# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c1c1d9e5-c25f-497b-888e-36dd987ce4a4
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2020
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A. La colline du Mormont, sise sur le territoire des Communes de Bavois, d'Eclépens, de La Sarraz et d'Orny, représente un important promontoire rocheux calcaire qui s'élève entre les plaines alluviales de la Venoge, au sud, et du Nozon, au nord. Elle figure à l'Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d'importance nationale (IFP, n° 1023 "Le Mormont"), de même qu'à l'Inventaire cantonal des monuments naturels et des sites (IMNS: n° 95 "Collines du Mormont et de la Tilerie"). Une carrière de calcaire est exploitée à cet endroit depuis le début des années 1950 pour la fabrication de ciment. La société actuellement exploitante est K._ (ci-après "K._"), à ********. Cette carrière est recensée dans le Plan directeur des carrières (PDCar), dans ses versions du 18 septembre 1991, du 9 septembre 2003 et de 2014 (adopté par le Grand Conseil le 16 juin 2015), sous la référence n° 1222/104. Selon le PDCar 2014, il s'agit de la seule carrière pour la production de ciment du canton. Le volume estimé est de 20'000'000 m3. Elle est incluse dans le Plan d'affectation cantonal PAC n° 308 "Du Mormont" (ci-après le "PAC n° 308"), en vigueur depuis le 16 juin 2000 et modifié le 31 août 2005, modification entrée en vigueur le 4 mai 2007. Ce plan inclut les aires nécessaires à l'exploitation de la carrière de calcaire, soit les secteurs A et B. Le secteur A est antérieur au PAC et défini par un permis d'exploiter de 1990 (cf. art. 10 du règlement du PAC n° 308: RPAC). Le secteur B, actuellement exploité, est prolongé de deux secteurs au nord (au lieu-dit "la Fontaine") et à l'ouest (au lieu-dit "la Birette"). Ces secteurs alternatifs d'extraction sont réservés à titre directeur, pour une éventuelle extension de l'extraction. Ils sont situés hors du périmètre de l'IFP n° 1023 qui entoure cependant la carrière. L'art. 11 RPAC prévoit que le choix de l'un éliminera l'autre, à l'exception de la surface qui leur est commune. Dans tous les cas, une nouvelle procédure d'affectation et d'autorisation soumise à l'enquête publique sera nécessaire.
La carrière du Mormont assure l'approvisionnement en calcaire de la région, en particulier des cantons romands.
B. Une extension autorisée en 2000 arrivant en fin d'exploitation, la poursuite de l'activité de la cimenterie de la société K._ nécessite une nouvelle extension de la carrière. Celle-ci a été envisagée sur le plateau de "la Birette." L'extension est projetée sur une largeur de 200 m en moyenne et une profondeur allant jusqu'à 70 m. Le périmètre d'extension est prévu sur les parcelles nos 490, 499, 505, 506, 509 et 510 de la Commune de La Sarraz se trouvant en milieux agricole et forestier. Il inclut également le DP 15. Le volume des matériaux exploitables sur cette extension est estimé à 2.8 millions de m3, correspondant à 7 ans de réserve, à un rythme d'extraction estimé de 400'000 m3 par an.
Le secteur se trouvant en zones forestière et agricole, le Service du développement territorial (SDT) a requis une procédure de modification du PAC n° 308 en parallèle à la procédure de plan d'extraction, compte tenu de la modification de l'affectation envisagée. Le projet nécessitait également un défrichement. Ces procédures ont été coordonnées de manière à pouvoir être mises à l'enquête publique puis approuvées simultanément.
Mandatée par l'exploitant K._, la société L._ a élaboré, dans un seul document, un rapport conformément à l'art. 47 de l'ordonnance fédérale du 28 juin 2000 sur l'aménagement du territoire (OAT; RS 700.1) ainsi qu'un rapport d'impact sur l'environnement (ci-après "rapport 47 OAT et RIE").
