# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** edbf1093-f1fc-442f-aefb-e17e6636aecb
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A.
B._, ressortissante ukrainienne née en 1984, a déposé en date du 21 juin 2016 une demande d’autorisation d’entrée en Suisse, respectivement de séjour pour études, auprès de l’ambassade de Suisse à Kiev, afin de pouvoir effectuer un Master en architecture d’intérieur-décoration auprès de l’Ecole ********, à Lausanne.
Le 18 juillet 2016, le Service de la population du canton de Vaud (ci-après: le SPOP) a informé l’intéressée, via l’ambassade de Suisse à Kiev, qu’il avait l’intention de refuser de lui accorder l’autorisation sollicitée, au motif que les personnes de plus de 30 ans ne pouvait en principe se voir attribuer une autorisation de séjour pour se former ou se perfectionner.
B._ a fait part de ses déterminations le 22 août 2016. Elle a expliqué qu’elle souhaitait pouvoir approfondir ses connaissances dans le domaine de l’architecture d’intérieur auprès de l’Ecole ******** à Lausanne, faute d’école réputée de ce type en Ukraine, afin de pouvoir créer son propre studio de design d’intérieur dans son pays d’origine. Il ressort du curriculum vitae de B._ que celle-ci est titulaire d’un diplôme en architecture d’intérieur et décoration, obtenu en 2012 auprès de l’Ecole ******** à Odessa (en Ukraine), formation qu’elle a complétée en suivant des cours auprès de l’Ecole ********, à Moscou, à l’issue desquels elle a obtenu un certificat d’aptitude professionnelle en tant que Dessinatrice 3Ds/Max. L’intéressée s’est formée au préalable en tant qu’interprète, diplôme qu’elle a obtenu en 2006.
B.
B._ est entrée en Suisse le 29 septembre 2016 pour y débuter sa formation auprès de l’Ecole ********. Elle
a été mise au bénéfice d’une autorisation de séjour pour formation, dont la validité a été régulièrement prolongée la dernière fois jusqu’au 5 septembre 2021.
En juin 2018, B._ a obtenu un Bachelor en architecture d’intérieur et décoration décerné par l’Ecole ********, à l’issue duquel elle a suivi un Master, qu’elle a décroché en décembre 2020. La prénommée a également obtenu, en septembre 2019, le certificat cantonal d’aptitudes dans la branche « hôtellerie-restauration », formation dispensée par GastroVaud.
C.
Le 1
er
mai 2020, B._ a constitué la société A._ Sàrl, active dans le domaine de l’architecture d’intérieur et la décoration, dont elle en est l’associée gérante, la présidente et la directrice, avec signature individuelle; C._, ressortissante suisse, en étant la gérante. B._ est propriétaire de l’entier du capital-social de la société, laquelle est inscrite au Registre du commerce depuis le 6 mai 2020.
D.
Le 4 août 2020, la société A._ Sàrl a déposé auprès du Service de l’emploi, Contrôle du marché du travail et protection des travailleurs (ci-après : le SDE) une demande de permis de séjour avec activité lucrative en faveur de B._. Il y était notamment mentionné que cette dernière exercerait la fonction de directrice pour un salaire mensuel brut de 7'000 fr., sans treizième salaire.
Etaient notamment annexés à cette demande, le formulaire idoine, le curriculum vitae de B._, les diplômes obtenus par cette dernière, un business plan et des lettres de recommandation.
E.
Par courriel du 30 octobre 2020, le SDE a informé la société A._ Sàrl qu’il avait demandé à l’Association Innovaud, agence pour la promotion de l’innovation et de l’investissement du Canton de Vaud, dont les services sont rattachés au Département de l’Economie, de l’Innovation et du Sport (DEIS), de lui adresser un préavis concernant la demande de permis de séjour avec activité lucrative déposée en faveur de B._
F.
