# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** abe03a43-d687-5716-ae3b-1421d8873113
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2017
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par courriers du 16 novembre 2016, A_ et le Ministère public ont annoncé appeler du jugement rendu le 11 novembre 2016, dont les motifs leur ont été notifiés le 6 décembre suivant, par lequel le Tribunal correctionnel a reconnu A_ coupable de tentative de lésions corporelles graves (art. 122
cum
22 du Code pénal suisse du 21 décembre 1937 [CP ;
RS 311.0
]) et de séjour illégal (art. 115 al. 1 let. b de la loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005 [LEtr ;
RS 142.20
]), l'a condamné à une peine privative de liberté de 18 mois, sous déduction de 382 jours de détention avant jugement, avec sursis durant quatre ans, le tribunal de première instance instituant une assistance de probation durant le délai d'épreuve et ordonnant, à titre de règle de conduite, un suivi ambulatoire psychothérapeutique et, le cas échéant, médicamenteux et à payer à C_ les sommes de CHF 5'000.- plus intérêts à 5% dès le 2 octobre 2015 à titre de réparation morale et de CHF 10'000.- TTC à titre de participation à ses honoraires de conseil, outre les frais de procédure s'élevant en totalité à CHF 9'804.80, y compris un émolument de jugement complémentaire de CHF 4'000.-.
b.a.
Par acte expédié par messagerie sécurisée le 16 décembre 2012, le Ministère public a formé une déclaration d'appel devant la Chambre pénale d'appel et de révision (ci-après : CPAR), aux termes de laquelle il requiert que A_ soit condamné à peine privative de liberté ferme, suspendue au profit d'une mesure de traitement psychothérapeutique ambulatoire au sens de l'art. 63 al. 1 CP.
b.b.
Dans sa déclaration d'appel du 23 décembre 2016, A_ conclut à son acquittement du chef de tentative de lésions corporelles graves et, en tout état, à une réduction de peine.
A titre de réquisition de preuve, il sollicitait l'audition de E_, selon lui, domicilié à Genève, employé du restaurant F_ et témoin des faits.
c.a.
Selon l'acte d'accusation du 3 mai 2016, A_, le 2 octobre 2015 vers 13h30, était passé à plusieurs reprises en vélo devant la terrasse du restaurant F_ en injuriant les clients qui s'y trouvaient. Excédés, deux clients de type africain s'étaient approchés de A_ et une bagarre avait éclaté entre eux. Dans ce contexte, il est reproché à A_, après avoir pris la fuite, d'être entré dans la boulangerie G_ située en face du restaurant pour y prendre un percolateur et de l'avoir utilisé pour frapper C_, occupé à ramasser les débris de vaisselles, une première fois de dos sur la tête et une deuxième fois en plein visage, C_ ayant empêché un troisième coup porté sur son visage à l'aide de sa main gauche. En agissant de la sorte, A_ ne pouvait ignorer qu'il pouvait causer des lésions corporelles graves, s'en étant, à tout le moins, accommodé.
c.b.
Le verdict de culpabilité de séjour illégal, actuellement en force, prononcé contre A_, sanctionnait le fait d'avoir séjourné sans les autorisations nécessaires sur le territoire suisse du 16 juin 2013 au 2 octobre 2015, alors que son permis de séjour était arrivé à échéance le 15 juin 2013.
Les premiers juges ont considéré ces infractions comme établies, nonobstant les explications de A_ quant à un oubli de sa part et à la nécessité de suivre un traitement médical, non constitutives de faits justificatifs.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
Des faits du 2 octobre 2015
a.
A teneur des rapports de police figurant à la procédure, le 2 octobre 2015, à 14h49, la centrale d'engagement, de coordination et d'alarme de la police (CECAL) a requis l'intervention d'une patrouille devant le restaurant F_, sis au 1_, H_, en raison d'une altercation entre deux hommes de type africain et un individu de type magrébin.
Sur place, un homme blessé, identifié comme étant C_, était couché par terre dans l'attente d'une ambulance. Il présentait des lésions à la bouche, à la tête et à la main gauche.
Selon "
les premiers témoignages
" recueillis sur les lieux, l'auteur des lésions était un cycliste de 40 ans, barbu, habillé en noir et portant une casquette rouge. Après la diffusion de son signalement, une patrouille de la police municipale, ayant aperçu l'individu à la hauteur du numéro 2_ du H_, l'a interpellé. Ce dernier, identifié par les outils informatiques, en l'absence de document d'identité, comme étant A_, présentait sur ses mains, ses genoux et sa tête des tâches de sang.
b.a.
