# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 3d9d539d-28f8-5944-90ad-59cae84b60d6
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2012
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par courriers respectifs des 16, 18, 21 et 22 novembre 2011, B_, A_, C_ et D_ ont annoncé appeler du jugement rendu par le Tribunal de police le 14 novembre 2011 dans la procédure P/298/2009, notifié dans son dispositif séance tenante et dans sa version motivée le 13 janvier 2012, par lequel le premier juge a acquitté F_ d’infraction à l’art. 134 du code pénal suisse du 21 décembre 1937 (CP ;
RS 311.0
) et a reconnu A_, G_, B_, C_ et D_ coupables d’agression (art. 134 CP), les a condamnés à des peines pécuniaires de respectivement 180 jours-amende, 240 jours-amende, 160 jours-amende, 120 jours-amende et 180 jours-amende, chacune à CHF 30.- le jour, avec sursis, délai d’épreuve de deux ans, à payer à E_, conjointement et solidairement avec H_, la somme de CHF 40'000.- à titre de participation à ses honoraires d’avocat, ainsi que les frais de la procédure, à raison d’un sixième chacun, par CHF 4'260.-, y compris un émolument de jugement de CHF 2’700.-.
b.
Le 31 janvier 2012, A_ et D_ ont formé la déclaration d’appel prévue à l’art. 399 al. 3 du code de procédure pénale du 5 octobre 2007 (CPP ;
RS 312.0
). B_ et C_ en ont fait de même par actes du 2 février 2012.
B.
Les faits pertinents pour l’issue du litige sont les suivants :
a.a.
Le 31 décembre 2008, E_ a déposé plainte suite à l’agression subie durant la nuit du 25 décembre 2008 devant la discothèque le P_, où il avait passé la soirée en compagnie de I_ et de J_. A la fermeture, il avait rejoint ce dernier à l’entrée de l’établissement, lequel était accompagné de deux jeunes filles et échangeait des mots avec un inconnu. Il avait tenté de calmer la situation, mais une dizaine de personnes les avaient encerclés. Se sentant pris au piège, il avait fait un geste en direction de l’un des individus pour le repousser. Il n’avait ensuite plus aucun souvenir de ce qui s’était passé, se réveillant une vingtaine de minutes plus tard dans une ambulance. Il avait subi de nombreuses fractures au visage et avait eu le palais brisé. Il avait été hospitalisé durant deux jours et devait subir une intervention chirurgicale au cours de laquelle des plaques de titane seraient glissées sous la peau. Il avait perdu toute sensibilité le long de la cloison nasale et ressentait en permanence des douleurs au visage.
a.b.
Devant le juge d’instruction, il a précisé avoir ressenti une tension et un climat houleux entre J_ et un inconnu, de sorte qu’il était intervenu pour éviter qu’il ne se passe quelque chose, puis tout un groupe, de sept ou huit personnes, s’était dirigé vers eux. D’un geste instinctif, il avait repoussé un individu de sa main gauche, ne lui donnant ni une gifle, ni un coup de poing, ignorant même s’il l’avait touché. Il ne s’était jamais battu par le passé. Ses proches avaient été profondément choqués de ce qui lui était arrivé, d’autant que son visage avait changé d’apparence, ce qui était traumatisant et engendrait des angoisses. Depuis l’intervention chirurgicale subie le 7 janvier 2009, il ressentait des douleurs persistantes au visage, ne pouvait pas manger et avait perdu toute sensibilité entre le haut du crâne et la lèvre supérieure. Il suivait des séances de rééducation faciale chez un physiothérapeute et consultait un psychologue.
b.
Selon le rapport d’expertise du 3 mai 2009 établi par le Dr K_, E_ avait été victime d’un traumatisme cérébral, qui s’était manifesté par une amnésie circonstancielle, et d’un traumatisme maxillo-facial, associant de multiples fractures du massif facial entre les dents supérieures et le front et à la base du crâne. Il souffrait d’une paralysie du nerf trijumeau gauche l’empêchant de plisser le front et de froncer les sourcils, dont l’évolution était aléatoire, ainsi que des inconvénients liées aux plaques de titane implantées sur son visage, qui étaient palpables sous la peau et sensibles au froid. Un suivi ambulatoire, des séances de physiothérapie et une rhinoplastie post-traumatique étaient encore nécessaires.
