# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c33bff90-b8a9-4aa6-94cf-b5dcd8a6d6f4
**Court:** CH_PATG
**Chamber:** CH_PATG_001
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** Civil
**Law Sub-area:** $law_sub_area

## Facts

B u n d e s p a t e n t g e r i c h t
T r i b u n a l f é d é r a l d e s b r ev e t s
T r i b u n a l e f e d e r a l e d e i b r e v e t t i
T r i b u n a l f e d e r a l d a p a t en t a s
F e d e r a l P a t e n t C o u r t
O2015_008
D é c i s i o n d u 1 4 m a r s 2 0 1 8
Composition de la Cour
Président Dr. iur. Mark Schweizer,
lic. iur. & Dipl. Mikrotech.-Ing. ETH Frank Schnyder, juge
rapporteur,
Dr. sc. nat. ETH Tobias Bremi, juge,
Dr. iur., Dr. med. Philippe Ducor, juge,
Dipl. Ing. Phys. EPFL Christoph Müller, juge,
Première greffière lic. iur. Susanne Anderhalden
Parties à la procédure
OMEGA SA, Jakob-Stämpfli-Strasse 96, 2502 Biel/Bienne,
représentée par Maître Thierry Calame et Maître Peter Ling,
Lenz & Staehelin, Brandschenkestrasse 24, 8027 Zürich,
Demanderesse
contre
1. Montres Tudor SA,
3, rue François-Dussaud, 1211 Genève 26,
2. Detech SA, Sous-la-Velle 9, 2340 Le Noirmont,
Toutes deux représentées par Maître Christophe Maillefer et
Maître Pascal Fehlbaum, Etude GROS & WALTENSPÜHL,
9, rue Beauregard, 1204 Genève,
Défenderesses
Objet
Violation de brevet d’invention/Nullité
Balancier de montre
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Seite 2

## Considerations

Le Tribunal fédéral des brevets considère :
Faits et déroulement de la procédure :
1.
Par demande du 20 mai 2015, la Demanderesse a pris les conclusions
suivantes (en italique) :
« 1. Ordonner aux Défenderesses, sous la menace de la peine prévue à l’art.
292 CP dirigée contre ses organes responsables, de cesser immédiatement
jusqu’à expiration de la partie suisse du brevet EP 1 837 719 de fabriquer,
entreposer, offrir, vendre ou mettre en circulation de quelque autre manière,
exporter et/ou inciter des tiers à de tels actes, participer à de tels actes ou
favoriser de tels actes :
a) des balanciers pour mouvement d’horlogerie avec les caractéristiques
suivantes, décrites à l’aide de l’illustration se trouvant dans l’Annexe du
présent mémoire :
- le balancier comporte une serge (2), des bras (3) reliant la serge (2) à
l’axe de balancier et des masselottes (4) permettant d’ajuster le balourd
et de régler le moment d’inertie, et
- la serge (2) comporte des plots (5) dirigés vers l’intérieur ;
- les plots (5) et la serge (2) sont traversés par un trou taraudé (6) dans
lequel des masselottes (4) sont vissées,
- les masselottes sont dépourvues de tête et dotées de lobes internes (7)
permettant leur vissage depuis l’extérieur de la serge.
b) des mouvements d’horlogerie comportant au moins un balancier tel que
décrit au chiffre 1a) ;
c) des montres comportant au moins un mouvement tel que décrit au chiffre
1b) et/ou au moins un balancier tel que décrit au chiffre 1a).
2. Ordonner aux Défenderesses de rendre des comptes concernant le chiffre
d’affaires et le bénéfice réalisés par les actes décrits au chiffre 1 ci-dessus,
notamment en indiquant :
a) toute vente et livraison, en indiquant les quantités, les dates et les prix,
ainsi que les noms et adresses des acheteurs,
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b) les dates de fabrication et les quantités correspondantes,
c) les coûts de production, en indiquant chaque poste de ces coûts et la
confirmation de l’exactitude de ces informations par un réviseur indépen-
dant et qualifié.
3. Permettre à la Demanderesse de chiffrer sa prétention financière après la
reddition des comptes selon le chiffre 2 ci-dessus et ordonner aux Défende-
resses de payer à la Demanderesse le montant ainsi chiffré.
4. Condamner les Défenderesses à tous les frais et dépens de l’instance, y
compris le défraiement des conseils en brevet consultés par la Demande-
resse. »
Accompagnées de ladite annexe :
2.
A l’appui de sa demande visant en particulier l’interdiction de la commer-
cialisation du balancier (ci-après le « balancier litigieux ») intégré dans les
calibres MT5621 et 5612 par les Défenderesses, la Demanderesse a in-
voqué la violation de son brevet EP 1 837 719 B1, ci-après, le « brevet li-
tigieux ».
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La Demanderesse a également invoqué la validité de son brevet en con-
sidérant les divulgations suivantes :
- Le brevet DE 864 827
- Le calibre Rolex 3030, contestant notamment qu’il s’agirait d’une anté-
riorité opposable
- Le brevet US 2,958,997
précédemment invoquées devant le Panel Baselworld dans le cadre
d’une procédure de règlement des différends du Salon Baselworld de
2015 et 78 à 85.
La violation du brevet litigieux a été motivée par la Demanderesse sur la
base d’une imitation (violation par équivalence) de sa revendication 1,
soit la reproduction fidèle par le balancier litigieux de toutes les caracté-
ristiques de la revendication 1 du brevet litigieux à l’exception d’une ca-
ractéristique portant sur le sens du vissage des masselottes (7) de ré-
glage depuis l’extérieur plutôt que depuis l’intérieur de la serge (2) du ba-
lancier.
Dans le but de démontrer l’équivalence, notamment « l’accessibilité » de
la mise en œuvre modifiée de la revendication 1 (ou l’évidence de
l’équivalence), la Demanderesse a invoqué les documents suivants :
- CH 264 669
- FR 2 613 194
- FR 2 033 682
- Modèle Omega Ploprof (relatif à une lunette tournante) de la Deman-
deresse
- G.-A. BERNER « Dictionnaire Professionnel Illustré de l’Horlogerie »
concernant les tiges filetées sans tête.
Toujours dans le but de démontrer la violation du brevet par le balancier
litigieux, la Demanderesse a invoqué la non-appartenance dudit balancier
à l’état de la technique libre en analysant les antériorités citées par la Dé-
fenderesses 1 devant le Panel Baselworld, soit les documents suivants :
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- CH 196 706
- CH 264 669 précité
- DE 864 827 précité.
3.
Par courrier du 11 septembre 2015, les Défenderesses ont pris les con-
clusions ci-dessous (en italique) :
Concernant une demande reconventionnelle
« Principalement
- Dire et constater que la partie suisse du brevet d’invention EP 1 837 719 B1
est nulle et de nul effet ;
- Ordonner à l’Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle de procéder immé-
diatement à la radiation de la partie suisse du brevet d’invention EP 1 837 719
B1 du Registre suisse des brevets ;
- Débouter OMEGA SA de toute autre conclusion ;
- Condamner OMEGA SA, en tous les frais et dépens de la procédure qui
comprendront une équitable indemnité à titre de participation aux honoraires
des conseils soussignés. »
Et d’autre part concernant la demande principale
« Principalement
- Débouter OMEGA SA de toutes ses conclusions ;
- Condamner OMEGA SA, en tous les frais et dépens de la procédure qui com-
prendront une équitable indemnité à titre de participation aux honoraires des
conseils soussignés.
Subsidiairement
- Ordonner, dans le cas où MONTRES TUDOR SA serait condamnée à rendre
des comptes concernant le chiffre d’affaires et le bénéfice réalisés, que son
secret d’affaires soit préservé, notamment en permettant à MONTRES TU-
DOR SA de marquer ses secrets d’affaires et, le cas échéant, ne communi-
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quer qu’une version expurgée ou caviardée à OMEGA SA ou à tout éventuel
réviseur indépendant.
- Ordonner, dans le cas où DETECH SA serait condamnée à rendre des
comptes concernant le chiffre d’affaires et le bénéfice réalisés, que son secret
d’affaires soit préservé, notamment en permettant à DETECH SA de marquer
ses secrets d’affaires et, le cas échéant, ne communiquer qu’une version ex-
purgée ou caviardée à OMEGA SA ou à tout éventuel réviseur indépendant. »
4.
A l’appui de leurs conclusions, les Défenderesses ont contesté la validité
et la violation du brevet litigieux. Elles ont également contesté la décision
du Panel Baselworld et critiqué la procédure qui a été suivie, notamment
l’absence d’examen approfondi de l’état de la technique opposé au brevet
litigieux.
Les Défenderesses ont invoqué au titre de l’état de la technique oppo-
sable au brevet litigieux, les éléments suivants :
- US 2,385,252
- US 3,225,586
- FR 936423
- G.-A. BERNER « Dictionnaire Professionnel Illustré de l’Horlogerie »,
précité par la Demanderesse (cf. ci-dessus), pour la définition d’un
« plot » et d’une « serge »
- CH 265251
- DE 864827, précité par la Demanderesse (cf. ci-dessus)
- CH 196706, précité par la Demanderesse (cf. ci-dessus)
- US 3,382,667
- US 937,792
- US 1,350,035
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- Calibre Rolex 3030, précité par la Demanderesse (cf. ci-dessus)
- Calibre Rolex 4130
- US 2,958,997, précité par la Demanderesse (cf. ci-dessus)
- CH 264669, précité par la Demanderesse (cf. ci-dessus)
- CH 280555
- DE 864827, précité par la Demanderesse (cf. ci-dessus)
- US 1,833,879
- Un renvoi aux connaissances générales de l’homme du métier, soit un
concepteur horloger
- DEFOSSEZ « Théorie générale de l’Horlogerie, vol. II » pour la con-
ception de balanciers légers à grand moment d’inertie
- CHOPARD « Actes du Congrès International de Chronométrie » pour
la conception de balanciers grands et légers
- STRAUMANN/VOUMARD « Bulletin de la Société Suisse de Chro-
nométrie » pour la réduction des frottements et de la masse du balan-
cier même au détriment de son moment d’inertie pour améliorer les
qualités réglantes d’un calibre
- Normes NIHS 34-04 adressant les balanciers de plus grand diamètre
- AUGSBURGER « Société Suisse de Chronométrie » pour les diffé-
rents moyens de l’équilibrage d’un balancier
- Invoqué au titre de fait notoire, l’inconvénient des trous borgnes lié à
la difficulté de leur nettoyage et l’impossibilité de les fileter sur toute la
profondeur.
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5.
Les Défenderesses ont contesté la violation du brevet litigieux par le ba-
lancier litigieux, en invoquant la non-reproduction de la caractéristique
faisant objet de l’équivalence alléguée par la Demanderesse (inaptitude
de visser une vis entre le balancier litigieux et le ressort spiral entraînant
le balancier litigieux. L’équivalence a été réfutée pour défaut de reproduc-
tion de la fonction de la caractéristique non-reproduite, soit que l’élément
divergent du balancier litigieux ne reproduisait pas le « même effet » que
la caractéristique non-reproduite ; pour défaut d’évidence de l’élément
divergent du balancier litigieux par rapport au brevet litigieux, soit que
l’élément divergent du balancier litigieux n’était pas « accessible » à
l’homme du métier ; et en raison du fait que l’élément divergent n’était
pas compris dans la portée de la revendication 1 du brevet litigieux en
s’orientant selon sa lettre interprétée à la lumière de la description, soit
que le balancier litigieux et la revendication du brevet ne présentaient pas
une solution de « même valeur ». En outre, les Défenderesses ont ar-
gumenté que le balancier litigieux se trouve dans l’état de la technique
libre en invoquant le « Formstein Einwand ».
6.
Invitée par le Tribunal à soumettre en vue de l’audience d’instruction une
réponse limitée à la demande reconventionnelle, la Demanderesse a, par
courrier du 26 novembre 2015, présenté des conclusions (principale,
subsidiaire et plus subsidiaire) visant une limitation du brevet litigieux (re-
nonciation partielle) en soumettant trois jeux de revendications corres-
pondants. En conséquence la Demanderesse a également aligné ses
conclusions de l’action principale aux nouvelles revendications (en ita-
lique, modifications de la revendication principale par rapport à la version
délivrée soulignée) :
« Principalement:
1. Balancier pour mouvement d’horlogerie comportant une serge (3), des bras (4)
reliant la serge à l’axe de balancier et des masselottes (11) permettant d’ajuster
le balourd et de régler le moment d’inertie, caractérisé en ce que la serge (3)
comporte des plots (7) dirigés radialement vers l’intérieur, ladite serge (3) et les-
dits plots (7) étant traversés par un trou taraudé (9) dans lequel lesdites masse-
lottes sont vissées depuis l’intérieur.
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2. Balancier selon la revendication 1, caractérisé en ce que les plots sont dispo-
sés sur la surface interne de la serge du balancier.
3. Balancier selon la revendication 1, caractérisé en ce que les plots sont dispo-
sés sur l’une des surfaces frontales de la serge du balancier.
4. Balancier selon l’une des revendications 1 à 2, caractérisé en ce que la lon-
gueur du filetage (15) correspond à la course maximum des masselottes (11) dé-
finie par la largeur des plots (7) et de la serge (3).
5. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les plots
(7) sont disposés entre les bras (4).
6. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les plots
(7) sont disposés dans des évidements prévus dans les bras (4).
Subsidiairement :
1. Balancier pour mouvement d’horlogerie comportant une serge (3), des bras (4)
reliant la serge à l’axe de balancier et des masselottes (11) permettant d’ajuster
le balourd et de régler le moment d’inertie, caractérisé en ce que la serge (3)
comporte des plots (7) dirigés radialement vers l’intérieur, ladite serge (3) et les-
dits plots (7) étant traversés par un trou taraudé (9) dans lequel lesdites masse-
lottes sont vissées depuis l’intérieur, et en ce que les masselottes (11) sont mé-
caniquement indépendantes les unes des autres.
