# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** f267eaeb-ae61-5079-bc8b-20ee9f2d6c00
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2000
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Le 3 mai 1996, Le Boulet, Association de sauvegarde du Vieux-Carouge (ci-après : Le Boulet) a déposé auprès du Conseil d'Etat de la République et canton de Genève une demande de classement du cinéma Bio 72 (anciennement Capitol et Vox) (ci-après : Bio 72), sis à Carouge, 47, rue Saint-Joseph/angle place du Marché (parcelle no 219, feuille 13 de la commune de Carouge, à l'époque propriété de la S.I. rue Saint-Joseph 47 S.A. (ci-après : la S.I.). Pour la bonne intelligence de la cause, il sied de préciser que la S.I. a été dissoute en 1997 et que le bâtiment est actuellement copropriété de M. Michel et Mme Silvia Schwob (ci-après : les propriétaires).
Cette salle de spectacles d'une contenance de 300 places environ était due à l'architecte Paul Perrin, également auteur de la salle de l'Alhambra. Inaugurée le 28 décembre 1928, la salle de cinéma portait alors le nom de Capitol. Un orchestre accompagnait des films encore muets. En 1952, il avait pris le nom de Vox avant de s'intituler Bio en 1972. Il était l'expression caractéristique de l'architecture fonctionnaliste des années 1930. Le bâtiment traduisait clairement sa destination. La salle de projection se trouvait dans un espace rectangulaire surmonté d'un toit en forme de demi-cylindre. L'entrée située sur l'angle était vitrée et formait un tambour d'accès à la billetterie. Les sorties donnaient directement sur la rue. Côté rue Saint-Joseph, la façade s'inscrivait dans l'alignement de la rue par une redondance du gabarit conçu symétriquement avec l'inscription "Cinéma" figurant sur le fronton. Conception de maçonnerie et de béton, ce cinéma traduisait parfaitement la marque de son époque. Il demeurait à Genève le seul édifice aussi caractéristique de cette époque qui avait conservé sa destination. Au même titre que l'Alhambra ou qu'un bâtiment plus tardif tel que le Manhattan, il méritait une mesure de classement. Cet édifice participait activement à la vie de la place du Marché formant le centre historique de Carouge. Des rumeurs avaient couru concernant son remplacement par une chaîne de fast food américaine. Une telle démarche détruirait incontestablement un haut lieu de la vie culturelle genevoise. Le Boulet relevait encore qu'un large comité comprenant des personnalités de réputation internationale venait de se constituer dans le but de soutenir le classement du cinéma Bio.
Était jointe à cette demande copie d'un courrier du 27 avril 1990 du comité de soutien "Pour le classement du cinéma Bio" regroupant bon nombre de comédiens, cinéastes, auteurs, éditeurs, graphistes et autres personnalités genevoises et carougeoises émanant de divers milieux proches du Septième Art, adressé à un Conseiller administratif de la ville de Carouge et lui demandant d'entreprendre au plus vite les démarches nécessaires en vue du classement du bâtiment.
2. Invitée à présenter ses observations par le Conseil d'Etat, soit pour lui le chef du département des travaux publics et de l'énergie (ci-après : le département), la S.I. s'est opposée au classement dans ses écritures du 15 octobre 1996. Se référant à un avis qu'il avait demandé à M. René Koechlin, architecte, elle a relevé que le bâtiment abritant le Bio 72 n'était pas mentionné dans le plan de site du Vieux-Carouge comme un édifice devant être maintenu ou justifiant une quelconque mesure de protection. Il n'était pas davantage porté à l'inventaire au sens de l'article 7 de la loi sur la protection des monuments, de la nature et des sites du 4 juin l976 (LPMNS -
L 4 05
). Ce bâtiment ne s'inscrivait pas du tout dans le cadre architectural de la rue Saint-Joseph ou de la place du Marché dont il dénaturait même l'harmonie. Sa conception, tant interne qu'externe, n'avait rien de particulièrement intéressant et était tout au plus le fruit d'une mode architecturale qui ne possédait, de toute évidence, aucune des qualités esthétiques ou techniques qui lui aurait permis de ne point être éphémère. On ne saurait donc lui reconnaître la qualité de "monument" au sens de l'article 4 LPMNS, ce qui excluait d'emblée toute mesure de classement. En tout état, une telle mesure serait disproportionnée en l'espèce. Le bâtiment considéré ne concrétisait qu'une petite partie des droits à bâtir rattachés à la parcelle. Les conditions d'exploitation du cinéma s'étaient notoirement dégradées au fil du temps et la structure de la salle, notamment sa taille - trop importante pour le public concerné - n'était plus du tout adaptée aux conditions du marché actuel et à la concurrence qui y régnait. La demande de classement, ainsi que la pétition rédigée par le comité de soutien "Pour le classement du cinéma Bio" mettait en évidence que c'était bien plus le souhait de conserver un cinéma à Carouge que celui de conserver le Bio 72 sous sa forme actuelle qui prévalait.

## Considerations