# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 1432faa5-a5cb-44e0-abe4-fead95ad8b04
**Court:** CH_BSTG
**Chamber:** CH_BSTG_001
**Year:** 2015
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** 

## Facts

Faits:
A. Le 4 mars 2010, la Division des affaires pénales et enquêtes de l'Adminis-
tration fédérale des contributions (ci-après: AFC) a reçu l'ordre de mener
une enquête au sens des articles 190 ss de la loi fédérale du
14 décembre 1990 sur l'impôt fédéral direct (LIFD; RS 642.11) notamment
à l'encontre de A. (act. 2.1).
B. Par ordonnance du 18 mars 2010 l'AFC a ordonné le blocage, en applica-
tion de l'art. 46 al. 1 let. b de la loi fédérale du 22 mars 1974 sur le droit pé-
nal administratif (DPA; RS 313.0), des comptes bancaires dont A. est titu-
laire, ayant-droit économique ou dont il peut disposer économiquement
(droit de signature ou titulaire de procuration) auprès de la banque B. (act.
2.2). La banque B. a ainsi procédé au blocage notamment des comptes
n° 1 dont A. est titulaire et n° 2 dont ce dernier est ayant-droit économique
(act. 2, p. 4, act. 2.9 et act. 6).
C. Le 28 mars 2014, le conseil de A. a adressé un courrier à l'AFC pour
l'informer de ce que la banque B., laquelle détenait les avoirs séquestrés, a
été absorbée par la banque C. et que la nouvelle raison sociale serait dé-
sormais banque D. (act. 1.4 et act. 1.5). Il l'informe également de la volonté
de cette banque de remettre à jour l'ensemble de ses documents contrac-
tuels, avec pour conséquence que de nouveaux contrats relatifs à de nou-
veaux credit agreements devaient être conclus, et ce d'ici au 31 mars 2014,
date d'échéance des positions renouvelables trimestriellement (act. 1.5).
D. Dans son courrier à l'AFC du 8 avril 2014, la banque D. l'a informée tout
d'abord de ce que les contrats de crédits préalablement conclus avec les ti-
tulaires des relations bancaires n° 1 et n° 2 avaient été résiliés avec effet
immédiat au 31 mars 2014. Elle lui a également précisé que les avoirs dé-
posés sur les comptes en question étaient nantis en sa faveur et ce en ver-
tu d'actes de nantissement signés préalablement à l'ordonnance de sé-
questre du 18 mars 2010. Enfin, elle a expliqué que les titulaires de ces
comptes souhaitaient investir dans des opérations de change à terme (fo-
rex forward), dont elle a souligné les risques, indiquant que de tels investis-
sements pouvaient engendrer des pertes sur la valeur nette du portefeuille,
dont les avoirs sont séquestrés par l'AFC. Dès lors, il a été requis de l'auto-
rité qu'elle donne son accord concernant les investissement précités
(act. 1.6).
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E. Le 17 avril 2014, l'AFC a répondu que la requête effectuée par la banque
portant sur les nouveaux investissements ne peut leur être adressée que
par les titulaires des relations bancaires concernées. Elle les informe toute-
fois que la valeur des avoirs bloqués, en vue d'une confiscation ou du pro-
noncé d'une créance compensatrice, doit être maintenue et que par consé-
quent ces avoirs ne peuvent pas être utilisés pour des nouvelles opérations
spéculatives comportant des risques. Elle a de plus requis de la banque
qu'elle lui transmette un état actualisé des avoirs des deux relations ban-
caires objet du séquestre avec le détail des positions (act. 2.5).
F. Une copie de cette correspondance a été adressée, le même jour, au con-
seil de A., tout en lui précisant que, du fait qu'à la date d'émission de
l'ordonnance de séquestre des opérations de change en devises principa-
lement financées par des avances à terme fixe accordées par la banque
étaient déjà ouvertes et présentaient à ce moment une dévaluation de
change par rapport au cours initial, l'AFC avait autorisé A. à donner tout
ordre en vue de gérer au mieux ses placements, ce qui a tout de même
nécessité des appels de marge en vue de couvrir les positions. Elle expose
encore que du fait de la résiliation des contrats avec effet au 31 mars 2014,
le risque important de fluctuation de change est écarté. Elle affirme ainsi à
la lumière de cette nouvelle situation, qu'elle ne peut autoriser A. à conclure
de nouvelles opérations spéculatives (act. 2.6).