2. Balancier selon la revendication 1, caractérisé en ce que les plots sont dispo-
sés sur la surface interne de la serge du balancier.
3. Balancier selon la revendication 1, caractérisé en ce que les plots sont dispo-
sés sur l’une des surfaces frontales de la serge du balancier.
4. Balancier selon l’une des revendications 1 à 2, caractérisé en ce que la lon-
gueur du filetage (15) correspond à la course maximum des masselottes (11) dé-
finie par la largeur des plots (7) et de la serge (3).
5. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les plots
(7) sont disposés entre les bras (4).
6. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les plots
(7) sont disposés dans des évidements prévus dans les bras (4).
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Plus subsidiairement :
1. Balancier pour mouvement d’horlogerie comportant une serge (3), des bras (4)
reliant la serge à l’axe de balancier et des masselottes (11) permettant d’ajuster
le balourd et de régler le moment d’inertie, caractérisé en ce que la serge (3)
comporte des plots (7) dirigés radialement vers l’intérieur, ladite serge (3) et les-
dits plots (7) étant traversés par un trou taraudé (9) dans lequel lesdites masse-
lottes sont vissées depuis l’intérieur, en ce que les masselottes (11) sont méca-
niquement indépendantes les unes des autres, et en ce que la serge (3) pré-
sente une surface externe de diamètre constant sur tout son pourtour.
2. Balancier selon la revendication 1, caractérisé en ce que les plots sont dispo-
sés sur la surface interne de la serge du balancier.
3. Balancier selon la revendication 1, caractérisé en ce que les plots sont dispo-
sés sur l’une des surfaces frontales de la serge du balancier.
4. Balancier selon l’une des revendications 1 à 2, caractérisé en ce que la lon-
gueur du filetage (15) correspond à la course maximum des masselottes (11) dé-
finie par la largeur des plots (7) et de la serge (3).
5. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les plots
(7) sont disposés entre les bras (4).
6. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les plots
(7) sont disposés dans des évidements prévus dans les bras (4). »
La Demanderesse a exposé pour quelles raisons elle pensait que les jeux
de revendications n’enrichissaient pas le brevet litigieux, et pourquoi elle
pensait que les revendications ainsi limitées échappaient à l’état de la
technique invoqué aussi bien au titre de la nouveauté que de l’activité in-
ventive.
7.
Une audience d’instruction a été tenue le 8 mars 2016 lors de laquelle les
parties ont tenté de transiger. La tentative n’ayant pas abouti lors de
l’audience, les parties ont requis une suspension de la procédure pour
poursuivre les discussions transactionnelles.
Après plusieurs prolongations de la suspension, la procédure a repris à la
demande des parties le 14 octobre 2016. Ainsi, la Demanderesse a été
invitée à présenter sa réplique.
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8.
Par courrier du 29 novembre 2016, la Demanderesse a modifié ses con-
clusions sur l’action principale en y ajoutant des modalités de mise en
œuvre de l’interdiction (menace d’amende pour insoumission au sens du
CPC et ordre de confiscation et destruction des balanciers litigieux). Elle
a ensuite exposé pourquoi elle considérait que les balanciers litigieux
remplissaient également les caractéristiques supplémentaires introduites
dans ses conclusions en cessation principales, subsidiaires et plus subsi-
diaires introduites avec son courrier du 26 novembre 2015.
La Demanderesse a également invoqué la contrefaçon du brevet litigieux,
y compris la reproduction fidèle dans le balancier litigieux de la caractéris-
tique dont la seule imitation avait précédemment été plaidée. De plus, la
Demanderesse a subsidiairement argumenté la reproduction par équiva-
lence de ladite caractéristique, notamment que la reproduction modifiée
de la caractéristique en cause réalisait la « même fonction », était « ac-
cessible », et de « même valeur ». De plus, la Demanderesse a contesté
l’appartenance du balancier litigieux à l’état de la technique libre.
9.
Par courrier du 27 janvier 2017, les Défenderesses ont répété leurs con-
clusions concernant l’action principale et l’action reconventionnelle.
A l’appui de leurs conclusions, les Défenderesses ont invoqué au titre de
l’état de la technique opposable au brevet litigieux et/ou à l’admission de
l’imitation, les éléments supplémentaires suivants :
- Calibres ROLEX 3035, 3055, 3075 et 3085 (offres de témoignage par
MM. J.M. Bonard et S. Mafioli) munis d’un balancier 3030 précédem-
ment introduit par les Demanderesse et Défenderesses (cf. ci-dessus)
- Balancier Jean Martin
- US 759,914.
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Les Défenderesses ont critiqué les jeux de revendications fondant les
conclusions reconventionnelles (principale, subsidiaire et plus subsidiaire)
de la Demanderesses notamment sous l’angle de la suffisance de des-
cription, du manque de nouveauté, du manque d’activité inventive, de
l’ajout de matière, et du défaut de clarté/insuffisance de description.
En outre, les Défenderesses ont contesté la violation du brevet, notam-
ment en raison d’une renonciation par la Demanderesse de la protection
invoquée vu l’historique de délivrance d’un brevet aux USA apparenté au
brevet litigieux, de l’absence de contrefaçon, de l’absence d’imitation et
de l’appartenance du balancier litigieux à l’état de la technique libre.
10.
Par courrier du 29 mars 2017, la Demanderesse a soumis de nouvelles
conclusions qui se lisent comme exposées ci-après (soulignements et
suppressions indiqués afin d’exposer les modifications) :
« Sur l’action principale
1. Ordonner aux Défenderesses, sous la menace d’une amende d’ordre de 1000
francs pour chaque jour d’inexécution selon l’art. 343 al. 1 lit. c CPC, mais au
moins d’une amende d’ordre de 5000 francs selon l’art. 343 al. 1 lit. b CPC et de
la peine prévue à l’art. 292 CP dirigée contre ses organes responsables, de ces-
ser immédiatement jusqu’à expiration de la partie suisse du brevet EP 1 837 719
de fabriquer, entreposer, offrir, vendre ou mettre en circulation de quelqu’autre
manière, exporter et/ou inciter des tiers à de tels actes, participer à de tels actes
ou favoriser de tels actes :
Principalement
1.1a) des balanciers pour mouvement d’horlogerie avec les caractéristiques
suivantes, décrites à l’aide de l’illustration se trouvant dans l’Annexe de la
Demande :
-
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le balancier comporte une serge (2), des bras (3) reliant la serge (2) à l’axe du
balancier et des masselottes (4) permettant d’ajuster le balourd et de ré-
gler le moment d’inertie, et
- la serge (2) comporte des plots (5) dirigés radialement vers l’intérieur ;
- les plots (5) et la serge (2) sont traversés par un trou taraudé (6) dans le-
quel des masselottes (4) sont vissées,
- les masselottes sont dépourvues de tête et dotées de lobes internes (7)
permettant leur vissage depuis l’extérieur de la serge.
Subsidiairement
1.1b) des balanciers selon la conclusion 1.1a) avec la caractéristique supplé-
mentaire suivante :
- les masselottes peuvent être mues indépendamment les unes des autres.
Plus subsidiairement
1.1c) des balanciers selon la conclusion 1.1b) avec la caractéristique supplé-
mentaire suivante :
- la serge présente une surface externe de diamètre constant sur tout son
pourtour.
1.2) des mouvements d’horlogerie comportant au moins un balancier tel que dé-
crit au chiffre 1.1) ;
1.3) des montres comportant au moins un mouvement tel que décrit au chiffre
1.2 et/ou au moins un balancier tel que décrit au chiffre 1.1).
2. Ordonner aux Défenderesses de rendre des comptes concernant le chiffre
d’affaires et le bénéfice réalisés par les actes décrits au chiffre 1 ci-dessus, no-
tamment en indiquant :
2.1) toute vente et livraison, en indiquant les quantités, les dates et les prix, ainsi
que les noms et adresses des acheteurs,
2.2) les dates de fabrication et les quantités correspondantes,
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2.3) les coûts de production, en indiquant chaque poste de ces coûts et la con-
firmation de l’exactitude de ces informations par un réviseur indépendant et qua-
lifié.
3. Ordonner la confiscation et la destruction des balanciers selon chiffre 1.1.
4. Permettre à la Demanderesse de chiffrer sa prétention financière après la red-
dition des comptes selon le chiffre 2 ci-dessus et ordonner aux Défenderesses
de payer à la Demanderesse le montant ainsi chiffré.
5. Condamner les Défenderesses à tous les frais et dépens de l’instance, y com-
pris le défraiement des conseils en brevet consultés pas la Demanderesse.
Sur l’action reconventionnelle
1. Prendre acte de la limitation des revendications de la partie suisse du brevet
européen 1 837 719 comme suit et rejeter la demande reconventionnelle pour le
surplus dans la mesure de sa recevabilité :
Principalement
1. Balancier pour mouvement d’horlogerie comportant une serge (3), des
bras (4) reliant la serge à l’axe de balancier et des masselottes (11) permet-
tant d’ajuster le balourd et de régler le moment d’inertie, caractérisé en ce
que la serge (3) comporte des plots (7) dirigés radialement vers l’intérieur,
ladite serge (3) et lesdits plots (7) étant traversés par un trou taraudé (9)
clans lequel lesdites masselottes sont vissées depuis l’intérieur.
2. Balancier selon la revendication 1, caractérisé en ce que les plots sont
disposés sur la surface interne de la serge du balancier.
4. Balancier selon la revendication 1. caractérisé en ce que les plots sont
disposés sur l’une des surfaces frontales de la serge du balancier.
3. Balancier selon l’une des revendications 1 à 2, caractérisé en ce que la
longueur du filetage (15) correspond à la course maximum des masselottes
(11) définie par la largeur des plots (7) et de la serge (3), sans débordement
à l’extérieur de la serge (3).
4. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les
plots (7) sont disposés entre les bras (4).
5. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les
plots (7) sont disposés dans des évidements prévus dans les bras (4).
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Subsidiairement
1. Balancier pour mouvement d’horlogerie comportant une serge (3), des
bras (4) reliant la serge à l’axe de balancier et des masselottes (11) permet-
tant d’ajuster le balourd et de régler le moment d’inertie, caractérisé en ce
que la serge (3) comporte des plots (7) dirigés radialement vers l’intérieur,
ladite serge (3) et lesdits plots (7) étant traversés par un trou taraudé (9)
clans lequel lesdites masselottes sont vissées depuis l’intérieur, et en ce
que les masselottes (11) peuvent être mues indépendamment les unes des
autres.
2. Balancier selon la revendication 1, caractérisé en ce que les plots sont
disposés sur la surface interne de la serge du balancier.
4. Balancier selon la revendication 1. caractérisé en ce que les plots sont
disposés sur l’une des surfaces frontales de la serge du balancier.
3. Balancier selon l’une des revendications 1 à 2, caractérisé en ce que la
longueur du filetage (15) correspond à la course maximum des masselottes
(11) définie par la largeur des plots (7) et de la serge (3), sans débordement
à l’extérieur de la serge (3).
4. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les
plots (7) sont disposés entre les bras (4).
5. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les
plots (7) sont disposés dans des évidements prévus dans les bras (4).
Plus subsidiairement
1. Balancier pour mouvement d’horlogerie comportant une serge (3), des
bras (4) reliant la serge à l’axe de balancier et des masselottes (11) permet-
tant d’ajuster le balourd et de régler le moment d’inertie, caractérisé en ce
que la serge (3) comporte des plots (7) dirigés radialement vers l’intérieur,
ladite serge (3) et lesdits plots (7) étant traversés par un trou taraudé (9)
clans lequel lesdites masselottes sont vissées depuis l’intérieur, et en ce
que les masselottes (11) peuvent être mues indépendamment les unes des
autres et en ce que la serge (3) présente une surface externe de diamètre
constant sur tout son pourtour.
2. Balancier selon la revendication 1, caractérisé en ce que les plots sont
disposés sur la surface interne de la serge du balancier.
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4. Balancier selon la revendication 1, caractérisé en ce que les plots sont
disposés sur l’une des surfaces frontales de la serge du balancier.
3. Balancier selon l’une des revendications 1 à 2, caractérisé en ce que la
longueur du filetage (15) correspond à la course maximum des masselottes
(11) définie par la largeur des plots (7) et de la serge (3), sans débordement
à l’extérieur de la serge (3).
4. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les
plots (7) sont disposés entre les bras (4).
5. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les
plots (7) sont disposés dans des évidements prévus dans les bras (4).
2. Condamner les Défenderesses à toits les frais et dépens de l’instance, y com-
pris le défraiement des conseils en brevet consultés pas la Demanderesse. »
11.
A l’appui de ses conclusions, la Demanderesse a plaidé le fondement des
modifications apportées à l’énoncé des revendications du brevet litigieux,
de la suffisance de la description, et la nouveauté et l’activité inventive
des différents jeux de revendication. En outre, la Demanderesse a argu-
menté la violation du brevet litigieux (tel que limité) par le balancier liti-
gieux et son imitation, et a réfuté l’appartenance du balancier litigieux à
l’état de la technique. La Demanderesse a également contesté la perti-
nence de l’historique de délivrance du brevet US apparenté au brevet liti-
gieux.
12.
Par courrier du 13 avril 2017, les Défenderesses ont soumis des pièces
manquantes mais évoquées dans leur soumission du 27 janvier 2017 re-
latives à la procédure de délivrance du brevet US apparenté au brevet li-
tigieux.
13.
Par courrier du 28 avril 2017, la Demanderesse ne s’est pas opposée à la
recevabilité des dernières pièces soumises par les Défenderesses. Toute-
fois, la Demanderesse a contesté la pertinence de l’argument des Défen-
deresses supporté par lesdites pièces.
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Seite 17
14.
Par courrier du 5 mai 2017, les Défenderesses sont revenues sur la
question de l’ajout de matière par les modifications apportées aux reven-
dications du brevet litigieux, de leur clarté et de la suffisance de descrip-
tion, de leur défaut de nouveauté et d’activité inventive.
