# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** d1691a33-3902-5342-b76e-f88edd8e9534
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_015
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Le 19 décembre 2014, le Grand Conseil a adopté une loi 11394, proposée par quinze députés, modifiant comme suit la loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d'habitation (mesures de soutien en faveur des locataires et de l'emploi) du 25 janvier 1996 (LDTR -
L 5 20
) : ![endif]>![if>
Art. 3 al. 4 (nouvelle teneur)
4
Il n’y a pas de changement d’affectation au sens de la présente loi lorsque des locaux à usage commercial, administratif, artisanal ou industriel sont affectés à l’habitation. Il n’y a également pas de changement d’affectation au sens de la présente loi lorsque ces locaux retrouvent leur destination commerciale, administrative, artisanale ou industrielle antérieure. Le loyer ou le prix des locaux convertis en logement ne peut pas être contrôlé au sens de la présente loi. Est réservé l’éventuel contrôle existant déjà au sens d’une autre loi en matière d’immeubles subventionnés et se poursuivant aux conditions de celle-ci.
Art. 7 Principe (nouvelle teneur)
Sous réserve de l’article 3, alinéa 4, nul ne peut, sauf si une dérogation lui est accordée au sens de l’article 8, changer l’affectation de tout ou partie d’un bâtiment au sens de l’article 2, alinéa 1, occupé ou inoccupé.
Cette loi est entrée en vigueur le 25 juillet 2015, après avoir été acceptée en votation référendaire le 14 juin 2015 (ROLG 2015 p. 393).
2. En date du 3 janvier 2017, onze députés ont déposé devant le Grand Conseil un projet de loi modifiant la loi sur les constructions et les installations diverses du 14 avril 1988 (LCI -
L 5 05
), par l’ajout de l’al. 8 (nouveau) suivant à l’art. 1 LCI : ![endif]>![if>
8
La modification de destination de constructions ou installations à usage commercial, administratif, artisanal ou industriel en logements oblige uniquement à une déclaration auprès de l’autorité compétente.
À teneur de son exposé des motifs, ce projet de loi (ci-après : PL 12045) visait à harmoniser la LCI avec la modification précitée des art. 3 al. 4 et 7 LDTR.
3. Par un rapport du 24 avril 2017 (PL 12045-A), la commission du logement a recommandé au Grand Conseil, par 9 voix contre 5, d’adopter ce projet de loi. ![endif]>![if>
4. Le Grand Conseil a adopté le PL 12045 sans amendement, en trois débats, et dans son ensemble par 59 oui, 18 non et 14 abstentions. ![endif]>![if>
5. La loi 12045 a été publiée dans la Feuille d’avis officielle de la République et canton de Genève (ci-après : FAO) du 19 mai 2017, puis, aucun référendum n’ayant été demandé à son encontre, promulguée dans celle du 28 juillet 2017. ![endif]>![if>
6. Elle est entrée en vigueur le 29 juillet 2017, conformément à son art. 2 souligné fixant son entrée en vigueur au lendemain de sa promulgation. ![endif]>![if>
7. Par acte du 28 août 2017, la Ville de Genève (ci-après : la Ville), soit pour elle le département des constructions et de l’aménagement, a recouru contre la loi 12045 par-devant la chambre constitutionnelle de la Cour de justice (ci-après : la chambre constitutionnelle), en concluant à son annulation. ![endif]>![if>
Ladite loi violait l’autonomie communale que lui reconnaissait la loi sur l’extension des voies de communication et l’aménagement des quartiers ou localités du 9 mars 1929 (LExt -
L 1 40
), en vertu de laquelle elle avait adopté un plan d’utilisation du sol (ci-après : PUS) – d’abord provisoire, le 21 juin 1988, puis un nouveau, le 20 février 2007, accompagné d’un règlement relatif aux plans d’utilisation du sol de la Ville de Genève (ci-après : RPUS) –, qui réglait l’affectation des arcades donnant sur le domaine public et les changements d’affectation des hôtels. Chaque requête en changement d’affectation lui était remise pour préavis en application de l’art. 3 al. 3 LCI ; cela lui permettait de vérifier si les conditions posées par le RPUS étaient remplies ou si une dérogation pouvait être accordée ; dans la négative, le changement d’affectation d’une arcade ou d’un hôtel en logement devait être refusé par l’autorité cantonale. Le nouvel art. 1 al. 8 LCI sous-entendait que tous les changements d’affectation de surfaces administratives ou commerciales en logements étaient autorisables, alors qu’ils ne l’étaient pas au regard de certaines législations, raison pour laquelle le dépôt d’une demande d’autorisation de construire était nécessaire. La Ville, qui n’avait la compétence ni de délivrer des autorisations de construire spécifiques ni de sanctionner les violations de son RPUS, devait pouvoir s’appuyer sur les dossiers déposés devant l’autorité cantonale pour pouvoir se déterminer dans le cadre de son préavis. En l’absence de demande d’autorisation de construire, elle était privée de la possibilité de mettre en œuvre sa réglementation.
8. Par réponse du 27 septembre 2017, le Grand Conseil s’en est rapporté à justice quant à la recevabilité du recours et a conclu au rejet de ce dernier. ![endif]>![if>
La Constitution de la République et canton de Genève du 14 octobre 2012 (Cst-GE -
A 2 00
) ne conférait pas d’autonomie aux communes genevoises en matière d’aménagement du territoire ou d’utilisation du sol, et la LExt non plus, car elle ne leur accordait que la compétence d’adopter, par des PUS, des lignes directrices, à propos de l’application desquelles elles n’avaient qu’un pouvoir de préavis ne liant pas l’autorité cantonale.
En tout état, une autonomie accordée aux communes pouvait être reprise par le canton moyennant l’adoption d’une loi formelle, à l’instar du nouvel art. 1 al. 8 LCI. Cette disposition constituait une
lex specialis
par rapport à l’art. 1 al. 1 let. b LCI, qui exigeait une autorisation pour le changement de destination d’une construction et permettait aux communes d’imposer, dans leurs PUS, le maintien de certaines activités, ainsi que la Ville l’avait fait. La portée de cet art. 1 al. 1 let. b LCI se trouvait désormais réduite, en ce sens que la transformation de locaux à usage commercial, administratif, artisanal ou industriel en logements était soustraite de son champ d’application. Un tel changement de destination n’était plus soumis à autorisation administrative ; la Ville ne pouvait exiger, sur la base de son RPUS, que les autorités cantonales continuent à requérir une autorisation de construire pour un tel changement de destination de locaux, même en l’absence de travaux. Le mécanisme de déclaration prévu par l’art. 1 al. 8 LCI permettrait d’assurer le respect d’une éventuelle compétence résiduelle qui resterait en mains des communes en matière de changement d’affectation de locaux. La disposition attaquée poursuivait un but cohérent avec celui de la LExt de permettre de maintenir et rétablir l’habitat dans les quatre premières zones de construction.