Les 14 et 21 décembre 2020, la société A._ Sàrl a transmis au SDE diverses pièces justificatives complémentaires, dont un document détaillé expliquant la structure et le fonctionnement de la société, un plan financier pour ces cinq prochaines années, la liste des projets en cours et le curriculum vitae de B._ mis à jour.
Selon les tableaux prévisionnels intégrés au plan financier produit, l’activité de la société A._ Sàrl devrait permettre la réalisation d’un bénéfice (avant imposition) de 49'400 fr. pour l’année 2020, de 85'500 fr. pour l’année 2021, de 62'600 fr. pour l’année 2022, de 62'300 fr. pour l’année 2023 et de 118'700 fr. pour l’année 2024.
A l’appui des pièces fournies, la société B._ Sàrl a indiqué avoir l’intention d’engager un(e) architecte d’intérieur, un(e) architecte-dessinateur junior et un(e) comptable, sans que ne soient toutefois précisés les taux d’occupation envisagés pour ces postes ou à quelle échéance ces éventuels engagements interviendraient.
G.
Par lettre datée du 23 décembre 2020, l’Ecole ******** a fait savoir au SDE qu’elle souhaite engager B._ en qualité d’enseignante si celle-ci obtenait un permis de travail.
H.
Le 14 janvier 2021, l’Association Innovaud a communiqué au SDE un préavis défavorable concernant la demande déposée par la société A._ Sàrl en faveur de B._.
I.
Par décision du 29 janvier 2021, le SDE a refusé la demande déposée par la société A._ Sàrl au motif que la condition relative à un intérêt public et économique important pour le Canton de Vaud n'était pas remplie et en précisant que le projet des intéressées ne satisfaisait en outre à aucun intérêt général particulier ni à un intérêt économique ayant des conséquences déterminantes dans le canton ainsi que d’une manière plus générale sur le marché suisse. Il a également relevé que les activités de la société ne recouvraient pas des domaines d’activités jugés stratégiquement prioritaires par le Conseil d’Etat et qu’elles entraient en concurrence directe avec des acteurs économiques locaux.
J.
Le 25 février 2021, B._ et la société A._ Sàrl (ci-après aussi: les recourantes), agissant par la plume de leur conseil commun, ont saisi la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après: la CDAP ou le tribunal) d’un recours à l’encontre de la décision précitée, concluant à son annulation et à la délivrance de l’autorisation de séjour sollicitée. A l’appui de leur recours, les recourantes ont indiqué avoir engagé un architecte d’intérieur, dont l’entrée en fonction interviendrait dès la délivrance de l’autorisation sollicitée en faveur de B._, sans toutefois préciser le taux d’occupation retenu pour ce poste ni fournir le contrat de travail établi entre les parties. Elles ont produit diverses pièces, notamment une copie de la « déclaration des salaires versés par l’employeur à son personnel » portant sur la période du 6 mai 2020 au 31 décembre 2020, établie à l’intention de la Caisse cantonale vaudoise de compensation AVS, de laquelle il ressort que deux personnes font partie des membres du personnel de la société A._ Sàrl, à savoir D._ et E._.
En sa qualité d'autorité concernée, le SPOP a renoncé à se déterminer.
Le SDE (ci-après aussi : l’autorité intimée) a déposé sa réponse le 1
er
avril 2021 en concluant au rejet du recours.
Le 27 avril 2021, le mandataire des recourantes a déposé une réplique prenant les conclusions suivantes :
« 1. D’annuler la décision négative combattue.
2. De demander au Service de l’Emploi de distraire une unité du contingent des autorisations annuelles en faveur de « A._ Sàrl » au profit de Mme B._ ».
K.
La CDAP a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit:
1.
a) A teneur de l’art. 85 de la loi cantonale du 5 juillet 2005 sur l'emploi (LEmp; BLV 822.11), la loi sur la procédure administrative est applicable aux décisions rendues en application, notamment, de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers et l'intégration (LEI; RS 142.20), ainsi qu'aux recours contre lesdites décisions. Aux termes de l'art. 92 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), la CDAP connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions rendues par les autorités administratives lorsqu’aucune autre autorité n'est expressément désignée par la loi pour en connaître. Elle est ainsi compétente pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du SDE.
b) Déposé dans le délai prévu par la LPA-VD par des personnes physique et morale directement touchées par la décision attaquée, le recours satisfait en outre aux autres conditions formelles de recevabilité si bien qu'il convient d'entrer en matière sur le fond (art. 75, 79, 92, 95 et 99 LPA-VD).
