# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 69b52a44-83f5-54ad-9d06-e475e17bc640
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2020
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par courrier expédié le 28 juin 2019, A_ a annoncé appeler du jugement du 20 juin 2019, dont les motifs lui ont été notifiés le 2 septembre 2019, par lequel le Tribunal de police (ci-après : TP) l'a déclaré coupable d'homicide par négligence (art. 117 du code pénal suisse du 21 décembre 1937 [CP -
RS 311.0
]) et l'a condamné à une peine pécuniaire de 360 jours-amende, à CHF 30.- l'unité, avec sursis (délai d'épreuve de trois ans), ainsi qu'aux frais de la procédure, fixés à CHF 9'332.-, y compris un émolument de jugement global de CHF 900.-.
b.
Aux termes de sa déclaration d'appel du 23 septembre 2019, A_ conclut à son acquittement et au paiement d'une somme de CHF 183,45 à titre d'indemnité.
c.
Selon l'acte d'accusation du 26 novembre 2018, il est reproché à A_ d'avoir, le 9 mars 2017, à 14h52, alors qu'il circulait sur la route 1_ [GE] au volant de son camion à sellette immatriculé en Pologne, lequel tractait une semi-remorque de transport, à une vitesse comprise entre 33 km/h et 50 km/h, violemment heurté avec l'avant-centre de son poids lourd C_, piéton, qui s'était engagé sur le passage pour piétons, le traînant sous son véhicule sur une distance d'au moins 12,82 mètres, le blessant grièvement, si bien que C_ était décédé le jour même à 16h00 aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG). Reproche lui est fait d'avoir, ce faisant, fautivement violé les devoirs de prudence imposés par les règles de la circulation routière, de ne pas avoir respecté son obligation de rester constamment maître de son poids lourd et de ne pas avoir pris toutes les précautions commandées par les circonstances, notamment ralenti ou marqué l'arrêt à l'approche du passage pour piétons afin d'accorder la priorité à C_, qui pourtant y était engagé.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent de la procédure :
a.
Le 9 mars 2017, à 14h57, la centrale d'appel de la police (CECAL) a été appelée pour un accident de la circulation survenu à la hauteur du numéro _ de la route 1_ en direction de la gare. Un piéton, C_, âgé de près de 90 ans, qui traversait la chaussée de droite à gauche sur le passage pour piétons, avait été percuté et traîné sur plusieurs mètres par un camion, qui avait quitté les lieux.
Une ambulance et le cardiomobile étaient intervenus. C_ était toutefois décédé peu après son admission à l'hôpital.
b.
A teneur du rapport de police du 26 juillet 2017, il faisait beau, la chaussée était sèche et les conditions de visibilité normales.
A l'endroit où l'accident a eu lieu, la route 1_ est composée de deux voies de circulation de sens opposé, séparées en leur centre par un site propre réservé aux trams. Une bande cyclable longe la chaussée sur la droite dans les deux sens. Côté impair, en direction de la ville, elle est séparée de la voie piétonne longeant les immeubles par une haie d'arbres et arbustes, certains à feuillage persistant. Un arrêt de tram "
2_
" se trouve à cette hauteur, à une centaine de mètres après l'intersection avec la rue 3_, arrêt matérialisé par deux refuges destinés à l'accueil des passagers sis de part et d'autre des voies, accessibles par un passage pour piétons. Ce dernier n'est régulé par aucune signalisation lumineuse, mais signalé par un panneau
ad hoc
. La chaussée, rectiligne jusqu'à ce passage, forme ensuite une légère courbe à gauche puis continue tout droit avant de présenter une courbe à droite avant le croisement avec l'avenue 4_.
Aucune trace de freinage ou de ripage n'a été constatée sur le revêtement de la route. Des traces de frottement laissées par les habits de C_ ont en revanche été relevées sur une longueur totale de 12.82 mètres et des morceaux du support de plaque du véhicule trouvés sur la chaussée.
c.
Le tracteur à sellette de marque D_, portant une plaque polonaise immatriculée 5_, et sa semi-remorque, portant une plaque polonaise immatriculée 6_, identifiés grâce à des images de vidéosurveillance, ont été interceptés le lendemain à E_ (France) et son conducteur, A_, interpellé.
La police française a constaté que la carrosserie du camion était en bon état général, de même que les pneus et les phares. Les rétroviseurs extérieurs étaient bien réglés.
