# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 8832ad54-9cc4-4a76-b9fa-775b9c1636d1
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2004
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A. X._ est entré en Suisse le 19 janvier 1992 et y a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par décision de l'Office fédéral des réfugiés (ODR) du 23 juin 1992. L'intéressé a donc été renvoyé de Suisse et un délai au 15 août 1992 lui a été imparti pour quitter notre pays, le canton de Vaud étant chargé de l'exécution de ce renvoi.
La Commission suisse de recours en matière d'asile (CRA) a rejeté le 22 mai 1996 le recours interjeté par l'intéressé contre la décision précitée. A cette occasion, la commission a constaté que le recours devait également être rejeté en tant qu'il portait sur le renvoi de X._ et son exécution. Un nouveau délai au 15 août 1996 a ainsi été imparti par l'ODR à l'intéressé le 29 mai 1996 pour quitter la Suisse.
Par décision du 30 mai 1997, la CRA a admis la demande de révision présentée par l'intéressé contre sa précédente décision du 22 mai 1996. Elle l'a donc annulée et a repris l'instruction du recours interjeté le 10 août 1992.
Par avis du 3 août 2000, le SPOP a informé X._ que son dossier avait été présenté à l'ODR dans le cadre de l'Action humanitaire 2000, pour une éventuelle admission provisoire individuelle.
En date du 10 septembre 2001, l'ODR a rendu une nouvelle décision annulant sa décision initiale du 23 juin 1992 en tant qu'elle portait sur le délai imparti à l'intéressé pour quitter la Suisse sous peine de refoulement et qu'elle chargeait le canton de Vaud de l'exécution de ce renvoi. X._ a ainsi été admis provisoirement en Suisse conformément à la décision du Conseil fédéral du 1
er
mars 2000 concernant l'Action humanitaire 2000. Le canton de Vaud a été chargé de l'exécution de cette admission provisoire ainsi que de celle d'un éventuel renvoi lors de la levée de cette mesure.
La CRA a donc ainsi pris acte, par ordonnance du 28 janvier 2002 du retrait du recours de l'intéressé contre la décision de l'ODR du 23 juin 1992 et a classé la procédure de recours devenue sans objet.
B. X._ a présenté au SPOP le 9 janvier 2003 une demande visant à la transmission de son dossier à l'autorité fédérale pour obtention d'une autorisation de séjour annuelle sur la base de l'art. 13 litt. f de l'ordonnance du Conseil fédéral du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE).
La Police judiciaire de Lausanne a établi le 18 mars 2003 un rapport de renseignements généraux concernant X._. Il y était indiqué qu'il s'exprimait relativement bien en français, que son comportement général n'avait jamais fait l'objet d'une quelconque plainte parvenue à la connaissance des services de police, qu'il avait eu différents emplois de 1994 à 1995, de 1996 à 1997 et durant un mois en 1999, qu'il était à l'entière charge de la Fondation vaudoise pour l'accueil des requérants d'asile (FAREAS) à hauteur de 464 fr. par mois, qu'il était à la recherche d'un emploi et qu'il vivait seul dans un studio dont le loyer de 550 fr. par mois était payé par la fondation précitée.
Sur requête du SPOP, la FAREAS a indiqué le 5 mai 2003 que l'intéressé était totalement assisté depuis le mois de novembre 1999, qu'il avait été autonome financièrement du mois d'octobre 1994 au mois d'octobre 1999, sauf durant les mois d'avril à août 1996 et le mois de février 1997 où il avait été totalement assisté et qu'il n'y avait pas de raison particulière l'empêchant de trouver un emploi.
C. Par décision du 27 novembre 2003, le SPOP a refusé de délivrer une autorisation de séjour à l'intéressé aux motifs qu'il était totalement assisté par la FAREAS depuis le mois de novembre 1999, que, compte tenu de son état de santé, il n'exerçait pas d'activité lucrative et qu'en conséquence des motifs d'assistance publique s'opposaient à l'octroi d'une quelconque autorisation de séjour.
