# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 81d702e1-7ec0-58d7-b218-b0ccffadd033
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2012
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Monsieur T_ est né le _ 1958 à Tunis, en Tunisie.
2. Il est arrivé en Suisse en 1975. D'après les extraits de son compte individuel auprès de la caisse cantonale genevoise de compensation, il a travaillé, sans autorisation, durant les périodes suivantes :
de septembre 1977 à mars 1978 ;
d'octobre 1991 à juin 1992 ;
de mars 1993 à novembre 1994 ;
de mars à août 1994 ;
de janvier à septembre 1995 ;
de septembre à novembre 1996 et le mois de janvier 1997 ;
de mars à juin 2002 ;
de janvier à juin 2004.
3. Le 21 février 1978, la police des étrangers a rejeté la demande de M. T_ pour prise d'emploi comme garçon d'office.
Ce refus a été confirmé le 27 février 1978 par la police fédérale des étrangers.
4. Le 7 mars 1978, M. T_ a été entendu par l'office cantonal de placement pour justifier de sa situation en Suisse.
Le 13 mars 1978, la police des étrangers a informé l'intéressé de son refoulement, ainsi que du prononcé éventuel d'une mesure d'éloignement à son encontre.
5. Le 26 avril 1978, la police fédérale des étrangers a prononcé une interdiction d'entrée à l'encontre de M. T_, jusqu'au 26 avril 1979.
6. Le 13 mars 1981, M. T_ a présenté une demande d'autorisation de séjour pour étrangers, en tant qu'étudiant. Celle-ci lui a été délivrée le 29 juin 1981 pour ses études à l'école Pègue.
7. M. T_ a présenté une nouvelle demande d'autorisation de séjour pour prise d'emploi le 1
er
septembre 1981. La police des étrangers la lui a refusée le 7 septembre 1981.
8. Le 9 novembre 1981, l'intéressé a annoncé son départ pour la France.
9. Par décision du 8 décembre 1981, l'office fédéral des étrangers (ci-après : OFE), devenu depuis l’office fédéral des migrations (ci-après : ODM), a prononcé une interdiction d'entrée à l'encontre de M. T_, jusqu'au 8 décembre 1983.
Cette décision a été notifiée à M. T_ le 4 janvier 1982 par la gendarmerie à un poste de douane. Son recours contre celle-ci a été déclaré irrecevable le 24 mars 1982.
10. Selon un rapport de police du 6 janvier 1982, l'intéressé a été arrêté pour vol d'habits dans un magasin.
11. Le 15 janvier 1982, M. T_ a été refoulé du territoire à destination de Tunis.
12. Par décision du 31 octobre 1995, l'OFE a prononcé une interdiction d'entrée contre M. T_, valable jusqu'au 30 octobre 1998.
13. Le 7 octobre 1996, M. T_ a été entendu et arrêté par la gendarmerie au sujet de sa présence en Suisse.
14. Par décision du 24 octobre 1996, l'OFE a prononcé une interdiction d'entrée à l'encontre de l'intéressé pour une durée indéterminée en raison d'infractions graves aux prescriptions de police des étrangers.
15. Le 6 janvier 2002, M. T_ a été arrêté par la gendarmerie et informé de l'interdiction d'entrée précitée.
16. Le 29 janvier 2002, il a écrit à l'office cantonal de la population (ci-après : OCP) afin de régulariser sa situation dans la perspective de son mariage avec Madame G_, qui a eu lieu le 4 février 2002. Il a également déposé une demande d'autorisation de séjour pour étrangers.
17. Une nouvelle demande d'autorisation de séjour avec prise d'emploi a été déposée le 10 février 2002 par M. T_ et son employeur. Elle lui a été délivrée jusqu'à droit connu sur la demande d'autorisation de séjour.
18. Dans sa réponse du 18 juillet 2002, l'OCP a signifié à M. T_ qu'il n'entrerait pas en matière sur sa demande d'autorisation de séjour. Il était néanmoins disposé à donner un préavis favorable à l'OFE pour la levée de l'interdiction d'entrée en Suisse, ainsi qu'à l'octroi d'une autorisation de séjour en sa faveur, s'il déposait une demande de visa d'entrée en Suisse, en s'adressant à une représentation diplomatique ou consulaire dont dépendait son lieu de domicile.
19. Le 2 septembre 2002, l'intéressé a déposé une demande de visa de retour en Tunisie pour une durée de trois mois pour l'enterrement de son père. Celle-ci lui a été refusée.
