# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** ae371ccf-7565-5dcb-b039-7426fc4fd9f7
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par acte déposé au greffe de la Chambre de céans le 3 septembre 2018, A_ recourt
contre l'ordonnance
du 23 août 2018, notifiée le lendemain, par laquelle le Ministère public
a maintenu le séquestre des avoirs déposés sur le compte n°1_ouvert par A_ dans les livres de [la banque] B_.
La recourante conclut à la levée immédiate dudit séquestre.
b.
La recourante a versé les sûretés en CHF 1'500.- qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.a.
C_ CORP, société de droit panaméen, a été créée en _ 2006. D_, notamment, a été désigné en qualité de directeur.
E_, épouse de F_, et D_ ont signé, le 24 juillet 2006, une convention d'administrateur de cette société (PP 290'563 et ss.).
a.b.
Le 27 juillet 2006, C_ CORP, sous la signature de D_, a ouvert le compte 2_ (ci-après; compte C_ CORP) auprès de [la banque] B_ ; le formulaire A mentionnait que l'ayant droit économique était E_ (PP 268'500 ss).
Le "KYC Profile - Legal Entity" établi par la banque mentionne que le client (beneficial owner) était propriétaire par moitié de G_ SL, hérité de son père, et avait un second compte 3_ auprès de B_ (PP 200'153 et ss).
a.c.
Dans le document "Contrôle LBA/Personne morale" du 28 mars 2007, D_, en sa qualité d'intermédiaire financier, a mentionné que E_ était l'ayant droit économique du compte C_ CORP, laquelle était membre de la famille propriétaire de G_ SL. On y lit que "
Les fonds provenaient de l'héritage de feu son père et du produit réalisé dans le cadre de l'activité professionnelle de la famille. D'accord entre l'ayant droit économique et son frère et à la demande de la banque du 12 juillet 2006, le compte de la société était crédité par l'intermédiaire du compte de l'Etude auprès du H_ où les fonds en provenance de la B_ et de I_ ont été réunis
". C_ CORP était une société sous-jacente de la fondation de famille C_ FOUNDATION (PP 290'615 et ss).
a.d.
C_ FOUNDATION a été enregistrée, en _ 2007, au Panama, et D_ faisait partie de son Conseil de Fondation (PP 290'598 et ss).
b.a.
En octobre 2009, D_ a procédé à la création de A_, société de droit panaméen pour laquelle il a été désigné en qualité de directeur, et de J_, fondation panaméenne, dans laquelle il était membre du Conseil de Fondation
(PP 290'110 et ss).
b.b.
Le 30 novembre 2009, F_ et D_ ont conclu une convention d'administrateur concernant A_ (PP 290'078 ss) et un Règlement interne de la Fondation qui désignait F_ comme premier bénéficiaire et E_ comme seconde, leurs enfants venant ensuite (pièces 290'118 et ss).
b.c.
Le même jour, A_, sous la signature de D_, a ouvert le
compte 1_ (ci-après ; compte A_) auprès de [la banque] B_, le formulaire A mentionnant F_ en tant qu'ayant droit économique des avoirs
(PP 290'161 ss).
Le "KYC Profile - Legal Entity" mentionne que le client (beneficial owner) est employé chez B_, et que les fonds provenaient de la vente partielle d'une participation dans [la société] G_ SL (PP 200'157 et ss.).
b.d.
Dans le document "Description de la relation d'affaires" daté du 3 novembre 2010 (revu annuellement, la dernière fois le 5 juillet 2013), en lien avec le contrôle LBA, D_ a mentionné que F_ était l'ayant droit économique du compte A_, lequel "
a été gestionnaire de fortune auprès de B_ de 1999 à 2011. Depuis novembre 2011, il est gestionnaire de fortune indépendant, affilié auprès de l'OARG. Il est issu d'une famille aisée. Son épouse était très aisée également; elle est membre de la famille propriétaire de G_ SL à K_ [Espagne]
". Les fonds provenaient de la vente partielle de sa participation dans la société G_ SL (PP 290'139 et ss).
c.
Par contrat du 16 octobre 2009 (dont seuls certains passages considérés pertinents ont été traduits), E_ s'est engagée à vendre, le 2 juillet 2012, sa part dans l'entreprise familiale G_ SL à M_, son frère, pour EUR 44 millions à verser avant la fin 2022; les intérêts de cette dette d'EUR 44 millions de M_, qui courraient dès le 16 octobre 2009, devaient être amortis par les versements d'EUR 1 million chacun les 16 octobre 2009, 16 juin 2010 et 16 juin 2011, selon l'annexe au contrat (PP 600'495 et ss).
d.
