# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** cebf272e-268f-4e1e-be76-a3850f6fc8d4
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A.
A._, née en 1987, et B._, né en 1965, se sont mariés le ******** à ******** (Tunisie). Quatre enfants sont issus de cette union, C._, né le ******** 2011, D._, né le ******* 2013, E._, né le ******** 2015, et F._, né le ******** 2019.
La famille bénéficie de prestations d'aide sociale (revenu d'insertion) depuis 2012. Elle est suivie dans ce cadre par le Centre social régional de Lausanne (CSR).
Suite à d’importantes difficultés conjugales, les époux se sont séparés une première fois au mois de mai 2017; les modalités de leur séparation ont été réglées par diverses ordonnances de mesures protectrices de l’union conjugale. Les conjoints ayant repris la vie commune en septembre 2018, dites ordonnances sont devenues caduques.
Le 29 avril 2019, A._ a sollicité l’intervention des forces de l’ordre suite à un épisode de violences domestiques survenu le même jour au domicile conjugal. L’expulsion de B._ dudit domicile a été ordonnée par la police, puis confirmée par une ordonnance d’expulsion rendue le 30 avril 2019 par la Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de Lausanne.
Lors de l’audience de validation d’expulsion de domicile tenue le 13 mai 2019, les époux A._B._ ont notamment conclu une convention à titre de mesures d’extrême urgence, ratifiée par la Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de Lausanne sur le siège pour valoir ordonnance de mesures superprovisionnelles, dont le contenu était le suivant :
"I. B._ versera à A._, d’avance le premier de chaque mois, la première fois le mardi 14 mai 2019, un montant de 600 fr. (six cents francs) pour l’entretien de ses enfants, à valoir sur la contribution d’entretien qui sera fixée à l’issue de l’audience de mesures protectrices de l’union conjugale qui sera appointée à bref délai.
II. B._ s’engage à reverser sans délai à A._ les allocations familiales qu’il pourrait percevoir".
B.
En mai 2019, A._ a pris contact avec le Bureau de recouvrement et d’avances de pensions alimentaires (BRAPA), au motif que son époux ne versait pas la pension alimentaire due à ses enfants.
Le 12 juillet 2019, le BRAPA a adressé à A._ une lettre intitulée "
ouverture de dossier
" en la priant de lui retourner les pièces demandées afin qu’il puisse traiter sa demande.
A._ a cédé, le 12 juillet 2019, à l'Etat de Vaud, Département de la santé et de l’action sociale, BRAPA, en vue de leur recouvrement, ses droits sur les pensions alimentaires futures.
C.
Par ordonnance de mesures protectrices de l’union conjugale, du 25 septembre 2019, la Présidente du Tribunal civil de l’arrondissement de Lausanne a notamment astreint B._ à contribuer à l’entretien de C._, de D._ et de E._ par le régulier versement d’une pension mensuelle de 600 fr. pour chacun d’eux, payable d’avance le premier de chaque mois en main d’A._, dès et y compris le 1
er
mai 2019, et ce jusqu’à l’achèvement d’une formation appropriée aux conditions de l’art. 277 al. 2 CC. Aucune contribution d’entretien n’a été fixée pour l’enfant F._, qui n’était pas encore né à ce moment-là.
Par acte du 3 octobre 2019, B._ a interjeté appel de l’ordonnance du 25 septembre 2019 auprès de la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal en concluant à ce que la contribution d’entretien mensuelle soit ramenée à 150 fr. par enfant.
Par arrêt du 20 décembre 2019, la Cour d’appel civile du Tribunal cantonal a admis partiellement ledit appel et réformé l’ordonnance attaquée comme il suit :
"(...).