Entendu par la police le 3 octobre 2015, après sa sortie de l'hôpital, C_, gérant du restaurant F_, a déposé plainte pénale à l'encontre de A_, qu'il connaissait de vue. Ce dernier était venu dans l'établissement pour la première fois cinq mois auparavant. A cette époque, A_ "
présentait très bien
", était bien habillé et parlait "
correctement
" aux gens. Il consommait un café et partait sans causer de problèmes. Depuis un certain temps toutefois, il semblait ne plus "
aller bien
" et venait devant le restaurant pour insulter les clients et les membres du personnel. A plusieurs reprises, C_ avait fait appel à la police municipale, en vain.
Le jour des faits, A_ "
tournait
" depuis plusieurs minutes à vélo autour du restaurant, insultant les clients à chaque passage. Deux clients de type africain, attablés à la terrasse, s'étaient dirigés vers lui et une altercation avait éclaté. Après s'être éloignés, les trois individus, s'échangeant toujours des coups, étaient revenus sur la terrasse par la H_, et avaient renversé des tables. A ce moment, un de deux "Africains" tenait une ceinture et A_ un percolateur à café en métal. Le groupe était ensuite de nouveau parti. C_ en avait profité pour sortir afin de nettoyer la terrasse et ranger le mobilier. En position accroupie, le regard dirigé sur le sol, il avait soudainement reçu un coup sur l'arrière gauche de la tête. Tout de suite après s'être retourné, il avait reçu un deuxième coup au niveau de la lèvre supérieure et s'était protégé d'un troisième coup à l'aide de sa main gauche. A_ avait utilisé le bout métallique du percolateur pour le frapper. Il avait peur que A_ ne revienne et s'en prenne à d'autres personnes.
b.b.
D'après le constat médical du Service des urgences des Hôpitaux universitaires de Genève (ci-après : HUG) établi le 2 octobre 2015, et les photographies qui l'accompagnent, C_ était arrivé choqué et frissonnant au service en ambulance. Il présentait une plaie peu profonde de 2 cm de long en V au niveau occipital gauche, suturée par un point, une plaie sanguinolente profonde transfixiante du labrum droit d'environ 3 cm de long, atteignant la lèvre supérieure, la gencive et l'incisive supérieure droite et nécessitant une intervention chirurgicale ainsi que la pose en divers endroits de huit points, et une tuméfaction, douloureuse à la palpation, de l'articulation métacarpo-phalangienne du pouce gauche. Soumise à une radiographie panoramique, la denture de C_ ne montrait aucun signe de fracture ou d'atteinte à la racine, étant précisé que la dent 11 (
ndr
: incisive centrale supérieure), après repositionnement, était "non vitale". Un suivi chirurgical maxillo-facial était prescrit, ainsi qu'un arrêt complet de travail jusqu'au 12 octobre 2015. Une consultation chez le dentiste devait avoir lieu dès que possible.
b.c.
Confronté à son agresseur, C_ a confirmé ses déclarations antérieures, précisant que le comportement injurieux de A_ ne s'était pas limité à son seul établissement, mais à tous ceux de la rue. Il ne connaissait pas les clients africains avec lesquels A_ s'était battu et ne leur avait pas demandé de s'en prendre à lui. Il n'avait jamais insulté A_ ni ne lui avait interdit l'accès à son établissement, se limitant à lui demander de ne pas rester prostré devant.
Deux personnes s'étaient interposées et avaient repoussé A_ après qu'il l'eût frappé. Sans elles, A_ aurait continué. C_ avait eu l'impression que A_ voulait le tuer.
Le jour des faits, trois autres personnes (I_, J_ et K_) s'occupaient avec lui du service.
S'agissant de son état de santé, il confirmait que sa dent numéro 11 était morte. L'état définitif de six autres dents était incertain dès lors que son palet et sa mâchoire avaient été fracturés. Il ressentait encore des douleurs dans les dents. Contrairement à ce qu'affirmait A_, il n'avait jamais été victime d'une agression au couteau, ne connaissait personne du nom de L_ et était actuellement célibataire.
b.d.