Le 16 octobre 2009, [la banque] I_ a émis un chèque au porteur de
EUR 6 millions (PP 290'077) que F_ en personne a remis à D_ lequel l'a présenté pour encaissement au H_, établissement auprès duquel son étude détenait un compte bancaire.
Le même jour, le même montant a été débité du compte ouvert par N_ auprès de I_, dont l'ayant droit économique était M_ (PP 204'121 et 204'015).
Le 24 décembre 2009, EUR 5'990'000.- ont été crédités sur le compte A_ auprès de B_, par le débit du compte de l'étude de D_ (PP 290'468).
e.
Le 4 mars 2011, D_ a signé un second formulaire A et désigné, une nouvelle fois, F_ comme l'ayant droit économique des avoirs déposés sur le compte de A_ (PP 278'004).
f.
Le _ 2012, F_ a fait une tentative de suicide en Espagne (PP 600'580).
g.
Le 30 novembre 2012, F_ a donné instruction aux administrateurs de A_ de transférer l'intégralité des avoirs du compte A_ sur le compte C_ CORP (PP 290'030, document en espagnol non traduit).
h.
Le 21 décembre 2012, B_ a déposé plainte contre F_.
i.
Le même jour, le Ministère public a ordonné le séquestre, notamment des avoirs du compte A_ [n°] 1_ ouvert auprès de B_, présentant des avoirs à hauteur de EUR 1'596'382.- au 28 février 2017 (PP 602'147 et ss).
j.a.
Le 16 janvier 2013, E_, en sa qualité de bénéficiaire finale de
C_ CORP, a annoncé à D_ un courrier de ses avocats [espagnols]
(PP 290'524-5).
À la même date, un avocat espagnol s'est adressé à D_, se référant aux instructions reçues de leur cliente, E_, "
UBO of C_ CORP
", lui demandant d'établir une procuration autorisant des collègues genevois à discuter du compte C_ CORP avec B_ (PP 290'523).
Le 30 janvier 2013, E_ a donné instruction à D_ d'établir une procuration en faveur de ses avocats genevois au nom de C_ CORP
(PP 290'515 et ss).
j.b.
Le 17 janvier 2013, par un courrier semblable à celui de sa femme, F_, en sa qualité de bénéficiaire final de "A_", a annoncé à D_ un courrier de ses avocats [espagnols] (PP 290'028-9). F_ a déclaré avoir rédigé ce courrier sur conseil de son avocat espagnol afin d'obtenir les documents nécessaires pour une régularisation fiscale (PP 500'599).
À la même date, un avocat espagnol s'est adressé à D_ se référant aux instructions reçues de leur client F_, "
UBO of A_
", demandant une procuration autorisant des collègues genevois à discuter du compte A_ avec B_ (PP 290'027).
j.c.
Le 13 février 2013, Me Jean-Marie CRETTAZ s'est constitué pour E_ et C_ CORP (PP 600'025).
Le 14 mars 2013, Me Pierre DE PREUX, conseil de F_, a requis de D_ l'établissement de procurations pour lui-même s'agissant de A_ et pour
Me Jean-Marie CRETTAZ s'agissant de C_ CORP, les habilitant à intervenir dans la procédure pénale pour les deux sociétés (PP 290'012 et ss).
k.
Le 25 juin 2013, F_ a été prévenu d'abus de confiance et de faux dans les titres, subsidiairement escroquerie, pour avoir, à Genève, entre 1999 et 2012, alors qu'il était employé de B_ jusqu'au 30 juin 2011, puis gérant de fortune indépendant à compter du 1
er
juillet 2011 (
recte
11 mai 2011, PP 600'808), employé sans droit à son profit ou au profit de tiers des fonds confiés en gestion à son employeur, dont il avait la responsabilité au sein du "Département Espagne" de la banque, et créé de faux relevés bancaires, et/ou falsifié des relevés bancaires, dans le dessein de dissimuler les détournements de fonds qu'il avait commis, et ainsi se procurer ou procurer à un tiers un avantage illicite. Ses agissements frauduleux avaient été découverts lorsque les clients de B_, dont la gestion était sous sa responsabilité, avaient voulu régulariser leur situation avec le fisc espagnol
(PP 500'011 et ss).
Le prévenu a admis les faits reprochés contestant cependant avoir détourner les fonds à son profit.