Il était envisageable qu’un coup de pied violent ait pu provoquer les lésions subies par E_, sans qu’il ne soit possible de déterminer si plusieurs coups auraient pu engendrer le même résultat. Il était vraisemblable qu’un coup de tête ait pu provoquer la fracture des os propres du nez, puis le coup de pied la dislocation naso-orbito-ethmoïdale. En revanche, un choc unique contre un sol plat n’était pas de nature à provoquer un enfoncement aussi important, sous le front, des cadres orbitaires et de la région inter-orbitaire.
c.
Le 6 janvier 2009, la police a interpellé A_, H_, B_, G_ et D_. C_ et F_ ont été arrêtés le 12, respectivement le 14 janvier 2009.
c.a.
A_ a déclaré à la police et devant le juge d’instruction que J_ avait tenté de gifler D_, alors que ce dernier essayait d’apaiser les tensions, lui-même ayant reçu un coup de poing de la part de E_, auquel il avait voulu riposter au moyen d’un coup de pied, ce qui l’avait fait chuter. La situation avait dégénéré et G_ avait asséné un coup de pied à la victime. Celle-ci étant tombée, H_ lui avait donné un coup de pied au visage. Tous ses amis se trouvaient autour de E_, mais seuls G_ et H_ l’avaient frappé. Durant la bagarre, J_ s’était « volatilisé » et était réapparu à la fin. Il avait quitté les lieux à l’arrivée de l’ambulance, n’estimant pas avoir pris une part active à l’agression, dès lors qu’il avait également été blessé.
c.b.
Selon B_, les premiers coups avaient été portés par les membres du groupe opposé, alors même que G_ avait tenté de « calmer le jeu ». La victime avait compté les membres de son groupe et fait comprendre à son comparse qu’ils devaient se battre. Il ignorait qui avait pris part à la bagarre, se rappelant d’une gifle donnée à D_, puis d’un coup de poing infligé à H_, ce qui avait engendré une mêlée, composée de G_, D_ et H_, dans laquelle tout le monde se poussait et se bousculait, lui-même étant resté à l’écart. H_ avait ensuite donné « un coup comme ça, avant de partir » à la victime qui gisait au sol, qui l’avait « bien cherché ».
c.c.
C_ n’avait gardé que peu de souvenirs de la soirée, dès lors qu’il était alcoolisé. Tous ses amis étaient présents au moment de la bagarre. J_ avait donné une claque à H_, puis ce dernier s’était déplacé en compagnie de D_, B_, A_ et la victime. Réflexion faite, il s’agissait de D_, et non de H_, qui avait reçu le premier coup. Sentant la situation dégénérer, il était parti chercher son casque caché dans le parc de Saint-Jean puis, à son retour, avait vu la victime allongée au sol. Il avait pensé qu’il s’était agi d’une banale bagarre, comme il en avait l’habitude, dès lors qu’il se battait fréquemment avec son groupe d’amis. Il n’avait pas constaté de traces bien visibles sur le visage de A_. Il a par la suite déclaré qu’avant la bagarre, le comparse du plaignant avait demandé à celui-ci s’il « était chaud, nous deux contre les sept ou huit ? ». Dès ce moment, tout le monde avait commencé à donner des coups. Il s’était rendu auprès de G_, qui était resté à l’écart avec l’ami du plaignant, pour l’aider à frapper ce dernier. Il considérait avoir « plus ou moins » participé à la bagarre.
c.d.
Selon D_, le plus âgé des deux inconnus était venu à la rencontre de son groupe par provocation, puis le plus jeune l’avait giflé. Il avait tenté de se défendre en donnant un coup de pied, qui avait été dévié en direction de H_. Il a par la suite précisé avoir entendu, avant la bagarre, la victime compter les membres de son groupe et interpeller son comparse en lui disant « huit contre deux, t’envoies tout ! ». Celle-là lui avait alors donné une claque, puis s’était battue avec H_. Une cohue, dont il ne faisait pas partie, s’était formée et il ignorait qui avait frappé. Il était parti sans se soucier de l’état de E_, le considérant comme fautif.
c.e.
