# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 5ab72927-d1f7-4d17-b429-9fd65881074e
**Court:** CH_BSTG
**Chamber:** CH_BSTG_001
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Faits:
A. L’Office central du Département américain de la justice a émis, le 13 mars
2018, une demande d’entraide judiciaire à l’attention des autorités suisses
dans le cadre de son enquête contre B. et al. En substance, les autorités
américaines soupçonnent ce dernier de s’être livré, de concert notamment
avec C., à des comportements frauduleux et d’avoir blanchi le produit des
infractions reprochées (dossiers Office fédéral de la justice, Office central
USA [ci-après: OFJ-USA], pièces 1 à 6).
En dates des 25 mai 2018 et 4 mars 2020, l’Etat requérant a adressé aux
autorités helvétiques des demandes d’entraide judiciaire complémentaires
aux termes desquelles il complétait les faits décrits précédemment et rendait
visible le détail de certaines des mesures d’instruction requises (dossiers
OFJ-USA, pièces 3-6). A cette occasion, les autorités américaines ont
notamment demandé la transmission de la documentation bancaire relative
à un certain nombre de comptes ouverts auprès de différentes banques
suisses, dont les relations d’affaires suivantes détenues par A. Inc. (dossiers
OFJ-USA, pièces 6 et 7, p. 18-20):
− le compte n° 1 ouvert auprès de la banque D.;
− le compte n° 2 ouvert auprès de la banque E. ainsi que
− le compte n° 3 ouvert auprès de la banque F.
B. Le 28 mai 2020, l’OFJ-USA est entré en matière sur la demande d’entraide
précitée du 13 mars 2018 et ses compléments des 25 mai 2018 et 4 mars
2020 (dossiers OFJ-USA, pièce 8).
C. Par décisions de clôture du 7 mars 2022, l’OFJ-USA a admis l’entraide
requise par les autorités américaines et ordonné la transmission à ces
dernières de la documentation bancaire relative aux trois comptes
susmentionnés pour la période allant du 4 mai 2012 au 30 juillet 2013
s’agissant de la relation d’affaires ouverte auprès de la banque D., pour la
période allant du 1er février 2010 au 30 avril 2017 s’agissant de la relation
d’affaires ouverte auprès de la banque E. et pour la période allant du 31 mai
2012 au 22 mars 2018 concernant le compte détenu auprès de la banque F.
(dossiers OFJ-USA, pièce 22; RR.2022.68, RR.2022.69 et RR.2022.70,
act. 1.1).
D. Par écritures du 7 avril 2022, A. Inc. a, sous la plume de son conseil, interjeté
auprès de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral (ci-après: la Cour)
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trois recours à l’encontre des décisions de clôture précitées. Elle requiert, à
titre préliminaire, la suspension de la procédure d’entraide jusqu’à droit jugé
quant à la procédure conduite par-devant le Ministère public II du canton de
Zurich. Principalement, elle conclut, sous suite de frais et dépens, à
l’annulation des décisions de clôture précitées ainsi qu’au rejet de la
demande d’entraide judiciaire complémentaire du 4 mars 2020 et, partant, à
ce que la transmission de la documentation bancaire en question soit
refusée. A titre subsidiaire, l’intéressée conclut au renvoi de la cause à l’OFJ-
USA pour qu’il procède à un tri desdits documents. Elle requiert en outre,
« subsubsidièrement », que les documents contenant des informations à
caractère secret et confidentiel soient retirés, voire que lesdites informations
soient caviardées (RR.2022.68, RR.2022.69 et RR.2022.70, act. 1).
E. Par arrêt du 12 mai 2022, la présente Cour a déclaré les recours
susmentionnés irrecevables en raison de l’absence de documents propres à
établir que C., signataire des procurations établies au nom de A. Inc.,
disposait du pouvoir d’engager cette dernière par sa signature et, partant, de
la représenter dans la procédure de recours (RR.2022.68, RR.2022.69 et
RR.2022.70, act. 8).
F. A. Inc. a interjeté, en date du 27 mai 2022, un recours contre l’arrêt précité
auprès du Tribunal fédéral (RR.2022.68, RR.2022.69 et RR.2022.70,
act. 12).
G. Faisant suite à l’admission dudit recours et au renvoi de la cause à la Cour
de céans, prononcés par le Tribunal fédéral par arrêt 1C_320/2022 du
12 juillet 2022 (RR.2022.139, RR.2022.140 et RR.2022.141, act. 1), la
présente autorité a, en date du 19 juillet 2022, requis de A. Inc. qu’elle
produise les documents manquants établissant que le signataire desdites
procurations est habilité à la représenter dans le cadre des présentes
procédures de recours, référencées RR.2022.139, RR.2022.140 et
RR.2022.141 (RR.2022.139, RR.2022.140 et RR.2022.141, act. 2).
H. Cela fait, l’OFJ-USA a, en date du 5 août 2022, été invité à se prononcer
quant aux recours susmentionnés du 7 avril 2022 (RR.2022.139,
RR.2022.140 et RR.2022.141, act. 6).
Dans sa réponse du 18 août 2022, l’OFJ-USA conclut au rejet des recours
précités et à la confirmation des décisions de clôture du 7 mars 2022
(RR.2022.139, RR.2022.140 et RR.2022.141, act. 7).
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I. A. Inc. a répliqué en date du 12 septembre 2022 (RR.2022.139,
RR.2022.140 et RR.2022.141, act. 11).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

## Considerations

La Cour considère en droit:
1.
1.1 L’entraide judiciaire pénale entre les Etats-Unis d’Amérique et la
Confédération suisse est régie par le Traité sur l’entraide judiciaire en
matière pénale liant ces deux Etats (TEJUS; RS 0.351.933.6), conclu le
25 mai 1973, et la loi fédérale d’application dudit traité, du 3 octobre 1975
(LTEJUS; RS 351.93). La loi du 20 mars 1981 sur l’entraide internationale
en matière pénale (EIMP; RS 351.1) et son ordonnance d’exécution (OEIMP;
RS 351.11) s’appliquent toutefois aux questions non réglées, explicitement
ou implicitement, par le Traité et lorsqu’elles sont plus favorables à l’entraide
(ATF 142 IV 250 consid. 3; 140 IV 123 consid. 2; 137 IV 33 consid. 2.2).
L’application de la norme la plus favorable doit avoir lieu dans le respect des
droits fondamentaux (ATF 135 IV 212 consid. 2.3; 123 II 595 consid. 7c).
1.2 En vertu de l’art. 17 al. 1 LTEJUS, peuvent faire l’objet d’un recours devant
la Cour de céans, la décision de l’OFJ-USA relative à la clôture de la
procédure d’entraide et, conjointement, les décisions incidentes antérieures
de l’autorité d’exécution.