Le lendemain, il a quitté le territoire suisse.
20. Le 8 novembre 2002, Mme G_ a informé l'OCP que son mari avait quitté le domicile conjugal, pour que les époux ne soient plus imposés fiscalement ensemble.
21. Par courrier du 18 novembre 2002, avec copie à l'OCP, M. T_ a demandé à l'OFE de lever la mesure d'éloignement prononcée à son encontre. Celui-ci lui a répondu, le 26 novembre 2002, qu'il devait s'adresser à l'OCP.
22. Les 1
er
et 2 avril 2004, M. T_ a été entendu par la police pour violation de l'art. 23 de la loi fédérale sur le séjour et l’établissement des étrangers du 26 mars 1991 (LSEE -
RS 142.20
). Il logeait depuis février 2004 chez Madame F_. Cette dernière le soutenait financièrement, en échange de services. Il ignorait être officiellement séparé de son épouse, avec laquelle il était resté en bons termes.
Mme F_ s'était présentée spontanément à la police pour confirmer les dires de M. T_. La visite domiciliaire effectuée chez celle-ci a été infructueuse. Sur place, les policiers ont trouvé la sœur et le beau-frère de M. T_.
23. Le 4 mai 2004, M. T_ a été renversé par une voiture. Lors de cet accident de la circulation, il a été projeté à environ 10 mètres. Il a alors été hospitalisé aux soins intensifs des Hôpitaux Universitaires de Genève (ci-après : HUG) dans le service de neurologie, jusqu'au 12 mai 2004. Il a ensuite été transféré en orthopédie. Il a notamment subi un traumatisme crânien, ayant nécessité une trépanation, ainsi qu'un arrachement du mollet et diverses autres blessures et fractures. Depuis cette date et pour une durée indéterminée, sa capacité de travail est nulle.
24. Par l'intermédiaire de son conseil, M. T_ a derechef écrit à l'OFE, le 13 juillet 2004. Compte tenu des graves circonstances et de l'exigence de l'OCP de levée de l'interdiction d'entrée en Suisse afin de pouvoir réexaminer son dossier et le préaviser favorablement, il priait l'OFE d'agir dans ce sens.
Parallèlement, il a également adressé un courrier au contenu similaire à l'OCP. Il lui demandait de se coordonner avec l'OFE afin qu'« une solution raisonnable et humaine soit trouvée pour [son] cas ».
25. Dans sa réponse du 21 juillet 2004, l'office fédéral de l'immigration, de l'intégration et de l'émigration (ci-après : IMES) a répondu qu'il réservait sa décision à réception des documents de l'OCP.
Le conseil de M. T_ a envoyé une copie de ce courrier à l'OCP, le 3 août 2004, en demandant la transmission du dossier de son mandant à l'IMES, et de confirmer audit office son préavis favorable.
26. Le 24 août 2004, l'OCP a refusé de donner un préavis favorable à l'IMES pour la levée de l'interdiction d'entrée de M. T_, étant défavorable à la délivrance d'une autorisation de séjour. Il estimait que le mariage de celui-ci avec Mme G_ avait uniquement pour but d'éluder les dispositions sur le séjour et l'établissement des étrangers.
Dès que cette décision serait entrée en force, l'OCP devait transmettre son dossier à l'IMES pour que celui-ci statue sur la demande de réexamen de l'interdiction d'entrée déposée par M. T_, le 18 novembre 2002.
27. Par courrier du 7 octobre 2004, M. T_ a demandé à l'OCP de réviser sa position, étant donné que la vie commune avec son épouse avait effectivement « duré plus de trois mois » et perdurait encore, bien qu'ils aient du être séparés en raison de ses soins hospitaliers.
28. Lors d'un entretien du 21 octobre 2004 auprès de l'OCP, Mme G_ a déclaré qu'elle avait rencontré M. T_ dix ans auparavant et vivait toujours avec lui. Elle avait écrit son courrier du mois de novembre 2002 par peur et impulsivité. Depuis 2001 jusqu'à 2002, puis de début 2003 à son accident, le couple avait vécu sous le même toit.
29. Le 19 novembre 2004, M. T_ a déclaré à la police avoir perdu son passeport tunisien. Il en a informé l'OCP le 25 mai 2005 pour pouvoir en refaire un.
30. Le 21 janvier 2005, le conseil de M. T_ a encore sollicité auprès de l'OCP la délivrance d'une autorisation de séjour, vu le contenu de la déclaration précitée de son épouse.
