# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 9316b751-4a03-4611-b973-e2cd9753e543
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_009
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
a.
Par arrêt du 6 novembre 2020, la Chambre pénale d'appel et de révision (CPAR) a confirmé les acquittements prononcés par le Tribunal de police (TP) à l'égard de G_, de E_ et de B_ ainsi que la condamnation de B_ du chef d'injure, tout en réduisant la quotité de la peine à 20 jours-amende au lieu des 50 prononcés par le TP, à CHF 50.- l'unité.
Elle a maintenu la condamnation des prévenus E_ et B_, à l'exclusion de G_, à l'intégralité des frais de procédure de première instance, en application de l'art. 426 al. 2 CPP, ayant en substance considéré que la manifestation tenue le 23 juin 2016 devant le restaurant I_, sans lien apparent direct avec les faits, constituait une atteinte illicite et fautive à la personnalité des parties plaignantes, au sens de l'art. 28 CC. Elle a également confirmé la condamnation de E_ et de B_ à rembourser les frais de défense de D_ et de A_, au sens de l'art. 429 CPP. Pour le surplus, elle a débouté ces derniers de leurs conclusions civiles.
Chacune des parties ayant en définitive succombé en appel, la CPAR a réparti les frais de la procédure d'appel à raison de 2/3 à charge des parties plaignantes et de 1/3 à charge des prévenus E_ et B_, soit 1/6
ème
chacun. Elle les a condamnées à rembourser les frais de défense de leurs parties adverses à titre de l'art. 429 et 433 CPP, selon la clé de répartition appliquée aux frais. Les relevés d'activité des avocats ont été jugés raisonnables vu l'ampleur et la difficulté des points encore débattus en appel ainsi que les tarifs horaires appliqués.
b.a.
A_
avait en substance conclu à la condamnation des trois prévenus des chefs de calomnie, subsidiairement diffamation ou injure, et de menaces en lien avec divers points de l'acte d'accusation et à la condamnation de E_ du chef de menaces sur un autre point, ainsi qu'à la condamnation des trois prévenus, conjointement et solidairement, à lui verser CHF 5'000.-, avec intérêts à 5% dès le 23 juin 2016, à titre de réparation du tort moral ainsi qu'une indemnité pour ses frais de défense en appel, le jugement de première instance devant être confirmé pour le surplus.
D_ avait conclu à la condamnation des trois prévenus des chefs de calomnie, subsidiairement diffamation ou injure, et de menaces en lien avec divers points de l'acte d'accusation, ainsi qu'à lui verser CHF 3'000.- chacun avec intérêts à 5% dès le 23 juin 2016 à titre de réparation du tort moral, et à l'indemnisation de ses frais de défense en appel, le jugement querellé étant à confirmer pour le surplus.
b.b.
B_ avait conclu à son acquittement du chef d'injure, à l'admission de ses conclusions en indemnisation et au rejet des conclusions civiles prises contre lui et E_, à l'indemnisation de ses frais de défense en première instance ainsi qu'en appel, et au déboutement des parties plaignantes de leurs conclusions à ce titre, sous suite de frais.
c.
Par arrêt
6B_15/2021
et
6B_32/2021
du 12 novembre 2021, le Tribunal fédéral a admis le recours de E_ et partiellement celui de B_ en ce qu'il portait sur les frais et indemnités de la procédure cantonale. L'arrêt attaqué a été annulé dans cette mesure et la cause renvoyée à l'autorité cantonale pour nouvelle décision.
La Haute Cour a en substance considéré que le raisonnement de la CPAR ne tenait pas compte du fait que la manifestation devant le restaurant I_ avait été autorisée par les autorités compétentes et que la confusion qu'il était reprochée aux prévenus d'avoir créée, faisait précisément écho aux critiques du syndicat H_ à l'égard de D_. Si la manifestation avait pu causer des désagréments à A_, propriétaire du restaurant I_, car elle avait pu laisser entendre que le droit du travail n'y était pas non plus respecté, elle ne justifiait pas, à elle seule, le dépôt d'une plainte pénale par ce dernier, lequel n'avait au demeurant jamais été mentionné sur les banderoles ou sur les tracts.
