# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** b2745057-44a5-4a94-95a7-296446eb503f
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_002
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
, que par acte expédié le 12 septembre 2022 à la Cour de justice, A_ SAGL a formé appel de cette ordonnance, sollicitant son annulation; qu'elle a conclu à ce que la Cour ordonne l'inscription provisoire d'une hypothèque légale des artisans et entrepreneurs à concurrence de 1'859'265 fr. 12, avec intérêts à 5% l'an dès le 10 décembre 2021, et charge le Conservateur du Registre foncier D_ [GE] de procéder sans délai à ladite inscription, et "après avoir donné la possibilité aux requis de se prononcer par oral ou par écrit", de maintenir ladite inscription provisoire, de lui impartir un délai de trois mois pour ouvrir action au fond, l'inscription provisoire demeurant en vigueur durant ce délai, ou, en cas d'action au fond, jusqu'à l'échéance d'un délai de 60 jours dès "l'entrée en force du jugement au fond";
Qu'elle a notamment fait valoir que c'est à tort que le Tribunal a retenu qu'elle avait reçu la résiliation du contrat le 10 décembre 2021; qu'elle avait dû, le lundi 13 décembre 2021, renoncé à travailler en raison des mauvaises conditions météorologiques; qu'elle avait d'ailleurs laissé tout son matériel et ses outils sur le chantier; qu'elle avait continué après le 10 décembre 2021 à exécuter des travaux;
Considérant,

## Considerations

EN DROIT
, qu'à teneur de l'art. 265 al. 1 CPC, en cas d'urgence particulière, notamment s'il y a risque d'entrave à leur exécution, le tribunal peut ordonner des mesures provisionnelles immédiatement sans entendre la partie adverse;
Que l'octroi de mesures provisionnelles suppose la vraisemblance du droit invoqué et des chances de succès du procès au fond, ainsi que la vraisemblance, sur la base d'éléments objectifs, qu'un danger imminent menace le droit du requérant, enfin la vraisemblance d'un préjudice difficilement réparable - qui peut être patrimonial ou immatériel -, ce qui implique une urgence (Message du Conseil fédéral du 28 juin 2006 relatif au code de procédure civile suisse, in FF 2006 p. 6841 ss, spéc. 6961; arrêts du Tribunal fédéral
5A_931/2014
du 1er mai 2015 consid. 4;
5A_791/2008
du 10 juin 2009 consid. 3.1; Bohnet, Code de procédure civile commenté, 2ème éd., 2019, n. 3 ss ad art. 261 CPC);
Que dans le cadre des mesures provisionnelles, le juge peut se limiter à la vraisemblance des faits et à l'examen sommaire du droit, en se fondant sur les moyens de preuve immédiatement disponibles (ATF 139 III 86 consid. 4.2;
131 III 473
consid. 2.3); que la preuve est (simplement) vraisemblable lorsque le juge, en se fondant sur des éléments objectifs, a l'impression que les faits pertinents se sont produits, sans pour autant qu'il doive exclure la possibilité que les faits aient pu se dérouler autrement (ATF
139 III 86
consid. 4.2;
130 III 321
consid. 3.3 = JdT
2005 I 618
);
Que le requérant doit rendre vraisemblable que le droit matériel invoqué existe et que le procès a des chances de succès, la mesure provisionnelle ne pouvant être accordée que dans la perspective de l'action au fond, qui doit la valider (art. 263 et 268 al. 2 CPC);
Que concernant la vraisemblance qu'un danger imminent menace le droit du requérant, ainsi que la vraisemblance d'un préjudice difficilement réparable, le requérant doit rendre vraisemblable qu'il s'expose, en raison de la durée nécessaire pour rendre une décision définitive, à un préjudice qui ne pourrait pas être entièrement supprimé même si le jugement à intervenir devait lui donner gain de cause (arrêt du Tribunal fédéral
4A_611/2011
