# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c208a630-60a2-4b3e-99f3-ead6ee42ddfb
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2014
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
X._ est né le 4 mars 1992. Ses parents ont divorcé alors qu'il était âgé de cinq ans. La garde a été attribuée à la mère. Selon les explications de X._, son père n'aurait pas accepté la rupture de son contrat d'apprentissage survenue en été 2012, si bien qu'il n'y aurait plus de contact entre père et fils depuis cette époque.
X._ a bénéficié du revenu d'insertion (ci-après: RI) du 1
er
mars 2010 au 31 juillet 2011, puis du 1
er
octobre 2012 au 28 février 2013.
Dès la réouverture de son dossier en 2012, le Centre social régional de Lausanne (ci-après: le CSR) a entrepris les démarches usuelles afin d'évaluer l'obligation d'entretien de ses parents. Après avoir demandé les renseignements fiscaux à ces derniers, il a découvert l'existence d'une obligation d'entretien du père à hauteur de 3'030 francs. Contacté par le CSR, celui-ci a indiqué qu'il refusait de verser de l'argent à son fils mais qu'en revanche, il lui offrait la possibilité de venir loger chez lui tout en subvenant à ses besoins. Il était aussi prêt à aider son fils à chercher un emploi ou un apprentissage. Interpellé à ce sujet, X._ a indiqué qu'il était exclu pour lui d'aller vivre chez son père, car leur mésentente était trop importante.
Par décision du 25 février 2013, le CSR a supprimé le droit au RI de X._. L'intéressé n'a pas contesté cette décision.
B.

## Considerations

X._ a déposé une nouvelle demande de RI le 30 janvier 2014. Considérant que sa situation ne s'était guère modifiée depuis 2013, en ce sens que X._ vivait toujours chez sa mère et refusait d'aller chez son père, le CSR a rendu une nouvelle décision de refus le 13 février 2014.
Le 6 mars 2014, X._ a recouru contre cette décision auprès du Service de prévoyance et d'aide sociales (ci-après: le SPAS).
Par décision du 20 mai 2014, le SPAS a rejeté le recours, considérant que dès lors que le père de X._ était prêt à couvrir ses besoins fondamentaux et à l'aider dans la recherche d'un emploi ou d'un apprentissage, aucune assistance publique ne se justifiait compte tenu du caractère subsidiaire du RI.
C.
Le 17 juin 2014, X._ a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP), en concluant à son annulation et à ce qu'il soit mis au bénéfice du RI à partir du mois de février 2014.
Dans sa réponse du 21 juillet 2014, le SPAS a conclu au rejet du recours
Le recourant s'est encore déterminé le 31 juillet 2014. Le CSR et le SPAS ont en fait de même respectivement le 26 août et le 1
er
septembre 2014.
La cour a statué par voie de circulation.
Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2.
a) La loi sur l'action sociale vaudoise du 2 décembre 2003 (LASV; RSV 850.051) a pour but de venir en aide aux personnes ayant des difficultés sociales ou dépourvues des moyens nécessaires à la satisfaction de leurs besoins indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine (art. 1 al. 1 LASV). Elle règle l'action sociale cantonale qui comprend la prévention, l'appui social et le RI (art. 1 al. 2 LASV). L'art. 3 LASV prévoit que l'aide financière aux personnes est subsidiaire à l'entretien prodigué par la famille à ses membres, aux prestations des assurances sociales et aux autres prestations sociales, fédérales, cantonales, communales ou privées; elle peut, le cas échéant, être accordée en complément de revenu ou à titre d'avance sur prestations sociales (al. 1); la subsidiarité de l'aide implique pour les requérants l'obligation d'entreprendre toutes démarches utiles auprès des personnes ou organismes concernés pour éviter ou limiter leur prise en charge financière (al. 2).
Le principe de la couverture des besoins veut que l'aide sociale remédie à une situation de carence individuelle, concrète et actuelle, indépendamment de ses causes; les prestations de l'aide sociale ne sont fournies que pour faire face à la situation actuelle et future (pour autant que le besoin perdure) et non pour la situation passée (arrêts PS.2014.0051 du 19 juin 2014, PS.2010.0092 du 2 mai 2011 et PS.2007.0102 du 13 décembre 2007 ainsi que les références citées). Par principe, l'aide sociale ne s'étend par conséquent pas aux situations de carence déjà surmontées, si bien qu'un bénéficiaire ne pourrait exiger des prestations rétroactivement, même s'il répondait aux conditions de leur octroi (arrêts précités PS.2014.0051; PS.2010.0092 et PS.2007.0102 ; ég. Félix Wolffers, Grundriss des Sozialhilferechts, Berne 1993, p. 74).
