# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 61125d8e-5888-5d85-86a4-b992af956fe2
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Madame A_ (ci-après : l’intéressée), née le _ 1979 au Brésil, bénéficie d’une rente d’invalidité entière depuis janvier 2016. ![endif]>![if>
2. Le 2 mai 2017, elle a déposé une demande de prestations auprès du Service des prestations complémentaires (ci-après : le SPC). Dans sa demande, elle a notamment indiqué être originaire du Brésil, résider à Genève depuis le 21 janvier 2007 et être séparée de son époux depuis septembre 2015.![endif]>![if>
3. Selon le registre de l’Office cantonal de la population et des migrations (ci-après : l’OCPM), l’intéressée, de nationalités brésilienne et portugaise, est arrivée à Genève le 1
er
janvier 2011, en provenance du Brésil. Elle a été mise au bénéfice d’un livret L-CE du 3 janvier au 31 décembre 2011. ![endif]>![if>
Elle a eu deux enfants, nés en 2006 et 2016, avec Monsieur B_, né en 1985 au Brésil, de nationalités brésilienne et portugaise, domicilié à Genève du 25 mai 2010 au 2 juillet 2015, à la même adresse que l’intéressée depuis le 1
er
mai 2011.
Cela étant, l’intéressée s’est mariée au Portugal le 10 décembre 2012 avec Monsieur C_, né en 1977, ressortissant portugais, titulaire d’un permis B-CE jusqu’en décembre 2017, puis d’un permis C-CE, domicilié à Genève à la même adresse que l’intéressée entre le 10 décembre 2012 et le
31 octobre 2014. M. C_ a eu une fille en 2008 avec une femme domiciliée à la même adresse que lui depuis son arrivée à Genève, le 1
er
janvier 2014.
4. Invitée à compléter sa demande, l’intéressée a indiqué au SPC, par courrier non daté reçu le 1
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juin 2017, qu’elle était « dûment enregistrée » auprès de l’OCPM et que le renouvellement de son autorisation de séjour était en cours d’examen. ![endif]>![if>
5. Par courriel du 12 juin 2017, le SPC a demandé des informations supplémentaires à l’OCPM : il avait constaté que le titre de séjour L de l’intéressée était échu depuis le 31 décembre 2011 et que ses enfants ne figuraient pas dans le registre de l’Office.![endif]>![if>
6. Le 29 juin 2017, l’OCPM a répondu que l’intéressée faisait l’objet d’une décision de révocation de son autorisation de courte durée, mais que la poursuite de son séjour en Suisse avait été préavisée favorablement. Son cas était à l’examen auprès de l’autorité fédérale. Les enfants étaient bien à Genève et des demandes étaient également à l’étude. ![endif]>![if>
7. Par décision du 3 juillet 2017, le SPC a refusé d’entrer en matière sur la demande de prestations du 2 mai 2017, au motif que les formalités d’obtention d’une autorisation de séjour à Genève étaient en cours auprès de l’OCPM, de sorte que l’intéressée n’était pas au bénéfice d’un permis de séjour valable.![endif]>![if>
8. En date du 4 août 2017, l’intéressée a contesté cette décision en faisant valoir que, dans la mesure où elle avait été au bénéfice d’une autorisation de séjour par le passé, son séjour devait être considéré comme légal tant que l’OCPM analysait le droit au renouvellement de son titre de séjour. L’intéressée a en outre relevé que les ressortissants de pays hors de l’Union européenne avaient droit aux prestations complémentaires après un séjour ininterrompu de 10 ans à Genève. Or, elle vivait dans le canton depuis 10 ans et 7 mois. ![endif]>![if>
9. Par décision du 17 janvier 2018, le SPC a rejeté l’opposition de l’intéressée. Il a maintenu que cette dernière n’était pas au bénéfice d’une autorisation de séjour valable, ce qui constituait un empêchement à l’obtention de prestations complémentaires. ![endif]>![if>
10. Le 6 février 2018, le SPC a renvoyé à l’intéressée, par pli simple, sa décision du 17 janvier 2018. En effet, celle-ci, envoyée d’abord par courrier recommandé, n’avait pas été retirée par sa destinataire dans le délai de garde.![endif]>![if>
11. Par acte du 23 février 2018, l’intéressée, par l’intermédiaire d’un mandataire, a interjeté recours contre la décision du 17 janvier 2018 en concluant, sous suite de dépens, à son annulation et à l’octroi de prestations complémentaires cantonales et fédérales pleines et entières. ![endif]>![if>
La recourante fait grief à l’intimé d’avoir mal instruit la question de la légalité de son séjour en Suisse. Elle relève que la décision attaquée ne contient aucun élément de fait sur cette question, tout comme la décision initiale, de sorte qu’elle se dit incapable de comprendre la position de l’intimé.
