# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** d73ac710-c909-4ff4-8553-36c71a0a3d1a
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2009
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
A. X._ Y._ est entrée en Suisse le 27 décembre 1997 à la suite d’un mariage avec un ressortissant suisse. Après avoir obtenu une autorisation d’établissement le 11 décembre 2003, elle s’est mariée en seconde noce avec un compatriote le 29 septembre 2006.
B.
a) A. X._ Y._ est mère de deux enfants nés et vivant au Cameroun, B. Z._, né le 22 août 1992, et C. A._ , née le 25 janvier 1994. En octobre 2007, A. X._ Y._ a déposé une demande de regroupement familial à l’Ambassade suisse du Cameroun en faveur de ses deux enfants. Les demandes d’autorisation de séjour ont été signées le 1
er
octobre 2007 par les enfants B. Z._ et C. A._, à Yaoundé.
b) Le 8 août 2008, le SPOP a fait savoir à A. X._ Y._, qu’en l’état de son dossier, les éléments pour un regroupement familial n’étaient pas réunis. Il a exposé les motifs suivants :
« (...). En effet nous constatons que vos enfants âgés respectivement de 16 et 14 ans ont toujours vécu au Cameroun et que vous séjournez en Suisse depuis 1997. Durant tout votre séjour vous n’avez jamais sollicité un regroupement familial en leur faveur.
(....) nous sommes toutefois disposés à vous impartir un délai au 30 septembre 2008 pour nous faire part de vos objections à ce propos et nous fournir des éléments complémentaires susceptibles de renforcer de manière positive le dossier de vos enfants, notamment sur les raisons de votre demande de regroupement familial tardive (...)
».
Le 26 septembre 2008, A. X._ Y._ a demandé au SPOP de donner une suite favorable à sa demande, et elle a fourni les explications suivantes :
«
(...) Je fais suite à votre courrier du 8 août 2008 en réponse à ma demande de regroupement familial en faveur de mes deux enfants C. âgée de 14 ans et Z._ B.,, âgé de 16 ans. (...). Suite à mon mariage au Cameroun avec Monsieur D._, ressortissant suisse, je suis arrivée en Suisse, en 1997, au bénéfice d’une autorisation de séjour. Lors de mon mariage avec Monsieur D._, j’étais déjà mère de mes deux enfants alors âgés de trois et cinq ans, tous deux nés d’une autre relation.
Malgré mes demandes insistantes, Monsieur D._ a toujours refusé que je fasse venir mes enfants en Suisse pour vivre avec nous. Il était lui-même père de deux enfants nés d’un précédent mariage qu’il voyait dans le cadre de l’exercice de son droit de visite. Nos rapports se sont malheureusement assez rapidement dégradés, principalement en raison de son refus catégorique s’agissant de la venue de mes enfants. Il m’a même interdit d’informer ses enfants du fait que j’étais également mère. Pendant mes années vécues avec Monsieur D._, il m’a ainsi, à ma grande peine, malheureusement été impossible en raison de I’attitude de refus mon mari et de nos relations tendues, de faire venir mes jeunes enfants en Suisse, situation que j’ai vécue très douloureusement.
Malgré mon installation en Suisse, j’ai toujours conservé des liens d’affection très forts avec mes enfants auprès desquels je suis retournée chaque année. Mes enfants ont toujours demandé à pouvoir vivre auprès de moi. Inutile de préciser que de voir leur tristesse à chacun de mes retours en Suisse a toujours été une situation douloureuse à vivre pour moi et a alimenté une certaine colère à l’encontre de mon premier mari, Monsieur D._.
Suite à ma séparation d’avec Monsieur D._ en 2004, j’ai ensuite dû vivre seule. Mon unique source de revenu était alors mon salaire de fr. 2’000 environ perçu dans le cadre de mon emploi au E._ (...). Ma situation financière très précaire m’a contrainte à loger dans un studio, sis à 2********, constitué d’une pièce principale et d’une petite cuisine (...). Il m’était ainsi matériellement impossible de faire venir mes enfants en Suisse et j’ai dû, à ma grande tristesse, provisoirement renoncer à déposer une demande qui aurait vraisemblablement été vouée à l’échec, l’entretien de mes enfants ne pouvant alors être assuré qu’au travers d’une aide sociale.