G_ s’était interposé, avec F_, entre H_ et J_, qui était très énervé, demandant à ce dernier de se calmer. Après que J_ eut interpellé la victime pour qu’ils se battent, E_ avait giflé D_ et donné un coup de poing à H_, les deux hommes s’étant battus hors de la mêlée. En reculant, la victime était tombée et A_ avait essayé de lui donner un coup de pied dans le dos, ce qui l’avait, à son tour, fait chuter. E_ s’était relevé et approché de la discothèque, suivi de près par H_. G_ s’était interposé et avait reçu des coups des deux hommes. Un coup de poing avait déséquilibré la victime, qui était tombée une deuxième fois, sa tête heurtant le sol, puis H_ avait pris de l’élan pour lui asséner un coup de pied en pleine tête, « tel un penalty ». G_ était resté abasourdi face à la violence du coup, pensant que E_ était décédé, suite à quoi il avait tranquillement quitté les lieux avec ses amis. Lors de l’audience de confrontation, il a admis avoir donné un « coup de boule » à la victime, au niveau de la tête, ce qui l’avait fait chuter. Le coup de pied de H_ avait été donné juste après. Il n’y avait pas eu de « mêlée » autour de E_, mais un regroupement de ses amis. H_ et lui-même avaient été les seuls à donner des coups, même si tous les autres prévenus étaient présents, seuls F_ et C_ se tenant un peu à l’écart. Il n’avait pas vu J_ durant toute la bagarre.
c.f.
F_ avait tenté de calmer l’ami de la victime qui était très énervé, en l’avertissant que son groupe était plus nombreux que le sien et que ses membres étaient particulièrement éméchés, de sorte qu’une bagarre risquait d’éclater. D_ avait ensuite reçu une gifle de la victime, puis ses amis avaient « sauté » sur elle. Il n’avait toutefois pas vu qui avait donné des coups. Plus tard, ses amis lui avaient raconté que A_ avait tenté de frapper E_ et que D_ avait donné par mégarde un coup à H_. Tous s’étaient entendus sur le fait d’avoir « bien niqué » la victime.
c.g.
Selon H_, J_ était énervé et l’avait « provoqué », puis E_ lui avait donné une claque, ce qui avait conduit ses amis à s’approcher, tous les membres du groupe s’en étant pris à la victime. J_ l’avait ensuite poussé et insulté en présence de ses amis, ignorant toutefois si C_ était présent ; J_ avait compté les membres de son groupe et dit au plaignant de donner « tout ce qu’il a » en se dirigeant vers eux. En tentant de repousser les deux inconnus, il avait reçu une gifle, puis tous ses amis étaient « rentrés dans la victime », tous la frappant. Lors de la bagarre, A_ avait essayé de donner un coup de pied à E_, puis G_ lui avait asséné un coup de tête, provoquant sa chute, à l’issue de laquelle lui-même l’avait frappé au visage avec son pied.
d.
Plusieurs personnes ont été entendues durant la procédure.
d.a.
J_ avait repoussé un inconnu après que ce dernier eut caressé le visage d’une fille, ce qui avait conduit au regroupement d’une dizaine de personnes énervées, puis G_ était intervenu à plusieurs reprises pour calmer la situation. E_ s’était approché et, après que quelqu’un l’eut poussé, il avait fait un geste de la main en direction du groupe, ce qui avait déclenché une bagarre générale. Tous les inconnus leur étaient « tombés dessus », lui-même ayant reçu des coups de quatre ou cinq personnes. Il n’avait vu E_ qu’une fois allongé sur le dos, le visage méconnaissable. En aucun cas, il n’avait tenté de compter les membres du groupe opposé, ni incité E_ à se battre, se contentant de repousser les coups qui lui avaient été donnés.
d.b.
I_ avait compris que la situation était tendue en voyant J_ et E_ face à un groupe de six ou huit personnes. Il avait eu l’impression que E_ s’était senti agressé par le groupe d’inconnus. Au moment où il s’était interposé, E_ avait passé sa main par-dessus son épaule pour repousser la personne face à lui, sans pour autant la gifler. Ce geste avait engendré une « mêlée », dont il avait été mis à l’écart. Tandis que J_ esquivait les coups de deux ou trois individus, E_ essayait de se relever, puis un individu avait pris de l’élan pour frapper sa tête « comme un ballon ». Il n’avait jamais assisté à une scène d’une telle violence et avait pensé que E_ était décédé. Il avait été peiné de voir son ami dans cet état, d’autant qu’en le fréquentant depuis sept ou huit ans, il ne l’avait jamais vu se battre et connaissait son tempérament calme et réfléchi.
d.c.