Devant les premiers juges, C_ a précisé qu'à l'exception des deux incisives centrales, l'état de ses dents était bon. Il n'avait pas de séquelle sur le plan psychique. Il avait abandonné la gérance du restaurant F_ pour en prendre une autre, mais ce n'était pas en lien avec son agression, même si, sur le moment, il avait craint pour sa vie. Il n'avait pas revu les personnes de type africain avec lesquelles A_ s'était battu. A_ l'avait frappé avec un objet comparable à celui présent sur les photographies prises par la police du percolateur actuellement utilisé par la boulangerie G_. Il avait éprouvé de la peur à l'annonce de la libération de son agresseur.
c.a.
Entendu par la police le jour des faits, M_, né en 1988, était attablé à la terrasse de F_ quand il avait remarqué un individu à vélo, portant une casquette rouge et habillé en noir, tournant autour de l'établissement et injuriant les clients à tous ses passages. Deux clients du restaurant s'étaient levés pour demander des comptes au cycliste, qui était descendu de son cycle. Une altercation verbale et physique avait alors éclaté. Le cycliste avait ensuite fui en direction de la jonction, en étant poursuivi par les deux clients. Le trio était ensuite revenu près du restaurant. Après que plusieurs autres clients se fussent interposés, le cyclise s'était rendu dans la boulangerie située en face du restaurant et en était revenu avec un percolateur à la main, fonçant sur l'un des deux autres protagonistes. Les deux hommes étaient tombés, entraînant des tables de la terrasse avec eux. Quelques minutes plus tard, un serveur du restaurant était sorti pour remettre la terrasse en ordre. A ce moment, le cycliste était revenu en courant dans sa direction et avait asséné au serveur, accroupi pour ramasser la vaisselle, trois coups sur la tête.
c.b.
N_ travaillait l'après-midi du 2 octobre 2015 dans la boulangerie G_ située en face de F_. Elle avait vu un homme de type magrébin se disputer avec deux Africains. Elle n'avait pas regardé davantage, ne supportant pas la violence. Le premier individu était entré dans la boulangerie et avait contourné le comptoir pour prendre un percolateur, en disant qu'il allait le ramener. Elle avait perdu de vue l'homme, qui semblait "
hyper énervé
" après qu'il fût sorti de la boulangerie. Elle avait ensuite vu un autre homme saigner abondamment de la tête sur la terrasse de F_. Le Maghrébin était ensuite revenu pour rapporter le percolateur qui était maculé de sang. L'entreprise mandatée pour le service de la machine à café avait changé le percolateur, après que la police l'eût saisi puis rapporté.
c.c.
J_, employé du restaurant, avait déjà vu A_ avant les faits du 2 octobre 2015. Ce dernier s'était toujours comporté correctement. J_ se trouvait à l'intérieur du restaurant au moment où l'altercation avec les deux Africains avait éclaté. Il avait auparavant vu A_ tourner dans le quartier en vélo, mais étant en plein service, n'avait pas entendu s'il disait quoi que ce soit. Lorsque la bagarre s'était arrêtée, C_ était sorti pour nettoyer et remettre la terrasse en ordre. A ce moment, A_, venant de la boulangerie faisant face au restaurant, sans que J_ puisse affirmer s'il y était entré, avait frappé à une reprise C_ à la tête alors qu'il était accroupi et lui tournait le dos, puis une seconde fois au visage après que ce dernier se soit retourné, avec un "
objet
" non identifié sur le moment, J_ apprenant par la suite qu'il s'agissait d'un percolateur.
c.d.
Selon I_, co-gérante de F_ jusqu'au 31 décembre 2015, ce n'était pas la première fois que A_ passait devant l'établissement en vélo pour injurier les personnes assises sur la terrasse. Le 2 octobre 2015, A_, après s'être battu avec les deux Africains, s'était éloigné puis était revenu avec un percolateur qu'il tenait, sans qu'elle en fût tout à fait sûre, dans la main droite. Elle n'avait pas vu où A_ s'était procuré cet objet. C_, qui était sorti du restaurant pour ranger la terrasse, avait reçu, alors qu'il était accroupi, un premier coup à l'arrière de la tête, puis un deuxième dans le visage et avait retenu un troisième coup avec son poignet.
A_ était auparavant un client soigné qui, certes parlait souvent au téléphone avec une voix forte, mais de façon "
normale
". La situation s'était dégradée, ce qui se reflétait sur son état physique. Il venait régulièrement pendant le service de midi sur la terrasse pour injurier les clients.
c.e.
