# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** dc16558e-6bac-5044-a355-4b0b5dbd6a61
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_002
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
Par ordonnance SQ/513/2018 du 31 mai 2018, reçue par l'ETAT DE GENEVE, soit pour lui le Service cantonal d'avances et de recouvrement des pensions alimentaires (ci-après : le SCARPA) le 1
er
juin 2018, le Tribunal de première instance a rejeté la requête de séquestre formée par l'ETAT DE GENEVE, soit pour lui le SCARPA le 29 mai 2018 (ch. 1 du dispositif) et mis à charge de ce dernier les frais judiciaires, arrêtés à 400 fr. et compensés avec l'avance fournie (ch. 2 et 3).
B. a.
L'ETAT DE GENEVE, soit pour lui le SCARPA, a formé recours contre cette décision le 11 juin 2018, concluant principalement à ce que la Cour de justice l'annule et fasse droit à sa requête de séquestre, avec suite de frais judicaires d'appel.
b.
Le recourant a été informé le 28 juin 2018 de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Les faits pertinents suivants résultent du dossier.
a.
Par arrêt du 9 juin 2017, la Cour de justice a notamment condamné A_ à verser en mains de B_ des contributions mensuelles de 800 fr. par mois et par enfant pour l'entretien des enfants C_ et D_, dès le 16 mars 2015, ainsi qu'une contribution d'entretien de 2'680 fr. par mois pour l'entretien de B_ dès janvier 2016.
Cet arrêt est définitif et exécutoire, à teneur du certificat établi par la Cour de justice le 11 septembre 2017.
b.
Le 13 novembre 2017, B_, d'une part, agissant pour son propre compte et en tant que représentante légale de ses enfants C_ et D_ nés le _ 2007, et le SCARPA, d'autre part, ont signé une convention prévoyant que ce dernier était chargé d'entreprendre toutes les démarches nécessaires à l'encaissement de la pension alimentaire dont B_ était créancière dès le
1
er
décembre 2017. B_ cédait au SCARPA dès cette date la totalité de sa créance future avec les droits qui lui étaient rattachés pour la durée du mandat.
c.
Le 5 février 2018, B_ a fait savoir au SCARPA qu'elle souhaitait qu'il mette fin au recouvrement de la contribution concernant ses enfants dès le
28 février 2018. Elle précisait ce qui suit : "Par contre, vous continuez avec mon dossier pour la pension alimentaire".
d.
Il résulte d'un décompte établi par le SCARPA que, au 31 mai 2018, A_ devait à B_13'680 fr. d'arriérés de contributions d'entretien pour la période du 1
er
décembre 2017 au 31 mai 2018.
e.
Le 29 mai 2018, le SCARPA a requis du Tribunal le séquestre du salaire et autres montants perçus par A_ de son employeur E_ SA, _ [adresse de l'employeur à Genève], ainsi que celui de son compte bancaire
IBAN 1_ auprès de F_ SA à concurrence de 13'680 fr. avec intérêts à 5% l'an dès le 1
er
mars 2018, au titre d'arriérés de pensions pour la période du
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er
décembre 2017 au 31 mai 2018 selon arrêt de la Cour de justice du 9 juin 2017.
Le SCARPA a allégué dans sa requête de séquestre que B_, agissant en son propre compte et en tant que représentante légale de ses enfants, l'avait mandaté avec effet au 1
er
décembre 2017 pour qu'il procède au recouvrement des pensions dues sur la base de l'arrêt de la Cour de justice du 9 juin 2017 rendu sur mesure protectrices de l'union conjugale. Le SCARPA n'a par contre pas allégué avoir fait des avances de contributions à B_.

## Considerations

EN DROIT
1.
1.1
En matière de séquestre, la procédure sommaire s'applique (art. 251
let. a CPC).
Aux termes de l'art. 309 let. b ch. 6 CPC, l'appel est irrecevable dans les affaires de séquestre (art. 272 et 278 LP).
Le recours des articles 319 ss CPC est ouvert en la matière, qu'il s'agisse d'une décision de refus de séquestre ou d'une décision sur opposition au séquestre (arrêt du Tribunal fédéral
5A_508/2012
du 28 août 2012, consid. 3.1).
1.2
Le recours, écrit et motivé, doit être formé dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision (art. 321 al. 1 et 2 CPC).
Le recours, interjeté dans le délai et selon la forme prévus par la loi, est recevable.
