# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** df39675e-31cd-542e-9005-39091edc23e8
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2007
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Monsieur X_, né en 1957 domicilié à Genève, est entré au corps de police le 1
er
août 1983. Il a été nommé au grade de sous-brigadier de gendarmerie le 1
er
janvier 2003.
Affecté à la brigade du trafic (ci-après : BTR ou la brigade) dès le 1
er
août 1998, il a fait l’objet d’une mutation à la gendarmerie de P_ avec effet au 1
er
juillet 2004.
2. Le 28 septembre 2004, le commandant de la gendarmerie a demandé au Chef de la police l’ouverture d’une enquête administrative à l’encontre de M. X_ en raison de quatre graves manquements professionnels.
- 1
er
manquement :
Le 16 octobre 2003, Monsieur B_, automobiliste, ne s’est pas conformé à la signalisation lumineuse installée à l’avenue de Thônex, à la hauteur Bois-des-Arts, et a été pris par le radar.
M. B_ a contacté M. X_ pour l’annulation de cette amende d’ordre. Après avoir établi un fichet selon les directives internes, M. X_ l’a mis à la case prévue à cet effet. M. B_ a néanmoins reçu une amende d’ordre de CHF 250.-. M. X_ a récupéré ce document et a tenté en vain, auprès du Maréchal H_ de faire annuler cette amende. Ce dernier s’y étant opposé, M. X_ s’est rendu au service des contraventions pour procéder à l’annulation de ladite amende. Pour ce faire, il a mentionné sur le document « erreur de plaques » et a apposé sa signature, alors que l’immatriculation relevée était juste.
Interrogé par l’Etat-major de la police le 26 février 2004, M. X_ a reconnu les faits.
- 2ème manquement :
Le 14 janvier 2004, M. X_ s’est rendu au rapport du Chef de la police et a parqué son véhicule malgré la présence de signaux amovibles (places réservées aux véhicules de service) à la rue de Varembé. Pour ne pas être verbalisé par les agents municipaux, il a placé une plaque officielle « POLICE », provenant d’un véhicule de service à la BTR, sur le tableau de bord de son automobile privée.
M. X_ a reconnu les faits lors de son interrogatoire par l’Etat-major de la gendarmerie le 26 février 2004.
- 3ème manquement :
Ce même 14 janvier 2004, M. X_ a stationné sa voiture privée sur la case n° 12, réservée au département de l’aménagement, de l’équipement et du logement, au 3ème sous-sol du parking sis sous l’immeuble de la BTR.
Dans sa déclaration à l’Etat-major de la police du 26 février 2004, M. X_ a reconnu qu’il utilisait cette case à raison d’une fois par mois.
- 4ème manquement :
Le 12 février 2004, M. X_ a stationné sa voiture privée au boulevard Jacques-Dalcroze sur une case réglementée par un horodateur limitée à 90 minutes. Il a établi lui-même une amende d’ordre à 08h00 et l’a placée sur son véhicule.
M. X_ a reconnu ces faits lors de son interrogatoire à l’Etat-major de la gendarmerie le 26 février 2004.
Selon le commandant de la gendarmerie, concernant les manquements 1 et 4, M. X_ avait gravement abusé de sa fonction de gendarme, dans le premier cas, en soustrayant un contrevenant à une poursuite pénale et dans le second cas, en créant un faux. De plus, il avait enfreint des ordres de service.
Les manquements précités - portés à sa connaissance le 30 janvier 2004 par le Maréchal H_ - avaient fait l’objet d’une dénonciation auprès du Parquet du Procureur général (P 11685/2002). Par ordonnance de condamnation du 25 août 2004, le Procureur général avait reconnu M. X_ coupable notamment de faux dans les titres commis dans l’exercice de fonctions publiques (art. 317 chiffre 1 du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 (CP -
RS 311.0
)) et d’abus d’autorité (art. 312 CP) et prononcé une condamnation de deux mois d’emprisonnement et une amende de CHF 500.-.
Les manquements énoncés n’étaient pas compatibles avec la culture d’entreprise. M. X_ avait profondément nui à l’image de marque de la police genevoise, en discréditant notamment le corps de police et plus particulièrement la gendarmerie.
3. Par arrêté du 1
er
novembre 2004, le département de justice, police et sécurité, devenu depuis lors le département des institutions (ci-après : le département) a ordonné l’ouverture d’une enquête administrative, commettant à cette fin M. F_, officier de police.
