP 651'217, avis de débit), alors que les actions valaient AUD 104'000.- (=USD 97.550) au cours du jour de 0.052 (différence de USD 1'222'450.-),![endif]>![if>
causant un préjudice à BBB_ LTD et un gain pour E_ de EUR 967'500.- et USD 1'222'450.-.
Aucune instruction de transfert ne figure à la procédure pour ces transferts de titres.
e.f)
Selon un contrat du 12 mai 2008, signé le 27 août 2008, BB_ SA a prêté à EE_ INC. la somme de USD 19'800'000.- (PP 16/600'556). Aucune instruction de transfert ne figure à la procédure.
Le 1
er
septembre 2008, BB_ SA a transféré USD 19'800'000.- à EE_ INC. (PP 601'325).
Lors de l'audition finale devant le Ministère public (PP 501'489), X_ a déclaré avoir établi lui-même ce contrat de prêt sur la base de modèles dont il disposait. Il n'avait pas falsifié de signatures sur ce contrat, mais celui-ci ne correspondait à aucune réalité économique.
e.g)
Les transferts suivants des comptes no 0251-_76-0 de B_, no 0251-_91-7 de BBB_ LTD ou no 0251-_23-1 de BB_ SA ont été effectués en faveur des comptes no 0251-_80-6 de E_ ou no compte: 0251-_85-1 de EE_ INC., pour un total de USD 26'493'151, EUR 118'000 et GBP 79'500.- :
Date
Donneur d'ordre
Montant
Devise
Bénéficiaire
Instruction
04.12.2009
B_
189'542
USD
E_
PP 600'540
11.12.2009
B_
221'600
USD
E_
PP 600'542
11.12.2009
B_
54'000
EUR
E_
PP 600'542
11.12.2009
B_
160'889
USD
E_
PP 600'542
21.12.2009
BBB_
121'120
USD
E_
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
79'500
GBP
E_
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
64'000
EUR
E_
PP 600'544
01.09.2008
BB_
19'800'000
USD
EE_ INC.
pas au dossier
28.12.2009
B_
3'000'000
USD
EE_ INC.
PP 600'569
28.12.2009
B_
3'000'000
USD
EE_ INC.
PP 600'569
Tous les avis de débit correspondant auxdits transferts figurent à la procédure.
Les paiements ont tous été effectués au mois de décembre 2009, à l'exception de celui de USD 19'800'000.- qui a eu lieu en septembre 2008.
Tous les paiements faits en faveur de E_ sont identiques (mêmes dates, mêmes montants) à ceux faits pour D_, à l'exception des "prêts" et des paiements de deux fois USD 3'000'000.-. Il est précisé à cet égard que le transfert de USD 160'889 correspond à EUR 109'228 transféré à D_ qui correspondent à GBP 98'000.- selon l'instruction.
S'agissant des deux transferts de USD 3'000'000.- effectués du compte de B_ au compte de EE_ INC., deux relevés de compte figurent à la procédure: comportant tous deux le logo de BANQUE A_. Le premier mentionne que les transferts ont été effectués par B_ ("
Payment B_
", PP 16/501'420) alors que le second indique qu'il s'agit d'une réduction d'un dépôt fiduciaire ("
Fiduciary call deposit – reduction
", PP 16/501'422).
e.h)
Selon une note du 19 mai 2011, signée par E_, l'intéressé cherchait à acquérir, fin mai-début juin, de gré-à-gré (transactions OTC) :
- 500'000.- actions TETHYS PETROLEUM LTD pour un prix attendu de CAD 585'000.- à un cours de CAD 1.29,![endif]>![if>
- 300'000 actions INTERNATIONAL MINERALS CORP. pour un prix attendu de CHF 2'055'000.- à un cours de 6.85,![endif]>![if>
- 200'000 actions RAPTOR pour un prix attendu de USD 836'000 à un cours de 4.18.![endif]>![if>
La note précisait que "
for market price the day of transaction: will be rounded + 2% / - 2 % around the spot. but will be confirmed by phone BEFORE transaction
" (PP 600'573).
Dans un courrier du 24 mai 2011 rédigé en français (PP 600'574), X_ a informé "
B_
", soit B_, de la liste des transactions possibles en fonction des prix du marché actuels et des quantités qui pouvaient être vendues de gré-à-gré. Si tout le monde était d'accord sur le prix, les transactions pourraient se faire fin mai-début juin. Il était question des titres suivants :
-
"372'000 actions de MONTANA TECH CHF 6 minimum,
![endif]>![if>
-
600'000 actions INTERNATIONAL MINERALS, prix du marché actuel CHF 6.95,
![endif]>![if>
-
1'000'000 d'actions TETHYS PETROLEUM, prix du marché actuel CAD 1.24,
![endif]>![if>
-
200'000 actions RAPTOR, prix du marché actuel USD 5.63".
![endif]>![if>
X_ précisait dans ce courrier que les prix étaient indicatifs et que le jour de la transaction, B_ serait contacté pour avoir son accord sur le prix, ce dernier étant encore invité à signer le courrier en question pour accord. Le courrier en question est signé par B_ (PP 600'574).
Une note récapitulative a été établie, laquelle consolide les transferts envisagés de D_, E_ et B_ (PP 600'575).
Le 27 mai 2011, E_ a acheté à B_ :
- 500'000.- actions TETHYS PETROLEUM LTD pour un prix de CAD 600'000.- (avis de crédit, PP 651'223), alors que la valeur des actions était de CAD 645'000.- au cours de 1.29 (bénéfice E_ de CAD 45'000.-),![endif]>![if>
- 300'000 actions INTERNATIONAL MINERALS CORP. pour un prix de CHF 2'100'000.- (avis de crédit PP 651'226), alors que la valeur des actions était de CHF 2'082'000.- au cours de 6.94 (perte E_ de CHF 18'000.-),![endif]>![if>
- 200'000 actions RAPTOR pour un prix de USD 1'300'000.- (avis de crédit PP 651'229), alors que la valeur des actions était de USD 1'064'000.- au cours de 5.32 (perte E_ de USD 236'000.-).![endif]>![if>
e.i.a)
V_ LTD
Par courriels des 14 mars, 20 mars, 15 mai et 16 mai 2012, X_ a demandé à ses collègues, _, respectivement COLLEGUE 1_, de transférer huit montants totalisant USD 775'000.- du compte de EE_ INC. (USD 12-3) au compte de SOCIETE 5_ LTD, les montants en question devant être prélevés sur le compte courant -62 de E_ (pièces versées à l'audience de jugement par Me JEANNERET).
Entre les 19 mars et 19 mai 2012, E_ a versé à EE_ INC. sur son compte courant no _85-12-3, qui a versé à SOCIETE 5_ LTD (PP 23/607'196) huit montants pour un total de USD 775'000.- (PP 18/600'953, liste des versements; relevé de compte EE_ INC. au 31.03.2012 et au 30.06.2012, pce versée à l'audience de jugement par Me JEANNERET).
Par la suite, SOCIETE 5_ LTD a transféré à V_ LTD sur un compte bancaire à Riga, en Lettonie (IBAN LV86 _ 7, classeur SOCIETE 5_ LTD), dont l'ayant droit économique est F_, USD 400'000.- le 27 mars 2012 et USD 370'000.- le 23 mai 2012.
X_ a précisé que, juste avant le transfert de EE_ INC. à SOCIETE 5_ LTD, il avait effectué un transfert du compte de B_ en faveur du compte EE_ INC. (PP 13/500'124).
Le transfert mentionné ci-dessus par X_ ne figure pas à la procédure.
Les explications de X_ sur les raisons du transfert à V_ LTD ont varié (cf. consid. f.i.). Le 29 juin 2016, X_ a précisé avoir agi de la sorte sans doute pour couvrir les pertes de V_ LTD (PP 500'823).
e.i.b)
W_ LLP
Par courriels des 11 mai, 15 mai et 17 mai 2012, X_ a demandé à sa collègue, COLLEGUE 1_, de transférer cinq montants totalisant USD 1'115'000.- du "
nouveau
" compte en USD 0251-_85-1 de EE_ INC. au compte de W_ LLP avec la référence "
confirmé par client par téléphone à l'instant
", "
confirmé hier par client
" ou "
confirmé par client par téléphone à l'instant
" (pces versées à l'audience par Me JEANNERET). Parmi ces transferts figure un montant de USD 750'000.-, dont le motif du transfert devait indiquer "
12-month loan agreement 02/04/2012 number L2012/11/12
" (cf. email du 17 mai 2012, pce déposée à l'audience par Me JEANNERET). A cet égard, X_ a indiqué à son assistante, par courriel du 18 mai 2012 : "
C était _ ou W_? E_ ne se souvient plus du nom
", ce à quoi son assistante a répondu "
W_
" (pces déposées à l'audience par Me JEANNERET).
Entre les 11 et 18 mai 2012, E_ a versé sur le compte de EE_ INC., qui a versé à W_ LLP sur son compte bancaire en Lettonie (LV61 AIZK _ 4) les quatre montants suivants (relevé de compte, PP 23/607'196; liste des versements PP 600'953), totalisant USD 1'115'000.-
(sans les frais de USD 54.- par transfert) :
- USD 135'000.- le 11.05.2012,![endif]>![if>
- USD 135'000.- le 11.05.2012,![endif]>![if>
- USD 95'000.- le 15.05.2012,![endif]>![if>
- USD 750'000.- le 18.05.2012.![endif]>![if>
Devant le Ministère public le 3 novembre 2016 (PP 16/501'148), interrogé sur les raisons du transfert de EUR 250'000.- à W_ LLP, X_ a, tout d'abord, déclaré ne pas connaître cette société, avant d'indiquer qu'il avait prêté de l'argent à Q_ à deux reprises. Il s'agissait peut-être d'un de ces prêts, Q_ lui ayant parlé d'investissements dans les pays baltes. Il n'avait plus de contacts avec Q_, qui ne répondait plus au téléphone. Il pensait que celui-ci était gravement malade. Aussi, les prêts n'avaient pas été remboursés.
e.j)
Le 31 octobre 2011, une avance à terme de plus de USD 40'000'000.- (équivalent de CHF 36'110'775.- selon p. 2 du rapport PWC décembre 2017; USD 47'336'000.- au 14.09.2015, PP 100'948) a été octroyée sur le sous-compte 0251-_80-65-2, qui n'était pas consultable par internet.
Au 31 octobre 2011(PP 601'656 et rapport PWC décembre 2017), les sous-comptes suivants présentaient un solde de :
- -62 : CHF 17'984'821.-![endif]>![if>
- -65 (safekeeping) : CHF 33'496'471.-![endif]>![if>
- -65-1 (safekeeping) : -![endif]>![if>
e.k)
En septembre 2013, X_ a adressé un relevé de compte de BANQUE A_ au 09.09.2013, généré le 10.09.2013. Ce relevé mentionnait qu'une avance à terme fixe s'élevait à USD 51'884'000.- et les investissements dans les actions ou produits similaires, "
equities & similar
", à USD 50'834'766.- (PP 100'755 ou 16/501'236).
Soutenant ne pas avoir conclu d'avance à terme fixe, le conseil de E_ a interrogé X_ à cet égard, lequel a répondu qu'il s'agissait d'une erreur.
X_ a alors communiqué un nouveau relevé de compte. L'avance à terme fixe ne figurait plus sur le relevé de compte de BANQUE A_ au 9 septembre 2013, généré cette fois le 20 décembre 2013, alors que les "
equities & similar
", s'élevaient à USD 12'807'100.- (PP 100'756). Ne figuraient plus sur ce relevé de compte, alors qu'ils figuraient sur le premier relevé transmis, les investissements suivants :
- 205'000 actions PEARLGOLD,![endif]>![if>
- 11'650'000 actions ACCSYS TECHNOLOGIES,![endif]>![if>
- 1'034'040 actions EURASIAN NATURAL RESOURCES,![endif]>![if>
- 440'000 actions INTERNATIONAL MINERALS CORP,![endif]>![if>
- 1'840'000 actions RAPTOR PHARMACEUTICAL CORP,![endif]>![if>
- 62'500 actions NORTHWEST BIOTHERAPEUTICS INC,![endif]>![if>
- 6'900'000 actions TETHYS PETROLEUM LTD.![endif]>![if>
E_ s'est enquis auprès de X_ de la raison de cette différence, toujours par le biais de son conseil. Sur demande de celui-ci, X_ a fait parvenir au client les relevés de comptes fiscaux de 2012, 2013 et 2014, lesquels ne font pas apparaître d'avance à terme (PP 100'778), mais un profit pour le client en lien avec du trading sur le titre RAPTOR en 2014 de USD 459'402.- (PP 100'852).
S'agissant de la raison de l'erreur susmentionnée, X_ a déclaré devant le Ministère public le 14 juin 2016 (PP 14/500'641), avoir répondu au client que celle-ci résultait du fait qu'il y avait un client homonyme et, le 23 novembre 2016 (PP 16/501'222), avoir rétorqué que le premier relevé de compte envoyé n'était pas un document officiel, ne comportant ni le logo ni le numéro de compte ou le nom du client.
e.l)
Entendu le 14 juin 2016 par le Ministère public (PP 500'637), E_ a indiqué avoir rencontré X_ trois ou quatre fois par an et avoir eu des contacts téléphoniques avec le précité en moyenne une fois par mois. Son conseiller financier, Z_, avait des contacts plus réguliers. Néanmoins, Z_ ne décidait pas des investissements à effectuer, mais pouvait faire des propositions, tout comme X_. Jusqu'en 2010, E_ recevait la documentation bancaire au bureau de BANQUE A_ de Moscou. Depuis la fermeture de ce bureau, X_ envoyait les relevés par email à Z_ ou les remettait en mains propres à E_. Ces relevés n'étaient pas effectués sur papier à en-tête de BANQUE A_.
X_ a indiqué avoir décidé avec le client de remplacer, en 2007 déjà, les relevés de BANQUE A_ par des états de situation sur tableau Excel qu'il envoyait aux clients. Il a reconnu avoir adressé à D_ et E_ de faux états de situation à partir de 2007 "
sans doute
", à savoir lorsque les titres MEINL avaient commencé à "
dévisser
". Il avait traîné l'écart de performance à la suite de la chute des titres MEINL jusqu'en 2012, date à laquelle il avait ouvert des "
sous-comptes invisibles
" sur lequel il "
logeait les pertes accumulées
", soit les pertes MEINL et celles liées à l'évolution des marchés.
E_ a précisé que, dans le cadre de son divorce, il avait transféré à son épouse des titres à hauteur de USD 35'000'000.- auxquels il fallait encore ajouter un montant de USD 5'000'000.-. X_ s'était occupé du transfert. E_ n'avait pas vérifié de quel compte ces montants avaient été débités. Il n'avait pas eu de raison de le faire.
X_ a confirmé (PP 501'414) que E_ ne lui avait pas posé de questions à propos du transfert de USD 67'546'506.- du 31 octobre 2011. Le client ne lui avait jamais posé de question sur l'origine des fonds crédités sur les comptes visibles.
Le 23 novembre 2016, X_ a reconnu avoir contracté l'avance à terme du 31 octobre 2011 à l'insu du client. Du fait du trading opéré sur les sous-comptes de E_, celui-ci avait subi des pertes qu'il estimait à environ 13'000'000.-, étant précisé qu'à l'ouverture des sous-comptes, X_ avait transféré sur ceux-ci "
une partie des pertes
" subies en 2008 et 2009. L'envoi du deuxième relevé de compte du 9 septembre 2013 avait pour but de dissimuler au client les opérations de trading qu'il effectuait. Au final, il ignorait si le trading non-autorisé qu'il avait effectué avait comblé ou aggravé les pertes enregistrées (PP 16/501'222); pour le savoir, il convenait de déterminer le montant transféré sur les sous-comptes au moment où il avait décidé de les utiliser.
Le 12 janvier 2017, X_ a précisé que les comptes "
cachés
" étaient des anciens comptes qu'il avait réactivés, à savoir les sous-comptes -61, -62 et -62-1. Le compte 62-6 était un compte "
visible
"; celui-ci recevait les paiements de la part de EE_ INC. Les comptes 61-1, 62-6, 62-7, 62-8, tous ouverts le 25 octobre 2011, étaient les principaux comptes "
visibles
" de E_ (PP 16/501'416).
e.m)
Selon BANQUE A_, E_ était au courant de l'existence des sous-comptes prétendument "
cachés
" (
alleged hidden
) (PP 19/601'533ss). Par ailleurs, se fondant sur une étude réalisée par PWC, BANQUE A_ soutenait que ces comptes "
cachés
" avaient généré un bénéfice d'environ + CHF 4'500'000.- si les transferts de titres entre les comptes "
cachés
" et les comptes "
visibles
" avaient été payés et non effectués "
free of payement
" (démonstration PWC : PP 20/601'655ss et PP 601'861,
Projet Dino Analysis of C2 accounts
).
X_ a confirmé que pour lui, il était normal de valoriser comptablement des titres transférés de sous-comptes cachés sur des comptes visibles au moment de leur transfert comme s'il s'agissait d'une vente effective (PP 16/501'493).
Par ailleurs, toujours selon BANQUE A_ (PP 19/601'669ss), qui se fondait sur une autre étude réalisée par PWC, les investissements effectués en lien avec l'action RAPTOR avaient globalement dégagé un bénéfice pour le client de + CHF 14'808'957.- (PP 601'671 revu par PP 601'855,
Projet Dino Analysis of C2's Investments in Raptor shares
, ce montant comprenant le bénéfice retiré du transfert des actions RAPTOR à B_ à un prix surcoté). Il est relevé de nombreux transferts de titres RAPTOR entre le compte "
caché
" 0251-_80-65000 et les comptes "
visibles
" 0251-_80-65-1 et 0251-_80-65-4 (PP 601'671, 601'859
Projet Dino
Analysis of C2's Transfer on the hidden accounts
).
Il résulte des pièces bancaires des comptes de E_ qu'un certain nombre de transactions ont eu lieu entre des comptes "
visibles
" et des comptes prétendument cachés. Ainsi, à titre exemplatif :
- le 1
er
novembre 2011 (date valeur), un prêt de USD 40'507'000.- a été octroyé sur le compte "
caché
" 0251-_80-62 et le client a réduit un dépôt fiduciaire de USD 18'448'102.- (PP 601'541), ![endif]>![if>
- le même jour (date valeur), ont été transférés des comptes "
cachés
" 0251-_80-62-1 et "
visible
" 0251-_80-62-3 sur ce même compte "
caché
" 0251-_80-62 les montants de USD 1'368'882.- et USD 7'212'373.- (opérations Forex) (PP 601'541),![endif]>![if>
- ces crédits lui ont permis (les comptes "
visibles
" n'étant pas créditeurs d'une telle somme) de transférer USD 67'546'506.- de ce compte "
caché
" 0251-_80-62 sur le compte "
visible
" 0251-_80-62-6 (PP 601'556), montant investi dans des dépôts fiduciaires,![endif]>![if>
- le 3 mai 2012, ce dépôt fiduciaire a été réduit de USD 35'000'000.-, montant qui a été transféré le même jour sur le compte de l'épouse E_A (PP 601'565),![endif]>![if>
- le 2 juillet 2013, un prêt de USD 57'752'000.- a été conclu sur le compte "
caché
" 0251-_80-62, lequel a permis le remboursement d'un prêt de USD 53'251'717.- (PP 601'580),![endif]>![if>
- le même jour, USD 4'500'000.- ont été transférés du compte "
caché
" 0251-_80-62 sur le compte "
visible
" 0251-_80-62-11, montant investi, avec d'autres avoirs, en dépôts fiduciaires,![endif]>![if>
- le 14 octobre 2014, le client a réduit ses dépôts fiduciaires de USD 4'800'000.- et a transféré USD 4'900'000.- à son épouse E_,![endif]>![if>
- le compte "
caché
" 0251-_80-62 a permis le paiement de dépenses liées à une carte de crédit (PP 601'614).![endif]>![if>
e.n.a)
Selon un rapport de PWC de décembre 2017, mandaté par BANQUE A_, via son conseil zurichois, les pertes subies (pertes réalisées) par E_ depuis l'ouverture de ses comptes jusqu'au 30 octobre 2011 s'élevaient à CHF 35'207'489.- (montant qui tient compte du transfert des actions à BETA_ au "
prix du marché
" de CHF 700'810.-), dont CHF 15'809'219.- de pertes dues à la chute du prix des actions "MEINL" et le solde à la crise financière de 2008/2009.
Ces pertes totales de CHF 15'809'219.- se décomposent de la manière suivante (§ 153 du rapport PWC) :
SHS ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD
+ 2'185'529
CHF
CT. CS INTL 07-10 SHS MEINL EUR. LAND
– 3'113'778
CHF
REG. SHS ATRIUM EUR. REAL ESTATE AUSTRIAN CERT.
– 7'374'278
CHF
ANR. MEINL EUR. LAND 06-06 NAMEN-ZERT.
+ 425
CHF
CT. CS INTL 07-10 SHS MEINL EUR. LAND
– 5'850'082
CHF
SHS MEINL INTL POWER AUSTRIAN CERT.
– 1'657'034
CHF
Les pertes liées aux actions "
MEINL
" de CHF 15'809'219.- résultaient d'investissements effectués du 24 avril 2006 au 28 août 2009 (§ 78 et 116 du rapport PWC) à hauteur de CHF 27'540'192.-, ce qui constituait le deuxième plus important investissement effectué par le client après celui dans RAPTOR et l'investissement ayant généré la plus grosse perte pour le client (§ 116 et 119 du rapport PWC).
Jusqu'au 7 septembre 2010, le compte no 0251-_80-6 de E_ ne disposait que d'un seul compte de dépôt (
safekeeping account
), soit le sous-compte -65. A cette date, un autre compte de dépôt a été ouvert (-65-1), lequel n'a servi qu'à des investissements dans RAPTOR (§ 54 et 114 du rapport PWC).
Le paiement des actions "MEINL" a été effectué par le biais du seul compte en euros de E_, le sous-compte -62-1, duquel des paiements en faveur de la société du précité ont été effectués ou qui a servi au paiement de la carte de crédit (§ 145 du rapport PWC).
Au 30 octobre 2011, le solde du compte (
balance
) -65 était de CHF 33'496'471.-, sur lequel étaient déposés 13 titres différents, dont aucun titre "
MEINL
" (§ 103 et 131 du rapport PWC).
Par ailleurs, selon PWC, aucun compte n'avait été caché à E_, qui ne pouvait que connaître l'existence de tous les sous-comptes au vu des transferts intervenus entre ceux-ci.
Postérieurement au 30 octobre 2011, six transferts de titres pour un total de CHF 15'657'367.- ont eu lieu entre le compte -65 (supposé caché) et des comptes supposés visibles (§ 104 du rapport PWC). Par ailleurs, 2'822'500 actions RAPTOR ont été transférées du compte "
caché
" -65 à des comptes "
visibles
" (+ CHF 15'572'817.- transférés en faveur de sous-comptes visibles; § 104 du rapport PWC).
S'agissant de la performance du sous-compte supposé caché -65, entre le 31 octobre 2011 et le 19 octobre 2016, l'activité sur celui-ci a engendré une perte de CHF 11'106'323.- (§ 134 du rapport PWC), soit :
- CHF 20'766'243.- de pertes sur les titres INTERNATIONAL MINERAL CORP, COPERNIC, PEARLGOLD, TETHYS, EURASIAN NATURAL CORP. et autres, et ![endif]>![if>
- CHF 9'659'919.- de gains sur les titres RAPTOR (+ CHF 8'256'702 sur le seul sous-compte -65), KAZAKHMY'S, ACCSYS et autres.![endif]>![if>
Toutefois, en tenant compte des transferts de titres sans contre paiement effectués entre les 31 octobre 2011 et 19 octobre 2016, du compte -65 en faveur des comptes -65-1 et -65-3, de CHF 5'598'859.- et CHF 12'895'177.- (§ 136 du rapport PWC; explications sur ce procédé, § 179-181 du rapport PWC), la performance sur le sous-compte -65 dit caché a dégagé un bénéfice de CHF 7'387'713.- (§ 136 du rapport PWC).
e.n.b)
Les auteurs de ce rapport PWC de décembre 2017 ont été entendus au cours de l'audience jugement (cf. considérant d.q.b).
e.o)
Les comptes de E_ ont été séquestrés à hauteur de CHF 30'847'435.-.
Le solde de CHF 30'880'802.- au 31 décembre 2017 sur le compte de E_ a été bloqué (PP F.1.1./650'002).
Le compte de EE_ INC. a été séquestré à hauteur de CHF 20'000.-.
e.p)
E_ a été entendu lors de l'audience de jugement le 17 janvier 2018.
Il a confirmé ne pas avoir remarqué les versements effectués sur son compte ou sur celui de EE_ INC., notamment celui de USD 19'800'000.-. X_ ne lui faisait voir que ce qu'il voulait. E_ a précisé qu'en 2008, les avoirs de EE_ INC. auprès de BANQUE A_ se montaient à une quarantaine de millions. Il n'avait pas non plus connaissance de versements du compte de EE_ INC. en faveur de V_ LLP et de W_ LLP. Il n'avait pas d'accès internet à ses comptes auprès de BANQUE A_ et n'avait reçu aucun relevé officiel de BANQUE A_ entre 2006 et 2015. Il recevait surtout des documents imprimés sur papier. Il ignorait également que des avances à terme avaient été octroyées sur son compte personnel. Il était au courant que du trading était effectué sur le titre RAPTOR, lequel ne représentait que 900'000 actions de ce titre. Il ignorait qu'en réalité, X_ faisait du trading sur ce titre en plus grande quantité. Lorsqu'en 2014, les actions RAPTOR avaient chuté, E_ avait appelé la banque, qui lui avait répondu, alors que X_ était absent, qu'il détenait également 9'500'000 d'autres actions RAPTOR, ce qu'il ignorait. Il avait alors appelé X_, qui lui avait envoyé des documents ne mentionnant que les 900'000 actions, dont il avait connaissance, ainsi qu'un prêt de USD 51'800'000.-, dont il ignorait l'existence. Contacté à cet égard, X_ lui avait transmis de nouveaux documents ne mentionnant ni les 9'500'000 actions RAPTOR ni le prêt précité. Il avait expliqué qu'il s'agissait d'une erreur, qu'il existait un autre client du nom de E_, ce que E_ n'avait pas cru. E_ estimait avoir subi une perte de USD 7'400'000.- du fait des agissements de X_. Il n'avait pas été surpris de n'avoir subi que des pertes minimes lors de la crise financière dans la mesure où le profil d'investissement de son portefeuille était peu risqué. Il avait investi dans RAPTOR en 2013, soit après la crise, et le reste de son portefeuille était très conservateur.
Au sujet des comptes dits "
cachés
", E_ a précisé que X_ choisissait l'information qu'il souhaitait voir transmise et E_ ne connaissait l'état de son compte que par le biais de cette communication. Il ignorait de quel compte était débité l'argent des transferts qu'il souhaitait voir exécutés. Il estimait ne pas avoir à contrôler si X_ le trompait.
Il a contesté avoir signé l'instruction de transfert de titres du 19 mai 2011 (PP 17/600'573) en lien avec les transactions du 27 mai 2011. D'ailleurs, durant toute la relation bancaire, il n'avait signé qu'une seule instruction de transfert, qui concernait un versement effectué en faveur de son épouse. Les instructions d'achat ou de vente de titres se faisaient toujours par téléphone.
f) F_
f.a)
F_ a déposé plainte pénale contre X_ le 4 août 2016, se constituant partie plaignante au pénal et au civil (PP 102'002ss)
F_ est titulaire ou ayant-droit économique de 7 relations bancaires auprès de BANQUE A_ (PP 650'003), dont :
- no 0251-_90-7
Dream
au nom de F_,![endif]>![if>
- un compte au nom de FFF_ CORP.,![endif]>![if>
- un compte au nom de _.![endif]>![if>
F_ est l'ex-épouse de G_.
CONSEILLERE F_ (PP 501'415) était la directrice financière de G_ et de F_.
Le 26 avril 2005, F_ a ouvert le compte no 0251-_90-7 intitulé
Dream
(cf. PP 102'089ss
; Client Not
es, PP 102'089ss;
KYC
, PP 102'199ss). La cliente avait un accès internet à ses comptes. Depuis 2007 jusqu'à 2016, F_ ou un utilisateur autorisé a accédé, plusieurs fois par semaine, au compte
Dream
, dont 64 fois en 2007, 178 fois en 2008 ou 342 fois en 2009 (cf. tableau, PP 601'681).
f.b)
Il ressort des relevés du compte
Dream,
produits par Me HASSBERGER lors de l'audience de jugement, que F_ a acheté :
- le 27 avril 2007, 100'200 actions MEINL AIRPORT INTERNATIONAL LTD au prix de EUR 1'002'000.-,![endif]>![if>
- le 13 juillet 2007, 25'000 actions MEINL AIRPORT INTERNATIONAL LTD au prix de EUR 238'568.75,![endif]>![if>
- le 31 juillet 2007, 200'000 actions MIP au prix de EUR 2'000'000.-,![endif]>![if>
- entre les 30 mai 2007 et 19 juin 2007, 4'590'920 actions ALPHA_ en 17 transactions.![endif]>![if>
Il ressort du relevé établi par X_ au 14 septembre 2007 (pièce 55 produite en audience de jugement) que F_ détenait sur son compte 125'200 actions MIP, 200'000 actions MIP et 4'590'920 actions ALPHA_.
f.c)
Le 14 mars 2008, F_ a vendu à BBB_ LTD pour un prix de EUR 3'252'000.- :
- 125'200 actions MIP, alors que les actions valaient EUR 582'180.- au cours du jour de 4.65 et![endif]>![if>
- 200'000 actions MIP, alors que les actions valaient EUR 1'100'000.- au cours du jour de 5.5,![endif]>![if>
causant une perte pour B_ et un gain pour F_ de EUR 1'569'820.-.
Ce même 14 mars 2008, F_ a vendu à BBB_ LTD 4'590'920 actions ALPHA_ pour un prix de USD 3'030'000.-, alors que les actions valaient AUD 238'728.- (= USD 223'922.-) au cours du jour de 0.052 (perte B_ de USD 2'806'078.-).
Aucun ordre de transfert ne figure à la procédure pour le 14 mars 2008.
f.d)
Sur la base d'instructions de transfert non datées et non signées émanant prétendument de B_ (PP 600'570), mais datant selon les avis de transfert du 27 novembre 2008, F_ a vendu à BBB_ LTD (PP 651'253-4) des titres à des prix supérieurs au marché, soit :
- 582'000 actions ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD, à un prix de EUR 5'239'000.- (PP F.1.10/651'252), alors que les actions valaient EUR 1'059'240.- au cours de 1.82,![endif]>![if>
- 1'854 titres ARLINGTON INTERNATIONAL FUND LTD, à un prix de USD 301'000.- (PP 651'302), alors que les titres valaient USD 98'206.- au cours de 52.97,![endif]>![if>
- 433 titres THORNHIL GLOBAL LTD, à un prix de USD 241'000.-, alors que les titres valaient USD 18'021.- au cours de 41.62 (PP 651'308),![endif]>![if>
- 266 titres RESOLUTE CAPITAL GROWTH FUND à un prix de USD 333'000.-, alors que les titres valaient USD 33'343.- au cours de 125.35 (PP 651'305),![endif]>![if>
- 28'095 titres MAGELLAN MULTI-STRATEGY FUND à un prix de USD 1'980'000.-, alors que les titres valaient USD 1'095'986.- au cours de 39.01 (PP 651'269),![endif]>![if>
causant un préjudice à BBB_ LTD et un gain pour F_ de EUR 4'179'760.- et USD 1'609'444.-.
Par courriel du 12 décembre 2008 (PP 27/614'034), X_ a informé CONSEILLERE F_ des ventes susmentionnées aux prix susmentionnés.
Sur la base d'instructions de transfert signées le 30 septembre 2009 par B_ (PP 17/600'538), mais exécutées à la date valeur du 2 octobre 2009, F_ a vendu à B_ (PP F.1.10/651'287-8) trois sortes de titres contre six paiements à des prix inférieurs au marché soit :
- 300'000 titres REGD. GLOBAL NOTES M-REAL CORP 2006 1.4.13 VARIABLE RATE REG-S SENIOR, à un prix de EUR 484'300.- (PP 651'284. 651'284), alors que les titres valaient EUR 220'200.- au cours de 0.734,![endif]>![if>
- 400'000 titres 7 7/8 EURO MEDIUM-TERM NOTE ALB FINANCE BV 2007-1.2.12 à un prix de EUR 307'661.- (PP 651'286, 651'286), alors que les titres valaient EUR 90'000.- au cours de 0.225,![endif]>![if>
- 500'000 titres ENHANCED RETURN NOTE J.P. MORGAN INTERNATIONAL DERIVATIVES LTD 2007 - 13.1.12, à un prix de EUR 393'600.- (PP 651'285, 651'285), alors que les titres valaient EUR 194'500.- à un cours de 0.389.![endif]>![if>
B_ a encore payé le même jour à F_ :
- USD 1'322'622.- (PP 651'281),![endif]>![if>
- USD 893'231.- (PP 651'282),![endif]>![if>
- USD 713'147.- (PP 651'283),![endif]>![if>
causant un préjudice à BBB_ LTD et un gain pour F_ de EUR 680'861.- et USD 2'929'000.-.
Par courriel du 1
er
octobre 2009 (PP 27/614'019), X_ a informé CONSEILLERE F_ que
Dream
et GG_ LTD allaient recevoir des montants en lien avec la vente de certains titres, soit concernant
Dream
:
"
you sold Valor 2901188 for EUR 393'600
you sold Valor 3307425 for EUR 484'300
you sold Valor 2502851 for EUR 307'661
you received USD 1'322'622 on the product Lyxor SGA 13
you received USD 893'231 on Copernic C
you received USD 713'147 on Copernic A
".
f.e)
Les transferts suivants des comptes no 0251-_76-0 de B_ ou no 0251-_91-7 de BBB_ LTD ont été effectués en faveur du compte no 0251-_90-7
Dream
de F_, pour un total de USD 13'308'761.- et EUR 2'401'524.- :
Date
Donneur d'ordre
Montant
Devise
Bénéficiaire
Instruction
09.07.2009
BBB_
923'524
EUR
DREAM
PP 600'536
09.07.2009
BBB_
776'800
EUR
DREAM *
PP 600'536
09.07.2009
BBB_
701'200
EUR
DREAM *
PP 600'536
09.07.2009
BBB_
615'000
USD
DREAM
PP 600'536
09.07.2009
BBB_
471'500
USD
DREAM
PP 600'536
09.07.2009
BBB_
322'100
USD
DREAM
PP 600'536
21.12.2009
BBB_
19'163
USD
DREAM
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
16'321
USD
DREAM
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
83'650
USD
DREAM
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
153'000
USD
DREAM
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
224'825
USD
DREAM
PP 600'544
22.12.2009
BBB_
1'353'000
USD
DREAM
PP 600'545
22.12.2009
BBB_
1'251'000
USD
DREAM *
PP 600'545
22.12.2009
BBB_
552'341
USD
DREAM
PP 600'545
22.12.2009
BBB_
359'263
USD
DREAM
PP 600'545
22.12.2009
BBB_
313'200
USD
DREAM *
PP 600'545
22.12.2009
BBB_
221'300
USD
DREAM *
PP 600'545
22.12.2009
BBB_
55'632
USD
DREAM
PP 600'545
04.12.2009
B_
661'360
USD
DREAM
PP 600'540
04.12.2009
B_
331'721
USD
DREAM
PP 600'540
04.12.2009
B_
223'654
USD
DREAM
PP 600'540
11.12.2009
B_
350'000
USD
DREAM *
PP 600'542
11.12.2009
B_
276'560
USD
DREAM *
PP 600'542
11.12.2009
B_
751'659
USD
DREAM
PP 600'542
11.12.2009
B_
66'000
USD
DREAM *
PP 600'542
11.12.2009
B_
500'000
USD
DREAM
PP 600'542
11.12.2009
B_
354'697
USD
DREAM
PP 600'542
24.12.2009
B_
1'151'500
USD
DREAM
PP 600'547
24.12.2009
B_
221'331
USD
DREAM
PP 600'547
24.12.2009
B_
76'000
USD
DREAM
PP 600'547
24.12.2009
B_
221'300
USD
DREAM
PP 600'547
24.12.2009
B_
439'000
USD
DREAM
PP 600'547
24.12.2009
B_
1'251'600
USD
DREAM *
PP 600'547
24.12.2009
B_
385'600
USD
DREAM *
PP 600'547
24.12.2009
B_
19'163
USD
DREAM *
PP 600'547
24.12.2009
B_
16'321
USD
DREAM *
PP 600'547
Comme mentionné par X_ dans un courriel adressé à CONSEILLERE F_ (cf. PP 601'687), les montants visés par un astérisque (*), versés sur le compte
Dream
les 11 décembre 2009, 22 et 24 décembre 2009 totalisant USD 4'150'744.-, n'ont fait que transiter sur le compte
Dream
avant d'être reversés, le 24 décembre 2009, à GG_ LTD (cf. pièce 58a, avis de débit du 24.12.2009).
Tous les avis de débit correspondant auxdits transferts figurent à la procédure.
Par courriel du 8 juillet 2009 (PP 501'424 ou 26/614'005), X_ a expliqué à CONSEILLERE F_ que
Dream
et GG_ LTD avaient reçu le jour même trois versements, soit USD 471'500.-, USD 322'100.- et USD 615'000.-, en donnant les explications suivantes: le premier montant était en lien avec MILLENNIUM EMERGING – tout en indiquant que la position serait toujours inscrite à sa valeur originelle sur les relevés de compte du BANQUE A_ -, le second avec RESOLUTE et le troisième avec le produit LYXOR X3 SGA 13. Par ailleurs, tant
Dream
que GG_ LTD allaient recevoir d'autres paiements.
Dans un courriel de 2010 (PP 601'687), X_ a également expliqué à CONSEILLERE F_ l'origine des versements de décembre 2009, soit des "
repayments
" de certains fonds de placement ou des ventes d'actions.
f.f)
F_ est ayant-droit économique de V_ LTD, société de domiciliation incorporée aux Seychelles, disposant d'un compte bancaire en Lettonie, à Riga, et auprès de BANQUE SAISIE 13_.
Le 15 février 2010, USD 100'000.- ont été versés du compte ouvert au nom de l'épouse de X_ auprès de BANQUE SAISIE 8_, à Monaco, à V_ LTD sur son compte auprès de BANQUE SAISIE 13_, Londres. Ce montant provenait du compte CC_ LTD.
Entre le 19 mars 2012 et le 16 mai 2012, EE_ INC. a versé à SOCIETE 5_ LTD huit montants pour un total de USD 775'000.- (PP 600'953, liste des versements; classeur SOCIETE 5_ LTD 1).
SOCIETE 5_ LTD a transféré à V_ LTD sur son compte bancaire letton (classeur SOCIETE 5_ LTD) USD 400'000.- le 27 mars 2012 et USD 375'000.- le 23 mai 2012, sur la base de deux contrats de prêt entre SOCIETE 5_ LTD et V_ LTD datés des 26 mars et 18 mai 2012 (PP 15/501'128, 501'130). Ces montants n'ont jamais été remboursés.
Le 2 mai 2011, SOCIETE 1_ SA a transféré à V_ LTD sur son compte bancaire letton USD 350'000.- (PP 218'426).
f.g)
Par courriel du 20 septembre 2015 (PP 410'024), X_ a informé F_ qu'il était en train de quitter BANQUE A_ et lui a communiqué le moyen de le joindre. Il lui a exposé les raisons pour lesquelles, selon lui, elle ne devait pas vendre les actions RAPTOR.
f.h)
Devant le Ministère public le 30 novembre 2016 (PP 16/501'268), X_ a expliqué que tous les investissements effectués pour le compte de F_, l'avaient été avec l'accord de celle-ci. Il n'avait aucun intérêt personnel à investir dans les titres qu'il recommandait à ses clients, en particulier s'agissant des investissements dans MEINL, MONTANA, SOCIETE 5_ FUND ou ALPHA_, ajoutant avoir lui-même investi dans ces titres. Il n'avait jamais imité la signature de F_.
Il a précisé qu'il rencontrait F_ 6 à 8 fois par an, qu'il lui parlait au téléphone et qu'il avait, chaque semaine, des échanges de courriels avec CONSEILLERE F_, qui suivait les investissements de F_. Il faisait des
reportings
chaque mois, qu'il remettait à CONSEILLERE F_ ou F_. La précitée recevait également les relevés de compte de BANQUE A_ par courriel ou courrier, même si celle-ci était en banque restante. Les
reportings
qu'il faisait étaient faux dans la mesure où ils ne mentionnaient pas les transferts indus de B_; ils étaient envoyés à F_ et à G_. CONSEILLERE F_ l'avait interrogé sur des divergences entre les
reportings
qu'il faisait et ceux de BANQUE A_. Il répondait, en principe, que les valeurs nettes d'inventaire figurant sur les relevés de BANQUE A_ n'étaient pas à jour.
Le 12 janvier 2017 (PP 501'415), X_ a précisé que CONSEILLERE F_ se connectait fréquemment à internet pour consulter les comptes et demandait les raisons de la différence avec les relevés Excel. L'unique différence notable entre les relevés de compte de BANQUE A_ et les relevés Excel qu'il faisait concernait le titre LYXOR, pour lequel il avait donné une valeur, alors que la banque ne l'avait pas fait. Toutefois, CONSEILLERE F_ était au courant de cela. En revanche, comme déjà indiqué, les relevés Excel ne mentionnaient pas les pertes subies à l'époque par F_ et le fait que ces pertes avaient été comblées par des transferts provenant des comptes de B_. Une fois ces pertes comblées, les relevés Excel étaient corrects.
Lors de son audition finale devant le Ministère public le 8 février 2017, X_ (PP 16/501'491) a répété que F_ et G_ avaient subi des pertes exclusivement dues à la crise financière de 2008. Il avait presque intégralement couvert ces pertes par des transferts indus des comptes de B_. Il n'avait jamais informé ces clients des pertes subies ni des transferts illicites effectués en leur faveur. D'ailleurs, F_ avait expliqué avoir subi des pertes de l'ordre de 3 à 4 %. Quant à G_, il était certain que les versements indus en sa faveur n'avaient pas suffi à couvrir intégralement les pertes subies en raison de la crise de 2008. Il ignorait le montant des pertes non couvertes. X_ a répété n'avoir jamais imité la signature de F_ (PP 16/501'494).
f.i)
Devant le Ministère public, F_ a déclaré (PP 15/501'121) avoir reçu les relevés de compte de BANQUE A_ ces trois ou quatre dernières années. Auparavant, elle recevait ses relevés de compte sous forme de tableaux Excel préparés par X_. Elle n'avait jamais utilisé l'accès internet qui lui avait été octroyé. En revanche, son employée qui avait succédé à CONSEILLERE F_ en 2011, avait un tel accès et l'avait utilisé. Elle estimait avoir perdu environ 50 millions en lien avec des investissements qu'elle n'avait pas autorisés, tels les investissements dans les actions ALPHA_ et MEINL ou dans des fonds de BANQUE A_. L'investissement MEINL figurait sur les tableaux Excel remis par X_, qui lui avait proposé d'investir dans cette société. F_ a expliqué avoir découvert les pertes lorsque BANQUE A_ lui avait réclamé le remboursement des CHF 34'000'000.- perçus des comptes de B_, qu'elle ne connaissait au demeurant pas. En 2008 ou 2009, elle avait subi de très légères pertes de l'ordre de 3 ou 4 %. S'agissant des transferts d'argent ascendant à USD 770'000.- reçus par sa société V_ LTD de la part de SOCIETE 5_ LTD, F_ a déclaré ne pas connaitre la société SOCIETE 5_ LTD, mais avoir donné ses coordonnées bancaires à X_ pour qu'un petit capital soit transféré sur le compte de sa société et ce, afin qu'elle apprenne à gérer des investissements seule. S'agissant des versements faits en sa faveur depuis le compte de SOCIETE 1_ SA (USD 350'000.- le 2 mai 2011), elle se souvenait avoir fait verser sur le compte de V_ LTD une somme de USD 1'000'000.-. Si au début, elle avait eu l'ambition de gérer ces avoirs, elle n'en avait finalement pas eu le temps et elle avait confié cette tâche à X_. Elle avait fait part au précité de son mécontentement dû au fait que ce compte avait subi d'importantes pertes. X_ avait dû effectuer des versements pour renflouer les pertes qu'il avait causées. Il n'était pas prévu de rémunération de X_ pour la gestion du compte de V_ LTD auprès de BANQUE SAISIE 13_.
Interrogée sur l'origine des versements effectués sur son compte du 23 juin au 24 décembre 2009, F_ a indiqué ne pas les avoir constaté personnellement, mais ses employées avaient dû les voir; celles-ci pensaient qu'il s'agissait du produit de la vente de titres lui appartenant.
Enfin, F_ a reconnu avoir investi dans la société RAPTOR en sachant qu'il s'agissait d'un investissement risqué.
X_ est revenu sur ses précédentes déclarations en indiquant (PP 501'126) qu'il pensait jusqu'alors avoir remboursé les pertes occasionnées sur le compte
Dream
sur le compte de V_ LTD, alors qu'en réalité il s'agissait de pertes occasionnées en lien avec la gestion de V_ LTD.
f.j)
Selon une analyse effectuée par PWC, sur mandat de BANQUE A_ (cf. PP 601'689), les documents envoyés par X_ à F_ sur l'état de ses avoirs étaient identiques aux relevés de compte de BANQUE A_ s'agissant des investissements effectués, du volume des titres et des valeurs de marché. L'unique et notable différence concernait le volume de l'investissement effectué dans LYXOR, qui avait permis à X_ de dissimuler les transferts indus provenant des comptes de B_ (apports indus dissimulés sur la différence de volume).
f.k)
Les comptes de F_ ont été séquestrés à hauteur de CHF 34'625'445.-.
Le solde des avoirs sur le compte
Dream
no 0251-_90-7 représentait CHF 19'434'966.- au 31 décembre 2017.
f.l)
FF_ CORP. est une société de domiciliation incorporée au Panama le 12 mars 2009. Selon une copie d'un certificat d'actions du 12 mars 2009, toutes les actions de la société sont détenues par la fondation _ INTERNATIONAL FOUNDATION (PP 703'031).
Le 13 août 2009, FF_ CORP. a ouvert le compte no K-5_ auprès de la banque BANQUE SAISIE 1_. F_, domiciliée boulevard _ à Moscou, est mentionnée comme ayant-droit économique de la société selon le formulaire A de la banque. A l'ouverture du compte, Me Philippe GRUMBACH était président du conseil d'administration de FF_ CORP. et disposait d'un pouvoir de signature individuel sur le compte.
F_ était déjà titulaire d'un compte nominatif no 1_7.001 ouvert le 7 octobre 2007 auprès de BANQUE SAISIE 1_ (PP 703'060).
Entre octobre 2008 et janvier 2009, le compte de FF_ CORP. auprès de BANQUE SAISIE 1_ a été crédité de montants totalisant USD 12'500'000.- provenant de FFF_ CORP. (PP 703'010 et pièces citées), société dont l'ayant-droit économique est F_, depuis son compte auprès de BANQUE A_. Le 22 février 2010, l'intégralité des actifs déposés sur le compte nominatif no 1_7.001 a été transférée sur le compte no K-5_ de FF_ CORP. (PP 703'130-3 : USD 10'210'602.05 et EUR 2'469'802.81). Par ailleurs, USD 6'750'000.- ont été crédités sur le compte le 7 octobre 2010 provenant de BANQUE SAISIE 16_. Selon une note interne de la banque BANQUE SAISIE 1_, "
la cliente consolide ses avoirs chez nous, provenance des fonds: activité professionnelle (production et distribution de jus de fruits)
". Selon les documents KYC de la banque BANQUE SAISIE 1_, F_ serait présidente d'une société nommée _, qui est l'un des plus gros producteurs de cocktails pré-préparés (cf. également recours de F_, PP 703'012).
Le 4 mars 2010, une procuration générale (
General Power of Attorney
) a été accordée à F_ sur le compte de FF_ CORP., conférant à l'intéressée le pouvoir de signature individuel sur ledit compte.
Par courrier du 15 juillet 2013, les administrateurs de FF_ CORP. ont informé la banque BANQUE SAISIE 1_ d'un changement dans les membres du conseil d'administration de la société et fait parvenir une nouvelle liste de signataires autorisés sur le compte. Un certificat du conseil d'administration daté du 15 juillet 2013 a été émis, lequel atteste que: "
The Beneficial Owner of the company remains and the only change will be that of the authorized signatories in the Bank Account No.
K-5_ in BANQUE SAISIE 1_ Genève
" (traduction libre: "L'ayant-droit économique de la société reste inchangé, la seule modification consistant au changement des personnes autorisées à signer sur le compte no K-5_ auprès de BANQUE SAISIE 1_ Genève").
Le 21 avril 2014, de nouveaux documents ont été signés par les administrateurs de FF_ CORP. (cf. "
Non-US/US Status for Controlling Persons or Owners of Entities
"), lesquels mentionnent F_ comme actionnaire de la société.
Le 21 avril 2016, les mêmes documents ont à nouveau été signés par les administrateurs de FF_ CORP., lesquelles mentionnent toujours F_ comme bénéficiaire économique de la société.
Selon un courriel du 25 avril 2016, _, assistant au sein de l'unité banque privée de la banque BANQUE SAISIE 1_, a indiqué au département Relations Clientèles Privée de la banque, après son retour de voyage, que "
la bénéficiaire
" avait changé de résidence, celle-ci étant désignée comme étant F_ dans un prochain courriel du 5 mai 2016.
Par ordonnance du 3 novembre 2016, le Ministère public a séquestré le compte no K-5_ auprès de la banque BANQUE SAISIE 1_ au nom de FF_ CORP., "
dont l'ayant-droit économique
" est F_.
Le solde des avoirs du compte FF_ CORP. no K-5_ auprès de BANQUE SAISIE 1_ se montait à USD 20'099'625.- au 30 novembre 2016 (PP 11/206'904 et pièces non scannées dans classeur bleu "Banque BANQUE SAISIE 1_").
FF_ CORP. a recouru, en vain, contre l'ordonnance de séquestre. Dans son recours, FF_ CORP., par le biais de son conseil, à l'époque celui de F_, a indiqué que les avoirs en compte de FF_ CORP. "
proviennent de Madame F_
" (PP 703'001), soit que la précitée est ayant-droit économique de la société (arrêt
ACPR/197/2017
p. 4 ch. D, PP 703'148). Pour le surplus, elle s'est employée à démontrer l'absence de lien entre les fonds se trouvant sur le compte de FF_ CORP. et les transferts frauduleux.
Par courrier du 7 mars 2017, la banque BANQUE SAISIE 1_ a sollicité du Ministère public son autorisation pour exécuter un ordre signé par F_ relatif à l'achat de USD 1'000'000.- d'obligations russes pour le compte de FF_ CORP.
Par courrier du 19 octobre 2017, Me Jean-Cédric MICHEL s'est nouvellement constitué pour représenter les intérêts de FF_ CORP., en lieu et place de Me Marc HASSBERGER, conseil de F_, produisant une procuration du 16 octobre 2017.
Par courrier du 6 novembre 2017, la banque BANQUE SAISIE 1_ a informé le Ministère public que, contrairement au certificat du 15 juillet 2013, la bénéficiaire économique des avoirs détenus par FF_ CORP. avait changé le 7 juillet 2013, en raison d'une donation intervenue entre F_ et sa mère MERE F_. Un nouveau formulaire S avait été signé le 2 octobre 2017 par les administrateurs de la société. La banque a produit à l'appui de son courrier les documents suivants :
- un courrier du 4 septembre 2017 des administrateurs de FF_ CORP. qui indiquent qu'au moment où le certificat du 15 juillet 2013 avait été émis, leur client ne leur avait pas transmis tous les documents nécessaires au changement de l'ayant-droit économique;![endif]>![if>
- une copie d'un contrat daté du 7 juillet 2013 rédigé en anglais et signé entre F_ et MERE F_, née en 1937, par lequel la première citée cède à la seconde ses droits sur FF_ CORP. :![endif]>![if>
"
1. (F_) hereby undertakes without any consideration to take all such actions and steps as are reasonably required in order for (MERE F_) to acquire all rights, title to and interest in FF_ CORP., a company registered in Panama (the "Assets");
2. and (MERE F_) hereby agree that (MERE F_) shall become the beneficial owner of the Assets as of the date of this Agreement and as such shall be entitled to use the Assets in her own discretion and for any purpose (MERE F_) may deem appropriate
";
- un formulaire S signé le 2 octobre 2017 par les administrateurs de FF_ CORP., selon lequel la société précitée détient ses avoirs pour le compte de _ INTERNATIONAL FOUNDATION, une fondation liechtensteinoise non-discrétionnaire et irrévocable, dont F_ est la fondatrice ("
ultimate economic, not fiduciary, founder
") et MERE F_ est bénéficiaire à la date de signature dudit formulaire.![endif]>![if>
f.m)
F_ a été entendue le 18 janvier 2018, lors de l'audience de jugement.
