# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 38a42af8-9891-408e-81ae-8eb061fbc7c5
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2003
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

En fait :
A. Par pli du 7 juin 2001, le Contrôle des habitants de la commune de Montreux a adressé au SPOP différents documents dans le cadre d'une demande de regroupement familial présentée par F._ X._, ressortissant suisse, en faveur de ses cinq frères et soeurs, ressortissants angolais et domiciliés dans ce pays. Il y était précisé que leur mère venait de décéder alors que leur père était mort en 1995, qu'ils étaient ainsi orphelins, qu'ils n'avaient plus de parenté dans leur pays d'origine et qu'ils s'y retrouvaient sans aucune ressource ni personne pour leur venir en aide.
Une demande d'autorisation d'entrée en Suisse a été déposée en leur faveur auprès du Consulat général de Suisse à Luanda le 27 septembre 2001.
A la suite d'une demande de renseignements complémentaires du SPOP, le Contrôle des habitants de Montreux a transmis le 18 mars 2002 une lettre explicative du frère des intéressés du 3 mars 2002. Il y exposait qu'ils n'avaient plus de famille à l'exception d'une tante vivant en République Démocratique du Congo, qu'il souhaitait que ses frères et soeurs puissent bénéficier d'une scolarisation normale ainsi que de soins médicaux de qualité, qu'ils avaient besoin d'un soutien moral en raison de l'événement tragique qu'ils venaient de vivre et qu'une aide financière envoyée sur place ne permettait pas de régler tous les problèmes au regard du régime en place en Angola.
L'Ambassade de Suisse au Mozambique a confirmé au SPOP le 10 avril 2002 que les actes de naissance des intéressés étaient des documents authentiques.
B. Par décision du 14 juin 2002, le SPOP a refusé de délivrer des autorisations d'entrée, respectivement des autorisations de séjour à A._, B._, C._, D._ et E._ X._ aux motifs qu'aucune raison importante n'en justifiait l'octroi, que le regroupement familial avait volontairement été limité au conjoint et aux descendants âgés de moins de 18 ans et que par ailleurs F._ X._ ne disposait pas de moyens financiers suffisants pour subvenir à l'entretien de ses frères et soeurs ni d'un logement convenable pour les accueillir.
C. C'est contre cette décision que les intéressés ont recouru auprès du tribunal de céans par l'intermédiaire de leur frère et par acte du 15 juillet 2002. Il y ont notamment fait valoir qu'ils avaient toujours gardé des contacts très étroits avec leur frère domicilié en Suisse malgré la distance qui les séparait, que ce dernier possédait la garde de ceux d'entre-eux qui étaient mineurs, que ces derniers vivaient dans le stress et le désespoir total, que cela se répercutait sur la santé psychique de leurs soeurs majeures qui étaient incapables de faire quoi que ce soit pour les aider et qu'ils étaient tous étudiants si bien qu'ils n'auraient pas de problèmes d'intégration en Suisse. Ils ont encore relevé que depuis la perte de leur mère, ils étaient souvent malades ce qui n'était pas le cas auparavant, que l'égalité entre femme et homme n'était pas réalisée dans leur pays d'origine, qu'en cas d'octroi des autorisations requises, ils pouvaient financer les dépenses liées à leur installation en Suisse et leurs frais d'entretien pour un certain temps par le biais des biens immobiliers qu'ils possédaient en Angola, que F._ X._ et son épouse étaient à la recherche d'un emploi mieux rémunéré et que leur pays d'origine ne possédait pas de structure semblable à celle que l'on trouvait en Suisse pour l'encadrement des orphelins. Ils ont donc conclu à l'octroi des autorisations litigieuses.
D. Par avis du 26 juillet 2002, le juge instructeur du tribunal a indiqué que le dépôt du recours n'avait pas pour effet d'autoriser provisoirement les recourants à entrer dans le canton de Vaud.
E. Le SPOP a déposé ses déterminations le 9 août 2002. Il y a repris, en les développant, les motifs présentés à l'appui de la décision contestée et a conclu au rejet du recours.
Les recourants n'ont pas présenté d'observations complémentaires dans le délai imparti à cet effet.
