# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 48b9da19-f9cb-5d54-b576-a96e9b80c3d4
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_001
**Year:** 2016
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
Par jugement
JTPI/1316/2016
du 1
er
février 2016, reçu le 8 février 2016 par A._ SA et B._, le Tribunal de première instance a dit que l'assemblée générale extraordinaire du 4 janvier 2013 de la société A._ SA n'avait pas été tenue valablement (chiffre 1 du dispositif), que l'assemblée générale extraordinaire du 4 avril 2013 de la société A._ SA n'avait pas été tenue valablement (ch. 2), constaté en conséquence la nullité des décisions prises lors desdites assemblées (ch. 3), fait interdiction au Préposé du Registre du commerce de Genève de procéder à la modification de l'extrait du Registre du commerce de la société A._ SA suite aux assemblées générales extraordinaires du 4 janvier 2013 et du 4 avril 2013, notamment par la radiation du Conseil d'administration d'E._ et de D._ (ch. 4), arrêté les frais judiciaires à 6'515 fr., mis ces frais à la charge de A._ SA et B._ conjointement et solidairement, compensé ces frais avec les avances fournies par les parties, condamné A._ SA et B._, conjointement et solidairement, à payer le montant de 1'600 fr. à E._ et D._ et condamné A._ SA et B._, conjointement et solidairement, à payer le montant de 4'515 fr. aux Services financiers du Pouvoir Judiciaire (ch. 5), condamné A._ SA et B._, conjointement et solidairement, à payer 12'099 fr. TTC à E._ et D._ à titre de dépens (ch. 6) et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 7).
B. a.
Par acte déposé le 9 mars 2016 au greffe de la Cour de justice, A._ SA et B._ appellent de ce jugement en concluant à son annulation.
b.
D._ et E._ concluent à la confirmation du jugement entrepris.
Ils produisent trois pièces nouvelles liées à une procédure pénale grisonne, dirigée contre B._ et C._, et à une procédure civile tessinoise dont il sera question ci-dessous sous let. C.q. Ils exposent avoir pris connaissance, le 20 septembre 2015, du procès-verbal de l'interrogatoire de C._, mené par la police grisonne en date du 10 septembre 2013. Le Tribunal avait gardé la présente cause à juger lors de la dernière audience du 14 septembre 2015, et Me U._, avocat constitué par les appelants dans la procédure au Tessin, avait demandé au juge civil tessinois, le 15 septembre 2015, la transmission du dossier pénal que ce juge avait reçu des autorités grisonnes.
c.
Par réplique, respectivement duplique, les parties ont persisté dans leurs conclusions.
En réponse à la production des pièces nouvelles de leurs parties adverses, A._ SA et B._ ont aussi produit trois pièces nouvelles dont il résulte notamment que le procureur grison avait transmis le dossier pénal au juge civil tessinois, par courrier du 9 juin 2015.
C.
Les éléments suivants résultent de la procédure :
a.
D._, entrepreneur domicilié en Italie, a conçu dans les années 2000 une ligne de montres qu'il envisageait de commercialiser sous la marque "A._", marque enregistrée en Italie depuis 2009 au nom de sa compagne E._, également domiciliée en Italie.
La commercialisation de ces montres devait passer par une société suisse, afin de bénéficier du label "Made in Switzerland".
Dans ce but, D._ et E._ ont décidé de s'unir, selon des modalités aujourd'hui contestées, avec B._ qu'ils connaissaient depuis environ huit ans et auquel ils faisaient confiance.
b.
F._ SA était une société anonyme suisse sise à V._(TI). Son capital-actions de 100'000 fr. était constitué de 100 actions au porteur d'une valeur nominale de 100 fr. chacune.
C._, citoyen suisse domicilié à G._ (GR) où il exploite un bureau fiduciaire, était actionnaire unique de F._ SA qui n'était qu'un simple manteau d'actions qu'il s'était procuré quelques jours plus tôt pour pouvoir le fournir à D._ et B._, un intermédiaire italien consulté par ceux-ci ayant pris contact avec C._ à ce sujet.
Ses actions F._ SA étaient détenues pour lui, à titre fiduciaire, par I._ SA, société sise à G._ et administrée par C._ lui-même.
c.
Le 14 mai 2012, C._ a signé un document attestant qu'il avait reçu le prix de vente des actions F._ SA. Etabli sur papier d'I._SA et signé en présence de D._, B._ et un certain H._, ce document ne mentionne ni le ou les acheteurs des actions, ni la ou les personnes ayant effectivement payé leur prix. Produit dans la présente procédure par D._ et E._, à titre de contrat de vente, ce document porte également la signature de D._ à côté de celle de C._.
Selon les déclarations de ce dernier à la police grisonne, il avait reçu le prix de vente, payé au comptant, des mains de D._, mais B._ lui avait affirmé, à une date non déterminée, être la source du paiement.