D. C'est contre cette décision que X._ a recouru auprès du Tribunal de céans par acte du 17 décembre 2003. Il y a notamment fait valoir qu'il était à la recherche d'un emploi malgré le trouble dépressif moyen à sévère chroniquement présent dont il souffrait et que son statut d'étranger admis provisoirement en Suisse lui posait problème dans le cadre de ses recherches puisque les employeurs potentiels se montraient réticents à engager une personne au statut provisoire. Il a donc conclu, avec suite de frais et dépens, à l'annulation de la décision litigieuse. Il a aussi requis d'être dispensé de procéder à une avance de frais dans le cadre de la présente procédure. A ce recours était joint un certificat du 15 décembre 2003 du Service de psychiatrie de liaison de la Policlinique médicale universitaire, certificat indiquant notamment que la symptomatologie présentée par l'intéressé était compatible avec un trouble dépressif moyen à sévère, chroniquement présent depuis plus d'une année malgré différents traitements.
E. Par avis du 31 décembre 2003, le juge instructeur du tribunal a notamment dispensé le recourant de procéder au paiement d'une avance de frais.
F. Le SPOP a déposé ses déterminations le 29 janvier 2004. Il y a repris, en les développant, les motifs présentés à l'appui de la décision litigieuse et a conclu au rejet du recours.
Le recourant n'a pas déposé de mémoire complémentaire dans le délai imparti à cet effet.
G. Le Tribunal administratif a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit:
1. Aux termes de l'art. 4 al. 1 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (ci-après LJPA), le Tribunal administratif connaît en dernière instance cantonale de tous les recours contre les décisions administratives cantonales ou communales lorsque aucune autre autorité n'est expressément désignée par la loi pour en connaître. Il est ainsi compétent pour statuer sur les recours interjetés contre les décisions du Service de la population et de l'Office cantonal de la main-d'oeuvre et du placement rendues en matière de police des étrangers.
2. Selon l'art. 31 LJPA, le recours s'exerce dans les 20 jours à compter de la communication de la décision attaquée. En l'espèce, le recours a été déposé en temps utile et satisfait par ailleurs aux conditions formelles énoncées à l'art. 31 LJPA, de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
3. En dehors des cas où une disposition légale prévoit expressément le contrôle de l'opportunité d'une décision, le Tribunal administratif n'exerce qu'un contrôle en légalité, c'est-à-dire examine si la décision entreprise est contraire à une disposition légale ou réglementaire expresse, ou relève d'un excès ou d'un abus du pouvoir d'appréciation (art. 36 litt. a et c LJPA). La loi fédérale sur le séjour et l'établissement des étrangers du 26 mars 1931 (ci-après LSEE) ne prévoyant aucune disposition étendant le pouvoir de contrôle de l'autorité de recours à l'inopportunité, ce grief ne saurait donc être examiné par le tribunal de céans.
Conformément à la jurisprudence, il y a abus du pouvoir d'appréciation lorsqu'une autorité, usant des compétences qui lui sont dévolues par la loi, se laisse guider par des considérations non pertinentes ou étrangères au but des dispositions applicables, ou encore lorsqu'elle statue en violation des principes généraux du droit administratif que sont l'interdiction de l'arbitraire, l'égalité de traitement, la bonne foi et la proportionnalité (cf. sur tous ces points, ATF 110 V 365 cons. 3b in fine; ATF 108 Ib 205 cons. 4a). Commet un excès de son pouvoir d'appréciation l'autorité qui sort du cadre de sa liberté d'appréciation en usant d'une faculté qui ne lui appartient pas (par exemple en optant pour une solution différente de celles qui s'offrent à elle). On peut également ajouter l'hypothèse d'un excès de pouvoir négatif visant le cas de l'autorité qui, au lieu d'utiliser sa liberté d'appréciation, se considère comme liée (voir notamment arrêt TA PE 97/0615 du 10 février 1998).
