# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 7067a713-b826-58a2-bf5a-1a21e6754091
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1) Monsieur A_, né le _ 1982, est ressortissant turc d’origine kurde.![endif]>![if>
2) Le 13 mai 2011, lors d’un contrôle de papiers, il a déclaré à la police genevoise être arrivé en Suisse au début de l’année 2004 pour chercher un emploi et y séjourner depuis lors sans autorisation. Il dormait dans la rue ou chez des amis qui lui donnaient de l'argent pour se nourrir. Son père était décédé, sa mère vivait en Turquie et son frère se trouvait en Angleterre.![endif]>![if>
3) Par ordonnance du 26 juillet 2011, M. A_ a été condamné à une peine de nonante jours-amende pour infraction aux prescriptions en matière de police des étrangers.![endif]>![if>
4) Le 24 août 2011, à Istanbul, M. A_ a épousé Madame B_, ressortissante turque née le _ 1993, et vivant à Genève au bénéfice d'une autorisation d'établissement. ![endif]>![if>
5) Le 16 septembre 2011, souhaitant vivre à Genève auprès de son épouse, M. A_ a déposé une demande de visa pour long séjour auprès de la représentation suisse à Istanbul.![endif]>![if>
6) Le 10 janvier 2012, l’office cantonal de la population, devenu depuis lors l’office cantonal de la population et des migrations (ci-après : OCPM), a fait droit à cette demande.![endif]>![if>
7) Le 16 janvier 2012, C_ (ci-après : C_), exploitante de la pizzeria « D_ », a informé l'OCPM que M. A_ avait quitté son emploi au sein de cet établissement et était retourné en Turquie le 15 août 2011. Elle souhaitait toutefois l'engager à nouveau et était dans l'attente d'une autorisation de travail en sa faveur.![endif]>![if>
8) Le 28 janvier 2012, M. A_ est revenu à Genève et a par la suite continué à travailler auprès de C_ en qualité de pizzaiolo.![endif]>![if>
9) Le 29 avril 2013, Mme B_ a informé l'OCPM qu'elle vivait séparément de son époux et qu'elle souhaitait déposer une demande de divorce.![endif]>![if>
10) Par jugement du 25 juillet 2013, le Tribunal de première instance (ci-après : TPI) a notamment autorisé les époux A_ à vivre séparés.![endif]>![if>
11) Le 23 juillet 2013, interpellée par l'OCPM, Mme B_ a expliqué qu'elle était séparée de son époux depuis quelques mois. Elle avait quitté le domicile conjugal et s'était installée provisoirement chez ses parents.![endif]>![if>
12) Le 5 février 2014, M. A_ a informé l'OCPM que ses relations avec son épouse s'amélioraient et qu'ils pensaient reprendre la vie commune.![endif]>![if>
13) Selon l'attestation du 8 janvier 2015 établie par la fiduciaire E_, M. A_ exploitait le restaurant « F_ » en qualité d'indépendant, depuis le 1
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mars 2014, et réalisait un bénéfice mensuel net de l'ordre de CHF 3'800.-.![endif]>![if>
14) Le 2 avril 2015, M. A_ a informé l'OCPM qu'il souhaitait reprendre la vie commune avec son épouse. Gérant deux sociétés, son emploi du temps très chargé ne lui permettait toutefois pas d'être toujours présent auprès d’elle.![endif]>![if>
15) Le 10 avril 2015, l'OCPM a informé M. A_ de son intention de ne pas renouveler son autorisation de séjour. La vie commune avait duré moins de trois ans, soit du 28 janvier 2012 au 29 avril 2013, et son épouse ne semblait pas partager son souhait de reformer une communauté conjugale. Il ne pouvait plus invoquer le regroupement familial et aucun autre motif ne justifiait la poursuite de son séjour en Suisse.![endif]>![if>
16) a. Le 27 avril 2015, M. A_ a fait part à l’OCPM de ses déterminations. Il admettait ne plus pouvoir invoquer son mariage pour obtenir la prolongation de son autorisation de séjour, même s'il espérait que leur séparation n'était que provisoire. Il souhaitait toutefois demeurer en Suisse. Il avait travaillé, dès 2006, en qualité de pizzaiolo auprès de C_ et gérait à présent deux sociétés. Il comptait également poursuivre son apprentissage du français.![endif]>![if>
b. Il a produit une attestation établie le 18 novembre 2013 par C_, et selon laquelle elle l’avait employé en qualité de pizzaiolo du 1
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janvier 2006 au 31 août 2011 et du 16 mars 2012 au 31 octobre 2013, ainsi que son certificat de travail daté du 27 novembre 2012, dont il ressortait qu'il était une personne très compétente qui avait toujours donné satisfaction et que la fin des rapports de travail était due à une restructuration du personnel.
17) Selon des extraits du registre du commerce datés du 15 mai 2015, M. A_ était alors titulaire de l'entreprise individuelle exploitée sous la raison de commerce « F_ – A_ », et le gérant de la société G_. Celle-ci a été radiée depuis lors.![endif]>![if>
18) Par décision du 4 août 2015, l'OCPM a refusé de renouveler l'autorisation de séjour de M. A_ et lui a imparti un délai au 4 novembre 2015 pour quitter la Suisse.![endif]>![if>
Son mariage avait duré moins de trois ans et il n'existait pas de raisons personnelles majeures justifiant la poursuite de son séjour. Il avait passé la
quasi-totalité de sa vie en Turquie et ne pouvait se prévaloir d'une intégration socioprofessionnelle particulièrement marquée en Suisse. Au surplus, il ne ressortait pas du dossier que l'exécution de son renvoi serait impossible, illicite ou qu'elle ne pourrait être raisonnablement exigée.
