# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 64f3fabd-e957-57e1-b7f4-53c667b6e55c
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_003
**Year:** 2021
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** Employment Contract

## Facts

EN FAIT
A. a. A_, Monsieur B_ est une entreprise individuelle, inscrite au Registre du commerce de Genève depuis le _ 2017.
Elle a pour but : gypserie, placo-plâtre, plâtre, plafonds suspendus, isolation, peinture, crépi et papiers-peints.
b. Le 19 août 2019, La COMMISSION PARITAIRE DES METIERS DU BATIMENT SECOND OEUVRE (ci-après: la CPSO) a effectué un contrôle sur un chantier sis rue 1_ [no.] _ à Genève.
Elle y a constaté que trois employés effectuaient des travaux de second oeuvre (peinture) dans la cage d'escalier de l'immeuble pour le compte de l'entreprise individuelle A_, Monsieur B_.
c. La CPSO a prononcé le 24 septembre 2019 une peine conventionnelle de 3'000 fr. (1'000 fr. par travailleur) à l'encontre de A_, Monsieur B_ pour non-annonce préalable des travailleurs au Centre d'encaissement de la cotisation à la retraite anticipée, en application des articles 7 ch. 1 de la CCT pour la retraite anticipée dans le second oeuvre romand et 6 al. 4 de la CCT-SOR 2019.
d. A_, Monsieur B_ a sollicité, par pli du 27 septembre 2019, la reconsidération de cette décision en exposant qu'il travaillait d'ordinaire seul et n'avait pas l'habitude de gérer du personnel. Il précisait s'être renseigné auprès de l'Office cantonal des assurances sociales (ci-après: l'OCAS) qui lui avait indiqué qu'il n'était pas nécessaire d'annoncer les travailleurs pour des salaires inférieurs à 2'300 fr. par année. Il n'avait engagé ces travailleurs que pour quelques jours et ne les avait ainsi pas annoncés "aux assurances sociales".
e. Par pli du 22 octobre 2019, la CPSO a maintenu sa décision.
f. A_, Monsieur B_ a contesté cette décision sur reconsidération devant la Chambre des relations collectives de travail (ci-après : CRCT) en date du 15 novembre 2019.
g. Lors de l'audience qui s'est tenue le 20 février 2020 devant ladite Chambre, l'entreprise a admis ne pas avoir déclaré les trois ouvriers concernés à l'institution de retraite anticipée et a précisé que lorsqu'elle s'était renseignée auprès de l'OCAS, personne ne lui avait indiqué cette obligation.
La CPSO a persisté dans sa décision.
Les parties ont sollicité l'arbitrage de la CRCT, aucune d'elle ne sollicitant d'acte d'instruction ou de délai pour s'exprimer par écrit.
B. La Chambre des relations collectives de travail a rendu une sentence arbitrale en date du 20 février 2020, adressée pour notification aux parties le 25 février 2020, par laquelle elle a condamné A_, Monsieur B_, à payer à la Commission paritaire des métiers du bâtiment second oeuvre Genève la somme de 1'000 fr. pour violation des articles 6 al. 4 CCT-SOR et 7 ch. 1 CCRA-SOR et débouté les parties de toute autre ou contraire conclusion.
En substance, la CRCT a retenu que l'infraction aux articles 6 al. 4 CCT-SOR et 7 ch. 1 de la CCRA-SOR, qui prévoyaient l'obligation d'annoncer les travailleurs à l'institution pour la retraite anticipée avant leur entrée en fonction, étaient réalisée, ce que ne contestait d'ailleurs pas l'entreprise concernée. Cependant, cette dernière ayant "sagement" pris conseil auprès de l'OCAS, il était ainsi démontré qu'elle n'avait pas l'intention de violer délibérément les dispositions précitées. Considérant la peine conventionnelle infligée comme excessive au sens de l'art. 163 al. 3 CO, elle devait être réduite. Tenant compte, d'une part, de l'importance que les travailleurs soient annoncés à temps à l'institution de retraite anticipée et, d'autre part, des explications fournies par l'entreprise, la peine était ainsi réduite à 1'000 fr.
C. a. Par acte expédié à la Chambre des Prud'hommes de la Cour de justice le 27 mars 2020, la CPSO a formé recours contre cette sentence arbitrale, concluant à son annulation et, cela fait, à la confirmation de la peine conventionnelle rendue par la CPSO le 24 septembre 2019 contre l'entreprise individuelle A_, Monsieur B_, cette dernière devant être déboutée de toutes autres ou contraires conclusions, sous suite de frais et dépens.
A l'appui de ses conclusions, elle considère que la peine qu'elle avait fixée est conforme au but recherché, à savoir lutter contre le travail au noir et préserver une saine concurrence et un marché du travail équilibré entre entreprises d'un même secteur, étant précisé que la peine doit pouvoir être relativement élevée afin d'assurer le respect de la CCT et de dissuader les employeurs qui seraient tentés de la violer. Le juge doit réduire les peines qu'il estime excessives, en application de l'art. 163 CO, mais doit faire preuve d'une certaine réserve. En l'espèce, la CRCT a introduit un critère irrelevant pour l'application de la peine conventionnelle, soit un élément subjectif, à savoir l'absence d'intention de l'entreprise de se soustraire à ses obligations. La CRCT ayant admis la réalisation de l'infraction, la peine est donc due et la CPSO pleinement fondée à la réclamer dans sa totalité. La peine de 1'000 fr. par travailleur n'a rien d'excessif par rapport au but poursuivi par la CCT du secteur, le montant maximal de la peine prévue par la CCT-SOR pouvant aller jusqu'à 120'000 fr. La CRCT n'a d'ailleurs pas démontré le caractère excessif de la peine prononcée. Il n'existe aucune disproportion crasse entre la peine conventionnelle prononcée et les intérêts de la CPSO de la maintenir pour prévenir le travail au noir et assurer l'application effective de la CCT. La CRCT a procédé à une appréciation erronée des faits en retenant comme prouvées et pertinentes les explications de l'entreprise intimée selon lesquelles elle aurait consulté l'OCAS, et a versé dans l'arbitraire en réduisant la peine conventionnelle infligée, sans en démontrer le caractère excessif.
b. Invitée à se déterminer, A_, Monsieur B_ n'a pas déposé de réponse dans le délai imparti.