9. Par réplique du 30 octobre 2017, la Ville a persisté dans les conclusions de son recours. ![endif]>![if>
Si la procédure d’autorisation de construire était de la compétence cantonale, chaque commune pouvait adopter un PUS et un règlement y relatif, et émettre des préavis qui, pour consultatifs qu’ils étaient, n’en étaient pas moins émis librement dans le cadre de la procédure d’autorisation de construire et ne pouvaient être écartés par abus ou excès de pouvoir d’appréciation. Les communes disposaient d’une autonomie en matière d’utilisation du sol. La loi 12045 ne visait pas à restreindre leur autonomie en la matière et ne pouvait être interprétée comme ayant cet effet.
Elle violait le droit fédéral, à savoir l’art. 22 de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire du 22 juin 1979 (LAT -
RS 700
). Selon l’al. 1 de cette disposition, aucune construction ou installation ne peut être créée ou transformée sans autorisation de l’autorité compétente. Le droit cantonal ne pouvait soustraire à autorisation de construire un projet de construction pour lequel une autorisation devait être obtenue à teneur du droit fédéral, autorisation ayant un caractère constitutif et ne pouvant être remplacée par un contrôle a posteriori de la conformité du projet de construction avec les normes applicables à ce dernier. Un changement d’affectation (en particulier d’un bureau en logement) devait être soumis à autorisation, même s’il ne nécessitait pas de travaux de construction. L’art. 22 al. 2 let. a LAT exigeait que les projets de construction soient contrôlés également du point de vue de leur conformité à la zone, ce qui avait ici son importance dès lors que la zone industrielle et artisanale permettait la réalisation de surfaces administratives mais pas la création de logements.
10. Par duplique du 23 novembre 2017, le Grand Conseil a persisté dans les conclusions de sa réponse au recours. ![endif]>![if>
Un changement d’affectation devait, à teneur de l’art. 1 al. 1 let. b LCI, faire l’objet d’une décision cantonale, procédure dans le cadre de laquelle la commune concernée était simplement invitée à émettre un préavis consultatif, ne lui conférant pas une liberté de décision relativement importante qui serait source d’autonomie communale. L’art. 1 al. 8 LCI attaqué avait vocation à s’appliquer de manière uniforme sur tout le territoire cantonal, par la suppression de l’exigence de requérir une autorisation de construire en cas de changement d’affectation destiné à transformer des locaux en logements. Il restreignait valablement l’autonomie communale même si cette finalité n’avait pas été évoquée.
L’art. 1 al. 8 LCI ne violait pas l’art. 22 LAT. Cette disposition-ci ne s’appliquait pas, en l’absence de travaux, à tout changement d’affectation, mais seulement si la nouvelle affectation n’était pas conforme à la zone et si, en plus, son effet sur l’environnement et la planification ne s’avérait pas manifestement mineur. Ainsi que l’art. 22 LAT le permettait, l’art. 1 al. 1 let. b LCI posait des exigences plus sévères, en tant qu’il visait de manière absolue toute modification de la destination d’une construction, mais sa portée se trouvait modifiée par le nouvel art. 1 al. 8 LCI, dans la mesure où il soustrayait la transformation des locaux à usage commercial, administratif, artisanal ou industriel en logements au champ d’application de l’art. 1 al. 1 let. b LCI. Vu les locaux qu’il énumérait, l’art. 1 al. 8 LCI avait vocation à s’appliquer aux locaux sis en zone à bâtir, à l’exclusion de la zone agricole, soit dans les cinq zones ordinaires (et les zones de développement leur étant associées), dans lesquelles des maisons d’habitation pouvaient être construites, si bien que le changement d’affectation considéré restait conforme à la destination de ces zones et échappait automatiquement au champ d’application de l’art. 22 LAT. Une transformation de locaux sis en zone industrielle et artisanale en logements n’était pas de nature à exercer une influence locale perceptible sur le régime d’utilisation du sol, car elle ne créait pas de charges supplémentaires pour les réseaux d’équipement et ne portait pas atteinte à l’environnement, et n’était donc pas soumise en vertu de l’art. 22 LAT à l’exigence d’une autorisation, étant au demeurant rappelé que le dépôt d’une demande d’autorisation de construire serait requise dans les cas, les plus fréquents, dans lesquels la conversion de locaux en habitations nécessiterait des travaux.
11. Dans des observations après duplique du 18 décembre 2017, la Ville a persisté dans les conclusions de son recours. ![endif]>![if>
Le caractère consultatif du préavis communal n’impliquait pas que les communes ne détenaient pas une certaine autonomie en matière d’utilisation du sol, pour trois raisons. Premièrement, un préavis devant obligatoirement être demandé était contraignant pour l’autorité cantonale en tant qu’il était émis en rapport avec un domaine dans lequel l’instance appelée à l’émettre était chargée d’exercer certaines compétences. Deuxièmement, d’après l’art. 145 al. 2 LCI, la commune du lieu de situation avait qualité pour recourir, sans autre préalable, contre la délivrance d’une autorisation de construire et pouvait également intervenir en procédure dans un délai de trente jours dès réception de l’avis de dépôt d’un recours contre le refus d’une autorisation ; cela lui permettait d’intervenir en matière d’aménagement du territoire et de s’assurer du respect des dispositions communales, cantonales et fédérales. Troisièmement, en vertu du principe de la légalité, l’autorité cantonale était tenue d’appliquer les plans d’affectation ou des bases légales claires, y compris de rang communal, comme l’était le RPUS.
Il n’avait nullement été visé de réduire l’autonomie communale lors de l’adoption de l’art. 1 al. 8 LCI. Aussi était-il inadmissible d’empêcher l’autorité cantonale de procéder au contrôle du respect du RPUS par le biais du préavis municipal dans le cadre d’une procédure d’autorisation de construire.