15.
Par courrier du 19 mai 2017, la Demanderesse est revenue sur la ques-
tion de l’ajout de matière, de la nouveauté/activité inventive ainsi que sur
la question de la violation du brevet.
16.
Par courrier du 2 juin 2017, les Défenderesses ont maintenu leurs con-
clusions et arguments antérieurs et renoncé à en présenter de nouveaux.
17.
Le 18 juillet 2017 le juge rapporteur lic. iur. & ing. microtechn. dipl. Frank
Schnyder a rendu son avis spécialisé.
18.
Les Parties ont dès lors été convoquées aux débats principaux pour le 30
janvier 2018.
19.
Le 13 septembre 2017 et le 27 septembre 2017, les Parties ont pris posi-
tion sur l’avis spécialisé. De plus, la Demanderesse a soumis les conclu-
sions suivantes (en italique) :
« Sur l’action principale
Encore plus subsidiairement
1.1d) des balanciers selon la conclusion plus subsidiaire 1.1c) avec la caractéris-
tique supplémentaire suivante :
- les masselottes ne dépassent pas de la surface extérieure de la serge.
1.2 des mouvements d’horlogerie comportant au moins un balancier tel que dé-
crit au chiffre 1.1 ;
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Seite 18
1.3 des montres comportant au moins un mouvement tel que décrit au chiffre 1.2
et/ou au moins un balancier tel que décrit au chiffre 1.1.
2. Ordonner aux Défenderesses de rendre des comptes concernant le chiffre
d’affaires et le bénéfice réalisés par les actes décrits au chiffre 1 ci-dessus, no-
tamment en indiquant :
2.1 toute vente et livraison, en indiquant les quantités, les dates et les prix, ainsi
que les noms et adresses des acheteurs,
2.2 les dates de fabrication et les quantités correspondantes,
2.3 les coûts de production, en indiquant chaque poste de ces coûts et la confir-
mation de l’exactitude de ces informations par un réviseur indépendant et quali-
fié.
3. Ordonner la confiscation et la destruction des balanciers selon chiffre 1.1.
4. Permettre à la Demanderesse de chiffrer sa prétention financière après la red-
dition des comptes selon le chiffre 2 ci-dessus et ordonner aux Défenderesses
de payer à la Demanderesse le montant ainsi chiffré.
5. Condamner les Défenderesses à tous les frais et dépens de l’instance, y com-
pris le défraiement des conseils en brevet consultés pas la Demanderesse.
Sur l’action reconventionnelle
Encore plus subsidiairement
1. Balancier pour mouvement d’horlogerie comportant une serge (3), des
bras (4) reliant la serge à l’axe de balancier et des masselottes (11) permet-
tant d’ajuster le balourd et de régler le moment d’inertie, caractérisé en ce
que la serge (3) comporte des plots (7) dirigés radialement vers l’intérieur,
ladite serge (3) et lesdits plots (7) étant traversés par un trou taraudé (9)
clans lequel lesdites masselottes sont vissées depuis l’intérieur, et en ce
que les masselottes (11) peuvent être mues indépendamment les unes des
autres et en ce que la serge (3) présente une surface externe de diamètre
constant sur tout son pourtour et en ce que les masselottes (11) ne dépas-
sent pas de la surface extérieure de la serge (3).
2. Balancier selon la revendication 1, caractérisé en ce que les plots sont
disposés sur la surface interne de la serge du balancier.
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Seite 19
3. Balancier selon l’une des revendications 1 à 2, caractérisé en ce que la
longueur du filetage (15) correspond à la course maximum des masselottes
(11) définie par la largeur des plots (7) et de la serge (3), sans débordement
à l’extérieur de la serge (3).
4. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les
plots (7) sont disposés entre les bras (4).
5. Balancier selon l’une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que les
plots (7) sont disposés dans des évidements prévus dans les bras (4).
Requête procédurale
1. Compléter l’Avis spécialisé du juge rapporteur pour déterminer la validité de
d’EP 1 837 719 selon la conclusion encore plus subsidiaire de la Demanderesse
à l’action reconventionnelle et, le cas échéant, la contrefaçon ou l’imitation d’EP
1 837 719 selon cette conclusion. »
20.
Les débats principaux ont été tenus le 30 janvier 2018 (voir procès-
verbal).
En droit :
Compétence du Tribunal :
21.
Les parties ayant leur siège en Suisse, le litige concernant notamment
une action en violation et une action reconventionnelle en nullité du bre-
vet litigieux ainsi que des questions relevant de compensations finan-
cières en relation avec ces actions, la compétence du Tribunal fédéral
des brevets est sans autre donnée (art. 1 al. 1 et art. 26 al. 1 let. a, al. 2
LTFB).
Conclusions encore plus subsidiaires soumises par la Demanderesse
après l’avis spécialisé :
22.
Avec sa prise de position sur l’avis spécialisé, la Demanderesse a soumis
des conclusions encore plus subsidiaires, en restreignant l’étendue de la
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Seite 20
revendication principale du brevet litigieux par rapport à celle de la con-
clusion plus subsidiaire.
Par lettre du 31 octobre 2017, le tribunal de céans a informé les parties
qu’il ne pouvait entrer en matière s’agissant de la nouvelle conclusion en-
core plus subsidiaire de la Demanderesse, et que les motifs seraient
donnés avec la décision au fond. Par conséquent, la requête de la De-
manderesse visant un complément à l’avis spécialisé se révélait dénuée
de fondement.
Lors des débats principaux (cf. les notes de plaidoirie de la Demande-
resse, procès-verbal), la Demanderesse s’est réservé le droit de contes-
ter cette décision d’irrecevabilité lors d’un éventuel recours au Tribunal
fédéral. Les conclusions de la Demanderesse plaidées lors des débats
principaux seraient par conséquent celles présentées avec sa duplique
reconventionnelle du 29 mars 2017.
23.
La Demanderesse a soumis avec sa prise de position sur l’avis spécialisé
des conclusions subsidiaires nouvelles portant sur des revendications
encore plus limitées que celles de ses dernières conclusions soumises
avant l’avis spécialisé.
Conformément à l’arrêt O2015_012 du 29 août 2017, c. 2.3, de telles
nouvelles conclusions (encore plus) subsidiaires ne peuvent pas être
considérées comme un acquiescement (art. 227 al. 3 CPC), car la De-
manderesse n’a retiré ni ses conclusions principales ni ses conclusions
subsidiaires de rang plus élevé. Par conséquent, le Tribunal ne peut pas
entrer en matière en ce qui concerne ces nouvelles conclusions (encore
plus) subsidiaires.
L’avis spécialisé est une contribution à la délibération du jugement et ne
constitue pas un fait nouveau au sens de l’article 229 CPC. L’avis spécia-
lisé est communiqué préalablement aux parties pour que celles-ci puis-
sent se prononcer sur son contenu avant le jugement (art. 37 al. 3 LTFB).
A l’inverse, l’avis spécialisé n’est pas une invitation aux parties d’enrichir
ou de compléter leurs soumissions antérieures, potentiellement incom-
plètes. Contrairement à l’allégation de la Demanderesse, l’avis spécialisé
en l’espèce ne contenait pas de nouveaux faits ou arguments de nature
technique qui n’avaient pas été plaidés par les parties. L’application de la
loi aux faits allégués incombe d’office au tribunal, et les arguments juri-
O2015_008
Seite 21
diques dans un avis spécialisé ne permettent pas aux parties de sou-
mettre de nouveaux allégués de faits au prétexte que le fondement légal
ou le raisonnement juridique retenu dans l’avis spécialisé n’aurait pas été
invoqué par les parties.
Par conséquent, il ne peut être entré en matière ni sur les conclusions
(encore plus) subsidiaires ni d’ailleurs sur les allégations de faits anciens,
soumises par les parties postérieurement à l’avis spécialisé. En effet, au-
cune des parties n’a démontré avoir fait preuve de la diligence requise en
exposant précisément les raisons pour lesquelles elle n’aurait pu sou-
mettre de tels éléments antérieurement (art. 229 CPC et 37 al. 3 LTFB a
contrario, et arrêt 4A_338/2017 du 24 novembre 2017, c. 2.1, arrêt
4A_639/2016 du 1 septembre 2017, c. 6.1).
Les conclusions nouvelles et les revendications limitées soumises par la
Demanderesse avec sa prise de position du 27 septembre 2017 ne sont
donc pas recevables, comme déjà annoncé par lettre du 31 octobre 2017.
Il en va de même pour les faits présentés pour la première fois par les
parties dans leur prise de position sur l’avis spécialisé et/ou lors des dé-
bats principaux.
Conclusions formulées par la Demanderesse :
24.
Les conclusions en cessation reprennent pour l’essentiel l’énoncé de la
revendication 1 en y incorporant les modifications suivantes destinées à
appréhender le balancier litigieux. Les conclusions intègrent (par réfé-
rence à l’annexe de la demande) une photo de l’objet commercialisé à in-
terdire qui illustre les différents éléments des conclusions (cf. c. 1, 10 et
19 ci-dessus), ne laissant aucun doute quant à la portée des caractéris-
tiques constructives concrètes visées par l’interdiction. Le balancier liti-
gieux à interdire est ainsi suffisamment concrétisé dans les conclusions
pour qu’un examen purement factuel permette sans autre de constater si
l’on se trouve ou non en présence d’une forme d’exécution visée par le
dispositif. Il s’en suit que les conclusions sont recevables (art. 59 CPC).
Par ailleurs, on observera que les Défenderesses n’ont pas soulevé de
problème concernant l’exécutabilité des conclusions ainsi présentées.
O2015_008
Seite 22
Objet revendiqué par le brevet litigieux et interprétation :
25.
Selon les dernières conclusions reconventionnelles (principale, subsi-
diaire et plus subsidiaire) de la Demanderesse soumises avec son cour-
rier du 29 mars 2017, la revendication 1 peut être décomposée en diffé-
rentes caractéristiques en suivant la structure exposée par les Défende-
resses dans leur courrier du 5 mai 2017 :
caract. Revendication 1 selon la conclusion principale
1. Balancier pour mouvement d’horlogerie
2. comportant une serge
3. des bras reliant la serge à l’axe de balancier
4. et des masselottes permettant d’ajuster le balourd et de régler
le moment d’inertie,
5. caractérisé en ce que la serge comporte des plots dirigés radia-
lement vers l’intérieur,
6. ladite serge et lesdits plots étant traversés par un trou taraudé
7. dans lequel lesdites masselottes sont vissées depuis l’intérieur
Caractéristique additionnelle de la revendication 1 selon la con-
clusion subsidiaire par rapport à la conclusion principale :
8’. les masselottes peuvent être mues indépendamment les unes
des autres
Caractéristique additionnelle de la revendication 1 selon la con-
clusion plus subsidiaire par rapport à la conclusion subsidiaire :
9. la serge présente une surface externe de diamètre constant sur
tout son pourtour
26.
De façon générale, les parties s’accordent sur la nature de l’homme du
métier, soit un « horloger technicien » ou « concepteur horloger ».
S’agissant des connaissances et le discernement de l’homme du métier,
les parties s’accordent sur le fait que celui-ci doit avoir une « expérience
dans la construction de calibres ».
O2015_008
Seite 23
La Demanderesse reconnaît en outre à l’homme du métier la connais-
sance de « l’utilisation des vis sans tête afin d’éviter qu’elles ne dépas-
sent d’un trou taraudé ». Cet élément de connaissance n’est pas contesté
par les Défenderesses.
Les Défenderesses attribuent à l’homme du métier davantage de con-
naissances, notamment résultant d’une formation au moins équivalente à
un Bachelor en microtechnique et/ou un master en conception horlogère.
Il connaîtrait les calibres des différents mouvements horlogers existants,
les publications techniques et les brevets dans le domaine de la méca-
nique en général, les inversions fonctionnelles et les différentes tech-
niques pour ajuster le balourd d’une roue, ainsi que les inconvénients des
trous taraudés borgnes. Ces connaissances sont partiellement contes-
tées par la Demanderesse dans la mesure où elles incluent des docu-
ments sans aucun lien avec l’horlogerie, notamment une publication de
brevet concernant une roue d’un véhicule automobile (US 1,833,879).
27.
Les informations qui ne figurent que dans les brevets ne font normale-
ment pas partie des connaissances générales de l’homme du métier. Les
Défenderesses ne font pas état de circonstances particulières pour les-
quelles cette publication de brevet concernant une roue de véhicule
automobile (US 1,833,879) devrait néanmoins être considérée comme
faisant partie des connaissances générales de l’homme du métier. Par
conséquent, il convient de suivre la Demanderesse sur ce point.
Les caractéristiques 1, 2 et 3 de la revendication 1 (ci-dessus) n‘appellent
pas de commentaires particuliers quant à leur portée.
a) Aptitude de réglage de l’inertie et du balourd (caractéristique 4)
28.
S’agissant de la caractéristique 4, les Défenderesses soumettent (sans
être contredites) qu’en raison de l’expression « permettant d’ajuster » si-
gnifiant « apte à ajuster », cette caractéristique couvre toute masselotte
d’une solution de l’état de la technique qui permet d’ajuster le balourd et
de régler le moment d’inertie quand bien même ces fonctionnalités ne se-
raient pas explicitées dans ladite solution. Cette interprétation, incontes-
tée, est effectivement raisonnable.
O2015_008
Seite 24
b) Sens de la notion de « comporter » (caractéristiques 5 & 6)
29.