Les services cantonaux ont rendu leurs préavis dans le cadre de leur examen préalable, le 14 avril 2015 (synthèse CAMAC n° 151410). Dans ce cadre, la Direction générale de l'environnement, Division biodiversité et paysage (DGE-BIODIV) a notamment rappelé que le projet se situait dans le périmètre de l'IMNS. Un examen complémentaire a eu lieu, le 5 juin 2015, suite aux compléments apportés au projet. La DGE-BIODIV a ensuite préavisé favorablement le dossier.
Le 8 juin 2015, la société L._ a complété son rapport 47 OAT et RIE en vue de la mise à l'enquête publique. Ce rapport prévoit diverses mesures à prendre dans le cadre du projet d'extension de la carrière (cf. pages 106-117 du rapport 47 OAT et RIE). Ce document comporte plusieurs annexes, dont un accord de CFF SA, sous conditions, délivrée le 26 janvier 2015, conformément à l'art. 18m de la loi fédérale du 20 décembre 1957 sur les chemins de fer (LCdF; RS 742.101), ainsi qu'un dossier photographique illustrant l'impact visuel du projet.
Le 10 juin 2015, le SDT a rendu un rapport de synthèse d'examen préalable au sens de l'art. 56 de la loi vaudoise du 4 décembre 1985 sur l'aménagement du territoire et les constructions, dans sa teneur en vigueur à ce moment-là (LATC; BLV 700.11). Dans ce cadre, la DGE-BIODIV a requis une précision, à l'art. 16 RPAC, que la terre végétale issue des opérations de décapage soit réutilisée exclusivement pour des opérations de remise en état de la carrière et qu'aucune terre exogène ne soit utilisée à cette fin. Cette synthèse mentionne encore que selon l'inventaire cantonal des surfaces d'assolement (SDA), l'extension envisagée aurait une emprise sur les SDA d'environ 7 hectares. Selon le rapport 47 OAT et RIE, le terrain ne répondrait pas au critère de la profondeur utile, de sorte qu'il n'aurait pas la qualité de SDA.
Le projet nécessitant également un défrichement, la société L._ a élaboré un rapport de défrichement, du 8 juin 2015 également (ci-après le "rapport de défrichement").
Toujours en date du 8 juin 2015, la société précitée a élaboré un mémoire technique en relation avec l'extension projetée de la gravière (ci-après: le "mémoire technique").
Il ressort du dossier que l'extension de la carrière est prévue en deux étapes.
C. Le projet d'extension de "la Birette" se trouve entièrement en secteur Au de protection des eaux. Compte tenu de l'impact géologique et hydrogéologique du projet, K._ a mandaté le Bureau d'ingénieurs M._, qui a rendu un rapport géologique et hydrogéologique, le 14 avril 2015 (ci-après: le "rapport hydrogéologique M._"). Il ressort notamment de ce rapport que des secteurs S de protection des eaux se trouvent de part et d'autre du Mormont, dans la plaine, pour protéger deux puits de pompage publics d'eau de boisson, à savoir le nouveau puits de Cinq Sous, sur le territoire communal d'Eclépens, et le puits d'Entreroches, sur le territoire communal d'Orny. Différentes sources privées et publiques se situent principalement au sud du Mormont et font l'objet d'un suivi régulier par K._, depuis 2001. En particulier, la source En Fallette est située à 300 m environ du projet de carrière de la Birette et le propriétaire de la parcelle n° 26 de la Commune d'Eclépens, N._, bénéficie d'un droit d'eau (canalisations, fouilles, prise et passage d'eau) par rapport à ce captage. Selon le rapport hydrogéologique M._, cette source non potable n'est plus utilisée depuis 2001. Toujours selon le rapport précité, le bassin d'alimentation de cette source est fortement dépendant des précipitations, ce qui explique des tarissements complets observés en périodes d'étiage en raison de faibles réserves disponibles.
Un groupe de 5 captages du Château d'Eclépens (parcelle n° 26) est recensé à l'aval, dans le bas du village d'Eclépens. D'après les surveillances régulières en cours depuis mai 2014, leur débit est toutefois faible. La qualité de l'eau de l'ensemble des petits captages privés au sud du Mormont ne répond pas aux objectifs d'eaux de boisson fixés dans le Manuel Suisse sur les denrées alimentaires (MSDA).