1.3 Interjeté dans le délai de 30 jours dès la notification des décisions entreprises
(art. 17c LTEJUS), les recours du 7 avril 2022 ont été déposés en temps
utile.
1.4
1.4.1 Conformément à l’art. 17a LTEJUS, la qualité pour recourir est reconnue à
quiconque est personnellement et directement touché par une mesure
d’entraide et a un intérêt digne de protection à ce qu’elle soit annulée ou
modifiée.
Aux termes de l’art. 9a let. a OEIMP, est notamment réputé personnellement
et directement touché, en cas d'informations sur un compte, le titulaire du
compte dont les documents font l'objet de la décision de clôture.
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1.4.2 En l’espèce, A. Inc. est le titulaire des comptes susmentionnés ouverts
auprès des banques D., E. et F. (v. supra, let. A).
1.4.3 La société recourante dispose partant de la qualité pour recourir.
1.5 Compte tenu de ce qui précède, les recours sont recevables et il y a, partant,
lieu d’entrer en matière.
2.
2.1 L'économie de procédure peut commander à l'autorité saisie de plusieurs
requêtes individuelles de les joindre ou, inversement, à l'autorité saisie d'une
requête commune par plusieurs administrés (consorts) ou, saisie de
prétentions étrangères entre elles par un même administré, de les diviser;
c'est le droit de procédure qui régit les conditions d'admission de la jonction
et de la disjonction des causes (BOVAY, Procédure administrative, 2e éd.
2015, p. 218 s.). Bien qu'elle ne soit pas prévue par la loi fédérale du
20 décembre 1968 sur la procédure administrative (PA; RS 172.021),
applicable à la présente cause par renvoi des art. 7 LTEJUS et 39 al. 2 let. b
LOAP, l'institution de la jonction des causes est néanmoins admise en
pratique (v. arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2008.190 du 26 février 2009
consid. 1; RR.2008.216+RR.2008.225-230 du 20 novembre 2008
consid. 1.2).
2.2 En l'espèce, les trois recours concernant chacun des comptes bancaires
susmentionnés sont interjetés à l'encontre de décisions de clôture dont
l'argumentation est en tout point similaire et reposent sur le même complexe
de faits. En outre, la partie recourante, représentée par le même avocat,
invoque des arguments, respectivement, prend des conclusions identiques,
sans faire valoir d'intérêts contradictoires qui commanderaient un prononcé
séparé.
2.3 Il se justifie par conséquent de joindre les causes RR.2022.139,
RR.2022.140 et RR.2022.141, de même que celles relatives aux procédures
secondaires, référencées RP.2022.47, RP.2022.48 et RP.2022.49.
3. Dans ses mémoires de recours du 7 avril 2022, la recourante requiert la
suspension de la procédure de recours – et, plus généralement, de la
procédure d’entraide – jusqu’à ce que le Tribunal fédéral se soit prononcé
quant au recours interjeté contre la décision du 29 juin 2022 rendue par
l’Obergericht zurichois, au motif que la procédure nationale aurait une
conséquence directe sur la validité de la demande d’entraide dans
l’éventualité où une absence de soupçons suffisants serait retenue
- 6 -
(RR.2022.68, RR.2022.69 et RR.2022.70, act. 1, p. 5 s.).
Par répliques du 12 septembre 2022, la recourante a notamment retiré les
requêtes susmentionnées tendant à la suspension de la procédure, dès lors
que l’arrêt 1B_389/2021 du Tribunal fédéral a été rendu en date du 16 juin
2022 (RR.2022.139, RR.2022.140 et RR.2022.141, act. 11), rendant ainsi
lesdites requêtes sans objet (RP.2022.47, RP.2022.48 et RP.2022.49).
4. Dans un grief qui, compte tenu de sa nature formelle, doit être traité en
premier lieu, la recourante dénonce une violation de son droit d’être entendu,
au motif que les décisions de clôture entreprises seraient lacunaires. Celles-
ci seraient en substance insuffisamment motivées dès lors que l’autorité
intimée se serait limitée à résumer l’état de fait décrit par l’autorité requérante
dans sa demande d’entraide sans exposer les motifs ayant conduit à
admettre l’existence de soupçons suffisants, en particulier s’agissant
d’éventuels actes punissables impliquant la recourante, de même que le lien
qui existerait entre les comptes de cette dernière et l’enquête américaine. En
outre, l’admission de la condition de la double incrimination ne serait pas
suffisamment examinée. L’OFJ-USA se serait à ce propos contenté
d'indiquer, sans autre explication, que les art. 305bis, 314 et 322novies CP
étaient remplis, sans aborder, en fait ou en droit, les différents éléments
constitutifs des dispositions précitées. La recourante reproche enfin à ladite
autorité de ne pas avoir tenu compte, d’une part, des décisions rendues par
l’Obergericht du canton de Zurich ainsi que par le Tribunal vénézuélien et,
d’autre part, de ses observations formulées dans le cadre de ses prises de
position du 10 décembre 2021 (RR.2022.68, RR.2022.69 et RR.2022.70,
act. 1, p. 11 s. et 21 s.).
4.1 Le droit d'être entendu, garanti par l'art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale
de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst.; RS 101) et découlant du
droit à un procès équitable (art. 6 par. 1 de la Convention de sauvegarde des
droits de l'homme et des libertés fondamentales en vigueur pour la Suisse
depuis le 28 novembre 1974 [CEDH; RS 0.101]), prévoit l'obligation pour
l'autorité d'indiquer dans son prononcé les motifs qui conduisent à sa
décision (arrêt du Tribunal fédéral 1A.95/2002 du 16 juillet 2002 consid. 3.1).
