# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 59de7ba6-d83a-5081-a2b5-113b3e93f409
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2004
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Madame P_, née en 1958, originaire de Turquie, est arrivée en Suisse en 1987. Elle a d’abord été titulaire d’un permis B, puis d’un permis C dès 1992. En Turquie, elle exerçait l’activité de médecin-dentiste en tant qu’indépendante. Son diplôme n’étant pas reconnu en Suisse, elle a notamment travaillé à Genève comme traductrice environ 20 heures par semaine (emploi sur appel).
2. Le 25 mai 1998, l’intéressée a déposé une demande auprès de l’Office cantonal de l’assurance-invalidité (ci-après l’OCAI) visant à la prise en charge d’une orientation professionnelle et d’un reclassement dans une nouvelle profession. Elle allègue souffrir depuis 1988 de douleurs générales dans les articulations, de faiblesse du corps et de dépression.
3. Selon la Doctoresse A_, médecin traitant, qui la connaît depuis le 9 octobre 1997, l’incapacité de travail est de 100% depuis son arrivée en Suisse en tant que médecin-dentiste, « non seulement en raison de la nécessité d’établir des équivalences pour pouvoir exercer, mais aussi et principalement pour des problèmes de santé dus aux séquelles de violences ». Ce médecin explique que sa patiente souffre de séquelles psychologiques et physiques suite à un emprisonnement et de la torture subis en Turquie alors qu’elle était étudiante. Elle pose les diagnostics suivants : syndrome fibromyalgique avec état dépressif, séquelles de mauvais traitements et de torture, probable syndrome de stress post-traumatique chronique selon ICD 10 (F 43.1). Elle précise que les douleurs chroniques et la fatigabilité accrue empêchent une attention soutenue durant plusieurs heures, et c’est pourquoi une activité quelle qu’elle soit devrait être prévue à temps partiel (cf. rapport du 31 décembre 1998).
4. Par décision du 16 octobre 2001, l’OCAI a informé l’intéressée que toute prestation lui était refusée, les conditions d’assurance n’étant pas réalisées.
5. Celle-ci, représentée par Maître Daniel MEYER, a interjeté recours le 19 novembre 2001 auprès de la Commission cantonale de recours AVS-AI. Elle soutient qu’à la date de la survenance de l’invalidité, elle comptait déjà une année entière de cotisations en Suisse. Si elle n’a pas pu exercer sa profession de médecin-dentiste à son arrivée dans notre pays, c’est au seul motif qu’elle n’était pas au bénéfice d’une formation équivalente et d’un diplôme reconnu. Depuis 1987, elle a travaillé sans interruption comme traductrice à la Croix-Rouge et à établissement hospitalier et comme enseignante au Cycle d’orientation de C_ ; elle donne par ailleurs des cours privés de français dans le cadre d’un centre d’accueil pour femmes analphabètes. Elle rappelle enfin que le diagnostic de fibromyalgie et dépression n’a été posé qu’en 1998.
La recourante a séjourné du 16 au 30 décembre 1999 à la l’établissement hospitalier. Ce séjour lui avait été recommandé par son médecin traitant, « pour un éloignement du milieu habituel et des soins de physiothérapie pour soulager les points douloureux de fibromyalgie » (cf. rapport du 18 janvier 2000).
La Doctoresse B_, dans un rapport établi le 12 décembre 2000 à l’attention de l’OCAI, a estimé l’incapacité de travail à 100% depuis 1989, au motif que la patiente souffre d’un état dépressif réactionnel et de fibromyalgie. La Doctoresse B_ mentionne qu’une activité adaptée à l’invalidité pourrait être exercée dans l’enseignement.
Dans une note du 6 février 2001, le Docteur C_, médecin-conseil de l’OCAI, constate que l’atteinte à la santé invalidante est antérieure à l’arrivée en Suisse et que la recourante s’est « réadaptée elle-même dans diverses activités ».
6. Dans son préavis du 21 janvier 2002, l’OCAI conclut au rejet du recours.

## Considerations