Une autorisation de construire était nécessaire, en vertu des conditions minimales fixées par l’art. 22 LAT, lorsque l’affectation n’était pas conforme à la zone, même en l’absence de travaux. Or, l’art. 1 al. 8 LCI visait toutes les zones à bâtir, y compris la zone industrielle et artisanale et les secteurs couverts par le RPUS, sans distinction concernant les zones d’affectation, donc y compris lorsque l’aménagement de logements ne serait pas conforme avec le régime de la zone considérée (en particulier en zone industrielle et artisanale) ou avec le plan localisé de quartier. Le RPUS représentait un plan d’affectation, au regard duquel l’autorité cantonale devait vérifier, en sollicitant le préavis de la Ville, si la conversion de locaux en logements pouvait être admise, même en l’absence de travaux ; de même, il fallait pouvoir contrôler si un tel changement d’affectation était conforme aux exigences résultant d’un plan localisé de quartier, ayant force obligatoire, comme à celles résultant d’autres législations, comme l’ordonnance sur la protection contre le bruit du 15 décembre 1986 (OPB -
RS 814.41
). Des transformations en logements de locaux de bâtiments entiers voués à des activités administratives créeraient des charges supplémentaires en termes d’équipements publics (écoles, crèches, etc.), que la Ville devrait assumer pour faire face à l’arrivée de nouveaux habitants (au lieu de travailleurs), ce que le dépôt de demandes d’autorisation de construire permettait d’anticiper ou de prévenir.
12. Le 22 décembre 2017, les observations de la Ville ont été transmises au Grand Conseil, après quoi la cause a été gardée à juger. ![endif]>![if>

## Considerations

EN DROIT
1. a La chambre constitutionnelle est compétente pour connaître de recours interjetés, comme en l’espèce, contre une loi cantonale aux fins de contrôle abstrait de sa conformité au droit supérieur (art. 124 let. a Cst-GE ; art. 130B al. 1 let. a de la loi sur l’organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ -
E 2 05
;
ACST/22/2017
du 3 novembre 2017 consid. 1a). ![endif]>![if>
b. Le recours a été interjeté en temps utile (art. 62 al. 1 let. d et al. 3 phr. 2 de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
), compte tenu de la suspension du délai de recours du 15 juillet au 15 août inclusivement (art. 63 al. 1 let. b LPA), et il respecte les conditions de forme et de contenu prévues par les art. 64 al. 1 et 65 LPA, dont celle d’un exposé détaillé des griefs (art. 65 al. 3 LPA).
2. a. La qualité pour recourir devant la chambre constitutionnelle contre un acte normatif n’est pas définie par la loi différemment que pour les recours devant les juridictions administratives genevoises en général (art. 60 LPA). Le législateur genevois n’a pas envisagé en la matière un autre mode de saisine que le recours de particuliers (
ACST/3/2017
du 23 février 2017 consid. 4d in fine), qui est ouvert à toute personne (physique ou morale) dont les intérêts sont effectivement touchés par l’acte attaqué ou pourraient l’être un jour avec un minimum de vraisemblance et ont un intérêt actuel ou virtuel digne de protection à son annulation, mais en principe pas aux personnes morales de droit public (art. 60 al. 1 let. b LPA ; art. 89 et 111 al. 1 de la loi fédérale sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 – LTF -
RS 173.110
;
ACST/22/2017
précité consid. 2b et jurisprudence et doctrines citées ; cf. cependant ci-après consid. 2c). ![endif]>![if>
b. L’art. 60 al. 1 let. d LPA, qui s’applique aussi au contrôle abstrait des normes (
ACST/6/2017
du 19 mai 2017 consid. 3a), reconnaît cependant la qualité pour recourir aux communes, établissements et corporations de droit public lorsqu’ils allèguent une violation de l’autonomie que leur garantissent la loi et la constitution. La recevabilité d’un tel recours suppose que l’entité considérée soit touchée par l’acte attaqué comme détentrice de la puissance publique et allègue de façon suffisamment vraisemblable une violation de son autonomie ; les questions de l’existence et de l’étendue d’une autonomie dans les matières considérées relèvent du fond (ATF
136 I 404
consid. 1.1.3 ;
135 I 43
consid. 1.2 ;
129 I 313
consid. 4.2 ;
ACST/6/2017
précité consid. 3 ; Étienne POLTIER, Les actes attaquables et la légitimation à recourir en matière de droit public, in Dix ans de loi sur le Tribunal fédéral, 2017, p. 123 ss, n. 117, 126 et 151 ; Florence AUBRY GIRARDIN, in Bernard CORBOZ et al. [éd.], Commentaire de la LTF, 2
ème
éd., 2014, n. 51 art. 89 LTF ; Pascal MAHON, Droit constitutionnel, vol. I, 3
ème
éd., 2014, n. 315 p. 383, n. 327 p. 395 ; Andreas AUER / Giorgio MALINVERNI / Michel HOTTELIER, Droit constitutionnel suisse, 3
ème
éd., 2013, vol. I, n. 303 et 2188 ; Heinz AEMISEGGER, in Karl SPÜHLER et al. [éd.], Bundesgerichts-gesetz [BGG]. Praxiskommentar, 2
ème
éd., 2013, n. 37 ad art. 89).
En l’espèce, la commune recourante se plaint d’une violation de son autonomie. D’après elle, en soustrayant la conversion de locaux à usage commercial, administratif, artisanal ou industriel en logements à l’exigence de l’obtention préalable d’une autorisation de construire, la loi attaquée empêcherait la mise en œuvre du PUS et du RPUS qu’elle a adoptés sur la base de la LExt. Elle porterait atteinte à ses prérogatives découlant de ses qualités d’autorité planificatrice en matière d’aménagement du territoire et d’autorité appelée à participer, par l’émission de préavis et le cas échéant l’exercice d’un droit de recours ou d’intervention dans le cadre de procédures de recours, à assurer le respect des normes qu’elle a la compétence d’édicter par le biais des instruments précités de planification de l’utilisation du territoire communal.