2.
Le litige porte sur le point de savoir si le SDE était fondé à refuser à la recourante B._ l’octroi d’une autorisation d’exercer une activité lucrative indépendante. Les recourantes font grief à l’autorité intimée de ne pas avoir traité la demande d’autorisation de séjour sollicitée en faveur de B._ comme tendant à l’exercice d’une activité lucrative dépendante (en qualité de salariée de la société A._ Sàrl). A cet égard, il convient de souligner que les recourantes se réfèrent tantôt à une activité de salariée tantôt à une activité d’indépendante en mentionnant un business plan et des tableaux financiers prévisionnels. Les différentes hypothèses légales entrant en considération seront dès lors examinées ci-après.
a) Les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international (ATF 130 II 281 consid. 2.1 p. 284, 493 consid. 3.1 p. 497 s.). Ressortissante ukrainienne, la recourante B._ ne peut se prévaloir d'aucun traité liant son pays d'origine à la Suisse, de sorte que sa situation doit s'examiner à la seule lumière du droit interne, soit de la LEI et de l'ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative (OASA; RS 142.201).
b) En l'état, la recourante B._ se trouve en Suisse après avoir bénéficié d’une autorisation de séjour pour formation, dont la validité a été régulièrement prolongée jusqu’au 5 septembre 2021. Cette autorisation ne lui confère aucun droit à l'exercice d'une activité lucrative.
aa) En vertu de l'art. 40 al. 2 LEI, lorsqu'un étranger ne possède pas de droit à l'exercice d'une activité lucrative, une décision cantonale préalable concernant le marché du travail est nécessaire pour l'admettre en vue de l'exercice d'une activité lucrative, ainsi que pour l’autoriser à changer d’emploi ou à passer d’une activité lucrative salariée à une activité lucrative indépendante. L'art. 83 al. 1 let. a OASA confirme qu'avant d'octroyer une première autorisation de séjour ou de courte durée en vue de l'exercice d'une activité lucrative, l'autorité cantonale compétente décide si les conditions sont remplies pour exercer une activité lucrative salariée ou indépendante au sens des art. 18 à 25 LEI. Dans le canton de Vaud, cette compétence est attribuée au SDE en vertu de l’art. 64 al. 1 let. a LEmp. L’autorisation de séjour relève de la compétence du SPOP en application de l’art. 3 al. 1 ch. 1 et 2 de la loi du 18 décembre 2007 d’application dans le Canton de Vaud de la loi fédérale sur les étrangers et l’intégration (LVLEI; BLV 142.11). Si la demande d’autorisation de séjour ne se fonde pas sur un autre motif que l’exercice d’une activité lucrative, le SPOP est lié par le refus du SDE, conformément à la jurisprudence constante (cf. notamment PE.2020.0065 du 12 février 2021 consid. 5; PE.2018.0506 du 8 novembre 2019 consid. 4a ; PE.2018.0220 du 8 janvier 2019 consid. 3a; PE.2017.0524 du 14 mars 2018 consid. 2a; PE.2017.0403 du 30 janvier 2018 consid. 2a).
bb) Aux termes de l’art. 11 al. 1 LEI, tout étranger qui entend exercer en Suisse une activité lucrative doit être titulaire d’une autorisation, quelle que soit la durée de son séjour (1
ère
phrase). Il doit la solliciter auprès de l’autorité compétente du lieu de travail envisagé (2
ème
phrase). Est considérée comme activité lucrative toute activité salariée ou indépendante qui procure normalement un gain, même si elle est exercée gratuitement (art. 11 al. 2 LEI). En cas d’activité salariée, la demande d’autorisation est déposée par l’employeur (art. 11 al. 3 LEI).