Elle a confirmé ne jamais avoir personnellement constaté l'arrivée des fonds litigieux sur son compte. Son assistante CONSEILLERE F_ avait vu des fonds arriver en lien avec des investissements. Elle ne savait pas, avant sa mention dans la presse en 2015, que les fonds provenaient de B_, qu'elle ne connaissait au demeurant pas. Elle était certaine qu'il s'agissait de son argent car la situation de son compte n'avait pas changé d'une manière brusque et toutes les transactions étaient justifiées par X_, qui disait que ces sommes arrivaient en échange d'actions.
En 2008 et en 2009, ses avoirs auprès de BANQUE A_ se montaient à environ 50 ou 60 millions. Lors de la crise financière, au vu des documents transmis par X_, elle avait pensé que la situation était plus ou moins stable. Ce dernier s'était vanté en disant que c'était grâce à lui si elle n'avait pas subi de pertes. Elle avait confiance en BANQUE A_ et en X_.
Elle a confirmé avoir donné une procuration à X_ sur un compte auprès de la banque " BANQUE SAISIE 13_" détenu par V_ LTD. X_ était un "
maître
" en investissements et elle lui avait demandé de lui apprendre à gérer son argent. Faute de temps, c'était finalement X_ qui avait géré ce compte. F_ se souvenait que de l'argent était arrivé sur ce compte, mais n'en connaissait pas la provenance.
Au sujet de FF_ CORP., F_ a indiqué avoir alimenté le compte auprès de BANQUE SAISIE 1_. Jusqu'en 2010, elle détenait cette société, qui aujourd'hui appartenait à sa mère. La fondation _ INTERNATIONAL FOUNDATION avait été créée en 2009 dans le but d'assurer l'avenir de ses enfants et une retraite pour sa mère.
g) GG_ LTD / G_
g.a)
GG_ LTD et G_ ont déposé plainte contre X_ le 12 octobre 2016, se constituant partie plaignante au pénal et au civil (PP 102'231s).
GG_ LTD est une société détenue par un trust dont G_ est le bénéficiaire.
G_ est titulaire ou ayant-droit économique de trois relations bancaires auprès de BANQUE A_ (PP 650'129), dont :
- compte no 0251-_6-6
Forest
au nom de G_,![endif]>![if>
- compte no 0251-_8-4 au nom de GG_ LTD.![endif]>![if>
g.b)
Le 14 mars 2008, G_ a vendu à BBB_ LTD pour un prix de EUR 1'670'000.- :
- 65'000 actions MEINL EUROPEAN LAND LTD, alors que les actions valaient EUR 475'150.- au cours du jour de 7.31 et![endif]>![if>
- 50'000 actions MIP, alors que les actions valaient EUR 275'000.- au cours du jour de 5.5,![endif]>![if>
soit une perte pour B_ et un gain pour G_ de EUR 919'850.-.
Le même jour, G_ a vendu à BBB_ LTD 2'850'000 actions ALPHA_ pour un prix de USD 1'881'000.-, alors que les actions valaient AUD 148'200.- (= USD 139.009.-) selon le cours du jour de 0.052,
soit une perte pour B_ et un gain pour G_ de USD 1'741'991.-.
g.c)
Sur la base d'instructions de transfert signées et non datées, respectivement non signées, mais émanant prétendument de B_ (PP 600'570), selon les avis de transfert remontant au 27 novembre 2008, GG_ LTD a vendu à BBB_ LTD des actions à des prix supérieurs au marché, soit (avis de retrait des titres, PP 27/614'033) :
- 1'059 titres ARLINGTON INTERNATIONAL FUND LTD à USD 172'000.- (avis de crédit, PP 27/614'029), alors que les titres valaient USD 56'095 au cours de 52.97,![endif]>![if>
- 129 titres RED.PTG.SHS-A-HIGH RISK FUND LTD à EUR 182'000.- (avis de crédit PP 27/614'035), alors que les titres valaient EUR 35'360.- au cours de 274.11,![endif]>![if>
- 15'198 titres MAGELLAN MULTI-STRATEGY FUND à USD 1'060'000.- (relevé compte, PP 27/614'031, avis de crédit PP 27/614'038) alors que les titres valaient USD 592'874.-,![endif]>![if>
causant un préjudice à BBB_ LTD et un gain pour GG_ LTD de EUR 146'640.- et USD 583'031.-.
Par courriel du 12 décembre 2008 (PP 27/614'034), X_ a informé CONSEILLERE F_ des ventes de titres susmentionnées selon les prix susmentionnés.
Sur la base d'instructions de transfert du 30 septembre 2009 comportant la signature de B_ (PP 17/600'538), exécutées à la date valeur du 2 octobre 2009, GG_ LTD a vendu à B_ deux sortes de titres contre cinq versements (avis de retrait, PP F.1.10/651'280) à des prix supérieurs au marché, soit:
- 350'000 titres ENHANCED RETURN NOTE J.P. MORGAN INTERNATIONAL DERIVATIVES LTD 2007 - 13.1.12 (No de valeur: 3307425) à un prix de EUR 340'812.- (avis de crédit PP 27/614'017), alors que les titres valaient EUR 136'150.- au cours de 0.389 et![endif]>![if>
- 300'000 titres ENHANCED RETURN NOTE J.P. MORGAN INTERNATIONAL DERIVATIVES LTD 2007 - 14.11.11 (No de valeur : 3177527) au prix de EUR 302'600.- (avis de crédit, PP 27/614'020), alors que les titres valaient EUR 109'200.- au cours de 0.364.![endif]>![if>
B_ a encore payé le même jour à GG_ LTD :
- USD 1'709'584 (avis de crédit, PP 27/614'023),![endif]>![if>
- USD 413'578.- (avis de crédit, PP 27/614'025),![endif]>![if>
- USD 452'321.- (avis de crédit, PP 27/614'027),![endif]>![if>
causant un préjudice à BBB_ LTD et un gain à GG_ LTD de EUR 398'062.- et USD 2'575'483.-.
Par courriel du 1
er
octobre 2009 (PP 27/614'019), X_ a informé CONSEILLERE F_ que
Dream
et GG_ LTD allaient recevoir des montants en lien avec la vente de certains titres, soit concernant GG_ LTD :
"
you sold Valor 3307425 for EUR 340'812
you sold Valor 3177527 for EUR 302'600.-
you received USD 1'709'584 on the product Lyxor SGA 13
you received USD 413'578.- on Copernic C
you received USD 452'321 on Copernic A
".
g.d)
Les transferts suivants du compte no 0251-_91-7 de BBB_ LTD ont été effectués en faveur du compte no 0251-_8-4 de GG_ LTD, pour un total de USD 1'408'000.- :
Date
Donneur d'ordre
Montant
Devise
Bénéficiaire
Instruction
09.07.2009
BBB_
615'000
USD
GG_ LTD
PP 600'536
09.07.2009
BBB_
471'500
USD
GG_ LTD
PP 600'536
09.07.2009
BBB_
322'100
USD
GG_ LTD
PP 600'536
Tous les avis de débit correspondant auxdits transferts figurent à la procédure.
g.e)
G_ avait un accès internet à l'ensemble de ses comptes, qu'il a effectivement consultés, lui-même ou par le biais de son personnel, sur le compte
Forest
à 293 reprises entre les 13 novembre 2007 et 27 octobre 2008 et sur le compte de GG_ LTD à 1'596 reprises entre les 27 février 2009 et 9 novembre 2016 (cf. listing des logins PP 31/617'884ss), soit une vingtaine de fois par mois.
g.f)
Entendus par le Ministère public, les représentants de GG_ LTD ont déclaré qu'ils avaient un accès internet aux comptes de GG_ LTD. Toutefois, G_ gérait lui-même les investissements sur son compte.
Devant le Ministère public le 14 novembre 2016 (PP 16/501'216), X_ a reconnu avoir effectué des détournements depuis les comptes de B_ en faveur de GG_ LTD et de G_ afin de couvrir des pertes survenues en 2009 liées à la baisse des marchés, lesquelles s'étaient élevées à environ 30 à 40 % du portefeuille d'environ CHF 70'000'000.-. Il avait menti à CONSEILLERE F_ sur les relevés de comptes récapitulatifs qu'il transmettait. Il avait expliqué au client qu'il s'agissait de bénéfices liés à des investissements effectués sur le compte. G_ avait un accès internet à son compte. Par ailleurs, chaque fois que X_ se rendait à Moscou, il revoyait "
ligne par ligne
" toutes les opérations effectuées sur le compte du client et faisait un bilan général des avoirs de celui-ci. Il avait également des échanges de courriels avec CONSEILLERE F_. La précitée tenait un tableau récapitulatif de toutes les positions des portefeuilles de G_ et de F_. A chaque arrivée de fonds de B_, X_ mentait à CONSEILLERE F_ en lui parlant de bénéfices sur des investissements. Malgré les transferts provenant de B_, une perte de 15 à 20 % subsistait sur les comptes de GG_ LTD et G_.
Le 8 février 2017, X_ (PP 16/501'491) a répété que F_ et G_ avaient subi des pertes exclusivement dues à la crise financière de 2008. Il avait presque couvert intégralement ces pertes par les transferts indus des comptes de B_. Il n'avait jamais informé ces clients des pertes subies ni des transferts illicites en leur faveur. F_ avait expliqué avoir subi des pertes de l'ordre de 3 à 4 %. S'agissant de G_, X_ était certain que les versements indus effectués en faveur de ce client n'avaient pas suffi à couvrir intégralement les pertes subies dues à la crise de 2008. Il ignorait néanmoins le montant des pertes non couvertes.
g.g)
Les comptes de G_ ont été séquestrés à hauteur de CHF 5'718'397.- ou à hauteur de l'intégralité des avoirs sur lesdits comptes, selon l'ordonnance du Ministère public du 12 octobre 2016.
Le séquestre a porté sur le compte de GG_ LTD, dont le solde des avoirs se montait à CHF 6'029'693.- au 31 décembre 2017.
h) J_
h.a)
J_ est titulaire d'un compte no 0251-_9-3 auprès de BANQUE A_.
Le 14 mars 2008, J_ a vendu à BBB_ LTD 470'000 actions ALPHA_ pour un prix de USD 180'000.-, alors que les actions valaient AUD 24'440.- (=USD 22'924.-) au cours du jour de 0.052, soit une perte pour B_ de USD 157'076.-.
Le 27 novembre 2008, sur la base d'instructions de transfert comportant la signature de B_ (PP 600'570.-), J_ a vendu à BBB_ LTD:
- 10'000 actions ATRIUM EUROPEAN ESTATE LTD pour un prix de EUR 77'000.- (avis de débit PP 651'289), alors que les actions valaient EUR 18'200.- au cours du jour de 1.82 et![endif]>![if>
- 1032 titres MAGELLAN MULTI-STRATEGY FUND pour un prix de USD 102'000.- (avis de débit, PP 651'317), alors que les titres valaient USD 40'258.- au cours du jour de 39.01,![endif]>![if>
soit une perte pour B_ et un gain pour J_ de USD 220'479.- et EUR 58'800.-.
h.b)
Les transferts suivants ont été effectués du compte no 0251-_76-0 de B_ en faveur du compte no 0251-_9-3 de J_, pour un total de USD 478'797.- :
Date
Donneur d'ordre
Montant
Devise
Bénéficiaire
Instruction
02.10.2009
B_
237'814
USD
J_
PP 600'538
04.12.2009
B_
90'123
USD
J_
PP 600'540
04.12.2009
B_
79'404
USD
J_
PP 600'551
30.12.2010
B_
71'456
USD
J_
pas au dossier
Tous les avis de débit correspondant auxdits transferts figurent à la procédure.
h.c)
Le séquestre opéré par le Ministère public sur le compte de J_, ayant porté sur CHF 2'179.-, a été levé en juin 2017.
i) I_
i.a)
I_ est titulaire d'un compte no 0251-_3-1 auprès de BANQUE A_, lequel était géré par X_.
Le 12 octobre 2007, I_ a vendu, sur la base d'instructions du 15 octobre 2007 ("
as per order of 15 oct 07
"), à BBB_ LTD (PP 651'346) 50'000 actions MIP à un prix de EUR 500'000.- (avis de débit, PP 651'345), alors que les actions valaient EUR 336'000.- selon le cours du jour de EUR 6.72, soit une perte pour BBB_ LTD et un gain pour I_ de EUR 164'000.-.
Le 9 juillet 2009, sur la base d'instructions prétendument signées par B_ (PP 600'536), I_ a vendu à BBB_ LTD (PP 651'298) :
- 9100 actions SHS ALTAMIR AMBOISE, alors que les actions valaient EUR 20'475 au cours de 2.25,![endif]>![if>
- 200 actions CALIDA HOLDING LTD, alors que les actions valaient CHF 49'000.- au cours de 245,![endif]>![if>
- 72'000 titres EURO MEDIUM-TERM NOTES TURANALEM, alors que les actions valaient USD 16'920.- au cours de 0.235,![endif]>![if>
- 25'000 actions ATRIUM EUROPEAN ESTATE LTD, alors que les actions valaient EUR 81'000 au cours de 3.24,![endif]>![if>
- 300'000 titres ENHANCED RETURN NOTE J.P. MORGAN INTERNATIONAL DERIVATIVES LTD, alors que les titres valaient EUR 75'600.- au cours de 0.252.![endif]>![if>
En échange de ces actions, BBB_ LTD a payé les sommes de :
- EUR 483'000.- (avis de débit PP 651'295),![endif]>![if>
- USD 665'150.- (avis de débit PP 651'296),![endif]>![if>
- GBP 158'900.- (avis de débit PP 651'297),![endif]>![if>
soit une perte pour B_ et un gain pour I_ de EUR 273'590.-, USD 648'230.- et GBP 158'900.- (soit EUR 483'000.-, 20'475.-, 81'000.-, 75'600.- – 32'334.70 (= CHF 49'000.- au 09.07.2009) = EUR 273'590.-).
i.b)
Les transferts suivants ont été effectués du compte no 0251-_76-0 de B_ et du compte no 0251-_91-7 de BBB_ LTD en faveur du compte de I_, pour un total de USD 218'650.-, EUR 324'920.- et GBP 34'560.- :
Date
Donneur d'ordre
Montant
Devise
Bénéficiaire
Instruction
21.12.2009
BBB_
85'650
EUR
I_
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
45'000
USD
I_
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
34'560
GBP
I_
PP 600'544
07.12.2009
B_
151'620
EUR
I_
PP 600'540
11.12.2009
B_
87'650
EUR
I_
PP 600'542
11.12.2009
B_
90'000
USD
I_
PP 600'542
16.04.2010
B_
83'650
USD
I_
PP 600'549
Tous les avis de débit correspondant auxdits transferts figurent à la procédure.
i.c)
Le compte de I_ a, en outre, été crédité de la somme de USD 1'040'330.- entre 2008 et 2009, provenant du compte de CC_ LTD, en trois versements des 15 mai 2008, 29 août 2008 et 2 juillet 2009.
i.d)
Le compte de I_ 0251-_3-1 a été séquestré dans le cadre de la présente procédure à concurrence de CHF 2'445'292.- et USD 1'040'330.-. Le solde des avoirs sur ce compte de CHF 7'268'105.- au 31 décembre 2017 a été bloqué.
j) L_ GROUP
j.a)
L_ GROUP est titulaire d'un compte no 0251-_5-8 auprès de BANQUE A_. L'ayant-droit économique de ce compte est
L_(formulaire A, PP 100'421).
Le 27 novembre 2008, sur la base d'instructions signées par B_ (PP 600'571), L_ GROUP SA a vendu à BBB_ LTD (PP 651'327) :
- 40'000 actions ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD à un prix de EUR 308'000.- (avis de débit, PP 651'329), alors que les actions valaient EUR 72'800.- au cours du jour de EUR 1.82,![endif]>![if>
- 1'032 titres MAGELLAN MULTI-STRATEGY FUND à un prix de USD 83'000.- (avis de débit PP 651'326), alors que les titres valaient USD 40'258.- valaient USD 39.01,![endif]>![if>
soit une perte pour BBB_ LTD et un gain pour L_ GROUP de EUR 235'200.- et USD 42'742.-.
j.b)
Les transferts suivants ont été effectués des comptes no 0251-_76-0 de B_ et no 0251-_91-7 de BBB_ LTD en faveur du compte no 0251-_5-8 de L_ GROUP, pour un total de EUR 664'903.- :
Date
Donneur d'ordre
Montant
Devise
Bénéficiaire
Instruction
04.12.2009
B_
164'224
EUR
L_ GROUP
PP 600'540
11.12.2009
B_
86'450
EUR
L_ GROUP
PP 600'542
11.12.2009
B_
76'596
EUR
L_ GROUP
PP 600'542
11.12.2009
B_
61'540
EUR
L_ GROUP
PP 600'542
11.12.2009
B_
25'000
EUR
L_ GROUP
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
91'320
EUR
L_ GROUP
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
82'123
EUR
L_ GROUP
PP 600'544
21.12.2009
BBB_
77'650
EUR
L_ GROUP
PP 600'544
Tous les avis de débit correspondant auxdits transferts figurent à la procédure.
j.c)
Les comptes de L_ GROUP ou de L_ n'ont pas été séquestrés, toutes les relations ayant été clôturées avant 2015.
k) K_
k.a)
K_ est le titulaire ou l'ayant-droit économique de comptes auprès de BANQUE A_, lesquels étaient gérés par X_ :
- compte no 0251-_9-3 de K_ et/ou épouse,![endif]>![if>
- compte no 0251-_15-2 au nom de KK_ SA. ![endif]>![if>
Le 27 novembre 2008, sur la base d'instructions de transfert comportant la signature de B_ (PP 600'570), K_ et/ou EPOUSE K_ a vendu à BBB_ LTD (PP 651'324-5) 1'548 titres MAGELLAN MULTI-STRATEGY FUND pour un prix de USD 124'000.- (avis de débit PP 651'323), alors que les titres valaient USD 60'387.- au cours du jour de 39.01, soit une perte pour B_ et un gain pour K_/EPOUSE K_ de USD 63'613.-.
k.b)
Les transferts suivants ont été effectués du compte no 0251-_76-0 de B_ en faveur du compte no 0251-_9-3 de K_ et/ou épouse ou du compte KK_ SA, dont l'ayant-droit économique est K_, pour un total de USD 137'723.- et EUR 414'471.-
Date
Donneur d'ordre
Montant
Devise
Bénéficiaire
Instruction
04.12.2009
B_
266'721
EUR
K_
PP 600'540
11.12.2009
B_
53'020
USD
K_
PP 600'542
11.12.2009
B_
19'200
USD
K_
PP 600'542
16.04.2010
B_
38'250
EUR
K_
PP 600'549
16.04.2010
B_
49'000
USD
K_
PP 600'549
01.07.2010
B_
16'503
USD
K_
PP 600'551
24.12.2009
B_
55'300
EUR
KK_ SA
PP 600'547
30.12.2010
B_
54'200
EUR
KK_ SA
pas au dossier
Tous les avis de débit correspondant auxdits transferts figurent à la procédure.
k.c)
Le séquestre sur les avoirs de K_ auprès de BANQUE A_ a été levé en juin 2017, les avoirs s'élevant alors à CHF 444.-.
l) R_
R_ était le titulaire d'un compte no 0251-_-52-1 après de BANQUE A_.
Le 31 juillet 2007, R_ a souscrit 300'000 actions MIP au prix de EUR 10.-. Après cette acquisition le compte présentait un solde débiteur de EUR 2'972'438.-.
Le 27 août 2007, R_ a vendu à BBB_ LTD au prix de EUR 3'000'000.- 300'000 actions MIP, alors que les actions valaient EUR 2'250'000.- au cours du jour de 7.5, causant un préjudice à BBB_ LTD de EUR 750'000.-.
Lors de l'audition finale devant le Ministère public (PP 16/501'488), X_ a fait remarquer qu'il manquait "
l'opération R_
" dans les faits qui lui étaient reprochés. Il a expliqué avoir acheté pour le compte de R_, mais sans l'autorisation de celui-ci, 300'000 actions MIP qu'il avait revendues le 29 août 2007 à B_ au même prix, alors que les actions avaient connu une forte baisse. Il avait agi ainsi afin d'éviter que le client ne se rende compte des pertes subies.
m) S_ SA
S_ SA était le titulaire d'un compte no 0251-_8-3 auprès de BANQUE A_. La relation bancaire a été clôturée en 2010.
Le 1
er
juillet 2010, sur la base d'instructions de transfert comportant la signature de B_ (PP 600'551), un montant de USD 2'625.- a été transféré du compte du précité en faveur du compte de S_ SA, dont l'ayant-droit économique est _ (PP 100'460; avis de débit PP 601'318).
n) H_
n.a)
H_ est le titulaire d'un compte no compte 0251-_4-2 auprès du BANQUE A_.
Les transferts suivants ont été effectués du compte de B_ (compte 0251-_76-0) en faveur du compte d'H_, pour un total de USD 319'359.- :
Date
Donneur d'ordre
Montant
Devise
Bénéficiaire
Instruction
04.12.2009
B_
79'333
USD
H_
PP 600'540
04.12.2009
B_
64'220
USD
H_/
PP 600'540
04.12.2009
B_
41'121
USD
H_
PP 600'540
04.12.2009
B_
39'675
USD
H_
PP 600'540
11.12.2009
B_
29'360
USD
H_
PP 600'542
16.04.2010
B_
65'650
USD
H_
PP 600'549
Tous les avis de débit correspondant auxdits transferts figurent à la procédure.
n.b)
Le compte de H_ a été séquestré à concurrence de CHF 323'972.-, selon l'ordonnance du Ministère public du 12 octobre 2016.
Le solde des avoirs sur le compte de H_ a été bloqué à hauteur du solde de CHF 323'972.-.
o) Opération BETA_
o.a)
BETA_ (ci-après : BETA_), sise à Dubaï (EAU), a été constituée par M_, en 2009, dans le but de proposer à des tiers son utilisation sans avoir à apparaître en nom.
En 2009, BETA_ a ouvert un compte bancaire no 602_ auprès de la banque BANQUE SAISIE 14_ (ci-après : BANQUE SAISIE 14_), à Genève. M_ était mentionné comme seul ayant-droit économique et signataire du compte (documents d'ouverture, PP C.9.1/219'006).
M_ a déclaré (PP 13/500'199) avoir mis à disposition de X_ le compte ouvert par BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 14_.
o.b)
Transfert de titres sur le compte de BETA_ auprès de la banque BANQUE SAISIE 14_
Seuls les transferts de titres mentionnés en gras ci-après sont visés par l'acte d'accusation
o.b.a)
Sur la base d'une instruction non datée (PP 17/600'632 verso) prétendument issue de D_
,
mais non signée, X_ a procédé au transfert des titres suivants sur le compte de BETA_ :
-
115'388 actions RAB SPECIAL SITUATIONS
d'une valeur de USD 128'483.- au cours de 1117.24 (ordre du 12.02.2010 PP F.1.10/651'359; actions reçues par BETA_ le 03.03.2010; date du
settlement
au 03.03.2010),![endif]>![if>
- 106'672 parts de SOCIETE 5_ FUND, étant précisé que l'instruction de transfert portait sur les 111'527 parts que détenait D_ sur son compte (reçues par BETA_ le 28.09.2010). ![endif]>![if>
A relever que ces titres figuraient sur le relevé du compte no 0251-_-95 de D_ au 31 décembre 2009 (PP 23/607'189-90).
Sur la base d'une instruction du 11 mars 2010 (PP 607'187), prétendument issue de E_
,
mais non signée (PP 651'361), X_ a procédé au transfert des titres suivants sur le compte de BETA_ (PP 651'361, 219'106) :
-
115.38 actions RAB SPECIAL SITUATIONS
d'une valeur de USD 125'366.- au cours de 1090.14 (ordre du 11.03.2010 et actions reçues par BETA_ le 25.03.2010; date du
settlement
au 30.03.2010),![endif]>![if>
-
109'177 parts de SOCIETE 5_ FUND
d'une valeur de USD 266'418.- au cours de 2444.2 (PP 651'364 et 219'111), étant précisé que l'instruction de transfert portait sur les 111.527 parts que détenait E_ sur son compte (ordre du 11.03.2010 et parts reçues par BETA_ le 15.07.2010; date
settlement
au 15.07.2010),![endif]>![if>
- 392 actions MILLENIUM GBL (PP 219'110; reçues par BETA_ le 25.03.2010),![endif]>![if>
-
494'750 actions ACCSYS TECHNOLOGIES PLC
d'une valeur de EUR 237'480.- au cours de 0.48 (ordre du 11.03.2010 et actions reçues par BETA_ le 25.03.2010).![endif]>![if>
A relever que sur la base de cette même instruction du 11 mars 2010 (PP 607'187), X_ a procédé au transfert de 1'000'000 d'actions ACCSYS du compte de E_ sur le compte de B_ (actions reçues le 24.03.2010, PP 651'360). Ce transfert n'est pas visé par l'acte d'accusation.
Tous les titres susmentionnés détenus par E_ figuraient sur son relevé de compte no 0251-_80-65 au 31 décembre 2009 (PP 23/607'193).
Une instruction du 18 mars 2010 (PP 600'633), non signée, mais prétendument issue de B_ demande le transfert depuis le compte de BBB_ LTD sur le compte de BETA_ de :
- 850'000 actions RAPTOR,![endif]>![if>
- 372'000 actions MONTANA TECH,![endif]>![if>
- 950'000 actions ACCSYS TECHNOLOGIES PLC.![endif]>![if>
La procédure ne permet pas de savoir si cette instruction a été exécutée.
De même, sur la base d'une instruction du 3 juin 2010 (PP 600'634), prétendument issue de J_, mais non signée, X_ a procédé au transfert de 392 actions MILLENIUM GBL sur le compte de BETA_ (PP 219'110; reçues par BETA_ le 25 mars 2010).
o.b.b)
Par courriel du 6 avril 2010, intitulé "
2
ème
lot de titres
" (PP 13/500'411), X_ a communiqué à N_ les titres transférés une semaine auparavant "
sur BETA_
", soit :
- 111'527 parts de SOCIETE 5_ FUND (ce qui correspond au nombre de titres inscrit sur l'instruction de transfert D_/E_, PP 607'185, 607'187),![endif]>![if>
- 392 actions MILLENIUM GBL,![endif]>![if>
- 115'388 actions RAB SPECIAL SITUATIONS,![endif]>![if>
- 494'750 actions ACCSYS TECHNOLOGIES PLC.![endif]>![if>
Ces titres correspondent à ceux visés par les transferts susmentionnés.
Dans ce même courriel, X_ précisait "
sur le transfert précédent, je vois toujours les titres dans les comptes des clients (rien n'a été transféré)
".
En effet, il ressort de ce qui précède que certains transferts de titres n'ont pas été exécutés et l'ont été ultérieurement.
o.b.c)
Sur la base d'une instruction du 3 juin 2010 (PP 607'186), prétendument issue de D_, mais non signée, X_ a procédé au transfert de
393 actions MILLENIUM GBL
d'une valeur de USD 177'314.- au cours de 451.18 sur le compte de BETA_ (ordre du 03.06.2010 et 177 actions reçues par BETA_ le 15.06.2010, PP 219'111).
A relever que ces titres figuraient sur le relevé du compte no 0251-_-95 de D_ au 31 décembre 2009 (PP 23/607'189).
Sur la base d'une instruction du 30 juin 2010 (PP 600'632), signée par B_, X_, qui a confirmé avoir effectué la confirmation téléphonique auprès du client, a procédé au transfert depuis le compte de BBB_ LTD sur le compte de BETA_ de 253.89 actions RAB SPECIAL SITUATIONS.
Sur la base d'une instruction du 6 mai 2011 (PP 17/600'633verso) non signée, mais prétendument issue de B_, X_ a procédé au transfert depuis le compte de B_ sur le compte de BETA_ (PP 219'114-5-6), de :
-
250'000 actions RAPTOR
d'une valeur de USD 937'500.- au cours de 3.75 (ordre du 06.05.2011,
settlement
du 12.05.2011, PP 651'368; pas d'avis de réception de BETA_),![endif]>![if>
-
400'000 actions NORTHWEST BIOTHERAPEUTICS
d'une valeur de USD 168'000.- au cours de 0.42 (ordre du 06.05.2011 et actions reçues par BETA_ le 09.05.2011; PP F.1.10/651'366, 219'115),![endif]>![if>
-
2'950'000 actions ACCSYS TECHNOLOGIES
d'une valeur de EUR 442'500.- au cours de 0.15 (ordre du 06.05.2011 et actions reçues par BETA_ le 09.05.2011; PP F.1.10/651'365, 219'114),![endif]>![if>
-
200'000 actions PRO-PHARMACEUTICALS
d'une valeur de USD 276'000.- au cours de 1.38 (ordre du 06.05.2011 et actions reçues par BETA_ le 09.05.2011; PP F.1.10/651'367, 219'115).
![endif]>![if>
o.b.d)
Le 16 juin 2011, M_ a demandé à son gestionnaire auprès de BANQUE SAISIE 14_ de transférer du compte de BETA_ EUR 250'000.- en faveur de W_ LLP sur son compte en Lettonie, auprès de la banque _ avec la mention "SOCIETE 5_ LTD-BETA_" (PP 219'084). M_ précisait que "
ce
paiement est en rapport avec les titres reçus par BETA_
".
Le 17 juin 2011, le transfert a été exécuté et BETA_ a versé EUR 250'000.- à W_ LLP avec la référence demandée (PP C.9.1./219'083).
o.b.e)
BETA_ a vendu, son compte étant crédité du prix de vente :
- le 16 mars 2011, 569 actions MILLENIUM GBL, soit les 392 + 177 titres susmentionnés, au prix de USD 183'129.32 (PP 219'050),![endif]>![if>
- le 5 juillet 2012, les 393 titres MILLENIUM GBL susmentionnés au prix de USD 185'803.84 (PP 219'048),![endif]>![if>
- le 19 juillet 2012, les 230'768 titres RAB SPECIAL SITUATIONS FD susmentionnés au prix de USD 209'396.51 (PP 219'049).![endif]>![if>
Le 20 septembre 2011, BETA_ a reçu sur son compte en provenance de MM_ SA, dont l'ayant-droit économique est M_ (société active dans le cadre de l'opération PEARLGOLD dont l'action s'est effondrée en 2013), 83'333 actions PEARLGOLD AG (PP 219'117; instructions de transfert sans références particulières, PP 220'681).
Le compte BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 14_ a encore été débité de plusieurs montants en espèces et par le biais de cartes de débit prépayées.
o.b.f)
Par courrier du 17 décembre 2012, BANQUE SAISIE 14_ a mis fin à sa relation avec BETA_ et a demandé à cette société de donner des instructions pour le transfert de ses avoirs (PP C.9.1/219'153).
o.
c)
Transfert de titres sur le compte de BETA_ auprès de la
BANQUE SAISIE 5_
Genève
Le 13 février 2013, BETA_ a ouvert un compte bancaire no 544_ auprès de la BANQUE SAISIE 5_ (ci-après : BANQUE SAISIE 5_) à Genève, M_ étant mentionné comme ayant-droit économique (PP C.
13.2/223
'337).
Les titres détenus par BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 14_ ont ainsi été transférés les 19 et 28 février 2013, sans contrepartie, sur ce nouveau compte, soit :
- 83'333 actions PEARLGOLD AG (PP 219'118),![endif]>![if>
- 3'444'750 actions ACCSYS (PP C.9.1/219'119, C.
13.2/223
'442),![endif]>![if>
- 350 options RAPTOR (PP C.9.1/219'120, C.
13.2/223
'452), options vendues le 25 avril 2013 pour USD 72'660.- (PP C.
13.2/223
'432),![endif]>![if>
- 28'000 actions NORTHWEST (PP C.9.1/219'121, C.
13.2/223
'442, C.
13.2/223
'444),![endif]>![if>
- 342'535 actions RAPTOR (PP C.9.1/219'122, C.
13.2/223
'445),![endif]>![if>
- 194.349 parts de SOCIETE 5_ FUND (PP C.9.1/219'123, C.
13.2/223
'446),![endif]>![if>
- 1324.55 parts de SPHEREINVEST SPV (PP 223'386).![endif]>![if>
Le compte a été soldé fin mai 2013 et le solde des avoirs transférés à BETA_ sur son compte auprès de BANQUE SAISIE 5_ (PP 219'104).
Le 1
er
août 2013, M_ a formalisé et signé un contrat avec X_ (PP 13/500'217 ou 17/600'584), par lequel le premier s'engageait à "
mettre à disposition
" du second la société BETA_ pour détenir des titres, soit exactement les actions/parts (sans les options vendues) mentionnées ci-dessus, auxquelles s'ajoutent 1324.55 parts de SPHERE INVEST SPV, achetées par BETA_ le 11 mars 2011 au prix de USD 78'344.- (PP 13/500'221, PP C.9.1/219'048, 219'060).
Le 1
er
octobre 2013, toutes les actions/parts susmentionnées ont été retirées du compte BETA_ et le 9 octobre 2013, le compte de BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 5_ a été clôturé.
Tous les titres ont été transférés sur le compte dépôt no 54_ de BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 5_, à Vaduz (classeur D.1.2).
M_ a déclaré (PP 13/500'202) que tous les titres avaient été transférés sur le compte de BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 9_ à Dubaï. Tous ces titres provenaient de BANQUE A_, avec la précision que certains titres avaient été vendus et réinvestis dans des actions RAPTOR.
o.d)
Transfert des titres sur le compte de BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 9_, Dubaï
Selon un relevé au 9 avril 2016, le compte no 12_ de BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 9_ à Dubaï (PP 13/500'215), a reçu le 16 octobre 2014 les actions suivantes :
- 83'333 actions PEARLGOLD,![endif]>![if>
- 688'950 actions ACCSYS,![endif]>![if>
- 342'534 actions RAPTOR,![endif]>![if>
- 28'000 actions NORTHWEST.![endif]>![if>
o.e)
Transfert sur le compte de SOCIETE 7_ JLT auprès de BANQUE SAISIE 9_, Dubaï
Conformément à une instruction du 23 juin 2015 (PP 600'589), X_ a demandé à M_ de procéder au transfert, sur le compte auprès de BANQUE SAISIE 9_ à Dubaï au nom de SOCIETE 7_ JLT, société dont il est ayant-droit économique, de :
- un montant de USD 30'000.-,![endif]>![if>
- 83'333 actions PEARLGOLD,![endif]>![if>
- 688'950 actions ACCSYS,![endif]>![if>
- 342'534 actions RAPTOR,![endif]>![if>
- 28'000 actions NORTHWEST.![endif]>![if>
Le transfert sollicité n'a pas été exécuté.
N_ (PP 13/500'350) a déclaré que, sur instructions de X_, une partie des titres transférés sur le compte de BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 14_ avait été vendue pour acquérir des titres RAPTOR. Le transfert des titres du compte de BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 9_ vers le compte de SOCIETE 7_ JLT auprès de cette même banque n'avait pas pu avoir lieu, alors que c'était le but de l'opération, BANQUE SAISIE 9_ refusant que le portefeuille de SOCIETE 7_ JLT contienne davantage d'actions RAPTOR que ce qu'il ne contenait déjà.
M_ a indiqué ne jamais avoir vu l'instruction du 23 juin 2015 susmentionnée (PP 13/500'203).
Quant à X_, il a précisé qu'il ignorait si cette instruction, transmise à N_, était parvenue à M_ ou non (PP 13/500'203).
o.f)
En mai 2016, le montant de USD 30'000.- et les titres détenus par BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 9_ à Dubaï ont été transférés sur le compte du Pouvoir judiciaire, M_ et X_ ayant-donné leur accord en ce sens (PP 13/500'202). Les actions suivantes ont ensuite été vendues :
- le 26 septembre 2016, 368'034 actions RAPTOR pour USD 3'407'424.32, ![endif]>![if>
- par le biais de 13 transactions entre 2016 et 2017, les actions ACCSYS pour un total USD 686'042.77, ![endif]>![if>
- le 29 août 2017, les actions PEARLGOLD pour USD 28'958.26, ![endif]>![if>
- les actions NORTHWEST sont en cours de liquidation par les Services financiers du Pouvoir judiciaire.![endif]>![if>
o.g)
Devant le Ministère public, le 22 mars 2016 (PP 13/500'124), X_ a reconnu avoir effectué des transferts de titres sans l'accord des clients sur le compte de BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 14_. Il était possible qu'aucun paiement n'ait été effectué en contrepartie. Les titres en question appartenaient soit à D_, soit à E_, soit à B_. Les titres appartenant à D_ et E_ n'avaient quasiment plus aucune valeur puisqu'il s'agissait de reliquats de
hedge funds
. En revanche, les titres provenant de B_ avaient une valeur de marché de l'ordre de USD 1'000'000.- ou 1'200'000.-.
Lors de l'audition finale devant le Ministère public (PP 501'488), X_ a précisé que, pour les transferts de titres, il avait dû produire des instructions de transfert faussement signées par le client.
p) Opération ALPHA_
p.a)
En 2007 et 2008, des clients de X_ ont acquis des titres de la société ALPHA_ (ci-après : ALPHA_) (cf. rapport Dino du 13 juin 2016, PP 18/600'867), une société d'exploration gazière et pétrolière cotée à la bourse australienne, qui annoncera, le 21 décembre 2011, avoir conclu une alliance stratégique avec un sous-traitant de GAZPROM (PP 15/500'928 verso).
Q_ a été administrateur de ALPHA_ de mai 2007 à février 2008 (PP 17/600'780) et de juin 2011 à août 2013 (cf. rapport Dino du 13 juin 2016, PP 18/600'867).
p.b)
Le 13 septembre 2007, F_ a signé un courrier (
Investor Letter
) confirmant à BANQUE A_ son intention d'investir dans la société ALPHA_ et être consciente des risques y afférents (PP 20/617'907).
Le 1
er
octobre 2007, ALPHA_ a annoncé (cf. site internet delisted.com, PP 16/501'404) avoir trouvé un investisseur privé portant sur l'acquisition hors bourse (
non brokered private placement
) de 8'000'000 d'actions pour un prix de USD 2'400'000.-.
Le 30 octobre 2007, F_ a acheté 8'000'000 d'actions ALPHA_ au prix de AUD 2'400'000.- (relevé au 31.12.2007 déposé à l'audience par Me HASSBERGER).
Devant le Ministère public le 30 novembre 2016, X_ a déclaré qu'il ne pensait pas que cette annonce concernait F_. Selon lui, les 8'000'000 d'actions avaient été achetées sur le marché (PP 501'272).
p.c)
Entre les 14 et 17 mars 2008, des actions ALPHA_ ont été vendues à BBB_ LTD à un prix supérieur au marché, soit :
- le 14 mars 2008, J_ (compte no 0251-0_9-3) a vendu 470'000 actions (PP 600'783),![endif]>![if>
- le 17 mars 2008, D_ (compte no 0251-0_-9) a vendu 2'000'000 d'actions (PP 600'783),![endif]>![if>
- le 17 mars 2008, E_ (compte no 0251-0_80-6) a vendu 2'000'000 d'actions (PP 600'783),![endif]>![if>
- le 17 mars 2008, F_ (compte
Dream
) a vendu 4'590'920 actions (PP 600'783),![endif]>![if>
- le 17 mars 2008, G_ (compte
Forest
) a vendu 2'850'000 actions (PP 600'783).![endif]>![if>
p.d)
Le 13 décembre 2007, SOCIETE 11_ CORP. (ci-après : SOCIETE 11_ CORP.), société incorporée le 13 décembre 2007 aux Iles Marshall, a ouvert une relation bancaire no 0251-_45-8 auprès de BANQUE A_ (PP 15/500'921; 229'091).
Selon le formulaire A signé le 13 décembre 2007, Q_ est ayant-droit économique de ce compte (PP 15/500'921). Il en est de même sur les formulaires signés en 2008.
Le 12 septembre 2009, SOCIETE 11_ CORP. a signé trois nouveaux formulaires A, selon lesquels Q_, respectivement F_ et B_ sont les ayants-droit économiques du compte (PP 15/500'924).
p.e)
Le 7 septembre 2009, SOCIETE 11_ CORP. a ouvert un compte bancaire auprès de la banque BANQUE SAISIE 15_. Q_ en est l'ayant-droit économique et le seul signataire autorisé sur le compte (classeur C.22.1). Ce compte bancaire ne servira, pour l'essentiel, que pour le transfert des actions ALPHA_, à relever néanmoins trois crédits (PP C.
22.1/229
'030) :
- le 26 mai 2010, de SOCIETE 1_ SA de USD 92'000.-,![endif]>![if>
- le 26 mai 2010, de SOCIETE 15_ GMBH de USD 91'995.-,![endif]>![if>
- le 26 mai 2010, de SOCIETE 16_ LTD de USD 92'000.-,![endif]>![if>
(note: SOCIETE 16_ appartient à _, qui partage ses locaux avec P_ et qui est proche du président du Conseil d'administration de RAPTOR).
Par courriel du 20 juillet 2009, P_ a fait parvenir à X_ un projet de contrat daté du 24 juillet 2009, intitulé "
Share Sale and Purchase Agreement
", entre SOCIETE 15_ GMBH (dont l'ayant-droit économique est P_) et SOCIETE 11_ CORP. portant sur la vente de 62 millions d'actions détenues par SOCIETE 15_ GMBH et des tiers.
Par courriel du 21 juillet 2009, P_ a informé Q_ qu'il allait recevoir "
64 millions...
".
Selon un tableau retrouvé sur l'ordinateur de X_ (PP 600'777), les 64 millions de titres se répartissaient de la manière suivante :
- "BBB_ 12'750'000.00 SOCIETE 11_![endif]>![if>
- DREAM 8'000'000.00 SOCIETE 11_![endif]>![if>
- D_ 6'763'404.00 SOCIETE 12_![endif]>![if>
- E_ 3'680'000.00 SOCIETE 12_![endif]>![if>
- I_ 775'000.00 SOCIETE 12_![endif]>![if>
- _. 527'865.00 SOCIETE 12_![endif]>![if>
- _. 500'000.00 SOCIETE 12_![endif]>![if>
- L_ GROUP 500'000.00 SOCIETE 12_![endif]>![if>
Total 33'867'269.00
Total à transférer 64'000'000.00
de l'extérieur CS 30'132'731.00"
Par courriel du 23 juillet 2009 (PP 15/500'919), X_ a instruit son assistante de transférer tous les titres ALPHA_ de ses clients sur un
escrow account
au nom de SOCIETE 11_ CORP. ou SOCIETE 12_, ajoutant que lesdits titres devaient être transférés pour une durée de 4 mois, au terme desquels soit "
l'opération
" ne se réalisait pas et les titres retournaient sur les comptes des clients, soit elle se réalisait et les titres seraient échangés contre des titres d'une autre société.
Par courriel du 28 juillet 2009 (PP 15/500'920), X_ a expliqué qu'il ne s'agissait pas réellement d'un compte
escrow
mais que les titres seraient détenus par SOCIETE 11_ CORP. et SOCIETE 12_, à titre fiduciaire, sociétés qui délivreraient ensuite un certificat de dépôt de titres à titre fiduciaire, l'intéressé précisant que 64 millions de titres devaient arriver.
Par retour de courriel du même jour, l'assistante de X_ lui a indiqué qu'elle devait disposer des instructions écrites signées des clients, soit de "
BBB_, DREAM, D_, E_, I_, _, _., L_ GROUP et K_
" pour ce faire.
X_ a donné à son assistante un modèle d'instructions à envoyer à tous ses clients, à l'exception de "
B_, les 2 _. et K_
".
Par courriel du 30 juillet 2009 (PP 600'774, 600'792), X_ a rappelé à "
B_
", soit à B_ (_@mail.ru; PV X_ PP 15/500'937), que celui-ci avait reçu gratuitement des titres ALPHA_, lesquels ne valaient rien dès lors qu'ils n'étaient pas cotés en bourse. Il a expliqué qu'en raison d'une opération d'échange de titres, tous les titres ALPHA_ de tous les clients de BANQUE A_ devaient être transférés sur un "
escrow account
" afin que l'opération puisse se faire. Au plus tard le 1
er
décembre 2009, B_ recevrait de nouveaux titres cotés en bourse, d'une valeur supérieure, la banque les estimant à USD 350.-.
Par courriel du 30 juillet 2009 (PP 17/600'795), l'assistante de X_ a demandé à Z_, conseiller de D_, de soumettre pour signature à E_ et D_ des instructions de transfert de titres en faveur de SOCIETE 11_ CORP., précisant, à son tour, qu'à réception des titres, des certificats de dépôt seraient émis en leur faveur. Les dites instructions sont jointes au courriel, mais ne figurent pas à la procédure.
p.f)
Le 31 juillet 2009, 12'750'00 actions d'une valeur de AUD 1'071'000.-, au cours du jour de 0.084 AUD, ont été transférées du compte BBB_ LTD sur le compte SOCIETE 11_ CORP. sans paiement (
custody account withdrawal advice
, PP 651'352) (PP 600'782, 600'783, 600'868, 229'054).
Le 12 novembre 2009, 7'410'794 actions ont été transférées du compte de BBB_ LTD au compte de B_ puis, le 26 novembre 2009, ces actions ont été transférées sur un compte no 0835_ extérieur à BANQUE A_, dont on ignore le titulaire (
overview deposits account withdrawals
, PP 17/600'784).
p.g)
X_ a, lui-même, transféré 1'339'000 actions qu'il détenait via SOCIETE 4_ SA auprès de la BANQUE SAISIE 6_ sur le "
escrow account"
de SOCIETE 11_ CORP. auprès de BANQUE A_ sans contrepartie (PP C.5.2/217'335 et 217'539) en donnant à sa banque les mêmes raisons que celles mentionnées ci-dessous (PP C.5.2/217'543).
Quant à P_, il a déclaré (PP 500'320) avoir lui aussi transféré certaines actions qu'il détenait à titre personnel directement à Q_, soit à SOCIETE 11_ CORP., qui souhaitait reprendre le contrôle de ALPHA_. Le précité ne lui avait jamais payé le prix de vente et la société était partie en faillite. L'action aurait dû être payée entre AUD 0.03 et 0.05.
p.h)
Le 5 août 2009, 8'000'000 d'actions
(
custody account withdrawal advice
, PP F.1.10/651'353), d'une valeur totale de AUD 480'000.- au cours du jour de 0.06, ont été transférées du compte de F_ (compte
Dream
) sur le compte de SOCIETE 11_ CORP. sans paiement (PP 600'783-4, PP 600'870, PP 229'056).
Le 8 octobre 2009, 6'763'404 actions, d'une valeur totale de AUD 338'170.- au cours du jour de 0.05, ont été transférées du compte de D_ (
custody account withdrawal advice
PP F.1.10/651'358, "
as per client's request dated 02.10.2009
") sur le compte no 0835_ sans contreprestation (P 600'777, P 600'784, PP 600'869).
Le 8 octobre 2009, 3'680'000 actions, d'une valeur totale de AUD 184'000.- au cours du jour de 0.05, ont été transférées du compte de E_ (0251-0_806;
custody account withdrawal advice
PP F.1.10/651'357, "
as per client's request dated 02.10.2009
") sur le compte no 0835_ sans contreprestation (P 600'777, P 600'784, PP 600'868 verso).
Par ailleurs, d'autres clients de BANQUE A_ ont transféré sur le compte no 0835_ extérieur à BANQUE A_ les actions suivantes (PP 600'784) :
- L_ GROUP a transféré 500'000 actions,![endif]>![if>
- I_ a transféré 775'000 actions,![endif]>![if>
- K_ a transféré 371'000 actions. ![endif]>![if>
p.i)
Selon les investigations internes de BANQUE A_ (cf. projet Dino, p. 14),
- le transfert de 3'680'000 actions de E_ (
client C2
) au compte SOCIETE 12_ (client C19-G) s'est fait sur instructions du client, ![endif]>![if>
- le transfert de 6'760'000 actions de D_ (
client C3
) au compte SOCIETE 12_ (client C19-G) s'est fait sur instructions du client,![endif]>![if>
- le transfert de 12'750'000 actions de BBB_ LTD (
client C1
) au compte SOCIETE 11_ CORP. (
client C19-H
) a été fait avec l'accord (
disclosure
) de l'ayant-droit économique. ![endif]>![if>
p.j)
Par courriel du 11 septembre 2009 (PP 17/600'806), Q_ a demandé à l'assistante de X_ de transférer immédiatement tous les titres ALPHA_ du compte de SOCIETE 11_ CORP. auprès de BANQUE A_ à son compte auprès de BANQUE SAISIE 15_ de Zurich.
Le 17 septembre 2009, 50'976'732 actions ont été transférées du compte de SOCIETE 11_ CORP. auprès de BANQUE A_ à son compte auprès de BANQUE SAISIE 15_ (soit 12'750'000 + 8'000'000 + 30'226'732, PP C.
22.1/229
'054ss;
custody account withdrawal advice
, PP F.1.10/651'354-5-6).
Le 29 décembre 2010 (PP 17/600'808), X_ "
du BANQUE A_, Genève
" et en tant que "
représentant légal
" de SOCIETE 11_ CORP., a établi un document attestant que Q_ était le seul administrateur de SOCIETE 11_ CORP. (PP 15/500'927).
p.k)
Par courriel du 1
er
octobre 2009, X_ a informé CONSEILLERE F_, l'assistante de F_ et G_, que les titres ALPHA_ devaient être échangés d'ici fin décembre 2009, précisant qu'en cas de succès de l'opération le client recevrait de nouvelles actions plus liquides et avec un plus fort potentiel (PP 27/614'026).
p.l
) ALPHA_ a été mise en liquidation dès juin 2011 (cf. projet Dino, PP 18/600'867).
p.m)
Devant le Ministère public le 4 avril 2016 (PP 13/500'157), D_ a déclaré avoir travaillé pour GAZPROM au début des années 90 et avoir, ensuite, eu des contrats avec une filiale de GAZPROM jusqu'en 2007. Il avait également investi dans GAZPROM. Il ne connaissait pas la société ALPHA_ ni Q_ ou SOCIETE 11_ CORP..
Lors de cette même audience, X_ a expliqué avoir rencontré Q_ en présence de D_ à Moscou. Tous trois s'étaient rendus dans une filiale de GAZPROM en 2009 ou 2010, le but de cette visite étant d'inciter cette filiale à payer les dettes qu'elle avait envers la société de D_. L'intégralité des revenus de cette dernière société provenait des sous-traitants de GAZPROM. D'ailleurs, les avoirs déposés au BANQUE A_ étaient censés provenir de cette source. En 2013, cette source de revenus avait cessé. X_ a ajouté qu'il ne pensait pas que D_ ait donné des instructions ou validé les investissements dans ALPHA_, ce qui pouvait être vérifié sur les relevés de compte.