L'OCP a répondu le 3 février 2005 qu'il était disposé à transmettre la requête de l'intéressé à l'ODM, avec un préavis favorable en vue de la levée d'interdiction d'entrée pour lui délivrer une autorisation de séjour.
31. L'OCP a indiqué le 10 juin 2005 qu'il ne pouvait toutefois pas lui établir d'attestation étant donné que l'ODM n'avait pas encore levé l'interdiction d'entrée.
32. Par décision du 30 juin 2005, l'ODM a annulé la mesure d'éloignement qui frappait M. T_.
Le jour même, l'OCP lui a délivré une autorisation de séjour, valable jusqu'au 29 juin 2006.
33. Selon certificat médical du 26 juillet 2007, le Docteur Fady Rachid, spécialiste FMH en psychiatrie et en psychothérapie à Genève, a attesté que M. T_ souffrait d'une affection neuropsychiatrique secondaire aux lésions neurologiques survenues à la suite de l'accident de la circulation susmentionné. Pour cette raison, il arrivait à son patient d'avoir des difficultés à contrôler ses émotions et impulsions, de sorte qu'il convenait de faire parvenir toutes les décisions à son avocat.
Il a confirmé ce qui précède dans un autre rapport du 24 septembre 2007 adressé au médecin-conseil de La I_ Assurances. M. T_ avait développé les troubles psychiatriques suivants : un trouble organique de la personnalité sous forme de syndrome frontal, un syndrome amnésique organique (non induit par l'alcool ou d'autres substances psycho-actives) et un état de stress post-traumatique. Le patient avait tendance à projeter sa colère sur les autres pour obtenir réparation de son sentiment d'injustice. A la suite de son accident, son cerveau était devenu beaucoup plus sensible aux traitements médicamenteux. Après avoir essayé plusieurs stabilisateurs de l'humeur, l'un des seuls traitements que M. T_ tolérait relativement bien était la Paroxétine, un antidépresseur. L'état de stress post-traumatique était la conséquence psychologique de son traumatisme crânio-cérébral et se caractérisait par « des angoisses importantes, des pensées suicidaires et hétéroagressives, une phobie de la circulation et des voitures avec la peur d'être écrasé à nouveau, des moments de tristesse importante, des cauchemars quasi quotidiens, une incapacité à se projeter dans l'avenir, des troubles de la concentration et de la mémoire récente, ainsi qu'une problématique au niveau du fonctionnement exécutif ».
34. Le 5 mai 2008, M. T_ a effectué une demande de renouvellement de son autorisation de séjour.
35. Le 11 avril 2008, il a formé une demande en paiement par-devant le Tribunal de première instance à l'encontre de la A_, compagnie d'assurances, tendant au versement d'une somme de CHF 1'374'010.- en réparation de son préjudice consécutif à l'accident du 4 mai 2004.
36. L'autorisation de séjour délivrée à M. T_ a été prolongée jusqu'au 29 juin 2007, puis au 29 juin 2008.
37. Le 23 septembre 2008, M. T_ a fait une demande de visa de retour pour une durée de trois mois pour la Tunisie, qui a été acceptée le 25 septembre 2008.
38. Par courrier du 18 novembre 2008, le conseil de M. T_ a prié l'OCP d'adresser à son mandant la prolongation de son autorisation de séjour dans les meilleurs délais.
39. A la suite d'un entretien avec Mme G_ le 7 novembre 2008, l'OCP a demandé le 22 janvier 2009 à M. T_ d'indiquer sa nouvelle adresse, vu qu'il ne résidait plus avec son épouse depuis le mois de septembre 2007, ainsi que ses intentions quant à sa situation matrimoniale.
40. L'administration fiscale cantonale (ci-après : AFC) a attesté qu'au 25 février 2009, M. T_ s'était acquitté de l'intégralité des impôts.
L'office des poursuites a également certifié le 26 février 2009 que l'intéressé ne faisait l'objet d'aucune poursuite.
41. Dans un certificat médical du 26 mars 2009, le Docteur Pascal Seite, spécialiste FMH en chirurgie orthopédique, a notamment confirmé que M. T_ présentait depuis l'accident, « un changement important de sa personnalité et de son comportement associé à une dépression post-traumatique importante ». Les diagnostics posés étaient connus comme provoquant ces changements.
42. Le 12 août 2009, M. T_ a confirmé à l'OCP qu'il habitait désormais chez Madame F_, une amie de sa famille.
Le jour même, l'OCP l'a informé de son intention de refuser le renouvellement de son autorisation de séjour.