Les fonds déposés sur le compte A_ appartenaient à son épouse, E_. Il figurait comme ayant droit économique des avoirs sur le formulaire A, sur conseil de ses avocats. D_ savait qu'il n'était pas l'ayant droit économique; "
nous avons agi sur conseil de mes avocats espagnols
" qui avaient peur que, dans le cadre de la dispute familiale, le frère dénonce sa soeur aux autorités fiscales espagnoles. Il ignorait que mentionner un faux ayant droit économique sur un formulaire A était constitutif de faux dans les titres.
En 2002, son beau-père avait donné son patrimoine de EUR 140 millions à ses deux enfants. Au décès de celui-ci, en 2006, ces derniers avaient eu une dispute et en 2009 E_ et M_ avaient passé un accord aux termes duquel le second avait le droit de racheter, en 2012, les parts de sa soeur dans l'entreprise. Lorsque M_ avait payé ce droit fixé à EUR 6 millions à sa soeur, en 2009, "
nous avions
" alors décidé de constituer la société A_. M_ avait payé avec de l'argent, non déclaré, dont il disposait auprès de I_ par un crédit du compte de l'étude de D_ et ensuite un versement sur le compte A_. Ils avaient agi de la sorte pour que I_ ne sache pas que l'argent allait chez B_.
l.
Le Ministère public a entendu diverses personnes.
l.a.
Lors des audiences des 6 juin et 24 juillet 2013, D_ a déclaré en substance connaître F_, depuis 2005, lequel était le gestionnaire de clients espagnols de B_ pour lesquels il avait constitué des sociétés, généralement de type off-shore.
A_ était la société de F_, lequel était l'ayant droit économique du compte A_. Les EUR 5'990'000.- provenaient, selon les explications données par la banque, de la vente de la participation de F_ dans la société de son beau-père qui avait ses comptes auprès de I_; F_ lui avait remis un chèque au porteur émis par cette banque qu'il avait encaissé sur le compte de son étude. Il a contesté les déclarations de F_ selon lesquelles il savait que ce dernier n'était pas l'ayant droit économique du compte A_ et que le formulaire A était faux; il avait toujours considéré, et n'en avait jamais douté, qu'il s'agissait de l'argent de F_. Le 16 octobre 2009, il avait eu des contacts réguliers avec le "Desk Espagne" de B_ et avait rencontré O_; il savait qu'il devait constituer une société pour F_, lequel était venu lui apporter le chèque de EUR 6 millions de I_, daté du 16 octobre 2009. Il n'avait pas été associé aux discussions au sujet du chèque, n'avait jamais rencontré les avocats espagnols et n'avait jamais discuté des aspects de traçabilité ou de fiscalisation de l'argent. Il avait reçu de B_ les documents utiles ainsi que le profil client établi par le service compliance de la banque. F_ lui avait écrit pour solder ses positions et vendre des avoirs dans l'objectif de transférer les fonds liquides sur le compte C_ CORP dont sa femme était l'ayant droit économique (PP 290'030). Il en déduisait que F_ voulait transférer ses avoirs sur le compte de sa femme car il ne voulait pas indemniser ses victimes, il n'avait pas "
cru
" à cette lettre et n'y avait donné aucune suite; elle n'avait jamais été exécutée, en accord avec B_. On ne lui avait jamais parlé d'un quelconque héritage mais il avait toujours été question d'une participation dans une société familiale. Il avait compris que F_ était propriétaire d'une participation dans la société de son épouse qu'il avait vendue; c'était la raison pour laquelle il avait considéré qu'il s'agissait de son patrimoine. Trois intermédiaires financiers étaient intervenus s'agissant de l'identification de l'ayant droit économique des EUR 6 millions; lui-même, la banque et F_ en tant que gérant indépendant affilié.
Les actions de A_ étaient détenues par [la fondation] J_, enregistrée au Panama, laquelle avait, selon le règlement de fondation dont il n'était pas le rédacteur, pour premier bénéficiaire F_ et son épouse en second.
Il savait qu'à la suite du décès en 2006 du père de E_, il y avait eu une succession. Cela ne concernait pas A_ mais C_ CORP pour laquelle il avait reçu des fonds.
La société C_ CORP avait été constituée au décès du père de E_, et le compte C_ CORP ouvert auprès de B_. Les avoirs (EUR 2'552'017.- et EUR 2'992'588.-), déposés en août 2006 sur le compte C_ CORP, provenaient de cette succession et avaient été débités d'un compte ouvert auprès de B_ et crédités sur le compte de son étude avant d'être transférés sur les comptes
C_ CORP et N_ lequel avait M_ comme ayant droit économique. E_ ne voulait pas subir de pressions d'ordre fiscal de la part de son frère; le passage par son étude assurait une certaine discrétion sur la destination des fonds sans rompre la traçabilité.