D_ est alors revenu sur ses dires pour reconnaître s'être rendu, en 2008, dans une filiale de GAZPROM avec X_ et un responsable de ladite filiale, dont il ne se souvenait plus du nom. Ils avaient parlé de projets, qui ne s'étaient pas concrétisés; D_ n'avait pas le souvenir d'avoir parlé de dettes. Il a précisé avoir eu des contrats avec des filiales de GAZPROM jusqu'en 2010 ou 2011.
p.n)
Devant le Ministère public le 13 mai 2016 (PP 13/500'320), P_ a déclaré avoir également transféré des titres ALPHA_, qu'il détenait, en faveur de SOCIETE 11_ CORP. pour le compte de Q_. Le précité lui avait été présenté par X_ et souhaitait reprendre le contrôle de la société ALPHA_. Cette société ne lui avait pas payé les actions. Le contrat entre SOCIETE 15_ et SOCIETE 11_ CORP. n'avait jamais été signé, mais il s'agissait bien du contrat de transfert desdites actions.
p.o)
Devant le Ministère public le 14 juin 2016 (PP 14/500'643), X_ a déclaré être désormais certain que D_ et E_ étaient informés des investissements effectués dans ALPHA_. Ceux-ci figuraient sur les
reportings
qui leur étaient adressés; il s'agissait du seul investissement en dollar australien (AUD), une des colonnes du
reporting
ayant été créée spécialement pour ces titres. Par ailleurs, Y_ – conseiller de D_ – tenait un tableau détaillé des titres détenus par le précité.
E_ n'avait jamais rencontré Q_. En revanche, le nom de Q_ avait souvent été évoqué lors des réunions entre D_, E_ et X_. D_ en parlait souvent car il souhaitait avoir une "
porte d'entrée
" chez GAZPROM.
Durant cette même audience, E_ a déclaré ne pas connaître Q_ ni la société ALPHA_.
p.p)
Devant le Ministère public le 3 août 2016 (PP 15/500'914), X_ a expliqué que Q_ était un proche de GAZPROM et n'avait aucun rôle spécifique au sein de ALPHA_. Il avait investi dans cette dernière société, notamment pour B_, D_, E_ et F_, avec l'accord des clients en question, précisant que lesdits titres figuraient sur les relevés qui leur étaient envoyés.
Il a précisé que D_ avait rencontré Q_, en sa présence, au Ritz Carlton de Moscou. Ensuite, tous trois s'étaient rendus dans une filiale de GAZPROM où il avait été question du paiement de la dette d'environ USD 60 millions de GAZPROM envers une société de D_ ainsi que d'autres projets.
Il a ajouté que l'opération dont il avait été question en 2009 n'avait jamais été réalisée, mais que les titres n'avaient pas été re-transférés car la société ALPHA_ avait fait faillite au même moment. Aucun certificat de dépôt de titres n'avait été émis en faveur des clients. Enfin, il ignorait la raison pour laquelle aucun Formulaire A n'existait pour D_ et E_ ni pour les autres investisseurs.
Le 18 octobre 2016, F_ a indiqué savoir que X_ avait investi dans la société ALPHA_, mais elle ignorait ce qu'il était advenu de son investissement (PP 501'125).
Le 30 novembre 2016 (PP 16/501'273), X_ a indiqué que TETHYS devait reprendre l'activité de ALPHA_. Q_ avait perdu le contrôle de la société de sorte que le deal ne s'était jamais fait. Lorsque Q_ avait repris le contrôle de la société, celle-ci n'avait plus d'activité puis avait fait faillite. Les titres attendus TETHYS n'avaient dès lors jamais été crédités sur le portefeuille des clients. Il s'agissait d'une perte sèche pour ceux-ci. X_ n'en avait pas informé les clients. Quand il avait commencé à poser des questions à Q_, celui-ci avait disparu. Le but n'était pas de faire perdre de l'argent au client ni de détourner des titres en sa faveur.
X_ a précisé que les 4'000'000 d'actions acquises pour F_ avaient été vendues sans l'accord des deux clients en question et 8'000'000 d'actions supplémentaires avaient été transférées à SOCIETE 11_ CORP..
q) Rétrocessions
q.a)
FONDS GAMMA 1_/FONDS GAMMA 2_/FONDS GAMMA 3_
X_ a créé, par l'intermédiaire de GAMMA_ (ci-après : GAMMA_), trois classes de fonds de placement pour ses clients, soit :
- FONDS GAMMA 1_ TRADING SP (ci-après : FONDS GAMMA 1_), un
Segretated Portfolio
du fonds de placement Cayman STRATEGIC INVESTMENT TRIBES FUND SPC, soit la classe E créée en 2009 (cf. PP C.4.2./215'431 et 215'437),![endif]>![if>
- FONDS GAMMA 2_ TRADING FUND SP (ci-après : FONDS GAMMA 2_), un
Segretated Portfolio
du fonds de ce même fonds de placement Cayman, soit la classe G créée en 2011(PP 215'233),![endif]>![if>
- FONDS GAMMA 3_ FUND LTD, classe B (ci-après : FONDS GAMMA 3_), fonds
BVIs
créé en 2012 (cf. notice classe B, PP 600'610;
Memorandum
de 2013, PP 215'631; PP 500'617).![endif]>![if>
La stratégie d'investissement de FONDS GAMMA 2_ et FONDS GAMMA 1_, qui peuvent emprunter jusqu'à 100% de leurs avoirs (PP 215'240 et 215'448, chiffre 2.4), est décrite dans le prospectus des fonds (cf. ch. 4.3. et 4.4. PP C.4.2./215'244 et 215'454). La commission d'entrée dans le fonds est de 5% (PP 215'291, 215'448), la commission de gestion est de 2% et la commission de performance est de 20% (PP 215'318, 215'484).
La stratégie d'investissement de FONDS GAMMA 3_ est décrite dans la notice de la classe, laquelle précise que dans un marché optimal, le portfolio devrait être composé de 20 à 40 références ("
In a optimal market scenario the portfolio should have 20 to 40 references
", PP 17/600'616). La commission d'entrée dans le fonds est de 5%, la commission de gestion est de 2% et la commission de performance de 20% (y compris les gains non réalisés) (PP 600'619).
Ces trois fonds de placement ont ouvert pour les classes susmentionnées un compte bancaire auprès de BANQUE SAISIE 13_ (SUISSE) SA et également, s'agissant de FONDS GAMMA 2_, auprès de BANQUE SAISIE 20_ (PP C.16.1).
Seul B_ a investi dans les trois classes susmentionnées. X_ a souscrit pour ce dernier, par le biais de BANQUE A_ LONDON, qui agissait à titre fiduciaire, des actions dans ces classes à hauteur des montants suivants :
- FONDS GAMMA 1_ USD 64'500'000.- (PP 30/617'554)![endif]>![if>
(souscriptions effectuées du 15.09.09 au 10.01.13),
- FONDS GAMMA 2_ USD 25'500'008.- (PP 30/617'555)![endif]>![if>
(souscriptions effectuées du 01.11.11 au 13.05.2013),
- FONDS GAMMA 3_ USD 18'500'000.- (PP 30/617'556 et PP 216'280)![endif]>![if>
(souscriptions effectuées en trois fois les 30.06.2012, 31.01.2014 et 30.06.2015).
Ces trois investissements figurent sur les relevés de compte au 31 décembre 2013 envoyés par email à CONSEILLER B 2_ (PP 15/500'970, 501'000), lesquels mentionnent des performances de 41% pour FONDS GAMMA 1_ et 90% pour FONDS GAMMA 2_ et FONDS GAMMA 3_ (compte LIFE BBB_ LTD; PP 501'000).
Les trois classes ont notamment investi dans des actions RAPTOR. Un trading massif sur RAPTOR a été effectué par FONDS GAMMA 1_ et des achats massifs ont été faits depuis avril 2013 pour FONDS GAMMA 3_ (PP 216'262ss) et dès 2012 pour FONDS GAMMA 2_ (PP 215'777ss).
La concentration de FONDS GAMMA 1_ dans les actions RAPTOR a été la suivante :
- au 31.12.2010 25% (5'034'644/19'859'660, PP 216'224)![endif]>![if>
- au 30.06.2011 54 % (10'323'366/19'207'034, PP 216'227)![endif]>![if>
- au 31.12.2011 23 % (4'941'384/21'483'251, PP 216'229)![endif]>![if>
- au 31.03.2012 79 % (29'889'267/37'660'619, PP 216'230)![endif]>![if>
- au 30.06.2012 35 % (14'968'277/42'167'315, PP 216'231)![endif]>![if>
- au 31.12.2012 82 % (37'689'707/46'227'044, PP 216'235)![endif]>![if>
- au 30.06.2013 94 % (58'688'040/62'660'488, PP 216'237)![endif]>![if>
- au 31.12.2013 87 % (58'911'594/67'736'279, PP 216'239)![endif]>![if>
- au 30.06.2014 87 % (50'712'585/58'581'610, PP 216'241)![endif]>![if>
- au 31.12.2014 98 % (44'638'464/45'518'383, PP 216'243)![endif]>![if>
- au 30.06.2015 100 % (36'743'330/36'750'890, PP 216'245)![endif]>![if>
- au 31.12.2015 98 % (11'278'800/11'522'427, PP 216'248).![endif]>![if>
S'agissant des avoirs de FONDS GAMMA 2_ auprès de BANQUE SAISIE 20_, le compte a été crédité pour la première et unique fois de USD 2'500'000.- (PP 225'319). Dès mai 2013, ce compte était composé exclusivement de 430'000 actions RAPTOR, actions transférées du compte du fonds FONDS GAMMA 2_ auprès de BANQUE SAISIE 13_ au prix de USD 2'500'000.- (PP 225'313, 225'315-6, 216'280).
Au 10 novembre 2015, les actions RAPTOR représentaient (PP 28/616'030) :
- 94 % de FONDS GAMMA 3_,![endif]>![if>
- 92 % de FONDS GAMMA 2_,![endif]>![if>
- 97 % de FONDS GAMMA 1_.![endif]>![if>
En avril 2016, les actions RAPTOR représentaient :
- 98 % de FONDS GAMMA 3_, classe B, (USD 5'944'560.- sur 6'073'330.-, PP 216'253),![endif]>![if>
- 95 % de FONDS GAMMA 2_, auprès de BANQUE SAISIE 13_ (USD 2'779'140.- sur 2'927'151.-, PP 215'852),![endif]>![if>
- 99.6 % de FONDS GAMMA 1_ (USD 11'553'360.- sur 11'602'712, PP 216'250).![endif]>![if>
FONDS GAMMA 3_ et FONDS GAMMA 1_ ont également investi dans des actions PEARLGOLD, soit un investissement dans une mine d'or au Mali. L'action PEARLGOLD connaîtra une baisse, au premier semestre 2013, de 78%, l'action ne valant plus rien courant 2013.
FONDS GAMMA 1_ a investi pour la première fois au dernier trimestre 2011 (PP 215'939) et jusqu'au dernier trimestre 2012 pour un total de USD 2'018'898.- (cf. PP 215'939ss). Depuis le premier trimestre 2013 jusqu'au troisième trimestre 2013, FONDS GAMMA 1_ a vendu toutes ses actions PEARLGOLD pour un total de USD 358'591.- (PP 216'046, 216'071, 216'093), d'où une perte de USD 1'660'307.-.
Un contrat d'apporteur d'affaires (
Introducing Broker Agreement
, PP 500'015) a été conclu entre GAMMA_ et SOCIETE 1_ SA, (contrat signé le 25 janvier 2013, avec effet rétroactif au 10 septembre 2009). Par ce contrat, GAMMA_ s'engageait à verser des commissions à SOCIETE 1_ SA en échange de l'apport de clients (entre 20 et 30 %) et de la gestion de ceux-ci (entre 20 et 40 %). Le montant des commissions était calculé par la fiduciaire puis communiqué à SOCIETE 1_ SA, qui facturait ce même montant à GAMMA_.
GAMMA_ a versé, de 2010 à 2015, à SOCIETE 1_ SA, sous forme de multiples versements, les commissions suivantes sur son compte auprès de BANQUE SAISIE 4_ (PP 13/500'182):
- CHF 8'958'599.- (PP C.7.1),![endif]>![if>
- EUR 14'198.- (PP C.7.1),![endif]>![if>
- USD 37'160.- . (PP C.7.1/218'020).![endif]>![if>
De 2009 à 2013, le gérant (
investment manager
) de FONDS GAMMA 1_ et FONDS GAMMA 2_ était GERANT FONDS 1_, société incorporée à Anguilla, sans aucune activité économique. Le gérant de FONDS GAMMA 3_ était GERANT FONDS 2_, société incorporée aux Iles Vierges Britanniques, sans aucune activité économique, dont les administrateurs sont M_ et _ (PP 600'619). A partir de 2013, GAMMA_ est devenu formellement le gérant des fonds FONDS GAMMA 1_, FONDS GAMMA 2_ et FONDS GAMMA 3_-classe B, mais rétrocédait une partie des frais de gestion et des commissions de performance à GERANT FONDS 1_ (selon contrat du 17.12.2012, classeur SOCIETE 5_ LTD 2) et à GERANT FONDS 2_ (selon contrat du 14.08.2013, PP 13/500'266).
X_ a précisé que les commissions de gestion et de performance
étaient versées sur le compte SOCIETE 5_ LTD, dont il était l'ayant-droit économique (PP 13/500'292). Il ignorait la possible existence d'intermédiaires.
Les commissions de gestion de GERANT FONDS 1_ LTD ont été versées :
- à hauteur de CHF 6'014'081.- sur le compte no 019_ de SOCIETE 7_ JLT auprès de BANQUE SAISIE 9_ conformément à un contrat du 21.10.2014 (classeur SOCIETE 5_ LTD 2) (PP 13/500'083; PP 500'055), société dont l'ayant-droit économique est X_ (PP 13/500'078) et ![endif]>![if>
- à hauteur de USD 5'661'377.- et EUR 66'592.- sur le compte auprès de BANQUE SAISIE 10_ (ci-après : BANQUE SAISIE 10_) de SOCIETE 5_ LTD, société mise à disposition de X_ par M_ (selon les déclarations de M_, PP 13/500'206-7; de X_, PP 13/500'208 et de N_, PP 500'622), soit : ![endif]>![if>
Commissions reçues par SOCIETE 5_ LTD de la part de GERANT FONDS 1_
2010
2011
2012
2013
2014
USD 247'149.-
EUR
12'511.-
USD 301'472.-
USD 437'000.-
USD 2'160'000
EUR
34'646.-
USD 475'298.-
USD 395'000.-
USD 139'863.-
EUR
13'853.-
USD 226'067.-
USD 628'000.-
USD 141'235.-
USD 34'383.-
EUR
5'582.-
USD 61'869.-
USD 173'660.-
USD 340'381.-
A noter que le transfert de USD 2'160'000.- a fait l’objet d'un contrat d'achat d'or fictif entre SOCIETE 5_ LTD et GERANT FONDS 1_ LTD afin de satisfaire aux exigences de la banque BANQUE SAISIE 10_ (classeur SOCIETE 5_ LTD 1).
Les commissions de gestion suivantes de GERANT FONDS 2_ ont été versées, à tout le moins :
- USD 250'000.- le 24 février 2011 et CHF 163'000.- les 2 et 9 février 2010 sur le compte de BETA_ auprès de BANQUE SAISIE 14_ (PP 219'048, 219'052), ![endif]>![if>
- EUR 500'000.- le 6 septembre 2012 (PP 223'311), en passant par le compte de SOCIETE 13_ LLC sur le compte de SOCIETE 2_ SA, auprès de la BANQUE SAISIE 5_ à Zurich (versement dans le cadre de "
l'opération PEARLGOLD
", PP 500'626-7; déclarations de X_ PP 500'620, il s'agit de commissions en lien avec l'achat de titres PEARLGOLD pour FONDS GAMMA 1_), ![endif]>![if>
- EUR 49'041.- le 14 octobre 2013 (PP 222'119) à titre de
management fees
pour 2013, montant ensuite transféré à EWM CARD (carte débit prépayée) à hauteur de EUR 58'000.- (PP 222'122),![endif]>![if>
- USD 2'214'192.- le 16 janvier 2014 (PP 222'127) à titre de
performance fees
pour 2013, montant ensuite transféré à hauteur de USD 2'190'000.- à SOCIETE 13_ LLC (PP 222'129), ![endif]>![if>
- CHF 75'251.- le 16 décembre 2014 (PP 222'182) et CHF 90'283 le 22 décembre 2014 (PP 222'185) à titre de
management fees
pour 2014, montants ensuite affecté à l'achat d'une Ferrari pour EUR 420'000.- (PP 222'204ss), transférés à hauteur de CHF 150'000.- à BETA_ (PP 222'188) et à hauteur de USD 1'765'000.- à SOCIETE 5_ LTD sur son compte auprès de BANQUE SAISIE 10_, passant par le compte de SOCIETE 13_ LLC.![endif]>![if>
SOCIETE 5_ LTD a ensuite procédé aux transferts suivants :
- CHF 472'000.-, EUR 46'000.-, USD 156'794.- pour l'achat de bijoux entre 2011 et 2015, ![endif]>![if>
- USD 1'500'000.- en faveur de SOCIETE 1_ SA le 19 février 2014 sur son compte auprès de BANQUE SAISIE 4_ BANK (PP 218'039; classeur SOCIETE 5_ LTD 1),![endif]>![if>
- USD 1'910'000.- (en plusieurs versements) en faveur d'un compte SOCIETE 6_ LTD (cf. classeur SOCIETE 5_ LTD 1) auprès de BANQUE SAISIE 9_, dont l'ayant-droit économique est X_, ![endif]>![if>
avoirs ensuite transférés sur le compte de SOCIETE 7_ JLT auprès de BANQUE SAISIE 9_ (cf. déclarations de O_, PP 500'055, de N_, PP 500'621 et de X_, PP 500'622),
- USD 870'000.-, l'acte d'accusation retenant par erreur le montant de USD 960'000.- qui contient le montant extourné de USD 90'000.- du 16.12.2013 en faveur de SOCIETE 2_ SA sur son compte auprès de la BANQUE SAISIE 5_, par le biais des transferts suivants : ![endif]>![if>
o USD 90'000.- le 07.01.2014 (classeur SOCIETE 5_ LTD 1),![endif]>![if>
o USD 200'000.- le 07.09.2012 (PP 223'258; SOCIETE 5_ LTD 1),![endif]>![if>
o USD 100'014.- le 07.12.2012 (PP 223'280),![endif]>![if>
o USD 230'000.- le 22.02.2013 (PP 223'229)![endif]>![if>
o USD 250'000.- le 30.09.2013 (PP 223'234),![endif]>![if>
étant précisé que SOCIETE 2_ SA a ensuite acheté des bijoux pour CHF 90'000.- (PP 223'250),
- USD 740'000.- en faveur de "04441452" auprès de _, au Luxembourg, pour des cartes de débit prépayées (cf. classeur SOCIETE 5_ LTD),![endif]>![if>
- USD 430'014.- en faveur de SOCIETE 4_ SA, sur son compte auprès de BANQUE SAISIE 6_, par le biais des transferts suivants :![endif]>![if>
o USD 30'000.- le 05.03.2012 (compte PP 217'169),![endif]>![if>
o USD 100'000.- le 07.03.2012 (PP 217'169),![endif]>![if>
o USD 70'000.- le 23.04.2012 (PP 217'175),![endif]>![if>
o USD 100'014.- le 26.11.2012 (PP 217'185),![endif]>![if>
o USD 130'000.- le 07.02.2013 (PP 217'191).![endif]>![if>
Selon N_, employé et associé de GAMMA_ (PP 13/500'032), les fonds susmentionnés étaient en réalité gérés par X_ et P_, qui envoyaient des instructions de gestion sous forme de suggestions.
ASSOCIE GAMMA 1_, associé de GAMMA_, a confirmé (PP 500'786) que X_ et/ou P_ proposaient et décidaient des investissements à effectuer et les précités avaient décidé d'investir dans RAPTOR. Les trois fonds détenaient principalement du RAPTOR car il semblait à X_ que cela était un bon investissement.
CONSEILLER B 2_ a déclaré ignorer que X_ recevait des commissions de la part de certains
hedge funds
(PP 13/500'138).
Enfin, B_ a confirmé avoir demandé à X_ d'investir une partie de ses actifs dans des
hedge funds
(PP 501'439).
X_ a déclaré (PP 13/500'125) qu'une partie des investissements effectués pour ses clients et qui généraient des commissions en sa faveur, avaient été acceptés par les clients, mais que ceux-ci n'avaient pas été informés du trading opéré via les fonds susmentionnés. Il avait toujours investi pour le compte de ses clients dans des produits qu'il considérait comme de qualité. Il était toutefois indéniable qu'il avait créé ces fonds pour augmenter ses propres revenus. Par ailleurs, il donnait les instructions à N_, qui les transmettait à M_ (PP 500'208).
Il a précisé (PP 13/500'291) que B_ souhaitait qu'une partie de ses fonds soit gérée par des tiers gérants et d'une manière agressive. Les trois fonds susmentionnés avaient été créés à son initiative et approuvés par BANQUE A_. Il avait investi dans ces trois fonds uniquement pour B_. GAMMA_ bénéficiait de conditions favorables auprès de BANQUE SAISIE 13_. Concernant la gestion de ces fonds, il donnait des recommandations d'investissements; il était possible que GAMMA_ ait passé des ordres directement, mais cela était marginal. P_ n'avait pas participé à la gestion des fonds. Lors de la création des fonds, X_ avait passé des ordres d'investissement par internet directement auprès de BANQUE SAISIE 13_. Par la suite, il les donnait par SMS, téléphone et email à _ puis via une adresse email de SOCIETE 1_ SA au nom de P_. Il a précisé qu'il avait alors un accès internet "
view only
" aux comptes desdits fonds auprès de BANQUE SAISIE 13_. Il avait été convenu avec GAMMA_ que 50 % des commissions lui reviendraient; aucune rétrocession n'avait ensuite été effectuée de sa part.
S'agissant de la concentration d'actions RAPTOR dans les fonds FONDS GAMMA 1_, FONDS GAMMA 2_ et FONDS GAMMA 3_, X_ a précisé (PP 500'941) qu'il avait voulu vendre des actions RAPTOR afin de réaliser des profits et diminuer le risque d'exposition depuis le deuxième semestre 2014 à juin 2015. ASSOCIE GAMMA 1_ n'avait pas été de cet avis et était devenu le meilleur "
avocat
" de RAPTOR. Il avait été convenu de vendre en premier lieu d'autres positions du portefeuille, tout en gardant les titres RAPTOR. Finalement, il y avait eu tout de même un grand nombre de ventes de titres RAPTOR et la position avait diminué de 40%.
X_ a précisé (PP 500'620) ne pas avoir dit à B_, D_ ou E_ avoir investi pour leur compte dans PEARLGOLD.
q.b)
CENTRIS CAPITAL AG
X_ a investi, en 2013 et 2014, pour le compte de B_ dans deux fonds obligataires (DISTRESSED ou ILLIQUID EUROPEAN DEBT) et deux produits structurés distribués par CENTRIS CAPITAL AG à hauteur de USD 120'781'300.- et EUR 20'000'257.- (PP 30/617'561 à 566).
Ces investissements figuraient sur les relevés de compte au 31 décembre 2013 de LIFE BBBB_, LIFE BBB_ LTD et BBB_ LTD, envoyés par email à CONSEILLER B 2_ sous "
Tracker-cert.
BANQUE SAISIE 16_
International finance
" (PP 15/500'970, 500'978, 501'007, 501'018 déclaration X_, PP 500'963). Ces investissements se montaient à USD 21'556'550.-, USD 19'263'300.- et USD 8'255'700.- au 31 décembre 2013.
Sur la base d'un contrat d'apporteur d'affaires (cf.
Introducer Agreement
, PP 500'424), X_ a perçu des commissions de CENTRIS CAPITAL SA sur le compte de SOCIETE 1_ SA auprès de BANQUE SAISIE 4_, en plusieurs versements, à hauteur de USD 8'015'025.- et EUR 495'623.-, soit 50% des commissions de conseil et 80 % des commissions de performance reçues par CENTRIS CAPITAL AG (art. 4 du contrat, PP 500'426 verso).
X_ a indiqué (PP 13/500'421) qu'il disposait pour le compte de B_ d'un montant de EUR 200'000'000.- à investir dans des fonds obligataires. Il avait donc investi EUR 20'000'000.- dans DISTRESSED ou ILLIQUID EUROPEAN DEBT. Il avait envoyé un email à CONSEILLER B 2_ pour lui indiquer qu'il investirait moins que EUR 200'000'000.- dans le marché obligataire car les conditions n'étaient pas favorables. Un deuxième fonds avait été créé par CENTRIS CAPITAL AG, à son initiative, qui reflétait l'image du premier, mais avec un effet de levier. Seul B_ avait investi dans ce fonds à hauteur de EUR 5'000'000.-. X_ a précisé qu'il n'était pas intervenu dans la gestion des deux fonds obligataires. S'agissant des actions, CENTRIS CAPITAL AG avait proposé de passer par des produits structurés. Le premier produit avait été structuré par UNICREDITO. X_ intervenait dans les décisions d'investissements, mais dans une moindre mesure que pour GAMMA_ car il n'avait pas accès au portefeuille, ne serait-ce qu'en mode lecture (
read only
) et ne recevait pas les avis d'exécution, même s'il aurait pu à tout moment demander à CENTRIS CAPITAL AG la composition des portefeuilles. Environ 50 % des décisions d'investissements étaient basées sur les recommandations qu'il faisait par le biais de l'adresse email de P_. Le deuxième produit structuré (LEONTEQ STRATEGY 2 SHARES) l'avait été par LEONTEQ, la banque d'investissement de BANQUE SAISIE 16_. L'argent de B_ avait été investi, sans que celui-ci ne fût au courant, dans ce produit à hauteur de USD 35'000'000.-. Un de ces deux produits structurés contenait des actions RAPTOR.
X_ a ajouté (PP 13/500'422) avoir choisi d'investir dans les produits de CENTRIS CAPITAL AG car c'était la volonté de B_ de travailler avec des gérants externes à BANQUE A_. CENTRIS CAPITAL AG bénéficiait d'un meilleur niveau de connaissance et d'un meilleur réseau professionnel que GAMMA_. Sur les quatre produits susmentionnés, deux n'auraient pas pu être créés par BANQUE A_.
q.c)
DYNAMIC CORE CAPITAL
X_ a investi pour le compte de B_ à hauteur de USD 49'250'000.- dans le fonds EXTEN distribué par DYNAMIC CORE CAPITAL (PP 30/617'558).
Cet investissement figure sur les relevés de compte au 31 décembre 2013 de LIFE BBB_ LTD et de BBB_ LTD envoyés par email à CONSEILLER B 2_ (PP 15/500'970, 501'012, 501'025).
Sur la base d'un contrat d'apporteur d'affaires (cf.
Introducer's Agreement
, PP 500'683), X_ a perçu des commissions de DYNAMIC CORE CAPITAL en plusieurs versements, pour un total de USD 1'082'181.- sur le compte de SOCIETE 1_ SA auprès de BANQUE SAISIE 4_.
A relever que l'acte d'accusation retient, sans que cela ne ressorte toutefois des pièces bancaires figurant à la procédure, le montant de USD 1'904'250.- versé sur le compte de SOCIETE 2_ SA auprès de BANQUE SAISIE 5_.
X_ a indiqué (PP 500'664) que le fonds EXTEN était géré par les mêmes gérants que MARKETVIEW. Il s'agissait d'un fonds de placement en lancement, son profil étant plus agressif que MARKETVIEW avec des investissements en Chine. Il n'avait pas parlé spécifiquement de ce fonds à B_. Il n'était pas intervenu dans la gestion du fond. Il était resté évasif sur le bénéficiaire des commissions versées.
q.d)
MARKETVIEW MANAGEMENT
X_ a investi pour le compte de B_ à hauteur de USD 34'750'000.- dans le fonds MARKETVIEW GLOBAL distribué par MARKETVIEW MANAGEMENT (PP 30/617'559).
Cet investissement figure sur les relevés de compte au 31 décembre 2013 de LIFE BBBB_ et LIFE BBB_ LTD envoyés par email à CONSEILLER B 2_ (PP 15/500'970, 500'982).
Sur la base d'un contrat d'apporteur d'affaires (cf.
Introducer's Agreement
, PP 500'674), X_ a perçu des commissions de MARKETVIEW MANAGEMENT de USD 1'943'529.- en plusieurs versement, soit :
- USD 1'388'292.- sur le compte de SOCIETE 1_ SA auprès de BANQUE SAISIE 4_,![endif]>![if>
- USD 382'000.- sur le compte de SOCIETE 2_ SA auprès de BANQUE SAISIE 5_ (150'000, PP 223'297),![endif]>![if>
- USD 173'237.- sur le compte de SOCIETE 5_ LTD auprès de BANQUE SAISIE 10_ (cf. classeur SOCIETE 5_ LTD 1),![endif]>![if>
soit 50% des commissions de gestion de MARKETVIEW MANAGEMENT (annexe 1 du contrat, PP 500'679).
X_ a indiqué (PP 500'663) qu'il s'agissait d'un fonds domicilié en Angleterre en phase de lancement composé d'actions et de produits dérivés. Il n'avait pas parlé spécifiquement de cet investissement à B_, mais le précité souhaitait faire appel à des gérants externes à BANQUE A_ pour gérer ses fonds, alors que la plateforme de trading avait des conditions avantageuses et que les commissions perçues par le fonds étaient moindres. Il n'était jamais intervenu dans la gestion du fond. Il avait expliqué à MARKETVIEW MANAGEMENT que le client serait le bénéficiaire des commissions.
q.e)
SWISS ASIA FINANCIAL SERVICES PTE
X_ a investi pour le compte de B_ à hauteur de USD 10'000'000.- dans le fonds de placement SWISS-ASIA GROWTH FUND distribué par SWISS ASIA FINANCIAL SERVICES PTE (PP 30/617'560, PP 500'982).
Cet investissement figurait sur les relevés de compte au 31 décembre 2013 envoyés par email à CONSEILLER B 2_ (PP 15/500'970, 500'982). A cette date, LIFE BBBB_ possédait 10'315 actions de SWISS-ASIA GROWTH FUND, alors que la performance du fonds était positive de 6.33%.
Sur la base d'un contrat d'apporteur d'affaires (cf.
Business Introducer and Fee Sharing Agreement
, PP 500'668), X_ a perçu des commissions de SWISS ASIA FINANCIAL SERVICES PTE sur le compte de SOCIETE 1_ SA auprès de BANQUE SAISIE 4_, en plusieurs versements, à hauteur de :
- USD 556'343 (PP classeur C.7.1),![endif]>![if>
- CHF 16'700.- (PP 218'089),![endif]>![if>
soit 50% des commissions de gestion et 80 % des commissions perçues sur le capital investi (
front end load/special charge levied on the capital invested
) et reçues par SWISS ASIA FINANCIAL SERVICES PTE (annexe B du contrat, PP 500'671).
X_ a indiqué (PP 500'662) que SWISS ASIA GROWTH FUND était un fonds de fonds, dont les sous-jacents sont composés de fonds asiatiques. Il avait investi pour le compte de B_, par le biais de BBBB_ LTD. Il n'avait pas parlé de cet investissement au client et n'était pas intervenu dans la gestion du fond. Il avait été évasif sur le bénéficiaire des rétrocessions, en laissant croire que ce serait le client. Il aurait investi pour le compte de son client dans ce fonds, même s'il n'avait pas touché de commissions.
q.f)
PEARLGOLD
X_ a investi pour le compte de B_ à hauteur de EUR 11'650'599.- dans les titres PEARLGOLD (PP 30/617'557).
r) Biens mobiliers et immobiliers de X_
r.a)
SOCIETE 1_ SA
X_ a créé en janvier 2010 SOCIETE 1_ SA (ci-après et avant : SOCIETE 1_ SA), société ayant son siège à Engelberg. Il en est l'actionnaire unique. P_ était l'administrateur unique de SOCIETE 1_ SA.
EPOUSE X_ était fictivement employée par cette société, qui lui versait un salaire et des bonus, alors qu'elle ne déployait aucune activité (cf. avis de bonus 2011 PP 500'014, déclarations de EPOUSE X_ et de P_). Elle a ainsi perçu un salaire mensuel de CHF 8'000.- d'octobre à décembre 2013, puis de CHF 10'000.- dès le 1
er
janvier 2014, ainsi que des bonus de CHF 100'000.- par année en 2011, en 2013 et en 2014, ainsi que CHF 120'000.- en 2012 (PP 500'114).
SOCIETE 1_ SA a ouvert des comptes bancaires auprès de :
- BANQUE SAISIE 2_ (no 206-_-01 au 31.12.2016, PP 615'128),![endif]>![if>
- BANQUE SAISIE 4_ (no 31_ au 31.12.2016, PP 615'123),![endif]>![if>
- BANQUE SAISIE 3_(no 16_ au 31.12.2016, PP 615'142),![endif]>![if>
- BANQUE A_ (clôturé),![endif]>![if>
- BANQUE SAISIE 13_ (SUISSE) SA (clôturé le 13 juin 2014),![endif]>![if>
- BANQUE SAISIE 17_ (clôturé).![endif]>![if>
Tous les comptes bancaires de SOCIETE 1_ SA ont été séquestrés dans le cadre de la présente procédure.
La voiture, dont SOCIETE 1_ SA était détentrice, a été vendue aux enchères et le produit net de la vente de CHF 68'711.75 versé sur le compte du Pouvoir judiciaire.
En septembre 2016, pour les besoins de la liquidation de la société, l'administration a été reprise par Me Philippe COTTIER et le siège de la société déplacé à Genève.
r.b)
SOCIETE 7_ JLT
X_ a créé le 24 février 2014 SOCIETE 7_ JLT (ci-après et avant : SOCIETE 7_ JLT), sise à Dubaï. O_ était seul actionnaire et administrateur de la société.
SOCIETE 7_ JLT était titulaire d'un compte bancaire auprès de BANQUE SAISIE 9_ (relevés de comptes au 31.12.2015, PP 25/609'130ss).
SOCIETE 7_ JLT a transféré à EPOUSE X_ la somme totale de EUR 941'000.- (PP 25/609'089ss), soit :
- EUR 350'000.- en août 2014,![endif]>![if>
- EUR 350'000.- en août 2014,![endif]>![if>
- EUR 100'000.- en septembre 2014,![endif]>![if>
- EUR 30'000.- en septembre 2015,![endif]>![if>
- EUR 40'000.- en juillet 2015,![endif]>![if>
- EUR 71'000.- en avril 2015.![endif]>![if>
SOCIETE 7_ JLT a acquis SOCIETE 6_ LTD en mai 2014, tous les avoirs de la précitée étant transférés sur le compte de SOCIETE 7_ JLT (PP 25/609'114).
Le 4 avril 2016, BANQUE SAISIE 9_ a demandé à SOCIETE 7_ JLT de clôturer son compte (PP 25/609'195). Il a été convenu que les avoirs soient transférés sur le compte du Pouvoir judicaire puis à SOCIETE 1_ SA en vue de leur liquidation (PP 22/605'058, 605'069).
Un montant de USD 1'080'000.- a été crédité sur le compte du Pouvoir judiciaire le 24 mars 2017.
r.c)
SOCIETE 5_ LTD
X_ a créé SOCIETE 5_ LTD, une société de domiciliation sise à Dubaï. Selon un contrat du 1
er
janvier 2010 (PP 25/609'099), GAMMA_ détenait les actions "
à titre fiduciaire
" pour le compte de X_ et de son épouse.
SOCIETE 5_ LTD a ouvert un compte auprès de BANQUE SAISIE 10_ dès 2010. A lecture des relevés bancaires, ce compte a servi à recueillir les rétrocessions perçues par X_ et a alimenté le train de vie de X_ et son épouse (cf. achats de bijoux, considérants r.q)
infra
et cartes de débit prépayées EWM CARD.
r.d)
SOCIETE 10_ SA
X_ a créé SOCIETE 10_ SA (ci-avant et après : SOCIETE 10_ SA), une société de domiciliation sise au Panama.
SOCIETE 10_ SA disposait d'un compte auprès de la BANQUE SAISIE 11_ à Singapour (état du compte au 16 janvier 2009, PP 217'525).
Son compte a été clôturé et ses avoirs transférés à SOCIETE 4_ SA sur son compte auprès de BANQUE SAISIE 6_ (PP 16/501'406). A ce moment-là, les avoirs s'élevaient à USD 1'406'819.- (PP 217'526).
r.e)
SOCIETE 4_ SA
X_ a créé, en 2008, SOCIETE 4_ SA (ci-avant et après : SOCIETE 4_ SA), une société de domiciliation sise au Panama.
SOCIETE 4_ SA a ouvert un compte bancaire no 590_ auprès de BANQUE SAISIE 6_. Ce compte a été crédité de divers montants provenant de SOCIETE 10_ SA, depuis son compte auprès de BANQUE SAISIE 11_ à Singapour.
Début janvier 2016, X_ a pris des mesures pour transférer les avoirs de SOCIETE 4_ SA auprès de BANQUE SAISIE 6_ vers une société nouvellement créée et incorporée aux Iles Marshall, SOCIETE 17_ LTD, sur un compte auprès de BANQUE SAISIE 6_, mais aux Bahamas (cf. classeur BANQUE SAISIE 6_ et emails X_ PP 410'008ss). Ces mesures n'ont pas pu être mises en œuvre vu l'interpellation de l'intéressé et les avoirs de SOCIETE 4_ SA ont été séquestrés dans le cadre de la présente. Au 31 décembre 2016, ceux-ci s'élevaient à EUR 1'338'477.-.
r.f)
SOCIETE 2_ SA
X_ a créé SOCIETE 2_ SA, une société de domiciliation sise au Panama.
SOCIETE 2_ SA a ouvert un compte bancaire no 543_ auprès de BANQUE SAISIE 5_. Ce compte a été clôturé le 6 novembre 2013.
Le compte a été crédité de :
- USD 200'000.- le 07.09.2012 de SOCIETE 5_ LTD (PP 223'258),![endif]>![if>
- USD 100'000.- le 07.12.12 de SOCIETE 5_ LTD,![endif]>![if>
- USD 230'000.- le 22.02.13 de SOCIETE 5_ LTD,![endif]>![if>
- USD 250'000.- le 30.09.13 de SOCIETE 5_ LTD.![endif]>![if>
SOCIETE 2_ SA a ouvert, en juillet 2013, un compte no 545_ auprès de BANQUE SAISIE 5_ à Vaduz.
Le compte a été crédité de :
- USD 90'000.- le 09.01.2014 de SOCIETE 5_ LTD (PP 420'298),![endif]>![if>
- USD 500'000.- le 24.04.2014 de DYNAMIC CORE CAPITAL (PP 420'301),![endif]>![if>
- USD 382'000.- le 05.09.2014 de MARKETVIEW MANAGEMENT (PP 420'371),![endif]>![if>
- USD 245'600.- le 20.11.2014 de DYNAMIC CORE CAPITAL (PP 420'411),![endif]>![if>
- USD 76'650.- le 23.02.2015 de DYNAMIC CORE CAPITAL (PP 420'460),![endif]>![if>
- USD 82'000.- le 29.04.2015 de DYNAMIC CORE CAPITAL (PP 420'482).![endif]>![if>
Le compte bancaire de SOCIETE 2_ SA auprès de cette banque a été séquestré selon demande d'entraide du 20 janvier 2016 (PP 616'290). Le séquestre a porté sur CHF 3'205'916.- au 31 décembre 2015. Par courrier du 23 novembre 2017, la direction de la procédure du Tribunal correctionnel a demandé la prolongation du séquestre pour une année supplémentaire.
r.g)
SOCIETE 3_ AG
X_ a créé, en mars 2015, SOCIETE 3_ AG, une société suisse actuellement en liquidation dont le siège est à Zug.
SOCIETE 3_ AG a ouvert, en mars 2015, un compte no 548_ auprès de BANQUE SAISIE 5_ à Vaduz.
Le compte bancaire de SOCIETE 3_ AG auprès de cette banque a été séquestré (PP 616'290). Le séquestre a porté sur CHF 51'255.- au 31 décembre 2015. Par courrier du 23 novembre 2017, la direction de la procédure du Tribunal correctionnel a demandé la prolongation du séquestre pour une année supplémentaire.
r.h)
NEW SOCIETE 9_ LTD
NEW SOCIETE 9_ LTD est une société enregistrée à Hong Kong, dont les administrateurs étaient P_ et _. NEW SOCIETE 9_ LTD était détenue par SOCIETE 1_ SA.
NEW SOCIETE 9_ LTD disposait d'un compte bancaire ouvert auprès de HSBC à Hong Kong (PP 26/611'018). P_ a été mentionné comme étant l'ayant-droit économique de la société (PP 26/611'006), en lieu et place de X_.
Les avoirs en compte de la société, après remboursements de divers prêts à SOCIETE 1_ SA, ont été transférés sur le compte du Pouvoir judicaire, soit USD 42'000.-, EUR 2'392 et HKD 100'000.- (ces derniers ayant été convertis en USD 12'605.10) (PP 26/611'090, 611'095).
r.i)
SOCIETE 9_ LTD
SOCIETE 9_ LTD est une société incorporée le 9 mars 2011 à Hong Kong.
SOCIETE 9_ LTD était la titulaire de comptes bancaires auprès de BANQUE SAISIE 18_ et de BANQUE SAISIE 19_. Le compte bancaire auprès de BANQUE SAISIE 18_ a été clôturé le 22 décembre 2015. Ce compte a été alimenté notamment par SOCIETE 1_ SA et a notamment servi à l'acquisition de vin. Le compte auprès de BANQUE SAISIE 19_ a été clôturé en avril 2014.
P_ a déclaré (PP 13/500'319) que SOCIETE 9_ LTD était une filiale de _, une de ses sociétés. X_ n'avait rien à voir avec SOCIETE 9_ LTD.
r.j)
Comptes bancaires auprès de BANQUE A_ de X_ et EPOUSE X_
X_ est le titulaire du compte no 0251-_13-3 auprès de BANQUE A_. Ce compte a été séquestré. Le montant des avoirs sur ce compte au 31 décembre 2017 était de CHF 1'211.-.
X_ est le titulaire d'un compte de 2
ème
pilier no 0251-_-11-627 auprès de BANQUE A_. Ce compte a été séquestré et le séquestre a porté sur CHF 1'453'781.- au 31 décembre 2015.
X_ est le titulaire de la relation no 0251-_9-3 auprès de BANQUE A_. Ce compte a été séquestré et le séquestre a porté sur CHF 241.- et CHF 4'662.- au 31 décembre 2015.
X_ et son épouse sont les titulaires du compte no 0251-_2-9 auprès de BANQUE A_. Ce compte a été séquestré et le séquestre a porté sur CHF 4'514.- étant précisé que ledit compte est débiteur de CHF 2'537'510.- (hypothèque).
r.l)
Compte auprès de
BANQUE SAISIE 8_
EPOUSE X_ était la titulaire du compte no 61_ (intitulé THAIS 02) auprès de BANQUE SAISIE 8_, à Monaco, ouvert le 27 octobre 2008 et clôturé le 7 juin 2016.
Le compte a été exclusivement alimenté par un montant de USD 1'530'000.- versé le 6 novembre 2008 et provenant de BBB_ LTD (via SOCIETE 8_ INC et via CC_ LTD).
Ce montant a permis à X_ de faire du trading sur le compte notamment sur le titre RAPTOR.
Le compte a été débité de :
- USD 74'257.- pour l'achat des maisons à Porto Cervo,![endif]>![if>
- USD 384'845.- pour l'achat des maisons à Porto Cervo,![endif]>![if>
- USD 100'112.- le 15 février 2010 en faveur de V_ LTD auprès de BANQUE SAISIE 13_, à Londres,![endif]>![if>
- USD 97'862.- pour l'achat d'œuvres d'art.![endif]>![if>
Au 18 avril 2016, la valeur des avoirs était de EUR 1'247'588.07 (PP 28/616'009).
Par instruction du 26 avril 2016, EPOUSE X_ a fait transférer l'intégralité des avoirs sur le compte du Pouvoir judiciaire, soit :
- USD 54'721.94,![endif]>![if>
- 100'000 actions CASPIAN ENERGY INC,![endif]>![if>
- 100'000 actions TETHYS PETROLLEUM,![endif]>![if>
- 128'000 actions ACCSYS TECHNOLOGIES PLC,![endif]>![if>
- 8'000 actions ALEXKA PHARMACEUTICS INC,![endif]>![if>
- 3'125 actions NORTHWEST,![endif]>![if>
- 225'500 actions RAPTOR.![endif]>![if>
r.m)
Compte auprès de BANQUE SAISIE 7_
EPOUSE X_ est la titulaire d'un compte bancaire auprès de BANQUE SAISIE 7_.
Ce compte a été crédité de :
- EUR 40'000.- le 08.07.2015 par SOCIETE 7_ JLT,![endif]>![if>
- EUR 30'000.- le 21.09.2015 par SOCIETE 7_ JLT,![endif]>![if>
- EUR 71'000.- le 10.04.2015 par SOCIETE 7_ JLT,![endif]>![if>
- EUR 350'000.- le 29.08.2014 par SOCIETE 7_ JLT,![endif]>![if>
- EUR 350'000.- le 11.09.2014 par SOCIETE 7_ JLT,![endif]>![if>
- EUR 200'000.- le 09.09.2014 par SOCIETE 2_ SA![endif]>![if>
et débité pour l'achat des biens immobiliers de Porto Cervo à hauteur de (PP 430'090ss) :
- EUR 200'000.- le 09.09.2014,![endif]>![if>
- EUR 100'000.- le 17.09.2014,![endif]>![if>
- EUR 350'000.- le 28.08.2014,![endif]>![if>
- EUR 200'000.- le 09.09.2014,![endif]>![if>
- EUR 350'000.- le 10.09.2014,![endif]>![if>
et débité pour l'ameublement de ces biens (PP 430'095):
- EUR 71'000.- le 09.04.2015,![endif]>![if>
- EUR 40'000.- le 08.07.2015,![endif]>![if>
- EUR 30'000.- le 21.09.2015.![endif]>![if>
Ce compte bancaire a été séquestré par ordonnance de la Cour d'appel de Cagliari sur commission rogatoire (PP D.2.1./430'004). Le séquestre a porté sur EUR 17'725.- au 31 mars 2016 (PP 430'026).
r.n)
Villas de Porto Cervo
Selon le Registre du commerce italien, X_ et son épouse sont copropriétaires de deux biens immobiliers à Porto Cervo acquis le 14 octobre 2014 (rapport de DILIGENCE produit par Me CAMPA).
L'un des biens a été acquis au prix de EUR 975'000.- (PP 430'122) et l'autre de EUR 700'000.- (selon déclaration EPOUSE X_).
Ces deux immeubles ont été financés de la manière suivante :
- Sommes qui proviennent de CC_ LTD :![endif]>![if>
o USD 74'257.-, le 25 septembre 2009, versé sur le compte de SOCIETE IMMOBILIERE 1_ auprès de _, Olbia, en lien avec l'achat d'un bien immobilier;![endif]>![if>
o USD 384'845.-, le 26 octobre 2009, sur le compte du notaire NOTAIRE 1_ auprès de _, TORINO, en lien avec l'achat d'un bien immobilier.![endif]>![if>
- EUR 75'000.- le 24 juillet 2014 depuis le compte de SOCIETE 2_ SA à BANQUE SAISIE 5_ Vaduz, à Sergio CAPUANO pour le versement des arrhes et acomptes pour l'achat de l'immeuble à Porto Cervo (PP 13/500'109, D.1.1/420'208, D.2.1./430'122);![endif]>![if>
- EUR 200'000.- le 9 septembre 2014 depuis le compte de SOCIETE 2_ SA à BANQUE SAISIE 5_ Vaduz, sur le compte de EPOUSE X_ auprès de BANQUE SAISIE 7_ (objet: "
acquisito allegio in Porto
") (PP 13/500'109ss, D.1.1/420'208, 420'216).![endif]>![if>
- EUR 1'000'000.- ont été transférés de SOCIETE 7_ JLT sur le compte de EPOUSE X_ auprès de BANQUE SAISIE 7_.![endif]>![if>
EPOUSE X_ (PP 13/500'100) a déclaré que lesdits appartements avaient été acquis au prix de EUR 700'000.-, respectivement EUR 900'000.- à l'aide de l'argent de son mari. De même, l'argent de son mari avait alimenté les comptes auprès des banques BANQUE SAISIE 6_, BANQUE SAISIE 5_, _, BANQUE SAISIE 7_ et BANQUE SAISIE 8_. EPOUSE X_ n'avait aucune fortune familiale, mis à part un appartement dans la banlieue de Moscou hérité de sa grand-mère. Elle a ajouté que, depuis plusieurs années, elle n'avait pas vu son père, qui n'avait aucun contact avec X_. Elle n'avait jamais entendu parler d'un investissement de son père à hauteur de CHF 2'500'000.-, comme indiqué dans la procédure par son mari.
X_ a déclaré être d'accord que les deux appartements séquestrés en Sardaigne soient vendus et que le produit de la vente soit utilisé pour dédommager les lésés (PP 16/501'150). Il a précisé que les appartements en question n'étaient grevés d'aucune hypothèque (PP 16/501'406).
Les biens immobiliers susmentionnés (
condominio, sestante
_ et _, situés à Porto Cervo) ont été séquestrés par la Cour d'appel de Cagliari (PP 430'004).
r.o)
Maison d'VILLAGE 2_
X_ est copropriétaire avec son épouse d'une maison sise à VILLAGE 2_. Il a déclaré (PP 500'003) avoir acquis ce bien en 2012 pour CHF 2'350'000.- et l'avoir financé seul.
Ce bien est hypothéqué à hauteur de CHF 1'733'000.-.
EPOUSE X_ et son fils FILS X_ habitent actuellement dans cette maison.
Ce bien immobilier a été séquestré et une restriction du droit d'aliéner inscrite au Registre foncier (PP 10/203'400).
r.p)
Maison de VILLAGE 1_
X_ est copropriétaire avec son épouse d'une maison sise à VILLAGE 1_. Il a déclaré (PP 500'003) avoir acquis ce bien en 2008 pour CHF 1'200'000.-.
Ce bien est hypothéqué à hauteur de CHF 800'000.-.
Cette maison est inoccupée à l'heure actuelle.
Ce bien immobilier a été séquestré et une restriction du droit d'aliéner inscrite au Registre foncier (PP 10/203'402).
r.q)
Bijoux
X_ a acheté des bijoux à son épouse par le biais des sociétés SOCIETE 5_ LTD, SOCIETE 6_ LTD, SOCIETE 2_ SA et SOCIETE 7_ JLT. Une grande quantité de bijoux de valeur a été séquestrée dans le cadre de la procédure.
SOCIETE 5_ LTD a acheté des bijoux, entre 2011 et 2015, pour CHF 472'000.-, EUR 46'000.-, USD 156'794.-. Le 25 février 2011, SOCIETE 6_ LTD a acheté des bijoux pour USD 53'000.- (PP 18/600'943-4). Le 4 mars 2013, SOCIETE 2_ SA a acheté des bijoux pour CHF 90'000.- (PP 223'250), argent provenant de SOCIETE 5_ LTD (cf. rétrocessions). Le 17 juin 2014, SOCIETE 7_ JLT a acheté des bijoux pour CHF 142'000.- (PP 18/600'945-6).