1.3
Pour assurer pleinement son efficacité, le séquestre doit être exécuté à l'improviste; partant, il n'y a pas lieu d'inviter la personne dont les biens sont visés par le séquestre à présenter ses observations, ce qui ne constitue pas une violation de son droit d'être entendu (ATF
107 III 29
consid. 2 et 3; arrêts du Tribunal fédéral
5P.334/2006
du 4 septembre 2006 consid. 3 et
5A_508/2012
du 28 août 2012).
Conformément à ce qui précède, A_ n'a pas été invité à se déterminer sur le recours.
2.
Le Tribunal a retenu que la cession signée par B_ en faveur du recourant n'était pas valable en raison du fait que le nom du débiteur n'y était pas mentionné, de sorte qu'il n'était pas possible de déterminer qui était le débiteur cédé, et partant la créance cédée, à la seule lecture du titre.
Le recourant fait valoir que les indications figurant dans l'acte de cession, à savoir les noms, prénoms et dates de naissance de B_ et des enfants issus de son union avec A_, sont suffisants pour identifier le débiteur cédé.
2.1.1
Selon l'art. 271 al.1 ch. 6 LP le créancier d'une dette échue et non garantie par gage peut requérir le séquestre des biens du débiteur lorsqu'il possède contre lui un titre de mainlevée définitive.
A teneur de l'art. 272 al. 1 LP, le séquestre est autorisé par le juge du for de la poursuite ou par le juge du lieu où se trouvent les biens, à condition que le créancier rende vraisemblable que sa créance existe (ch. 1), qu'on est en présence d'un cas de séquestre (ch. 2), et qu'il existe des biens appartenant au débiteur (ch. 3).
Les faits à l'origine du séquestre doivent être rendus simplement vraisemblables. Tel est le cas lorsque, se fondant sur des éléments objectifs, le juge acquiert l'impression que les faits pertinents se sont produits, mais sans qu'il doive exclure pour autant la possibilité qu'ils se soient déroulés autrement (ATF
138 III 232
consid. 4.1.1; en général : cf. ATF
130 III 321
consid. 3.3). A cet effet, le créancier séquestrant doit alléguer les faits et produire des titres (art. 254
al. 1 CPC) qui permettent au juge du séquestre d'acquérir, au degré de la simple vraisemblance, la conviction que la prétention existe pour le montant énoncé et qu'elle est exigible (ATF
138 III 636
consid. 4.3.2; arrêt du Tribunal fédéral
5A_893/2013
du 18 février 2014 consid. 3).
2.1.2
Selon l'art. 164 al. 1 CO, le créancier peut céder son droit à un tiers sans le consentement du débiteur, à moins que la cession n'en soit interdite par la loi, la convention ou la nature de l'affaire.
Pour être valable, l'acte de cession doit respecter la forme écrite (art. 165 CO).
Il faut que le contenu de la créance cédée, les personnes concernées, ainsi que les modalités de la cession soient déterminées ou à tout le moins déterminables (ATF
131 III 217
consid. 3).
Le montant de la créance n'a pas besoin d'être indiqué (Probst, Commentaire romand, 2012, n. 5 ad art. 165 CO).
L'exigence de la forme écrite se rapporte à tous les points essentiels du contrat de cession, et donc notamment à la volonté du cédant de céder la créance au cessionnaire. Il n'est toutefois pas nécessaire que cette volonté du cédant soit manifestée expressément, ni que l'acte de cession soit intitulé comme tel; il suffit que la volonté de cession du cédant puisse, selon les règles de la bonne foi, être déduite par interprétation de l'acte de cession écrit. L'exigence de la forme écrite tend uniquement à assurer la sécurité et la transparence des transactions, et non pas à protéger le cédant d'une cession irréfléchie; il faut et il suffit que les créanciers du cédant et du cessionnaire, tout comme le débiteur de la créance cédée et, le cas échéant, le juge puissent savoir à qui appartient la créance à un moment donné. Cela suppose que l'acte de cession comprenne tous les éléments permettant aux tiers intéressés d'individualiser avec certitude la créance cédée; sur la base de l'acte de cession, un tiers doit au moins pouvoir identifier le nouveau créancier et la créance (arrêt du Tribunal fédéral
4A_248/2015
du 15 janvier 2016, consid. 4.1).
L'acte de cession doit être interprété selon les principes généraux en la matière. Il faut établir ce que les parties ont réellement voulu ou, à défaut, quel sens peut de bonne foi être attribué à leurs déclarations. Puis il faut examiner si les parties se sont suffisamment exprimées en la forme prescrite par la loi (ATF
122 III 361
consid. 4).