Selon l'art. 1a OASA, est considérée comme activité salariée toute activité exercée pour un employeur dont le siège est en Suisse ou à l’étranger, indépendamment du fait que le salaire soit payé en Suisse ou à l’étranger et que l’activité soit exercée à l’heure, à la journée ou à titre temporaire (al. 1). A teneur de l'art. 2 OASA, est considérée comme activité lucrative indépendante toute activité exercée par une personne dans le cadre de sa propre organisation, librement choisie, dans un but lucratif, soumise à ses propres instructions matérielles et à ses propres risques et périls. Cette organisation librement choisie peut être gérée par exemple sous la forme d'un commerce, d'une fabrique, d'un prestataire de service, d'une industrie ou d'une autre affaire (al. 1). Est également considérée comme activité lucrative indépendante l’exercice d’une profession libérale telle que celle de médecin, d’avocat et d’agent fiduciaire (al. 2). Selon la jurisprudence, lorsque l'associé d'une raison de commerce disposant de la grande majorité des parts de celle-ci est seul gérant et titulaire de la signature individuelle, l'on ne saurait voir un lien de subordination entre celui-ci et la société pour laquelle il travaille, de sorte qu'il doit être considéré comme un indépendant et non pas comme un "travailleur" (PE.2020.0177 du 19 février 2021 consid. 3c ; PE.2018.0047 du 12 novembre 2018 consid. 2a et les références de jurisprudence citées).
Aux termes de l'art. 18 LEI, un étranger peut être admis en vue de l'exercice d'une activité lucrative salariée aux conditions suivantes: son admission sert les intérêts économiques du pays (let. a); son employeur a déposé une demande (let. b); les conditions fixées aux art. 20 à 25 LEI sont remplies (let. c).
L'art. 19 LEI dispose qu'un étranger peut être admis en vue de l'exercice d'une activité lucrative indépendante aux conditions suivantes: son admission sert les intérêts économiques du pays (let. a); les conditions financières et les exigences relatives à l'exploitation de l'entreprise sont remplies (let. b); il dispose d'une source de revenus suffisante et autonome (let. c); et les conditions des art. 20 et 23 à 25 LEI sont remplies (let. d).
Ni l'art. 18 LEI, ni l'art. 19 LEI ne confèrent à l'étranger de droit absolu à la délivrance d'une autorisation de prise d’un emploi salarié ou en qualité d’indépendant. Les autorités ont dans cette mesure un large pouvoir d’appréciation (cf. Peter Uebersax in: Nguyen/Amarelle, Code annoté de droit des migrations, vol. II, Loi sur les étrangers, Berne 2017, n. 10 ad art. 18 LEtr et n. 3 ad art. 19 LEtr; Marc Spescha in: Spescha/Zünd/Bolzli/Hruschka/de Weck, Migrationsrecht, 5
e
éd., Zurich 2019, n. 1 et 2 ad Vorbemerkungen zu Art. 18-26 AIG [LEI]; cf. également arrêts CDAP PE.2017.0493 du 13 juillet 2018 consid. 5a; PE.2017.0450 du 5 mars 2018 consid. 4a). En revanche, qu'il s'agisse d'une activité salariée ou d'une activité indépendante, les art. 18 et 19 LEI retiennent tous deux que le critère de "servir les intérêts économiques de la Suisse" doit être rempli.
Selon l'art. 20 LEI, le Conseil fédéral peut limiter le nombre d'autorisations de séjour initiales octroyées en vue de l'exercice d'une activité lucrative (al. 1). Il peut fixer un nombre maximum d'autorisations pour la Confédération et pour chaque canton (al. 2). En vertu de l'art. 20 al. 1 OASA, les cantons peuvent délivrer des autorisations de séjour dans les limites des nombres maximums fixés à l'annexe 2 ch. 1 let. a, à savoir au maximum 111 autorisations pour le Canton de Vaud du 1
er
janvier au 31 décembre 2021.