La commune recourante est touchée par l’acte attaqué comme détentrice de la puissance publique et elle allègue de façon suffisamment vraisemblable une violation de son autonomie. Aussi faut-il lui reconnaître la qualité pour recourir contre cet acte en vertu de l’art. 60 al. 1 let. d LPA.
c. Au demeurant, à teneur d’un récent arrêt du Tribunal fédéral, une commune a qualité pour recourir sur la base de l’art. 89 al. 1 LTF contre une disposition cantonale qui l’entraverait dans l’exercice des prérogatives dont elle dispose en matière d’aménagement du territoire, lorsqu’elle est touchée comme détentrice de la puissance publique par un acte concernant des intérêts publics essentiels dans un domaine relevant de sa compétence (arrêt
1C_222/2016
du 5 juillet 2017 consid. 1.3.2, non publié aux ATF
143 II 476
, et jurisprudence citée). Dans cet arrêt, le Tribunal fédéral a admis que tel était le cas d’une disposition privant une commune fribourgeoise des moyens de lutter contre une thésaurisation des parcelles constructibles situées sur son propre territoire ; il a fondé cette conclusion d’une part sur l’art. 2 al. 1 LAT, exigeant la prise en compte des compétences des communes en matière d'aménagement dans l'accomplissement des tâches ayant un effet sur l'aménagement du territoire, et d’autre part sur l’art. 15a al. 1 LAT, prévoyant que les communes doivent pouvoir collaborer aux mesures visant à une utilisation conforme des zones à bâtir. Aux mêmes conditions – paraissant ici remplies –, la commune recourante doit pouvoir recourir devant les juridictions cantonales sur la base de l’art. 60 al. 1 let. b LPA, dès lors que celui-ci ne saurait être interprété plus restrictivement que ne l’est l’art. 89 al. 1 LTF (art. 111 al. 1 LTF ; arrêt du Tribunal fédéral
1C_196/2017
du 22 novembre 2017 consid. 2.1).
d. Le recours doit donc être déclaré recevable.
3. a. Il faut déterminer en premier lieu si la commune recourante dispose effectivement d’une autonomie dans le domaine de l’aménagement du territoire et la mise en œuvre des normes qu’elle peut le cas échéant adopter en la matière. ![endif]>![if>
b. L’autonomie communale est garantie dans les limites fixées par le droit cantonal (art. 50 al. 1 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 - Cst. -
RS 101
; art. 132 al. 2 Cst-GE).
Une commune bénéficie de la protection de son autonomie dans les domaines que le droit cantonal ne règle pas de manière exhaustive mais laisse en tout ou en partie dans la sphère communale, conférant par-là aux autorités municipales une appréciable liberté de décision. Celle-ci peut tenir dans la faculté d’adopter et/ou appliquer des normes communales, mais aussi dans une marge d’appréciation dans l’application du droit fédéral ou cantonal. Pour être protégée, l’autonomie ne doit pas nécessairement concerner toute une tâche communale, mais uniquement un domaine déterminé. Pour savoir si une commune est autonome, il suffit de déterminer si elle est libre de faire des choix, sous sa propre responsabilité et en fonction d’options qu’elle définit elle-même ; il n’est pas déterminant qu’elle agisse en vertu de compétences propres plutôt que déléguées, ni en étant soumise à un pouvoir de surveillance cantonal restreint à la légalité plutôt que s’étendant à l’opportunité (ATF
136 I 395
consid. 3.2.1 ;
136 I 316
consid. 2.1.1 ;
136 I 265
consid. 2.1 ;
133 I 128
consid. 3.1 ; arrêt du Tribunal fédéral
2C_756/2015
du 3 avril 2017 consid. 2.3 ss ;
ACST/6/2017
du 19 mai 2017 consid. 5a ;
ATA/170/2015
du 17 février 2015 consid. 6a ;
ATA/122/2012
du 6 mars 2012 consid. 3a ; Jacques DUBEY, Droits fondamentaux, 2018, vol. II, n. 3872 ss ; Ulrich HÄFELIN / Walter HALLER / Helen KELLER / Daniela THURNHER, Schweizerisches Bundesstaatsrecht, 9
ème
éd., 2016, n. 974 ss ; Eva Maria BELSER / Nina MASSÜGER, in Bernhard WALDMANN et al. [éd.], Bundesverfassung, 2015, n. 15 ss ad art. 50 ; Andreas AUER / Giorgio MALINVERNI / Michel HOTTELIER, op. cit. vol. I, n. 265 ss, 287 ss ; Thierry TANQUEREL, Manuel de droit administratif, 2011, n. 168 ss ; Stéphane GRODECKI, Les compétences communales – Comparaison intercantonale, in Thierry TANQUEREL / François BELLANGER [éd.], L’avenir juridique des communes, 2007, p. 25 ss).
c. La Cst-GE n’attribue pas de compétence aux communes en matière d’aménagement du territoire (cf. art. 163 ss Cst-GE). Contrairement à ce que prétend la commune recourante, une autonomie en la matière ne peut en particulier se déduire de l’art. 135 al. 2 Cst-GE voulant que, de façon générale (et non spécifiquement dans le domaine de l’aménagement du territoire), le canton mette en place un processus de concertation avec les communes dès le début de procédures de planification et de décision, ni de l’art. 134 phr. 1 Cst-GE prévoyant que les communes encouragent la population à participer à l’élaboration de la planification et des décisions communales. La loi d'application de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire du 4 juin 1987 (LaLAT -
L 1 30
) suppose toutefois que les communes détiennent certaines compétences en la matière visée par cette loi dès lors qu’elle prévoit, à son art. 2 al. 1, que les autorités cantonales et communales veillent, dans les limites de leurs compétences, à coordonner leurs efforts pour atteindre les buts fixés par la législation fédérale et cantonale sur l’aménagement du territoire, la charge d’appliquer la LaLAT revenant cependant à l’autorité cantonale (soit au DALE) à défaut d’attribution expresse à une autre autorité (art. 2 al. 4 LaLAT).
Dans le canton de Genève, les plans d’affectation, dont la LAT prévoit l’adoption pour régler le mode d’utilisation du sol (art. 14 al. 1 LAT), sont pour l’essentiel du ressort des autorités cantonales – dont notamment les plans de zone (art. 12 LaLAT) et les PLQ (art. 1 ss LExt ; art. 5A s. LGZD) –, même si les communes doivent être consultées au cours de leur élaboration et disposent même d’un droit d’initiative en vue de l’adoption ou la modification de certains d’entre eux (art. 15A al. 4 et 5 LaLAT ; art. 1 al. 3 LExt ; art. 5A al. 2 LGZD ;
ACST/14/2017
du 30 août 2017 consid. 4). Les art. 15A ss LExt attribuent toutefois aux communes la compétence d’adopter des PUS et des RPUS, afin de maintenir et de rétablir l’habitat dans les quatre premières zones de construction au sens de l’art. 19 LaLAT et dans leurs zones de développement, d’y favoriser une implantation des activités qui soit harmonieuse et équilibrée, tout en garantissant le mieux possible l’espace habitable et en limitant les nuisances qui pourraient résulter de l’activité économique (art. 15A al. 1 LExt). Les PUS ont pour but de donner une ligne directrice quant à l’affectation du territoire communal en le répartissant notamment en terrains à bâtir – dans des secteurs aux prépondérances respectivement d’intérêt public, d’habitation ou de logements, ou de travail ou d’emplois – et en espaces verts, privés ou publics, y compris les secteurs de détente en nombre et surface suffisants (art. 15B LExt). Les RPUS définissent les taux de répartition dans les différents secteurs, afin d’assurer notamment un équilibre entre l’habitat et l’artisanat, le commerce, l’administration, tant publique que privée, et les secteurs de détente (art. 15C LExt).