Selon L_, l’une des filles ayant passé la soirée avec J_ et E_, celui-là avait voulu prendre la défense de M_, dont H_ avait touché le chapeau. L_ avait ressenti le comportement de ce dernier comme une provocation. J_ avait riposté avec des paroles agressives. L’un des membres du groupe opposé leur avait alors fait comprendre qu’ils ne feraient pas le poids face à eux. Voulant éviter que la situation ne dégénère, E_ s’était approché de l’inconnu, lequel l’avait bousculé et insulté, ce qui avait déclenché une bagarre, six personnes s’en prenant à lui et deux autres à J_. Elle avait vu plusieurs personnes donner des coups de pied à E_, qui essayait de se défendre face à trois ou quatre personnes se trouvant autour de lui, ignorant s’il donnait des coups ou esquivait ceux qu’il recevait. Avant la bagarre, E_ était resté calme et n’avait giflé personne.
d.d.
M_ avait été importunée par H_, ce qui avait conduit J_ à intervenir, lequel s’était énervé en entendant qu’il ne ferait pas le poids face à un groupe de dix personnes. Pendant ce temps, E_, se tenant derrière J_, était resté à l’écart, passif. Les deux groupes se « chauffaient » mutuellement et criaient, de sorte qu’elle s’en était éloignée à la recherche d’un taxi. En se retournant, elle avait constaté que la situation avait dégénéré en « baston » : tandis que J_ et un inconnu « se mettaient des baffes », six ou sept personnes entouraient E_, qui gisait au sol, chacune lui donnant des coups de pied et de poing. J_ s’était comporté comme un lâche, dès lors qu’il ne s’était pas battu, alors que E_ ne s’était jamais montré agressif.
d.e.
N_, employé du P_, avait vu E_ parler à H_, qui avait un comportement provoquant et donnait l’impression de vouloir se bagarrer. Faisant un geste de claque, la victime avait repoussé A_, qui la provoquait en tapotant sur son épaule, puis son premier interlocuteur lui avait donné un coup de pied, ce qui avait engendré une bagarre générale. Il avait vu tous les membres du groupe, soit environ huit personnes, s’en prendre à E_, lui donnant des coups au visage, aux bras, au ventre et aux jambes jusqu’à ce qu’il trébuche et tombe. Il a par la suite précisé qu’il s’agissait de H_, A_, D_, G_ et probablement B_, mais n’avait prêté attention ni à C_, ni à F_. A terre, d’autres coups sur tout le corps avaient encore été portés à E_ par tout le groupe alors qu’il avait perdu connaissance. L’un des agresseurs avait pris de l’élan pour lui asséner un coup de pied au visage, comme s’il voulait lui « pulvériser la tête ». Durant la bagarre, il avait vu E_ davantage se débattre que donner des coups.
d.f.
O_, employé du P_, avait vu deux groupes d’abord « se chauffer », l’un composé de trois personnes, l’autre de six ou sept, puis se battre. Seule la victime s’était trouvée dans la bagarre, à l’exception de ses amis. Après que l’un des membres du groupe opposé eut essayé de donner un coup de pied à E_, celui-ci avait fini par chuter quelques mètres plus loin. Il avait tenté, en vain, de se relever, mais avait reçu un coup dans le dos, au niveau des côtes, sa tête ayant heurté le trottoir. Il ne l’avait toutefois pas vu, à son tour, donner le moindre coup. Alors qu’il était inconscient, E_ avait reçu environ cinq coups à la tête donnés par H_ et A_, le dernier de ces coups ayant fait un bruit semblable à un « éclatement » ; les autres membres du groupe s’étaient, à ce moment-là, mis en retrait.
d.g.
En attendant un taxi devant le P_, Q_ avait vu un groupe de huit personnes se disputer au bord de la route, puis se bousculer, entre six et sept individus ayant commencé à donner des coups à la victime, dont A_, qui parlait de manière bruyante, D_ et C_. Quant à G_, il avait tenté de s’interposer, puis E_ avait chuté en essayant de se défendre et de prendre la fuite, le groupe avançant dans sa direction. La tête de E_ avait heurté le trottoir, puis l’un des membres du groupe lui avait infligé un coup de pied au visage. Tous étaient ensuite partis en courant. Il a précisé que durant la bagarre, seule une partie des personnes formant le groupe, dont C_, avait donné des coups à la victime. Il ignorait toutefois qui avait frappé qui et à quel endroit.
d.h.
R_ a indiqué que son fils A_ avait un hématome sur le visage après les événements du 25 décembre 2008.
d.i.