Ces bijoux ont notamment été financés de la manière suivante (cf. classeur SOCIETE 5_ LTD) :
- le 23.11.2011, EUR 12'511.- et 34'646.- ont été versés par GERANT FONDS 1_ sur le compte de SOCIETE 5_ LTD, qui a acheté des bijoux, le 24.11.2011 pour USD 36'870.- avec objet "
Pmt of Jewelry
",![endif]>![if>
- le 25.02.2012, USD 226'067.- ont été versés par MARKETVIEW sur le compte de SOCIETE 5_ LTD, qui a acheté des bijoux, le 20.02.2012, pour USD 27'448.- (= CHF 24'700.- facture du 22.02.2012) auprès de ELIE CHATILA SA, ![endif]>![if>
- le 08.03.2012, EUR 200'000.- ont été versés par SOCIETE 13_ LLC sur le compte de SOCIETE 5_ LTD, qui a acheté des bijoux, le 23.04.2012, pour EUR 92'475.- (= CHF 110'000.- facture du 25.04.2012 au SPEC) auprès de ELIE CHATILA SA,![endif]>![if>
- le 06.02.2013 et le 07.02.2013, USD 173'660.- et 290'000.- ont été versés par GERANT FONDS 1_ et SOCIETE 13_ LLC sur le compte de SOCIETE 5_ LTD puis, le 21.02.2013, USD 230'000.- ont été versés par SOCIETE 5_ LTD à SOCIETE 2_ SA. Le 04.03.2013, SOCIETE 2_ SA a acheté des bijoux pour CHF 90'000.- (PP 223'250) auprès de ELIE CHATILA SA. Il s'agit des bijoux qui figurent sur la facture no 15236 du 25.02.2013 et qui se trouvent sous ch. 1 de l'inventaire no 6863320160118 et sous ch. 5 de l'inventaire du 16 septembre 2016 (photographies des objets au SPEC classeur TCO 1),![endif]>![if>
- le 02.10.2013, USD 395'000.- ont été versés par GERANT FONDS 1_ sur le compte de SOCIETE 5_ LTD qui a acheté des bijoux, le 31.10.2013, pour USD 172'292.- (= CHF 153'000.-) auprès de ELIE CHATILA SA,![endif]>![if>
- le 03.03.2014, USD 2'160'000.- ont été versés par GERANT FONDS 1_ sur le compte de SOCIETE 5_ LTD, qui, a acheté des bijoux pour USD 291'590.- (= CHF 254'000.-), le 04.03.2014, auprès de ELIE CHATILA SA et pour EUR 46'000.- (USD 65'552.-), le 10.03.2014 versés avec objet "
Purchase of Jewelry Ms X_"
,![endif]>![if>
- les 10.03.2015 et 11.03.2015, USD 100'000.- et 45'000.- ont été versés par GERANT FONDS 2_ sur le compte de SOCIETE 5_ LTD qui a, le 14.03.2015, acheté pour USD 56'518.- (facture de CHF 55'000.- du 02.03.2015) de bijoux auprès de ELIE CHATILA SA, le 06.05.2015 acheté pour USD 11'191.- (facture de CHF 10'000.- du 28.04.2015) de bijoux auprès de ELIE CHATILA SA. ![endif]>![if>
Il s'agit des colliers en or gris sertis de diamants de 8 carats et en or gris sertis de 1230 diamants de 10.91 carats et 15 saphirs ovales de 15.52 carats qui figurent sous ch. 1 et 4 de l'inventaire du 16 septembre 2016 et des boucles d'oreilles en or gris 750 serties de 4 saphirs 4.33 carats et de diamants 3.30 carats, qui figurent sous ch. 2 de l'inventaire du 16 septembre 2016 (cf. photographies des objets au SPEC, classeur TCO 1),
- sur plusieurs années, GERANT FONDS 1_ a versé CHF 6'014'081.- sur le compte SOCIETE 7_ JLT auprès de BANQUE SAISIE 9_. Le 17 juin 2014, SOCIETE 7_ JLT a acheté des bijoux pour CHF 142'000.- (PP 18/600'945-6). Il s'agit d'une bague et de boucles d'oreille de la collection Jardin de Camélias de Chanel, qui figurent sous ch. 5 (bague Camélia uniquement) et 14 de l'inventaire no 6863320160118 (PP 800'509 et photographies des objets au SPEC classeur TCO 1). ![endif]>![if>
r.r)
Coffres
Au jour de l'arrestation de X_, un certain nombre des bijoux susmentionnés se trouvaient dans un coffre auprès de BANQUE SAISIE 2_ à Nyon et de BANQUE A_ à Nyon. Ces coffres ont été saisis. Toutefois, peu avant, EPOUSE X_ avait retiré un certain nombre de bijoux du coffre auprès de BANQUE SAISIE 2_ (PP 800'537 et 500'101), de sorte que, notamment, 66 certificats de pierres précieuses se trouvaient dans ce coffre, sans les pierres correspondantes.
Lors de la perquisition du domicile de X_ le 18 janvier 2016, un certain nombre de bijoux a été séquestré ainsi que des effets personnels (cf. inventaire du 18.01.2016, PP 800'524).
Le 16 septembre 2016, EPOUSE X_ a remis au Ministère public d'autres bijoux en sa possession (cf. inventaire du 16.09.2016, PP 800'568).
r.s)
Cave à vins
La cave à vins de X_ a été vendue dans le cadre de la présente procédure et le produit de la vente déposé sur le compte du Pouvoir judiciaire.
r.t)
Espèces
Lors de la perquisition du domicile de X_ et lors de son arrestation, sur sa personne ou dans sa voiture, des montants en espèces totalisant CHF 10'797.30 ont été séquestrés et déposés sur le compte du Pouvoir judicaire.
r.u)
Compte du Pouvoir judiciaire
Au 12 septembre 2017, les avoirs déposés sur le compte du Pouvoir judiciaire s'élevaient à USD 7'295'975.98. Par ailleurs, 31'125 actions NORTHWEST étaient en cours de vente et des actions MILLENIUM et AARKAD PLC étaient en cours de réception.
C. Audience de jugement
a)
Lors de l'audience de jugement, le Tribunal a procédé à l'audition du prévenu, de certaines parties plaignantes et de témoins.
a.a)
En substance, X_ a confirmé ses déclarations faites durant l'enquête préliminaire, en particulier lors de son audition finale.
S'agissant du mode opératoire 1, X_ a répété que B_ n'avait pas donné son accord aux transferts en question et qu'il avait falsifié la signature du précité sur toutes les instructions de transfert. Il avait très certainement dû également couper et coller la signature de l'intéressé sur les instructions en format Word qui figuraient à la procédure.
Il a précisé que le transfert effectué en faveur de H_ visait à combler des pertes subies sur des investissements autorisés par le précité. Il en était de même de I_, les transferts effectués visant à combler des pertes subies sur des investissements autorisés par les clients, étant précisé que les versements effectués en faveur de I_ par le biais de SOCIETE 8_ INC. visaient le même but.
Les investissements effectués par D_ et E_, que les transferts indus visaient à combler, avaient été autorisés par ceux-ci, preuve en était que la vente des titres MIP était intervenue plus tard que celle de R_ et que des actions MEINL EUROPEAN LAND avaient été achetées encore en mai et juin 2008 afin de réduire le prix moyen d'investissement.
Les transferts indus effectués en faveur du compte
Dream
de F_, ainsi que de GG_ LTD et du compte
Forest
de G_ visaient à combler des pertes dues à la crise de 2008 et subies par F_ et G_ - sur son compte Forest - en lien avec des investissements autorisés par les clients. Les relevés officiels de BANQUE A_ étaient accessibles aux clients et X_ n'avait modifié que le prix du marché de certaines positions sur les tableaux Excel qu'il établissait à leur attention.
S'agissant des transferts à V_ LTD, F_ lui avait demandé de gérer, par internet, un petit portefeuille que détenait cette société dans une banque tierce. Sa gestion avait, dans un premier temps, généré des pertes, qu'il avait comblées par les transferts indus. Enfin, il a prétendu que Q_ était l'ayant-droit économique de W_ LLP.
X_ a reconnu qu'à la date du transfert de USD 17'300'000.-, il n'avait pas encore commencé le trading non autorisé sur les comptes de B_ et qu'il avait donc anticipé ce paiement sur de futurs profits escomptés.
Le mode opératoire 2 permettait de transférer une partie du profit généré sur le compte de B_ à d'autres clients; aucun des clients concernés ne s'en était rendu compte. Il a précisé que tous les transferts de titres avaient été effectués au moyen d'une instruction écrite du vendeur, dont il avait coupé et collé la signature, avant de revenir sur cette déclaration en indiquant ne pas se souvenir s'il n'y avait pas de signature ou si celle-ci avait été coupée et collée.
Concernant les transferts du 27 mai 2011, X_ a déclaré avoir coupé et collé la signature de B_. En revanche, les instructions signées par D_ et E_ devaient être authentiques.
Avec les transferts BETA_, il entendait s'enrichir personnellement.
B_, E_, D_ et F_ étaient informés et avaient approuvé le transfert de leurs actions ALPHA_ en faveur de SOCIETE 11_ CORP., tel que cela ressortait de courriels qui leur avaient été envoyés. En revanche, X_ ne pensait pas que ces clients étaient au courant du transfert des actions sur un compte bancaire extérieur à BANQUE A_, soit en l'occurrence auprès de la banque BANQUE SAISIE 15_, mais ils n'avaient pas à l'être car ce transfert était nécessaire à la concrétisation de l'opération, qui n'avait toutefois pas pu se faire.
S'agissant des investissements effectués dans les fonds GAMMA_ (FONDS GAMMA 2_, FONDS GAMMA 1_ et FONDS GAMMA 3_), ceux-ci répondaient à la volonté exprimée par B_ d'effectuer des investissements auprès de gestionnaires externes à BANQUE A_, donc dans des fonds externes à la banque. En revanche, B_ ignorait que X_ était personnellement financièrement intéressé par ces investissements, tout comme il ne savait pas que les fonds en question investissaient principalement et quasiment exclusivement dans l'action RAPTOR. X_ a reconnu avoir perçu également des commissions en lien avec l'investissement effectué par certains des trois fonds dans l'action PEARLGOLD.
Les investissements effectués dans les produits distribués par CENTRIS CAPITAL AG, DYNAMIC CORE CAPITAL, MARKETVIEW MANAGEMENT, SWISS ASIA FINANCIAL SERVICES PTE répondaient également à une demande de B_, qui ignorait toutefois que X_ percevait des rétrocessions sur ces investissements, ce qui ne consistait néanmoins pas le but de ceux-ci, le but ayant toujours été de générer des profits pour le client. X_ a indiqué avoir exercé un contrôle sur la gestion de certains des produits distribués par CENTRIS CAPITAL AG, mais non sur tous produits ni sur les produits des autres distributeurs.
X_ a reconnu avoir fait du trading non autorisé sur les comptes de D_ et de E_ pour combler des pertes liées aux investissements MEINL, lesquelles n'avaient pas été intégralement comblées par les transferts indus, et à la crise de 2008. Il avait caché ce trading sur les relevés de compte qu'il adressait aux clients, lesquels n'avaient pas d'accès internet aux sous-comptes en question.
Enfin, X_ a reconnu avoir collectionné les erreurs et opéré les mauvais choix. Il ne s'expliquait pas la raison pour laquelle il n'avait pas eu le courage d'avouer aux clients les pertes subies sur leurs comptes. Il souhaitait assumer la responsabilité de ses actes.
a.b)
REPRESENTANT BANQUE A_, représentant de BANQUE A_, a expliqué qu'en général, pour un transfert de fonds ou de titres, il fallait une instruction du client, qui pouvait être donnée oralement - par téléphone notamment - par écrit, par télécopie ou par courriel.
A teneur de la directive interne sur le traitement des ordres des clients, le gestionnaire qui recevait l'instruction du client devait vérifier qu'elle émanait bien d'une personne autorisée à faire le transfert puis, pour valider le transfert, une deuxième personne au sein de la banque devait donner son accord, en fonction du montant de la transaction. REPRESENTANT BANQUE A_ a précisé que, vu la teneur du point 5.2.2 § 3 de la directive en vigueur en 2008, ("
S'agissant d'ordres de clients pour lesquels la vérification de la légitimation a été documentée (point 4.1.1), la signature contrôlée du client est considérée comme première signature, et seule une resp. la deuxième signature est requise
"), X_ n'avait pas besoin d'une deuxième personne pour valider le transfert. Un contrat de prêt signé par une personne autorisée à signer sur le compte pouvait être considéré comme une instruction du client.
Une exception existait pour les instructions passées par téléphone pour les clients en banque restante et à partir de CHF 1'000'000.-; la directive en vigueur en 2008 exigeait une confirmation écrite; il s'agissait du point 4.2.1.2.
La question de la double signature pour valider le paiement auprès de la banque était différente de celle de la vérification de la signature du client. Si l'ordre était donné par télécopie ou courriel, la directive imposait une confirmation téléphonique. Ainsi, si X_ recevait l'instruction par télécopie signée, il devait vérifier si la signature était bien celle de la personne légitimée à agir sur le compte et confirmer sur l'instruction même ou dans le système informatique que la confirmation téléphonique avait eu lieu. Ensuite, il devait envoyer l'instruction pour vérification de la signature. Cela fait, l'ordre pouvait être exécuté sans deuxième contrôle. La confirmation téléphonique avait pour but d'éviter une fraude externe. Sous la directive de février 2009, une deuxième signature devait être donnée pour tous les cas. Il ne s'agissait pas d'une signature à proprement parler, mais d'une validation dans le système par une seconde personne. Cette signature ne se voyait donc pas forcément sur l'instruction elle-même. A partir d'un montant de CHF 10'000'000.-, il fallait la signature d'un chef de département, ce que X_ n'était pas.
S'il devait y avoir une alerte sur une transaction, la première personne à qui des questions étaient posées était le gestionnaire, soit en l'occurrence X_. Ces alertes n'existaient pas pour détecter une fraude interne, mais pour demander des justifications sur des transferts sous l'angle de la loi sur le blanchiment d'argent.
REPRESENTANT BANQUE A_ a précisé que, évidemment, le système de contrôle pouvait toujours être amélioré, ce que la banque avait fait au cours des années. Toutefois, le système parfait n'existait pas et il y aurait toujours des fraudes. Globalement, le système de contrôle avait bien fonctionné. La banque avait produit tous les documents qu'elle avait retrouvés.
a.c)
SUPERIEUR 3_, supérieur hiérarchique de X_ entre 2006 et 2010 et responsable du
desk
Russie et Europe de l'Est à Genève, a déclaré que sa surveillance était plutôt logistique. Il n'effectuait pas de surveillance sur les investissements effectués. D'ailleurs, X_ était considéré comme
Senior
dans son activité, depuis qu'il avait repris les comptes de B_ et de C_, de sorte que SUPERIEUR 3_ n'avait pas de contrôle spécifique à effectuer. Pour les investissements, X_ rapportait directement aux départements
Compliance
,
Business controlling
ou
Investment consulting
,
situés tous à Zurich.
SUPERIEUR 3_ a décrit X_ comme une "
star
" en lien avec les investissements qu'il effectuait et indiqué que le précité était apprécié du
management
. X_ avait des contacts directs avec ses supérieurs hiérarchiques de Zurich ainsi qu'avec les départements
Investment banking
et
UHNWI
. En réalité, X_ était devenu une "
star
" lorsqu'il avait récupéré les clients B_ et C_, alors qu'à son arrivée, en 2006, il s'agissait d'un gestionnaire avec un niveau hiérarchique assez bas, sans expérience bancaire, mais X_ avait démontré une forte volonté et était passionné par les investissements. SUPERIEUR 3_ n'avait eu aucune raison de douter de l'honnêteté de l'intéressé.
Il n'avait aucun souvenir d'avoir discuté avec X_ de pertes subies par les clients entre 2007 et 2009, à part, peut-être, en ce qui concernait MEINL car X_ s'était plaint que la banque ait recommandé ces investissements, qui s'étaient révélés peu adéquats. Toutefois, tous deux n'avaient pas parlé de la manière dont les pertes liées aux investissements MEINL allaient être communiquées aux clients.
SUPERIEUR 3_ ne comprenait pas comment des transferts de fonds et de titres pour des sommes aussi élevées avaient pu passer inaperçus auprès des clients, tout en indiquant que des audits et des analyses internes avaient été réalisés après la crise de 2008 et n'avaient pas non plus permis de déceler d'activités illicites.
Dans le cas des transferts qui avaient été ordonnés sur la base de contrats de prêts, SUPERIEUR 3_ a indiqué qu'il devait effectivement voir la logique commerciale sous-jacente et que les questions éventuelles étaient posées directement au gestionnaire des comptes, ce dernier ayant le contact avec les clients. Techniquement, pour que des transferts de montants aussi élevés soient effectués, il fallait qu'un supérieur hiérarchique de BANQUE A_ les valide. Il ne se souvenait pas si tel avait été le cas pour ces transferts en particulier, mais étant donné que les transferts avaient eu lieu, ils avaient dus être validés, soit par lui, soit par d'autres supérieurs, à Zurich. Généralement, le gestionnaire venait avec un document signé par le donneur d'ordre et il n'y avait pas de raison de douter de l'honnêteté de ce gestionnaire.
a.d)
FILS X_, le fils de X_, a été entendu en qualité de témoin de moralité. Il a expliqué l'impact très important de la procédure sur son père et les difficultés que celui-ci avait vécues en prison, ce qui l'avait énormément changé.
a.e)
Les auteurs du rapport PWC de décembre 2017, soit EMPLOYE PWC 1_ et EMPLOYE PWC 2_, ont été entendus par le Tribunal (cf. consid. d.q.b
supra
).
b.a)
Les parties présentes ont plaidé et pris les conclusions figurant en tête du présent jugement.
b.b)
Les conseils de F_, FF_ CORP., D_ et E_ ont produit un avis de droit, intitulé "
Le sort d'avoirs bancaires séquestrés
", portant sur le droit suisse et émanant du Prof. Marcel Alexander NIGGLI.
Il est précisé que le conseil de BANQUE A_ a également produit un avis de droit daté du 11 janvier 2018 émanant du Prof. Wolfgang WOHLERS et de la chargée de cours Katia VILLARD.
D. Situation personnelle
X_ est né le _ 1963 à _, en France. Il est de nationalité française et titulaire d'un permis C en Suisse depuis le 1
er
décembre 2004. Il a fait connaissance de sa femme, EPOUSE X_, à Moscou en 1998, et ils se sont mariés en 1999. X_ a adopté l'enfant de son épouse, FILS X_ né en 1990. Il n'a pas d'autres enfants. Son épouse et son fils ne travaillent, à l'heure actuelle, pas.
X_ a effectué sa scolarité obligatoire en France. Il a obtenu un diplôme en gestion et finance à l'Ecole supérieure de commerce de Lyon et a, ensuite, travaillé durant 5 ans dans deux sociétés d'audit dans cette ville. De 1991 à 1993, il a travaillé à _. En 1993, il a été engagé par _, dont il est devenu directeur pour la Russie en 1997. Le 11 septembre 2001, son lieu de travail a été déplacé de Moscou à Madrid. En 2002, X_ est retourné en Russie pour travailler pour la société _, au sein de laquelle il était directeur général pour la Russie.
Le 1
er
décembre 2004, X_ a été engagé par BANQUE A_ en qualité de
Relationship manager
au sein du département Russie/Ukraine/Asie centrale à Genève.
Dès 2009, X_ a commencé à avoir des problèmes de santé, notamment un glaucome. En 2011, un cancer lui a été diagnostiqué, duquel il s'est remis. Il a également souffert de dépression et d'hypertension. Après la découverte des faits faisant l'objet de la procédure, soit à l'automne 2015, X_ a été hospitalisé à la clinique de la Métairie, à Nyon. Il est détenu depuis le 18 janvier 2016.
X_ n'a aucun antécédent judiciaire en Suisse.
EN DROIT
1. Questions préjudicielles et incidents
1.1.
Demande de report des débats
Me Giorgio CAMPA, Me Marc HASSBERGER et Me Alec REYMOND ont sollicité le renvoi des débats jusqu'à droit jugé par la Cour de justice sur les recours actuellement pendants par-devant cette autorité.
Selon l'art. 29 al. 1 let. a CPP, les infractions sont poursuivies et jugées conjointement si un prévenu a commis plusieurs infractions.
L'art. 5 CPP, qui concrétise le principe de célérité, impose aux autorités pénales d'engager les procédures pénales sans délai et de les mener à terme sans retard injustifié (al. 1), la procédure devant être conduite en priorité lorsqu'un prévenu est placé en détention (al. 2).
En l'occurrence, l'audition finale du prévenu a eu lieu le 8 février 2017, le Tribunal a été saisi par acte d'accusation du 26 juin 2017 et une audience préliminaire s'est tenue le 25 août 2017.
X_ est détenu depuis deux ans et est soumis, à l'heure actuelle, au régime de la détention pour des motifs de sûreté, sa détention arrivant à échéance le 15 février 2018.
Quant aux faits reprochés au prévenu et retenus dans l'acte d'accusation du 26 juin 2017, ils sont en état d'être jugés, étant précisé que le sort des prétentions civiles ne justifie en tout état pas un renvoi de l'accusation.
Au vu de ces éléments, il ne se justifie pas de reporter les débats et la question préjudicielle doit être rejetée.
1.2.
Demande de complètement de l'acte d'accusation par Me Giorgio CAMPA
Me Giorgio CAMPA a réitéré sa requête formulée par courrier du 8 décembre 2017, en complètement de l'acte d'accusation afin de comprendre les investissements non autorisés, selon ses clients, dans les "
titres MEINL
", lesquels ont causé d'importantes pertes.
Selon l'art. 329 al. 2 CPP, s'il apparaît lors de l'examen de l'acte d'accusation ou plus tard durant la procédure qu'un jugement au fond ne peut pas encore être rendu, le tribunal suspend la procédure. Au besoin, il renvoie l'accusation au Ministère public pour qu'il la complète ou la corrige.
En l'occurrence, la requête de Me Giorgio CAMPA tend à compléter l'accusation par des faits non visés par celui-ci, alors que les faits mentionnés dans ce même acte sont en état d'être jugés et que le prévenu se trouve en détention avant jugement. Il sera relevé que les faits visés par cette requête font l'objet du recours interjeté par Me Giorgio CAMPA actuellement pendant par-devant la Cour de justice, comme admis par le précité dans son courrier du 8 décembre 2017.
L'art. 333 al. 1 CPP, selon lequel le Tribunal donne au Ministère public la possibilité de modifier l'accusation lorsqu'il estime que les faits exposés dans l'acte d'accusation pourraient réunir les éléments constitutifs d'une autre infraction, mais que l'acte d'accusation ne répond pas aux exigences légales, n'est pas applicable dans le cas d'espèce, s'agissant en réalité de faits supplémentaires.
En effet, l'accusation incombe au Ministère public, qui l'assume seul. Le Ministère public saisit le tribunal
in rem
et
in personam
, de telle sorte que la juridiction saisie ne peut pas connaître des faits ou des qualifications juridiques qui ne sont pas contenues dans l'acte d'accusation (arrêt
6B_690/2014
consid. 4.2.).
Au demeurant, le Ministère public a indiqué ne pas souhaiter compléter son accusation et le Tribunal ne peut l'y contraindre tout comme il ne peut pas compléter lui-même l'accusation par des faits non visés par celui-ci, de sorte que la question préjudicielle a été rejetée.
1.3.
Demande de complètement de l'acte d'accusation par Me Marc HASSBERGER
Me Marc HASSBERGER a demandé que l'acte d'accusation soit complété afin qu'il soit mentionné que, parmi les sommes reçues sur le compte
Dream
de F_ (cf. mode opératoire 1), dix montants totalisant USD 4'150'744.- n'avaient fait que transiter par ce dernier compte puis avaient été reversés sur le compte de GG_ LTD le 24 décembre 2009.
La demande de Me Marc HASSBERGER a été rejetée pour les mêmes motifs que mentionnés au considérant 1.2.
supra
, le Ministère public n'ayant pas souhaité modifier son accusation, le Tribunal ne peut ni l'y contraindre ni compléter lui-même l'acte d'accusation.
1.4.
Réitération des réquisitions de preuves
Me Giorgio CAMPA, Me Marc HASSBERGER, Me Alec REYMOND et Me Christian LUSCHER ont réitéré les réquisitions de preuves formulées, à tout le moins en partie, par-devant la direction de la procédure du Tribunal correctionnel.
Selon l'art. 343 al. 1 CPP, le Tribunal procède à l'administration de nouvelles preuves ou complète les preuves administrées de manière insuffisante.
Il n'y a pas lieu d'administrer des preuves sur des faits non pertinents, notoires, connus de l'autorité pénale ou déjà suffisamment prouvés (art. 139 al. 2 CPP). Cette disposition codifie, pour la procédure pénale, la règle jurisprudentielle déduite de l'art. 29 al. 2 Cst. en matière d'appréciation anticipée des preuves (arrêt
6B_259/2016
du 21 mars 2017 consid. 5.1.2. et les références citées).
Le droit d'être entendu, garanti par l'art. 29 al. 2 Cst., comporte notamment le droit d'obtenir l'administration de preuves de nature à influer sur le sort de la décision à rendre. Il a pour corollaire que l'autorité doit en principe donner suite aux offres de preuve présentées en temps utile et dans les formes prescrites. Il n'y a toutefois pas violation du droit à l'administration de preuves lorsque la mesure probatoire refusée est inapte à établir le fait à prouver, lorsque ce fait est sans pertinence ou lorsque, sur la base d'une appréciation non arbitraire des preuves dont elle dispose déjà, l'autorité parvient à la conclusion que les faits pertinents sont établis et que le résultat, même favorable au requérant, de la mesure probatoire sollicitée ne pourrait pas modifier sa conviction (ATF
134 I 140
consid. 5.3.).
En l'espèce, l'administration des preuves requises n'apparait pas nécessaire au prononcé du jugement. Il appartiendra au Tribunal d'apprécier librement les preuves recueillies selon l'intime conviction qu'il retire de l'ensemble de la procédure (art. 10 al. 2 CPP).
Par ailleurs, les autorités pénales doivent engager les procédures pénales sans délai et les mener à terme sans retard injustifié (art. 5 al. 1 CPP). Lorsqu'un prévenu est placé en détention, la procédure doit être conduite en priorité (al. 2).
Pour le surplus, le Tribunal fait siens les motifs avancés par la direction de la procédure du Tribunal correctionnel dans ses courriers aux parties des 6 novembre 2017, 15 novembre 2017, 4 décembre 2017, 22 décembre 2017 et 8 janvier 2018, pour refuser les réquisitions de preuves présentées.
S'agissant plus particulièrement de l'audition de B_, si celle-ci a été requise par la direction de la procédure, le Tribunal prend acte de l'absence du précité aux débats, justifiée par certificat médical déposé en cours d'audience de jugement. En tout état, la direction de la procédure n'entend pas délivrer un mandat d'amener à l'encontre de B_, étant relevé que la délivrance d'un mandat d'amener reste une mesure exceptionnelle, spécifiquement à l'encontre d'une partie plaignante, mesure qui ne se justifie en l'occurrence pas.
S'agissant de l'audition requise des représentants de BBB_ LTD, la direction de la procédure les a dispensés de comparaitre aux débats en raison du fait que, par appréciation anticipée des preuves, leur audition n'apparait pas nécessaire au prononcé du jugement.
En ce qui concerne la révocation des mandats de comparution des signataires du rapport de PWC de décembre 2017, EMPLOYE PWC 1_ et EMPLOYE PWC 2_, sollicitée par Me Giorgio CAMPA, le Tribunal n'entend pas y donner suite.
Une expertise privée ne constitue certes pas un moyen de preuve, au sens des art. 139 ss CPP. Le juge peut néanmoins en tenir compte dans son jugement; peu importe que ce ne soient pas les autorités pénales, mais une personne intéressée par l'issue de la procédure, qui ait choisi l'expert, l'ait instruit et l'ait rémunéré, que les exigences posées aux art. 183 et 56 CPP ne soient pas respectées, que l'expert n'ait pas eu un accès au dossier complet et que sa responsabilité pénale ne soit pas engagée selon l'art. 307 CP. Ces aspects, ainsi que l'expérience selon laquelle une expertise privée n'est produite que si elle est favorable à son mandant, ont pour conséquence que celle-ci doit être appréciée avec retenue (ATF
141 IV 369
consid. 6.2.). Les résultats issus d'une expertise privée sont considérés comme des simples allégués de parties (ATF
142 II 355
consid. 6, ATF
141 IV 369
consid. 6;
132 III 83
consid. 3.4.; arrêt
6B_275/2015
consid. 1.1. et références citées.).
Il ne fait aucun doute que le rapport de décembre 2017 de PWC constitue un rapport privé et non une expertise judiciaire. Il appartiendra dès lors au Tribunal d'en apprécier la valeur et de dire quelle portée il convient de lui accorder.
Cela dit, un expert privé peut être entendu au même titre qu'un expert peut l'être selon l'art. 187 al. 2 CPP, pour commenter ou compléter oralement son rapport (MOREILLON/ PAREIN-REYMOND, Petit commentaire CPP, 2
ème
éd., 2016, N 6 ad art. 187 CPP, SCHMID, Praxiskommentar, N 7 ad art. 182 et N 5 ad art. 187 CPP). L'art. 187 al. 2 CPP renvoie alors aux dispositions sur l'audition des témoins qui lui sont applicables. Les experts sont ainsi exhortés à déposer conformément à la vérité et peuvent faire valoir les dispositions des art. 169ss CPP sur les droits de refuser de témoigner.
Que les signataires du rapport de PWC soient considérés comme des experts privés ou comme de simples témoins en lien avec les faits reprochés au prévenu dans la mesure où ils ont pris connaissance de documents bancaires, ceux-ci doivent être entendus en qualité de témoins.
Par conséquent, EMPLOYE PWC 1_ et EMPLOYE PWC 2_ seront entendus en qualité de témoins et il n'y a pas lieu d'annuler le mandat de comparution qui leur a été adressé.
Par conséquent, les réquisitions de preuves renouvelées et nouvellement présentées doivent être écartées.
1.5.
Demande de complètement de l'acte d'accusation par Me Christian LUSCHER
Au cours des débats, Me Christian LUSCHER a sollicité que l'acte d'accusation soit complété afin d'inclure le débit du compte de CCCC_ LTD à CC_ LTD le 3 mars 2008 de EUR 1'370'552.95.
Selon l'art. 340 al. 1 let. a CPP, le fait que les questions préjudicielles ont été traitées produit comme effet que l'accusation ne peut plus être retirée ni modifiée, l'art. 333 CPP étant réservé.
Dès lors que le transfert en question n'est pas contenu dans l'acte d'accusation, l'art. 333 al. 1 CPP ne s'applique pas. L'art. 333 al. 2 CPP prévoit quant à lui que lorsqu'il appert pendant les débats que le prévenu a encore commis d'autres infractions, le tribunal peut autoriser le ministère public à compléter son acte d'accusation.
Or, ledit transfert a déjà été expressément visé par le courrier de Me Christian LUSCHER du 6 mars 2017 au Ministère public, de sorte qu'il ne s'agit pas de faits nouveaux découverts au cours des débats. Le Tribunal n'a pas été saisi de ces faits, connus du Ministère public, avant que les questions préjudicielles n'aient été traitées, le Ministère public ayant ainsi fait le choix de ne pas inclure ces faits dans l'accusation.
Il résulte de ce qui précède que l'incident doit être rejeté.
1.6.
Restriction du champ des questions posées aux témoins EMPLOYE PWC 1_ et EMPLOYE PWC 2_
Au cours des débats, Me Giorgio CAMPA s'est opposé à ce que le champ des questions posées aux témoins EMPLOYE PWC 1_ et EMPLOYE PWC 2_ soit restreint au seul rapport PWC de décembre 2017.
Selon l'art. 343 al. 1 CPP, le Tribunal procède à l'administration de nouvelles preuves ou complète les preuves administrées de manière insuffisante.
L'audition des témoins en question sur les autres faits que ceux visés par le rapport de décembre 2017 n'est pas nécessaire au prononcé du jugement, outre que le Tribunal a déjà refusé les requêtes d'administration de preuves visant à la production par PWC de tous les rapports que cette société a établis en lien avec les actes commis par le prévenu durant la période de emploi au sein de BANQUE A_.
Au demeurant Me Giorgio CAMPA n'a non seulement pas requis l'audition de ces témoins, mais il s'y est au contraire vigoureusement opposé par courrier du 3 janvier 2018 adressé à la direction de la procédure du Tribunal correctionnel.
Il résulte de ce qui précède que l'incident doit être rejeté.
1.7.
Retrait des pièces déposées au cours des débats
Au cours des débats le 19 janvier 2018, Me Simon NTAH a sollicité le retrait de la procédure de toutes les pièces déposées par les parties, à l'exception des siennes propres, subsidiairement qu'une suspension des débats de 5 jours ouvrables soit accordée afin que la défense soit en mesure de prendre connaissance de ces pièces. Plus subsidiairement, il a demandé la constatation de la violation du principe de l'égalité des armes et du droit à un procès équitable et sa prise en compte dans le cadre de la fixation de la peine.
A teneur de l'art. 345 CPP, avant de clore la procédure probatoire, le tribunal donne aux parties l'occasion de proposer l'administration de nouvelles preuves. Après la clôture de la procédure probatoire, les parties n'ont plus le droit de proposer l'administration de nouvelles preuves (MOREILLON/ PAREIN-REYMOND, Petit commentaire CPP, 2
ème
éd., 2016, N 7 ad art. 345 CPP et références citées).
Par conséquent, jusqu'à la clôture de la procédure probatoire, les parties peuvent déposer toutes pièces utiles.
Il résulte de ce qui précède que les pièces déposées par les parties jusqu'à la clôture de la procédure probatoire sont recevables et il appartiendra au Tribunal d'en apprécier la pertinence.
S'agissant en particulier des pièces 55a et 55b déposées par le conseil de F_, dans la mesure où celles-ci pourraient toucher les droits de la précitée, elles n'ont pas à être écartées.
Le dépôt de pièces jusqu'à la clôture des probatoires ne consacre pas en soi une violation du droit à un procès équitable ni du principe d'égalité des armes, ce d'autant plus que le Conseil du prévenu s'est également réservé le droit de déposer des pièces concernant son client après l'audition de celui-ci.
Enfin, il sera relevé que les pièces en question ont été déposées un vendredi et que la plaidoirie de la défense ne devait intervenir qu'après le réquisitoire et les interventions des dix autres avocats constitués pour les autres parties à la procédure, prévues tout au long de la semaine suivante.
Cependant, au vu de l'avancement des débats, le Tribunal a consenti à ne pas siéger du vendredi soir au mardi, afin que la défense puisse disposer d'un jour ouvrable, le lundi, sans audience pour prendre connaissance des pièces nouvelles.
Pour le surplus, l'incident soulevé doit être rejeté.
1.8.
Complétement de l'acte d'accusation par Me Giorgio CAMPA
Avant la clôture de la procédure probatoire, Me Giorgio CAMPA a demandé à ce que le Tribunal invite BANQUE A_ à confirmer que le retrait sans paiement de 1'000'000 d'actions TETHYS du compte de E_ constituait un détournement au préjudice du précité et que ce retrait soit ajouté à l'annexe 4 de l'acte d'accusation.
A teneur de l'art. 340 al. 1 let. a CPP, le fait que les questions préjudicielles ont été traitées produit comme effet que l'accusation ne peut plus être retirée ni modifiée, l'art. 333 CPP étant réservé.
Dès lors que le retrait des titres en question n'est pas contenu dans l'acte d'accusation, l'art. 333 al. 1 CPP ne s'applique pas. L'art. 333 al. 2 CPP prévoit quant à lui que lorsqu'il appert pendant les débats que le prévenu a encore commis d'autres infractions, le tribunal peut autoriser le ministère public à compléter son acte d'accusation.
Ce retrait de titres était connu des parties avant l'ouverture des débats puisqu'il figurait dans les pièces remises par BANQUE A_ (cf. classeur F.1.10, PP 651'360), de sorte qu'il ne s'agit pas de faits nouveaux découverts au cours de l'audience. Par conséquent, l'art. 333 al. 2 CPP n'est pas applicable non plus.
Le Tribunal n'a pas été saisi de ces faits, connus du Ministère public, avant que les questions préjudicielles n'aient été traitées.
Par conséquent, l'incident doit être rejeté.
2. Escroquerie
2.1.
Aux termes de l'art. 146 al. 1 CP, se rend coupable d'escroquerie celui qui, dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime, a astucieusement induit en erreur une personne par des affirmations fallacieuses ou par la dissimulation de faits vrais, ou l'a astucieusement confortée dans son erreur et a de la sorte déterminé la victime à des actes préjudiciables à ses intérêts pécuniaires ou à ceux d'un tiers.
2.1.1.
Par tromperie, il faut entendre tout comportement destiné à faire naître chez autrui une représentation erronée des faits, qui divergent de la réalité (ATF
140 IV 11
consid. 2.3.2.;
135 IV 76
consid. 5.1.). La tromperie peut être réalisée non seulement par l'affirmation d'un fait faux, mais également par la dissimulation (par commission ou omission improprement dite) d'un fait vrai (ATF
140 IV 206
consid. 6.3.1.2.;
140 IV 11
consid. 2.3.2.). La tromperie peut consister en comportement explicite ou être réalisée par actes concluants (ATF
140 IV 11
consid. 2.3.2.;
127 IV 163
consid. 3b).
Une simple tromperie ne suffit toutefois pas. Encore faut-il qu'elle puisse être qualifiée d'astucieuse. Il y a astuce lorsque l'auteur recourt à un édifice de mensonges, à des manœuvres frauduleuses ou à une mise en scène, mais aussi lorsqu'il donne simplement de fausses informations, si leur vérification n'est pas possible, ne l'est que difficilement ou ne peut raisonnablement être exigée, de même que si l'auteur dissuade la dupe de vérifier ou prévoit, en fonction des circonstances, qu'elle renoncera à le faire en raison d'un rapport de confiance particulier (ATF
142 IV 153
consid. 2.2.2. ;
135 IV 76
consid. 5.2.).
Il n'est pas nécessaire, pour qu'il y ait escroquerie, que la dupe ait fait preuve de la plus grande diligence et qu'elle ait recouru à toutes les mesures de prudence possibles; la question n'est donc pas de savoir si elle a fait tout ce qu'elle pouvait pour éviter d'être trompée (arrêt
6S.740/1997
du 18 février 1998, consid. 2, reproduit in SJ 1998 p. 457; ATF
122 IV 246
consid. 3a). L'utilisation abusive de documents appartient aux manœuvres frauduleuses qui constituent la tromperie astucieuse, du moins lorsqu'un contrôle n'est pas possible ou qu'il apparaît probable que la victime n'y procèdera pas (ATF
120 IV 122
consid. 6b, JdT
1996 IV 98
). Une coresponsabilité de la dupe n'exclut toutefois l'astuce que dans des cas exceptionnels (ATF
142 IV 153
consid. 2.2.2.;
135 IV 76
consid. 5.2. cf. pour un exemple SK.2014.17, consid. 3.2. où la tromperie astucieuse a été refusée car la dupe, avocat par ailleurs, aurait facilement pu vérifier si les garanties bancaires proposées étaient réelles et sur la possibilité d'en tirer profit). Le degré de prudence que l'on peut attendre de la dupe dépend de la situation personnelle de cette dernière (ATF
135 IV 76
consid. 5.2.).
La question de la coresponsabilité se pose tout particulièrement lorsque l'infraction est commise au détriment d'une banque (ARZT, Basler Kommentar Strafrecht II, N 70ss ad art. 146 CP). Les banques peuvent être soumises à un degré de diligence plus élevé compte tenu de la spécialisation de leurs organes et collaborateurs. Toutefois, même lorsque la tromperie vise une banque, son caractère astucieux ne peut être nié que si les circonstances du cas d'espèce laissent apparaître que la banque a fait preuve de légèreté, par exemple pour avoir accepté de s'exécuter sur la base d'un document grossièrement falsifié (cf. arrêt
6B_12/2010
du 17 juin 2010 consid. 7.5.1.). L'acquittement de l'auteur pour cause de coresponsabilité de la victime devant rester l'exception (arrêt
6B_1187/2013
du 28 aout 2014 consid. 3.2.). Dans sa jurisprudence, le Tribunal fédéral a eu l'occasion de préciser que les dispositions légales applicables aux banques en matière de blanchiment d'argent n'avaient pas vocation à servir de
benchmark
dans le cadre de l'art. 146 CP, notamment en ce sens que des manquements aux devoirs de diligence accrus découlant de ces dispositions ne sauraient être invoqués par l'auteur de l'infraction au titre d'une éventuelle faute concomitante prépondérante de la banque (GARBARSKI/BORSODI,
Commentaire romand Code pénal II, N 49 ad art. 146 CP et références citées).
2.1.2.
La dupe doit être dans l’erreur, en ce sens qu’elle doit se faire une fausse représentation de la réalité. Il n’est pas nécessaire de pouvoir préciser exactement ce que la dupe se représente; il suffit qu’elle ait une certaine conscience que tout est correct (ATF
118 IV 38
consid. c).
2.1.3.
Pour que le crime d'escroquerie soit consommé, l'erreur dans laquelle la tromperie astucieuse a mis ou conforté la dupe doit avoir déterminé celle-ci à accomplir un acte préjudiciable à ses intérêts pécuniaires, ou à ceux d'un tiers sur le patrimoine duquel elle a un certain pouvoir de disposition (arrêt
6B_944/2016
du 29 août 2017, consid. 3.3.) La dupe doit conserver une certaine liberté de choix (CORBOZ, Les infractions en droit suisse, N 28 ad art. 146 CP). L'erreur créée ou confortée par la tromperie doit motiver l'acte (ATF
119 IV 210
consid. 3d, arrêt
6B_552/2013
du 9 janvier 2014 consid. 2.3.2.).
Il n'y a pas nécessairement identité entre la personne de la dupe et celle du ou des lésés; il est en revanche nécessaire que la dupe appartienne au cercle du lésé et qu'elle soit "responsable" du patrimoine visé : la dupe qui accomplit l'acte de disposition et la personne lésée peuvent être deux sujets de droit distincts (escroquerie triangulaire). Il faut toujours, s'il n'y a pas identité entre la dupe et le lésé, que la dupe ait un certain pouvoir de disposition sur le patrimoine du lésé, étant précisé qu'une compétence de fait suffit, un pouvoir de disposer juridiquement n'étant pas requis (ATF
126 IV 113
consid. 3a
in
JdT
2001 IV 48
, arrêt
6S_117/2005
du 16 mai 2005 consid. 2.1.).
2.1.4.
L'escroquerie n'est consommée que s'il y a un dommage (arrêts
6B_130/2016
du 21 novembre 2016 consid. 2.1.;
6B_552/2013
du 9 janvier 2014 consid. 2.3.2.; CORBOZ, op.cit., N 32 ad art. 146 CP).
Le dommage se définit comme une lésion du patrimoine sous la forme d'une diminution de l'actif, d'une augmentation du passif, d'une non-augmentation de l'actif ou d'une non-diminution du passif, mais aussi d'une mise en danger de celui-ci telle qu'elle a pour effet d'en diminuer la valeur du point de vue économique (ATF
129 IV 124
consid. 3.1.;
123 IV 17
consid. 3d; arrêt
6B_787/2016
du 2 mai 2017 consid. 2.4.). Un dommage temporaire ou provisoire suffit (ATF
122 IV 279
consid. 2a;
120 IV 122
consid. 6b/bb; arrêt
6B_787/2016
du 2 mai 2017 consid. 2.4.). D'un point de vue économique, il y a dommage si, en considérant l'opération dans son ensemble, l'acte de disposition déterminé par la tromperie a pour effet de diminuer la valeur du patrimoine de la dupe (ATF
120 IV 122
consid. 6b/bb; arrêt
6B_316/2009
du 21 juillet 2009 consid. 3.2.). Dans un rapport synallagmatique, il suffit que la prestation et la contre-prestation se trouvent dans un rapport défavorable par comparaison avec ce que pensait la dupe sur la base de la tromperie (arrêt
6B_944/2016
du 29 août 2017 consid. 3.3. et références citées).
2.1.5.
Un rapport de causalité ou de motivation doit exister entre les différents éléments constitutifs précités : la tromperie astucieuse doit causer l'erreur; l'erreur doit causer l'acte de disposition et l'acte de disposition doit causer le dommage (ATF
128 IV 256
consid. 2e/aa;
115 IV 32
consid. 3a). Il faut donc un lien entre la tromperie et le dommage (ATF
120 IV 135
consid. bb) ou, autrement dit, que la tromperie astucieuse motive l'acte qui lèse le patrimoine (ATF
128 IV 256
consid. 2e/aa).
2.1.6.
Sur le plan subjectif, l'escroquerie est une infraction intentionnelle, l'intention devant porter sur tous les éléments constitutifs de l'infraction. L'auteur doit en outre agir dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime (ATF
134 IV 210
consid. 5.3.).
2.2.1.
Général
En l'espèce, il est constant que le prévenu ne disposait pas du pouvoir de transférer les avoirs de ses clients. Pour ce faire, des instructions devaient être données par les personnes autorisées sur les comptes. Sur la base de celles-ci, la banque exécutait les ordres donnés.
Le prévenu avait établi une relation de confiance avec ses clients, notamment la partie plaignante B_, auquel les relevés officiels de BANQUE A_ ne lui avaient quasiment jamais envoyés à celle-ci, étant précisé que le précité et ses sociétés étaient en banque restante, et le prévenu avait convenu avec l'intéressé d'un mode de
reporting
sur la base de tableaux récapitulatifs qu'il établissait lui-même sur document Excel.
Dès mars 2009, voire dès l'été 2008, jusqu'à fin décembre 2009, le prévenu a admis avoir confectionné de faux relevés de compte à l'intention de la partie plaignante B_ pour masquer le trading non autorisé qu'il effectuait sur ses comptes ainsi que pour dissimuler le gain manqué subi par son client en raison de la non-exécution d'instructions par la banque à Singapour et les pertes dues à la chute des marchés.
Dans le même temps, soit dès 2007, d'autres clients du prévenu ont subi de lourdes pertes en lien avec les investissements MEINL, certains autorisés et d'autres non autorisés par les clients, et avec la chute des marchés. Le prévenu a admis ne pas avoir révélé à ses clients les pertes alors subies par ceux-ci en falsifiant également les relevés de compte qu'il établissait lui-même à l'intention des clients, tous en banque restante et qui tous lui faisaient confiance.
Dans ce contexte, le prévenu a décidé de combler les pertes non révélées à ses clients avec les avoirs de la partie plaignante B_ ou de ses sociétés, dont partie résultait des gains générés par son trading non autorisé.
2.2.2.
Transferts de fonds (mode opératoire 1)
Sur la base des instructions de transferts falsifiées
Le prévenu a procédé à 92 transferts au débit des comptes de la partie plaignante B_ ou de ses sociétés sur les comptes d'autres clients en produisant des instructions de transfert falsifiées, comportant la signature coupée et collée du précité.
Il a expliqué qu'il établissait les instructions de transfert sur document Word et qu'il coupait la signature de B_ sur un autre document pour la coller sur l'instruction de transfert ainsi falsifiée. Il prétendait ensuite auprès de la banque avoir reçu ledit document du client par la voie électronique et attestait de la confirmation téléphonique du client sur ladite instruction, confirmation qui n'avait en réalité pas eu lieu. Lorsque la signature du client était vérifiée, celle-ci était validée puisque bien réelle mais "
coupée
" d'un autre document. Ainsi, la signature du client pouvait être légèrement différente d'un document à l'autre.
Certaines instructions en rapport avec des transferts effectués ne figurent pas à la procédure, alors que d'autres instructions sont produites mais ne comportent pas de signature, de vérification de la signature ou d'attestation que la confirmation téléphonique a été effectuée.
S'agissant de l'absence au dossier de certaines instructions de transfert, il convient de relever que le prévenu a tout au long de la procédure répété avoir établi de fausses instructions pour tous les transferts effectués, usant toujours du même procédé, soit un couper-coller de la signature de la partie plaignante B_. Par conséquent, l'absence au dossier de certaines instructions ne permet pas d'inférer l'inexistence de ces instructions écrites d'autant plus que les transferts en cause ont bel et bien été exécutés. Au contraire, il sera retenu, sur la base des déclarations crédibles et constantes du prévenu, que de telles instructions existaient dans tous les cas, mais que celles-ci n'ont pas toutes été retrouvées par la banque. En effet, le nombre d'instructions de transfert qui sont produites par la banque, lesquelles correspondent au modus operandi décrit par le prévenu, tout comme les faux contrats de prêts comportant la véritable signature de leurs co-contractant, ou encore les courriels adressés aux clients expliquant, faussement, l'origine des fonds arrivant sur les comptes bancaires suffisent à inférer que le prévenu a agi de la sorte pour tous les transferts visés par l'acte d'accusation.
S'agissant des instructions figurant à la procédure uniquement sous format Word "vierge", c'est-à-dire ne comportant aucune signature du client, à nouveau, le prévenu a expliqué qu'il établissait les fausses instructions de transfert dans son ordinateur avant de procéder au collage de la signature et de confirmer l'accord oral du client. Dans cette mesure, il sera retenu que les documents non signés retrouvés par la banque constituent en réalité les projets d'instructions et non les instructions utilisées par le prévenu, lesquelles n'ont pas été retrouvées, mais que de telles instructions existaient conformément aux déclarations crédibles et constantes du prévenu à cet égard.
S'agissant de l'absence de confirmation téléphonique sur certaines instructions de transfert, si, effectivement, la banque se devait, conformément à ses propres directives internes, d'obtenir la confirmation orale du client avant d'exécuter un ordre de transfert, cette vérification ne permettait, en tout état, pas à la banque de détecter la fraude. Une telle confirmation était effectuée par le prévenu lui-même, qui attestait de l'accord en réalité inexistant du client, de sorte que même si elle manquait, il aurait suffi au prévenu de l'ajouter, faussement. Le prévenu le savait et il a exploité la situation, sachant qu'une telle vérification lui revenait. Il en est de même de la vérification de la signature du client. Le contrôle de la signature effectuée ne permettait pas non plus à la banque d'identifier la fraude puisque la signature correspondait bien à celle de la partie plaignante B_, mais coupée et collée. Il en découle que ces vérifications étaient connues du prévenu qui a agi en fonction de celles-ci, de sorte que l'absence dans certains cas de la mention de la vérification de la signature n'a pas d'incidence sur le caractère astucieux de la tromperie.
Enfin, il sera relevé, s'agissant des transferts de deux fois USD 3'000'000.- depuis le compte de B_ en faveur de EE_ INC., que le prévenu n'a pas hésité à falsifier le relevé de compte officiel de BANQUE A_ en remplaçant, par collage, la mention "
payement B_
" par "
Fiduciary call deposit – reduction
", ce afin de dissimuler au bénéficiaire des fonds l'origine de ceux-ci.
Il résulte de ce qui précède qu'en utilisant de fausses instructions de transfert et en les doublant, parfois, de confirmations téléphoniques inexistantes puis en cachant le débit et le crédit des fonds sur les comptes des clients, le prévenu a astucieusement trompé tant la banque que le client lésé.
Sur la base des contrats de prêts simulés
S'agissant des plus gros transferts d'argent, soit ceux de USD 17'300'000.-, USD 14'300'000.- et USD 19'800'000.-, le prévenu savait le trustee de BBB_ LTD réticent au transfert d'importants avoirs du trust à des tiers, non bénéficiaires de la structure. Il a alors utilisé un autre stratagème pour tromper la banque. Il a établi de fausses instructions de transfert de la partie plaignante B_, ce pour obtenir des instructions de transfert du trustee de BBB_ LTD, afin de transférer des avoirs de BBB_ LTD à BB_ SA, puis il a établi de faux contrats de prêt entre BB_ SA et EE_ INC., contrats qu'il a fait signer par les administrateurs de paille de ces sociétés. Le prévenu a expliqué que l'administrateur de BB_ SA signait, sans poser de question, les documents qu'il lui soumettait, étant précisé que le prévenu savait que cette structure du patrimoine avait été mise en place par BANQUE A_ ou les sociétés de son groupe et que les différentes entités n'avaient donc aucun contact direct en ce qui concernait la gestion des avoirs avec la partie plaignante B_.
Sur la base de ces contrats de prêt, qui justifiaient l'arrière-plan économique des transactions, le prévenu a obtenu le transfert par la banque des fonds en faveur de EE_ INC. et de DD_ INC.. Au vu des déclarations du témoin SUPERIEUR 3_, alors chef du département Russie et Europe de l'Est et supérieur hiérarchique du prévenu, il est possible que les transferts en question ait été validés par une seconde personne, conformément aux directives internes de la banque (cf. Directive sur le traitement des ordres de clients et des dispositions internes, V.1.0 du 1.1.2007, P-00175, ch. 5.2.2.), étant précisé que le prévenu n'a jamais prétendu que les transferts avaient été effectués sans les validations nécessaires.
Enfin, s'il est vrai que le contrat du 12 mai 2008 portant sur USD 17'300'000.- qui figure à la procédure ne comporte pas de signature (PP 16/501'506 et annexe au courrier du 4 décembre 2017 de Me JEANNERET au Tribunal de céans), comme déjà évoqué, le prévenu a expliqué qu'il avait établi lui-même les contrats de prêt en s'inspirant d'un modèle dont il était en possession, projet qu'il faisait ensuite signer par les administrateurs de paille des entités cocontractantes. Il n'y a pas lieu de douter de cette déclaration dans la mesure où les deux autres contrats de prêt portant sur USD 14'300'000.- et USD 19'800'000.- ont été retrouvés et figurent à la procédure. Dans cette mesure, il sera retenu que le contrat présent au dossier ne constitue que le projet établi par le prévenu et que le contrat signé existe même s'il n'a pu être retrouvé.
