# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 03ecfe20-273f-5371-ad9d-1fc75e1f9d3d
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2009
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
Madame B_, qui est née en 1960, est ressortissante suisse, originaire du Maroc.
Sans formation particulière Madame B_ arrive en Suisse à la fin décembre 1990.
Madame B_ exerce durant quelques temps l’activité de femme de chambre auprès d’hôtes et de maisons de retraite.
Dès 1993, Madame B_ commence à ressentir des douleurs aux pieds.
Entre 1996 et 1999, Madame B_, souffrant d’un hallus valgus, est opérée à trois reprises des pieds.
Ayant enchaîné plusieurs périodes d’incapacité de travail temporaires, Fatima B_ a cessé toute activité lucrative depuis 1998.
En date du 2 décembre 1998, Madame B_ dépose une demande de prestations auprès de l’Office cantonal de l’assurance invalidité (ci-après l’OCAI).
Par décision du 24 novembre 2001, l’OCAI alloue à Madame B_ une rente entière limitée dans le temps, soit du 2 novembre 1009 au 31 mai 2000.
L’OCAI estimait en effet que, depuis le 31 mai 2000, l’état de santé de Madame B_ s’était amélioré, permettant une reprise de travail
Le 26 juin 2001, Madame B_ dépose une nouvelle demande de prestations AI.
Le 24 juillet 2001, Madame B_ est entendue par l’OCAI. Elle expose, à cette occasion, qu’elle ressent d’importantes douleurs aux pieds et qu’elle se sent totalement incapable de reprendre une activité professionnelle.
En date du 29 juillet 2001 l’OCAI refuse l’entrée en matière au motif que Madame B_ n’a pas présenté d’éléments médicaux nouveaux susceptibles de rouvrir le dossier.
Par courrier du 12 décembre 2001, le Dr L_, médecin généraliste et médecin traitant de Madame B_, informant l’OCAI de la persistance des douleurs aux pieds et de la présence d’une tendinite de la coiffe des rotateurs de l’épaule droite qui existe depuis le mois de mars 2002, estime l’incapacité de travail de sa patiente à 100%.
Par rapport médical du 16 octobre 2002, le Dr L_ confirme le diagnostic d’une tendinite de la coiffe des rotateurs de l’épaule droite.
Dans un rapport du 12 juillet 2004, le Dr L_ précise que suite aux trois interventions chirurgicales pour le hallus valgus au pied gauche, il constate un remaniement arthrosique invalidant à l’origine d’un syndrome inflammatoire chronique et une raideur complète et algique de la flexion/extension de la base du gros orteil. Il précise que l’incapacité professionnelle de Madame B_ est de 100% et estime en l’état l’atteinte irréversible.
Le 9 mai 2005, le Dr L_ adresse un rapport médical à l’OCAI faisant état d’une capsulite rétractile de l’épaule droite et rappelle la persistance des douleurs chroniques du gros orteil gauche. Il précise encore que la capacité professionnelle de Madame B_ est de zéro dans quelque profession que ce soit.
Dans un rapport du 7 juin 2005 adressé au Dr L_, le Dr M_, rhumatologue, constate que Madame B_ présente, à l’examen clinique, 11 points de fribromyalgie douloureux sur 18 et que la mobilité de l’épaule droite est limitée à 90°. Il conclut au fait que le tableau clinique est très atypique et dominé par un seuil de la douleur abaissé avec des signes d’un état dépressif.
Le 23 juillet 2005, le Dr N_, médecin FMH chirurgie orthopédique, qui reçoit Madame B_ en consultation suite à une aggravation des douleurs ressenties à l’épaule droite, rappelle, dans son rapport, la constatation par IRM d’une déchirure du sus-épineux.
Le 23 septembre 2005, le Dr O_ du SMR constate que les travaux de manutention ne peuvent à l’évidence convenir à Madame B_.
Interrogé sur la capacité éventuelle de Madame B_ dans un travail de type horlogerie compte tenu de son atteinte à l’épaule droite, le Dr N_ relève : « Cela ne me semble pas impossible et cela vaut la peine d’être essayé au début à 50%, cependant le mouvement tel que je le conçois ressemble un peu à un test que l’on fait pour détecter un conflit sous-acrimial ».
Le 21 septembre 2005, le Dr O_ affirme, pour le compte du SMR, qu’un travail qui épargne l’épaule droite serait envisageable, voire davantage si l’épaule n’est pas sollicitée du tout.
En date du 13 avril 2006, le Dr M_, qui a revu Madame B_, relève, à l’examen clinique, la présence de 16 points de fibromyalgie douloureux sur 18. Le tableau clinique est donc, selon ce médecin, en premier lieu d’une fibromyalgie sévère.
Par courrier du 6 septembre 2005, le Dr P_, FMH médecine interne, estime que le syndrome douloureux de l’épaule et du pied gauche de Madame B_ ne disparaîtra pas.
