# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 418e9e38-3530-4130-944c-0aa4b230bc02
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_003
**Year:** 2016
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** Criminal
**Law Sub-area:** $law_sub_area

## Facts

En fait :
A.
Par jugement du 27 novembre 2015, le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de Lausanne a constaté que J._ s'est rendue coupable d'incendie intentionnel, mais qu'elle n'est pas punissable pour cause d'irresponsabilité pénale (I), a ordonné qu’elle soit soumise à un traitement ambulatoire, pour l'heure la poursuite du traitement actuel, l'autorité d'exécution étant ensuite compétente quant aux modalités et à la durée dudit traitement (II), a dit qu’elle est la débitrice du CHUV de 902 fr. 75 (III) et a fixé les frais et dépens (IV et V).
B.
Par annonce du 4 décembre 2015, puis déclaration motivée du 23 décembre suivant, J._ a interjeté appel contre ce jugement, en concluant, avec suite de frais et dépens, à sa réforme en ce sens qu'elle est libérée du chef d'accusation d'incendie intentionnel.
Le 11 février 2016, la Présidente de la cour de céans a informé les parties que l'appel allait être traité d'office en procédure écrite, puis, le 29 février 2016, a imparti un délai au Ministère public et au CHUV pour se déterminer.
Par courrier du 8 mars 2016, le Ministère public a conclu à l’admission de l’appel et au prononcé d’un nouveau jugement visant à acquitter J._ de l’infraction d’incendie intentionnel pour cause d’irresponsabilité, le jugement attaqué étant pour le surplus confirmé.
Le CHUV ne s’est pas déterminé.
C.
Les faits retenus sont les suivants :
1.
J._ est née le [...] 1973 à Lausanne/VD. Rentière AI, elle perçoit, avec les prestations complémentaires et une allocation, un montant mensuel de 2'431 francs. Elle n’a pas de poursuites.
Le casier judiciaire ne comporte aucune inscription à son nom.
J._ a fait l’objet d’une expertise psychiatrique. Selon un rapport établi le 25 mai 2015, elle souffre d’un trouble schizo-affectif de type mixte et d’un trouble de la personnalité non précisé. Au moment de la commission des faits qui lui sont reprochés, J._ ne disposait pas de sa capacité de discernement et ne pouvait pas apprécier le caractère illicite de ses actes.
2.
Par acte d’accusation du 15 juillet 2015, J._ a été renvoyée devant le Tribunal correctionnel de l’arrondissement de Lausanne pour incendie intentionnel.
Il lui est reproché d’avoir, le 7 février 2014, alors qu’elle était hospitalisée sur le site de Cery, mis le feu à des vêtements déposés sur le lit de sa chambre, en mettant ainsi en danger sa vie et celle des autres occupants du bâtiment et endommageant le duvet, le matelas et les draps. Le feu a été maîtrisé par le personnel de l’hôpital. Le CHUV a déposé plainte le 14 mars 2014 et a pris des conclusions civiles à hauteur de 902 fr. 75 correspondant aux frais de remise en état de la chambre ainsi qu’aux frais de remplacement du matériel endommagé.
3.
Considérant que les faits n’étaient pas contestés, les premiers juges ont retenu que J._ s’était rendue coupable d’incendie intentionnel, mais qu’elle n’était pas punissable, compte tenu de son irresponsabilité.

## Considerations

En droit :
1.
Interjeté dans les formes et délais légaux (art. 399 CPP) par une partie ayant la qualité pour recourir contre le jugement d’un tribunal de première instance ayant clos la procédure (art. 398 al. 1 CPP), l’appel de J._ est recevable.
En application de l'art. 406 al. 1 let. a CPP, la juridiction d'appel ne peut traiter l'appel en procédure écrite que si seuls des points de droit doivent être tranchés, ce qui est le cas en l’espèce.
2.
Invoquant une violation de l'art. 19 al. 1 CP, l'appelante soutient qu'elle ne serait pas punissable, puisqu'irresponsable, et qu'elle devrait par conséquent être libérée de toute infraction et non condamnée avec une exemption de peine.
2.1
Aux termes de l'art. 19 CP, l'auteur n'est pas punissable si, au moment d'agir, il ne possédait pas la faculté d'apprécier le caractère illicite de son acte ou de se déterminer d'après cette appréciation (al. 1). Les mesures prévues aux art. 59 à 61, 63, 64, 67 et 67b peuvent cependant être ordonnées (al. 3).
S'agissant des effets de l'irresponsabilité, on doit admettre que le délinquant déclaré irresponsable est inapte à toute faute. L'irresponsabilité déploie intégralement ses effets sur la culpabilité et sur la sanction (Moreillon in : Roth/Moreillon [éd.], Commentaire romand, Code pénal I, Bâle 2009, n. 24 ad art. 19 CP; Graven, L'infraction pénale punissable, 2
e
éd., Berne 1995, n. 176 p. 234). Ainsi, lorsqu'un individu est reconnu irresponsable, il doit être affranchi de toute culpabilité et de toute peine, sous réserve du prononcé d'une mesure (Dupuis et al. [éd.], Petit commentaire, Code pénal, Bâle 2012, n. 10 ad art. 19 CP et les références citées). L'admission de l'irresponsabilité conduit à la libération de l'auteur et non à un verdict de culpabilité assorti d'une exemption de toute peine (Favre/Pellet/Stoudmann, éd. bis et ter, Lausanne 2011, Code pénal annoté, n. 1.3 ad art. 19 et la référence jurisprudentielle).
2.2
Il résulte du rapport d'expertise du 25 mai 2015 et des faits non contestés établis par les premiers juges, que la responsabilité de J._ était nulle au moment des faits. Partant, cette dernière doit être libérée de toute infraction.
3.
En conclusion, l'appel doit être admis et le jugement entrepris réformé en ce sens que J._ est libérée de toute infraction et non seulement exemptée de peine. Le jugement doit être confirmé pour le surplus.
Vu l’issue de la cause, les frais de la procédure d’appel, constitués de l’émolument d’arrêt, par 550 fr., et de l’indemnité allouée au défenseur d’office de l’appelante arrêtée à 630 fr. 20
,
TVA et débours inclus, seront laissés à la charge de l’Etat.