Les compétences qui reviennent aux communes genevoises pour l’adoption de PUS et de RPUS leur laissent le choix entre des options bien différentes quant à l’affectation des parcelles, bâtiments et locaux sis sur leur territoire, dans le but qu’elles soient associées, en tant que collectivités locales proches de leur population résidente ou active, à la définition des utilisations admissibles de leur territoire (Jacques DUBEY, op. cit., vol. II, n. 3889 ss, 3893 ss), au demeurant conformément aux art. 2 al. 1 et 15a al. 1 LAT précités (cf. consid. 2c). Elles sont source d’autonomie dans ce domaine spécifique de l’aménagement du territoire, ainsi que l’a d’ailleurs admis le Tribunal fédéral (arrêt du 1
er
novembre 2015 dans les causes
1C_253/2013
et
1C_259/2013
consid. 2.2).
d. Il est vrai que les communes genevoises ne détiennent pas, formellement, de compétence décisionnaire pour l’application des PUS et RPUS qu’elles élaborent. C’est l’autorité cantonale en charge de la police des constructions, soit le DALE, qui, formellement, statue sur la conformité de projets de construction à ces instruments communaux de planification du territoire et sur l’octroi de dérogations, dans le cadre de la procédure administrative instituée par la LCI, en même temps qu’elle se prononce sur le respect des diverses contraintes résultant des autres plans d’affectation du sol et multiples prescriptions applicables auxdits projets (art. 1 al. 6 LCI). On ne saurait en déduire que les communes sont dépourvues de toute autonomie pour la mise en œuvre de leurs PUS et RPUS.
Une autonomie communale en matière législative doit trouver un certain prolongement, sous une forme ou une autre, au stade de l’application des règles édictées en vertu de cette autonomie. La protection accordée aux communes dans leur fonction législative risquerait d’être vaine si celles-ci ne pouvaient s’en prendre à l’autorité cantonale qui ne respecterait pas le droit communal dans des cas d’application (Andreas AUER / Giorgio MALINVERNI / Michel HOTTELIER, op. cit., vol. I, n. 289). Pour la mise en œuvre de leurs PUS et RPUS, les communes genevoises sont appelées à faire valoir leur position, le cas échéant à se prononcer sur l’octroi ou le refus d’une dérogation, par le biais d’un préavis au cours de la procédure d’autorisation de construire (art. 3 al. 3 LCI), et elles sont habilitées, en tant que communes du lieu de situation, à recourir contre la délivrance d’une autorisation de construire et à intervenir en procédure en cas de recours contre le refus d’une autorisation (art. 145 al. 2 LCI ; arrêt du Tribunal fédéral
1C_362/2011
du 14 février 2012 consid. 2.3.2 ; Stéphane GRODECKI, La qualité pour recourir des communes genevoises au Tribunal fédéral en droit de la construction, RDAF
2010 I 244
, p. 251).
Sans doute les préavis communaux, en règle générale, sont-ils consultatifs et ne lient-ils pas l’autorité de décision (art. 3 al. 3 phr. 1 et 2 LCI). Il a cependant été jugé qu’une dérogation fondée sur un RPUS accordée ou refusée par l’exécutif communal (sous la forme d’un préavis) revêt un poids certain, sinon lie l’autorité de décision (
ATA/824/2014
du 28 octobre 2014 consid. 11 et 14). Celle-ci ne saurait admettre sans de bonnes raisons, à l’encontre d’un préavis communal, qu’un projet de construction ne serait pas contraire à un PUS et/ou un RPUS ou peut être autorisé en dépit du fait qu’il ne bénéficierait pas d’une dérogation accordée par la commune (
ATA/422/2015
du 5 mai 2015 consid. 10 ;
ATA/824/2014
précité consid. 15 et 16 ;
ATA/451/2014
du 17 juin 2014 consid. 8). Le pouvoir d’appréciation du DALE est plus restreint en la matière que s’agissant de préavis concernant par exemple l’octroi d’une dérogation aux rapports de surface en application de l’art. 59 al. 4 let. a LCI, domaine dans lequel l’exigence d’un préavis communal n’est pas source d’autonomie communale (
ATA/699/2015
du 30 juin 2015 consid. 8c ;
ATA/828/2015
précité consid. 7).
e. C’est donc à bon droit que la commune recourante se prévaut d’une autonomie pour l’adoption et la mise en œuvre d’un PUS et RPUS qu’elle adopterait.
4. a. Compte tenu du contexte dans lequel la loi attaquée a été adoptée et d’ambiguïtés affectant les travaux préparatoires de cette loi, il y a lieu de déterminer son sens et sa portée véritables avant d’en vérifier la conformité au droit supérieur. ![endif]>![if>
b. La loi s’interprète en premier lieu d’après sa lettre (interprétation littérale). Si le texte légal n’est pas absolument clair, si plusieurs interprétations de celui-ci sont possibles, il y a lieu de dégager sa véritable portée de sa relation avec d’autres dispositions légales et de son contexte (interprétation systématique), du but poursuivi, singulièrement de l’intérêt protégé (interprétation téléologique), ainsi que de la volonté du législateur telle qu’elle ressort notamment des travaux préparatoires (interprétation historique) (ATF
129 V 258
consid. 5.1 et les références citées). Il y a lieu d’utiliser ces diverses méthodes d’interprétation de manière pragmatique, sans établir entre elles un ordre de priorité hiérarchique (ATF
125 II 206
consid. 4a). Enfin, si plusieurs interprétations sont admissibles, il faut choisir celle qui est conforme à la Constitution (ATF
119 Ia 241
consid. 7a et les arrêts cités).
c. En l’occurrence, le recours est dirigé et ne peut l’être que contre le nouvel art. 1 al. 8 LCI issu de la loi 12045, et non contre les art. 3 al. 4 et 7 LDTR modifiés par la loi 11394. Il faut néanmoins évoquer la portée de cette modification-ci, dès lors que la loi 12045 a été présentée comme une simple mise en harmonie de la LCI avec ladite modification de la LDTR.