Le 22 mai 2006, l’OCAI ordonne une expertise psychiatrique de Madame B_ et mandante à cet effet le Dr Q_, médecin psychiatre.
Rendant son rapport le 25 septembre 2006, le Dr Q_ établit le diagnostic suivant :
pas de trouble de personnalité
épisode dépressif d’intensité moyenne F32.1
trouble somatoforme douloureux F45.4.
Au sujet de la capacité de travail, le Dr Q_ précise « en raison du trouble somatoforme douloureux associé à un épisode dépressif d’intensité moyenne, l’assurée ne peut pas, pour le moment, se réinsérer dans le monde du travail. Son incapacité de travail est de 100% »
En ce qui concerne les mesures de réadaptation, le Dr Q_ précise que, du point de vue psychique, elles ne sont pas, au moment de l’expertise, envisageables. Sur cette question, le Dr Q_ précise encore qu’il n’est pas de son ressort d’évaluer les mesures de réadaptation envisageables en fonction de la problématique physique de l’assurée.
Dans un courrier du 21 novembre 2006 adressé à l’OCAI, le Dr O_, le Dr Q_ relève que même si un légère amélioration de l’état de santé psychique pourrait être envisagée dans les six à douze mois avec un traitement approprié, cette amélioration ne devrait malheureusement pas avoir une incidence suffisante pour permettre à l’assurée de retrouver une capacité de travail. Selon le Dr Q_, on ne peut pas espérer que le traitement puisse permettre à Madame B_ de retrouver une capacité de travail.
Le 10 mai 2007, l’OCAI rend un rapport de réadaptation professionnelle lequel constate que Madame B_ présente un degré d’invalidité de 52% lui ouvrant un droit à une demi-rente.
Madame B_ s’oppose, lors d’un entretien avec l’OCAI du 2 juillet 2007, au projet d’acceptation de rente établi le 31 mai 2007.
Le même jour, soit le 2 juillet 2007, un rapport établi par le Dr L_ et remis à l’OCAI récapitule les atteintes médicales dont souffre Madame B_, à savoir :
capsulite rétractile de l’épaule droite d’installation insidieuse depuis environ 2 ans.
un remaniement arthrosique avec raideur complète et algique de la flexion/extension de la base du gros orteil séquellaire à trois interventions chirurgicales que la patiente avait subies pour le hallux gauche.
trouble anxio-dépressif chronique.
une incapacité d’apprentissage pour une réadaptation professionnelle liée à un retard global psycho éducationnel (illettrée).
Ainsi l’incapacité professionnelle était de 50% du 1.1.1999 au 23.3.1999
de 100% du 24.3.1999 au 17.10.2004
de 50% dès le 18.10.2004
jusqu’au 17.03.2005 date de l’apparition de la capsulite contractile de l’épaule droite : incapacité de 100% et jusqu’à présent.
Sur la base de la décision de l’OCAI, la Caisse cantonale genevoise de compensation a notifié la décision suivante :
« Les prestations mensuelles suivantes de l’AI sont versées pour B_ Fatima, demi-rente ordinaire
Fr. 442.-- de 04.2003 à 12.2004
Fr. 452.-- de 01.2005 à 12.2006
Fr. 463.-- dès 01.2007. »
En date du 21 avril 2008, Madame B_ a recouru contre la décision de l’OCAI.
Pour sa part, l’OCAI a conclut au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée.
Lors de son audition en comparution personnelle du 21 août 2008, la recourante a confirmé l’ensemble des atteintes dont elle souffrait et en particulier les douleurs au pied gauche, ainsi que sa totale incapacité de travail.
De son coté, l’OCAI relève que les essais de réadaptation n’ont pas abouti en raison de la motivation mitigée de la recourante.
Poursuivant l’instruction du dossier et plutôt que de réactualiser l’expertise du Dr Q_, les parties se sont ralliées à la décision du Tribunal de céans au sujet d’une expertise bidisciplinaire sur les plans rhumatologique et psychiatrique.

## Considerations

EN DROIT
Conformément à l'art. 56V al. 1 let. a ch. 2 de la loi genevoise sur l'organisation judiciaire (LOJ), le Tribunal cantonal des assurances sociales connaît en instance unique des contestations prévues à l’article 56 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales du 6 octobre 2000 (LPGA) qui sont relatives à la loi fédérale sur l’assurance-invalidité du 19 juin 1959 (LAI).
La compétence du tribunal de céans pour juger du cas d’espèce est ainsi établie.
Interjeté dans les forme et délai prévus par la loi, le recours est recevable (art. 56 à 60 LPGA).
Est litigieuse la question de savoir si les troubles présentés par la recourante aussi bien somatiques que psychiatriques constituent une invalidité au sens de l’AI engendrant une incapacité totale de gain.