I_ et J_ ne connaissaient personne du nom de L_, ni les deux africains avec lesquels A_ s'était battu.
d.a.
Entendu par la police le jour de son arrestation, A_ faisait un tour en vélo sur le trottoir faisant face au restaurant F_ lorsque deux individus de "
race noire
" s'étaient dirigés vers lui, après s'être entretenus avec C_. Arrivés à sa hauteur, l'un des hommes lui avait donné un coup dans la jambe gauche et les deux avaient ensuite pris son vélo et étaient partis en direction du H_. Ne voulant pas "
d'histoires
", A_ s'en était allé dans la rue située derrière le restaurant. Ses agresseurs l'avaient dans l'intervalle rattrapé et l'un d'eux lui avait donné un coup de pied dans le dos. En chutant, il s'était blessé au genou. Ses assaillants avaient ensuite utilisé leur ceinture pour lui assener des coups à la tête.
Voulant prévenir la police, il s'était dirigé vers F_. Ses agresseurs voulant l'en empêcher, l'avaient agrippé et derechef asséné plusieurs coups dans le dos. Alors qu'il était au sol, les deux individus s'étaient dirigés vers un homme se trouvant sur la terrasse et lui avaient donné plusieurs coups avant de prendre la fuite. Selon lui, la "
famille L_
", qui lui nuisait depuis plusieurs années, avait demandé à ces deux hommes de l'agresser, ainsi que la personne sur la terrasse. A_ a, pour le surplus, déposé plainte contre les deux hommes de type africain.
d.b.
Entendu une première fois par le Ministère public le lendemain de son arrestation, A_ a précisé ne pas avoir pris la fuite après l'agression de C_, mais avoir voulu poursuivre ses agresseurs. Il s'était arrêté dès que la police le lui avait ordonné. Il n'avait insulté personne le jour des faits. Il lui arrivait de parler au téléphone d'une façon qui pouvait être perçue comme injurieuse, mais c'était normal chez lui. A_ "
traînait
" rarement devant F_.
Ses agresseurs connaissaient bien "
le gars de F_
", qui d'ailleurs avait souvent lui-même été "
passé à tabac
" et interpellé à plusieurs reprises par la police. "
Ce gars-là
", ainsi que "
sa copine
" étaient "
derrière lui
" et lui "
[créaient] des problèmes
" depuis sa venue en Suisse en 2008, envoyant leurs amis africains. Deux jours auparavant, la "
sœur de L_ [s'était aussi] fait tabasser
".
Parfois, il voyait une "
brume
" quand il "
s'était fait [embrouiller]
". Lorsque ces deux personnes l'avaient agressé dernièrement, il ne voyait même "
plus rien
". Il n'était pas quelqu'un d'agressif, même si parfois, il devenait "
un peu excité
" et que sa façon de parler changeait.
Il contestait avoir frappé C_. Il ne comprenait pas pourquoi un client "
âgé
" le mettait en cause. En fait, il s'agissait d'un "
marabout
" ou d'un "
voyant
". De plus, le témoin "
de 1988
" mentionné par le Procureur était venu derrière lui et l'avait poussé. Il s'agissait en réalité d'un complot. La famille de C_ avait détruit sa vie en le "
maraboutant
". Cela faisait un moment qu'il était "
déjà mort
".
d.c.
Lors d'une deuxième audience, A_ était certain que C_ connaissait "
une certaine L_
", voire fréquentait la sœur de celle-ci et qu'il s'était "
fait tabasser
" plusieurs fois en sa compagnie. Les deux individus noirs qui l'avaient agressé ainsi que C_ étaient en fait des amis de ce dernier. Au moment de l'agression, A_ se trouvait de l'autre côté du trottoir avec son vélo et s'était blessé en tombant, ou plutôt les deux Africains avait provoqué sa chute.
d.d.
A l'audience de jugement, A_ a maintenu ne pas avoir agressé C_. Ils avaient tous les deux été attaqués sur la terrasse du restaurant, étant précisé que C_ était en réalité du côté des assaillants. En fait, il n'avait jamais eu de conflit avec C_, évitant de le côtoyer. En effet, celui-ci, qui était de nature agressive, "
s'embrouillait
" tout le temps avec ses clients.
