# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** ab51b65e-3384-51d8-992e-707ff06ddb89
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_003
**Year:** 2009
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** Civil
**Law Sub-area:** $law_sub_area

## Facts

EN FAIT
A. a)
Par demande déposée au greffe de la juridiction des prud'hommes le
26 février 2007, T_ a assigné sept défenderesses prises conjointement et solidairement :
"E7_ (anciennement A_), New York
E2_, New York,
E6_, New York,
E5_, Bruxelles
E1_, Genève,
E3_, Genève,
E4_, succursale de Genève,"
en paiement du montant de sa rémunération sur les ventes X_, tel qu’il pourra être déterminé par le Tribunal sur la base de pièces probantes produites par les défenderesses, avec intérêts à 5 % à compter du 23 juin 1995. A défaut de telles pièces, il concluait au paiement de 9'765'000 fr., contre-valeur de 7'875'000 US$ au cours de 1,24 US$/CHF, plus intérêts à 5% dès le 23 juin 1995. Cette somme correspondait à son intéressement dans des parts de fonds X_ et Y_ prévu dans une convention du 23 juin 1995. A titre préalable, T_ requérait la production de toutes les informations utiles et documents (contrats, correspondances, décomptes des ventes de parts X_ réalisées par A_) de nature à permettre de déterminer le nombre de parts X_ vendues par A_ entre le 1er avril 1992 et le 23 juin 1995, le prix d’achat et le prix de vente de ces parts, ainsi que les sommes dues à A_ sur ces ventes.
A l’appui de ses conclusions chiffrées, T_ a allégué que A_ avait levé des fonds pour X_ à hauteur de 35'000'000 US$, auxquels il convenait d'appliquer une valeur de sortie dix fois supérieure. Le gain supposé, après déduction de la mise de départ, s'élevait ainsi à 315'000'000 US$. En tenant compte d'une participation de 20% revenant à X_, sur laquelle 25 % devaient être reversés à A_, la créance de T_, de la moitié du dernier montant obtenu, correspondait à 7'875'000 US$ ([315 x 20%] x 25% / 2). T_ a encore exposé que le droit newyorkais était applicable et que la prescription ne pouvait avoir commencé à courir car la créance n’était ni déterminée, ni déterminable. Enfin, il a allégué, sans autre justification que la référence à l'historique d'un lien internet (pce 6 T_ : E_.com "
1997 E takes over the Dutch merchant bank A_.
"), que le groupe E_ avait absorbé le groupe A_, pour en conclure implicitement que chaque société assignée répondait conjointement et solidairement de l'intégralité de son dommage.
Les sociétés citées ont contesté la compétence de la juridiction des prud’hommes, considérant que la requête ne relevait pas des rapports de travail entre les parties. Elles ont conclu subsidiairement au rejet de la demande.
b)
Par ordonnances préparatoires du Tribunal, prises en octobre et en novembre 2007, les qualités de certaines parties ont été modifiées. Ainsi, E4_, Succursale de Genève, est devenue E4_, E2_ est devenue E2_ et E6_ est devenue E6_
B.
Par jugement du 10 mars 2008, notifié par plis recommandés du lendemain, le Tribunal des prud’hommes, statuant sans enquêtes, a déclaré recevable la demande formée par T_ contre six des sept défenderesses, et irrecevable contre la dernière, E7_, et l'a rejetée sur le fond. En résumé, le Tribunal a acquis la conviction que l’employeur de T_ était A_ à New York, reconnaissant également la conformité de l’élection de droit en faveur des lois de cet Etat, au regard de l’art. 121 al. 3 LDIP. Cela étant, le Tribunal a considéré qu'aucune des parties citées ne pouvait se voir reconnaître la légitimation passive, ce qui entraînait le rejet de la demande. Le Tribunal a observé, subsidiairement et après avoir comparé les avis de droit produits, que la prétention de T_ était prescrite.
C.
Par acte déposé le 11 avril 2008, T_ appelle de cette décision ; il conclut à l’annulation du jugement du Tribunal et reprend ses conclusions initiales, qu'il dirige, conjointement et solidairement, contre E1_, E2_, E3_, E4_, E5_ et E6_. Ses prétentions financières ne concernent que X_, l'appelant admettant n'avoir aucune créance provenant de Y_.
Il reproche notamment aux premiers juges de n'avoir entendu aucun témoin et sollicite en conséquence l'ouverture des enquêtes, lesquelles devaient comprendre l'audition de 5 personnes. T_ n'a pas contesté la décision des premiers juges relative à l'irrecevabilité de sa demande en tant qu'elle était dirigée contre E7_, anciennement A_
Les intimées concluent à la confirmation de la décision entreprise. Dans leurs écritures, elles ont notamment soutenu que la convention de fin des rapports de travail était une convention sui generis, soumise aux lois de l’Etat de New York. L’accord de participation aux fonds X_ était contenu dans cette convention et non dans le contrat de travail de base, de sorte que l’employeur de T_ n’avait aucune obligation à cet égard. De surcroît, la société obligée ayant été dissoute au 30 septembre 2005, T_ n’avait plus ni créancier pour son billet à ordre, ni débiteur pour l'intéressement allégué. Les sociétés citées ont par ailleurs contesté l’absorption du groupe A_ par E_, seules certaines sociétés ayant été reprises, ou ayant changé de raison sociale, au cas par cas. Il n’avait été ni allégué, ni a fortiori prouvé que les sociétés citées avaient été l’employeur de T_. De plus, celui-ci n’avait jamais essayé de contacter la société défunte avant sa dissolution du 30 septembre 2005 et, jusqu’à cet événement, cette dernière n’avait jamais fusionné ni été absorbée par l’une des sociétés citées.
A l’audience du 25 juin 2007, T_ a confirmé que son employeur était bien A_, ce qui résultait de la première ligne de la convention de fin des rapports de travail du 23 juin 1995. Les fonds X_ auraient dû donner un résultat à la fin de l’année 2004, ceux-ci ayant été prévus pour une durée de dix ans. Le demandeur a allégué avoir commencé les pourparlers avec le groupe E_ en 1998 déjà et s’être renseigné à plusieurs reprises.
Les défenderesses ont précisé que la convention du 23 juin 1995 n’était pas une pure convention de fin des rapports de travail, mais un accord mixte comprenant également des éléments de contrat de consultant et de prêt.
Les parties ont persisté en leurs conclusions lors de l’audience du 27 août 2008 et la Cour a procédé à l'audition des deux témoins qui se sont présentés lors de l'audience du 19 novembre suivant. Après cela, les parties ont renoncé à l'audition des autres personnes portées sur leurs listes ou dont la Cour avait sollicité l'audition. Exceptionnellement, un échange d'écritures après enquêtes fut autorisé. T_ a maintenu, avec suite de dépens, ses conclusions en date du 22 janvier 2009. Les intimées ont également persisté dans leurs conclusions par écritures du 25 février 2009.
D.
