# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 2d5cae83-4fc9-4f47-b9d9-3470c06d1eaf
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2002
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A. Le recourant, à l'époque cambiste au service de la Société de banques suisses à Genève, avait déclaré pour la période fiscale 1985-1986 un revenu imposable de 56'100 fr. ainsi que, dans son état des titres, des valeurs pour un montant total de 89'334 fr. au 1er janvier 1985. L'autorité de taxation avait augmenté son revenu de 80'000 fr. pour le motif que le revenu déclaré n'était manifestement pas en rapport avec l'évolution de sa fortune et que l'intéressé avait refusé systématiquement de produire les pièces pertinentes pouvant justifier sa déclaration. Le recourant s'était pourvu en vain contre la décision de l'autorité de taxation auprès de la Commission cantonale de recours en matière d'impôt qui lui avait en outre infligé une amende pour refus de production de pièces (arrêt du 5 janvier 1989). La commission de recours avait confirmé la taxation d'office effectuée par l'autorité intimée sur la base de l'évolution de fortune du contribuable et considéré en bref que les gains réalisés parallèlement à l'activité du recourant auprès de son employeur provenaient d'une activité accessoire à but lucratif.
B. Pour la période fiscale 1987-1988, le recourant a déclaré un revenu imposable de 107'100 fr. ainsi qu'une fortune imposable de 551'000 fr. L'autorité de taxation a fixé le revenu imposable à 455'400 fr. et la fortune imposable à 571'000 fr. Pour ce faire, elle a retenu l'existence d'un gain accessoire indépendant de 435'131 fr. " Y._ SA" en 1986 et ajouté au revenu annuel, sur la base de l'évolution de fortune, un montant de 166'902 fr. Contre la décision sur réclamation rendue en matière d'impôt cantonal et communal, ainsi que contre celle rendue en matière d'impôt fédéral direct, le recourant a déposé un recours que le Tribunal administratif a rejeté par arrêt du 2 février 1994 (FI 92/064). Le tribunal a rejeté les moyens de procédure soulevés par le recourant et considéré pour le surplus que les gains réalisés avaient été obtenus grâce à une activité assimilable à un commerce professionnel de titres, et que l'autorité intimée avait qualifié à juste titre de revenu imposable les éléments non justifiés de l'évolution de fortune du recourant.
C. Pour la période fiscale 1989-1990, litigieuse en l'espèce, le recourant a déclaré un revenu imposable de 81'000 francs ainsi qu'une fortune imposable dans le canton de 1'531'000 francs (2'652'000 francs en tout). Par décision du 18 juin 1991, l'autorité de taxation a fixé le revenu imposable à 760'021 francs et la fortune imposable dans le canton pour l'impôt cantonal et communal (ICC) à 1'546'000 francs. Pour ce qui concerne le revenu, cette décision procède à un calcul de l'évolution de fortune du recourant et ajoute au revenu imposable annuel la somme de 599'309 francs désignée comme "gains accessoires effectués par l'intermédiaire de Y._ SA".
Une décision de taxation concernant l'impôt fédéral direct (IFD) pour 1989-1990, qui ne figure au dossier que sous forme de duplicata, a été notifiée le 19 juin 1991, fixant le revenu imposable à 750'000 francs.
Les réclamations déposées contre ces taxations ont été rejetées par décision du 17 août 1994 pour l'impôt fédéral direct (prononçant en outre une amende de 2'000 francs) et par décision du 29 août 1994 pour l'impôt cantonal et communal (prononçant en outre une amende de 3'000 francs). De rédaction semblable, ces deux décisions déclarent se fonder sur la calcul de l'évolution de fortune du recourant faisant apparaître "un manco de Fr. 1'198'619.-- pour deux ans entre les revenus et les dépenses déclarés". Elles qualifient la différence, de 599'309 francs par an, de revenu d'une activité axée sur l'obtention d'un gain et motivent les amendes par le manque de collaboration du contribuable.
Les deux décisions sur réclamation ont fait l'objet d'un recours, respectivement les 16 (IFD) et 29 (ICC) septembre 1994. Pour chacun d'eux, l'Administration cantonale des impôts a déposé, en deux actes de rédaction semblable, une réponse du 6 mars 1995, communiquée le lendemain au mandataire du recourant.
