# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** f2316cbd-1fd1-49cb-9e28-384e9bf8cb3b
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2013
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
X._, née le 18 mai 1964, célibataire, sans enfants, s'est inscrite le 22 juin 2006 comme demandeuse d'emploi à 80% auprès de l'Office régional de placement de l'Ouest lausannois (ci-après: l’ORP ou l'office) et a été mise au bénéfice des prestations du revenu d’insertion (RI).
Lors de l’entretien de conseil et de contrôle du 20 septembre 2012, le conseiller ORP de l'intéressée a demandé à celle-ci de prendre contact avec ******** de Lausanne et l'entreprise 1********, qui avaient chacune un poste de chauffeur de minibus à repourvoir. Ces entreprises ayant informé l'ORP que la demandeuse d'emploi ne s'était pas annoncée, l'office a indiqué à X._, le 4 décembre 2012, qu'il envisageait de prononcer une réduction de ses prestations mensuelles RI.
Dans une lettre adressée le 12 décembre 2012 à l'ORP, X._ a expliqué qu'elle avait reçu les deux propositions d'emploi en question mais qu'elle n'y avait pas donné suite car la description des postes stipulait qu'il fallait être titulaire d'un permis de conduire les véhicules de la catégorie D1 comportant le "code 122" (concernant l'acuité visuelle) et que son permis ne comportait que le "code 121". En outre, le taux des activités proposées, de l’ordre de 50 à 60%, ne lui procurerait pas des revenus suffisants pour vivre. Enfin, elle ne savait pas qu'elle avait l'obligation d'accepter les propositions d'emploi de l'ORP.
Le 19 décembre 2012, l'ORP a prononcé les deux décisions suivantes:
- la suspension du forfait mensuel de X._ de 25% pour une période de six mois pour avoir refusé un emploi convenable auprès de ******** de Lausanne (décision n°1), et
- la suspension du forfait mensuel de l'intéressée de 25% pour une période de douze mois pour avoir refusé un emploi convenable auprès de l'entreprise 1******** (décision n°2).
Le 9 janvier 2012, X._ a interjeté recours contre ces décisions auprès du Service de l'emploi, Instance juridique chômage, en concluant à leur annulation. Elle a fait valoir qu'elle était titulaire d'un permis de conduire D1 comportant le code 121 et non D1 comportant le code 122 comme le requéraient les annonces des postes à repourvoir, qu'elle ne disposait pas des moyens nécessaires pour s'acheter une nouvelle paire de lunettes, enfin qu'elle ignorait à l'époque des faits qu'elle devait accepter les emplois en question.
B.
Par décision du 22 mars 2013, le Service de l'emploi, Instance juridique chômage a admis partiellement le recours et réformé les deux décisions en ce sens qu'il a prononcé une unique suspension de 25% du forfait RI pour une durée de neuf mois. Il a expliqué qu'il avait pris contact le 20 mars 2013 avec le Service des automobiles et de la navigation (SAN), que celui-ci avait précisé que le code 121 inscrit sur le permis de conduire permettait le transport professionnel de toutes personnes, tandis que le code 122 ne permettait que le transport d’écoliers, d’ouvriers ou de personnes handicapées. Par conséquent, en étant titulaire d’un permis D1 comportant le code 121, X._ disposait automatiquement du permis requis pour les deux emplois proposés. Elle ne pouvait donc pas les refuser sous prétexte qu’elle ne possédait pas le bon permis.
Concernant l’acuité visuelle de l'intéressée, il a souligné que celle-ci ne pouvait invoquer le fait qu’elle ne disposait pas des ressources nécessaires pour acquérir une nouvelle paire de lunettes, dès lors que le Centre social régional (CSR) la rembourserait pour autant qu’elle présente la facture de l’opticien. A ce sujet, le Service de l'emploi, Instance juridique chômage a relevé qu’en dépit du fait que X._ affirmait ne pas avoir une vue suffisante pour conduire à titre professionnel, il ressortait néanmoins des formulaires "Preuves des recherches personnelles effectuées en vue de trouver un emploi" figurant dans son dossier de chômage qu'elle avait postulé pour les emplois de chauffeur suivants: le 2 août 2012 auprès de "2********", le 16 octobre 2012 auprès de "3********" et le 2 novembre 2012 auprès de "4********".
