# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** df13b3af-a481-47fb-a011-b955e7ea7d2e
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2022
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants:
A.
A._, né en 1980, exerce la profession d'infirmier à domicile. Il est titulaire d'un permis de conduire notamment de la catégorie B depuis 1998. Il ressort du système d'information relatif à l'admission à la circulation (SIAC) qu'il a fait l'objet des mesures suivantes: un avertissement prononcé le 26 mars 2015 en raison d'un excès de vitesse, ainsi qu'un retrait de permis d'un mois prononcé le 28 avril 2015 pour non-respect de la distance.
B.
Le 22 juillet 2021, vers 14h25, A._ a été impliqué dans un accident de la circulation survenu sur la route de la Blécherette à Romanel-sur-Lausanne. Dans leur rapport du 10 août 2021, les agents de la gendarmerie vaudoise qui sont intervenus sur place ont décrit comme il suit les circonstances de cet accident:
"B._, M. C._ et M. A._ circulaient en file et dans cet ordre, du Mont-sur-Lausanne en direction de Prilly à quelque 50 km/h, selon le dernier conducteur. Peu avant le carrefour du Solitaire, M. A._, qui maintenait une distance insuffisante pour circuler en file, soit un intervalle d'une voiture avec l'auto de M. C._, a déclaré avoir saisi une bouteille d'eau et en boire le contenu. Dès lors, inattentif à la route et à la circulation en raison de cette occupation accessoire, il n'a pas remarqué que les véhicules le précédant freinaient jusqu'à l'arrêt en raison de la phase lumineuse au rouge. Malgré un freinage d'urgence, il n'a pas pu éviter le choc entre l'avant de sa voiture et l'arrière de l'auto conduite par M. C._, lequel était normalement arrêté au milieu de sa voie de circulation. A la suite de ce choc, le véhicule de M. C._ a été projeté contre la voiture le précédent, conduite par M. B._."
En raison de ces faits, A._ a été dénoncé pour inattention, occupation accessoire, distance insuffisante pour circuler en file et perte de la maîtrise du véhicule.
Selon le rapport de police, les trois véhicules ont été endommagés, celui de A._ ayant nécessité la prise en charge d'une entreprise de dépannage.
C.
Le 28 janvier 2022, le Service des automobiles et de la navigation (SAN) a informé A._ qu'il envisageait de prononcer à son encontre une mesure de retrait de son permis de conduire en raison de la perte de maitrise de son véhicule survenue le 22 juillet 2021. Il l'a invité à faire valoir au préalable ses éventuelles observations.
L'intéressé s'est déterminé le 31 janvier 2022. Il n'a pas contesté les faits, reconnaissant avoir bu de l'eau sur le trajet entre deux patients et avoir perdu de ce fait la maîtrise de son véhicule. Il a relevé toutefois qu'il s'agissait du seul accident qu'il avait commis depuis l'obtention de son permis de conduire et qu'il n'y avait pas eu de blessé. Il sollicitait pour ces motifs l'indulgence de l'autorité.
Par décision du 1
er
février 2022, le SAN a ordonné le retrait du permis de conduire de A._ pour une durée de trois mois. Il a qualifié la perte de maîtrise survenue le 22 juillet 2021 d'infraction grave. Il a précisé que la durée de la mesure correspondait au minimum légal et qu'il n'était dès lors pas possible de la réduire, même en présence d'un besoin professionnel ou d'une bonne réputation.
D.
Le 3 février 2022, A._ a déposé une réclamation contre cette décision. Il a contesté la qualification de l'infraction retenue qu'il jugeait extrêmement sévère, rappelant qu'il avait simplement bu de l'eau en conduisant. Il a ajouté que son permis de conduire lui était essentiel pour l'exercice de sa profession et qu'il serait probablement licencié en cas de confirmation du retrait contesté.
Par décision sur réclamation du 10 mai 2022, le SAN a confirmé la décision de retrait du 1
er
février 2022.
E.
Le 25 mai 2022 (date du cachet postal), A._ a contesté cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP), en concluant implicitement à son annulation. Il a repris en substance les arguments déjà soulevés dans le cadre de sa réclamation.
Dans sa réponse du 25 août 2022, l'autorit.intimée a conclu au rejet du recours.
Le recourant a déposé un mémoire complémentaire le 8 septembre 2022.
La cour a statué sans autre mesure d'instruction.

## Considerations

Considérant en droit:
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l'art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l'art. 79 LPA-VD, de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.
2.
Le recourant requiert d'être entendu "
afin d'exposer les faits, les circonstances de l'accident, mais aussi de
[s]
'excuser de
[son]
manque d'attention
".
a) Le droit d'être entendu garanti à l'art. 29 al. 2 de la Constitution fédérale de la Confédération Suisse du 18 avril 1999 (Cst.; RS 101) comprend notamment celui de faire administrer les preuves, pour autant qu'elles apparaissent utiles à l'établissement des faits pertinents (
ATF 139 II 489
consid. 3.3). Il ne comprend en revanche pas le droit d'être entendu oralement (
ATF 140 I 68
consid. 9.6.1;
134 I 140
consid. 5.3). L'autorité peut par ailleurs mettre un terme à l'instruction lorsque les preuves administrées lui ont permis de former sa conviction et que, procédant d'une manière non arbitraire à une appréciation anticipée des preuves qui lui sont encore proposées, elle a la certitude que ces dernières ne pourraient l'amener à modifier son opinion (
ATF 140 I 285
consid. 6.3.1;
137 III 208
consid. 2.2). L'art. 27 al. 1 LPA-VD rappelle en outre que la procédure administrative est en principe écrite.
b) En l'espèce, le recourant a eu l'occasion de s'expliquer dans le cadre d'un double échange d'écritures. On ne voit pas quels nouveaux éléments,
qui n'auraient pas pu être exposés par écrit,
pourraient encore apporter son audition. Il y a donc lieu de rejeter, par appréciation anticipée des moyens de preuve, la requête du recourant.