J’ai ensuite fait la connaissance, en décembre 2005, de mon futur second mari, Monsieur F. X._ Y._, qui était alors requérant d’asile. Sa demande d’asile ayant été rejetée, il n’avait plus le droit d’exercer une activité lucrative en Suisse. (...) Nous avons vécu ensemble un certain temps dans mon petit studio avec comme seule source de revenu mon salaire du E._. Il m’était alors là également matériellement toujours impossible de faire venir mes enfants auprès de moi.
Nous avons ensuite déménagé dans un appartement de 3,5 pièces en avril 2006, mon logement actuel. Je ne bénéficiais alors toutefois que d’un salaire brut de fr. 1’590 par mois ce qui ne me permettait pas de subsister à l’entretien de mes enfants en plus de celui de notre couple.
Suite à mon mariage avec Monsieur F. X._ Y._, notre situation s’est progressivement améliorée. Mon époux a trouvé en juin 2007 un emploi fixe qui lui assure un revenu mensuel brut de fr. 2'800.- J’ai personnellement pu augmenter mon taux d’activité à 70% en mars 2007 pour une rémunération brut de fr. 2'270.- (...)
C’est finalement à partir du mois d’avril 2008 seulement que j’ai pu encore augmenter mon activité à 80%. Je bénéficie ainsi depuis cette période d’un salaire mensuel brut de fr. 3'000.- environ (...).
C’est suite à l’amélioration. de ma situation financière et en particulier à l’augmentation, en avril 2008, de mon salaire qui me permet enfin de pouvoir accueillir mes enfants que j’ai été en mesure de déposer ma présente demande de regroupement familial en faveur de mes enfants avec l’accord bienveillant de mon second époux.
Mes enfants n’ont jamais eu aucun lien avec leur père biologique, Monsieur G._. Ce dernier n’a jamais vécu auprès de nous et ne s’en est jamais occupé. Je n’ai plus aucune nouvelle de lui, et ignore même s’il réside encore au Cameroun.
Depuis mon départ du Cameroun pour la Suisse, mes enfants ont tout d’abord vécu auprès de mon père. Mon père, né en 1934, est maintenant âgé. Après avoir passé ses 70 ans, il a vu sa santé se fragiliser et a commencé à avoir des problèmes de santé. Il est actuellement en traitement pour deux mois dans un hôpital en Italie. Il n’a ainsi plus été en mesure de s’occuper de mes enfants qui ont ainsi été confiés fin 2005 à mon frère, Monsieur H._, dans l’attente qu’ils puissent me rejoindre. Suite au départ de ma soeur en Allemangne, mon frère s’est également vu confier ses trois jeunes enfants. Mon frère n’est toutefois plus en mesure d’assumer correctement la charge de cinq enfants. Il aimerait fonder sa propre famille avec sa compagne, et n’a plus la volonté de s’occuper de mes enfants avec lesquels les relations sont maintenant très tendues.
Comme déjà mentionné, j’ai malgré mon départ conservé des liens très étroits avec mes enfants qui se confient beaucoup à moi. Je retourne auprès d’eux chaque année pour au moins quatre semaines et passe ainsi la totalité de mes vacances annuelles avec eux. Mon prochain voyage aura lieu en novembre de cette année Je les appelle quasi quotidiennement et j’essaye, malgré la distance géographique, d’être le plus présente pour eux notamment de par mes conseils que je leur donne pour leur vie de tous les jours. Je suis bien entendu systématiquement consultée pour toutes les décisions importantes notamment scolaires les concernant.
Mes enfants n’auraient aucune difficulté à s’intégrer en Suisse. De langue maternelle française, ils étudient tous deux au lycée technique de BANA dont le système scolaire français est ainsi proche de celui existant dans les établissements scolaires suisses.
Toutes les conditions étant maintenant enfin réunies pour l’accueil de mes enfants, j’ai grand espoir qu’après toutes ces longues années d’attente, nous puissions enfin nous retrouver et vivre sous le même toit comme toute famille devrait pouvoir le faire (...) ».
c) Par décision du 5 décembre 2008, le SPOP a rejeté la demande de regroupement familial, au motif que le centre d’intérêt des enfants restait au Cameroun, leur patrie d’origine, et que la requête paraissait fondée essentiellement sur des motifs économiques.