5. a. La LDTR a pour but de préserver l’habitat et les conditions de vie existants, ainsi que le caractère actuel de l’habitat dans les zones visées expressément par la loi (art. 1 al. 1 LDTR ; arrêt du Tribunal fédéral
1P.406/2005
du 9 janvier 2006 consid. 3.3 ;
ATA/373/2016
du 3 mai 2016 consid. 5a). À cet effet, elle prévoit notamment des restrictions à la démolition, à la transformation et au changement d’affectation des maisons d’habitation (art. 1 al. 2 let. a LDTR). ![endif]>![if>
b. Au nombre des opérations dites de transformation, qui restent soumises à autorisation (art. 9 LDTR), figurent notamment tous les travaux qui ont pour objet de modifier la destination de tout ou partie d’une maison d’habitation et la création d’installations nouvelles d’une certaine importance (telles que salles de bains et cuisines), et la rénovation (c’est-à-dire la remise en état), même partielle, de tout ou partie d’une maison d’habitation, en améliorant le confort existant sans modifier la distribution des logements (art. 3 al. 1 LDTR). Les travaux d’entretien ne sont pas soumis à autorisation (art. 3 al. 2 LDTR). La distinction entre les travaux de transformation et ceux d’entretien n’est pas aisée. Sont par exemple des travaux de transformation le remplacement de cuisines et d’installations sanitaires désuètes impliquant la création d’un système d’adduction d’eau et d’évacuation des eaux usées, mais sont des travaux d’entretien le remplacement des installations sanitaires avec la peinture des pièces concernées par ces travaux (Emmanuelle GAIDE / Valérie DÉFAGO GAUDIN, La LDTR, 2014, p. 183 ss, not. ch. 1.5, 2 et 3, et – pour de nombreux exemples, cités références à l’appui – p. 200 ss ch. 2.5.10 et p. 210 ss ch. 3.4).
Pour qu’une autorisation de transformer un logement soit accordée, il faut que, cumulativement, les travaux soient nécessaires ou utiles et que les logements transformés répondent aux besoins prépondérants de la population ; le DALE fixe les loyers des logements transformés, sauf exceptions (art. 9 al. 3 à 6 et art. 10 et 11 LDTR). Sur le plan procédural, le propriétaire entendant procéder à des travaux de transformation doit déposer au DALE une requête d’autorisation de construire soumise par analogie aux art. 2 à 4 LCI (art. 40 al. 1 LDTR) ; cette demande est traitée selon la procédure ordinaire (dite DD) ou en procédure accélérée (dite APA) suivant que, pour l’essentiel, les travaux modifient l’extérieur ou l’aspect général de l’immeuble ou portent uniquement sur la modification intérieure d’un bâtiment existant ou ne modifient pas l’aspect général de celui-ci (art. 3 al. 7 LCI ; not. art. 9 et 10B du règlement d’application de la loi sur les constructions et les installations diverses du 27 février 1978 - RCI -
L 5 05.01
).
c. Le changement d’affectation, qui est interdit par la LDTR sous réserve de dérogation (art. 7 s. LDTR), consiste quant à lui notamment en toute modification, en l’absence de travaux (ou en présence de simples travaux d’entretien), qui a pour effet de remplacer des locaux à destination de logements par des locaux à usage commercial, administratif, artisanal ou industriel (art. 3 al. 3 phr. 1 LDTR ; art. 3 phr. 2 let. a à c LDTR ; Emmanuelle GAIDE / Valérie DÉFAGO GAUDIN, op. cit., p. 341 ss, not. ch. 3).
Sous réserve de l’art. 3 al. 4 LDTR évoqué ci-après, pour qu’une dérogation à l’interdiction d’un changement d’affectation soit accordée, il faut que, cumulativement, la suppression du logement soit justifiée et, sauf exception, compensée par des surfaces commerciales ou administratives réaffectées simultanément en logements dont les loyers doivent répondre aux besoins prépondérants de la population (art. 8 LDTR). Sur le plan procédural, la requête en changement d’affectation, à déposer le cas échéant conjointement avec la requête portant sur la compensation projetée, est traitée par APA si elle porte sur le changement d’affectation d’un seul appartement, mais en procédure ordinaire (DD) si elle porte sur plusieurs appartements (art. 7 al. 2 du règlement d’application de la loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitation du 29 avril 1996 - RDTR -
L 5 20.01
).
d. Dans sa version d’origine, du 25 janvier 1996 (ROLG 1996 p. 99 ss) – reprise sur ce point de l’art. 3 al. 3 modifié le 23 juin 1994 (ROLG 1994 p. 290) de l’aLDTR du 22 juin 1989 (ROLG 1989 p. 700) –, la LDTR prévoyait, à son art. 3 al. 4, qu’il n’y avait pas de changement d’affectation lorsque des locaux à usage commercial, administratif, artisanal ou industriel avaient été temporairement affectés à l’habitation et qu’ils retrouvaient leur destination commerciale, administrative, artisanale ou industrielle antérieure. Par modification du 25 mars 1999 (ROLG 1999 p. 767) avait été précisé que ces logements devaient n’avoir jamais été précédemment affectés à du logement (MGC 1999 9/II 1076 s., 1082 s., 1091, 1166). Cette disposition avait pour effet de soustraire la réaffectation desdits logements à leur destination d’origine à l’exigence, sur le plan procédural, de l’obtention d’une autorisation au sens de la LDTR ainsi que, sur le fond, aux conditions d’octroi d’une dérogation prévues par la LDTR. Elle a été fort peu utilisée (Emmanuelle GAIDE / Valérie DÉFAGO GAUDIN, op. cit., p. 352 ss, ch. 3.4), apparemment par crainte du caractère temporaire indéfini de la conversion en logement, d’un blocage des loyers et d’une impossibilité de réaffecter les logements en locaux commerciaux par la suite (PL 11394-A, p. 15).
