# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** f8d6ae19-aa86-44f5-af38-d8388ecd9a9e
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_013
**Year:** 2017
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

En fait :
A.
a) S._, architecte, seul associé gérant de Z._, sise à [...] (VS), fait l’objet d’une instruction pénale pour abus de confiance, gestion déloyale et faux dans les titres. La procédure a été ouverte, d’office et sur plaintes de différents partenaires d’affaires, en relation avec ses activités dans trois projets de promotion immobilière (communes de [...]), menés, en partie au moins, par sa société et portant sur la construction et l’acquisition de villas en parts de PPE. Il lui est reproché d’avoir utilisé à d’autres fins les acomptes destinés au paiement de factures de travaux sur les immeubles dans les trois chantiers en question. Le prévenu soutient avoir agi exclusivement depuis Lausanne, où il est domicilié (cf.
P. 4, p. 1).
b) Des litiges civils portant sur les ouvrages en question sont pendants. Des hypothèques légales des artisans et des entrepreneurs ont été inscrites sur le bien-fonds sis à [...] à la réquisition d’une entreprise sous-traitante de Z._ (P. 6/39). Il en va de même sur l’immeuble de [...] (immeuble de base [...]), à hauteur de 58'694 fr. 05 (P. 11/2/6). Des prétentions civiles portant sur 131'000 fr. de travaux exécutés mais non payés sont articulées contre le prévenu et sa société en relation avec ce dernier chantier (P. 11/2/7).
c) Le 23 novembre 2016, le Ministère public a ordonné le séquestre des immeubles constitués des parts de [...] et [...] de l’immeuble de base [...] du Registre foncier de la commune de [...], propriété de la société Z._, a requis du Registre foncier du district de [...] qu’il procède, sans frais, à l’inscription d’une interdiction (recte : restriction) du droit d’aliéner sur ces biens-fonds, et a dit que les frais suivaient le sort de la cause. Le 5 décembre 2016, S._ et Z._ ont recouru contre cette ordonnance. Ce recours a été rejeté par la Chambre des recours pénale le 9 décembre 2016 (CREP 9 décembre 2016/839).
d) Le 25 novembre 2016, [...] a déposé plainte pénale contre S._ pour ne pas s’être acquitté de factures relatives à des chantiers confiés à [...] et à [...], pour un montant de 122'812 fr. 35.
B.
Par ordonnance du 13 décembre 2016, le Procureur de l’arrondissement de Lausanne a ordonné le séquestre des biens-fonds suivants :
- la part de [...] de l’immeuble de base [...] du Registre foncier de la commune de [...], propriété de Z._l;
- la part de [...] de l’immeuble de base [...] du Registre foncier de la commune de [...], propriété de Z._;
- la part de copropriété de 1⁄2 de la parcelle [...] du Registre foncier de la commune de Lausanne, propriété de Z._ (I).
Il a en outre requis du Registre foncier des districts de la Broye-Vully, Jura-Nord vaudois et Gros-de-Vaud et du Registre foncier des districts de Lausanne et de l’Ouest lausannois de procéder, sans frais, à l’inscription d’une interdiction du droit d’aliéner sur les biens-fonds précités dépendant de leur ressort (II), et a dit que les frais suivaient le sort de la cause (III).
C
. Par acte du 23 décembre 2016, S._ et Z._ ont recouru contre cette ordonnance, en concluant, avec suite de frais et de dépens, préalablement et avant toute décision sur le fond à ce que la Chambre des recours pénale statue dans une composition différente de celle résultant de l’arrêt prononcé le 9 décembre 2016 dans la même cause ; puis, statuant sur le fond et dans une nouvelle composition, à ce qu’elle annule l’ordonnance entreprise et ordonne au Conservateur du Registre foncier des districts de la Broye-Vully, Jura-Nord vaudois et Gros de Vaud de radier l’interdiction du droit d’aliéner inscrite sur les parts de [...] [...] et [...] de l’immeuble de base [...] du Registre foncier de la Commune de [...] et la part de copropriété de 1⁄2 de la parcelle [...] du Registre foncier de la commune de Lausanne, toutes trois propriété de Z._.
Il n’a pas été ordonné d’échange d’écritures.