C.
a) A. X._ Y._ a recouru contre cette dernière décision auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal en concluant à son annulation et à l’octroi d’une autorisation d’établissement en faveur de ses enfants B. Z._ et C. A._.
b) Le Service de la population s’est déterminé sur le recours le 17 février 2008 en concluant à son rejet. A son avis, l’exigence d’une relation familiale prépondérante en dépit de la séparation et de la distance n’était pas remplie ; compte tenu de leur âge et de la présence au Cameroun d’une partie de leur famille, le centre d’intérêt des enfants se trouvait dans leur pays d’origine où ils avaient vécu toute leur vie
; la demande de regroupement familial était ainsi tardive et les motifs invoqués pour expliquer le retard apporté à cette démarche n’étaient pas déterminants.
c) A. X._ Y._ a déposé une mémoire complémentaire le 19 mars 2009. Elle se prévaut de l’existence de
liens intenses avec ses enfants ; elle participe à leur entretien, gère leur éducation et leur vie. A son avis, la relation qu’elle entretient avec eux depuis la Suisse est plus forte et plus stable que celle existant avec la famille restée au Cameroun. Elle relève qu’il y a eu une modification significative et décisive des conditions financières et éducatives au Cameroun où l’éducation de ses enfants ne peut plus être assumée ni par leur grand-père (devenu âgé et malade), ni par leur oncle (qui doit, depuis peu, assumer l’entretien de trois enfants supplémentaires). Elle mentionne encore que le dépôt tardif de la demande de regroupement familial a eu lieu en raison de l’opposition de son premier époux, et aussi parce qu’elle s’est efforcée de mettre en place une situation professionnelle, familiale, matérielle et affective stable en vue d’accueillir ses enfants en Suisse ; cet objectif atteint, la demande a été déposée aussi vite que possible. Enfin, elle estime que la venue en Suisse de ses enfants ne provoquerait pas d’éclatement de la fratrie, pas non plus de vrai déracinement puisque ceux-ci parlent le français et le cursus scolaire suivi au Cameroun étant proche de celui proposé en Suisse. A l’appui du mémoire, les pièces suivantes ont été produites :
- Déclaration de la cousine Mme I._, à 3********, du 26 septembre 2008 : «
...j’ai toujours eu de bonnes relations avec elle
et son ex-mari, qui n’a jamais accepté qu’elle fasse le regroupement familial quand ils étaient ensemble, raison pour laquelle elle ne l’a jamais fait étant donné qu’il faut absolument l’accord du mari (...) » ;
-
Déclaration de l’époux, F. X._ Y._, du 5 janvier 2009 : « ...
Leur père ne s’est jamais occupé de ses enfants avec qui ils n’ont plus aucun contact. Depuis qu’ils sont tout petits, mon épouse est le seul véritable parent. B. et C. ont, depuis toujours, voulu vivre auprès de leur maman, pour laquelle ils éprouvent une véritable affection. Chacun de ses déplacements au Cameroun est pour eux une grande source de joie lors des retrouvailles, mais également de tristesse lors de ses départs. Nos conditions financières et de logement nous permettent enfin de pouvoir accueillir les enfants de mon épouse, qui ne peuvent plus vivre avec H._, le frère de mon épouse (...) ».
-
Déclaration de H._ du 14 janvier 2009 :
« (...). Je soussigné H._ (...)suis le frère de madame X._ Y._ A., vu la santé dégradante et de l’âge avancé de notre père que ma sœur m’a confié ses deux (02) enfants les nommés : B. Z._ et C. A._ depuis l’an 2005 jusqu’aujourd’hui vivons ensemble à Bana.
(sic).
Je dois dire que ces enfants restent attachés à leur maman qui ne cesse de les appeler tous les jours et vient les voir toutes les vacances malgré la distance. II y a bien longtemps que ma soeur et même les enfants ont sofficité de se rapprocher mais son premier mari M. D._ n’avait jamais voulu entendre parler de ce sujet. Alors ma soeur et moi avions convenu comme engagement qu’elle reprendra ses enfants quand elle aura acquis les moyens financiers pouvant fournir un encadrement meilleur à ses enfants et je tiens à rassurer que ces moyens, elle les possède déjà grâce au soutien de son nouvel époux donc (recte : dont) la vérification vous incombe
(sic).