M. X_ a pris connaissance de cet arrêté le 19 novembre 2004.
4. Par arrêté du 3 novembre 2004, le Conseil d’Etat a prononcé la suspension provisoire de ses fonctions avec effet immédiat de M. X_, dite mesure entraînant la suppression du traitement et de toutes autres prestations à charge de l’Etat.
M. X_ a saisi la commission de recours des fonctionnaires de police et de prison (ci-après : la commission) d’un recours contre l’arrêté précité, en sollicitant préalablement la restitution de l’effet suspensif au recours (A/2351/2004).
Par décision du 29 novembre 2004, la Présidente de la commission a rejeté la demande de restitution de l’effet suspensif s’agissant de la suspension de fonction mais l’a admise eu égard à la suspension de traitement.
Une audience de comparution personnelle s’est tenue devant la commission le 20 décembre 2004.
Aucune décision de la commission n’est intervenue sur le fond, la cause ayant été déclarée sans objet le 7 août 2006 (
ACOM/64/2006
).
5. L’enquêteur administratif a rendu son rapport le 30 novembre 2004.
Lors de son audition du 24 novembre 2004, M. X_ avait reconnu les quatre manquements qui lui étaient reprochés.
Concernant M. B_, il a expliqué que celui-ci était un ami de longue date. Il n’avait rien obtenu en retour suite à l’annulation de l’amende d’ordre. Il avait à cœur de rendre service à M. B_, père de deux enfants souffrant de problèmes de santé. M. B_ était une personne de confiance, employé à la Ville de Genève qui n’avait aucun antécédent en matière de circulation.
Concernant l’utilisation d’une plaque officielle « POLICE » le 14 janvier 2004, M. X_ a expliqué qu’il était en uniforme et qu’il trouvait plus simple que sa voiture se trouve stationnée à proximité du lieu de la conférence. Il n’avait jamais procédé de la sorte auparavant. Cela étant, lors des services spéciaux, comme par exemple les salons de l’automobile, la BTR plaçait une plaque « POLICE » sur les véhicules privés selon les directives de la hiérarchie afin de parquer les voitures dans le B12 de Palexpo.
S’agissant du stationnement de son véhicule privé sur une case du DAEL le 14 janvier 2004, M. X_ a précisé qu’il ne l’avait utilisée qu’une seule fois afin d’apporter des chemises d’uniforme à la brigade. Il a relevé que le gérant d’immeuble utilisait également cette place pour ses besoins personnels.
Concernant enfin l’apposition d’une amende d’ordre sur son propre véhicule le 12 février 2004, M. X_ a confirmé qu’il avait procédé de la sorte pour éviter une amende. Il avait repris sa voiture avant midi, de sorte que l’infraction portait sur moins de deux heures car il avait payé les nonante dernières minutes. Il avait détruit l’amende d’ordre en question. C’était la seule fois qu’il avait agi de cette manière.
Sur la base des déclarations de M. X_, l’enquêteur administratif a retenu que le comportement de celui-ci violait le code de déontologie de la police genevoise, en particulier le paragraphe 1 du chapitre 3 concernant les devoirs du policier. M. X_ avait enfreint les ordres de service 5.1.1 1A 1 titrés DISCIPLINE, chiffre 3, 17 et 20 lettre a, f et h ainsi que 5.1.2 1 A 1c titré COMPORTEMENT DES POLICIERS, chiffre 3. M. X_ avait également contrevenu au droit sur la circulation routière, notamment à la loi fédérale sur la circulation routière du 19 décembre 1958 (LCR -
RS 741.01
). L’enquêteur administratif s’est en outre référé à l’ordonnance de condamnation du 25 août 2004 du Procureur général.
6. Le 3 décembre 2004, le Chef de la police a proposé à la Présidente du département d’entendre M. X_ avant de proposer une sanction.
7. Le 14 décembre 2004, le rapport d’enquête administrative a été communiqué à M. X_.
8. M. X_ a déposé ses observations relatives au rapport précité le 25 février 2005.
L’enquête administrative avait été ouverte sur dénonciation du 30 janvier 2004 du Maréchal H_.
Il ne contestait pas avoir commis divers manquements professionnels, ni mérité une sanction disciplinaire à ce titre. Dits agissements n’étaient cependant pas suffisamment graves pour envisager le prononcé des sanctions les plus sévères, soit la dégradation et la révocation.
S’agissant de l’annulation de l’amende d’ordre, le Maréchal H_ en avait quant à lui accordé de nombreuses notamment une quinzaine dans le courant des années 2002 et 2003 et cela dans l’unique but d’accorder un avantage indu aux sollicitants. Il était malvenu de dénoncer son subordonné pour avoir à une seule reprise suivi son exemple.