Selon D._ et E._, D._ aurait acheté les actions, tandis que selon A._ SA et B._, l'acquéreur des actions était ce dernier.
d.
Au moyen
de nouveaux statuts établis par acte notarié du 15 mai 2012, la raison sociale de F._ SA a été transformée en A._ SA, le but de la société a été modifié et son siège transféré à Genève. Son capital social n'a pas été modifié, et les 100 actions nouvellement libellées "A._ SA" ont également été émises au porteur. Ces nouvelles actions, datées du 15 mai 2012, ont été signées par C._, administrateur unique pendant les premiers mois suivant la transformation de la société.
Le 1
er
juin 2012, les modifications ont fait l'objet d'une requête d'inscription au Registre du commerce de Genève, et elles ont été publiées dans la FOSC en date du 6 juin 2012.
e.
Le 10 juin 2012, C._, en sa qualité d'administrateur unique de A._ SA, a donné à D._ une procuration l'autorisant à négocier, signer et conclure toutes opérations concernant la gestion de la société.
f.
Le 11 juin 2012, A._ SA a ouvert un compte auprès de la banque liechtensteinoise J._. A cette occasion, C._ a rempli et signé un formulaire d'identification des ayants-droit économiques du compte. Il y a indiqué, dans l'ordre, D._, B._, E._ et K._ en tant que propriétaires de la société, à raison de 25% chacun.
g.
Selon une attestation datée du 18 avril 2013 et versée à la procédure par D._ et E._, K._ déclare être propriétaire de 25% des actions A._ SA et être l'un de ses quatre
"associés"
. Il écrit avoir contribué à la formation du capital nécessaire au développement de la société dès la naissance de celle-ci et avoir laissé ses actions, bien que sa propriété, en gestion à D._,
"président de la société"
.
h.
En septembre 2012, C._ a été rejoint dans sa fonction d'administrateur par D._, E._ et B._. D._ a été nommé administrateur président. Tous les administrateurs bénéficiaient de la signature individuelle.
Selon une attestation établie par C._ le 27 mars 2013, le jour de la signature du procès-verbal de ces nominations d'administrateurs (publiées dans la FOSC du 17 septembre 2012), B._ lui avait remis les actions A._ SA, puis il les lui avait rendues.
i.
Malgré leur implication dans le développement d'A._ SA, D._, E._ et B._ n'ont jamais reçu de salaire de la société.
j.
A la fin de l'année 2012, les relations entre D._ et B._ se sont dégradées.
Selon les allégués de D._ et E._, contestés par A._ SA et B._, cette dégradation était due au fait que B._, ne touchant pas de salaire pour son activité au sein de la société, exigeait une plus grande part sociale. B._ aurait menacé de "
bloquer la société"
s'il n'obtenait pas ce qu'il voulait.
Par courriel du 11 décembre 2012, B._ a assuré à D._ qu'il entendait respecter les intérêts de l'entreprise de D._
("la tua azienda"
) et de la famille de celui-ci (
"la tua famiglia"
). Il a prié D._ de ne pas tout ruiner (
"Non rovinare tutto"
) et de ne plus lui écrire.
k.
Selon les allégués de D._ et E._, contestés par A._ SA et B._, les actions A._ SA avaient été placées, dès leur émission, dans un coffre auprès de la banque L._ SA au Tessin auquel seuls B._ et E._ avaient accès. B._ y a prélevé les actions lors d'un passage sur place, en date du 27 décembre 2012.
Selon les allégués de B._ et A._ SA, contestés par D._ et E._, les actions sont toujours restées en possession de B._ qui les conservait dans un coffre ouvert exclusivement à son propre nom, auprès de la banque liechtensteinoise J._.
C._ a toutefois déclaré à la police grisonne qu'il avait vu une fois B._ déposer les actions dans le coffre ouvert au nom de A._ SA auprès de L._ SA à M._ (TI) et que B._, qui avait une clé pour y accéder, lui avait présenté personnellement les actions, après leur prélèvement litigieux.
l.
Le 4 janvier 2013, de 10 heures à 17 heures, D._, E._, B._ et N._ se sont réunis à O._ en Italie pour discuter d'une éventuelle collaboration du dernier nommé.
m.
A teneur d'un procès-verbal d'assemblée générale extraordinaire des actionnaires d'A._ SA, daté du même 4 janvier 2013 et signé par C._ et B._, ladite assemblée générale aurait eu lieu à 10 heures en Suisse, soit au bureau de C._ à G._ (GR).
Ce document, rédigé en italien, a la teneur suivante (trad. libre) :
"En date du 04.01.2013 à 10 heures s'est tenue, au bureau de C._ de G._, l'assemblée générale extraordinaire de la société A._ SA, avec l'ordre du jour suivant :
Modification du conseil d'administration
Divers
Monsieur
C._
, de G._, est désigné Président.
Monsieur B._, citoyen italien, est désigné Secrétaire.

## Considerations