Il ressort de la procédure les éléments suivants :
aa
)
E1_ est une société anonyme ayant son siège à Genève depuis 2005, dont le but est l'exploitation d'une banque et toutes opérations bancaires, pour son compte ou pour le compte de tiers, tant en Suisse qu'à l'étranger. Elle a repris les actifs et passifs de A_ (Schweiz) AG à Zoug en 1999 et de V_ à Genève en 2006. Son ancienne raison sociale, valable jusqu’au 21 décembre 2005, était Banque A_. Elle était alors domiciliée à Nyon.
ab)
E3_, sise à Genève, a été fondée en août 2003. Elle a été constituée par des apports en nature et des reprises de biens, soit respectivement le capital-actions de E4_ et de E_ aux Antilles également, en 2003, des actions de A_ (Luxembourg) en 2004 et des actions à Guernsey en 2004. Son ancienne raison sociale, valable jusqu’au 19 mai 2006, était A_. Son but consiste en l'acquisition et la gestion de participations à des entreprises, en particulier à des sociétés dans le domaine des prestations de services fiduciaires et de services analogues, à l'exclusion de toutes opérations prohibées par la loi fédérale sur l'acquisition d'immeubles.
ac
)
E4_, société anonyme des Antilles néerlandaises, a une succursale à Genève. Elle avait auparavant porté les raisons sociales de U_, jusqu’au 2 février 2005, puis de A_, jusqu’au 2 juin 2006, lesquelles avaient à chaque fois une succursale inscrite à Genève. Son but relève des investissements et des participations ainsi que de la représentation des intérêts de tiers dans ces domaines.
ad)
E2_ est une société américaine dont l'adresse se trouve à New York. Son but social, sa structure juridique et ses relations avec les autres sociétés portant le nom de E_ n'ont pas été décrits et aucune pièce n'apporte de précision sur ces sujets. En première instance, sa dénomination par T_ était imprécise.
ae
)
E5_ est une société anonyme belge dont le siège est à Bruxelles. Son but social, sa structure juridique et ses relations avec les autres sociétés portant le nom de E_ n'ont pas été décrits et aucune pièce n'apporte de précision sur ces sujets.
af
)
E6_ est une société américaine ayant un établissement, apparemment principal, à Boston et un autre à New York. Son but social, sa structure juridique et ses relations avec les autres sociétés portant le nom de E_ n'ont pas été décrits et aucune pièce n'apporte de précision sur ces sujets. En première instance, sa dénomination par T_ était imprécise.
ag)
E7_, incorporée dans l’Etat du Delaware, a été dissoute le 29 septembre 2005. Cette société a connu auparavant plusieurs raisons sociales, soit A_ Inc. (1984), A_ (1993) puis E_ Inc. (2000). Elle disposait d’un établissement sis à New York. Les certificats authentifiés de l'Etat du Delaware attestent de cette succession de raisons sociales ainsi que de la légalité de la dissolution de E7_ en 2005. Il ne ressort pas des pièces de la procédure qu'après sa dissolution, cette société aurait été reprise, en tout ou partie, par une quelconque entité commerciale.
b)
Par contrat signé le 7 avril 1992, T_ a été engagé par A_ et A (U.S.) Inc., en qualité de Directeur général, pour un salaire annuel net de 175'000 US$, bonus non compris. Celui-ci relevait de la seule discrétion de l'employeur, tant pour ce qui concerne le montant que pour le moment de son paiement. Il stipulait enfin une élection de droit en faveur des lois de l’Etat de New York, à l’exception des règles de conflit de lois. Un transfert auprès d’une société affiliée à Genève était d'ores et déjà envisagé. Ce contrat a selon toute vraisemblance été signé aux Etats-Unis, même si cette mention ne figure pas sur l'exemplaire produit. Les mêmes parties ont signé un accord prévoyant un complément de salaire, toujours en avril 1992, en fonction des produits financiers vendus à la clientèle. Cet accord ne fait nulle allusion au paiement par l'employeur d'un intéressement personnel de T_ dans X_ et/ou Y_.
c)
Par formulaire du 5 mars 1992, A_ et A_ (U.S.) Inc., Bureau de Genève, a rempli une demande d’autorisation de séjour pour prise d’emploi pour T_, lequel a pris ses fonctions à Genève le 24 juin 1992, au bénéfice d'un permis B valable jusqu'au 24 juin 1994.
d)
A_ SA, sise à Genève, a été inscrite au Registre du commerce le 5 avril 1994, puis dissoute et radiée le 20 août 1997. Son but social était la fourniture de services et d’assistance aux sociétés faisant partie du groupe "A_", en particulier de services administratifs et de services liés à la promotion des produits financiers offerts par le groupe. Selon le Registre du commerce de Genève, T_ en a été le directeur avec signature collective à deux dès son inscription et jusqu’au 14 août 1995. De fait, T_ a résilié son contrat avec A_ SA par courrier du 6 juillet 1995, pour le 31 juillet 1995.
Devant le Tribunal, le 17 septembre 2007, T_ a précisé que, dès le 2 octobre 1995, il avait eu deux employeurs, soit A_ et A_ SA, cette société ayant été constituée pour lui permettre d’exercer une activité lucrative en Suisse et d'engager du personnel. Cela étant, il avait toujours été payé par la société newyorkaise, sur son compte américain, et il travaillait pour cette société, tout en étant basé à Genève.
e)
La demande de renouvellement du permis d'établissement de T_ a été effectuée le 1er juin 1994 par A_ SA, et accordée jusqu’au 24 juin 1996; elle mentionnait cette dernière société en qualité d’employeur. T_ n'a produit aucune fiche de salaire concernant son activité à Genève entre 1992 et 1995. Il ressort par ailleurs d'une lettre de l'Office cantonal des assurances sociales du 10 octobre 2007 que A_ SA n'a pas retenu de cotisations sociales pour T_ à cette période; par ailleurs, le liquidateur de cette société n'a pas retrouvé dans les archives de contrat entre elle et ce dernier.
f)
Par lettre du 22 juin 1993, X_ et A_ (U.S.) Inc, toutes deux à New York, ont conclu un projet de constitution d’un fonds X_. Le partenaire principal du fonds devait être une société totalement contrôlée par D_ et F_. Les objectifs du fonds étaient de lever au minimum 25'000'000 US$ en vendant des participations sur une base privée. A_ (U.S.) Inc. avait exprimé la volonté d’assister les personnes susmentionnées à rechercher des investisseurs potentiels. Il était prévu qu’elle aurait droit à un intéressement dans la distribution et la répartition des profits, gains et pertes, un intéressement aux commissions bancaires sur investissements, une commission de placement et de conseil financier; tous ces droits étant dénués d’effets si une clôture initiale du fonds n’avait pas lieu au 31 décembre 1993 au plus tard. Le projet en cause, signé par G_ pour A_ (U.S.) Inc., était soumis au droit de l'Etat de New York. Aucune convention définitive n'a été produite.
g)
En date du 23 juin 1995, T_ et A_ à New York, soit pour elle H_, sont convenus de mettre fin à leurs rapports de travail et d'initier aussitôt une relation de consultant. A cette fin, A_ a adressé à T_ une lettre intitulée "
Termination
and Consulting Agreement and Release
", spécifiant les conditions de cette modification. T_ l'a signée pour accord le 31 juillet suivant. En résumé, ce document de plusieurs pages comporte différents objets : il confirme la cessation immédiate de tous les rapports de travail entre T_, la société et ses sociétés affiliées, prévoit le versement d'indemnités (une indemnité bimestrielle de 10'416.66 US$ versée jusqu’au 31 juillet 1995, deux montants forfaitaires de 122'457 US$ et 65'000 US$), et convient de la remise, dès que possible, de son intéressement dans X_ et Y_ ["
The confirmation, as soon as possible, and delivery to you, not later than the first calendar quarter following a liquidation event relating thereto, of your interest in X_ and Y_.