Il ne savait pas qui avait attaqué C_. Revenant sur ses dires, il avait en réalité vu "
deux blacks
" s'en prendre à lui. Il n'avait pas vu de percolateur et n'était pas entré chez G_. L'employée de cette boulangerie mentait à ce sujet. Selon lui, un percolateur pouvait être utilisé comme arme létale. Au moment de sa propre agression, A_ ne voyait rien dans la mesure où il y avait comme une brume devant ses yeux. Il avait tout de même pu remarquer qu'un des agresseurs était muni d'une ceinture. En effet, étant sportif, A_ était capable de se concentrer, de sorte que la brume "
[allait] et [venait]
".
De la situation de A_.
e.
A_, appréhendé le 2 octobre 2015, a été placé en détention provisoire le 5 octobre suivant, puis a été soumis à un placement en unité hospitalière carcérale le 11 juillet 2016.
Le 17 octobre 2016, le Tribunal des mesures de contrainte (ci-après : TMC) a levé de la mesure de placement et ordonné la libération de A_ avec l'obligation de se soumettre à diverses mesures de substitution, dont celle d'entreprendre un suivi ambulatoire psychothérapeutique et, le cas échéant, médicamenteux.
f.a.
Le 9 novembre 2015, le Ministère public a ordonné une expertise psychiatrique de A_, confiée au Dr O_.
f.b.
Devant le Ministère public, A_ a refusé de lever le secret médical liant les médecins des HUG. Il jugeait qu'il n'était pas nécessaire qu'il soit examiné par un expert-psychiatre, étant en parfaite santé. Il ne fallait pas oublier qu'il n'avait fait que de se défendre. A la prison de Champ-Dollon, il avait demandé au Dr P_, "
psychologue
" œuvrant à Champ-Dollon, de le voir pour "
pouvoir parler
".
f.c.
A_, qui a toujours refusé de le rencontrer au parloir de la prison, s'est entretenu avec le Dr O_ à une seule reprise, en compagnie de son conseil et d'un greffier dans les bâtiments du Ministère public durant 90 minutes à l'issue d'une audience de confrontation.
f.d.
Selon le rapport du 8 avril 2016, co-signé par le Dr. O_ et le Prof. Q_, un unique entretien dans les conditions susmentionnées rendait impossible la rédaction "
en bonne et due forme
" d'un rapport d'expertise psychiatrique. Qui plus est, A_ s'était montré très évasif sur sa situation personnelle et les renseignements pris auprès des membres de sa famille étaient incomplets et partiellement contradictoires.
Cela étant, avec les éléments à leur disposition, les experts relevaient que A_ présentait un délire de persécution et mystique lié à des hallucinations visuelles et somesthésiques apparues, selon l'expertisé, dès 2012. A_ présentait en outre une discrète désorganisation de sa pensée, lorsqu'il s'agissait d'aborder le thème du complot et de la persécution. En effet, les faits du 2 octobre 2015, le repli sur soi et certaines réactions lors de la procédure (refus de signer certains actes) témoignaient de ce que son comportement était influencé par ses convictions délirantes. Les experts supposaient que A_ souffrait d'une schizophrénie paranoïde, subsidiairement d'un trouble délirant organique, étant précisé que ce genre de troubles se déclarait normalement durant l'adolescence et non chez des hommes d'âge plus avancé, hors éventuelle problématique neurologique sous-jacente, telle qu'une lésion cérébrale ou une addiction. Les deux diagnostics induisaient des considérations identiques quant à la capacité de discernement de A_ lors des évènements du 2 octobre 2015, mais potentiellement divergentes s'agissant de déterminer le risque de récidive. Les convictions délirantes et objectivables de l'expertisé étaient stables depuis son interpellation, de sorte que l'on pouvait présumer que le trouble psychotique était persistant et donc,
a priori
, indépendant d'une intoxication aiguë aux substances psychoactives. En conclusion, les experts estimaient que la responsabilité de A_ était, lors des faits, moyennement réduite et que le risque de récidive était, en l'état, "
présent
".
g.
Le 4 juillet 2016, le Tribunal correctionnel, constatant que l'affaire n'était pas en état d'être jugée, a ordonné, notamment, la reprise des travaux des experts psychiatres, en ce sens que la mission donnée par le Ministère public le 9 novembre 2015 devait être menée à son terme.
h.
