# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 47a82567-0c6c-54a7-b52f-dd63ea3f57e2
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2013
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Le 18 octobre 1997, B_ (ci-après : l’assurée ou la recourante), née en 1968, a été victime d’un grave accident de la circulation sur une autoroute française, alors qu’elle était passagère avant d’un véhicule conduit par C_ et assuré en responsabilité civile auprès de l’UAP, devenue AXA WINTERTHUR (ci-après : AXA).![endif]>![if>
2. A cette date, la recourante occupait, depuis le 3 janvier 1996, un poste de «
forwarder
» (personne s’occupant de l’exécution des contrats et du suivi des bateaux) en matière de fret international au sein de X_ SA. De ce fait, elle était assurée contre les accidents par AXA, qui a pris en charge le sinistre.![endif]>![if>
3. Se plaignant de douleurs cervico-thoraciques, l’assurée a été évacuée sur l’hôpital de NANTUA, où elle a bénéficié des premiers soins, puis a été rapatriée, par hélicoptère, à l’hôpital cantonal de GENÈVE (ci-après : HUG).![endif]>![if>
4. L’assurée est restée hospitalisée 24 heures aux HUG. Dans un rapport médical du 28 octobre 1997, le Dr L_ a indiqué que l’examen clinique avait révélé un status neurologique dans les normes et que le scanner cervical avait confirmé l’absence de lésion osseuse. Le diagnostic de cervicalgie post-traumatique avait été posé; un traitement simple d’anti-inflammatoire et le port d’une collerette avaient été préconisés.![endif]>![if>
5. B_ a bénéficié d’un arrêt de travail à 100% du 20 octobre au 19 novembre 1997, puis à 50% du 20 novembre 1997 au 15 janvier 1998.![endif]>![if>
6. Compte tenu de la persistance de symptômes douloureux référés dans les quatre membres avec une restriction fonctionnelle cervicale, un bilan complémentaire radiologique a été effectué par le médecin traitant de l’accidentée, le Dr M_, neurochirurgien. Ce dernier a mis en évidence une fracture avec éclatement du segment T2, alliée à une autre du plateau supérieur T4.![endif]>![if>
7. Le 17 janvier 1998, la recourante a subi une intervention chirurgicale, notamment une laminectomie décompressive avec stabilisation par crochet, pratiquée par le médecin susmentionné, laquelle a eu pour effet, selon la patiente, une très nette atténuation des symptômes référés au niveau des membres. ![endif]>![if>
Toutefois, par la suite, B_ s’est de nouveau plainte de douleurs interscapulaires et d’une dysphonie persistante.
8. Le 3 avril 1998, l’assurée a subi une nouvelle et très lourde intervention chirurgicale pratiquée toujours par le Dr M_, assisté du Dr N_, spécialiste en chirurgie cardio-vasculaire. Une stabilisation de la deuxième vertèbre dorsale, par voie postérieure et antérieure, a été pratiquée, par ouverture du corps de la vertèbre, greffe autologue et ostéosynthèse entre la première et la troisième vertèbre dorsale par plaque antérieure. ![endif]>![if>
9. Trouvant les résultats partiellement favorables, le Dr M_ a prescrit une reprise de travail à 50% dès le 3 août 1998 et à 80% dès le 5 octobre 1998.![endif]>![if>
