# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 51406f1b-1abf-4647-a524-d59dc70fa577
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2009
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
A.X._, ressortissant du Kosovo (Serbie) né le 10 janvier 1958, a été interpellé par la police le 28 novembre 2002. Il s'est ainsi annoncé le 17 décembre 2002 auprès de la Commune de 2.********, indiquant être entré en Suisse en janvier 1991, et a sollicité une autorisation de séjour. Il déclarait oeuvrer comme aide agricole auprès de Y._, à L'3.******** et être marié à une compatriote (B._ Z._-C._), dont il avait eu sept enfants entre 1986 et 1997 (aujourd'hui âgés de 23 à 12 ans), résidant dans son pays d'origine.
B.
Le 8 janvier 2003, A.X._ a divorcé au Kosovo de sa première épouse.
Il a épousé le 26 février 2003 à 2.******** D._, ressortissante suisse née en 1948 et a obtenu une autorisation de séjour le 18 mars 2003.
L'intéressé a travaillé dès le 1
er
mai 2003 en qualité d'employé agricole au service de E._, aux 4.********, à une dizaine de kilomètres de l'3.******** (moyennant un salaire brut de 3'000 fr. selon le second contrat de travail du 28 juillet 2003). Dès le 1
er
décembre 2003, il a été engagé par F._ de 1.******** SA, sur la base d'un tarif horaire de 20 fr. (contrat du 12 décembre 2003 de durée déterminée, valide jusqu'au 31 mars 2004). Cette activité s'est prolongée par la suite et subsiste actuellement.
Le contrat de travail passé le 12 décembre 2003 était libellé comme suit:
" (...)
3) Durée du travail
La durée normale du travail est de 41 heures par semaine réparties sur 5 jours. L'horaire de travail est communiqué au travailleur une semaine à l'avance, en principe de 06h00 à 14h45.
Selon les besoins de l'exploitation, il peut être fixé de la manière suivante:
- 1
ère
semaine : Matin 06h00 à 14h45
- 2
ème
semaine : Après-midi 14h00 à 22h00
- 3
ème
semaine: Nuit 22h00 à 6h00.
L'employé est tenu d'effectuer le travail supplémentaire que l'employeur lui demande.
(...)"
C.
Le 3 avril 2007, la Commune de 2.******** a informé le Service de la population (SPOP) que A.X._ avait quitté la commune le 12 avril 2006, soit une année auparavant, à destination de 1.******** (route du Châtel). Selon l'annonce de mutation pour étrangers du 23 avril 2007, la date du changement d'état civil, à savoir la séparation des époux, remontait au 7 novembre 2006.
Le permis de séjour de A.X._ a été renouvelé jusqu'au 25 février 2008, puis temporairement jusqu'au 10 septembre 2008, dans l'attente du résultat de l'enquête de police demandée le 13 juillet 2007 par le SPOP au sujet de la situation des époux.
D.
A.X._ a été entendu le 18 août 2007 par la police cantonale. A cette occasion, il a déclaré être entré pour la première fois en Suisse en 1987, pour trois mois. En 1991, il était revenu à 5.******** et à L'3.******** pour y travailler, pendant huit mois. Il était ensuite revenu chaque année en Suisse, pour une période équivalente. En 2002, en particulier, il avait ainsi travaillé à L'3.******** chez Y._, à cette époque, il avait aussi aidé D._ dans ses activités agricoles. Toujours selon les déclarations de A.X._ à la police, c'est elle qui lui avait proposé le mariage. Seules des "raisons professionnelles" l'avaient conduit à déménager à 1.********. Employé aux F._ depuis novembre 2004, il gagnait un salaire moyen net de 3'200 fr. Les conjoints vivaient séparés depuis le 30 novembre 2006, sur demande de l'épouse. Ils se rencontraient néanmoins tous les week-end.