La recourante soutient qu’elle séjourne légalement en Suisse ; suite à sa séparation d’avec un ressortissant de l’Union européenne, l’OCPM a été d’accord, après instruction, de renouveler son autorisation de séjour. Son dossier a été transmis à l’autorité fédérale compétente, laquelle ne s’est pas encore prononcée. Cela étant, il convient de considérer qu’elle séjourne légalement et valablement en Suisse en attendant.
La recourante produit un courrier de l’OCPM adressé à son conseil le
7 mars 2017. Il en ressort qu’elle a obtenu une autorisation de courte durée avec une activité lucrative en janvier 2011 en tant que ressortissante portugaise, sur la base d’une fausse carte d’identité portugaise. Elle a été condamnée le 22 juillet 2013 par le Tribunal de police pour faux dans les certificats, séjour illégal (du 1
er
janvier 2007 au 15 mai 2012) et activité lucrative sans autorisation (du 1
er
janvier 2007 au 15 mai 2012). Le 10 octobre 2012, elle a épousé M. C_, ressortissant portugais titulaire d’un permis de séjour. Elle a sollicité l’octroi d’une autorisation au titre du regroupement familial par courrier du 15 février 2013. Elle a également demandé l’octroi d’une autorisation de séjour dans le cadre du regroupement familial en faveur de son fils né en 2006 au Japon. Le mari de la recourante a déclaré à l’OCPM le 17 septembre 2015 qu’il ne vivait plus en ménage commun avec sa femme depuis mai 2015, ce qu’il a confirmé par courrier du 18 avril 2016, en précisant qu’une procédure de divorce allait être engagée. Au niveau médical, la recourante a été amputée de la jambe gauche suite à un accident de la route survenu au Brésil alors qu’elle était âgée de 16 ans. Elle a ensuite présenté un épisode dépressif avec deux tentatives de suicide. À l’âge de 19 ans, elle a été victime d’un viol et a débuté un suivi psychologique suite à des crises de panique et une dépression. Ses parents ayant déménagé, elle a vécu seule avant d’immigrer au Japon, où elle a habité de 24 à 27 ans. Elle est ensuite arrivée à Genève en 2007 et a présenté une recrudescence des symptômes dépressifs sévères dans un contexte de douleurs chroniques au niveau du dos. Elle est suivie depuis 2012 par la consultation de la douleur et bénéficie d’une prise en charge multidisciplinaire. Compte tenu des fausses déclarations de la recourante, son autorisation de courte durée a été révoquée. Concernant la demande d’autorisation de séjour suite à son union célébrée le 10 octobre 2012 au Portugal, il est relevé que ce mariage n’existe plus que de manière formelle puisque les époux sont séparés et qu’une procédure de divorce va être déposée, ce qui n’est pas contesté par la recourante. Cette dernière ne peut donc invoquer cette union (art. 3 annexe I ALCP) sans commettre un abus de droit manifeste. En l’absence de ménage commun, elle ne peut pas non plus soutenir que l’existence de domiciles séparés est justifiée par des raisons majeures. L’union conjugale n’ayant pas duré trois ans et la recourante étant défavorablement connue des services de police et ayant fait l’objet d’une condamnation pénale, une prolongation de l’autorisation de séjour après la dissolution du mariage n’est pas non plus envisageable. Toutefois, l’OCPM considère que la recourante peut se prévaloir de raisons personnelles majeures (la réintégration au Brésil de la recourante et de son fils est fortement compromise compte tenu du fait qu’ils séjournent à Genève depuis bientôt 10 ans, que l’enfant est arrivé en Suisse alors qu’il était âgé de moins d’une année et qu’il y est scolarisé depuis 2010 ; en outre, l’état de santé de la recourante est de nature à justifier des raisons majeures justifiant l’octroi d’une autorisation de séjour). Pour ces motifs, l’OCPM a préavisé favorablement l’octroi d’une autorisation de séjour. Sa décision finale demeure toutefois soumise à l’approbation du Secrétariat d’État aux Migrations du Département fédéral de justice et police (ci-après : le SEM).