VI. Dit que B._ contribuera à l’entretien de son fils C._, né le ******** 2011, par le régulier versement d’une pension mensuelle payable d’avance le premier jour de chaque mois en main d’A._ de :
600 fr. (six cents francs) du 1
er
au 30 mai 2019 ;
150 fr. (cent cinquante francs) du 1
er
juin au 30 août 2019 ;
112 fr. 50 (cent douze francs et cinquante centimes) du 1
er
septembre 2019 au 30 avril 2020 ;
505 fr. (cinq cent cinq francs) dès et y compris le 1
er
mai 2020, et ce jusqu’à l’achèvement d’une formation appropriée aux conditions de l’art. 277 al. 2 CC,
VII. Dit que B._ contribuera à l’entretien de son fils D._, né le ******** 2013, par le régulier versement d’une pension mensuelle payable d’avance le premier jour de chaque mois en main d’A._ de :
600 fr. six cents francs) du 1
er
au 30 mai 2019 ;
150 fr. (cent cinquante francs) du 1
er
juin au 30 août 2019 ;
112 fr. 50 (cent douze francs et cinquante centimes) du 1
er
septembre 2019 au 30 avril 2020 ;
505 fr. (cinq cent cinq francs) dès et y compris le 1
er
mai 2020, et ce jusqu’à l’achèvement d’une formation appropriée aux conditions de l’art. 277 al. 2 CC ;
VIII. Dit que B._ contribuera à l’entretien de son fils E._, né le ******* 2015, par le régulier versement d’une pension mensuelle payable d’avance le premier jour de chaque mois en main d’A._ de :
600 fr. six cents francs) du 1
er
au 30 mai 2019 ;
150 fr. (cent cinquante francs) du 1
er
juin au 30 août 2019 ;
112 fr. 50 (cent douze francs et cinquante centimes) du 1
er
septembre 2019 au 30 avril 2020 ;
505 fr. (cinq cent cinq francs) dès et y compris le 1
er
mai 2020, et ce jusqu’à l’achèvement d’une formation appropriée aux conditions de l’art. 277 al. 2 CC ;
VIIIbis Dit que B._ contribuera à l’entretien de son fils F._, né le ******** 2019, par le régulier versement d’une pension mensuelle payable d’avance le premier jour de chaque mois en main d’A._ de :
112 fr. 50 (cent douze francs et cinquante centimes) du 1
er
septembre 2019 au 30 avril 2020 ;
505 (cinq cent cinq francs) dès et y compris le 1
er
mai 2020, et ce jusqu’à l’achèvement d’une formation appropriée aux conditions de l’art. 277 al. 2 CC."
D.
Le 4 novembre 2019, A._ a adressé au BRAPA une demande de prestations, de laquelle il ressort que l’intéressée ne fait pas ménage commun avec une autre personne et qu’elle vit avec ses quatre enfants.
E.
Par décision du 13 mars 2020, le BRAPA a accordé à A._ le versement d’une avance mensuelle de 450 fr. (112.50 fr x 4) sur les contributions d’entretien dues par son époux, à compter du 1
er
janvier 2020, et de 2'020 fr. (505 fr. x 4) dès le 1
er
mai 2020.
F.
Le 5 novembre 2020, le BRAPA a communiqué à A._ une nouvelle décision, sur la base des données en sa possession à fin octobre 2020, selon laquelle le versement d’une avance mensuelle de 2'020 fr. lui serait accordée à compter du 1
er
janvier 2021. La lettre d’accompagnement de cette décision stipulait ce qui suit :
"(...).
Nous vous prions de regarder attentivement la synthèse financière annexée à notre décision. Si celle-ci ne correspond plus à vos revenus actuels annualisés, nous vous prions de nous la retourner en biffant les chiffres erronés, en la complétant avec les chiffres corrects et en joignant les justificatifs de toutes les modifications apportées d’ici au 15 décembre 2020.
Nous vous rappelons en outre que vous devez, en tout temps, nous informer sans délai de toutes modifications qui pourraient survenir, telles que :
-
Modification de vos revenus ou de votre fortune
-
Modification de la composition de votre ménage (concubinage, placement d’enfant, etc...)
-
Modification de vos coordonnées bancaires ou postales
-
Interruption ou changement de formation
-
Toute ouverture d’action ou nouvelle décision de justice concernant la pension alimentaire
-
Toute nouvelle information que vous auriez obtenue concernant le débiteur (changement de situation familiale, changement de domicile, changement de situation financière, etc...).
Si cela devait vous concerner, nous vous prions de nous faire parvenir les informations utiles, accompagnées des pièces justificatives complètes, d’ici au 15 décembre 2020.