10. Le 8 décembre 1998, le Dr O_, médecin-conseil LAA d’AXA, a mentionné qu’il s’agissait d’un cas très grave. La reprise du travail après deux opérations lourdes sur la région cervico-dorsale indiquait la haute motivation de la jeune assurée de trente ans. Il doutait, toutefois, de la nécessité du recours à une aide ménagère, demandée par la recourante, et de l’intérêt du port d’une minerve. Il a préconisé une analyse ergonomique du poste de travail de l’accidentée et recommandé une instruction de gestes et postures en se basant sur les informations fournies par la SUVA. Tout en relevant les méfaits posturaux liés au travail statique de saisies d’informations sur écran
d’ordinateur, il n’a pas évoqué le besoin de procéder à un changement d’orientation professionnelle de l’assurée.![endif]>![if>
11. Le 30 mars 1999, le Dr M_ a attesté d’une capacité de travail de nouveau réduite à 50% dès le lendemain.![endif]>![if>
12. Le 22 juin 1999, la recourante a déposé une demande de prestations AI visant à l'octroi d’une rente d'invalidité. Par décision du 16 août 2000, l'assurée s'est vue octroyé une demi-rente d’invalidité, basée sur un degré d’invalidité de 50% à compter du 1
er
mars 1999.![endif]>![if>
13. Sur requête d’AXA du 29 juin 2000, le Dr P_, spécialiste FMH en orthopédie et en chirurgie,
privat
docent
à la faculté de médecine de GENÈVE, a examiné l’assurée et rendu un rapport circonstancié daté du 1
er
septembre 2000. ![endif]>![if>
Après avoir fait un résumé du dossier est exposé l’anamnèse selon la patiente (sport, santé, et anamnèse actuelle), les plaintes de cette dernière, l’examen clinique effectué le 22 août 2000, l’examen du dossier radiographique, le Dr P_ a diagnostiqué une plaie du cuir chevelu, une très importante fracture du corps vertébral de la 2
ème
vertèbre dorsale avec effondrement du mur antérieur de près de la moitié de sa hauteur et atteinte importante du mur postérieur avec légère compression médullaire, un status après double fixation antérieure et postérieure de stabilisation de la 2
ème
vertèbre dorsale par ostéosynthèse et une fracture-tassement nette mais peu importante de la partie antérieure du plateau supérieur de D4.
Le Dr P_ a indiqué que la patiente travaillait le matin et se reposait l’après-midi. Cette dernière se fatiguait très vite et avait beaucoup de peine à rester de longs moments à
travailler sur un écran d’ordinateur; la patiente se déclarait incapable de faire son travail plus de 4 heures. Lors de la deuxième intervention pratiquée sur l’assurée, un des nerfs laryngés avait été légèrement contusionné, modifiant sa voix. La patiente était toujours incapable de crier et de chanter, de donner de la voix lorsqu’elle était dans «une société nombreuse».
Le port de charge (plus que 1 à 2 kg dans chaque main) était impossible car elle sentait tout de suite des contractures et des douleurs dans la région de ses épaules et de sa nuque. L’assurée avait de la peine à faire son ménage, en particulier lorsqu’il s’agissait de se pencher en avant, par exemple pour passer l
’
aspirateur, repasser ou faire son lit. La conduite d’une automobile était rendue difficile car la recourante avait très vite des contractures dans ses épaules avec des douleurs à la nuque et les secousses de la voiture la fatiguaient. La patiente avait dû arrêter tous les sports qu’elle aimait, en particulier, le ski nautique. Elle avait essayé de faire du yoga pour se détendre mais avait dû arrêter car elle finissait par avoir des contractures musculaires dans sa nuque.