12. Invité à se déterminer, l’intimé, dans sa réponse du 15 mars 2018, a conclu au rejet du recours. ![endif]>![if>
13. Par écriture du 9 mai 2018, la recourante a persisté dans ses conclusions. ![endif]>![if>
Elle allègue qu’elle vit à Genève depuis le 21 janvier 2007 et qu’elle a sollicité, le 15 février 2013, une autorisation de séjour au titre de regroupement familial auprès de l’OCPM, en application de l’accord sur la libre circulation des personnes. L’instruction de cette demande a été particulièrement ardue, mais l’OCPM a estimé que l’autorisation sollicitée était justifiée et en avait demandé l’approbation au SEM, lequel ne s’est pas encore déterminé. Il est donc manifeste, selon elle, que son domicile se trouve sur le territoire du canton de Genève.
14. Par écriture du 28 mai 2018, l’intimé a maintenu ses conclusions.![endif]>![if>
15. Le 24 juillet 2018, la recourante a informé la Chambre de céans que le SEM avait donné son approbation à l’octroi d’une autorisation de séjour. Elle rappelle que l’OCPM était disposé à lui octroyer un permis B depuis sa décision du 7 mars 2017. ![endif]>![if>
La recourante produit un courrier du 18 juillet 2018 du SEM, duquel il ressort que l’autorisation de séjour en sa faveur a été approuvée et que le dossier a été renvoyé à l’OCPM qui délivrera prochainement le titre de séjour. Toutefois, compte tenu du fait que la rente d’invalidité de la recourante est en cours de révision, la validité de l’autorisation de séjour a été limitée à une année. À son échéance, l’autorité cantonale compétente procédera à une nouvelle évaluation de la situation professionnelle, financière et familiale.
16. D’après les indications du registre de l’OCPM, la recourante est titulaire d’un livret B-OASA (autorisation de séjour après dissolution du mariage ou de la famille constituée au titre du regroupement familial, lorsque la poursuite du séjour en Suisse s'impose pour des raisons personnelles majeures autres que la violence conjugale) depuis le 18 juillet 2018.![endif]>![if>
17. Le 13 septembre 2018, l’intimé a souligné que l’approbation d’une autorisation de séjour était intervenue postérieurement à la période litigieuse. ![endif]>![if>
Il rappelle à cet égard que la demande de prestations complémentaires a été déposée le 2 juin 2017 et qu’il a refusé d’entrer en matière le 3 juillet 2017. Dès lors, il suggère que la recourante soit invitée à déposer une nouvelle demande de prestations complémentaires.

## Considerations

EN DROIT
1. Conformément à l'art. 134 al. 1 let. a ch. 3 de la loi sur l'organisation judiciaire, du 26 septembre 2010 (LOJ -
E 2 05
), la Chambre des assurances sociales de la Cour de justice connaît en instance unique des contestations prévues à l’art. 56 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales, du 6 octobre 2000 (LPGA -
RS 830.1
) relatives à la loi fédérale sur les prestations complémentaires à l’assurance-vieillesse, survivants et invalidité du 6 octobre 2006 (LPC -
RS 831.30
). Elle statue aussi, en application de l'art. 134 al. 3 let. a LOJ, sur les contestations prévues à l'art. 43 de la loi cantonale sur les prestations complémentaires cantonales du 25 octobre 1968 (LPCC -
J 4 25
).![endif]>![if>
Sa compétence pour juger du cas d’espèce est ainsi établie.
2. Les dispositions de la LPGA, en vigueur depuis le 1
er
janvier 2003, s’appliquent aux prestations complémentaires fédérales à moins que la LPC n’y déroge expressément (art. 1 al. 1 LPC). En matière de prestations complémentaires cantonales, la LPC et ses dispositions d’exécution fédérales et cantonales, ainsi que la LPGA et ses dispositions d’exécution, sont applicables par analogie en cas de silence de la législation cantonale (art. 1A LPCC).![endif]>![if>
Sur le plan matériel, sont en principe applicables les règles de droit en vigueur au moment où les faits juridiquement déterminants se sont produits (ATF
129 V 1
consid. 1 ; ATF
127 V 467
consid. 1 et les références). En ce qui concerne en revanche la procédure, et à défaut de règles transitoires contraires, le nouveau droit s'applique sans réserve dès le jour de son entrée en vigueur (ATF
117 V 93
consid. 6b ; ATF
112 V 360
consid. 4a ; RAMA, 1998, KV 37, p. 316, consid. 3b).