G. Le 25 avril 2014, A. a adressé au Directeur de l'AFC une plainte par la-
quelle il requiert que soit, préalablement, ordonné à l'AFC de transmettre
toutes les notes des entretiens téléphoniques s'étant déroulés entre elle et
la banque D. entre le 24 mars 2014 et le 17 avril 2014, principalement
d'annuler la décision prise par l'AFC, d'autoriser A. à investir dans des opé-
rations de change à terme (forex forward) les avoirs des relations bancaires
n° 1 et n° 2, sous suite de frais et dépens et, subsidiairement, de renvoyer
l'affaire à l'AFC pour qu'elle statue dans le sens des considérants (act. 1,
p. 3 s.).
H. Le 1er mai 2014, le Directeur de l'AFC a transmis la plainte à la Cour des
plaintes du Tribunal pénal fédéral. Il y a joint ses observations par les-
quelles il conclut au rejet de celle-là (act. 2).
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I. Par réplique du 30 mai 2014, A. persiste dans ses conclusions prises dans
sa plainte du 25 avril 2014 (act. 6).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

## Considerations

La Cour considère en droit:
1.
1.1 Les mesures de contrainte au sens des art. 45 s. DPA et les actes ou
omissions qui s'y rapportent peuvent faire l'objet d'une plainte devant la
Cour de céans (art. 26 al. 1 DPA en lien avec l'art. 37 al. 2 let. b de la loi
fédérale du 19 mars 2010 sur l'organisation des autorités pénales de la
Confédération [LOAP; RS 173.71]). Si la décision contestée émane du di-
recteur de l'administration, la plainte est directement adressée à la Cour
des plaintes du Tribunal pénal fédéral. Dans les autres cas, elle est adres-
sée à ce directeur qui la transmet à la Cour, avec ses observations, s'il
n'entend pas y donner suite (art. 26 DPA). Dans les deux cas, la plainte
doit être transmise dans les trois jours (art. 26 al. 3 et 28 al. 3 DPA). La
plainte est recevable pour violation du droit fédéral, pour constatation
inexacte ou incomplète des faits pertinents ou pour inopportunité (art. 28
al. 2 DPA).
1.2 En l'espèce, la décision, datée du 17 avril 2014, relative à la gestion de
comptes sous séquestre refusant la conclusion de nouvelles opérations
spéculatives a été reçue par le plaignant le 22 avril 2014. Adressée le
25 avril 2014 au Directeur de l'Administration fédérale des contributions,
reçue par lui le 28 avril 2014 et transmise le 1er mai 2014 à la Cour de
céans, la présente plainte respecte les délais légaux.
1.3 A qualité pour déposer plainte quiconque est atteint par l'acte d'enquête
qu'il attaque, l'omission qu'il dénonce ou la décision sur plainte et a un inté-
rêt digne de protection à son annulation ou modification (art. 28 al. 1 DPA).
S'agissant d'une plainte portant sur un séquestre, conformément à la juris-
prudence constante, seul le titulaire des comptes faisant l'objet du sé-
questre dispose de la qualité pour agir (arrêt du Tribunal fédéral
1B_94/2012 du 2 avril 2012, consid. 2.1 in fine; décisions du Tribunal pénal
fédéral BV.2014.3 du 16 juillet 2014, consid. 1.2; BB.2011.10 du
18 mai 2011, consid. 1.5; BB.2005.69 du 1er février 2006). Il en est de
même lorsque le recours porte sur des opérations de gestion des comptes
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séquestrés (décisions du Tribunal pénal fédéral BB.2012.159 du
17 octobre 2012; BB.2011.113, consid. 1.2.1 et 3.1.1)
1.4 En l'espèce, concernant le compte n° 1, la qualité de titulaire de A. n'étant
pas contestée, il convient de déclarer la plainte recevable (act. 2, p. 4,
act. 2.9 et act. 6). Concernant le compte n° 2, il ressort du dossier que A.
est ayant-droit économique de cette relation bancaire, ce qui n'est aucu-
nement contesté par le plaignant. Le fait que celui-ci soit le propriétaire de
cette société ne signifie pas encore qu'il est en droit de la représenter. De
plus, il ressort tant de l'échange d'écritures que de la procuration annexée
à la plainte, que seul A. a agi pour la défense de ses intérêts par devant la
Cour de céans, de même rien ne permet d'établir que Me Sébastien
Desfayes soit habilité à représenter le titulaire du compte n° 2. En consé-
quence, la plainte doit être déclarée irrecevable pour ce qui a trait aux
griefs et conclusions relatifs à la relation bancaire n° 2.