L’examen clinique physique effectué sur la recourante par le Dr P_ avait révélé une musculature paravertébrale cervicale bilatérale légèrement contracturée, des trapèzes nettement contracturés et sensibles à la palpation et une palpation de l’émergence du nerf d’Arnold, à droite, ressentie désagréablement. Ce même médecin a décrit la mobilité de la colonne cervicale de l’assurée comme suit : les inclinaisons latérales et les rotations droites et gauches étaient limitées; lors de la deuxième intervention subie par la patiente, une stabilisation de la deuxième dorsale par blocage vertébral avait été pratiquée, laquelle avait évolué favorablement; les troubles neurologiques avaient disparu mais il restait une angulation qui ne s’était pas modifiée depuis l’opération. On pouvait dès lors considérer que les différentes greffes osseuses étaient bien incorporées et que la région cervico-dorsale était correctement stabilisée. Il n’en restait pas moins qu’un tel bouleversement d’une région charnière entre les colonnes cervicale et dorsale troublait la statique de la colonne cervicale et, en partie, dorsale. C’était la raison pour laquelle on constatait, sur les radiographies de profil faites en dernier, une hyperlordose cervicale qui expliquait, en partie du moins, les douleurs et les contractures vertébrales que ressentait la patiente. Le Dr P_ a apporté ensuite une explication clinique aux différentes douleurs ressenties par la patiente. Puis, il a tiré «un très grand coup de chapeau» à la patiente pour son optimisme et sa volonté de guérir et de reprendre son travail. Après un si important traumatisme, il lui paraissait «assez exceptionnel» que la patiente pût reprendre le travail à 50%, environ 4 mois après la deuxième opération; il fallait vraiment aimer son travail et avoir envie de garder sa place pour avoir une telle attitude. Un reclassement de la patiente dans une autre profession était exclu. Enfin, le Dr P_, évoquant une hypothétique grossesse de l’assurée, a indiqué que les difficultés rencontrées actuellement par la patiente risquaient de rendre difficile, sinon impossible, le soin à des enfants en bas âge car cela impliquait qu’il faille se baisser, les soulever, les porter, toutes considérations qui lui paraissaient pour l’instant extrêmement compromises pour la patiente.
En résumé, le Dr P_ a estimé que la patiente s’en était remarquablement sortie, au vu de l’accident particulièrement grave dont elle avait été victime, malgré le fait qu’il lui restait des séquelles qui n’étaient pas négligeables. Les troubles actuels de l’assurée étaient, de façon certaine, en causalité avec l’accident subi. La capacité de travail résiduelle de la patiente de 50% devait être considérée comme définitive.
14. Par décision du 11 octobre 2000, AXA a octroyé à la recourante une rente d'invalidité LAA basée sur un degré d'invalidité de 50% à compter du 1
er
novembre 2000 et a alloué une indemnité pour atteinte à l’intégrité de 34’020 fr. correspondant à un taux de 35%. Précédemment, la recourante avait perçu une indemnité journalière du 21 octobre 1997 au 31 octobre 2000.![endif]>![if>
15. Du 31 janvier 2002 au 31 décembre 2002, le Dr M_ a admis une incapacité de travail totale de l’assurée, avec reprise de travail à 20% dès le 1
er
novembre 2002.![endif]>![if>
16. A la demande l’Office cantonal de l’assurance-invalidité (ci-après : Office AI), le Dr Q_, spécialiste FMH en chirurgie orthopédique, a réalisé une expertise. Dans son rapport du 23 janvier 2003, il a notamment indiqué que la recourante avait été victime d'un traumatisme sévère au niveau cervico-dorsal. Le traitement de la fracture avait été fait par deux interventions chirurgicales importantes. L'accès antérieur à la vertèbre D2 était très difficile. Il avait été réalisé à l'aide du chirurgien cardio-vasculaire. Les interventions chirurgicales avaient permis de corriger la compression médullaire qui n'existait plus à l’heure actuelle. Toutefois, des modifications morphologiques dans la colonne dorsale haute avaient persisté. Ces modifications morphologiques entraînaient un syndrome douloureux chronique, qui était lié au maintien des postures nécessaires à l'utilisation d'un ordinateur. Une incapacité de travail définitive de 50% avait été déterminée par le Dr P_ dans son expertise du 1
er
septembre 2000. Au début 2002, une aggravation de la symptomatologie douloureuse avait motivé un arrêt de travail complet. La situation s'était ensuite partiellement améliorée avec présence, à ce moment, d'une capacité de travail de 20%.![endif]>![if>
