# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 8fb99785-9313-55af-960d-35a4ab7dfa37
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2020
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par ordonnance pénale
OPMP/9562/2018
du 4 octobre 2018, le Ministère public (ci-après: MP) a reconnu A_, né le _ 1990, coupable de violation grave des règles de la circulation routière (art. 90 al. 2 de la loi fédérale sur la circulation routière du 19 décembre 1958 [LCR -
RS 741.01
]) et prononcé une peine pécuniaire de 30 jours-amende à CHF 60.- l'unité, avec sursis et délai d'épreuve de 3 ans, à une amende de CHF 500.- (peine privative de liberté de substitution de 8 jours) ainsi qu'aux frais de procédure de CHF 260.-.
Le MP a retenu qu'il avait, le 23 janvier 2018, à 01h03, circulé sur la route de Meyrin, à la hauteur de la rue Edouard-Rod, en direction de la rue de la Servette, au volant de son véhicule automobile immatriculé GE 1_ à la vitesse de 82 km/h sur un tronçon limité à "77 km/h" (
recte
: 50 km/h), d'où un dépassement de 27 km/h (marge de sécurité de 5 km/h déduite).
Cette ordonnance n'a pas été frappée d'opposition dans le délai de l'art. 354 al. 1 du code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 (CPP -
RS 312.0
), de sorte qu'elle est entrée en force (art. 354 al. 3 CPP).
b.
Par acte du 16 décembre 2019, le MP a demandé la révision de ladite ordonnance. Il fait valoir qu'au moment du prononcé de celle-ci, le casier judiciaire suisse du prévenu était vierge. Après l'entrée en force de cette ordonnance pénale, il avait effectué des recherches révélant que le prévenu était connu sous différentes identités, ayant les alias suivants : C_, né le _ 1992 ; A_, né le _ 1992 et C_, né le _ 1992. Compte tenu de ces alias et du casier judiciaire suisse correct du prévenu figurant au dossier, ce dernier avait en réalité des antécédents judiciaires dont un antécédent spécifique. Il conclut en conséquence
à ce que la Chambre pénale d'appel et de révision (CPAR) annule l'ordonnance
OPMP/9562/2018
du 4 octobre 2018, condamne le prévenu à une peine pécuniaire de 45 jours-amende à CHF 60.-, renonce à révoquer le sursis accordé le 10 décembre 2015 par le MP, confirme l'ordonnance pénale "
OPMP/3795/2019
du 2 mai 2019
" (
recte
:
OPMP/9562/2018
du 4 octobre 2018) pour le surplus et ordonne en conséquence la modification de l'inscription correspondante dans le casier judiciaire suisse de A_.
c.
La demande de révision a été communiquée à A_ qui ne s'est pas manifesté dans le délai imparti.
d.
A_, né le _ 1990, d'origine portugaise, est célibataire, sans enfant à charge, et indique percevoir des allocations chômage nettes mensuelles de
CHF 2'600.-.
Il ressort de son casier judiciaire suisse qu'il a été condamné :
- le 19 avril 2013, par le MP à une peine pécuniaire de 90 jours-amende à CHF 30.- avec sursis et délai d'épreuve de 2 ans, pour entrée et séjour illégal ;
- le 10 décembre 2015, par le MP à une peine pécuniaire de 60 jours-amende à CHF 30.- avec sursis et délai d'épreuve de 3 ans et à une amende de CHF 500.- pour conducteurs se trouvant dans l'incapacité de conduire (véhicule automobile, taux d'alcool qualifié dans le sang ou dans l'haleine) et conduite d'un véhicule automobile sans le permis de conduire requis.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
La demande de révision a été formée par devant l'autorité compétente et selon la forme prévue par la loi (art. 411 al. 1 CPP).
Selon l'art. 411 al. 2 CPP, les demandes de révision, visées à l'art. 410 al. 1 let. b et al. 2, doivent être déposées dans les 90 jours à compter de la date à laquelle la personne concernée a eu connaissance de la décision en cause. Dans les autres cas, elles ne sont soumises à aucun délai.
Bien qu'il ne soit pas mentionné dans la disposition précitée, le ministère public est habilité à agir en révision (art. 381 al. 1 CPP; Message FF 2006 p. 1303; A. Kuhn / Y. Jeanneret,
Commentaire romand du Code de procédure pénale
, Bâle, 2011,
note 5
ad
art. 410).
La demande de révision de l'ordonnance pénale du 4 octobre 2018, formée par le MP, est ainsi recevable.
2.
2.1.1.
L'art. 410 al. 1 let. a CPP permet à toute personne lésée par un jugement entré en force d'en demander la révision s'il existe des faits ou des moyens de preuve qui étaient inconnus de l'autorité inférieure et qui sont de nature à motiver l'acquittement ou une condamnation sensiblement moins sévère ou plus sévère du condamné.