Par courriers des 29 août et 16 septembre 2016, le Dr. O_ a signalé que A_ refusait toujours de le rencontrer. Ce dernier avait par contre accepté de délier la Dresse R_, cheffe de clinique à l'Unité hospitalière de psychiatrie pénitentiaire (ci-après : UHPP), du secret médical.
Selon les observations des médecins exerçant dans cette unité, A_ ne présentait pas d'éléments cliniques clairs d'un trouble psychotique, tel que ceux retenus dans le rapport du 8 avril 2016. En effet, A_ ne montrait aucun signe d'altération de sa perception ni de discours délirant. En revanche, il pouvait être retenu un trouble de la personnalité émotionnellement labile, type borderline, avec une forte sensibilité, subjectivement perçue (vulnérabilité narcissique) et une tendance à réagir avec révolte, une attitude revendicatrice et une persévérance à manifester son désaccord. A ce sujet, les multiples refus de A_ de participer à l'expertise trouvaient une explication dans ce mode de fonctionnement (blessure narcissique vécue comme inacceptable), sans que doive être évoquée une dimension délirante. L'on pouvait ainsi comprendre la réaction de l'expertisé, humilié d'avoir dû quitter contre son gré F_, de se présenter devant l'établissement en tenant des propos injurieux. L'hypothèse devait toutefois être prise comme telle en l'absence d'une confrontation avec l'expertisé. En conclusion, la Dresse R_ ne voyait "
pas d'indication pour maintenir un suivi psychiatrique en milieu fermé, voire en psychiatrie hospitalière tout court [et] préconisait plutôt un suivi ambulatoire
", recommandation que le Dr O_ soutenait, en lien avec une poursuite de mesures de substitution et un encadrement par le Service de probation et d'insertion (SPI).
i.a.
Selon un courriel du 27 septembre 2016, le Prof. Q_ a indiqué avoir rencontré "
ce jour
" A_. Dans l'ensemble, ce dernier s'était montré cohérent avec une pensée structurée empreinte d'éléments projectifs. Son discours était très vindicatif, l'expertisé pensant être détenu à tort et persistant à soutenir qu'il ne souffrait d'aucune pathologie psychiatrique. Dès lors, l'établissement d'une expertise psychiatrique était pour lui une démarche humiliante. Il admettait cependant avoir un problème avec l'alcool et être prêt à se soigner. L'expert confirmait qu'il n'y avait pas lieu de poser un diagnostic de pathologie schizophrénique. En revanche, la personnalité de A_ était marquée par un trouble de la personnalité caractérisé par un défaut de gestion de l'impulsivité, notamment sous l'emprise de l'alcool, pouvant se sentir rapidement persécuté. L'expertisé gardait toutefois le contact avec la réalité. Dans ce contexte, la poursuite de l'hospitalisation ne donnerait aucun élément supplémentaire. Le risque de récidive, notamment sous l'emprise de l'alcool, était "
existant
", mais modéré et possible à gérer à l'extérieur moyennant un suivi ambulatoire et un encadrement du SPI. Pour le surplus, persister à demander une expertise était vain, vu le refus de l'intéressé.
i.b.
Par missive du 15 octobre 2016, le Prof. Q_ a confirmé les termes de son message électronique du 27 septembre 2016. Il ajoutait que A_ n'avait jamais présenté de décompensation psychique durant son séjour à l'UHPP qui pourrait soutenir l'hypothèse d'une pathologie psychiatrique grave. L'expert soulignait, comme seuls facteurs de récidive, la situation psycho-sociale précaire de A_ et une intolérance aux frustrations pouvant être renforcée par certains comportement addictifs.
j.
Devant les premiers juges, A_ a maintenu ne pas avoir de problèmes psychiatriques, relevant qu'il avait été la victime d'une agression. Il était ce nonobstant d'accord de travailler, dans le cadre d'une psychothérapie ambulatoire, sur sa fierté et la "
réactivité qui en [découlait]
", contestant cependant être impulsif. Depuis sa libération, il avait arrêté de boire.
C. a.a.
Le 3 janvier 2017, S_, chef de secteur au SPI, a fait savoir, que selon le thérapeute du Centre T_, A_, qui considérait ne pas avoir besoin de soins, avait mis prématurément un terme à son suivi psychiatrique.
A_ devait rencontrer l'assistante sociale (U_) le 20 janvier suivant.
a.b.

## Considerations