Cette garantie tend à donner à la personne touchée les moyens d'apprécier
la portée du prononcé et de le contester efficacement, s'il y a lieu, devant
une instance supérieure (arrêt du Tribunal fédéral 1A.58/2006 du 12 avril
2006 consid. 2.2). L'objet et la précision des indications à fournir dépendent
de la nature de l'affaire et des circonstances particulières du cas; néanmoins,
en règle générale, il suffit que l'autorité mentionne au moins brièvement les
motifs qui l'ont guidée, sans qu'elle soit tenue de discuter de manière
- 7 -
détaillée tous les faits, moyens de preuve et arguments soulevés par les
parties (ATF 134 I 83 consid. 4.1; 126 I 97 consid. 2b; 125 II 369 consid. 2c;
124 II 146 consid. 2a; 112 Ia 107 consid. 2b); l'autorité n'est pas davantage
astreinte à statuer séparément sur chacune des conclusions qui lui sont
présentées (arrêt du Tribunal fédéral 1A.95/2002 précité consid. 3.1). Elle
peut se limiter à l'examen des questions décisives pour l'issue du litige; il
suffit que le justiciable puisse apprécier correctement la portée de la décision
et l'attaquer à bon escient (ATF 141 IV 249 consid. 1.3.1; 139 IV 179
consid. 2.2; 126 I 15 consid. 2a/aa; 125 II 369 consid. 2c; 124 II 146
consid. 2a; 124 V 180 consid. 1a et les arrêts cités). Dès lors que l'on peut
discerner les motifs qui ont guidé la décision de l'autorité, le droit à une
décision motivée est respecté même si la motivation présentée est erronée
(ATF 141 V 557 consid. 3.2.1). La motivation peut d'ailleurs être implicite et
résulter de la décision prise dans son ensemble (arrêts du Tribunal fédéral
6B_362/2019 du 21 mai 2019 consid. 2.1 et les réf. citées; 1B_120/2014 du
20 juin 2014 consid. 2.1 et les réf. citée; 5A_878/2012 du 26 août 2013
consid. 3.1; 2C_23/2009 du 25 mai 2009 consid. 3.1).
4.2 A la lecture des griefs formulés dans le cadre de ses recours, la présente
Cour constate que la recourante a amplement pu se rendre compte de la
portée des décisions entreprises qu'elle a attaquées en connaissance de
cause sur la base de développements précis et argumentés (v. infra,
consid. 5 et 6). Contrairement à ce qu’elle soutient, force est de retenir que
la motivation de l’autorité intimée ne peut être qualifiée d’insuffisante. Il
apparaît en effet à la lecture des décisions de clôture en cause que l’OFJ-
USA a, dans ce cadre, relevé, tout en développant son argumentation à cet
égard, le lien existant entre les relations d’affaires en question et les faits
sous enquête américaine. Cela fait, l’autorité intimée a, notamment, conclu
que la documentation bancaire relative aux comptes ouverts au nom de la
recourante est à même de faire progresser la procédure étrangère et, en
particulier, de contribuer à l’identification de la destination finale des fonds
litigieux (v. RR.2022.68, RR.2022.69 et RR.2022.70, act. 1.1; ég. infra,
consid. 6).
Dite motivation résulte en outre des autres éléments du dossier, en
particulier de la demande d'entraide du 13 mars 2018 et de ses compléments
des 25 mai 2018 et 4 mars 2020, de même que de la décision d'entrée en
matière rendue par l’OFJ-USA en date du 28 mai 2020 (v. dossiers OFJ-
USA, pièces 1 à 6 et 8).
S’agissant de ses requêtes tendant à ce qu’une ultérieure séance de tri des
documents soit organisée au vu de la prétendue absence de lien entre
certains d’entre eux et l’enquête américaine, l’autorité intimée a au contraire
constaté, dans le cadre de ses décisions de clôture du 7 mars 2022, que la
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commission rogatoire ainsi que ses compléments ne sont pas constitutives
d’une fishing expedition et respectent ainsi le principe de la proportionnalité.
Elle ajoute en outre que l’autorité requérante dispose ainsi « d’un intérêt à
pouvoir vérifier elle-même la documentation bancaire complète », raison
pour laquelle il n’y a « pas lieu de procéder à un tri ultérieur des pièces tel
que requis par [A. Inc.] » (RR.2022.68, RR.2022.69 et RR.2022.70, act. 1.1,
p. 5).
La Cour de céans souligne, par ailleurs, que l'autorité d'exécution est tenue
de mentionner brièvement les motifs qui ont conduit à sa décision sans avoir
l'obligation de se prononcer sur chaque argument soulevé par la recourante
(v. supra, consid. 4.1). Ce nonobstant, n’en déplaise à cette dernière, force
est de constater que l’OFJ-USA reprend et examine dans le cadre de ses
décisions de clôture du 7 mars 2022 chaque grief soulevé dans ses prises
de position du 10 décembre 2021, tout en lui rappelant – à juste titre – que
« la question de la culpabilité n’a pas à être résolue dans le cadre de la
procédure d’entraide et [que] l’argumentation à décharge n’[y] a pas sa
place » (v. ibidem).
Pour le surplus, la présente Cour rappelle que l'échange d'écritures intervenu
dans le cadre de la procédure de recours permet de guérir une éventuelle
violation du droit d'être entendu (arrêts du Tribunal fédéral 1C_703/2017 du
8 janvier 2018 consid. 3; 1C_168/2016 du 22 avril 2016 consid. 1.3.2;
TPF 2008 172 consid. 2.3). Dans ce cadre, l’autorité intimée a ainsi eu
l'occasion de préciser son argumentation concernant l'admission de la
demande d'entraide querellée, en particulier s’agissant du grief relatif à la
prétendue absence de soupçons initiaux et d’examen de la condition de la
double incrimination (RR.2022.139, RR.2022.140 et RR.2022.141, act. 7).
En outre, s’agissant des procédures nationale et vénézuélienne auxquelles
la recourante se réfère, l’OFJ-USA relève à juste titre que « l’autorité
d’exécution en entraide procède à une analyse autonome de l’existence de
soupçons suffisants [...]. Dès lors, la recourante ne saurait se prévaloir d’une
décision rendue dans le cadre de la procédure nationale, tout comme une
décision rendue au Venezuela, pour contester la demande d’entraide
judiciaire américaine, laquelle se fonde sur le résultat de sa propre
instruction » (idem, p. 2). Quant à la recourante, celle-ci a eu la possibilité,
dont elle a fait usage en date du 12 septembre 2022, de s'exprimer quant au
contenu de l’écriture de l’OFJ-USA transmise à la Cour de céans
(v. RR.2022.139, RR.2022.140 et RR.2022.141, act. 11).
4.3 Mal fondé, le grief tiré de la violation du droit d’être entendu doit, partant, être
rejeté.
- 9 -
5. Dans un second moyen, la recourante invoque une violation de l’art. 29
TEJUS en lien avec les conditions de validité de la demande d’entraide du
13 mars 2018 et de ses compléments des 25 mai 2018 et 4 mars 2020 ainsi
que du principe de la double incrimination en relation avec les infractions de
blanchiment d’argent et de corruption. A l’appui de son argumentation, cette
dernière souligne en substance que ladite demande, lacunaire, ne
comporterait aucun élément concret permettant d’établir l’illicéité du contrat
de prêt conclu par la compagnie pétrolière G. SA. En outre, elle n’exposerait
aucun fait qui permettrait de lui imputer une quelconque infraction. En
particulier, la description des faits ne permettrait pas de conclure à
l’existence de soupçons à son égard portant sur la commission d’actes de
blanchiment d’argent et d’autres infractions (RR.2022.68, RR.2022.69 et
RR.2022.70, act. 1, p. 17-19 et 25).