## Considerations

EN DROIT
1.
La Cour est saisie d'un recours dirigé contre une décision rendue par la Chambre des relations collectives de travail concernant une violation de la convention collective de travail du second oeuvre romand (ci-après : CCT-SOR). Elle examine d'office si les conditions de recevabilité sont remplies (art. 60 CPC).
1.1
La CCT-SOR prévoit à son art. 51 al. 2 que les décisions de la Commission professionnelle paritaire cantonale (CPSO) peuvent faire l'objet d'un recours dans les trente jours auprès de la Chambre des relations collectives de travail (CRCT) dans le Canton de Genève. Selon la même disposition, la CRCT est saisie soit en tant qu'instance de conciliation, soit en tant qu'instance de jugement, soit en tant qu'instance d'arbitrage, en application des art. 8, 9 et 10 de la loi concernant la Chambre des relations collectives de travail. La CRCT est quant à elle définie dans le cadre de la loi concernant la Chambre des relations collectives de travail (LCRCT). Cette loi institue une Chambre des relations collectives de travail à Genève avec notamment les compétences de prévenir et concilier les différends d'ordre collectif concernant les conditions de travail et de trancher les différends collectifs comme tribunal arbitral public (art. 1, al. 1, let. a et e LCRCT). L'art. 10 LCRCT prévoit quant à lui que la Chambre peut statuer comme tribunal arbitral public sur tout litige qui lui est soumis d'entente entre les parties. L'art. 7 du Règlement d'application de la loi concernant la Chambre des relations collectives de travail (RCRCT) dispose quant à lui que les parties aux conventions collectives et les organisations professionnelles ayant qualité pour agir selon le droit fédéral sont notamment considérées comme parties ayant la qualité pour requérir la réunion de la Chambre des relations collectives de travail. L'art. 10 RCRCT dispose que les associations d'employeurs et de salariés et l'employeur qui a un différend d'ordre collectif avec ses salariés sont notamment considérés comme parties ayant qualité pour requérir la réunion de la Chambre dans le cadre d'une procédure d'arbitrage au sens de l'art. 10 LCRCT. En l'absence d'un compromis écrit, l'art. 11 al. 2 RCRCT dispose que les parties peuvent déclarer conjointement et oralement, lors d'une audience de la Chambre fonctionnant en qualité de Chambre de conciliation, qu'elles se soumettent à son arbitrage, cette déclaration étant portée au procès-verbal. L'art. 15 RCRCT prévoit que la sentence arbitrale rendue par la CRCT est minutée comme un jugement et est assimilée, pour son exécution, à un jugement définitif. Ni la LCRCT ni le RCRCT ne prévoient d'instance de recours cantonale contre une décision prise par la Chambre des relations collectives de travail en tant que tribunal arbitral instaurée par la CCT-SOR. Cette dernière ne prévoit pas non plus un tel recours.
Dans un arrêt
4A_53/2016
du 13 juillet 2016, la première Cour de droit civil du Tribunal fédéral a considéré que la CRCT est une instance publique cantonale lorsqu'elle agit en qualité de tribunal arbitral public et que sa composition et la détermination de son siège étant soustraites au choix des parties, elle ne peut pas être considérée comme un tribunal arbitral au sens des art. 353 et ss. CPC, avec la conséquence qu'un recours direct au Tribunal fédéral sur la base de l'art. 77 al. 1 LTF est dès lors exclu et que la CRCT statue ainsi dans ces situations en tant qu'autorité judiciaire cantonale de première instance et que sa décision, comme jugement étatique, n'est pas susceptible d'être attaquée directement devant le Tribunal fédéral. En effet, le recours en matière civile est ouvert contre une décision cantonale, pour autant que cette décision ait été rendue par un tribunal supérieur du Canton, lequel, sauf exception n'entrant pas en ligne de compte en l'espèce, aura statué lui-même sur recours, au sens de l'art. 75 al. 1 et 2 LTF. Le Tribunal fédéral a ainsi considéré qu'en vertu du droit fédéral, une voie de recours cantonale doit être ouverte contre une décision judiciaire de première instance de la CRCT, de sorte qu'à Genève, la Cour de justice est compétente pour connaître d'un tel recours, en sa qualité d'autorité judiciaire supérieure du Canton (ATF
139 III 252
consid. 1.6 p. 255 et ss.).
A Genève, la Chambre des prud'hommes de la Cour civile est compétente pour les appels et les recours dirigés contre les jugements du Tribunal des prud'hommes (art. 124 LOJ). La Chambre de céans, second degré de juridiction civile à Genève pour un litige ayant trait au droit du travail, est dès lors compétente pour connaître de la présente cause (
CAPH/204/2017
du 12 décembre 2017), ce qui n'est au demeurant pas contesté par les parties.
1.2