# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** f93455b7-77b1-4dc1-a96d-842d216e88cd
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2010
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
X._, ressortissant kosovar né le ********, est entré en Suisse sans visa le 15 octobre 2008, après de précédents séjours sans autorisation. Il s'est annoncé le 14 mai 2009 auprès du Bureau des étrangers de la commune de 1******** et a sollicité une autorisation de séjour en vue de préparer son mariage avec Y._, ressortissante portugaise au bénéfice d'une autorisation de séjour. Il a exposé dans sa demande avoir rencontré sa fiancée le 30 décembre 2007 à 1******** grâce à des amis communs. Ils avaient célébré ensuite le nouvel an ensemble et s'étaient revus par la suite chez elle à plusieurs reprises. S'étant trouvés de nombreux points communs, ils souhaitaient se marier.
Le 6 juillet 2009, le Service de la population (ci-après: le SPOP) a informé l'intéressé qu'il envisageait de refuser de lui délivrer une autorisation de séjour, au motif qu'il avait enfreint les prescriptions légales en matière de police des étrangers en séjournant et en travaillant sans autorisation en Suisse et qu'il n'avait fourni aucun avis de clôture de la procédure préparatoire de mariage; il l'a invité à faire valoir ses éventuelles observations.
X._ s'est déterminé le 31 juillet 2009, en indiquant qu'en raison de problèmes de santé de sa fiancée, ils avaient pris du retard pour réunir les documents nécessaires pour le mariage.
B.
Constatant que X._ n'avait fourni aucun document attestant de l'avancement de la procédure de mariage, le SPOP, par décision du 1
er
septembre 2009, a refusé de lui délivrer l'autorisation de séjour sollicitée et lui a imparti un délai d'un mois pour quitter le territoire suisse. Cette décision a été notifiée à l'intéressé le 1
er
février 2010.
C.
Par acte du 3 mars 2010, X._, par l'intermédiaire de son conseil, a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après: la CDAP), en prenant les conclusions suivantes:
"Principalement:
II. La décision du Service de la population du 1
er
septembre 2009 (...) est réformée en ce sens qu'une autorisation de séjour est accordée à M. X._ (Permis B – CE/AELE, regroupement familial avec activité lucrative).
Subsidiairement:
III. La décision du Service de la population du 1
er
septembre 2009 (...) est réformée en ce sens qu'une autorisation de séjour limitée au sens de l'art. 31 OASA est accordée à M. X._.
Plus subsidiairement:
IV. La décision du 1
er
septembre 2009 est annulée et l'affaire renvoyée au Service de la population du canton de Vaud pour nouvelle décision."
Dans sa réponse du 9 mars 2010, le SPOP a conclu au rejet du recours.
Le recourant a déposé un mémoire complémentaire le 11 juin 2010. Le SPOP s'est déterminé sur cette écriture le 15 juin 2010.
D.
Parmi les pièces produites par le recourant figurent en particulier les suivantes:
- lettre de l'Office de l'état civil du Nord vaudois du 15 février 2010 (pièce 13):
"[...]
En référence à votre correspondance reçue ce jour, je vous transmets le document de demande d’ouverture d’un dossier de mariage.
Ce même document a été transmis une nouvelle fois à Mme Y._, selon sa demande téléphonique du 04 février 2010.
Une demande d’ouverture de dossier de mariage avait été déposée le 09 juin 2009, par vos clients. Cette demande a été classée, les fiancés n’ayant pas jugé nécessaire de faire parvenir les documents demandés.
La procédure de préparation de mariage ne pourra être ouverte que lorsque les intéressés auront produit la totalité des documents demandés.
[...]"
- lettre de l'Office de l'état civil du Nord vaudois du 3 mai 2010 (pièce 15):
"[...]
Le 19 avril 2010, vos clients m’ont fait parvenir une partie des documents demandés dans mon courrier du 10 mars 2010.
En résumé, pour votre cliente, Mme Y._, tous les documents sont réunis. Par contre, pour votre client, M. X._, il manque toujours les documents originaux suivants, datés de moins de 6 mois:
- certificat d’état civil établi par les autorités du Kosovo
- certificat de nationalité établi par les autorités du Kosovo
- attestation de dépôt de la demande d’asile.
Pour information, les documents kosovars peuvent être établis par la représentation du Kosovo en Suisse, à Berne.
[...]"
E.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2.
Le recourant reproche à l'autorité intimée d'avoir refusé de lui délivrer une autorisation de séjour en vue de mariage. Il invoque une violation de l'art. 8 par. 1 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH; RS 0.101), ainsi que de l'art. 30 let. b de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20).
a) En principe, un étranger n’a pas de droit à une autorisation de séjour, à moins que ne puisse être invoquée une disposition particulière du droit fédéral ou d’un traité accordant le droit à la délivrance d’une telle autorisation (ATF 131 II 339 consid. 1).
