# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** a079b4ab-b3b9-4dde-972d-7109ccd9c911
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2004
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A. Les recourants Lustenberger, Braissant et Clavel sont propriétaires, d'appartements dans l'immeuble constituant la propriété par étages "Baulac", sur la parcelle 412 de Veytaux. Cette parcelle fait partie d'un plan de quartier occupant l'espace compris entre la route cantonale à l'amont et la voie de chemin de fer Lausanne-St-Maurice. Y sont construits des immeubles d'habitation de 6 à 10 étages dont la façade en béton, orientée vers le lac, est visible depuis le Château de Chillon, situé sur la rive à quelque 700 mètres au sud-est. L'immeuble "Baulac" des recourants est construit au sommet du talus arborisé en forte pente qui domine la voie de chemin de fer Lausanne-St-Maurice.
La voie de chemin de fer Lausanne-St-Maurice est à cet endroit parallèle au lac et elle court au fond d'une importante tranchée. C'est ainsi qu'elle passe sous le pont qui canalise la Veraye, qui est la rivière qui délimite les communes de Montreux et Veytaux.
Le périmètre du plan partiel d’affectation "Clos de Chillon" se trouve de l'autre côté de la voie de chemin de fer Lausanne-St-Maurice. Il occupe l'espace compris entre le sommet du talus qui borde la tranchée où court cette voie, à l'amont, et à l'aval le quai Alfred Chatelanat qui longe le lac. A cet endroit se trouve, du côté ouest le long de la Veraye, deux anciennes villas tandis que l'extrémité est du périmètre est en nature de vigne. Entre les deux, le plan permettrait la construction de 3 villas étagées dans la pente, couvertes d'un toit plat végétalisé, avec accès par le quai.
Ce plan partiel d’affectation a fait l'objet, le 21 novembre 2003, de la décision rendue par le Département des Infrastructures dont la teneur est la suivante:
"LE DEPARTEMENT DES INFRASTRUCTURES
statuant sur le recours déposé par :
- PPE Baulac à 1820 Veytaux,
- Colette Lustenberger à 1820 Veytaux,
- Jean-Claude Braissant à 1820 Veytaux,
- Maurice Clavel à 1820 Veytaux,
tous représentés par Me Laurent Trivelli, avocat, case postale 3520, 1002 Lausanne,
contre
la décision rendue le 3 juillet 2000 par le Conseil communal de la Commune de Veytaux, représentée par sa municipalité (ci-après : la Municipalité, dont le conseil est Me Jean Heim, avocat à Lausanne), adoptant le plan partiel d’affectation "Clos de Chillon" et rejetant leurs oppositions.
a vu en fait :
1.- Le territoire de la Commune de Veytaux est régi par un plan d’affectation approuvé par le Conseil d’Etat en date du 9 juillet 1980. En vertu de ce plan le périmètre du plan partiel d’affectation en cause est colloqué en zone intermédiaire.
La Commune de Veytaux est par ailleurs au bénéfice d’un plan directeur communal (PDCom), adopté en avril 1994. Ledit PDCom développe au chapitre II, les objectifs et mesures d’aménagement à mettre en oeuvre pour le "Clos de Chillon". Il a notamment pour objectifs :
- de rendre la parcelle n° 311 constructible, de manière modérée, en prévoyant une construction à caractère public, en relation avec les rives;
- de confirmer la partie est en secteur viticole;
- de régler le problème de l’accès;
- d’établir un plan partiel d’affectation sur l’ensemble du périmètre.
2.- La PPE Baulac est propriétaire de la parcelle de base n° 412 du cadastre de la Commune de Veytaux. Colette Lustenberger, Jean-Claude Braissant et Maurice Clavel sont chacun propriétaire d’un lot de cette PPE.
