# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 68db5347-8b36-5048-815a-460508da2993
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_002
**Year:** 2010
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
Par jugement du 18 mai 2010, reçu au domicile élu de la recourante le 20 mai 2010, le Vice-Président du Tribunal de première instance a partiellement admis l'opposition de X_ à l'ordonnance de séquestre rendue le 1
er
décembre 2009 en faveur de Y_, après fourniture de sûretés pour un montant de 100'000 fr. sous forme de garantie bancaire. Le juge a dès lors révoqué, à concurrence de 99'252 fr. (contre-valeur de 60'000 GBP) plus intérêts, le séquestre ordonné portant sur un montant total de 946'354 fr. 60 (contre-valeur de 562'000 EUR et 60'000 GBP) plus intérêts. Il a confirmé l'ordonnance de séquestre pour le surplus et condamné X_ aux dépens fixés à 2'000 fr.
Par acte expédié au greffe de la Cour de justice le 31 mai 2010, X_ a formé recours contre ce jugement, dont elle demande l'annulation. Elle sollicite la révocation du séquestre ordonné, avec suite de dépens.
L'intimée conclut au rejet du recours de X_ et à la confirmation du jugement entrepris.
Lors de l'audience de plaidoiries du 15 juillet 2010, les parties ont développé oralement leurs arguments et persisté dans leurs conclusions.
B.
Il ressort de la procédure les faits pertinents suivants :
a)
Le 9 mars 2001,
Y_, ressortissante du Royaume-Uni, et son époux, décédé le 8 avril 2008, ont constitué un trust irrévocable et discrétionnaire dénommé A_(ci-après : le Trust), dont ils étaient les bénéficiaires avec leurs enfants. La société B_, dont le siège se trouve à Jersey, a été désignée en qualité de trustee.
Le contrat de trust prévoyait notamment que la rémunération du trustee comprenait tous les frais usuels pour son activité de gestion (art. 21 du contrat).
b)
Au moins d'août 2006, B_ et d'autres sociétés du groupe C_ ont été acquises par X_, société de droit des Émirats Arabes Unis, dont le siège serait à Dubai, de sorte que celle-ci est devenue le trustee du Trust.
X_ est notamment affiliée à deux sociétés sises à Genève, à savoir D_ et E_ (anciennement F_).
Selon son papier à en-tête, X_, qui ne dispose en réalité pas de véritables bureaux à Dubai, a son
administrative office
auprès de E_, à Genève.
c)
Par courrier du 19 septembre 2006, G_, administrateur de X_ et de E_, a indiqué aux settlors du Trust que, à la suite de l'acquisition du groupe B_, X_ continuerait de servir les clients des sociétés du groupe par l'intermédiaire de son équipe de conseil mise en place à Genève. Il était expressément indiqué que tout le service à la clientèle aurait lieu depuis Genève, les clients étant priés de s'adresser en premier lieu au bureau de Genève, soit à E_ (anciennement F_).
X_ a ainsi régulièrement adressé ses factures relatives à son activité de trustee à l'attention du Trust, à l'adresse de D_ à Genève, en utilisant le papier à en-tête de F_ (devenu dans l'intervalle E_). Ces factures indiquaient, pour leur règlement, un compte auprès du H_à Genève. Toutes les communications entre Y_ et la recourante ont en outre eu lieu par l'intermédiaire d'employés de E_ à Genève.
d)
Par courrier du 20 mai 2009, Y_ a confirmé son souhait de mettre un terme au Trust et a dès lors demandé la restitution des biens du Trust en sa qualité de settlor et de bénéficiaire. Elle donnait en outre décharge au trustee pour ses activités relatives au Trust et à la distribution des fonds, moyennant la distribution des biens par celui-ci conformément à sa requête, et renonçait à intenter action contre le trustee, sous réserve de fraude ou de mauvaise conduite ("
In consideration of the Trustees effecting such distribution as herein requested, I hereby give and undertake to the Trustees a full and inconditional discharge from the duties and functions it has performed in respect of the Trust and the distribution of the said funds.
I confirm that I duly waive and forgive any claim (other than in respect of wilful fraud or malfeasance on the part of the Trustees) that I might have against the Trustees [...]"
).
e)
Par la suite, Y_ et ses conseils londoniens ont éprouvé des difficultés à communiquer avec X_ (toujours par l'intermédiaire de E_), celle-ci ne répondant pas aux messages électroniques et téléphoniques. Par courrier électronique du 7 août 2009, l'un des conseils londoniens a notamment rappelé à X_ qu'aucune distribution de biens n'avait encore eu lieu, en dépit de la décision communiquée trois mois auparavant de mettre un terme au Trust.
Le 24 août 2009, I_, directeur général de E_, a confirmé que le trustee avait mis fin au Trust et qu'une somme de 72'832.01 EUR avait été restituée sur le compte désigné par Y_.