Un étranger peut, selon les circonstances, se prévaloir de l'art. 8 par. 1 CEDH pour s'opposer à l'éventuelle séparation de sa famille. Encore faut-il, pour pouvoir invoquer cette disposition, que la relation entre l'étranger et une personne de sa famille ayant le droit de résider durablement en Suisse soit étroite et effective (
ATF 129 II 193
consid. 5.3.1 p. 211). D'après la jurisprudence, les relations familiales qui peuvent fonder, en vertu de l'art. 8 par. 1 CEDH, un droit à une autorisation de police des étrangers sont avant tout les rapports entre époux, ainsi qu'entre parents et enfants mineurs vivant ensemble (
ATF 120 Ib 257
consid. 1d p. 261). Sous réserve de circonstances particulières, les fiancés ou les concubins ne sont pas habilités à invoquer l'art. 8 CEDH; ainsi, l'étranger fiancé à une personne ayant le droit de s'établir en Suisse ne peut, en principe, pas prétendre à une autorisation de séjour, à moins que le couple n'entretienne depuis longtemps des relations étroites et effectivement vécues et qu'il n'existe des indices concrets d'un mariage sérieusement voulu et imminent (ATF 2C_706/2008 du 13 octobre 2008, consid. 2.2; 2C_90/2007 du 27 août 2007, consid. 4.1; 2A.362/2002 du 4 octobre 2002, consid. 2.2 et 2A.274/1996 du 7 novembre 1996, consid. 1b).
Parmi les indices concrets d'un mariage sérieusement voulu et imminent, le Tribunal fédéral mentionnait la publication des bans du mariage. Cette publication ne peut toutefois plus être évoquée, dès lors qu'elle a été supprimée depuis le 1
er
janvier 2000 (voir m
odification du
CC du
26 juin 1998
, RO 1999 1118). Constitue en revanche un indice au sens précité, l'état d'avancement de la "procédure préparatoire" ayant remplacé la publication (art. 97 ss CC), qui comporte notamment la demande en exécution de la procédure préparatoire présentée par les fiancés auprès de l’office de l’état civil, la production des documents nécessaires et la comparution personnelle des fiancés (arrêts PE.2010.0187 du 29 septembre 2010 consid. 2a; PE.2010.0294 du 19 août 2010 consid. 2a).
L'art. 30 al. 1 let. b LEtr - en relation avec l'art. 31 de l’ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative (OASA; RS 142.201) - prévoit qu'il est possible de déroger aux conditions d'admission (art. 18 à 29) dans le but de tenir compte des cas individuels d'extrême gravité. Cette disposition permet en particulier de délivrer une autorisation de séjour en vue de mariage, aux conditions indiquées aux paragraphes qui précèdent (voir aussi directives de l'Office fédéral des migrations [ODM] intitulées "I. Domaine des étrangers", dans leur version au 1
er
juillet 2009, ch. 5.6.2.2.3 qui mentionnent notamment que le mariage doit avoir lieu dans un délai "raisonnable").
b) En l'espèce, le recourant et sa fiancée ont entrepris le 9 juin 2009 déjà les démarches en vue de leur mariage auprès de l'Office de l'état civil (pièce 13 recours). Or, le 3 mai 2010, tous les documents requis n'avaient pas encore été produits; manquaient le certificat d'état civil, le certificat de nationalité et l'attestation de dépôt de la demande d'asile du recourant (pièce 15 recours). Le recourant évoque certes les problèmes de santé de sa fiancée qui auraient retardé la procédure. Il n'en demeure pas moins qu'en l'état, la procédure préparatoire n'est toujours pas close. Dans ces conditions, on ne saurait considérer que le mariage aura lieu dans un délai "raisonnable". Les exigences pour qu'une autorisation de séjour en vue de mariage puisse être délivrée ne sont dès lors pas remplies.
c) Il convient encore d’examiner si le recourant ne pourrait pas, toujours en vertu des art. 8 CEDH, art. 30 al. 1 let. b LEtr et 31 OASA, se prévaloir de sa relation avec Y._ pour obtenir la délivrance d’une autorisation de séjour.
Le recourant expose avoir fait la connaissance de sa fiancée le 30 décembre 2007 et vivre avec elle depuis le 15 octobre 2008. Ce laps de temps n'est pas suffisant pour retenir l'existence d'une relation stable au point de justifier la délivrance d'une autorisation de séjour. En effet, la jurisprudence est très stricte pour définir le caractère stable d'une relation entre concubins. Ainsi, la Cour de céans a jugé qu'une cohabitation de deux ans n'était pas suffisante (arrêts PE.2008.0420 du 9 septembre 2009 consid. 4c; PE.2008.0455 du 30 décembre 2009 consid. 1 cc). Le Tribunal fédéral a, quant à lui, estimé qu’une vie commune d’une année et demie n’avait pas non plus duré suffisamment longtemps pour qualifier une relation entre concubins de sérieuse et de suffisamment stable (ATF 2C_300/2008 du 17 juin 2008, consid. 4.2, qui confirme l'arrêt PE.2007.0578 du 18 mars 2008). Dans ces conditions, le recourant ne saurait se prévaloir de la durée de sa relation avec Y._ pour obtenir une autorisation de séjour.
3.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. Vu l'issue du litige, le recourant supportera les frais de justice. Il n'a par ailleurs pas droit à l'allocation de dépens.