A la suite d'une intervention du juge instructeur du tribunal, le SPOP a confirmé le 10 octobre 2002 que F._ X._ avait obtenu la naturalisation facilitée le 4 octobre 2001 et qu'il était originaire de la commune de Breil dans le canton des Grisons.
F. Le Tribunal administratif a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit :
1. Aux termes de l'art. 4 al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (ci-après LJPA), le Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsqu'aucune autre autorité n'est expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du Service de la population et de l'Office cantonal de la main-d'oeuvre et du placement rendues en matière de police des étrangers.
2. En dehors des cas où une disposition légale prévoit expressément le contrôle de l'opportunité d'une décision, le Tribunal administratif n'exerce qu'un contrôle en légalité, c'est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire expresse, ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir d'appréciation (art. 36 litt. a et c LJPA). La loi fédérale sur le séjour et l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (ci-après LSEE) ne prévoyant aucune disposition étendant le pouvoir de contrôle de l'autorité de recours à l'inopportunité, ce grief ne saurait donc être examiné par le tribunal de céans.
Conformément à la jurisprudence, il y a abus du pouvoir d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou encore lorsqu'elle statue en violation des principes généraux du droit administratif que sont l'interdiction de l'arbitraire, l'égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité (cf. sur tous ces points, ATF 110 V 365 cons. 3b in fine; ATF 108 Ib 205 cons. 4a).
3. Aux termes de l'art. 1 LSEE, tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s'il est au bénéfice d'une autorisation de séjour ou d'établissement. Selon l'art. 4 LSEE, l'autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l'étranger, sur l'octroi de l'autorisation de séjour. Pour les autorisations, les autorités doivent tenir compte des intérêts moraux et économiques du pays, ainsi que du degré de surpopulation étrangère (art. 16 LSEE). Ainsi, les ressortissants étrangers ne bénéficient en règle générale d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail.
4. Les recourants sont âgés de 23 ans (A._), 21 ans (B._), 15 ans (C._), 13 ans (D._) et 10 ans (E._). Ils sollicitent l'octroi d'une autorisation d'entrée en Suisse puis de séjour afin de pouvoir vivre auprès de leur frère aîné, F._ X._, ressortissant suisse. A l'appui de cette requête, ils font essentiellement valoir que depuis le décès de leur mère, ils ne peuvent plus vivre dans leur pays d'origine où ils sont livrés à eux-mêmes.
a) Les dispositions régissant le regroupement familial réservent la possibilité d'obtenir une autorisation de séjour par ce biais au conjoint et aux enfants célibataires âgés de moins de 18 ans (art. 17 al. 2 LSEE et 38 al. 1 de l'Ordonnance du Conseil fédéral du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers [OLE]). Les recourants étant les frères et soeurs d'un ressortissant helvétique, ils n'entrent pas dans le cercle des bénéficiaires d'une autorisation de séjour par regroupement familial (dans le même sens arrêt TA PE 02/0333 du 23 octobre 2002 et les références citées).
b) Ils ne sauraient pas davantage tirer un quelconque droit de l'art. 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) garantissant à toute personne le droit au respect de sa vie familiale et la protégeant, à certaines conditions, contre une séparation d'avec les membres de sa famille. Le Tribunal fédéral admet en principe que cette disposition ne s'oppose qu'à la séparation des proches parents, soit des époux vivant en communauté conjugale ou d'un parent vivant avec son enfant mineur. Si l'intéressé requérant d'une autorisation de séjour ne fait pas partie de ce noyau familial ("Kernfamilie") proprement dit, il ne peut se prévaloir de liens familiaux dignes de protection que s'il se trouve dans un rapport de dépendance avec les personnes admises à résider en Suisse (ATF 120 Ib 257, c. 1d, JdT 1996 I 306 et les références cités). Le Tribunal fédéral a ainsi admis que le demi-frère ou la demi-soeur d'une personne adulte de nationalité suisse ou autorisée à s'établir en Suisse qui en avait la charge pouvait déduire un droit à la délivrance d'une autorisation de séjour de l'art. 8 CEDH si il ou elle se trouvait dans un rapport de dépendance comparable au lien unissant un enfant mineur à ses parents (même arrêt). Notre haute Cour a encore relevé qu'un enfant est considéré comme capable de vivre de manière indépendante dès l'âge de 18 ans. Ainsi, pour qu'un étranger puisse se prévaloir de l'art. 8 CEDH et obtenir une autorisation de séjour afin de vivre avec ses parents établis en Suisse, il faut qu'il soit affecté d'un handicap physique ou mental grave rendant irremplaçable l'assistance des proches parents (voir notamment ATF 115 Ib 1, JdT 1991 I 269).