Elle a ainsi retenu qu'une mise à la charge de E_ et de B_ de l'intégralité des frais de la procédure de première instance était exclue sur la base de l'art 426 al. 2 CPP, dans la mesure où il n'apparaissait pas qu'ils auraient, par un comportement illicite et fautif, provoqué l'ouverture de la procédure pénale dirigée contre eux ou en aurait entravé le cours. Seuls ceux relatifs à la condamnation de B_ pour injure devaient être supportés par ce dernier. Sous réserve de cette condamnation, la CPAR ne pouvait, en application de l'art. 429 CPP, refuser d'indemniser les prévenus pour leurs dépens dans la procédure de première instance et seul D_ pouvait prétendre à être indemnisé en lien avec l'infraction d'injure commise par B_.
B.
Les faits encore pertinents au stade du renvoi par le TF sont les suivants :
a.
Constituée en juillet 2007, J_ Sàrl était une société active dans le domaine du bâtiment. Ses associés étaient D_ et K_. Son siège social se trouvait à Genève, au boulevard 1_, jusqu'en juin 2014, moment où il a été transféré à la rue 2_, dans la même ville.
J_ Sàrl s'est chargée en avril 2015 de la rénovation d'une villa. Elle avait alors sous-traité certains des travaux à une société établie au Kosovo, pour un montant de CHF 15'720.-. Le personnel de cette dernière se composait de trois ouvriers, qui étaient à la même période également des employés de J_ Sàrl.
Dans ce contexte, le syndicat H_ a requis de J_ Sàrl des informations concernant les contrats des trois employés précités ainsi que leurs salaires. J_ Sàrl n'a pas donné suite à ces demandes et n'a en particulier jamais transmis le contrat de sous-traitance.
b.
Le restaurant I_ est un établissement public situé à Genève, actuellement en mains de l'entreprise individuelle A_/I_ de A_.
Au moment des faits, il appartenait depuis septembre 2015 à la société L_ Sàrl, dont K_ et A_ étaient les associés gérants. La société est tombée en faillite le _ 2018.
Auparavant, le restaurant avait successivement appartenu à M_ & CIE SnC, dont les frères A_ et D_ étaient les associés, puis à A_, sous la raison individuelle I_/A_.
L'autorisation d'exploiter le restaurant a été délivrée à D_ le 21 janvier 2015. Un contrat de travail a été conclu entre lui et L_ Sàrl le 31 juillet 2015.
c.a.
Le 23 juin 2016, entre 11h30 et 13h30, H_ a tenu une manifestation devant le restaurant I_, ainsi qu'une conférence de presse au même endroit, le même jour, vers midi. Celles-ci avaient été autorisées par les autorités cantonales, de même que par celles de la Ville de Genève. Parmi les conditions imposées figuraient notamment la garantie de l'accès en tout temps aux bâtiments et aux commerces.
L'événement a été mené par le secrétaire syndical de H_, E_, responsable du secteur bâtiment, accompagné par ses collègues B_ et G_, responsables du secteur second œuvre, par trois autres secrétaires syndicaux de H_ et par les trois ouvriers de J_ Sàrl déjà mentionnés. Étaient également présents un journaliste [du journal] N_ ainsi qu'une journaliste exerçant pour O_, organe interne de H_.
La manifestation avait pour but de dénoncer la non-conformité des salaires des trois employés de J_ Sàrl avec la convention collective de travail en vigueur. Les manifestants ont déployé une banderole sur laquelle était écrite
"M. D_ : payez vos travailleurs!"
, et ont scandé des slogans au moyen d'un microphone exhortant ce dernier à rémunérer ses employés.
c.b.