S'agissant du secteur Au de protection des eaux, le rapport hydrogéologique M._ conclut que l'emprise du projet d'extension de la carrière, sur le plateau de la Birette, ne comprend pas d'eaux souterraines exploitables et ne correspond pas à une zone attenante nécessaire à la protection de ressources en eaux exploitables (cf. p. 40). A titre de mesure de précaution supplémentaire, ce rapport précise que le projet n'atteindra pas l'aquitard inférieur (A inf) qui contient de l'eau en charge entre la MergelKalkZone marneuse (MKZ m) et les marnes de l'Hauterivien inférieur (MHI). Cet aquitard constitue une protection naturelle supplémentaire des aquifères profonds. L'objectif essentiel de la législation en matière de protection des eaux étant de sauvegarder les ressources en eaux souterraines exploitables, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, cet objectif est respecté. L'application à titre sécuritaire de mesures d'accompagnement proposées dans le RIE permettra de gérer les risques résiduels. Les aquitards ne contenant pas de véritables nappes au sens strict du terme, il n'est pas nécessaire de fixer une cote de fond d'exploitation située 2 m au-dessus du niveau décennal de la nappe.
D. L'exploitation de l'extension projetée implique des tirs de mine, susceptibles de provoquer des vibrations sur les constructions et les personnes. Le rapport 47 OAT et RIE précité (p. 28 ss) se réfère à cet égard à l'art. 15 de la loi fédérale du 7 octobre 1983 sur la protection de l'environnement (LPE; RS 814.01), ainsi qu'à la norme SN 640 312a de l'Union des professionnels suisses de la route (VSS), d'avril 1992, et la norme allemande DIN 4150/2 relative au bruit solidien. En retenant la valeur indicative pour des bâtiments normalement sensibles, la norme SN 640 312a fixe la limite à 6 mm/s pour assurer la protection des bâtiments impactés par l'exploitation de la carrière. Par mesure de précaution supplémentaire, le Canton de Vaud a demandé à l'exploitante de se tenir dans la mesure du possible en dessous de 3 mm/s (cf. rapport précité, p. 30). Le rapport conclut au respect de ces valeurs, de même que pour les vibrations sur les personnes. Plusieurs mesures sont intégrées au projet à ce sujet (cf. p. 106-7), en particulier la limite de 3 mm/s pour les tirs de mines, un suivi des vibrations sur les bâtiments, ainsi qu'une annonce des tirs sur demande. Selon une étude effectuée par la société O._, le 14 février 2012 (ci-après: le rapport O._), les niveaux de vibrations mesurées par K._ sont comparables à ceux obtenus par le bureau O._.
E. En ce qui concerne la protection des sols, le projet prévoit de décaper les sols pendant les phases d'exploitation de la carrière. A terme, la remise en état des terrains permettra de rendre ces surfaces à la nature et à la forêt (cf. notamment rapport 47 OAT et RIE, p. 96 ss). Les sols décapés doivent être stockés et vu les contraintes retenues, le site retenu à cet effet est la parcelle n° 231 de la Commune d'Eclépens, propriété de K._. Parmi les mesures d'accompagnement du projet, la mesure S5 prévoit la remise en état de la parcelle n° 231.
F. S'agissant des surfaces d'assolement, le rapport 47 OAT et RIE concluait initialement qu'il n'y avait aucun sol du site de la Birette qui réponde au critère de définition des SDA concernant la profondeur utile (p. 99).
G. Quant à l'impact du projet sur la nature, le rapport 47 OAT et RIE prévoit une série de mesures de compensation (p. 107 ss), notamment la création de mares temporaires et permanentes, de pelouses maigres et rocheuses, la plantation de différentes plantations, la création de divers aménagements pour la faune et les oiseaux, etc. Le suivi des mesures de compensation continuera 5 ans après la fin de l'exploitation de la carrière de la Birette. En outre, le périmètre de la carrière faisant partie du PAC n° 308, le suivi du projet d'extraction sera assuré par la Commission de suivi prévue par l'art. 6 RPAC.