Quant aux autres manquements qui lui étaient reprochés, ils étaient bénins.
Ses états de service étaient entièrement satisfaisants. Il avait été sanctionné à sept reprises pour des faits de peu de gravité, telles que l’omission du port de la casquette à une occasion, omission d’annoncer son divorce aux autorités idoines, etc. En revanche, il avait fait l’objet de 19 félicitations et de deux lettres de remerciements.
Il exerçait sa fonction depuis plus de 21 ans. Ce n’était que sur une courte période de cinq mois que s’étaient produits les faits qui lui étaient reprochés étant précisé dans ce contexte que dans le courant de l’année 2003, il avait connu des difficultés familiales qui s’étaient aggravées au fil des mois pour aboutir à une séparation à la fin de l’année 2004.
Il a encore précisé qu’il avait fait opposition à l’ordonnance de condamnation du 25 août 2004 et que la procédure y relative était pendante devant le Tribunal de police.
La sanction qui serait prononcée devait respecter le principe de l’égalité de traitement. A cet égard, il invoquait le cas d’une greffière au Tribunal de première instance qui avait utilisé le papier à en-tête du tribunal, ainsi que le timbre administratif de ce dernier, à des fins personnelles. L’intéressée avait été rétrogradée dans une classe inférieure de traitement (ATA du 27 juin 1990 in SJ 1991, p. 501). En vertu du principe de l’égalité de traitement, le prononcé d’une révocation dans son propre cas ne s’imposait pas.
9. Le 7 mars 2005, le Chef de la police a proposé à la Présidente du département la révocation de M. X_.
10. Par jugement du 27 mai 2005, le Tribunal de police a confirmé l’ordonnance de condamnation du 25 août 2004 en tant qu’elle avait reconnu M. X_ coupable de faux dans les titres commis dans l’exercice de fonctions publiques et abus d’autorité.
11. Le 3 avril 2006, M. X_ a été reçu par le Président du département qui l’a informé que la direction de la police proposait sa révocation. Un délai au 30 avril 2006 a été imparti à M. X_ pour faire valoir par écrit d’éventuelles observations et indiquer s’il demandait à être entendu par une délégation de trois membres du Conseil d’Etat préalablement à une décision de révocation prise à son encontre.
12. M. X_ s’est déterminé le 26 mai 2006.
Les manquements qui lui étaient reprochés et qu’il avait toujours admis, étaient des fautes qui devaient être qualifiées de moyenne. Elles n’avaient affecté l’intérêt public que dans une mesure restreinte. Elles ne sauraient dès lors conduire à sa révocation. Une telle mesure violerait le principe de la proportionnalité ainsi que l’égalité de traitement.
13. Par arrêté du 1
er
juillet 2006, le Conseil d’Etat a prononcé la révocation de ses fonctions de sous-brigadier de gendarmerie de M. X_ avec effet au 1
er
juillet 2006.
14. M. X_ a saisi la commission d’un recours contre la décision précitée par acte du 3 août 2006.
L’ouverture de l’enquête administrative remontait au 1
er
novembre 2004. Il avait donc dû attendre plus de vingt mois pour se voir signifier une décision dépourvue de toute motivation alors que le rapport d’enquête administrative avait été rendu le 30 novembre 2004 déjà. Compte tenu des conséquences d’une révocation et du caractère irrémédiable d’une telle sanction, ce résultat heurtait pour ce premier motif, le sens de l’équité.
La commission n’avait pas statué sur le bien-fondé matériel de son recours déposé le 15 novembre 2004 mais s’était contentée de le renvoyer à la décision du Conseil d’Etat. De ce fait, il avait déjà subi une sanction, à laquelle il convenait encore d’ajouter la mutation dont il avait l’objet en date du 1
er
juillet 2004. Ces éléments auraient dû conduire l’autorité à faire preuve de davantage de retenue dans le prononcé de la sanction.
Il ressortait du dossier que ses états de service étaient bons et ses compétences professionnelles unanimement reconnues. Dans ce contexte, la révocation apparaissait d’autant plus injustifiée. A cela s’ajoutait que les manquements s’étaient produits dans un contexte familial et professionnel perturbé. Enfin, il entretenait des relations difficiles avec son supérieur le Maréchal H_ dont il devait supporter le harcèlement psychologique.
S’agissant des quatre manquements retenus pour prononcer la révocation, M. X_ a persisté dans ses précédentes explications, notamment sur la qualification des fautes commises qui devaient être considérées comme moyennes.

## Considerations