# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** f5b84d1a-7ea9-5374-8275-eab12caadcbd
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_002
**Year:** 2018
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
Par requête déposée le 22 juin 2018 au greffe du Tribunal de première instance, dirigée contre A_, l'ETAT DE GENEVE, soit pour lui le SERVICE CANTONAL D'AVANCE ET DE RECOUVREMENT DES PENSIONS ALIMENTAIRES (ci-après : le SCARPA), a requis le séquestre du salaire, ainsi que de l'intégralité du 13
ème
salaire et/ou toute autre gratification, bonus ou commissions, versés à celui-ci par son employeur, la société B_ SARL, sise _ Genève, ainsi que des 100 parts sociales de la société précitée de 100 fr. chacune détenues par A_.
Il a fait valoir une créance d'arriéré de contributions d'entretien de 100'371 fr. 84, relative à la période du 1
er
octobre 2012 au 30 avril 2016, et s'est fondé sur l'art. 271 al. 1 ch. 6 LP.
Il a produit notamment les pièces suivantes :
- un jugement
JTPI/7225/2009
rendu par le Tribunal de première instance le 11 juin 2009 par le Tribunal, condamnant A_ à verser à C_, par mois et d'avance, allocations familiales non comprises, à titre de contribution à l'entretien de la famille, la somme de 3'500 fr. avec effet au 1
er
juin 2008, sous imputation de toutes les avances d'entretien qu'il aurait effectuées depuis cette date;
- un jugement
JTPI/854/2015
rendu le 20 janvier 2015 par le Tribunal, accompagné d'un certificat d'entrée en force, donnant acte à A_ de son engagement à payer en mains de C_, à titre de contribution à l'entretien des enfants D_ et E_, par mois et d'avance, allocations familiales non comprises, un montant de 250 fr. par enfant jusqu'à leur majorité voire au-delà en cas de formation ou d'études;
- une convention du 8 octobre 2008, par laquelle C_, agissant pour son propre compte et en tant que représentante légale des enfants D_ et E_, a chargé le SCARPA d'entreprendre toutes les démarches nécessaires à l'encaissement de la pension alimentaire et a cédé à l'ETAT DE GENEVE, à compter du 1
er
novembre 2008, la totalité de sa créance future avec tous les droits qui lui étaient rattachés, pour la durée du mandat;
- un décompte interne dont il résulte que A_ a procédé à cinq versements en faveur du SCARPA de respectivement 750 fr., 110 fr. 16 et trois fois 250 fr., alors que la contribution d'entretien mensuelle de la famille s'élève à 3'500 fr. jusqu'en janvier 2015 et celle des deux enfants à 250 fr., représentant, pour la période d'octobre 2012 à avril 2016, 100'371 fr. 84;
- une révocation de mandat du 27 avril 2016;
- un extrait du Registre du commerce de B_ SARL, duquel il ressort que A_ est associé gérant de la société B_ SARL et qu'il détient 100 parts d'une valeur de 100 fr. chacune de ladite société.
B.
Par ordonnance SQ/628/2018 du 25 juin 2018, reçue le 27 juin suivant par le SCARPA, le Tribunal a rejeté la requête le séquestre (ch. 1 du dispositif), et arrêté à 750 fr. les frais judiciaires, mis à la charge de l'ETAT DE GENEVE (ch. 2 et 3).
Le Tribunal a considéré que la créance relative à la pension alimentaire n'avait pas été valablement cédée à l'ETAT DE GENEVE, le débiteur cédé n'étant pas mentionné dans la convention signée entre C_ et le SCARPA. Par ailleurs, l'ETAT DE GENEVE n'avait pas avancé la contribution telle que fixée dans le jugement, de sorte qu'il n'était pas subrogé aux droits de C_.
C.
Par acte déposé au greffe de la Cour de justice le 6 juillet 2018, le SCARPA recourt contre ladite ordonnance, dont il sollicite l'annulation. Il conclut, principalement, à ce que la Cour ordonne le séquestre requis, les frais judiciaires du recours devant être laissés à la charge de l'Etat, et, subsidiairement, au renvoi de la cause au Tribunal pour nouvelle décision.

## Considerations

EN DROIT
1.
1.1.
En matière de séquestre, la procédure sommaire est applicable (art. 251
let. a CPC).