Nous vous rendons attentive au fait qu’à défaut de nous communiquer les éléments utiles à temps, vous vous exposez notamment à ce que nous vous réclamions le remboursement des prestations versées à tort".
G.
Le 19 novembre 2020, le CSR de Lausanne a informé A._ qu’il avait constaté, suite à la mise à jour du dossier de l'intéressée, que son époux avait, depuis le 1
er
octobre 2020, élu domicile chez elle. Cette autorité lui signalait qu’elle avait omis d’annoncer ce changement sur les déclarations de revenus des mois de septembre 2020 ou d’octobre 2020. Elle a invité l’intéressée à lui confirmer la reprise de la vie commune ainsi qu’à lui indiquer si son époux exerçait une activité lucrative et, le cas échéant, ses revenus.
A._ a fait part de ses observations le 21 novembre 2020, en indiquant que son mari s’était retrouvé sans logement suite à la perte de son emploi, le revenu d’insertion lui ayant par ailleurs été refusé. Elle a expliqué ne pas avoir repris la vie commune avec son époux, la procédure en divorce suivant son cours, mais avoir accepté de l’héberger momentanément, à raison d’un week-end sur deux et les mercredis soit le jour de son droit de visite, en précisant qu’il partageait une chambre avec l’un de leurs enfants. L’intéressée a encore ajouté que son époux ne participait d’aucune manière aux frais du ménage et qu’il devrait partir d'un jour à l'autre dès qu’il aurait trouvé un nouveau logement.
Le 26 novembre 2020, le CSR a informé A._ que son époux devait modifier son inscription au Contrôle des habitants et s’inscrire là où il loge la majeure partie du mois, faute de quoi il serait intégré à son dossier et la situation serait réexaminée dans son ensemble.
A._ a expliqué au CSR, en date du 27 novembre 2020, que son mari avait effectivement annoncé au contrôle des habitants de la Ville de Lausanne qu’il logeait chez elle. L’intéressée a réitéré qu’il s’agissait d’un hébergement momentané, dans l’attente que son mari trouve un appartement, en précisant qu’il était souvent en visite soit chez sa sœur, à Renens, soit chez son frère ou un cousin à Ecublens ou encore chez d’autres membres de la famille et des amis. A._ a réitéré qu'elle n'entendait pas du tout se remettre avec son ex-mari, que le divorce était en cours et qu'il ne participait d'aucune manière aux frais du ménage. Si ce dernier devait être inclus dans son ménage, elle serait contrainte de lui demander de partir.
Suite à ces explications, le CSR a retenu dans son journal RI, le 26 novembre 2020, que B._ dormait chez son épouse les mercredis et un week-end sur deux uniquement, quand il exerçait son droit de visite. Il logeait donc logiquement ailleurs et devait s'inscrire à cet endroit. Un délai pour la mise à jour de son adresse était fixée au 17 décembre, à défaut de quoi la situation serait réexaminée. Il était constaté que pour le moment cela ne concernait pas le dossier d'A._.
Par lettre du 17 décembre 2020, B._ a confirmé qu'il était allé momentanément vivre chez A._, la mère de ses enfants mais qu'il quittait le logement de son épouse, le lendemain, soit le vendredi 18 décembre 2020.
H.
Dans le cadre des poursuites intentées par le BRAPA contre B._, cette autorité a reçu, le 10 décembre 2020, un commandement de payer concernant le débiteur prénommé. Ce document indique comme adresse celui de son épouse, A._.
I.
Le 18 décembre 2020, le BRAPA a adressé à A._ la décision suivante:
"Madame,
Dernièrement, nous avons reçu en retour le commandement de payer notifié à M: B._ pour l’arriéré de pensions alimentaires dû.
Nous avons été très surpris de constater que ce dernier a été distribué à votre adresse. Nous vous rappelons que vous vous êtes formellement engagée à nous informer, sans délai, de tout changement pouvant intervenir dans votre situation personnelle et financière.
Après vérification auprès du Registre cantonal des personnes, M. B._ est inscrit à votre adresse depuis le 1
er
octobre 2020. Dès lors que vous faites à nouveau ménage commun avec votre époux, il n’est plus redevable d’une contribution d’entretien et l’ordonnance de mesures protectrices de l’union conjugale rendue le 25 septembre 2019, ainsi que l’arrêt du 20 décembre 2019 sont devenus caduques. Aussi, nous mettons un terme à notre intervention avec effet au 30 septembre 2020, étant précisé que nous poursuivons nos démarches de recouvrement pour l’arriéré dû à l’Etat uniquement.