43. M. T_ s'est déterminé par écrit à ce sujet le 24 août 2009. Le changement de sa personnalité dû à son accident avait causé sa séparation d'avec son épouse. Il remplissait les conditions de l'art. 50 de la loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr -
RS 142.20
) pour la prolongation de son autorisation de séjour.
44. Par décision du 18 septembre 2009, l'OCP a refusé de renouveler l'autorisation de séjour de M. T_, en application des art. 42, 50 et 96 LEtr, et de l'art. 77 de l’ordonnance relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative du 24 octobre 2007 - OASA -
RS 142.201
). Un délai au 15 décembre 2009 lui était imparti pour quitter la Suisse (art. 66 LEtr).
M. T_ ne séjournait pas régulièrement en Suisse depuis son mariage en 2002, étant donné qu'il faisait l'objet d'une mesure d'interdiction d'entrée pour une durée indéterminée. L'intéressé ne s'était pas non plus conformé à sa décision du 18 juillet 2002. Son séjour en Suisse résultait de son opposition constante. Le 30 juin 2005 était donc la date officielle de l'arrivée de M. T_ en Suisse, son séjour antérieur illégal ne pouvant pas être pris en considération. Il avait été interpellé à plusieurs reprises par la police. La communauté conjugale avec Mme G_ avait cessé depuis le mois de septembre 2007 et il ne résidait plus chez elle. Une reprise de la vie commune ne semblait pas probable. L'union conjugale ayant duré moins de trois ans, l'OCP n'avait pas à examiner l'intégration de M. T_ en Suisse, de sorte que seules des raisons personnelles majeures devaient être prises en considération. Ces dernières n'étaient pas justifiées en l'espèce, vu la fréquence des voyages de l'intéressé en Tunisie, les attaches conservées avec son pays d'origine et l'absence de liens étroits avec la Suisse. Enfin, M. T_ n'alléguait aucun obstacle à son renvoi en Tunisie.
45. Par décision du 25 septembre 2009 (
AJC/4377/2009
), M. T_ a été mis au bénéfice de l'assistance juridique dans le cadre de son recours contre la décision de l'OCP du 18 septembre 2009.
46. Selon certificat médical du 9 octobre 2009, M. T_ a dû subir une intervention neurochirurgicale, au début du mois de janvier 2010.
47. Dans un rapport du 14 octobre 2009, confirmé par un autre du 27 août 2010, Madame Cristine Gertsch, psychologue-psychothérapeute FSP, a attesté suivre M. T_ depuis le 13 mars 2009. Il lui avait été adressé par le centre LAVI à la suite d'un très grave accident de la circulation. Selon son médecin-traitant, le Docteur Francisco-Javier Bernabeu, médecin généraliste, les médecins avaient dénombré trente lésions internes et externes. L'intéressé avait passé douze jours dans le coma. Durant ces dernières années, M. T_ avait été confronté à d'énormes difficultés sur les plans médical, neurologique et psychologique, juridique et socio-économique. En général, M. T_ n'était que partiellement conscient de ses réactions et de leurs effets sur autrui, les mécanismes en jeu relevant directement du (dys)fonctionnement cérébral. A cause de son handicap, le patient avait perdu son statut et sa reconnaissance au sein de sa famille.
48. Le 16 octobre 2009, le Docteur Peter Myers, neurologue FMH, a attesté suivre M. T_ pour un syndrome psycho-organique survenu à la suite de cet accident. Du point de vue neurologique, la situation était équilibrée par la prise de psychotropes (Séroquel 300mg/j, Paroxétine 40mg/j, Dormicum 15mg le soir). Les états d'agressivité de son patient envers lui-même et l'extérieur ne pouvaient être complètement jugulés par la médication. La thérapie devrait certainement être maintenue.
49. Par acte du 19 octobre 2009, M. T_ a recouru contre la décision susmentionnée de l'OCP auprès de la commission cantonale de recours en matière administrative (ci-après : CCRA ou commission), devenue le Tribunal administratif de première instance (ci-après : TAPI) depuis le 1
er
janvier 2011.
Contrairement à ce que soutenait l'OCP, la loi n'exigeait pas que l'union conjugale ait été vécue au bénéfice d'une autorisation de séjour.