Devant le juge d’instruction, le Dr K_ a confirmé la teneur de son rapport d’expertise du 3 mai 2009. E_ avait subi un traumatisme cérébral ayant provoqué une amnésie circonstancielle suite à l’ébranlement du cerveau à l’intérieur de la boîte crânienne. Tout ce qui se trouvait en dessous de celle-ci avait été lésé, dès lors qu’il avait subi une fracture horizontale (Le Fort I), pyramidale (Le Fort II) et en cocarde au niveau des orbites et des ethmoïdes, qui avait provoqué un glissement global sous la base du crâne et entraîné la rupture de la membrane entourant le cerveau et une perte du liquide céphalo-rachidien.
A son arrivée aux HUG, son cas avait été considéré comme une « urgence urgente », vu l’état dans lequel il se trouvait. L’intervention subie le 7 janvier 2009 était nécessaire afin de restaurer toutes les fonctions touchées et lui permettre de respirer, manger et boire correctement. Le suivi en matière maxillo-faciale devait s’effectuer sur une durée d’une année, au moyen de consultations régulières. Une rhinoplastie post-traumatique devait également être envisagée, laquelle ne pouvait avoir lieu qu’à l’achèvement de la consolidation osseuse. Aucune autre opération n’était prévue, les plaques de titane et les vis devant en principe rester sur son visage. E_ présentait en outre une paresthésie frontale du nerf facial, pour laquelle un début de récupération était apparu, mais qui pouvait se révéler longue et incertaine.
Le Dr K_ ne pouvait dire si les lésions subies par E_ provenaient d’un seul ou de plusieurs coups de pied, même si un seul coup violent pouvait suffire à causer de telles fractures. Par ailleurs, la fiche d’intervention des ambulanciers, le dossier des urgences ainsi que le dossier d’entrée en chirurgie maxillo-faciale ne faisaient aucun état d’hématomes ou de lésions cutanées sur les mains de E_.
e.a.
Par décision du 4 mars 2010, la procédure a été disjointe à l’égard de H_, lequel a été renvoyé en jugement devant la Cour correctionnelle sans jury par ordonnance de la Chambre d’accusation du 1
er
juin 2010. Aux termes de l’acte d’accusation, il lui était reproché d’avoir, à Genève, dans la nuit du 24 au 25 décembre 2008, alors qu’il s’en prenait physiquement avec ses comparses B_, G_, A_, D_, C_ et F_ à E_ au moyen de coups de poings, de tête et de pied, pris de l’élan pour donner un violent coup de pied dans la tête de E_, lequel gisait au sol, inconscient, lui occasionnant les lésions figurant dans le constat médical du 26 décembre 2008 et dans le rapport d’expertise du 3 mai 2009, plainte pénale ayant été déposée en relation avec ces faits.
e.b.
Devant la Cour correctionnelle, H_ a confirmé que E_ lui avait asséné une claque. Ses amis l’avaient ensuite frappé, lui-même lui ayant donné un coup de pied.
Par arrêt
ACC/54/2010
du 8 octobre 2010, la Cour correctionnelle sans jury a reconnu H_ coupable de lésions corporelles graves et de brigandage, l’a condamné à une peine privative de liberté d’ensemble de quatre ans et demi et à payer à E_ les sommes de CHF 1'642.30 avec intérêts à 5 % dès le 1
er
septembre 2009, de CHF 20'000.- avec intérêts à 5 % dès le 25 décembre 2008 à titre d’indemnité pour tort moral et de CHF 40'000.- valant participation à ses honoraires d’avocat. Ce jugement est définitif et exécutoire.
e.c.
Par feuilles d’envoi du 31 mars 2010 valant actes d’accusation du Ministère public, il est reproché à A_, F_, G_, B_, C_ et D_ d’avoir, à Genève, dans la nuit du 24 au 25 décembre 2008, agissant de concert, participé à l’agression de E_ en s’en prenant physiquement à lui et en lui assénant sans raison des coups de pied, de poing et de tête entraînant les lésions corporelles mentionnées dans le constat médical du 26 décembre 2008 et dans le rapport d’expertise du 3 mai 2009, plainte pénale ayant été déposée en relation avec ces faits.
g.a.