Your personal interest in X_ shall be one-half of 25% of the back-end interest received by A_ (in its capacity as general partner) as a result of the funds you and I_ raised for the first tranche of the X_ offering
" (pce 4 T_)], lequel était sujet à compensation avec un montant de 190'000 US$ correspondant à la dette interne de T_, incorporée désormais dans un billet à ordre signé par ce dernier. De son côté, T_ devait remettre une lettre de démission et recevoir du directeur de A_ une lettre de recommandation; la société devait mettre à sa disposition un bureau opérationnel jusqu’au
31 décembre 1995, ou la date de son nouvel emploi si elle s’avérait antérieure et lui verser 2'500 US$ en remboursement des dépenses occasionnées par la révision de la convention. Une élection de droit en faveur des lois de l’Etat de New York, à l’exception des règles de conflit de lois était aussi prévue.
Deux annexes étaient jointes à cette lettre, soit le contrat de consultance passé entre A_ à New York et T_, incluant également une élection de droit en faveur des lois de l’Etat de New York, à l’exception des règles de conflit de lois, et le billet à ordre susdécrit ("
promissory
note
") par lequel T_ reconnaissait devoir 190'000 US$, plus intérêts à 6%, à A_ à New York.
La lettre de recommandation susvisée, non datée, a été rédigée par J_, "
Chairman
" de A_ à New York. Elle précisait que T_ avait été son employé de mars 1992 à juin 1995, qu’il était basé au bureau de Genève et que, en sa qualité de co-directeur, il avait représenté les unités de A_ de New York, Londres et Amsterdam. Son départ était lié à la volonté de la société de consolider ses efforts de vente internationaux à Londres et à la réticence de l’employé à déménager.
Le 28 juillet 1995, H_ a, au nom de A_ à New York, confirmé à T_ que la signature de la convention du 23 juin 1995 et du billet à ordre annulerait et remplacerait toute dette de l’employé envers A_ SA ou ses sociétés suisses affiliées.
h)
Dans un memorandum du 29 septembre 1995, A_ SA a adressé à son conseil d’administration un résumé de ses activités pour 1994, mentionnant notamment la levée des fonds pour X_, fonds qui a été officiellement clôturé à la fin du mois d’avril 1994 avec un montant de 32'000'000 US$ récoltés à travers le monde, dont environ 10'000'000 US$ ont été levés par l’équipe de A_, dirigée par T_ et I_.
i)
Par lettre du 2 octobre 1995, T_ a informé A_ à New York et A_ SA à Genève de l'arrêt immédiat de toute relation avec elles et leurs succursales, ceci incluant également la fin de son activité de consultant. Seule A_ a accusé réception de cette résiliation.
j)
Selon ses écritures de première instance, d'octobre 1995 à mars 2004, T_ n'a rien demandé à l'une ou l'autre des sociétés qu'il a assignées.
Il ressort toutefois des pièces qu'il a produites devant la Cour, à l'issue des enquêtes, qu'il a adressé le 25 janvier 1999 un fax à H_, chez A_ à New York, sollicitant des informations relatives à l'état des paiements en cours en relation avec sa participation dans X_ "
I am writing to inquire about the status of oustanding payments in connection with my participation in X_.
") . H_ lui a répondu par fax du 1
er
avril 1999 pour lui dire que, compte tenu des intérêts sur le prêt de 190'000 US$ qu'il avait obtenu et des versements X_, comptabilisés à hauteur de 100'873.05 US$, il restait débiteur de 114'801.90 US$ (pces 54 à 59 T_). H_ a précisé devant la Cour avoir eu deux ou trois correspondances avec T_ lequel n'a versé à la procédure que l'échange de fax du début 1999 sus évoqué (cf. pv d'enquêtes du 19.11.08, p. 2).
k)
Près de cinq ans plus tard, soit le 15 mars 2004, T_ a adressé un courriel à K_, apparemment membre d’une société du groupe E_ (@E_), faisant suite à une conversation de la semaine précédente, lui demandant comment il allait procéder à la recherche concernant le paiement de sa "
fee
participation
" dans la relation avec X_. Le 21 octobre 2004, T_ a relancé K_ en précisant "
I expect the fees will enter the 6 figure area
".
l)
Le 26 avril 2006, T_ a adressé un fax à L_, conseiller légal auprès d'une société E_, à New York (L_@us.E_.com), demandant à nouveau sa participation "
in the back-end interest received by A_ in relation to X_.
" (pce 9 T_). Il l'a relancée un mois plus tard, lui exposant qu'il pouvait s'agir de plusieurs millions dus sur les années passées. Par courriel du 19 juin 2006, L_ a fait savoir à T_ qu'elle n'avait rien trouvé qui soutienne sa réclamation, qui était par conséquent rejetée (pces 10 à 15 T_). Ensuite, entre le 21 juin et le 6 décembre 2006, T_ s’est adressé, en vain, à plusieurs dirigeants du groupe E_; ceux-ci ont relayé les requêtes de T_ à X_, mais sans parvenir à obtenir de réponse de cette dernière ou sans pouvoir se déterminer précisément en raison du manque de documents transmis par T_. Ainsi, M_, secrétaire général de E5_, a fait savoir au précédent conseil de T_ que "
le point de blocage dans ce dossier est l'incapacité d'obtenir copie du partenariat général entre X_ et A_ qui nous permettrait de vérifier les droits de A_ et, par voie de conséquence, les droits de votre client
"; de même, le directeur du département juridique de la banque E_ a précisé qu'il ne lui était pas possible de se prononcer sur une requête qui semblait concerner uniquement A_
"former A_"
(pces 16 à 21 T_).
m)
Devant la Cour, T_ a produit pour la première fois plusieurs lettres aux investisseurs émanant de X_, couvrant la période de mars 2003 à mai 2005. Ces lettres parlent essentiellement du Fonds I, mais également d'un Fonds II ("Fund I", "Fund II").
Il résulte de la lettre du 25 mars 2003 que le Fonds I avait cessé d'opérer de nouveaux investissements "il y a quelques temps" (
some
time ago
) et se trouvait en phase de réalisation de ses acquisitions; il était ainsi exposé que, durant les quatorze derniers mois, quatre sociétés avaient été vendues avec succès. Dans la lettre suivante, du 29 juillet 2003, les mêmes propos apparaissaient, X_ se réjouissant d'avoir vendu les mêmes quatre sociétés durant les dix-huit derniers mois. A l'occasion de la lettre du 9 avril 2004, en rappelant toujours que le Fonds I avait cessé ses investissements ("
some
time ago
"), D_ et F_ précisaient que deux nouvelles sociétés avaient été vendues et qu'il ne restait plus dans ce fonds que quatre investissements, relativement peu importants, qui devraient être clôturés dans un délai de 12 à 18 mois. Les animateurs de X_ affichaient leur satisfaction par rapport à la réalisation des 15 investissements déjà exécutés, qui avait généré un profit correspondant à 5 fois la mise initiale. Il ressort toutefois de la lettre du 6 mai 2005 que le Fonds I n'avait pas encore été liquidé.