In casu
, la durée de la communauté conjugale était de 5 ans et 7 mois. Celle-ci devait être prise en considération dans l'application de l'art. 50 al. 1 LEtr. Son intégration était également réussie, vu qu'il vivait en Suisse depuis 24 ans, qu'il parlait et écrivait couramment le français et que tous ses amis se trouvaient en Suisse. Si la durée de l'union conjugale devait être considérée comme insuffisante, son cas, compte tenu de l'importance et de la nature de ses blessures tant sur le plan physique que psychologique, constituait des raisons personnelles majeures donnant droit à la prolongation de son autorisation de séjour. Les exigences de son traitement l'empêchaient de le suivre en Tunisie, d'autant plus que les modifications de son caractère consécutives à l'accident lui rendaient la vie insupportable là-bas.
50. Le 17 décembre 2009, l'OCP a persisté dans les termes de sa décision, en dépit des arguments invoqués par le recourant.
51. A partir du 21 janvier 2010, M. T_ a été hospitalisé à la clinique de neurologie des HUG pour une opération prévue le lendemain.
52. Depuis le 1
er
mai 2010, M. T_ a sous-loué l'appartement de Madame F_, sis route H_ _, 1207 Genève.
Le 20 mai 2010, il a informé l'OCP de cette nouvelle adresse.
53. Par jugement du 22 septembre 2010 (
JTP/946/2010
), le Tribunal de police a reconnu M. T_ coupable de tentative de menace en mars, mai et juin 2008. Il a été exempté de toute peine.
54. Le 12 novembre 2010, M. T_ a été interpellé après avoir troublé la sécurité publique sur les lieux d'un accident de la circulation. Il a alors été mis en contravention pour excès de bruit et en tant que piéton ne se conformant pas aux ordres et instructions des agents.
M. T_ a expliqué à ces derniers qu'il ne supportait plus la vue d'un accident depuis qu'il en avait lui-même été victime. Il n'avait pas compris que les policiers, faisant la circulation, ne se soient pas directement occupés de son cas.
55. Le 23 mars 2011, le Dr Myers a expliqué qu'il voyait M. T_ de façon très épisodique, soit une à deux fois par an, dans les suites d'un traumatisme crânio-cérébral grave. Celui-ci avait engendré un syndrome psycho-organique important nécessitant de fortes doses de neuroleptiques, pour permettre une stabilisation de son état. Lors du dernier rendez-vous le 18 mars 2011, M. T_ avait constaté une aggravation de son état d'agressivité après l'arrêt du Séroquel. Cette médication lui était donc indispensable pour maintenir une stabilité au sein de la société. D'un point de vue neurologique, il fallait assurer à M. T_ un encadrement stable, dépourvu de stress et de contingences inhabituelles. Si ces facteurs n'étaient pas respectés, M. T_ développerait un état de violence avec même parfois des passages à l'acte. A plusieurs reprises, alors que l'intéressé était particulièrement tendu, anxieux, notamment dans le cadre de procédures juridiques, celui-ci avait retrouvé un certain degré de calme en se rendant auprès de sa sœur en Tunisie. Une prise en charge continue devait être effectuée, l'utilisation de neuroleptiques était impérative dans son cas.
56. Dans un rapport du 30 mars 2011, le Dr Bernabeu a indiqué que M. T_ était son patient depuis le 21 juin 2000. Il le voyait beaucoup plus régulièrement depuis 2004, l'intéressé se disant apaisé lors des consultations au cabinet. Son patient était suivi par divers spécialistes. Ne connaissant pas la Tunisie, il ne pouvait pas se prononcer sur les soins prodigués dans ce pays. L'état de santé de M. T_ nécessitait toutefois un suivi régulier. Était jointe une copie du rapport opératoire du 12 janvier 2011 du Dr Seite, contenant un récapitulatif des trente diagnostics établis depuis l'accident de 2004.
57. Par ordonnance pénale du 30 mai 2011 (P/1997/2010), M. T_ a été déclaré coupable de dommage à la propriété pour des faits qui s'étaient déroulés le 26 juin 2009. Il a été condamné à une peine pécuniaire, complémentaire à celle dont il a été exempté par le Tribunal de police le 22 septembre 2010.
