# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c899374e-e47a-538c-9f4f-3535ff6e4f51
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2013
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié le 11 octobre 2012, valant annonce et déclaration d'appel, le Ministère public a formé appel du jugement complémentaire sur indemnisation rendu par le Tribunal de police le 28 août 2012, notifié le 3 octobre 2012, par lequel le premier juge a "invité" l'Etat de Genève à verser à X_ la somme de CHF 4'543.55 à titre d'indemnité pour les dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure, laissant les frais de la procédure à la charge de l'Etat.
Le Ministère public conclut à l'annulation de ce jugement et au déboutement de X_ de ses conclusions en versement d'une indemnité de procédure, subsidiairement à la condamnation de l'Etat de Genève à verser à X_ la somme de CHF 60.- à ce titre, coût d'une consultation dans une permanence d'avocats.
B.
Les faits pertinents pour l'issue du litige sont les suivants :
a.
Le 22 novembre 2010, A_ s'est présentée à la police pour déclarer un accident de la circulation survenu le jour même. Alors qu'elle se trouvait derrière une file de véhicules à l'arrêt, la voiture qui la précédait avait entamé une marche arrière, touchant le pare-chocs avant de son véhicule, ce qui l'avait endommagé. La conductrice avait ensuite quitté les lieux.
b.
La police a identifié la conductrice du véhicule comme étant X_. Celle-ci contestait avoir percuté le véhicule de A_, son automobile possédant des senseurs de parcages. Si elle avait causé un accident, elle se serait arrêtée et aurait transmis ses coordonnées.
Selon le rapport de police du 21 décembre 2010, la hauteur des pare-chocs des véhicules de X_ et de A_ ainsi que les dégâts constatés corroboraient les dires de A_.
c.a
Par ordonnance pénale du Service des contraventions (ci-après : SDC) du 4 février 2011, X_ a été condamnée à une amende d'un montant de CHF 800.- ainsi qu'un émolument de CHF 60.-, assortie d'une peine privative de liberté de substitution de huit jours. Il lui était reproché d'avoir effectué une marche arrière sans précaution, conduit avec inattention, ce qui avait engendré un accident et des dégâts matériels, et de ne pas avoir rempli ses devoirs en cas d'accident.
c.b
Le 15 février 2011, X_ a formé opposition contre cette ordonnance sous la plume de son conseil, mandaté la veille.
Elle a produit un rapport d'expertise du 13 janvier 2011, effectué à la demande de son assurance "La Mobilière", attestant que son véhicule n'avait pas pu causer le dommage invoqué par A_.
c.c
Par décision du 28 juin 2011, le SDC a maintenu son ordonnance pénale et transmis la procédure au Tribunal de police. L'enquête de police confirmait les dires de A_. L'expertise dont le rapport avait été produit avait eu lieu près de deux mois après les faits, ce qui ne permettait pas de conclure que le véhicule avait été présenté à l'expert dans le même état que celui contrôlé par la police.
c.d
Devant le Tribunal de police, X_ a produit le rapport d'expertise susvisé et sollicité l'audition de l'expert, cette réquisition de preuve étant refusée par le Tribunal. A_ a fait défaut à l'audience, à laquelle X_ s'était rendue avec son avocat. Les débats ont duré cinq minutes et l'audience un peu plus d'une demi-heure. Le Conseil de X_ a plaidé en vain que l'audition du témoin n'était pas indispensable.
Estimant au contraire qu'elle l'était, le Tribunal de police a convoqué une nouvelle audience le 7 novembre 2011, à laquelle A_ ne s'est pas plus présentée. X_ et son Conseil étaient présents, celui-ci ayant plaidé encore une fois en vain que le Tribunal pouvait statuer nonobstant l'absence du témoin. L'audience écourtée n'a pas excédé cinq minutes.