Quant aux art. 21 et 23 LEI, ils sont formulés comme suit:
"
Art. 21
Ordre de priorité
1
Un étranger ne peut être admis en vue de l'exercice d'une activité lucrative que s'il est démontré qu'aucun travailleur en Suisse ni aucun ressortissant d'un Etat avec lequel a été conclu un accord sur la libre circulation des personnes correspondant au profil requis n'a pu être trouvé.
2
Sont considérés comme travailleurs en Suisse:
a. les Suisses;
b. les titulaires d'une autorisation d'établissement;
c. les titulaires d'une autorisation de séjour qui ont le droit d'exercer une activité lucrative;
d. les étrangers admis à titre provisoire;
e. les personnes auxquelles une protection provisoire a été octroyée et qui sont titulaires d'une autorisation d'exercer une activité lucrative.
3
En dérogation à l'al. 1, un étranger titulaire d'un diplôme d'une haute école suisse peut être admis si son activité lucrative revêt un intérêt scientifique ou économique prépondérant. Il est admis provisoirement pendant six mois à compter de la fin de sa formation ou de sa formation continue en Suisse pour trouver une telle activité."
"
Art. 23
Qualifications personnelles
1
Seuls les cadres, les spécialistes ou autres travailleurs qualifiés peuvent obtenir une autorisation de courte durée ou de séjour.
2
En cas d'octroi d'une autorisation de séjour, la qualification professionnelle de l'étranger, sa capacité d'adaptation professionnelle et sociale, ses connaissances linguistiques et son âge doivent en outre laisser supposer qu'il s'intégrera durablement à l'environnement professionnel et social.
3
Peuvent être admis, en dérogation aux al. 1 et 2:
a. les investisseurs et les chefs d'entreprise qui créeront ou qui maintiendront des emplois;
b. les personnalités reconnues des domaines scientifique, culturel ou sportif;
c. les personnes possédant des connaissances ou des capacités professionnelles particulières, si leur admission répond de manière avérée à un besoin;
d. les cadres transférés par des entreprises actives au plan international;
e. les personnes actives dans le cadre de relations d'affaires internationales de grande portée économique et dont l'activité est indispensable en Suisse."
cc) La notion d'"
intérêts économiques du pays
" retenue expressément aux art. 18, 19 et 20 LEI (cf. également art. 3 al. 1 LEI), de même que dans une formulation légèrement différente aux art. 21 et 23 LEI, est énoncée de façon ouverte. Elle concerne au premier chef le domaine du marché du travail (cf. Message du Conseil fédéral du 8 mars 2002 concernant la loi sur les étrangers, FF 2002 3469, p. 3485). Il s'agit, d'une part, des intérêts de l'économie et de ceux des entreprises. D'autre part, la politique d'admission doit favoriser une immigration qui n'entraîne pas de problèmes de politique sociale, qui améliore la structure du marché du travail et qui vise à plus long terme l'équilibre de ce dernier (cf. Message précité, p. 3536). En particulier, les intérêts économiques de la Suisse seront servis lorsque, dans un certain domaine d'activité, il existe une demande durable à laquelle la main-d'œuvre étrangère en cause est susceptible de répondre sur le long terme (cf. CDAP PE.2018.0151 du 23 juillet 2018 consid. 1b; Marc Spescha/Peter Bolzli/Fanny de Weck/Valerio Priuli, Handbuch zum Migrationsrecht, 4
e
éd., Zurich 2020, p. 202 à 204; Spescha, in: Spescha/Zünd/Bolzli/Hruschka/de Weck, op. cit., n. 1 ad art. 18 LEI; Peter Uebersax, in: Nguyen/Amarelle, op. cit., n. 25 ad art. 18 LEtr).