Au vu de ce qui précède, la plainte est déclarée recevable pour ce qui con-
cerne les griefs soulevés et les conclusions prises se rapportant à la rela-
tion bancaire n° 1 pour laquelle le plaignant est titulaire.
2.
2.1 Le plaignant requiert préalablement de la Cour de céans qu'elle ordonne à
l'AFC de transmettre toutes les notes de ses entretiens téléphoniques avec
la banque D. entre le 24 mars 2014 et le 17 avril 2014 (act. 1, p. 3).
2.2 A l'appui de sa requête, le plaignant affirme que "selon [ses] informations
[...], une ou plusieurs discussions téléphoniques se sont tenues entre
banque D. [...] et l'Administration fédérale des contributions [...]" (act. 1,
p. 7). Pour sa part, dans ses observations du 1er mai 2014, l'AFC affirme
qu'il n'y a eu qu'un seul entretien téléphonique, de la teneur duquel le con-
seil du plaignant a déjà été informé (act. 2, p. 5).
2.3 Selon l'art. 25 al. 2 DPA, s'il en est besoin pour sa décision, la Cour des
plaintes ordonne l'administration de preuves. Dans la mesure où le plai-
gnant ne motive pas sa requête et qu'il n'apparaît ainsi pas en quoi cette
mesure d'administration de preuve revêtirait la moindre pertinence pour
statuer, la requête est rejetée.
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3.
3.1 Le plaignant reproche à l'AFC d'avoir violé le principe de la bonne foi en ce
qu'elle lui aurait refusé la conclusion de nouveaux contrats relatifs à de
nouvelles opérations de change à terme, bien que ceux-ci étaient selon lui
en tous points identiques aux contrats en vigueur au moment du séquestre
le 18 mars 2010 et qui ont perdurés jusqu'au 31 mars 2014 (act. 1, p. 11
s.).
3.2 L'art. 5 al. 3 Cst. prévoit que les organes de l'Etat et les particuliers doivent
agir de manière conforme aux règles de la bonne foi. Le principe de la
bonne foi est aussi inscrit à l'art. 9 Cst., lequel dispose que toute personne
a le droit d'être traitée par les organes de l'Etat sans arbitraire et confor-
mément aux règles de la bonne foi. Selon la jurisprudence, le principe de la
bonne foi interdit notamment les comportements contradictoires des autori-
tés (ATF 111 V 81 consid. 6; 100 Ia 386 consid. 2c; arrêt du Tribunal fédé-
ral 2C_816/2012 du 6 mars 2012, consid. 6). Pour qu'une contradiction
puisse être admise, il faut que les deux comportements soient adoptés
par les mêmes autorités, concernent les mêmes intéressés,
de la même affaire ou d'affaires identiques (ATF 111 V 81 consid. 6;
MOOR/FLÜCKIGER/MARTENET, Droit administratif, vol. 1, 3e éd., Berne 2012,
p. 930). Il faut encore, entre autre, que l'autorité ait agi ou soit censée avoir
agi dans les limites de ses compétences et que l'assuré se soit fondé sur le
comportement dont il se prévaut pour prendre des dispositions auxquelles il
ne saurait renoncer sans subir de préjudice (ATF 131 II 627 consid. 6.1 et
les références citées).
3.3 En l'espèce, le plaignant n'invoque ni ne démontre que le refus de l'AFC de
conclure les nouveaux contrats relatifs à de nouvelles opérations de
change à terme l'a conduit à prendre des dispositions auxquelles il ne sau-
rait renoncer sans subir de préjudice (dossier BV.2014.20 et notamment
act. 1 et 6). Le montant d'environ CHF 4'000'000.-- de perte alléguée par le
plaignant du fait du refus de l'AFC de l'autoriser à poursuivre ses opéra-
tions spéculatives ne peut être considéré comme une telle disposition. Aux
dires mêmes du plaignant lesquels ne sont aucunement étayés, cette perte
proviendrait de la non conclusion des nouveaux contrats dans le délai fixé
au 31 mars 2014.