3.- Le périmètre du plan partiel d’affectation "Clos de Chillon" englobe la parcelle n° 292, propriété de Dounia Morgan, sur laquelle est érigée une ancienne villa, la parcelle n° 293, propriété d’Anne-Marie Kalbermatten, sur laquelle est érigée une ancienne villa, la parcelle n° 311, propriété de Joseph Aeschlimann et Jean-Daniel Ducrest, qui est vierge de toute construction, le plan prévoyant de colloquer cette parcelle en zone constructible régie exhaustivement par le règlement du PPA, la parcelle n° 343, propriété de l’Association du Château de Chillon, en nature de vignes et colloquée selon le plan en zone viticole.
4.- Le projet de plan partiel d’affectation "Clos de Chillon" et son règlement ont été soumis à l’enquête publique du 2 octobre 1998 au 2 novembre 1998.
L’enquête publique a suscité de nombreuses oppositions dont celle des recourants, déposée le 20 octobre 1998 en ce qui concerne Jean-Claude Braissant et le 2 novembre 1998 en ce qui concerne les autres qui ont agi par l’intermédiaire de Me Jacques Ballenegger avec divers autres consorts, y compris M. Braissant.
La PPE Baulac a fait opposition par lettres des 26 et 30 octobre 1998. Aucune de ces oppositions ne s’oppose à la constructibilité de la parcelle n° 311, la PPE Baulac le précise même expressément dans son opposition. Les opposants demandent en revanche certaines garanties au sujet des parois antibruit, du volume et de l’affectation des constructions prévues (trois villas à toit plat et herbé et un garage souterrain).
En date du 27 mars 2000, à savoir largement hors délai, l’association pour la sauvegarde des rives et du site de Chillon est intervenue dans la procédure par l’intermédiaire de Me Trivelli. Elle a informé la Municipalité qu’elle avait commencé des démarches pour obtenir une aide financière du Fonds suisse pour le paysage en vue du rachat de la parcelle. Elle a en outre demandé la production au dossier de photomontages et du plan directeur. Elle a encore requis l’indication des dates de mise à l’enquête de la transformation de l’immeuble Kalbermatten.
Suite à ces nombreuses oppositions, la Municipalité a décidé de proposer au Conseil communal une modification du projet sur les points suivants :
- les surfaces brutes de plancher maximales des 3 périmètres sont ramenées à 285 m2 par immeuble au lieu des 380 m2 initialement prévus, sans possibilité de transfert de la surface non utilisée sur un autre groupe;
- les cotes d’altitude sont rabaissées de 2 mètres pour les 2 immeubles situés en haut et à mi-pente;
- l’altitude du mur de soutènement à créer a été modifiée en adéquation avec les autres modifications sollicitées;
- il est en outre précisé que les constructions sont destinées exclusivement (et non plus principalement) à l’habitation. Le nombre d’appartements sera limité à un appartement par unité de construction (et non plus 2), soit trois villas unifamiliales pour l’ensemble de la parcelle;
- la création d’un mur antibruit est exclue, seule la réalisation d’une butte d’un mètre cinquante au maximum est autorisée.
5.- Dans sa séance du 3 juillet 2000, le Conseil communal de Veytaux a adopté le plan partiel d’affectation "Clos de Chillon" avec les modifications indiquées ci-dessus, et a levé les oppositions.
Le projet ainsi modifié a été soumis à un examen préalable complémentaire auprès du Service de l’aménagement du territoire (SAT) qui a estimé dans sa lettre du 27 novembre 2000 qu’une enquête publique complémentaire n’était pas nécessaire pour ces modifications. Les services concernés ont tous donné leur préavis favorable. Le SEVEN a cependant demandé la modification de l’article XVII, 2ème alinéa, du règlement du plan de quartier, à savoir "supprimer "...d’un mètre à un mètre cinquante...", étant donné que ce dimensionnement est arbitraire, puisqu’il doit justement découler des résultats de l’étude acoustique qui est demandée aux lignes précédentes".