Est réputée invalidité l’incapacité de gain totale ou partielle qui est présumée permanente ou de longue durée (art. 8 al. 1 LPGA). L’invalidité (art. 8 LPGA) peut résulter d’une infirmité congénitale, d’une maladie ou d’un accident. (art. 4 al. 1 LAI). En l’occurrence, les avis sont totalement divergents au sujet de la question de l’invalidité de Madame B_.
Selon la jurisprudence et la doctrine, l’autorité administrative ou le juge ne doit considérer un fait comme prouvé que lorsqu’ils sont convaincus de sa réalité (Kummer, Grundriss des Zivilprozessrechts, 4
ème
édition Berne 1984, p. 136 ; Gygi, Bundesverwaltungsrechtspflege, 2
ème
édition, p. 278 ch. 5). Dans le domaine des assurances sociales, le juge fonde sa décision, sauf dispositions contraires de la loi, sur les faits qui, faute d’être établis de manière irréfutable, apparaissent comme les plus vraisemblables, c’est-à-dire qui présentent un degré de vraisemblance prépondérante. Il ne suffit donc pas qu’un fait puisse être considéré seulement comme une hypothèse possible. Parmi tous les éléments de fait allégués ou envisageables, le juge doit, le cas échéant, retenir ceux qui lui paraissent les plus probables (ATF
126 V 360
consid. 5 let. b
125 V 195
consid. ch. 2 et les références). Aussi, n’existe-t-il pas en droit des assurances sociales, un principe selon lequel l’administration ou le juge devrait statuer, dans le doute, en faveur de l’assuré (ATF
126 V 322
consid. 5 let. a).
En principe, le juge ne s'écarte pas sans motifs impératifs des conclusions d'une expertise médicale judiciaire, la tâche de l'expert étant précisément de mettre ses connaissances spéciales à la disposition de la justice afin de l'éclairer sur les aspects médicaux d'un état de fait donné. Selon la jurisprudence, peut constituer une raison de s'écarter d'une expertise judiciaire le fait que celle-ci contient des contradictions, ou qu'une surexpertise ordonnée par le tribunal en infirme les conclusions de manière convaincante. En outre, lorsque d'autres spécialistes émettent des opinions contraires aptes à mettre sérieusement en doute la pertinence des déductions de l'expert, on ne peut exclure, selon les cas, une interprétation divergente des conclusions de ce dernier par le juge ou, au besoin, une instruction complémentaire sous la forme d'une nouvelle expertise médicale (ATF
125 V 352
consid. 3b et les références).
Meine souligne que l'expertise doit être fondée sur une documentation complète et des diagnostics précis, être concluante grâce à une discussion convaincante de la causalité, et apporter des réponses exhaustives et sans équivoque aux questions posées (Meine, L'expertise médicale en Suisse : satisfait-elle aux exigences de qualité actuelles ? in RSA 1999 p. 37 ss). Dans le même sens, Bühler expose qu'une expertise doit être complète quant aux faits retenus, à ses conclusions et aux réponses aux questions posées. Elle doit être compréhensible, concluante et ne pas trancher des points de droit (Bühler, Erwartungen des Richters an den Sachverständigen, in PJA 1999 p. 567 ss).
En l'espèce, le Tribunal constate que les doutes émis par la recourante sur la valeur probante des conclusions des différents rapports médicaux sont justifiés. En effet, les rapports du Dr L_, conclut à une incapacité de travail à 100% alors que dans son rapport du 13 avril 2006, le Dr M_ fait état d’une fibromyalgie sévère. Pour sa part, dans son rapport du 25 septembre 2006, le Dr Q_, spécialiste en psychiatrie, relève qu’en raison du trouble somatoforme douloureux associé à un épisode dépressif d’intensité moyenne, l’assurée ne peut pas, pour le moment, se réinsérer dans le monde du travail. Puis ce même médecin conclut à une incapacité de travail à 100%. Le Dr Q_ relève encore, dans son rapport d’expertise psychiatrique, qu’il n’est pas du ressort de l’expert d’évaluer les mesures de réadaptation envisageables en fonction de la problématique physiques de l’assurée. L’OCAI, sur la base d’un examen du dossier par le Dr O_ médecin du SMR a notamment écarté l’existence du trouble somatoforme en relevant en particulier qu’il n’y a pas de perte d’intégration sociale et que l’état psychique de la recourante n’était pas cristallisé puisqu’une évolution favorable était possible.
Par conséquent, vu la jurisprudence susmentionnée vu le doute résultant des avis médicaux divergents, il y a lieu d'ordonner une expertise pluridisciplinaire de la recourante. En application des articles 38 et suivants de la loi sur la procédure administrative (LPA), un délai de 10 jours a été accordé aux parties pour indiquer les questions particulières qu'elles souhaitent voir figurer dans la mission d'expertise, ainsi que pour se déterminer sur le nom des experts, à savoir le Dr R_, spécialiste FMH médecine interne et rhumatologie, et le Dr S_, spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, comme experts.
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