# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 89de990a-7762-55d0-a50b-321ed77f3c6f
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_001
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
A.
Par jugement
JTPI/3206/2019
du 4 mars 2019, notifié aux parties le 6 mars 2019, le Tribunal de première instance, statuant sur mesures protectrices de l'union conjugale, a attribué à A_ la jouissance exclusive du domicile conjugal sis [no.] _ rue 1_ et du mobilier le garnissant (chiffre 1 du dispositif) ainsi que du véhicule [de la marque] C_ immatriculé GE 2_ (ch. 2).
Cela fait, il a suspendu la procédure jusqu'au prononcé d'une décision sur appel définitive dans le cadre de la procédure sur mesures provisionnelles initiée par B_ devant les juridictions espagnoles le 23 février 2018 (ch. 3), réservé le sort des frais à la décision finale (ch. 4) et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 5).
B. a.
Par acte expédié au greffe de la Cour de justice le 18 mars 2019, A_ a appelé de ce jugement, dont il a sollicité l'annulation.
Principalement, il a conclu à ce que la Cour constate l'absence de litispendance entre cette procédure en mesures protectrices de l'union conjugale et celle sur mesures provisionnelles initiée par B_ devant les juridictions espagnoles le 23 février 2018, dise que les autorités genevoises sont compétentes pour connaître de la présente procédure et, ceci fait, renvoie la cause au Tribunal pour instruction complémentaire et nouvelle décision, sous suite de frais et dépens.
Subsidiairement, il a conclu à ce que la Cour dise que les autorités genevoises sont compétentes pour prononcer des mesures urgentes au sens de l'art. 10 LDIP et, ceci fait, renvoie la cause au Tribunal pour instruction complémentaire et pour nouvelle décision, sous suite de frais et dépens.
b.
Par mémoire réponse du 18 avril 2019, B_ a conclu, principalement, à la confirmation du jugement entrepris, sous suite de frais et dépens.
Préalablement, elle a conclu à ce que la Cour ordonne à A_ de produire les pièces en sa possession relatives à la domiciliation et la résidence de la famille en Espagne et à sa situation financière et à ce qu'il soit condamné au versement d'une
provisio ad litem
d'un montant de 7'500 fr. en sa faveur.
Subsidiairement, elle a conclu à ce que la Cour lui accorde l'autorité parentale sur l'enfant D_ ainsi que sa garde, ordonne à A_ de lui verser une contribution d'entretien mensuelle de 5'500 fr. et accorde un droit de visite à A_ à raison d'un week-end sur deux dans un endroit sous contrôle et sous la surveillance de l'autorité compétente au lieu de domicile de l'enfant.
Plus subsidiairement, elle a conclu au renvoi de la cause en première instance pour statuer dans le sens des considérants.
Elle a produit des pièces non soumises au Tribunal.
c.
Les parties ont répliqué et dupliqué, persistant dans leurs conclusions respectives.
A_ a, en outre, conclu à l'irrecevabilité des conclusions préalables et subsidiaires prises par son épouse.
Il a produit des pièces non soumises au Tribunal.
B_ a également produit une pièce nouvelle.
d.
Les parties ont été informées par avis de la Cour du 22 mai 2019 de ce que la cause était gardée à juger.
e.
Par courrier du 24 mai 2019, A_ a transmis à la Cour une pièce nouvelle supplémentaire.
C.
Les faits pertinents suivants résultent du dossier :
a.
A_, né le _ 1986 en Espagne, ressortissant espagnol, et B_, née le _ 1982 en Uruguay, ressortissante uruguayenne, se sont mariés en Uruguay le _ 2015.
b.
Ils n'ont pas conclu de contrat de mariage.
c.
Un enfant est issu de cette union : D_, né le _ 2016 à Genève.
d.
Les époux se sont rencontrés durant l'été 2013 en Uruguay, pays dans lequel A_ avait été détaché par son employeur.
Ils ont emménagé ensemble en octobre 2013.
En mai 2014, les parties se sont installées à Genève, dans un appartement sis rue 1_ [no.] _ dans un premier temps. B_ allègue que le couple vivait alors dans un petit appartement de trois pièces, occupé par la mère de son époux.
Dès septembre 2014, le couple a vécu en sous-location dans un petit appartement sis 3_, jusqu'à ce que B_ retourne vivre en Uruguay de décembre 2014 à mai 2015.
Elle est ensuite revenue vivre à Genève avec A_ et a appris, en juin 2015, qu'elle était enceinte.
B_ a ensuite séjourné en Uruguay du 6 octobre au 15 décembre 2015.
