# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 1b74ad59-629f-4d45-a9ab-f98ad741892b
**Court:** CH_BSTG
**Chamber:** CH_BSTG_001
**Year:** 2017
**Language:** fr
**Jurisdiction:** CH / Federation
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

contre la personne poursuivie ne respecte pas les garanties prévues par les
instruments internationaux de protection des droits de l’homme, en
particulier dans le Pacte international du 16 décembre 1966 relatif aux
droits civils et politiques». La disposition en question correspond en
substance à la règle que le législateur suisse a ancrée à l’art. 2 let. a EIMP.
6.1 A teneur de l’art. 2 EIMP, la demande d’entraide est irrecevable si la
procédure à l’étranger n’est pas conforme aux principes de procédure fixés
par la CEDH ou par le Pacte international du 16 décembre 1966 relatif aux droits civils et politiques (Pacte ONU II; RS 0.103.2) (let. a) ou tend à
poursuivre une personne en raison de ses opinions politiques (let. b). La
demande de coopération est également irrecevable lorsque la procédure
dans l’Etat requérant présente d’autres défauts graves (art. 2 let. d EIMP).
6.2 6.2.1 Peut se prévaloir de l’art. 2 EIMP la personne dont est demandée
l’extradition ou le transfèrement. Lorsque l’Etat requérant demande
l’entraide judiciaire et notamment la remise de documents bancaires, peut
invoquer l’art. 2 EIMP l’accusé se trouvant sur le territoire de l’Etat
requérant (ATF 125 II 356 consid. 8b) et qui peut démontrer être
concrètement exposé au risque de mauvais traitements ou de violation de ses droits de procédure. En revanche, n’est en principe pas recevable à se
plaindre de la violation de l’art. 2 EIMP celui qui se trouve à l’étranger ou
qui réside sur le territoire de l’Etat requérant sans y courir aucun danger
(ATF 126 II 324 consid. 4e). L’absence du territoire protège d’un traitement
inhumain contraire aux art. 3 CEDH et 7 Pacte ONU II, ainsi que d’une
violation des garanties liées à la liberté personnelle prévues aux art. 5
CEDH et 9 Pacte ONU II (ATF 130 II 217 consid. 8.2 et références citées).
Dans son arrêt 1A.212/2000 du 19 septembre 2000, le Tribunal fédéral a
néanmoins reconnu qu’un Etat requérant peut, en certaines circonstances,
également violer les garanties de procédure de l’art. 6 CEDH même d’un
prévenu qui ne se trouverait pas sur son territoire. La Cour de céans a fait sienne cette jurisprudence (v. TPF 2010 56 consid. 6.2.2; arrêt du Tribunal
pénal fédéral RR.2007.161 du 14 février 2008 consid. 5.3).
6.2.2 En l’espèce, la question de la légitimation à invoquer l’art. 2 EIMP ne
se pose que pour le recourant A., seul prévenu dans la procédure
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brésilienne, les deux autres recourantes n’alléguant pour leur part pas être
directement visées par cette dernière. Si le recourant ne se trouve certes pas
sur le territoire de l’Etat requérant à l’heure actuelle, force est d’admettre qu’il a rendu vraisemblable l’existence d’un risque concret qu’il soit remis
prochainement aux autorités brésiliennes, à l’échéance de la procédure
d’extradition lancée par ces dernières auprès du Portugal, pays de résidence
du recourant. Un recours devant la Cour suprême portugaise est pendant
contre le jugement du Tribunal d’appel de Lisbonne du 7 décembre 2016
ayant autorisé l’extradition du recourant. En pareilles circonstances, il
convient de retenir comme réalisées les conditions jurisprudentielles
rappelées plus haut et aux termes desquelles la légitimation à invoquer l’art.
2 EIMP, respectivement l’art. 3 par. 1 let. f du traité, peut
exceptionnellement être reconnue à une personne physique non présente sur
le territoire de l’Etat requérant.
6.3 6.3.1 L’examen des conditions posées par l’art. 2 EIMP implique un
jugement de valeur sur les affaires internes de l’Etat requérant, en
particulier sur son régime politique, sur ses institutions, sur sa conception
des droits fondamentaux et leur respect effectif, et sur l’indépendance et
l’impartialité du pouvoir judiciaire (ATF 123 II 161 consid. 6b, 123 II 511
consid. 5b; 122 II 373 consid. 2a; 111 Ib 138 consid. 4). Le juge de la
coopération doit faire preuve à cet égard d’une prudence particulière. Il ne
suffit pas que la personne accusée dans le procès pénal ouvert dans l’Etat
requérant se prétende menacée du fait d’une situation politico-juridique
spéciale; il lui appartient de rendre vraisemblable l’existence d’un risque sérieux et objectif d’une grave violation des droits de l’homme dans l’Etat
requérant, susceptible de la toucher de manière concrète (ATF 123 II 161
consid. 6b, 123 II 511 consid. 5b; 122 II 373 consid. 2a; 112 Ib 215 consid.
7 p. 224; 109 Ib 64 consid. 6b/aa; 108 Ib 408 consid. 8b/bb; arrêt du
Tribunal pénal fédéral RR.2009.24 du 6 mai 2009 consid. 4.1 et la
jurisprudence citée).