e. La loi 11394 a ré-exprimé la même idée sous-jacente à cet art. 3 al. 4 LDTR. Elle a toutefois supprimé la condition que la conversion préalable de locaux commerciaux, administratifs, artisanaux ou industriels en logements ait eu un caractère temporaire (Emmanuelle GAIDE / Valérie DÉFAGO GAUDIN, op. cit., p. 352 ss, not. ch. 3.4.2 à 3.4.4). Elle a également supprimé l’exigence que les locaux considérés n’aient jamais été affectés précédemment au logement. Elle a en outre explicité la règle que le loyer ou le prix des locaux convertis en logement ne peut pas être contrôlé au sens de la LDTR, à l’occasion d’un tel changement d’affectation, donc sans préjudice qu’un logement issu de la conversion de locaux affectés précédemment à un usage commercial, administratif, artisanal ou industriel n’est pas soustrait aux dispositions de la LDTR sur la transformation de locaux d’habitation (ni d’ailleurs à celles sur la démolition-reconstruction).
f. Dans sa pratique, le DALE a considéré que s’il soustrayait les changements d’affectation considérés à l’emprise des dispositions de la LDTR sur les changements d’affectation, cet art. 3 al. 4 LDTR ne dispensait pas les propriétaires d’avoir à requérir et obtenir pour ces opérations une autorisation en application de la LCI, dès lors qu’à teneur de l’art. 1 al. 1 let. b LCI, « nul ne peut, sans y avoir été autorisé, modifier, même partiellement (...) la destination d’une construction ou d’une installation ». C’est pour couper court à cette interprétation que le PL 12045 a été déposé, en étant présenté comme superfétatoire dès lors que la loi 11394 avait, selon les auteurs desdits projets de loi, d’ores et déjà soustrait l’opération visée à toute autorisation.
6. a. Il ne s’ensuit pas que l’art. 1 al. 8 LCI puisse être considéré comme concrétisant simplement la règle selon laquelle les changements d’affectation visés par les art. 3 al. 4 et 7 LDTR sont réputés ne pas constituer de tels changements au sens de la LDTR. Une chose est en effet de savoir si une opération est soumise à la LDTR, mais autre chose de savoir si un projet de construction est conforme à toutes les autres normes et prescriptions régissant cette dernière et s’il peut être soustrait à toute procédure d’autorisation de construire. ![endif]>![if>
b. L’art. 1 al. 8 LCI ne vise pas une réaffectation de logements à leur usage antérieur commercial, administratif, artisanal ou industriel, contrairement aux art. 3 al. 4 et 7 LDTR, dont la finalité était surtout de rendre une telle reconversion possible sans les difficultés et inconvénients liés normalement, selon la LDTR, à la disparition de logements à usage locatif. Force est de retenir, de la lettre univoque de ladite norme, qu’une telle réaffectation reste soumise à autorisation en vertu de l’art. 1 al. 1 let. b LCI précité, quand bien même elle ne le serait pas, à défaut de travaux de transformation, à la LDTR.
c. L’art. 1 al. 8 LCI a vocation à s’appliquer sur l’ensemble du territoire cantonal, indépendamment des zones divisant ce dernier. Il a donc un champ d’application plus vaste que celui de la LDTR en matière de changements d’affectation. Celui-ci est certes assez étendu puisqu’il couvre, d’un point de vue géographique, les zones de construction ordinaires prévues par l’art. 19 LaLAT et les zones de développement prévoyant l’application des normes des quatre premières zones de construction ; matériellement, il concerne, indépendamment du point de savoir s’il s’agit d’une catégorie d’habitation en pénurie, tout bâtiment comportant des locaux qui, par leur aménagement et leur distribution, sont affectés à l’habitation, sauf les maisons individuelles ne comportant qu’un seul logement et les villas en 5
ème
zone comportant un ou plusieurs logements (art. 2 LDTR ; Emmanuelle GAIDE / Valérie DÉFAGO GAUDIN, op. cit., p. 121 ss not. ch. 2 et 3, p. 185 ch. 1.3).
Ainsi, tant les art. 3 al. 4 et 7 LDTR que l’art. 1 al. 8 LCI s’appliquent dans les zones à bâtir (sauf aux villas en 5
ème
zone dite résidentielle), à savoir dans les quatre premières zones de construction, les zones industrielles et artisanales, la zone ferroviaire, la zone aéroportuaire, les zones d’activités mixtes et les zones affectées à de l’équipement public (art. 19 LaLAT). Et c’est essentiellement dans la 5
ème
zone, la zone agricole (art. 20 LaLAT), les zones de hameaux (art. 22 LaLAT), les zones des bois et forêts (art. 23 LaLAT), les zones de verdure et de délassement (art. 24 s. LaLAT), que l’art. 1 al. 8 LCI s’applique en dehors du champ d’application des art. 3 al. 4 et 7 LDTR.
L’art. 1 al. 8 LCI a vocation à s’appliquer aussi dans les zones protégées ou à protéger – que sont notamment les zones de la Vieille-Ville et du secteur sud des anciennes fortifications, du vieux Carouge, le secteur Rôtisserie-Pélisserie, ainsi que les villages protégés –, de même qu’aux ensembles du XIX
ème
et du début du XX
ème
siècle, zones et bâtiments que régissent des dispositions particulières incluses dans la LCI (art. 28 LaLAT).
d. Bien que l’art. 1 al. 8 LCI ne le précise pas explicitement, des travaux que nécessiterait ou qui accompagneraient la conversion de locaux en logements – comme la création de cuisines et/ou de sanitaires – ne bénéficient pas de la dispense d’autorisation de construire que prévoit cette disposition, dans la mesure où ils doivent faire l’objet d’une requête d’autorisation de construire au regard des autres dispositions figurant à l’art. 1 LCI. Cela a d’ailleurs été admis lors des travaux parlementaires ayant abouti à l’adoption de la loi attaquée (cf. p. ex. le rapport de la commission du logement ad PL 12045-A p. 4 : « ... il n’y a pas besoin d’une APA quand les travaux ne sont pas nécessaires [...] quand le changement d’affectation s’accompagne d’une demande de travaux, une APA sera déposée »), comme d’ailleurs précédemment à l’adoption de la loi 11394 (cf. p. ex. exposé des motifs ad PL 11394 p. 3 : « Les travaux nécessaires à la conversion restent, bien évidemment, selon leur nature et étendue, soumis à autorisation, cas échéant », phrase répétée dans l’exposé des motifs et le rapport de la commission du logement sur le PL 12045).
e. Dans les cas où il trouve à s’appliquer, l’art. 1 al. 8 LCI substitue à l’exigence d’une demande d’autorisation de construire celle d’une déclaration auprès du DALE. À ce titre, cette disposition apparaît avoir introduit une variante allégée de la procédure par annonce de travaux prévue à l’art. 3 al. 11 LCI. C’est bien néanmoins une exemption de l’assujettissement à une autorisation de construire que prévoit ladite disposition pour la conversion considérée, à l’instar de l’art. 1 al. 3 LCI pour certaines installations solaires non soumises à autorisation mais devant obligatoirement être annoncées au DALE.