L'épouse a été entendue le 19 août 2007 par la police cantonale. Elle a déclaré de son côté s'être mariée une première fois à l'âge de vingt ans; de cette première union étaient nés trois enfants. Elle avait divorcé après une dizaine d'années de vie commune et elle s'était remariée peu après avec un autre homme, dont elle avait eu un garçon. Les intéressés avaient divorcé "
vers les années 1990
" et en parallèle, elle avait repris l'exploitation agricole de ses parents. Elle a indiqué que A.X._ lui avait proposé le mariage, qu'elle était amoureuse, qu'elle vivait seule à son domicile et qu'elle avait un énorme domaine agricole dont elle devait s'occuper. Pour le surplus, elle précisait:
"(...) Je me suis mariée à deux reprises, je n'aurais jamais dû me remarier. Mon entourage me l'avait conseillé. M. A.X._ travaillait bien, il était correct avec moi, je me suis laissée prendre. Le 8 novembre 2004, il a quitté le domicile pour aller s'établir à 1.********. Il travaillait aux F._ de 1.********. Depuis, il venait me voir de moins en moins, même pas le week-end. Le 30 novembre 2006, nous nous sommes officiellement séparés, à ma demande.
(...)
Oui, je connaissais sa situation familiale antérieure. Compte tenu des éléments en ma possession, je pense qu'il s'est marié avec moi pour stabiliser sa situation en Suisse. Ces gens ont une autre culture, une autre mentalité.
(...)
Je serai malheureuse qu'il doive quitter notre pays. Il m'a fait remarquer que s'il devait quitter la Suisse, il partirait mais que quinze jours plus tard, il sera de nouveau là.
(...)
Je souffre de douleurs au dos, je voulais m'appuyer sur un mari fidèle, disponible. Je ne voulais pas terminer ma vie toute seule."
E.
Le 2 avril 2008, A.X._ a sollicité l'octroi d'un permis d'établissement dès le 26 février 2008.
Le 12 août 2008, l'intéressé a déposé une demande de renouvellement de son autorisation de séjour. La remarque apposée sur cette demande par le Bureau des étrangers de 1.******** indique:
"Le couple est toujours séparé, aucune chance de reprise de vie commune. La seule chose qui intéresse ce Monsieur "le passeport suisse" pour ensuite réunir sa famille restée au Kosovo. Après discussion avec plusieurs personnes du hameau du ******** où loge l'intéressé, la réponse est toujours la même "profiteur". Nous vous proposons une enquête séparée, une à 2.******** et une autre à 1.********, le même jour et à la même heure sans qu'ils puissent se concerter. Sans preuves malheureusement nous pensons même connaître le prix du mariage!"
Le 11 décembre 2008, le SPOP a informé l'intéressé qu'il envisageait de refuser le renouvellement de son autorisation de séjour au motif qu'il vivait séparé de son épouse depuis novembre 2004. A cette occasion, un délai lui a été imparti pour se déterminer.
Le 8 janvier 2008, le recourant a indiqué au SPOP que les époux vivaient toujours séparés, mais qu'aucune procédure de divorce n'était intentée par l'une ou l'autre des parties. Il a réitéré sa requête tendant à l'octroi d'un permis d'établissement.
F.
Par décision du 16 mars 2009, le SPOP a refusé de renouveler l'autorisation de séjour de A.X._, au motif qu'il vivait séparé de son épouse depuis novembre 2004, après une vie commune d'un an et neuf mois seulement. Au surplus, il n'avait pas fait mention de sa séparation dans les demandes de prolongation de 2005 et 2006.
Le 30 mars 2009, l'employeur de A.X._ est intervenu auprès du SPOP, indiquant que l'intéressé travaillait chez lui depuis le 24 novembre 2003 et qu'il était un élément important de son personnel, dont le départ chagrinerait la société F._ de 1.******** SA et ses dirigeants, tout comme son personnel.
G.
Par acte du 9 avril 2009, A.X._ a saisi la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal d'un recours dirigé contre la décision du SPOP, concluant, avec dépens, à l'octroi d'une autorisation de séjour, respectivement d'établissement.
En substance, il ne conteste pas vivre séparé de son épouse depuis la signature d'une convention des 7 et 30 novembre 2006, qui précise que les conjoints "
s'autorisent à vivre séparés pour une durée indéterminée
". Il fait néanmoins valoir que cette convention n'a jamais été homologuée et que son épouse et lui-même ont toujours gardé d'excellents contacts et se rendaient très régulièrement à leurs domiciles respectifs.