Un tract, intitulé
"Communiqué de presse"
et rédigé par E_, a été distribué aux passants. Il comportait la liste des sociétés ou entreprises, radiées ou encore actives, de D_ et de sa famille. Le document mentionnait en outre notamment ce qui suit :
- "Que ce soit dans le bâtiment ou la restauration, D_ multiplie les sociétés mais ne paie toujours pas les salaires dus aux employés."
- "Preuve en est, la société D_ Sàrl, entreprise active dans le domaine de la rénovation et soumise à la Convention collective de travail du Second Œuvre, a par exemple occupé trois travailleurs sur le chantier d'une villa (comme par hasard propriété d'une ancienne associée de M. D_) durant plusieurs mois, en payant deux des travailleurs à 60 fr. par jour et le 3ème à 150 fr. par jour, alors qu'ils auraient dû être payés au minimum 250 fr. par jour (indemnités incluses.)"
- "Si M. D_ rechigne à payer son personnel, il est en revanche particulièrement friand à créer des sociétés en cascade, dont une bonne part se retrouve rapidement en liquidation ou radiées du Registre du commerce", notamment "I_-A_ : radiée, l'exploitation du restaurant ayant été reprise par la société L_ Sàrl, société aux mains de la famille A_/D_/K_ (K_, A_ et D_)."
- "La famille A_/D_/K_ est pour le moins à l'aise à multiplier les sociétés, les liquider, passer des actifs lucratifs d'une entreprise à l'autre, mais beaucoup moins pour payer son personnel".
c.c.
Le tract précisait également que [le syndicat] H_ avait tenté de contacter sans succès J_ Sàrl pendant plusieurs mois, raison pour laquelle il avait été décidé d'agir publiquement pour réclamer les salaires dus, une action auprès de la juridiction prud'homale ne permettant au mieux que de précipiter la faillite de la société au vu des pratiques de D_.
d.
Présent sur les lieux, A_ a tenté à un certain moment d'arracher la banderole que tenait un syndicaliste, mais E_ s'est interposé pour apaiser la situation. La police est intervenue, mais est repartie, ayant constaté que la manifestation se déroulait conformément à l'autorisation délivrée ; en particulier, le libre accès au restaurant était assuré.
e.
La conférence de presse a été donnée par B_, en présence des deux journalistes précités.
A sa suite, la journaliste de H_ a rédigé un article paru dans [le journal] O_, intitulé
"Payés 60 francs par jour sur un chantier"
. Il comportait les passages suivants :
"Aux abonnés absents depuis plus d'un an, le patron refuse même de retirer les courriers recommandés de mise en demeure envoyés par
[le syndicat]
H_. [...] Le syndicat craignant une mise en faillite de la société, il a préféré jouer la carte de la dénonciation publique plutôt que la procédure prud'homale. [...]" Il est temps que la population et que les clients sachent que ce monsieur a mis en place un véritable système de mafia organisée" dénonce E_, secrétaire syndical, qui explique que D_ n'en est pas à son coup d'essai. "C'est un expert des faillites en cascade, il faut que cela cesse!". Actif entre autres dans la restauration, le second œuvre, la construction, le nettoyage ou encore l'immobilier, D_ est lié de près ou de loin à 10 entreprises dont 6 ont été radiées ou liquidées. "Les actifs des entreprises sont ensuite transférés dans des holdings gérées par sa famille" pointe le syndicaliste. Des pratiques auxquelles le syndicat entend bien mettre un terme dans la nouvelle CCT du second œuvre romand".
f.
Par courrier du 29 juin 2016, signé par E_, H_ a imparti à J_ Sàrl un délai de huit jours pour payer les salaires des trois employés, à défaut de quoi la situation serait de nouveau dénoncée publiquement.
g.
Les 1
er
et 8 juillet 2016, A_ puis D_ ont déposé plainte.