Au vu de ce qui précède, c’est à tort que vous avez perçu la somme de CHF 6'060.00, correspondant aux avances reçues en octobre, novembre et décembre 2020 (3x 2'020). Pour son remboursement, nous invitons le CSR de Lausanne, qui reçoit copie de la présente et qui tient compte de notre avance dans votre budget mensuel, à nous restituer ce montant, d’ici au 29 janvier 2021, au moyen du bulletin de versement qui est joint.
La présente décision peut faire l’objet d’un
RECOURS
au TRIBUNAL CANTONAL, Cour de droit administratif et public, Av. Eugène-Rambert 15, 1014 Lausanne. Le recours doit être déposé auprès de l’autorité de recours
dans les 30 jours
suivant la communication de la décision attaquée ; il doit être daté et signé par le recourant ou son mandataire et contenir :
a) un exposé des faits ;
b) les motifs du recours ;
c) les conclusions.
Il sera accompagné des pièces utiles, en particulier de la décision attaquée et, le cas échéant, de la procuration du mandataire. Le recours mal adressé sera transmis sans délai à l’autorité de recours.
(...)".
J.
Par acte daté du 10 janvier 2021 adressé au BRAPA, parvenu à la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après: le Tribunal ou la CDAP) le 18 janvier 2021, A._ (ci-après: la recourante) a contesté la demande de remboursement du BRAPA concluant, en substance, à son annulation en raison d’une situation économique difficile. Elle a indiqué que son époux n’habitait plus chez elle depuis décembre 2020, en précisant qu’il vivait depuis le 1
er
janvier 2021 à ******** à Lausanne.
Appelé dans la procédure, le CSR a produit son dossier, le 2 février 2021, et informé la juge instructrice que selon les éléments en sa possession, B._ avait quitté le domicile d’A._ en date du 18 décembre 2020.
Le BRAPA (ci-après aussi: l’autorité intimée) a déposé sa réponse le 5 février 2021 en concluant au rejet du recours.
La recourante a bénéficié d'un délai pour se déterminer, mais n'y a pas donné suite.
Le Tribunal a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit:
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé à l’art. 95 de la loi sur la procédure administrative du 28 octobre 2008 (LPA-VD ; BLV 173.36), applicable par renvoi de l’art. 19 de la loi sur le recouvrement et les avances sur pensions alimentaires du 10 février 2004 (LRAPA ; BLV 850.36), le recours a été formé en temps utile. Il est de surcroît recevable en la forme, de sorte qu’il y a lieu d’entrer en matière sur le fond.
2.
a) Le droit d'être entendu découlant des art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst.; RS 101) et 27 al. 2 de la Constitution du Canton de Vaud du 14 avril 2003 (Cst-VD; BLV 101.01)
inclut pour les parties le droit de s'expliquer avant qu'une décision ne soit prise à leur détriment, d'avoir accès au dossier, de participer à l'administration des preuves, d'en prendre connaissance et de se déterminer à leur propos, lorsque cela est de nature à influer sur la décision à rendre (ATF 142 II 218 consid. 2.3; ATF 137 II 266 consid. 3.2 p. 270; 137 IV 33 consid. 9.2 p. 48/49; 136 I 265 consid. 3.2 p. 272, et les arrêts cités).
Le caractère formel du droit d'être entendu a pour conséquence que sa violation entraîne en principe l'annulation de la décision attaquée, quel que soit son sort au fond (ATF 137 I 195 consid. 2.2 p. 197; 136 V 117 consid. 4.2.2.2 p. 126/127; 135 I 279 consid. 2.6.1 p. 285, et les arrêts cités). Cela étant, la jurisprudence admet qu'une violation du droit d'être entendu puisse être considérée comme réparée lorsque l'administré jouit de la possibilité de s'exprimer librement devant une autorité de recours disposant du même pouvoir d'examen que l'autorité précédente et pouvant ainsi contrôler librement l'état de fait et les considérations juridiques de la décision attaquée (cf. art. 98 LPA-VD; GE.2011.0136 du 27 novembre 2012).