6.- Le 11 décembre 2000, la Municipalité de Veytaux a informé les opposants de la décision du Conseil communal du 3 juillet 2000 qui a levé leurs oppositions et adopté le plan partiel d’affectation "Clos de Chillon" avec les modifications énumérées ci-dessus sous chiffre 4.
7.- En date du 20 décembre 2000, la PPE Baulac, Colette Lustenberger, Jean-Claude Braissant et Maurice Clavel ont adressé au Département des infrastructures un recours en réexamen de leur opposition, par l’intermédiaire de leur conseil commun Me Laurent Trivelli.
La requête conclut avec suite de frais et dépens à l’annulation de la décision du 3 juillet 2000 du Conseil communal de Veytaux.
A l’appui de sa requête, les recourants font en résumé valoir que la parcelle n° 311 ne doit pas être colloquée en zone à bâtir, le site méritant d’être protégé. Ils ne reprennent en revanche aucun grief contenu dans leur opposition et n'exposent pas en quoi le projet porterait atteinte à leur intérêt privé de propriétaire d'une parcelle voisine. Ils ne font valoir que des intérêts publics de protection du site et du paysage.
8.- Dans le délai prescrit, les recourants ont effectué un dépôt de fr. 1’800.-- destiné à garantir l'émolument et les frais présumés de l'instruction. L’avance de frais a été payée par l’association "Sauvegarde des rives et du site de Chillon".
9.- Le Service de l'aménagement du territoire s'est déterminé par mémoire du 22 mars 2001 en concluant au rejet du recours.
La Commission des rives du lac Léman s’est déterminée par lettre du 8 juin 2001 en concluant à la conformité du PPA avec le plan directeur des rives vaudoises du lac Léman.
Le Service des bâtiments, section monuments historiques et archéologie, s’est déterminé le 23 mars 2001 en concluant au rejet du recours.
Le Service de l’environnement et de l’énergie s’est déterminé le 30 avril et le 7 juin 2001 en concluant au rejet du recours.
La Municipalité s'est déterminée par mémoire du 5 avril 2001 en concluant au rejet du recours.
Les CFF se sont déterminés en date du 7 juin 2001 sur la question des mesures de protection contre le bruit. Ils ont confirmé que les mesures de planification étaient applicables en l’espèce et que ces mesures ne pouvaient être respectées que si les locaux à usage sensible au bruit sont disposés sur les côtés opposés au bruit des futurs bâtiments.
10.- Par avis du 7 mars 2001, l'autorité de céans a informé les recourants que leur recours paraissait irrecevable faute d'intérêt digne de protection et leur a imparti un délai pour se déterminer à ce sujet et indiquer en quoi ils étaient personnellement lésés par le projet. Par lettre du 22 mars 2001, les recourants se sont bornés à préciser que leur qualité pour recourir était donnée par le simple fait qu'ils étaient propriétaires d'une parcelle directement voisine du projet, sans préciser en quoi le projet les gênait personnellement.
11.- Une inspection locale, présidée par M. le chef du Département personnellement, a eu lieu le 27 juin 2001. Les recourants, les Services concernés et la Municipalité ont pu s’exprimer. L’autorité de céans a effectué une vision locale du site depuis le lac afin de pouvoir évaluer l’impact du projet sur l’environnement.
L’instruction a encore été complétée d’office dans le cadre général de la procédure d’approbation du plan en ce sens qu’une étude de bruit a été requise. La Commune a demandé aux constructeurs de faire établir cette étude qui a été confiée au bureau d’ingénieurs Gartenmann Engineering SA à La Tour-de-Peilz. Ce dernier a rendu son rapport en date du 3 juillet 2002. Par lettre du 20 septembre 2002, la Commune a refusé d’intégrer cette étude dans le plan, comme l’a suggéré l’autorité de céans.