Au vu de ce qui précède, il est établi que le prévenu a, par ses actes, conduit la banque à procéder aux transferts litigieux, qu'il cachait à son client en établissant des relevés ne reflétant pas la valeur réelle des actifs. Les montants ainsi détournés, totalisant USD 74'499'928.-, EUR 4'151'046.- et GBP 193'560.-, ont été crédités sur les comptes d'autres clients dont il avait également la gestion. Le dommage résultant de ces transferts correspond ainsi directement à la somme des montants détournés.
Le prévenu a agi intentionnellement, dans le but de combler des pertes subies par d'autres de ses clients, lesquels ont ainsi été directement enrichis des montants transférés.
A ce propos, les conseils de D_, E_, F_ et FF_ CORP. ont produit un avis de droit du Prof. Marcel Alexander NIGGLI, qui soutient que, comme c'est le cas en l'espèce, lors de transferts indus au sein d'une même banque, le titulaire du compte crédité indûment ne se trouve pas enrichi du fait que la bonification intervenue n'a pas de cause valable car la banque peut invoquer que le solde actuel du compte est faux ou invoquer une erreur. La banque dispose alors, dans tous les cas, d'une créance en enrichissement illégitime contre le client indument crédité. En effet, l'infraction pénale consiste en un transfert indu, qui ne déploie aucun effet matériel, mais uniquement une inscription comptable erronée, de sorte que les retraits indus relèvent uniquement du droit civil et non du droit pénal.
Cet avis ne peut être suivi. Les clients bénéficiaires se sont bien vus créditer du fait de l'infraction commise de montants provenant des comptes de B_ ou de ses sociétés, valeurs patrimoniales dont ils ont d'ailleurs pu disposer. Ils se sont dès lors trouvés illicitement enrichis de ces montants, leur enrichissement consistant précisant en l'appauvrissement de la dupe, en l'occurrence la banque, qui pourrait être tenue de payer une seconde fois, au client débité, le montant concerné (ATF
132 III 499
consid. 2; arrêts
6B_199/2011
et
6B_215/2011
du 10 avril 2012 consid. 5.3.5.2.). Autre est la question des voies de droit, pénales et civiles, à disposition des intéressés pour rétablir une situation conforme au droit.
Les transferts indus retenus par le Tribunal, lesquels correspondent à ceux reprochés au prévenu par l'acte d'accusation, font l'objet de l'annexe 1 "Mode opératoire 1 – Tableau TCO". Partant, le prévenu s'est rendu coupable d'escroquerie et sera condamné de ce chef.
2.2.3.
Transferts de titres à des prix surcotés (mode opératoire 2)
2.2.3.1.
Le prévenu a mis en place un autre mécanisme visant à faire bénéficier certains de ses clients d'entrées de fonds indues afin de combler des pertes antérieures.
Il a procédé à des transferts de titres de certains de ses clients à la partie plaignante B_ ou à ses sociétés, en faisant payer au précité ou à ses sociétés un prix qui n'était pas accepté par les parties et qui ne correspondait pas au prix du marché.
Le prévenu a expliqué que l'échange des titres et leur paiement ne se faisaient pas de manière simultanée et que lesdites transactions ne passaient pas par le système DVP (
Delivery vs payement
), dès lors que les transactions avaient lieu entre des comptes au sein de la même banque, raison pour laquelle les avis de transfert de titres mentionnaient des transactions sans paiement (
free of payement
).
Par ailleurs, le prévenu a établi de fausses instructions de transfert d'argent et prétendu disposer de l'instruction orale des clients pour les transferts de titres pour que la banque exécute les transactions visées. Il est précisé à cet égard que les déclarations du prévenu à l'audience de jugement, selon lesquelles il produisait l'instruction écrite des vendeurs, en coupant et en collant leur signature, ne sont pas crédibles. Tout d'abord, le prévenu est revenu sur ces déclarations par la suite (PV 17.01.2018 p. 28). Ensuite, aucune de ces instructions n'a été retrouvée par la banque. Enfin, le prévenu a tout au long de l'instruction affirmé le contraire.
En agissant de la sorte, le prévenu savait qu'il serait difficile pour la banque sinon impossible de détecter que le prix fixé n'avait pas été accepté par les clients en cause, tous clients du prévenu, et que le prix payé ne correspondait pas au prix du marché des titres en question, faisant ainsi bénéficier certains de ses clients de sommes auxquelles ils n'avaient pas droit.
Il n'est pas raisonnable d'exiger de la banque, comme l'a suggéré le Conseil du prévenu, qu'elle opère un contrôle manuel de l'adéquation des fonds transférés avec la valeur des titres en question, de sorte que l'absence de contrôle par la banque sur les instructions permettant ces transferts ne permet pas d'exclure le caractère astucieux de la tromperie.
Vis-à-vis des clients bénéficiaires des transactions, le prévenu masquait l'arrivée des fonds par l'établissement de faux relevés de compte, soit de faux tableaux Excel, voire justifiait l'arrivée des fonds par la vente de titres ou le paiement de fonds de placement.
En procédant à des transferts de titres à des prix qui n'étaient pas ceux du marché, en différant les paiements des transferts de titres, en utilisant de fausses instructions de transferts d'argent et en soutenant disposer d'instructions orales pour les transferts des titres, puis en masquant les débits et les crédits d'argent en mentant aux clients, le prévenu a astucieusement trompé tant la banque que le client lésé.
Ces faits sont constitutifs d'escroquerie et le prévenu sera reconnu coupable de ce chef.
2.2.3.2.
Transactions du 27 mai 2011
Selon une note du 19 mai 2011, signée par D_, l'intéressé cherchait à acquérir de gré-à-gré 500'000 actions TETHYS, 300'000 actions INTERNATIONAL MINERALS CORP et 372'000 actions MONTANA.
Selon une note du même jour, signée par E_, cette fois, le précité cherchait, quant à lui, à acquérir 500'000 actions TETHYS, 300'000 actions INTERNATIONAL MINERALS CORP et 200'000 actions RAPTOR.
Dans un courrier ou email rédigé en français et signé par B_, le prévenu a informé le précité de transactions possibles sur les actions recherchées précisément par D_ et E_.
Le 27 mai 2011, le transfert des actions en question a été exécuté au prix convenu. Il s'avère que cette transaction, en comparaison au prix du marché à la date des transactions et non en référence aux prix convenus, a causé un bénéfice pour E_ de CAD 45'000.-, mais aussi une perte pour celui-ci de CHF 18'000.- et USD 236'000.-.
Interrogé sur ces transactions, le prévenu a soutenu que la signature de B_ était fausse, dans le sens qu'il avait coupé et collé la signature du précité, mais que D_ et E_ avaient, quant à eux, instruit ces transactions. A l'appui de son explication, le prévenu a fait référence au transfert des titres MONTANA, mentionné dans les notes du 19 mai 2011, titres recherchés par D_, alors que E_ voulait s'en débarrasser. Ces explications sont crédibles au vu notamment de la vente par E_ d'actions MONTANA à D_ à hauteur de USD 5'500'000.- le 18 novembre 2008 (PP 501'170, 501'171 verso, 501'188). Par ailleurs, le prévenu a toujours soutenu, tout au long de la procédure, ne pas avoir imité les signatures de D_ et de E_, alors que tel n'est pas le cas de la signature de B_, dont il a coupé et collé la signature à de nombreuses reprises.
Par ailleurs, il sera relevé que ces transferts du 27 mai 2011 se situent en dehors de la période des transferts de titres du mode opératoire 2, transferts de titres à des prix surcotés, et que, contrairement aux transferts dits du mode opératoire 2, ils n'ont pas été faits à un prix grossièrement faux.
Par conséquent, il doit être retenu que les transferts du 27 mai 2011 étaient voulus par D_ et E_, mais non par B_.
Par ailleurs, les transferts du 27 mai 2011, pris dans leur ensemble, ont été bénéficiaires à B_.
Ainsi, les transactions du 27 mai 2011 n'ont pas été commises au préjudice de B_ et n'avaient pas pour but d'enrichir illégitimement E_.
Dans cette mesure, l'infraction reprochée au prévenu n'est pas réalisée et celui-ci doit être acquitté de ces faits.
S'agissant de D_, l'intéressé a acheté les actions en question à B_ au prix de CAD 600'000.- (=CHF 573'295 au 27.05.11) et CHF 4'389'000.-, alors que la valeur des titres au prix du marché était inférieure (les titres valaient, au prix du marché, CAD 645'000.- (=573'295.- au 27.05.11), CHF 2'082'000.- et CHF 1'060'200.- = CHF 3'715'495.-). Par conséquent, l'opération a été bénéficiaire globalement pour B_ et déficitaire pour D_ de CHF 1'246'800.-.
Ainsi, les transactions du 27 mai 2011 n'ont pas été commises au préjudice de B_ et n'avaient pas pour dessein d'enrichir illégitimement D_.
L'infraction reprochée au prévenu n'est pas réalisée et celui-ci doit être acquitté de ces faits.
Par la suite, alors que la valeur des trois titres en question avait baissé, les mêmes actions ont été transférées de D_ à B_ à un prix supérieur au prix du marché, le prévenu faisant alors supporter à B_ la baisse des titres de D_. Toutefois, ces faits ne sont pas visés par l'acte d'accusation, de sorte qu'ils ne seront pas retenus à l'encontre du prévenu.
2.2.3.3.
Afin de déterminer le dommage en lien avec les transferts de titres à des prix qui n'étaient pas acceptés par les parties et qui ne correspondaient pas au prix du marché, il convient de déterminer à quel prix la partie plaignante B_ aurait acheté les titres dans des circonstances ordinaires, soit hors du contexte de l'escroquerie. Dans ce cadre, il y a lieu de prendre en compte la valeur du marché d'un titre, à la date où le prix a été supposément convenu entre les parties, soit, dans la plupart des cas, le prix des titres au moment où l'instruction a été donnée. Le prix des titres au moment de leur transfert n'est pas déterminant, dans la mesure où il est usuel qu'une transaction sur titre soit exécutée à une date, mais que les titres ne soient effectivement transférés qu'un ou plusieurs jours plus tard. La valeur convenue ou voulue n'est dès lors pas celle du titre au moment de son transfert, mais bien celle au moment où l'instruction a été donnée ou la date valeur fixée.
Si le titre est coté en bourse, il conviendra de prendre la cotation à la date fixée au prix de clôture (cf. valeurs
Bloomberg
selon extraits produits par courrier de Me JEANNERET du 4 décembre 2017, cote c.a., classeur TCO). Si le titre n'est pas coté (i.e. fonds de placement ou produits structurés), la méthodologie retenue par PWC (décrite dans le résumé du 29 novembre 2017 annexé au courrier de Me JEANNERET du 4 décembre 2017, cote c.a., classeur TCO) apparaît adéquate et sera retenue en application de l'art. 42 al. 2 CO.
Enfin, il sera relevé que les valeurs retenues dans le tableau "Mode opératoire 2" de l'acte d'accusation semblent, parfois, contradictoires avec la valeur des titres à la date donnée (cf. notamment la transaction R_ du 27 août 2007, la valeur retenue dans l'acte d'accusation étant de 7.2, alors que la valeur selon extrait
Bloomberg
à la même date est de 7.5).
Ainsi, les dates retenues sont les suivantes, lesquelles font l'objet de l'annexe 2 "Mode opératoire 2 – tableau TCO"., laquelle établit par conséquent également le dommage causé :
- concernant D_ :![endif]>![if>
o MIP : les titres sont transférés le 17 mars 2008, mais la date de l'instruction, selon avis de transfert de titres (PP 651'236) et la date valeur du débit d'argent sont le 14 mars 2008. La date du 14 mars 2008 sera retenue.![endif]>![if>
o ALPHA_ : les titres sont transférés le 17 mars 2008, mais la date de l'instruction, selon avis de transfert de titres (PP 651'232) et la date valeur du débit d'argent sont le 14 mars 2008. La date du 14 mars 2008 sera retenue. ![endif]>![if>
- concernant E_ :![endif]>![if>
o MIP : les titres sont transférés le 17 mars 2008, mais la date de l'instruction, selon avis de transfert de titres (PP 651'221) est au 14 mars 2008. Le paiement en revanche est débité le 18 mars 2008. La date de l'instruction du 14 mars 2008 sera retenue.![endif]>![if>
o ALPHA_ : les titres sont transférés le 17 mars 2008, mais la date de l'instruction, selon avis de transfert de titres (PP 651'219) et la date valeur du débit d'argent sont le 14 mars 2008. La date du 14 mars 2008 sera retenue. ![endif]>![if>
- concernant F_ : ![endif]>![if>
o MIP : les titres sont transférés le 17 mars 2008, mais la date de l'instruction, selon avis de transfert de titres (PP 651'263), est le 14 mars 2008. Le paiement en revanche est débité le 18 mars 2008. La date de l'instruction du 14 mars 2008 sera retenue. ![endif]>![if>
o ALPHA_ : les titres sont transférés le 17 mars 2008, mais la date de l'instruction, selon avis de transfert de titres (PP 651'258), et la date valeur du débit d'argent sont le 14 mars 2008. La date du 14 mars 2008 sera retenue. ![endif]>![if>
o MEINL AIRPORT INTERNATIONAL LTD : les titres sont transférés le 17 mars 2008, mais la date de l'instruction, selon avis de transfert de titres (PP 651'263) est le 14 mars 2008. La date du 14 mars 2008 sera retenue. ![endif]>![if>
o ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD, ARLINGTON INTERNATIONAL FUND LTD, THORNHIL GLOBAL LTD, RESOLUTE CAPITAL GROWTH FUND, MAGELLAN MULTI-STRATEGY FUND et RED.PTG.SHS-A-HIGH RISK FUND LTD : les titres ont été transférés le 1
er
décembre 2008 (PP 651'253), mais la date de l'instruction, selon l'avis de transfert (PP 600'570), est le 27 novembre 2008 et le paiement a été effectué le 28 novembre 2008 (PP 651'252). La date du 27 novembre 2008 sera retenue.![endif]>![if>
o REGD. GLOBAL NOTES M-REAL CORP 2006 1.4.13 VARIABLE RATE REG-S SENIOR, 7 7/8 EURO MEDIUM-TERM NOTE ALB FINANCE BV 2007-1.2.12 et ENHANCED RETURN NOTE J.P. MORGAN INTERNATIONAL DERIVATIVES LTD 2007 - 13.1.12 : la date de transfert des titres (PP 651'287 et PP 651'279) et de l'instruction (selon les avis de transfert PP 651'281ss et 651'274ss) correspondent au 2 octobre 2009. Cette date sera retenue.![endif]>![if>
- concernant G_ et GG_ LTD : ![endif]>![if>
o MIP : les titres sont transférés le 18 mars 2008, mais la date de l'instruction, selon avis de transfert de titres (PP 651'264ss), est au 14 mars 2008. Le paiement en revanche est débité le 18 mars 2008. La date de l'instruction du 14 mars 2008 sera retenue. ![endif]>![if>
o ALPHA_ : les titres sont transférés le 17 mars 2008, l'argent est débité le 18 mars 2008, mais la date de l'instruction, selon avis de transfert de titres (PP 651'264ss), et la date valeur du débit d'argent sont le 14 mars 2008. La date du 14 mars 2008 sera retenue. ![endif]>![if>
o MIP : les titres sont transférés le 17 mars 2008, l'argent est débité le 18 mars 2008, mais la date de l'instruction, selon avis de transfert de titres (PP 651'264ss), et la date valeur du débit d'argent sont le 14 mars 2008. La date du 14 mars 2008 sera retenue. ![endif]>![if>
o ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD, ARLINGTON INTERNATIONAL FUND LTD, THORNHIL GLOBAL LTD, RESOLUTE CAPITAL GROWTH FUND, MAGELLAN MULTI-STRATEGY FUND et RED. PTG. SHS-A-HIGH RISK FUND LTD : les titres ont été transférés le 1
er
décembre 2008 (PP 651'293) mais la date de l'instruction, selon les relevés (PP 651'292ss), est le 27 novembre 2008 et le paiement a été effectué le 28 novembre 2008 (PP 651'292). La date du 27 novembre 2008 sera retenue.![endif]>![if>
o ENHANCED RETURN NOTE J.P. MORGAN INTERNATIONAL DERIVATIVES LTD 2007 - 13.1.12 et ENHANCED RETURN NOTE J.P. MORGAN INTERNATIONAL DERIVATIVES LTD 2007 - 14.11.11 (->No de valeur: 3177527) : la date de transfert des titres (PP 651'279) et de l'instruction (selon les avis de transfert PP 651'274ss) correspondent au 2 octobre 2009. Cette date sera retenue. ![endif]>![if>
- concernant J_ : ![endif]>![if>
o ALPHA_ : la date du transfert des titres, de l'instruction et du débit du paiement correspondent toutes au 14 mars 2008, de sorte que cette date sera retenue. ![endif]>![if>
o ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD, ARLINGTON INTERNATIONAL FUND LTD, THORNHIL GLOBAL LTD, RESOLUTE CAPITAL GROWTH FUND, MAGELLAN MULTI-STRATEGY FUND et RED.PTG.SHS-A-HIGH RISK FUND LTD : les titres ont été transférés le 1
er
décembre 2008 (PP 651'290) mais la date de l'instruction, selon l'avis de transfert (PP 651'289ss), est le 27 novembre 2008 et le paiement a été effectué le 28 novembre 2008 (PP 651'289ss). La date du 27 novembre 2008 est déterminante pour la fixation du prix du titre. ![endif]>![if>
- concernant I_ : ![endif]>![if>
o MIP : les titres ont été transférés le 12 octobre 2007 et le débit d'argent a été fait avec une date valeur du 12 octobre 2007, alors que l'instruction, selon l'avis de débit (PP 651'345), du 15 octobre 2007 est postérieure. La date du 12 octobre 2007 sera retenue. ![endif]>![if>
o ALTAMIR AMBROISE, CALIDA HOLDING LTD, 7 7/8 EURO MEDIUM-TERM NOTE TURANALEM FINANCE BV 2003-2.6.10, ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD et ENHANCED RETURN NOTE J.P. MORGAN INTERNATIONAL DERIVATIVES LTD 2007 - 13.1.12 : la date de l'instruction est le 8 juillet 2009, mais la date valeur convenue, telle que mentionnée sur l'instruction en question (PP 600'536) est celle du 9 juillet 2009, laquelle correspond aussi à la date du paiement (PP 651'295ss) et du transfert des titres (PP 651'298). La date du 9 juillet 2009 sera donc retenue.![endif]>![if>
- concernant CC_ LTD : ![endif]>![if>
o MIP : les titres ont été transférés le 12 octobre 2007 et le débit d'argent a été fait avec une date valeur du 12 octobre 2007, alors que l'instruction, selon l'avis de débit (PP 651'342), du 15 octobre 2007 est postérieure. La date du 12 octobre 2007 sera retenue. ![endif]>![if>
o ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD et PARTS-B-LYXOR INTERNATIONAL ASSET MGT LYXOR ETF RUSSIA : les titres sont transférés le 28 octobre 2008 mais la date de l'instruction, selon l'avis de transfert de titre (PP 651'338, PP 651'335), et la date du paiement correspondent au 13 octobre 2008, de sorte que cette dernière date sera retenue.![endif]>![if>
- concernant L_ GROUP SA, pour les titres ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD, ARLINGTON INTERNATIONAL FUND LTD, THORNHIL GLOBAL LTD, RESOLUTE CAPITAL GROWTH FUND, MAGELLAN MULTI-STRATEGY FUND et RED.PTG.SHS-A-HIGH RISK FUND LTD : les titres ont été transférés le 28 novembre 2008 (PP 651'327-30), mais la date de l'instruction, selon l'avis de transfert (PP 651'326-29), est le 27 novembre 2008 et le paiement a été effectué le 28 novembre 2008 (PP 651'326-29). La date du 27 novembre 2008 sera retenue. ![endif]>![if>
- concernant K_, pour les titres ATRIUM EUROPEAN REAL ESTATE LTD, ARLINGTON INTERNATIONAL FUND LTD, THORNHIL GLOBAL LTD, RESOLUTE CAPITAL GROWTH FUND, MAGELLAN MULTI-STRATEGY FUND et RED.PTG.SHS-A-HIGH RISK FUND LTD : les titres ont été transférés le 28 novembre 2008 (PP 651'324), mais la date de l'instruction, selon l'avis de transfert (PP 651'323), est le 27 novembre 2008 et le paiement a été effectué le 28 novembre 2008 (PP 651'323). La date du 27 novembre 2008 sera retenue. ![endif]>![if>
- concernant R_, pour les titres MIP : la date du transfert des titres et du débit du paiement correspondent au 27 août 2007, de sorte que cette date sera retenue telle que reconnue par le prévenu. ![endif]>![if>
Ce faisant, le prévenu a enrichi illicitement des tiers.
Ces faits sont constitutifs d'escroquerie et le prévenu sera reconnu coupable de ce chef d'infraction.
2.2.4.
Fonds détournés de BB_ SA par le biais de SOCIETE 13_ LLC
Le prévenu a encore profité des services de l'administrateur de paille de BB_ SA, qu'il savait exécuter ses instructions sans poser de questions, pour détourner des fonds en sa faveur sous couvert de contrats de prêt, en partie fictifs, en recourant à une société écran, SOCIETE 13_ LLC, mise à sa disposition par M_.
Ainsi, à la date du 21 mai 2012, le prévenu a fait signer deux contrats de prêt entre BB_ SA et SOCIETE 13_ LLC, respectivement entre SOCIETE 13_ LLC et SOCIETE 1_ SA lui permettant de disposer de USD 2'250'000.- provenant des comptes de la partie plaignante B_, à l'insu de celle-ci. Sur cette somme, USD 2'000'000.- ont été remboursés (cf. ci-après), alors que USD 250'000.- ont été détournés en faveur du prévenu.
Ainsi, USD 220'000.- ont été versés, en deux versements, sur le compte de SOCIETE 4_ SA, société appartenant au prévenu, auprès de BANQUE SAISIE 6_: USD 22'000.- ont servi à l'achat d'une carte de débit prépayée et USD 7'828.- ont été affectés au paiement d'honoraires d'avocat.
Deux ans plus tard, le prévenu a recouru au même stratagème, qu'il savait fonctionner, pour détourner EUR 6'000'000.- des comptes de la partie plaignante B_ en sa faveur. Ainsi, le 27 mars 2014, il a fait signer deux contrats de prêt entre BB_ SA et SOCIETE 13_ LLC, respectivement entre SOCIETE 13_ LLC et SOCIETE 7_ JLT. Sur cette somme, le prévenu investira plus de EUR 5'000'000.- dans des prêts participatifs de longue durée.
Il est ainsi établi, par les éléments du dossier et par les aveux du prévenu que ce dernier a trompé la banque, à l'aide de faux contrats, afin de faire verser des fonds à l'extérieur de BANQUE A_ et se les approprier. L'utilisation de faux contrats de prêt, de sociétés écrans et d'hommes de paille relève de la tromperie astucieuse afin de détourner ces sommes à son profit, le prévenu s'étant personnellement enrichi des sommes de USD 250'000.- et de EUR 6'000'000.-, correspondant au dommage causé.
Ces faits sont constitutifs d'escroquerie et le prévenu sera reconnu coupable de ce chef.
2.2.5.
Fonds détournés de EE_ INC. en faveur de V_ LTD et de W_ LLP
Entre les 19 mars et 19 mai 2012, le prévenu a fait transférer, depuis le compte de EE_ INC., alimenté précédemment par le compte de E_, la somme totale de USD 775'000.- à V_ LTD, société appartenant à F_, par le biais de la société SOCIETE 5_ LTD, ce à l'insu de E_. Pour ce faire, le prévenu a fractionné la somme de USD 775'000.- en huit montants différents.
Pour obtenir le transfert des sommes en question, le prévenu a prétendu à ses assistants, dans plusieurs e-mails, disposer des instructions orales du client, pour qui les sommes ainsi fractionnées étaient de faible importance. Ainsi, il a assuré avoir eu la confirmation orale du client pour chaque transfert sollicité. Par ailleurs, il a demandé que les sommes en question soient prélevées de comptes spécifiques, soit le compte 12-3 (USD) de EE_ INC. et surtout le compte -62 (USD) de E_. Or, il savait que E_ et ses assistants ne disposaient pas de l'accès internet au compte -62 (USD) et il établissait lui-même les relevés de ce dernier compte sous forme Excel, compte sur lequel il avait conclu une avance à terme à l'insu du client et dont une partie de l'activité, à tout le moins, était cachée au client. Enfin, le prévenu a pris la précaution de transférer les sommes, en premier lieu, sur sa propre société SOCIETE 5_ LTD, empêchant ainsi BANQUE A_ de connaître l'identité finale du bénéficiaire desdits transferts et de pouvoir faire un lien avec F_.
La raison de ces transferts d'argent à V_ LTD n'est pas claire. Toutefois, ces transferts ne semblent pas avoir de lien avec le compte
Dream
de F_ auprès de BANQUE A_. Dans cette mesure, il sera retenu que le prévenu s'est enrichi des sommes ainsi transférées, que celles-ci procèdent du remboursement d'une ou des dettes du prévenu à l'égard de F_, d'un prêt ou d'une donation à celle-ci.
Par ailleurs, entre les 11 et 18 mai 2012, le prévenu a recouru au même stratagème pour faire bénéficier W_ LLP cette fois, également sur un compte en Lettonie à l'instar de V_ LTD, de sommes indues provenant du compte de EE_ INC., compte alimenté par le compte de E_. Pour ce faire, le prévenu a fractionné la somme de USD 1'115'000.- en quatre montants différents, étant relevé que les transferts ont bien été faits en USD.
Au vu de la quotité d'un des montants transférés, le prévenu a prétendu à son assistante par email du 17 mai 2012, afin que le transfert soit exécuté, que celui-ci reposait sur un contrat de prêt du 2 avril 2012 portant numéro L2012/11/12 et soutenu que le client, E_, ne se rappelait plus du nom exact de la société, s'exprimant ainsi: "
C'était _ ou W_? E_ ne se souvenait plus du nom
". A ce propos, le prévenu a confirmé en audience de jugement que c'était en réalité lui-même qui ne se souvenait plus du nom, le client n'étant pas au courant de la transaction. Pour le surplus, le procédé a été le même que celui précédemment décrit pour les transferts en faveur de V_ LTD.
A nouveau, la raison de ce transfert d'argent à W_ LLP n'est pas connue, mais elle ne semble, en tout état, pas être en lien avec BANQUE A_. Au vu du transfert effectué le 17 juin 2011 de EUR 250'000.- en faveur de W_ LLP depuis le compte BETA_ en lien précisément avec l'opération BETA_, soit le transfert gratuit de titres appartenant à des clients du prévenu en faveur de celui-ci, dont il sera question ci-après, on peut s'interroger sur l'identité de l'ayant-droit économique de W_ LLP. Mais, en tout état, en transférant à W_ LLP la somme de USD 1'115'000.-, le prévenu s'est enrichi à due concurrence peu importe la cause du transfert.
En prétendant par email que les transactions étaient validées par le client, en mentant au client sur l'état de ses avoirs, le prévenu a usé d'une tromperie astucieuse. Par ailleurs, à cette époque, le prévenu disposait d'un certain statut au sein de BANQUE A_, étant considéré comme une "
star
" au vu des revenus qu'il générait pour la banque, ce qui a été confirmé par le témoin SUPERIEUR 3_, supérieur hiérarchique du prévenu à l'époque, statut dont le prévenu a su profiter pour arriver à ses fins.
Le prévenu a agi ainsi intentionnellement et dans le but de s'enrichir des montants ainsi détournés, peu importe finalement que ceux-ci aient été utilisés pour éteindre une dette, octroyer un prêt, ou augmenter son actif.
Ces faits sont constitutifs d'escroquerie et le prévenu sera reconnu coupable de ce chef.
2.2.6.
Transferts de titres sans contrepartie
2.2.6.1.
Opération BETA_
Dans le cadre de l'opération BETA_, le prévenu a transféré gratuitement en sa faveur des titres appartenant à D_, E_ et B_.
Pour ce faire, le prévenu a recouru aux services de M_, qui a mis à sa disposition la société BETA_, empêchant ainsi BANQUE A_ de découvrir qu'il était en réalité le bénéficiaire final du transfert des titres en question.
Le prévenu a, ensuite, prétendu bénéficier d'instructions de transfert, tel que cela ressort des avis de retrait de titres. Il ressort des déclarations, au cours de l'audience de jugement, du représentant de BANQUE A_, confirmées par les dires du prévenu et par certaines parties plaignantes durant la procédure, que les instructions de transfert de titres pouvaient se faire par oral. D'ailleurs, les transferts de titres dans le cadre du mode opératoire 2 l'ont été sur la base de prétendues instructions orales des clients. A cet égard, il convient de relever que peu importe que les instructions de transfert figurant à la procédure et concernant les titres appartenant à D_ et E_ (i. e. PP 607'187 et 607'634) ne soient pas signées par les intéressés puisque, de toute façon, des instructions orales étaient, à tout le moins
de facto
, suffisantes au transfert des titres en question.
Au vu de la manière dont le prévenu rapportait aux clients concernés l'état de leurs avoirs, il était difficile pour ceux-ci de s'apercevoir du retrait des titres en question de leur compte.
Les transferts gratuits des titres ont été opérés uniquement dans un but d'enrichissement personnel du prévenu, ce que celui-ci a reconnu lors de l'audience de jugement.
Il sera relevé que le prévenu a utilisé le même mode opératoire pour transférer les titres d'autres clients en sa faveur. Toutefois, dans la mesure où ces faits ne sont pas visés par l'acte d'accusation, il n'y a pas lieu de les examiner plus avant et ils ne peuvent être retenus à l'encontre du prévenu.
Au vu de ce qui précède, l'infraction reprochée d'escroquerie est réalisée et le prévenu s'est trouvé enrichi de la valeur des titres au moment de leur transfert.
S'agissant de la fixation du montant du dommage, en l'absence de paiement desdits titres, il convient de retenir le cours de ceux-ci à la date de leur transfert. Les valeurs retenues font l'objet de l'annexe 3 "analyse complémentaire – tableau TCO".
2.2.6.2.
Opération ALPHA_
Il est établi par les déclarations du prévenu et les pièces au dossier, que le prévenu a informé ses clients B_, D_, E_ et F_, qui détenaient des actions ALPHA_, d'une opération d'échange de ces titres contre des actions TETHYS, visant à valoriser les titres ALPHA_ en question dont la valeur avait chuté. Dans le cadre de cette opération, il était convenu que les titres soient transférés à une société constituée à cette fin, soit la société SOCIETE 11_ CORP.. Dans différents emails, le prévenu a garanti à ses clients que ceux-ci resteraient propriétaires des actions en question et recevraient un document l'attestant (cf. emails à B_ PP 17/600'774, à Z_ PP 17/600'795 et à CONSEILLERE F_ PP 27/614'019), l'opération devant se dérouler à l'interne au sein de BANQUE A_. Le formulaire A du compte bancaire de SOCIETE 11_ CORP. auprès de BANQUE A_ avait d'ailleurs été modifié pour inclure les noms des clients concernés.
En réalité, en septembre 2009, tous les titres ALPHA_ ont été transférés, soit sur le compte SOCIETE 11_ CORP. auprès de BANQUE A_ soit directement, sur le compte de SOCIETE 11_ CORP. auprès de BANQUE SAISIE 15_ et les clients concernés n'ont pas reçu de certificat de dépôt, comme promis. Dans cette mesure, le prévenu a trompé ses clients en leur faisant croire à un échange de titres avec la garantie que celui-ci s'effectuerait au sein de BANQUE A_, qui garderait de la sorte la maîtrise des titres.
Cela étant, l'élément du dessein d'enrichissement illégitime fait ici défaut. Au moment de la sortie des comptes des clients, l'action ALPHA_ valait au maximum USD 0.06 et la société est par la suite tombée en faillite. Par ailleurs, le prévenu et son comparse P_ ont également transféré leurs actions ALPHA_ à SOCIETE 11_ CORP. sur le compte bancaire MIGROS en question.
Dans cette mesure, le transfert des actions ALPHA_ à SOCIETE 11_ CORP. auprès de la banque MIGROS ne visait pas un dessein d'enrichissement.
Le prévenu sera dès lors acquitté des faits mentionnés sous chiffres B.I.1.3. (Mode opératoire 3 pour ce qui concerne le transfert de 12'7500'000 titres ALPHA_) et B.I.4.
2.2.7.
Mode opératoire 3
Les faits reprochés au prévenu dans l'acte d'accusation sous mode opératoire 3, consistant en des transferts "
à titre gratuit
", le 27 mai 2011, de 500'000 titres TETHYS et de 300'000 titres INTERNATIONAL MINERALS CORP au préjudice de B_, en faveur du compte de D_, sont en réalité les mêmes que ceux visés par le mode opératoire 2 et dont il a été discuté
supra
en lien avec la transaction du 27 mai 2011 (consid. 2.2.3.2.
supra
). Le prévenu devra ainsi être acquitté afin qu'il ne soit pas condamné deux fois pour les mêmes faits.
S'agissant du transfert des titres ALPHA_ au préjudice de B_, pour les raisons expliquées au considérant précédent (cf. consid. 2.2.5.
supra
), le prévenu sera acquitté de ces faits.
3. Aggravante du métier
3.1.
Si l'auteur fait métier de l'escroquerie, la peine sera une peine privative de liberté de dix ans au plus ou une peine pécuniaire de 90 jours-amende au moins (art. 146 al. 2 CP).
L'auteur agit par métier lorsqu'il résulte du temps et des moyens qu'il consacre à ses agissements délictueux, de la fréquence des actes pendant une période déterminée, ainsi que des revenus envisagés ou obtenus, qu'il exerce son activité coupable à la manière d'une profession, même accessoire. Il faut que l'auteur aspire à obtenir des revenus relativement réguliers représentant un apport notable au financement de son genre de vie et qu'il se soit ainsi, d'une certaine façon, installé dans la délinquance (ATF
129 IV 253
consid. 2.1.;
123 IV 113
consid. 2c).
3.2.
L'aggravante du métier est en l'occurrence réalisée s'agissant de l'infraction d'escroquerie retenue à l'encontre du prévenu vu la fréquence, la durée et le nombre d'actes commis par l'intéressé, lesquels ont engendré des gains non négligeables en sa faveur.
4. Faux dans les titres
4.1.1.
Selon l'art. 251 ch. 1 CP, celui qui, dans le dessein de porter atteinte aux intérêts pécuniaires ou aux droits d'autrui, ou de se procurer ou de procurer à un tiers un avantage illicite, aura créé un titre faux, falsifié un titre, abusé de la signature ou de la marque à la main réelle d'autrui pour fabriquer un titre supposé, ou constaté ou fait constater faussement, dans un titre, un fait ayant une portée juridique, ou aura, pour tromper autrui, fait usage d'un tel titre, sera puni d'une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d'une peine pécuniaire.
La notion de titre utilisée par l'art. 251 CP est définie par l'art. 110 al. 4 CP. Selon cette disposition, sont des titres tous les écrits destinés et propres à prouver un fait ayant une portée juridique et tous les signes destinés à prouver un tel fait.
4.1.2.
L'art. 251 ch. 1 CP vise non seulement un titre faux ou la falsification d'un titre (faux matériel), mais aussi un titre mensonger (faux intellectuel). Il y a faux matériel lorsque l'auteur réel du document ne correspond pas à l'auteur apparent, alors que le faux intellectuel vise un titre qui émane de son auteur apparent, mais dont le contenu ne correspond pas à la réalité (ATF
138 IV 130
consid. 2.1.).
Il y a création d'un titre faux lorsque l'auteur fabrique un titre dont l'auteur réel ne coïncide pas avec l'auteur apparent, la falsification d'un titre est réalisée dès que le contenu de la déclaration initiale de l'auteur est transformé. Le comportement de l'auteur peut consister à ajouter un élément au titre, à modifier le titre ou à en supprimer une partie. Par exemple, l'auteur modifie une date, un nom ou un chiffre mentionné dans le titre. Par ailleurs, l'auteur réel d'un faux matériel est celui dont le titre reproduit la manifestation de la volonté dans la vie juridique. L'auteur réel est ainsi celui qui a voulu le titre tant quant à son existence qu'à son contenu, non celui qui a fabriqué le titre de sa propre main (ATF
137 IV 167
consid. 2.3.1. in JdT
2012 IV 121
).
Commet un faux intellectuel, celui qui aura constaté ou fait constater faussement un fait ayant une portée juridique dans le dessein de porter atteinte aux intérêts pécuniaires ou aux droits d'autrui (ATF
129 IV 130
in JdT
2005 IV 118
, consid. 2.1.) Le faux intellectuel provient de son auteur apparent, mais est mensonger du fait que le contenu réel et le contenu figurant dans le titre ne concordent pas (ATF
131 IV 125
in JdT
2007 IV 22
, consid. 4.1.). Un simple mensonge écrit ne constitue cependant pas un faux intellectuel. Le document doit revêtir une crédibilité accrue et son destinataire pouvoir s'y fier raisonnablement (ATF
138 IV 130
consid. 2.1.; ATF
132 IV 12
consid. 8.1.). Tel est le cas lorsque certaines assurances objectives garantissent aux tiers la véracité de la déclaration. Une telle force probante accrue peut découler de la loi, des usages commerciaux ou des circonstances concrètes.
4.1.3.
Un contrat en la forme écrite simple, dont le contenu est faux, ne revêt en principe pas de force probante accrue (ATF
123 IV 61
consid. 5c/cc; ATF
120 IV 25
consid. 3f). Pourtant, l'auteur d'une facture au contenu inexact peut se rendre coupable de faux intellectuel dans les titres lorsque dite facture ne remplit pas qu'une fonction de facturation, mais qu'elle est destinée, objectivement et subjectivement, à servir au destinataire avant tout comme pièce comptable, si bien que sa comptabilité s'en trouve faussée. Si la facture au contenu inexact a été établie dans le but d'être intégrée dans la comptabilité, le faux intellectuel dans les titres prend naissance lors de son élaboration et non pas seulement lors de son enregistrement dans la comptabilité (ATF
138 IV 130
consid. 2.4.3.; ATF
129 IV 130
consid. 3.2. et 3.3.).
S'agissant de contrats bilatéraux, la jurisprudence retient qu'ils ne peuvent en principe être considérés comme des faux intellectuels dans les titres. En effet, un contrat prouve que deux personnes ont fait, de manière concordante, une déclaration de volonté déterminée, mais il ne prouve en revanche pas que les deux manifestations de volonté concordantes correspondent à la volonté réelle des parties. En particulier, il ne prouve pas l'absence de vices de la volonté ou l'inexistence d'une simulation. Ce n'est que s'il existe des garanties spéciales de ce que les déclarations concordantes des parties correspondent à leur volonté réelle, qu'un contrat en la forme écrite simple peut être qualifié de faux intellectuel dans les titres (arrêt
6B_502/2009
du 7 septembre 2009 consid. 2.2.). Dans ce dernier arrêt, le Tribunal fédéral a retenu que la force probante accrue pouvait également découler d'un ensemble d'éléments du contexte concret dans lequel l'écrit a été établi.
Dans une autre jurisprudence, le Tribunal fédéral a considéré que des contrats de prêts antidatés établis dans le but de justifier des transferts de fonds auprès d'une autorité fiscale étrangère avaient effectivement une portée juridique mais ils ne constituaient toutefois pas des titres, faute de force probante accrue. Le Tribunal fédéral précise qu'il aurait pu en aller différemment si les contrats de prêts avaient été intégrés ou étaient destinés à être intégrés à la comptabilité. Si tel était le cas, encore fallait-il qu'en l'occurrence, les règles applicables à la comptabilité de la société établie à l'étranger, soient comparables à celles du droit suisse au point qu'on puisse retenir que les pièces comptables de cette société constitueraient des titres (arrêt
6B_184/2013
du 1
er
octobre 2013 consid. 6).
S'agissant d'ordres de virement en lien avec le remboursement d'une banque à son employé, le Tribunal fédéral a considéré qu'ils pouvaient être qualifiés de titres ayant une force probante accrue, puisqu'ils étaient destinés et propres à légitimer les retraits effectués et à justifier de leur but et à servir de pièces justificatives, soit comme des éléments de la comptabilité commerciale de la banque. Ils étaient ainsi destinés et propres à prouver des faits ayant une portée juridique, de sorte qu'ils revêtaient la qualité de titres au sens de la loi pénale (arrêt
6B_1001/2009
du 23 avril 2010 consid. 2.2.2.).
Comme le démontre les exemples susvisés, le flou règne dans la jurisprudence quant à la casuistique de titres ayant une force probante accrue ou non. Cela étant, la récente évolution de la jurisprudence du Tribunal fédéral présente une approche pragmatique qui ne se focalise plus forcément sur un seul critère, mais bien davantage sur la combinaison de ceux-ci dans l'examen d'un cas concret. Cette prise en considération est particulièrement évidente dans le cadre de rapports triangulaires dans lesquels le troisième acteur n'a, dans les faits, quasiment aucune chance de découvrir le caractère mensonger du document établi par les deux autres (REMUND/BOSSARD/THORMANN, Le faux intellectuel dans le droit pénal économique, in : HURTADO POZO, Droit pénal économique, 2011, p. 304-305).
4.1.4.
Sur le plan subjectif, le faux dans les titres est une infraction intentionnelle. L'intention doit porter sur tous les éléments constitutifs de l'infraction, le dol éventuel étant suffisant (arrêt
6B_522/2011
du 8 décembre 2011 consid. 1.3.). L'art. 251 CP exige de surcroît un dessein spécial, qui peut se présenter sous deux formes alternatives, soit le dessein de porter atteinte aux intérêts pécuniaires ou aux droits d'autrui, soit le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un avantage illicite. Il y a dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un avantage illicite lorsque l'auteur veut dissimuler un délit (ATF
120 IV 364
consid. d; ATF
118 IV 260
) ou en faciliter la commission (ATF
101 IV 205
consid. 6).
4.1.5.
Lorsque le faux dans les titres est un moyen de commettre ou de dissimuler une autre infraction et que la définition de celle-ci n'englobe pas déjà le faux, l'art. 251 CP doit être appliqué en concours (CORBOZ, op. cit., Vol. II, N 188-189 ad art. 251 CP). Ainsi, il y a concours entre les art. 146 et 251 CP lorsque l'auteur utilise des titres falsifiés pour commettre une escroquerie (ATF
129 IV 53
in JdT
2006 IV 7
, consid. 3. et références citées).
4.2.1
. En l'espèce, s'agissant des contrats de prêts reprochés au chiffre B.II.1 de l'acte d'accusation, il est établi que ceux-ci ont été falsifiés par le prévenu afin de justifier des transferts de fonds au débit du compte de BB_ SA. Le prévenu a ainsi rédigé trois contrats, en 2008, qu'il a transmis pour signature aux administrateurs des sociétés en cause, qui faisaient état de prêts de la part de BB_ SA en faveur de DD_ INC. et de EE_ INC.. Le prévenu a expliqué avoir obtenu les signatures des administrateurs facilement, ceux-ci ne posant jamais de questions et signant "
les yeux fermés
" (PP 13/500'156). Pour les deux contrats de prêts entre BB_ SA et SOCIETE 13_ LLC en 2014, le prévenu a expliqué qu'il les avait fait rédiger par un avocat, mandaté par GAMMA_, sur ses instructions (PP 16/501'489), avant de les faire signer par les administrateurs des sociétés.
Ces contrats comportent ainsi des signatures authentiques de personnes habilitées à signer pour les sociétés; toutefois, leur contenu est mensonger puisqu'il a été inventé de toutes pièces par le prévenu, dans le seul but de pouvoir détourner ces fonds. Dès lors, il faut encore, pour être qualifiés de faux intellectuel dans les titres, que ces contrats présentent une force probante accrue.
Or, de jurisprudence constante, un contrat en la forme écrite simple, dont le contenu est faux, ne revêt en principe pas de force probante accrue. Ce n'est que s'il existe des garanties spéciales de ce que les déclarations concordantes des parties correspondent à leur volonté réelle, qu'un contrat en la forme écrite simple peut être qualifié de faux intellectuel dans les titres (arrêt
6B_502/2009
du 7 septembre 2009 consid. 2.2.).
En l'occurrence, il ne ressort pas de la procédure que le prévenu ou les signataires des contrats de prêt aient donné des garanties spéciales sur leur volonté de conclure ces contrats des prêts, leur faisant ainsi revêtir une force probante accrue. Aucun élément n'est venu appuyer ces contrats de prêt. Si le prévenu a, pour certains montants, produit de fausses instructions de transfert émanant de B_, ces instructions concernent des versements de BBB_ LTD à BB_ SA et ont été réalisés pour créditer le compte BB_ SA du montant nécessaire aux détournements. En revanche, aucun document supplémentaire n'est venu appuyer le fait que les contrats correspondaient bien à la volonté des clients de la banque.
Ces contrats ont manifestement été établis et utilisés pour permettre le transfert de fonds par la banque. L'établissement des contrats de prêts, ne reflétant pas la réelle et commune intention des parties, constitue tout au plus un mode opératoire commis au préjudice de BB_ SA, de sorte que ces contrats ont ainsi participé à l'infraction d'escroquerie retenue à l'encontre du prévenu. Toutefois ces contrats ne sont pas constitutifs de faux dans les titres au sens de l'art. 251 ch. 1 CP, faute de force probante accrue.
Le prévenu sera donc acquitté des faits mentionnés sous chiffre B.II.1 de l'acte d'accusation.
4.2.2.
En ce qui concerne les 13 ordres de transfert reprochés sous ch. B.II.2.1 de l'acte d'accusation, il est établi par les déclarations du prévenu et les pièces de la procédure que le prévenu a procédé à un couper-coller de la signature de B_ sur les ordres de transfert, afin de permettre la validation de la transaction par la banque. A l'exclusion de l'ordre de transfert visé dans le paragraphe suivant, il s'agit d'instructions de transfert que le prévenu a créées de toutes pièces, pour faire croire qu'elles provenaient de son client et celles-ci entrent donc dans la catégorie de faux matériels. Lesdites instructions étant propres à prouver un fait ayant une portée juridique, soit la volonté des titulaires de comptes de transférer des fonds à une autre entité, elles constituent des titres. Le fait d'imiter ou de procéder à un collage de la signature d'un tiers remplit clairement les conditions de la création d'un titre faux au sens de l'art. 251 ch. 1 CP.
En revanche, l'ordre de transfert visé par le 11
ème
tiret du chiffre B.II.2.1 de l'acte d'accusation, portant sur USD 14'300'000.- (PP 17/600'568) de BBB_ LTD à BB_ SA est différent. En effet, il s'agit d'une "
Notice of Withdrawal or transfert
" signée par U_ LTD pour BBB_ LTD. Un tel document est appelé "
avis de retrait
" par l'acte d'accusation lorsqu'il concerne CC_ LTD sous ch. B.II.2.2. Il ne ressort pas de la procédure que ce document n'aurait pas effectivement été signé par les représentants de U_ LTD et cet ordre ne peut donc pas être considéré comme un faux matériel. Il ne peut pas non plus être considéré comme un faux intellectuel, puisque le virement a été ordonné par la personne autorisée à signer et qu'aucune justification du transfert n'a été indiquée dans l'ordre, laquelle pourrait être contraire à la vérité. Cet ordre ne peut être retenu comme un faux dans les titres et le prévenu sera acquitté sur ce point.
S'agissant des 12 autres ordres de transferts, ces ordres constituent des faux matériels, le prévenu sera donc reconnu coupable de faux dans les titres pour le surplus.
4.2.3.
S'agissant des faits visés sous ch. B.II.2.2 de l'acte d'accusation, ils concernent deux ordres de transferts contenant une signature imitée ou coupée-collée de C_, pour lesquels ce qui vient d'être dit pour BB_ SA vaut également. Le prévenu sera reconnu coupable de faux dans les titres pour ces faits.
En revanche, pour les trois avis de retrait également qualifiés de faux par l'acte d'accusation, pour des transferts du compte de CC_ LTD en faveur du compte auprès de BANQUE SAISIE 8_, il s'agit de documents signés par les représentants de U_ LTD, soit le trustee autorisé à signer pour CC_ LTD. Ces avis de retrait, qui sont émis par la banque (soit une filiale de celle-ci, BANQUE A_ TRUST LTD à Singapour), se rapportent aux transferts de fonds qui ont effectivement eu lieu et ne peuvent être considérés comme des faux – intellectuel ou matériel – pouvant être reprochés au prévenu. Le prévenu sera dès lors acquitté sur ce point.
5. Gestion déloyale au détriment de BANQUE A_ et de B_
5.1.1.
L'art. 158 CP punit celui qui, en vertu de la loi, d'un mandat officiel ou d'un acte juridique, est tenu de gérer les intérêts pécuniaires d'autrui ou de veiller sur leur gestion et qui, en violation de ses devoirs, aura porté atteinte à ces intérêts ou aura permis qu'ils soient lésés (ch. 1 al. 1). Le cas de la gestion déloyale aggravée est réalisé lorsque l'auteur a agi dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime (ch. 1 al. 3).
Selon l'art. 29 let. c CP, un devoir particulier dont la violation fonde ou aggrave la punissabilité et qui incombe uniquement à la personne morale, à la société ou à l'entreprise en raison individuelle est imputé à une personne physique lorsque celle-ci agit en qualité de collaborateur d'une personne morale, d'une société ou d'une entreprise en raison individuelle.
5.1.2.
Dans un arrêt de principe de 2006 (ATF
132 III 460
, JdT
2008 I 58
), le Tribunal fédéral a jugé que les rétrocessions qu'un tiers gérant indépendant reçoit de la banque dépositaire des fonds du client sont en principe soumises à une obligation de restitution découlant du droit du mandat (art. 400 al. 1 CO). Moyennant un consentement éclairé du client, celui-ci peut toutefois renoncer à son droit à la restitution. L'étendue du devoir d'information qui doit être fournie au client afin que sa renonciation au droit à la restitution soit valable a été précisée dans un arrêt ultérieur de 2011 (ATF
137 III 393
, JdT
2012 II 168
).
Dans un arrêt de 2012 (ATF
138 III 755
), le Tribunal fédéral a étendu l'obligation de restitution des indemnités de distribution (commission dites d'état) en ce sens que les indemnités de distribution sont soumises à l'obligation de restitution, pour autant que le contrat conclu entre le distributeur (et récipiendaire des rétrocessions) et le client final soit un mandat (ou un contrat assimilable à un mandat). Une renonciation du client à ces commissions restant toujours possible aux conditions précisée dans l'ATF
137 III 393
.
Les jurisprudences susmentionnées ont uniquement été rendues dans un cadre civil et ne traitent donc que de l'aspect civil découlant de l'obligation du mandataire de restituer les avantages reçus en lien avec l'exécution de son mandat (cf. art. 400 al. 1 CO).
La question n'est pas clairement résolue sous l'angle pénal, en particulier sous l'angle de la gestion déloyale, infraction reprochée au prévenu.
Selon l'arrêt
6B_967/2013
du 21 février 2014, le gérant doit éviter tout agissement qui cause un préjudice au client. Ainsi, il ne peut pas entreprendre des placements inutiles dans le seul but de débiter au client des commissions pour les transactions effectuées. Dans le cas d'espèce, la stratégie des prévenus consistait à multiplier les opérations, augmentant ainsi les commissions en leur faveur, alors même que le capital investi par leurs clients diminuait. Le dommage n'était pas dû aux pertes en bourse ni à des opérations incohérentes ou injustifiées, mais au fait que les prévenus n'avaient pas adapté leur système de commissionnement à la volatilité des marchés.
Dans un arrêt
6B_845/2014
, un avocat et notaire a été reconnu coupable de gestion déloyale aggravée pour avoir, alors qu'il avait été désigné tuteur du client, délégué la gestion de ce même client à une société financière, dont l'avocat-notaire était l'actionnaire et l'administrateur unique, en encaissant par ce biais des commissions et rétrocessions en sus des honoraires de gestion, ce à l'insu tant du pupille que de l'autorité de tutelle. Toutefois, le Tribunal fédéral n'a pas tranché la question de savoir si un gérant indépendant, en dehors de tout contexte de tutelle, réalisait l'infraction de gestion déloyale du simple fait de la non-restitution des commissions et rétrocessions encaissées dans le cadre de l'exécution de son mandat.