17. Dans un courrier du 14 avril 2003 adressé au conseil de l’assurée, le Dr M_ a certifié que cette dernière se plaignait de fatigabilité, de douleurs cervico-dorsales chroniques et de météo-sensibilité. L’état actuel était satisfaisant, ce en raison de la diminution du temps de travail et de la poursuite régulière d’une physiothérapie; il était stabilisé mais les douleurs chroniques pourraient s’intensifier avec l’âge. S’agissant des raisons de la diminution de la capacité de travail de l’accidentée depuis l’expertise du Dr P_, le Dr M_ a expliqué que l’état de santé et la volonté de l’assurée avaient permis de croire qu’elle pourrait supporter un rythme de travail à 50%. Il s’était avéré qu’une fatigabilité toujours plus importante l’envahissait et que de sérieuses cervicodorsalgies l’empêchaient d’avoir une vie normale sans prise d’antidouleurs puissants. Une aggravation évidente de la vie de la patiente l’avait contrainte à changer de rythme (arrêt de travail de 9 mois) afin qu’elle prenne moins de médicaments, avec une reprise du travail à 20%.![endif]>![if>
18. Par décision du 23 janvier 2004, l'Office AI a octroyé une rente entière AI à la recourante, calculée sur un degré d'invalidité de 100% dès le 1
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avril 2002, puis de 80% dès le 1
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février 2003.![endif]>![if>
19. Par décision du 13 mai 2004, AXA a accordé à l’assurée une rente d’invalidité LAA basée sur un degré d’invalidité de 80%, à compter du 1
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novembre 2003. Précédemment, la recourante avait perçu une indemnité journalière du 31 janvier 2002 au 31 octobre 2003.![endif]>![if>
20. Dans un certificat médical du 3 mars 2005, le Dr M_ a certifié que les douleurs cervico-dorsalgiques séquellaires à l’accident de 1997 étaient stables et toujours présentes et nécessitaient toujours une prise en charge physiothérapique régulière, ainsi qu’une prise d’anti-inflammatoires et d
’
antidouleurs de manière régulière. La capacité de travail de l’assurée demeurait dès lors définitivement de 20%.![endif]>![if>
21. Le 4 avril 2006, sur requête d’AXA, le Dr R_, spécialiste FMH en médecine physique et réhabilitation et spécialiste de la colonne vertébrale à la Clinique du dos à Lausanne, a rendu une expertise actualisée de l’état de santé de l’assurée. ![endif]>![if>
Après avoir exposé l’anamnèse (personnelle, actuelle et socioprofessionnelle) de la patiente, les plaintes de cette dernière, ses constations objectives, le Dr R_ a diagnostiqué des cervico-brachialgies bilatérales dans un contexte de séquelles de Whiplash stade IV (Quebec TASK Force), un status après fracture de type Burst de T2 avec perte du mur antérieur de 50% et empreinte médullaire avec lésion ligamentaire du complexe C6-T1 et fracture basi-épineuse de C7, status après fracture-tassement de T4, status après deux interventions en différé (laminectomie décompressive élargie bilatérale associée à une stabilisation postérieure T1-T3, à une réparation ligamentaire C6-T1 et greffe osseuse; status après décompression canalaire en différé par cervico-sternotomie gauche procédant à une corporectomie T2, à une greffe autologue aux dépens de la crête iliaque droite et ostéosynthèse antérieure T1-T3), des troubles statiques et posturaux dans un contexte d’hypermobilité articulaire et de défaut de stabilisation du plan musculaire profond, et une dysphonie sur lésion post-opératoire d’un nerf laryngé.
Après avoir examiné la patiente à trois reprises, le Dr R_ a relevé que celle-ci jouissait, avant son accident, d’une très bonne santé générale; elle se décrivait comme très sportive et avait accédé, à une date non précisée mais avant son accident, au quatrième rang du classement suisse de slalom en ski nautique. Elle était, en outre, connue depuis son plus jeune âge pour sa très grande souplesse naturelle. La recourante s’était vue obligée, au vu de ses douleurs, d’abandonner toute pratique sportive. Malgré le temps écoulé depuis l’accident, il subsistait un handicap fonctionnel et douloureux, dont les conséquences étaient directement en rapport avec le traumatisme lui-même. Au sujet de l’incapacité de travail de l’assurée, la situation actuelle devait être considérée comme gérable et vouloir exiger une rentabilité supérieure serait totalement déraisonnable, totalement illusoire. Le Dr R_ ne voyait pas l’intérêt d’envisager un reclassement professionnel car celui-ci ne modifierait pas la capacité de travail de la patiente. Sur le plan vertébral, les contraintes qui devaient être respectées étaient les suivantes : une activité offrant une alternance de posture; les activités en zone haute étaient déconseillées de même que les porte-à-faux, ou encore la position dans laquelle l’activité principale imposait un travail où les bras seraient maintenus au-delà des 50° en abduction et en antéflexion; les ports de charge ne devaient pas excéder les 3kg. Le handicap fonctionnel était suffisamment manifeste pour limiter la patiente dans la réalisation des tâches ménagères habituelles. Les activités sportives antérieures n’étaient plus du tout compatibles avec son état; en particulier, tous les sports d’impact conduisant à une composante de vibration ou à des positions statiques longtemps maintenues, dont notamment le ski nautique, étaient actuellement «non réalistes».