A l'appui de ses conclusions, le recourant a déposé des lettres de soutien et une déclaration signée par plus de quarante citoyens suisses, confirmant sa parfaite intégration en Suisse. Il a produit également une déclaration du 8 avril 2009 de son épouse, dont le contenu est le suivant:
"(...) Vous l'expédiez de la Suisse; un homme marié, travailleur, qui a du travail, une bonne place, dont le chef de l'entreprise où il travaille en est très content.
Mon mari est un homme très consciencieux dans son travail. Cela fait bientôt 20 ans qu'il travaille en Suisse. Pour des raisons financières, nous nous sommes séparés en novembre 2006. Aujourd'hui nous sommes toujours mariés (6 ans passés de mariage). Je n'envisage pas de divorcer, mais plutôt de reprendre la vie commune.
Aujourd'hui ma santé est précaire (Certificat médical si vous le souhaitez). Je dois tout prochainement quitter mon bétail.
Ce n'est pas maintenant qu'il faut m'enlever mon mari.
C'est maintenant que j'en ai le plus besoin moralement.
Dès sa connaissance, je l'ai aimé et je l'aime encore de tout mon coeur.
S'il vous plaît, laissez-moi mon mari en Suisse, à mes côtés.
Mon but a toujours été de rejoindre mon mari dès ma cessation de ma vie agricole.
Maintenant que j'y arrive, vous me ramassez mon mari, non je ne suis pas d'accord du tout.
J'espère que vous me comprenez (...) "
H.
Le 1
er
mai 2009, selon bail du 28 avril 2009, l'intéressé a déménagé, toujours à 1.******** , ********, dans un appartement de 3 pièces (loyer de 525 fr. sans charge, 575 fr. au total).
I.
Dans sa réponse du 22 mai 2009, le SPOP a conclu au rejet du recours.
L'autorité intimée a relevé que les conjoints avaient vécu ensemble une année et neuf mois et vivaient séparés depuis plus de quatre ans. Une reprise de la vie commune ne semblait toujours pas d'actualité et apparaissait d'autant moins probable qu'aucun élément au dossier n'indiquait que durant ces quatre années de séparation, les conjoints auraient tenté de résoudre les conflits à l'origine de leur rupture. Le SPOP estimait que les conditions d'une prolongation de l'autorisation de séjour après dissolution de la famille n'étaient pas remplies, la vie commune ayant duré moins de trois ans. De surcroît, le recourant n'avait pas démontré que des raisons personnelles majeures imposeraient la poursuite de son séjour en Suisse au regard de la durée de son séjour (à compter depuis février 2003), en l'absence de qualifications professionnelles particulières et d'intégration professionnelle exceptionnelle, alors même que toute sa famille se trouvait à l'étranger, en particulier ses sept enfants et ses six frères et soeur résidant au Kosovo.
J.
Le 16 juin 2009, le recourant a déposé un mémoire complémentaire. Il expliquait en particulier que son épouse rencontrait d'importants problèmes de santé rendant difficile la poursuite de son exploitation agricole. Il soulignait par ailleurs qu'il devait travailler en équipes pendant plus de huit mois par année, ce qui expliquait l'existence d'un domicile séparé de son épouse. Il a allégué que pendant toute la durée de la séparation, il avait entretenu avec son épouse des relations en permanence, dès lors qu'il montait fréquemment à L'3.******** et que son épouse passait souvent le voir à 1.********. Il a contesté que le lien conjugal fût rompu.
Il a produit une lettre de son épouse datée du 13 juin 2009, dans laquelle celle-ci s'exprime comme suit:
"(...)
Je vous écris suite à la lettre du Service de la population envoyée à (...) avocat de mon mari. Lettre lue avec mon mari.
Mariés le 26 mars 2003 en effet nous avons connu des difficultés, comme chaque couple peut en connaître. Nous avons beaucoup discuté avec mon mari, j'ai été consulter des conseillers conjugaux qui m'ont aidée.
Maintenant que notre couple a repris le dessus, que nous entretenons de bons rapports de vie, voilà que vous expulsez mon mari dans son pays, sans penser aux conséquences de son épouse suissesse qui reste là sans plus d'espoir de vie commune. Et la santé dans tout ça, y avez-vous pensé? Moi qui suis si mal en point, en plus avec ça déprimée.
Notez que nous avons fait un contrat de mariage, que ce mariage dure toujours, et n'est pas dissous par le divorce.
