# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** bcfe0c35-e19d-45b8-b1d2-222089bdc0e0
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2013
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
Ressortissant espagnol né en 1994, X._ est entré en Suisse le 9 juillet 2012 en compagnie de sa mère, Y._. Ils ont été hébergés à 1.************** par Z._, leur frère, respectivement fils aîné.
B.
Le 9 août 2012, Y._ a saisi l’autorité communale d’une demande d’autorisation de séjour pour elle-même et son fils X._. A notamment été joint à cette demande le contrat de travail conclu entre A._, à Villeneuve, et X._, à teneur duquel ce dernier s’est engagé à travailler moins de douze heures par semaine. Le 29 août 2012, le Service cantonal de la population (ci-après: SPOP) a requis de Y._ la production d’une attestation de A._ garantissant à X._ un taux d’activité hebdomadaire d’au moins douze heures. Aucune suite n’a été donnée à ce courrier. Le 11 décembre 2012, le SPOP a informé Y._ de ce qu’il ne pouvait pas entrer en matière sur sa demande, ni par conséquent sur celle de son fils X._ au titre du regroupement familial. Cette décision a été notifiée le 20 décembre 2012 à l’intéressée qui, depuis lors, a quitté la Suisse.
C.
X._ a recouru contre cette dernière décision, dont il demande l’annulation. A l’appui de ses conclusions, il a produit une attestation de fréquentation des cours en tant qu’élève régulier de l’Organisme pour le perfectionnement scolaire, la transition et l’insertion professionnelle (OPTI), du 20 décembre 2012. Il a en outre produit une confirmation de prise en charge signée par son frère aîné Z._.
A l’invitation du SPOP, le juge instructeur a requis d’X._ la production par son frère Z._ de la preuve de ses moyens financiers (extrait bancaire, trois dernières fiches de salaire, attestation d’absence de poursuites). Aucune suite n’a été donnée à cette réquisition.
Le SPOP propose le rejet du recours et la confirmation de la décision attaquée.
D.
Le Tribunal a statué à huis clos, par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit
1.
Les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (ATF 130 II 281 consid. 2.1 p. 284, 493 consid. 3.1 p. 497/498; 128 II 145 consid. 1.1.1 p. 148, et les arrêts cités). La Suisse et l’Espagne, dont le recourant est ressortissant, sont parties à l'accord du 21 juin 1999 entre, d'une part, la Confédération suisse et, d'autre part, la Communauté européenne et ses Etats membres sur la libre circulation des personnes (ALCP; RS 0.142.112.681). Ce texte a notamment pour but d’accorder un droit d’entrée et un droit de séjour, sur le territoire des parties contractantes, aux personnes avec ou sans activité économique dans le pays d’accueil (art. 1
er
ALCP). Le droit de séjour est toutefois soumis aux conditions exposées dans l’annexe I (cf. art. 4-7 ALCP).
2.
a)
Le droit au regroupement familial invoqué par le ressortissant d’un Etat contractant est réglé en premier lieu par l'art. 3 annexe I ALCP, qui prévoit notamment que les membres de la famille d’une personne ressortissante d’une partie contractante ayant un droit de séjour ont le droit de s’installer avec elle (al. 1, 1
ère
phrase); sont considérés comme membres de la famille, quelle que soit leur nationalité son conjoint et leurs descendants de moins de 21 ans ou à charge (al. 2). Il découle de cette disposition que le regroupement familial peut être demandé sans autre condition – notamment sans délai – dès que l’étranger entre dans le champ d’application de l’Accord et qu’il obtient un droit de séjour. On ne pourra alors notamment pas opposer à la venue du conjoint et des enfants le fait que ceux-ci ou la famille seront à la charge de l’assistance publique (cf. Laurent Merz, Le droit au séjour selon l’ALCP et la jurisprudence du Tribunal fédéral, in : RDAF 2009, p. 279 et 282 et les références citées).
b) En l’occurrence, on constate en premier lieu que l’autorisation de séjour a été requise au titre de regroupement familial. Or, la mère du recourant a définitivement quitté la Suisse et ceci, postérieurement à la décision de l’autorité intimée de ne pas entrer en matière sur cette demande qui est ainsi privée de son objet, faute de regroupement familial au sens de l’art. 3 annexe I ALCP.
3.