12.- Les arguments des parties, ainsi que les éléments pertinents résultant le cas échéant de l'inspection locale, seront repris pour autant que de besoin dans les considérants de droit ci-après.
considérant en droit :
I.- a) En vertu des articles 60 et 60a de la loi sur l'aménagement du territoire et les constructions (ci-après : LATC), la décision sur opposition en matière de plan général, de plan partiel d'affectation communal ou de plan de quartier peut faire l'objet d'un recours au Département des travaux publics, de l'aménagement et des transports (actuellement Département des infrastructures, ci-après : le Département), dans un délai de dix jours dès réception de la décision. Par plan on entend aussi bien la représentation graphique que le règlement afférent.
b) Aux termes de l'article 60a, alinéa 1 LATC, le recours n'est cependant recevable que si l'opposant a un intérêt digne de protection. Selon l'article 33, alinéa 3, lettre a de la loi fédérale du 22 juin 1979 sur l'aménagement du territoire (LAT), la qualité pour agir doit être reconnue au moins dans les mêmes limites que celles définies par l'article 103, lettre a de la loi fédérale d'organisation judiciaire. Un recours n'est recevable que si le recourant a un intérêt digne de protection à ce que la décision attaquée soit annulée ou modifiée. Selon la jurisprudence fédérale, l'intérêt peut être de fait ou de droit. Il permet au recourant de faire valoir ses droits lorsqu'il est menacé dans ses intérêts de nature matérielle, économique, idéale ou autre par la décision contestée. L'existence d'un intérêt digne de protection présuppose ainsi que la situation de fait ou de droit du recourant puisse être influencée par le sort de la cause. Le recours formé dans l'intérêt de la loi ou d'un tiers est en revanche irrecevable (ATF 120 Ib 48 consid. 2a, 59 consid. 1c, 120 V 39 consid. 2b, 119 Ib 179 consid. 1c, 118 Ib 614 consid. Ib et les arrêts cités; v. également ATF 121 Ib 39 consid. 1c aa). C'est au recourant qu'il appartient de démontrer l'existence d'un rapport étroit avec la contestation car l'exigence de motivation s'étend aussi à la question de la qualité pour recourir (voir par exemple JAAC 1997 no 22 p. 195; ATF 120 Ib 431 consid. 1).
c) En matière d'autorisation de construire, la qualité pour recourir est reconnue au voisin occupant une maison en raison de son intérêt pratique à ce que le voisinage immédiat de sa maison reste libre de construction (ATF 104 Ib 245 consid. 7d s'agissant d'une habitation; v. aussi ATF 121 II 171 consid. 2b; 115 Ib 508 consid. 5c, s'agissant d'un projet de parking) ou au voisin qui serait menacé d'immissions telles que le bruit (ATF 119 Ib 179 consid. 1c), les odeurs (ATF 103 Ib 144 consid. 4c) ou les inconvénients causés par le trafic (ATF 112 Ib 170 consid. 5b). En outre, la qualité pour agir doit être largement reconnue lorsque les effets de l'exploitation projetée (par exemple le bruit d'un stand de tir ou d'un aéroport) apparaissent clairement perceptibles comme tels, peuvent être déterminés sans expertise coûteuse et se distinguent des immissions générales, comme celles qui résultent de la circulation routière (ATF 113 Ib 228 cons. 1c); elle sera en revanche niée, même en cas d'augmentation prévisible, si cette dernière se mêle au trafic général et ne constitue pas une nuisance distincte (ATF 112 Ib 158 cons. 3 et ZBl 1990, 349). Cette jurisprudence est applicable par analogie en matière de planification.
d) Le voisin est donc habilité à recourir lorsque le projet a des effets sur son fonds et qu'il sera plus exposé que quiconque à des inconvénients en cas de réalisation: il ne s'agit pas de se lier à une distance fixée en mètres mais de tenir compte de l'ensemble des circonstances (Wurzburger/Jomini, Le recours de droit administratif, texte d'un exposé présenté lors du séminaire de la FSA le 12 septembre 1996 sur les recours au Tribunal fédéral, p. 20; AC 95/153 du 6 novembre 1996; AC 96/183 du 13 janvier 1997). En revanche, on ne saurait admettre d'emblée que tout voisin peut recourir contre l'autorisation d'ériger une construction indépendamment de la question de savoir si elle lui cause un préjudice (AC 98/031 du 18 mai 1998, où a été déclaré irrecevable le recours d'un voisin qui invoquait les règles communales sur l'aménagement des combles tout en admettant que l'aménagement litigieux en l'espèce ne le dérangeait pas).