Contre une décision refusant un séquestre, qui est une décision finale en tant qu'elle met fin à l'instance d'un point de vue procédural, seul le recours est ouvert (art. 309 let. b ch. 6 et 319 let. a CPC; arrêt du Tribunal fédéral
5A_508/2012
du 28 août 2012 consid. 3.2; Hohl, Procédure civile, tome II, 2
ème
éd., 2010, n. 1646), dont les griefs recevables sont la violation du droit et la constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC).
1.2.
Le recours, écrit et motivé, doit être formé dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision (art. 321 al. 1 et 2 CPC).
Déposé selon la forme et le délai prescrits, le recours est recevable.
2. 2.1.
Le recours est recevable pour violation du droit et pour constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC). L'instance de recours examine les questions de droit avec le même pouvoir d'examen que l'instance précédente, y compris en ce qui concerne l'appréciation des preuves administrées (art. 157 CPC) et l'application du degré de preuve (cf. Jeandin, in CPC, Code de procédure civile commenté, 2011, n. 2 ad art. 321 CPC; Message du Conseil fédéral du 28 juin 2006 relatif au code de procédure civile suisse (CPC), FF 2006 6841, p. 6984).
2.2.
La procédure de séquestre est soumise dans toutes ses phases à la maxime de disposition et à la maxime des débats (art. 58 al. 2 CPC; art. 255 CPC
a contrario
).
2.3.
Au stade de la requête et de l'ordonnance de séquestre, la procédure est unilatérale et le débiteur n'est pas entendu (art. 272 LP; ATF
133 III 589
consid.1; Hohl, op. cit., n. 1637 p. 299).
Dans le cadre du recours contre l'ordonnance de refus de séquestre, la procédure conserve ce caractère unilatéral, car, pour assurer son efficacité, le séquestre doit être exécuté à l'improviste; partant, il n'y a pas lieu d'inviter A_ à présenter ses observations, ce qui ne constitue pas une violation de son droit d'être entendu (ATF
107 III 29
consid. 2 et 3; arrêt du Tribunal fédéral
5A_344/2010
du 8 juin 2010 consid. 5, in RSPC 2010 p. 400, et
5A_279/2010
du 24 juin 2010 consid. 4).
L'art. 322 CPC est par conséquent inapplicable dans un tel cas.
3.
Le recourant fait grief au Tribunal d'avoir considéré que la créance n'avait pas été valablement cédée et qu'il n'était pas subrogé dans les droits de C_.
3.1.
Le créancier d'une dette échue et non garantie par gage peut requérir le séquestre des biens du débiteur qui se trouvent en Suisse, lorsqu'il possède contre celui-ci un titre de mainlevée définitive (art. 271 al. 1 ch. 6 LP).
Le séquestre est autorisé à condition que le créancier rende vraisemblable que sa créance existe, qu'on est en présence d'un cas de séquestre et qu'il existe des biens appartenant au débiteur (art. 272 al. 1 ch. 1 à 3 LP).
3.2.
Le séquestre est une mesure conservatoire urgente, qui a pour but d'éviter que le débiteur ne dispose de ses biens pour les soustraire à la poursuite pendante ou future de son créancier (ATF
133 III 589
consid. 1;
116 III 111
consid. 3a;
107 III 33
consid. 2). Le juge du séquestre statue en procédure sommaire (art. 251 let. a CPC), sans entendre préalablement le débiteur (ATF
133 III 589
consid. 1;
107 III 29
consid. 2), en se basant sur la simple vraisemblance des faits (ATF
138 III 232
consid. 4.1.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_870/2010
du 15 mars 2011 consid. 3.2; sur la simple vraisemblance en général, cf. ATF
130 III 321
consid. 3.3) et après un examen sommaire du droit (ATF
138 III 232
consid. 4.1.1; arrêt du Tribunal fédéral
5A_508/2012
28 août 2012 consid. 3.1).
Le séquestre est ordonné, entre autres exigences, si le créancier a rendu vraisemblable l'existence de biens appartenant au débiteur (art. 272 al. 1 ch. 3 LP). Afin d'éviter tout séquestre investigatoire, le requérant doit rendre vraisemblable le lieu où sont localisés les droits patrimoniaux à séquestrer ou du tiers débiteur ou détenteur (arrêt du Tribunal fédéral
5A_402/2008
du 15 décembre 2008 consid. 3.1). Cette exigence s'applique également au séquestre de biens désignés par le genre seulement (ATF
107 III 33
consid. 5;
100 III 25
consid. 1a; arrêt du Tribunal fédéral
7B.130/2001
du 4 juillet 2001 consid. 1).