58. Lors d'une audience de comparution personnelle des parties tenue par le TAPI le 21 juin 2011, M. T_ a produit un certificat médical du 2 mai 2011 du Docteur Adham Mancini Marïe, psychiatre, attestant qu'il était suivi depuis le 6 avril 2011 pour un trouble psychique et une atteinte cognitive grave, consécutifs à l'accident précité. M. T_ présentait des altérations des fonctions cognitives (concentration, mémoire, orientation dans le temps et l'espace, capacité d'organisation), des altérations de l'état de l'humeur (anxiété, irritabilité, agitation, tristesse, dépression, difficultés à gérer les émotions) et des altérations de la personnalité (agressivité, impulsivité sans anticipation des conséquences). Le patient était relativement stable avec le traitement médicamenteux suivant : Zyprexa 5mg, Dormicum 15mg, Seroquel 400mg et Paroxétine 40mg. Il était indispensable qu'il bénéficie parallèlement d'une psychothérapie cognitive et comportementale.
a. M. T_ a également expliqué qu'il se rendait à trois consultations médicales par semaine. Il continuait à percevoir des prestations de l'assurance-invalidité (ci-après : AI ; CHF 271.-), une rente de l'office cantonal des personnes âgées (ci-après : OCPA ; CHF 700.-) et de La I_ S.A. (CHF 245.-). Sa famille et des amis le soutenaient financièrement. Il n'avait jamais perçu de prestations de l'Hospice général. Il était toujours hébergé par Mme F_ et lui rendait des services.
b. Mme G_, entendue à titre de renseignements, a expliqué qu'elle et son époux avaient vécu ensemble jusqu'en 2009 environ. Elle avait introduit une requête de mesures protectrices de l'union conjugale pour se protéger de certains actes de son époux, étant donné qu'ils étaient mariés sous le régime de la communauté de biens. L'introduction d'une procédure de divorce ne lui paraissait pas nécessaire. Elle voyait son époux périodiquement, selon les humeurs de celui-ci. Depuis environ deux ou trois ans, ils n'avaient plus de relation de couple. M. T_ avait deux sœurs, l’une vivant en Angleterre et l'autre en Tunisie avec sa mère. Il entretenait des relations régulières avec sa famille. Il n'était plus retourné en Tunisie depuis 2008 ayant perdu son passeport et en raison du refus de l'OCP de renouveler son titre de séjour.
59. Sur demande du 4 juillet 2011 de l'OCP, le consul de Suisse en Tunisie a écrit que le médecin de confiance de l'Ambassade confirmait qu'une prise en charge du cas de M. T_ était possible dans ce pays, tant du point de vue thérapeutique que médicamenteux.
La section analyse sur la migration et les pays (section MILA) de l'ODM lui a répondu le 25 août 2011 que les médicaments suivants, à l'exception du Seroquel, étaient disponibles à Tunis : Olanzapine à la place du Zyprexa, Midazolam à la place du Dormicum, Paroxetine. Une prise en charge complète était possible dans une clinique privée de Tunis.
60. Par jugement du 29 août 2011, notifié le 20 septembre 2011, le TAPI a rejeté le recours précité.
Dès lors qu'une reprise de la vie commune n'était plus envisageable compte tenu de l'état de santé du recourant, celui-ci ne pouvait se prévaloir d'un droit au séjour au sens de l'art. 42 al. 1 LEtr. Selon le dossier et contrairement aux allégations de l'OCP, l'union conjugale avait duré trois ans au minimum. Le statut légal de l'époux durant cette période n'était pas pertinent pour l'admission d'un droit à la prolongation d'une autorisation de séjour après dissolution de la famille. Seule une intégration réussie devait également être prise en considération dans le cadre de l'art. 50 al. 1 let. a LEtr. En l'espèce, la longue présence en Suisse de M. T_, son activité professionnelle et son comportement ne permettaient pas de considérer que tel était le cas. Il n'existait pas non plus de raisons personnelles majeures selon l'art. 50 al. 1 let. b et al. 2 LEtr justifiant la prolongation de son autorisation de séjour. En effet, le recourant n'avait presqu'aucun lien avec Genève, alors qu'il en avait conservé avec sa famille se trouvant en Tunisie. En cas de retour dans son pays, il pourrait également continuer à percevoir certaines prestations sociales de la Suisse. La conjoncture économique et sociale prévalant en Tunisie ne pouvait être prise en considération dans l'analyse de son cas. Un retour du recourant en Tunisie ne le placerait donc pas dans une situation d'extrême gravité. Son état de santé ne s'y opposait pas non plus, vu qu'il pourrait bénéficier des soins nécessaires en Tunisie, ainsi que du soutien de sa famille.
61. Par acte du 17 octobre 2011, M. T_ a recouru contre le jugement précité auprès de la chambre administrative de la Cour de justice (ci-après : la chambre administrative), en concluant à l'annulation de celui-ci et au renouvellement de son autorisation de séjour, sous réserve de l'approbation de l'autorité fédérale compétente. Subsidiairement, il a demandé le renvoi de la cause au TAPI pour nouvelle décision, ainsi qu'un complément d'enquêtes, notamment par l'audition d'une psychologue ; le tout, sous suite de frais et dépens.
