# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 8350f0b6-0626-5baf-91b8-06052f7a8b8b
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_002
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
a.
Par requête déposée le 28 mars 2018 au greffe du Tribunal de première instance, A_, représenté par B_, a requis le séquestre de la créance en salaire, y compris 13
ème
salaire et gratifications, de C_, domiciliée en France, auprès de son employeur, "D_", [à l'adresse] _ [GE].
Il a fait valoir neuf créances qui totalisent plus de 342'000 fr., se fondant pour trois d'entre elles sur une ordonnance d'injonction de payer rendue par le Tribunal d'Instance de _ (France) le 6 juin 2012 et pour le reste sur trois contrats de prêt n
os
1_, 2_ et 3_. A cet égard, A_ a allégué que C_ et son époux, E_, avaient conclu ces prêts pour l'acquisition d'un bien immobilier. Après la vente de celui-ci, il avait mis en demeure les époux C_/E_ de rembourser le solde des trois prêts, plus intérêts, soit
269'332.68 euros.
A l'appui de sa requête, A_ a notamment produit les pièces suivantes :
- l'ordonnance d'injonction de payer du Tribunal d'Instance de _ [France] du 6 juin 2012 portant sur les sommes dues en vertu du contrat de prêt
n° 4_ (2'417.30 euros, plus intérêts au taux légal dès le 31 mars 2012), celui n° 5_ (1'882.78 euros, plus intérêts au taux légal dès le 31 mars 2012) et celui n° 6_ (15'060.25 euros, plus intérêts au taux légal dès le 31 mars 2012) et l'acte de notification de cette ordonnance à C_, dont le coût était de 82.51 euros;![endif]>![if>
- les trois contrats de prêt n
os
1_, 2_ et 3_ conclus le 31 mars 2006 entre C_ et E_, d'une part, et A_, d'autre part. Celui
n° 1_ portait sur une somme de 221'278.79 euros, celui n° 2_ sur un montant de 73'523.74 euros et celui n° 3_ sur une somme de 88'254.21 euros, soit un total de 383'056.74 euros; ![endif]>![if>
- deux courriers du 25 septembre 2014, l'un adressé à C_ et l'autre à E_, par lesquels A_ les informait que suite à la vente judiciaire de leur bien immobilier, il avait perçu un montant de 250'056.42 euros. Il leur réclamait donc le remboursement de la somme de 269'332.68 euros, correspondant au solde des trois prêts, plus intérêts, après déduction de la somme perçue de ladite vente; ![endif]>![if>
- les annexes de ce courrier, soit les décomptes des sommes dues (solde et intérêts) au 15 octobre 2014 établis par A_;![endif]>![if>
- une ordonnance de séquestre rendue le 1
er
mars 2017 par le Tribunal de première instance et un procès-verbal du même jour d'exécution dudit séquestre, lesquels mentionnent que l'employeur de C_ lui versait un revenu mensuel net de 5'930 fr. 85, et que la retenue imposée correspondait à 1'004 fr. par mois, ainsi qu'à l'intégralité du 13
ème
salaire, des commissions et des gratifications.![endif]>![if>
b.
Par ordonnance SQ/339/2018 du 12 avril 2018, le Tribunal a rejeté la requête de séquestre, au motif que A_ n'avait pas rendu vraisemblable l'existence de biens appartenant à C_ à l'adresse indiquée.
c.
Par arrêt
ACJC/639/2018
du 22 mai 2018, la Cour de justice a annulé l'ordonnance précitée et renvoyé la cause au Tribunal pour nouvelle décision, admettant le grief de formalisme excessif invoqué par A_ dans son recours.
d.
Par ordonnance SQ/556/2018 du 4 juin 2018, reçue le 7 juin 2018 par A_, le Tribunal a ordonné au bénéfice de ce dernier le séquestre à l'encontre de C_ de la part saisissable de son salaire (y compris le 13
ème
salaire et toutes gratifications) auprès de son employeur, soit « D_, [à l'adresse] _ [GE] », à concurrence de 6'135 fr. (chiffre 1 du dispositif), rejeté la requête de séquestre pour le surplus (ch. 2), mis les frais judiciaires à charge de C_ à raison de 1/20
ème
(ch. 3), arrêté ceux-ci à 750 fr., en les compensant avec l'avance de frais fournie (ch. 4), condamné en conséquence C_ à verser au A_ la somme de 37 fr. 50 à titre de restitution partielle de l'avance de frais fournie (ch. 5), arrêté les dépens à 5'000 fr. (ch. 6) et condamné C_ à payer la somme de 250 fr. à titre de dépens (ch. 7).
