# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** f246ebb7-0378-4dfc-b462-1a08f35ecb24
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2004
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A. Y._ a obtenu différentes autorisations de séjour et de travail frontalière depuis le mois de mai 1989, dont la dernière, de type CE/AELE, valable jusqu'au 3 août 2003 en qualité d'aide-charpentier auprès de X._ SA à Yverdon, entreprise de travail fixe et temporaire.
Cette société a complété le 29 septembre 2003 une nouvelle demande en vue d'engager l'intéressé en qualité d'aide-ferblantier dès le 25 août 2003. Cette demande a fait l'objet d'un préavis favorable de l'Office du travail d'Yverdon le 6 octobre 2003. Sur requête de l'OCMP du 21 octobre 2003, X._ SA a produit un certain nombre de documents complémentaires, dont une copie de son autorisation de pratiquer la location de services, autorisation datée du 28 août 2003.
B. Par décision du 25 novembre 2003, l'OCMP a refusé de délivrer l'autorisation requise au motif que l'entreprise requérante n'était pas au bénéfice d'une autorisation fédérale de pratiquer la location de services.
C. C'est contre cette décision que X._ SA a recouru auprès du Tribunal de céans par acte du 11 décembre 2003. La société précitée a fait part de sa surprise, s'y est référée à une correspondance adressée le 5 novembre 2003 à l'OCMP, correspondance dans laquelle elle avait rappelé les diverses étapes qui avaient marqué sa demande qui ne concernait en réalité qu'un renouvellement d'autorisation et non une première prise d'emploi.
D. Par décision incidente du 9 janvier 2004, le juge instructeur du tribunal a suspendu l'exécution de la décision attaquée en ce sens que Y._ a été autorisé à poursuivre son séjour et son activité dans le Canton de Vaud jusqu'au terme de la présente procédure.
E. Dans ses déterminations du 25 février 2004, l'OCMP a précisé que sa décision était fondée sur les éléments objectifs figurant dans son dossier, que Y._ avait été enregistré au registre central des étrangers comme étant parti à l'étranger dès le 13 septembre 2002 et qu'il y avait donc lieu de considérer qu'il ne faisait plus partie du marché du travail, ce qui justifiait l'exigence de l'autorisation fédérale de pratiquer la location de services qui elle seule permettait à une entreprise de location de services de recruter un ressortissant européen à l'étranger pour le placer en mission en Suisse. L'autorité intimée a encore relevé qu'il ressortait des explications de la recourante qu'elle avait eu des contacts avec l'autorité communale à la suite desquels l'intéressé avait poursuivi son activité en Suisse jusqu'à la fin de l'année 2002, qu'il aurait également effectué plusieurs missions pour X._ SA jusqu'à l'été 2003 et qu'il apparaissait donc que cette société avait traité directement de bonne foi avec l'autorité communale.
La recourante n'a pas déposé d'observations complémentaires dans le délai imparti à cet effet.
F. Le Tribunal administratif a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit:
1. a) Aux termes de l'art. 4 al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (ci-après LJPA), le Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsqu'aucune autre autorité n'est expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du Service de la population et de l'Office cantonal de la main-d'oeuvre et du placement rendues en matière de police des étrangers.
Selon l'art. 31 LJPA, le recours s'exerce dans les 20 jours à compter de la communication de la décision attaquée. En l'espèce, le recours a été déposé en temps utile. Dans la mesure où la recourante a sommairement motivé son pourvoi dans le délai qui lui a été imparti à cet effet par le juge instructeur du tribunal, les conditions formelles énoncées à l'art. 31 LJPA peuvent être considérées comme remplies, de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
b) Selon l'art. 1a de la loi fédérale sur le séjour et l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (ci-après : LSEE), tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s'il est au bénéfice d'une autorisation de séjour ou d'établissement ou si, selon la loi, il n'a pas besoin d'une telle autorisation. Selon l'art. 4 LSEE, l'autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec étrangers, sur l'octroi de l'autorisation de séjour. Pour les autorisations, les autorités doivent tenir compte des intérêts moraux et économiques du pays, ainsi que du degré de surpopulation étrangère (art. 16 LSEE). Ainsi, les ressortissants étrangers ne bénéficient d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sous réserve des dispositions contraires découlant de la loi ou des traités internationaux.