Dans l'ATF
142 IV 346
(JdT
2017 IV 224
, "
churning
" ou barattage), la dilapidation des fonds du client n'avait pas été provoquée principalement par l'évolution du marché, mais par les coûts de transaction (73% des pertes se rapportaient aux coûts engendrés). Ainsi, la poursuite de l'activité de négoce visait uniquement à générer des commissions au préjudice du client et il n'existait plus de possibilité concrète d'obtenir un gain pour le client. Le Tribunal fédéral a estimé que le gérant ne pouvait pas entreprendre de placements inutiles dans le seul but de débiter à son client des commissions pour les transactions effectuées. Ainsi, non seulement les prévenus n'avaient pas correctement administré les biens de leur client, mais ils avaient fait prévaloir leur propre intérêt à générer un maximum de commissions sur l'intérêt du client. L'infraction de gestion déloyale était dès lors réalisée, notre instance supérieure laissant toutefois ouverte la question de savoir si les commissions reversées en l'occurrence constituaient des rétrocessions et si, cas échéant, la retenue des rémunérations versées tombait également sous le coup de l'art. 158 ch. 1 CP (cf. consid. 4.3. in fine).
5.1.3.
Le projet de Loi sur les services financiers (LSFin) du 4 novembre 2015 prévoit, pour toutes les rémunérations reçues de tiers, une obligation d’information relevant du droit de surveillance (cf. Message concernant la LSFin et la loi sur les établissements financiers (LEFin) no 15.073, p. 8165)
Selon l'art. 28 (Rémunérations reçues de tiers) al. 1 P-LSFin, les prestataires de services financiers peuvent accepter de la part de tiers des rémunérations liées à la fourniture de services financiers : a. s’ils ont informé expressément au préalable les clients de cette rémunération (let. a), ou si la rémunération est entièrement transférée aux clients (let. b). L'information des clients doit comprendre le type et l'ampleur de la rémunération et précéder la fourniture du service financier ou la conclusion du contrat. Si le montant ne peut être déterminé à l'avance, le prestataire de services financiers communique à ses clients les critères de calcul et les ordres de grandeur (al. 2). Par rémunération, on entend les prestations que le prestataire de services financiers reçoit de tiers en relation avec la fourniture d'un service financier, notamment les commissions de courtage et autres commissions, les provisions, rabais ou autres avantages pécuniaires (al. 3).
Celui qui viole les dispositions en matière de restitution des rémunérations, au sens de l'art. 28, encourt une amende (art. 92 let. c P-LSFin).
5.1.4.
Dans le domaine patrimonial, le principe de la subsidiarité du droit pénal est admis en ce sens qu'il incombe au droit civil, prioritairement, d'aménager les rapports contractuels et extracontractuels entre les individus (ATF
141 IV 71
consid. 7 et références citées).
5.2.
Fonds GAMMA_ (FONDS GAMMA 2_/FONDS GAMMA 1_/FONDS GAMMA 3_)
Le prévenu a, tout au long de la procédure, soutenu que la partie plaignante B_ lui avait demandé de diversifier ses investissements en ce sens que le précité souhaitait investir dans des produits "externes" au BANQUE A_. Ainsi, le prévenu lui avait proposé divers produits et avait investi dans ceux-ci, investissements qui figuraient dans les relevés de compte adressés au client.
Ces déclarations sont crédibles dans la mesure où elles sont corroborées par les relevés de compte figurant à la procédure et qui ont été adressés au client, relevés de compte qui mentionnent les investissements effectués dans les trois fonds GAMMA_ (cf. PP 500'970ss).
Par ailleurs, lors de son audition, la partie plaignante B_ a reconnu qu'elle ne donnait pas d'instruction d'investissement par écrit.
En investissant dans les fonds de placement GAMMA_, le prévenu répondait aux souhaits de son client, peu importe la nature du contrat liant le client à la banque (mandat de gestion discrétionnaire ou contrat de conseil).
Toutefois, le prévenu a caché qu'en réalité, c'était bien lui qui gérait les avoirs des classes de ces fonds, qui lui étaient dédiées pour ses clients, en réalité pour un seul client, soit la partie plaignante B_. Dans cette mesure, il a agi contrairement aux souhaits du précité. Ce faisant, le prévenu a déjà violé ses obligations vis-à-vis de la partie plaignante B_ et de ses sociétés.
En investissant dans ces trois produits, le prévenu a également caché l'évident conflit d'intérêts résultant de la structure mise en place.
En effet, le prévenu se trouvait être le gestionnaire (
relationship manager
) de la partie plaignante B_, l'intermédiaire (
introducing broker
) entre le client, soit la partie plaignante B_, et le distributeur des produits, ainsi que le gérant de fait des classes de fonds en question (
investment manager
).
Le prévenu a également violé ses obligations à l'égard de son client en ne l'informant pas de la non-diversification des actifs des classes de fonds en question et des risques y afférents. Or, en sa qualité de gestionnaire du compte, il était tenu de le faire, peu importe à nouveau la nature de la relation contractuelle liant le client à la banque. En effet, les classes des fonds de placement en question se sont rapidement retrouvées investies quasi exclusivement dans la société RAPTOR. Ainsi, si la performance affichée au 31.12.2013 dans les fonds de placement en question se révélait excellente (+41% pour FONDS GAMMA 1_ et +90% pour FONDS GAMMA 2_ et FONDS GAMMA 3_, PP 501'000), elle ne tenait en réalité qu'à la hausse de la cote de l'action RAPTOR, qui s'effondrera par la suite.
En réalité, le prévenu a mis en place une structure qui n'était favorable qu'à lui-même au détriment de son client, structure qui lui permettait de bénéficier ou de faire bénéficier des tiers de substantielles commissions touchées à l'insu du client, alors qu'en réalité du trading intensif était réalisé sur certains titres et rapidement sur un seul titre, l'action RAPTOR.
Or, s'il s'agissait de faire du trading sur cette action, la structure mise en place n'était d'aucune utilité si ce n'était de permettre au prévenu et à des tiers de percevoir de substantielles commissions (i.e. commissions d'apporteur d'affaires, commissions de performance de 20 % et commissions de gestion). Par ailleurs, il sera relevé que les trois classes de fonds de placement avaient en réalité
de facto
la même politique d'investissement, soit investir dans l'action RAPTOR.
En investissant ou en faisant investir le client dans les classes en question, le prévenu n'a pas agi dans l'intérêt de son client. Il a violé son devoir de fidélité et de diligence à l'égard de celui-ci en lui cachant qu'il était en réalité le seul gérant des fonds et que les avoirs des fonds en question ne seraient pas diversifiés, mais investis quasi exclusivement dans un seul titre et de manière spéculative, soit en multipliant les opérations d'achat et de vente de manière intensive, étant au surplus rappelé que certaines des classes investies étaient autorisées à pratiquer des opérations de levier, ce qui augmentait le risque de pertes sur les investissements effectués. Ce faisant, le prévenu n'a non seulement pas correctement administré les biens de son client, mais il a fait prévaloir son propre intérêt à générer un maximum de commissions sur l'intérêt de son client.
Le système mis en place lui a profité directement. Il a permis que les intérêts de son client soient lésés à hauteur des commissions perçues à titre d'apporteur d'affaires (
Introducing broker
) et de gérant des classes des fonds (
Investment manager
).
Par ailleurs, le prévenu a également caché à son client que, par le biais des structures mises en place, à charge de celui-ci uniquement, il avait investi dans un produit qu'il savait être un investissement de pure perte, soit PEARLGOLD, dans le but de toucher une commission importante sur celui-ci ou de favoriser des tiers au détriment de son client.
Ainsi, par le biais du fonds de placement FONDS GAMMA 1_ et de son investissement dans l'action PEARLGOLD, le prévenu a causé une perte de USD 1'660'307.- (investissement de USD 2'018'898, vente pour un total de USD 358'591.-, perte de USD 1'660'307.-). Dans le même temps, le prévenu a reçu sur le compte d'une de ses sociétés une commission de EUR 500'000.-. Or, non seulement, il savait que cet investissement dans de prétendues mines d'or au Mali était effectué en pure perte, mais il l'a fait afin de percevoir une substantielle commission. Dans cette mesure, il a fait prévaloir son intérêt personnel au détriment de celui de son client.
Le prévenu a perçu en lien avec tous ces investissements de substantielles rétrocessions, à hauteur d'environ CHF 17'000'000.-, soit précisément CHF 8'958'599.-, EUR 580'790.- et USD 7'463'537.- (cf. tableau ci-après) :
Enrichissement personnel du prévenu / fonds GAMMA_
CHF
8'958'599.00
Fonds GAMMA_
EUR
14'198.00
Fonds GAMMA_
USD
37'160.00
Fonds GAMMA_
USD
1'765'000.00
Fonds GAMMA_
EUR
500'000.00
Fonds GAMMA_/Pearlgold
USD
5'661'377.00
Fonds GAMMA_
EUR
66'592.00
Fonds GAMMA_
Total EUR
580'790.00
Total USD
7'463'537.00
Total CHF
8'958'599.00
Ces faits sont constitutifs d'infraction de gestion déloyale aggravée et le prévenu sera reconnu coupable de ce chef.
5.3.
PEARLGOLD
L'acte d'accusation reproche également au prévenu des investissements dans PEARLGOLD pour le compte de la partie plaignante B_ ou de ses sociétés à hauteur de EUR 11'650'599.- (cf. PP 30/617'557 et les relevés qui suivent). A nouveau, cet investissement a été fait en pure perte, ce que le prévenu ne pouvait que savoir.
En revanche, il ne ressort pas de la procédure que le prévenu a touché des commissions sur cet investissement.
Ces faits sont donc constitutifs d'infraction de gestion déloyale simple, faute d'enrichissement illégitime personnel du prévenu.
5.4.
CENTRIS CAPITAL AG, DYNAMIC CORE CAPITAL, MARKETVIEW MANAGEMENT, SWISS ASIA FINANCIAL
Selon l'acte d'accusation, il est reproché au prévenu d'avoir investi dans les produits distribués par CENTRIS CAPITAL AG, DYNAMIC CORE CAPITAL, MARKETVIEW MANAGEMENT, SWISS ASIA FINANCIAL à l'insu de la partie plaignante B_ dans le but de se procurer un enrichissement illégitime par le biais de commissions perçues sur ces investissements à l'insu de son employeur BANQUE A_.
Comme déjà mentionné, en investissant dans ces produits, le prévenu répondait aux souhaits de son client.
Contrairement à ce qui était le cas pour les fonds GAMMA_, il n'est pas possible de retenir que le prévenu aurait investi dans ces produits uniquement pour percevoir des commissions. Au contraire, le prévenu a déclaré qu'il aurait investi dans ces produits même s'il n'avait pas perçu de commissions.
Au demeurant, il ne ressort ni de la procédure ni de l'acte d'accusation que les investissements effectués auraient causé un dommage au client, étant rappelé que la banque n'assume pas de responsabilité pour le (mauvais) conseil donné, à moins qu'au moment où elle s'est exprimée, son conseil – objectivement faux – n'ait été manifestement déraisonnable (arrêt
4A_593/2015
paru in SJ
2017 I 332
et réf. cit.; STOLL, Le mandat de l'introducing broker: un contrat "pénalement répréhensible"?, p. 352).
En l'occurrence, ni l'acte d'accusation ni le dossier ne permettent de retenir que les investissements en question ont causé une perte au client ou même étaient manifestement déraisonnables.
Partant, il n'est pas possible de retenir qu'en investissant dans les produits susmentionnés le prévenu a gravement porté atteinte aux intérêts de son client.
La question de savoir si les commissions perçues par le prévenu, lesquelles devaient, le cas échéant, revenir à l'employeur, soit à BANQUE A_, devaient être restituées à la partie plaignante B_, conformément à l'art. 400 CO, n'a pas à être examinée ici.
Dès lors qu'il n'est pas établi que la perception de rétrocessions a conduit le prévenu à adopter un comportement contraire aux intérêts de son client et portait préjudice à celui-ci, le prévenu sera acquitté des faits de gestion déloyale qui lui sont reprochés à cet égard.
Il est souligné que le Tribunal n'examine ces faits que sous l'angle pénal et l'acquittement prononcé sur ce point ne signifie pas que le prévenu était en droit de percevoir les rétrocessions en question sous l'angle civil.
5.5.
Violation du devoir de fidélité et de gestion à l'égard de BANQUE A_
Selon l'acte d'accusation, il est reproché au prévenu d'avoir violé son devoir de gestion envers BANQUE A_ en percevant, à titre personnel, des commissions de la part des fonds dans lesquels il avait investi pour la partie plaignante B_.
5.5.1.
L'infraction de gestion déloyale ne peut être commise que par une personne qui revêt la qualité de gérant. Selon la jurisprudence, il s'agit d'une personne à qui incombe, de fait ou formellement, la responsabilité d'administrer un complexe patrimonial non négligeable dans l'intérêt d'autrui (ATF
129 IV 124
consid. 3.1. p. 126). Le devoir de sauvegarder des intérêts pécuniaires ou de veiller sur de tels intérêts doit représenter un aspect caractéristique et essentiel du rapport liant l'auteur au titulaire du patrimoine géré (arrêt
6B_223/2010
du 13 janvier 2011, consid. 3.3.2.; arrêt
6B_294/2008
du 1
er
septembre 2010, consid. 5.3.2.). La qualité de gérant suppose, en outre, un degré d'indépendance suffisant et un pouvoir de disposition autonome sur les biens administrés. Ce pouvoir peut aussi bien se manifester par la passation d'actes juridiques que par la défense, au plan interne, d'intérêts patrimoniaux, ou encore par des actes matériels, l'essentiel étant que le gérant se trouve au bénéfice d'un pouvoir de disposition autonome sur tout ou partie des intérêts pécuniaires d'autrui, sur les moyens de production ou le personnel d'une entreprise (ATF
123 IV 17
consid. 3b).
5.5.2.
Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, la simple violation de l'obligation de restituer ne constitue pas en soi une gestion déloyale punissable. L'état de fait de la gestion déloyale est seulement réalisé lorsque le paiement des commissions ou des pots-de-vin (comme service rendu en échange d'un avantage) a entraîné un comportement contraire aux intérêts du patrimoine du maître de l'affaire et que cela a produit une lésion. L'état de fait de la gestion déloyale est réalisé dans le cadre de paiements faits aux employés lors de relations d'affaires privées, sauf dans le cas où ces versements n'ont produit aucun effet dommageable sur le patrimoine du maître de l'affaire; c'est le cas lorsque le paiement, en tant que donation, n'apparaît qu'après la conclusion de l'affaire et n'a aucune influence sur celle-ci (ATF
129 IV 124
consid. 4.1 in JdT 2005 IV p. 112). En d'autres termes, le devoir de gestion selon l'art. 158 CP est violé seulement si le gérant abuse de son pouvoir de gestion (ou de représentation) en se laissant influencer dans sa gestion (ou dans son activité de représentation) par l'avantage offert et que cela conduit le maître à subir un préjudice. Tel peut notamment être le cas lorsque l'affaire n'est pas conclue aux meilleures conditions possibles (LOMBARDINI, Rétrocessions et rétributions dans le domaine bancaire : une nécessaire mise en perspective, in PJA 2008 p. 180, p. 192-193).
5.5.3.
En l'espèce, le prévenu était employé en qualité de
Relationship manager
par BANQUE A_. Même s'il jouissait d'une grande liberté d'action dans le cadre des investissements qu'il pouvait effectuer, cette liberté s'exerçait envers le patrimoine de ses clients. A l'inverse, le prévenu n'avait aucun devoir de veiller aux intérêts de BANQUE A_ en tant que tel. Il ne faisait partie ni de la direction ni des organes de la banque. Il n'avait aucun pouvoir de disposition autonome sur les avoirs de la banque. En l'absence de tâche de gestion en faveur de BANQUE A_, le prévenu ne peut être qualifié de gérant, de sorte que l'un des éléments constitutifs de l'infraction de gestion déloyale n'est pas réalisé.
En tout état, au regard de la jurisprudence précitée, la perception des commissions en tant que telle ne relève pas de la gestion déloyale. Il faudrait encore que les intérêts économiques de la banque aient été péjorés par les investissements eux-mêmes, la perception des commissions n'étant que la conséquence de ceux-ci. Or, les investissements reprochés ont été effectués au préjudice de la partie plaignante B_, qui en subissait les risques. La perception des commissions par le prévenu n'a produit aucun effet dommageable direct sur le patrimoine de BANQUE A_, les commissions ayant été versées qu'après les investissements en question et n'ayant pas eu d'influence sur ceux-ci.
D'ailleurs, pour les produits distribués par CENTRIS CAPITAL AG, DYNAMIC CORE CAPITAL, MARKETVIEW MANAGEMENT, SWISS ASIA FINANCIAL, il a été retenu que le prévenu aurait investi dans ces produits, même s'il n'avait pas perçu de commissions.
Pour l'ensemble des fonds néanmoins, en sus de l'absence de devoir de gérant, aucune violation spécifique n'est précisément décrite dans l'acte d'accusation, si ce n'est la simple perception de ces rétrocessions.
Au surplus, il peut être rappelé ici le rôle d'
ultima ratio
généralement reconnu au droit pénal dans le domaine des litiges patrimoniaux (cf. arrêt
4A_424/2014
du 4 février 2015 consid. 7).
Par conséquent, le prévenu sera acquitté de l'infraction de gestion déloyale en lien avec les faits qui lui sont reprochés à cet égard.
5.6.
Commissions reçues de BBBBB_ LTD
Selon l'acte d'accusation, il est également reproché au prévenu d'avoir perçu des commissions directement de la part de B_ en violation de ses devoirs de gestion et de fidélité vis-à-vis de BANQUE A_.
Ni l'acte d'accusation ni le dossier ne permettent de savoir si le versement au prévenu de commissions par la partie plaignante B_, par le biais de sa société maltaise BBBBB_ LTD, est en lien avec la violation d'une obligation de gestion et laquelle, ou avec des agissements qui seraient contraires à celle-ci. Au surplus, il sera relevé que ces commissions ont été versées, en partie, avant les actes de gestion déloyale reprochés au prévenu sous ch. III.1 de l'acte d'accusation.
Il résulte de ce qui précède que le prévenu sera acquitté des faits qui lui sont reprochés à cet égard.
5.7.
Investissements dans RAPTOR
L'acte d'accusation reproche au prévenu d'avoir adressé à la partie plaignante B_ de faux relevés de compte "
dissimulant les pertes massives dues notamment à la chute du prix de l'action Raptor
" dans laquelle il avait investi "
de manière massive sans l'autorisation du client
".
Si, effectivement, le prévenu a violé le devoir d'information du client en lui dissimulant le fait qu'il avait investi sans son accord dans RAPTOR et en établissant de faux relevés de compte sur format Excel, l'acte d'accusation ne décrit pas et il ne ressort pas de la procédure quel dommage aurait été causé au client en lien avec la violation de ces obligations. On ignore si,
in fine
, les investissements effectués dans RAPTOR ont été bénéficiaires ou déficitaires pour le client. Or, l'infraction de gestion de déloyale est une infraction de lésion, l'existence d'un dommage étant nécessaire à la réalisation de celle-ci.
Partant, le prévenu sera acquitté de ce chef d'infraction pour autant que celui-ci constitue bien un chef d'infraction distinct et à part entière reproché au prévenu.
6. Gestion déloyale au détriment de D_ et E_
6.1.
L'art. 158 CP punit celui qui, en vertu de la loi, d'un mandat officiel ou d'un acte juridique, est tenu de gérer les intérêts pécuniaires d'autrui ou de veiller sur leur gestion et qui, en violation de ses devoirs, aura porté atteinte à ces intérêts ou aura permis qu'ils soient lésés (ch. 1 al. 1). Le cas de la gestion déloyale aggravée est réalisé lorsque l'auteur a agi dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime (ch. 1 al. 3).
Sur le plan objectif, il faut, donc, que l'auteur ait un devoir de gestion ou de sauvegarde, qu'il ait violé une obligation qui lui revient en cette qualité et qu'il en soit résulté un dommage. Sur le plan subjectif, il faut qu'il ait agi intentionnellement; le dol éventuel suffit, mais il doit être caractérisé.
6.2.
Dès 2007 ou 2008, le prévenu avait convenu avec ses clients D_ et E_ qu'il établirait des relevés Excel de l'état de leurs comptes dans la langue des clients, soit le russe. Le prévenu a indiqué que ces tableaux étaient exacts et plus précis que les relevés officiels de BANQUE A_ car cela lui permettait de corriger la valeur de certains investissements (cf. email du 7 février 2009, 14h51, de X_ à Y_, qui indique avoir corrigé manuellement la valeur des titres MONTANA). Le prévenu a néanmoins reconnu que ses tableaux ne mentionnaient pas les pertes liées aux investissements MEINL, lesquels étaient autorisés par les clients, et les transferts indus provenant de B_ ou de ses sociétés, qu'il faisait passer pour des paiements de fonds (cf. email du 9 février 2009 de X_ à Y_: "
the bulk of remaining repayments of funds will be first week of December. A the end of December 2009, pending repayements of funds should not exceed USD 1 million
"; email du 10 mai 2009 de X_, qui indique à Y_ que l'état des avoirs du client est de USD 24.8 millions et que des paiements sont attendus à hauteur d'environ EUR 13 millions).
La partie plaignante D_ a investi dans divers produits MEINL (six produits différents) à hauteur de CHF 45'000'000.- du 24 avril 2006 au 24 mai 2011. Les pertes liées à ces investissements se sont montées à plus de CHF 17'000'000.- (cf. rapport PWC décembre 2017).
Quant à la partie plaignante E_, il a investi dans les mêmes produits MEINL, mais à hauteur de CHF 27'000'000.- du 24 avril 2006 au 28 août 2009. Les pertes liées à ces investissements se sont montées à plus de CHF 15'000'000.- (cf. rapport PWC de décembre 2017).
Le 14 mars 2008, le prévenu s'est débarrassé des actions MIP des parties plaignantes D_ et E_ en les vendant à BBB_ LTD au prix d'achat, faisant subir la perte liée à cet investissement à B_. S'agissant des autres pertes liées aux investissements MEINL, le prévenu les a couvertes par les transferts indus (mode opératoire 1).
Les pertes des parties plaignantes D_ et E_ liées aux investissements MEINL ont été intégralement couvertes par les transferts indus.
Le prévenu a expliqué, lors de l'audience de jugement (PV du 18.01.18, p. 19), que les achats ultérieurs de MIP par les parties plaignantes D_ et E_ (les 03.09.07, 17.10.07, 26.10.07, 01.11.07, 19.11.07 pour D_ et E_, PP 617'077ss) démontraient que les investissements dans MIP étaient autorisés par D_ et E_. Le but de ces achats était de réduire le prix d'achat global des actions. Contrairement à R_ ou à CC_ LTD, par exemple, le prévenu n'avait pas vendu les investissements effectués, rapidement après leur acquisition, en raison précisément du fait que les investissements MEINL effectués par les parties plaignantes D_ et E_ avaient été autorisés par ceux-ci. Le prévenu avait recouru au mode opératoire 2 lorsque les perspectives de rebond des titres étaient très faibles. Il en avait été de même des investissements dans ATRIUM EUROPEAN LAND LTD (cf. PP 617'342ss). Les parties plaignantes D_ et E_ avaient acheté ces titres lorsque le cours était au plus bas pour réduire le prix moyen d'investissement, étant précisé que, contrairement à MIP, ATRIUM EUROPEAN LAND LTD n'avait pas été victime d'une fraude interne, mais le cours du titre s'était ajusté à la valeur réelle de l'entreprise.
Par ailleurs, les parties plaignantes D_ et E_ avaient investi dans d'autres produits MEINL, notamment dans des certificats émis par BANQUE A_ (CERTIFICATES CS INTERNATIONAL (07-10) (EXP 10) SHS MEINL EUR. LAND, PP 617'109ss), à l'instar de la partie plaignante F_, et ce contrairement aux clients dont les investissements dans MIP n'avaient pas été autorisés. Selon le prévenu, la production de relevés de compte établis en 2007 démontrait que les parties plaignantes D_ et E_ étaient au courant des investissements MEINL (cf. pièce 55 déposée à l'audience par Me HASSBERGER: relevé de compte manuel au 14.09.2007 du compte
Dream
de F_, qui mentionne les investissements dans MIP, MEINL EUROPEAN LAND (perte de 41 %), MEINL AIRPORT (perte de 32%) et dans les 4 CERTIFICATES CS INTERNATIONAL (07-10) (EXP 10) SHS MEINL EUR. LAND; cf. également les relevés de BANQUE A_ du compte
Dream
, produits par Me HASSBERGER à l'audience de jugement, sur lesquels figurent les investissements MEINL).
Le 31 octobre 2011, le prévenu a profité du fait que les clients n'avaient pas un accès direct à leurs relevés de compte sur certains de leurs sous-comptes. En effet, la correspondance des clients était gardée en banque restante et ceux-ci n'avaient alors pas un accès effectif par internet à leurs sous-comptes. Dans ce contexte, le prévenu a conclu des avances à terme à leur insu. Par la suite, il a instruit la banque de ne pas donner un accès internet aux clients sur certains de leurs sous-comptes (cf. rapport interne du 18.11.14), précisément pour cacher une partie de l'activité qui avait lieu sur certains de ceux-ci.
Ensuite, à l'aide d'une partie de ces avances à terme, le prévenu a effectué du trading non autorisé sur divers titres.
Comme déjà relevé, au 31 octobre 2011, la correspondance des parties plaignantes D_ et E_ était en banque restante et ceux-ci n'avaient, à ce moment, pas d'accès internet effectif à leurs comptes. Le prévenu décidait alors quels relevés étaient communiqués aux clients, celui-ci ayant précisé que les relevés des sous-comptes sur lesquels il faisait du trading non autorisé n'étaient précisément pas communiqués aux clients.
Dans cette mesure, peu importe que les sous-comptes dits "
cachés
" aient été réellement cachés aux clients ou que ceux-ci pouvaient se rendre compte de leur existence, dès lors qu'il est établi qu'une partie de l'activité sur ces sous-comptes était effectivement cachée aux parties plaignantes D_ et E_. Preuve en est la communication du "
vrai
" relevé de compte au 09.09.13 à la partie plaignante E_, lequel mentionne l'avance à terme et les investissements résultant du trading non autorisé, et le "
faux
" relevé de compte ultérieur, portant pourtant le logo de BANQUE A_, qui ne fait plus figurer ces éléments.
En opérant du trading non autorisé par les clients à l'aide d'avances à terme non autorisées par ceux-ci, le prévenu a violé ses obligations de gérant, au sens de l'art. 158 CP.
L'infraction de gestion déloyale est toutefois une infraction de lésion. Par conséquent, il convient d'examiner si le trading non autorisé du prévenu a causé un préjudice aux parties plaignantes D_ et E_.
L'infraction de gestion déloyale n'est consommée que s'il y a eu préjudice (ATF
120 IV 190
consid. 2b). Tel est le cas lorsqu'on se trouve en présence d'une véritable lésion du patrimoine, c'est-à-dire d'une diminution de l'actif, d'une augmentation du passif, d'une non-diminution du passif ou d'une non-augmentation de l'actif, ou d'une mise en danger de celui-ci telle qu'elle a pour effet d'en diminuer la valeur du point de vue économique (ATF
129 IV 124
consid. 3.1.). Un préjudice temporaire suffit (ATF
121 IV 104
consid. 2c).
Il ressort des rapports PWC, notamment de décembre 2017, que le trading non autorisé du prévenu portait massivement sur l'action RAPTOR. C'est pour cette raison que, lors de la chute de l'action en septembre 2015, le titre ayant perdu en deux semaines la moitié de sa valeur, alors que le prévenu se trouvait en vacances à ce moment-là (cours à USD 12.03 le 11.09.15 et à 5.93 le 25.09.15), d'importants appels de marge ont été émis par la banque, à hauteur de plus de USD 8'000'000.- sur le compte de la partie plaignante D_, la partie plaignante E_ étant appelée en sa qualité de tiers-nanti.
A cette époque, soit la semaine du 14 septembre 2015, date de la fin des activités de trading non autorisé du prévenu, eu égard à la chute du prix du cours de l'action RAPTOR, qui a déclenché des appels de marge, et aux pertes enregistrées sur les autres investissements non autorisés par les clients (cf. rapport PWC de décembre 2017 ch. 134/C2 et ch. 124/C3), le patrimoine des parties plaignantes D_ et E_ a été concrètement mis en danger. En effet, les pertes alors enregistrées sur le compte, la semaine du 14 septembre 2015, ont eu pour effet de diminuer la valeur du patrimoine de ces parties plaignantes d'un point de vue économique, étant rappelé qu'un préjudice temporaire est suffisant. Preuves en sont les appels de marge émis par la banque.
Cette mise en danger concrète est donc suffisante à réaliser l'infraction de gestion déloyale simple, l'aggravante de cette infraction n'étant pas réalisée pour les motifs déjà exposés précédemment.
Par conséquent, le prévenu sera reconnu coupable de gestion déloyale simple.
6.3.
Il convient d'examiner si l'infraction a causé un dommage aux intéressés, sous la forme d'une diminution de leurs actifs, notamment eu égard aux conclusions civiles qui ont été prises.
Pour déterminer ce dommage, il y a lieu de considérer la remontée du titre RAPTOR pour examiner si
in fine
le trading non autorisé du prévenu a causé une perte effective aux parties plaignantes.
Il ressort des rapports PWC de décembre 2017 que, globalement, le trading non autorisé du prévenu a été bénéficiaire aux parties plaignantes, ce grâce à la remontée du titre RAPTOR et au rachat de cette société par HORIZON PHARMA PLC, un an après l'effondrement du titre RAPTOR.
Le trading effectué par le prévenu sur les comptes des parties plaignantes n'ayant pas été autorisé, il est exact de considérer le résultat de celui-ci dans son ensemble. En effet, les parties plaignantes ne peuvent prétendre se prévaloir de pertes sur certains titres, tout en conservant les gains réalisés sur d'autres.
Dans son calcul de performance, PWC a expliqué avoir tenu compte des transferts de titres effectués sans paiement entre les comptes dits cachés et les comptes dits visibles, vision contestée par le conseil des parties plaignantes.
Cette méthodologie ne prête toutefois pas le flanc à la critique.
Grâce à son trading non autorisé, le prévenu a pu, parfois, générer des gains, dont il faisait "
profiter
" ses clients en transférant certains titres sur leurs comptes cachés sur leurs comptes "
visibles
", c'est-à-dire ceux dont l'état des avoirs qui leur était communiqué correspondait à la réalité. Pour calculer la performance du trading non autorisé effectué par le prévenu, il doit être tenu compte de ces sorties, respectivement de ces entrées de titres afin de ne pas fausser le calcul de la performance du trading non-autorisé. A relever que cette méthodologie n'affecte pas la performance globale de la relation entière dans la mesure où cette valorisation sur un sous-compte appelé caché a été soustraite du sous-compte visible (cf. p.2/C3: "
including gains attributed from trading in visible accounts
" "
excluding gains attributable to transfers from alleged "hidden" to visible
").
Ainsi, à la performance nette du trading non autorisé (cf. "
net performance Loss
", rapport PWC de décembre 2017 ch. 134/C2 et ch. 124/C3) doivent être ajoutés ces gains "
théoriques
", soit la valorisation des transferts de titres (cf. rapport PWC de décembre 2017, ch. 136/C2 et ch. 126/C3). La performance sur le trading non autorisé au 19.10.2016 était dès lors bénéficiaire de + CHF 13'366'195.- pour la partie plaignante D_ et de + CHF 7'387'713.- pour la partie plaignante E_.
Il résulte de ce qui précède que, la semaine du 14 septembre 2015, les patrimoines des parties plaignantes ont été concrètement mis en danger, d'où la réalisation de l'infraction de gestion déloyale, mais cette mise en danger, grâce à la remontée du titre RAPTOR intervenue en cours de procédure, n'a pas eu pour conséquence une diminution de l'actif des clients.
Il est à noter qu'il n'est pas possible de retenir la perte enregistrée sur le trading non autorisé en septembre 2015, donc la mise en danger concrète et temporaire du patrimoine, comme un dommage. En effet, les parties plaignantes ne sauraient se prévaloir d'un "
dommage
" qui ne s'est pas concrétisé en une perte, mais en un gain. En effet, cela reviendrait à leur faire bénéficier de la répartition du dommage lié à la baisse du titre
et
du gain lié à la hausse du titre.
Faute de diminution effective de leur patrimoine, les parties plaignantes n'ont pas subi de dommage sous la forme d'une diminution de leur actif.
7. Gestion déloyale au détriment de F_
7.1.1.
L'art. 158 CP punit celui qui, en vertu de la loi, d'un mandat officiel ou d'un acte juridique, est tenu de gérer les intérêts pécuniaires d'autrui ou de veiller sur leur gestion et qui, en violation de ses devoirs, aura porté atteinte à ces intérêts ou aura permis qu'ils soient lésés (ch. 1 al. 1). Le cas de la gestion déloyale aggravée est réalisé lorsque l'auteur a agi dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime (ch. 1 al. 3).
Sur le plan objectif, il faut, donc, que l'auteur ait un devoir de gestion ou de sauvegarde, qu'il ait violé une obligation qui lui revient en cette qualité et qu'il en soit résulté un dommage. Sur le plan subjectif, il faut qu'il ait agi intentionnellement; le dol éventuel suffit, mais il doit être caractérisé.
7.1.2.
De la qualification du contrat passé entre la banque et le client (contrat de gestion de fortune, contrat de conseils en placement ou relation simple compte/dépôt bancaire - "
execution only
" -) dépendent l'objet exact et l'étendue des devoirs contractuels d'information, de conseil et d'avertissement de la banque. Ces devoirs découlent des obligations de diligence et de fidélité ancrées dans les règles du mandat (art. 398 al. 2 CO), dans le principe de la confiance (art. 2 CC) ou encore dans l'art. 11 LBVM (cf. arrêt
4A_593/2015
, SJ
2017 I 330
).
Le gérant est tenu de renseigner le client quand certains faits nouveaux pourraient amener le client soit à retirer le mandat, soit à en préciser le contenu. Il doit notamment informer le client sur toutes les pertes importantes survenues (ATF
142 IV 346
consid. 4.3., JT
2017 IV 224
; arrêt
6B_967/2013
et doctrine citée; BIZZOZERO, Le mandat de gestion de fortune, 2
ème
éd, 2017, p. 274).
Dans un arrêt rendu en matière civile
4A_614/2016
du 3 juillet 2017, le Tribunal fédéral a considéré, sans se prononcer sur la question de savoir si les transactions litigieuses avaient (ou non) été autorisées par les clientes, que celles-ci, qui avait conclu une clause de banque restante et qui n'avaient pas contesté formellement les investissements litigieux, avaient ratifié
ex post
ces transactions par actes concluants eu égard au mécanisme prévu dans les conditions générales de banques, selon lesquelles le client qui remarque dans les relevés bancaires des transactions non autorisées doit notifier la banque dans un certain délai de contestation.
7.2.
En l'espèce, le prévenu a repris le compte
Dream
de la partie plaignante F_ en 2006. La cliente était en banque restante, mais avait un accès internet à tous les sous-comptes de sa relation bancaire et elle-même ou sa conseillère les consultait effectivement. Par ailleurs, le prévenu a indiqué que la cliente recevait également ses relevés de compte par courriel ou par courrier.
Le prévenu a toujours soutenu que les pertes subies sur le compte
Dream
étaient liées à la baisse des marchés et que tous les investissements effectués pour le compte
Dream
de la partie plaignante F_ l'avaient été avec l'accord de cette dernière.
Toutefois, le prévenu a reconnu avoir minimisé les pertes dues à la baisse des marchés en faisant figurer une valeur modifiée de certains investissements dans les relevés. Par la suite, il avait justifié l'arrivée de fonds provenant des comptes de la partie plaignante B_ par la vente de certains titres ou par des différences de calculs de VNI.
En cachant les pertes subies, le prévenu a violé son devoir d'information.
Toutefois, l'infraction de gestion déloyale, en tant qu'infraction de lésion, suppose une atteinte effective au patrimoine d'autrui.
Pour que l'infraction de gestion déloyale soit réalisée, il faut donc que la violation du devoir de gestion cause un préjudice au client, qui soit, par ailleurs, en lien de causalité avec ladite violation.
Tout d'abord, il convient de relever que les pertes subies par la cliente sont antérieures à la violation du devoir d'information et ne sont pas en relation de causalité avec celui-ci.
S'agissant de la violation du devoir d'information en tant que tel, certes, la connaissance par la partie plaignante F_ des pertes survenues sur son portefeuille aurait pu l'amener à retirer le mandat confié ou à en préciser le contenu.
Toutefois, il appartient à l'accusation, voire à la partie plaignante, de prouver quel dommage s'en est suivi, un dommage hypothétique n'étant pas suffisant. Or, en l'occurrence, il ne ressort pas de la procédure, en particulier de l'acte d'accusation, et la partie plaignante ne l'allègue pas non plus, quel préjudice, au sens pénal, elle aurait subi, quels actes elle n'aurait pas accomplis et qui lui auraient causé un préjudice, si elle avait eu une connaissance complète des pertes subies sur son portefeuille. Au demeurant et en tout état, il sera relevé que les investissements qui ont subi une baisse et causé des pertes importantes, soit les investissements MEINL, figuraient sur les relevés établis par le prévenu (cf. relevé au 14.09.2007, qui mentionne les investissements dans MIP, MEINL EUROPEAN LAND (perte de 41 %), MEINL AIRPORT (perte de 32%) et les quatre CERTIFICATES CS INTERNATIONAL (07-10) (EXP 10) SHS MEINL EUR. LAND, pièce 55 déposée à l'audience par Me HASSBERGER) et sur les relevés officiels de BANQUE A_ (pièces produites par Me HASSBERGER à l'audience de jugement). Dans un tel cas de figure, le principe de l'interdiction de l'abus de droit fait échec à la prétention de la cliente en violation du contrat, la partie plaignante n'ayant contesté les transactions litigieuses, soit les investissements initiaux dans les produits MEINL, que lorsqu'elle a appris que ceux-ci avaient connu une issue défavorable pour elle (arrêt
4A_614/2016
du 3 juillet 2017; Philipp FISCHER, Effet de la clause de banque restante, Centre de droit Bancaire et Financier, fiche 984 et références citées).
A titre superfétatoire, il sera relevé que le prévenu n'a pas caché les pertes subies par la cliente dans le but de lui causer un dommage. L'élément subjectif de l'infraction de gestion déloyale n'est ainsi pas non plus réalisé.
Partant, le prévenu sera acquitté de l'infraction de gestion déloyale qui lui est reprochée.
8. Gestion déloyale au détriment de GG_ LTD
8.1.
S'agissant de la violation du devoir d'information du prévenu sur le compte GG_ LTD, les développements effectués supra sous consid. 7 en lien avec le compte
Dream
doivent être appliqués
mutatis mutandis
.
Le prévenu a toujours indiqué que les pertes subies par le client étaient liées à la baisse des marchés et que tous les investissements avaient été effectués avec l'accord du client. Toutefois, le prévenu avait minimisé les pertes et les avaient comblées à l'aide des avoirs de la partie plaignante B_ puis il avait justifié l'arrivée des avoirs provenant des comptes de la partie plaignante B_ par la vente de certains titres ou par des différences de calculs de VNI, déclarations corroborées par les courriels figurant à la procédure (i.e. PP 614'005, 614'019, 601'687).
En cachant les pertes subies, le prévenu a violé son devoir d'information.
8.2.
Toutefois, les pertes subies, pour autant qu'elles aient eu lieu sur le compte GG_ LTD, et non sur le compte
Forest
, conformément à ce qui est retenu dans l'acte d'accusation, sont antérieures à la violation du devoir d'information et ne sont pas en relation de causalité avec celui-ci.
S'agissant de la violation du devoir d'information en tant que tel, certes, la connaissance par GG_ LTD des pertes qui seraient survenues sur son portefeuille aurait pu l'amener à retirer le mandat confié ou à en préciser le contenu.
Toutefois, il appartient à l'accusation, voire à la partie plaignante, de prouver quel dommage s'en est suivi, un dommage hypothétique n'étant pas suffisant. Or, en l'occurrence, il ne ressort pas de la procédure, en particulier de l'acte d'accusation, et la partie plaignante ne l'allègue pas non plus quel préjudice, au sens pénal, elle aurait subi.
Par ailleurs, le prévenu n'a pas caché les pertes subies par la cliente GG_ LTD dans le but de lui causer un dommage.
Au vu de ce qui précède, l'infraction de gestion déloyale n'est pas réalisée et le prévenu sera acquitté de ce chef d'infraction.
9. Le cas de CC_ LTD
Par souci de simplification, l'intégralité des faits en lien avec la partie plaignante CC_ LTD (ch. B.I.2, s'agissant de l'escroquerie et B.III.2 s'agissant de la gestion déloyale) est traitée dans le présent considérant et par ordre chronologique.
9.1.
Chiffre B.III.2 de l'acte d'accusation / MIP
9.1.1.
L'art. 158 CP punit celui qui, en vertu de la loi, d'un mandat officiel ou d'un acte juridique, est tenu de gérer les intérêts pécuniaires d'autrui ou de veiller sur leur gestion et qui, en violation de ses devoirs, aura porté atteinte à ces intérêts ou aura permis qu'ils soient lésés (ch. 1 al. 1).
En l'espèce, le 12 juillet 2007, le prévenu a réactivé des sous-comptes Advisor IPO en euros et en dollars à l'insu du client. Le 31 juillet 2007, il a acheté, toujours à l'insu du client, EUR 15'000'000.- d'actions MIP. L'action ayant rapidement chuté et l'investissement ayant été fait à l'insu du client, le 12 octobre 2007, le prévenu a vendu ces mêmes actions à la partie plaignante B_ au prix d'achat des actions, causant ainsi un préjudice au précité, qui a épongé la baisse de l'action de EUR 4'920'000.-. Après cette opération, le sous-compte Advisor IPO (EUR) s'est retrouvé soldé, donc à zéro.
En réactivant un sous-compte à l'insu du client pour y effectuer une opération non autorisée, laquelle a causé un préjudice au client correspondant au préjudice ensuite reporté sur B_, qui a essuyé la perte de CC_ LTD, le prévenu a intentionnellement violé ses obligations découlant de ses devoirs de gérant, en particulier son obligation d'exécution fidèle du mandat, et a causé au client CC_ LTD une perte correspondant à la baisse de l'action au moment du transfert des titres.
Ces faits sont constitutifs de gestion déloyale, au sens de l'art. 158 ch. 1 al. 1 CP.
9.1.2.
Toutefois, ces faits sont prescrits pour les motifs qui suivent.
La peine maximale encourue aux termes de l'art. 158 ch.1 al. 1 CP est une peine privative de liberté de trois ans. Quant à la peine de l'infraction aggravée mentionnée à l'art. 158 ch. 1 al. 3 CP, son plafond s'élève à cinq ans.
Si l'art. 97 al. 1 let. c CP dans sa teneur actuelle, en vigueur depuis le 1
er
janvier 2014, prévoit que l'action pénale se prescrit par dix ans dans les cas où la peine maximale encourue est une peine privative de liberté de trois ans, l'art. 97 al. 1 let. c aCP en vigueur au moment des faits reprochés au prévenu retenait quant à lui un délai de prescription de sept ans.
Conformément aux principes de la
lex mitior
et de la non-rétroactivité de la loi, si la nouvelle loi fixe un délai de prescription plus court et donc plus favorable au prévenu, on l'appliquera à une infraction commise sous l'empire de l'ancien droit.
Le délai de prescription de quinze ans si la peine maximale encourue est une peine privative de liberté de plus de trois ans (art. 97 al. 1 let. b CP) est, quant à lui, resté inchangé.
En l'occurrence, le nouveau droit n'étant pas plus favorable au prévenu, le délai de prescription de sept ans prévu par l'ancien droit est plus favorable au prévenu et lui sera ainsi appliqué s'agissant de la gestion déloyale simple, le délai étant de 15 ans si la circonstance aggravante du ch. 1 al. 3 de l'art. 158 CP était retenue.
Le délai court dès le 31 juillet 2007.
Par conséquent, l'infraction de gestion déloyale simple est prescrite.
9.1.3.
Seule l'infraction de gestion déloyale avec un dessein d'enrichissement illégitime entre par conséquent en considération.
Aux termes de l'art. 158 ch. 1 al. 3 CP, si l'auteur a agi dans le dessein de se procurer ou de procurer à un tiers un enrichissement illégitime, le juge pourra prononcer une peine privative de liberté de un à cinq ans.
Par enrichissement, il faut entendre tout avantage économique. Il s'agit en particulier de toute amélioration de la situation patrimoniale de l'auteur (CORBOZ, op.cit., N 14 ad art. 138 CP). L'enrichissement réside ordinairement dans la valeur du bien obtenu, ou encore dans la valeur d'aliénation ou d'usage. Il ne sera pas illégitime si l'auteur y a droit ou croit qu'il y a droit en raison d'une erreur sur les faits (arrêt
6B_17/2009
du 16 mars 2009 consid. 2.2.1.), ni s'il en paie la contre-valeur (ATF
107 IV 166
consid. 2a), s'il avait, à tout moment ou, le cas échéant, à la date convenue à cet effet, la volonté et la possibilité de le faire (ATF 118 32 consid. 2a) ou encore s'il était en droit de compenser (ATF
105 IV 39
consid. 3).
La loi n'exige pas que l'enrichissement se soit effectivement réalisé, mais simplement que l'auteur cherche à l'obtenir en commettant l'infraction (arrêt
6B_123/2016
du 9 décembre 2016 consid. 3.6.).
Le dessein d'enrichissement peut être réalisé par dol éventuel (ATF
118 IV 32
consid. 2a); tel est le cas lorsque l'auteur envisage l'enrichissement comme possible et agit néanmoins, même s'il ne le souhaite pas, parce qu'il s'en accommode pour le cas où il se produirait (ATF
123 IV 155
consid. 1a; ATF
105 IV 29
consid. 3a; arrêt
6B_827/2008
du 7 janvier 2009 consid. 1.3.). Une partie de la doctrine est toutefois d'un avis contraire et considère que l'intention d'enrichissement illégitime doit être réalisée par dol direct (cf. NIGGLI, Basler Kommentar Strafrecht, N 140 ad art. 158).
En l'espèce, par le biais de l'opération d'achat/vente des actions MIP susmentionnée, le prévenu ne s'est pas personnellement enrichi directement.
L'acte d'accusation retient que l'enrichissement illégitime consiste en la rémunération (salaire/bonus) versée par la banque au prévenu.
Or, il ne s'agit que d'un enrichissement indirect du prévenu. Au demeurant, les salaires et bonus versés n'étaient pas en lien avec l'opération d'achat/vente en question. Par ailleurs, conformément à l'art. 319 al. 1 CO, le prévenu avait droit à un salaire pour le travail effectué. Enfin, cette rémunération n'était pas illégitime.
En effet, quand bien même une violation des obligations d'employé devrait être reprochée au prévenu, celle-ci n'entrainerait pas l'extinction de son droit au salaire. Dans de telles circonstances, son employeur pourrait exiger une réparation du dommage occasionné par son manquement sur la base de l'art. 321e CO mais il ne pourrait renoncer à lui verser son salaire. L'employeur pourrait tout au plus procéder par voie de compensation (art. 323b al. 2 CO, DUNAND, Commentaire du contrat de travail, Berne 2013, N 119 ad art. 321e), ce qui démontre là-encore que la créance de l'employé tendant à l'obtention de son salaire est exigible même en cas de dommage causé intentionnellement. Ainsi, la rémunération que percevait le prévenu n'était pas illégitime.
Enfin, la crainte de perdre un client ne constitue pas plus un enrichissement personnel direct, mais tout au plus indirect.
Il résulte de ce qui précède que l'aggravante de l'enrichissement illégitime, au sens de l'art. 158 ch. 1 al. 3, ne peut être retenue, de sorte que l'action pénale est prescrite.
Les faits seront classés.
9.2.
Chiffre B.I.2 de l'acte d'accusation / Détournement de USD 2'755'250.-
Le 31 mars 2008, le prévenu a réutilisé ce sous-compte Advisor IPO (USD) à l'insu de CC_ LTD et a conclu un prêt, portant intérêts à 3.7 %, toujours à l'insu du client. Le même jour, à l'aide de ce prêt et de la réduction d'un dépôt fiduciaire, le prévenu a transféré en sa faveur USD 2'755'250.-. Pour ce faire, il a instruit le trustee de CC_ LTD de transférer ce dernier montant sur un compte à Monaco. Au vu des deux autres fausses instructions de transfert, dont il sera question ci-après, il ne fait aucun doute que le prévenu a dû utiliser le même procédé pour obtenir du trustee l'instruction de transfert des fonds en question.
Après ce virement, le compte était soldé (solde de USD 400.-), ce qui signifie que le transfert effectué en faveur du prévenu a été financé à l'aide de l'avance à terme grevant CC_ LTD et de la réduction du dépôt fiduciaire. C'est donc CC_ LTD qui a financé ce détournement.
Pour transférer indument ce montant de USD 2'755'250.-, le prévenu a utilisé un sous-compte caché, un dépôt fiduciaire, a conclu un prêt à l'insu du client, de même qu'il a utilisé de fausses instructions de transfert. Il a de la sorte trompé astucieusement la banque pour faire procéder à un transfert indu en sa faveur au détriment de son client.
Ces faits sont constitutifs d'escroquerie et le prévenu sera condamné pour ce chef d'infraction.
9.3.
Chiffre B.I.2 de l'acte d'accusation / Détournement de USD 760'000.- et de USD 1'789'000.-
Alors que le compte Advisor IPO (USD) était à zéro, le 1
er
juillet 2008, le prévenu a conclu une nouvelle avance à terme sur le sous-compte Advisor IPO (USD).
Le 6 août 2008, il a fait virer un nouveau montant en sa faveur de USD 760'000.-, qui est venu augmenter dans la même mesure l'avance à terme.
Avec l'avance à terme obtenue, le prévenu a, par la suite, effectué du trading non autorisé sur le titre LYXOR dans l'optique de renflouer le compte. Toutefois, son trading non autorisé a causé des pertes.
Pour éteindre les pertes postérieures au retrait de USD 760'000.- et liées au trading non autorisé, le 14 octobre 2008, le prévenu a vendu à BBB_ LTD les actions LYXOR à un prix supérieur à celui du marché. Le montant de USD 7'693'648.- versé par BBB_ LTD a permis le remboursement de l'avance à terme de CC_ LTD, mais également au prévenu de procéder à un nouveau détournement en sa faveur de USD 1'789'000.-. Par ce dernier débit en sa faveur, le prévenu a soldé le compte Advisor IPO USD (USD 192.-).
Pour procéder aux transferts de USD 760'000.- et USD 1'789'000.-, le prévenu a utilisé deux fausses instructions de transfert de C_ à l'intention du trustee de CC_ LTD, dont la signature avait été coupée et collée. A réception de ces instructions de transfert de C_, le trustee de CC_ LTD a instruit BANQUE A_ de procéder aux transferts sollicités.
Ce faisant le prévenu a intentionnellement détourné des montants du compte de CC_ LTD en trompant astucieusement la banque et causé un dommage. Il s'est personnellement enrichi des sommes ainsi détournées.
Ces faits sont constitutifs d'escroquerie et le prévenu sera reconnu coupable de ce chef d'infraction.
A ce stade, il convient de relever que CC_ LTD n'a servi que de compte de passage pour le détournement de USD 1'789'000.-, montant qui n'est donc pas venu combler des pertes sur le compte de CC_ LTD. Ce dernier montant n'a dès lors pas été "
financé
" par CC_ LTD, mais par BBB_ LTD.
A noter que ce montant de USD 1'789'000.- est déjà inclus dans la perte subie par BBB_ LTD dans le cadre de l'opération de vente des titres LYXOR décrite sous mode opératoire 2 (perte USD 5'272'673.-).
9.4.
Chiffre B.III.2 de l'acte d'accusation / LYXOR
9.4.1.
