# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 61c9a6ee-badb-4f68-8208-b61c5fe8e56e
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2005
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants :
A.
X._, né en ********, est titulaire d’un permis de conduire depuis le 8 décembre 2004. Le fichier des mesures administratives ne contient aucune inscription à son sujet.
B.
L’intéressé a fait l’objet d’un rapport de police du 9 mai 2005 le dénonçant pour ne pas s’être arrêté afin de laisser un adolescent traverser l’avenue de la Gare à Lutry, le 13 avril 2005 à Lutry, à 14h40, alors qu’il circulait au volant d’une Porsche Cayenne. Questionné par la police sur ses intentions, le piéton a déclaré qu’il attendait un ami et qu’il ne souhaitait pas traverser la chaussée.
C.
Le 11 mai 2005, vers 12h00, X._ au volant de la Porsche Cayenne de son père dont il est détenteur de fait, a rejoint au stand de tir de Lutry son ami Y._ qui avait emprunté la Ferrari 575 de son père. X._ a pris place dans la Ferrari de son ami et, parvenu devant la ferme sur la route de Lutry 7, à Savigny, il est sorti du véhicule et a filmé, au moyen de son téléphone portable, son ami en train de faire un démarrage en accélérant fortement, de telle sorte que les pneus de la Ferrari ont patiné. Sur ce tronçon, la vitesse est limitée à 80 km/h. Puis, les deux amis se sont rendus au domicile de Y._ afin de prendre une Ferrari 360 Spider appartenant également au père de ce dernier ; ils sont ensuite retournés devant la ferme sur la route de Lutry. A cet endroit, X._, qui avait pris le volant de la Ferrari 360, a, selon ses dires, effectué un démarrage rapide en faisant patiner les roues avant de ralentir fortement pour ne pas aller trop vite. Il a ensuite repris sa Porsche Cayenne et s’est placé à gauche de la route pour effectuer un démarrage à côté de la Ferrari de son ami pour voir lequel démarrait le plus vite. Il s’est toutefois rangé derrière la Ferrari après avoir parcouru 20 mètres selon ses dires (30 mètres selon un témoin), car il trouvait que c’était dangereux. A Savigny, sur la route de la Claie-aux-Moines, X._ a dépassé la Ferrari qui se trouvait derrière un tracteur. Informée de ces faits par des habitants du quartier, la police a interpellé les deux conducteurs dans le giratoire de la Croix-sur-Lutry, alors qu’ils circulaient normalement en direction de Lutry. La police a copié sur CD-Rom les images filmées par X._ au moyen de son téléphone portable. Le permis de conduire de X._ a été saisi immédiatement. La formule de saisie provisoire du permis de conduire a été transmis au Service des automobiles en date du 13 mai 2005.
D.
En date du 7 juin 2005, X._ a déposé un recours suite au retard à statuer (déni de justice) du Service des automobiles tendant à la restitution immédiate de son permis de conduire et à ce que l’autorité intimée rende une décision dans les quarante-huit heures.
Le rapport de police définitif a été transmis au Service des automobiles en date du 13 juin 2005.
E.
Par décision du 16 juin 2005, le Service des automobiles a ordonné le retrait du permis de conduire de X._ à titre préventif, ainsi que la mise en œuvre d’une expertise psychologique auprès de l’Unité de médecine du trafic (ci-après UMTR) à Lausanne.
Par lettre du même jour à l’UMTR, le Service des automobiles a mis en œuvre l’expertise psychologique évoquée dans la décision du 16 juin 2005.
F.
Par lettre du 24 juin 2005, le tribunal a interpellé le recourant sur le maintien de son recours pour déni de justice au vu de la décision rendue le 16 juin 2005 par l’autorité intimée.
G.
Par mémoire complémentaire du 7 juillet 2005, X._ a déposé un recours contre la décision du 16 juin 2005. Il fait valoir qu’aucun excès de vitesse ne peut être retenu contre lui et que son comportement ne justifie pas des soupçons quant à une inaptitude caractérielle à la conduite. Il indique égalemen que la date de l’expertise auprès de l’UMTR a été fixée au 6 septembre 2005. Il conclut dès lors à l’annulation du retrait préventif et à la restitution de son permis.
Le recourant a effectué une avance de frais de 600 francs.
Le tribunal a délibéré à huis clos le 14 juillet 2005 puis il s’est réuni à nouveau le 22 juillet 2005 pour approuver la rédaction du présent arrêt.