5.1
5.1.1 Ni le Traité ni la loi d'application y relative ne précisent la manière dont les
autorités de l'Etat requérant doivent exposer les faits à la base de la
procédure d'enquête. L'art. 29 par. 1 TEJUS exige néanmoins qu'elles
indiquent le nom de l’autorité chargée de l’enquête ou de la procédure à
laquelle elle se réfère. Dans la mesure du possible, elles indiquent
également l'objet et la nature de l'enquête ou de la procédure et, sauf s'il
s'agit d'une demande de notification, elles décrivent les principaux faits
allégués ou à établir (let. a) ainsi que la raison principale pour laquelle les
preuves ou les renseignements demandés sont nécessaires (let. b) et
mentionnent les informations tendant à l’identification de la personne faisant
l’objet de l’enquête (let. c). L’autorité d’exécution doit être mise en état de
vérifier qu’il existe une présomption raisonnable qu’un délit a été commis
dans l’Etat requérant par la ou les personne(s) poursuivie(s). Cette
présomption raisonnable, au sens de l’art. 1 par. 2 TEJUS, mise en relation
avec l’art. 29 par. 1 let. a de ce même traité, doit être suffisante pour que
l’autorité puisse parer le danger d’une violation du principe de
proportionnalité. Cette présomption peut être admise sur la base de la
demande elle-même et de ses annexes, voir même de sources publiques,
telles que des articles de presse ou des informations recueillies sur Internet,
sur des sites fiables (v. ZIMMERMANN, La coopération judiciaire internationale
en matière pénale, 5e éd. 2019, n. 294, p. 313 s.).
L'art. 10 LTEJUS prescrit pour sa part à l'Office central suisse de contrôler
préliminairement si la demande satisfait aux exigences de forme du traité et
d'examiner – sur la base des faits exposés dans la demande ou dans les
pièces à l'appui – si les infractions que vise la procédure américaine sont
punissables en droit suisse. On peut en déduire que les exigences formelles
de l'art. 29 par. 1 TEJUS impliquent l'obligation pour l'Etat requérant de
- 10 -
présenter un bref exposé des faits essentiels et d'indiquer, quand cela est
possible, le lieu, la date et le mode de commission de l'infraction (v. art. 28
al. 3 let. a EIMP et 10 al. 2 OEIMP).
De manière générale, on ne saurait être trop exigeant quant à l'exposé des
faits qui accompagnent la demande. Celle-ci ne doit pas nécessairement
contenir des preuves de l'accusation, car il faut tenir compte de ce que
l'enquête ouverte dans l'Etat requérant n'est pas terminée et l'entraide a
précisément pour but d'apporter aux autorités de l'Etat requérant des
renseignements au sujet des points demeurés obscurs (ATF 117 Ib 64
consid. 5c et les réf. cités). Dans le cadre d'une demande d'entraide, il
convient effectivement de garder à l'esprit que la démarche de l'autorité
étrangère vise à compléter, par les renseignements requis, les investigations
en cours (ZIMMERMANN, op. cit., n. 293, p. 312), renseignements qui pourront,
suite à leur examen par le juge étranger – et non celui de l'Etat requis –
s'avérer pertinents ou non et, le cas échéant, constituer des éléments à
charge ou à décharge. Les indications fournies à ce propos, qui peuvent
reposer sur de simples soupçons, doivent simplement suffire pour vérifier
d'emblée que la demande n'est pas inadmissible ou qu'il n'existe pas, de
manière évidente, un motif d'exclusion de la coopération (ZIMMERMANN,
ibidem). La partie requérante n'a ainsi pas à prouver, ni même à rendre
vraisemblables, les soupçons dont elle fait état, mais seulement à les
exposer de manière suffisamment compréhensible. Tel est le sens de
l'art. 29 ch. 1 let. a TEJUS, qui exige l'indication des faits « allégués ou à
établir ». Pour sa part, l'autorité suisse d'entraide n'a pas à se prononcer sur
la vraisemblance de ces soupçons. Elle ne refusera sa collaboration qu'en
cas de lacunes, d'erreurs ou de contradictions patentes, faisant apparaître la
démarche de l'Etat requérant comme un abus manifeste (arrêts du Tribunal
fédéral 1A.99/2006 du 4 juillet 2006 consid. 2.1; 1A.147/2004 du
13 septembre 2004 consid. 3.1).
Lorsque la demande tend, comme en l'espèce, à la remise de documents
bancaires, l'Etat requérant ne peut se borner à communiquer une liste des
personnes recherchées et des sommes qui auraient été détournées; il lui faut
joindre à la demande des éléments permettant de déterminer, de manière
minimale, que les comptes en question ont été utilisés dans le déroulement
des opérations délictueuses poursuivies dans l'Etat requérant (arrêt du
Tribunal fédéral 1A.218/2002 du 9 janvier 2003 consid. 2.1 et les réf. citées).
Ce nonobstant, ladite demande ne doit pas nécessairement contenir la
preuve de la commission de ce délit ou de l’infraction principale. Pour être
considérée comme suffisante au regard de la condition de la double
incrimination, il suffit que la demande s’appuie sur des soupçons considérés
objectivement, relevant de l’ensemble des circonstances, tel que des
- 11 -
transactions faites sans justification apparente, pour des montants
importants, par le truchement de sociétés disséminées dans plusieurs pays.
Enfin, la pratique tend à exiger de l’Etat requérant qu’il explique en quoi les
fonds dont on présume le blanchissage proviennent d’une infraction
préalable (ZIMMERMANN, op. cit., n. 602, p. 647 s.).
Enfin, l'octroi de l'entraide n'implique pas que la personne soumise à la
mesure de contrainte dans l'Etat requis soit elle-même accusée dans l'Etat
requérant. Il suffit que, dans ce dernier Etat, une procédure pénale soit
ouverte contre une personne sur laquelle pèsent des charges donnant lieu à
l'entraide et que des investigations en Suisse soient nécessaires pour les
besoins de cette procédure (arrêt du Tribunal fédéral 1A.218/2002 du
9 janvier 2003 consid. 3.2; arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2013.217-218
du 23 septembre 2013 consid. 3.1; RR.2009.64 du 27 août 2009 consid. 5.8;
RR.2008.209 du 14 janvier 2009 consid. 2).