2.2
En l'espèce, contrairement à ce qu'a retenu le Tribunal, l'acte de cession signé par les parties le 13 novembre 2017 satisfait aux exigences légales.
En effet, même si le nom du débiteur n'y est pas expressément mentionné, il ressort de l'acte que celui-ci est le mari de B_, à savoir A_, puisque l'acte mentionne que la cession concerne l'encaissement de pensions alimentaires.
Aucun élément du dossier ne permet en outre de retenir que l'une ou l'autre des parties concernées serait dans l'incapacité, au vu de la formulation de l'acte de cession, de déterminer qui est le débiteur de la créance cédée et, partant, de quelle créance il s'agit. Il n'apparaît pas non plus qu'il y aurait une divergence de volonté des parties sur ce point.
A cela s'ajoute le fait que, dans le cadre de la requête de séquestre litigieuse, la cession était accompagnée de l'arrêt de la Cour du 9 juin 2017 qui désignait, sans doute possible A_ comme débiteur des pensions alimentaires dues à B_ et ses enfants.
Il convient ainsi de retenir, au stade de la vraisemblance, que la formulation de l'acte de cession permet aux personnes concernées de déterminer qui est le débiteur de la créance cédée.
C'est par conséquent à tort que le Tribunal a rejeté la requête de séquestre au motif que les créances relatives aux contributions d'entretien arrêtées par arrêt de la Cour du 9 juin 2017 n'avaient pas été valablement cédées au recourant.
2.3
Les autres conditions légales au prononcé du séquestre sont par ailleurs réalisées.
En effet, le recourant dispose d'un titre de mainlevée définitive, à savoir l'arrêt de la Cour du 9 juin 2017, lequel est définitif et exécutoire.
Le montant de la créance ressort de manière suffisamment vraisemblable du relevé de compte produit par le recourant pour la période du 1
er
décembre 2017 au 31 mai 2018.
Le recourant s'est fait céder la créance d'entretien afin qu'il procède à son recouvrement.
Enfin, la production par le recourant de la fiche de salaire de A_ datée de mai 2017 et de l'extrait de son compte bancaire du 2 décembre 2017 permettent de retenir qu'il existe vraisemblablement en Suisse des biens appartenant au débiteur.
Le recours sera par conséquent admis et l'ordonnance attaquée sera annulée.
Dans la mesure où la cause est en état d'être jugée (art. 327 al. 3 let. b CPC), le séquestre du salaire, y compris le 13
ème
salaire et/ou toute autre gratification, bonus ou commissions versés par E_ à A_, ainsi que le séquestre de son compte bancaire IBAN 1_ auprès de F_ sera ordonné à concurrence de 13'680 fr. avec intérêts à 5% l'an dès le 1
er
mars 2018.
2.4
En l'état, il ne se justifie pas de condamner le recourant à verser des sûretés selon l'art. 273 al. 1 in fine LP.
3.
Les frais judiciaires de première instance seront arrêtés à 400 fr. (art. 48 OELP).
Compte tenu du caractère unilatéral de la procédure d'autorisation de séquestre, le débiteur ne peut être assimilé à une partie qui succombe au sens de l'art. 106
al. 1 CPC (arrêts du Tribunal fédéral
5A_508/2012
du 28 août 2012 consid. 3.1 et
5A_344/2010
du 8 juin 2010 consid. 5,
in
RSPC 2010 p. 400). Cela étant, dans la mesure où le recourant obtient gain de cause sur les conclusions de sa requête de séquestre, il serait inéquitable de lui faire supporter les frais judiciaires de première instance. Ces frais seront par conséquent mis à la charge du débiteur séquestré en application de l'art. 107 al. 1 let. f CPC. Ils seront compensés avec l'avance de frais versée par le recourant, qui reste acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC et 68 al. 1 LP).
A_ sera par conséquent condamné à verser au recourant la somme de 400 fr. à ce titre.
Les frais judiciaires du recours seront arrêtés à 600 fr. (art. 48 et 61 OELP). La présente procédure de recours ayant été rendue nécessaire par la décision erronée en droit de l'instance inférieure, ces frais seront laissés à la charge de l'Etat de Genève en application de l'art. 107 al. 2 CPC. L'avance de frais, d'un montant de 600 fr., fournie par le recourant lui sera restituée.
Il ne sera pas alloué de dépens, le recourant plaidant en personne et n'en ayant pas requis.
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