# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 6a7c373b-07f6-41a0-88e5-fd76d5628750
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2009
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A.
X._, née en 1978, est domiciliée à Lausanne. Elle est titulaire d’un diplôme de l’école de commerce délivré par le CESSNOV à Yverdon en 1997 et a obtenu, respectivement en 2002 et en 2007, un diplôme d’infirmière généraliste niveau II et un diplôme d’infirmière anesthésiste. Elle exerce son métier depuis 2002.
B.
X._ s’est inscrite à la faculté des sciences économiques de l’Université de Neuchâtel pour l’année académique 2008-2009 dans le but d’obtenir un Bachelor en sciences économiques et a sollicité, le 8 mai 2008, une bourse d’études d’indépendant auprès de l’Office cantonal des bourses d’études et d’apprentissage (ci-après l’office). Dans une lettre du 4 novembre 2008 adressée à cet office, elle a indiqué ce qui suit :
« (...) si aujourd’hui je fais appel à votre organisme pour une bourse d’étude d’indépendant c’est parce que je suis dans un réel besoin d’un soutien financier.
En effet j’ai décidé de reprendre des études après six ans d’expérience professionnelle dans les soins ceci principalement parce que je souffre d’allergie à certains produits utilisés quotidiennement. Mon parcours est certes atypique mais mes objectifs au long terme sont clairs et la structure universitaire est celle qui me convient le mieux afin d’avoir accès à un master en management et économie de la santé qui sont pleinement reconnus.
Si j’ai choisis l’Université de Neuchâtel c’est pour des critères de taille, du choix des cours et de la structure académique. De plus, vu que je ne possède pas de maturité fédérale, l’Université de Neuchâtel propose à la suite de plusieurs examens, de rentrer dans son milieu académique, sous condition de réussite (...) ».
C.
Par décision du 20 novembre 2008, l’office a refusé l’aide requise au motif que « la fréquentation de cette école élude les exigences inhérentes à l’organisation, à la réglementation ou au programme des études dans le canton de Vaud ».
D.
Par acte du 6 décembre 2008, X._ a interjeté recours contre cette décision et conclut implicitement à son annulation.
L’autorité intimée a déposé sa réponse le 9 janvier 2009 et conclut au rejet du recours. La recourante n’a pas déposé de mémoire complémentaire.

## Considerations

Considérant en droit
1.
a) Toute personne remplissant les conditions fixées par la loi a droit au soutien financier de l'Etat pour la poursuite des études ou d'une formation professionnelle. En vertu de l'art. 6 al. 1 lit. b de la loi du 11 septembre 1973 sur l'aide aux études et à la formation professionnelle (LAE ; RSV 416.11), ce soutien est accordé notamment aux personnes qui se préparent à l'octroi d'un titre leur permettant d'exercer une profession universitaire.
Ce principe n'est toutefois pas absolu. En règle générale, les bourses d'études ne sont allouées qu'en vue de la fréquentation d'une école dans le canton de Vaud. L'art. 6 al. 1 ch. 3 al. 1 LAE concède une exception en faveur des élèves qui fréquentent un établissement d'instruction hors du canton pour des raisons reconnues valables,
«
(...) telles que la proximité géographique ou la possibilité d'y obtenir une formation ou un titre professionnel pour lesquels le canton de Vaud ne possède pas d'école appropriée ».
Cette disposition est précisée par l'art. 3 al. 1 du Règlement d'application de la LAE (ci-après : RLAE ; RSV 416.11.1), à teneur duquel :
1
Sont reconnues comme raisons valables pour la fréquentation d'un établissement d'instruction sis hors du Canton de Vaud:
a. la proximité d'un établissement sis dans un autre canton si elle est propre à diminuer sensiblement le coût des études;
b. l'impossibilité d'obtenir dans le canton, faute d'école appropriée ou à cause du manque de place, le titre de formation professionnelle ou universitaire désiré.
2
Si la fréquentation d'un établissement hors du Canton de Vaud est motivée par d'autres raisons, l'aide à fonds perdu ne dépassera pas le montant qui serait alloué pour les mêmes études poursuivies dans le canton. »
b) L'art. 6 al. 1ch. 3 al. 2 LAE précise que
«
aucune aide ne sera toutefois allouée si la fréquentation d'une école hors du canton de Vaud est motivée par l'intention d'éluder les exigences inhérentes à l'organisation ou à la réglementation ou au programme des études dans le canton de Vaud ».