## Considerations

En droit :
1.
Aux termes de l’art. 393 al. 1 let. a CPP (Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007; RS 312.0), le recours est recevable contre les décisions et actes de procédure du Ministère public. Une ordonnance de séquestre (art. 263 CPP) rendue par le Ministère public dans le cadre de la procédure préliminaire est ainsi susceptible de recours selon les art. 393 ss CPP (Moreillon/Parein-Reymond, Petit Commentaire du Code de procédure pénale, Bâle 2016, n. 24 ad art. 263 CPP; Lembo/Julen Berthod, in : Kuhn/Jeanneret [éd.], Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011, n. 4 ad art. 267 CPP; CREP 13 mars 2015/188; CREP 19 février 2015/51 et les références citées). Ce recours s’exerce par écrit dans les dix jours devant l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP; cf. art. 20 al. 1 let. b CPP) qui est, dans le canton de Vaud, la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal (art. 13 LVCPP [Loi vaudoise du 19 mai 2009 d’introduction du Code de procédure pénale suisse; RSV 312.01]; art. 80 LOJV [Loi vaudoise du 12 décembre 1979 d’organisation judiciaire; RSV 173.01]).
En l'espèce, le recours a été interjeté dans le délai légal auprès de l’autorité compétente par le prévenu et sa société, qui ont qualité pour recourir, le prévenu en tant que partie et sa société en tant que tiers séquestré (art. 382 al. 1 CPP), et dans les formes prescrites (art. 385 al. 1 CPP), de sorte qu’il est recevable.
2.
2.1
Dans un premier moyen, les recourants requièrent que la Chambre des recours pénale statue dans une autre composition que celle du 9 décembre 2016 (cf. CREP 9 décembre 2016/839). Ils se plaignent en substance d’une trop grande rapidité de décision, de fautes grossières, de travail bâclé et d’absence de réflexion au sujet de leur accès au dossier. S’agissant de ce dernier point, ils qualifient de « suspect » cette absence de critique et font référence aux art. 56 ss CPP.
2.1.1
Le droit à un procès équitable exige que l’organisation judiciaire soit fondée sur la loi et que la compétence des tribunaux, ainsi que leur composition, soient déterminées par des normes générales et abstraites. Les procès ne doivent pas être institués
ad hoc
ou
ad personam
, et les juges ne doivent pas être désignés de manière arbitraire. Chaque justiciable a donc le droit d’être jugé par le tribunal compétent
ratione personae, ratione loci, temporis
et
materiae
, ainsi que par un tribunal correctement composé et comprenant des magistrats qui possèdent les qualifications professionnelles requises (Auer/Malinverni/Hottelier, Droit constitutionnel suisse, vol. II, 3
e
éd. Berne 2013, n. 1273 ss, pp. 587 ss).
En l’occurrence, la présente Cour est composée de manière conforme à la loi
ratione personae, loci, temporis
et
materiae
, tout comme l’était la Cour qui a rendu l’arrêt CREP 9 décembre 2016/839. Au demeurant, la partie ne saurait naturellement avoir le choix de son juge.
2.1.2
Conformément à l'art. 59 al. 1 let. c CPP, lorsqu'un motif de récusation au sens de l'art. 56 let. a ou f est invoqué ou qu'une personne exerçant une fonction au sein d'une autorité pénale s'oppose à la demande de récusation d'une partie qui se fonde sur l'un des motifs énumérés à l'art. 56 let. b à e, le litige est tranché sans administration supplémentaire de preuves et définitivement par la Cour d’appel pénale (art. 14 LVCPP), lorsque l’autorité de recours est concernée.
Aux termes de l’art. 58 al. 1 CPP, lorsqu’une partie entend demander la récusation d’une personne qui exerce une fonction au sein d’une autorité pénale, elle doit présenter sans délai à la direction de la procédure une demande en ce sens, dès qu’elle a connaissance du motif de récusation ; les faits sur lesquels elle fonde sa demande doivent être rendus plausibles.
En l’espèce, si les recourants ont fait mention des art. 56 ss CPP dans leur écriture, ils n’ont toutefois pas requis la récusation de la Cour ni utilisé la procédure de récusation ouverte devant la Cour d’appel pénale (art. 59 al. 1 let. c CPP), alors qu’il leur était loisible de le faire s’ils avaient réellement estimé pouvoir se prévaloir d’un motif de récusation.
2.1.3
Enfin, si les recourants voyaient une multitude d’erreurs dans l’arrêt du 9 décembre 2016, il leur était loisible de recourir au Tribunal fédéral selon les voies de droit indiquées au pied dudit arrêt.
3.
3.1
Les recourants soutiennent que l’ordonnance attaquée serait incomplète et erronée (art. 393 al. 2 let. b CPP), notamment en raison du fait qu’elle ne relaterait pas toute la procédure, en particulier celle de l’accès au dossier.
3.2
La constatation des faits est incomplète lorsque des faits pertinents ne figurent pas au dossier. Elle est erronée (ou inexacte) lorsqu'elle est contredite par une pièce probante du dossier ou lorsque le juge chargé du recours ne peut déterminer comment le droit a été appliqué (Rémy, in: Kuhn/Jeanneret [éd.], op. cit., n. 17 ad art. 393 CPP).
3.3
En l’occurrence, on ne discerne pas en quoi une ordonnance de séquestre devrait relater des faits liés au déroulement de la procédure de manière générale; une telle ordonnance n’a de toute manière pas à traiter de l’aspect de l’accès au dossier par les parties, ces deux questions relevant à l’évidence de deux problématiques distinctes.
4.
4.1
Les recourants s’en prennent au soi-disant refus du procureur de les laisser accéder au dossier, et sollicitent de la Cour qu’elle donne des instructions au procureur quant à l’accès des parties au dossier.
4.2
L'accès au dossier est garanti aux parties de manière générale par l'art. 107 al. 1 let. a CPP. L'art. 101 al. 1 CPP précise cependant que les parties peuvent consulter le dossier d'une procédure pénale pendante, au plus tard après la première audition du prévenu et l'administration des preuves principales par le Ministère public, l'art. 108 CPP étant réservé. Il subsiste ainsi la possibilité de restreindre l'accès complet au dossier en application de l'art. 108 al. 1 CPP, qui prévoit que les autorités pénales peuvent restreindre le droit d’une partie à être entendue (a) lorsqu’il y a de bonnes raisons de penser que cette partie abuse de ses droits ou (b) lorsque cela est nécessaire pour assurer la sécurité de personnes ou pour protéger des intérêts publics ou privés au maintien des secrets.
Toute partie qui fait l’objet d’une restriction du droit de consulter le dossier peut interjeter recours auprès de l’autorité de recours compétente, conformément aux art. 393 ss CPP (Moreillon/Parein-Reymond, Petit Commentaire du Code de procédure pénale, Bâle 2016, n. 3 ad art. 108 CPP, p. 340).
4.3
En l’espèce, le procès-verbal des opérations mentionne certes que «