## Considerations

Considérant en droit :
1.
Selon l’art. 16d LCR, en vigueur depuis le 1
er
janvier 2005, le permis de conduire est retiré pour une durée indéterminée à la personne dont les aptitudes physiques et psychiques ne lui permettent pas ou plus de conduire avec sûreté un véhicule automobile (lit. a), qui souffre d’une forme de dépendance la rendant inapte à la conduite (lit. b) ou qui, en raison de son comportement antérieur, ne peut garantir qu’à l’avenir elle observera les prescriptions et fera preuve d’égards envers autrui en conduisant un véhicule automobile (lit. c). La teneur de cet article n’est pas nouvelle, puisqu’elle ne fait que reprendre la teneur des anciens art. 14 al. 2 et 16 al. 1 LCR fixant les conditions de délivrance et de retrait des permis de conduire.
2.
L'art. 23 al. 1 in fine LCR prévoit qu'en règle générale, l'autorité entendra l'intéressé avant de lui retirer son permis de conduire ou de le soumettre à une interdiction de circuler. Toutefois, selon l’art. 30 OAC, le permis de conduire peut être retiré à titre préventif lorsqu’il existe des doutes sérieux quant à l’aptitude à conduire de l’intéressé. Cet article a remplacé l’ancien art. 35 al. 3 OAC qui prévoyait que le permis de conduire pouvait être retiré immédiatement à titre préventif jusqu’à ce que les motifs d’exclusion aient été élucidés. Ce nouvel article garde néanmoins la même portée que l’ancien et ne fait que reprendre la définition du retrait préventif posée par la jurisprudence. En effet, selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, un retrait du permis à titre préventif peut être ordonné lorsqu’il existe des éléments objectifs qui font apparaître le conducteur comme une source particulière de danger pour les autres usagers de la route et suscitent de sérieux doutes quant à son aptitude à conduire (ATF 125 II 492 ; ATF 122 II 359).
Selon la jurisprudence constante du Tribunal administratif, le retrait préventif du permis de conduire ne peut être ordonné que si l'urgence du retrait justifie que l'on prive le conducteur de la possibilité d'être entendu et de faire juger son cas sur la base d'un dossier complet. L'instruction doit se poursuivre ensuite sans désemparer. Le retrait préventif est une mesure de sécurité qui doit être justifiée à la fois par l'importance des craintes que suscite le conducteur et l'urgence qu'il y a de l'écarter immédiatement de la circulation. Compte tenu de la gravité de l'atteinte que peut causer un retrait immédiat du permis à titre préventif, l'autorité doit mettre en balance l'intérêt général à préserver la sécurité routière et l'intérêt particulier du conducteur (arrêt CR 96/0072 du 1er avril 1996 et les références citées; arrêt CR 97/113 du 26 juin 1997; arrêt CR 97/263 du 14 novembre 1997).
3.
En l'espèce, l'autorité intimée considère que les infractions commise par le recourant (
non respect de la priorité due à des piétons engagés sur le passage de sécurité commis le 13 avril 2005 à Lutry et conduite d’un véhicule en circulant à une vitesse supérieure à celle autorisée, circulation sur la partie gauche de la chaussée dans le but de faire la course, accélérer trop rapidement au démarrage et effectuer en localité des va-et-vient inutiles commis le 11 mai 2005 à Savigny)
font naître des doutes sérieux sur son aptitude à conduire. Sans le mentionner expressément dans la décision attaquée, l’autorité intimée semble ainsi soupçonner le recourant de présenter une inaptitude caractérielle à la conduite automobile.
4.
S’agissant du non respect de la priorité due à un piéton survenu à Lutry, force est de constater que cette infraction n’est pas réalisée et qu’elle ne saurait dès lors être reprochée au recourant. En effet, il ressort du rapport de police que le piéton a déclaré qu’il attendait un ami et qu’il n’avant pas l’intention de traverser la route. Le recourant n’a par conséquent pas violé la priorité du piéton, puisque ce dernier n’attendait pas devant le passage pour piétons avec l’intention visible de l’emprunter au sens de l’art. 6 al. 1 OCR. Ces faits ne peuvent donc pas être retenus à l’encontre du recourant dans la présente affaire.
5.
En définitive, il faut se poser la question de savoir si, au vu des événements survenus le 11 mai 2005 à Savigny, il est urgent de retirer immédiatement le recourant de la circulation compte tenu des risques qu’il représente pour les autres usagers de la route.