[La fondation] J_ et C_ FOUNDATION avaient été créées dans le but de détenir les actions des sociétés off-shore pour détenir et régler la succession du fondateur, lequel était ayant droit économique des comptes détenus par les off-shore (PP 500'275).
Les avoirs déposés sur ces deux comptes n'étaient pas "
fiscalisés
". C'était à l'occasion de la "
fiscalisation
" des avoirs de ses clients que les problèmes de F_ avaient été découverts.
Il avait démissionné du conseil de fondation de A_ et C_ CORP ainsi que des sociétés de mêmes noms, en raison des plaintes pénales et que de la fuite de F_ (PP 290'118).
l.b.
Lors de l'audience du 21 août 2013, P_, membre du "Desk Espagne" de B_ dès 2000, a déclaré qu'il était très proche de F_, avec lequel il était parti en vacances. Il connaissait les comptes A_, dont F_ était l'ayant droit économique, et C_ CORP, dont E_ était ayant droit économique. Il avait découvert, en automne 2012, les faits reprochés au prévenu après avoir reçu un appel téléphonique d'un fiscaliste espagnol.
O_, ancien directeur du "Desk Espagne" de B_ et supérieur hiérarchique de F_ dès 1999, dont il connaissait l'épouse et les parents ainsi qu'une partie de la clientèle, a déclaré que le compte A_ était celui de la femme de F_ qui l'avait ouvert à la succession de son père. Il ne connaissait pas le compte C_ CORP. Il n'avait pas le souvenir d'avoir vu le formulaire A relatif au compte de A_.
Q_, assistante de gestion au "Desk Espagne" depuis 2006, a déclaré qu'elle savait que F_ était l'ayant droit économique du compte A_. Une analyse avait été faite par la Banque avant l'ouverture du compte; ce compte avait fait l'objet d'une polémique au sein de la Banque sans qu'elle en connaissance les tenants et aboutissants. P_ avait été désigné gérant du compte afin d'éviter tout conflit d'intérêts. L'épouse de F_ était l'ayant droit économique du compte C_ CORP. L'affaire avait éclaté à la mi-novembre 2012.
m.
Le 22 août 2013, par courriers séparés, A_ et C_ CORP se sont constituées parties plaignantes dans la procédure pénale entendant réclamer réparation du préjudice subi (PP 103'258 et ss).
n.
Par courrier du 15 novembre 2013, A_ a requis la levée du séquestre frappant son compte, faute de tous liens entre les fonds bloqués et l'activité illégale reprochée à F_ qui n'était pas le réel ayant droit économique des avoirs séquestrés. Les EUR 6 millions qui avaient été versés sur le compte de A_ représentaient le premier acompte à payer immédiatement sur le montant total de EUR 44 millions prévu par la convention du 16 octobre 2009. E_ avait fait créer la société panaméenne A_ qui avait ouvert le compte auprès de B_. Elle a produit un document, daté du 17 juin 2013, par lequel M_ déclarait que F_ n'avait jamais été actionnaire, administrateur ou fondé de pouvoir de G_ SL (PP 600'410 et ss).
o.
Les 29 janvier et 30 avril 2014, E_, entendue en qualité de personne appelée à donner des renseignements, représentante de C_ CORP et A_, a affirmé être l'unique bénéficiaire des avoirs déposés sur le compte A_.
Au décès de son père, en 2006, il avait été décidé qu'elle conservait les avoirs détenus par le défunt chez B_ et son frère ceux détenus auprès de I_. Le compte C_ CORP avait ainsi été ouvert auprès de B_ le 27 juillet 2006; elle s'était adressée au team Espagne de B_ et avait parlé avec O_ pour l'ouverture du compte; elle s'était rendue à la banque pour signer les documents de la société C_ CORP; elle ignorait que l'argent avait transité par le compte de l'études de D_ avant d'être crédité sur le compte C_ CORP. Elle s'était rendue à trois reprises auprès le banque, la première fois avec son père, la deuxième pour l'ouverture du compte C_ CORP et enfin pour accompagner son frère et sa belle-soeur "
et ouvrir un compte à leurs noms
".