H. Le projet de modification du PAC n° 308 intègre l'extension de la carrière sous un secteur C nouveau, étant rappelé que le secteur A concerne la carrière antérieure au PAC de 2000 et le secteur B, soit la carrière de Mormont 6, concerne le secteur exploité depuis 2000 (cf. art. 10 RPAC). L'art. 16 RPAC est modifié comme suit:
"Secteurs A et B et C, Procédés d'extraction
Les procédés techniques d'extraction du calcaire devront être constamment conformes aux dispositions légales en vigueur afin de sauvegarder et respecter l'environnement bâti, d'éviter les rejets de poussières et de prévenir les éventuelles chutes de rocher à partir des falaises dominant le village.
Secteurs A et B et C, Terre végétale
La terre végétale issue des opérations de décapage doit être réutilisée exclusivement pour des opérations de remise en état de la carrière après l'exploitation de cette dernière.
En aucun cas des terres exogènes ne seront utilisées pour ces remises en état."
I. Le projet de modification du PAC n° 308, le plan d'extraction et la demande de permis d'exploiter de l'étape 1 de la carrière de la Birette ainsi que la demande de défrichement ont été mis à l'enquête publique aux greffes des communes de Bavois, Eclépens, La Sarraz et Orny, du 16 juin au 16 juillet 2015.
Ce projet a suscité plusieurs oppositions, notamment de la part d’A._, de B._ et C._, de D._, ainsi que de personnes individuelles, dont H._ et N._, F._ et G._, I._ et J._. Les opposants de H._ et N._ sont domiciliés au ********, à Eclepens, et les recourants F._ et G._ à ********, à Eclepens.
Le projet prévoyant une partie des mesures de compensation et de reboisement à l'intérieur du périmètre IFP, la Direction générale de l'environnement (DGE) a sollicité, le 2 septembre 2015, le préavis de la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage (CFNP). Cette commission a rendu son préavis le 4 décembre 2015. Ses conclusions sont les suivantes:
"vu les documents présentés et suite à la visite des lieux d'une délégation de la commission, la CFNP arrive à la conclusion que l'extension de la Birette constitue une atteinte importante aux objectifs de protection de l'objet IFP, notamment à l'intégrité de la silhouette et au caractère paysager du Mormont ainsi qu'à sa fonction importante en terme de réseau écologique.
Afin de réduire le projet d'extension à une atteinte supplémentaire légère, et de répondre au plus grand ménagement possible selon l'article 6 LPN, la commission est d'avis qu'il est nécessaire de:
- conserver un cordon paysager d'une largeur d'environ 100 m – incluant le cordon boisé existant – entre la carrière du Mormont et l'extension de la Birette, formant ainsi un pont partiellement boisé entre les deux côtés nord et sud de la carrière.
La commission souhaite être tenue au courant de la suite de cette affaire."
Le 13 janvier 2016, la DGE a présenté des compléments d'information à la CFNP, en sollicitant une réévaluation des conclusions de son préavis du 4 décembre 2015. Elle expliquait en particulier qu'une exploitation sous forme de galerie souterraine, avec le maintien d'un pont boisé ou sous forme de tunnel n'était pas faisable pour des raisons techniques et économiques. La CFNP a rendu un préavis complémentaire, le 15 mars 2016, dans lequel elle se rallie aux explications fournies. Elle rappelle que le plus important est de limiter l'atteinte sur les objectifs de protection de l'objet IFP qui est de préserver l'intégrité de la silhouette du Mormont. Dans ce contexte, la CFNP constate qu'un comblement du périmètre de la Birette jusqu'au point le plus haut actuellement exploité, de manière à reconstituer une ligne de crête nord-sud, représenterait finalement la meilleure solution pour répondre aux objectifs de protection. Cette commission demande à être régulièrement informée par le Canton des résultats intermédiaires de l'étude de comblement de la carrière de la Birette et des planifications y relatives.
J. Par ailleurs, la DGE a relevé, le 23 septembre 2015, que le flanc sud de la colline du Mormont était colloqué en zone de danger moyen à élevé sur la carte des dangers naturels en voie d'être publiée (cf. carte des dangers de chute de pierres et blocs, dans son état au 9 novembre 2017). Elle entendait engager une expertise, aux frais de l'exploitante K._, ayant pour but d'évaluer les effets possibles de l'exploitation de la carrière de la Birette sur les instabilités reconnues.