Le Tribunal a notamment considéré que le recourant n'avait pas rendu vraisemblable le montant des créances issues des prêts n
os
1_, 2_ et 3_, ainsi que les intérêts afférents. Le recourant n'ayant pas produit le décompte de la vente judiciaire du bien immobilier, le montant recouvré grâce à cette vente n'était pas rendu vraisemblable et, partant, le solde des prêts. Le courrier de mise en demeure du 25 septembre 2014 n'avait pas plus de portée qu'un allégué.
B.
Par acte expédié le 8 juin 2018 au greffe de la Cour, A_ recourt contre cette ordonnance, dont il sollicite la modification, en ce sens que la vraisemblance des montants dus en vertu des prêts n
os
1_, 2_ et 3_, soit admise. Il conclut ainsi à ce que la Cour statue sur le fond ou renvoie la cause au Tribunal pour nouvelle décision, avec suite de dépens.
Il produit des pièces nouvelles, soit sa requête en séquestre du 16 novembre 2015 à l'encontre de E_ (pièce n° 3) et son bordereau de pièces (n° 4), un courrier du Tribunal du 22 janvier 2016 (n° 5), l'ordonnance de séquestre n° 7_ du 21 janvier 2016 rendue à l'encontre de E_ et le procès-verbal de non-lieu de séquestre afférent (n° 6).

## Considerations

EN DROIT
1.
1.1
En matière de séquestre, la procédure sommaire est applicable
(art. 251 let. a CPC).
Contre une décision refusant un séquestre, qui est une décision finale en tant qu'elle met fin à l'instance d'un point de vue procédural, seul le recours est ouvert (art. 309 let. b ch. 6 et 319 let. a CPC; arrêt du Tribunal fédéral
5A_508/2012
du 28 août 2012 consid. 3.2; Hohl, Procédure civile, tome II, 2010, n. 1646).
1.2
Le recours, écrit et motivé, doit être formé dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision (art. 321 al. 1 et 2 CPC).
Déposé selon la forme et le délai prescrits, le recours est recevable.
2.
2.1
La cognition de la Cour est limitée à la violation du droit et à la constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC).
Ainsi, l'autorité de recours n'examine que les constatations de fait critiquées par le recourant et dont celui-ci démontre qu'elles sont manifestement inexactes, c'est-à-dire arbitraires (Hohl, op. cit., n° 2307 p. 422, n° 2510 p. 452 et n° 2515 p. 453). A défaut de ces précisions, l'autorité de recours n'examine la violation du droit qu'à partir des faits constatés par le premier juge (Tappy, Les voies de droit du nouveau Code de procédure civile, in JdT 2010 III p. 115 ss, p. 158).
2.2
La procédure de séquestre est soumise dans toutes ses phases à la maxime de disposition et à la maxime des débats (art. 58 al. 2 CPC; art. 255 CPC a contrario).
2.3
Au stade de la requête et de l'ordonnance de séquestre, la procédure est unilatérale et le débiteur n'est pas entendu (art. 272 LP; ATF
133 III 589
consid.1; Hohl, op. cit., n° 1637 p. 299).
Dans le cadre du recours contre l'ordonnance de refus de séquestre, la procédure conserve ce caractère unilatéral, car, pour assurer son efficacité, le séquestre doit être exécuté à l'improviste; partant, il n'y a pas lieu d'inviter C_ à présenter ses observations (ATF
107 III 29
consid. 2 et 3; arrêts du Tribunal fédéral
5A_344/2010
du 8 juin 2010 consid. 5, in RSPC 2010 p. 400, et
5A_279/2010
du 24 juin 2010 consid. 4).
3.
Dans le cadre du recours, les conclusions, les allégations de faits et les preuves nouvelles sont irrecevables (art. 326 al. 1 CPC).
Les dispositions spéciales réservées par la loi (art. 326 al. 2 CPC) n'entrent pas en ligne de compte, dès lors qu'elles concernent essentiellement les recours contre les jugements de faillite (art. 174 LP) ainsi que les recours sur opposition au séquestre (art. 278 al. 3 LP; Message du Conseil fédéral relatif au Code de procédure civile (CPC), FF 2006 6841, p. 6986; Freiburghaus/Afheldt, in Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung (ZPO), 2013, n° 4 ad art. 326 CPC; Brunner, in Kurzkommentar ZPO, 2013, n° 4 ad art. 326 CPC;
ACJC/11/2016
du 6 janvier 2016 consid. 3).
Il s'ensuit que les pièces nouvelles produites par le recourant, ainsi que les faits qui s'y rapportent, sont irrecevables.
4.
Le recourant reproche au premier juge d'avoir fait preuve de formalisme excessif en considérant qu'il n'avait pas rendu vraisemblable le montant des créances issues des prêts n
os
1_, 2_ et 3_.