22. Dans un courrier du 12 juillet 2006, le Dr R_ a précisé son expertise au sujet des lésions dégénératives des segments adjacents et du remaniement présent au niveau musculaire. Les méfaits qui avaient découlé de l’accident ou des suites des interventions chirurgicales s’étaient déjà produits et n’allaient pas s’aggraver au fil du temps pour autant que le sujet intervienne activement. Raisonnablement, on devait s’attendre à une participation active de l’assurée dans la pratique d’une telle démarche. Dans la littérature, il avait été largement prouvé que les mesures passives étaient connues pour ne pas influencer la trophicité musculaire, raison pour laquelle seule la pratique d’exercices quotidiens permettrait d’agir sur le plan musculaire profond. En effet, malgré l’altération qui s’était produite, il était chaudement recommandé de participer à la stabilisation dynamique vertébrale, pour limiter l’agression inhérente à la sédentarité ou à l’inactivité, problématique qui viendrait encore se surajouter aux méfaits du traumatisme.![endif]>![if>
23. Par communication du 10 août 2006, l’Office AI a maintenu la rente AI de l’assurée basée sur un degré d’invalidité de 80%.![endif]>![if>
24. Le 13 août 2007, AXA a mandaté une entreprise de surveillance, soit pour elle D_, afin d’observer la recourante; le but de la mission était de déterminer si l’accidentée pratiquait un sport, était à même de porter des charges, avait une activité professionnelle ou présentait un handicap physique invalidant.![endif]>![if>
D_ a mené ses observations les 21 août, 13 et 29 septembre et 13 octobre 2007. Il a filmé l’assurée lors des journées précitées de septembre et matérialisé ses observations sur un DVD (ci-après : le DVD); le 13 septembre 2007 de 16h35 à 19h20, on y voyait l’assurée monter sur un bateau de ski nautique et, le piloter, ranger du matériel sur le bateau ou le bâcher. Le 29 septembre 2007 de 08h00 à 18h02, il a constaté que la recourante fonctionnait en qualité de juge lors du Championnat genevois de ski nautique et de wakeboard et qu’elle avait pris place dans le bateau qui tirait les participants.