S’agissant de la caractéristique 5, les Défenderesses veulent déduire de
l’utilisation du verbe « comporter » dans l’expression « la serge comporte
des plots » que les plots doivent faire partie de la serge et ne peuvent pas
être considérés comme des éléments distincts de la serge. La Demande-
resse ne s’exprime pas directement sur cette interprétation. Toutefois,
dans le cadre de l’analyse de la nouveauté par rapport au balancier
« Jean Martin » dont le balancier porte au niveau de la surface frontale de
la serge des plots traversés par des vis de réglage d’orientation radiale
(admis par les Défenderesses), la Demanderesse conteste que le fait que
les plots soient traversés par des vis implique que la serge le soit aussi,
niant ainsi l’idée que la formation d’un trou dans le plot implique nécessai-
rement la formation d’un trou dans la serge et que le plot ferait partie de
la serge au sens de la revendication 1.
(Illustration du balancier Jean Martin figurant dans duplique et réplique
reconventionnelle)
Contrairement aux termes « comprendre » et « consister en », le terme
« comporter » n’a pas un sens consacré par la pratique de l’OEB1. Selon
le dictionnaire Larousse2, « comporter » peut signifier : « I. contenir
1 Cf. « Directives relatives à l’examen pratiqué à l’office européen des brevets », Novembre 2016, Partie F, Ch. IV-4.21. 2 www.larousse.fr/dictionnaires/francais/comporter/17732.
O2015_008
Seite 25
quelque chose, le comprendre, le renfermer par nature ou comme partie.
II. Impliquer quelque chose, l’entraîner comme conséquence. ». Selon le
Littré3, « comporter » peut signifier « Permettre d’être avec, d’aller avec,
de coexister ». Selon Le Petit Robert, « comporter » signifie « permettre
d’être, d’aller avec ; inclure en soi ou être la condition de » ; il trouve son
origine dans le terme latin « comportare » qui signifie « transporter ; sup-
porter ».
Il s’en suit que la notion de comporter n’est pas univoque : elle implique
une association de deux entités, l’une intégrant l’autre ou l’une accompa-
gnant l’autre. Ainsi, la variété des définitions du terme « comporter » sup-
porte aussi bien le sens donné par les Défenderesses que le sens retenu
par la Demanderesse (p. ex. en relation avec l’analyse du balancier Jean
Martin ci-dessus).
Remis dans le contexte de la revendication, le terme « comporter »
s’insère dans les caractéristiques 5 et 6 (ci-dessus) de la revendication 1
de la façon suivante :
« la serge comporte des plots dirigés radialement vers l’intérieur, ladite
serge et lesdits plots étant traversés par un trou taraudé »
Si l’on admettait, à l’instar des Défenderesses, que les plots tels que pré-
sentés dans ce passage font partie intégrante de la serge, alors on ne
comprend pas pourquoi il aurait fallu indiquer qu’en plus de traverser les-
dits plots, le trou doive aussi traverser la serge (« ladite serge et lesdits
plots étant traversés »). En effet, si un plot est considéré comme une par-
tie de la serge, alors le fait de traverser le plot implique nécessairement le
fait de traverser la serge et il n’est pas approprié de présenter la serge
comme une entité distincte du plot traversé par le trou. Dans le sens des
Défenderesses, ce passage aurait été énoncé de la façon suivante : « la-
dite serge dont lesdits plots étant traversés par un trou taraudé » voire
simplement « lesdits plots étant traversés par un trou taraudé ». C’est
d’ailleurs la lecture qu’elles en font, en s’abstenant de citer la revendica-
tion qui a un autre contenu. En mentionnant la nécessité de traverser la
serge en plus du plot, l’homme du métier comprend que le simple fait de
traverser le plot avec un trou n’implique pas nécessairement le fait de tra-
verser la serge, mais qu’il convient de le préciser.
3 www.littre.org/definition/comporter.
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Seite 26
Par conséquent, l’interprétation des Défenderesses du terme « compor-
ter » n’est pas conforme avec l’énoncé de la revendication 1 du brevet li-
tigieux. Celle-ci prévoit que les plots sont associés et accompagnent la
serge, mais ne se confondent pas avec elle.
Les plots doivent donc apparaître comme des entités distinctement re-
connaissables (géométriquement et/ou structurellement) et le trou destiné
au plot doit traverser non seulement ce plot, mais également la serge qui
est associée avec le plot (reconnaissable distinctement).
c) Sens du terme « plot » (caractéristiques 5 à 7)
30.
Selon les Défenderesses, la notion de « plot » utilisée dans la revendica-
tion 1 doit être comprise comme le « plot » tel que défini dans le diction-
naire BERNER précité, soit une « petite pièce métallique, généralement
cylindrique, qui sert de butée ou qui renforce la partie d’une pièce qui doit
recevoir une goupille ou une vis ». En l’absence d’une indication ex-
presse quant à une fonction de butée dans la revendication 1, les Défen-
deresses n’y voient que la notion de renforcement de la serge. La défini-
tion du « plot » selon le BERNER est admise par la Demanderesse, et la
fonction de renfort du plot n’est pas contestée.
La Demanderesse s’efforce de lire dans la définition du « plot », en parti-
culier de sa forme « petite pièce généralement cylindrique » en combinai-
son avec la notion de la direction revendiquées du plot « radialement vers
l’intérieur », que les plots sont orientés de sorte que leur axe longitudinal
de symétrie soit dirigé selon un rayon du balancier, ce qui reviendrait à
dire, toujours selon la Demanderesse, que les plots présentent une plus
grande dimension qui est orientée selon le rayon du balancier.
Cette interprétation d’un plot n’est que partiellement suivie par les Défen-
deresses qui soulèvent que la définition (BERNER) admise ne fait réfé-
rence qu’à une forme généralement cylindrique, ce qui n’exclurait pas des
formes non-cylindrique telle que celles illustrées dans le brevet DE 864
827.
En effet, la définition « petite pièce généralement cylindrique » n’est pas
absolument claire. Selon le dictionnaire Larousse, « généralement » peut
signifier soit « communément, habituellement » ou « dans la plupart des
cas, à quelques exceptions près » soit « à prendre les choses en général,
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Seite 27
sans entrer dans les détails »4. Ainsi, la définition peut indiquer soit que le
plot doit nécessairement avoir une forme qui s’apparente à quelques dé-
tails près à un cylindre, soit que le plot a la plupart du temps une forme
de cylindre mais peut exceptionnellement avoir une autre forme ; étant
entendu que dans l’une ou l’autre des éventualités le plot doit être une
pièce de petite taille et apte à remplir la fonction de renfort ou la fonction
de butée. Dans un cas comme dans l’autre, il est ainsi apparent qu’il n’est
pas exigé qu’un objet ait une forme géométriquement cylindrique pour en-
trer dans la définition du « plot » précitée.
En outre, force est de reconnaître que la définition du plot selon le BER-
NER ne donne pas les précisions quant aux dimensions, autre le fait que
le plot est une « petite pièce ». La définition ne donne en particulier pas
d’indication quant aux relations entre les différentes dimensions (base et
hauteur) de la forme « généralement cylindrique » du plot. De plus, la re-
vendication 1 n’est pas plus explicite sur ces aspects dimensionnels du
plot. La revendication 1 n’exclut que les plots associés avec la serge qui
ne seraient pas agencés « radialement vers l’intérieur » (caractéristique
5). Une telle indication portant sur la position et l’orientation du plot re-
vendiqué ne permet pas de déduire des limites dimensionnelles et des
rapports dimensionnels distinguant un « plot » d’un « non-plot ». Ainsi,
une telle différenciation ne peut être retenue sur la base de l’énoncé de la
revendication 1.
d) Le concept de « plots dirigés radialement vers l’intérieur » (caractéris-
tique 5)
31.
Selon les Défenderesses, la caractéristique 5 de la revendication 1 du
brevet litigieux « la serge comporte des plots dirigés radialement vers
l’intérieur » n’est pas claire. Considérant qu’un plot est un objet tridimen-
sionnel s’étendant dans trois dimensions, elles suggèrent que le plot doit
avoir un axe de symétrie qui s’étend selon une direction radiale. En outre,
le sens « vers l’intérieur » d’une telle direction n’apporterait pas de préci-
sion supplémentaire puisque les directions n’auraient pas d’orientation
particulière.
4 www.larousse.fr/dictionnaires/francais/g%C3%A9n%C3%A9ralement/36518.
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Seite 28
Afin d’illustrer leur propos, les Défenderesses font référence à la procé-
dure d’examen d’une demande de brevet devant l’Office américain des
brevets USPTO (apparentée au brevet litigieux) dans laquelle la Deman-
deresse aurait introduit une illustration (reproduite ci-après) d’un plot ra-
dial supporté par la surface externe de la serge.
Cf. duplique et replique reconventionnelle.
La Demanderesse soutient (cf. ci-dessus) qu’en regard de la définition du
plot « petite pièce généralement cylindrique », la caractéristique 5 « les
plots sont dirigés radialement vers l’intérieur » signifie que les plots sont
orientés de sorte à ce que leur axe longitudinal de symétrie soit dirigé se-
lon un rayon du balancier, soit que la plus grande dimension est orientée
selon un rayon du balancier. Par ailleurs, la Demanderesse conteste
l’utilisation de la procédure parallèle devant l’USPTO à des fins
d’interprétation du brevet litigieux.
Les demandes de brevet apparentées examinées dans différentes juridic-
tions, que ces demandes soient formellement liées (i.e. issues d’une
même demande internationale ou se fondent sur la même demande de
priorité) ou simplement matériellement liées (i.e. déposées avec le même
contenu dans différentes juridictions), sont d’une part indépendantes en
vertu du droit (art. 4bis Convention d’union de Paris), et d’autre part sou-
mises à des exigences non-identiques (en matière de brevetabilité, en
matière de suffisance de description et en matière d’information déduc-
tible des mêmes éléments explicités dans les demandes de brevet etc.).
En outre, le titulaire peut ne pas avoir les mêmes intérêts économiques
et/ou techniques à défendre dans les différentes juridictions. En consé-
quence, un comportement du titulaire adapté à chaque juridiction se justi-
fie sans autre en raison des particularités de chaque juridiction.
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Seite 29
Il n’est dès lors pas approprié d’imposer au titulaire d’un brevet d’adopter
un comportement uniforme dans toutes les juridictions. Toutefois, cela
n’empêche pas une partie de soulever les objections soulevées dans une
procédure étrangère si elle considère que ces objections donneraient lieu
à des objections correspondantes selon la LBI ou en vertu de la CBE.
Ainsi, le comportement de la Défenderesse devant l’USPTO dans le
cadre de l’examen d’une demande de brevet US ne peut pas lui être op-
posé dans le cadre de l’appréciation de la partie suisse d’un brevet euro-
péen (ou d’un brevet suisse), au seul motif qu’elle a adopté une attitude
différente lors de la procédure de délivrance.
32.
S’agissant de la détermination du positionnement et de l’orientation du
plot sur la serge, il convient de retenir les éléments suivants :
La caractéristique 5 énonce que « la serge comporte des plots dirigés ra-
dialement vers l’intérieur ».
Selon la définition du BERNER citée par les Défenderesses elles-mêmes,
la « serge » est la « partie annulaire extérieure du balancier ». D’après le
dictionnaire Larousse, « annulaire » signifie « qui a la forme d’un an-
neau »5, et « anneau » signifie « qui a la forme d’un cercle »6. Le Petit
Robert fournit les définitions suivantes « en forme d’anneau » et « cercle
de matière dure qui sert à attacher ou retenir ».
Considérant le caractère annulaire de la serge, « radialement » désigne
une direction qui doit suivre un rayon de l’anneau formant la serge, et
« l’intérieur » ne peut que signifier l’espace s’étendant entre la serge et
son centre (duquel partent les rayons).
Selon l’analyse ci-dessus (cf. la notion de « comporter »), le plot est as-
socié à la serge et l’accompagne, sans se confondre avec la serge. Par
conséquent, le plot forme un élément s’étendant depuis la serge.
En passant sous silence la précision que le plot est associé et porté par
la serge, soit une structure circulaire, et en interprétant de façon isolée la
direction « radiale » du plot d’une part, et le sens « vers l’intérieur » du
plot d’autre part, les Défenderesses ne procèdent pas à une analyse des
5 www.larousse.fr/dictionnaires/francais/annulaire/3688. 6 www.larousse.fr/dictionnaires/francais/anneau/3638.
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Seite 30
caractéristiques de la revendication 1 en tenant compte de l’ensemble
des caractéristiques. Une telle démarche n’est pas guidée par le but de
conférer à ces caractéristiques un sens raisonnable à la lumière de
l’ensemble de la revendication, tel que le ferait l’homme du métier animé
par la volonté de comprendre la revendication dans son ensemble. La
démarche des Défenderesses a pour résultat d’effacer la portée caracté-
risante associée à l’utilisation du terme « radial » et à la notion « vers
l’intérieur ». L’homme du métier n’interprète pas une revendication en oc-
cultant les termes et les notions qu’elle contient par une interprétation iso-
lée de leur contexte, mais en leur donnant un sens techniquement rai-
sonnable en regard de l’ensemble de la revendication considérée. Par
conséquent, l’interprétation des Défenderesses doit être écartée dans
cette mesure.
S’agissant du sens donné par la Demanderesse, il convient de retenir
que l’existence d’un axe de symétrie, et que celui-ci définirait la plus
grande dimension du plot, ne ressort pas de la définition du BERNER
« plot » sur laquelle les parties se sont entendues (« petite pièce métal-
lique, généralement cylindrique, qui sert de butée ou qui renforce la partie
d’une pièce qui doit recevoir une goupille ou une vis »). Cette définition
ne prévoit ni un rapport dimensionnel entre la base et la hauteur de la
« petite pièce métallique », ni même nécessairement un axe de symétrie
(même si un objet strictement cylindrique, en non pas seulement – géné-
ralement – cylindrique, présente un axe de symétrie qui se confond avec
son axe de révolution). Par ailleurs, aucun autre élément de la revendica-
tion ne semble supporter la nécessité de telles caractéristiques. Par con-
séquent, ces caractéristiques dimensionnelles et de symétrie ne peuvent
pas être prises en compte.