A la demande du DTE, le bureau d'ingénieurs M._ a rendu un rapport d'expertise complémentaire, le 26 mai 2016 (ci-après: le rapport M._ 2016), relatif à l'effet des vibrations liées aux tirs de mines sur les instabilités naturelles du flanc sud de la colline du Mormont, recensées lors de la réalisation de la carte des dangers naturels du Canton de Vaud. Cette étude fait notamment suite à un éboulement survenu en 2015 à l'arrière de la parcelle n° 477 d'Eclepens, propriété d'F._ et de G._. Ce rapport formule les conclusions suivantes:
"7. Conclusions
Les facteurs liés à la végétation et aux facteurs météorologiques sont prépondérants sur le déclenchement des éboulements par rapport aux effets des vibrations liées aux tirs de mines.
L'analyse détaillée de l'éboulement de mai 2015 à l'arrière de la parcelle n° 477 confirme une influence prépondérante de l'altération, de l'eau et de la végétation.
Les vibrations liées aux tirs de mines du projet Birette ne peuvent pas augmenter le volume des instabilités répertoriées, ou générer de nouvelles instabilités.
Les degrés de danger de la carte des dangers naturels ne sont pas modifiés par le projet Birette.
La carte des dangers du Canton de Vaud a mis en évidence un déficit de protection au niveau des falaises étudiées. L'exploitation de la carrière n'a aucun effet sur le type ou la taille des mesures de protection à mettre en œuvre. Un projet est actuellement en cours d'élaboration par la commune d'Eclépens. Ce projet sera de nature à protéger les habitations concernées de manière adéquate."
Une séance d'information a eu lieu en présence des opposants, le 4 novembre 2015.
K. Le 23 mai 2016, l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) a donné un avis positif sur le défrichement et sur le reboisement de compensation, sous réserve de la prise en compte des demandes et recommandations formulées sous chiffres 1.3 et 1.5. Ces demande et recommandation sont libellées comme suit:
"Demande
[1] Les travaux doivent se faire dans le respect de l'annexe 4 chiffre 211 alinéa 3 de l'OEaux.
[...]
Recommandation
[2] L'OFEV recommande de poursuivre les réflexions concernant la modification du projet dans le sens d'un comblement.
[...]"
L. Le 26 mai 2016, la DGE a délivré une autorisation de défrichement définitif d'une surface de 12'560 m2. Cette décision pose plusieurs conditions, notamment une compensation d'une surface équivalente. Une autre condition est de poursuivre les réflexions en vue d'un comblement, conformément à la demande de l'OFEV.
M. Le 6 juin 2016, le DTE a rendu la décision finale relative à l'étude de l'impact sur l'environnement, adopté le plan d'extraction et octroyé le permis d'exploiter la carrière de la Birette; enfin il a approuvé la modification du PAC n° 308. Il a également confirmé l'autorisation de défrichement rendue le 26 mai 2016 par la DGE.
N. Le 5 juillet 2016, H._ et N._, F._ et G._, ainsi que d’autres opposants ont formé un recours commun contre ces décisions devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP). La cause a été enregistrée sous la référence AC.2016.0237.
Le 7 juillet 2016, A._, B._ et C._ ainsi que D._ et E._ ont formé un recours contre ces décisions par leur conseil commun devant la CDAP. La cause a été enregistrée sous la référence AC.2016.0238.
Le 8 septembre 2016, l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) a également formé recours contre les décisions précitées devant la CDAP. La cause a été enregistrée sous la référence AC.2016.0298.
Les causes ont été jointes sous la référence AC.2016.0238.
O. L'instruction a ensuite été suspendue, suite à des discussions entreprises entre la DGE et l'OFAG. Dans ce contexte, la société L._ a élaboré, le 20 avril 2017, un addendum modifiant le Rapport 47 OAT et RIE du 8 juin 2015. Cet addendum modifie le rapport précité sur la question des surfaces d'assolement. Il confirme en particulier le stockage sur la parcelle n° 231 d'Eclepens des sols agricoles et forestiers pendant la durée de l'exploitation, étant précisé que cette parcelle est comprise dans l'inventaire des SDA. L'emprise sur cette parcelle sera toutefois temporaire. En ce qui concerne la compensation des emprises définitives du projet sur des surfaces d'assolement, ce rapport constate l'absence de possibilités de compensation sur les territoires communaux concernés et propose de prendre ces emprises sur la marge de manœuvre cantonale. La marge cantonale serait ainsi amputée de 7.691 hectares (ha), étant précisé que les 1.369 ha de la parcelle n° 231 redeviendraient à terme des surfaces d'assolement. En définitive la marge de manœuvre cantonale serait ainsi amputée de 6.052 ha.