Dans sa jurisprudence, le Tribunal administratif a appliqué à plusieurs reprises cette disposition pour confirmer le refus d’octroi de bourses d’études (v., notamment, arrêts BO.2004.0135 du 6 avril 2005 requérant non porteur du certificat de maturité qui avait choisi d’être immatriculé au sein de la faculté de psychologie de l’Université de Genève parce que celle-ci posait moins d’exigences que l’Université de Lausanne ; BO 2002.0182 du 14 mars 2003, formation auprès de l'Ecole Cantonale d'Arts du Valais en vue d'obtenir un CFC de designer, option graphisme, que la requérante pouvait suivre auprès de l’Ecole cantonale d'art de Lausanne ; BO 2001.0143 du 21 août 2002, deuxième année d'études auprès de la Haute école de gestion de Genève, alors que la requérante pouvait acquérir une formation d'informaticienne de gestion dans le canton de Vaud auprès de l'école supérieure vaudoise d'informatique de gestion ; BO 2001.0085 du 6 février 2002, études en vue d’obtenir une licence en droit auprès de l’Université de Genève, après un échec définitif auprès de la faculté de droit de l’Université de Lausanne ; BO 2000.0022 du 24 avril 2001, étudiante dans une situation identique, mais ayant entrepris trop tard les démarches nécessaires à sa réimmatriculation à l'Université de Lausanne). Dans un ATF du 9 août 1999
dans la cause
1P.323/1999 (confirmant l’arrêt BO 1998/0185 du 27 avril 1999), le Tribunal fédéral a pour sa part estimé que l'obtention d'un certificat de maturité, comme condition d'admission à l'Université, faisait bien partie des
« exigences inhérentes à l'organisation ou à la réglementation ou au programme des études dans le canton de Vaud »
au sens de la disposition précitée
.
2.
a) En l’espèce, la recourante ne peut se prévaloir d’aucune des exceptions citées dans les dispositions précitées. Il est en effet constaté d’une part, que l’intéressée réside à Lausanne, soit à proximité de l’Université de Lausanne de sorte que des études à Neuchâtel ne sont pas propres à diminuer les coûts de formation, et d’autre part que la formation choisie est dispensée à l’Université de Lausanne à la Haute école commerciale (HEC), établissement dans lequel la recourante pourrait obtenir un titre de même niveau, soit un bachelor en sciences économiques.
b) Reste à examiner si la recourante peut se prévaloir d’autres raisons justifiant des études hors canton qui lui donneraient droit à une bourse d’études selon l’art. 3 al. 2 RLAE. Elle explique à cet égard avoir choisi l’Université de Neuchâtel parce que le cursus de formation, les branches et modules proposés notamment en statistiques et le cadre universitaire répondent mieux à ses attentes que l’Université de Lausanne et qu’au surplus, cet établissement lui est accessible en tant que non détentrice d’une maturité fédérale.
Il est tout d’abord relevé qu’il existe toujours entre chaque école prodiguant un même enseignement de base des différences de programmes plus ou moins grandes selon les domaines d'enseignement. Ces différences, tant qu'elles ne modifient pas notablement la formation dispensée ne peuvent pas être prises en considération; à ce défaut, le caractère subsidiaire du subventionnement d'études hors du canton disparaît. En d'autres termes, on n'aboutirait non plus au libre choix de la formation, qui est garanti par la loi, mais au libre choix de l'école, que le législateur a précisément voulu restreindre à l'art. 6 LAE (BO.2002.0182 déjà cité). En l'occurrence, une comparaison des plans de formation de la HEC Lausanne et de la faculté des sciences économiques de l’Université de Neuchâtel (voir les plans d’études 2008-2009 accessibles sur le site internet des établissements concernés) permet de constater qu'à quelques exceptions près, les branches enseignées dans ces deux écoles sont identiques. Quant au cadre universitaire, il ne relève que d’une convenance personnelle, dont il n’y a pas lieu de tenir compte.
On ajoutera que la recourante ne peut pas se fonder sur le fait que les exigences pour accéder à la faculté des sciences économiques de l’Université de Neuchâtel seraient moindres que pour être admis à la HEC de Lausanne, notamment en ce qui concerne la détention d’un certificat de maturité. S’agissant des conditions d’accès à l’université pour les personnes qui ne disposent pas de maturité fédérale, on a en effet vu ci-dessus qu’une facilité d’accès ne constitue pas un motif justifiant l’octroi d’une bourse pour suivre des études dans un autre canton, le requérant devant se conformer aux exigences inhérentes à l'organisation ou à la réglementation ou au programme des études dans le canton de Vaud (BO.2004.0135 et ATF 1P.323/1999 déjà cités)
.
Au demeurant, les informations figurant sur son site internet montrent que l’Université de Lausanne permet à des personnes non détentrices de maturité de suivre un parcours académique moyennant, au choix du candidat, la passation d’un examen préalable d’admission ou le dépôt d’un dossier, lequel peut également être suivi d’examens partiels ou complémentaires. Cet accès aux études universitaires sans maturité est ouvert pour toutes les facultés, à l’exception des facultés de médecine, pharmacie, droit et science criminelle. L’accès à l’Université de Neuchâtel pour les non porteurs de maturité n’est guère différent puisque ceux-ci doivent soumettre un dossier de candidature suivi, en cas d’acceptation, par un examen organisé par la faculté concernée.
3.
Au vu des considérants qui précèdent, le recours doit être rejeté puisque la recourante peut acquérir à la HEC de Lausanne la formation en sciences économiques qu'elle envisage et obtenir un bachelor. Il s'ensuit que la décision de l'office du 20 novembre 2008 doit être confirmée aux frais de la recourante qui succombe.