du 3 janvier 2012 consid. 4.1); qu'en d'autres termes, la condition de l'urgence doit être considérée comme remplie lorsque sans mesures provisionnelles, le requérant risquerait de subir un dommage difficile à réparer au point que l'efficacité du jugement rendu à l'issue de la procédure ordinaire au fond en serait compromise (arrêt du Tribunal fédéral
5A_629/2009
du 25 février 2010 consid. 4.2); qu'il s'agit d'éviter d'être mis devant un fait accompli dont le jugement ne pourrait pas complètement supprimer les effets (arrêt du Tribunal fédéral
4A_611/2011
du 3 janvier 2012 consid. 4.1);
Qu'aux termes de l'art. 837 al. 1 ch. 3 CC - dans sa teneur en vigueur depuis le 1er janvier 2012 (RO 2011 4637) -, les artisans et entrepreneurs (ou les sous-traitants; FF 2007 5052) employés à la construction ou à la destruction de bâtiments ou d'autres ouvrages, au montage d'échafaudages, à la sécurisation d'une excavation ou à d'autres travaux semblables, peuvent requérir l'inscription d'une hypothèque légale sur l'immeuble pour lequel ils ont fourni des matériaux et du travail ou du travail seulement, que leur débiteur soit le propriétaire foncier, un artisan ou un entrepreneur, un locataire, un fermier ou une autre personne ayant un droit sur l'immeuble; que l'inscription peut être requise dès le moment de la conclusion du contrat (art. 839 al. 1 CC) et doit être obtenue, à savoir opérée au registre foncier au plus tard dans les quatre mois qui suivent l'achèvement des travaux (art. 839 al. 2 CC); qu'il s'agit d'un délai de péremption (ATF
126 III 462
consid. 2c/aa, avec les références), qui peut être sauvegardé par l'annotation d'une inscription provisoire (art. 48 al. 2 let. b et 76 al. 3 ORF; arrêt du Tribunal fédéral
5A_420/2014
du 27 novembre 2014 consid. 3.1);
Qu'il y a achèvement des travaux, au sens de l'art. 839 al. 2 CC, quand tous les travaux qui constituent l'objet du contrat d'entreprise ont été exécutés et que l'ouvrage est livrable; que ne sont considérés comme travaux d'achèvement que ceux qui doivent être exécutés en vertu du contrat d'entreprise et du descriptif, non les prestations commandées en surplus sans qu'on puisse les considérer comme entrant dans le cadre élargi du contrat; que des travaux de peu d'importance ou accessoires, différés intentionnellement par l'artisan ou l'entrepreneur, ou bien encore des retouches (remplacement de parties livrées mais défectueuses, correction de quelque autre défaut) ne constituent pas des travaux d'achèvement; que les travaux effectués par l'entrepreneur en exécution de l'obligation de garantie prévue à l'art. 368 al. 2 CO n'entrent pas non plus en ligne de compte pour la computation du délai (ATF
106 II 22
consid. 2b;
102 II 206
consid. 1a);
Qu'en revanche, lorsque des travaux indispensables, même d'importance secondaire, n'ont pas été exécutés, l'ouvrage ne peut pas être considéré comme achevé; que des travaux nécessaires, notamment pour des raisons de sécurité, même de peu d'importance, constituent donc des travaux d'achèvement; que les travaux sont ainsi jugés selon un point de vue qualitatif plutôt que quantitatif;
Que le délai de l'art. 839 al. 2 CC commence à courir dès l'achèvement des travaux, et non pas dès l'établissement de la facture; qu'il s'ensuit que, lorsque des travaux déterminants sont encore effectués après la facturation et ne constituent pas des travaux de réparation ou de réfection consécutifs à un défaut de l'ouvrage, ils doivent être pris en compte pour le dies a quo du délai (arrêt du Tribunal fédéral
5A_282/2016
consid. 4.1);
Que selon l'art. 961 al. 3 CC, le juge statue - en procédure sommaire (art. 249 let. d ch. 5 CPC) - sur la requête et autorise l'inscription provisoire si le droit allégué lui paraît exister; que vu la brièveté et la nature péremptoire du délai de l'art. 839 al. 2 CC, l'inscription provisoire de l'hypothèque légale ne peut être refusée que si l'existence du droit à l'inscription définitive du droit de gage paraît exclue ou hautement invraisemblable (arrêts du Tribunal fédéral