Suite au mariage en novembre 2015, elle a obtenu, en mai 2016, un permis de séjour et de travail en Suisse (permis B) au titre de regroupement familial.
e.
Après la naissance de leur enfant, le _ 2016, les époux ont vécu à Genève jusqu'à ce que A_ loue un appartement à E_ [France], dans lequel ils ont emménagé en septembre 2016.
f.
Les parties s'opposent sur la raison de cette location.
f.a
A_ allègue que son épouse ne se sentait pas intégrée à Genève et souhaitait vivre quelques temps en Espagne.
Il ressort à cet égard d'une attestation de l'Office cantonal de la population et des migrations du 7 mars 2018 que les époux ont conservé leur domicile officiel à Genève, à la rue 1_ [no.] _, soit l'adresse de la mère de A_.
Les époux sont par ailleurs revenus à plusieurs reprises à Genève (novembre 2016, janvier et août 2017), tel que cela ressort du relevé de l'assurance-maladie de l'enfant, lequel n'avait pas changé de pédiatre.
A_ a conservé son emploi auprès de F_, sise à Zurich, qui impliquait des déplacements réguliers à l'étranger.
A_ a continué de s'acquitter des impôts du couple à Genève, ainsi que des primes d'assurance-maladie de la famille.
Selon un échange de messages du 8 février 2018 entre le propriétaire du logement en Espagne et A_, les époux l'avaient averti, lors de la signature du contrat, qu'ils retourneraient vivre en Suisse.
Le 10 février 2017, B_ a informé les autorités [de] E_ [Espagne] de ce qu'elle entendait retourner en Suisse.
f.b
B_ prétend pour sa part que le couple souhaitait s'installer de manière définitive à E_.
Elle a notamment fait valoir que, peu après son arrivée en Espagne, le couple avait sollicité un permis de résidence pour elle, sans toutefois produire de pièces pouvant corroborer cette allégation.
Les autorités espagnoles auraient alors exigé de A_ le dépôt de la somme de 18'000 euros sur un compte bancaire espagnol afin de garantir les besoins de son épouse jusqu'à l'obtention dudit permis. B_ a produit une attestation bancaire de G_, selon laquelle son époux serait titulaire d'un compte dont le solde s'élevait, le 9 juin 2017, à 18'468.81 euros.
Elle a indiqué que les autorités espagnoles avaient refusé la demande de permis de résidence en raison de son défaut de couverture sociale. Il ressort toutefois de la décision produite, datée du 19 juin 2017, que la demande a été formulée le 9 juin 2017.
Selon une attestation de domiciliation émise par les autorités compétentes [de] E_ [Espagne] le 31 janvier 2018, A_ était inscrit à E_ depuis le 19 mai 2017. Selon une attestation du 31 juillet 2018, l'enfant D_ était également inscrit sous la même adresse. La date de sa domiciliation n'est toutefois pas indiquée.
g.
Dès leur arrivée à E_ en septembre 2016, la prise en charge de l'enfant D_ a été assurée par une nounou à raison de cinq heures par jour. Celle-ci a démissionné en novembre 2017.
En septembre 2017, B_ a inscrit D_ à la crèche "
H_
", du lundi au vendredi de 9h à 17h. Une nourrice a également été engagée afin d'assister B_ dans la prise en charge de son fils.
Le 12 janvier 2018, A_ a mis un terme au placement en crèche de son fils pour le 28 février 2018.
h.
A_ a allégué que le refus des autorités espagnoles d'octroyer un permis à son épouse, signifié en décembre 2017, a décidé le couple à mettre un terme à leur séjour, qu'ils savaient temporaire mais dont la date de retour n'avait pas été arrêtée.
Toujours selon A_, au moment du retour en Suisse, au début de l'année 2018, son épouse a d'abord demandé à pouvoir repousser son retour à Genève avant de finalement refuser de rejoindre son mari.
A_ a quant à lui quitté E_ en février 2018 pour revenir à Genève. Son épouse est restée avec l'enfant à E_.
i.
Par courrier du 16 février 2018, le conseil de A_ a informé B_ que son époux souhaitait qu'elle revienne au domicile conjugal à Genève dans les plus brefs délais, notamment en raison du fait qu'elle avait interdit à l'époux de se rendre à la crèche de son fils et de son manque de disponibilité vis-à-vis de l'enfant qui était essentiellement pris en charge par des tiers (crèche et nourrice).
j.
B_ a déposé, le 23 février 2018, une demande en mesures provisionnelles de divorce auprès des tribunaux [de] E_ [Espagne] , concluant au prononcé de la séparation des époux, à l'attribution de l'autorité parentale et de la garde de l'enfant en sa faveur et à la condamnation de son époux à verser une contribution à l'entretien de l'enfant de 1'800 euros et de 1'500 euros en sa faveur.