Son droit d'être entendu avait été violé car il n'avait pas pu répliquer, ni se déterminer sur les pièces nouvelles versées postérieurement à son audition, le 15 août 2011, presque deux semaines avant que le jugement du TAPI n'ait été rendu. Les premiers juges n'avaient pas non plus discuté le rapport médical du 14 octobre 2009 de Mme Gertsch. Ils ne l’avaient pas davantage entendue, alors qu'il avait expressément sollicité son audition. L'état de faits du jugement attaqué était incomplet, notamment concernant son intégration professionnelle en Suisse avant son accident de 2004. En particulier, la constatation retenue selon laquelle son séjour auprès des membres de sa famille s'était avérée bénéfique ne reposait que sur une appréciation nuancée du Dr Myers. Ce dernier ne l'avait toutefois vu en consultation qu'à deux ou trois reprises par année, tandis que Mme Gertsch l'avait vu seize fois en sept mois. Il faisait également grief au TAPI d'avoir violé l'art. 50 al. 1 et 2 LEtr. Le fait qu'il ait dû écourter ses séjours en Tunisie chaque fois qu'il s'y rendait en raison de ses difficultés à supporter certaines caractéristiques de son pays d'origine démontrait que sa réintégration sociale y serait fortement compromise. Cela se justifiait d'autant plus qu'il devait bénéficier d'un encadrement particulier en raison de son état de santé. Concernant les mesures médicales permanentes et pointues nécessaires, le courriel du Consul de l'Ambassade suisse ne répondait pas à cette question de manière satisfaisante et complète.
62. Par pli du 24 octobre 2011, le TAPI a indiqué qu'il n'avait pas d'observations à formuler.
63. Par décision du 8 novembre 2011, M. T_ a été mis au bénéfice de l'assistance juridique dans le cadre de la présente procédure de recours (
AJC/4420/2011
).
64. Dans ses observations du 16 novembre 2011, l'OCP a confirmé sa décision et conclu au rejet du recours.
Pour l'essentiel, il reprenait ses précédents motifs en les développant. Au surplus, le TAPI disposait des éléments nécessaires pour se prononcer sans qu'il soit nécessaire d'entendre Mme Gertsch à titre de témoin, de sorte que le droit d'être entendu du recourant n'avait pas été violé.
65. Le 22 novembre 2011, le juge délégué a prié le recourant de délier du secret professionnel Mme Gertsch, en vue de l'audition de cette dernière.
66. Par courrier du 24 novembre 2011, M. T_ a demandé l'audition de la Doctoresse Julia Vecsey, présidente de l'association FRAGILE, association suisse des personnes cérébro-lésées et de leurs proches.
67. Une audience de comparution personnelle des parties et d'enquêtes a eu lieu le 19 décembre 2011.
a. M. T_ était alors absent et représenté par son conseil. D'après ce dernier, son mandant avait le même comportement avec lui qu'avec Mme Gertsch, à savoir qu'il disparaissait et réapparaissait selon son état d'humeur. Il n'avait pas d'information récente sur l'évolution des problèmes médicaux.
b. Mme Gertsch a été entendue en qualité de témoin. Elle avait suivi M. T_ de mars 2009 à mai 2011, ce qui représentait trente-cinq consultations. Le patient lui avait été adressé par le centre LAVI, et venait la consulter de manière intermittente, en fonction de ses hospitalisations et autres problèmes médicaux. Durant les premières années suivant son accident, M. T_ avait été pris en charge par plusieurs médecins pour les problèmes physiques dont il souffrait. Lorsqu'il l'avait consultée, il avait commencé à traiter les questions de choc post-traumatique et les très nombreuses pertes auxquelles il avait dû faire face, à savoir son incapacité de travail, ainsi que la diminution de ses capacités de concentration et d'attention. Son épouse l'avait quitté. M. T_ prenait régulièrement des médicaments, notamment le Seroquel, lequel avait des effets antidépresseurs. Lors des premières consultations, il était venu avec des béquilles, avait encore des vis d'ostéosynthèse fixées dans la tête et prenait très peu soin de lui. Depuis lors, sa situation avait lentement évolué positivement, notamment au niveau de sa présentation et par une prise de conscience des effets de ses sautes d'humeur vis-à-vis des tiers. Ces symptômes étaient liés au syndrome frontal. Il s'agissait de l'une des situations les plus complexes qu'elle avait eues à suivre. Selon elle, une prise en charge de très longue durée s'imposait, ce que l'assurance-accident avait admis. Elle avait aussi aidé et accompagné M. T_ à structurer les démarches qu'il devait entreprendre, celui-ci n'étant pas toujours capable de prendre des initiatives à bon escient. M. T_ était également suivi par le Dr Marïe, avec lequel elle avait eu beaucoup de contacts. Le Dr Bernabeu pilotait la prise en charge de l'intéressé. Si M. T_ ne bénéficiait pas des soins adéquats et des médicaments nécessaires, il risquait de se clochardiser et d'être agressé, vu son comportement.
