# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 8c18ed17-ad9b-5fd6-8348-1edc99e298fc
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_013
**Year:** 2011
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Une séance plénière de la Cour de justice s’est tenue le 9 mars 2011. Le premier point de l’ordre du jour était l’« élection à la vice-présidence de la chambre administrative (art. 29 LOJ) » et le deuxième point était l’« allocation des postes de juge titulaire (art. 118 LOJ) ». Deux postes de juge titulaire étaient l’objet de l’allocation, à savoir un poste nouvellement créé, réparti en deux demi-postes, l’un à la chambre des prud’hommes et l’autre à la chambre des assurances sociales d’une part, et un poste vacant à la chambre administrative en raison du départ à la retraite d’une magistrate démocrate-chrétienne (ci-après : PDC) d’autre part. Deux juges s’étaient annoncés pour occuper chacun des demi-postes à la chambre des prud’hommes et à la chambre des assurances sociales. Pour sa part, Monsieur X_, élu sous la bannière de l’Alliance de gauche, avait déposé sa candidature au poste à la chambre administrative. Aucun autre candidat ne s’était annoncé.
2. L’allocation des deux demi-postes a eu lieu sans discussion. En revanche, l’allocation du poste vacant à la chambre administrative a eu lieu à bulletin secret, après que la Cour de justice ait débattu des modalités d’application de l’art. 118 al. 2 let. c de la loi sur l’organisation judiciaire du 26 septembre 2010 (LOJ -
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). Les juges étaient appelés à remplir un bulletin préimprimé avec le nom du magistrat X_ ainsi que deux cases, « oui » ou « non ». Le résultat du premier tour a été quinze bulletins « non », douze bulletins « oui », deux abstentions et un nul. Il n’y a pas eu de second tour.
3. Le 13 mars 2011, M. X_ a adressé un courrier au plenum de la Cour de justice l’informant qu’il interjetait recours contre la décision du plenum du 9 mars 2011. Le recours était joint audit courrier, sous pli scellé. Le recourant priait le plenum de transmettre le recours à l’autorité que celui-ci désignerait. M. X_ demandait, dans l’hypothèse où il s’agirait de la chambre administrative de la Cour de justice, que celle-ci soit composée conformément à l’art. 118 LOJ, aucun magistrat titulaire ne pouvant par ailleurs siéger en raison de sa participation au plenum du 9 mars 2011. Les magistrats titulaires ne pouvaient pas non plus désigner les juges suppléants. Ces derniers, chargés de choisir les personnes appelées à juger, devaient veiller à ne pas désigner des avocats qui apparaissent régulièrement dans des procédures dont le recourant avait la charge.
4. Le recours figurant dans le pli scellé était interjeté auprès de « l’autorité de recours désignée par le plenum de la Cour de justice ». M. X_ concluait à l’annulation de la décision du plenum de la Cour de justice en tant qu’elle ne lui attribuait pas le poste vacant à la chambre administrative ainsi qu’à la constatation qu'il avait été élu tacitement à ce poste dès lors qu’il était le seul à avoir déposé sa candidature dans les délais. Il s’agissait d’une décision administrative au sens de l’art. 4 al. 1 de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 (LPA -
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). L’élection tacite était la règle en cas de nombre égal de candidats à celui des sièges à pourvoir et cette règle devait s’appliquer en l’occurrence. La règle de l’art. 118 al. 2 let. c LOJ, qui prévoit que la Cour de justice doit tenir compte, pour la chambre administrative, de l’équilibre des sensibilités politiques n’emportait pas la compétence, pour le plenum de la Cour, de se prononcer sur la composition des sensibilités politiques en général ; la Cour de justice devait seulement veiller, lors de l’attribution concrète des postes entre ses membres, au respect de ce critère. La procédure de l’art. 30 LOJ n’était pas applicable.
5. Le 21 mars 2011, la Présidente de la Cour de justice a retourné à M. X_ son courrier du 13 mars 2011 en le priant d’adresser son recours directement à l’autorité qu’il estimerait être compétente.
6. Le 23 mars 2011, M. X_ a réitéré sa demande de voir le plenum de la Cour de justice transmettre son recours à l’autorité qu’il devait désigner. Il appartenait à la Cour de justice d’indiquer les voie et délai de recours contre sa décision. La décision prise oralement n’avait pas été confirmée par écrit.