P. A l'issue de ces discussions, le DTE a rendu une décision complémentaire, le 2 mai 2017, modifiant la décision finale du 6 juin 2016. Aux termes de cette décision, le DTE confirme les chiffres 5.1 à 5.5, 5.7 et 5.8 de sa décision initiale et modifie le chiffre 5.6 de cette décision comme suit:
"Dit que les emprises sur les SDA inventoriées dans les géodonnées cantonales sont compensées par soustraction sur la marge cantonale, qui est suffisante."
Q. L'OFAG a en conséquence retiré son recours, le 15 mai 2017, ce dont il a été pris acte par décision du 8 juin 2017, la procédure se poursuivant pour les autres recourants.
R. Les parties se sont encore exprimées par écrit et le Tribunal a tenu une audience le 29 novembre 2017. A cette occasion, il a procédé à une inspection locale en présence des parties qui ont été entendues dans leurs explications.
La DGE a complété le dossier, à la requête du Tribunal, le 30 août 2018. A cette occasion, elle a produit le procès-verbal de la séance de la Commission cantonale pour la protection de la nature (CCPN), du 25 mai 1999, ainsi que le procès-verbal d'une autre séance de cette commission, du 10 novembre 2014. Il ressort du premier document précité que la CCPN a préavisé favorablement à l'extension de la carrière K._ à Eclépens et au PAC Mormont, aux conditions suivantes:
"les modifications apportées au projet présenté en séance de Comité de pilotage du 20 mai 1999 (suppression du secteur cynologique – précision concernant les passages à faune et les lisières forestières) seront intégrées définitivement au projet;
l'exploitant veillera à ce que la réalisation des vires et plate-forme soit réalisée de manière à éviter les risques de ruissellement;
la mesure de reboisement compensatoire principale à la Birette sera réalisée sous la forme d'un massif en chênaie indigène;
la Commission de suivi sera paritaire, de manière à assurer la présence des milieux intéressés par la protection de la nature."
S. Par arrêt du 15 octobre 2018 (AC.2016.0238, AC.2016.0237), la CDAP a admis les recours et annulé les décisions contestées, le dossier étant renvoyé au DTE pour instruction complémentaire et nouvelles décisions. En substance, le Tribunal a considéré qu’il manquait au dossier un préavis de la Commission cantonale pour la protection de la nature (CCNP), en application de l’art. 81 de la loi vaudoise du 10 décembre 1969 sur la protection de la nature, des monuments et des sites (LPNMS ; BLV 450.11). Le Tribunal a également relevé une lacune dans la motivation de la décision attaquée du 6 juin 2016, relative à une exigence préconisée par l’OFEV quant à la protection des eaux.