En 2009, lors de la séparation de leurs activités dans G_ SL, elle avait signé un accord global avec son frère d'un montant de EUR 50 millions dont seul
EUR 44 millions apparaitraient sur le contrat du 16 octobre 2009, pour des raisons strictement fiscales. Comme elle craignait des mesures de rétorsion de son frère vis-à-vis du fisc espagnol, quand bien même il était également sujet aux poursuites fiscales, sur conseil de ses avocats espagnols, elle en avait parlé à son mari, lequel en avait parlé avec la Banque, et D_ était ainsi intervenu pour la création du compte A_, du nom de son chien; la Banque avait fait en sorte que son frère ignore où l'argent avait été crédité raison pour laquelle elle "
avait mis son mari
"; elle n'avait pas signé la documentation d'ouverture de ce compte, D_ l'ayant fait en sa qualité d'administrateur. Elle avait déjeuné, à Genève, avec O_ et/ou P_, en présence de son mari.
Elle ignorait que les fonds avaient transité par le compte de l'étude de D_. Elle n'avait pas participé à l'ouverture du compte ni signé les documents bancaires similaires à ceux qu'elle avait signés pour C_ CORP, dont la convention d'actionnaire, parce qu'elle n'avait plus rencontré D_ et n'avait pas demandé à le faire parce qu'elle ne savait pas ce que c'était; elle ignorait pourquoi son mari apparaissait comme ayant droit économique du compte; elle n'avait jamais discuté de ce sujet avec son époux. Elle ignorait que son mari était gérant de fortune, croyant qu'il avait une fonction d'acquisiteur au sein de la banque; elle ignorait qu'il apparaissait comme gestionnaire de fortune indépendant de son compte n'étant pas censé intervenir dans la gestion de son compte; elle ignorait tout de la gestion de son compte qui ressortait de la Banque en laquelle elle avait confiance.
Elle n'avait jamais demandé le transfert, le 30 novembre 2012, du solde du compte A_ sur le compte C_ CORP mais avait demandé, le 11 décembre 2012, le transfert du solde de ce compte C_ CORP sur un compte ouvert à [la banque] R_, dont elle était l'ayant droit économique, parce qu'elle voulait travailler avec des gens sérieux. Elle avait agi sur conseil de son avocat espagnol; elle ne voulait plus d'argent détenu par le biais de sociétés off-shore mais uniquement les détenir en son nom, "
c'est pourquoi j'ai d'abord ordonné le transfert du solde de A_ sur C_ CORP, puis celui-de C_ CORP sur mon compte propre auprès de
[la banque]
R_
".
p.
Par courrier du 13 octobre 2014 au Ministère public, A_ a redemandé la levée du séquestre de son compte.
q.
Le 15 janvier 2015, le Ministère public l'a refusée. Aucun recours n'a été formé contre cette décision.
r.
Le 26 janvier 2016, F_ a déclaré que c'était sur conseil de son avocat espagnol, Me S_, décédé depuis, qu'il avait été mentionné comme étant l'ayant droit économique du compte A_ afin que son beau-frère ne connaisse pas l'existence du compte sur lequel les montants étaient versés. Ce dernier connaissait l'existence d'un compte de sa femme, C_ CORP, auprès de B_. Le transit des fonds par le compte-étude de D_ n'était pas de leur initiative en 2006 pour le compte C_ CORP mais ils l'avaient demandé, en 2009, pour le compte A_
E_ a précisé que Me S_ ne leur avait pas donné ce conseil uniquement pour se protéger de son frère mais également parce que de nombreuses personnes étant au courant, il s'agissait de mettre ses avoirs au nom de son mari, pendant une courte durée, pour la protéger, dès lors que ce dernier pouvait détenir des avoirs en Suisse; elle ignorait qu'elle n'apparaissait nulle part sur la documentation bancaire; tout le monde à la Banque savait que cet argent lui appartenait.
s.
Le 7 juillet 2017, A_ a, à nouveau, demandé la levée du séquestre frappant son compte.
t.
Le 18 janvier 2018, le Procureur a entendu T_, en qualité de témoin, lequel a confirmé sa déclaration du 7 avril 2017 faite devant un notaire espagnol. Il a expliqué avoir travaillé chez B_ entre 2006 et 2010 au sein du "Desk Espagne". F_, avec lequel il n'avait plus eu de contact depuis 2009, l'avait approché pour qu'il fasse ladite déclaration notariale concernant ce à quoi il avait assisté le 16 octobre 2009, date que le précité lui avait rappelée; ils avaient évidemment évoqué ce qui s'était passé à l'époque mais F_ ne lui avait rien dit qu'il ne savait déjà.
Les cinq membres du "Desk Espagne" entretenaient de bonnes relations; ils connaissaient leurs situations personnelles respectives; ils savaient notamment que les relations entre l'épouse de F_ et le frère de celle-ci étaient très mauvaises.