Un nouveau mandataire du recourant, expert fiscal de la fiduciaire ATAG Ernst & Young, est intervenu téléphoniquement auprès du juge instructeur le 19 novembre 1996 pour signaler qu'il avait repris le mandat, en indiquant que des discussions étaient en cours. L'autorité intimée a été informée de cette intervention dans une lettre ultérieure.
La fiduciaire Pidoux est intervenue par courrier du 21 juin 1999 pour demander communication de l'arrêt FI 92/064 (il s'agit de l'arrêt du 2 février 1994 qui avait été notifié entre ses mains).
D. Par lettre du 16 février 2000, l'Administration cantonale des impôts a écrit ceci au Tribunal:
"Monsieur le Président, Messieurs les Juges,
Par la présente, nous avons l'honneur de solliciter une suspension de délai pour le dossier mentionné en rubrique. En effet, dans le cadre d'un contrôle approfondi effectué par la Division d'enquêtes spéciales de l'Administration fédérale des contributions, de nouveaux éléments ont été portés à la connaissance de l'autorité fiscale vaudoise.
Nous ne manquerons pas de vous communiquer les modifications que nous entendons apporter aux décisions rendues et vous prions de croire, Monsieur le Président, Messieurs les Juges, à l'assurance de notre considération distinguée.
Pr le chef de l'Administration cantonale des impôts"
Cette lettre a été communiquée au recourant (à l'adresse de la fiduciaire ATAG Ernst & Young) par lettre du tribunal du 21 février 2000.
A sa demande, l'Administration cantonale des impôts a reçu le dossier en consultation en annexe à une lettre du tribunal du 10 janvier 2002 adressée aux deux parties.
E. Bien que le dossier produit par l'Administration cantonale des impôts ne soit pas complet sur ce point, on précisera que la Division d'enquêtes spéciales de l'Administration fédérale des contributions (DEF) a procédé à une perquisition chez le recourant le 16 mars 1999 en se fondant sur un mandat de perquisition du 3 mars 1999 ordonnant le séquestre de documents divers et précisant que "le séquestre des papiers susmentionnés concerne particulièrement les années 1989 à 1998 mais également tout document notable antérieur à 1989 ou postérieur à 1998".
Parmi les quelques pièces produites après l'audience en annexe à l'écriture de l'Administration cantonale des impôts du 24 juillet 2002 relative au moyen tiré de la prescription, on relève que le 15 mars 1999, l'Administration cantonale des impôts a notifié au recourant un avis dont la teneur est la suivante:
Avis d'ouverture d'une enquête pour soustraction fiscale
Madame, Monsieur,
Selon des renseignements en notre possession, votre déclaration d'impôt 1999- 2000 et celles des années antérieures ne seraient pas exactes.
En conséquence, fondés sur les dispositions des articles 109, 128 et suivants de la loi du 26 novembre 1956 sur les impôts directs cantonaux (LI), 129 de l'arrêté du Conseil fédéral du 9 décembre 1940 concernant la perception d'un impôt fédéral direct (AIFD) ainsi que des articles 175 et suivants de la loi fédérale du 14 décembre 1990 sur l'impôt fédéral direct (LIFD), nous ouvrons une enquête pour soustraction fiscale.
La présente vaut interruption de la prescription au sens de l'article 133 LI et 184 LIFD pour les infractions commises.
Vous avez la possibilité de collaborer au redressement des taxations inexactes en nous communiquant dans un délai de trente jours les éléments de revenu et de fortune qui n'auraient pas été mentionnés dans vos déclarations d'impôts 1995-1996, 1997-1998 et 1999- 2000. Nous attirons votre attention sur le fait qu'il sera tenu compte de votre collaboration dans le cadre des amendes qui pourraient être prononcées à votre encontre.
Nous vous prions d'agréer, Madame, Monsieur, nos salutations distinguées.
L'Administration cantonale des impôts a également produit avec la même écriture une lettre du 14 avril 1999 dans laquelle elle demandait des sûretés au mandataire d'alors du recourant (ATAG Ernst & Young) pour un montant de 1'800'000 francs en invoquant, pour l'impôt cantonal, communal et fédéral, des arriérés d'impôt pour la période 1989-1994 (927'053 fr. 85), des reprises complémentaires pour la période 1991-1994 (739'550,00 francs) et une reprise pour la périodes 1997-1998 (602'468 francs), soit un total de 2'269'071 fr. 85.