Devant le Tribunal de police, E_ a indiqué avoir repoussé H_ au niveau du visage lorsque ce dernier discutait avec J_, puis il s’était senti oppressé lorsque le groupe s’était approché de lui. Il avait subi une intervention chirurgicale au nez et n’avait plus de séquelles physiques. Les plaques de titane étaient recouvertes par l’os, si bien que la sensibilité au froid s’était amenuisée. Sur le plan psychologique, il avait subi une perte de confiance et appréhendait la foule, craignant une nouvelle agression. Il a déposé des conclusions civiles tendant à la condamnation, conjointement et solidairement, de A_, G_, D_, B_, C_ et F_ au paiement de CHF 40'000.- valant participation à ses honoraires d’avocat, CHF 20'000.- avec intérêts à 5 % dès le 25 décembre 2008 au titre de tort moral et CHF 1'642.30 avec intérêts à 5% au 1
er
septembre 2009 au titre de montant non pris en charge par son assurance-maladie.
g.b.
A_ s’était trouvé dans le groupe proche de la victime, celle-ci n’ayant pas provoqué la bagarre, mais son ami. Il avait été frappé au visage par E_, qui s’était senti agressé, ce qui l’avait fait tomber.
g.c.
B_ a nié avoir donné le moindre coup à la victime, n’ayant pas participé à la bagarre.
g.d.
C_ avait participé à la bagarre, mais pas à l’agression de E_, dès lors qu’il s’était battu avec une seule personne en dehors du groupe.
g.e.
D_ n’était pas certain d’avoir reçu une claque de la part de la victime, ni d’ailleurs de lui avoir donné un coup de pied. Il ne gardait pas non plus le souvenir d’une « mêlée ».
g.f.
G_ avait essayé de calmer H_, qui était énervé, puis, en compagnie de F_, il avait eu une discussion avec J_, E_ étant resté à l’écart. Lorsque J_ avait commencé à compter les membres de son groupe, il lui avait fait remarquer qu’ils étaient dix afin de le dissuader d’aller plus loin. E_ s’était alors dirigé vers son groupe, puis le ton était monté. En tentant de séparer E_ et H_ qui avaient commencé à se battre, il avait reçu un coup de poing du premier, auquel il avait répliqué au moyen d’un coup de tête, suite à quoi la victime avait chuté sans pour autant perdre connaissance. Alors qu’elle tentait de se relever, H_ lui avait asséné un coup de pied au visage. Il n’avait pas vu d’autre personne frapper E_. Il lui semblait que C_ était déjà parti lorsqu’il discutait avec J_ et n’était pas avec le groupe lorsqu’il avait quitté les lieux.
g.g.
Selon F_, la victime n’était pour rien dans le conflit qui avait éclaté. Il n’avait pas vu D_ recevoir une claque, mais avait assisté à un regroupement, ses amis n’ayant toutefois pas « sauté » sur la victime.
C. a.a.a.
Dans sa déclaration d’appel, A_ conclut à l’annulation du jugement entrepris dans la mesure où il le reconnaît coupable d’infraction à l’art. 134 CP et le condamne à verser conjointement et solidairement la somme de CHF 40'000.- à E_ à titre de participation à ses honoraires d’avocat, ainsi qu’à « une diminution de la peine en conséquence ». Il ne formule aucune réquisition de preuves.
a.a.b.
B_ attaque le jugement dans son ensemble et conclut à son acquittement et au déboutement intégral des conclusions de E_. Il ne sollicite aucune réquisition de preuves.
a.a.c.
C_ attaque le verdict de culpabilité rendu à son encontre et conclut à son acquittement, ainsi qu’à l’octroi d’une indemnité pour « mesures de contrainte illicites au sens de l’art. 429 al. 1 let. c CPP » d’un montant de CHF 3'600.-. Il ne formule aucune réquisition de preuves.
a.a.d.
D_ conteste le jugement en tant qu’il a trait aux prétentions civiles au sens de l’art. 399 al. 4 let. d CPP et conclut à ce qu’il ne soit pas condamné conjointement et solidairement au paiement des frais d’avocat de E_, subsidiairement à la réduction de l’indemnité pour tenir compte de son seul comportement et de la faute concomitante des tiers. Il ne formule aucune réquisition de preuves.
a.a.e.
A_, B_, C_ et D_ n’ont pas formulé d’observations à l’égard des appels respectifs des autres prévenus.
a.b.
G_ s’en rapporte à l’appréciation de la Chambre de céans quant aux appels.
a.c.