Ainsi, la caractéristique 5 « la serge comporte des plots dirigés radiale-
ment vers l’intérieur » ne peut désigner que la structure suivante : une
serge (annulaire) associée avec des plots qui s’étendent entre la serge et
le centre de la serge (vers l’intérieur), depuis la serge et en direction du
centre de la serge (radialement).
La référence à l’ancienne revendication 4 (dont la suppression n’est
d’ailleurs pas contestée par les Défenderesses), en contradiction selon
les Défenderesses avec cette compréhension de la revendication 1, n’est
d’aucun secours. D’une part, le fait que des caractéristiques d’une reven-
dication dépendante ne soient pas compatibles avec les caractéristiques
d’une revendication dont elles dépendent (en l’espèce la revendication 1)
ne révèle pas un problème avec les caractéristiques de la revendication
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Seite 31
dont elles dépendent, mais un problème avec les caractéristiques de la
revendication dépendante. D’autre part, un tel problème de cohérence
entre deux revendications relève d’une question de clarté qui n’est pas un
motif invocable pour contester la validité d’un brevet devant les juridic-
tions nationales (les art. 26 al 1 LBI et art. 138 CBE définissent des listes
exhaustives des motifs de nullité). En outre, la Demanderesse a renoncé
à cette revendication dépendante, de telle sorte que la question s’évacue
d’elle-même.
e) La notion de masselottes vissée depuis l’intérieur (caractéristique 7)
33.
Selon les Défenderesses, la caractéristique 7 « (ladite serge et lesdits
plots étant traversés par un trou taraudé)7 dans lequel lesdites masse-
lottes sont vissées depuis l’intérieur » emploie un verbe « vissées » impli-
quant une action laquelle, dans le cadre d’une revendication de type pro-
duit constitue une caractéristique fonctionnelle. Les Défenderesses en
déduisent que les masselottes doivent être configurées pour être aptes à
être vissées depuis l’intérieur, ce qui nécessiterait la présence d’une
forme (tête, fente, etc.) disposée au niveau de l’extrémité intérieure de la
masselotte, spécifiquement prévue pour son vissage depuis l’intérieur et
que le vissage depuis l’intérieur soit possible.
Selon la Demanderesse, la caractéristique 7 suppose simplement que les
masselottes aient un diamètre et un pas de filetage adaptés pour pouvoir
être vissées dans les trous taraudés, les autres caractéristiques ne fai-
sant pas partie de la revendication. D’après la Demanderesse (en invo-
quant une décision du Bundespatentgericht allemand), dans le cadre
d’une revendication de produit, la caractéristique « vissée depuis
l’intérieur » doit être comprise comme une caractéristique du produit re-
vendiqué. Ce que cette caractéristique indiquerait, en référence à la des-
cription du brevet litigieux, serait la possibilité d’ajuster le balourd et le
moment d’inertie de la serge sans que les masselottes ne dépassent de
la surface extérieure de la serge.
7 Caractéristique 6 énoncée afin de faciliter la lecture de la caractéristique 7.
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Seite 32
34.
S’agissant de l’importation dans la caractéristique 7 de la nécessité de ne
pas dépasser la surface extérieure de la serge sur la seule base de la
description associée avec la caractéristique revendiquée, celle-ci n’est
pas fondée en raison du principe de l’interprétation des revendications
par l’homme du métier afin d’en déterminer l’objet. Si le titulaire avait vou-
lu intégrer cette caractéristique dans l’objet de l’invention revendiquée, il
aurait dû l’énoncer dans la revendication. Il en va de même s’agissant
des considérations quant à la présence d’une fente ou d’une tête etc., qui
n’est pas davantage mentionnée.
35.
Dans un autre contexte, les Défenderesses considèrent qu’il n’est pas
nécessaire que la vis soit munie d’une forme (tête, fente, etc.) disposée
au niveau de l’extrémité intérieure de la masselotte, une telle vis pouvant
être initialement vissée depuis l’extérieur et avoir une longueur de vis tra-
versant la serge et le plot et dépassant le plot vers l’intérieur du balancier,
cette partie dépassant le plot pouvant être manipulée depuis l’intérieur.
36.
L’interprétation des caractéristiques d’une revendication est une question
de droit, soumise à la libre appréciation du Tribunal. Par conséquent,
l’interprétation des caractéristiques d’une revendication par le Tribunal
n’est pas strictement limitée à ce qui est allégué par les parties. Ceci en
particulier dans les situations comme celle d’ici, où l’interprétation donnée
par les deux parties semble ne pas être claire et cohérente dans une vue
d’ensemble, et où l’interprétation donnée par les deux parties semble être
animée par le but de trouver un compromis entre l’interprétation pour la
validité et celle pour la contrefaçon, afin d’éviter un « squeeze ».
37.
L’énoncé de la caractéristique 7 prévoit que les masselottes ne sont pas
simplement vissées dans les trous taraudés mais qu’elles sont vissées
depuis l’intérieur dans les trous taraudés. Ainsi qu’il a été constaté ci-
dessus, « l’intérieur » fait référence à l’espace entre la serge (annulaire)
et son centre.
De plus, l’énoncé de cette caractéristique 7 prévoit que les masselottes
sont vissées depuis l’intérieur dans les trous taraudés, ce qui indique qu’il
s’agit de l’introduction de la vis en forme de masselotte dans le trou et le
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Seite 33
vissage de l’intérieur après cette introduction lors du montage du balan-
cier.
Selon la description du brevet litigieux, cf. [0010], les masselottes com-
portent des têtes avec moletage 13 à l’intérieur de la serge 3, et la tige fi-
letée 15 a une longueur restreinte telle que, pour le mouvement d’inertie
maximum, son extrémité ne dépasse pas de la surface extérieure de la
serge. Il s’en suit que les masselottes selon le brevet litigieux tel que dé-
crit dans le cadre de l’exemple, lors du montage du balancier, ne peuvent
être introduites et vissées que depuis l’intérieur.
38.
Dans une revendication de type produit ou dispositif, les caractéristiques
revendiquées sont en principe des caractéristiques relevant de structures
ou de composés constituant le produit ou le dispositif. Toutefois, même
dans une revendication ayant pour objet un produit ou un dispositif, une
caractéristique constitutive du produit ou du dispositif peut être définie en
fonction d’une activité relative à la production du dispositif ou du produit
ou relative à son utilisation. S’agissant d’apprécier l’objet de la revendica-
tion (qui vise une structure et/ou une composition propre au produit ou au
dispositif revendiqué), est déterminant le produit ou le dispositif en tant
que tel, indépendamment de la façon dont il a été produit ou dont il est
utilisé. Dans cette mesure, l’activité associée à une caractéristique ne
joue de rôle, pour définir l’objet de la revendication, que dans la mesure
où cette activité a une incidence sur la structure et/ou la composition du
produit ou du dispositif permettant d’exclure certains produits ou disposi-
tifs inaptes à être associés à une telle activité. Dans la mesure de cette
incidence, cette activité constitue une limitation implicite de structure ou
de composition de l’objet revendiqué.
C’est ainsi que, s’agissant de définir l’objet revendiqué par une revendica-
tion de produit ou de dispositif, la question de savoir si un produit ou un
dispositif a effectivement été réalisé par l’activité récitée ou que l’activité
récitée a effectivement été produite par le produit ou le dispositif est sans
pertinence. La seule chose qui importe est de déterminer si les caracté-
ristiques de l’objet considéré auraient pu être réalisées par l’activité réci-
tée.
39.
De ce qui précède, on déduit qu’il suffit que les masselottes auraient pu
être introduites et vissées depuis l’intérieur lors du montage du balancier
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Seite 34
(par un accès entre la serge et le centre de la serge) dans le trou traver-
sant le plot et la serge.
Support des nouvelles revendications :
40.
En réponse à la demande reconventionnelle en nullité des Défende-
resses, la Demanderesse a conclu à une renonciation partielle du brevet
litigieux en présentant un jeu de revendications dont la nouvelle revendi-
cation 1 consiste en une combinaison des revendications 1 et 2 telles que
délivrées.
La Demanderesse a conclu subsidiairement et plus subsidiairement au
maintien du brevet sur la base de jeux de revendications encore plus limi-
tées.
Les Défenderesses ont critiqué les jeux de revendications des conclu-
sions subsidiaire et plus subsidiaire pour défaut de support des revendi-
cations 1 respectives, ainsi qu’une modification apportée à la revendica-
tion 4 dans tous les jeux de revendications, i.e. une modification apportée
à la revendication 5 telle que délivrée.
Par duplique reconventionnelle, la Demanderesse a soumis (principale-
ment) un nouveau jeu de revendications en maintenant la modification de
la revendication 1 (combinaison des revendications 1 et 2 telles que déli-
vrées), et en supprimant la sous-revendication 3 et en rétablissant
l’énoncé de la sous-revendication 5 telle que délivrée et présentée
comme nouvelle sous-revendication 3 ; elle a soumis (subsidiairement)
une revendication 1 plus limitée par la caractéristique supplémentaire que
les « masselottes (11) peuvent être mues indépendamment les unes des
autres » (caractéristique 8’ ci-dessus) ; elle a soumis (plus subsidiaire-
ment) une revendication 1 encore plus limitée par la caractéristique sup-
plémentaire que la « serge (3) présente une surface externe de diamètre
constant sur tout son pourtour » (caractéristique 9), les modifications ap-
portées aux revendications dépendantes du jeu principal étant également
reprises dans les jeux subsidiaire et plus subsidiaire.
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Seite 35
a) Jeu de revendications selon la conclusion reconventionnelle princi-
pale de la Demanderesse :
41.
Les Défenderesses n’ont pas critiqué la divulgation, dans la demande
telle que déposée, de la revendication 1 de la conclusion principale. Il
convient dès lors de retenir la conformité de la modification avec l’art.
123(2) CBE.
b) Jeu de revendications selon la conclusion reconventionnelle subsi-
diaire de la Demanderesse :
42.
S’agissant de la revendication 1 de la conclusion subsidiaire, les Défen-
deresses invoquent une absence de divulgation explicite dans la de-
mande de la caractéristique 8’ ajoutée à la revendication 1 « masselottes
(11) peuvent être mues indépendamment les unes des autres », et que la
caractéristique ne peut être déduite implicitement de la demande parce
que la manière dont les masselottes sont visées et la dynamique de ré-
glage n’est ni représentée, ni décrite. En outre, le réglage seul de l’inertie
du balancier nécessite le déplacement de toutes les masselottes. Le dé-
placement d’une seule masselotte (ou de quelques masselottes seule-
ment) modifie nécessairement aussi le balourd. La Demanderesse in-
voque la Fig. 1 du brevet litigieux ainsi que les passages de la description
mentionnant que les trous taraudés sont prévus pour le vissage des mas-
selottes afin d’assurer leur déplacement radial ; elle conteste également
la nécessité pour l’homme du métier de se faire instruire quant à la mani-
pulation des masselottes pour régler l’inertie et/ou le balourd car une telle
manipulation relèverait d’une mesure de routine.
Ce point de vue est contesté par les Défenderesses qui invoquent
l’absence de mouvement divulgué dans la Fig. 1 (reproduite ci-dessous
c. 47) de la demande. Elles contestent une divulgation implicite en invo-
quant que les trous taraudés pour le vissage des masselottes ne permet-
tent pas de déduire le mouvement des vis, le vissage de vis n’étant pas
divulgué dans la demande et l’ajustement de l’inertie et du balourd ne
l’étant pas davantage. Tous ces éléments ne seraient pas implicitement
divulgués dans la demande, mais résulteraient des connaissances géné-
rales de l’homme du métier.
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Seite 36
43.
Selon la jurisprudence, « la divulgation implicite désigne une divulgation
que tout homme du métier considérerait objectivement comme nécessai-
rement sous-entendue dans le contenu explicite » (T 2522/10). Il convient
d’empêcher le titulaire du brevet de conforter sa position par l’ajout d’un
élément non divulgué dans la demande telle qu’elle a été déposée, ce qui
lui procurerait un avantage injustifié et pourrait porter préjudice à la sécu-
rité juridique des tiers se fondant sur le contenu de la demande initiale
(G 1/93). Toute modification apportée au brevet ou à la demande de bre-
vet relative à la divulgation (description, revendications et dessins) ne
peut être effectuée que dans les limites de ce que l’homme du métier est
objectivement en mesure, à la date de dépôt, de déduire directement et
sans équivoque de l’ensemble de cette divulgation telle que déposée en
se fondant sur les connaissances générales dans le domaine considéré
(G 2/10).
44.
Selon l’art. 55 al. 1 CPC, le procès civil est en principe soumis à la
maxime des débats, et aucune dérogation n’est prévue en matière de
brevets d’invention.8 La partie qui entend se prévaloir d’un motif de nullité
d’un brevet supporte le fardeau de la preuve à moins que la loi n’en dis-
pose autrement, conformément à l’art. 8 CC. Appliqué au motif de nullité
découlant d’un ajout de matière illicite (art. 26 al. 1 lit c LBI / art. 123(2)
CBE), cela signifie que la partie qui souhaite s’en prévaloir supporte le
fardeau de la preuve de l’extension illicite.9
45.
L’absence d’explicitation (par description ou représentation), dans la de-
mande telle que déposée, de la dynamique de réglage n’adresse pas la
question de la non-divulgation implicite. L’allégation quant à l’impossibilité
de mouvoir les masselottes de façon indépendante les unes des autres
pour un réglage de l’inertie du balancier, concerne non pas le fait de
mouvoir les masselottes de façon indépendante (objet de la modification)
ou coordonnée, mais le fait de pouvoir imposer des positions finales
(après mouvement indépendant ou coordonné) des masselottes dans le
balancier de façon indépendante les unes des autres ou accordées les
unes aux autres. Ainsi, l’allégation porte sur un élément (positions finales
des masselottes indépendantes les unes des autres) qui ne fait pas partie
8 Arrêt 4A_142/2014 du 2 octobre 2014, c. 5. 9 Arrêt O2012_033 du 30 janvier 2014, c. 19.
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de la modification apportée, et il n’est pas nécessaire d’examiner ce point
plus avant.