5.1.2 En l’occurrence, il ressort de la commission rogatoire américaine du 13 mars
2018 et de ses compléments des 25 mai 2018 et 4 mars 2020 que les
autorités étrangères mènent une enquête notamment contre B., H., I., J. et
C. pour des faits qui se seraient déroulés entre 2012 et 2014. En substance,
G. SA aurait, en mars 2012, conclu un contrat de prêt avec plusieurs sociétés
écrans. Cette dernière leur aurait emprunté des bolivars (devise locale) et
les aurait remboursés en dollars américains à un taux préférentiel fixé par
l’Etat. Le gouvernement du Venezuela possèderait en effet un régime de
change de devises par lequel les bolivars seraient convertis en dollars
américains à un taux fixe bien inférieur au véritable taux de change en
vigueur. Le système mis en place aurait été possible grâce à des paiements
corruptifs effectués en faveur d’officiels vénézuéliens. Les dollars américains
pouvaient ensuite être changés au marché noir, permettant ainsi la
réalisation d’une plus-value importante. Plus de USD 4,5 milliards auraient
ainsi été détournés, principalement par le biais de comptes ouverts en
Suisse par B. Ce dernier aurait par ailleurs perçu USD 22 millions de
commission grâce aux transferts effectués sur lesdits comptes bancaires
ainsi qu’à la revente, par des agents de change, des dollars américains au
marché noir (v. dossiers OFJ-USA, pièces 1-6).
L’enquête américaine a également permis de mettre en évidence un nombre
important de versements qui auraient été effectués sur des comptes
bancaires suisses appartenant aux sociétés K. SA et L. Limited, sociétés
détenues et gérées par les frères H. et I. Ceux-ci utiliseraient lesdits comptes
bancaires pour recevoir les dollars américains provenant de G. SA et
blanchir les avoirs destinés aux paiements des pots-de-vin en faveur des
officiels vénézuéliens corrompus. Les enquêteurs étrangers ont identifié
- 12 -
plusieurs virements effectués par lesdites sociétés à destination de comptes
bancaires suisses détenus par A. Inc. auprès de la banque M., lesquels ont
ensuite alimenté les comptes bancaires en cause détenus par cette même
société auprès des banques D., E. et F. (dossiers OFJ-USA, pièces 5 et 6,
p. 10-12).
Il a par ailleurs été constaté que J., C. et N. auraient joué un rôle essentiel
dans l’obtention du contrat de prêt conclu avec G. SA et qu’ils auraient servi
d’intermédiaire entre les frères H. et I. et les fonctionnaires vénézuéliens
corrompus, ce qui leur auraient permis de percevoir plus de USD 500
millions, montant qui auraient été blanchi par le biais de comptes bancaires
en Suisse ouverts au nom de sociétés écrans (idem, p. 9-12).
L’autorité requérante précise en outre que l’enquête américaine vise à
déterminer si les individus et entités concernés ont utilisé des banques
suisses et américaines afin de blanchir des devises étrangères utilisées par
certains membres du gouvernement et d’autres personnes dans le but de
détourner les réserves de devises étrangères du Venezuela (idem, p. 2).
Dans sa demande complémentaire du 4 mars 2020, ladite autorité a ainsi
sollicité la remise de la documentation bancaire complète relative notamment
aux comptes détenus par A. Inc. auprès des banques D., E. et F., pour la
période allant du 1er janvier 2012 à la date de la demande d’entraide
complémentaire (idem, p. 18-20).
Enfin, la demande d’entraide mentionne les infractions reprochées aux
personnes visées par la procédure américaine, à savoir l’infraction de
complot en vue de commettre du blanchiment d’argent et celle de fraude
électronique (dossiers OFJ-USA, pièces 1-6).
5.1.3 Au vu de ce qui précède, force est de conclure que la commission rogatoire
et ses compléments contiennent les motifs pour lesquels la demande est
présentée, les causes de l’enquête nationale ainsi que la qualification
juridique des faits selon le droit américain. Les faits essentiels sont
également exposés et complétés par les écritures des 25 mai 2018 et 4 mars
2020. Par ailleurs, il sied de rappeler, à ce propos, que l'autorité suisse
d'entraide n'a pas à se prononcer sur la vraisemblance de ces soupçons. Par
surabondance, rien ne permet en l'état d'affirmer que le contenu de la
requête serait erroné ou que celle-ci contiendrait des contradictions
patentes, le principe de la bonne foi entre Etats étant effectivement
applicable, il n'appartient, dès lors, pas à l'autorité suisse de remettre en
cause les déclarations de l'Etat requérant. En particulier, comme le relève à
juste titre le MPC dans son courrier du 18 août 2022, la procédure nationale,
- 13 -
de même que celle conduite au Venezuela, auxquelles se réfère la
recourante, ne permettent pas de retenir un quelconque abus manifeste de
l’autorité requérante (v. RR.2022.68, RR.2022.69 et RR.2022.70, act. 1,
p. 13-17; RR.2022.139, RR.2022.140 et RR.2022.141, act. 7).
La demande et ses compléments ont ainsi permis à l’OFJ-USA d’apprécier
la recevabilité de la requête et d’estimer que les faits sous enquête
américaine peuvent être qualifiés en droit suisse de blanchiment d’argent
(art. 305bis CP), gestion déloyale des intérêts publics (art. 314 CP) et
corruption privée passive (art. 322novies CP; v. dossiers OFJ-USA, pièce 8).
Par conséquent, le grief tiré de la violation de l’art. 29 TEJUS se révèle mal
fondé et doit, partant, être rejeté.
5.2 Nonobstant le constat qui précède, la recourante est d’avis qu’il ne serait pas
possible de vérifier que les conditions de la double incrimination sont en
l’occurrence remplies. En particulier, l’infraction préalable au blanchiment
d’argent ne serait pas réalisée, faisant ainsi également tomber cette dernière
infraction. L’intéressée relève en effet que le stratagème décrit supra au
considérant 5.1.2 consistant en la conclusion d’un contrat de prêt de bolivars
suivi du remboursement dudit prêt en dollars américains, à un taux de
change fixe, serait une pratique courante et légale au regard du droit
vénézuélien (RR.2022.68, RR.2022.69 et RR.2022.70, act. 1, p. 18).
5.2.1 Saisi d'une demande d'entraide impliquant des mesures de contrainte, l'Etat
requis doit s'assurer, selon l'art. 4 al. 2 let. a TEJUS, que les faits qui y sont
allégués réunissent les conditions objectives d'une infraction punissable
selon sa propre législation et mentionnée dans la liste annexée au traité. Il
statue sur l'existence de ces conditions en appliquant uniquement son propre
droit (art. 4 al. 4 TEJUS). Il n'a pas en revanche à examiner si les faits
incriminés sont également punissables selon le droit de l'Etat requérant.