Enfin, il a souligné que
X._
avait été informée, lors de la séance collective d’information pour demandeurs d’emploi, du caractère obligatoire des assignations par l'ORP à des postes de travail, et qu'en outre, les deux assignations dont il était question lui ayant été remises de main à main par son conseiller ORP, il ne faisait aucun doute que ce dernier lui avait fait remarquer qu'elle devait y donner suite.
Concernant la quotité de la suspension,
le Service de l'emploi, Instance juridique chômage a relevé qu'il convenait
de prendre en considération le fait que les deux assignations à des postes de travail avaient été remises à la demandeuse d'emploi en même temps, qu’il lui avait été demandé de prendre contact avec les deux employeurs dans un même délai, et que les motifs que l'intéressée invoquait à sa décharge étaient identiques pour les deux causes. Il y avait donc lieu de considérer que les manquements de
X._
pouvaient être considérés sous l’angle d’une unité d’action dans les faits et dans le temps. Par conséquent, il se justifiait de prononcer, à titre exceptionnel, une unique suspension et d’arrêter la réduction à 25% du forfait pour une durée de neuf mois.
C.
X._ a interjeté recours le 27 avril 2013 contre la décision du 22 mars 2013 du Service de l'emploi, Instance juridique chômage auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal en concluant à son annulation. Elle a fait valoir en substance que la responsabilité de sa non présentation aux deux postes de travail en question ne lui incombait pas entièrement. Ainsi, l'ORP ne lui avait pas précisé qu'elle pouvait occuper lesdits postes bien qu'elle soit titulaire d'un permis de conduire comportant un autre code concernant son acuité visuelle. Et le CSR ne l'avait informée que récemment qu'il remboursait des factures de lunettes sur la base du devis d'un opticien. Elle a relevé qu'elle avait postulé pour les trois autres postes de chauffeur cités par le Service de l'emploi, Instance juridique chômage, par crainte d'être pénalisée par l'ORP et tout en sachant que si elle avait un entretien avec les employeurs, elle leur parlerait de ses problèmes de vue. Enfin, concernant le
caractère obligatoire des assignations par l'ORP à des postes de travail,
elle a soutenu que, d'une part, il ne pouvait lui être fait grief de ne pas se souvenir d'une information qui avait été donnée pendant la séance
collective d’information pour demandeurs d’emploi
dans la mesure où il n'était pas possible de se souvenir de l'entier du contenu d'une telle séance, et que, d'autre part, son conseiller ORP ne lui avait jamais rappelé dit caractère obligatoire et ne lui avait remis que la première page des propositions d'emploi.
D.
Dans sa réponse du 28 mai 2013, le Service de l'emploi, Instance juridique chômage a conclu au rejet du recours.
Le tribunal a statué par voie de circulation.

## Considerations

Considérant en droit
1.
Est litigieuse la question de savoir si c'est à juste titre que l'autorité intimée a prononcé la réduction du forfait RI de la recourante de 25% pendant neuf mois pour avoir refusé deux emplois convenables.
2.
a) L’art. 23a de la loi sur l’emploi du 5 juillet 2005 (LEmp; RSV 822.11) prévoit que les bénéficiaires du RI doivent tout mettre en œuvre pour retrouver un emploi; ils sont soumis aux mêmes devoirs que ceux imposés aux chômeurs par la loi fédérale du 25 juin 1982 sur l’assurance-chômage (LACI; RS 837.0). En cas de non-respect de ces devoirs, l’art. 23b LEmp prévoit des sanctions sous la forme de réduction des prestations financières au sens de la loi vaudoise du 2 décembre 2003 sur l’action sociale vaudoise (LASV; RSV 850.051). Les art. 23a et 23b LEmp ont été introduits le 1
er
juillet 2008 et sont entrés en vigueur le 1
er
novembre 2008. Selon l’art. 13 al. 3 let. b LEmp (également modifié le 1
er
juillet 2008 et entré en vigueur le 1
er
novembre 2008), l’office régional est compétent pour prononcer de telles sanctions.
b) Les devoirs imposés aux chômeurs en matière de recherche d’emploi sont définis par l’art. 17 LACI;
l'assuré doit, avec l'assistance de l'office du travail compétent, entreprendre tout ce qu'on peut raisonnablement exiger de lui pour éviter le chômage ou l'abréger (al. 1).