4.1.1
Aux termes de l'art. 271 al. 1 ch. 4 LP, le créancier d'une dette échue et non garantie par gage peut requérir le séquestre des biens du débiteur qui se trouvent en Suisse lorsque le débiteur n'habite pas en Suisse et qu'il n'y a pas d'autre cas de séquestre, pour autant que la créance ait un lien suffisant avec la Suisse ou qu'elle se fonde sur une reconnaissance de dette au sens de l'art. 82 al. 1 LP.
En vertu de l'art. 272 al. 1 LP, le séquestre est autorisé par le juge du for de la poursuite ou par le juge du lieu où se trouvent les biens, à condition que le créancier rende vraisemblable que sa créance existe (ch. 1), qu'on est en présence d'un cas de séquestre (ch. 2) et qu'il existe des biens appartenant au débiteur (ch. 3).
4.1.2
Les faits à l'origine du séquestre doivent être rendus simplement vraisemblables (art. 272 LP; Stoffel/Chabloz, Commentaire romand, Poursuite et faillite, 2005, n° 7 et 11 ad art. 278 LP). Tel est le cas lorsque, se fondant sur des éléments objectifs, le juge acquiert l'impression que les faits pertinents se sont produits, mais sans qu'il doive exclure pour autant la possibilité qu'ils se soient déroulés autrement (ATF
138 III 232
consid. 4.1.1; en général: cf. ATF
130 III 321
consid. 3.3; Stoffel/Chabloz, op. cit., n° 3 ad art. 272 LP).
A cet effet, le créancier séquestrant doit alléguer les faits et produire un titre (art. 254 al. 1 CPC) qui permette au juge du séquestre d'acquérir, au degré de la simple vraisemblance, la conviction que la prétention existe pour le montant énoncé et qu'elle est exigible (ATF
138 III 636
consid. 4.3.2; arrêt du Tribunal fédéral
5A_877/2011
du 5 mars 2012 consid. 2.1).
Compte tenu des effets rigoureux du séquestre, il n'est pas arbitraire d'user d'une appréciation sévère pour l'examen de la vraisemblance (Chaix, Jurisprudences genevoises en matière de séquestre, in SJ
2005 II 363
; Gillieron, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, 2003, n° 27
ad art. 278 LP).
Les documents librement confectionnés par l'une des parties au procès sont sujets à caution et n'ont a priori pas plus de valeur que de simples allégations de cette partie (arrêt du Tribunal fédéral
4A_578/2011
du 12 janvier 2012 consid. 4).
En particulier, la simple production d'une facture, d'un relevé de prestations ou d'un autre document produit unilatéralement par le créancier n'est pas suffisante pour rendre vraisemblable la créance (Bauer, BSK SchKG BE, 2017, n° 8b ad art. 272 LP).
4.2
En l'espèce, le recourant a fondé sa requête de séquestre, s'agissant des prêts n
os
1_, 2_ et 3_, sur les contrats y afférents, son courrier de mise en demeure du 25 septembre 2014 et les pièces jointes à celui-ci, soit les décomptes des sommes établies par lui au 15 octobre 2014.
Ce courrier, ainsi que ces annexes, font état d'un recouvrement de créance à hauteur de 250'056.42 euros, provenant de la vente judiciaire du bien immobilier de la débitrice. Ce montant ne ressort toutefois d'aucune autre pièce du dossier. Comme retenu par le premier juge, le courrier de mise en demeure du recourant, et ses décomptes, ne valent qu'allégation de partie. Ces pièces, seules, ne peuvent donc pas suffire à rendre plausible le solde des prêts encore dû et les intérêts afférents. Le recourant pouvait aisément produire d'autres pièces pour rendre vraisemblable le montant perçu de la vente judiciaire du bien immobilier, soit le décompte de celle-ci ou encore une attestation du virement perçu à ce titre, ce qu'il n'a pas fait.
Conformément aux principes rappelés
supra
, le premier juge a, à raison, fait preuve de rigueur dans l'examen de la vraisemblance du montant de la créance alléguée compte tenu des effets sévères du séquestre, qui plus est sur le salaire de la débitrice. Le grief invoqué de formalisme excessif est donc infondé.
Partant, le recours sera rejeté.
5.
Les frais judiciaires du recours seront arrêtés à 1'125 fr. (art. 48 et 61 al. 1 OELP). Ils seront mis à la charge du recourant, qui succombe (art. 106 al. 1 CPC). Ils seront entièrement compensés avec l'avance de frais, d'un montant correspondant, fournie par celui-ci, laquelle reste acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC).
* * * * *