# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** c29bb88e-3205-54f9-9faf-264d8d609e70
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_011
**Year:** 2019
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
:
A.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 10 juillet 2019, A_ recourt
contre l'ordonnance
du 28 juin 2019, notifiée par pli simple, par laquelle le Ministère public a ordonné la jonction des procédures P/1_/2019 et P/17564/2011, sous ce dernier numéro.
Le recourant conclut à l'annulation de l'ordonnance querellée.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
A_ est prévenu, dans la procédure la P/17564/2011, d'abus de confiance (art. 138 CP), subsidiairement de gestion déloyale aggravée (art. 158 ch. 2 CP), ainsi que de blanchiment d'argent (art. 305bis CP) pour avoir utilisé à d'autres fins que celles convenues, notamment à des fins personnelles, USD 6 millions que C_ avait crédité, le 6 juin 2008, sur le compte de sa société D_ AG, ainsi que CHF 178'130.- que E_ lui avait remis, en 2010, en espèces, par virement bancaire ou par un intermédiaire.
b.
Il est également prévenu, dans la P/1_/2019, d'escroquerie (art. 146 CP) voire d'abus de confiance (art. 138 CP) pour avoir, en 2018, utilisé à d'autres fins que celles convenues, notamment à des fins personnelles, l'argent qui lui avait été remis par F_ (CHF 5'000.-), G_ (CHF 6'000.-), H_ (CHF 40'000.-) et I_ (EUR 5'000.-). Huit autres plaintes déposées à l'encontre du prévenu ont été disjointes en vue de leur délégation à la France (P/2_/2019).
c.
Le 28 juin 2019, le Procureur a rendu la décision querellée.
d.
Le 9 août 2019, le Ministère public a versé la P/3_/2008 ouverte contre J_, à la suite de la plainte de A_, à la P/17564/2011.
e.
Le 19 septembre 2019, il a adressé aux parties un avis de prochaine clôture de l'instruction avec un délai au 1
er
octobre 2019 pour faire valoir d'éventuelles réquisitions de preuve, annonçant la rédaction d'un acte d'accusation en vue du renvoi en jugement de A_ devant le Tribunal correctionnel et le prononcé d'une ordonnance de classement partiel s'agissant de l'infraction de blanchiment d'argent.
A_, ainsi que le conseil de l'une des parties plaignantes, ont informé le Procureur n'avoir aucune réquisition de preuve à faire valoir. Les autres parties plaignantes ne se sont pas manifestées.
f.
Le Tribunal des mesures de contraintes (ci-après; TMC) a ordonné sa mise en détention le 3 février 2019 qu'il a ensuite régulièrement prolongée, la dernière fois jusqu'au 24 novembre 2019.
C.
Dans l'ordonnance querellée, le Ministère public rappelle que les deux procédures dans lesquelles le recourant est prévenu. Les faits reprochés concernaient tous des infractions contre le patrimoine avec le même
modus operandi
. Les deux procédures arrivaient à leur terme. Il y avait ainsi une raison objective de les joindre pour permettre une vision d'ensemble du comportement du prévenu et éviter le prononcé de peines complémentaires.
D.
a.
Dans son recours, A_ allègue que la P/1_/2019 serait terminée et qu'à teneur de l'ordonnance du 24 juin 2019 du TMC prolongeant sa détention provisoire jusqu'au 24 septembre 2019, il devait être renvoyé en jugement dans ce délai. L'instruction de la P/17564/2011 n'était, quant à elle, pas terminée, et ne pouvait l'être dans ce délai de trois mois, soit son audition s'agissant des faits reprochés par K_ et l'audition de "
Monsieur L_
".
b.
Le Ministère public observe que le prévenu avait été entendu s'agissant des faits reprochés par K_ et que cette dernière le serait dans les meilleurs délais. Il avait, en outre, le 8 août 2019, refusé la demande de commission rogatoire. Le prévenu n'avait, à ce stade, pas demandé d'actes d'instruction complémentaires. L'instruction des deux procédures arrivaient à leur terme.
c.