Sous l'angle de l'art. 4 al. 2 let. a TEJUS, il n'est pas nécessaire que la
législation de l'Etat requis donne aux faits de la demande la même
qualification juridique que la législation de l'Etat requérant, que ces faits
soient soumis aux mêmes conditions de punissabilité ou qu'ils soient
passibles de peines équivalentes. Il suffit qu'ils soient réprimés dans les deux
Etats comme des délits donnant ordinairement lieu à la coopération
internationale, principe général que rappelle l'art. 4 al. 4 TEJUS.
La Cour de céans rappelle par ailleurs que la condition de la double
incrimination n’implique pas que la personne soumise à des mesures de
contrainte dans l’Etat requis soit elle-même accusée dans l’Etat requérant
(v. supra, consid. 5.1.1 in fine; v. ég. ZIMMERMANN, op. cit., n. 576, p. 619).
- 14 -
5.2.2 En l’espèce, les autorités américaines enquêtent sur la mise en place d’un
stratagème par lequel G. SA aurait emprunté des bolivars à plusieurs
sociétés écrans et les aurait remboursés en dollars américains à un taux de
change fixe avantageux. Ce contrat de prêt aurait été obtenu grâce aux
versements de pots-de-vin à des officiels vénézuéliens. B. et les frères H. et
I. auraient ouvert des comptes, notamment en Suisse, afin de recevoir le
remboursement en dollars de G. SA et de blanchir ces montants. Les frères
H. et I. sont propriétaires des sociétés K. SA et L. Ltd, dont les comptes
bancaires suisses ont été utilisés pour effectuer plusieurs virements à
destination de comptes bancaires suisses détenus par A. Inc. auprès de la
banque M., lesquels ont ensuite alimenté les comptes bancaires de cette
dernière auprès des banques D., E. et F. (v. ég. supra, consid. 5.1.2).
Force est ainsi de constater que les faits exposés dans la demande
d’entraide querellée sont suffisamment étayés, de sorte que le stratagème
décrit correspond, prima facie, en droit pénal suisse, aux infractions de
gestion déloyale des intérêts publics (art. 314 CP), de corruption privée
passive (art. 305novies CP) et de blanchiment d’argent (art. 305bis CP).
Comme rappelé précédemment (v. supra, consid. 5.1.1), l’entraide a pour
but d’éclaircir et d’établir des faits que l’autorité requérante n’a pas encore
réussi à élucider pleinement. Contrairement à ce que soutient la recourante,
il n’est donc en aucun cas requis que l’autorité requérante apporte la preuve
absolue des faits qu’elle allègue, ce qui reviendrait au demeurant à priver de
substance la procédure d’entraide. Par ailleurs, l’examen de la licéité du
contrat de prêt incombe au juge pénal du fond et non à l’autorité d’entraide.
Aussi, contrairement à l’argumentation soutenue par la recourante, il
appartiendra aux autorités américaines, et non aux autorités suisses, de se
prononcer à ce propos. Enfin, l’autorité d’exécution en matière d’entraide
procède à une analyse autonome en conformité avec les seules règles de
l’entraide (arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2017.211 du 16 février 2018
consid. 3.1; RR.2013.209 du 14 mars 2014 consid. 3.4.2 et les réf. citées),
de sorte que la recourante ne saurait se prévaloir de décisions rendues dans
le cadre d’une procédure nationale ou étrangère pour contester la demande
d’entraide entreprise. La Cour de céans relève par ailleurs que l'issue des
procédures helvétique et vénézuélienne ne sauraient préjuger de celle
menée au Etats-Unis, laquelle se fonde notamment sur le résultat de sa
propre instruction.
La présente Cour souligne enfin qu’il n’est pas nécessaire que la condition
de la double incrimination soit réalisée pour chacun des chefs à raison
desquels les prévenus sont poursuivis dans l’Etat requérant (ATF 125 II 569
consid. 6; 110 Ib 173 consid. 5b; arrêts du Tribunal fédéral 1C_138/2007 du
- 15 -
17 juillet 2007 consid. 2.3.2; 1A.212/2001 du 21 mars 2002 consid. 7).
Partant, dès lors qu’à tous le moins les infractions de corruption privée
passive et de gestion déloyale des intérêts publics semblent réalisées, il n’est
pas nécessaire d’examiner plus avant si l’infraction de blanchiment d’argent
est réalisée, et quelle en serait l’infraction préalable.
5.2.3 Mal fondé, le grief tiré de la violation du principe de la double incrimination
doit par conséquent être rejeté.
6. La recourante invoque enfin une violation du principe de la proportionnalité,
dès lors qu’il n’existerait aucun lien entre les comptes ouverts à son nom
auprès des banques D., E. et F. et les faits sous enquête américaine, de
sorte que la transmission envisagée des documents bancaires en cause
s’apparenterait à une recherche indéterminée de preuves (« fishing
expedition »; RR.2022.68, RR.2022.69 et RR.2022.70, act. 1, p. 22 ss). A
l’appui de son argumentation, la recourante précise en particulier que les
comptes en question n’ont pas été utilisés à des fins de corruption
(RR.2022.68 et RR.2022.70, act. 1, p. 22 et 27; RR.2022.69, act. 1, p. 22 s.
et 27). En outre, les virements considérés suspects par l’autorité requérante
et mentionnés dans la commission rogatoire complémentaire ne relèvent pas
d’une activité illicite, dès lors que le stratagème décrit supra au considérant
5.1.2 entourant le contrat de prêt conclu par G. SA serait une pratique
courante et légale au regard du droit vénézuélien (RR.2022.68 et
RR.2022.70, act. 1, p. 23-25; RR.2022.69, act. 1, p. 23-26). Enfin, la
recourante souligne qu’hormis les documents en lien avec les versements
précités, les autres pièces destinées à être transmises à l’autorité requérante
n’ont pas de lien avec les faits poursuivis aux Etats-Unis et ne sauraient,
partant, être utiles à l’enquête étrangère (RR.2022.68 et RR.2022.70, act. 1,
p. 25-27; RR.2022.69, act. 1, p. 25-28).
6.1
6.1.1 De manière générale, selon la jurisprudence relative au principe de la
proportionnalité, lequel découle de l'art. 63 al. 1 EIMP, la question de savoir
si les renseignements demandés sont nécessaires ou simplement utiles à la
procédure pénale est en principe laissé à l'appréciation des autorités de
poursuite de l'Etat requérant (ATF 136 IV 82 consid. 4.1; arrêt du Tribunal
fédéral 1C_582/2015 du 10 novembre 2015 consid. 1.4).
Le principe de la proportionnalité interdit à l'autorité suisse d'aller au-delà
des requêtes qui lui sont adressées et d'accorder à l'Etat requérant plus qu'il
n'a demandé. Cela n'empêche pas d'interpréter la demande selon le sens
que l'on peut raisonnablement lui donner; l'autorité d'exécution devant faire
- 16 -
preuve d'activisme, comme si elle était elle-même en charge de la poursuite.