n)
T_ a également produit l'état financier de X_ au 31 décembre 2005. Dans le rapport qui lui est joint, X_ mentionne qu'elle est issue d'un "
partnership
" ayant débuté ses opérations en août 1993, dont elle était le partenaire principal. La durée prévue courait jusqu'au 12 août 2000, mais elle avait été étendue pour deux périodes d'une année chacune puis jusqu'au 31 décembre 2007. Selon ce document, le profit net avait été distribué à tous les partenaires au pro rata de leur participation préférentielle. Le détail de certaines réalisations était fourni, mais sans référence au fonds concerné ou aux partenaires ayant été rémunérés. Il était ainsi fait état de la réalisation de quelques sociétés importantes, en novembre 1996, octobre 2003 et septembre 2005.
o)
A la suite d'un échange de courriels en mars 2008 avec N_, de X_ Miami, O_, de X_ Europe, et P_, de E_ à Zoug, T_ a obtenu divers renseignements concernant les fonds X_. Ainsi, il a appris que O_, cliente de E_ à Zoug qui avait investi 250'000 US$ à une date inconnue dans X_, avait retiré 1'071'553 US$ de cet investissement au 31 décembre 2007. P_, entendue par la Cour, a précisé qu'elle travaillait pour E_ à Zoug depuis 2001 et qu'elle ne connaissait ni T_ ni la date à laquelle O_ avait investi dans X_. Elle ignorait également si X_ avait plusieurs fonds ainsi que le nom du fonds dans lequel O_ avait investi.
p)
H_ a également été entendu par la Cour en qualité de témoin (cf. ad
j)
supra). Il a précisé qu'il avait travaillé pour A_ de juin 1993 à août 2001, toujours à New York. En septembre ou octobre 2008, T_ était venu le trouver à New York et lui avait présenté la convention de résiliation qu'il avait signée le 23 juin 1995. Il en avait discuté alors avec lui pendant environ 30 à 60 minutes. A son souvenir, T_ était employé de A_ en juin 1995. Il savait qu'une convention avait lié A_ et X_ mais ignorait si l'argent qui avait été récolté avait été affecté à un fonds spécifiquement nommé. Les paiements devant revenir à T_ en exécution de cette convention n'étaient selon lui pas limités dans le temps. Il a confirmé que, entre 1997 et 2001, A_ et la société qui lui avait succédé avaient reçu deux versements en faveur de T_. Après le premier, le compte de ce dernier présentait encore un découvert important. Le second versement avait dû équilibrer ce compte, sans que le témoin se souvienne s'il présentait un débit ou un crédit en faveur d' T_. A_ était bine incorporée dans l'Etat du Delaware et elle a été dissoute.

## Considerations

EN DROIT
1.
Interjeté dans la forme et le délai prévus par la loi (art. 59 LJP), l’appel est recevable.
2.
L'appelant ne conteste pas la décision des premiers juges s'agissant de l'irrecevabilité de sa demande en tant qu'elle était dirigée contre E7_. La décision attaquée a par conséquent acquis force de chose jugée sur ce point.
3.
3.1
L'art. 8 CC répartit le fardeau de la preuve pour toutes les prétentions fondées sur le droit fédéral et détermine, sur cette base, laquelle des parties doit assumer les conséquences de l'échec de la preuve (ATF
130 III 321
consid. 3.1 p. 323;
127 III 519
consid. 2a p. 522;
126 III 189
consid. 2b, 315 consid. 4a). On déduit également de l'art. 8 CC un droit à la preuve et à la contre-preuve (ATF
129 III 18
consid. 2.6 et les arrêts cités). En particulier, le juge enfreint cette disposition s'il tient pour exactes les allégations non prouvées d'une partie, nonobstant leur contestation par la partie adverse, ou s'il refuse toute administration de preuve sur des faits pertinents en droit (ATF
130 III 591
consid. 5.4 p. 601/602 et l'arrêt cité).
En revanche, l'art. 8 CC ne prescrit pas quelles sont les mesures probatoires qui doivent être ordonnées (ATF
127 III 519
consid. 2a), ni ne dicte au juge comment forger sa conviction (ATF
128 III 22
consid. 2d p. 25;
127 III 248
consid. 3a, 519 consid. 2a). Il n'exclut ni l'appréciation anticipée des preuves, ni la preuve par indices (ATF
129 III 18
consid. 2.6 p. 25;
127 III 520
consid. 2a;
126 III 315
consid. 4a).
3.2
A teneur de l'art. 29 LJP, le tribunal établit d'office les faits, sans être limité par les offres de preuve des parties. Contrairement à l'art. 343 al. 4 CO, qui prévoit la maxime inquisitoire lorsque la valeur litigieuse ne dépasse pas 30'000 fr. (art. 343 al. 2 CO, en vigueur dès le 1er juin 2001, RO 2001 p. 1048 s.), la LJP a introduit la maxime d'office sans limitation de la valeur litigieuse et aussi bien pour la procédure devant le Tribunal de prud'hommes que pour celle devant la Cour d'appel (art. 66 LJP).
La maxime inquisitoire ne constitue cependant pas une maxime officielle absolue; elle ne dispense pas les parties d'une collaboration active à la procédure. Cela découle déjà de l'art. 20 LJP selon lequel les parties doivent produire toutes les pièces et présenter tous les comptes nécessaires, afin que le litige puisse être examiné en connaissance de cause, l'art. 25 LJP prévoyant le renvoi d'office au tribunal des procédures qui n'ont pas été résolues - par conciliation ou par décision - au stade de la procédure de conciliation. Il incombe ainsi aux parties de renseigner le juge sur les faits de la cause et de lui indiquer les moyens de preuve propres à établir les faits dont elles se prévalent (ATF
107 II 233
consid. 2c p. 236; cf. également ATF
125 III 231
consid. 4a p. 238/239 et les références), dès l'instant où la maxime inquisitoire ne modifie pas la répartition du fardeau de la preuve.
Le juge ne doit pas instruire d'office le litige lorsqu'une partie renonce à expliquer sa position, mais il doit interroger les parties et les informer de leur devoir de collaboration et de production des preuves. Il est tenu de s'assurer que les allégations et offres de preuves sont complètes uniquement lorsqu'il a des motifs objectifs d'éprouver des doutes sur ce point. L'initiative du juge ne va pas au-delà de l'invitation faite aux parties de mentionner les preuves et de les présenter. Jusqu'à un certain point, le juge doit donc contribuer à la direction matérielle du procès (Fabienne Hohl, La réalisation du droit et les procédures rapides, Fribourg 1994, p. 56).
3.3
En l'espèce, les parties ont été invitées à produire leurs pièces à plusieurs reprises et la Cour a ordonné l'ouverture des enquêtes. L'autorité de décision est par conséquent suffisamment renseignée pour apprécier la situation et se prononcer, en tenant compte de la conséquence réservée à d'éventuels défauts de collaboration ou de production de pièces.
4.
Cela étant, il convient d'abord de déterminer qui était l'employeur de l'appelant.
4.1.1
L'art. 342 al. 2 CO autorise une partie à un contrat de travail à agir civilement afin d'obtenir l'exécution d'une obligation de droit public imposée à son cocontractant par des dispositions fédérales ou cantonales sur le travail et susceptible d'être l'objet d'un contrat individuel de travail. L'obligation de droit public peut résulter directement d'une norme générale et abstraite, mais elle peut aussi être fondée sur une décision (STAEHELIN/VISCHER, Zürcher Kommentar, n° 15 ad art. 342 CO; REHBINDER, Berner Kommentar, n° 14 ad art. 342 CO).