Il importe cependant d’examiner si, au vu de ses explications, le recourant remplit les conditions de l’une ou l’autre des dispositions conventionnelles, afin de pouvoir revendiquer avec succès l’octroi d’une autorisation de séjour.
a) A teneur de l'art. 6 al. 1 annexe I ALCP, le travailleur salarié
ressortissant d’une partie contractante qui occupe un emploi d’une durée égale ou supérieure à un an au service d’un employeur de l’Etat d’accueil reçoit un titre de séjour d’une durée de cinq ans au moins à dater de sa délivrance. Aux termes du 2
ème
alinéa de cette disposition. le travailleur salarié qui occupe un emploi d’une durée supérieure à trois mois et inférieure à un an au service d’un employeur de l’Etat d’accueil reçoit un titre de séjour d’une durée égale à celle prévue dans le contrat. Le travailleur salarié qui occupe un emploi d’une durée ne dépassant pas trois mois n’a pas besoin d’un titre de séjour. L'art. 6 al. 6 annexe I ALCP dispose que
le titre de séjour en cours de validité ne peut être retiré au travailleur salarié du seul fait qu’il n’occupe plus d’emploi, soit que l’intéressé ait été frappé d’une incapacité temporaire de travail résultant d’une maladie ou d’un accident, soit qu’il se trouve en situation de chômage involontaire dûment constatée par le bureau de main-d’oeuvre compétent.
L'art. 2 al. 1, 2
ème
paragraphe, annexe I ALCP indique que les ressortissants des parties contractantes ont aussi le droit de se rendre dans une autre partie contractante ou d’y rester après la fin d’un emploi d’une durée inférieure à un an pour y chercher un emploi et y séjourner pendant un délai raisonnable, qui peut être de six mois, qui leur permette de prendre connaissance des offres d’emplois correspondant à leurs qualifications professionnelles et de prendre, le cas échéant, les mesures nécessaires aux fins d’être engagés. L'art. 18
al. 2 de
l'ordonnance fédérale du 22 mai 2002 sur l'introduction de la libre circulation des personnes (OLCP; RS 142.203)
précise que si la recherche
d’un emploi prend plus de trois mois, ils obtiennent une autorisation de séjour de courte durée CE/AELE d’une durée de validité de trois mois par année civile; cette autorisation peut être prolongée jusqu’à une année au plus pour autant qu’ils soient en mesure de prouver les efforts déployés à cet effet et qu’il existe une réelle perspective d’engagement (al. 3).
La situation de la personne qui réside en Suisse sans exercer d’activité économique doit faire l’objet d’un examen particulier. Dans cette hypothèse, c’est l’art. 24 al. 1 annexe I ALCP qui est applicable. Cette disposition prévoit qu’une personne ressortissante d’une partie contractante n’exerçant pas d’activité économique dans l’Etat de résidence et qui ne bénéficie pas d’un droit de séjour en vertu d’autres dispositions du présent accord reçoit un titre de séjour d’une durée de cinq ans, à condition qu’elle prouve aux autorités nationales compétentes qu’elle dispose pour elle-même et les membres de sa famille de moyens financiers suffisants pour ne pas devoir faire appel à l’aide sociale pendant leur séjour (a) et d’une assurance-maladie couvrant l’ensemble des risques (b). Sont considérés comme suffisants les moyens financiers nécessaires qui dépassent le montant en dessous duquel les nationaux, eu égard à leur situation personnelle et, le cas échéant, à celle des membres de leur famille, peuvent prétendre à des prestations d’assistance; lorsque cette condition ne peut s’appliquer, les moyens financiers du demandeur sont considérés comme suffisants lorsqu’ils sont supérieurs au niveau de la pension minimale de sécurité sociale versée par l’Etat d’accueil (art. 24 al. 2 annexe I ALCP). Selon l'art. 16 al. 1
OLCP
, tel est le cas si ces moyens dépassent les prestations d’assistance qui seraient allouées en fonction des directives "Aide sociale: concepts et normes de calcul" (directives CSIAS), à un ressortissant suisse, éventuellement aux membres de sa famille, suite à la demande de l’intéressé et compte tenu de sa situation personnelle.
En d'autres termes, on considère que la condition de l'art. 16 al. 1 OLCP est remplie si les moyens financiers d'un citoyen suisse, dans la même situation, lui fermeraient l'accès à l'aide sociale (ATF 135 II 265 consid. 3.3. p. 269; 2C_574/2010 du 15 novembre 2010 consid. 2.2.2; arrêt PE.2010.0280 du 16 novembre 2011 consid. 7a).
Enfin, aux termes de l’art. 24 al. 4, 1
ère
phrase, annexe I ALCP, un titre de séjour, d’une durée limitée à celle de la formation ou à un an si la durée de la formation dépasse un an, est délivré à l’étudiant qui ne dispose pas d’un droit de séjour sur le territoire de l’autre partie contractante sur la base d’une autre disposition du présent accord et qui par déclaration ou au choix de l’étudiant par tout autre moyen au moins équivalent, assure l’autorité nationale concernée de disposer de moyens financiers afin que lui, son conjoint et leurs enfants à charge, ne fassent appel, pendant leur séjour, à l’aide sociale de l’Etat d’accueil, et à condition qu’il soit inscrit dans un établissement agréé pour y suivre, à titre principal, une formation professionnelle et qu’il dispose d’une assurance-maladie couvrant l’ensemble des risques.