Cette disposition reprend la double exigence posée par l'art. 385 CP, selon laquelle les faits ou moyens de preuve invoqués doivent être nouveaux et sérieux (cf. Message relatif à l'unification du droit de la procédure pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 1303
ad
art. 417 [actuel art. 410 CPP]). Les faits ou moyens de preuves sont nouveaux lorsque le juge n'en a pas eu connaissance au moment où il s'est prononcé, c'est-à-dire lorsqu'ils ne lui ont pas été soumis sous quelque forme que ce soit (ATF
137 IV 59
consid. 5.1.2 ; ATF
130 IV 72
consid. 1). Les faits et moyens de preuve sont sérieux lorsqu'ils sont propres à ébranler les constatations de fait sur lesquelles se fonde la condamnation et que l'état de fait ainsi modifié rend possible un jugement sensiblement plus favorable au condamné (ATF
137 IV 59
consid. 5.1.4 ; ATF
130 IV 72
consid. 1).
2.1.2.
A teneur de l'art. 413 al. 2 CPP, si la juridiction d'appel constate que les motifs de révision sont fondés, elle annule partiellement ou entièrement la décision attaquée ; de plus, elle renvoie la cause pour nouveau traitement et nouveau jugement à l'autorité qu'elle désigne (let. a) ou elle rend elle-même une nouvelle décision si l'état du dossier le permet (let. b).
En cas de renvoi de la cause, la juridiction d'appel détermine à quel stade la procédure doit être reprise (art. 413 al. 3 CPP).
2.2.1.
Aux termes de l'art. 47 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'auteur. Il prend en considération les antécédents et la situation personnelle de ce dernier ainsi que l'effet de la peine sur son avenir (al. 1). La culpabilité est déterminée par la gravité de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures (al. 2).
2.2.2.
Bien que la récidive ne constitue plus un motif d'aggravation obligatoire de la peine (art. 67
a
CP), les antécédents continuent de jouer un rôle très important dans la fixation de celle-ci (M. NIGGLI / H. WIPRÄCHTIGER [éds]
, Basler Kommentar Strafrecht I : Art. 1-110 StGB, Jugendstrafgesetz
, 3
ème
éd., Bâle 2013, n. 130
ad
art. 47 CP ; arrêt du Tribunal fédéral
6B_1202/2014
du 14 avril 2016 consid. 3.5). En général, la culpabilité de l'auteur est amplifiée du fait qu'il n'a pas tenu compte de l'avertissement constitué par la précédente condamnation, et sa rechute témoigne d'une énergie criminelle accrue (R. ROTH / L. MOREILLON [éds],
Code pénal I : art. 1-100 CP
, Bâle 2009, n. 55
ad
art. 47 CP).
2.2.3.
Selon l'art. 46 CP, si, durant le délai d'épreuve, le condamné commet un crime ou un délit et qu'il y a dès lors lieu de prévoir qu'il commettra de nouvelles infractions, le juge révoque le sursis ou le sursis partiel (alinéa 1, première phrase). S'il n'y a pas lieu de prévoir que le condamné commettra de nouvelles infractions, le juge renonce à ordonner la révocation (alinéa 2, première phrase).
2.3.
En l'espèce, le MP a fixé la peine dans l'ordonnance dont il demande la révision en se basant notamment sur la prémisse que le casier judicaire suisse du prévenu était vierge. Le rapport de police du 15 août 2018 figurant au dossier ne fait état d'aucun alias ni d'aucun antécédent judiciaire. Il ressort du dossier que ce n'est qu'après vérifications effectuées par le MP le 2 novembre 2018, soit après l'entrée en force de l'ordonnance pénale querellée, qu'il est apparu que le prévenu avait en réalité des antécédents judiciaires enregistrés sous ses autres identités. Bien qu'il eût été opportun que le MP joigne à sa demande de révision le casier judiciaire suisse du prévenu qu'il avait à disposition au moment du prononcé de l'ordonnance pénale du
4 octobre 2018, la CPAR ne remet pas en cause, au vu de ce qui précède, que la procureure en charge de la procédure P/17489/2018 n'avait pas connaissance, au moment de rendre sa décision, des différentes identités du prévenu et de ses antécédents judiciaires.
Ces faits nouveaux, ignorés au moment de rendre l'ordonnance dont la révision
est demandée, sont propres à entraîner la modification de la décision querellée,
de sorte que la demande de révision doit être admise, et l'ordonnance pénale
OPMP/9562/2018
du 4 octobre 2018 annulée.
2.4.
La CPAR n'est toutefois pas en mesure, en l'état du dossier, de rendre immédiatement une nouvelle décision fixant une peine plus sévère à l'encontre du prévenu telle que requise par le MP, sans éluder, notamment, le principe du double degré de juridiction. La cause sera donc renvoyée au MP afin qu'il rende une nouvelle décision en tenant compte de tous les éléments nécessaires à la fixation de la peine, notamment des antécédents du prévenu (art. 414 al. 1 et 357 al. 1 et 2 CPP).
3.
Vu l'issue de la procédure et que celle-ci est la conséquence du fait que le cité a donné plusieurs identités aux autorités, les frais de la procédure seront mis à sa charge (art. 428 CPP).
* * * * *