19) a. Par acte du 14 septembre 2015, M. A_ a recouru contre la décision précitée auprès du Tribunal administratif de première instance (ci-après : TAPI), concluant à son annulation et au renouvellement de son autorisation de séjour.![endif]>![if>
Il était né à Kemah, en Turquie, dans la province d'Erzincan. Sa famille était kurde et il portait à sa naissance un prénom typiquement kurde, H_, qu'il avait changé en raison des difficultés rencontrées en Turquie par sa famille. Durant son enfance, il avait très mal vécu les discriminations subies, notamment à l’école, du fait de ses origines kurdes. Il avait également été témoin de la torture de jeunes de son village par l’armée et la police turque. Au terme de sa scolarité obligatoire, il lui avait été impossible de trouver un emploi ou de poursuivre ses études. Il avait souffert d'états dépressifs de plus en plus importants dès son enfance, ne comprenant pas pourquoi il était victime de persécutions. L'aggravation de son état de santé avait poussé sa famille à l'éloigner de la Turquie, raison pour laquelle il avait rejoint ses cousins en Suisse, en 2001. Il avait alors occupé divers emplois dans le milieu de la restauration. En novembre 2003, il avait trouvé un poste de pizzaïolo auprès de C_ où il avait travaillé jusqu'en août 2011. Il n'avait toutefois été déclaré qu'à partir du 1
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janvier 2006. Sur le plan personnel, il avait entretenu une relation durant plusieurs années avec une compatriote à Genève. Son employeur refusant de lui donner congé pour son mariage, il avait quitté son travail le 15 août 2011 et s'était rendu en Turquie où il s'était marié. Durant les quelques mois passés dans son pays d'origine dans l'attente de son autorisation de séjour, il avait constaté que la situation des Kurdes ne s'était pas améliorée. Ils subissaient de graves discriminations. De retour en Suisse, il avait travaillé auprès de son ancien employeur du 16 mars 2012 au 31 octobre 2013. Dans l'intervalle, son couple avait connu des difficultés et la séparation avait été prononcée le 25 juillet 2013. En 2014, il avait repris la gestion de G_, qui exploitait le restaurant « F_ ». Les résultats étaient positifs et il avait pu dégager un bénéfice. Il employait alors trois personnes. S'agissant de son intégration en Suisse, il suivait des cours pour améliorer son niveau de français, il était inscrit dans un fitness, n'avait jamais eu de problèmes avec la justice ni émargé au budget de l’assistance sociale. Il était financièrement indépendant et n'avait aucune dette. Son comportement était exemplaire.
Il était de notoriété publique que les Kurdes faisaient l'objet de graves discriminations en Turquie et vivaient dans la précarité et l'insécurité. Au cours des derniers mois, la situation s'était gravement détériorée et avait évolué en « combat ouvert ». Les jeunes se trouvaient particulièrement en danger de mort. L'État turc assimilait chaque jeune kurde à un terroriste potentiel et le fait de revendiquer les droits humains les exposaient à de lourdes mesures policières. Certains citoyens avaient été contraints de prendre les armes car ils étaient pris dans la traque des militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (ci-après : PKK) menée par le président turc. L'actualité faisait état d'une menace imminente et sérieuse de guerre civile dans la région du Kurdistan turc et de dangers de traitements dégradants, voire de mort, pour la population.
Bien que son union conjugale ait duré moins de trois ans, des raisons personnelles majeures justifiaient la poursuite de son séjour en Suisse. En effet, du fait de ses origines kurdes, non seulement sa réintégration en Turquie était totalement compromise, mais il y serait également en danger. Il se trouvait ainsi dans un cas d'extrême gravité qui justifiait l'octroi d'une autorisation de séjour. Il avait passé toute sa vie d'adulte en Suisse où il avait appris son métier et acquis une expérience professionnelle. Il y avait construit son réseau d'amis et créé ses repères d'adulte.
Il y avait ainsi lieu de retenir que la décision attaquée violait le droit au respect de sa vie privée et que l'exécution de son renvoi en Turquie était illicite, dès lors qu'elle l'exposait à un risque de persécution ou de mort.
b. Il a notamment produit deux attestations établies le 11 septembre 2015 par Monsieur I_, ancien gérant du restaurant J_, à Romont (canton de Fribourg), selon lesquelles M. A_ y avait travaillé en tant qu’aide de cuisine du mois de mars 2001 au mois de septembre 2003.
20) Par jugement
JTPI/14237/2015
du 2 décembre 2015, le TPI a prononcé le divorce de Mme et M. A_.![endif]>![if>
21) Il ressort d’un extrait du registre des poursuites du 10 décembre 2015, que M. A_ faisait alors l’objet de cinq poursuites pour un montant total de CHF 16'886.60.![endif]>![if>
22) Le 14 décembre 2015, l'OCPM a conclu au rejet du recours.![endif]>![if>
La réintégration sociale de M. A_ dans son pays d'origine n'était pas fortement compromise et il ne se trouvait pas dans une situation de détresse personnelle justifiant le renouvellement de son autorisation de séjour. Il avait vécu en Turquie jusqu’à l’âge de dix-neuf ans et sa famille s'y trouvait encore. Il avait d’ailleurs séjourné en Turquie durant six mois avant de revenir en Suisse à la fin du mois de janvier 2012. Partant, la Turquie ne lui était pas devenue à ce point étrangère. Bien qu’il ait séjourné en Suisse pendant une longue période, il ne pouvait se prévaloir d’une intégration socio-économique exceptionnelle et faisait l'objet de poursuites. À ce jour, l'exécution du renvoi des ressortissants turcs vers leur patrie était considérée comme possible, licite et raisonnablement exigible.

## Considerations