Dans le domaine du droit des étrangers ordinaire, le Tribunal fédéral a appliqué l'art. 342 al. 2 CO en rapport avec l'art. 9 al. 1 de l'ordonnance du 6 octobre 1986 limitant le nombre des étrangers (OLE, en vigueur jusqu'au 31 décembre 2007; cf. actuellement art. 22 LEtr [
RS 142.20
] et art. 22 OASA [
RS 142.201
]), disposition qui soumet l'autorisation nécessaire pour exercer une activité lucrative, notamment, à la garantie que le travailleur bénéficie des conditions de rémunération usuelles dans la localité et la profession en question. Il a ainsi admis qu'une fois l'autorisation délivrée, l'employeur est tenu, en vertu d'une obligation de droit public, de respecter les conditions qui l'assortissent, en particulier le salaire approuvé par l'autorité administrative; le travailleur dispose alors d'une prétention qu'il peut exercer devant les juridictions civiles, le juge civil étant lié par les conditions de rémunération fixées dans l'autorisation délivrée pour un emploi donné. Dans ce contexte, le Tribunal fédéral a rappelé le but visé par l'art. 9 OLE, qui tend à maintenir la paix sociale en préservant les travailleurs suisses d'une sous-enchère salariale induite par la main d'œuvre étrangère, d'une part, et en protégeant les travailleurs étrangers eux-mêmes, d'autre part (ATF
122 III 110
consid. 4d p. 114/115;
129 III 618
consid. 5.1 p. 621/622 et consid. 6.1 p. 623).
4.1.2
Dans un groupe de sociétés, il est possible qu'une société apparaisse comme l'employeur et qu'elle prête ses employés à d'autres sociétés du même groupe (DRUEY/VOGEL, Das schweizerische Konzernrecht in der Praxis der Gerichte, Zurich 1999, p. 245 ss; GEISER/UHLIG, Arbeitsverhältnisse im Konzern, in RJB 2003 p. 757 ss, n. 3.22 p. 774). Un tel procédé est admissible, pour autant qu'il ait été prévu expressément ou tacitement dans le contrat de travail (art. 333 al. 4 CO).
4.2
Engagé aux Etats-Unis par A_ & A_ (US.) Inc., l'appelant est ensuite venu, pour le compte du bureau de cette société, à Genève. Deux ans plus tard, il a obtenu le renouvellement de son autorisation de séjour en annonçant pour employeur A_ SA. L'appelant a reconnu avoir de fait travaillé, dès 1995, à la fois pour A_ et pour A_ SA; toutefois, son salaire était versé aux
Etats-Unis et les cotisations sociales dues en vertu du droit suisse n'étaient pas prélevées. L'ensemble des documents produits mentionne A_ à titre d'interlocuteur principal de l'appelant, souvent avec un double ou une copie en faveur de A_ SA; la plupart des accusés de réception figurant à la procédure émanent de A_ Il sied également de relever que l'accord mettant fin aux rapports de travail en juin 1995 est rédigé sur papier à en-tête de A_ Considérant d'une part l'aveu de l'appelant et, d'autre part, les conséquences liées à la demande de reconduction de l'autorisation de séjour pour le compte de A_ SA, il y a lieu d'admettre que l'appelant a effectivement travaillé pour ces deux sociétés, la relation avec la société américaine possédant cependant un caractère prépondérant, qui pourrait par exemple résulter d'une forme de prêt de personnel. L'absence de contrat écrit avec la société genevoise n'est pas relevant, ce contrat pouvant résulter d'actes concluants.
L'appelant ne pouvant émettre de prétentions devant la juridiction des prud'hommes que contre ses employeurs, et ceux-ci ayant été identifiés ci-dessus, sa demande doit être, a priori, écartée. En effet, A_, qui était assignée en première instance, n'est plus partie à la procédure de seconde instance, l'appelant ayant admis avec les premiers juges qu'elle avait été valablement dissoute en 2005 alors qu'elle portait le nom de E7_. Aucune prétention ne peut dès lors être élevée contre cette société. Par ailleurs,
A_ SA ayant été radiée du Registre du commerce de Genève en 1997, l'appelant ne peut pas non plus agir contre elle; il ne l'a d'ailleurs pas fait. Le fait que les deux employeurs identifiés aient cessé d'exister juridiquement est avéré, quel que soit le droit applicable.
5.
L'appelant a toutefois allégué que les sociétés intimées possèderaient la légitimation passive car elles seraient issues de l'absorption du "groupe" A_ par le "groupe" E_. De ce fait, les intimées auraient succédé à A_ et seraient redevables envers lui des obligations contractées par son ancien employeur. Il se réfère à ce sujet notamment à la loi américaine sur les fusions et au droit newyorkais, lequel stipule que le simple achat d'actifs d'une société par une autre rend l'acquéreur responsable des obligations du vendeur s'il l'a expressément accepté, si la transaction revient à une consolidation ou à une fusion, si la société acquéreuse est une continuation de la venderesse ou si la transaction est conclue frauduleusement afin d'échapper au paiement d'obligations de la venderesse. Il reprend donc ses conclusions de première instance et conteste la décision des premiers juges considérant que les intimées n'avaient pas la légitimation passive.
5.1.
La légitimation d'une partie au procès représente l'aspect subjectif du droit invoqué en justice. Celui qui se prévaut d'un droit doit en être le titulaire pour bénéficier de la légitimation active et il doit exercer son action à l'encontre de la personne qui est obligée par la cause juridique, quelle qu'elle soit, qui sert de fondement à l'action. Ainsi, en matière contractuelle, le créancier, qui entend recouvrer une créance qui prend sa source dans le contrat, doit actionner son cocontractant qui aura la légitimation passive.
La question de la légitimation touche au fondement matériel de la demande, de sorte que son absence se traduit par un déboutement et non par une irrecevabilité.
Le juge doit examiner d'office, quel que soit le stade de la procédure, si les parties au procès jouissent respectivement de la législation active et passive.
5.2
Il appartient, conformément aux règles découlant de l'art. 8 CC, à l'appelant, demandeur au fond, de prouver les faits qu'il allègue pour fonder sa prétention, à commencer par ceux dont il déduit la légitimation passive des intimées.
5.3.1
Aux termes de l'art. 333 al. 1 CO, si l'employeur transfère l'entreprise ou une partie de celle-ci à un tiers, les rapports de travail passent à l'acquéreur avec tous les droits et les obligations qui en découlent, au jour du transfert, à moins que le travailleur ne s'y oppose. Selon la jurisprudence et la doctrine, seuls les rapports de travail existant au moment du transfert de l'entreprise passent à l'acquéreur (ATF
123 III 466
consid. 3b p. 468; arrêt
4C.333/1998
du 7 janvier 1999, consid. 1b/aa; STREIFF/VON KAENEL, Arbeitsvertrag, 6e éd., n. 8 ad art. 333 CO, p. 554; Gabriel Aubert, Commentaire romand, n. 4 ad art. 333 CO; PORTMANN, Commentaire bâlois, n. 10 in fine ad art. 333 CO; DUC/SUBILIA, Commentaire du contrat individuel de travail, n. 8 ad art. 333 CO, p. 335; GEISER, Arbeitsrechtliche Fragen bei Sanierungen, in Sanierung der AG [éd. Vito Roberto], 2003, p. 119 ss, 141; KARAGJOZI, Les transferts d'entreprise en droit du travail, in Le droit du travail en pratique [éd. Gabriel Aubert], 2003, p. 65). Il suit de là que le bénéfice de l'art. 333 CO ne peut être invoqué que par les seuls travailleurs dont la relation de travail est en cours à la date du transfert, mais qu'il peut l'être même si les rapports de travail ont déjà été résiliés pour une date postérieure à ce transfert (cf. ATF
132 III 32
ss;
123 III 466
ss). L'acquéreur de l'entreprise n'a ainsi pas à reprendre des contrats de travail n'existant plus au moment du transfert (DUC/SUBILIA, ibid.).