Les créances sont désignées par l'indication du nom et de l'adresse du créancier (qui est le débiteur séquestré) ou du tiers débiteur (souvent une banque) et par des renseignements plausibles sur leurs relations (STOFFEL/CHABLOZ, in Commentaire romand de la LP, 2015, n. 24 ad art. 272 LP).
Lorsqu'il s'agit de séquestrer une créance, le lieu de situation de celle-ci se trouve au domicile du créancier. Si le débiteur séquestré, titulaire de la créance, est domicilié à l'étranger, la créance est réputée être située au domicile ou à l'établissement du tiers débiteur domicilié en Suisse (Stoffel/Chabloz, Voies d'exécution, Poursuite pour dettes, exécution de jugements et faillite en droit suisse, 3
ème
éd. n. 78, p. 261).
Pour admettre la simple vraisemblance des faits, il suffit que, se fondant sur des éléments objectifs, le juge ait l'impression que les faits pertinents se sont produits, mais sans qu'il doive exclure pour autant la possibilité qu'ils se soient déroulés autrement (ATF
132 III 715
consid. 3.1;
130 III 321
consid. 3.3; arrêts du Tribunal fédéral
5A_877/2011
du 5 mars 2012 consid. 2.1;
5A_870/2010
du 15 mars 2011 consid. 3.2).
En relation avec la vraisemblance de l'existence d'une créance, le Tribunal fédéral a eu l'occasion de relever que si les conditions posées au degré de vraisemblance ne doivent pas être trop élevées, un début de preuve doit cependant exister. Le créancier séquestrant doit alléguer les faits et, pratiquement, produire une pièce ou un ensemble de pièces qui permettent au juge du séquestre d'acquérir, sur le plan de la simple vraisemblance, la conviction que la prétention existe pour le montant énoncé et qu'elle est exigible (arrêt du Tribunal fédéral
5A_877/2011
du 5 mars 2012 consid. 2.1).
3.3.
Le créancier qui est au bénéfice d'un jugement exécutoire possède un titre de mainlevée définitive (cf. art. 80 al. 1 LP). Le juge de la mainlevée doit vérifier d'office notamment l'identité entre le poursuivant et le créancier (ATF
139 III 444
consid. 4.1.1). En principe, la mainlevée définitive ne peut être allouée qu'au créancier désigné par le jugement. Cependant, elle peut être aussi accordée au cessionnaire légal ou conventionnel de la créance (arrêt du Tribunal fédéral
5D_195/2013
du 22 janvier 2014 consid. 3.2 et les références citées).
A teneur de la loi genevoise du 22 avril 1977 sur l'avance et le recouvrement des pensions alimentaires (LARPA, RS/GE
E 1 25
), le SCARPA aide, sur demande, de manière adéquate et gratuitement, tout créancier d'une pension alimentaire en vue d'obtenir l'exécution des prestations fondées sur un jugement ou sur une promesse juridiquement valable (art. 2 LARPA), au besoin, en recourant à l'exécution forcée (art. 3 al. 2 LARPA). Il s'agit là de sa mission d'aide au recouvrement.
A certaines conditions, le SCARPA peut procéder à des avances en mains du créancier, s'agissant des pensions courantes (art. 5 et 9 LARPA). Il s'agit là de sa mission de versement d'avances. L'Etat est subrogé au créancier d'aliments, ex lege, à concurrence des montants avancés en faveur des enfants (art. 10 al. 1 LARPA, 289 al. 2 CC, 166 CO). Les avances effectuées en faveur du conjoint, de l’ex-conjoint, du partenaire ou de l'ex-partenaire enregistré, sont subordonnées à la cession à l'Etat, jusqu'à due concurrence, de la créance actuelle et future du bénéficiaire avec tous les droits qui lui sont rattachés (art. 10 al. 2 LARPA). Dans les autres cas, le SCARPA revêt la qualité de mandataire des bénéficiaires auprès des autorités de poursuites et de faillites (art. 4 LARPA).
En dehors de la cession légale telle que prévue notamment à l'art. 289 al. 2 CC, la cession de la créance d'entretien demeure admissible lorsqu'elle est opérée à seule fin d'en permettre le recouvrement par le biais d'un organisme officiel, tel le SCARPA, car il ne s'agit là que d'une cession fiduciaire aux fins d'encaissement; une telle cession peut aussi être valablement souscrite par le représentant légal de l'enfant mineur (
ACJC/1401/2009
consid. 5;
ACJC/174/2008
consid. 4.6.2).
3.4.
En l'espèce, les conditions pour prononcer un séquestre fondé sur l'art. 271 al. 1 ch. 6 LP sont remplies.