b) En l’espèce, le recourant n’exerce aucune activité lucrative en Suisse et n’entend pas y rechercher un emploi, à tout le moins dans l’immédiat. Il ne peut dès lors prétendre à l’octroi d’une autorisation de séjour au titre des articles 6 et 2 annexe I ALCP. Dépourvu de moyens d’existence, le recourant dépend au demeurant financièrement de son frère Z._. Or, l’on ignore tout des ressources et des moyens de ce dernier, puisque le recourant n’a donné aucune suite à la réquisition de l’autorité intimée à cet égard. Dès lors, il y a lieu de retenir que les moyens dont dispose le recourant ne sont pas suffisants pour lui permettre d’obtenir une autorisation de séjourner en Suisse au titre de l’art. 24, que ce soit en vertu de l’alinéa 1
er
ou de l’alinéa 4.
4.
Il reste encore à examiner si le recourant peut prétendre à la délivrance d'une autorisation de séjour sur la base de l'art. 20 OLCP, disposition prévoyant que si les
conditions d’admission sans activité lucrative ne sont pas remplies au sens de l’ALCP ou de la Convention instituant l’AELE, une autorisation de séjour UE/AELE peut être délivrée lorsque des motifs importants l’exigent.
a) Cette disposition doit être interprétée par analogie avec les art. 13 let. f et 36 de l’ancienne ordonnance fédérale du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (aOLE) en vigueur jusqu'au 31 décembre 2007 et remplacée par l’art. 31 de l'ordonnance fédérale du 24 octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA; RS 142.201 – arrêt PE.2011.0427 du 28 mars 2012 consid. 3a et les réf. cit.). L'art. 31 al. 1 OASA précise qu'une autorisation de séjour peut être octroyée dans les cas individuels d'extrême gravité et que, lors de l'appréciation, il convient de tenir compte notamment de l'intégration du requérant (let. a), du respect de l'ordre juridique suisse par le requérant (let. b), de la situation familiale, particulièrement de la période de scolarisation et de la durée de la scolarité des enfants (let. c), de la situation financière et de la volonté de prendre part à la vie économique et d'acquérir une formation (let. d), de la durée de la présence en Suisse (let. e), de l'état de santé (let. f) et des possibilités de réintégration dans l'Etat de provenance (let. g).
La jurisprudence n'admet que restrictivement l'existence d'un cas personnel d'extrême gravité. L'étranger doit se trouver dans un cas de détresse personnelle. Il ne suffit pas que, comme d'autres compatriotes appelés à rentrer dans le pays d'origine, cet étranger se voie alors confronté à une mauvaise situation économique et sociale. Il faut que ses conditions de vie, comparées à celles applicables à la moyenne des étrangers, soient mises en cause de manière accrue et comportent pour lui des conséquences particulièrement graves. Pour porter une appréciation, il y a lieu de tenir compte de l'ensemble des circonstances. La reconnaissance d'un cas personnel d'extrême gravité n'implique pas forcément que la présence de l'étranger en Suisse constitue l'unique moyen pour échapper à une situation de détresse. Par ailleurs, le fait que l'étranger ait séjourné en Suisse pendant une assez longue période, qu'il y soit bien intégré, socialement et professionnellement, et que son comportement n'ait pas fait l'objet de plaintes ne suffit pas, à lui seul, à constituer un cas personnel d'extrême gravité; il faut encore que la relation du requérant avec la Suisse soit si étroite qu'on ne puisse pas exiger qu'il aille vivre dans un autre pays, notamment dans son pays d'origine. A cet égard, les relations de travail, d'amitié ou de voisinage que le requérant a pu nouer pendant son séjour ne constituent normalement pas des liens si étroits avec la Suisse qu'ils justifieraient une exemption des mesures de limitation du nombre des étrangers (ATF 130 II 39 consid. 3 p. 42; 128 II 200 consid. 4 p. 207 s.; arrêts PE.2011.0018 du 5 avril 2011 consid. 4; PE.2010.0286 du 3 septembre 2010 consid. 4).
b)
En l’occurrence, le recourant, qui vient d’atteindre sa majorité, se trouve en Suisse depuis moins d’une année. On ne saurait par conséquent dire qu’il s’y est socialement et professionnellement intégré. Dès lors que le recourant a passé pratiquement toute sa vie en Espagne, où il a notamment effectué l’entier de sa scolarité obligatoire et où vit l’essentiel de sa famille, l’on ne saurait considérer que le fait de l’obliger à quitter la Suisse et à rentrer dans son pays constitue un cas de rigueur.
5.
Il s’ensuit que le recours ne peut qu’être rejeté et la décision attaquée, confirmée. Le sort du recours commande de mettre un émolument judiciaire à la charge du recourant (art. 49 et 91 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative – LPA-VD; RSV 173.36). L’allocation de dépens n’entre pas en ligne de compte (art. 55 al. 1, a contrario, 56 al. 3 et 91 LPA-VD).