e) On rappellera enfin l'observation du Tribunal fédéral selon laquelle on ne parvient guère à éviter l'action populaire pourtant prohibée si l'on considère qu'un intérêt digne de protection est atteint dès que l'issue de la procédure où le recourant entend intervenir peut influencer sa sphère d'intérêt, soit lui procurer une utilité pratique ou lui épargner un inconvénient provoqué par la décision attaquée (ATF 109 Ib 203, consid. 4 c, concernant le recours d'un concurrent). Dans un arrêt récent (ATF 123 II 376, consid, 5 b aa et bb p. 382 s.), le Tribunal fédéral s'est référé à cet ATF 109 sans s'en départir (le tribunal de céans avait jugé qu'il appelait une nouvelle analyse, AC96/225 du 7 novembre 1997, RDAF 1998 I 197) en observant que la délimitation d'avec l'action populaire ne pouvait pas procéder d'une appréhension conceptuelle fondée sur une logique juridique rigoureuse, mais que cette délimitation devait se fonder sur une pratique raisonnable: cette limite doit être tracée séparément pour chaque domaine du droit (ATF 123 précité, p. 383; v. encore, plus récemment au sujet du recours du concurrent, ATF 125 I 7).
f) La qualité pour recourir doit donc être examinée exclusivement en regard des griefs soulevés, qui délimitent le cercle des atteintes dont le recourant pourrait se voir reconnaître un intérêt digne de protection à tenter de se prémunir. En effet, même si les inconvénients liés à un projet constituent en général l'objet même de la discussion sur la délivrance de l'autorisation requise, on ne peut pas échapper à la nécessité de procéder à une appréciation sommaire de ces inconvénients au stade de la décision sur la qualité pour recourir (dans ce sens ATF 121 II 176, consid. 3a p. 180). Il faut tenir compte de l'importance relative de l'inconvénient invoqué par le justiciable et délimiter le cercle des personnes habilitées à recourir de manière à ne pas ouvrir la voie à l'action populaire (ATF 121 II 176 précité, consid. 2 c et d p. 179s, qui rappelle à cet égard le sort différent réservé respectivement au recours des voisins d'une fabrique utilisant la biotechnologie génétique, en raison du risque d'accident, et au recours de voisins d'une ligne de chemin de fer invoquant le risque engendré par la construction pour l'approvisionnement en eau potable, jugé insuffisant pour fonder leur qualité pour recourir). Il y a lieu d'appliquer cette jurisprudence par analogie en matière de planification.
g) Dans l’arrêt AC 98/204 du 3 juin 1999, le Tribunal administratif, se fondant sur les considérants précités, a déclaré un recours déposé contre une autorisation d’abattage d’arbres irrecevable pour le motif que les moyens soulevés par le recours tenaient essentiellement à la protection du site et des arbres et paraissait exclusivement déposé dans l'intérêt public. La recourante n'expliquait pas en quoi elle était concernée par la décision attaquée et elle s'était bornée, lorsqu'elle a été interpellée à ce sujet, à faire valoir qu'on pouvait voir l'allée des tilleuls depuis chez elle, invoquant en outre l'intérêt à la fois public et privé au maintien du site que constitue l'allée des tilleuls.