J'étais obligée de me séparer vu que mon mari était dépensier et comme j'ai ma famille de 4 enfants, je voulais les respecter, avec mon mari, on était d'accord sur ce point, chacun son argent et sa famille.
Nous formons un couple, des époux mariés, nous avons du travail, nous luttons soit l'un soit l'autre pour vivre.
Ça fait 61⁄4 année que nous sommes mariés, les choses ont évolué, et je vous demande d'accorder le permis de séjour à mon époux.
Je vous le répète le mariage dure toujours et je ne veux dans aucun cas que vous expulsiez mon époux.
(...)"
Le 24 juin 2008, le recourant a fourni une troisième lettre de son épouse, datée du le 18 juin 2009, dont le contenu est le suivant:
"Ayant passé à l'étude de l'avocat de mon mari, (...) le 15 juin 09, nous avons beaucoup réfléchi avec mon mari. Vu ma santé très mauvaise (mal de dos, le soir n'arrive qu'avec peine à marcher), je ne sais pas combien de temps j'arriverai encore à tenir le domaine et le bétail. Ce printemps, j'ai déjà diminué la moitié du domaine ainsi que le bétail pour me soulager, mais les raisons s'imposent qu'il me faut gagner ma vie. Le salaire de mon mari ne suffit pas pour vivre à nous deux. Mais j'espère tellement qu'un jour j'aie la chance de rejoindre mon mari. Du reste, cela n'a jamais été invoqué, mais mon mari n'a pas une santé des meilleures. Comment voulez-vous vivre pour l'instant une vie ensemble. Il y a ces 60 km, qui nous séparent, un travail astreignant la santé. Nous tâchons de faire tout notre possible pour vivre une vie de couple, se rencontrer, se téléphoner. Laissez-nous le temps, ne gâchez pas notre vie de couple pour l'instant, nous avons lutté 61⁄2 années, nous lutterons encore, je suis une battante, courageuse, j'aime mon mari. S'il part pour de bon, je n'ai plus d'avenir. Ne me faites pas ça, je serais alors très malheureuse. Ce sont des mots vrais, francs, de ma part.
S-v-plaît tenez-en compte. Accordez le permis de séjour à mon époux. Nous ne sommes pas divorcés, je ne me suis pas mariée pour tout gâcher. Mon intention ainsi que
(celle)
de mon mari est que notre couple dure.
Je vous demande d'accorder le permis de séjour à mon époux, afin que nous poursuivions notre vie de couple.
S'il vous plaît, je vous le demande, pensez à moi, à ma santé, à notre vie à tous les deux.
Je vous remercie d'en tenir compte (...)"
K.
Par courriers datés du 24 juin 2009, reçus respectivement les 24 et 30 juin 2009, le SPOP a informé le tribunal que les arguments invoqués n'étaient pas de nature à modifier sa décision. En particulier, aucune raison majeure ne justifiait l'existence de domiciles séparés. Le SPOP relevait en outre la contradiction des déclarations actuelles de l'épouse avec les propos tenus le 19 août 2007 devant la police, dont il y avait lieu d'admettre qu'ils étaient à l'époque plus proches de la vérité que les déclarations ultérieurement faites dans le cadre d'une procédure contentieuse.
L.
Le tribunal a tenu audience le 19 août 2009 en présence des parties. A cette occasion, le tribunal a procédé à l'audition de l'épouse du recourant. Le procès-verbal d'audience mentionne ce qui suit:
" La présidente rappelle l'objet du litige et interroge le recourant.
Le recourant confirme en résumé ses allégués figurant dans ses écritures.