En effet, le recourant se prévaut de deux jugements exécutoires, ainsi que d'une cession de la créance d'entretien, opérée en tous cas afin de permettre le recouvrement de celle-ci, contrairement à ce qu'a retenu le premier juge. Il ressort en effet clairement du jugement que A_ a été condamné, sur mesures protectrices, à verser une contribution à l'entretien de la famille, et, dans la procédure de divorce, qu'il s'est engagé à verser 250 fr. par mois à chacun de ses deux enfants et que cette créance a été cédée au recourant, afin qu'il procède à son encaissement. Ainsi, le recourant possède contre le débiteur un titre de mainlevée définitive. Par ailleurs, l'existence d'une créance de 100'371 fr. 84 est rendue vraisemblable par le relevé de compte couvrant la période d'octobre 2012 à avril 2016, en relation avec lesdits jugements. De plus, il n'est pas exigé du recourant qu'il procède à des avances afin d'être subrogé dans les droits de l'ex-conjoint ou des enfants.
Enfin, le recourant a rendu vraisemblable l'existence de biens appartenant au débiteur, soit l'existence de 100 parts sociales de la société B_ SARL d'une valeur de 100 fr. chacune. Le débiteur séquestré étant domicilié en France, la créance de celui-ci à l'égard de cette société est réputée être située au siège de la société B_ SARL, à savoir à Genève.
En revanche, la seule pièce produite, soit un extrait du Registre du commerce, ne permet pas de retenir, sous l'angle de la vraisemblance, que A_ percevrait un salaire de la société susmentionnée, du seul fait qu'il en est associé gérant.
Le grief du recourant étant fondé, sous la réserve qui précède, le recours sera admis et l'ordonnance attaquée sera annulée et modifiée dans ce sens.
Dans la mesure où la cause est en état d'être jugée (art. 327 al. 3 let. b CPC), le séquestre des 100 parts de la société détenues par A_ sera ordonné.
Toutes les indications prévues par l'art. 274 al. 2 LP et le formulaire 45 "ordonnance de séquestre" figurent dans la présente décision, étant souligné que l'utilisation du formulaire précité n'est pas obligatoire pour les autorités cantonales (art. 2 al. 3 Oform).
3.5
En l'état, il ne se justifie pas de condamner le recourant à verser des sûretés selon l'art. 273 al. 1 in fine LP.
4. 4.1.
Lorsque l'instance de recours rend une nouvelle décision, elle se prononce sur les frais de première instance (art. 318 al. 3 CPC par analogie; Jeandin, Code de procédure civile commenté, Bohnet/Haldy/Jeandin/Schweizer/Tappy [éd.], 2011, n. 9 ad art. 327 CPC).
Le montant des frais judiciaires de première instance sera arrêté à 750 fr., en conformité avec l'art. 48 de l'Ordonnance sur les émoluments perçus en application de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite (OELP).
Compte tenu du caractère unilatéral de la procédure d'autorisation de séquestre, le débiteur ne peut être assimilé à une partie qui succombe au sens de l'art. 106
al. 1 CPC (arrêts du Tribunal fédéral
5A_508/2012
du 28 août 2012 consid. 3.1 et
5A_344/2010
du 8 juin 2010 consid. 5,
in
RSPC 2010 p. 400). Cela étant, dans la mesure où le recourant obtient gain de cause sur les conclusions de sa requête de séquestre, il serait inéquitable de lui faire supporter les frais judiciaires de première instance. Ces frais seront par conséquent mis à la charge du débiteur séquestré en application de l'art. 107 al. 1 let. f CPC. Ils seront compensés avec l'avance de frais opérée en première instance par le recourant, qui reste acquise à l'Etat (art. 111 al. 1 CPC et 68 al. 1 LP).
A_ sera par conséquent condamné à verser au recourant la somme de 750 fr. à ce titre.
4.2.
Les frais judiciaires du recours seront arrêtés à 1'125 fr. (art. 48 et 61 OELP). La présente procédure de recours ayant été rendue nécessaire par la décision erronée en droit de l'instance inférieure, ces frais seront laissés à la charge de l'Etat en application de l'art. 107 al. 2 CPC (Tappy, Code de procédure civile commenté, Bohnet/Haldy/Jeandin/Schweizer/Tappy [éd.], 2011, n. 37 ad art. 107 CPC). L'avance de frais, d'un montant de 1'125 fr., fournie par le recourant lui sera restituée.
* * * * * *