Sans être exhaustif ma sœur a toujours prise des décisions importantes en ce qui concerne ses enfants, bref, leur suivi
(sic).
C’est pourquoi aujourd’hui je souhaite alors que ses enfants B. Z._
(sic)
et C. A._ puissent rejoindre leur maman. Raison pour laquelle je décide en ce jour même par la présente note décliner toute responsabilité de charge familiale, pour m’occuper de ma vie future. Vue aussi ma situation de non stabilisation actuelle dans le cadre de mon service, malgré l’assistance financière de leur maman
(sic
) (...) » ;
-
Les relevés postaux attestant des versements effectués régulièrement en faveur de ses enfants au Cameroun ;
- Les divers documents censés démontrer la solvabilité du couple ainsi que sa stabilité matérielle et financière (contrat de bail, contrat de travail, attestation de prise en charge financière, extrait de l’Office des poursuites, certificats de salaire).
D.
Le SPOP s’est déterminé le 23 mars 2009 en estimant que les différents éléments invoqués n’étaient pas de nature à modifier la décision du 5 décembre 2008.

## Considerations

Considérant en droit
1.
La loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr; RS 142.20), entrée en vigueur le 1
er
janvier 2008, a abrogé la loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et l'établissement des étrangers (LSEE). Selon l'art. 126 al. 1 LEtr, les demandes déposées avant l'entrée en vigueur de cette loi sont régies par l'ancien droit. La présente demande de regroupement familial ayant été formée en octobre 2007, soit avant le 1
er
janvier 2008, le litige doit être examiné à l'aune des dispositions de l'ancienne LSEE.
2.
a) Aux termes de l’art. 17 al. 2 3
ème
phrase LSEE, les enfants célibataires de moins de dix-huit ans ont le droit d’être inclus dans l’autorisation d’établissement de leurs parents aussi longtemps qu’ils vivent auprès d’eux.
b) Selon la jurisprudence (cf. ATF 129 II 11 consid. 3.1.1 p. 14, traduit et résumé in RDAF 2004 I, p. 796; 126 II 329 consid. 2a p. 330 et les arrêts cités, traduit et résumé in RDAF 2001 I, p. 684), le but de l’art. 17 al. 2 LSEE est de permettre le maintien ou la reconstitution d’une communauté familiale complète entre les deux parents et leurs enfants communs encore mineurs. Ce but ne peut être entièrement atteint lorsque les parents sont divorcés ou séparés et que l’un d’eux se trouve en Suisse depuis plusieurs années, et l’autre à l’étranger avec les enfants. Le regroupement familial ne peut alors être que partiel, et le droit de faire venir les enfants auprès du parent établi en Suisse est soumis à des conditions plus restrictives que lorsque les parents vivent ensemble; alors que, dans ce dernier cas, le droit peut, en principe, être exercé en tout temps sans restriction autre que celle tirée de l’abus de droit (cf. ATF 129 II 11 consid. 3.1.2 p. 14; 126 II 329 consid. 3b p. 332/333), il n’existe, en revanche, pas un droit inconditionnel de faire venir auprès du seul parent établi en Suisse des enfants qui ont grandi à l’étranger dans le giron de leur autre parent ou de proches. La reconnaissance d’un tel droit suppose alors que le parent concerné ait avec ses enfants une relation familiale forte en dépit de la séparation et de la distance, et qu’un changement important des circonstances, notamment d’ordre familial, se soit produit, rendant nécessaire le déplacement des enfants en Suisse, comme par exemple une modification des possibilités de leur prise en charge éducative à l’étranger (cf. ATF 129 II 11 consid.
3.1.3 p. 14/15, 249 consid. 2.1 p. 252; 126 II 329 consid. 3b p. 332; 124 II 361 consid. 3a p. 366).
D'après la pratique récente de l’autorité de céans, le critère de la relation familiale prépondérante n'est plus déterminant (cf. arrêts
2C_617/2008 du 10 novembre 2008 consid. 3.2
, 2C_482/2008 du 13 octobre 2008 consid. 4 et 2C_8/2008 du 14 mai 2008 consid. 2.1).