25. Par demande déposée par devant le Tribunal cantonal vaudois le 17 octobre 2007, l’assurée a assigné AXA, en sa qualité d’assureur responsabilité civile du conducteur du véhicule, et C_, conjointement et solidairement, en paiement de la somme totale de plus de 3’500’000 fr. pour perte de gain, tort moral, dommage ménager, frais de cures thermales, pour l’achat d’un véhicule adapté et en remboursement des honoraires d’avocat.![endif]>![if>
26. Dans un rapport du 19 octobre 2007, le Dr S_, spécialiste FMH en médecine générale et responsable du service médical de Suisse romande d’AXA, a indiqué avoir examiné le dossier de la recourante et visionné le DVD (ch. 24 supra). Il a relevé ce qui suit : «[...] on voit Mme B_ être parfaitement à l’aise heures sur le bateau de ski nautique, évoluer sans limitation apparente sur le plan instable que réalise une telle embarcation (...). Les manœuvres qu’elle effectue pour parquer le bateau sont effectuées avec une parfaite aisance (...). Lorsqu’elle gesticule, toujours sur le bateau, les bras en abduction en effectuant des rotations rapides de la nuque à droite et à gauche, Mme B_ le réalise sans aucune gêne ni limitation (...). Elle met de l’ordre sur son bateau en effectuant des mouvements de flexion antérieure du tronc, élévation du tronc, abductions – adductions des bras (pliage de la corde de traction) sans aucune gêne ni précaution (...). [...] lorsqu’elle s’assied dans le bateau (...), elle le fait sans aucune précaution, aucun amortissement du mouvement et sans douleur apparente. Mme B_ compense parfaitement le roulis ou le tangage du bateau. Elle ne craint pas d’être sur ce bateau, quand bien même elle est tournée vers l’arrière et ne peut anticiper les réactions du bateau qui évolue - par essence - à grande vitesse, ce qui sur ce plan d’eau est source d’importants soubresauts et oblige fréquemment le bateau à «taper». Alors même que le bateau évolue à grande vitesse (...), elle se lève d’un bond, effectue une rotation du tronc de 90 degrés vers la gauche avant de se rasseoir, avec une totale aisance. Les mouvements des bras pour enrouler la corde sont parfaitement coordonnés, effectués de manière harmonieuse et à grande vitesse (...). Elle évolue pendant plus de 2 heures d’affilée durant cette matinée sans aucun problème. À aucun moment elle ne semble ressentir une quelconque douleur. [...] On la voit faire des mouvements circulaires de ses deux bras en abduction, avec une aisance totale (...); elle applaudit avec force, elle lève les bras en élévation complète, agitant les poignets, puis applaudit de nouveau et croise les bras en élévation à 90° (...); elle sautille sur place, effectuant des demi-tours complets en génuflexion partielle sur elle-même, tout en joignant, bras ballants, ses mains alternativement sur son ventre puis derrière son dos, mouvements mimant probablement une figure de ski nautique (...); elle est capable d’effectuer sans gêne des rotations du tronc (...); elle déplace aisément des objets en porte-à-faux (...), les bras en extension; ses mouvements pour remettre ses cheveux en place ou réajuster son sac sur l’épaule sont harmonieux et sans particularité (...); la marche est elle aussi totalement aisée, rapide et normale (...); Mme B_ se retourne même en marchant sans aucune difficulté ni appréhension; elle hausse les épaules sans gêne, et gesticule sans limitation ni douleurs apparentes (...); à plusieurs reprises, on la voit monter sur un muret d’une hauteur de 40 cm (...) en descendre (...) sans évidence d’une quelconque limitation. Au contraire, elle en saute même (...); elle effectue, toujours en mimant des figures de ski nautique, des mouvements de rotation de 180° du corps, la tête restant dans la même direction, avec une totale aisance (...); elle éternue, avec mouvements de flexion démonstrative du tronc et réflexions de la nuque sans aucune douleur apparente (...); la séquence de gestuelle de 20 secondes (...) est éloquente et ne donne pas l’impression d’un trouble phonique. D’autres scènes aurait pu être détaillées, mais je tiens à attirer l’attention encore sur deux séquences : 1) un «
slap me five
» (...), 2) une longue flexion antérieure maximum du tronc avec le bras et tête en extension (... soit environ 34 secondes !), donc Mme B_ se redresse sans aucune gêne».![endif]>![if>
Le Dr S_ a conclu qu’à aucun moment des séquences vidéo, il avait eu l’impression que la recourante présentait une limitation de ses mouvements ou qu’elle présentait des douleurs. Il n’avait observé à aucun moment des signes de fatigue. Au contraire, l’assurée était très souvent souriante et gaie, n’économisant jamais ses mouvements. Les images étaient donc particulièrement éloquentes d’une nette contradiction avec bon nombre de limitations annoncées par Mme B_ ou préconisées par les experts, ces derniers se basant principalement sur les plaintes subjectives annoncées par la précitée pour les édicter.