Il est en particulier tenu d'accepter le travail convenable qui lui est proposé (al. 3). La notion du caractère convenable d’un travail se déduit de l’art. 16 LACI; l'assuré doit accepter immédiatement tout travail réputé convenable en vue de diminuer le dommage qui résulte de son chômage (al. 1); l’art. 16 al. 2 LACI précise les cas dans lesquels le travail n’est pas réputé convenable, et n’est pas soumis à l’obligation d’être accepté (voir
ATF 124 V 62
consid. 3b).
L'obligation d'accepter un emploi convenable assigné par l'office compétent constitue une obligation fondamentale du demandeur d’emploi (art. 17 al. 3 LACI; cf. Boris Rubin, Assurance-chômage, Droit fédéral, Survol des mesures cantonales, procédure, 2ème éd., Zurich 2006, p. 402 ss.). Son inobservation est considérée comme une faute grave à moins que l'assuré ne puisse se prévaloir de circonstances laissant apparaître la faute comme étant de gravité moyenne ou légère (art. 30 al. 1 let. d, 1
ère
partie de la phrase, LACI en liaison avec l'art. 45 al. 3 de l'ordonnance du 31 août 1983 sur l'assurance-chômage obligatoire et l'indemnité en cas d'insolvabilité [OACI; RS 837.02];
ATF 130 V 125
et arrêt C 20/06 du 30 octobre 2006, consid. 4.2). Selon la jurisprudence, il y a refus d'une occasion de prendre un travail convenable non seulement lorsque l'assuré refuse explicitement un emploi, mais aussi lorsqu'il ne déclare pas expressément, lors des pourparlers avec le futur employeur, accepter l'emploi bien que, selon les circonstances, il aurait pu faire cette déclaration (cf. ATF du 11 juillet 2008 8C_746/2007,
ATF 122 V 34
consid. 3b p. 38 et les références; DTA 1986 n° 5 p. 22, consid. 1a). Le refus d'un emploi convenable comprend en définitive toutes les possibilités manquées de conclure un contrat en raison d'un comportement inadéquat de l'assuré (refus explicite, manifestation de volonté pas claire, retard à l'entretien d'embauche, prétentions élevées, motivation insuffisante, etc.).
c) En l'espèce, la recourante admet que, bien que l'ORP le lui avait demandé, elle ne s'est pas présentée auprès de deux entreprises au sein de chacune desquelles un poste de chauffeur était à repourvoir, mais elle conteste devoir être sanctionnée à ce titre. Elle fait valoir qu'elle pensait, à l'époque des faits, ne pas être titulaire du permis de conduire requis pour occuper lesdits postes, et qu'elle ignorait qu'elle avait l'obligation d'accepter les propositions d'emploi de l'ORP. Or, ses explications ne convainquent pas. En effet, quand bien même la recourante avait éventuellement des doutes sur le fait que son permis de conduire lui permettait de fonctionner comme chauffeur dans le cadre desdits postes, rien ne l'empêchait de se renseigner à ce sujet auprès de son conseiller ORP, ce qu'elle n'a pas fait.
Quant au fait qu'elle doive présenter sa candidature aux postes de travail proposés par l'ORP, il s'agit d'une obligation tellement évidente pour une bénéficiaire du RI qui recherche un emploi, dans la mesure où cela constitue précisément une opportunité d'en retrouver un, qu'on ne peut croire la recourante qui prétend ne pas l'avoir su ou ne pas s'en être souvenue au moment des faits.
En ne présentant pas sa candidature immédiatement après l’assignation aux deux postes, la recourante n’a donc pas respecté les obligations qui lui sont imposées par l’art. 23a LEmp, notamment celle de tout mettre en œuvre pour retrouver un emploi et donner suite aux assignations qui lui sont adressées.
3.
a) Il reste à examiner si la réduction du forfait RI de 25% pendant neuf mois à titre de sanction est admissible au regard de l’ensemble des circonstances. En cas de sanction,
l’art. 12b du règlement d’application du 7 décembre 2005 de la LEmp (RLEmp; RSV 822.11.1) fixe les règles suivantes:
"
1
Les prestations financières du RI sont réduites sans procédure d'avertissement préalable en cas de:
a. rendez-vous non respecté (y compris la séance d'information);
b. absence ou insuffisance de recherches de travail;
c. refus, abandon ou renvoi d'une mesure d'insertion professionnelle;
d. refus d'un emploi convenable;
e. violation de l'obligation de renseigner.