Ces restrictions sont pareillement valables lorsqu’il s’agit d’examiner sous l’angle de l’art. 8 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH; RS 0.101) la question du droit au regroupement familial (partiel) d’enfants de parents séparés ou divorcés (cf. ATF 129 II 249 consid.
2.4 p. 256; 126 II 329 consid. 3b p. 332; 125 II 633 consid. 3a p. 639/640; 124 II 361 consid.
3a p. 366; 118 Ib 153 consid. 2c p. 160 et les arrêts cités).
c) Dans un arrêt du 19 décembre 2006 (ATF 133 II 6), le Tribunal fédéral a maintenu et explicité sa jurisprudence. Il a indiqué qu'un droit au regroupement familial partiel ne devait, dans certains cas et sous réserve d'abus de droit, pas être d'emblée exclu, même s'il est exercé plusieurs années après la séparation de l'enfant avec le parent établi en Suisse et si l'âge de l'enfant est alors déjà relativement avancé. Tout est affaire de circonstances. Il s'agit de mettre en balance, d'une part, l'intérêt privé de l'enfant et du parent concernés à pouvoir vivre ensemble en Suisse et, d'autre part, l'intérêt public de notre pays à poursuivre une politique restrictive en matière d'immigration. L'examen du cas doit être global et tenir particulièrement compte de la situation personnelle et familiale de l'enfant et de ses réelles chances de s'intégrer en Suisse. A cet égard, le nombre d'années qu'il a vécues à l'étranger et la force des attaches familiales, sociales et culturelles qu'il s'y est créées, de même que l'intensité de ses liens avec le parent établi en Suisse, son âge, son niveau scolaire ou encore ses connaissances linguistiques, sont des éléments primordiaux dans la pesée des intérêts. Un soudain déplacement de son cadre de vie peut en effet constituer un véritable déracinement pour lui et s'accompagner de grandes difficultés d'intégration dans un nouveau pays d'accueil. De plus, une longue durée de séparation d'avec son parent établi en Suisse a normalement pour effet de distendre ses liens affectifs avec ce dernier, en même temps que de resserrer ces mêmes liens avec le parent et/ou les proches qui ont pris soin de lui à l'étranger, dans une mesure pouvant rendre délicat un changement de sa prise en charge éducative. C'est pourquoi il faut continuer autant que possible à privilégier la venue en Suisse de jeunes enfants, mieux à même de s'adapter à un nouvel environnement (familial, social, éducatif, linguistique, scolaire, ...) que des adolescents ou des enfants proches de l'adolescence.
D'une manière générale, plus un enfant a vécu longtemps à l'étranger et se trouve à un âge proche de la majorité, plus les motifs justifiant le déplacement de son centre de vie doivent apparaître impérieux et solidement étayés. Le cas échéant, il y aura lieu d'examiner s'il existe sur place des alternatives concernant sa prise en charge éducative qui correspondent mieux à sa situation et à ses besoins spécifiques, surtout si son intégration en Suisse s'annonce difficile au vu des circonstances (âge, niveau scolaire, connaissances linguistiques, ...) et si ses liens affectifs avec le parent établi dans ce pays n'apparaissent pas particulièrement étroits. Pour apprécier l'intensité de ceux-ci, il faut notamment tenir compte du temps que l'enfant et le parent concernés ont passé ensemble avant d'être séparés l'un de l'autre, et examiner dans quelle mesure ce parent a concrètement réussi depuis lors à maintenir avec son enfant des relations privilégiées malgré la distance et l'écoulement du temps, en particulier s'il a eu des contacts réguliers avec lui (au moyen de visites, d'appels téléphoniques, de lettres, ...), s'il a gardé la haute main sur son éducation et s'il a subvenu à son entretien. Il y a également lieu, dans la pesée des intérêts, de prendre en considération les raisons qui ont conduit le parent établi en Suisse à différer le regroupement familial, ainsi que sa situation personnelle et familiale et ses possibilités concrètes de prise en charge de l'enfant (cf. arrêt précité du 19 décembre 2006, consid. 3 et 5).