Selon les
"Directives et commentaires, I. Domaine des étrangers,
chapitre 4 séjour avec activité lucrative"
du Secrétariat d’Etat aux migrations (Directives LEI [dans leur version du 1
er
janvier 2021]), lors de l'appréciation du cas, il convient de tenir compte en particulier de la situation sur le marché du travail, de l'évolution économique durable et de la capacité de l'étranger concerné de s'intégrer. Il ne s’agit pas de créer et maintenir une infrastructure avec une main-d’œuvre peu qualifiée disposée à travailler pour de bas salaires, ni de soutenir des intérêts particuliers (ch. 4.3.1). S'agissant plus spécifiquement des demandes d'autorisation en vue d'implanter en Suisse une entreprise ou de développer une activité indépendante, le ch. 4.7.2.1 des Directives LEI rappelle que l'on considère que le marché suisse du travail tire durablement profit de l’implantation lorsque la nouvelle entreprise contribue à la diversification de l’économie régionale dans la branche concernée, obtient ou crée des places de travail pour la main-d'œuvre locale, procède à des investissements substantiels ou génère de nouveaux mandats pour l’économie helvétique (cf. arrêts du TAF C-2485/2011 du 11 avril 2013, C-7286/2008 du 9 mai 2011 et C-6135/2008 du 11 août 2011). Au chiffre 4.7.2.2 des Directives LEI, il est précisé qu'en cas d'octroi, les autorisations idoines seront, dans une première phase (création et édification de l’entreprise), délivrées pour deux ans. La prolongation des autorisations dépendra de la concrétisation, dans les termes prévus, de l’effet durable positif escompté de l’implantation de l’entreprise. Les autorisations ne doivent être prolongées que lorsque les conditions qui lui sont assorties sont remplies (art. 62, let. d, LEI; cf. arrêts du TAF C-2485/2011 du 11 avril 2013 et C-6135/2008 du 11 août 2011).
Selon la doctrine, l'activité indépendante prévue doit être associée à des effets utiles pour l'économie suisse; il faut prendre en considération la situation générale de la branche et du marché concernés; l'activité indépendante est dans l'intérêt économique du pays si l'étranger offre par là une prestation pour laquelle il existe une demande non négligeable et qui n'est pas déjà fournie en surabondance. L'admission de l'étranger ne doit pas avoir pour objectif ses seuls intérêts individuels ou uniquement le maintien ou le renouvellement structurel d'une branche (cf. Uebersax, op. cit., n. 11 ad art. 19 aLEtr; Spescha in: Spescha/Zünd/Bolzli/Hruschka/de Weck, op. cit., n. 1 ad art. 19 LEI; cf. également arrêts CDAP PE.2017.0493 du 13 juillet 2018 consid. 5a; PE.2017.0450 du 5 mars 2018 consid. 4a).
Afin de permettre à l'autorité d'examiner les conditions financières et les exigences liées à l'exploitation de l'entreprise (art. 19 let. b LEI), les demandes doivent être motivées et accompagnées des documents conformément à la liste de vérification des annexes à fournir et d’un plan d’exploitation. Celui-ci devra notamment fournir des indications sur les activités prévues, l'analyse de marché (business plan), le développement de l’effectif du personnel (plans quantitatif et qualitatif) et les possibilités de recrutement, ainsi que les investissements prévus, le chiffre d’affaires et le bénéfice escomptés. Les liens organisationnels avec d’autres entreprises sont également à indiquer. L’acte constitutif de l’entreprise et/ou extrait du registre du commerce doit être joint (Directives LEI, ch. 4.7.2.3; arrêts PE.2017.0493 du 13 juillet 2018 consid. 5a; PE.2017.0450 du 5 mars 2018 consid. 4a; PE.2015.0184 du 13 octobre 2015 consid. 4d).