C. a.
Au retour du dossier par le Tribunal fédéral, la cause a été gardée à juger sous dizaine, les parties étant invitées à déposer une écriture dans ce délai si elles le souhaitaient.
b.
B_ a soutenu que l'ensemble de l'activité déployée à sa défense avait été nécessaire, dans la mesure où elle n'avait pas été induite par la seule infraction finalement retenue mais bien par toutes celles reprochées injustement. Une hypothétique réduction devait être extrêmement limitée, de même que la part proportionnelle des frais de justice éventuellement laissée à sa charge.
c.
E_, D_ et A_ n'avaient pas d'observations supplémentaires.
d.
Le MP n'a pas réagi.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
1.1.1.
Un arrêt de renvoi du Tribunal fédéral lie l'autorité cantonale à laquelle la cause est renvoyée, laquelle voit sa cognition limitée par les motifs de l'arrêt de renvoi, en ce sens qu'elle est liée par ce qui a déjà été définitivement tranché par le Tribunal fédéral (ATF
104 IV 276
consid. 3b p. 277 ;
103 IV 73
consid. 1 p. 74) et par les constatations de fait qui n'ont pas été attaquées devant lui ou l'ont été sans succès (ATF
131 III 91
consid. 5.2 ;
cf.
aussi arrêt du Tribunal fédéral
6B_440/2014
du 27 août 2013 consid. 1.1). Il n'est pas possible de remettre en cause ce qui a été admis, même implicitement, par le Tribunal fédéral. L'examen juridique se limite donc aux questions laissées ouvertes par l'arrêt de renvoi, ainsi qu'aux conséquences qui en découlent ou aux problèmes qui leur sont liés (ATF
135 III 334
consid. 2 p. 335 ; arrêts du Tribunal fédéral
6B_588/2012
du 11 février 2013 consid. 3.1 et
6B_534/2011
du 5 janvier 2012 consid. 1.2). Des faits nouveaux ne peuvent être pris en considération que sur les points qui ont fait l'objet du renvoi, lesquels ne peuvent être ni étendus, ni fixés sur une base juridique nouvelle (ATF
131 III 91
consid. 5.2 p. 94 ; arrêts du Tribunal fédéral
6B_588/2012
du 11 février 2013 consid. 3.1 et
6B_534/2011
du 5 janvier 2012 consid. 1.2). Une
reformatio in pejus
en défaveur du recourant qui a obtenu seul gain de cause dans l’arrêt de renvoi est exclue (ATF
143 IV 495
consid. 2.2.1 ;
135 III 334
consid. 2 p. 335;
131 III 91
consid. 5.2 p. 94 ; 110 IV 116 consid. 2 ;
cf.
arrêt du Tribunal fédéral
6B_618/2011
du 22 mars 2012 consid. 1.3).
La motivation de l'arrêt de renvoi détermine dans quelle mesure la cour cantonale est liée à la première décision, décision de renvoi qui fixe aussi bien le cadre du nouvel état de fait que celui de la nouvelle motivation juridique (ATF
135 III 334
consid. 2 p. 335).
1.1.2.
Les considérants en droit de l'arrêt retournant la cause pour nouvelle décision à l'autorité cantonale lient aussi le Tribunal fédéral et les parties. Par conséquent, la nouvelle décision cantonale ne peut plus faire l'objet de griefs que le Tribunal fédéral avait expressément rejetés dans l'arrêt de renvoi ou qu'il n'avait pas eu à examiner, faute pour les parties de les avoir invoqués dans la première procédure de recours, alors qu'elles pouvaient - et devaient - le faire. La portée de l'arrêt de renvoi dépend donc du contenu de cet arrêt en relation avec les mémoires de recours et de réponse qui avaient été déposés (ATF
143 IV 214
consid. 5.2.1 ;
135 III 334
consid. 2 ;
133 III 201
consid. 4.2 ;
131 III 91
consid. 5.2 et les références ; arrêts
9C_452/2018
du 25 janvier 2019 consid. 1.1 ;
5A_461/2018
du 26 octobre 2018 consid. 2.1 ;
5A_785/2015
du 8 février 2016 consid. 2 et les références).