7. a. La question se pose en outre de savoir si, au-delà de sa portée procédurale, l’art. 1 al. 8 LCI attaqué a aussi la portée matérielle d’écarter l’opposabilité de toute norme cantonale et communale prévoyant l’affectation de locaux à des activités commerciales, administratives, artisanales ou industrielles, résultant des plans d’affectation du sol (plans de zone, PLQ, PUS, etc.) et des prescriptions régissant la destination des constructions et installations. ![endif]>![if>
La question est par exemple de savoir si ladite disposition écarte tout simplement l’application de dispositions telles que :
- l’art. 76 LCI, selon lequel, dans la 5
ème
zone, les locaux dont le plancher se trouve au-dessous du niveau général du sol adjacent ne peuvent servir à l’habitation (cf. aussi art. 127 al. 1 LCI) ; ![endif]>![if>
- l’art. 80 al. 2 LCI, aux termes duquel des logements ne peuvent être établis dans les zones industrielles ou artisanales que lorsqu’ils sont nécessaires pour assurer la garde ou la surveillance des installations ; ![endif]>![if>
- l’art. 102 al. 2 LCI, à teneur duquel, dans le centre de la ville de Carouge (vieux Carouge), les locaux en rez-de-chaussée ne peuvent être utilisés pour l’habitation que si leur plancher est situé à 0,30 m au-dessus du niveau général du trottoir adjacent, le vide d’étage ne pouvant être inférieur à 2,50 m ; ![endif]>![if>
- l’art. 126 al. 1 LCI, selon lequel il est interdit d’utiliser pour l’habitation de nuit des locaux qui prennent air et lumière sur des cours fermées ; ![endif]>![if>
- l’art. 15 de la loi sur la protection des monuments, de la nature et des sites du 4 juin 1976 (LPMNS -
L 4 05
), en tant qu’il interdit, sauf autorisation du Conseil d’État, le changement de destination d’un immeuble classé ; ![endif]>![if>
- les dispositions de PLQ prévoyant la destination commerciale, administrative, artisanale ou industrielle de bâtiments à construire (art. 3 al. 1 let. a LGZD) ; ![endif]>![if>
- les dispositions de PUS et/ou RPUS qui prévoiraient notamment le maintien, sauf dérogation, de l’affectation et de la destination de bâtiments existants (en particulier, s’agissant des rez-de-chaussée, à des activités ouvertes au public) et, pour des surfaces supplémentaires, leur affectation à des activités ouvertes au public s’agissant des rez-de-chaussée ; ![endif]>![if>
- les dispositions de la loi 10788 du 23 juin 2011 relative à l’aménagement du quartier « Praille-Acacias-Vernets », modifiant les limites de zones sur le territoire des Villes de Genève, Carouge et Lancy (création d’une zone 2, de diverses zones de développement 2, d’une zone de verdure et d’une zone de développement 2 prioritairement affectée à des activités mixtes) et des PLQ spécifiques prévus par cette loi (dits « PLQ PAV »), en tant qu’elles prévoient l’affectation de constructions à des activités commerciales, administratives, artisanales ou industrielles ; ![endif]>![if>
- les dispositions de la loi 10502 du 20 septembre 2013 modifiant les limites de zones sur le territoire de la Ville de Genève, section Petit-Saconnex, et des communes de Pregny-Chambésy (création de zones diverses et abrogation d’une zone de développement 4B protégée) pour le site central des organisations internationales (« le Jardin des Nations »), en tant qu’elles prévoient l’affectation de constructions notamment à des activités commerciales ou administratives. ![endif]>![if>
b. L’art. 1 al. 8 LCI paraît avoir été compris par certains députés ou intervenants comme garantissant que la modification de destination visée serait un acquis non susceptible d’être contesté sur le plan du principe.
b/aa. D’après l’un des députés auteurs du PL 12045, ce dernier visait « à clarifier le fait qu’il n’y ait vraiment aucune demande d’autorisation administrative à requérir », contrairement à l’avis du DALE ; ce projet de loi, a-t-il ajouté, n’avait « aucune incidence sur le fond » (PL 12045-A, p. 2). Ledit député a cependant indiqué que « quand on s’adresse au département on demande deux choses si on doit effectuer des travaux, à savoir une prise de décision sur le changement d’affectation lui-même, puis la demande de travaux » ; le projet de loi prévoyait « uniquement les désassujettissements quant au changement de destination » (PL 12045-A, p. 2. s.).
D’après la directrice de l’office cantonal du logement et de la planification foncière, entendue par la commission du logement, l’affectation d’un local commercial en logement pouvait soulever des questions d’habitabilité, de sécurité et de salubrité (par exemple les normes de police du feu étaient beaucoup plus importantes et appliquées de manière plus restrictive en matière de logements qu’en matière de locaux commerciaux). La disposition alors proposée compliquait aussi les choses lorsqu’il y avait « un PLQ avec des locaux commerciaux et qu’une dérogation (était) faite pour changer cette affectation », car « cela impliquait une dérogation majeure au PLQ » (PL 12045-A, p. 3 s.). Le conseiller d’État en charge du DALE a ajouté que ce n’était pas « parce que l’on n’a[vait] pas besoin d’autorisation de construire que l’on ne [devait] pas respecter les normes de salubrité, d’habitabilité et de sécurité, ainsi que les normes OPAM [ordonnance sur la protection contre les accidents majeurs du 27 février 1991 (
RS 814.012
)] ou OPB [ordonnance sur la protection contre le bruit du 15 décembre 1986 (
RS 814.41
)] notamment », sans faire mention des normes et mesures de planification prévoyant que des locaux soient destinés à des activités commerciales, administratives, artisanales ou industrielles (PL 12045-A, p. 4). Le député précité co-auteur du PL 12045 a alors indiqué que « la LDTR [avait] supprimé l’assujettissement et le contrôle des loyers » et que le but du projet de loi était « de simplifier les choses pour que le propriétaire sache que sur le principe de la conversion il ne [devait] rien à l’État », étant ajouté que « le propriétaire [savait] ce qui lui [restait] à faire concernant le respect des autres normes » (PL 12045-A, p. 4).