F. Le 7 février 2002, l'Administration cantonale des impôts a adressé au tribunal une écriture dont on extrait les passages suivants (une partie des détails des comptes évoqués sera citée plus loin dans les considérants):
Monsieur le Juge,
Nous nous permettons de revenir sur l'affaire mentionnée sous rubrique.
Le 16 février 2000 nous vous demandions de bien vouloir suspendre la cause pour une durée indéterminée. A l'appui de notre requête, nous exposions le fait que la Division d'enquêtes fiscales spéciales de l'Administration fédérale des contributions (ci-après la DEF) a effectué des contrôles approfondis mettant en évidence les éléments nouveaux que nous exposons ci-après.
La présente s'inscrit dans le cadre de l'article 52 LJPA et complète les décisions entreprises.
Elle vaut également requête de reprise de la cause. A cet égard, nous nous permettons de souligner le fait que la prescription absolue des impôts cantonaux et communaux sera acquise le 31 décembre 2002.
En outre, nous précisons que les éléments joints à la présente (ainsi que les pièces relatives aux périodes ultérieures à celle de 1989-1990) ont déjà été remis au conseil du recourant le 26 octobre 2001. Ce dernier a déclaré qu'il se déterminerait sur lesdites pièces et sur un questionnaire (remis le 14 décembre 2001) au début du mois de mars 2002.
*****
Afin de faciliter la compréhension du présent complément, ce dernier se décompose de la manière suivante :
I.- Bref rappel des faits
II.- Exposé des nouveaux éléments
III.- Récapitulation générale des éléments non déclarés par M. X._
IV .-Conclusions
1.- Bref rappel des faits
A / Période fiscale 1985-1986
1.- Pour cette période, M. X._ a déclaré un revenu imposable de fr. 56'000 et une fortune imposable nulle.
2.- L'état des titres et le parc automobiles du recourant ainsi que l'acquisition par ce dernier d'une villa en 1983 permettait de penser que l'évolution de la fortune déclarée s'écartait de la réalité des faits.
3.- Devant l'impossibilité d'obtenir les renseignements requis de la part du recourant, l'autorité de taxation a notamment augmenté le revenu annuel et la fortune de ce dernier de manière considérable tant sur le plan cantonal que sur le plan fédéral. Elle a donc procédé a une taxation d'office, que le Tribunal administratif a ratifié dans un arrêt rendu le 5 janvier 1989. L'autorité judiciaire a confirmé que M. X._ devait être considéré comme un commerçant professionnel de titres (annexe 1 ).
B / Période fiscale 1987-1988
4.- Pour les mêmes raisons que celles évoquées aux chiffres 2 et 3 ci-dessus, l'autorité fiscale a dû augmenter le revenu annuel et la fortune déclarés par M. X._ de manière importante tant sur le plan cantonal que sur le plan fédéral au moyen d'une taxation d'office. Par un arrêt du 2 février 1994 (annexe 2), le Tribunal administratif a donné raison au fisc et a admis encore une fois la qualité de commerçant professionnel de titres de M. X._.
C / Période fiscale 1989-1990
5.- Il s'agit de la période litigieuse.
6.- Le 10 janvier 1990, M. X._ a déposé sa déclaration (annexe 3). Le 30 janvier 1990, la taxation cantonale provisoire lui a été adressée (annexe 4). Le 15 février 1990, la taxation IFD provisoire lui a été notifiée (annexe 5).
7.- Les taxations fédérale et cantonale définitives ont été rendues le 18 juin 1991 et ont fait l'objet d'une réclamation. Les décisions sur les réclamations formées contre la décision définitive de l'impôt fédéral direct et contre la décision de taxation définitive de l'impôt cantonal et communal ont été notifiées respectivement le 17 et 29 août 1994 (annexes 6 et 7).
8.- Comme vous le savez, il y a eu recours devant votre autorité respectivement le 16 (pour l'impôt fédéral) et le 29 septembre 1994 (pour l'impôt cantonal et communal), puis échange d'écritures diverses entre les parties et enfin suspension de la procédure.
9.- Parallèlement à ce qui précède, la DEF a continué à investiguer avec des moyens d'instructions que l'autorité cantonale n'a pas. Ces derniers ont permis de mettre à jour une quantité impressionnante d'opérations financières effectuées pour le compte du recourant.