2
Le refus d'observer d'autres instructions entraîne une diminution des prestations financières après un avertissement.
3
Le montant et la durée de la réduction, fixés en fonction du type, de la gravité et de la répétition du manquement, sont de 15% ou de 25% du forfait, pour une durée de 2 à 12 mois. La réduction du forfait ne touche pas la part affectée aux enfants à charge. (...)"
La réduction maximale de 25% du forfait mensuel pour l’entretien laisse intact le noyau intangible (ou minimum vital absolu déterminé lui-même à hauteur de 75% du forfait pour l’entretien), selon la jurisprudence (v. CDAP arrêt PS.2009.0024 du 8 octobre 2009; TF arrêt 8C_148/2010 du 17 mars 2010 consid. 5.4).
Le Service de prévoyance et d'aide sociale (SPAS), dans sa directive sur les sanctions du RI du 1
er
novembre 2008, précise qu’en cas de faute moyenne, une déduction de 15% du forfait durant 10-12 mois ou de 25% durant 3-4 mois pourra être imposée. En cas de faute grave, la diminution du forfait RI pourra être de 25% pendant six à douze mois. Même si le SPAS n’est plus compétent pour décider de sanctions sur le RI basées sur la LEmp depuis le 1
er
novembre 2008, date à laquelle cette compétence a été attribuée aux offices régionaux (art. 13b al. 3 LEmp), cette directive reste utile pour déterminer l’importance de la sanction.
b) Dans sa jurisprudence, le tribunal a réduit à trois mois la réduction du forfait d'entretien RI de 25% pendant six mois dont avait fait l'objet un bénéficiaire RI qui avait refusé un emploi convenable. Le tribunal a confirmé que le refus d'un emploi convenable constituait une violation grave des obligations du demandeur d'emploi et justifiait une réduction du forfait d'entretien RI importante, mais il a jugé que, dans le cas d'espèce, l'intéressé avait pu faire valoir des circonstances qui avaient permis de relativiser sa faute qui devait être qualifiée de moyenne (PS.2009.0090 du 14 mai 2010).
Dans un autre arrêt, le tribunal a confirmé que le comportement du bénéficiaire du RI qui ne donnait pas suite à une assignation à se présenter à un emploi était assimilable à un refus d'un travail convenable et constituait une faute grave. Partant, il était justifié de maintenir la réduction de 25% pendant six mois prononcée, qui correspond à la sanction minimum pour une faute grave (PS.2010.0011 du 15 septembre 2010).
c) En l'espèce, en refusant de s'adresser aux deux entreprises que son conseiller ORP lui a demandé de contacter, qui, chacune, avait un poste à repourvoir, la recourante a refusé un travail convenable par deux fois, ce qui constitue une faute grave. Selon les directives du SPAS sur les sanctions du RI, la faute grave est sanctionnée par une réduction du forfait RI de 25% pendant une période de six à douze mois. En l'occurrence, le taux de réduction de 25%, qui laisse subsister le noyau intangible, n'apparaît pas disproportionné. Concernant la
durée de la réduction, de neuf mois - soit de trois mois supérieure au minimum réglementaire -, elle s’avère en revanche excessive. En effet, si la recourante a certes refusé deux emplois convenables, il y a néanmoins – comme l'a relevé à juste titre
le Service de l'emploi, Instance juridique chômage -
concours de suspension de même nature découlant d'une manifestation de volonté unique de l'assurée (qui justifie le prononcé d'une seule suspension du droit à l'indemnité pour les deux manquements litigieux, cf. arrêts du TF 8C_306/2008 du 26 septembre 2008 consid. 3.2 et C 126/02 du 24 juin 2003 consid. 4). En outre, la faute commise
représente le premier manquement de la recourante depuis son inscription comme demandeuse d’emploi en été 2006. Au vu de l'ensemble des circonstances, une réduction du forfait mensuel pour une durée de sept mois - soit légèrement supérieure au minimum réglementaire en cas de faute grave, pour tenir compte du fait que la recourante a commis deux fautes - s’avère adéquate.
4.
Il résulte de ce qui précède que le recours contre la décision rendue le 22 mars 2013 par l'Instance Juridique Chômage du Service de l'emploi doit être partiellement admis et dite décision réformée en ce sens que la réduction de 25% du forfait RI de la recourante est ramenée à sept mois. Le présent arrêt sera rendu sans frais.