7. Lors de la séance plénière de la Cour de justice du 13 avril 2011, il a été décidé de transmettre le recours de M. X_ à la chambre administrative. Le recours a été transmis au doyen des juges suppléants de la Cour de justice.
8. Entre les 13 avril et 22 juin 2011, l’instruction de la cause a porté sur la question de la composition de la chambre administrative de même que sur la question de la récusation des juges suppléants désignés pour statuer.
9. Dans le même temps, le 14 avril 2011, le Grand Conseil a élu Monsieur Z_, PDC, en qualité de juge à la Cour de justice en remplacement de Madame A_, avec entrée en fonction le 15 septembre 2011.
10. Le 15 juin 2011, la Cour de justice, réunie en séance plénière, a alloué à M. Z_ le poste à la chambre administrative. Le vote a eu lieu à bulletin secret, les juges étant appelés à remplir un bulletin préimprimé comportant le nom de M. Z_ ainsi que deux cases « oui » ou « non ». M. X_ n’avait pas déposé sa candidature.
11. Par écriture spontanée du 18 juin 2011, M. X_ s’est adressé à la section administrative de la Cour de justice en complément de son recours du 12 mars 2011 (
recte :
13 mars). Le recourant concluait à la nullité de l’élection de M. Z_. Une nouvelle élection à la chambre administrative ne pouvait être organisée faute de vacance du poste et le poste ne pouvait pas être attribué à un juge qui n’appartenait pas à cette juridiction.
12. Par décision du 7 juillet 2011, la chambre de céans a rejeté les demandes de récusation de deux des juges suppléants désignés dans la composition de la chambre.
13. Par écriture spontanée du 14 juillet 2011, M. X_ a déclaré ne pas entendre recourir contre la décision de la chambre administrative et accepter la composition de l’autorité chargée de statuer sur son recours.
14. Le plenum de la Cour de justice a répondu aux recours formés par M. X_ en date du 5 août 2011. La chambre administrative de la Cour de justice était seule compétente pour connaître du recours. Seuls les magistrats suppléants de la chambre administrative pouvaient statuer dans la mesure où ils n’avaient pas pris part aux séances plénières relatives à l’allocation du poste vacant à la chambre administrative. L’allocation de poste n’était pas une élection. L’art. 29 LOJ prévoyait une élection uniquement pour le président et le vice-président. La décision d’allouer ou non un poste à un magistrat était une opération de répartition interne des juges titulaires parmi les chambres et donc typiquement un acte d’organisation interne. Sur le fond, le refus d’allouer le poste vacant à M. X_ comme l’attribution du poste à M. Z_ étaient conformes à l’art. 118 al. 2 let. c LOJ. Le plenum concluait à l’irrecevabilité du recours du 14 mars 2011 comme à l’irrecevabilité des conclusions complémentaires du 18 juin 2011, subsidiairement au rejet du recours.
15. M. X_ a répliqué en date du 20 août 2011. La décision du plenum du 9 mars 2011 de ne pas constater son élection tacite à la chambre administrative était une décision administrative sujette à recours. Cette décision violait son droit à se voir « élire/attribuer/allouer » tacitement un poste laissé vacant au sein de la Cour de justice, violait le principe de l’égalité de traitement eu égard à une élection tacite intervenue à l’époque des faits et était arbitraire. C’était à dessein que le plenum avait retenu son appel du 13 mars 2011 afin de permettre l’élection tacite de M. Z_. L’application de l’art. 118 LOJ ne permettait pas au plenum de ne pas constater son élection en l’absence d’un autre candidat.
16. Le plenum a renoncé à dupliquer et la cause a été gardée à juger.

## Considerations

EN DROIT
1. La chambre administrative est l’autorité supérieure ordinaire de recours en matière administrative (art. 132 al. 1 LOJ). La compétence comme la composition de la chambre ont fait l’objet d’une décision en force.
2. Selon l’art. 70 al. 1 LPA, l’autorité peut, d’office ou sur requête, joindre en une même procédure des affaires qui se rapportent à une situation identique ou à une cause juridique commune.