Aussi, l'aide sociale est toujours subordonnée à un besoin de la personne qui la requiert, si bien qu'il n'y a pas lieu d'allouer une aide financière à celui dont l'entretien est pris en charge par un tiers, que ce soit dans le cadre du mariage ou encore à titre purement bénévole (arrêts PS.2011.0042 du 10 janvier 2012 consid. 2a, PS.2005.0316 du 27 avril 2006 consid. 3, PS.2005.0216 du 23 février 2006 consid. 2d et les références citées). De même, l'aide sociale n'est pas versée lorsqu'un proche (parent, concubin, ami) a fourni une prestation (arrêt PS.2007.0102 précité). Dans ce genre d'hypothèse, les organes de l'aide sociale considèrent que les besoins fondamentaux de l'intéressé ont été satisfaits par de telles prestations, de sorte que l'aide sociale, subsidiaire, n'a plus à être servie (arrêt PS.2007.0102 précité; arrêt
PS.2003.0008 du 27 mai 2003, dans lequel le Tribunal administratif avait considéré que l'aide sociale n'était pas due pour des frais médicaux car l'intervention de la mère de l'intéressé lui avait permis de faire face au paiement de la franchise et de la participation aux frais de l'assurance-maladie et qu'on serait tout au plus en présence d'une dette du requérant vis-à-vis de sa mère qu'il n'appartenait pas à l'aide sociale de prendre en charge; voir récemment, reprenant tous ces principes, arrêt PS.2013.0069 du 7 avril 2014; ég. Wolffers, op. cit., qui n'excepte, à certaines conditions, que des prestations gracieuses d'ampleur modeste).
b) En l'espèce, le recourant soutient qu'il est absolument inenvisageable pour lui d'aller vivre chez son père. Il n'y aurait plus de contacts entre eux depuis 2012 suite à la rupture de son contrat d'apprentissage et son père aurait fondé un nouveau foyer. Le recourant souligne par ailleurs qu'il est majeur et n'est pas en formation, si bien qu'il n'existe aucune obligation d'entretien de son père à son égard fondée sur l'art. 277 al. 2 du Code civil suisse du 10 décembre 1907 (CC; RS 210). Il considère dans ces conditions qu'il n'a aucune obligation légale d'aller vivre chez son père. A ses yeux, il n'existerait pas non plus de devoir d'entretien au sens de l'art. 328 al. 1 CC. Et si tel devait néanmoins être le cas, il appartiendrait à l'autorité intimée et/ou concernée de faire fixer le montant de la contribution due, soit par convention, soit par la voie judicaire.
Contrairement à ce que soutient le recourant, la problématique ne tourne pas autour de l'application ou non à la présente cause des art. 277 al. 2 et 328 al. 1 CC. En effet, dès lors que le père du recourant a expressément accepté d'assumer son entretien, en l'accueillant chez lui et en subvenant à ses besoins, la question de savoir s'il existe une obligation légale du père en la matière n'est pas déterminante et peut dès lors demeurer indécise. En réalité, il convient de déterminer si le recourant peut renoncer à cet entretien offert par son père et revendiquer en lieu et place des prestations d'assistance publique sous la forme du versement du RI. A cette question, il y a lieu de répondre par la négative. En effet, le principe de la subsidiarité de l'aide sociale, consacré à l'art. 3 LASV, implique que le recourant entreprenne toutes démarches utiles pour éviter ou limiter sa prise en charge financière étatique. Or, les raisons invoquées par l'intéressé pour ne pas donner suite à l'offre de son père et continuer à demeurer chez sa mère ne revêtent pas un caractère impérieux, comme l'a retenu à juste titre l'autorité intimée. En effet, rien n'indique que le conflit existant entre le recourant et son père soit tel qu'une cohabitation serait impossible. En particulier, le père du recourant ne semble plus reprocher à son fils l'abandon de sa formation, puisqu'il s'est déclaré disposé, au-delà de l'accueillir et de l'entretenir sous son toit, à l'aider dans la recherche d'un emploi ou d'un apprentissage. Par ailleurs, le fait que le père du recourant ait refait sa vie et fondé un nouveau ménage ne devrait pas non plus constituer un obstacle majeur à une cohabitation.
Ainsi, en refusant sans motif sérieux l'offre de son père, le recourant n'a pas entrepris tout ce que l'on pouvait attendre de lui pour éviter ou limiter sa prise en charge financière par le RI (art. 3 al. 2 LASV). C'est dès lors à juste titre que l'autorité intimée lui a dénié le droit à cette prestation étatique.
3.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée.
L'arrêt est rendu sans frais (art. 4 al. 2 du Tarif du 11 décembre 2007 des frais judiciaires en matière de droit administratif et public [TFJAP; RSV 173.36.5.1]).
Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens (art. 55 al. 1 a contrario et 56 al. 3 LPA-VD).