L’homme du métier déduit directement et sans ambiguïté de la demande
telle que déposée (voir G 2/10) et en particulier de la figure 1 de la de-
mande telle que déposée, que les vis peuvent être réglés indépendam-
ment l’un de l’autre. Des motifs techniques qui empêcheraient un tel ré-
glage ne sont pas apparents pour l’homme du métier. Ainsi,’ le réglage
indépendant des vis se déduit directement et sans ambiguïté de la de-
mande telle que déposée, même si dans la demande telle que déposée,
cette caractéristique n’est pas expressément énoncée dans la descrip-
tion’.
46.
En conclusion, l’absence de divulgation implicite de la caractéristique 8’
« masselottes (11) peuvent être mues indépendamment les unes des
autres » dans la demande à la date de dépôt ne constitue pas un ajout de
matière illicite.
c) Jeu de revendications selon la conclusion reconventionnelle plus sub-
sidiaire de la Demanderesse :
47.
S’agissant de la revendication 1 de la conclusion plus subsidiaire, les Dé-
fenderesses invoquent une absence de divulgation dans la demande de
la caractéristique 9 ajoutée à la revendication 1 « la serge présente une
surface externe de diamètre constant sur tout son pourtour ». Elles invo-
quent l’absence de divulgation explicite ou implicite de cette caractéris-
tique.
La Demanderesse invoque, à titre de divulgation de la caractéristique 9,
les passages suivants de la demande du brevet litigieux :
- les plots s’étendent à partir de la surface interne de la serge soit à
l’intérieur de la serge, soit sur la surface frontale de celle-ci ;
- les plots « ne dépassent pas la circonférence extérieure de la
serge » ;
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Seite 38
- toutes les figures illustrent une serge dont la surface externe est de
diamètre constant ;
- le balancier a une forme de « roue ».
Les Défenderesses considèrent que les éléments cités par la Demande-
resse pourraient tout aussi bien représenter une serge dont la surface ex-
terne serait constituée par une surface formée de génératrices parallèles
à l’axe du balancier et à section elliptique et qu’en outre une partie de la
surface extérieure de la serge ne serait même pas visible et pourrait avoir
une forme différente.
48.
Les figures auxquelles se réfèrent la Demanderesse et les Défende-
resses se présentent ainsi :
A la vue de ces illustrations, il faut admettre, avec les Défenderesses,
qu’une projection en deux dimensions d’un objet en trois dimensions en-
traîne une perte d’information. On ne peut pas déduire géométriquement
de la seule représentation en deux dimensions d’un élément tridimen-
sionnel courbé que l’objet illustré aurait une forme circulaire plutôt qu’un
pourtour elliptique (avec les conséquences en matière de forme que cela
implique pour la section de la serge représentées).
Toutefois, la question n’est pas de savoir si, en théorie, un élément ellip-
tique peut être représenté par une ellipse ou un cercle ou vice versa,
mais ce que l’homme du métier, soit un « horloger technicien » ou « con-
cepteur horloger » (cf. ci-dessus), avec ses connaissances à la date de
dépôt de la demande du brevet litigieux, déduirait de façon directe et non-
ambiguë de la divulgation.
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Seite 39
49.
Incidemment, on rappellera que les Défenderesses elles-mêmes ont in-
voqué la définition du BERNER de la serge de la façon suivante : « partie
annulaire extérieure du balancier », contredisant ainsi l’idée qu’une serge
puisse être non-circulaire (cf. ci-dessus). A l’inverse, le renvoi à une forme
de « roue » en relation avec le balancier dans la demande de brevet liti-
gieux confirme cette compréhension de l’homme du métier quant à la
forme circulaire de la serge revendiquée.
De ce qui précède, il convient d’admettre que rien ne s’oppose à ad-
mettre que la caractéristique 9 de la revendication 1 de la conclusion plus
subsidiaire avait bien été divulguée dans la demande de brevet à sa date
de dépôt.
Les revendications 1 des conclusions reconventionnelles principale, sub-
sidiaire et plus subsidiaire doivent ainsi être considérées comme con-
formes à l’art. 123(2) CBE.
Insuffisance de description :
50.
Les Défenderesses avancent une insuffisance de description s’agissant
de la caractéristique 7 de la revendication 1 des différents jeux de reven-
dications, soit le fait que les masselottes soient « vissées de l’intérieur »
qu’elle associe avec l’objectif à atteindre par l’invention, soit que les
« masselottes ne doivent en aucun cas dépasser de la surface extérieure
de la serge ». Selon les Défenderesses, la revendication 1 couvre de
nombreux modes de réalisation qui ne permettent pas d’atteindre cette
qualité et ne répondant pas à l’objectif posé par l’invention, notamment
l’utilisation de vis sans tête et l’utilisation de vis trop longues ne permet-
tent pas d’assurer le non-dépassement de la surface extérieur du balan-
cier par une butée.
La Demanderesse soulève que le non-dépassement peut être atteint faci-
lement quel que soit le cas de figure « en s’arrêtant de visser lorsqu’on
remarque que la vis pourrait risquer de dépasser » et qu’il est possible
pour « l’homme du métier, qui connaît les caractéristiques géométriques
et de poids du balancier, de choisir des vis dont la longueur est suffisante
pour lui offrir toute la plage de réglage voulue sans que ces vis ne se re-
trouvent dans une position dans laquelle elles dépasseraient de la sur-
face extérieure de la serge ».
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Seite 40
La Demanderesse conteste en outre que le non-dépassement des mas-
selottes de la surface extérieure de la serge constituerait un problème
technique essentiel mais affirme que le non-dépassement découlerait du
fait que les masselottes soient vissées depuis l’intérieur. Les Défende-
resses voient dans l’intervention de l’horloger (et le recours à son atten-
tion) invoqué par la Demanderesse la démonstration que l’objet revendi-
qué ne prévoit aucun moyen permettant d’éviter en tant que tel le dépas-
sement de la vis.
51.
L’insuffisance de description constitue une cause de nullité invocable de-
vant les autorités nationales (art. 26 al. 1 lit b LBI / art. 138(1)(b) et 83
CBE).
Selon les’ art. 83 CBE et 50 al 1 LBI, l’invention doit être exposée dans la
demande de façon telle qu’un homme de métier puisse l’exécuter
Selon la jurisprudence constante des Chambres de recours de l’OEB, il
n’est satisfait à l’exigence relative à la suffisance de l’exposé définie à
l’art. 83 CBE, que si l’homme du métier, tenant compte de l’enseignement
du brevet dans son ensemble, n’est pas en mesure de réaliser une inven-
tion qui est définie dans les revendications de manière tout à fait claire et
compréhensible à moins d’en ignorer une caractéristique significative (T
432/10).
Dans la décision T 32/84 il a été retenu que le fait que certains éléments
d’une invention indispensables à son fonctionnement ne figuraient ni ex-
plicitement dans le texte des revendications, ni dans le dessin représen-
tant l’invention revendiquée, ni enfin dans la partie de la description s’y
référant, n’impliquait pas obligatoirement que l’invention n’était pas expo-
sée dans la demande de façon suffisamment claire et complète pour
qu’un homme du métier puisse l’exécuter.
Une objection pour insuffisance de l’exposé au titre de l’art. 50 al 1 LBI /
83 CBE ne peut légitimement être fondée sur l’argument selon lequel la
demande ne permettrait pas à l’homme du métier d’obtenir un effet tech-
nique non revendiqué. La condition de suffisance de l’exposé se rapporte
à l’invention définie dans les revendications, et en particulier à la combi-
naison de caractéristiques structurelles et fonctionnelles de l’invention re-
vendiquée. Il n’existe aucune base juridique permettant d’étendre une
telle exigence à d’autres aspects techniques éventuellement associés à
l’invention (en particulier des caractéristiques ou des effets techniques
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Seite 41
mentionnés dans la description), mais non nécessaires pour l’objet re-
vendiqué.
En principe, une invention est considérée comme suffisamment exposée
s’il est indiqué clairement au moins un mode de réalisation permettant à
l’homme du métier d’exécuter l’invention (T 292/85 c. 3.1.5). Pour
l’appréciation du caractère suffisant ou non de l’exposé, il est donc sans
importance que certaines variantes particulières d’un élément de
l’invention, défini en termes de fonction, ne soient pas disponibles, dès
lors que l’homme du métier connaît, grâce à l’exposé de l’invention ou
aux connaissances générales dans son domaine technique, des va-
riantes appropriées produisant le même effet pour l’invention.
S’agissant de l’homme du métier, il convient de se fonder sur le même ni-
veau de connaissances lorsque, pour la même invention, on doit appré-
cier à la fois la question du caractère suffisant de l’exposé et celle de
l’activité inventive. L’homme du métier peut compléter les informations
données dans la demande en faisant appel à ses connaissances géné-
rales. Il peut même déceler des erreurs dans la description et les corriger
grâce à ses connaissances. Les ouvrages de référence et la littérature
technique générale font partie des connaissances générales. Les con-
naissances générales n’incluent normalement pas la littérature brevets et
les articles scientifiques. Par ailleurs, une information que seule une re-
cherche très étendue permet d’obtenir ne peut être considérée comme
faisant partie des connaissances générales de base.10
52.
Selon l’art. 55 al. 1 CPC, le procès civil est en principe soumis à la
maxime des débats et aucune dérogation n’est prévue en matière de bre-
vets d’invention (arrêt 4A_142/2014 du 2 octobre 2014, c. 5). La partie qui
entend se prévaloir d’un motif de nullité d’un brevet supporte le fardeau
de la preuve à moins que la loi n’en dispose autrement, conformément à
l’art. 8 CC.
10 « La Jurisprudence des Chambres de recours de l’Office européen des brevets », 8è édition, juillet 2016, p.375 ss.
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Seite 42
Appliqué au motif de nullité découlant d’une insuffisance de description
(art. 83 CBE / art. 50 al. 1 LBI), cela signifie que la partie qui souhaite
s’en prévaloir supporte le fardeau de la preuve de l’insuffisance (arrêt
O2012_033 du 30 janvier 2014, c. 19).
53.
Ainsi, comme la caractéristique de non-dépassement de la surface exté-
rieure de la serge par les masselottes n’apparaît pas dans l’énoncé de la
revendication 1 (quelles que soient les conclusions considérées), la ques-
tion de l’exigence de suffisance de description (art. 83 CBE / art. 50 al 1
LBI) ne se pose pas, la jurisprudence précitée excluant d’étendre cette
exigence à des aspects techniques éventuellement associés à l’invention
(en particulier des caractéristiques ou des effets techniques mentionnés
dans la description) mais non nécessaires pour l’objet revendiqué.
En outre, même à supposer que la caractéristique de non-dépassement
de la surface extérieure de la serge par les masselottes soit considérée
comme une caractéristique revendiquée, les Défenderesses ne contes-
tent pas l’allégation de la Demanderesse portant sur la capacité de
l’homme du métier à assurer lors de la manipulation des masselottes
dans la serge leur non-dépassement de la surface extérieure et de con-
cevoir un balancier avec des masselottes et une serge permettant
d’atteindre le non-dépassement.
Le seul argument avancé par les Défenderesses est que la revendication
1 ne prévoit pas de moyen spécifique afin d’empêcher le non-
dépassement de la surface extérieure de la serge par les masselottes
(vis), et ne spécifie pas de dimensionnement de masselottes pour toutes
les configurations couvertes par la revendication. Les Défenderesses
perdent de vue que le fait de devoir recourir aux connaissances de
l’homme du métier (dont la suffisance n’est pas contestée) afin de mettre
en œuvre l’invention ne fait pas obstacle aux art. 50 al. 1 LBI / 83 CBE,
ce dernier prévoyant explicitement cette éventualité.
54.
Les Défenderesses n’ont pas invoqué une impossibilité objective (phy-
sique ou chimique) de mettre en œuvre l’invention revendiquée ou fait
état d’absence de connaissances particulières de l’homme du métier né-
cessaire à mettre en œuvre l’invention à la date de dépôt. Par consé-
quent, les Défenderesses n’ont pas allégué un état de fait (et encore
moins offert de preuves correspondantes) visant à démontrer que les
art. 50 al. 1 LBI / art. 83 CBE seraient violés.
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Par conséquent, le grief relatif à la violation des art. 50 al. 1 LBI / art. 83
CBE apparaît infondé.
Nouveauté de la revendication 1 :
55.
Selon l’art. 26 al 1 lit a en relation avec l’art. 1 al 1 LBI ou selon
l’art. 138(1)(a) en relation avec l’art. 54 CBE, le brevet peut être révoqué
pour défaut de nouveauté.
Les Défenderesses invoquent un défaut de nouveauté de la revendication
1 selon la conclusion reconventionnelle principale. Selon les Défende-
resses, le document DE 864 827, le document US 759,914, le document
US 2,958,997 ainsi que la montre Jean Martin divulgueraient, chacun,
l’objet de la revendication 1.
a) Nouveauté par rapport à DE 864 827 :
56.
Ainsi, les Défenderesses affirment que DE 864 827 divulgue toutes les
caractéristiques de la revendication 1. Selon les Défenderesses, le brevet
DE 864 827 illustre un « plot » 1g dont la fonction décrite est de renforcer
radialement la serge. Les Défenderesses considèrent que la fonction de
guidage est une caractéristique intrinsèque de la partie 1g.
La Demanderesse conteste que DE 864 827 divulguerait un « plot » et
que l’illustration dans le brevet DE 864 827 représenterait un « plot ».