27. Par courrier du 13 février 2008, AXA a informé la recourante qu’elle cessait toute prestation, en espèce ou en nature, à partir du 1
er
janvier 2008. Elle avait constaté que les activités menées par l’assurée, en particulier dans le domaine du ski nautique, étaient en contradiction avec les handicaps mentionnés dans le rapport médical du Dr R_ du 4 avril 2006.![endif]>![if>
28. a) En date du 21 février 2008, se constituant partie civile, AXA a déposé auprès de la Cheffe de la police une dénonciation pénale à l’encontre de B_ pour escroquerie et délit manqué d’escroquerie. ![endif]>![if>
La plaignante a expliqué que le rapport du Dr R_ était en totale contradiction avec l’activité pratiquée par l’assurée, notamment dans le domaine du ski nautique suisse. La plaignante avait effectué des recherches sur internet, desquelles il ressortait que la recourante était Présidente de Y_ ski nautique et wakeboard, de la commission «Z_», de la commission «XA_», de la commission «XB_» de la Fédération suisse de ski nautique et wakeboard, membre du conseil technique ski classique de cette même fédération; membre invité au comité de la section ski du club nautique de XC_; représentante de la section ski nautique au sein du Club -; responsable de la section compétition ski classique; capitaine de l’équipe féminine suisse de ski nautique et membre du jury lors de compétitions internationales de ski nautique. En 2003, l’assurée avait passé l’examen professionnel d’entraîneur de sport de performance avec brevet fédéral pour le ski nautique et wakeboard. Par ailleurs, le visionnement du film établi par le détective privé permettait de constater que l’assurée était en mesure de rester debout toute une journée, d’assumer toutes les tâches afférentes à la pratique du nautisme (manœuvres, rangement de cordes, bâchage, etc.), pouvait compenser le roulis ou le tangage d’un bateau, ne craignait pas d’être à bord d’un bateau qui évoluait parfois à grande vitesse, en étant tournée vers l’arrière; en outre, sur ces images, on voyait l’assurée faire de multiples mouvements ou rotations sans aucune gêne, marcher normalement en se retournant, sauter sur un muret, éternuer sans douleur, etc. Les activités susévoquées infirmaient les limitations énoncées par la recourante, voire même préconisées par les experts qui s’étaient fondés sur les plaintes subjectives de celle-ci pour établir leurs rapports. L’assurée percevait une rente entière d’invalidité, était au bénéfice d’une autorisation pour se parquer sur les places réservées aux handicapés et bénéficiait, depuis 1997, de rentes versées par AXA, d’un montant qui totalisait, au jour du dépôt de la plainte, plus d’un million de francs. Selon la plaignante, ces faits étaient constitutifs d’escroquerie et de délit manqué d’escroquerie.
b) Le 15 mai 2008, la recourante a été inculpée d’escroquerie en relation avec les faits sus-relatés, en substance pour avoir astucieusement induit en erreur et maintenu dans cette erreur AXA et, par extension l’assurance-invalidité, sur son incapacité de travailler.
c) Par ordonnance du 16 novembre 2009, devenue définitive, le Procureur général a classé la procédure pénale ouverte suite au dépôt de la plainte de l’intimée contre la recourante, en estimant que l’instruction n’avait pas établi, ni même rendu vraisemblable, la moindre intention dolosive de la recourante.
c) La procédure pénale a permis de recueillir les éléments suivants :
aa) Dans une attestation datée du 25 février 2008, le Président de la Fédération internationale de ski nautique a certifié que cette dernière était consciente de l’état de santé de l’assurée et comprenait aisément son besoin de pouvoir disposer de repos fréquents durant une compétition. Il lui semblait que l’expérience de cette dernière comptait plus pour eux que les nombreux désavantages liés à son handicap. Bien entendu, elle ne pratiquait aucune activité physique pendant la compétition. Enfin, leur groupe de juges comptait des paraplégiques et le fait d’être assis, posture la plus pratiquée par les juges, ne posait en soi aucun problème au bon déroulement de leur activité.

## Considerations