La réparation de la violation du droit d'être entendu doit cependant rester l'exception et n'est admissible que dans l'hypothèse d'une atteinte qui n'est pas particulièrement grave aux droits procéduraux de la partie lésée. Si par contre l'atteinte est importante, il n'est pas possible de remédier à la violation (ATF 126 I 68 consid. 2 p. 72; 126 V 130 consid. 2b; 124 V 180 consid. 4b p. 183 s. et les arrêts cités). Elle peut néanmoins se justifier en présence d'un vice grave lorsque le renvoi constituerait une vaine formalité et aboutirait à un allongement inutile de la procédure (ATF 133 I 201 consid. 2.2 p. 204; 132 V 387 consid. 5.1). Toutefois, il ne faudrait pas que, trop laxiste, la jurisprudence relative à la guérison de la violation du droit d'être entendu constitue pour l'autorité administrative un oreiller de paresse auquel celle-ci s'habituerait, le vice qu'elle commet étant réparé dans l'instance de recours (Pierre Moor/Etienne Poltier, Droit administratif, vol. II, 3
ème
éd., Berne 2011, ch. 2.2.7.4 p. 324; GE.2019.0030 du 30 juillet 2019 et les références citées; AC.2013.0243 du 15 novembre 2013;
AC.2011.0170 du 31 août 2011 consid. 2b; GE.2011.0136 précité; GE.2012.0124 du 15 novembre 2012).
b) Dans le cas présent, il ne ressort pas du dossier produit par l'autorité intimée que celle-ci aurait interpellé la recourante entre le moment où elle a eu connaissance de l'inscription du mari de cette dernière à son adresse (10 décembre 2020) et la notification de la décision attaquée (du 18 décembre 2020). La recourante n'a ainsi pas été en mesure de s'expliquer sur les circonstances de cet état de fait. Comme il ressort du dossier du CSR, ses explications à cette autorité étaient par ailleurs de nature à mettre en doute une reprise de la vie commune et d'avoir une incidence sur la décision à prendre. Il faut ainsi constater qu'en ne donnant pas la possibilité à la recourante de se déterminer avant de statuer,
l'autorité intimée a gravement violé le droit d'être entendu de cette dernière. La question de savoir si une telle violation est susceptible d'être réparée au stade de la procédure de recours peut cependant rester indécise vu le sort du recours.
3.
Sur le fond, la décision attaquée met un terme à l'intervention du BRAPA au 30 septembre 2020, sous réserve de la poursuite des démarches de recouvrement pour l'arriéré dû à l'Etat uniquement, et sollicite la restitution des avances reçues pendant les mois d'octobre à décembre 2020, soit 6'060 francs. Cette décision est motivée par le fait que, vu la reprise de la vie commune des époux, les mesures protectrices de l'union conjugale sur lesquelles se fondent le devoir de contribution de B._ seraient devenues caduques.
a) En vertu de l’art. 9 al. 1 LRAPA, l’Etat peut accorder au créancier d’aliments, enfant ou adulte, qui se trouve dans une situation économique difficile, des avances totales ou partielles sur les pensions courantes. Par pensions alimentaires on entend les obligations pécuniaires d’entretien fondées sur le droit du divorce et de la filiation fixées dans des jugements civils définitifs et exécutoires, des ordonnances de mesures protectrices de l’union conjugale, des ordonnances de mesures provisoires et des conventions alimentaires ratifiées (art. 4 LRAPA).
Le règlement d’application de la LRAPA du 30 novembre 2005 (RLRAPA; BLV 850.36.1) précise les modalités selon lesquelles les avances sont calculées, en fonction de la situation personnelle et familiale du bénéficiaire (art. 4 et 7 RLRAPA).