dd) L’art. 23 LEI permet d'accorder des autorisations de séjour en vue de l'exercice d'une activité lucrative dans des domaines pointus nécessitant des compétences spécifiques. Les Directives LEI exposent, au ch. 4.3.5, que les qualifications personnelles peuvent avoir été obtenues, selon la profession ou la spécialisation, à différents niveaux: diplôme universitaire ou d'une haute école spécialisée; formation professionnelle spéciale assortie de plusieurs années d’expérience; diplôme professionnel complété d'une formation supplémentaire; connaissances linguistiques exceptionnelles et indispensables dans des domaines spécifiques. Lors de l'examen sous l'angle du marché du travail, l'existence des qualifications personnelles requises peut souvent être déduite de la fonction du travailleur étranger, par exemple lorsqu'il s'agit de personnes appelées à créer ou à diriger des entreprises importantes pour le marché du travail.
c) En l’occurrence, le SDE a considéré que l’activité lucrative indépendante exercée par la recourante B._ dans le domaine de l’architecture d’intérieur et la décoration ne présentait pas un intérêt public et économique important pour le canton et que, s'agissant d'une activité marginale, il n’en résulterait pas des retombées positives durables pour l’économie suisse. L'autorité intimée a retenu que le développement de l'activité exercée par la prénommée entrerait au surplus en concurrence avec des acteurs économiques locaux. Les recourantes font grief à l’autorité intimée de ne pas avoir traité la demande d’autorisation de séjour sollicitée en faveur de B._ comme tendant à l’exercice d’une activité lucrative dépendante (en qualité de salariée de la société A._ Sàrl).
Il y a lieu de rappeler que la délivrance de l'autorisation requise repose sur le pouvoir d'appréciation de l'autorité du marché du travail; ainsi, l'autorité de céans n'intervient que si cette appréciation est abusive ou excessive (PE.2018.0087 du 19 novembre 2018 consid. 5c; PE.2017.0493 du 13 juillet 2018 consid. 5c; PE.2015.0335 du 30 novembre 2015 consid. 2b).
aa) La société recourante, dans laquelle la recourante B._ est l’associée gérante, la présidente ainsi que la directrice, est une PME d’architecture d’intérieur et de décoration qui, selon l’extrait du registre du commerce, est active dans la création et la conception de projets, ainsi que la rénovation des hôtels, des bars, des restaurants, des brasseries et de tout autre type d’établissement. Elle propose en outre toute solution ou suivi de projet d’architecture d’intérieur pour tout type d’établissement et/ou local commercial ou résidentiel, un consulting dans le domaine du design et de l’architecture d’intérieur, un service de la construction nouvelle à la transformation, y compris la création de mobilier sur mesure, ainsi que la décoration des magasins et des boutiques, l’aménagement des salons de coiffure et de bien-être. Elle est enfin également active dans la création des équipements (stands, expositions), du mobilier, des objets et des accessoires pour l’habitat individuel ou professionnel, que ce soit en construction neuve ou en transformation ainsi que dans la gestion des projets d’aménagement urbain et d’espaces publics.
bb) Dans leur mémoire de recours, les recourantes se réfèrent tantôt à une activité de salariée de la part de B._ tantôt à une activité d’indépendante en mentionnant un business plan et des tableaux prévisionnels. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que B._ serait en possession d’un contrat de travail la liant à la société A._ Sàrl. Son nom n’apparaît en outre pas sur la « déclaration des salaires versés par l’employeur à son personnel » portant sur la période du 6 mai 2020 au 31 décembre 2020 établie par la société recourante à l’intention de la Caisse cantonale vaudoise de compensation AVS. Par ailleurs, l’intéressée a été inscrite au Registre du commerce en tant qu’associée gérante de la société recourante avec signature individuelle. Elle détient de surcroît la totalité des parts du capital-social. Il en découle qu'elle a donc toujours le pouvoir de représenter et d’engager seule la société vis-à-vis de tiers. Dans ces circonstances, il convient d’admettre que l’activité de la société A._ Sàrl trouve essentiellement son fondement dans l’activité de la recourante B._, sa fondatrice. Ces faits tendent ainsi à exclure qu’il existe un rapport de subordination entre B._ et la société pour laquelle elle travaille, de sorte qu’elle doit bien être considérée comme une indépendante et non pas comme une « travailleuse » (PE.2020.0177 précité et PE.2018.0047 précité et les références de jurisprudence citées).