5A_420/2014
précité consid. 3.2;
5D_116/2014
du 13 octobre 2014 consid. 5.3 et la jurisprudence citée);
Qu'à teneur de l'art. 315 al. 4 let. b CPC, l'appel n'a pas d'effet suspensif lorsqu'il a pour objet des décisions portant sur des mesures provisionnelles;
Qu'en l'espèce, l'appel porte sur des mesures provisionnelles rendues par le Tribunal; que dans l'ordonnance querellée, le premier juge a rejeté les mesures provisionnelles requises et a révoqué l'ordonnance sur mesures superprovisionnelles rendue le 13 avril 2022, faisant droit, à titre provisionnel, aux mesures requises;
Qu'en conséquence, l'appel n'a pas d'effet suspensif; que la partie appelante n'a pas requis la suspension de l'exécution des mesures provisionnelles, au sens de l'art. 315 al. 5 CPC;
Que les conclusions de l'appelante, laquelle comparaît en personne, doivent être interprétées comme une requête de mesures superprovisionnelles et provisionnelles;
Que la partie appelante a rendu vraisemblable avoir conclu avec la partie intimée un contrat d'entreprise portant sur la réalisation de façades, y compris la fourniture de fenêtres;
Qu'elle a également rendu vraisemblable avoir exécuté des travaux; qu'elle allègue avoir dû exécuter des travaux complémentaires, ce que la partie intimée conteste;
Que bien que la partie appelante n'ait pas allégué avec précision la date à laquelle les travaux ont été achevés, il ne peut pas être exclu, sous l'angle de la vraisemblance, que des travaux ont été exécutés au-delà du 12 décembre 2021; que la partie appelante a en effet reçu le courrier de résiliation du contrat, du 10 décembre 2021, le 15 décembre 2021; qu'en conséquence, à ce stade et toujours sous l'angle de la vraisemblance, la partie appelante a rendu vraisemblable avoir déposé sa requête en inscription provisoire d'une hypothèque légale dans le délai de 4 mois;
Qu'il ne peut pas non plus à ce stade, sur mesures superprovisionnelles, être retenu que la créance invoquée par la partie appelante est exclue ou hautement invraisemblable; qu'en effet, et quand bien même celle-ci est contestée par la partie intimée, cette dernière a conclu, devant le Tribunal, à titre subsidiaire, à ce qu'une somme de 224'000 fr. soit déduite de la créance invoquée par la partie appelante;
Qu'à défaut de prononcé des mesures superprovisionnelles requises, la partie appelante risque de subir un préjudice irréparable, si l'inscription provisoire de l'hypothèque légale opérée à titre superprovisionnel le 13 avril 2022 devait être levée;
Que la condition de l'urgence est ainsi également réalisée;
Que les mesures requises par la partie appelante seront dès lors ordonnées, en ce sens que l'inscription provisoire opéré le 13 avril 2022 doit être maintenue jusqu'à droit jugé définitif sur l'inscription provisoire;
Qu'une décision de mesures superprovisionnelles prise en raison d'une urgence particulière (décision d'urgence) doit obligatoirement être suivie - après audition des parties à la procédure - d'une décision de mesures provisionnelles (décision ordinaire de mesures provisionnelles), qui confirme, modifie ou supprime, et ainsi, remplace, les mesures superprovisionnelles précédemment ordonnées (ATF
139 III 86
;
140 III 529
, JdT
2015 II 135
);
Que la requête sera ainsi transmise à la partie citée, un délai de 10 jours lui étant imparti pour y répondre et produire ses titres;
Que le versement, par la partie requérante, d'une avance de frais de 2'500 fr., pour l'appel, ainsi que les mesures superprovisionnelles et provisionnelles, sera requis (art. 26 RTFMC) et un délai de 10 jours imparti à cet effet;
Que la suite de la procédure sera réservée;
Qu'il sera statué sur les frais liés à la présente décision dans l'arrêt rendu sur le fond (art. 104 al. 3 CPC).
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