# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 65189666-6cde-5e88-b7e9-1a46eb9a2397
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2006
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Madame D_ est titulaire d’un certificat de capacité de cafetier depuis 1989. Elle a obtenu des autorités compétentes l’autorisation d’exploiter les dancings suivants :
« X_ », sis _, le 25 juillet 2001 ;
« Y_ », sis _ le 6 janvier 2004.
La société « P_ S.A.» (ci-après : la société) est exploitante du « Y_ ». Mme D_ en est la secrétaire, et Monsieur B_ le président du conseil d’administration.
2. Dans le cadre de l’exploitation des deux établissements précités, Mme D_ s’est vu notifier les décisions suivantes par le département de justice, police et sécurité, alors compétent en matière d’application de la loi sur la restauration, le débit de boissons et l'hébergement du 17 décembre 1987 (LRDBH -
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), dont répond actuellement le département de l’économie et de la santé (ci-après : le département) :
une restriction de trois mois de l’horaire d’exploitation de l’établissement « X_ » assortie d’une amende administrative de CHF 1'000.- le 5 avril 2004 pour avoir violé son obligation de maintien de l’ordre les 27 octobre 2003, 1
er
et 11 janvier 2004. Par arrêt du 25 janvier 2004, le Tribunal administratif a réduit à deux mois la durée de cette restriction d’horaire et confirmé l’amende (
ATA/34/2005
).
une amende administrative de CHF 200.- pour ne pas avoir veillé au maintien de l’ordre de l’établissement « Y_ » le 25 mars 2005.
une amende administrative de CHF 400.- pour ne pas avoir fait appel à la police, suite à une bagarre ayant éclaté le 7 juin 2005 au « Y_ ».
une amende administrative de CHF 200.- pour avoir servi des boissons alcoolisées à un client pris de boisson au « X_ » le 5 juillet 2005.
une amende administrative de CHF 800.- pour ne pas avoir veillé à son obligation de maintien de l’ordre au « Y_ » le 20 juillet 2005.
une restriction de l’horaire d’exploitation de l’établissement « Y_ » à minuit pour une durée d’un mois ainsi qu’une amende administrative de CHF 1'600.- le 30 septembre 2005 pour avoir violé son obligation de maintien de l’ordre les 7 et 14 juillet 2005. Le Tribunal administratif a confirmé l’amende ainsi que la restriction de l’horaire d’exploitation par arrêt du 20 juin 2006 (
ATA/344/2006
). Les faits remontant à ladite décision sont les suivants :
- Dans un rapport du 12 juillet 2005, les gendarmes ont relevé que le 7 juillet, lors de deux passages à 02h15 et 03h15, une cinquantaine de personnes s’étaient attroupées devant le « Y_ », ce qui avait généré des nuisances sonores perturbant les voisins. La circulation avait été entravée par des clients avinés. Des automobilistes avaient dû modifier leur trajectoire, voire freiner pour éviter des personnes déambulant sur la chaussée.
Le personnel filtrant l’entrée des clients, visiblement dépassé, avait été avisé. Certaines personnes avaient voulu en venir aux mains.
- Le 19 juillet 2005, les gendarmes ont dressé un nouveau rapport relatif à des faits survenus le 14 juillet, à 04h45, devant le « Y_ ». Ils avaient remarqué la présence d’une centaine de personnes passablement avinées, dont certaines vociféraient sur la voie publique et d’autres cherchaient à se bagarrer. La circulation avait été entravée. Le personnel, visiblement dépassé par le comportement des clients - dont certains avaient été verbalisés - n’avait rien pu faire.
- Dans le procès-verbal d’enquêtes du 27 mars 2006, Monsieur C_, gendarme au poste de police de Plainpalais, a indiqué que la police intervenait quasiment toutes les nuits aux abords des deux établissements de la société. La clientèle était très bruyante, aussi bien en entrant qu’en sortant des dancings. Le « Y_ » avait des agents de sécurité qui avaient certes une bonne présence, mais qui n’arrivaient pas à « calmer le jeu » à l’extérieur de l’établissement. L’agent verbalisateur travaillait au poste de Plainpalais depuis trois ans et il avait pu constater que la situation s’était péjorée au fil du temps. Il a encore considéré que les exploitants devraient engager des agents de sécurité privée pour faire des rondes, contrôler des entrées et interdire l’accès aux gens ivres.