En l'espèce, et même si trois d'entre-eux sont mineurs, les recourants ne se trouvent pas dans un lien de dépendance accrue envers leur frère domicilié en Suisse au sens de la jurisprudence citée ci-dessus. Le fait que cette fratrie ait gardé des liens importants depuis que l'un d'entre-eux séjourne en Suisse n'est pas suffisant. La demande des recourants est motivée par le décès de leur mère. Ils ont ainsi exposé à l'appui de leur demande que les trois plus jeunes d'entre eux souhaitaient être scolarisés dans notre pays alors que les deux aînées pourraient y travailler (voir annexe au courrier du Contrôle des habitants de Montreux du 7 juin 2001). Ils cherchent donc à échapper aux difficultés qu'ils vivent dans leur pays d'origine et assurer leur avenir économique. Si un tel but est compréhensible, il n'entre toutefois pas dans le champ d'application de l'art. 8 CEDH qui vise la protection des liens familiaux tels que décrits ci-dessus (dans le même sens arrêt du Tribunal fédéral 2A.199/2001 du 5 juin 2001).
5. Le SPOP a également relevé que l'art. 36 OLE ne permettait pas de donner une suite favorable à la requête des recourants. Selon cette disposition, des autorisations de séjour peuvent être accordées à d'autres étrangers n'exerçant pas une activité lucrative lorsque des raisons importantes l'exigent. Dans la mesure où les deux recourantes qui sont majeures envisagent de trouver un emploi en Suisse, elles ne peuvent pas se prévaloir de cette disposition. De plus, dans sa jurisprudence constante, le tribunal de céans a toujours rappelé que l'art. 36 OLE devait être interprété restrictivement et que les principes qui avaient été dégagés par la jurisprudence du Tribunal fédéral dans le cadre de l'examen de l'art. 13 f OLE (autorisation de séjour et de travail hors contingent dans un cas personnel d'extrême gravité ou en raison de considérations de politique générale) était applicable par analogie à l'appréciation des demandes d'autorisations de séjour fondées sur l'art. 36 OLE (voir par exemple arrêts TA PE 02/0104 du 26 juin 2002; PE 01/0239 du 2 novembre 2001 et les renvois aux ATF 119 Ib 43 et 122 II 186). En outre, il serait contraire au but de la législation sur le séjour et l'établissement des étrangers d'admettre par le biais de l'art. 36 OLE la présence en Suisse de ressortissants étrangers qui ne peuvent faire valoir aucun autre motif d'autorisation (arrêt TA PE 02/0104 du 26 juin 2002 et les références citées).
L'art. 36 OLE ne permet donc pas à des orphelins de rejoindre un frère établi en Suisse. En effet, les raisons invoquées par les recourants à l'appui de leur demande, même si elles sont dignes d'intérêt, ne peuvent pas être considérées comme importantes. Ils ne se trouvent pas dans une situation différente de celle des autres ressortissants étrangers qui viendraient à perdre tragiquement leurs parents alors que l'un de leur frère réside en Suisse. Il n'est en outre pas établi que les recourants dépendaient complètement de leur mère, à tout le moins pour les deux plus âgées d'entre eux. Dès lors, et comme le relève le SPOP dans ses déterminations du 19 juillet 2002, les aînées majeures peuvent prendre en charge les cadets dans leur pays d'origine en mettant, cas échéant, à profit les biens immobiliers dont ils allèguent être propriétaires et qu'ils indiquaient pouvoir utiliser afin de financer leur installation dans notre pays et d'assurer la prise en charge d'une partie de leurs frais de séjour. En outre, le frère des recourants, qui est de nationalité suisse et dont les moyens financiers ne permettent pas d'accueillir toute sa famille, peut continuer à leur fournir une aide matérielle en Angola.
6. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours aux frais des recourants (art. 55 LJPA).