Dans ses observations du 1
er
mars 2012, E_ conclut à la confirmation du jugement entrepris et à la condamnation des appelants, conjointement et solidairement, à lui verser un montant de CHF 3'000.- correspondant à dix heures d’activité de son conseil pour la procédure d’appel.
a.d.
Le Ministère public conclut au rejet des appels, avec suite de frais.
b.
Le 28 mars 2012, la Chambre de céans a ordonné l’ouverture d’une procédure écrite.
c.a.
Dans son mémoire d’appel, A_ conclut à son acquittement du chef d’agression, à une réduction de la peine et au refus de toute indemnisation à la partie plaignante, subsidiairement à ce qu’elle soit réduite à CHF 6'400.-.
Les faits qui lui étaient reprochés n’étaient pas constitutifs d’infraction à l’art. 134 CP, dès lors qu’il n’y avait pas eu d’attaque unilatérale, mais une attitude provocatrice de la victime qui avait donné une gifle à un membre du groupe opposé, ce qui avait engendré une bagarre générale. Dans la mesure où le premier juge avait débouté la partie plaignante de ses conclusions civiles, celui-ci ne pouvait solliciter une juste indemnité pour les dépenses occasionnées par le procès. D’ailleurs, le montant de CHF 40'000.- était exagéré et sans rapport avec les conclusions civiles, de sorte que seule une somme de CHF 6'400.- pouvait se justifier vu la simplicité de l’affaire.
c.b.
B_ conclut à son acquittement d’infraction à l’art. 134 CP et à l’octroi d’un délai pour faire valoir ses prétentions au titre de l’art. 429 CPP.
Par son comportement passif, il ne pouvait être qualifié ni d’auteur, ni de coauteur, ce qu’avait méconnu le Tribunal de police en admettant qu’il s’était rendu coupable d’infraction à l’art. 134 CP. De plus, aucune des parties ni aucun témoin ne lui avait attribué de comportement violent, de sorte que le premier juge aurait dû l’acquitter au bénéfice du doute. Il ne pouvait ainsi pas être condamné à réparer le dommage subi par la victime.
c.c.
C_ conclut à son acquittement et à l’octroi d’une indemnité de CHF 3'600.- pour mesures de contraintes illicites et d’un montant de CHF 19'200.- à titre d’honoraires d’avocat.
Il ressortait des déclarations des parties et de plusieurs témoins qu’il n’avait pas asséné de coups à la victime, s’étant tenu à l’écart du groupe. L’appréciation des faits par le premier juge était erronée et il aurait dû être acquitté au bénéfice du doute. Il avait droit à une indemnité en application de l’art. 429 CPP couvrant ses frais d’avocat et le tort moral subi suite à sa détention illicite durant dix-huit jours.
c.d.
D_ conclut à ce qu’il ne soit pas condamné, conjointement et solidairement avec les autres prévenus, à verser à E_ la somme de CHF 40'000.- à titre de participation à ses honoraires d’avocat, subsidiairement à ce que les honoraires du conseil de E_ soient réduits à un montant proportionné à la faible complexité de la cause.
Dès lors qu’il avait reçu plus de coups qu’il n’en avait assénés et que les lésions de la victime étaient dues aux frappes de H_ et G_, sa faute n’était pas grave et il ne pouvait ainsi être condamné à supporter l’entier du dommage de E_ en application stricte des règles sur la solidarité. Les honoraires réclamés par le conseil du plaignant étaient disproportionnés eu égard à son activité, d’autant que H_ avait déjà été condamné au paiement d’un montant identique.
c.e.
E_ se réfère à ses observations du 1
er
mars 2012 et persiste dans ses conclusions.
Il ressortait de divers témoignages et des déclarations contradictoires des appelants que ceux-ci ne s’étaient pas contentés de regarder les autres prévenus le frapper, mais qu’ils avaient pris une part active à son agression. Lui-même n’avait jamais adopté de comportement agressif et s’était limité à repousser les provocations en essayant de se défendre, de sorte que la qualification juridique retenue par le premier juge était correcte. Dès lors que tous les appelants avaient participé à son agression, ils devaient être condamnés solidairement à la réparation du dommage subi. Il avait droit, en application de l’art. 433 CPP, à une indemnisation pour ses frais de défense et avait produit les décomptes détaillés de son avocat comportant un tarif horaire de CHF 300.-.
c.f.
Le Ministère public a fait savoir qu’il n’avait pas d’observation à formuler.
c.g.

## Considerations