A l’appui de leur demande de permis de séjour avec activité lucrative en faveur de B._, les recourantes ont fourni au SDE un business plan qui contient des tableaux financiers prévisionnels selon lesquels l’activité de la société devrait permettre la réalisation d’un bénéfice (avant imposition) de 49'400 fr. pour l’année 2020, de 85'500 fr. pour l’année 2021, de 62'600 fr. pour l’année 2022, de 62'300 fr. pour l’année 2023 et de 118'700 fr. pour l’année 2024. Au vu des chiffres évoqués, on ne saurait considérer que la société, via la recourante B._, procèdera à des investissements substantiels. En outre, il y a lieu d’admettre que les activités déployées par la société ne contribueront pas à la création de nombreux emplois à brève échéance. A ce sujet, les recourantes ont certes indiqué, à l’appui de leur recours, avoir engagé un architecte d’intérieur, dont l’entrée en fonction interviendrait dès la délivrance de l’autorisation sollicitée en faveur de B._, sans toutefois préciser le taux d’occupation retenu pour ce poste ni fournir le contrat de travail établi entre les parties. Les recourantes n’ont pas non plus démontré que les prestations qu’elles proposaient se distingueraient fondamentalement de celles fournies par d’autres sociétés existantes, quand bien même B._ maîtrise les technologies d’architecture en 3D et 3Ds Max, ni qu’elles répondraient de manière avérée à un besoin non couvert jusqu’à présent.
Par conséquent, même si l’évolution de la clientèle de l’entreprise recourante lui permet d’employer une personne supplémentaire, son activité ne présenterait pas pour autant un intérêt économique important pour le Canton de Vaud, ni pour la Suisse en général puisque l’impact de dite activité ne serait que marginal en matière de création immédiate d’emplois et de retombées financières.
La condition de l'intérêt économique découlant de l’art. 19 let. a LEI n’étant pas remplie, il n'y a pas lieu d'examiner si les autres conditions prévues par cette disposition sont réalisées. La décision de refus du SDE ne prête donc pas le flanc à la critique.
En outre, la recourante B._ ne remplit pas non plus les conditions de l’art. 23 al. 1 LEI, qui concerne les cadres, spécialistes et autres travailleurs qualifiés, ni celles permettant, selon l’art. 23 al. 3 LEI, de déroger à l’exigence de qualifications personnelles. B._ n’occupe aucune des fonctions mentionnées à l’art. 23 al. 3 let. a, b, d et e LEI, étant précisé qu'on ne saurait considérer au vu de ce qui précède que l'admission de la prénommée répondrait de manière avérée à un besoin.
Dans ces circonstances, la décision du SDE de ne pas octroyer à la recourante B._ d’autorisation pour exercer une activité lucrative, en puisant dans les unités réduites à disposition du Canton de Vaud (111 unités pour 2021) selon l’annexe 2 à l’OASA, n’est pas critiquable.
3.
Enfin, la recourante B._ fait valoir que l’Ecole ******** lui a proposé un poste d’enseignante.
Il n’est pas démontré que l’employeur précité a entrepris, préalablement à l’engagement de B._, des efforts de recherche en vue de trouver une enseignante sur le marché local, comme l’exige pourtant l’art. 21 al. 1 LEI. En effet, aucune annonce du poste vacant auprès de l’Office régional du placement compétent n’a été faite, ni de publication d’une offre dans la presse locale. Rien n’est du reste allégué à cet égard. Il apparaît que l’employeur s’est seulement engagé à conclure un contrat de travail avec la recourante B._ si celle-ci venait à obtenir une autorisation de travail.
4.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée.
Les recourantes, qui succombent, supportent les frais de justice (art. 49 al. 1 LPA-VD; art. 4 al. 1 du tarif du 28 avril 2015 des frais judiciaires et des dépens en matière administrative [TFJDA; BLV 173.36.5.1]). Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens (art. 55 al. 1 LPA-VD).