4. Selon l'art. 1a LSEE, tout étranger a le droit de résider sur le territoire suisse s'il est au bénéfice d'une autorisation de séjour ou d'établissement, ou si, selon la présente loi, il n'a pas besoin d'une telle autorisation. Selon l'art. 4 LSEE, l'autorité statue librement, dans le cadre des prescriptions légales et des traités avec l'étranger, sur l'octroi de l'autorisation de séjour. Pour les autorisations, les autorités doivent tenir compte des intérêts moraux et économiques du pays, ainsi que du degré de surpopulation étrangère (art. 16 LSEE). Ainsi, les ressortissants étrangers ne bénéficient d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sous réserve de dispositions contraires résultant de la loi ou des accords internationaux.
5. Le recourant sollicite en l'espèce l'octroi d'une autorisation de séjour annuelle fondée sur l'art. 13 litt. f OLE, sous réserve d'une approbation de l'autorité fédérale, en invoquant le fait qu'une telle autorisation lui permettrait de trouver plus facilement un emploi.
a) L'art. 13 litt. f OLE prévoit que les étrangers qui obtiennent une autorisation de séjour dans un cas personnel d'extrême gravité ou en raison de considérations de politique générale ne sont pas comptés dans les nombres maximums. L'art. 52 litt. a OLE indique que l'application de la disposition précitée est du ressort exclusif de l'Office fédéral de l'immigration, de l'intégration et de l'émigration (IMES, anciennement Office fédéral des étrangers). Ainsi, les circonstances qui doivent être examinées lors de l'application de l'art. 13 litt. f OLE, comme la durée du séjour en Suisse, l'intégration de l'étranger dans notre pays ou encore les facteurs rendant un départ de Suisse particulièrement difficile sont de la compétence exclusive de l'IMES et échappent à la cognition du tribunal de céans et ce, quand bien même le SPOP se livre généralement à un examen préalable des conditions d'application de cette disposition. Il est dès lors exclu d'examiner dans le cadre de la présente procédure si le recourant peut être mis ou non au bénéfice de l'art. 13 litt. f OLE (ATF 119 Ib 33, JT 1995 I 226).
Comme le Tribunal administratif l'a relevé dans sa jurisprudence constante (voir par exemple arrêt TA PE 2003/0073 du 8 avril 2004 et les références citées), pour qu'un dossier soit transmis à l'IMES, il faut en premier lieu que les autorités cantonales compétentes acceptent d'accorder une autorisation de séjour à l'étranger. Ce n'est qu'à cette condition que ce dernier pourra, le cas échéant, être soustrait au nombre maximum des autorisations délivrées aux étrangers exerçant une activité lucrative. Si les autorités cantonales envisagent en revanche de refuser l'autorisation pour d'autres motifs, soit des motifs de police des étrangers (existence d'infractions aux prescriptions de police des étrangers, motifs d'expulsion, d'assistance publique, etc.), elles n'ont aucune obligation de procéder à une telle transmission (ATF 119 Ib 91).
b) Dans le cas présent, le SPOP a refusé de délivrer une autorisation de séjour annuelle, sous quelque forme que ce soit, au recourant, donc de transmettre son dossier à l'IMES du fait qu'il n'exerçait pas d'activité lucrative.
Une exception aux mesures de limitation ne peut se concevoir que pour des étrangers exerçant une activité lucrative (dans le même sens, arrêt TA PE 2003/0073 précité et les références). Dans la mesure où X._ est actuellement sans activité, l'application de l'art. 13 litt. f OLE n'entre pas en considération et la position du SPOP est fondée.
A cela s'ajoute que l'art. 10 al. 1 litt. d LSEE permet l'expulsion de Suisse ou d'un canton d'un étranger, si lui-même, ou personne au besoin de laquelle il est tenu de pourvoir, tombe d'une manière continue et dans une large mesure à la charge de l'assistance publique.
Le Tribunal fédéral a précisé, à propos de cette disposition, que pour apprécier si une personne se trouvait d'une manière continue et dans une large mesure à la charge de l'assistance publique, il fallait tenir compte des prestations déjà versées à ce titre comme aussi de l'évolution probable de la situation financière dans le futur (ATF 122 II 1; JT 1998 I 91).