En conséquence, une des conditions, soit que celui qui se prévaut d'une
violation du principe de la bonne foi se soit fondé sur un comportement de
l'Administration concernée qui s'est par la suite avéré contradictoire pour
prendre des dispositions auxquelles il ne saurait renoncer sans subir de
préjudice, n'est pas remplie de sorte que l'analyse des autres conditions
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d'application de la bonne foi et notamment la question de savoir si l'AFC a
effectivement adopté un comportement contradictoire n'est pas nécessaire.
Sur ce point, la plainte est rejetée.
4.
4.1 Il reste à examiner la question de savoir si c'est en conformité avec les
règles de droit applicables que l'AFC a refusé l'autorisation au plaignant
d'investir dans des opérations de change à terme (forex forward; act. 1,
p. 7, act. 2, p. 2 s. et act. 2.4).
Le séquestre est réglé par les art. 46 s. DPA. Celui-ci ne prévoit pas de
règles applicables à la gestion des comptes séquestrés. En effet, seul est
indiqué à l'art. 47 al. 2 DPA que les objets et valeurs séquestrés sont dési-
gnés dans le procès-verbal et mis en lieu sûr. Toutefois, le droit pénal ad-
ministratif n'est pas le seul à connaître cette mesure de contrainte; celle-ci
est également prévue aux art. 263 ss CPP. Bien que se trouvant dans des
lois différentes, il s'agit là du même instrument légal (ATF 120 IV 260 con-
sid. 3b, à lire en lien avec: DUPUIS/MAZOU/MOREILLON, La pratique judiciaire
du Tribunal pénal fédéral: de la PPF au futur CPP, in JdT 2009 IV p. 111
ss, 145 n° 120 s.). Aussi l'Ordonnance du 3 décembre 2010 sur le place-
ment des valeurs patrimoniales séquestrées (ci-après: O-Pl; RS 312.057)
doit être appliquée par analogie. En son art. 1 l’O-Pl précise que dans toute
la mesure du possible, les valeurs patrimoniales séquestrées sont placées
de manière que le placement soit sûr, qu’elles ne se déprécient pas et
qu’elles produisent un rendement. L’art. 2, qui définit les placements admis
comme sûrs et propres à éviter une dépréciation pour les espèces, le pro-
duit et le rendement (Commentaire sur l’ordonnance sur le placement des
valeurs patrimoniales séquestrées, Office fédéral de la justice), spécifie
quant à lui notamment que les espèces séquestrées déposées auprès de
la caisse d’Etat doivent être rémunérées au même taux que les acomptes
d’impôt. Celles placées sur un compte d’épargne ou un compte courant
doivent être rémunérées par l’autorité pénale au taux appliqué à ce compte
(al. 2). Ces dispositions reflètent la pratique suivie jusqu’à l'entrée en vi-
gueur de l'O-Pl, selon laquelle les valeurs patrimoniales doivent être pla-
cées en vue d’être conservées. On s’attachera au premier chef à maintenir
la valeur réelle du capital et à obtenir un rendement surtout par des reve-
nus périodiques, c’est-à-dire un intérêt. Il n’est pas admissible de procéder
à des placements spéculatifs qui ne sont pas compatibles avec ce but (TPF
2009 31 consid. 2.6.2; décision du Tribunal pénal fédéral BB.2012.146 du
30 janvier 2013, consid. 2.3; BB.2011.113 du 23 décembre 2011, con-
sid. 4.1).
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4.2 En l'espèce, il ressort des dires mêmes de la banque D., que les opérations
de change à terme comportent des risques qui peuvent engendrer des
pertes sur la valeur nette du portefeuille, soit sur le montant des avoirs sé-
questrés (act. 1.6). Cela n'est pas contesté par le plaignant, lequel affirme
que "[dans] le pire des scenarii, la perte maximale possible sur les actifs
nets ne peut dépasser CHF 700'000.--" (act. 1, p. 12). Un tel investisse-
ment ne répond dès lors pas aux exigences fixées par la DPA et l'O-Pl,
lesquelles visent au maintien de la valeur des avoirs séquestrés. En con-
séquence, la décision attaquée (act. 2.6), refusant au plaignant l'autorisa-
tion de procéder à de telles opérations, doit être maintenue et la plainte re-
jetée.
5. Le plaignant qui succombe supportera un émolument lequel est fixé à
CHF 2'000.-- (art. 73 LOAP applicable par renvoi de l'art. 25 al. 4 DPA;
art. 5 et 8 du règlement du Tribunal pénal fédéral du 31 août 2010 sur les
frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure pénale fédérale;
RS 173.713.162), réputé couvert par l'avance de frais acquittée.
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