Selon les mensurations relevées, la base du pare-brise se situait à deux mètres de haut, un espace de quelque 22 cm séparant la base du véhicule du sol.
Les prélèvements opérés sur le longeron métallique du pare-chocs avant, partie centrale du camion, ainsi que sur la pièce métallique située dernière ce longeron, côté gauche, contenaient des traces d'ADN appartenant à C_.
d.
A teneur du rapport d'autopsie, C_ mesurait 156 cm pour 61 kg.
L'échantillon de sang n'a pas permis de déceler de traces d'alcool. Des traces de diphenhydramine (sédatif/hypnotique) et de lorazépam (benzodiazépine) ont en revanche été trouvées. Ce dernier produit était également présent dans l'urine.
L'expertise a confirmé que la victime était décédée d'un polytraumatisme sévère, notamment crânio-cérébral, thoracique, du bassin, de la colonne vertébrale, des membres inférieurs et du membre supérieur gauche. Il n'a pas été observé de pathologie préexistante ayant pu jouer un rôle dans l'enchaînement fatal.
e.
Selon l'analyse du chronotachygraphe (cf. pièces C-118, C-210 et C-212), le camion [de marque] D_, qui roulait à une vitesse moyenne d'environ 80 km/h, a décéléré peu avant 14:49:00 pour ne plus dépasser après 14:51:00 la vitesse de
50 km/h. A l'arrêt depuis 14:51:15, il a redémarré à 14:51:49 jusqu'à atteindre la vitesse de 33 km/h à 14:52:03, a décéléré pour rouler à 7 km/h, accéléré pour atteindre la vitesse de 41 km/h à 14:52:27 et 50 km/h à 14:52:36, puis décéléré pour s'arrêter à 14:53:19. A 14:53:30, le véhicule a repris sa route pour atteindre la vitesse de 34 km/h à 14:53:46, puis a décéléré jusqu'à s'arrêter et couper le moteur à 14:54:02. Le véhicule a redémarré à 14:55:16 pour rouler à 17 km/h à 14:55:22, puis décéléré pour s'arrêter, moteur coupé, de 14:55:31 à 14:56:00.
Les données du chronotachygraphe figurant au dossier ne vont pas au-delà de 14:56:45, moment où le camion a redémarré.
Il n'a pas été possible d'extraire de l'appareil les données de distance, le logiciel n'étant pas adapté.
f.
Les relevés des caméras de vidéosurveillance jalonnant le parcours du camion (cf. pièce C-191) identifient celui-ci, sur la route 1_, à 14:51:54 à moins de
100 mètres en amont du carrefour 7_ et de l'angle formé par la rue 8_ avec le chemin 9_, à 14:52:27 peu après le croisement avec l'avenue 10_, à 515 mètres du lieu de l'accident, et à 14:59:04 au carrefour avec l'avenue 4_.
g.
F_ se trouvait à l'arrière du tram arrivant depuis la ville à l'arrêt "
2_"
. Remarquant une femme qui avait mis ses deux mains devant la bouche, il avait tourné la tête et vu une personne, presque à terre sous le camion, s'agripper au centre du pare-chocs et être traînée sur trois ou quatre mètres, alors que le véhicule continuait sa route sans s'arrêter. Le camion suivait un autre véhicule de même type à une dizaine de mètres. La vitesse n'était pas élevée, car le trafic en direction du centre-ville était assez dense. Dans le tram, il avait entendu une passagère dire que c'était la faute du piéton, mais ne savait pas pourquoi (pv police du 9.03.17).
h.
G_ était assis à l'arrêt du tram circulant en direction de la ville. Un cri poussé par un homme se trouvant sur le trottoir à la hauteur du [n°] _, route 1_ l'avait fait se retourner en direction du passage pour piétons. Il y avait vu des objets éparpillés sur le sol et, quelques mètres plus loin, un homme étendu en travers de la route, tête côté trottoir. Il n'avait pas vu l'accident mais uniquement deux camions circulant en direction de la ville. Le second véhicule avait empiété sur la voie du tram, ce qu'il imputait au fait que le chauffeur avait dû se rendre compte que quelque chose s'était produit. Une dizaine de mètres séparait les deux camions. Leurs feux de croisement étaient allumés. Il ignorait d'où provenait le piéton et n'avait remarqué aucun élément pouvant expliquer les raisons pour lesquelles le chauffeur ne l'avait pas aperçu (pv police du 9.03.17).
i.