Ce principe connaît toutefois une exception, dans les limite de l'interdiction de la
reformatio in pejus
, pour des points qui n'ont pas été attaqués ou ne l'ont pas été valablement, mais qui sont intimement liés à ceux sur lesquels le recours a été admis (ATF
117 IV 97
consid. 4b p. 104 ss.).
1.2.
En l'espèce, la nouvelle décision de la CPAR doit uniquement porter sur la question des frais et dépens de la procédure de première instance et ceux d'appel, qui sont intimement liés.
2.
2.1.1.
Le prévenu supporte les frais de procédure de première instance s'il est condamné (art. 426 al. 1 CPP).
Conformément à l'art. 426 al. 2 CPP, lorsque la procédure fait l'objet d'une ordonnance de classement ou que le prévenu est acquitté, tout ou partie des frais de procédure peuvent être mis à sa charge s'il a, de manière illicite et fautive, provoqué l'ouverture de la procédure ou rendu plus difficile la conduite de celle-ci.
2.1.2.
En vertu de l'art. 427 al. 2 CPP, en cas d'infractions poursuivies sur plainte, les frais de procédure peuvent, aux conditions que la procédure soit classée ou le prévenu acquitté et que le prévenu ne soit pas astreint au paiement des frais conformément à l'art. 426 al. 2, être mis à la charge de la partie plaignante ou du plaignant qui, ayant agi de manière téméraire ou par négligence grave, a entravé le bon déroulement de la procédure ou rendu celle-ci plus difficile.
La règle de l'art. 427 al. 2 CPP a un caractère dispositif ; le juge peut donc s'en écarter si la situation le justifie. La loi est muette sur les motifs pour lesquels les frais sont ou non mis à la charge de la partie plaignante. Le juge doit statuer selon les règles du droit et de l'équité. A cet égard, il dispose d'un large pouvoir d'appréciation (art. 4 CC ; ATF
138 IV 248
consid. 4.2.4 ;
ACPR/256/2014
du 13 mai 2014) que le Tribunal fédéral ne revoit qu’en cas de résultat manifestement injuste ou d’iniquité choquante (ATF
138 III 669
consid. 3.1).
2.1.3.
Les frais de la procédure d'appel sont mis à la charge des parties dans la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou succombé (art. 428 al. 1 CPP).
Pour déterminer si une partie succombe ou obtient gain de cause, il faut examiner dans quelle mesure ses conclusions sont admises en deuxième instance (arrêts du Tribunal fédéral
6B_472/2018
du 22 août 2018 consid. 1.2 ;
6B_620/2016
du 17 mai 2017 consid. 2.1.2). Lorsqu'une partie obtient gain de cause sur un point, succombe sur un autre, le montant des frais à mettre à sa charge dépend de manière déterminante du travail nécessaire à trancher chaque point (arrêts du Tribunal fédéral
6B_636/2017
du 1
er
septembre 2017 consid. 4.1 ;
6B_634/2016
du 30 août 2016 consid. 3.2). Dans ce cadre, la répartition des frais relève de l'appréciation du juge du fond (arrêt du Tribunal fédéral
6B_620/2016
du 17 mai 2017 consid. 2.1.2).
2.1.4.
Si l'autorité de recours rend une nouvelle décision, elle se prononce également sur les frais fixés par l'autorité inférieure (art. 428 al. 3 CPP).
2.1.5.
Lorsque le Tribunal fédéral admet un recours et renvoie la cause à l'autorité précédente, en l'occurrence à la juridiction d'appel cantonale, pour nouvelle décision, il appartient à cette dernière de statuer sur les frais sur la base de l'art. 428 CPP (arrêt du Tribunal fédéral
6B_1367/2017
du 13 avril 2018 consid. 2.1).