5.3.2
De ce que les sociétés formant partie d'un groupe de sociétés ont une personnalité juridique propre, il découle en principe que seules peuvent agir pour l'une de ces sociétés les personnes qui ont le pouvoir de la représenter, respectivement qui occupent la position d'organes au sein de ladite société et agissent pour elle (DRUEY/VOGEL, op. cit., p. 239 s.). A cet égard, les principes généraux en matière de pouvoir de représentation sont applicables.
5.4
Il résulte par ailleurs des avis de droit produits, dans la mesure de leur utilité au regard de certains a priori (selon un avis de droit de l'appelant : "
tous les faits et affirmations du demandeur sont conformes à la vérité et corrects et que toutes les déclarations contenues dans les pièces sont conformes à la vérité et correctes en tous points
"), que les règles générales newyorkaises sur le fardeau de la preuve imposent à celui qui se prévaut d'une fusion ou d'une reprise d'actifs le fardeau initial de la preuve ou à tout le moins, dans certaines circonstances particulières, celui de la vraisemblance.
5.5
Au vu des principes exposés ci-dessus, il y a lieu de retenir que l'appelant n'a pas démontré, alors qu'il en avait la charge, le fait que le "groupe" E_ avait repris le "groupe" A_ et, surtout, que les sociétés du premier groupe nommé avaient repris l'ensemble de celles constituant le second, et qu'elles étaient solidairement responsables entre elles des obligations des autres. L'allusion à la conviction de l'appelant et la référence à un lien internet exprimant une opinion générale est manifestement insuffisant à ce sujet, y compris en termes de vraisemblance. Les extraits des registres publics produits font bien état de certaines reprises ou fusions, mais elles concernent des sociétés précises, avec lesquelles l'appelant n'a pas travaillé et qui n'apparaissent pas dans les contrats ou actes topiques. Ainsi, si E1_ a bien repris les actifs et passifs de A_ (Schweiz) AG à Zoug en 1999, ce constat ne permet toutefois pas de rendre ces deux sociétés helvétiques responsables pour les activités de sociétés américaines indépendantes, sans autre indication dans lesdits registres à leur sujet. De même E3_ à Genève, fondée en 2003, a-t-elle repris, par des apports en nature et des reprises de biens, E3_ et E_ en 2003, alors qu'elle s'appelait, jusqu’au 19 mai 2006, A_. Toutefois, l'appelant, n'ayant jamais travaillé pour ces sociétés, ne peut en tirer aucun élément à l'appui de sa thèse.
Ainsi, il ne prouve pas que l’une ou l'autre des intimées aurait repris ou racheté une partie des actifs de A_ à New York ou de A_ SA à Genève, ou fusionné avec l'une ou l'autre de ces deux sociétés. Dans la mesure où les extraits de registres produits mentionnent l'existence de reprises ou de fusions, ils démontrent au contraire, par leur silence à ce sujet, l'absence de reprise de tout ou partie de la société newyorkaise ou de la société genevoise et le maintien de l'indépendance de ces sociétés.
L'appelant n’a donc pas prouvé, ni rendu vraisemblable, que l’une des sociétés assignées aurait succédé à l'un de ses employeurs et devrait répondre des créances qu'il possèderait contre eux, pas plus qu'il n'a démontré que les intimées répondraient les unes pour les activités des autres au mépris du principe de l'autonomie des personnes morales.
Il convient dans ces circonstances de confirmer la décision entreprise en tant qu'elle ne reconnaît pas aux intimées la légitimation passive et rejette de ce fait la demande.
6.
Les premiers juges sont également arrivés à cette conclusion en considérant que la créance de l'appelant, si elle était établie, serait prescrite au regard du droit newyorkais.
Dans la mesure où l'appelant s'est trouvé employé, à la fin des rapports de travail, tant par A_ à New York que par A_ SA à Genève, on peut considérer que le droit suisse pourrait aussi s'appliquer au cas d'espèce. Afin de savoir si les droits de l'appelant sont prescrits, il faut en préciser la nature, ce que personne n'a essayé de démontrer sérieusement jusqu'à présent. En effet, les droits dont se prévaut l'appelant sont inhabituels, en tant qu'ils ne résultent pas directement du contrat de travail, mais d'une convention de fin des rapports de travail et de conclusions de nouvelles obligations réciproques. S'agit-il dès lors de salaire, de bonus ou de gratification, d'intéressement ou d'une obligation sui generis comme semblent l'affirmer les intimées ?
6.1.1
Le salaire régi par l'art. 322 al. 1 CO est une prestation en argent versée en contrepartie du travail. Il se calcule en fonction du travail effectivement fourni, dans le cas du travail aux pièces ou à la tâche, ou en fonction du temps que le travailleur consacre à l'employeur (art. 319 al. 1 et 323b al. 1 CO). En l'espèce, le salaire expressément convenu était stipulé pour l'année, payable chaque quinzaine. Les parties peuvent encore convenir, en sus ou à la place d'un autre mode de rémunération, d'un salaire variable à calculer d'après le chiffre d'affaires ou le bénéfice de l'entreprise (art. 322a CO).
Le salaire comprend éventuellement, outre ce qui est dû en argent, des prestations en nature telles que la jouissance d'un appartement, l'usage d'un véhicule ou le logement et l'entretien dans le ménage de l'employeur (art. 322 al. 2 CO; BRUNNER et al., Commentaire du contrat de travail, 3e éd., ch. 8 ad art. 322 CO; WYLER, Droit du travail, Berne 2002, p. 124). Les prestations en nature peuvent comprendre des actions de l'entreprise, ou des options sur ses actions, pour autant que les règles impératives du droit du travail soient respectées (BRUNNER, op. cit., ch. 9 ad art. 322 CO; WYLER, op. cit., p. 628/629).
6.1.2
On entend par plan d'intéressement les mesures qu'une entreprise prend afin que ses cadres ou collaborateurs puissent se procurer, à intervalles réguliers et sous des modalités spécifiques, des actions de cette entreprise ou des options sur ses actions. Les modalités comportent généralement un délai pendant lequel chaque lot de titres en voie d'acquisition est seulement promis au bénéficiaire du plan, sans que celui-ci puisse en disposer d'aucune manière. Elles comportent aussi une condition suspensive ayant pour objet qu'à l'expiration du délai, le bénéficiaire soit encore au service de l'entreprise ou du groupe auquel celle-ci appartient. Si cette condition s'accomplit, le bénéficiaire reçoit alors les titres concernés, ou leur contre-valeur; dans le cas contraire, il est déchu de toute prétention. Aussi longtemps qu'il conserve des positions dans le plan d'intéressement, le bénéficiaire a donc intérêt à poursuivre les rapports de travail et à accomplir ses tâches de façon à accroître la valeur de l'entreprise et de ses actions; il est ainsi attaché à l'entreprise et associé aux objectifs de la direction et des actionnaires (ATF
130 III 495
consid. 4.1 p. 499, avec références à divers auteurs; Wolfgang PORTMANN, Die Arbeitsbedingungen der Bankangestellten: eine Darstellung und Würdigung ausgewählter Aspekte, DTA 2005 p. 78; Dominique PORTMANN, Mitarbeiterbeteiligung: Mitarbeiteraktien und Mitarbeiteroptionen im schweizerischen Arbeitsrecht, Berne 2005, ch. 63 et 64 p. 42, 103 p. 76 et 105 p. 78).