Le recourant conteste que la P/17564/2011 arrive à son terme. Il devait être confronté à deux plaignants. Il avait, en son temps, déposé plainte contre un dénommé "J_" [deuxième prénom de J_, orthographié différemment] auquel il avait donné l'argent d'investisseurs; l'examen de ce dossier ne permettrait pas la rédaction d'un acte d'accusation d'ici le 24 septembre 2019. D'autres personnes devaient être entendues. Trop de différences existaient entre les deux procédures pour qu'elles soient jointes.

## Considerations

EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner du prévenu qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. a CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).
2.
2.1.
À teneur de l'art. 29 CPP ("Principe de l'unité de la procédure"), les infractions sont poursuivies et jugées conjointement lorsqu'un prévenu a commis plusieurs infractions (al. 1 let. a) ou s'il y a plusieurs coauteurs ou participants (al. 1 let. b).
Si des raisons objectives le justifient, le ministère public et les tribunaux peuvent ordonner la jonction ou la disjonction de procédures pénales (art. 30 CPP).
Le principe d'unité de la procédure découle déjà de l'art. 49 CP et, sous réserve d'exceptions, s'applique à toutes les situations où plusieurs infractions, respectivement plusieurs personnes, doivent être jugées ensemble (A. KUHN / Y. JEANNERET (éds),
op. cit
., n. 1 ad art. 29). Ce principe tend à éviter les jugements contradictoires quant à l'état de fait, l'appréciation juridique ou la quotité de la peine. Il sert en outre l'économie de la procédure (ATF
138 IV 214
consid. 3 ;
138 IV 29
consid. 3.2).
En vertu de la règle de l'unité des poursuites, les infractions commises en concours doivent être réprimées dans un seul et même jugement et un seul juge doit se prononcer sur l'ensemble des faits qui peuvent être reprochés à un délinquant. Cette solution permet d'éviter la multitude de jugements rendus à l'encontre du même prévenu, le prononcé d'une peine complémentaire ou peine d'ensemble, ainsi que des frais liés à toute nouvelle procédure (L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND,
Code de procédure pénale - Petit commentaire
, 2ème édition, Bâle 2016, n. 3 ad art. 29).
La disjonction des causes en vertu de l'art. 30 CPP doit cependant rester l'exception et l'unité de la procédure la règle, dans un but d'économie de procédure, d'une part, mais aussi afin de prévenir le prononcé de décisions contraires, d'autre part. Ainsi, le Tribunal fédéral a considéré qu'en vertu du principe de l'unité de procédure, le Ministère public était tenu de joindre des procédures à l'encontre du même prévenu quand bien même la nature des infractions était fort différente, en l'occurrence violences domestiques et escroquerie (ATF
138 IV 214
consid. 3.6 et 3.7 ; L. MOREILLON / A. PAREIN-REYMOND,
op. cit.
, n. 5 ad art. 29 ;
ACPR/581/2016
du 14 septembre 2016). Une étroite connexité entre différentes infractions plaide également pour une jonction au sens de l'art. 30 CPP. Elle est notamment donnée, lorsque des participants s'accusent mutuellement d'infractions qui auraient été commises dans le cadre d'un même conflit. Une jonction des causes dans ce cas de figure va dans l'intérêt de l'économie de procédure et permet d'éviter des décisions contradictoires. Le Tribunal fédéral a ainsi considéré que dans le cas d'une personne blessée par des policiers qu'elle aurait agressés auparavant, les procédures ouvertes contre la victime et les agents de police devaient être instruites par un seul Ministère public, en l'occurrence extraordinaire (ATF
138 IV 29
consid. 5.5 ;
ACPR/654/2016
du 13 octobre 2016).
2.2.
En l'espèce, le Procureur a rendu l'avis de prochaine clôture de l'instruction, concernant les faits des deux procédures, le 19 septembre 2019. Les parties n'ont pas requis de preuves complémentaires. Le prévenu étant en détention, le Procureur se doit de rédiger son acte d'accusation sans délai. Les faits reprochés au recourant étant des infractions contre le patrimoine, effectués avec un
modus operandi
comparable, il se justifie que le recourant soit jugé en une fois afin d'éviter le prononcé de peines complémentaires.
Partant, l'ordonnance de jonction querellée apparaît parfaitement justifiée, sous l'angle de l'unité de la procédure prévue à l'art. 29 al. 1 CPP.
Justifiée,
elle sera donc confirmée.
3.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui comprendront un émolument de CHF 1'000.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).
* * * * *