Par ailleurs, en effectuant des opérations de trading non autorisées sur le titre LYXOR, sur un sous-compte caché et à l'aide d'une avance à terme conclue à l'insu du client, le prévenu a violé ses obligations en sa qualité de gérant et causé un préjudice au client correspondant à la perte résultant de son trading non autorisé, préjudice qui a été épongé par BBB_ LTD.
Ces faits sont constitutifs de gestion déloyale simple.
9.4.2.
En octobre 2008, le sous-compte a été définitivement fermé et les pertes ont été couvertes par BBB_ LTD.
L'acte d'accusation retient que l'aggravante de la gestion déloyale est réalisée car le prévenu aurait agi pour conserver sa clientèle et ainsi ses revenus. Or, comme déjà mentionné, cet enrichissement n'est qu'indirect et ne peut dans cette mesure être retenu.
La question de savoir si le fait d'effectuer du trading non autorisé pour couvrir des transferts indus constitue un enrichissement illégitime peut rester ouverte dans la mesure où ce dessein d'enrichissement n'est pas visé par l'acte d'accusation.
Par conséquent, la prescription de la gestion déloyale simple étant de 7 ans, les faits visés par l'acte d'accusation en lien avec le trading non autorisé du prévenu sur les comptes Advisor IPO (USD) sont prescrits et seront donc classés.
9.5.
Chiffre B.III.2 de l'acte d'accusation / ATRIUM EUROPEAN LAND LTD
Parallèlement, sur le sous-compte Advisor (EUR), réactivé à l'insu du client, à l'aide d'une avance à terme également conclue à l'insu du client, le prévenu a effectué du trading non autorisé notamment sur les titres ATRIUM EUROPEAN LAND LTD, VALLOUREC, BNP PARIBAS et SIEMENS. Le trading non autorisé a engendré des pertes.
Le 13 octobre 2008, BBB_ LTD a acheté le solde des actions ATRIUM EUROPEAN LAND LTD restant sur le sous-compte, ce qui permettra, après la vente des derniers titres ATRIUM EUROPEAN LAND LTD, de solder le sous-compte quelques jours plus tard.
Le prévenu a ainsi épongé les pertes liées à son trading non autorisé avec les avoirs de BBB_ LTD.
En faisant du trading non autorisé sur le sous-compte Advisor IPO (EUR) à l'aide d'une avance à terme conclue à l'insu du client, trading qui a causé des pertes au client, le prévenu a commis une infraction de gestion déloyale.
Toutefois, ces faits sont prescrits pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.
9.6.
Enrichissement
S'agissant des détournements de USD 2'755'250.-, USD 760'000.- et USD 1'789'000.-, il doit être précisé que le dernier montant de USD 1'789'000.- n'a pas servi à éponger des pertes de CC_ LTD, le sous-compte de CC_ LTD n'ayant servi que de compte de passage.
Par conséquent, CC_ LTD ne s'est pas trouvée enrichie indûment de cette somme.
Il en résulte que CC_ LTD a reçu indûment de BBB_ LTD, EUR 4'920'000.-, EUR 3'928'748.- et USD 5'272'673.- pour combler des pertes liées à des investissements non autorisés et à des détournements effectués à son détriment, sous déduction du montant de USD 1'789'000.-, qui n'a fait que passer par son compte avant d'être reversé sur le compte de la société SOCIETE 8_ INC à Monaco.
10. Dommage causé par les actes du prévenu
Par l'ensemble de ses actes, le prévenu a causé un dommage qui se monte à près de CHF 143'000'000.- (soit CHF 8'958'599.-, EUR 32'044'647.-, USD 103'483'752.- et GBP 352'460.), alors que le prévenu s'est personnellement enrichi à hauteur de CHF 30'731'899.-, selon détail contenu dans l'annexe 4 du présent jugement "Dommage causé par X_".
11. Fixation de la peine et mesure
11.1.
Violation droits fondamentaux
Le prévenu a demandé qu'il soit tenu compte dans le cadre de la fixation de la peine de la violation du principe de célérité, de la violation de la présomption d'innocence commise par voie de presse et de la violation du principe de l'égalité des armes.
Ses griefs sont rejetés pour les motifs qui suivent.
11.1.1.
Le principe de la célérité consacré par les art. 29 al. 1 Cst., 6 par. 1 CEDH et 14 par. 3 let. c Pacte ONU II (
RS 0.103.2
), ainsi que par l'art. 5 CPP, impose aux autorités, dès le moment où l'accusé est informé des soupçons qui pèsent sur lui, de mener la procédure pénale sans désemparer, afin de ne pas maintenir inutilement l'accusé dans les angoisses qu'elle suscite (ATF
124 I 139
consid. 2a p. 140). Comme les retards dans la procédure pénale ne peuvent être guéris, le Tribunal fédéral a fait découler de la violation du principe de la célérité des conséquences sur le plan de la peine (ATF
130 IV 54
consid. 3.3.2.)
Le caractère raisonnable de la durée de la procédure s'apprécie selon les circonstances particulières de la cause, eu égard notamment à la complexité de l'affaire, à l'enjeu du litige pour l'intéressé, à son comportement ainsi qu'à celui des autorités compétentes (ATF
135 I 265
consid. 4.4.;
130 I 312
consid. 5.1.).
En l'occurrence, les appels de marge qui ont permis de révéler la fraude ont été effectués en septembre 2015. S'en est suivie l'audition interne du prévenu par la banque, qui a déposé plainte pénale le 24 décembre 2015. Le prévenu a été arrêté le 18 janvier 2016. Jusqu'au mois de février 2017, l'instruction a été soutenue et un délai au 22 février 2017 a été fixé aux parties pour présenter leurs réquisitions de preuve avant la clôture de l'instruction, de nombreuses réquisitions ayant dû encore être examinées par le Ministère public. Le prévenu a été renvoyé en jugement par acte d'accusation du 26 juin 2017, une audience préliminaire a eu lieu le 25 août 2017, le délai pour les réquisitions de preuve a été fixé au 20 octobre 2017, il a été statué sur les réquisitions de preuve le 6 novembre 2017 et les débats ont commencé le 15 janvier 2018. Au vu du volume et de la complexité de l'affaire ainsi que du nombre d'intervenants, un délai d'un an entre la clôture de l'enquête préliminaire et l'audience de jugement ne saurait constituer une violation du principe de célérité.
Partant, le grief allégué doit être rejeté.
11.1.2.
Il y a lieu de tenir compte, en tant que facteur de fixation de la peine, d'une publication préjugeant de la culpabilité d'une personne soupçonnée dans les comptes-rendus de la presse, selon la gravité de l'atteinte aux droits (ATF
128 IV 97
consid. 3b/aa p. 104). Le Tribunal fédéral l'a admis dans un cas où une conférence de presse avait été donnée par le Procureur de la Confédération, conduisant à un grave préjugé de la culpabilité de l'accusé, entraînant un quasi-effet de sanction pénale. Le Tribunal fédéral avait dans cet arrêt estimé que cet important préjugé avait lourdement influencé les organes de poursuite pénale alors qu'il s'était avéré plus tard que les soupçons publiés étaient largement infondés (arrêt
9X.1/1998
du 29 octobre 1999 consid. 25b cité dans l'arrêt
6B_206/2015
du 8 octobre 2015 consid. 2.3.1.).
Il appartient au recourant de démontrer en quoi la médiatisation dénoncée a conduit à ce qu'il soit préjugé et lui a causé un préjudice important (cf. ATF
128 IV 97
consid. 3b/bb p. 106 et les références citées; arrêt
6B_339/2011
du 5 septembre 2011 consid. 9.2.1.).
Certes, une partie des faits reprochés au prévenu a été rapportée par les médias. Toutefois, le prévenu n'a pas indiqué pas quel article parmi ceux produits en particulier aurait violé sa présomption d'innocence ou aurait conduit à ce qu'il soit préjugé dans le cas particulier. En tout état, il sera relevé que le prévenu reconnaît la plupart des faits qui lui sont reprochés, sous l'angle de leur matérialité, et ce depuis le début de l'instruction.
Partant, le grief allégué doit être rejeté.
11.1.3.
Enfin, le prévenu a fait valoir une violation du principe de l'égalité des armes en raison de la production tardive de certaines pièces.
Le principe de l'égalité des armes constitue un élément de la notion plus large de procès équitable. Il requiert que chaque partie se voie offrir une possibilité raisonnable de présenter sa cause dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de net désavantage par rapport à son adversaire (parmi d'autres, cf. arrêt de la CourEDH G.B. contre France du 2 octobre 2001, Recueil CourEDH 2001-X p. 1 § 58). Il suppose un équilibre non seulement entre l'accusé et le ministère public soutenant l'accusation, mais aussi entre l'accusé et la partie civile (VELU/ERGEC, La Convention européenne des droits de l'homme, Bruxelles, 1990, p. 411 N 470).
Il est indéniable que le dossier est important et que certaines pièces ont été produites durant les débats, ce qui est regrettable dès lors que les parties ayant produit ces pièces, les possédaient pour l'essentiel depuis longtemps. D'une part, elles sont en droit de le faire conformément au Code de procédure pénale. D'autre part, ces pièces sont constitutives pour la plupart de relevés bancaires et les débats ont duré deux semaines, de sorte que la défense a eu la possibilité d'en prendre effectivement connaissance, à tout le moins des pièces qu'elle estimait utiles. Enfin, la procédure probatoire a été clôturée le vendredi 19 janvier 2018, alors que la plaidoire de la défense a eu lieu le 25 janvier 2018, le Tribunal n'ayant pas siégé le 22 janvier 2018. Il sera encore relevé que la défense a elle-même produit diverses pièces en toute fin de débats, soit après l'audition du prévenu. Au demeurant, le défenseur désigné d'office est expérimenté et a été désigné depuis le début de la procédure. Il est au surplus assisté dans ses tâches par une collaboratrice.
Dans cette mesure, la défense a eu le temps et la possibilité raisonnables de présenter sa cause dans des conditions qui ne la plaçait pas dans une situation de net désavantage par rapport au Ministère public et aux parties plaignantes.
Partant, le grief allégué doit être rejeté.
11.2.
Peine
Selon l'art. 47 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'auteur. La culpabilité doit être évaluée en fonction de tous les éléments objectifs pertinents, qui ont trait à l'acte lui-même, à savoir notamment la gravité de la lésion, le caractère répréhensible de l'acte et son mode d'exécution. Du point de vue subjectif sont pris en compte l'intensité de la volonté délictuelle ainsi que les motivations et les buts de l'auteur. A ces composantes de la culpabilité, il faut ajouter les facteurs liés à l'auteur lui-même, à savoir les antécédents, la réputation, la situation personnelle (état de santé, âge, obligations familiales, situation professionnelle, risque de récidive, etc.), la vulnérabilité face à la peine, de même que le comportement après l'acte et au cours de la procédure pénale (ATF
142 IV 137
consid. 9.1. p. 147;
141 IV 61
consid. 6.1.1. p. 66 s.;
136 IV 55
consid. 5 p. 57 ss;
134 IV 17
consid. 2.1. p. 19 s.).
En l'espèce, la faute du prévenu est grave.
Le prévenu a agi durant une très longue période pénale, soit durant près de huit ans, et le dommage causé est très important puisqu'il s'élève à environ CHF 143'000'000.-. A plusieurs reprises, le prévenu aurait pu arrêter ses agissements coupables, mais il a choisi, librement, de continuer ses activités criminelles en diversifiant ses agissements. Son enrichissement personnel est également très important puisqu'il porte sur environ CHF 30'000'000.-.
Les mobiles du prévenu sont essentiellement égoïstes, soit l'appât du gain. Par le biais des transferts indus, il s'est enrichi personnellement, déjà en 2008, de plus de USD 2'500'000.-, ce qui lui a permis notamment de payer les arrhes des maisons de Porto Cervo ou encore de s'acheter une Ferrari. Dès mars 2010 à mai 2011, il s'est enrichi à hauteur de plusieurs centaines de milliers de francs par le biais des transferts BETA_. En 2012 et 2014, au moyen de contrats de prêts, il a détourné plus de EUR 6'000'000.- en sa faveur. Dès 2010 et jusqu'à son arrestation, le prévenu a également mis en place un système extrêmement rémunérateur, par le biais des fonds GAMMA_, qui lui a rapporté une dizaine de millions de francs. Par ailleurs, il sera relevé que les premiers transferts indus ont été effectués avant le trading non autorisé du prévenu sur les comptes de la partie plaignante B_ ou de ses sociétés. Dans cette mesure, la thèse du prévenu qui consiste à soutenir qu'il n'a fait que transférer des gains, que lui-même avait généré sur les comptes de cette partie plaignante, n'est pas soutenable, à tout le moins s'agissant des premiers transferts indus. Ainsi, si une partie de l'activité du prévenu tendait effectivement à combler des pertes subies par certains de ses clients, d'une part, certaines de ces pertes avaient été causées par ses propres activités illicites, d'autre part, le prévenu en a profité pour détourner à son profit de l'argent ou a commis des infractions dans le seul but de s'enrichir. Enfin, la seule constellation de sociétés de domiciliation, dont le prévenu est ayant-droit économique, parfois sans apparaître comme tel, ou "mise à sa disposition" par des tiers, ainsi que le nombre de comptes bancaires que ces sociétés détenaient dans divers pays, démontre le soin mis par le prévenu à dissimuler toute trace de son enrichissement personnel.
La situation personnelle du prévenu au moment des faits était bonne, ce qui aurait d'autant plus dû le dissuader de se livrer à des activités criminelles, voire de les réitérer à plusieurs reprises. En effet, le prévenu bénéficiait d'un très bon salaire lors de son engagement à BANQUE A_ et dispose de capacités intellectuelles indéniables, ce qui aurait dû l'inciter à agir conformément à la loi.
Le prévenu est sans antécédent judiciaire, élément toutefois neutre en l'espèce (cf. ATF
141 IV 61
consid. 6.3.;
136 IV 1
consid. 2.6.).
A décharge, la collaboration du prévenu a été dans l'ensemble très bonne. Si au début, elle a été très bonne s'agissant des faits qui lui sont reprochés, le prévenu a, tout d'abord, nié les éléments relatifs à son enrichissement personnel, allant jusqu'à soutenir, dans le cadre de l'enquête interne menée par la banque, ne pas connaître l'existence de SOCIETE 1_ SA. Toutefois, par la suite, le prévenu a pleinement collaboré à la procédure et aidé au rapatriement de certains fonds.
La prise de conscience du prévenu de l'illicéité de ses actes est bonne. A nouveau, si au début, il a caché tout élément relatif à son enrichissement personnel ou tenté de soustraire certains biens à la justice (notamment par la constitution de la société SOCIETE 17_ LTD), il a ensuite assumé la responsabilité de ses actes et pris conscience de leur illicéité, en rapatriant un certain nombre d'avoirs, voire en donnant des conseils pour préserver les actifs séquestrés.
Le prévenu a également exprimé des regrets, qui apparaissent sincères.
Le comportement du prévenu en prison est exemplaire.
Aucune circonstance atténuante n'est réalisée et la responsabilité pénale du prévenu est entière.
Au vu des éléments qui précèdent, une peine privative de liberté de 5 ans sera prononcée.
11.3.
Mesure
11.3.1.
Selon l'art. 67 al. 1 aCP, en vigueur au moment des faits, si l'auteur a commis un crime ou un délit dans l'exercice d'une activité professionnelle ou d'une activité non professionnelle organisée et qu'il a été condamné pour cette infraction à une peine privative de liberté de plus de six mois ou à une peine pécuniaire de plus de 180 jours-amende, le juge peut lui interdire totalement ou partiellement l'exercice de cette activité ou d'activités comparables pour une durée de six mois à cinq ans, s'il y a lieu de craindre qu'il commette un nouveau crime ou délit dans l'exercice de cette activité.
L'interdiction d'exercer une profession est soumise à la condition principale que de nouveaux abus soient à craindre. En effet, le but de l'art. 67 CP est de rendre plus difficile ou d'empêcher la répétition d'infractions déterminées et de protéger la collectivité. Le danger de nouveaux abus ne suffit toutefois pas, à lui seul, pour que soit ordonnée l'interdiction. Le juge doit s'assurer que la mesure soit nécessaire, appropriée et proportionnée (MOREILLON/ PAREIN-REYMOND, Petit commentaire CP, 2017, N 12ss ad art. 67).
11.3.2.
En l'espèce, au vu de l'absence d'antécédents judiciaires du prévenu et de sa prise de conscience ainsi qu'au vu de la peine prononcée, une telle mesure ne s'avère ni nécessaire ni proportionnée de sorte qu'elle ne sera pas prononcée.
12. Prétentions civiles
12.1.1.
A teneur de l'art. 126 CPP, le tribunal statue également sur les conclusions civiles présentées lorsqu'il rend un verdict de culpabilité à l'encontre du prévenu (al. 1 let. a); lorsqu'il acquitte le prévenu et que l'état de fait est suffisamment établi (al. 1 let. b). Il renvoie la partie plaignante à agir par la voie civile notamment lorsque la procédure est classée (al. 2 let. a) ou lorsque la partie plaignante n'a pas chiffré ses conclusions de manière suffisamment précise ou ne les a pas suffisamment motivées (al. 2 let. b).
Conformément à l'art. 122 al. 1 CPP, les prétentions civiles que peut faire valoir la partie plaignante sont exclusivement celles qui sont déduites de l'infraction. Cela signifie que les prétentions civiles doivent découler d'une ou plusieurs infractions, qui figurent dans l'acte d'accusation élaboré par le ministère public en application de l'art. 325 CPP. La plupart du temps, le fondement juridique des prétentions civiles réside dans les règles relatives à la responsabilité civile des art. 41 ss CO. La partie plaignante peut ainsi réclamer la réparation de son dommage (art. 41 à 46 CO) et l'indemnisation de son tort moral (art. 47 et 49 CO), dans la mesure où ceux-ci découlent directement de la commission de l'infraction reprochée au prévenu. En règle générale, si l'acquittement résulte de motifs juridiques (c'est-à-dire en cas de non-réalisation d'un élément constitutif de l'infraction), les conditions d'une action civile par adhésion à la procédure pénale font défaut et les conclusions civiles doivent être rejetées (arrêts
6B_267/2016
du 15 février 2017 consid. 6.1.;
6B_486/2015
du 25 mai 2016 consid. 5.1. et les références citées).
Lorsque le lésé présente ses prétentions civiles dans le cadre de la procédure pénale, les dispositions du droit civil s'appliquent, en particulier les art. 8 CC et 42 al. 1 CO s'agissant de la preuve du dommage qui incombe au demandeur, la reconnaissance de la qualité de partie plaignante dans une procédure ne l'exonérant pas de son obligation d'apporter la preuve de son dommage (arrêt
6B_586/2011
du 7 février 2012 consid. 7.2.2.).
12.1.2.
On entend par partie plaignante le lésé qui déclare expressément vouloir participer à la procédure pénale comme demandeur au pénal ou au civil (art. 118 al. 1 CPP). Une telle déclaration doit être faite devant une autorité de poursuite pénale avant la clôture de la procédure préliminaire (art. 118 al. 3 CPP).
On entend par lésé toute personne dont les droits ont été touchés directement par une infraction (art. 115 al. 1 CPP). En règle générale, seul peut se prévaloir d'une atteinte directe le titulaire du bien juridique protégé par la disposition pénale qui a été enfreinte (ATF
141 IV 1
consid. 3.1.). Pour être directement touché, il doit en outre subir une atteinte en rapport de causalité directe avec l'infraction poursuivie, ce qui exclut les dommages par ricochet (MAZZUCCHELLI/POSTIZZI, Basler Kommentar - StPO, Bâle 2014, N 28 ad art. 115; PERRIER/DEPEURSINGE, Code de procédure pénale annoté, Bâle 2015, N 13 ad art. 115).
Seuls les biens juridiques protégés par l'infraction concernée peuvent, s'ils sont atteints ou menacés, fonder la qualité de lésé. Il ne suffit pas, contrairement à ce que laisse penser le texte de la loi, que le lésé soit touché dans ses droits, et ce, même si l'ordre juridique protège habituellement ceux-ci (KUHN/JEANNERET, Précis de procédure pénale, 2013, N 9 ad art. 115; ATF
117 Ia 135
consid. 2b).
12.1.3.
S'agissant de l'infraction d'escroquerie, le titulaire des intérêts pécuniaires touchés doit en principe être considéré comme lésé. Cela étant, en fonction des circonstances du cas d'espèce, notamment si l'escroquerie entre en concours avec d'autres infractions qui touchent un bien juridique dont la dupe est titulaire, il est parfaitement concevable que cette dernière puisse, elle aussi, se prévaloir du statut de lésé (GARBARSKI/BORSODI, CR - CP II, 2017, N 174 ad art. 146 CP).
S'agissant de la gestion déloyale, celle-ci ne peut être commise qu'au préjudice des intérêts pécuniaires sur lesquels le gérant a un devoir de gestion ou de surveillance (SCHEIDEGGER/VON WURSTEMBERGER, CR CP-II, 2017, N 53 ad art. 158 CP).
12.1.4.
Il est unanimement admis par la doctrine et la jurisprudence que l’argent déposé sur un compte bancaire ouvert au nom d'un client devient la propriété de la banque (par mélange), le client ne disposant alors que d'une créance en restitution contre la banque. Par l'ouverture d'un compte, la banque s'engage vis-à-vis du client à lui restituer, selon les modalités convenues, tout ou partie de l'avoir remis (ATF
132 III 449
consid. 2, JdT 2007 1446; arrêts
4A_54/2009
du 20 avril 2009 consid. 1;
4A_438/2007
du 29 janvier 2008 consid. 5.1.;
6S.709/2000
consid. 5.3.2.; GARBARSKI, Qualité de partie plaignante et criminalité économique, quelques questions d'actualité, RPS 130 2012, p. 160 à 194, p. 189s.). C'est donc la banque qui supporte le risque d'une prestation exécutée par le débit du compte en faveur d'une personne non autorisée, elle seule subit un dommage, à l'exception du client, car elle est tenue de payer une seconde fois, à son client, le montant concerné (TF
6B_199/2011
et
6B_215/2011
du 10 avril 2012 consid. 5.3.5.2; ATF
132 III 499
consid. 2). L'exécution par la banque d'un ordre de remettre ou de transférer un montant a donc pour fondement le contrat précité, existant entre la banque et son client, et ce même si l'ordre est donné irrégulièrement ou s'il s'agit d'un faux (ATF
132 III 449
consid. 2; ATF
111 II 263
consid. 1a). Il s'ensuit que si la banque donne un tel ordre sur la base d'un faux document ou sous l'empire d'une astuce ou d'un mensonge, elle lèse directement son propre patrimoine, et non celui du client, qui reste titulaire envers elle d'une créance (arrêts
6B_199/2011
et
6B_215/2011
du 10 avril 2012 consid. 5.3.5.1.; ATF
132 III 449
consid. 2 et 3; ATF
132 III 609
consid. 5.3.5. et les références citées; arrêt
4A_398/2009
du 23 février 2010 consid. 5.1.1.; MAZZUCCHELLI/POSTIZZI, StPO - Basler Kommentar, op. cit., N 57. ad art. 115).
C'est bien la banque qui est directement lésée si des actifs sont débités de comptes des clients, alors même qu'en vertu des conditions générales, la banque peut vouloir faire supporter au client les conséquences de débits non autorisés. En effet, de telles clauses contractuelles ne sont pas toujours valables et l'on ne peut attendre l'issue de l'analyse de cette question de droit civil pour décider qui est lésé au sens du droit pénal. En revanche, la banque est uniquement indirectement lésée si elle est redevable de dommages-intérêts à l'égard de clients, par exemple si des opérations autorisées sont conclues sur les comptes des clients, mais à des conditions défavorables pour ceux-ci (arrêt
6S.709/2000
du 26 mai 2003 consid. 5s). Dans un tel cas de figure, les clients sont directement lésés et peuvent se prévaloir des dispositions légales (LOMBARDINI, Banques et blanchiment d'argent, 3
ème
éd., Zurich 2016, p. 134).
12.1.5.
Dans le cas de parts de fonds de placement, lorsqu'une banque opère à titre fiduciaire, elle apparaît en principe à l'égard des tiers comme agissant en son propre nom; en réalité, elle agit pour le compte du client qui lui a confié par exemple une somme d'argent et acquiert par l'intermédiaire de la banque des droits et des obligations tout en supportant le risque de l'opération. En d'autres termes, le client assume le risque de change et de transfert ainsi que le risque de défaillance alors que la banque s'oblige à restituer au client ou au tiers désigné par ce dernier le résultat de l'opération (GUGGENHEIM / GUGGENHEIM, Les contrats de la pratique bancaire suisse, Bâle 2014, p. 597 N 1873).
Au sens du droit civil, l'acte fiduciaire est celui par lequel une personne (le fiduciant) transfère à une autre (le fiduciaire) les droits qu'elle s'oblige à exercer en son propre nom, mais selon les instructions du fiduciant, et à les restituer à celui-ci ou à un tiers une fois la relation fiduciaire terminée. Selon la conception juridique suisse, le fiduciaire est considéré comme légitime et plein propriétaire des biens ou des droits qui lui ont été transférés à titre fiduciaire. Le Tribunal fédéral a rappelé le principe d'innombrables fois. Le fiduciant n'a dès lors qu'une créance personnelle en restitution des biens dont la propriété a été transférée au fiduciaire (GUGGENHEIM / GUGGENHEIM, op.cit., p. 602-603 N 1891 et références citées).
12.2.
En l'espèce, BANQUE A_, CC_ LTD, D_, DD_ INC., E_, EE_ INC., H_ et I_ ont pris des conclusions civiles.
B_, BB_ SA, BBB_ LTD ainsi que F_ et GG_ LTD ont renoncé à déposer des conclusions civiles par adhésion à la présente procédure pénale.
12.2.1.
BANQUE A_ a conclu à ce que le prévenu soit condamné à lui verser les sommes de USD 98'508'311.-, EUR 31'054'110.-, CHF 10'179'925.- CAD 2'148'642.- et GBP 193'560.- pour le dommage subi en relation avec l'entier des faits constitutifs d'escroquerie selon l'acte d'accusation (ch. B.I).
Conformément à la doctrine et la jurisprudence citée, les valeurs déposées sur les comptes bancaires des clients touchés par le biais des escroqueries commises par le prévenu, sont devenues propriété de la banque, le client ne disposant que d'une créance en restitution. Sur cette base, les conclusions de BANQUE A_ en réparation de son dommage matériel seront admises dans leur principe, leur quotité devant néanmoins être adaptée aux infractions finalement retenues dans le présent jugement.
Ainsi, le prévenu sera condamné à payer à BANQUE A_ les sommes détournées par le biais des modes opératoires 1 et 2, conformément aux montants retenus dans les annexes 1 et 2 au présent jugement et les sommes détournées par le biais des transferts depuis EE_ INC. et BB_ SA et les transferts de titres sur BETA_, conformément aux valeurs retenues dans l'annexe 4 au présent jugement.
Au vu de ce qui a été dit
supra
(cf. consid. 2.2.3.3.) concernant la valeur de marché des titres soustraits, les prétentions civiles de BANQUE A_ ont été adaptées à la valeur finalement retenue. Lorsque l'ajustement du cours du titre a eu pour effet d'augmenter le dommage, de sorte que le montant des conclusions civiles prises par BANQUE A_ se trouve inférieur au dommage, le montant des conclusions prises sera retenu, tel que cela ressort de la dernière colonne des annexes 2 et 4, en vertu de la maxime de disposition applicable à l'action civile par adhésion à la procédure pénale (arrêt du Tribunal
6B_193/2014
du 21 juillet 2012 consid. 2.2.).
Les conclusions en lien avec le mode opératoire 3 doivent être rejetées au vu de l'acquittement du prévenu sur ce point.
BANQUE A_ a également conclu au paiement des sommes de USD 22'565'128.-, CHF 8'975'299 et EUR 1'276'151.- pour le dommage subi en relation avec les faits de gestion déloyale visés au ch. B. III.1 de l'acte d'accusation, soit la valeur totale des commissions et rétrocessions perçues par le prévenu.
Les rétrocessions reçues en lien avec les investissements GAMMA_ sont issues d'une infraction de gestion déloyale commise au préjudice de B_, seul titulaire des intérêts pécuniaires sur lesquels le prévenu avait un devoir de gestion. En effet, il découle de la jurisprudence et doctrine citées que le titulaire du bien juridique protégé lorsque l'on parle d'un compte bancaire, peut être différent selon l'infraction visée. Dans le cas de la gestion déloyale reprochée au prévenu, dans la mesure où ce ne sont pas des actifs qui sont débités, mais bien des opérations d'investissement qui sont en cause, le bien juridique touché est l'intérêt pécuniaire du client, lésé par la violation de l'obligation de gestion, et n'a pas d'influence sur le patrimoine de la banque. Le prévenu a par ailleurs été acquitté du chef de gestion déloyale au détriment de BANQUE A_ pour les raisons expliquées
supra
(cf. consid. 5.5.). En conséquence, BANQUE A_ n'a pas de prétentions civiles à faire valoir par le biais de l'action pénale à l'encontre du prévenu en lien avec les rétrocessions GAMMA_, seuls B_ et ses sociétés étant légitimés à faire valoir de telles prétentions.
Concernant les autres commissions versées au prévenu en lien avec les produits distribués par CENTRIS CAPITAL AG, DYNAMIC CORE CAPITAL, MARKETVIEW MANAGEMENT, SWISS ASIA FINANCIAL et les commissions reçues de BBBBB_ LTD, le prévenu étant acquitté de ces faits, il ne sera pas fait droit aux conclusions civiles de BANQUE A_ sur ce point.
Au vu de ce qui précède, le prévenu sera condamné à verser au BANQUE A_, en réparation du dommage subi, les sommes suivantes :
Conclusions civiles
USD
EUR
GBP
MODUS 1
74'499'928
4'151'046
193'560
MODUS 2
13'772'399
20'390'111
158'900
ANALYSE COMPLEMENTAIRE
4'212'446
6'644'948
TOTAL USD
92'484'773
TOTAL EUR
31'186'105
TOTAL GBP
352'460
Il est relevé que BANQUE A_ s'est engagée à verser aux clients concernés tous les montants qui lui seraient alloués au fur et à mesure de leur réception, ce dont il sera pris acte dans le dispositif.
12.2.2.
CC_ LTD, en sa qualité de partie plaignante, a conclu, subsidiairement à la levée des séquestres sur ses comptes et sur ceux de C_, CCCC_ LTD et CCC_ LTD, à ce que le prévenu soit condamné à lui verser la somme de CHF 21'826'768.- avec intérêts à la date moyenne du 22 mars 2008.
Comme déjà mentionné, l'infraction de gestion déloyale reprochée au prévenu au détriment de CC_ LTD est classée pour cause de prescription. Par ailleurs, seule la banque est légitimée à formuler des prétentions civiles en lien avec l'escroquerie commise.
En tout état (cf. consid. 13.3.1.), les séquestres sur les comptes des intéressés auprès de BANQUE A_ sont levés, de sorte que CC_ LTD, C_, CCCC_ LTD et CCC_ LTD seront déboutés de leurs conclusions civiles, en tant que de besoin.
12.2.3.
D_, DD_ INC., E_, EE_ INC. ont conclu à la condamnation du prévenu à leur verser les montants qu'ils considèrent constituer leur dommage en lien avec les faits reprochés sous mode opératoire 2, pour les détournements au préjudice de EE_ INC., pour les transferts de titres sur BETA_ et pour les transferts de titres ALPHA_.
Ces conclusions doivent être rejetées, dans la mesure où s'agissant des transferts indus (mode opératoire 2 et détournements EE_ INC.), comme déjà mentionné, seule la banque peut faire valoir des prétentions civiles. Par ailleurs, le prévenu est acquitté s'agissant des opérations du 27 mai 2011 visées sous mode opératoire 2 et s'agissant des transferts de titres ALPHA_.
S'agissant des titres transférés sur BETA_, figurent parmi ceux-ci les fonds de placement et
hedge funds
MILLENNIUM GLOBAL HIGH YIELD FUND LIMITED, RAB SPECIAL SITUATIONS et SOCIETE 5_ FUND. Ceux-ci ont été acquis par la banque ou l'une de ses sociétés, à titre fiduciaire, soit en son propre nom mais pour le compte et les intérêts de ses clients, à l'instar de l'acquisition des fonds GAMMA_ qui a été effectuée par le biais de BANQUE A_ LONDON LTD. La banque détenait donc ces fonds, acquis pour le compte de ses clients, lors de leurs transferts frauduleux, de sorte que les prétentions en dommages et intérêts de D_ et E_ seront rejetées et celles de BANQUE A_ admises, étant précisé que BANQUE A_ s'est engagée à rembourser ses clients.
D_, DD_ INC., E_, EE_ INC. ont également conclu à la réparation du préjudice causé par le trading non autorisé effectué sur les sous-comptes sur les titres RAPTOR et MEINL EUROPEAN LAND, en lien avec la gestion déloyale commise à leur détriment. Ces conclusions seront également rejetées, étant donné l'absence de dommage sous forme de la diminution de leurs actifs tel que retenu
supra
(cf. consid. 6.2).
12.2.4.
I_ et H_ ont fait parvenir au Tribunal des conclusions écrites le 19 janvier 2018. Au cours de sa plaidoirie le 24 janvier 2018, leur conseil a fait part de conclusions différentes, soutenues par notes de plaidoiries remises au Tribunal. Il y a donc lieu de considérer que les conclusions écrites initiales ont été modifiées et il ne sera pas tenu compte des conclusions prises par voie écrite antérieurement.
En sus de leurs conclusions en levée des séquestres, prises en leur qualité de tiers visés par une mesure de confiscation, les intéressés ont également pris des conclusions civiles à l'encontre du prévenu en paiement de CHF 2'445'292.- et USD 1'040'330.- pour I_, respectivement CHF 323'972.- pour H_. I_ et H_ n'ayant pas la qualité de partie plaignante dans la présente procédure, faute de plainte ou de déclaration au sens de l'art. 118 CP, ils n'ont pas qualité pour déposer des conclusions civiles (art. 126 al. 1 CPP). Au surplus, leurs conclusions en paiement ne sont pas en lien avec les faits reprochés au prévenu dans l'acte d'accusation, de sorte qu'elles seront rejetées.
13. Restitutions, confiscations et créances compensatrices
13.1.1.
L'art. 70 al. 1 CP autorise le juge à confisquer des valeurs patrimoniales qui sont le résultat d'une infraction, si elles ne doivent pas être restituées au lésé en rétablissement de ses droits. Lorsque les valeurs à confisquer ne sont plus disponibles, il ordonne, selon l'art. 71 CP, leur remplacement par une créance compensatrice (et peut, dans ce but, ordonner, en vertu de l'art. 71 al. 3 CP, le séquestre d'éléments du patrimoine). Enfin, l'art. 73 al. 1 CP autorise le juge à allouer au lésé, jusqu'à concurrence des dommages-intérêts fixés judiciairement, le montant de l'amende payée par le condamné, les objets et valeurs confisqués et les créances compensatrices. Les cantons doivent utiliser une procédure simple et rapide pour les cas où le juge ne peut ordonner cette mesure dans le cadre d'un jugement pénal (art. 73 al. 3 CP).
13.1.2
. La restitution au lésé, selon l'art. 70 al. 1
in fine
CP, a la priorité sur une éventuelle confiscation et l'attribution au lésé en réparation du dommage subi (ATF
128 I 129
consid. 3.1.2.;
122 IV 365
consid. 1a/aa; arrêt
6B_1035/2008
du 11 mai 2009 consid. 2.1.2.). Elle porte, en première ligne, sur les objets provenant directement du patrimoine du lésé et tend au rétablissement de ses droits absolus (restitution de l'objet volé; pour une conception purement réelle, arrêt
6B_1035/2008
du 11 mai 2009 consid. 2.1.2 et référence citée : cf. BAUMANN, Basler Kommentar, Strafrecht I, 2
ème
éd., 2007, N 42 ad art. 70/71).
Selon la jurisprudence, le lésé ne doit toutefois pas forcément se fonder sur un droit de propriété ou un autre droit réel sur les valeurs patrimoniales. La restitution peut aussi porter sur d'autres valeurs patrimoniales, telles que des billets de banque, des devises, des effets de change, des chèques ou des avoirs en compte, qui ont été transformés à une ou plusieurs reprises en des supports de même nature, dans la mesure où leur origine et leurs mouvement peuvent être clairement établis ("
paper trail
"; cf. arrêt
1B_109/2016
du 12 octobre 2016 consid. 4.7.) (biens acquis en remploi improprement dit; ATF
128 I 129
consid. 3.1.2. p. 133). La restitution doit porter sur des valeurs patrimoniales qui sont le produit d'une infraction dont le lésé a été lui-même victime. Les valeurs patrimoniales doivent être la conséquence directe et immédiate de l'infraction (arrêts
6B_52/2012
du 11 mars 2013 consid. 3.3.;
6B_344/2007
du 1er juillet 2008, consid. 3). Sans un lien direct entre les valeurs et l'infraction, la restitution au lésé serait contraire aux règles de la loi sur la poursuite pour dettes et la faillite (SCHMID, Strafprozessrecht, 4
ème
éd. 2004, p. 280 N 753).
En pratique, il peut être difficile de déterminer jusqu'à quand la confiscation de valeurs d'origine illicite créditées sur un compte en banque est possible si ces valeurs sont ensuite transférées sur d'autres comptes (arrêt
1B_109/2016
du 12 octobre 2016 consid. 4.7.).
L'art. 70 CP se réfère au lésé et non au propriétaire, de sorte que les valeurs peuvent aussi être restituées au titulaire d'un droit réel restreint (HIRSIG-VOUILLOZ, Le nouveau droit suisse de la confiscation pénale et de la créance compensatrice (art. 69 à 73 CP, in PJA 2007 p. 1376, ch. 4 et doctrine citée).
13.1.3.
Selon l'art. 70 al. 2 CP, la confiscation n'est pas prononcée lorsqu'un tiers a acquis les valeurs dans l'ignorance des faits qui l'auraient justifiée, et cela dans la mesure où il a fourni une contre-prestation adéquate ou si la confiscation se révèle d'une rigueur excessive.
L'art. 70 al. 2 CP exclut la confiscation uniquement lorsqu'un tiers a acquis les valeurs dans l'ignorance des faits qui l'auraient justifiée ("
Dritterwerber
") après la commission de l'infraction et ne s'applique pas au bénéficiaire immédiat ("
Direktbegünstigte
"), qui perçoit immédiatement et directement les valeurs patrimoniales résultant de l'infraction (arrêt
6B_916/2016
du 25 octobre 2016; HIRSIG-VOUILLOZ, Le nouveau droit suisse de la confiscation pénale et de la créance compensatrice (art. 69 à 73 CP, in PJA 2007 p. 1376, ch. 5).
Les deux conditions posées à l'art. 70 al. 2 CP sont cumulatives. Si elles ne sont pas réalisées, la confiscation peut être prononcée alors même que le tiers a conclu une transaction en soi légitime, mais a été payé avec le produit d'une infraction. Le tiers ne doit pas avoir rendu plus difficile l'identification de l'origine et de la découverte des actifs d'origine criminelle ou leur confiscation.
La notion de bonne foi pénale du tiers porte sur l'ignorance des faits qui justifieraient la confiscation, soit de son caractère de récompense ou de produit d'une infraction. Selon la jurisprudence, elle ne se rapporte pas à la notion civile consacrée à l'art. 3 CC. La confiscation ne peut ainsi pas être prononcée si le tiers sait simplement qu'une procédure pénale a été ouverte contre son partenaire commercial, mais ne dispose pas d'informations particulières. Il faut que le tiers ait une connaissance certaine des faits qui auraient justifié la confiscation ou, à tout le moins, considère leur existence comme sérieusement possible, soit qu'il connaisse les infractions d'où provenaient les valeurs ou, du moins, ait eu des indices sérieux que les valeurs provenaient d'une infraction. En d'autres termes, la confiscation à l'égard d'un tiers ne sera possible que si celui-ci a une connaissance - correspondant au dol éventuel - des faits justifiant la confiscation. La violation d'un devoir de diligence ou d'un devoir de se renseigner ne suffit pas pour exclure la bonne foi du tiers (arrêts
1B_22/2017
du 24 mars 2017 consid. 3.1.;
1B_222/2015
du 10 novembre 2015 consid. 2.4. et les références citées).
Quant à la contre-prestation, elle doit avoir été fournie avant que le tiers ne reçoive les valeurs d'origine illégale. C'est en tenant compte de toutes les circonstances du cas d'espèce qu'il faut décider si une contre-prestation adéquate existe, sans se limiter à une appréciation de pur droit civil (arrêt
1B_22/2017
du 24 mars 2017 consid. 3.1.; arrêt
1B_222/2015
du 10 novembre 2015 consid. 2.1.).
13.1.4.
Lorsque l'avantage illicite doit être confisqué, mais que les valeurs patrimoniales en résultant ne sont plus disponibles - parce qu'elles ont été consommées, dissimulées ou aliénées -, le juge ordonne le remplacement par une créance compensatrice de l'Etat d'un montant équivalent; elle ne peut être prononcée contre un tiers que dans la mesure où les conditions prévues à l'art. 70 al. 2 CP ne sont pas réalisées (art. 71 al. 1 CP).
Le but de cette mesure est d'éviter que celui qui a disposé des objets ou valeurs à confisquer soit privilégié par rapport à celui qui les a conservés; elle ne joue qu'un rôle de substitution de la confiscation en nature et ne doit donc, par rapport à celle-ci, engendrer ni avantage ni inconvénient. En raison de son caractère subsidiaire, la créance compensatrice ne peut être ordonnée que si, dans l'hypothèse où les valeurs patrimoniales auraient été disponibles, la confiscation eût été prononcée : elle est alors soumise aux mêmes conditions que cette mesure. Néanmoins, un lien de connexité entre les valeurs saisies et l'infraction commise n'est pas requis (ATF
140 IV 57
consid. 4.1.2. et références citées).
La créance compensatrice peut être recouvrée sur n'importe quel actif de son débiteur, même s'il est d'origine licite et cet actif peut être saisi temporairement (LOMBARDINI, Banques et blanchiment d'argent, 3
ème
éd., p. 139, N 535).
13.1.5.
Lorsqu'une personne fonde une société anonyme, il faut en principe considérer qu'il y a deux sujets de droit distincts avec des patrimoines séparés : la personne physique d'une part et la société anonyme d'autre part (ATF
140 IV 155
consid. 3.3.;
128 II 329
consid. 2.4.; arrêts
1B_9/2015
du 23 juin 2015 consid. 2.3.1.;
4A_473/2011
du 22 décembre 2011 consid. 1.1. et les références citées).
Selon la théorie de la transparence, on ne peut pas s'en tenir dans tous les cas à l'existence formelle de deux personnes juridiquement distinctes lorsque tout l'actif ou la quasi-totalité de l'actif d'une société anonyme appartient soit directement, soit par personnes interposées, à une même personne, physique ou morale. Malgré la dualité de personnes à la forme, il n'existe en réalité pas deux entités indépendantes, du moment que la société est un simple instrument dans la main de son auteur, lequel, économiquement, ne fait qu'un avec elle. On doit dès lors admettre, à certains égards, conformément à la réalité économique, qu'il y a identité de personnes et que les rapports de droit liant l'un lient également l'autre. Ce sera le cas chaque fois que le fait d'invoquer la dualité des sujets constitue un abus de droit ou a pour effet une atteinte manifeste à des intérêts légitimes (ATF
132 III 489
consid. 3.2.; arrêts
5A_205/2016
du 7 juin 2016 consid. 7.2.;
5A_876/2015
du 22 avril 2016 consid. 4.2.;
5A_436/2011
du 12 avril 2012 consid. 9.3.2.;
4A_384/2008
du 9 décembre 2008 consid. 4.1., in SJ 2009 I p. 424).
La jurisprudence a ainsi admis qu'un séquestre ordonné sur la base de l'art. 71 al. 3 CP peut viser les biens d'une société tierce, dans les cas où il convient de faire abstraction de la distinction entre l'actionnaire - auteur présumé de l'infraction - et la société qu'il détient (théorie dite de la transparence ["
Durchgriff
"]) (arrêt
1B_294/2016
du 13 octobre 2016 consid.2.2.). Il en va de même dans l'hypothèse où le prévenu serait - dans les faits et malgré les apparences - le véritable bénéficiaire des valeurs cédées à un "homme de paille" ("
Strohmann
") sur la base d'un contrat simulé ("
Scheingeschäft
"; ATF
140 IV 57
consid. 4.1.2. et références citées; arrêts
1B_364/2016
du 16 novembre 2016 consid. 3.2.;
1B_294/2016
du 13 octobre 2016 consid.2.2.).
13.1.6.
Par "personne concernée" au sens de l'art. 71 CP, on entend non seulement l'auteur, mais aussi, à certaines conditions, un tiers favorisé, d'une manière ou d'une autre, par l'infraction (cf. art. 71 al. 1 CP renvoyant à l'art. 70 al. 2 CP).
Selon la jurisprudence, les règles sur la confiscation doivent être appliquées de manière restrictive lorsque des tiers non enrichis sont concernés (arrêt
1B_22/2017
du 24 mars 2017 consid. 3.1.; arrêt
1B_3/2014
du 5 février 2014 consid. 3.2. publié in RtiD
2014 II 227
). L'esprit et le but de la confiscation excluent en effet que la mesure puisse porter préjudice à des valeurs acquises de bonne foi dans le cadre d'un acte juridique conforme à la loi (ATF
115 IV 175
consid. 2b/bb p. 178 s.; arrêt
1B_22/2017
du 24 mars 2017 consid. 3.1.).
13.2.
X_
Une restitution des valeurs patrimoniales au lésé en rétablissement de ses droits n'est pas possible faute de lien direct entre les valeurs patrimoniales séquestrées et les infractions retenues à l'encontre du prévenu.
S'agissant d'une éventuelle confiscation, les deux biens immobiliers de Porto Cervo, copropriétés des époux X_, ont été acquis au prix de EUR 975'000.-, respectivement EUR 700'000.- et financés à hauteur de USD 459'102.- par le produit de l'infraction commise au détriment ou via CC_ LTD, à hauteur de EUR 1'000'000.- par SOCIETE 7_ JLT, qui a été alimentée à hauteur de CHF 6'000'000.- par GERANT FONDS 1_, soit dans le cadre des rétrocessions GAMMA_, et pour le surplus par SOCIETE 2_ SA alimentée également par des commissions illicites.
Par conséquent, les maisons de Porto Cervo ont été acquises grâce et au moyen du produit des infractions retenues à l'encontre du prévenu.
Ces deux biens immobiliers seront donc confisqués, en application de l'art. 70 al. 1 CP. Il est à relever que si EPOUSE X_, copropriétaire pour moitié de ces biens, était de bonne foi lors de l'acquisition des biens en question, elle n'a en revanche fourni aucune contre prestation, au sens de l'art. 70 al. 2 CP.
Subsidiairement et en tout état de cause, si une confiscation de ces biens ne devait pas être prononcée, il conviendrait alors d'augmenter la valeur de la créance compensatrice prononcée ci-après à l'encontre du prévenu et de maintenir le séquestre en vigueur sur ces biens immobiliers en garantie de l'exécution de la créance compensatrice.
En revanche, une confiscation des autres biens mobiliers et immobiliers du prévenu est exclue pour les motifs qui suivent.
SOCIETE 1_ SA a été alimentée, en partie, par le produit des infractions, soit par les rétrocessions GAMMA_, mais également par les rétrocessions reçues en lien avec les investissements dans les produits CENTRIS CAPITAL AG, DYNAMIC CORE CAPITAL, MARKETVIEW MANAGEMENT, SWISS ASIA FINANCIAL. Il n'est donc pas possible de reconstituer la trace documentaire des valeurs patrimoniales séquestrées avec le produit de l'infraction retenue à l'encontre du prévenu. Il en est de même de SOCIETE 7_ JLT, dont le solde des avoirs a été versé sur le compte du Pouvoir judiciaire, de SOCIETE 4_ SA et de SOCIETE 2_ SA. S'agissant de SOCIETE 3_ AG, on ignore l'origine des fonds sur le compte de cette société.
S'agissant des titres détournés en faveur du prévenu sur BETA_, ces titres ont transité sur divers comptes et une partie de ceux-ci ont été vendus. Une partie des titres ACCSYS est arrivée sur le compte du Pouvoir judiciaire et a été vendue, alors qu'il n'est pas possible d'établir si les titres vendus proviennent des transferts illicites retenus dans l'acte d'accusation, soit s'il s'agit des titres inclus dans la saisine du Tribunal.
Aucun élément à la procédure ne permet de retenir que les maisons de VILLAGE 2_ et de VILLAGE 1_, copropriétés des époux X_, auraient été acquises avec le produit d'une infraction.
Dès lors que les valeurs patrimoniales résultant des infractions ne sont plus disponibles, il convient de prononcer une créance compensatrice à l'encontre du prévenu à hauteur de son enrichissement afin que, selon l'adage, le crime ne paie pas.
En l'espèce, par ses actes, le prévenu s'est enrichi à hauteur de CHF 30'731'899.-, selon le détail suivant :
Enrichissement personnel de X_
Devise
Somme
Détail
USD
250'000
SOCIETE 13_ LLC
EUR
6'000'000
SOCIETE 13_ LLC
USD
391'784
E_/BETA_
EUR
237'480
E_/BETA_
USD
305'797
D_/BETA_
USD
1'381'500
B_/BETA_
EUR
442'500
B_/BETA_
USD
1'115'000
EE_ INC. (prêt ou perte ou donation ou investissement)
USD
775'000
EE_ INC. (prêt ou perte ou donation ou investissement)
USD
2'755'250
Détournement C_
USD
760'000
Détournement C_/BBB_
USD
1'789'000
Détournement C_/BBB_
USD
-1'400'577
_
USD
-1'040'330
I_
USD
-290'219
K_
CHF
8'958'599
Fonds GAMMA_
EUR
14'198
Fonds GAMMA_
USD
37'160
Fonds GAMMA_
USD
1'765'000
Fonds GAMMA_
EUR
500'000
Fonds GAMMA_/Pearlgold
USD
5'661'377
Fonds GAMMA_
EUR
66'592
Fonds GAMMA_
Total EUR
7'260'770
soit CHF 8'424'600 (taux de conversion au 30.01.2018)
Total USD
14'255'742
soit CHF 13'348'700 (taux de conversion au 30.01.2018)
Total CHF
8'958'599
soit CHF 8'958'599 (taux de conversion au 30.01.2018)
TOTAL
CHF 30'731'899
La valeur des biens immobiliers et mobiliers du prévenu s'élèvent à CHF 32'871'967.- (cf. Annexe 5 au présent jugement "Valeurs des biens mobiliers et immobiliers de X_ (valeurs réelles) – Tableau TCO"). Il est précisé qu'il ne doit être tenu compte que de la moitié de la valeur des maisons de VILLAGE 1_ et de VILLAGE 2_, compte tenu du fait que ces biens n'ont pas été acquis grâce au produit des infractions et que le prévenu est copropriétaire de ces biens avec son épouse. De cette valeur, doivent être déduites les hypothèques grevant ces biens.
De ce montant de CHF 32'871'967.-, qui correspond à la valeur objective des biens en possession du prévenu, doivent être déduits :
- les comptes du prévenu auprès de BANQUE A_, dont la valeur est négligeable (comptes 0251-_13-3 et 0251-_9-3), ![endif]>![if>
- le compte LPP du prévenu auprès de BANQUE A_ (compte no 0251-_-11-627), insaisissable selon l'art. 92 al. 1 ch. 10. LP, ![endif]>![if>
- les investissements de SOCIETE 1_ SA dans les produits qu'il faut considérer comme non liquides et dont les perspectives de gains sont incertaines (GOUR MEDICAL, CEQUR et YLUV, à l'exception de l'investissement de CHF 1'545'000.- dans SOFIA GENETICS qui devrait générer un bénéfice de l'ordre de CHF 800'000.- dans les prochaines semaines, cf. PV 17.01.2018, p. 25 et courrier du 07.02.2017 de SOCIETE 1_ SA au MP).![endif]>![if>
Par ailleurs, afin de ne pas compromettre la réinsertion sociale du prévenu (cf. art. 71. al. 2 CP), compte tenu du fait que le prévenu est seulement copropriétaire de ce bien immobilier et que celui-ci est hypothéqué à hauteur de CHF 1'733'000.-, la valeur de la maison de VILLAGE 2_, qui constitue le logement familial, ne sera pas prise en compte dans le calcul de la créance compensatrice. Pour les mêmes motifs, ce bien immobilier ne sera pas séquestré dans le cadre du jugement pénal en exécution de la créance compensatrice qui sera prononcée.