Une dernière audience a été fixée le 27 juin 2012, à laquelle A_ s'est finalement présentée. Les débats ont duré une heure et quart et la durée de l'audience un peu plus d'une heure et demie.
c.e
Par jugement du 27 juin 2012, le Tribunal de police a acquitté X_ du chef de violation simple des règles de la circulation routière (art. 90 ch. 1 de la loi fédérale sur la circulation routière du 19 décembre 1958, LCR ;
RS 741.01
) et lui a fixé un délai de 30 jours pour faire valoir ses éventuelles prétentions en application de l'art. 429 CPP.
d.
Le 26 juillet 2012, X_ a saisi le Tribunal de police d'une requête en indemnisation à la suite de son acquittement et a conclu à ce que l'Etat de Genève soit condamné à lui verser la somme de CHF 4'543.55 à titre d'indemnité pour ses frais de défense. Le montant des honoraires se justifiait car plusieurs audiences avaient dû être convoquées en raison des défauts successifs de A_.
X_ a produit deux relevés d'activité de son avocat comprenant au total 12 heures et 2 minutes d'activité, du 14 février 2011 au 27 juin 2012. Les relevés mentionnent trois audiences au Tribunal de police, de respectivement 60, 45 et 45 minutes, avec préparation (45 minutes), onze courriers ou courriels à la cliente (3h10), quatre courriers au Tribunal de police, expliquant principalement les disponibilités de la cliente et sollicitant l'audition d'un témoin à décharge (60 minutes), un courriel à l'assurance "La Mobilière" (15 minutes), un courrier au SDC (20 minutes), cinq téléphones au Tribunal de police (60 minutes), six téléphones à la cliente (1 heure 30), un téléphone au SDC (10 minutes), ainsi que la consultation (45 minutes), l'étude (20 minutes) et la "reprise" du dossier (10 minutes).
Le tarif honoraire, hors TVA, était fixé à CHF 350.- l'heure.
e.
Par jugement complémentaire sur indemnisation rendu par le Tribunal de police le 28 août 2012, l'Etat de Genève a été invité à verser à X_ la somme de CHF 4'543.55 à titre d'indemnité pour les dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure (art. 429 al. 1 let. a CPP).
C. a.
Le 19 novembre 2012, la Chambre de céans a ordonné l'ouverture d'une procédure écrite.
b.
Dans son mémoire du 22 novembre 2012, le Ministère public persiste dans les termes de sa déclaration d'appel du 11 octobre 2012. Le premier juge n'avait pas examiné le caractère raisonnable du recours à un avocat avant d'allouer une indemnité selon l'art. 429 al. 1 let. a CPP. S'agissant d'une contravention, le recours aux services d'un avocat n'était pas indispensable, la prévenue étant en mesure de se défendre seule. D'ailleurs, l'intervention du Conseil de X_ n'avait été d'aucune utilité, puisque les éléments essentiels du dossier avaient été instruits pas le Tribunal lui-même, voire par l'assureur de la prévenue. Le Tribunal avait lui-même ordonné le report de l'instruction en raison de l'absence du témoin à charge, dont l'audition n'avait finalement pas été nécessaire, dès lors que l'acquittement avait quand même été prononcé.
Retenir un montant de CHF 4'543.55 de frais d'avocat pour une simple contravention de CHF 860.- "confin[ait] à l'absurde".
c.
Dans ses observations du 11 octobre [
recte
: novembre] 2012, X_ persiste dans ses conclusions. En cas de condamnation pénale, elle aurait subi des conséquences administratives, soit vraisemblablement un retrait de permis de conduire, ce qui aurait eu des répercussions importantes sur l'exercice de sa profession. Si l'affaire avait été simple, le SDC n'aurait pas maintenu son ordonnance pénale. Le Tribunal de police n'aurait en outre pas estimé nécessaire d'entendre A_ et l'audience de jugement n'aurait pas duré une heure et 35 minutes, d'autant que X_ avait indiqué que l'affaire était en état d'être jugée sans l'audition de ce témoin. Le Tribunal avait en outre refusé l'audition d'un témoin à décharge, imposant à X_ de se faire représenter et de solliciter des actes d'instruction supplémentaires, dont une expertise.
d.

## Considerations