Au regard de l'art. 27 al. 2 CC, le travailleur peut se faire promettre des options ou actions dont il ne disposera qu'après cinq ans, selon les modalités d'un plan d'intéressement, sans que cela n'entraîne une restriction inadmissible de sa liberté de quitter l'employeur (ATF
130 III 495
consid. 5 p. 503).
6.1.3
La gratification dépend, au moins partiellement, du bon vouloir de l'employeur. Tel n'est manifestement pas le cas en l'espèce, le versement prévu n'étant nullement dépendant de l'employeur, quel qu'il soit, mais du résultat d'un tiers. Par ailleurs, la gratification est accessoire par rapport au salaire et elle ne peut avoir qu'une importance secondaire dans la rétribution du travailleur. Par conséquent, un montant très élevé en comparaison du salaire annuel, équivalent ou même supérieur à ce dernier, doit être considéré comme un salaire variable même si l'employeur en réservait le caractère facultatif. Il faut cependant, pour l'appeler salaire variable, qu'il soit versé régulièrement, ce qui n'est pas le cas en l'espèce (cf.
4C.183/2005
).
6.2
Ces rappels démontrent que la prétention de l'appelant ne constitue pas un salaire, une part variable d'un salaire, une gratification ou un plan d'intéressement, nonobstant les termes utilisés qui pouvaient faire croire à cette dernière figure. La différence essentielle en l'espèce consiste dans le fait que le produit que l'appelant pouvait recevoir dépend du résultat d'un tiers et est la conséquence d'une convention passée entre ce tiers et son ex-employeur. Ce paiement a en outre la particularité de ne pas avoir été prévu par le contrat de travail ni, à teneur des preuves rapportées, jamais discuté durant la période d'activité de l'appelant. L'origine de cette obligation se trouve dans un accord dit de "
Termination
and Consulting Agreement and Release
" au sujet duquel les parties n'ont pas discuté de la motivation qui le gouvernait. Cet accord est en conséquence particulièrement difficile à interpréter et la réelle et commune intention des parties ne ressort pas telle une évidence de sa lecture (art. 18 CO). La Cour considère en définitive, au vu de la particularité de cet accord, qu'il est exorbitant au contrat de travail car il n'a pas été négocié dans ce cadre et qu'il vient se greffer sur la conclusion d'un contrat de consultance, à l'instant même où l'employé et l'employeur décident de la fin des rapports de travail. Partant, il s'agit d'une convention sui generis destinée à permettre au nouveau consultant de A_ SA et de A_ de bénéficier partiellement des profits générés par une activité à laquelle il a apporté son expérience, générant une créance future et aléatoire, éléments qui ne se marient généralement pas avec le droit du travail. En ce sens, le Tribunal des prud'hommes aurait dû constater son incompétence ratione materiae.
6.3
A supposer néanmoins que la créance invoquée fût du ressort des prud'hommes, il eût fallu constater sa prescription, que ce soit au regard du droit suisse ou américain, selon les développements qui suivent.
6.3.1
Selon l'art. 339 CO, à la fin du contrat de travail, les rapports entre les parties doivent être liquidés. Il s'agit d'une règle absolument impérative (art. 361 CO). Des reports peuvent néanmoins être autorisés, notamment lorsque le travailleur a droit à une provision pour des affaires dont l'exécution a lieu entièrement ou partiellement après la fin du contrat, mais au maximum jusqu'à deux ans s'il s'agit de contrats d'assurance ou d'affaires dont l'exécution complète s'étend sur plus d'une demi-année (art. 339 al. 2 CO, AUBERT, op. cit., n. 1 à 4 ad art. 339 CO). Ce cas de figure n'est pas réalisé en l'espèce.
A teneur de l’art. 339 al. 1 CO, toutes les créances découlant du contrat de travail deviennent exigibles à la fin du contrat. La cause qui a entraîné la fin des rapports de travail n’exerce aucune influence sur l’exigibilité.
Par ailleurs, la prescription court dès que la créance est devenue exigible (art. 130 al. 1 CO) et, selon l’art. 128 ch. 3 CO, les créances découlant des rapports de travail se prescrivent par cinq ans. La prescription peut toutefois être interrompue par l'effet de diverses actions mais, en l'occurrence, rien n'a été entrepris par l'appelant.
6.3.2
Le point de départ du délai de prescription court à compter du 23 juin 1995, date à laquelle le contrat a pris fin par accord entre les parties, ce qui a eu pour effet de rendre exigibles toutes les créances de l'appelant (art. 130 CO en liaison avec l'art. 339 al. 1 CO). L'appelant tente de se retrancher derrière l'impossibilité de connaître la date des réalisations donnant lieu à ses droits puisque celles-ci dépendent d'un tiers. Il adopte toutefois une attitude contradictoire, en ce sens qu'il sollicite des intérêts dès le 23 juin 1995, lesquels supposent l'exigibilité de la créance. Or, il admet ainsi implicitement qu'il pouvait faire valoir ses prétentions dès la fin des rapports de travail, en quoi il s'accorde avec l'art. 339 CO, mais il ne se prévaut d'aucun acte interruptif de prescription. Dès lors que les créances du droit du travail se prescrivent par
5 ans (art. 128 CO), les siennes sont manifestement prescrites. D'un autre point de vue, l'appelant omet de préciser qu'il a mieux suivi son dossier qu'il ne l'avait initialement affirmé puisque, en 1999, il avait pris contact avec un dirigeant de A_ qui lui avait fait savoir que des paiements étaient intervenus. La connaissance de ces versements remonte, de manière certaine, à avril 1999. En conséquence, même dans le cas le plus favorable à l'appelant, consistant à admettre que le versement révélé en avril 1999 serait le point de départ du délai de prescription, son action serait manifestement prescrite car il n'a rien entrepris entre la connaissance de ce fait et le dépôt de sa demande le 26 février 2007.
Ainsi, à supposer que la créance de l'appelant relèverait du contrat de travail, elle serait prescrite; si elle relevait d'une obligation sui generis, elle aurait été acheminée devant une juridiction incompétente. En toute circonstance, la demande devait être écartée.
6.3.3
A suivre l'appelant toutefois, il conviendrait d'appliquer le droit étranger, lequel, selon l’art. 148 al. 1er LDIP, régit également la prescription et serait susceptible de déboucher sur une solution différente.