Les frais de la procédure d'appel postérieurs à un arrêt de renvoi du Tribunal fédéral doivent être laissés à la charge de l'Etat si l'autorité d'appel doit revoir favorablement sa décision à la suite de l'arrêt de renvoi (arrêt du Tribunal fédéral
6B_1367/2017
du 13 avril 2018 consid. 2.1).
2.2.
À teneur de l'arrêt du TF, il n'apparaît pas que E_ et B_ (ci-après : les prévenus) auraient, par un comportement illicite et fautif, provoqué l'ouverture de la procédure pénale dirigée contre eux ou en aurait entravé le cours. Seuls les frais relatifs à la condamnation de B_ pour injure doivent être supportés par ce dernier. Les prévenus doivent dès lors être dispensés de supporter les frais de défense des parties plaignantes, sous réserve de ceux de D_ en lien avec l'infraction d'injure commise par B_. Dans cette mesure, les prévenus doivent eux-mêmes être indemnisés pour leurs frais de défense.
2.3.1.
B_ a été condamné pour injure. Il se justifie dès lors de le condamner aux frais de la procédure de première instance proportionnellement. Une quotité de 1/8
ème
paraît justifiée au vu de l'ensemble des chefs d'infractions reprochées aux deux prévenus.
2.3.2.
Les prévenus ayant été acquittés pour le surplus, le solde des frais de procédure de première instance sera laissé à la charge de l'Etat, étant précisé qu'il ne se justifie pas
in casu
de le faire supporter par les parties plaignantes. Il n'était en effet pas déraisonnable d'initier une procédure pénale au vu des évènements en cause, quand bien même la manifestation et la conférence de presse avaient été autorisées. Un comportement pénal a du reste bien été adopté dans ce contexte, sous la forme de propos injurieux, ce qui justifiait en soi le dépôt de plainte. Enfin, l'ampleur et la longue durée de la procédure ne sont pas imputables aux parties plaignantes.
2.4.
Dans la procédure d'appel antérieure à l'arrêt du TF, E_ obtient entièrement gain de cause si bien qu'il n'a pas à supporter les frais de la procédure, même partiellement. B_ succombe sur l'acquittement du chef d'injure requis. Seule la part des frais afférents à cette conclusion sera mise à sa charge. La CPAR avait retenu, ce point n'étant pas litigieux, que les griefs des prévenus en appel équivalaient à la quotité de 1/6
ème
chacun, si bien que celle relative à la seule condamnation de B_ pour injure sera arrêtée à 1/12
ème
, D_ obtenant gain de cause dans la même proportion dans sa défense à l'appel de B_ sur ce point.
Succombant pour le surplus, les parties plaignantes supporteront le solde (11/12
ème
), à raison de la moitié chacune.
2.5.
Les frais de la procédure d'appel postérieure à l'arrêt du TF du 12 novembre 2021, seront laissés à la charge de l'Etat.
3. 3.1.
La question de l'indemnisation du prévenu et de la partie plaignante (art. 429 à 434 CPP) doit être traitée en relation avec celle des frais (ATF
137 IV 352
consid. 2.4.2 ; arrêts du Tribunal fédéral
6B_385/2017
du 5 décembre 2017 consid. 2.1 ;
6B_620/2016
du 17 mai 2017 consid. 2.2.2 et les références ;
6B_792/2016
du 18 avril 2017 consid. 3.3).
3.2.1.
À teneur de l'art. 429 al. 1 let. a CPP, le prévenu a droit, s'il est acquitté totalement ou en partie, à une indemnité pour les dépenses occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure.