Dans tous les cas et quel que soit le motif de regroupement familial invoqué, l'appréciation de la situation doit être globale et ne pas seulement se faire sur la base des circonstances passées, mais aussi prendre en considération les changements déjà intervenus, voire ceux à venir si leur occurrence est suffisamment prévisible; à défaut, c'est-à-dire si l'on se fondait uniquement sur le fait que l'enfant a vécu jusque-là dans un pays étranger où il a noué ses attaches principales, le regroupement familial ne serait pratiquement jamais possible passé un certain temps (cf.
ATF 129 II 249
consid. 2.1 p. 252;
ATF 125 II 585
consid. 2a p. 586/587;
ATF 124 II 361
consid. 3a p. 366 et les arrêts cités). Or, même si, d'une manière générale, le regroupement familial partiel doit être soumis à des conditions plus strictes lorsqu'il est différé afin de tenir compte de l'enracinement de l'enfant dans son pays d'origine et de ses probables difficultés d'adaptation à un nouveau cadre de vie, il doit néanmoins rester en principe possible jusqu'à la majorité de l'enfant, conformément au texte légal (art. 17 al. 2 LSEE) et à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, sous réserve des restrictions rappelées ci-avant et des situations abusives (ATF 133 II 6 consid. 3.1.2 p. 12 cité in arrêt PE.2008.0417 du 12 février 2009, consid. 3 in fine).
3.
a) Il
convient d’examiner si, comme le plaide la recourante, l’intérêt des enfants
B. Z._ et C. A._
à venir en Suisse rejoindre leur mère est prépondérant, ou si, comme le soutient le SPOP, il y a lieu de refuser le regroupement familial, les liens existants avec le pays d’origine étant plus forts que ceux établis avec le parent établi en Suisse.
b) Dans la pesée des intérêts, les éléments suivants sont déterminants et rentrent en ligne de compte pour l’examen des conditions du regroupement familial différé :
- L’intensité des liens existants avec le parent établi en Suisse (la longue séparation d’avec ce parent suppose en principe des liens plus forts à l’étranger, sauf si malgré la distance, ledit parent est parvenu à garder, par des moyens adéquats, des relations étroites avec ses enfants, à assurer leur surveillance et le suivi de leur éducation).
- Le caractère explicable et légitime d’une demande de regroupement familial déposée tardivement.
- Le changement de circonstances entraînant, dans le pays d’origine, une modification déterminante des modalités de prise en charge éducative sans solution alternative sur place.
- Le nombre d’années vécues à l’étranger, la force des attaches culturelles, familiales et sociales constituées dans le pays d’origine, l’âge des enfants, leur niveau scolaire et leurs connaissances linguistiques, tant de facteurs à considérer pour éviter l’éclatement d’une fratrie, voire un déplacement soudain du cadre de vie entraînant un déracinement.
c) En l’espèce, la recourante a vécu quelques années au Cameroun avec ses enfants nés d’une relation antérieure. Ceux-ci n’ont jamais eu aucun lien avec leur père biologique. Au moment de son premier mariage en 1997,
B. Z._ et C A._
avaient respectivement trois et cinq ans. Cette année-là,
A. X._ Y._
s’est installée en Suisse. Malgré ce départ, elle a gardé des liens affectifs forts avec ses enfants, dont elle a toujours reçu les confidences régulières et auprès desquels elle retournait chaque année au Cameroun pour y passer plusieurs semaines, ainsi que toutes ses vacances. D’après les témoignages écrits versés au dossier,
A. X._ Y._
s’est toujours efforcée de leur donner un maximum de conseils malgré la distance géographique. Elle leur a aussi accordé une assistance financière, elle a suivi leur éduction et elle a toujours été consultée pour les décisions importantes touchant ses enfants. De leur côté,
B. Z._ et C. A._
ont toujours souhaité être autorisés à vivre auprès de leur maman et lui faisaient voir leur tristesse chaque fois qu’elle devait rentrer en Suisse. Au vrai, cette séparation forcée a toujours été pour tout le monde une situation douloureuse ; elle a suscité chez la recourante une colère croissante à l’encontre de son premier mari, dont elle a divorcé notamment pour cette raison. Au surplus, la recourante a gardé des liens familiaux étroits avec ses enfants, puisqu’au Cameroun, ils ont été pris en charge par son père et par son frère. Dans ces circonstances et malgré une séparation de plus de dix ans, l’intensité du lien existant entre les enfants