Il précise qu'il travaillait pour un paysan, M. Y._, lorsqu'il a rencontré sa future épouse, agricultrice, à laquelle il a aussi donné un coup de main. C'est son ex-femme au Kosovo qui avait demandé le divorce au motif qu'il ne pouvait pas, pour des raisons financières, rentrer au pays tous les trois mois comme elle l'aurait souhaité. Il s'était séparé de son épouse actuelle pour des raisons professionnelles. Il avait en effet cherché sans succès du travail au 6.******** et avait finalement trouvé une bonne place aux F._ de 1.********. Il n'était pas possible pour lui de travailler à la ferme avec son épouse, car l'exploitation ne pouvait pas procurer un revenu suffisant. La date de la séparation était fixée à 2006 parce que la Commune de 2.******** avait envoyé "les papiers" à la Commune de 1.********. Il avait déménagé à 1.******** au motif qu'il ne pouvait pas rentrer tous les jours à L'3.******** en raison des mauvaises routes et de ses horaires irréguliers (il travaillait en équipe et faisait même des heures supplémentaires pour gagner plus d'argent). Il s'agissait pour lui d'occuper une place bien rémunérée. Il rencontre son épouse le week-end à L'3.******** ou à 1.********. Interrogé sur le point de savoir si la séparation résultait du fait qu'il était "dépensier", selon les déclarations de son épouse, le recourant expose qu'il paie ses factures et qu'il envoie de l'argent à ses enfants au Kosovo, 400 à 500, voire 600 euros, selon ses possibilités; il indique que l'argent "ça va vite".
Il explique avoir changé d'appartement le 1
er
mai 2009 à 1.******** car le propriétaire de son ancien appartement voulait le rénover.
Questionné au sujet de la convention de séparation passée en 2006 avec son épouse, il précise, avec l'aide de son avocat, que cette convention a été conclue pour des raisons fiscales, en vue d'obtenir une imposition séparée du couple; cette convention était à l'origine des "ennuis" avec la Commune de 2.********. Me Delaloye donne lecture au tribunal de la teneur de cette convention, intitulée "de mesures protectrices de l'union conjugale", qui est versée au dossier; il rappelle qu'elle n'a pas été homologuée. Le recourant réaffirme que la séparation a été motivée par des raisons professionnelles en raison des mauvaises routes l'hiver et de ses horaires particuliers (début à 6h 15 ou fin à 22h 00) qui ne lui permettent pas de faire les trajets quotidiens jusqu'à L'3.********. Répondant à une question relative à l'avenir de sa situation conjugale, le recourant déclare que son épouse viendrait à 1.******** chez lui, une fois que le fils de celle-ci reprendrait l'exploitation ou que le domaine serait loué. Le recourant explique que ses enfants vivent au Kosovo. La première de ses filles y est mariée et la deuxième va faire de même bientôt. Cinq de ses enfants sont à l'école, dont le fils qui étudie à Pristina. Il leur téléphone de temps en temps et leur envoie de l'argent. Les enfants ne vivent pas avec son ex-femme, mais avec leur grand-mère paternelle; leur oncle paternel s'en occupe également. Au Kosovo, les enfants vivent en effet avec la famille du père plutôt que celle de la mère. Le recourant n'a pas gardé de contact avec son ex-épouse. Ses enfants ne sont jamais venus en Suisse. Ils ont vu une photo de son épouse. Ils sont contents que leur père se soit remarié et ait du travail en Suisse. Le recourant expose qu'il connaît les enfants de son épouse, expliquant au tribunal la profession exercée respectivement par ceux-ci. Il les voit à certaines occasions. Le recourant conteste s'être séparé de son épouse en 2004, comme celle-ci l'avait déclaré à la police, réaffirmant que cet événement remonte à 2006 à "cause du travail".
Les représentantes de l'autorité intimée produisent un extrait de "Google maps Suisse", selon lequel le trajet L'3.********-1.******** représente une distance de 34,7 km parcourue en 36 minutes.
L'épouse du recourant est introduite en vue d'être entendue par le tribunal.
D._, née en 1948, agricultrice domiciliée à L'3.********, est exhortée à dire la vérité, sous la menace des sanctions pénales réprimant le faux témoignage. Ses déclarations ont été protocolées et signées par celle-ci.
D._ a déclaré ce qui suit:
" Mon époux travaillait chez un paysan. Il était au 6.******** chez un paysan depuis 1991. Je ne supportais plus le vide après le divorce et c'était un homme qui aimait les bêtes, ce qui était un point commun, avec la vie de la campagne. C'était alors formidable. En 2003, nous nous sommes mariés et c'était formidable. Mais une petite exploitation ne permet pas de faire vivre une famille. J'ai 6 vaches, quelques génisses et des veaux. Mon fils me donne un coup de main, sinon je travaille toute seule. Il était impossible de rester sur le domaine et cela devenait de pire en pire pour des questions financières. Le trajet [entre 1.******** et l'3.********] fait 60 km aller et 60 km retour, 120 km au total et il faut passer le col des Mosses. Dans ces conditions, c'était impossible qu'il puisse continuer à vivre à L'3.********. Nous avons signé la convention en 2006 pour des questions financières.