L'autorité pénale amenée à fixer une indemnité sur un tel fondement n'a pas à avaliser purement et simplement les notes d'honoraires d'avocats qui lui sont soumises : elle dispose au contraire d'un large pouvoir d'appréciation et doit examiner, tout d'abord, si l'assistance d'un conseil était nécessaire, puis, dans l'affirmative, apprécier objectivement la pertinence et l'adéquation des activités facturées, par rapport à la complexité juridique et factuelle de l'affaire, et, enfin, dire si le montant des honoraires réclamés, même conformes au tarif pratiqué à Genève, est proportionné à la difficulté et à l'importance de la cause, c'est-à-dire raisonnable au sens de la loi (
ACPR/140/2013
du 12 avril 2013). L'indemnité doit correspondre au tarif usuel du barreau applicable dans le canton où la procédure se déroule et englober la totalité des coûts de défense (arrêts du Tribunal fédéral
6B_1183/2017
du 24 avril 2018 consid. 3.1 et
6B_47/2017
du 13 décembre 2017 consid. 1.1). La Cour de justice applique au chef d'étude un tarif horaire de CHF 450.- (arrêt du Tribunal fédéral
2C_725/2010
du 31 octobre 2011 ;
ACPR/279/2014
du 27 mai 2014) ou de CHF 400.- (
ACPR/282/2014
du 30 mai 2014), notamment si l'avocat concerné a lui-même calculé sa prétention à ce taux-là (
ACPR/377/2013
du 13 août 2013).
3.2.2.
L'art. 433 al. 1 CPP permet à la partie plaignante de demander au prévenu une juste indemnité pour les dépenses obligatoires occasionnées par la procédure lorsqu'elle obtient gain de cause (let. a) ou lorsque le prévenu est astreint au paiement des frais conformément à l'art. 426 al. 2 CPP (let. b).
La partie plaignante obtient notamment gain de cause lorsque le prévenu est condamné. La juste indemnité, notion qui laisse un large pouvoir d'appréciation au juge, couvre les dépenses et les frais nécessaires et adéquats pour faire valoir le point de vue de la partie plaignante dans la procédure pénale. Il s'agit en premier lieu des frais d'avocat de la partie plaignante, lesquels doivent être proportionnés et se calculer selon le tarif usuel du barreau applicable dans le canton où la procédure se déroule, la Cour de justice retenant les mêmes tarifs qu'évoqués
supra
(arrêts du Tribunal fédéral
6B_549/2015
du 16 mars 2016 consid. 2.3 = SJ
2017 I 37
;
6B_864/2015
du 1
er
novembre 2016 consid. 3.2 ; arrêt de la Cour de justice
AARP/38/2018
du 26 janvier 2018 consid. 7). La maxime de disposition s’applique toutefois s’agissant de sommes incombant au prévenu en vertu de l'art. 433 CPP, l'autorité pénale n'ayant pas à les examiner d'office (arrêt du Tribunal fédéral
6B_965/2013
du 3 décembre 2013 consid. 3.3.3.; arrêt de la Cour de justice
AARP/291/2021
du 13 septembre 2021 consid. 8.1.3).
3.2.3.
À teneur de l'art. 436 al. 1 CPP, les prétentions en indemnités et en réparation du tort moral dans la procédure de recours (
"Rechtsmittelverfahren",
i.e.
appel et recours) sont régies par les art. 429 à 434 CPP.
La responsabilité de l’action pénale incombe en principe à l’Etat. Le législateur a cependant prévu des correctifs lorsque la procédure est menée davantage dans l’intérêt de la partie plaignante ou rendue plus difficile par cette dernière. En particulier, lorsqu’un acquittement a été prononcé à l’issue d’une procédure complète devant des tribunaux et que l’appel est uniquement formé par la partie plaignante, il est conforme au code de procédure que cette dernière assume les frais de défense du prévenu devant l’instance d’appel (ATF
141 IV 476
consid. 1.1 et
139 IV 45
).
3.3.1.
Les frais de procédure de première instance ayant été laissés à la charge de l'Etat, sous réserve des 1/8
èmes
supportés par B_, les prévenus ont droit au remboursement de leurs frais de défense.
3.3.1.1.