B. Z._ et C. A._ et leur mère A. X._ Y._ établie en Suisse constitue un élément favorable au regroupement familial.
d) La recourante a retardé sa demande de regroupement familial en raison de l’opposition de son premier mari. Après l’avoir quitté, elle a cherché à stabiliser sa situation financière; elle a préparé sans relâche la venue de ses enfants en Suisse
. C’est pour leur bien-être qu’après avoir retrouvé une certaine stabilité affective auprès de son second époux - un compatriote -, elle emménagé dans un appartement de 3,5 pièces en avril 2006 (son logement actuel) et a augmenté progressivement son taux d’activité jusqu’à 80 %. C’est en fin d’année 2007, que son objectif a été atteint. C’est donc à ce moment-là qu’avec l’accord bienveillant de son second époux, elle a déposé sa demande de regroupement familial. Ces circonstances constituent des motifs objectifs qui expliquent le regroupement familial différé.
e) Il apparaît en outre qu’un changement important des circonstances d’ordre familial s’est produit récemment au Cameroun. En effet, le grand-père, vieillissant et malade, a dû partir en Italie pour se faire soigner et n’a plus été en mesure de garder ses deux petits-enfants. Ceux-ci ont alors été confiés à leur oncle qui a dû récemment accueillir trois nouveaux enfants dans sa famille.
B. Z._ et C. A._
vivent donc depuis lors une vie instable et difficile dans leur pays où ils n’ont pas de père. S’il est vrai que des adolescents de l’âge des enfants de l’intéressée requièrent moins de soins que des petits enfants, leur éducation demande toutefois une résistance psychologique et une fermeté que ne peuvent garantir, au Cameroun, ni leur grand-père malade, ni leur oncle trop occupé et sans réserve financière. La recourante soutient donc à juste titre que la situation de prise en charge de ses enfants s’est modifiée de manière défavorable au Cameroun. Au demeurant, l’inexistence
sur place de solutions alternatives est confirmée par le témoignage écrit de son frère. Ainsi, le tribunal constate qu’il n’y a plus personne au Cameroun dans la famille élargie qui puisse assurer efficacement la prise en charge éducative, financière et scolaire des enfants
B. Z._ et C. A._.
f)
Il reste encore à examiner si
B. Z._ et C. A._
ont des chances suffisantes de bonne intégration en Suisse. A cet égard, il faut prendre en compte le nombre d’années vécues à l’étranger, leurs attaches culturelles et sociales avec leur pays d’origine, leur niveau scolaire et leurs connaissances linguistiques . Plus l’enfant est jeune, plus il aura de chances de s’intégrer facilement dans le pays d’accueil.
Or, selon les pièces produites,
B. Z._ et C. A._
parlent le français, et leur cursus scolaire est proche de celui offert en Suisse.
Dans notre pays, ils seraient en outre très bien reçus par le second époux de leur mère, camerounais lui aussi. Ils ne subiraient donc, dans cette période de vie délicate que constitue leur adolescence, ni profond déracinement, ni éclatement de leur fratrie. Enfin, ils
étaient encore relativement éloignés de leur majorité lors du dépôt de la demande de regroupement familial, ce qui est propre à favoriser leur intégration.
g
)
A
u vu de l’ensemble des circonstances, la venue en Suisse des enfants de la recourante se justifie. Parvenu à l’étape critique de l’adolescence, ils ont besoin d’un cadre familial stable qui ne peut apparemment plus être assuré au Cameroun.
Malgré le temps qui s'est écoulé depuis que la mère vit séparée de ses enfants, les liens familiaux existent et c’est elle qui paraît le mieux à même de leur donner en Suisse l’éducation dont ils ont besoin, de suivre l’évolution de leur formation, et d’assurer leur avenir.
Ainsi, force est ainsi de constater que les conditions strictes auxquelles la jurisprudence fédérale soumet le regroupement partiel différé sont remplies.
4.
Les considérants qui précèdent conduisent à l’admission du recours. Vu l’issue du recours, la recourante a droit à l’allocation de dépens, dont la quotité peut être fixée à 1000 fr., en tenant compte en particulier de la modicité de la participation aux frais exigée des personnes assistées par un organisme à but non lucratif (cf. arrêt PE.2004.0090 du 30 décembre 2008, consid. 5 et la jurisprudence citée).