Mes enfants étaient d'accord que je me marie et je ne me serais pas mariée si je ne l'avais pas aimé.
Confrontée à ses déclarations du 19.08.2007, Mme D._ dit qu'ils vivaient une crise comme beaucoup de couples et qu'effectivement à un moment donné ce n'était pas formidable. Sur question de la présidente, elle explique difficilement l'amélioration de leurs relations et invoque qu'avec l'âge, les époux ont évolué. Elle était allée voir un conseiller conjugal toute seule car on lui avait dit d'aller toute seule. Elle indique qu'elle ne peut pas habiter avec son mari tant qu'elle conserve le bétail. Chacun des époux vit avec son propre argent.
[Elle a ajouté
:
]
Pour l'avenir, j'aimerais pouvoir travailler jusqu'à l'âge de l'AVS à la ferme avec le bétail.
L'amour du bétail me rend difficile aussi de quitter mon exploitation, mais j'aime mon mari.
Je souhaite très vivement m'installer avec mon mari une fois que j'aurai liquidé ma ferme.
Je vivrai avec mon mari à 1.******** si les autorités le laisse séjourner en Suisse.
Il existe un service de transports publics, mais il est très lent et tardif. Si mon mari travaille jusqu'à 22h, cela ne va pas, idem le matin quand il travaille à 5h 45 - 6h 00, cela ne va pas.
Au début de notre mariage, nous avons cherché du travail pour mon mari au 6.********, mais il n'a rien trouvé, c'est pourquoi il a pris ce travail à 1.******** et c'est ainsi qu'il a déménagé à 1.******** en 2004.
On se voit souvent le week-end et on se téléphone régulièrement.
Je serais malheureuse si mon mari devait partir, franchement."
Après l'audition du témoin, les parties défendent brièvement leur position respective.
L'audience est levée à 16h."
M.
Le tribunal a ensuite statué.

## Considerations

Considérant en droit
1.
a) Selon l'art. 42 al. 1 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; RS 142.20), le conjoint d'un ressortissant suisse ainsi que ses enfants célibataires de moins de 18 ans ont droit à l'octroi d'une autorisation de séjour et à la prolongation de sa durée de validité à condition de faire ménage commun avec lui.
L'art. 49 LEtr prévoit une exception à l'exigence du ménage commun, en ce sens que cette condition n'est pas applicable lorsque la communauté familiale est maintenue et que des raisons majeures justifiant l'existence de domiciles séparés peuvent être invoquées.
L'art. 76 de l'ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA; RS 142.201) précise qu'une exception à l'exigence du ménage commun peut résulter de raisons majeures dues, notamment, à des obligations professionnelles ou à une séparation provisoire en raison de problèmes familiaux importants.
Le message du Conseil fédéral du 8 mars 2002 concernant le projet de loi sur les étrangers (FF 2002 p. 3511) rappelle que contrairement à la réglementation découlant de l'ancienne la loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et l'établissement des étrangers (aLSEE) abrogée le 1
er
janvier 2008 par le LEtr, le projet de loi subordonne le droit à l'octroi et à la prolongation de l'autorisation de séjour du conjoint étranger d'un ressortissant suisse à la cohabitation des conjoints, soit un statut équivalent à celui du conjoint étranger d'un titulaire de l'autorisation d'établissement sous le régime de la LSEE. Selon le message, l'octroi d'un droit au séjour implique donc l'existence effective d'une relation conjugale et la volonté de la conserver. Demeure expressément réservée la possibilité d'élire un domicile séparé selon le droit du mariage et ce pour des motifs professionnels ou pour d'autres motifs importants et compréhensibles. Il indique qu'en règle générale, l'absence de communauté conjugale sans motif plausible constitue un indice important de mariage de complaisance.
