# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 3ae0f281-69b9-5afe-a4d3-7e91484e28a0
**Court:** FR_TC
**Chamber:** FR_TC_005
**Year:** 2016
**Language:** fr
**Jurisdiction:** FR / Espace_Mittelland
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Criminal Procedure

## Facts

considérant en fait
A. Suite à des placements à risque, B._, auquel était affiliée comme employeur C._, a perdu une importante partie de sa fortune et s’est retrouvé en liquidation. Des procédures pénales ont été ouvertes à la suite de la débâcle de cette caisse de pension fribourgeoise. En particulier, plusieurs membres du conseil de fondation de la caisse de pension ont été mis en prévention d’abus de confiance et de gestion déloyale. Il leur est reproché d’avoir confié au directeur d’une société anonyme lausannoise un mandat de gestion de fortune discrétionnaire sur les actifs de la caisse de pension dont le conseil de fondation avait la charge et que sur la base de ce mandat des investissements à risque portant sur une importante partie de la fortune de la caisse avaient été effectués. Se trouve ainsi sous le coup d’une telle procédure D._, vice-président du comité de direction de C._ et siégeant à ce titre au sein du conseil de fondation de B._.
Le canton de Vaud a aussi ouvert une enquête pénale pour abus de confiance contre le gestionnaire dont l’employeur s’était vu confier le mandat de gestion par la caisse de pension.
B. Le Ministère public a séquestré de nombreuses pièces tout d’abord auprès de la caisse de pension, puis le 11 septembre 2014, auprès de E._ SA, organe de révision de la caisse de prévoyance.
C. Le 3 octobre 2014, le Président du comité de direction de C._, soit le Préfet de la Sarine, informait le Ministère public qu’il avait ouvert une instruction préliminaire destinée à examiner sous l’angle de la législation sur les communes l’activité des représentants de C._ au sein du conseil de fondation de la caisse de prévoyance, et requérait de celui-ci un accès au dossier pénal. L’autorité d’instruction pénale ne lui a transmis que la dénonciation de C._.
Le 15 avril 2015, donnant suite à une nouvelle requête du Président du comité de direction de C._, le Ministère public lui a refusé l’accès à l’entier du dossier pénal, motif pris qu’aucune procédure administrative n’était pendante.
Par décision du 23 avril 2015, le Président du comité de direction de C._ a alors ordonné l’ouverture d’une enquête administrative contre D._ et F._ (également membre du comité de direction de C._ et siégeant à ce titre au sein du conseil de fondation de la caisse de prévoyance). Il a désigné comme enquêteur administratif Me G._.
D. Par décision du 24 août 2015, donnant suite à une requête du 1er juin 2015 de l’enquêteur administratif, le Ministère public lui a accordé un accès restreint au dossier pénal, à savoir aux « pièces utiles à son enquête et connues des parties »; il a précisé que les pièces séquestrées auprès de l’organe de révision E._ SA devaient d’abord être consultées par les parties avant que l’enquêteur administratif puisse y accéder.
E. Par ordonnance du 28 août 2015, le Ministère public a mis A._, réviseur chez E._ SA, en prévention de délit à la loi fédérale sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité. Il lui est reproché notamment de ne pas avoir intensifié ses contrôles et avisé l’Autorité de surveillance, alors qu’il aurait dû remarquer que les placements des avoirs de la caisse de pension ne respectaient pas une répartition des risques appropriée au sens de la LPP.
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F. Le 16 septembre 2015, le Ministère public a imparti à A._ un délai de dix jours pour qu’il se détermine sur la consultation par l’enquêteur administratif des classeurs séquestrés chez E._ SA et de son procès-verbal. A._ s’y est opposé par courrier du 14 décembre 2015. Il a fait valoir que l’ordonnance du 23 avril 2015 d’ouverture d’une procédure administrative avec désignation de l’enquêteur devait être considérée comme nulle et non avenue et a exposé que les pièces séquestrées chez son employeur n’étaient pas utiles à l’enquête administrative dès lors que celle-ci concernait C._ dont il n’était ni membre ni organe, ajoutant que son procès-verbal directement lié aux pièces précitées devait suivre le même sort.
G. Par décision du 4 janvier 2016, le Ministère public a autorisé l’enquêteur administratif à accéder aux différentes pièces séquestrées auprès de E._ SA (classeurs n° 53 à 61) ainsi qu’aux procès-verbaux des parties. Il a relevé qu’il n’appartenait pas à l’autorité pénale d’examiner la validité de la désignation de l’enquêteur administratif, rappelant qu’il n’examinait que l’existence d’un intérêt prépondérant à la consultation du dossier pénal. Il a considéré qu’un tel intérêt public existait et justifiait d’accorder à l’autorité administrative l’accès au dossier pénal afin qu’elle puisse reconstituer le déroulement des faits pour sa propre enquête. Selon le Ministère public, les classeurs séquestrés contiennent des éléments essentiels à la compréhension de l’affaire et les auditions menées visaient à clarifier ces informations avec l’aide des personnes qui avaient participé au processus. Enfin, il a souligné le secret professionnel auquel était soumis l’enquêteur administratif comme avocat et son engagement à ne pas divulguer d’informations publiquement jusqu’au dépôt de l’expertise.
H. Le 14 janvier 2016, A._ a déposé un recours assorti d’une requête d’effet suspensif, contre la décision précitée. En substance, il a fait valoir plusieurs griefs, notamment que l’enquêteur administratif avait été nommé par une autorité incompétente, que les classeurs séquestrés n’étaient pas utiles à cet enquêteur, que l’intérêt public n’était pas prépondérant contrairement à son intérêt privé, que la motivation de la décision était insuffisante, etc.
Par décision du 15 janvier 2016, le Président de la Chambre de céans a accordé l’effet suspensif au recours.
I. Le 20 janvier 2016, le Ministère public a conclu au rejet du recours dans la mesure de sa recevabilité. Il a relevé que les classeurs séquestrés chez E._ SA contenaient des renseignements très précis sur la gestion de B._ et des procès-verbaux de séances, de sorte qu’ils étaient utiles à l’enquête administrative et connus des parties. Il a rappelé qu’il ne lui appartenait pas d’examiner la validité de la décision administrative désignant l’enquêteur. Il a précisé que les classeurs séquestrés auprès de l’organe de révision pouvaient compléter ceux séquestrés chez C._, parfois lacunaires, voire permettraient d’en comparer les renseignements aux fins de reconstituer la vérité. Selon le Ministère public, l’intérêt pour l’autorité administrative d’identifier les causes qui avaient précipité la caisse de pension en liquidation et de déterminer les mesures adéquates pour prévenir les dommages subséquents et pour éviter un tel événement à l’avenir se révélait prépondérant et justifiait un accès au dossier pénal pour reconstituer le déroulement des faits et le rôle de tous les intervenants y compris celui des différents organes de surveillance, précisant qu’il ne serait pas exclu que les divers auxiliaires de la LPP comme le réviseur puissent porter une certaine part de responsabilité dans la déconfiture du Fonds. Il estime que les deux procédures administrative et pénale visent des buts d’intérêts publics élevés et différents. Le Ministère public conclut enfin au rejet du grief portant sur l’insuffisance de motivation.
J. Invité à se déterminer, Me G._ en sa qualité d’enquêteur administratif a conclu au rejet du recours. Il s’est rallié en substance aux déterminations du Ministère public et a évoqué des
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exemples de pièces se trouvant exclusivement dans les classeurs de l’organe de révision qui lui seraient nécessaires à une bonne compréhension du déroulement des événements afin de mener à bien sa mission.

## Considerations

en droit