F_ leur avait dit - à P_, Q_ et lui-même -, dans les locaux de la banque, que le frère et la soeur étaient sur le point de trouver un accord au sujet de ce qu'il avait compris être la vente d'une entreprise sans en connaître les détails; l'argent en résultant devait être déposé auprès B_. F_ avait peur que son beau-frère le sache et pose ultérieurement des problèmes et leur avait dit qu'il avait été décidé de faire venir l'argent à la Banque selon les modalités finalement suivies. Pour des raisons de sécurité, il avait accompagné F_ chez I_. D_ avait été instruit de déposer le montant du chèque en faveur de E_ sur le compte A_, du nom du chien de cette dernière. Il savait que le chèque était destiné au paiement d'une dette de M_ envers sa soeur, sans en connaître la raison exacte.
F_ avait utilisé le compte "
_
" de D_ pour rendre plus difficile la possibilité pour le frère de savoir où l'argent serait déposé; il lui avait dit que l'idée était de créer une fondation et une société panaméenne, d'ouvrir un compte au nom de cette société et de se mettre comme écran, comme dernier filtre. Il avait été décidé d'ouvrir le compte sous le numéro de P_ parce que F_ ne pouvait pas gérer son propre compte. Tous, soit O_, P_, Q_ et lui-même, savaient que l'argent était destiné à l'épouse de F_, mais que le compte destinataire avait été désigné comme celui de F_ lui-même. C'était un fait qui avait fait l'objet de plusieurs discussions, souvent portant sur le nom du compte, lequel faisait l'objet d'une blague au sein du Desk; ils avaient également évoqué ce fait avec l'épouse de F_ avec laquelle ils avaient parlé des investissements et du rendement et du nom du compte; ils avaient eu ces discussions lors d'un repas à Genève, un peu avant Noël 2009, auquel avaient participé F_, son épouse, O_, P_ et lui-même, lors duquel ils avaient beaucoup parlé de ce compte A_, dès lors que pour la Banque, une entrée de fonds de EUR 6 millions représentait beaucoup d'argent; E_ avait notamment dit que, avec le nom choisi, ce compte avait intérêt à générer du rendement. E_ avait un autre compte lequel était géré par F_ lui-même.
Réentendu par le Procureur, P_ a expliqué que l'argent déposé sur le compte A_ était celui de E_ et que celui déposé sur le compte C_ CORP appartenait à F_, au meilleur de ses souvenirs et de ses connaissances. Il n'avait pas le souvenir d'avoir participé à l'ouverture du compte A_, ni d'avoir vu le formulaire A du 30 novembre 2009 ou d'avoir participé à l'élaboration du KYC Profil du compte; pas plus qu'il n'avait le souvenir que l'argent provenant du frère de E_ serait versé sur un compte appartenant indirectement à F_. Il se souvenait que le compte A_ avait été placé sous sa codification en raison du lien de proximité.
Q_ n'avait pas non plus le souvenir de cela; elle se rappelait vaguement l'existence du conflit entre l'épouse de F_ et son frère. L'ayant droit économique du compte était F_ au vu des documents et de l'absence d'autres informations. Il avait été décidé d'attribuer le compte A_ au portefeuille e de P_ dès lors que l'argent déposé était celui de F_. Cette polémique n'avait pas été évoquée au sein du Desk mais avec le département juridique de la banque.
O_ a déclaré qu'il savait que l'épouse de F_ avait hérité; le fait que F_ soit mentionné comme bénéficiaire économique des fonds lui avait donné l'impression que son épouse les lui avait peut-être donnés, sans qu'il ait reçu aucune indication allant en ce sens. Il ne se souvenait pas avoir su à l'époque que F_ avait été désigné comme ayant droit économique. Pas plus qu'il n'avait le souvenir que l'argent provenant du frère de E_ serait versé sur un compte appartenant indirectement à F_, cela pour créer un écran supplémentaire destiné à empêcher le frère de E_ de connaître la destination des fonds. Le département juridique s'était intéressé à l'attribution du compte au portefeuille de P_; les directives empêchaient qu'un gérant s'occupe de son propre compte; P_ avait été désigné en raison de l'importance du compte et de ce que l'argent était celui de E_. C'était effectivement le département juridique qui s'y était intéressé; les directives de la banque empêchaient qu'un gérant s'occupe de son propre compte
C
Dans sa décision querellée, le Ministère public se réfère à sa précédente décision du 15 janvier 2015 de refus de lever le séquestre. L'intégralité de la documentation saisie mentionnait F_ comme étant l'ayant droit économique des avoirs détenus par A_ et le prévenu, voire son conseil, s'était adressé à D_ en cette qualité en novembre 2012, janvier et mars 2013. Le Procureur disait ne pas être convaincu par les déclarations de F_ et de son épouse s'agissant de l'ayant droit économique des fonds en question et des raisons de cette construction. O_ avait vraisemblablement confondu les comptes A_ et C_ CORP. Les déclarations des personnes impliquées dans l'ouverture du compte A_, à savoir D_, T_, O_, P_ et Q_, étaient contradictoires. Tout laissait penser que les EUR 6 millions avaient effectivement F_ comme destinataire. Il appartiendrait au juge du fond de trancher la question.