Dans un courriel adressé au Ministère public (ci-après MP) le 28 juin 2018, l'appointée H_, auteure du rapport du 26 juillet 2017, a indiqué avoir mentionné que C_ traversait la chaussée de droite à gauche sur la base des déclarations recueillies sur place. Bien que les personnes présentes n'aient pas été à même de la renseigner clairement sur les circonstances de l'accident, elles avaient en effet pu lui dire que la victime marchait dans ce sens. Elle n'avait recueilli aucun témoignage écrit, car la foule était dense et une multitude de fausses indications lui étaient parvenues. Elle s'était donc contentée de conserver les coordonnées de deux témoins importants et intéressants.
j.
Entendu par le police française, A_ a déclaré qu'il se rendait pour la première fois à Genève, point de passage entre I_ (VD), où il avait effectué une livraison, et J_ [France], où il devait charger des produits. Il ne pouvait rien dire au sujet de l'accident, dont il ne s'était pas rendu compte, n'ayant ni vu le piéton, ni senti quoi que ce soit. Il avait plu auparavant dans la journée, mais la visibilité était bonne. Il avait respecté les temps de pause et n'avait consommé ni alcool ni stupéfiants. Il conduisait ce camion pour la première fois, les chauffeurs n'ayant pas de véhicule attribué dans l'entreprise où il travaillait. Sur la chaussée rectiligne longeant la voie de tram à sa gauche, il s'était arrêté à plusieurs reprises pour laisser passer des piétons, mais ne se souvenait pas précisément d'un passage sans feu de signalisation. Un camion le précédait à cinq ou dix mètres.
Il a confirmé ses déclarations au MP en novembre 2017. Il exerçait depuis 25 ans comme pompier bénévole, avait passé son permis poids lourd en 2010 et avait l'habitude d'effectuer des transports internationaux dans ce type de véhicule depuis deux ans. Il en connaissait les angles morts. Il ne pouvait en particulier pas voir ce qui se trouvait entre la vitre du conducteur et le sol, ainsi que ce qui se situait au-dessous du pare-brise, ce qui impliquait d'être très prudent. Dans un premier temps, il regardait le rétroviseur avant puis le miroir latéral ; il vérifiait également que sa remorque, qui mesurait 13,20 mètres, soit bien alignée. Une photographie du lieu de l'accident lui ayant été soumise, il a expliqué que sa configuration (soit la présence d'un arrêt de tram, d'un passage pour piétons et d'une bande dont il ignorait si elle était cyclable ou piétonne) l'aurait amené à conduire lentement, en vérifiant qu'il n'y avait personne qui traverse sur le passage. Il ne s'expliquait donc pas qu'un accident ait pu arriver. Compte tenu de l'étroitesse de la route, il regardait souvent à gauche et à droite pour être sûr qu'il n'accrochait rien avec son camion. Vu la légère courbe à gauche suivie par la rue après l'îlot, il avait par ailleurs dû se déplacer sur la gauche pour éviter que la remorque ne dévie. Il ne se souvenait pas si la circulation était fluide ou non et s'il avait dû s'arrêter pour cause de bouchon. Le jour de l'accident, il était dans un état normal, sans stress particulier.
Même s'il n'en avait pas le souvenir, il avait été choqué lorsqu'il avait appris ce qui était arrivé et en était "
très désolé
". Cet accident "
restait dans ses tripes
" et il y pensait à chaque fois qu'il prenait le volant.
Devant le premier juge, A_ a précisé qu'il s'était vraisemblablement arrêté devant le passage pour piétons car il le faisait toujours, soit sur la ligne s'il y en avait une, soit au début du passage, sans pouvoir dire à quelle distance, deux ans après les faits. Il y avait probablement des piétons, étant donné l'heure de pointe, mais il ne s'en souvenait pas. Au moment où il avait démarré, il avait certainement regardé dans le rétroviseur en haut à droite, puis les rétroviseurs latéraux, comme il le faisait toujours. Il faisait surtout attention à ce que sa remorque ne morde pas le trottoir, car la route était étroite et son camion d'une largeur de 2,45 mètres. Il avait également jeté des coups d'oeil à son GPS. Il n'avait vu personne ni entendu de cris d'alerte.
k.
Son employeur, dans une attestation datée d'octobre 2017, a décrit A_ comme une personne responsable et honnête, effectuant ses tâches systématiquement et avec le sens du devoir.

## Considerations