Le cas échéant, une interprétation large est admissible s'il est établi que
toutes les conditions à l'octroi de l'entraide sont remplies. Ce mode de
procéder permet en outre d'éviter d'éventuelles demandes complémentaires
(ATF 136 IV 82 consid. 4.1; 121 II 241 consid. 3a; arrêt du Tribunal pénal
fédéral RR.2009.286-287 du 10 février 2010 consid. 4.1). Sur cette base,
peuvent ainsi également être transmis des renseignements et des
documents non mentionnés dans la demande (TPF 2009 161 consid. 5.2;
arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2018.32-37 du 23 août 2018 consid. 4.1;
RR.2010.39 du 28 avril 2010 consid. 5.1).
6.1.2 L'examen de l'autorité d'entraide est régi par le principe de l'« utilité
potentielle » qui joue un rôle crucial dans l'application du principe de la
proportionnalité en matière d'entraide pénale internationale (ATF 142 II 161
consid. 2.1.2; 122 II 367 consid. 2c et les réf. citées). Sous l'angle de l'utilité
potentielle, il doit être possible pour l'autorité d'investiguer en amont et en
aval du complexe de faits décrit dans la demande et de remettre des
documents antérieurs ou postérieurs à l'époque des faits indiqués (arrêt du
Tribunal fédéral 1A.212/2001 précité consid. 9.2.2; arrêt du Tribunal pénal
fédéral RR.2017.53-54 du 2 octobre 2017 consid. 8.2 in fine). Les autorités
suisses sont tenues, au sens de la procédure d'entraide, d'assister les
autorités étrangères dans la recherche de la vérité en exécutant toute
mesure présentant un rapport suffisant avec l'enquête pénale à l'étranger,
étant rappelé que l'entraide vise non seulement à recueillir des preuves à
charge, mais également à décharge (ATF 118 lb 547 consid. 3a; arrêt du
Tribunal fédéral 1A.88/2006 du 22 juin 2006 consid. 5.3; arrêts du Tribunal
pénal fédéral RR.2013.231 du 23 octobre 2013 consid. 4.1 et les réf. citées;
RR.2008.287 du 9 avril 2009 consid. 2.2.4 et la jurisprudence citée). C'est
donc, le propre de l'entraide, de favoriser la découverte de faits,
d'informations et de moyens de preuve, y compris ceux dont l'autorité de
poursuite étrangère ne soupçonne pas l'existence. Il ne s'agit pas seulement
d'aider l'État requérant à prouver des faits déjà révélés par l'enquête qu'il
conduit, mais aussi d'en dévoiler d'autres, s'ils existent. Il en découle, pour
l'autorité d'exécution, un devoir d'exhaustivité qui justifie de communiquer
tous les éléments qu'elle a réunis, qui sont propres à servir l'enquête
étrangère ou qui peuvent permettre d'éclairer les rouages du mécanisme
délictueux poursuivi dans l'État requérant (arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2019.172+173 du 28 janvier 2020 consid. 3.1 et les réf. citées;
ZIMMERMANN, op. cit., n. 723, p. 798 ss).
6.1.3 Lorsqu'il s'agit de demandes relatives à des informations bancaires, il
convient en principe de transmettre tous les documents qui peuvent faire
référence au soupçon exposé dans la demande d'entraide. Il doit toutefois
- 17 -
exister un lien de connexité suffisant entre l'état de fait faisant l'objet de
l'enquête pénale menée par les autorités de l'État requérant et les
documents visés par la remise (ATF 129 II 461 consid. 5.3; arrêts du Tribunal
fédéral 1A.189/2006 du 7 février 2007 consid. 3.1; 1A.72/2006 du 13 juillet
2006 consid. 3.1).
Lorsque la demande tend à éclaircir le cheminement de fonds d'origine
délictueuse, il convient en principe d'informer l'État requérant de toutes les
transactions opérées au nom des personnes et des sociétés et par le biais
des comptes impliqués dans l'affaire, même sur une période relativement
étendue (ATF 121 II 241 consid. 3c). L'utilité de la documentation bancaire
découle du fait que l'autorité requérante peut vouloir vérifier que les
agissements qu'elle connaît déjà n'ont pas été précédés ou suivis d'autres
actes du même genre (v. arrêts du Tribunal fédéral 1A.259/2006 du
26 janvier 2007 consid. 2.2; 1A.75/2006 du 20 juin 2006 consid. 3.2;
1A.79/2005 du 27 avril 2005 consid. 4.2; 1A.59/2005 du 26 avril 2005
consid. 6.2; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2018.88-89 du 9 mai 2018
consid. 4.2). Certes, il se peut également que les comptes litigieux n'aient
pas servi à recevoir le produit d'infractions pénales, ni à opérer des virements
illicites ou à blanchir des fonds, mais l'autorité requérante n'en dispose pas
moins d'un intérêt à pouvoir le vérifier elle-même, sur le vu d'une
documentation complète (ATF 118 Ib 547 consid. 3a; arrêt du Tribunal
fédéral 1A.88/2006 précité consid. 5.3; arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2008.287 précité consid. 2.2.4 et la jurisprudence citée).
6.2 Pour rappel, les autorités américaines enquêtent sur des actes qui,
transposés en droit suisse, correspondent aux infractions de gestion
déloyale des intérêts publics (art. 314 CP), corruption privée passive
(art. 322novies CP) et blanchiment d’argent (art. 305bis CP; v. supra,
consid. 5.2.2). A cet égard, ces dernières ont expressément requis la
transmission des informations relatives à un certain nombre de comptes
ouverts auprès de différentes banques suisses, dont les relations d’affaires
litigieuses ouvertes au nom de la recourante auprès des banques D., E. et
F., en précisant la période souhaitée, à savoir du 1er janvier 2012 au 4 mars
2020 (dossiers OFJ-USA, pièces 6 et 7, p. 18-20; v. ég. supra, let. A).
L’objet de l’enquête américaine concerne notamment les agissements de J.
et C., soupçonnés d’avoir joué un rôle essentiel dans l’obtention du contrat
de prêt litigieux et d’avoir servi d’intermédiaires entre les frères H. et I. et les
fonctionnaires vénézuéliens corrompus, usant de leur étroite relation avec
les hauts responsables de la société G. SA. A cet effet, ils auraient reçu, aux
côtés de N., plus de USD 500 millions, montant qui aurait été blanchi par le
biais de nombreuses sociétés écrans, telles que K. SA et L. Ltd, et comptes
- 18 -
bancaires suisses (v. supra, consid. 5.1.2). Lesdites autorités ont constaté
six versements suspects totalisant la somme de USD 81,11 millions,
effectués entre avril et octobre 2012, des comptes suisses de K. SA vers un
compte appartenant à la recourante et détenu auprès de la banque M. Ce
dernier compte a ensuite été débité d’une somme totale d’environ USD 32,74
millions au profit des comptes bancaires litigieux détenus par la recourante.
