# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** b1895392-5436-4949-b731-9fc9a664283a
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié le 20 juin 2022, A_ recourt contre le mandat d'actes d'enquête du 9 précédent, dont il a eu connaissance le 20 juin 2022, par lequel le Ministère public a chargé la police de procéder à l'audition de B_, dite audition devant être effectuée en l'absence des autres parties et de leurs conseils.
Le recourant conclut, sur mesures provisionnelles, à ce qu'il soit fait interdiction au Ministère public et à la police de procéder à l'audition de B_ hors sa présence ou celle de son avocat, préalablement, à permettre à son conseil d'y assister, principalement, à l'annulation du mandat précité et à ce qu'il soit, ainsi que son avocat, autorisé à assister aux premiers interrogatoires de B_, subsidiairement, à ce que son conseil y soit autorisé, et en tout état, avec suite de frais, à l'extraction du dossier et à la conservation à part de tout éventuel procès-verbal d'audition de B_ par la police, à ce qu'une nouvelle audition soit ordonnée
"selon les conclusions précitées"
et à ce qu'il soit statué sur l'indemnité, pour la procédure de recours, devant être allouée à son conseil.
b.
Par ordonnance du 22 juin 2022 (
OCPR/33/2022
), l'effet suspensif a été accordé au recours. Il a été ordonné au Ministère public et, en tant que de besoin à la police, de s'abstenir – jusqu'à droit connu sur le recours – de procéder à l'audition visée dans le mandat querellé.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Le Ministère public a ordonné l'ouverture d'une instruction contre A_ notamment pour menaces (art. 180 CP), injures (art. 177 CP) et agression (art. 134 CP).
Il est reproché à A_ d'avoir, le 26 septembre 2021, vers 5h00, en compagnie de deux femmes – dont une seule avait été identifiée –, injurié et menacé un groupe de personnes, et frappé C_, lui causant une commotion cérébrale.
b.
Entendu par la police le 15 février 2022, A_ a nié avoir agressé C_. Il était intervenu pour venir en aide à ses amies.
C.
Par la décision querellée, le Ministère public a ordonné à la police d'entendre B_, en qualité de PADR, pour déterminer si elle pouvait être la seconde femme présente le soir du 26 septembre 2021, en compagnie de A_.
Au vu de la nécessité d'administrer des preuves principales, les auditions se feraient en l'absence des autres parties et de leurs conseils.
D.
a.
Dans son recours, A_ estime que la décision querellée contrevenait à son droit d'être entendu découlant de l'art. 108 CPP. Pour qu'il puisse être écarté, ainsi que son conseil, de l'audition litigieuse, il devait exister un risque concret de mise en péril du
"bon fonctionnement de la procédure"
. Or,
"Le Ministère public fai
[sait]
état d'un danger totalement abstrait de collusion et ne motiv
[ait]
sa décision que par des considérations générales".
En présence des forces de l'ordre, il ne pouvait pas influencer les personnes auditionnées et il avait déjà été entendu, à plusieurs reprises, y compris par-devant le Ministère public, sur les faits pour lesquels B_ devait être entendue. Le risque qu'il adapte ses déclarations était inexistant et défiait toute logique. Refuser sa présence constituerait un obstacle à la manifestation de la vérité et créerait un déséquilibre procédural.
b.
Dans ses observations, le Ministère public conclut au rejet du recours, qui était devenu sans objet dans la mesure où l'audition avait été réalisée par la police le 20 juin 2022.
Au vu des déclarations de B_, cette dernière serait quoiqu'il en soit entendue par le Ministère public de manière contradictoire.
c.
Dans sa réplique, A_ considère que le recours n'était pas sans objet en tant qu'il concernait ses conclusions en l'annulation et en retrait du dossier du procès-verbal d'audition de la police de B_.
La violation de son droit d'être entendu ne pouvait être réparée par le Ministère public par le biais d'une audience de confrontation. La première audition devant la police et la seconde par-devant le Ministère public n'étaient pas comparables. Ainsi, rien n'empêchait de procéder à une nouvelle audition par la police de B_, le principe de célérité n'étant pas mis à mal par cet acte.
E.
Le 4 août 2022, une audience s'est tenue par-devant le Ministère public, en présence notamment de A_ et son conseil, au cours de laquelle B_ a été entendue une nouvelle fois.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
1.1.
Le recours a été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 296 al. 1 CPP) – les formalités de notification (art. 85 al. 2 CPP) n'ayant pas été observées –.![endif]>![if>
1.2.
Il convient d'examiner si les conclusions prises par A_ dans son recours sont dirigées contre une décision sujette à contestation auprès de la Chambre de céans, et, dans l'affirmative, si le prévenu, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP), dispose – encore – d'un intérêt à critiquer celles-ci.
1.2.1.
Pour être recevable, le recours doit porter sur une décision rendue ou acte de procédure effectué, entre autres autorités, par le ministère public (art. 393 al. 1 let. a CPP).
1.2.2.