En déduisant les éléments susmentionnés, les biens mobiliers et immobiliers du prévenu s'élèvent à CHF 22'388'794.- (cf. Annexe 5 au présent jugement "Valeurs des biens mobiliers et immobiliers de X_ (valeurs réelles) – Tableau TCO").
Par conséquent, une créance compensatrice à hauteur de CHF 22'000'000.- sera prononcée à l'encontre du prévenu.
A relever que cette créance compensatrice frappe les actifs existants du prévenu dès lors que les valeurs patrimoniales provenant des infractions retenues ne sont plus disponibles. Comme susmentionné, il n'a pas été tenu compte de la moitié de la valeur de la maison de VILLAGE 2_, dont la part de fonds propres n'est de loin pas négligeable ((CHF 2'350'000 – 1'733'000) / 2 = CHF 308'500.-), pour fixer la créance compensatrice. Dans cette mesure, la créance compensatrice de CHF 22'000'000.- ne saurait entraver sérieusement la réinsertion du prévenu, au sens de l'art. 71 al. 2 CP, compte tenu également des capacités intellectuelles du prévenu et de sa capacité d'adaptation telle que démontrée par son parcours privé et professionnel.
En vue de l'exécution de la créance compensatrice prononcée, en application de l'art. 71 al. 3 CP, le séquestre des biens mobiliers déjà sous séquestre, sera maintenu.
La maison de VILLAGE 1_ sera, elle aussi, séquestrée en garantie de l'exécution de cette créance compensatrice. A relever qu'il appartiendra à EPOUSE X_ de revendiquer, en sa qualité de copropriétaire, la moitié du produit de la vente de cette propriété qui devrait se monter, selon les éléments figurant à la procédure, à environ CHF 200'000.- ((CHF 1'200'000 – 800'000) / 2).
Il est relevé que bien qu'une facture relative à une lithographie de Picasso ait été retrouvée dans les documents du prévenu, aucune lithographie n'a été séquestrée dans le cadre de la procédure pénale, de sorte qu'aucun séquestre ne sera prononcé à cet égard dans la mesure où on ignore si cette lithographie est toujours en mains du prévenu et où elle se trouve.
13.3.
Enrichissement de tiers
Dans le cadre de la commission des infractions, le prévenu a enrichi des tiers de sommes provenant des comptes de la partie plaignante B_. Cet enrichissement fait l'objet de l'annexe jointe au présent jugement "Enrichissement de tiers – Tableau TCO".
13.3.1. CC_ LTD
S'agissant des sommes versées par BBB_ LTD et perçues indument par CC_ LTD, à hauteur de USD 3'483'673.- et EUR 8'848'748.-, il ne peut pas y avoir de restitution au lésé ni de confiscation, faute de trace documentaire entre les valeurs patrimoniales actuellement séquestrées et les infractions retenues. Partant, seule une créance compensatrice entre en ligne de compte.
In casu
, les montants reçus de BBB_ LTD ont permis de compenser un dommage causé par les actes délictueux et criminel du prévenu à l'égard de CC_ LTD (cf. arrêt
1B_22/2017
consid. 3 in fine). En effet, les sommes versées par BBB_ LTD ont permis de "
remettre à zéro
" les sous-comptes ouverts à l'insu de CC_ LTD et sur lesquels le prévenu a détourné des sommes en sa faveur ainsi qu'effectué du trading non autorisé et ce, à l'aide d'avances à terme conclues à l'insu du client également. Par ailleurs, il sera relevé qu'aucun débit n'a été effectué depuis les sous-comptes -36 et -39 de CC_ LTD, que ce soit en faveur de C_, de ses sociétés ou de tiers, à l'exception des détournements commis par le prévenu. Après les versements litigieux, les sous-comptes -36 et -39 ont été fermés, sans que CC_ LTD ou C_ n'en ait connaissance et sans donc qu'aucun solde ne subsiste sur les sous-comptes -36 et -39. Ce n'est qu'après l'arrestation du prévenu, plus de huit ans plus tard, que CC_ LTD, via C_, a eu connaissance de l'existence passée des sous-comptes -36 et -39, des malversations commises sur ces sous-comptes et des fonds reçus indûment pour les combler. Dans ce cas spécifique, les avoirs reçus de BBB_ LTD n'ont pas procuré un enrichissement à CC_ LTD, à l'instar de l'absence d'enrichissement en cas de contre prestation adéquate de l'art. 70 al. 2 CP, applicable par renvoi de l'art. 71 al. 1 CP.
Par conséquent, aucune créance compensatrice ne sera prononcée à l'encontre de CC_ LTD.
Les séquestres actuels sur les comptes de CC_ LTD, C_, CCC_ LTD et CCCC_ LTD seront partant levés.
13.3.2. D_
S'agissant des sommes perçues indument par D_ et par DD_ INC., il ne peut pas y avoir de restitution au lésé ni de confiscation, faute de trace documentaire entre les valeurs patrimoniales actuellement séquestrées et les infractions retenues (trace documentaire), à l'exception du versement de USD 14'300'000.-, montant ayant servi à l'acquisition de la propriété immobilière de Eze.
En effet, la procédure a permis d'établir que le montant de USD 14'300'000.- a servi à l'acquisition de cette propriété de Eze, à due concurrence, le solde étant financé par un prêt de BANQUE A_, France.
Le montant de USD 14'300'000.- a été versé par BBB_ LTD à BB_ SA puis à DD_ INC. puis transféré sur le compte de D_, compte sur lequel la somme en question a été convertie en euros. D_ a ensuite versé via son compte EUR 13'893'282.- et EUR 55'000.- sur le compte de sa société DDDD_ LTD, qui a, elle-même, versé ce même montant, le même jour, à SCP _, vendeur du bien en question.
Au 31 décembre 2008, tant le compte de D_ en USD que celui en EUR ne disposaient pas des liquidités nécessaires au versement des fonds propres pour l'achat de la propriété d'Eze.
Il résulte de ce qui précède qu'il est établi que la propriété d'Eze a été financée à hauteur de USD 14'300'000.- avec les fonds de BBB_ LTD, soit avec le produit de l'infraction.
Par conséquent, une trace documentaire pouvant être établie entre la propriété d'Eze et le produit de l'infraction retenue à l'encontre du prévenu, ce bien-fonds sera confisqué, en application de l'art. 70 al. 1 CP, étant précisé que SCI DDD_ est un simple instrument dans la main de la partie plaignante D_, lequel, économiquement, ne fait qu'un avec elle, preuve en est que SCI DDD_ est financée exclusivement par les biens de D_.
Une créance compensatrice sera par ailleurs prononcée à l'encontre de D_, respectivement de DD_ INC., à hauteur du solde de leur enrichissement de USD 532'262.-, EUR 1'667'228 et GBP 79'500.-, respectivement de USD 17'300'000.-.
D_ et DD_ INC. sont bénéficiaires immédiats de l'infraction d'escroquerie retenue à l'encontre du prévenu dans la mesure où ils ont reçu les fonds directement par l'infraction d'escroquerie commise et non après la commission de celle-ci. Partant, les conditions posées à l'art. 70 al. 2 CP ne s'appliquent pas.
En tout état, s'agissant tant de la confiscation que du prononcé d'une créance compensatrice, au sens de l'art. 70 al. 2 CP, il n'est pas contesté que la condition de la bonne foi est réalisée. En revanche, aucune contre prestation adéquate n'a été fournie en échange des transferts indus, les pertes étant antérieures aux détournements en question et sans lien avec ceux-ci.
D_ s'oppose au prononcé d'une créance compensatrice au motif que les transferts indus en sa faveur visaient à combler des pertes d'origine illicite.
Tout d'abord, ces faits ne sont pas reprochés au prévenu.
Par ailleurs, aucun élément au dossier ne permet de retenir que ces pertes seraient la conséquence d'un acte illicite du prévenu, étant précisé que le prévenu a toujours soutenu que le client avait connaissance de tous les investissements effectués avant les transferts indus et que le client a continué à investir notamment dans les produits MEINL en 2008 et 2009, sans préjudice de la connaissance effective par le client des pertes subies, ce qui tend à démontrer que les investissements dans les produits MEINL étaient souhaités ou à tout le moins acceptés par le client.
Enfin, ce cas est différent de celui de CC_ LTD, où des sous-comptes ont été ouverts et fermés sans que le client n'en soit informé, les transferts indus venant combler simultanément les pertes causées illicitement par le prévenu sur les sous-comptes ouverts à l'insu du client, ce sans qu'aucun débit ne soit effectué en faveur de C_, d'une de ses sociétés ou d'un tiers ou même d'un autre sous-compte de CC_ LTD. En d'autres termes aucune activité ni aucun débit n'est survenu sur les sous-comptes -36 et -39 de CC_ LTD autres que les activités illicites du prévenu. Il en va différemment des sous-comptes de D_ et DD_ INC., bénéficiaires immédiats des transferts indus, qui sont les sous-comptes principaux des clients, sur lesquels une intense activité a eu lieu et lesquels ont fait l'objet de nombreux débits en faveur des clients eux-mêmes.
S'agissant des détournements BETA_, dont a lui-même été victime D_, ils sont ultérieurs aux transferts indus du mode opératoire 1 de sorte qu'en tout état, ils n'entrent pas en ligne de compte dans la fixation du montant de la créance compensatrice.
Le cas de la rigueur excessive de l'art. 70 al. 2 CP n'est enfin pas applicable au bénéficiaire immédiat de l'infraction et, au demeurant, n'est pas réalisé au vu de la fortune globale de l'intéressé.
Au vu de ce qui précède, le séquestre sur le compte de D_ sera maintenu en garantie de l'exécution de la créance compensatrice prononcée à l'encontre de D_ et de DD_ INC., selon la théorie de la transparence rappelée supra.
13.3.3. E_
S'agissant des sommes perçues indument par E_ et EE_ INC., à l'instar de D_ et de sa société DD_ INC., la trace documentaire a été perdue pour toutes les sommes d'argent reçues indûment.
Une créance compensatrice sera prononcée à hauteur de l'enrichissement, soit à hauteur de USD 693'151.-, EUR 1'085'500.- et GBP 79'500.- à l'encontre de E_ et de USD 25'800'000.- à l'encontre de EE_ INC..
Les motifs développés dans le cadre du précédent considérant en lien avec D_ et DD_ INC. valent pour le surplus
mutatis mutandis
pour E_ et EE_ INC..
Le séquestre du compte de E_ sera maintenu en garantie de l'exécution de la créance compensatrice prononcée à l'encontre de E_ et de EE_ INC..
En revanche, il convient de revoir l'assiette du séquestre, conformément au principe de proportionnalité. En effet, les sommes dont E_ et ses sociétés se sont trouvés enrichis, converties au cours du 31 janvier 2018, s'élèvent à CHF 27'701'671.- :
- EUR 1'085'500.- CHF 1'158'880.- *![endif]>![if>
- USD 26'493'151 CHF 26'438'000.- *![endif]>![if>
- GBP 79'500 CHF 104'791.- *![endif]>![if>
- Total CHF 27'701'671.-![endif]>![if>
* taux au 31.01.2018
Par conséquent, le séquestre sur le compte de E_ sera maintenu, mais à hauteur de CHF 28'000'000.-, le séquestre étant levé pour le surplus.
S'agissant du séquestre sur le compte de EE_ INC. à hauteur de CHF 20'000.-, il sera levé dès lors que les sommes séquestrées sur le compte de E_ sont suffisantes à couvrir les créances compensatrices.
13.3.4. F_
13.3.4.1.
S'agissant des sommes perçues indument par F_, la trace documentaire a été perdue pour toutes les sommes d'argent reçues indûment de sorte que seule une créance compensatrice à hauteur des montants reçus peut être prononcée à l'encontre de l'intéressée (cf. Annexe 6 "Enrichissement de tiers – Tableau TCO").
En l'occurrence, F_ est bénéficiaire immédiat de l'infraction d'escroquerie retenue à l'encontre du prévenu de sorte que les conditions posées à l'art. 70 al. 2 CP ne s'appliquent pas.
Quoiqu'il en soit, s'agissant tant de la confiscation que du prononcé d'une créance compensatrice, au sens de l'art. 70 al. 2 CP, il n'est pas contesté que la condition de la bonne foi est réalisée. En revanche, aucune contre prestation adéquate n'a été fournie en échange des transferts indus, les pertes étant antérieures aux détournements en question et sans lien avec ceux-ci.
F_ s'oppose au prononcé d'une créance compensatrice au motif que les transferts indus en sa faveur visaient à combler des pertes d'origine illicite.
Tout d'abord, ces faits ne sont pas reprochés au prévenu.
Par ailleurs, aucun élément de la procédure ne permet de retenir que les pertes seraient la conséquence d'un acte illicite du prévenu, étant précisé que le prévenu a toujours soutenu que la cliente avait connaissance de tous les investissements effectués avant les transferts indus et que les investissements MEINL figuraient sur le relevé de compte établi par le prévenu au 14.09.2007 et sur les relevés de BANQUE A_.
Enfin, ce cas est différent de celui de CC_ LTD, où des sous-comptes ont été ouverts et fermés sans que le client n'en soit informé et sans qu'aucun débit n'ait lieu sur les comptes, à l'exception des détournements du prévenu. Les motifs exposés concernant D_ s'appliquent
mutatis mutandis
concernant F_.
Le cas de la rigueur excessive de l'art. 70 al. 2 CP, pour autant que cette condition soit applicable au bénéficiaire immédiat de l'infraction, n'est pas réalisé au vu de la fortune globale de l'intéressée.
Partant, une créance compensatrice sera prononcée à l'encontre de F_ à concurrence des sommes perçues indument. De ces sommes sera déduite la somme de USD 4'150'744.-. En effet, à teneur des pièces produites, des montants ont été versés sur le compte
Dream
en décembre 2009 dans le cadre des versements indus et transférés à GG_ LTD le 24 décembre 2009.
A priori
, ces transferts n'ont pas d'autre cause que le comblement des pertes par le prévenu et, dans cette mesure, ils ont bénéficié à GG_ LTD et non à F_. Il est précisé que le montant précité ne sera pas retenu comme un enrichissement de GG_ LTD faute de figurer dans l'acte d'accusation.
Il n'est pas non plus tenu compte dans la fixation de la créance compensatrice des versements effectués en faveur de V_ LTD de USD 100'112.- et USD 775'000.-. D'une part, il n'est pas retenu que ces versements seraient venus combler des pertes sur le compte
Dream
. D'autre part, V_ LTD n'est pas partie à la présente procédure.
Enfin, le séquestre sur le compte
Dream
sera maintenu en garantie de l'exécution de la créance compensatrice.
13.3.4.2.
En l'absence de trace documentaire reliant le compte de FF_ CORP. avec les fonds reçus indument par F_ sur son compte auprès de BANQUE A_, il convient d'examiner si les avoirs de FF_ CORP. peuvent être séquestrés en garantie de l'exécution de la créance compensatrice prononcée à l'encontre de F_.
FF_ CORP. a ouvert un compte auprès de la banque BANQUE SAISIE 1_ en 2009 en indiquant F_ comme ayant-droit économique.
Le 15 juillet 2013, les administrateurs de paille de FF_ CORP. ont informé la banque de changements au sein de la société, tout en certifiant que l'ayant-droit économique du compte restait inchangé. En 2014 et en 2016, ils ont confirmé cet état.
Dans le cadre de son recours contre le séquestre de ses avoirs dans le cadre de la présente procédure, FF_ CORP. a indiqué que ses avoirs provenaient de F_, laissant ainsi penser que la précitée était l'ayant-droit économique de FF_ CORP.
Ce n'est qu'en novembre 2017, après la constitution d'un nouvel avocat, que FF_ CORP., via la banque BANQUE SAISIE 1_, a fait savoir qu'en réalité, F_ avait cédé à sa mère, le 7 juillet 2013, ses avoirs en produisant un document manuscrit rédigé en anglais.
Ce n'est également que sur requête de la direction de la procédure du Tribunal correctionnel que FF_ CORP. a produit, quatre jours avant l'ouverture des débats, les documents corporatifs de la fondation détenant FF_ CORP. et qui reflètent le changement de bénéficiaire de la fondation effectué en 2013.
Le Tribunal ne peut que s'étonner du silence de F_ sur la cession des avoirs de FF_ CORP. à sa mère, connue d'elle depuis 2013, et de la production tardive des documents du Panama qui reflètent ce changement.
Toutefois, faute de pouvoir établir que les documents produits quatre jours avant les débats sont des actes simulés (cf. à cet égard arrêt
1B_213/2013
concernant le cas d'une société de droit panaméen, détenue par une fondation de famille, dont les avoirs auraient été donnés à la mère, clients russes représentés par le conseil de FF_ CORP.), il doit être tenu pour établi que, depuis 2013, F_ n'est plus bénéficiaire de la fondation _ INTERNATIONAL FOUNDATION, qui détient FF_ CORP., montage effectué à des fins successorales.
Dans cette mesure, les avoirs de FF_ CORP., distincte de la personne de F_, ne peuvent être confisqués en garantie de l'exécution de la créance compensatrice prononcée contre la précitée.
Le séquestre des avoirs de FF_ CORP. auprès de la banque BANQUE SAISIE 1_ sera levé.
13.3.5. GG_ LTD et G_
Pour les mêmes raisons que précédemment exposées sous considérants 13.2.2. (D_), 13.2.3. (E_) et 13.2.4.1. (F_), une créance compensatrice à hauteur de toutes les sommes d'argent reçues indûment par G_ et de GG_ LTD sera prononcée à leur encontre (cf. Annexe 6 "Enrichissement de tiers – Tableau TCO").
Aucun élément du dossier ne permet de retenir que les pertes seraient la conséquence d'un acte illicite du prévenu, étant précisé que le prévenu a toujours soutenu que le client avait connaissance de tous les investissements effectués avant les transferts indus. Par ailleurs, les portefeuilles de G_ et de GG_ LTD étaient gérés de manière similaire à celui de F_, l'assistante financière des ex-conjoints ayant par ailleurs toujours été la même, et les relevés de compte Excel et officiels de F_ font état des investissements MEINL, ce qui tend à corroborer les déclarations du prévenu selon lesquelles le client avait souhaité les investissements effectués, seules les pertes y relatives lui ayant été cachées. Ni G_ ni GG_ LTD n'ont produit les relevés de leur compte officiels et ceux établis par le prévenu qui permettraient, cas échéant, de démontrer le contraire, alors que leur conseil a mentionné être en possession de ceux-ci.
Enfin, le séquestre sur le compte de GG_ LTD sera maintenu en garantie de l'exécution de la créance compensatrice prononcée à l'encontre de GG_ LTD et de G_.
13.3.6. I_
S'agissant des sommes perçues indument par I_, la trace documentaire a été perdue, de sorte que seule une créance compensatrice peut être prononcée à l'encontre de l'intéressé. Il ne ressort ni de l'acte d'accusation ni du dossier que ces versements seraient directement venus en compensation d'actes délictueux ou criminels commis par le prévenu. En tout état, le client s'est trouvé enrichi de ces sommes venues combler des pertes subies par le client.
Afin de fixer la quotité de la créance compensatrice à prononcer à l'encontre de I_, il convient de tenir compte du versement de USD 1'040'330.-, en trois virements, sur le compte de l'intéressé auprès de BANQUE A_. En effet, les sommes versées proviennent des comptes de B_ ou de ses sociétés, soit de l'infraction d'escroquerie commise par le prévenu, via un compte auprès d'une banque à Monaco, sommes dont I_ s'est trouvé directement enrichi.
Par conséquent, une créance compensatrice sera prononcée à hauteur des sommes perçues indûment (cf. Annexe 6 "Enrichissement de tiers – Tableau TCO").
Le séquestre du compte de I_ sera maintenu en garantie de l'exécution de la créance compensatrice. Toutefois, il convient, conformément au principe de proportionnalité, de revoir l'assiette du séquestre. Le client s'est trouvé enrichi de USD 1'907'210.-, EUR 762'510.- et GBP 193'460.-, soit de CHF 2'917'945.- au cours du 1
er
février 2018.
Partant, le séquestre doit être maintenu en garantie de l'exécution de la créance compensatrice à hauteur de CHF 3'000'000.- et levé pour le surplus.
13.3.7. H_
H_ a bénéficié d'une somme totale de USD 319'359.- provenant du compte de B_, soit directement de l'infraction. Il est un bénéficiaire immédiat de l'infraction. Pour les mêmes raisons que celles exposées aux considérants
supra
, une créance compensatrice sera prononcée à l'encontre de H_ à hauteur de la somme précitée.
Le séquestre sur son compte sera maintenu en garantie de l'exécution de la créance compensatrice à hauteur du montant actuellement séquestré.
13.3.8. EPOUSE X_
Il convient d'examiner si EPOUSE X_ a bénéficié du produit des infractions commises par son époux et si des confiscations ou une créance compensatrice doivent être prononcées.
Un compte bancaire à l'étranger et de nombreux bijoux appartenant à EPOUSE X_ ont été séquestrés, de même que les parts de copropriété sur les immeubles qu'elle a acquis avec son époux.
Il ressort de la procédure qu'une partie des bijoux reçus par EPOUSE X_ et séquestrés, a été financée directement par le produit de l'infraction de gestion déloyale en lien avec les rétrocessions GAMMA_.
La trace documentaire du financement de sept bijoux a pu être retracée grâce aux relevés bancaires, aux factures des bijoux et aux photographies les concernant (cf.
supra
r.q). Il s'agit des bijoux figurant sous chiffres 1, 5 (bague
CHANEL Camélia
uniquement) et 14 de l'inventaire no 6863320160118 et sous chiffres 1, 2, 4 et 5 de l'inventaire du 16 septembre 2016 (PP 800'570). Ces derniers bijoux doivent donc être confisqués, en application de l'art. 70 al. 1 CP.
L'acquisition d'autres bijoux a également été financée grâce aux rétrocessions perçues de GAMMA_ sur les comptes de SOCIETE 5_ LTD, SOCIETE 7_ JLT ou SOCIETE 2_ SA, soit par le produit de l'infraction, mais ceux-ci n'ont pas pu être précisément identifiés parmi les objets séquestrés. Ce solde des bijoux correspond à une valeur de plus de CHF 600'000.- répartis de la manière suivante :
- USD 36'870.- pour un achat de bijoux le 24 novembre 2011,![endif]>![if>
- EUR 92'475.- pour un achat de bijoux le 20 février 2012,![endif]>![if>
- CHF 153'000.- pour un achat de bijoux le 31 octobre 2013,![endif]>![if>
- USD 291'590 (=CHF 254'000.-) pour un achat de bijoux le 2 mars 2014,![endif]>![if>
- EUR 46'000.- (=USD 65'000.-) pour un achat de bijoux le 2 mars 2014. ![endif]>![if>
EPOUSE X_ s'est dès lors trouvée enrichie de la valeur de ces bijoux, soit à hauteur de plus de CHF 600'000.-. Seule une créance compensatrice peut être prononcée à son encontre s'agissant du solde de ces bijoux, dès lors que la trace documentaire n'a pas pu être établie.
EPOUSE X_ étant un tiers, il convient d'examiner si les conditions de l'art. 70 al. 2 CP sont réalisées. En l'espèce, il ne fait pas de doute que la condition de la bonne foi est réalisée. En revanche, aucune contreprestation n'a été fournie en échange des bijoux reçus, une contreprestation n'étant pas donnée lorsque les valeurs ont été remises à titre gratuit (arrêts
6B_672/2014
du 22 décembre 2017 consid. 3.2.;
1B_71/2014
du 1
er
juillet 2014 consid. 5.1.;
1B_3/2014
du 5 février 2014 consid. 2.2.). Le cas de la rigueur excessive n'est, quant à lui, pas réalisé s'agissant de bijoux de valeur et eu égard à la situation personnelle de l'intéressée (cf. supra).
Pour fixer le montant de la créance compensatrice, il doit être tenu compte de la situation personnelle de l'intéressée (art. 71 al. 2 CP). En l'occurrence, EPOUSE X_, âgée de 47 ans, ne travaille pas depuis plusieurs années et ne dispose d'aucun revenu. En revanche, elle est copropriétaire de la maison de VILLAGE 1_, dont les fonds propres s'élèvent à environ CHF 400'000.-. Elle est également copropriétaire de la maison de VILLAGE 2_, dont les fonds propres se montent, quant à eux, à CHF 308'500.-.
Eu égard à l'enrichissement personnel de EPOUSE X_ provenant des infractions commises par son époux et à sa situation personnelle, une créance compensatrice à hauteur de CHF 150'000.- sera prononcée à son encontre.
Afin de garantir l'exécution de la créance compensatrice, la collection
Montega
de ELIE CHATILA (bague, boucles d'oreille et collier), qui figure à l'inventaire no 6863320160118 sous ch. 7, 8 et 15, sera maintenue sous séquestre, la valeur de ces bijoux, selon estimation, apparaissant comme suffisante. Pour le surplus, les bijoux restants seront restitués à EPOUSE X_.
S'agissant du compte bancaire auprès de BANQUE SAISIE 8_, dont EPOUSE X_ était la titulaire, il a été clôturé et les fonds ont été transférés sur le compte du Pouvoir judiciaire. Le compte auprès de BANQUE SAISIE 8_ a été ouvert pour servir les actes du prévenu et a été alimenté uniquement par ce dernier. Il se justifie dès lors d'ordonner le séquestre des fonds y relatifs présents sur le compte du Pouvoir judiciaire, en garantie de la créance compensatrice prononcée contre le prévenu.
S'agissant du compte bancaire ouvert auprès de BANQUE SAISIE 7_, dont EPOUSE X_ est la titulaire, ce compte a été alimenté exclusivement par le prévenu, par le biais de commissions illicites, et a servi à acquérir les maisons de Porto Cervo, lesquelles font l'objet d'une confiscation comme mentionné
supra
(cf. ch. 13.2). Il sera ainsi retenu qu'EPOUSE X_ n'a servi que de prête-nom au prévenu et qu'elle n'a pas de droit à faire valoir sur les valeurs déposées sur ce compte bancaire, de sorte qu'il se justifie de maintenir le séquestre sur ce compte pour garantir la créance compensatrice prononcée contre le prévenu.
Il a également été discuté
supra
(cf. 13.2.) des immeubles en Suisse du couple X_. La maison de VILLAGE 1_ étant séquestrée en garantie de l'exécution de la créance compensatrice prononcée à l'encontre du prévenu, il appartiendra à EPOUSE X_ de faire valoir ses droits de copropriétaire dans le cadre de la réalisation forcée de ce bien. Le séquestre sur la maison de VILLAGE 2_ est, quant à lui, levé.
14. Allocation au lésé
14.1.
Aux termes de l'art. 73 al. 1 CP, si un crime ou un délit a causé à une personne un dommage qui n'est couvert par aucune assurance et s'il y a lieu de craindre que l'auteur ne réparera pas le dommage ou le tort moral, le juge alloue au lésé, à sa demande, jusqu'à concurrence des dommages-intérêts ou de la réparation morale fixés par un jugement ou par une transaction, les objets et les valeurs patrimoniales confisqués ou le produit de leur réalisation, sous déduction des frais (let. b) ou les créances compensatrices (let. c).
Conformément au texte de la loi, l'allocation au lésé n'est accordée que sur requête de celui-ci et n'intervient jamais d'office (ATF
122 IV 365
consid. 2 p. 374 s.; arrêt
6B_659/2012
du 8 avril 2013 consid. 3.1.). Lorsqu'il existe plusieurs lésés, le juge ne tiendra compte, pour l'allocation, que de ceux qui ont expressément formulé une demande sur la base de l'art. 73 CP, à l'instar du juge civil ou du juge pénal appelé à statuer sur des prétentions civiles (arrêt
6B_659/2012
du 8 avril 2013 consid. 3.1. et doctrine citée : SCHMID, Kommentar, Einziehung, Organisiertes Verbrechen, Geldwäscherei, vol. I, 2
ème
éd. 2007, N 74 ad art. 73 CP).
En vertu du principe de l'économie de la procédure, l'allocation doit, en principe, être ordonnée en même temps que la décision qui en constitue son fondement (cf. art. 73 al. 3 CP
a contrario
; arrêt
6B_659/2012
du 8 avril 2013 consid. 3.1.).
L'allocation au lésé, en application de l'art. 73 CP, suppose qu'un jugement ait été rendu en faveur du lésé ou que l'accusé ait reconnu sa responsabilité (arrêt
6B_405/2008
du 12 décembre 2008 consid. 1.3.3.; LOMBARDINI, Banques et blanchiment d'argent op. cit., N 541).
14.2.
En l'espèce, seul BANQUE A_ peut prétendre à l'allocation des valeurs patrimoniales confisquées et des créances compensatrices prononcées, en application de l'art. 73 CP, dans la mesure où seule cette partie plaignante a obtenu des dommages-intérêts dans le cadre de la présente procédure.
S'agissant de l'infraction d'escroquerie retenue à l'encontre du prévenu, BANQUE A_ est lésée par cette infraction. Par conséquent, la valeur de réalisation des objets et les valeurs patrimoniales confisquées ainsi que les créances compensatrices prononcées en lien avec cette infraction seront alloués à BANQUE A_.
S'agissant en particulier de la vente de la propriété d'Eze, le produit de la vente de ce bien, sera alloué à BANQUE A_ à hauteur de USD 14'300'000.-, étant précisé que ce montant viendra en déduction des sommes auxquelles le prévenu a été condamné. S'agissant d'un éventuel solde, il appartiendra au titulaire de la créance compensatrice, soit à BANQUE A_, de faire cas échéant valoir ses droits sur celui-ci et ce, en concurrence avec d'éventuels autres créanciers.
BANQUE A_ a été déboutée de ses prétentions en indemnité s'agissant de l'infraction de gestion déloyale retenue à l'encontre du prévenu en lien avec la perception des rétrocessions GAMMA_. Toutefois, dans la mesure où le lésé direct de cette infraction de gestion déloyale n'a pas formulé de prétentions civiles ni pris de conclusions en allocation, et dans la mesure où l'Etat ne doit pas s'enrichir au détriment du lésé – direct ou indirect (arrêt
6B.344/2007
consid. 5.3; PAVLIDIS, Confiscation internationale : instruments internationaux, droit de l'Union européenne, droit suisse, thèse Genève 2012, chapitre 8.1), il convient de céder également la valeur de réalisation des objets et les valeurs patrimoniales confisquées ainsi que les créances compensatrices en lien avec cette infraction de gestion déloyale à BANQUE A_, à charge pour elle de dédommager ensuite son client.
15. Indemnités fondées sur les art. 433 et 434 CPP
15.1.1.
L'art. 433 al. 1 CPP permet à la partie plaignante de demander au prévenu une juste indemnité pour les dépenses obligatoires occasionnées par la procédure lorsqu'elle obtient gain de cause (let. a) ou lorsque le prévenu est astreint au paiement des frais conformément à l'art. 426 al. 2 CPP (let. b). L'al. 2 prévoit que la partie plaignante adresse ses prétentions à l'autorité pénale; elle doit les chiffrer et les justifier. Si elle ne s'acquitte pas de cette obligation, l'autorité pénale n'entre pas en matière sur la demande.
La partie plaignante obtient gain de cause au sens de l'art. 433 al. 1 CPP si les prétentions civiles sont admises et/ou lorsque le prévenu est condamné. Si, en sus de sa participation à la procédure pénale, la partie plaignante intervient aussi pour obtenir la réparation du dommage corporel, matériel ou moral que lui a causé l'infraction, il faut en principe que ses conclusions civiles soient admises, au moins partiellement. En cas d'adjudication partielle des conclusions de la partie plaignante, les dépens des parties peuvent être compensés ou mis proportionnellement à la charge de chacune d'entre elles, en principe en identifiant séparément chaque acte de procédure et son incidence sur les frais exposés des parties (KUHN/JEANNERET, CR - CPP, Bâle 2011, N 2 et 3 ad art. 433 et références citées).
La prétention en indemnisation de la partie plaignante n'entre pas dans les prétentions civiles au sens des art. 122 ss CPP et est spécialement réglée par l'art. 433 CPP (arrêt
6B_47/2017
du 13 décembre 2017 consid. 2.2.4. destiné à publication).
15.1.2.
La juste indemnité, notion qui laisse un large pouvoir d'appréciation au juge, couvre ainsi les dépenses et les frais nécessaires pour faire valoir le point de vue de la partie plaignante dans la procédure pénale. Il s'agit en premier lieu des frais d'avocat (ATF
139 IV 102
consid. 4.1.). En particulier, les démarches doivent apparaître nécessaires et adéquates pour la défense raisonnable du point de vue de la partie plaignante (ATF
139 IV 102
consid. 4.3.; arrêts
6B_524/2017
du 22 novembre 2017 consid. 2.1.;
6B_864/2015
du 1
er
novembre 2016 consid. 3.2.;
6B_159/2012
du 22 juin 2012 consid. 2.3.).
Les honoraires d'avocat se calculent selon le tarif usuel du barreau applicable dans le canton où la procédure se déroule (arrêt
6B_392/2013
du 4 novembre 2013 consid. 2.3.). Bien que le canton de Genève ne connaisse pas de tarif officiel des avocats, il n'en a pas moins posé, à l'art. 34 de la loi sur la profession d'avocat du 26 avril 2002 (LPAv; RS/GE
E 6 10
), les principes généraux devant présider à la fixation des honoraires, qui doivent en particulier être arrêtés compte tenu du travail effectué, de la complexité et de l'importance de l'affaire, de la responsabilité assumée, du résultat obtenu et de la situation du client. Sur cette base, la Cour de justice retient en principe un tarif horaire entre CHF 400.- et CHF 450.- pour un chef d'étude, de CHF 350.- pour les collaborateurs et de CHF 150.- pour les stagiaires (arrêt de la Cour de justice
AARP/38/2018
du 26 janvier 2018 consid. 7).
L'indemnité fondée sur l'art. 433 CPP pour les dépenses obligatoires occasionnées par la procédure ne produit pas d'intérêts (arrêt
6B_47/2017
du 13 décembre 2017 consid. 2.2.4. destiné à publication).
15.2.1.
L'art. 434 CPP prévoit que les tiers qui, par le fait de la procédure ou du fait de l'aide apportée aux autorités pénales, subissent un dommage ont droit à une juste compensation si le dommage n'est pas couvert d'une autre manière, ainsi qu'à une réparation du tort moral.
Il s'agit d'un chef de responsabilité causale de l'Etat (SCHMID, Praxiskommentar, Zurich, 2013, N 4 ad art. 434). L'indemnisation des tiers incombe exclusivement à l'Etat et ne constitue pas des frais de la procédure, selon l'art. 422 CPP, qui peuvent être mis à la charge du prévenu au sens de l'art. 426 CPP (JEANNERET/KUHN, Précis procédure pénale, Berne, 2013, p. 131 N 5079).
15.2.2.
La notion de juste compensation du dommage se réfère aux principes généraux du droit de la responsabilité civile, à l'instar de ce qui prévaut pour l'indemnisation du prévenu (art. 429 ss CPP). Il s'agit en principe d'une pleine indemnité pour les inconvénients subis. Le dommage susceptible d'être compensé consiste dans une diminution du patrimoine du tiers lésé, qui pourra être matérielle, économique ou encore provoquée par les frais de défense et de procédure engagés pour faire valoir ses droits (arrêt
6B_1360/2016
du 10 novembre 2017, consid. 2 et références citées).
Selon le message du Conseil fédéral concernant l'indemnité due au prévenu, l'Etat ne prend en charge les frais de défense que si l'assistance d'un avocat était nécessaire compte tenu de la complexité de l'affaire en fait ou en droit et que le volume de travail et donc les honoraires étaient ainsi justifiés (FF 2006 1313 ch. 2.10.3.1; cf. ATF
142 IV 45
consid. 2.1.). L'indemnisation des dépenses du prévenu pour un avocat couvre les honoraires, à la condition que le recours à celui-ci procède d'un exercice raisonnable des droits de procédure. Ces principes sont applicables par analogie à la fixation de l'indemnité au tiers lésé (arrêt
6B_1360/2016
du 10 novembre 2017, consid. 2 et références citées).
15.2.3.
L'indemnisation peut être réduite ou supprimée en cas de faute concomitante du tiers, en analogie avec l'article 420 CPP (MOREILLON/PAREIN-REYMOND, op.cit., N 6 ad art. 434), en tant que facteur interruptif de la causalité adéquate (WERRO, op. cit., N 45 ad art. 41). La faute ou le fait de la victime ne libère le responsable que si cette faute est grave ou ce fait si déterminant qu'il fait apparaître comme lointaine la cause dont répond la personne recherchée (WERRO, op. cit., N 47 ad art. 41). A noter que, lorsque la faute n'est pas suffisamment grave, elle n'interrompt pas le lien de causalité, mais elle peut conduire à une réduction de l'indemnité (ibidem).
15.2.4.
Le tiers est soumis aux mêmes exigences procédurales que la partie plaignante, l'art. 433 al. 2 CPP s'appliquant par analogie (renvoi de l'art. 434 al. 1 in fine CPP). Il devra donc faire valoir ses prétentions devant l'autorité, les chiffrer et les documenter, faute de quoi son droit à une réparation sera périmé (arrêt
6B_1360/2016
du 10 novembre 2017, consid. 5.2.2.; PITTELOUD, Code de procédure pénale suisse, Zurich/Saint-Gall, 2012, p. 904 N 1375).
15.3.
En l'espèce, des prétentions en indemnisation sous l'angle de l'art. 433 CPP ont été déposées par les parties plaignantes BANQUE A_, CC_ LTD, D_, DD_ INC., E_ et EE_ INC., F_ et GG_ LTD.
Des prétentions en indemnisation basées sur l'art. 434 CPP ont été déposées par FF_ CORP., I_ et H_ ainsi que, à titre subsidiaire, par F_ et GG_ LTD.
De manière générale, il sera précisé que, conformément à la jurisprudence, les tarifs horaires de CHF 450.- pour un chef d'étude, de CHF 350.- pour les collaborateurs et de CHF 150.- pour les stagiaires ont été retenus pour toutes les notes d'honoraires produites.
S'agissant du temps d'audience devant le Tribunal correctionnel, il a été arrêté à 58 heures, total qui tient compte des huit jours de débats entre les 15 et 25 janvier 2018 ainsi que de la lecture du verdict le 9 février 2018.
15.4.1.
BANQUE A_ a conclu à une juste indemnité de CHF 446'000.-, TVA en sus, pour l'activité déployée de janvier 2016 à février 2018.
Dans la mesure où BANQUE A_ obtient gain de cause pour la majeure partie de ses prétentions, il sera fait droit à sa demande d'indemnisation.
Toutefois, le montant réclamé sera réduit. En effet, au vu de l'importance de l'affaire et de l'implication de BANQUE A_ dans la procédure, la présence d'au maximum deux avocats durant les audiences d'instruction et de jugement est admise (le second collaborateur ou le stagiaire n'étant alors pas pris en compte). Vu la modification du taux de la TVA de 8 % à 7.7 % au 1
er
janvier 2018, les honoraires seront calculés séparément pour les prestations fournies jusqu'au 31 décembre 2017 des prestations fournies à compter du 1
er
janvier 2018, lesquelles sont soumises au nouveau taux.
Il sera ainsi tenu compte de 305 heures d'audiences d'instruction, réparties entre 91 heures pour Me Vincent JEANNERET, 4 heures pour Me Benjamin BORSODI, 107 heures pour Me Céline GAUTIER et 7 heures pour Me Alvin DHOWTALUT et de 34 heures de préparation de ces audiences pour Me Vincent JEANNERET et 256 heures pour ses collaborateurs, puis d'une heure pour l'audience préliminaire, indemnisées aux tarifs retenus par la jurisprudence, auxquelles s'ajoutent les frais forfaitaires réclamés pour les correspondances de CHF 28'700.-, soit un total de CHF 216'600.- pour la période allant jusqu'au 31 décembre 2017. Pour la période postérieure au 1
er
janvier 2018, il sera retenu 70 heures de préparation et 58 heures d'audience de jugement pour le chef d'étude ainsi que pour un collaborateur, soit un total de CHF 102'400.-.
Après application de la TVA aux taux respectifs, l'indemnité pour les dépenses obligatoires que le prévenu sera condamné à payer à la partie plaignante BANQUE A_ est fixée à CHF 344'213.-.
15.4.2.
CC_ LTD, CCCC_ LTD, C_ et CCC_ LTD ont conclu à une indemnité commune de CHF 503'750.- pour leurs frais d'avocat.
CC_ LTD a obtenu gain de cause sur le plan pénal, à l'exclusion des infractions frappées de prescription. Les séquestres qui la touchaient ont été levés. En conséquence, il sera fait droit à sa demande d'indemnité, basée sur l'art. 433 CPP.
Cela étant, le tarif horaire appliqué n'étant pas conforme à la jurisprudence, il sera revu à la baisse. Le relevé produit ne mentionne pas les dates des activités et le caviardage de nombreuses lignes rend difficile l'examen de celui-ci. De plus, le temps consacré à l'enregistrement de délais ou au classement n'a pas à être pris en compte. Par ailleurs, la facturation du temps passé par deux, voire trois avocats ne se justifie pas dans ce cadre, étant donné que, contrairement à BANQUE A_, l'activité concernant CC_ LTD est circonscrite à certains faits précis. Le relevé d'activité doit donc être réduit en conséquence.
Il sera retenu 100 heures d'audiences d'instruction et d'audience préliminaire au tarif de chef d'étude et 200 heures de préparation d'audience réparties entre 50 heures pour Me Christian LUSCHER et 150 heures pour Me Aileen TRUTTMANN ainsi qu'un forfait de 20% pour les correspondances. Pour l'audience de jugement, il sera retenu 70 heures de préparation et 58 heures de présence à l'audience au tarif de chef d'étude.
CCCC_ LTD, C_ et CCC_ LTD n'étant pas parties plaignantes dans le cadre la procédure, ils ne peuvent faire valoir aucune prétention en indemnisation à l'encontre du prévenu basée sur l'art. 433 CPP. Dans tous les cas, l'activité du Conseil pour la défense de C_, ayant-droit économique de CC_ LTD, et de ses autres entités n'a pas entraîné une activité plus large que celle déjà retenue ici pour la défense de CC_ LTD. En conséquence, l'indemnité sera attribuée uniquement à cette dernière.
Au vu de ce qui précède, le prévenu sera condamné à indemniser la partie plaignante CC_ LTD à hauteur de CHF 215'850.- pour ses dépenses obligatoires.
15.4.3.
D_, DD_ INC., E_, EE_ INC. et SCI DDD_ ont fait valoir des prétentions en indemnisation communes à hauteur de CHF 470'000.- pour les honoraires de leur Conseil ainsi que CHF 25'625.- en indemnisation d'un avis de droit du Prof. Marcel Alexander NIGGLI.
D_, DD_ INC., E_ et EE_ INC. ont obtenu gain de cause s'agissant de la condamnation du prévenu pour escroquerie en lien avec les transferts BETA_, avec les détournements au préjudice de EE_ INC. ainsi que pour la gestion déloyale en lien avec le trading non-autorisé. En revanche, les intéressés ont été déboutés de leurs conclusions pour le surplus et déboutés de toutes leurs prétentions civiles, ainsi que de leurs conclusions en levée de séquestre. Or, selon le relevé d'activité produit par le Conseil, l'essentiel de son activité a trait aux prétentions civiles. L'indemnité sera réduite en conséquence, n'étant prise en compte que la moitié des heures consacrées à la préparation.
Ainsi, il sera retenu 100 heures de présence aux audiences d'instruction et à l'audience préliminaire, 100 heures de préparation ainsi qu'un forfait de 20% pour les correspondances. Pour l'audience de jugement, il sera retenu 58 heures de présence à l'audience et 35 heures de préparation.
S'agissant de l'avis de droit produit, un avis de droit portant sur le droit suisse n'a pas à être indemnisé (WEHRENBERGER/BERNHARD, Basler Kommentar - StPO, N 12-17 ad art. 429; SCHMID, Praxiskommentar, N 7 ad art. 429; SCHMID, Handbuch, N 1811; JEANNERET, L'indemnisation du prévenu poursuivi à tort... ou à raison, in Le tort moral en question Journée de la responsabilité civile 2012, p. 111-139, p. 115).
SCI DDD_ n'étant pas partie plaignante à la présente procédure, celle-ci ne peut faire valoir aucune prétention en indemnisation à l'encontre du prévenu basée sur l'art. 433 CPP. Au surplus, aucune activité de son Conseil ne peut être reliée spécifiquement à cette société, cette activité étant comprise dans la défense des parties plaignantes qu'il représente. A titre superfétatoire, le Conseil de SCI DDD_ ne le plaidant pas, sous l'angle de l'art. 434 CPP, le séquestre de la propriété de SCI DDD_ étant confirmé par le prononcé d'une confiscation, il en découle que la mesure était justifiée et ne peut donner lieu à une indemnité.
Le prévenu sera ainsi condamné à payer aux parties plaignantes D_, DD_ INC., E_ et EE_ INC. une indemnité de CHF 170'100.- pour leurs dépenses obligatoires.
15.4.4.
F_ a conclu à ce que le prévenu soit condamné à lui verser CHF 430'555.-, avec intérêts à 5% l'an dès le 9 février 2018, pour les honoraires de son avocat et CHF 25'625.- pour un avis de droit du Prof. Marcel Alexander NIGGLI.
F_ n'obtient pas gain de cause dans la présente procédure. En effet, le prévenu est acquitté des faits qui lui sont reprochés en lien avec l'intéressée et celle-ci n'a pas pris de conclusions civiles, de sorte qu'aucune indemnité ne saurait lui être accordée.
F_ présente subsidiairement des conclusions en indemnisation sous l'angle de l'art. 434 CPP en lien avec le séquestre ordonné sur le compte
Dream
. Le séquestre étant maintenu, aucune indemnité ne saurait lui être accordée sur cette base.
15.4.5.
GG_ LTD et G_ ont fait valoir une indemnité de CHF 184'000.-, au sens de l'art. 433 CPP.
Ils n'ont toutefois pas obtenu gain de cause dans la présente procédure, le prévenu étant acquitté des infractions en lien avec eux et n'ayant pas pris de conclusions civiles. Ils seront dès lors déboutés de leurs prétentions.
GG_ LTD et G_ présentent, subsidiairement, des conclusions en indemnisation, sous l'angle de l'art. 434 CPP, en lien avec le séquestre ordonné sur le compte de GG_ LTD. Le séquestre étant maintenu, aucune indemnité ne leur sera accordée sur cette base.
15.4.6.
FF_ CORP. a conclu à la condamnation du prévenu à lui payer les sommes de CHF 37'405.-, CHF 13'034.- et CHF 38'010.- pour ses honoraires d'avocat ainsi que de CHF 25'625.- pour un avis de droit rédigé par le Prof. Marcel Alexander NIGGLI, en application de l'art. 434 CPP.
La défense des intérêts d'FF_ CORP., depuis le 5 octobre 2017, alors que le séquestre de son compte bancaire a été ordonné le 3 novembre 2016, dans le cadre de la procédure où elle intervient uniquement en tant que tiers objet d'une mesure de séquestre, ne justifie en rien une compensation de plus CHF 88'000.-. Selon son obligation de réduire son dommage, il aurait suffi à FF_ CORP. de produire les documents permettant de démontrer qu'F_ n'en était plus l'ayant-droit économique déjà lors du séquestre de son compte pour limiter les frais d'intervention d'un avocat. En l'absence de relevé détaillé de l'activité de son Conseil, l'indemnité sera fixée en équité.
S'agissant de la facture produite pour un avis de droit, un avis de droit portant sur le droit suisse n'a pas à être indemnisé (cf.
supra
15.4.3).
Au vu de ce qui précède, seule une compensation de CHF 5'000.-, à charge de l'Etat, sera allouée à FF_ CORP.
15.4.7.
I_ et H_ ont conclu à la condamnation du prévenu à leur payer respectivement CHF 16'800.- et CHF 31'500.- pour leurs honoraires d'avocat en lien avec la procédure.
En leur qualité de tiers touchés par une mesure de séquestre, I_ et H_ n'ont qualité que pour une compensation en application de l'art. 434 CPP, laquelle est à la charge de l'Etat et non du prévenu. Le séquestre sur leurs comptes étant maintenu, en garantie des créances compensatrices qui ont été prononcées à leur encontre, cette mesure était justifiée de sorte qu'aucune indemnité ne saurait leur être allouée.
16. Autres confiscations et restitutions
Il sera ordonné l'apport à la procédure de tous les documents ou clés USB en lien avec la présente procédure. En revanche, l'ordinateur actuellement séquestré, de même que l'ordinateur, les clés, la clé USB et le document figurant sous chiffres 58 à 61 de l'inventaire no 6863320160118 seront restitués au prévenu.
17. Frais de procédure
17.1.
Selon l'art. 426 al. 1 CPP, le prévenu supporte les frais de procédure s'il est condamné. La répartition des frais de procédure repose sur le principe, selon lequel celui qui a causé les frais doit les supporter. Ainsi, le prévenu doit supporter les frais en cas de condamnation (art. 426 al. 1 CPP), car il a occasionné, par son comportement, l'ouverture et la mise en œuvre de l'enquête pénale (ATF
138 IV 248
consid. 4.4.1. p. 254; arrêt
6B_136/2016
du 23 janvier 2017 consid. 4.1.1.).
Si sa condamnation n'est que partielle, les frais ne doivent être mis à sa charge que de manière proportionnelle, en considération des frais liés à l'instruction des infractions pour lesquelles un verdict de culpabilité a été prononcé. Il s'agit de réduire les frais, sous peine de porter atteinte à la présomption d'innocence, si le point sur lequel le prévenu a été acquitté a donné lieu à des frais supplémentaires et si le prévenu n'a pas, de manière illicite et fautive, provoqué l'ouverture de la procédure ou rendu plus difficile la conduite de celle-ci (cf. art. 426 al. 2 CPP). Il convient de répartir les frais en fonction des différents états de fait retenus, non selon les infractions visées. Comme il est difficile de déterminer avec exactitude les frais qui relèvent de chaque fait imputable ou non au condamné, une certaine marge d'appréciation doit être laissée au juge du fond (arrêt
6B_688/2014
du 22 décembre 2017 consid. 29.2. et références citées).
Selon l'art. 10 al. 1 let. e du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale (RTFMP; E 4.10.03), le Tribunal correctionnel peut prélever, outre les émoluments généraux, un émolument compris entre CHF 400.- et CHF 10'000.-.
A teneur de l'art. 15 RTFMP, en cas de circonstances exceptionnelles liées notamment au volume et à la durée de la procédure, à l'ampleur des débats ou à la situation financière des parties ou des autres participants à la procédure, l'autorité pénale ou, si elle est compétente, la direction de la procédure, peut déroger au plafond des émoluments prévus aux articles 4 à 13, et augmenter ceux-ci dans une juste mesure.
17.2.
En l'occurrence, le prévenu sera condamné aux frais dans leur intégralité. Les faits qui ont été classés ou pour lesquels le prévenu a été acquitté sont sans incidence sur les frais liés à l'instruction et au jugement des infractions pour lesquels un verdict de culpabilité est prononcé.
Eu égard au volume de la procédure et à l'ampleur des débats, à la complexité de l'acte d'accusation et à la charge de travail que la procédure a entraînée pour les autorités pénales, il sera dérogé au plafond légal des émoluments fixés pour le Ministère public et le Tribunal correctionnel.
Il sera relevé que les frais forfaitairement fixés à CHF 1'000'000.- par le Ministère public ne se justifient pas, notamment au vu de la situation financière actuelle du prévenu.
Par conséquent, le montant des frais effectifs du Ministère public sera doublé. Quant à l'émolument de jugement du Tribunal, le plafond prévu par l'art. 10 al. 1 let. e RTFMP sera triplé.
17.3.
Enfin, conformément à l'art. 442 al. 4 CPP, la créance de l'Etat portant sur les frais de la procédure sera compensée avec le solde éventuel des valeurs patrimoniales séquestrées.
Dispositif