D. a.
À l'appui de son recours, A_ considère que les déclarations de F_ et de T_ permettaient de se convaincre que les fonds de son compte appartenaient à l'épouse du prévenu. Les EUR 6 millions étaient une partie de l'accord passé entre les héritiers. E_ avait fait entière confiance à son mari et à la Banque; elle n'avait fait aucune donation à son mari; elle ignorait que son mari était ayant droit économique du compte A_. Ni elle-même ni son ayant droit économique, l'épouse du prévenu, ne saurait être considérée comme "
la personne concernée
" visée à l'art. 71 al. 3 CP. Le séquestre devait être levé.
b.
À réception, la cause a été gardée à juger sans échange d'écriture ni débats.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une décision sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner du tiers saisis qui, partie à la procédure (art. 105 al. 1 let. f CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement irrecevables ou mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.
3.
La recourante conteste le maintien du séquestre sur ses avoirs bancaires.
3.1.
Selon l'art. 197 al. 1 CPP, les mesures de contrainte ne peuvent être prises qu'aux conditions suivantes : elles sont prévues par la loi (let. a), des soupçons suffisants laissent présumer une infraction (let. b), les buts poursuivis ne peuvent pas être atteints par des mesures moins sévères (let. c) et elles apparaissent justifiées au regard de la gravité de l'infraction (let. d).
L'art. 263 al. 1 CPP prévoit que des valeurs patrimoniales appartenant au prévenu ou à des tiers peuvent être mises sous séquestre, notamment, lorsqu'il est probable qu'elles devront être confisquées (let. d). Si le motif du séquestre disparaît, le ministère public ou le tribunal lève la mesure et restitue les objets et valeurs patrimoniales à l'ayant droit (art. 267 al. 1 CPP).
L'art. 71 al. 3 CP permet à l'autorité d'instruction de placer sous séquestre, en vue de l'exécution d'une créance compensatrice jusqu'à concurrence du montant présumé du produit de l'infraction, des valeurs patrimoniales appartenant à la personne concernée, sans lien de connexité avec les faits faisant l'objet de l'instruction pénale. La mesure prévue par cette disposition se différencie ainsi du séquestre conservatoire résultant des art. 263 al. 1 let. c CPP (restitution au lésé) ou 263 al. 1 let. d CPP, dispositions requérant l'existence d'un tel rapport de connexité (ATF
140 IV 57
consid. 4.1.2).
Par "personne concernée" au sens de cette disposition, on entend non seulement l'auteur, mais aussi, à certaines conditions, un tiers favorisé, d'une manière ou d'une autre, par l'infraction (cf. art. 71 al. 1 CP renvoyant à l'art. 70 al. 2 CP). La jurisprudence a aussi admis qu'un séquestre ordonné sur la base de l'art. 71 al. 3 CP puisse viser les biens d'une société tierce, dans les cas où il convient de faire abstraction de la distinction entre l'actionnaire - auteur présumé de l'infraction - et la société qu'il détient (théorie dite de la transparence ["Durchgriff"]). Il en va de même dans l'hypothèse où le prévenu serait - dans les faits et malgré les apparences - le véritable bénéficiaire des valeurs cédées à un "homme de paille" ("Strohmann") sur la base d'un contrat simulé ("Scheingeschäft"; ATF
140 IV 57
consid. 4.1.2 p. 64 et les références cités).
3.2.
Une mesure de séquestre est en principe proportionnée du simple fait qu'elle porte sur des valeurs dont on peut vraisemblablement admettre qu'elles pourront être confisquées en application du droit pénal (art. 70 et 71 CP). Tant que l'instruction n'est pas achevée et que subsiste une probabilité de confiscation, de créance compensatrice ou d'une allocation au lésé, la mesure conservatoire doit être maintenue (ATF
141 IV 360
consid. 3.2 p. 364). Le séquestre ne peut donc être levé (art. 267 CPP) que dans l'hypothèse où il est d'emblée manifeste et indubitable que les conditions matérielles d'une confiscation ne sont pas réalisées, et ne pourront l'être (arrêts du Tribunal fédéral
1B_311/2009
du 17 février 2010 consid. 3 in fine et
1S.8/2006
du 12 décembre 2006 consid. 6.1). Les probabilités d'une confiscation, respectivement du prononcé d'une créance compensatrice, doivent cependant se renforcer au cours de l'instruction et doivent être régulièrement vérifiées par l'autorité compétente, avec une plus grande rigueur à mesure que l'enquête progresse (ATF
122 IV 91
consid. 4 p. 96; arrêt du Tribunal fédéral
1B_416/2012
du 30 octobre 2012 consid. 2.1).