2. Le refus de l'OCMP fait suite à une demande présentée par X._ SA en vue d'obtenir une autorisation de séjour et de travail frontalière en faveur de Y._, ressortissant français.
a) Le recours doit être examiné à la lumière des dispositions pertinentes de l'Accord du 21 juin 1999 entre la Confédération suisse, d'une part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d'autre part, sur la libre circulation des personnes (ALCP).
Conformément à l'art. 1 ALCP, l'objectif de cet accord est notamment d'accorder, en faveur des ressortissants ou des parties contractantes, un droit d'entrer, de séjour et d'accès à une activité économique salariée sur le territoire de ces mêmes parties. Le droit de séjour et d'accès à une activité économique est garanti conformément aux dispositions de l'Annexe I à l'Accord. L'art. 7 de l'Annexe précitée précise que le travailleur frontalier salarié est un ressortissant d'une partie contractante qui est sa résidence sur le territoire d'une partie contractante et qui exerce une activité salariée sur le territoire de l'autre partie contractante en retournant à son domicile en principe chaque jour, ou au moins une fois par semaine. Cette disposition mentionnait également que les travailleurs frontaliers n'ont pas besoin d'un titre de séjour, mais que l'autorité compétente de l'état de l'emploi peut doter les travailleurs frontaliers salariés d'un titre spécifique pour une durée de cinq ans au moins ou pour la durée de son emploi si celle-ci est supérieure à trois mois et inférieure à un an.
Selon l'art. 2 al. 2 de l'ordonnance du Conseil fédéral du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE), cette ordonnance n'est applicable aux étrangers dont le séjour est régi par la LCP que dans la mesure où elle prévoit un statut juridique plus avantageux ou lorsque l'accord ne prévoit pas de dispositions dérogatoires. L'art. 8 al. 5 OLE rappelle qu'une autorisation pour frontalier ne peut être accordée qu'à des étrangers au bénéfice d'un droit de séjour permanent dans un Etat voisin.
b) Il convient tout d'abord en l'espèce de rappeler que Y._ a obtenu plusieurs autorisations frontalières depuis 1989 et qu'il a plus particulièrement été mis au bénéfice, le 5 août 2002, d'une autorisation frontalière CE/AELE valable pour toutes les zones frontalières jusqu'au 3 août 2003 pour lui permettre de travailler pour le compte de la recourante, X._ SA.
Toujours selon les indications qui figurent au dossier, le bureau des étrangers d'Yverdon-les-Bains a annoncé le 12 septembre 2002 un changement d'employeur. Y._ a en effet été employé depuis le 11 du même mois par Adecco SA à Yverdon. D'après le registre central des étrangers, l'intéressé a par la suite été enregistré comme parti à l'étranger dès le 13 septembre 2002 même si le dossier ne contient aucune trace de l'annonce d'un tel départ. L'OCMP admet de toute manière, dans ses déterminations, que la recourante a continué à occuper Y._ après cette date ainsi que durant l'année 2003 et ce en se fondant de bonne foi sur les indications de l'autorité communale.
Cela étant, le seul motif de refus présenté dans la décision litigieuse réside dans le fait que la recourante ne serait pas en possession d'une autorisation fédérale de pratiquer la location de services. Le dossier de l'OCMP contient pourtant une copie de l'autorisation délivrée par la Confédération suisse et le Canton de Vaud le 28 août 2003 à X._ SA en application de la loi fédérale du 6 octobre 1989 sur le Service de l'emploi et la location de services et de la loi cantonale du 17 mai 1993 sur l'emploi et l'aide aux chômeurs. Ce document autorise la recourante à pratiquer la location de services.
Le motif de refus invoqué par l'autorité intimée n'est donc pas fondé.
3. Il ressort des considérants qui précèdent que la décision litigieuse est mal fondée. Elle doit donc être annulée et le recours admis, les frais en étant laissés à la charge de l'Etat (art. 55 LJPA). Il n'y a toutefois pas lieu d'allouer des dépens à la recourante qui n'a pas procédé par l'intermédiaire d'un mandataire professionnel.