Certes, le comportement du recourant, qui a pris ce jour-là la route pour un terrain de jeu, paraît choquant ; on pourrait même ressentir une certaine indignation devant tant de désinvolture et d’immaturité. Il ne faut cependant pas perdre de vue que la forte réprobation morale que cette affaire peut susciter, notamment au vu du large écho qu’elle a déjà provoqué dans la presse, ne doit pas guider le tribunal dans l'application des règles légales. En effet, dans d’autres affaires concernant de très graves excès de vitesse (CR.2003.0251, CR.2004.0010, CR.2004.0023, en l'absence de
circonstances accessoires à la commission de cette infraction pouvant révéler que l'intéressé n'était pas capable d'évaluer la situation
) ou de comportements fortement répréhensibles au volant (conducteurs violents prenant à partie d’autres automobilistes ou épisodes de conduite dangereuse), le tribunal a annulé les retraits préventifs ordonnés par l’autorité intimée en considérant qu'i
l n'y avait pas matière à présumer que le recourant risquerait de récidiver prochainement sous l'effet de pulsions irrépressibles
(CR.2004.0224)
ou qu'il s'agissait d'un épisode isolé dans la vie d'automobiliste de l'intéressé
(CR.2004.0269 et CR.2004.0287).
6.
En l’espèce, cet épisode de conduite dangereuse apparaît comme un épisode isolé (puisque, comme on l’a vu, les faits survenus à Lutry ne sont pas constitutifs d’une infraction) commis sur une route peu fréquentée hors des localités et à une heure creuse du trafic ; par ailleurs, comme cela ressort de ses déclarations à la police, le recourant semble avoir eu, en partie du moins, conscience du danger créé et a pris certaines précautions de façon à réduire quelque peu ce danger : il a ralenti fortement après un démarrage brusque et il s’est rabattu rapidement (après vingt mètres selon ses dires, trente mètres selon un témoin) derrière la Ferrari après le démarrage effectué sur la gauche de la route, à côté de la Ferrari. Il a par ailleurs reconnu d’emblée les faits devant la police sans tergiverser. Enfin, le retrait immédiat du permis a déjà déployé ses effets préventif et éducatif sur le recourant, puisque ce dernier se retrouve privé de permis de conduire depuis plus de deux mois à ce jour et qu’il n’a pas attiré défavorablement l’attention des autorités dans l’intervalle, contrairement à l’autre conducteur impliqué qui fait l’objet ce jour de l’arrêt CR.2005.0150. Il apparaît par conséquent que le recourant ne représente pas un danger imminent pour la sécurité du trafic et qu’il n’y a dès lors pas d’urgence à l’écarter de la circulation, de sorte qu’une mesure de sécurité aussi incisive qu'un retrait préventif ne se justifie pas.
7.
S'agissant de l'obligation de se soumettre à une expertise médicale en cas de soupçon d'alcoolisme, le Tribunal fédéral a jugé à ce sujet qu'une telle mesure portait profondément atteinte à la sphère personnelle. Il faut donc procéder d'office et dans chaque cas particulier à un examen des circonstances personnelles et des habitudes de l'intéressé en matière de boissons. L'autorité doit user correctement de son pouvoir d'appréciation au vu des circonstances du cas pour déterminer l'étendue des mesures d'instruction nécessaires, notamment pour décider si une expertise médicale doit être ordonnée (ATF 104 Ib 46, c.1a, JT 1978 I 412). Il en va de même lorsque le soupçon porte sur une inaptitude caractérielle, comme dans le cas présent.
En l'espèce, comme on l'a vu ci-dessus, le dossier ne justifie pas le retrait immédiat du permis de conduire du recourant à titre préventif, mais il n’y a pas lieu de renoncer à l’expertise auprès de l’UMTR dont la date a déjà été fixée et que le recourant n’a pas expréssement contestée.
Au vu de ce qui précède, le recours n’est que partiellement admis. En effet, le recourant a formellement conclu à l’annulation pure et simple de la décision attaquée, mais celle-ci est maintenue quant à l’exigence d’une expertise. Un émolument réduit sera mis à la charge du recourant qui, assisté d’un mandataire professionnel, a ainsi droit à des dépens partiels à la charge du Service des automobiles. Le dossier sera renvoyé à l'autorité intimée pour qu'elle rende une nouvelle décision à connaissance du résultat de l’expertise de l’UMTR.