Elle a notamment fondé sa demande sur l'article 233 (1) du code civil de Catalogne (Código civil de Catalunya), lequel prévoit la possibilité de requérir des mesures provisionnelles de divorce, ayant trait notamment au droit de garde et de visite, à l'autorité parentale, aux contributions d'entretien et à l'attribution du domicile conjugal.
Par décision du 13 décembre 2018, le Tribunal de première instance de E_ [Espagne] a rejeté la requête en mesures provisionnelles tendant à l'attribution de l'autorité parentale et de la garde, en raison de l'incompétence des tribunaux espagnols à raison du lieu. Le Tribunal a ainsi considéré que le domicile de l'enfant était à Genève où il était né et où ses parents avaient leur domicile permanent et que la domiciliation de la mère à E_ n'avait pas pour conséquence d'y constituer une résidence habituelle de l'enfant.
B_ a déposé un recours à l'encontre de cette décision le 20 décembre 2018. Il ne résulte pas du dossier qu'il aurait été statué sur ce recours.
k.
Par acte reçu au greffe du Tribunal de première instance le 11 avril 2018,
A_ a formé une requête de mesures protectrices de l'union conjugale.
Il a conclu à ce que le Tribunal autorise les époux à se constituer un domicile séparé, lui attribue le logement familial sis rue 1_ [no.] _, ainsi que le mobilier le garnissant, lui attribue la garde sur l'enfant D_, restreigne l'autorité parentale de B_ en ce sens qu'elle ne pouvait pas déterminer le lieu de résidence de l'enfant en dehors de Genève, interdise à B_ de quitter le territoire Schengen avec l'enfant et ordonne à celle-ci de ramener leur fils à Genève, sous la menace des peines prévues à l'art. 292 CP et de déposer en mains du Tribunal ou de toute autre autorité genevoise les papiers d'identité espagnols et le permis d'établissement suisse de l'enfant, ordonne l'inscription de son épouse dans le système de recherches informatisées de police (RIPOL) et le système d'information Schengen (SIS), dise que le droit de visite de B_ s'exercerait d'entente entre les parties à Genève et lui attribue le véhicule [de la marque] C_ immatriculé GE 2_.
Il a notamment fait valoir que les tribunaux genevois étaient compétents dès lors que la résidence habituelle de D_ était à Genève, le séjour à E_ [Espagne] ayant eu vocation à être temporaire.
l.
B_ ne s'est pas présentée à l'audience de comparution personnelle des parties fixée au 12 octobre 2018 par le Tribunal. Son conseil a indiqué qu'elle vivait à E_, où elle était domiciliée, et qu'elle avait obtenu un permis de résidence au 1
er
octobre 2018, lequel était valable jusqu'au 30 septembre 2019 selon la copie produite.
Il s'est réservé le droit de soulever une exception de litispendance en raison d'une procédure en cours en Espagne depuis février 2018.
m.
Dans sa réponse du 3 décembre 2018, B_ a conclu, préalablement, à ce que le Tribunal lui réserve le droit de dupliquer, ordonne à A_ de produire toutes pièces en sa possession relatives à la domiciliation et à la résidence de la famille en Espagne et à sa situation financière et ordonne à ce dernier de verser une
provisio ad litem
de 7'500 fr.
Au fond, elle a conclu à ce que le Tribunal lui attribue l'autorité parentale et la garde de l'enfant, ordonne à A_ de lui verser une contribution d'entretien de 5'500 fr. par mois, et accorde à l'époux un droit de visite d'un week-end sur deux dans un endroit sous contrôle et sous la surveillance de l'autorité compétente au lieu de domicile de l'enfant.
n.
Par pli du 3 janvier 2019, A_ s'est adressé à l'Autorité centrale en matière d'enlèvement international d'enfants à Berne pour dénoncer "
l'enlèvement de son fils survenu en février 2018
".
o.
Lors de l'audience de plaidoiries finales fixée au 13 février 2019, B_ ne s'est à nouveau pas présentée. Son conseil a indiqué qu'elle n'avait pas pu venir à Genève en raison d'obligations professionnelles et faute de moyens financiers.
A_ a notamment indiqué que depuis le 2 mars 2018, il s'était rendu à E_ [Espagne] à vingt-sept reprises pour voir son fils mais qu'il n'avait effectivement pu exercer son droit de visite que dix-sept fois, durant 36 heures au total, et ce toujours enfermé dans une pièce de 3 m
2
, son épouse lui interdisant de le voir davantage et de sortir.