Le cas d’espèce est tout à fait assimilable au cas précité. La qualité pour agir doit être examinée exclusivement en regard des griefs soulevés. Or, les recourants font valoir essentiellement des arguments liés à la protection du site qui devrait ainsi rester libre de toute construction. Invités à exposer en quoi ils étaient personnellement touchés par le projet, les recourants se sont bornés à expliquer que la proximité de leur parcelle du plan litigieux était suffisante pour qu’ils puissent justifier d’un intérêt digne de protection. Cela est toutefois manifestement insuffisant. Faute de faire valoir un grief démontrant qu’ils sont personnellement touchés par la décision attaquée, la qualité pour recourir doit être déniée aux recourants qui se sont bornés à demander que la parcelle n° 311 reste inconstructible pour des motifs de pur intérêt public de protection de l’environnement et du paysage. Or, même s’ils habitent à proximité, les recourants ne peuvent pas se substituer à une organisation de protection de la nature et du paysage, seule habilitée à invoquer des arguments d’intérêt général liés à la protection de la nature si elle remplit les conditions légales. Les particuliers ne peuvent faire valoir des arguments d’intérêt public que dans le cadre de l’opposition. Sur le plan du recours, ils doivent pouvoir invoquer un intérêt personnel digne de protection au recours (art. 60a al., 1 LATC), ce que les recourants n’ont pas fait en l’espèce. Ils n’ont fait valoir qu’un intérêt public général.
On remarquera par ailleurs en passant que l’avance de frais a été versée par l’Association pour la sauvegarde des rives et du site de Chillon et non pas par les recourants personnellement. Si l’auteur du versement est effectivement sans pertinence pour déterminer la qualité pour agir, il n’en demeure pas moins que, compte tenu des éléments précités, cela constitue un élément supplémentaire démontrant que les recourants n’ont pas d’intérêt propre au recours. Ils ont en réalité joué le rôle de prête nom à l’association pour la sauvegarde des rives et du site de Chillon dans le seul but de faire valoir des arguments d'intérêt public de protection de la nature pour le compte de l’association qui, même si elle était intervenue dans les délais, n’aurait certainement pas eu la qualité pour agir selon la législation sur la protection de l’environnement. Comme exposé ci-dessus, les griefs d’intérêt public sont irrecevables au stade du recours s'ils proviennent de particuliers qui ne font valoir aucun intérêt propre, digne de protection.
A cela s’ajoute que, dans leur opposition, les recourants ne se sont jamais opposés à la constructibilité du site. La PPE Baulac l’a même explicitement écrit en préambule de son opposition, alors que l’opposition collective déposée par Me Ballenegger ne prend pas de conclusion explicite, mais se limite à émettre certaines critiques sur le projet tel que proposé. Les arguments des opposants ont été en majeure partie pris en compte lors de la modification du projet. Aucun de ces arguments n’a d’ailleurs été repris dans le recours, d'où il y a lieu de déduire que les recourants ont obtenu pleinement satisfaction sur les griefs soulevés dans leur opposition, ce qui ne leur donne en principe plus qualité pour agir, faute d’intérêt. En effet, le recours tend au réexamen de l’opposition (art. 60 al., 1 LATC). Il s’ensuit que dans les cas où la décision communale a admis complètement une opposition, l’opposant n’a plus qualité pour demander le réexamen de cette opposition, faute d’intérêt puisqu’il a déjà obtenu satisfaction. Cette question peut toutefois rester ouverte, dès lors que la qualité pour agir doit déjà être déniée aux recourants pour les motifs précités.
Au vu des considérants qui précèdent, le recours doit être déclaré irrecevable, faute pour les recourants d’avoir démontré avoir un intérêt digne de protection au recours au sens de la jurisprudence précitée.
II.- Vu l’issue du recours, un émolument réduit à fr. 800.- est mis à la charge des recourants, solidairement entre eux. Ces derniers verseront en outre à la Commune de Veytaux, qui a fait appel à un mandataire professionnel et obtient gain de cause, la somme de fr. 1’000.-- à titre de dépens. Les propriétaires concernés n’ayant pas procédé avec l’aide d’un mandataire professionnel, ils n’ont pas droit à des dépens

## Considerations