Toute partie qui a un intérêt juridiquement protégé à l'annulation ou à la modification d'une décision a qualité pour contester celle-ci.
Cet intérêt doit être juridique et direct. Le recourant est ainsi tenu d’établir que la décision attaquée viole une règle de droit qui a pour but de protéger ses intérêts et qu’il peut, par conséquent, en déduire un droit subjectif (ATF
145 IV 161
consid. 3).
Dit intérêt doit, en outre, être actuel et pratique (ATF
144 IV 81
consid. 2.3.1.); il doit donc encore exister au moment où l’arrêt est rendu (ATF
137 I 296
consid. 4.2). De cette manière, les tribunaux sont assurés de trancher uniquement des questions concrètes, et non de prendre des décisions à caractère théorique (ATF
144 IV 81
précité).
Il peut toutefois être renoncé à l’exigence d’un intérêt actuel lorsque la contestation est susceptible de se reproduire en tout temps dans des circonstances identiques ou analogues, que sa nature ne permet pas de la trancher avant qu'elle ne perde son actualité et que, en raison de sa portée de principe, il existe un intérêt public suffisamment important à la solution de la question litigieuse (arrêt du Tribunal fédéral
6B_1336/2018
du 19 février 2019 consid. 1.2 et les références citées), ces conditions étant cumulatives (arrêt du Tribunal fédéral
6B_1011/2010
du 18 février 2011 consid. 2.2.1 in fine;
ACPR/478/2021
du 19 juillet 2021, consid. 1.3.1).
1.3.1.
En l'espèce, les conclusions prises par le recourant en lien avec la restriction de son droit de participer, ainsi que son avocat, à l'audition litigieuse sont dirigées contre une décision sujette à recours (art. 393 al. 1 let. a CPP; arrêt du Tribunal fédéral
1B_329/2014
du 1
er
décembre 2014 consid. 2.2).
1.3.2.
Cependant, l'acte litigieux a déployé tous ses effets, l'audition ayant eu lieu le 20 juin 2022 par la police (soit concomitamment au dépôt du recours), hors la présence du prévenu et de son conseil.
Le recourant n'a donc plus d'intérêt actuel et pratique à demander l'annulation de cette audition.
Rien ne justifie, dans le cas présent, de renoncer à l'exigence d'un tel intérêt. Ce d'autant moins que B_ a été entendue, une seconde fois, par-devant le Ministère public, de manière contradictoire, en présence du prévenu et de son conseil. Le refus de la présence du recourant et de son conseil n'est donc plus susceptible d'être ordonné.
1.3.3.
Au surplus, le prévenu ne dispose d'aucun intérêt juridique à voir annuler une audience, une fois celle-ci terminée.
En effet, le Code de procédure pénale prévoit, pour réparer/sanctionner le vice qui a éventuellement pu affecter la tenue/les modalités d’une audition, non l’annulation de celle-ci, mais, alternativement, la répétition de cette audition (pour autant que les conditions de l’art. 147 al. 3 CPP soient réunies), le constat de l’inexploitabilité des preuves recueillies à cette occasion (art. 147 al. 4 CPP) ou le retrait du procès-verbal concerné du dossier (art. 141 al. 5 CPP).
1.3.4.
Partant, les conclusions concernant la restriction d'assister, ainsi que son conseil, à l'audition, à la police, de B_, sont irrecevables, les conditions de l'art. 382 CPP n'étant pas réunies.
1.4.
Le recourant demande en outre que le procès-verbal d'audition de B_ à la police soit retiré du dossier.
Toutefois, le recourant n'a jamais requis du Ministère public qu'il se prononce sur la disposition précitée, et l'autorité intimée ne l'a pas fait à ce jour.
L'existence d'une ordonnance préalable, susceptible d'être contestée devant la Chambre de céans, fait donc défaut (cf.
ACPR/905/2021
du 21 décembre 2021).
1.5.
Il en va de même en ce qui concerne la conclusion du recourant quant à une nouvelle audition à la police de B_, en sa présence et celle de son avocat, faute de décision préalable du Ministère public sujette à recours.
2.
En conclusion, le recours est irrecevable dans son intégralité.![endif]>![if>
3.
Le prévenu, qui est réputé avoir succombé (art. 428 al. 1, 2ème phrase, CPP), supportera l'entier des frais de la procédure, qui seront fixés à CHF 900.- en totalité, émolument de décision inclus (art. 3 cum 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP;
E 4 10.03
), étant rappelé que l'autorité de recours est tenue de dresser un état de frais pour la procédure de deuxième instance, sans égard à l'obtention de l'assistance judiciaire (arrêts du Tribunal fédéral
1B_372/2014
du 8 avril 2015 consid. 4.6 et
1B_203/2011
du 18 mai 2011 consid. 4).![endif]>![if>
4.
Le recourant étant au bénéfice d'une défense d'office, il n'y a pas lieu d'indemniser, à ce stade, son défenseur d'office (art. 135 al. 2 CPP).![endif]>![if>
* * * * *