3.3.
En l'espèce, F_ est prévenu d'avoir employé sans droit, notamment à son profit, des fonds confiés en gestion à B_. Il appartiendra au juge du fond, s'il le déclare coupable, de décider s'il prononce une créance compensatrice à son encontre. Les fonds du compte A_ sont ainsi importants à cet égard.
À teneur des documents versés à la procédure, le prévenu est l'ayant droit économique des avoirs du compte de la recourante; en ce qu'il gérait les fonds de ses clients auprès de la Banque, et ensuite comme gérant indépendant affilié à l'OARG, il ne peut sérieusement prétendre ignorer l'importance légale du formulaire A. La Banque l'avait également considéré comme l'ayant droit au point de ne pas l'autoriser à gérer lui-même les avoirs de la recourante, soit les siens, alors même qu'il était le gérant de ceux de sa femme ou de la société C_ CORP. Si les fonds litigieux semblent provenir du frère de E_, rien ne permet de considérer qu'ils seraient une partie des fonds visés par l'accord passé entre le frère et la soeur, faute de convention écrite produite voire même de déclaration en ce sens du frère. En outre, seraient-ils une soulte, non officielle, de cet accord que rien n'aurait empêché l'épouse d'en faire don à son mari. On se doit, en effet, de considérer qu'au même moment où le compte litigieux était ouvert, le prévenu faisait procéder à la création de la Fondation A_, propriétaire des actions de A_, dont il est le premier bénéficiaire, son épouse et ses enfants venant ensuite. Une donation entre époux pouvant être motivée par suffisamment de raisons, une telle situation, compte notamment tenu de l'immense fortune de la seconde citée, n'est en soi pas invraisemblable.
L'allégation selon laquelle le prévenu aurait été annoncé faussement comme étant l'ayant droit économique des avoirs du compte pour cacher leur destination à son beau-frère, et ainsi au fisc espagnol, n'emporte pas suffisamment conviction à ce stade de la procédure. D'une part, les fonds provenaient d'un compte non déclaré du frère, de sorte que l'on peine à imaginer que ce dernier aurait pris le risque, en dénonçant sa soeur, de révéler sa propre situation à l'administration fiscale espagnole; ils ont été retiré par l'émission d'un chèque et versés sur le compte étude de l'administrateur de la société - tout comme ceux, également non déclarés, versés sur le compte C_ CORP, trois ans plus tôt, et dont E_ est l'ayant droit économique - interrompant ainsi le "
paper trail
", sans qu'il se justifie de créer un faux formulaire A. "
La peur du frère et du fisc espagnol
" peine ainsi à convaincre.
Les déclarations du prévenu et de son épouse s'agissant de la titularité des fonds de la recourante peuvent également être liées aux besoins de la cause et au souci de privilégier la seconde dont il apparaît qu'elle aurait également été victime des agissements du son mari, par le biais des prélèvements sur le compte C_ CORP. Les déclarations des employés de la Banque ne permettent pas de retenir que les fonds litigieux appartenaient en fin de compte à E_; certains sont affirmatifs à dire que les avoirs appartenaient au prévenu, d'autres à sa femme. Les déclarations de l'employé, contacté par le prévenu, apparaissent à ce point différentes de celles de ses collègues, qu'il appartiendra au juge du fond de les apprécier dans leur ensemble.
Enfin, le comportement actif du prévenu, après la révélation des faits, tend à retenir qu'il s'est toujours présenté comme étant l'ayant droit économique des avoirs du compte A_; son épouse, par un comportement tout aussi actif, s'est quant elle présentée comme ayant droit économique des avoirs du compte C_ CORP et non de ceux de A_, sauf à adopter en cours de procédure une position différente.
C'est ainsi à bon droit que le Ministère public a retenu qu'il appartiendrait au juge du fond de se prononcer sur la question de l'ayant droit économique des avoirs de la recourante.
4.
Justifiée,
la décision
querellée sera donc confirmée.
5.
La recourante, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui comprendront un émolument de CHF 1'500.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
* * * * *