Les directives de l'ODM (ch. 6.9, version du 13 décembre 2008) précisent que, si des raisons majeures justifient une dérogation à l’exigence du ménage commun, le droit à l’octroi d’une autorisation d’établissement est maintenu (art. 42 al. 3 LEtr).
b) En l'espèce, le recourant a épousé la ressortissante suisse D._ le 23 février 2003. Il a un domicile séparé de celui de son épouse, officiellement depuis le mois d'avril 2006; cette situation remonterait même à novembre 2004, selon les déclarations de son épouse du 19 août 2007. Le recourant plaide l'existence de raisons majeures tenant à sa propre situation professionnelle, respectivement à celle de son épouse, qui justifient selon lui les domiciles séparés adoptés à long terme.
c) Il est établi que le recourant travaille aux mines de sel de 1.********, en équipes, et qu'il a de ce fait des horaires irréguliers, qui se prolongent largement au-delà des plages horaires habituels. Le recourant a par ailleurs déclaré en audience avoir cherché sans succès du travail au 6.********, à savoir à proximité du domicile conjugal. De son côté, l'épouse du recourant, qui est agricultrice, est contrainte de résider chaque jour dans sa ferme où elle tient du bétail.
L'existence d'un domicile commun supposerait que le recourant fasse les trajets quotidiens entre l'3.******** et 1.******** - en franchissant le col des Mosses sis à 1'445 m - y compris pendant la période hivernale. Même si l'3.******** et 1.******** ne sont séparés que par une distance de moins de 40 km (et non de 60 km comme le pense l'épouse du recourant), il reste qu'il s'agit d'une distance qui ne peut se franchir aisément dans les circonstances données (routes de montagnes sinueuses, enneigées pendant la période hivernale, trajet très matinaux ou, au contraire, fort tardifs). Sous cet angle, les raisons pour lesquelles les époux ont opté pour des domiciles séparés sont convaincantes.
d) A cela s'ajoute que lors de l'audition des époux, le tribunal a pu se convaincre, en dépit de quelques doutes, du fait que le mariage du recourant et de son épouse conservait une substance avérée par les liens significatifs unissant les conjoints, qui partagent notamment le goût de la vie à la campagne et "l'amour des bêtes". A en croire les déclarations correspondantes des époux, le couple se retrouverait souvent le week-end et se téléphonerait régulièrement. Il n'a pas été établi que ces rencontres se limiteraient à de simples moments de convivialité. Les époux, qui n'ont pas contesté avoir rencontré quelques difficultés conjugales à une certaine période, ont affirmé que celles-ci s'étaient aplanies et qu'ils avaient l'intention de vivre ensemble dès que cela serait possible, soit à la cessation de l'activité professionnelle de l'épouse, qui devrait alors rejoindre l'intéressé à 1.********. On ne peut donc retenir que l'existence de résidences séparées aurait altéré leurs liens. Ils n'ont du reste ni l'un ni l'autre renoncé à vivre ensemble, et leur projet de retrouver un toit commun à la retraite de l'épouse confirme que la séparation des domiciles résulte de raisons professionnelles.
e) Dans ces conditions, il sied de retenir que le mariage du recourant conserve sa substance et que des raisons majeures - d'ordre professionnel - justifient l'existence de domiciles séparés au sens de l'art. 49 LEtr, du moins jusqu'à la retraite de l'épouse.
Par conséquent, la décision attaquée refusant de renouveler l'autorisation de séjour du recourant en raison de sa séparation d'avec son épouse doit être annulée (art. 76 let. a de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; RSV 173.36]).
Si des raisons majeures justifient, comme en l'espèce, une dérogation à l’exigence du ménage commun, le droit à l’octroi d’une autorisation d’établissement est maintenu, selon l'art. 42 al. 3 LEtr. Le mariage du recourant ayant désormais duré plus de cinq ans, celui-ci a droit à un tel permis. Le dossier doit en conséquence être renvoyé au SPOP pour qu'il délivre un permis d'établissement au recourant.
L'issue actuelle du pourvoi ne prive pas le SPOP de suivre l'évolution de la situation conjugale des époux et d'examiner à nouveau les conditions de séjour en fonction des changements qui pourraient intervenir.
2.
Les considérants qui précèdent conduisent à l'admission du recours aux frais de l'Etat. Vu l'issue du pourvoi, le recourant a droit à l'allocation de dépens (art. 55 al. 1 LPA-VD).