Mme Gertsch a également versé à la procédure son rapport du 12 avril 2011, dont elle confirmait la teneur. A cet égard, elle a précisé avoir fait d'autres démarches pour des patients magrébins. A sa connaissance, la Tunisie ne disposait pas de centre ni de structure offrant une prise en charge similaire à celle de la LAVI. Il lui semblait indispensable que M. T_ puisse rester en Suisse, pays ayant un très haut niveau de soins médicaux, afin de bénéficier des traitements nécessaires. Il était retourné plusieurs fois en Tunisie, mais avait abrégé son séjour, ses problèmes psychologiques lui interdisant de rester là-bas. Il n'y avait plus aucun repère et ne supportait plus la désorganisation, les bruits, etc. Il était également anxieux de ne pas savoir où et comment se faire prendre en charge s'il souffrait d'un problème physique. Depuis la révolution tunisienne, la situation s'était encore compliquée, car M. T_ portait le même nom de famille que l'épouse de l'ancien président, sans que les familles ne soient liées. Cela rendait son intégration encore plus difficile. En Suisse, M. T_ avait rencontré beaucoup de compréhension de la part de son entourage, y compris de la police. Elle craignait que cela ne soit pas le cas en Tunisie. Une lecture rapide de l'analyse de l'ODM du 25 août 2011 quant aux possibilités de traiter les problèmes de M. T_ en Tunisie, démontrait que le Seroquel n'y était pas disponible. Concernant la clinique privée citée pour le traitement des problèmes neurochirurgicaux, elle relevait que la prise en charge spécifique nécessaire aux troubles post-traumatiques n'y était pas du tout mentionnée.
Au surplus, le rapport précité confirmait ses propos et précédents rapports. Durant ces dernières années, M. T_ avait subi plus de dix opérations sous anesthésie générale et de nouvelles n'étaient pas à exclure. Les conséquences neurologiques et psychologiques de l'accident étaient considérables au niveau du fonctionnement quotidien de M. T_ (sommeil, concentration, mémoire, orientation dans le temps et l'espace, et capacités d'organisation), de l'altération de l'humeur de celui-ci (par l'état de stress post-traumatique impliquant dépression, anxiété, irritabilité) avec une grande difficulté, liée à l'atteinte frontale, à maîtriser les mouvements émotionnels ; et de la transformation de son caractère et de sa personnalité en raison de l'atteinte frontale.
c. L'OCP a persisté dans sa décision.
d. Au terme de cette audience, un délai au 30 janvier 2012 a été accordé au conseil de M. T_ pour communiquer à la chambre le nom des derniers médecins l'ayant suivi.
68. Le 20 janvier 2012, l'OCP a adressé au juge délégué copie d'un rapport de police du 30 décembre 2011.
A teneur de celui-ci, M. T_ avait été arrêté le dimanche 18 décembre 2011 en flagrante contravention pour la détention ou le port d'une arme interdite, soit un spray d'autodéfense, l'excès de bruit, y compris dans un appartement, et le non-renouvellement de son autorisation de séjour.
69. Le 26 janvier 2012, le conseil de M. T_ a communiqué au juge délégué les noms des médecins ayant suivi son mandant, soit le Dr Seite et la Doctoresse Nathalie Vokatch, neurologue. Le dernier psychiatre ayant vu M. T_ était le Dr Marïe.
Le certificat médical précité du Dr Seite du 26 mars 2009 était annexé à cette lettre.
70. Par courrier du 13 février 2012, le juge délégué a prié M. T_ de prendre les dispositions utiles pour que la Dresse Vokatch et les Dr Seite et Marïe soient déliés de leur secret professionnel pour l'audience prévue le 27 février 2012.
71. Le 21 février 2012, M. T_ a transmis au juge délégué une attestation par laquelle il levait le Dr. Marïe de son secret médical.

## Considerations