Il.- Les éléments nouveaux
A / Introduction
10.- En guise d'introduction, il faut savoir que M. X._ occupait, à l'époque, la position de cambiste auprès de la SBS. En cette qualité, il lui était interdit de procéder librement à des opérations financières pour son propre compte. C'est une des raisons pour lesquelles il a utilisé des sociétés écrans domiciliées auprès de tiers. Ces sociétés ont également permis à M. X._ de dissimuler une partie de sa fortune et les rendements de celle-ci. Les prélèvements de fonds ont été utilisés aux fins privées de M. X._ (annexe 8).
11.- Au vu des circonstances, il a lieu d'appliquer le principe de la transparence, soit que la fortune et ses rendements sont imposables au chapitre personnel de l'ayant droit économique, M. X._.
12.- Comme déjà précisé par le Tribunal administratif, le recourant est un commerçant professionnel de titres. Cette question a encore été développée dans le cadre des décisions sur réclamations. Il n'y a pas lieu d'y revenir si ce n'est pour préciser que la position défendue par l'autorité de taxation est confirmée par les récents arrêts rendus par le Tribunal fédéral en la matière (voir notamment RDAF 2001,233 et RDAF 2001,246). Cela implique que les revenus réalisés par M. X._ (notamment sur les opérations telles que les placements fiduciaires, les opérations de change et les transactions de titres et produits dérivés) sont imposables.
13.- Ensuite de son contrôle approfondi, la DEF a pu déceler un nombre important de comptes sur lesquels M. X._ agissait personnellement et pour son propre compte. Il s'agit des prestations bancaires suivantes :
- Compte n° 1.******** ouvert auprès de la Banque Scandinave à Genève avec les comptes affiliés suivants :
- 1.********/0.01.11 CHF
- 1.********/0.01.61 US$
- 1.********/0.01.24 DM
- 1.********/0.01.31 £
- 1.********/0.01.86 YEN
- 1.********/0.01.98 HK$
- Compte no 2.******** ouvert auprès de l'UBS à Genève avec les comptes affiliés suivants :
- 2.********.00 CHF
- 2.********.60E US$
- Compte n° 3.******** ouvert auprès de la SBS à Genève avec les comptes affiliés suivants :
- 3.********.0 CHF
- 3.********.2 DM
- 3.********.4 US$
- 3.********.5 £
- 3.********.6 YEN
-229.9523 FF
-229.952.6 ECU
Compte n° 4.******** ouvert auprès de la Banque Scandinave à Genève avec les comptes affiliés suivants :
- 4.********/0.01.11 CHF
- 4.********/0.01.61 US$
- 4.********/0.01.22 PTAS
- 4.********/0.01.98 HK$
- 4.********/0.01.02 ECU
B/ Méthode de calcul du rendement
14.- Pour le calcul du rendement des comptes énoncés ci-dessus, l'autorité fiscale a utilisé l'équation suivante :
Différence entre le solde du début (01.01) et de fin d'année (31.12.) + les retraits de fonds - les apports de fonds . Rendement global réalisé sur l'année
15.- Ce calcul a été fait pour chaque compte en monnaie. Les résultats des comptes en devises ont été convertis en francs suisses au taux de change fixé par l'Administration fédérale des contributions.
16.- Ainsi par exemple, pour le compte 1.********/0.01.11, les opérations suivantes ont été effectuées en 1987 :
Date Débit Crédit Solde 01.01.87 Solde initial 525'127.95 23.10.87 Chèque ******** 20'000.00 08.12.87 Chèque ******** 16'500.00 31.12.87 Solde final 1'174'068.40
Le rendement est donc de fr. 685'440.45 (1'174'068.40 - 525'127.95 + 20'000 + 16'500)
C/ Analyse détaillée des comptes
(...)
(...)
III.- Récapitulation générale des éléments non déclarés par M. X._
33.- Les éléments non déclarés par le recourant peuvent être résumés de la manière suivante :
Rendements non déclarés : 1987 1988 Banque Scandinave 1.******** 661'847.90 531'110.20 UBS 2.******** 50'282.65 8'699.45 SBS 3.******** 1'428'346.00 Banque Scandinave 4.******** 70'699.15 88'136.00 .-- Rendements totaux non déclarés 782'829.70 2'056'291.65
Fortune non déclarée 01.01.1989 Banque Scandinave cpt no 1.******** 6'471.00 UBS 2.******** 1'106'179.15 SBS 3.******** 3'511'325.00 Banque Scandinave 4.******** 1'210'316.90 Fortune non déclarée au 1er janvier 1989 5'834'292.05
IV.- Conclusions

## Considerations