L'état de frais déposé en première instance par B_
faisant état de 54 heures et 30 minutes d'activité, pour un total de CHF 26'778.83, TVA et débours compris, paraît globalement adéquat. B_
sera ainsi indemnisé à hauteur
de CHF 23'431.50 (CHF 26'778.83 – 1/8
ème
).
Conformément à l'art. 442 al. 4 CPP, l'indemnité ainsi allouée sera compensée, à due concurrence, avec les frais de procédure mis à sa charge.
3.3.1.2.
Les notes de frais et honoraires déposées par E_ en première instance font quant à elles état d'une activité de 117 heures et 15 minutes, largement excessive au vu du dossier. Rien ne justifie du reste une telle différence par rapport à celle déployée par le conseil de son co-prévenu, sous réserve des 13 heures que le conseil de E_ a, seul, consacrées aux audiences des 23 et 24 novembre 2016 au MP.
Aussi, les 43 heures d'étude de dossier et de préparation des audiences, les 12 heures et 40 minutes de conférences avec le client ainsi que les 12 heures de rédaction de courriers et de mémo seront ramenées à 20 heures, cinq heures et deux heures, estimées suffisantes. Il en va de même du temps consacré au poste
"recours CPAR [recte: CPR] rejet réquisition de preuves"
(sept heures), excessif, qui sera arrêté à deux heures et 30 minutes.
Ainsi, l'activité globalement admissible sera réduite à 71 heures et 35 minutes de prestations du chef d'étude au tarif de CHF 450.- sollicité, soit à un total de CHF 32'211.- (71 heures et 35 minutes x CHF 450.-), auquel seront ajoutés la TVA au taux de 7.7%, en CHF 2'480.25 et les débours réclamés de CHF 456.- correspondant aux frais de photocopies de la procédure au MP.
Il se justifie ainsi d'octroyer au prévenu E_ une indemnité pour ses frais et honoraires d'avocat à hauteur de CHF 35'147.25.
3.3.2.
Le principe de l'indemnisation des dépenses nécessaires en lien avec l'infraction d'injure (art. 433 al. 1 let. a CPP) est acquis à D_.
Par équivalence des frais laissés à la charge de B_, une quotité d'1/8
ème
sera appliquée au montant de CHF 19'083.75, non remis en cause.
L'indemnité due sera ainsi arrêtée à CHF 2'385.45 et mise à la charge de B_.
3.3.3.
Les parties plaignantes n'ont pas à être indemnisées pour le surplus.
3.4.
En appel, E_, dispensé de l'entier des frais de procédure et B_, de la majorité de ceux-ci, ont droit sur le principe au remboursement de leurs frais de défense.
Le MP n'a pas fait appel, seules les parties plaignantes ont contesté les acquittements en seconde instance et les frais de la procédure d'appel ont été mis à leur charge sous réserve de la part afférente à la condamnation pour injure de B_. Elles supporteront dès lors les frais de défense des prévenus dans la mesure évoquée.
E_ peut ainsi prétendre au remboursement de l'entier de ses frais de défense, soit CHF 8'052.50 (montant non discuté et adéquat), par les parties plaignantes, qui en supporteront la moitié chacune, correspondant au montant de CHF 4'026.25.
B_ a droit au remboursement de 11/12
ème
de ses frais de défense, lesquels s'élèvent à CHF 9'410.30 (montant non discuté et adéquat), à raison de la moitié chacune soit CHF 4'313.05.
3.5.1.
D_ peut quant à lui prétendre au remboursement de ses frais de défense en lien avec la condamnation de B_ pour injure, confirmée en appel, et cela à hauteur des 1/12
èmes
, par équivalence avec les frais mis à la charge de ce dernier.
Il sera ainsi indemnisé par CHF 732.95 (1/12
ème
de CHF 8'795.50, montant non remis en cause) par B_.
3.5.2.
Condamnées au solde des frais d'appel, les parties plaignantes n'ont pas à être indemnisées pour le surplus.
* * * * *