Monsieur S_, également gendarme au poste de Plainpalais, a indiqué que la police recevait souvent des appels de l’hôtelier voisin, dont les clients se plaignaient du bruit. Les tenanciers avaient installé des barrières tendant à canaliser les clients. La police intervenait souvent à la fermeture pour séparer des clients vidant leurs querelles sur la voie publique.
Monsieur J_, îlotier de Plainpalais, a indiqué que la situation pouvait être améliorée, notamment par la densification des passages préventifs de la police, la mise sur pied d’un service d’ordre adéquat par les tenanciers et un appel à la police immédiat en cas de problème. Les exploitants pouvaient aussi envisager de mieux filtrer les entrées, de manière à empêcher les personnes déjà ivres d’entrer.
3. Dans un rapport du 8 janvier 2006, les gendarmes ont relevé que le 29 décembre 2005, à 01h45, une centaine de personnes, dont certaines étaient agressives, s’étaient attroupées devant le « Y_ », ce qui avait généré des nuisances sonores perturbant les voisins. La foule poussait pour entrer, ce qui provoquait des bousculades. Les gendarmes avaient pris contact avec M. B_. Ce dernier avait déclaré qu’il ne pouvait gérer ce problème.
4. Le 9 février 2006, les gendarmes ont dressé un nouveau rapport relatif à des faits survenus le même jour, à 05h10, devant le « Y_ ». Le dancing étant un établissement dit « à problèmes », ils avaient procédé au contrôle de sa fermeture. Lors de celle-ci, un client très aviné les avait abordés, qui avait été rejoint par des amis tout aussi ivres que lui et qui cherchaient la bagarre. L’un d’entre eux était mineur.
5. Invitée à se déterminer sur le rapport du 8 janvier 2006, Mme D_ et la société ont contesté les faits les 6 et 17 mars 2006. Les incidents du 29 décembre 2005 n’étaient pas dus à une carence des responsables de l’établissement. De plus, vu son manque d’effectifs, la gendarmerie n’avait rien pu faire pour dissoudre le rassemblement.
6. Enfin, dans un rapport du 28 mars 2006, les gendarmes ont relevé que le 23 mars 2006, entre 02h00 et 05h00, des clients avaient quitté l’établissement en état d’ivresse, ce qui avait nécessité l’intervention de la police à quatre reprises pour bagarres et excès de bruit. De plus, la plupart des clients sortant de l’établissement étaient saouls, ce qui prouvait que des boissons alcoolisées continuaient de leur être servies malgré leur état.
7. Invitées à se déterminer sur les rapport des 9 février 2006 et 28 mars 2006, Mme D_ et la société ont contesté les faits par courriers des 24 avril et 10 mai 2006, en relevant par ailleurs que, s’agissant de l’incident survenu le 23 mars 2006, la bagarre signalée par la gendarmerie s’était déroulée sur la plaine de Plainpalais, soit à une certaine distance de l’établissement.
8. Par décision du 17 mai 2006, le département, soit pour lui le service des autorisations et patentes (ci-après : le SAP), a restreint l’horaire d’exploitation de l’établissement à 02h00 pour une durée de six mois et a infligé à Mme D_ une amende administrative de CHF 3’200.- pour les faits survenus les 29 décembre 2005, 9 février et 23 mars 2006.
Dite décision était déclarée exécutoire nonobstant recours.
9. Le 30 mai 2006, Mme D_ et la société ont saisi le Tribunal administratif d’un recours contre la décision précitée. Elles concluent préalablement à la restitution de l’effet suspensif et, principalement, à l’annulation de la décision, qui n’était pas motivée. Elles ont également sollicité l’audition des personnes qui se trouvaient dans l’établissement au moment des trois incidents et celle des gendarmes auteurs des rapports.
Le département les avait sanctionnées à tort, ce d’autant qu’elles avaient pris une série de mesures pour mettre un terme aux nuisances.

## Considerations