6.3.2 Lorsque l’Etat requérant est lié à la Suisse par un traité d’entraide ou
d’extradition, et qu’il est aussi partie au Pacte ONU II, ce qui est le cas du
Brésil, le contrôle du respect des droits fondamentaux est présumé: l’Etat
requérant est censé respecter l’un comme l’autre traité. En décidant de l’octroi de la coopération, la Suisse tient compte de la faculté de la personne
poursuivie de faire valoir, devant les autorités de l’Etat requérant, puis, le
cas échéant, devant les instances supranationales – la Cour interaméricaine
des droits de l’homme en l’espèce (v. Rapport annuel 2015, p. 11:
www.corteidh.or.cr/sitios/informes/docs/FRE/fre_2015.pdf) –, les garanties
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procédurales et matérielles offertes par le Pacte ONU II (v. arrêts du
Tribunal pénal fédéral RR.2010.194 du 7 mars 2011 consid. 3.3 et
RR.2007.161 du 14 février 2008 consid. 5.5), sans que cela ne dispense pour autant l’autorité suisse d’examiner concrètement si la personne
concernée jouit effectivement de ces garanties dans l’Etat requérant (v.
ZIMMERMANN, La coopération judiciaire internationale en matière pénale,
4 e éd. 2014, n. 224, p. 228).
6.4 En l’espèce, le recourant invoque un risque de violation de ses droits
procéduraux au Brésil, d’une part, et la «situation désastreuse des prisons
brésiliennes», d’autre part.
6.4.1 S’agissant du premier volet, le recourant fonde l’essentiel de son
argumentation sur deux avis de droit émanant d’un avocat brésilien, pour l’un, et d’un avocat anglais pour l’autre. Ces documents, qui au demeurant
ne revêtent aucun caractère officiel et dont il appert qu’ils ont été rédigés à
la demande du recourant lui-même – à tout le moins pour le premier –, ne
suffisent pas à concrétiser le risque allégué. Le procédé tendant à se fonder
sur de tels écrits et se contenter d’exposer de façon générale les «défauts»
de la procédure à l’étranger, ne permet pas de rendre suffisamment concrète
l’existence d’un véritable risque sérieux de violation de ses droits
procéduraux au Brésil. Une telle argumentation est insuffisante au regard
des exigences posées par la jurisprudence, en particulier lorsque l’Etat
requérant est lié à la Suisse par un traité d’entraide – qui plus est bilatéral –
et qu’il est partie au Pacte ONU II, ce dernier lui étant opposable (v. supra
consid. 6.3.2; ATF 123 II 595 consid. 5c/bb p. 609/610; 122 II 140 consid. 5c; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2009.163 du 22 juillet 2009 consid.
6.3; ZIMMERMANN, op. cit., n. 224, p. 228). Or aux termes de l’art. 14 par. 1
Pacte ONU II, dont le contenu est identique à celui de l’art. 6 ch. 1 CEDH,
toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement et
publiquement par un tribunal compétent, indépendant et impartial, établi par
la loi, qui décidera du bien-fondé de toute accusation en matière pénale
dirigée contre elle (v. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2013.262 du 8 mai
2014 consid. 8.5). Dès lors que le recourant n’est pas parvenu à établir un
risque concret d’atteinte à ses droits procéduraux, il y a lieu de retenir ici
que la garantie offerte par l’art. 14 par. 1 Pacte ONU II est suffisante en
l’espèce et que le motif d’irrecevabilité soulevé en lien avec l’art. 2 EIMP n’est pas fondé.
6.4.2 S’agissant du second volet, soit les conditions de détention au Brésil,
le recourant se fonde, à cet égard, sur un rapport officiel du rapporteur
spécial des Nations-Unies. La situation y décrite est manifestement
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alarmante du point de vue de la surpopulation carcérale et des conditions
générales prévalant au sein du système pénitentiaire brésilien.
Il n’en demeure pas moins que, selon la jurisprudence constante, il incombe
à cet égard à la personne visée par la mesure d’entraide contestée – en
l’occurrence le recourant – de rendre vraisemblable que l’octroi de
l’entraide par les autorités helvétiques l’exposerait à un danger concret et
sérieux de subir un traitement ne respectant pas les garanties de l’art. 3
CEDH (arrêts du
Tribunal pénal fédéral RR.2015.264 du 26 octobre 2015 consid. 2.4;
RR.2013.102 du 18 juillet 2013 consid. 6.3 in fine; v. également ATF 134
IV 156 consid. 6.8 et les références citées). Or dans le cas d’espèce, force
est de relever que l’extradition du recourant est du ressort des autorités du
Portugal, Etat partie tant à la CEDH qu’au Pacte ONU II et appartenant notoirement au cercle des pays à tradition démocratique attachés au respect
des droits de l’homme, et singulièrement au respect de l’art. 3 CEDH. C’est
dire que le risque de traitements inhumains au Brésil dont se prévaut le
recourant dans le cadre du présent recours ne saurait être considéré comme
concrétisé devant l’autorité de céans, dès lors que ledit recourant n’a
aucunement rendu vraisemblable – ni même allégué – ne pas être en mesure
d’obtenir de la part des autorités portugaises compétentes en matière
d’extradition l’examen de la problématique ici soulevée, et ce dans le
respect des dispositions conventionnelles susmentionnées. Il ressort au
demeurant des pièces produites par le recourant lui-même que le grief a bel
et bien été soulevé dans le cadre des procédures judiciaires qu’il mène au
Portugal pour s’opposer à sa remise aux autorités brésiliennes. Cette configuration particulière dans laquelle s’inscrit l’invocation de l’art. 2
EIMP, respectivement de l’art. 3 par. 1 let. f du traité, s’agissant du risque
de traitements inhumains dans les prisons brésiliennes, conduit au constat
que le recourant a échoué à concrétiser ledit risque en lien avec la présente
procédure d’entraide judiciaire.
6.5 Pour les motifs qui précèdent, le grief tiré de l’art. 2 EIMP,
respectivement de l’art. 3 par. 1 let. f du traité, doit par conséquent être
écarté.

## Considerations