6.3.3.1
Il ressort de l’avis de droit de l'appelant à ce sujet que, à teneur du § 213(2) N.Y. C.P.L.R., la prescription applicable pour une demande en violation d’obligations contractuelles est de six ans, ce délai commençant à courir lorsque surviennent les événements sur lesquels se fonde la prétention (N.Y. C.P.L.R. § 203(a)) sans que le demandeur en soit nécessairement au courant (Ely-Cruikshank Co. v. Bank of Montreal, 81 N.Y.2d 399, 615 N.E.2d 985, 986, 987, 599 N.Y.S.2d 501 (N.Y. 1993)). Lorsqu’un contrat ne précise pas de date d’exécution des prestations, une période raisonnable doit être prévue (Schmidt v. McKay, 555 F.2d 30, 35 (2d Cir. 1977). Une partie peut être privée du droit d’invoquer la prescription en raison de son comportement, dont il découle qu’il serait inéquitable de rejeter la demande en raison de la prescription (Equitable Estoppel). C'est le cas lorsque le débiteur induit son adverse partie, par ses affirmations ou son comportement, à retarder l’introduction d’une procédure fondée sur une prétention connue de lui ou en cas de dissimulation frauduleuse de faits inconnus du demandeur mais pouvant fonder une action (Simcuski v. Saeli, 44 N.Y.2d 442, 377 N.E.2d 713, 406 N.Y.S.2d 259 (1978); Abraham v. Kosinski, 305 A.D.2d 1091, 759 N.Y.S.2d 278 (4th Dep’t 2003); cf. pièce 23 dem, p. 2 - 4 et les références citées sous pièce 22 dem, p. 2 et 3).
6.3.3.2
L'avis de droit des intimées mentionne également que la connaissance de la faute par le demandeur n’est pas nécessaire pour que le délai de prescription commence à courir (Varga v. Crédit Suisse, 171 N.Y.S.2d 674, 677 (N.Y. App. Div. 1958)), mais il lui appartient d'établir quand cette violation alléguée est survenue (Oppman 2006 WL 151355); il lui revient aussi, une fois la prescription établie, de rapporter la preuve nécessaire à l'application du principe susvisé de l’Equitable Estoppel (Robare v. Fortune Brands, 833 N.Y.S.2d 753, 755 (N.Y. App. Div. 2007; Wiesel v. Rubenstein, n° 5678-03, 2006 WL 1594450 (N.Y. Sup. Ct. June 7, 2006; Barrett v. Huff, 776 N.Y.S.2d 678, 680 (N.Y. App. Div. 2004)).
6.3.3.3
En appliquant mutatis mutandis ce qui a été observé ci-dessus au regard de la prescription en droit suisse
(
6.3.2
), à savoir que l'appelant omet de préciser qu'il savait, au plus tard dès avril 1999, que des versements le concernant avaient été effectués auprès de A_ et qu'un décompte présentant un solde négatif avait été dressé au sein de cette société. En conséquence, il avait dès cette date, six ans pour agir contre son débiteur, ce qu'il n'a pas fait. La prescription est donc également acquise au regard du droit newyorkais.
A supposer finalement que A_ aurait violé ses obligations contractuelles vis-à-vis de l'appelant, ce dernier n’a pas même allégué avoir été confronté à des affirmations ou des comportements de celle-ci l’ayant induit à retarder l’introduction d’une procédure, étant observé que de tels agissements ne seraient relevants que s'ils avaient été commis après 1999 et uniquement destinés à retarder l'intentat d'une procédure, ce qui n'est pas avéré.
7.
Il convient finalement d'observer que l'appelant n'a pas fourni d'éléments convaincants permettant d'arrêter le montant de sa créance. L'on peut à la rigueur admettre que les faits de la cause autorisent à considérer que le projet passé entre X_ et A_ a débouché sur un accord final, puisqu'il ressort du témoignage H_ que des versements ont été effectués par la première en faveur de la seconde. Il n'est en revanche pas possible d'admettre que les conditions de ces versements seraient établies.
En effet, l'accord du 22 juin 1993 mentionnait que A_ serait un partenaire principal. Or, c'est en définitive X_ qui a tenu ce rôle. Il résulte que la rémunération de A_ aura nécessairement été affectée par la modification des termes de l'accord. Ensuite, l'appelant fonde sa prétention sur le Fonds I, qui serait source de sa créance. Cette interprétation est contredite par les pièces du dossier, mises en relation avec le témoignage H_. Ainsi, ce témoin a précisé que le compte de l'appelant avait été alimenté par deux versements de X_ en 1999 et 2001. Or, les lettres de X_ aux investisseurs du 25 mars 2003 et du 29 juillet 2003 font toutes deux mention des premières réalisations provenant du Fonds I, lesquelles remontent nécessairement au début 2002 (en mars 2003, il est dit 14 mois plus tôt et en juillet 2003, 18 mois plus tôt). Il y a donc une incompatibilité objective entre ces faits et ceux dont se prévaut l'appelant. Par ailleurs, il sied de rappeler que, toujours selon le témoin H_, le compte de l'appelant était juste balancé en 2001. On voit mal dès lors comment ce compte aurait pu recevoir, entre 2001 et 2007, 7'875'000 US$ alors qu'il n'en avait pas reçu 300'000 US$ entre 1995 et 2001.
La prétention de l'appelant est enfin surprenante, et par conséquent d'autant plus incertaine, dans la mesure où les profits avancés sont très fluctuants, l'appelant alléguant tantôt que le capital de base avait été décuplé, tantôt que les profits correspondaient à 4 ou 5 fois la mise initiale. Le seul exemple avéré (O_) révèle un profit légèrement supérieur à quatre fois la mise initiale. Il résulte de ces considérations le sentiment que l'appelant s'est livré à une opération prospective destinée à recueillir des éléments que son dossier ne contenait pas. Il a également délivré ses propres évidences au compte-gouttes, ainsi qu'il l'admet lui-même, et la procédure conduite devant la Cour a démontré qu'il avait caché aux premiers juges des pièces qu'il devait indiscutablement posséder, ou qu'il aurait pu réunir. L'on voudra bien se référer à ce sujet à l'échange de fax avec le témoin H_ au début 1999 et aux lettres aux investisseurs de X_ de 2003 à 2005. Enfin, le déroulement de la procédure permet de penser que cette attitude, contraire aux devoirs du plaideur (cf.
3.2
supra), a également caractérisé l'approche du témoin H_, l'appelant s'étant rendu à New York pour lui présenter des pièces et l'entretenir de la procédure. Il sera encore observé que, à la lecture du témoignage H_, il est permis de supposer que l'appelant a choisi de ne verser à la procédure que les pièces qu'il voulait.
8.
Compte tenu du résultat de l’appel, l’émolument perçu reste acquis à l’Etat.
Par ailleurs, les intérêts en présence, notamment au regard de la valeur litigieuse, la complexité de la cause, accrue par l'attitude de l'appelant telle qu'exposée ci-dessus, et l'importance de l'activité déployée à la solution du litige justifient la mise à sa charge d'un émolument complémentaire à celui de mise au rôle déjà perçu en vertu de l'art. 42 du Règlement fixant le tarif des greffes en matière civile (art. 24, 25 al. 1, 42A dudit Règlement). Comptent notamment pour la fixation de cet émolument, outre la complexité de la problématique née notamment de l'imprécision des écritures et des nombreuses pièces produites, pas nécessairement traduites d'ailleurs, éléments qui accroissent notablement le travail devant être effectué. Est également relevant le fait que l'appelant a rendu plus ardu la conduite de la procédure en négligeant de produire des pièces antérieures au dépôt de sa requête. L'ensemble de ces éléments conduisent à fixer cet émolument complémentaire à 15'000 fr., étant observé que, si l'appelant avait saisi les juridictions ordinaires, il lui en aurait coûté 74'000 fr. à titre de frais d'introduction.