En l'espèce, le recourant est totalement assisté par la FAREAS depuis le mois de novembre 1999. Le motif d'assistance publique tiré de l'art. 10 al. 1 litt. d LSEE est donc réalisé. De plus, à l'exception d'une brève activité lucrative exercée durant les mois de mai et juin 2003 (voir le certificat médical du 15 décembre 2003 produit à l'appui du recours), le recourant n'indique pas que sa situation aurait changé et qu'il exercerait actuellement une activité lucrative.
6. Le recourant fait valoir qu'il aurait beaucoup plus de facilité à trouver un emploi s'il était au bénéfice d'une autorisation de séjour annuelle. Cette argumentation n'est pas fondée. Les ressortissants étrangers dont les conditions de séjour sont réglées par le biais d'une admission provisoire ont en effet la possibilité d'exercer une activité lucrative. Les employeurs potentiels peuvent donc les engager sans avoir à respecter les conditions restrictives posées notamment par l'art. 8 OLE. L'affirmation selon laquelle l'obtention d'un permis B faciliterait les recherches d'emploi du recourant ne peut donc être suivie (dans le même sens arrêt TA PE 2003/0073 déjà cité à plusieurs reprises et les références).
7. a) Le SPOP a également rappelé dans ses déterminations qu'une autorisation de séjour fondée sur l'art. 36 OLE n'entrait pas en considération. Cette disposition prévoit que des autorisations de séjour peuvent être délivrées à d'autres étrangers n'exerçant pas une activité lucrative lorsque des raisons importantes l'exigent. Elle permet donc, si les conditions d'application en sont réalisées, de délivrer exceptionnellement une autorisation de séjour à d'autres étrangers n'exerçant pas d'activité lucrative que ceux mentionnés dans le chapitre 3 de l'OLE, à ses articles 31 à 35, soit les élèves, étudiants, les personnes devant suivre un traitement médical, les rentiers et les enfants placés.
Dans la mesure où le recourant indique être à la recherche d'un emploi, il est douteux que l'art. 36 OLE puisse s'appliquer puisque cette disposition concerne les étrangers n'exerçant pas d'activité lucrative.
Il n'en demeure pas moins que, conformément à la jurisprudence, l'art. 36 OLE doit être interprété restrictivement, puisqu'une application trop large de cette disposition s'écarterait des buts de l'OLE (voir par exemple arrêt TA PE 2002/0421 du 14 août 2003).
b) En ce qui concerne les troubles de santé du recourant, force est de constater que le certificat médical le plus récent figurant au dossier (l'attestation de la Policlinique médicale universitaire du 15 décembre 2003 produite à l'appui du recours) n'indique absolument pas que l'état de santé de X._ et le traitement qui lui est administré de ce fait justifient sa présence en Suisse. De toute manière, et même si tel était le cas, le recourant pourrait continuer à être soigné en Suisse puisqu'il y séjourne au bénéfice d'une mesure d'admission provisoire. A cela s'ajoute qu'il est usuel que les étrangers dont les conditions de séjour sont incertaines développent un état dépressif lié à des craintes en rapport avec ce statut. De tels troubles ne justifient toutefois pas l'octroi d'une autorisation de séjour fondée sur l'art. 36 OLE (dans le même sens arrêt TA PE 2002/0421 précité et les références).
De plus, et comme cela a déjà été relevé sous considérant 5b ci-dessus, la situation financière du recourant est catastrophique puisqu'il émarge de façon continue et dans une très large mesure à l'assistance publique. Il tombe donc sous le coup de l'art. 10 litt. d LSEE ce qui, conformément à la jurisprudence, fait obstacle à l'octroi d'une autorisation de séjour fondée sur l'art. 36 OLE (même arrêt et les références).
8. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et au maintien de la décision attaquée. Pour tenir compte de la situation matérielle du recourant, le présent arrêt sera toutefois rendu sans frais. Il n'est pas alloué de dépens (art. 55 LJPA).