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(Illustration tirée de DE 864 827, accompagnée d’un agrandissement de
la partie 1g)
En particulier, elle considère que la partie 1g décrite dans DE 864 827 ne
serait pas un « plot ». Elle considère que la partie 1g sert uniquement au
renforcement de la serge du balancier, et elle y voit une simple « suré-
paisseur » à l’inverse de la fonction associée au plot de la revendication 1
du brevet litigieux qui serait de « renforcer la serge et d’offrir une lon-
gueur de guidage aux masselottes qui sont vissées dans ces plots » ;
toujours selon la Demanderesse, la « partie 1g [du brevet DE 864 827]
n’offre aucun guidage aux vis 4 ». Selon la demanderesse la forme n’a
rien en commun avec un « plot » selon la définition du BERNER. Au sens
du brevet litigieux, les plots auraient la double fonction de renforcer la
serge du balancier et d’offrir une longueur de guidage aux masselottes
qui sont vissées dans ces plots. Ces surépaisseurs seraient obligatoire-
ment associées à des échancrures de la serge et auraient pour seule
fonction apparente de renforcer mécaniquement la serge dans la région
des vis. Rien dans DE 864 827 n’inciterait l’homme du métier à employer
les surépaisseurs (associées aux vis) afin d’obtenir une serge plus mince
et de plus grand diamètre
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Seite 45
Ailleurs, la Demanderesse admet que cette partie 1g de DE 864 827 a
pour « fonction apparente que de fournir un maintien légèrement meilleur
aux vis » tout en niant qu’il s’agirait d’un « plot ».
Si, tel qu’admis par la Demanderesse, la partie 1g ci-dessus a pour fonc-
tion de maintenir la vis, on ne voit pas comment cette partie qui maintient
la vis pourrait ne pas la guider lorsque la vis se déplace le long de ladite
partie 1g de maintien. Par conséquent, même en admettant que la reven-
dication 1 du brevet litigieux prévoirait que le « plot » sert implicitement
de guidage à la vis, cette fonction ne permet pas de distinguer le plot re-
vendiqué de la fonction de la partie 1g du DE 864 827.
Ainsi qu’il a été constaté ci-dessus (considérant 30), la notion de « plot »
doit être comprise comme couvrant cette configuration de « surépais-
seur ». Les considérations quant à la présence d’échancrures dans DE
864 827 et l’absence de motivation d’utiliser une serge « plus mince » et
de « plus grand diamètre » dans DE 864 827 ne semblent pas perti-
nentes s’agissant de l’objet de la revendication 1, celle-ci n’incluant pas
de caractéristique exclusive correspondante. Par conséquent, la revendi-
cation 1 n’est pas différente sous cet aspect.
57.
La Demanderesse considère également que les masselottes n’ont pas pu
être vissées depuis l’intérieur car les masselottes sont munies de têtes
empêchant les vissages depuis l’intérieur.
En se référant à la position des têtes de vis situées à l’extérieur de la
serge, la Demanderesse entendant vraisemblablement qu’une vis avec
une telle orientation ne peut pas être introduite dans le trou taraudé de-
puis l’intérieur du balancier. Ceci n’est pas contesté.
Ainsi qu’il a été constaté ci-dessus, l’objet de la revendication 1 ne con-
cerne pas des masselottes qui, déjà présentes dans les trous taraudés de
la serge et des plots, sont vissables depuis l’intérieur à des fins de ré-
glage de l’inertie et du balourd, mais qui n’auraient pas été préalablement
introduites et vissées dans le trou taraudé correspondant depuis
l’intérieur de la serge.
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Seite 46
Par conséquent, la présence d’une tête de vis à l’extérieur de la serge
permet de distinguer l’objet de la revendication 1 de la divulgation DE 864
827.
En conclusion, il convient d’admettre que DE 864 827 ne divulgue pas
toutes les caractéristiques de la revendication 1. Partant, cette revendica-
tion est nouvelle par rapport à ce document.
b) Nouveauté par rapport à US 759,914 :
58.
Selon la Demanderesse, le document US 759,914 (Fig. 1 reproduite ci-
dessous) ne divulguerait pas des plots au sens de la revendication 1. Ce
document ne divulguerait que des douilles intérieurement taraudées insé-
rées dans une serge constituée d’un matériau fragile, p.ex. en verre, afin
de pallier la difficulté de concevoir un taraudage directement dans le ma-
tériau fragile, la serge n’étant pas elle-même taraudée mais simplement
traversée de trous recevant les douilles.
Les Défenderesses contestent que la revendication 1 exige que le tarau-
dage devrait être directement formé dans la serge, celle-ci pouvant être
simplement traversée d’un trou qui contiendrait un plot taraudé à
l’intérieur et qu’il ne serait de toute façon pas possible de distinguer la
serge du plot. Les Défenderesses ne voient pas en quoi une douille ne
constituerait pas un plot.
(Illustration tirée d’US 759,914)
En outre, les Défenderesses considèrent que les douilles constituent des
plots, radiaux et dirigés vers l’intérieur.
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Seite 47
Toutefois, force est d’admettre avec la Demanderesse que l’interprétation
par les Défenderesses de la configuration du plot est trop large, non dans
la forme du plot revendiqué (d’ailleurs la Demanderesse n’explique pas
en quoi une douille ne correspondrait pas à la définition du plot selon le
BERNER), mais dans la disposition du plot par rapport à la serge. Il ne
suffit pas qu’un plot/douille taraudé soit associé à la serge, par exemple
contenu dans la serge, pour tomber sous l’énoncé de la revendication 1.
Il aurait fallu pour cela que la serge (annulaire) soit associée avec des
plots/douilles qui s’étendent entre la serge et le centre de la serge (vers
l’intérieur), depuis la serge et en direction du centre de la serge (radiale-
ment). Les Défenderesses ne prétendent pas que le document US
759,914 divulgue une telle disposition des plots, et l’illustration ci-dessus
ne divulgue pas une telle configuration.
Par conséquent, le document US 759,914 ne divulgue pas toutes les ca-
ractéristiques de la revendication 1 selon la conclusion reconventionnelle
principale, qui est donc nouvelle par rapport à ce document.
c) Nouveauté par rapport à US 2,958,997 :
59.
Selon les Défenderesses, le document US 2,958,997 (Fig. 4 reproduite
ci-dessous) divulguerait les caractéristiques de la revendication 1, tout en
admettant que dans cette divulgation les trous taraudés et les masse-
lottes (21) ne traversent que les plots (20d) sans traverser la serge (20)
dans la mesure où elle s’en distingue. La Demanderesse conteste
l’anticipation, en particulier du caractère radial du vissage depuis
l’intérieur. Les Défenderesses considèrent que la revendication 1 n’exige
pas que le vissage (ou la direction de la vis) soit lui-même radial.
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Seite 48
(Illustration tirée d’US 2,958,997)
Il est effectivement douteux qu’un vissage axial de la vis (21) puisse être
considéré comme un vissage depuis l’intérieur de la serge (20) dans la
mesure où un tel vissage est axial, i.e. orthogonal au plan de la serge tel
qu’illustré ci-dessus.
Quoi qu’il en soit, comme il a été retenu ci-dessus, pour se conformer à la
revendication 1, il faut que les plots soient associés et accompagnent la
serge mais ne se confondent pas avec elle, les plots apparaissant
comme des entités distinctement reconnaissable (géométriquement et/ou
structurellement) et le trou (taraudé) destiné au plot devant traverser non
seulement ce plot mais également la serge qui est associée avec le plot
(reconnaissable distinctement). Le document US 2,958,997 divulgue bien
des plots (20d) qui apparaissent géométriquement distinctement en proje-
tant radialement depuis l’intérieur de la serge (annulaire) vers son centre.
Les plots délimitent bien des trous taraudés à travers lesquels passent
des vis (21). Toutefois, ces vis (21) étant axiales et décalées par rapport à
la serge, ni les trous taraudés ni les vis (21) ne traversent la serge (20) au
sens de la revendication 1. Les plots (20d) sont traversés par un trou ta-
raudé (20a) pour les vis axiales (21). Ces trous taraudés (20a), comme il-
lustré dans la Fig. 3, ne traversent que les plots (20d) mais non pas la
serge (20).
Toutes les masselottes radiales (3) de ce document comprennent une
tête d’un diamètre plus large que la tige filetée. Par conséquent, ces
masselottes ne sont pas insérées et vissées dans les trous taraudées
(2b) depuis l’intérieur. En ce qui concerne les vis axiales (21), la direction
de vissage de celles-ci ne permet pas d’ajuster le balourd et de régler le
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Seite 49
moment d’inertie, et par conséquent il ne peut pas s’agir des masselottes
selon la revendication.
Par conséquent le document US 2,958,997 ne divulgue pas les caracté-
ristiques 6 et 7 de la revendication principale selon la conclusion princi-
pale reconventionnelle.
d) Nouveauté par rapport au balancier Jean Martin :
60.
Les Défenderesses affirment que ce balancier comporte des plots dirigés
radialement vers l’intérieur et un trou taraudé traversant les plots et la
serge ainsi que des masselottes vissées depuis l’intérieur.
Toutes les masselottes radiales de ce balancier comprennent une tête
d’un diamètre plus large que la tige filetée. Par conséquent, ces masse-
lottes ne sont pas insérées et vissées dans ces trous taraudés depuis
l’intérieur.
Comme expliqué ci-dessus dans le contexte de l’interprétation des
termes « plot » et « comporter », les plots de ce balancier sont arrangés
sur la serge et décalés par rapport à celle-ci dans une direction axiale
plutôt que radiale intérieure. Ils sont coiffés sur la serge dans une direc-
tion axiale. Par conséquent le trou taraudé traversant ces plots ne tra-
verse que les plots mais non pas la serge.
Par conséquent, le balancier Jean Martin ne comporte pas les caractéris-
tiques 6 et 7 de la revendication principale selon la conclusion principale
reconventionnelle.
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Seite 50
61.
Par conséquent, la revendication principale selon la conclusion principale
reconventionnelle est nouvelle par rapport aux documents cités à ce titre
par les Défenderesses.
De même, les revendications principales des conclusions reconvention-
nelles subsidiaires suivantes sont nouvelles, car elles constituent des li-
mitations par rapport à la revendication principale de la conclusion princi-
pale reconventionnelle.
Activité inventive de la revendication 1 :
62.
Les Défenderesses invoquent un défaut d’activité inventive de la revendi-
cation 1 selon la conclusion reconventionnelle principale notamment par
rapport au document US 759,914 (mode de réalisation avec serge en mé-
tal), duquel se distinguerait cette revendication uniquement par la non-
divulgation de plots. Cette lacune étant comblée par combinaison soit
avec les connaissances générales de l’homme du métier, c’est à dire
avec la définition du plot selon le BERNER, soit avec le document DE
864 827, soit avec la montre Jean Martin.
La Demanderesse conteste le défaut d’activité inventive. Concernant le
défaut d’activité inventive par rapport au document US 759,914, la De-
manderesse conteste l’approche des Défenderesses qui consiste à poser
comme problème technique que l’homme du métier (soit « l’horloger
technicien » ou le « concepteur horloger », cf. ci-dessus) identifierait à la
lecture de ce document un besoin de renforcer la serge à l’endroit où elle
reçoit la masselotte, éventuellement lorsque sa section est réduite et plus
faible, soit un des problèmes exposés dans le brevet litigieux dans la dis-
cussion de l’art antérieur. Selon la Demanderesse, le problème technique
sous-jacent au brevet litigieux est celui mentionné en tant que but de
l’invention dans le brevet litigieux lui-même, notamment de procurer un
balancier de plus grande dimension mais avec un moment d’inertie in-
changé, l’objectif étant de permettre l’utilisation de ces nouveaux balan-
ciers plus grands dans des mouvements existants, calibrés pour des ba-
lanciers plus petits. A cela, les Défenderesses opposent l’absence de ma-
tériau ou de dimension comme élément caractérisant l’invention revendi-
quée.
O2015_008
Seite 51
63.
Selon l’art. 1 al 2 LBI / art. 56 CBE une invention n’est pas brevetable si
elle découle d’une manière évidente de l’état de la technique. Cette dis-
position n’est pas limitative par rapport aux éléments de l’état de la tech-
nique desquels l’invention ne doit pas découler d’une manière évidente.
Cette disposition exige que l’invention telle que revendiquée soit inventive
par rapport à l’ensemble de l’état de la technique (cf. ATF 138 III 111
c. 2.2). Si un élément particulier de l’état de la technique suggère à
l’homme du métier un mode qui correspond à l’objet revendiqué en sui-
vant une autre voie, p. ex. en partant d’un problème technique différent
que celui qui a été exposée dans la description du brevet vis-à-vis d’un
autre élément particulier de l’état de la technique, alors il convient
d’admettre que l’objet de l’invention revendiquée doit être considéré
comme découlant d’une manière évidente de l’élément particulier de l’état
de la technique considéré, et que l’invention revendiquée ne peut pas
être considéré comme impliquant une activité inventive. L’état de la tech-
nique à considérer au titre de l’activité inventive n’est pas limité à ce qui
est évoqué dans le brevet ou admis par le titulaire, mais s’étend à ce qui
est plaidé par la partie qui invoque la nullité.
64.
La question qui se pose en regard de l’art. 1 al. 2 LBI / art. 56 CBE est de
savoir si l’homme du métier partant de l’état de la technique, en
l’occurrence partant des antériorités invoquées dans le présent procès,
aurait, de manière évidente, été motivé à la date de dépôt de la demande
de brevet litigieux, à modifier l’une ou l’autre de ces antériorités de sorte à
ce que l’antériorité modifiée présente toutes les caractéristiques revendi-
quées.
Afin d’apprécier le caractère inventif de l’objet revendiqué, les parties
proposent d’utiliser l’approche dite problème solution. « Celle-ci consiste
essentiellement à
a) identifier « l’état de la technique le plus proche »,
b) évaluer les résultats (ou effets) techniques obtenus par l’invention re-
vendiquée par rapport à « l’état de la technique le plus proche » qui a été
établi,
c) définir le problème technique que l’invention se propose de résoudre,
l’objet de l’invention étant d’obtenir ces résultats techniques, et
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Seite 52
d) examiner si, compte tenu de l’état de la technique le plus proche au
sens de l’art. 54(2) CBE, l’homme du métier aurait ou non suggéré les ca-
ractéristiques techniques revendiquées pour parvenir aux résultats obte-
nus par l’invention revendiquée. »11
L’approche dite problème solution est habituellement utilisé par le Tribu-
nal fédéral des brevets (arrêt O2013_008 de 25 août 2015, c. 4.4 ; arrêt
S2017_001 du 1 juin 2017, c. 4.6 ; arrêt O2015_011 du 29 août 2017, c.
