# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 65af7b13-3dbc-4c03-af56-e7230a7f3c83
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 1997
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A. Par décision de la Municipalité de Moudon du 27 octobre 1994, Jean-Samuel Mottaz s'est vu enjoindre d'enlever des caravanes déposées sur l'immeuble dont il est propriétaire, un délai lui étant fixé à cet effet au 10 novembre 1994. Il a recouru contre cette décision par lettre du 30 octobre 1994 et a précisé ses moyens ultérieurement; en substance, il sollicitait que l'obligation d'enlèvement soit reportée jusqu'à ce qu'il ait achevé une construction. Par lettre du 10 avril 1995, il a annoncé notamment qu'il était sur le point d'achever la réalisation d'un couvert où il pourrait abriter l'une de ses caravanes et qu'il avait loué un local pour y entreposer une autre; il demandait un délai au 15 juin 1995 pour "réduire ses caravanes".
Par acte de son conseil du 16 janvier 1995, la Municipalité de Moudon a conclu au rejet du recours et au refus de l'effet suspensif, un bref délai devant être imparti au recourant pour procéder à l'enlèvement desdites caravanes.
Par décision du 2 février 1995, le juge instructeur a accordé l'effet suspensif au recours en ce sens que Jean-Samuel Mottaz n'était pas tenu d'enlever ses caravanes jusqu'à droit connu au fond. Il a considéré notamment qu'aucun intérêt public important ne paraissait "commander impérativement l'enlèvement immédiat des caravanes litigieuses".
Lors de l'audience du Tribunal administratif du 8 mai 1995, Jean-Samuel Mottaz s'est engagé à
"enlever la caravane sise sur sa parcelle dans un délai échéant irrévocablement le 31 mai 1995 non susceptible de prolongation"
et il a retiré son recours, les parties convenant de laisser audit tribunal le soin de statuer sur le sort des frais et dépens.
Par décision du 12 mai 1995, le juge instructeur du Tribunal administratif a mis à la charge de Jean-Samuel Mottaz un émolument de justice de 1'500 fr. ainsi que des dépens, par 1'000 fr. Il a considéré que, le recours ayant été retiré sans que la décision attaquée soit rapportée ou modifiée, le recourant était censé avoir succombé.
Jean-Samuel Mottaz a recouru contre cette décision par lettre du 15 mai 1995 en faisant valoir en substance que les circonstances l'avaient contraint à contester l'ordre d'évacuation de la Municipalité de Moudon et qu'il était "inopportun" de lui faire assumer les frais de la procédure.
Tant la Municipalité de Moudon, assistée d'un avocat, que le juge intimé ont conclu au rejet du recours.
Par lettres des 6 et 19 juin 1996, Jean-Samuel Mottaz a développé son argumentation. Celle-ci comprenant des moyens de révision, la Cour plénière s'est saisie du dossier. Elle a rendu le 5 mars 1997 un arrêt par lequel elle déclare irrecevable la demande de révision formée par l'intéressé.

## Considerations

Considérant en droit:
1. L'art. 52 al. 4 LJPA est applicable à la présente cause dans sa teneur antérieure au 30 avril 1996. Le recours de Jean-Samuel Mottaz a en effet été déposé avant cette date. Selon cette disposition, lorsqu'un recours est retiré, le magistrat instructeur statue sur le sort des frais et dépens, sous réserve de recours. Un tel recours est porté devant la section des recours du Tribunal administratif, qui examine, en vertu de l'art. 36 LJPA appliqué par analogie, les griefs de violation du droit, y compris l'excès ou l'abus du pouvoir d'appréciation, et la constatation inexacte ou incomplète de faits pertinents, à l'exclusion de l'inopportunité, faute d'une disposition expresse le prévoyant.
Doit être chargée des frais et dépens la partie qui succombe (art. 55 al. 1er LJPA appliqué par analogie). Tel sera le cas du recourant qui retire son pourvoi en acquiesçant aux arguments de la partie adverse ou de l'autorité (RE 95/074 du 15 décembre 1995; RE 93/055 du 28 octobre 1994).
2. En l'espèce, le juge intimé a considéré à tort que le recourant avait succombé au motif qu'il avait retiré son recours sans que l'autorité auteur de la décision attaquée n'ait rapporté ou modifié celle-ci. En effet, il faut admettre qu'en consentant à ce qu'un délai au 30 mai 1995 soit accordé au recourant pour enlever l'une de ses caravanes, la municipalité a bel et bien modifié sa décision; celle-ci, datée du 27 octobre 1994, ne fixait qu'un délai au 10 novembre suivant, dont le recourant contestait précisément la brièveté. Il n'y avait donc pas à tenir ledit retrait pour un passé-expédient justifiant de charger le recourant des frais et dépens.
Par le jeu d'une décision sur effet suspensif favorable et d'une transaction, le recourant a obtenu ce qu'il voulait, à savoir un report d'échéance. Quant à la Municipalité de Moudon, elle a été amenée par l'écoulement du temps et l'octroi de l'effet suspensif à se contenter d'une exécution au 31 mai 1995 plutôt que dans le bref délai dont elle avait demandé la fixation. Sans succomber à proprement parler, elle a cependant fait davantage que se plier devant un fait accompli; outre qu'elle a accordé au recourant un délai supplémentaire de plus de vingt jours à compter de l'audience de jugement, elle a renoncé à exiger qu'il s'engage dans la transaction à supporter les frais engendrés par la procédure.
Au vu de ce qui précède, on ne voit pas que le recourant soit chargé de frais ou de dépens, ayant obtenu gain de cause. Quant à la Municipalité de Moudon, même s'il apparaît qu'elle n'a pas obtenu l'allocation de ses conclusions, on voit mal qu'elle supporte les frais de la procédure, puisque sa position a été surtout déterminée par l'écoulement du temps. Conformément à l'art. 55 al. 2 LJPA, appliqué par analogie, il se justifie par conséquent en équité de réformer la décision attaquée en ce sens que les frais sont laissés à la charge de l'Etat et qu'il n'est pas alloué de dépens.
Le recours de Jean-Samuel Mottaz en matière de frais et dépens est admis. La Commune de Moudon, qui avait conclu à son rejet, est déboutée. Les frais de la présente cause devraient donc en principe être mis à sa charge. Il se justifie toutefois en équité, compte tenu des circonstances dans lesquelles la décision contestée a été rendue, de laisser les frais à la charge de l'Etat.