Par courrier du 26 août 2009, X_, par l'intermédiaire de E_, a en outre confirmé à Y_ que le Trust avait été liquidé, ses actifs ayant été distribués. Il résultait du courrier précité que la majeure partie des actifs du Trust, soit 550'000 EUR, avait été investie dans une obligation émise par la société J._, dont l'échéance était fixée au 31 décembre 2013. Le certificat relatif à cette obligation, issu au nom de Y_, était annexé à ce courrier.
J_ est une société de droit des Seychelles dont le siège se trouve à Mahe, République des Seychelles, et qui est affiliée à X_.
X_ a également investi des actifs du Trust à hauteur de 60'000 GBP dans des obligations émises par des compagnies d'assurance, dont les polices ont été cédées à Y_ et à son défunt époux en date du 24 juillet 2009. Y_ allègue que les institutions émettrices ne reconnaissent toutefois pas la validité des cessions.
X_ a en outre débité le compte du Trust d'un montant de 12'000 EUR. Le motif invoqué par cette dernière à l'appui de ce débit réside dans les frais de liquidation du Trust, selon une facture du 22 juillet 2009.
f)
Par courrier du 17 septembre 2009, Y_, par l'intermédiaire de ses conseils anglais, a réclamé la liquidation immédiate de l'obligation et le paiement des fonds dans un délai de 14 jours, ainsi qu'un justificatif concernant les frais de 12'000 EUR. X_ n'a pas donné suite à ce courrier.
Par courrier du 20 octobre 2009, Y_, par l'intermédiaire de son conseil genevois, a imparti à X_ un délai au 27 novembre 2009 pour lui restituer les montants de 562'000 EUR (correspondant aux actifs immobilisés dans l'obligation émise par J_ et aux frais de liquidation du Trust) et de 60'000 GBP (correspondant aux actifs investis dans les polices d'assurance).
C.
Aucun versement n'étant intervenu dans le délai imparti, Y_ a requis, le 30 novembre 2009, le séquestre à concurrence de 946'354 fr. 60 (contre-valeur de 562'000 EUR et 60'000 GBP) des biens de X_ en mains de H_à Genève, lequel a été autorisé par ordonnance du 1
er
décembre 2009, moyennant le paiement de sûretés d'un montant de 100'000 fr.
Par acte du 27 janvier 2010, X_ s'est opposée à l'ordonnance de séquestre, faisant valoir qu'elle n'avait pas la légitimation passive dans la mesure où elle avait été dissoute de plein droit le 25 octobre 2009 en raison du non renouvellement de sa licence commerciale, que Y_ n'avait aucune créance échue à son encontre, que le lien avec la Suisse faisait défaut car le Trust n'était pas administré
de facto
à Genève et enfin que les biens séquestrés appartenaient à des tiers bénéficiaires pour lesquels elle agissait en qualité de trustee.
D.
Par jugement du 18 mai 2010, le Tribunal de première instance a admis partiellement l'opposition, en ce sens qu'il a révoqué, à concurrence de 99'252 fr. (contre-valeur de 60'000 GBP), le séquestre ordonné le 1
er
décembre 2009 et confirmé l'ordonnance de séquestre pour le surplus.
Il a considéré en substance que 1) X_ n'avait pas apporté la preuve de sa dissolution et qu'elle disposait dès lors de la capacité d'être partie à la procédure, 2) la créance invoquée présentait un lien suffisant avec la Suisse du fait que l'activité du trustee était pour l'essentiel exécutée
de facto
à Genève, 3) la créance apparaissait vraisemblable, sauf pour le montant investi dans des polices d'assurance, pour lesquelles Y_ n'apportait pas d'élément permettant de vérifier le prétendu refus des compagnies émettrices de reconnaître la validité de la cession et 4) X_ n'avait pas qualité pour s'opposer au séquestre de biens appartenant à des tiers, de sorte qu'il n'y avait lieu de révoquer le séquestre que pour la contre-valeur de 60'000 GBP.
E.
La veille de l'audience de plaidoiries devant la Cour, soit le 14 juillet 2010, la recourante a produit de nouvelles pièces concernant, d'une part, l'annulation de l'enregistrement de X_ dans la zone libre d'Ajman et, d'autre part, la nomination d'un nouveau trustee en lieu et place de X_ pour la gestion des trusts auxquels appartiennent prétendument certains avoirs séquestrés.
F.
L'argumentation des parties devant la Cour sera examinée ci-dessous dans la mesure utile à la solution du litige.

## Considerations

EN DROIT
1.
Interjeté selon la forme et dans le délai prescrits, le recours est recevable (art. 278 al. 3 LP, 345 al. 1 LPC, 22 al. 4 LaLP).
2.