4.5.1). Selon la jurisprudence du Tribunal Fédéral, cette approche est
utile, bien qu’elle ne soit pas la seule approche permettant d’évaluer
l’activité inventive (ATF 138 III 111 c. 2.2).
65.
Après avoir choisi le document US 759,914 comme état de la technique
le plus proche au sens de l’approche ci-dessus (étape a), il convient
d’évaluer les résultats (ou effets techniques obtenus par l’invention re-
vendiquée) par rapport à cet état de la technique en se basant sur la dif-
férence entre ce qui est divulgué dans l’état de la technique le plus
proche et ce qui est revendiqué (étape b) :
Les différences (incontestées) distinguant le balancier selon le brevet liti-
gieux et le premier mode d’exécution du document US 759,914 (serge en
métal dépourvue de « bushings »), dont les figures 1 et 2 sont reproduites
ci-après, sont d’une part la présence de plots dirigés et s’étendant vers
l’intérieur, et d’autre part que chaque plot est traversé par un trou taraudé
dans lequel se trouve une masselotte (vissées depuis l’intérieur).
11 « La Jurisprudence des Chambres de recours de l’Office européen des brevets », 8è édition, juillet 2016, p. 183.
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Seite 53
L’effet technique obtenu par l’adjonction sur la serge de cet état de la
technique particulier de plots s’étendant radialement vers l’intérieur et as-
sortis de trous taraudés traversant aussi bien le plot que la serge (pour y
positionner les masselottes de réglage), selon la revendication 1 du bre-
vet litigieux, est le renforcement de la serge au niveau des trous tarau-
dés.
Considérant l’effet ainsi obtenu par la différence (l’adjonction de plots)
entre la revendication 1 du brevet litigieux et cet état de la technique, le
problème objectif (étape c) auquel correspond cet effet et qui s’impose
dès lors à l’homme du métier s’énonce ainsi : « comment renforcer la
serge au niveau des trous taraudés destinés aux masselottes. » Ce pro-
blème objectif correspond aux inconvénients de l’art antérieur mentionnés
dans le brevet lui-même (voir [0004]), et le brevet lui-même déclare que
d’éviter ces inconvénients est un but de l’invention (voir [0006]).
66.
Néanmoins, il faut se poser la question si le problème objectif qu’on uti-
lise pour l’approche problème-solution en suivant l’approche ci-dessus
trouve une base ou motivation dans le document de l’état de la technique
le plus proche ou fait partie des problèmes standards pour l’homme du
métier, et n’incorpore pas des éléments de la solution proposée dans le
brevet (cf. T 59/90, c. 8). Ceci est important afin d’éviter un biais rétros-
pectif.
Qu’il puisse y avoir un problème de faiblesse de la serge à l’endroit des
trous pour les masselottes n’est ni mentionné ni évident pour l’homme du
métier considérant la divulgation du document US 759,914 en tant que
tel, et ceci n’est pas non plus plaidé par les Demanderesses.
C’est pourquoi, pour éviter un biais rétrospectif, il convient de formuler le
problème objectif comme proposé par la Demanderesse, à savoir
d’augmenter le diamètre d’un balancier sans en modifier l’inertie, ce pro-
blème n’incorporant pas l’élément de renforcement de la serge à l’endroit
des trous.
67.
La question à laquelle il convient dès lors de répondre selon l’approche
ci-dessus (étape d) est si, compte tenu de cet état de la technique,
l’homme du métier aurait ou non suggéré les caractéristiques techniques
revendiquées à la date de dépôt de la demande de brevet pour parvenir
aux résultats obtenus par l’invention revendiquée.
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Seite 54
Force est d’admettre, en suivant les arguments des Défenderesses, que
si l’homme du métier se posait le problème d’augmenter le diamètre d’un
balancier selon US 759,914 sans en modifier l’inertie, il aboutirait inévita-
blement sur le problème de la faiblesse résultante de la serge. Si on
augmente son diamètre, pour maintenir l’inertie on ne peut que réduire
son épaisseur. Ceci affaiblit évidemment la serge, en particulier à l’endroit
des trous pour les masselottes. Ce point de vue est confirmé par le rai-
sonnement en fin du paragraphe 4 du brevet litigieux lui-même.
La Demanderesse ne conteste pas que les plots tel que documentés
dans le BERNER font partie des connaissances générales techniques de
l’homme du métier. Le plot en tant que moyen de renforcement est alors
connu.
Considérant la définition du plot selon la définition du BERNER, soit une
« petite pièce métallique, généralement cylindrique, qui sert de butée ou
qui renforce la partie d’une pièce qui doit recevoir une goupille ou une
vis », et considérant le fait que cette information fait partie des connais-
sances générales de l’homme du métier (état de la technique liquide) et,
notamment le fait que le plot était ainsi connu pour sa fonction de renfor-
cement d’une pièce destinée à recevoir une vis, l’adjonction d’un plot
pour renforcer la serge au niveau des masselottes visées du balancier di-
vulgué dans le document US 759,914 se déduit de façon évidente des
connaissances générales techniques de l’homme du métier.
Toutefois, la revendication 1 ne porte pas de façon générale sur
l’adjonction de plots sur la serge au niveau des masselottes visées de-
puis l’intérieur mais, selon la caractéristique 5, aussi sur le fait que « la
serge comporte des plots dirigés radialement vers l’intérieur » (cf. consi-
dérant 32 quant à la signification de cette caractéristique 5). Or, il
n’apparaît pas que la définition du « plot » invoquée conduise nécessai-
rement l’homme du métier à disposer le plot sur la serge dans la configu-
ration revendiquée.
Il n’existe toutefois que deux possibilités d’arranger des plots sur la serge
pour renforcer l’endroit des trous : à l’extérieur ou à l’intérieur de la serge.
La Demanderesse allègue elle-même qu’une solution avec des surépais-
seurs, i.e. des plots à l’extérieur de la serge serait immédiatement écar-
tée par l’homme du métier, car la présence des surépaisseurs sur la sur-
face externe de la serge du balancier engendrerait des frottements avec
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l’air qui perturberaient gravement les propriétés isochroniques du balan-
cier.
Il n’est pas clair si le désavantage allégué (au demeurant tardivement)
par la Demanderesse est notable ou même réel, mais il n’est certaine-
ment pas inattendu pour l’homme du métier. Quoi qu’il en soit, il n’y a que
deux possibilités d’arranger les plots pour renforcer la serge au niveau du
passage des trous radiaux, soit vers l’intérieur, soit vers l’extérieur de la
serge. L’arrangement des plots vers l’intérieur est la solution qui est re-
vendiquée. Il n’est pas allégué que le choix de cette possibilité a un effet
technique surprenant, la distinguant de l’autre possibilité. Le renforce-
ment de la serge à la position des trous est un effet attendu. Selon la ju-
risprudence des chambres de recours auprès de l’OEB, un choix parmi
un petit nombre de solutions envisageables ne peut pas participer à une
activité inventive (T 107/02 ; T 739/08).
Il s’ensuit que, partant du document US 759,914, il doit être retenu que
l’homme du métier arriverait de façon évidente à l’objet de la revendica-
tion avec ses connaissances générales telles que documentées par la
définition du « plot » selon le BERNER.
Revendications dépendantes
68.
En l’absence de revendication indépendante brevetable et en l’absence
d’une requête portant sur la combinaison de l’une des revendications dé-
pendantes avec la revendication indépendante, il n’est pas nécessaire
d’examiner la validité des revendications dépendantes (arrêt 4A_18/2017
du 10 juillet 2017, c. 2.5.3 ; arrêt O2015_017 du 11 août 2016, c. 4).
Conclusions subsidiaires
69.
En ce qui concerne les requêtes subsidiaires et plus subsidiaires recon-
ventionnelles, on note que les masselottes de US 759,914 peuvent être
mues indépendamment les unes des autres (requête subsidiaire). En
outre, on note que la serge de US 759,914 présente une surface externe
de diamètre constant sur tout son pourtour (requête plus subsidiaire).
Il s’ensuit que, partant du document US 759,914, il doit être retenu que
l’homme du métier arriverait de façon évidente à l’objet des revendica-
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tions subsidiaires et plus subsidiaires sur la base de la définition du
« plot » selon le BERNER.
70.
En conclusion, le brevet litigieux, tel que limité selon les conclusions re-
conventionnelles principales, subsidiaire et plus subsidiaire, n’est pas va-
lable.
En l’absence d’un autre jeu de revendications (ou d’une appréciation dif-
férente par la Cour des jeux de revendications en instance), une analyse
quant à la violation du brevet n’est pas nécessaire.
Suite de frais et dépens
71.
La Demanderesse propose une valeur litigeuse de CHF 1 million. Les Dé-
fenderesses considèrent que la valeur litigieuse de la demande principale
« est sans aucun doute inférieure à CHF 1’000’000 », et que la valeur liti-
geuse de la demande reconventionnelle, « compte tenu de la durée déjà
écoulée du brevet », est de CHF 1’000’000. Ceci n’est pas contesté.
Selon l’art. 94 al. 2 CPC, « lorsque les demandes reconventionnelle et
principale ne s’excluent pas, leurs valeurs litigieuses respectives sont ad-
ditionnées pour déterminer les frais ».
Les demandes s’excluent quand il serait logiquement contradictoire
d’admettre entièrement ou partiellement l’autre demande malgré
l’admission complète de la demande (ATF 108 II 51 c. 1, „wenn es logisch
widerspruchsvoll wäre, trotz voller Gutheissung der einen Klage auch die
andere ganz oder teilweise zu schützen“).
La demande principale en contrefaçon de brevet et la demande recon-
ventionnelle en nullité du brevet s’excluent, parce que l’admission com-
plète de la demande reconventionnelle implique logiquement le rejet de la
demande pour violation (Heinrich, Pat/EPÜ, Berne 2010, art. 76 N 103 ;
Zürcher, Der Streitwert im Immaterialgüter- und Wettbewerbsrechts-
prozess, sic! 2002, 493, 503). Par conséquent, la valeur litigeuse est la
valeur la plus élevée des deux, en l’occurrence CHF 1 million.
L’émolument judicaire est ainsi fixé à CHF 60’000 (art. 1 al. 1 FP-TFB).
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L’indemnité de l’avocat représentant est aussi fixée en fonction de la va-
leur litigieuse (art. 4 FP-TFB), dans les limites indiquées à l’art. 5 FP-TFB.
Pour une valeur litigeuse entre CHF 1 million et CHF 3 million, l’indemnité
de l’avocat oscille entre CHF 40’000 et CHF 110’000. Compte tenu de
l’importance, de la difficulté et de l’ampleur de la présente affaire,
l’indemnité est fixé à CHF 70’000.
Les Défenderesses demandent une indemnité pour les conseils en bre-
vets de CHF 139’673,20. La Demanderesse conteste cette indemnité
dans la mesure où elle dépasse l’indemnité de l’avocat représentant se-
lon le tarif.
Selon la jurisprudence constante du Tribunal, le remboursement des frais
nécessaires pour des conseils en brevets intervenant à titre de consultant
uniquement ne peut en principe pas dépasser l’indemnité de l’avocat re-
présentant selon le FP-TFB (arrêt O2012_043 du 10 juin 2016, c. 5.5).
Par conséquent, l’indemnité pour conseils en brevet à titre de rembour-
sement des frais nécessaires est limitée en l’espèce à CHF 70’000.
Les frais sont mis à la charge de la partie qui succombe (art. 106 al. 1
CPC). En l’espèce, la demande reconventionnelle est admise et la de-
mande est rejetée, ce qui signifie que la Demanderesse succombe entiè-
rement. Par conséquent, les frais sont mis à la charge de la Demande-
resse.
Le Tribunal fédéral des brevets décide :
1. La demande principale est rejetée.
2. La demande reconventionnelle est admise, la partie suisse du brevet
d’invention EP 1 837 719 B1 étant déclarée nulle et de nul effet.
3. Il est ordonné à l’Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle de pro-
céder à la radiation de la partie suisse du brevet d’invention EP 1 837
719 B1 du registre suisse des brevets.
4. Les frais judiciaires sont arrêtés à CHF 60’000 et mis à la charge de
la Demanderesse. Ils sont partiellement compensés avec l’avance de
CHF 50’000 déjà fournie par la Demanderesse, seul le solde de
CHF 10’000 restant dû par cette dernière.
O2015_008
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5. La Demanderesse versera aux Défenderesses le montant de
CHF 140’000 au titre de l’indemnité du représentant avocat et du
remboursement des frais nécessaires.
La présente décision est communiquée :
– à la Demanderesse (sous acte judicaire)
– aux Défenderesses (sous acte judicaire)
– à Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle (après entrée en force,
sous acte judiciaire)
Voies de droit :
Ce jugement peut faire l’objet d’un recours en matière civile auprès du
Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14, dans les 30 jours dès sa notification
(art. 72 ss., 90 ss. et 100 de la Loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral
[LTF, RS 173.110]). Le mémoire de recours doit être rédigé dans une
langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de
preuve et être signé. Le jugement attaqué ainsi que les moyens de
preuve doivent être joints au mémoire, pour autant qu’ils soient en mains
de la partie recourante (cf. art. 42 LTF).
Saint-Gall, le 14 mars 2018
Au nom du Tribunal fédéral des brevets
Président du Tribunal Première greffière
Dr. iur. Mark Schweizer lic. iur. Susanne Anderhalden
Envoi le : 26.03.2018