Selon lui, l'état de son fils était inquiétant, l'enfant passant de nombreuses heures seul. Il avait également relevé plusieurs changements chez son fils : ce dernier avait arrêté de parler et n'avait plus l'habitude de marcher avec des chaussures aux pieds. En outre, son épouse ne lui donnait aucune nouvelle de son fils.
Lors des plaidoiries finales, les parties ont persisté dans leurs conclusions respectives.
p.
La situation personnelle des parties est la suivante :
p.a.
A_ est employé en qualité de "
_
" par F_, sise à Zurich. Bien qu'il voyage régulièrement dans le cadre de ses activités professionnelles, son lieu de travail principal se trouve à Genève. Il perçoit, à ce titre, un salaire mensuel net de 9'634 fr.
p.b.
B_ a allégué être titulaire d'une licence en _ et avoir travaillé dans le secteur immobilier en Uruguay.
Elle est titulaire d'un permis de résidence espagnol, valable jusqu'au 30 septembre 2019.
Par contrat de travail non daté, elle a été engagée en qualité de "
_
" par la société I_, à partir du 26 novembre 2018, pour un salaire mensuel brut de 1'000 euros, soit un montant net allégué de 900 euros.
p.c
L'enfant D_ fréquente tous les jours, depuis le 12 septembre 2018, une école à E_ [Espagne].
D.
Dans le jugement entrepris, le Tribunal a relevé que B_ avait déposé une requête de mesures provisionnelles à E_ le 23 février 2018, laquelle portait essentiellement sur les mêmes points que la procédure initiée à Genève, soit la séparation des époux, l'attribution de l'autorité parentale et la garde de l'enfant. Cette requête avait été rejetée pour défaut de compétence à raison du lieu par décision du 13 décembre 2018 s'agissant de l'autorité parentale et de la garde. B_ avait toutefois interjeté un appel à l'encontre de ladite décision.
Partant, le Tribunal devait suspendre la procédure dans l'attente de l'issue de l'appel interjeté, pour autant que la décision rendue par l'autorité d'appel espagnole puisse être reconnue en Suisse, ce qui était le cas si la compétence des autorités judiciaires espagnoles était donnée.
Selon le premier juge, il devait être retenu que A_, à tout le moins, n'avait pas l'intention de s'établir en Espagne avec sa famille mais uniquement de permettre à son épouse de vivre provisoirement dans un pays hispanophone. Il n'avait dès lors donné son accord qu'à un déplacement temporaire de l'enfant et non à un changement de résidence.
L'enfant, qui avait bientôt 3 ans, vivait en Espagne depuis près de deux ans et demi. Ainsi, s'il était établi que sa résidence avait été maintenue en Suisse les premiers mois après son départ, cela n'était plus le cas aujourd'hui dans la mesure où l'enfant, qui avait principalement été élevé par sa mère - du fait de l'éloignement géographique - depuis son départ de Suisse, fréquentait une école à E_ et y avait probablement ses seuls amis.
En outre, le domicile actuel de B_ se trouvait à E_ [Espagne] depuis le mois de novembre 2018 à tout le moins puisqu'elle bénéficiait depuis lors d'un permis de résidence ainsi que d'un emploi à temps plein.
Par conséquent, la résidence actuelle de l'enfant se trouvait à E_, qui était le centre de vie de sa mère qui exerçait la garde de fait.
Une éventuelle décision rendue par les tribunaux espagnols pouvant dès lors être reconnue en Suisse, le Tribunal devait suspendre la présente cause.

## Considerations

EN DROIT
1.
1.1
La Cour examine d'office si les conditions de recevabilité de l'acte de recours sont remplies (art. 59 et 60 CPC; Reetz, in Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung, Zurich 2016, n. 50 ad Vorbemerkungen zu den Art. 308-318 ZPO; Tappy, Les voies de droit du nouveau Code de procédure civile, in
JdT 2010 III p. 115 ss, p. 141).
Le fait que le recourant ait formé un appel contre la décision n'entraîne pas l'irrecevabilité de l'acte puisque l'intitulé erroné d'un acte de recours - au sens large - est simplement rectifié lorsque cet acte remplit les conditions de recevabilité du recours qui aurait dû être interjeté (ATF
134 III 379
consid. 1.2; ATF
131 I 291
consid. 1.3).
1.2
La décision ordonnant la suspension de la cause est une mesure d'instruction qui peut, conformément à l'art. 126 al. 2 CPC, faire l'objet du recours de l'art. 319 let. b ch. 1 CPC (Gschwend/Bornatico, Basler Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung 2017, n. 17a ad art. 126 CPC). En l'espèce, cette disposition est appliquée en lien avec l'art. 9 LDIP.
1.3