T. Le 7 décembre 2018, la CCPN a pris position sur le projet d’extension de la carrière sur le secteur de la Birette. On extrait de ce préavis ce qui suit:
"(...), les membres de la CCPN ont pris acte:
des démarches en cours d’analyses des objets IMNS et de la volonté de la DGE de supprimer à terme les objets IMNS couverts tout ou partie par un inventaire fédéral d’importance nationale et de ne conserver que les objets de valeur paysagère d’intérêt cantonal et les biotopes d’importance régionale. Dans le cas d’espèce, le site IMNS no 95 « Collines du Mormont et de la Tilerie » se voit comprendre l’entier du site IFP et inclure une partie de la carrière actuelle en exploitation, ainsi que les deux extensions inscrites à titre directeur dans le plan d’affectation de base 308;
que les milieux naturels dignes de protection selon l’annexe 1 OPN couvrent une surface de 450m2 dans l’emprise du projet. Ceci correspond à 0.3% de l’ensemble des surfaces OPN répertoriées sur le Mormont;
que le projet prévoit des mesures de compensation de qualité qui nécessiteront d’être réévaluées si les études à venir de comblement devaient privilégier cette option dans le réaménagement final pour une meilleure intégration paysagère du site;
que s’agissant des mesures de compensation et notamment du corridor biologique d’importance suprarégionale, celui-ci est perturbé, mais pas interrompu. Les principaux problèmes rencontrés sont l’extension des zones bâties qui empêche le libre passage des espèces, ainsi que le manque de structures, telles que les haies et les lisières, qui permettent d’orienter et de faciliter le transit des espèces. La zone du Moulin Bornu ne se voit là aussi pas un obstacle infranchissable. A cet endroit, la statistique cantonale des animaux accidentés mentionne seulement 5 chevreuils, 1 sanglier, 1 blaireau percutés entre 2012 et 2017, soit environ 1 animal par année. Selon les précisions apportées par les représentants de la division Biodiversité et paysage, la fonctionnalité de ce corridor pour la grande faune et la faune forestière sera garantie. En effet, le site d’extraction sera utilisé en période diurne et uniquement pendant les jours ouvrables de la semaine. De plus, étant interdit d’accès au public, le site bénéficiera d’une certaine quiétude. Les études menées lors de l’établissement du réseau écologique cantonal (REC) ont montré que le transit des espèces forestières se faisait sur une zone de déplacement non limitée au cœur du Mormont (partie sommitale, carrières, boisés, zones agricoles) mais s’étendant sur environ 1 km de largeur, des berges de la Venoge à la Plaine de l’Orbe. Dans la mesure où le projet prévoit une gestion différenciée de la lisière de la partie boisée du corridor biologique, que la carrière et ses gradins restent franchissables pour la grande faune et que des plantations de nouvelles haies et des entretiens spécifiques de sites particuliers en zone agricole permettront d’offrir des refuges et des ressources supplémentaires aux animaux présents ou en transit, la fonctionnalité restera garantie;
que le réaménagement prévu de la carrière vise l’obtention de milieux secs dans les parois et de milieux plutôt humides dans le carreau d’exploitation ce qui permettra, à terme de diversifier et renforcer la valeur du site.
(...)
A l’issue de ce délai de consultation, ses membres ont statué comme suit :
2 avis négatifs
3 abstentions
6 avis positifs.
Les avis négatifs émanent des représentants des ONG. Tant le représentant de B._ et C._ que celui du D._ et E._ estiment que les modalités de comblement doivent être définies avant toute nouvelle extension sur le secteur Birette. Pour le solde, ils n’émettent pas de remarques particulières, ni ne formulent de demandes complémentaires.
A noter que sur les trois abstentions (représentant des milieux scientifiques, représentant des communes, représentant du comité suisse de l’UICN), l’une découle d’un conflit d’intérêt, le représentant du comité suisse de l’UICN étant directeur d’un bureau mandataire d’K._, exploitant de la carrière. Le représentant des communes demande par ailleurs à ce que la CCPN soit tenue informée de l’avance des études sur le comblement.
Hormis les deux avis négatifs et trois abstentions précitées, les 6 autres membres de la CCPN considèrent qu’au vu des mesures actuelles de compensations prévues, de l’issue des discussions sur les surfaces d’assolement avec l’office fédéral de l’agriculture, du respect du périmètre de protection d’importance nationale, des préavis des services en leur possession, de la pesée des intérêts faite lors de la décision, le projet d’extension peut être accepté tel que présenté."
U. Le 7 janvier 2019, le DTE (auquel a succédé, en 2020, le Département de l’environnement et de la sécurité: DES) a rendu une nouvelle décision finale relative à l’étude de l’impact sur l’environnement, a adopté le plan d’extraction et octroyé un permis d’exploiter, a adopté une modification du PAC n° 308 Le Mormont en relation avec la carrière de la Birette. Préalablement, la DGE a délivré une autorisation de défrichement, le 29 novembre 2018.
Le dispositif de la décision finale précitée prévoit ce qui suit :
"5. Décision

## Considerations