Selon l’art. 12, 2
e
phrase LRAPA, la personne qui sollicite une aide doit signaler sans retard tout changement à sa situation pouvant entraîner la réduction ou la suppression des prestations. L’art. 13 al. 1 LRAPA prévoit que le service réclame par voie de décision, au bénéficiaire ou à sa succession, le remboursement des prestations perçues indûment.
b) Il n'est pas contesté que la recourante n'a pas informé le BRAPA du fait qu'elle a hébergé son époux pendant une période de l'ordre de trois mois, conformément à son devoir de collaboration (art. 12 LRAPA). Elle a en revanche fourni des explications détaillées au CSR. Quoi qu'il en soit, la question à résoudre
in casu
est celle de savoir si l’autorité intimée était en droit de considérer que la recourante et son époux avaient repris la vie commune dès le mois d'octobre 2020 et si cela rendait les mesures protectrices de l’union conjugale caduques, en application de l’art. 179 al. 2 du Code civil suisse (CC; RS 210). Cette disposition prévoit en effet que lorsque les époux reprennent la vie commune, les mesures ordonnées en vue de la vie séparée sont caduques, à l’exception de la séparation de biens et des mesures de protection de l’enfant.
Même sans autorisation du juge, des époux séparés peuvent reprendre la vie commune. Comme les dispositions ordonnées par le juge perdent alors leur sens, la loi prévoit que, sauf exceptions, toutes les mesures prises en vue de la vie séparée sont caduques de plein droit. Pour déclencher les conséquences de l’art. 179 al. 2 CC, la reprise de la vie commune doit être véritable et durable: une simple tentative de reprise de la vie commune ou une cohabitation provisoire liée à des circonstances économiques ne suffisent pas. La caducité vise en particulier les contributions d’entretien : le jugement de mesures protectrices ne vaut ainsi plus titre de mainlevée d’opposition définitive (art. 80 LP) pour les contributions échues après la reprise de la vie commune (Commentaire romand, Code civil I, François Chaix, art. 179 N. 7, Bâle 2010).
Ni la LRAPA ni son règlement d'application du 30 novembre 2005 (RLRAPA; BLV 850.36.1) ne définissent les conditions auxquelles l'autorité peut mettre fin à l'aide au recouvrement. On doit admettre que l'autorité peut mettre fin à son intervention lorsque l'obligation d'entretien est éteinte ou supprimée par une convention ou un jugement entré en force (dans ce sens
PS.2019.0054 du 18 novembre 2019). Cela étant, dans un tel cas, l'autorité administrative se prononce préjudiciellement sur une question relevant en principe de la compétence du juge civil. Elle ne peut donc mettre fin à son intervention pour ce motif que lorsque la situation sur le plan du droit civil est claire et ne prête pas ou plus à la discussion (PS.2021.0040 du 9 novembre 2021 consid. 3c).
c) Dans le cas présent, il est établi que la recourante a accueilli son époux chez elle, les mercredis et un week-end sur deux entre les mois d'octobre et décembre 2020. Il ressort en outre des déclarations concordantes de la recourante et de son mari que cet hébergement n'était que momentané et que cette situation était due à des circonstances tout à fait particulières, à savoir les difficultés rencontrées par l'époux de la recourante, suite à la perte de son emploi et de son logement, durant la période délicate de la pandémie de Covid-19. Aucun des deux époux n'a manifesté une quelconque intention de reprendre durablement la vie commune. Un tel hébergement partiel et pour une durée relativement brève ne saurait être considéré comme une reprise durable, par la recourante et son époux, de la vie commune. C’est partant manifestement à tort que l’autorité intimée a considéré que les mesures protectrices de l’union conjugale étaient devenues caduques et qu’elle n’était plus tenue d’avancer les contributions d'entretien dues par B._ à sa famille. C'est également à tort qu'elle exigé le remboursement des prestations versées à la recourante pendant la période d'octobre à décembre 2020.
La décision attaquée doit en conséquence être annulée et le dossier renvoyé à l'autorité intimée pour reprendre les versements dus dès le mois d'octobre 2020.
4.
Au vu des considérants qui précèdent, le recours doit être admis et la décision attaquée annulée, le dossier étant renvoyé à l'autorité intimée pour nouvelle décision au sens des considérants. Il n'est pas perçu de frais ni alloué de dépens, la recourante n'ayant pas procédé avec l'assistance d'un avocat (art. 4 al. 3 du tarif du 28 avril 2015 des frais judiciaires et des dépens en matière administrative [TFJDA, RSV 173.36.5.1]; art. 55 LPA-VD).