Ainsi, aux alentours du 16 mai 2012, un montant d’environ 14,74 millions a
été crédité au profit du compte n° 1 ouvert auprès de la banque D., de même,
aux alentours du 4 juin 2012, un transfert d’environ USD 7,5 millions a été
effectué vers le compte n° 2 ouvert auprès de la banque E., enfin, aux
alentours du 25 mai 2012, un montant d’environ USD 10,5 millions a été
crédité au profit du compte n° 3 ouvert auprès de la banque F. (dossiers OFJ-
USA, pièces 6 et 7, p. 10-12; v. ég. RR.2022.68, RR.2022.69 et RR.2022.70,
act. 1.1, p. 2).
Il ressort en outre de la documentation bancaire litigieuse que C.,
expressément visé par l’enquête américaine (v. dossiers OFJ-USA, pièce 7,
p. 17), est l’ayant droit économique des comptes en question détenus par A.
Inc. auprès des banques D., E. et F., ce que la recourante ne conteste au
demeurant pas (v. dossiers OFJ-USA, documents d’ouverture de compte
transmis par les banques D., E. et F.; RR.2022.68, RR.2022.69 et
RR.2022.70, act. 1, p. 23).
De toute évidence, indépendamment de la question du statut de la société
recourante dans le cadre de la procédure américaine (v. supra, consid. 5.1.1
in fine et 5.2.1 in fine), les documents bancaires requis permettent de tracer
la source et l’utilisation des fonds qui sont passés sur les comptes litigieux
et de confirmer ou infirmer des éléments relevés par l’enquête étrangère,
notamment quant aux soupçons s’agissant de l’origine délictueuse des
sommes susmentionnées transférées sur les relations d’affaires en cause. A
cet égard, il sied de rappeler que lorsque la demande vise à éclaircir le
cheminement de tels fonds – comme c’est le cas en l’espèce – il se justifie
en principe d’informer l’Etat requérant de toutes les transactions opérées au
nom des entités concernées (v. supra, consid. 6.1.3). L’intérêt pour l’autorité
requérante de prendre connaissance de ces documents est d’autant plus
manifeste qu’elle en a expressément requis la production, après avoir elle-
même identifié des versements douteux. La transmission d’une
documentation aussi complète que possible, comprenant également les
informations relatives aux relations d’affaires de la recourante pour une
période allant au-delà de ce qui a été requis par commission rogatoire,
permet au demeurant d'éviter une éventuelle demande d'entraide
complémentaire, étant rappelé qu'il ne s'agit pas uniquement d'aider l'Etat
requérant à prouver des faits qu'il a déjà découverts, mais également d'en
- 19 -
dévoiler d'autres, s'ils existent (v. supra, consid. 6.1.2).
Enfin, les développements de la recourante s’agissant du contrat de prêt
conclu par G. SA ainsi que d’autres contrats de participation liant K. SA et la
recourante constituent, là aussi, une argumentation à décharge qui n’a pas
sa place dans la procédure d’entraide (v. supra, consid. 5.2.2). En outre, bien
que l'on ne puisse exclure que les comptes bancaires en question n'aient
pas servi aux transferts litigieux ou à blanchir des fonds, l'autorité requérante
n'en dispose pas moins d'un intérêt à pouvoir le vérifier elle-même, à la
lumière d'une documentation complète, puisque, comme développé supra,
l'entraide vise non seulement à recueillir des preuves à charge mais
également à décharge (v. supra, consid. 6.1.1 in fine).
Force est par conséquent de retenir qu’il existe en l’espèce un lien de
connexité suffisant entre les faits poursuivis par l’Etat requérant et les
comptes bancaires ouverts au nom de la recourante auprès des banques D.,
E. et F. et que dès lors, les documents y relatifs sont propres à faire avancer
l’enquête américaine. Il n’apparaît partant pas disproportionné que l’autorité
suisse accorde la transmission de ces derniers aux Etats-Unis sans procéder
à une ultérieure séance de tri ou à un caviardage des informations qu’ils
contiennent.
Quant à la brève argumentation développée dans son mémoire de recours
relative au compte ouvert auprès de la banque F. et concernant des
versements effectués pour le paiement d’honoraires d’avocats et qui seraient
couvertes par un secret protégé, la Cour de céans constate que la
recourante n'explique nullement, ni ne documente, en quoi les pièces à
transmettre seraient en lien avec une activité typique de l'avocat (v. arrêt du
Tribunal fédéral 1B_264/2018 du 28 septembre 2018 consid. 2.1 et les réf.
citées; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2021.33 du 9 août 2021,
consid. 3.5). Elle ne fait, en particulier, état d'aucun élément qui aurait
permis, le cas échéant, à l'autorité précédente, de même qu’à la présente
Cour, d'effectuer un tri des données à transmettre parmi les documents remis
par la banque, ce qui est contraire à ses obligations en matière de
collaboration (arrêt du Tribunal fédéral 1B_264/2018 du 28 septembre 2018
consid. 2.2 et les réf. citées).
6.3 Au vu de ce qui précède, le grief tiré de la violation du principe de la
proportionnalité, respectivement de celui de l’utilité potentielle, se révèle mal
fondé et doit, partant, être rejeté.
7. Les considérations développées dans le cadre du présent arrêt conduisent
- 20 -
au rejet des recours du 7 avril 2022.
8.
8.1 Les frais de procédure, comprenant l'émolument d'arrêté, les émoluments
de chancellerie et les débours, sont mis à la charge de la partie qui succombe
(art. 63 al. 1 PA, applicable par renvoi de l'art. 39 al. 2 let. b LOAP).
Le montant de l'émolument est calculé en fonction de l'ampleur et de la
difficulté de la cause, de la façon de procéder des parties, de leur situation
financière et des frais de chancellerie (art. 73 al. 2 LOAP)
8.2 La recourante supportera ainsi les frais du présent arrêt, ascendant à
CHF 10'000.-- (v. art. 8 al. 3 du règlement du 31 août 2010 du Tribunal pénal
fédéral sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure
pénale fédérale du 31 août 2010 [RFPPF; RS 173.713.162] et art. 63 al. 5
PA), lesquels sont entièrement couverts par les avances de frais déjà
acquittées, étant précisé que le solde par CHF 5’000.-- sera restitué à son
conseil par la caisse du Tribunal pénal fédéral.
- 21 -