Le premier acte dont est recours est la non-allocation du poste de juge titulaire à la chambre administrative, intervenue le 9 mars 2011. Le recourant a ensuite, le 18 juin 2011, pris des conclusions nouvelles contre l’allocation du poste de juge titulaire à M. Z_ le 15 juin 2011. Considérant qu’il s’agit-là de deux recours distincts, mais relevant du même complexe de fait et soulevant la même question juridique, il convient d’ordonner la jonction des causes et de traiter simultanément ces deux recours sous le numéro de cause A/1073/2011.
3. a. Selon l’art. 132 al. 2 LOJ, le recours à la chambre administrative est ouvert contre les décisions des autorités et juridictions administratives au sens des art. 4, 4A, 5, 6, al. 1, let. a et e, et 57 LPA. Sont réservées les exceptions prévues par la loi.
b. Selon l’art. 4 al. 1 LPA, sont considérées comme des décisions, les mesures individuelles et concrètes prises par l’autorité dans les cas d’espèce fondées sur le droit public fédéral, cantonal, communal et ayant pour objet :
a) de créer, de modifier ou d’annuler des droits ou des obligations ;
b) de constater l’existence, l’inexistence ou l’étendue de droits, d’obligations ou de faits ;
c) de rejeter ou de déclarer irrecevables des demandes tendant à créer, modifier, annuler ou constater des droits ou obligations.
c. L’art. 5 LPA désigne les autorités administratives. L’art. 6 LPA désigne les juridictions administratives, et, parmi celles-ci, la chambre administrative de la Cour de justice (art. 6 al. 1 let. b LPA).
En l’espèce, il est admis que la chambre administrative, dans le cadre de ses fonctions autres que juridictionnelles, est appelée à rendre des décisions au sens de l’art. 4 LPA, de sorte que seule prête à discussion la question de savoir si les actes contre lesquels il a été recouru sont des décisions en tant qu’ils ont pour objet de régler la situation juridique du recourant.
4. Selon la jurisprudence consacrée, la décision comme acte juridique a pour objet de régler la situation d’administrés en tant que sujets de droit et donc, à ce titre, distincts de la personne étatique ou, en d’autres termes, extérieurs à l’administration. L’on oppose dans ce contexte la décision à l’acte interne ou d’organisation, qui vise des situations à l’intérieur de l’administration ; l’acte interne peut avoir des effets juridiques mais ce n’en est pas l’objet ; pour ce motif, il n’est en règle générale pas susceptible de recours (ATF
136 I 323
c. 4.4, et les références citées). Deux critères permettent généralement de déterminer si l’on a affaire à une décision ou à un acte interne. D’une part, l’acte interne n’a pas pour objet de régler la situation juridique d’un sujet de droit en tant que tel et, d’autre part, le destinataire en est l’administration elle-même, dans l’exercice de ses tâches (
ibid
.). En sus des cas de sanctions disciplinaires déguisées, la jurisprudence reconnaît que le déplacement ou la nouvelle affectation d’un fonctionnaire peut, selon les circonstances, constituer une décision, lorsque son objet va au-delà de l’exécution des tâches qui incombent au fonctionnaire dans sa sphère d’activité habituelle ou des instructions qui lui sont données dans l’exercice de ces tâches (ATF
136 I 323
consid. 4.5).
En l’espèce, la question de savoir si ces conditions sont réalisées s’agissant de la non-allocation au recourant du poste de juge titulaire à la chambre administrative, respectivement de l’allocation du poste à M. Z_, peut demeurer ouverte dans la mesure où en toute hypothèse le recours doit être rejeté.
5. a. Aux termes de l’art. 60 let. b LPA, ont qualité pour recourir, toutes les personnes qui sont touchées directement par une décision et ont un intérêt digne de protection à ce qu’elle soit annulée et modifiée.
b. Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, le recourant doit avoir un intérêt pratique à l’admission du recours, soit que cette admission soit propre à lui procurer un avantage, de nature économique, matérielle ou idéale (ATF
121 II 39
consid. 2 c/aa p. 43 ; Arrêt du Tribunal fédéral
1A.47/2002
du 16 avril 2002 consid. 3).
En l’espèce, il apparaît douteux que le recourant, qui n’a pas présenté sa candidature pour l’allocation du poste de juge titulaire à la chambre administrative du 15 juin 2011, ait la qualité pour contester l’allocation du poste de juge titulaire à M. Z_ et, partant, la qualité pour recourir dans le second recours. Cette question peut également demeurer ouverte vu l’issue du recours.