3.
a) Aux termes de l'art. 31 al. 1 de la loi fédérale du 19 décembre 1958 sur la circulation routière (LCR; RS 741.01), le conducteur devra rester constamment maître de son véhicule de façon à pouvoir se conformer aux devoirs de la prudence. Cette disposition est complétée par l'art. 3 al. 1 de l'ordonnance du 13 novembre 1962 sur les règles de la circulation routière (OCR; RS 741.11), selon lequel le conducteur vouera son attention à la route et à la circulation. Il évitera toute occupation qui rendrait plus difficile la conduite du véhicule. Il veillera en outre à ce que son attention ne soit distraite, notamment, ni par un appareil reproducteur de son ni par un quelconque système d'information ou de communication.
b) La LCR distingue les infractions légères, moyennement graves et graves (art. 16a - c LCR).
- Commet une infraction légère la personne qui, en violant les règles de la circulation routière, met légèrement en danger la sécurité d'autrui et à laquelle seule une faute bénigne peut être imputée (art. 16a al. 1 let. a LCR).
- Commet une infraction moyennement grave la personne qui, en violant les règles de la circulation, crée un danger pour la sécurité d'autrui ou en prend le risque (art. 16b al. 1 let. a LCR).
- Commet une infraction grave la personne qui, en violant gravement les règles de la circulation, met sérieusement en danger la sécurité d'autrui ou en prend le risque (art. 16c al. 1 let. a LCR).
La réalisation d'une infraction légère, moyenne ou grave dépend toujours de la mise en danger du trafic induite et de la faute (Cédric Mizel, Les nouvelles dispositions légales sur le retrait du permis de conduire, in RDAF 2004 I 383). Le législateur conçoit l'art. 16b al. 1 let. a LCR comme l'élément dit de regroupement. Cette disposition n'est ainsi pas applicable aux infractions qui tombent sous le coup des art. 16a al. 1 let. a et 16c al. 1 let. a LCR. Dès lors, l'infraction est toujours considérée comme moyennement grave lorsque tous les éléments constitutifs qui permettent de la privilégier comme légère ou au contraire de la qualifier de grave ne sont pas réunis. Tel est par exemple le cas lorsque la faute est grave et la mise en danger bénigne ou, inversement, si la faute est légère et la mise en danger grave (ATF 136 II 447 consid. 3.2; 135 II 138 consid. 2.2.2; TF 6A.16/2006 du 6 avril 2006 consid. 2.1.1).
L'infraction grave au sens de l'art. 16c al.1 let. a LCR est ainsi subordonnée à la double gravité de la faute commise et de la mise en danger objective (cf. ATF 135 II 138 consid. 2.2.3; TF 1C_436/2019 du 30 septembre 2019 consid. 2.1; 1C_525/2012 du 24 octobre 2013 consid. 2.1).
c) Selon la jurisprudence, la violation grave d'une règle de circulation suppose d'un point de vue objectif que l'auteur a mis sérieusement en danger la sécurité du trafic. Il y a création d'un danger sérieux pour la sécurité d'autrui non seulement en cas de mise en danger concrète, mais déjà en cas de mise en danger abstraite accrue (
ATF 143 IV 508
consid. 1.3 142 IV 93 consid. 3.1, 131 IV 133 consid. 3.2). Il y a mise en danger abstraite accrue lorsqu'une ou des personnes indéterminées auraient pu se trouver potentiellement exposées à un danger pour leur intégrité physique. Lorsque l'on peut objectivement exclure des circonstances la présence de tout tiers, y compris, le cas échéant, du passager du conducteur en infraction, l'imminence du danger peut être niée (TF 6B_117/2015 du 11 février 2016 consid. 13.2). Quant à la mise en danger concrète, elle est retenue lorsque survient une collision entre deux véhicules, sous réserve des chocs à très faible vitesse, par exemple lors de manœuvres sur un parking, qui d'expérience n'occasionnent que des dommages matériels (cf. TF 6B_117/2015 précité consid. 13.2; ég. arrêt CR.2021.0029 du 22 février 20222 consid. 3b).
Subjectivement, la violation grave d'une règle de circulation exige un comportement sans scrupules ou gravement contraire aux règles de la circulation, c'est-à-dire une faute grave et, en cas d'acte commis par négligence, à tout le moins une négligence grossière (ATF 142 IV 93 consid. 3.1). Celle-ci doit être admise lorsque le conducteur est conscient du caractère généralement dangereux de son comportement contraire aux règles de la circulation. Mais une négligence grossière peut également exister lorsque, contrairement à ses devoirs, l'auteur ne prend absolument pas en compte le fait qu'il met en danger les autres usagers, en d'autres termes s'il se rend coupable d'une négligence inconsciente. Dans de tels cas, une négligence grossière ne peut être admise que si l'absence de prise de conscience du danger créé pour autrui repose elle-même sur une absence de scrupules (ATF 131 IV 133 consid. 3.2). Plus la violation de la règle de la circulation apparaît objectivement grave, plus facilement sera admis, sauf circonstances particulières contraires, un comportement sans scrupules. L'absence de scrupules sera exceptionnellement niée lorsque les circonstances particulières du cas d'espèce font apparaître le comportement de l'auteur sous un jour plus favorable (ATF 142 IV 93 consid. 3.1; ég. TF 6B_441/2015 du 3 février 2016 consid. 2.2.1, 6B_290/2015 du 23 novembre 2015 consid. 2.2.1 et les références).
A été considéré comme grave le fait, pour un conducteur, de prendre une bouteille d'eau qui avait glissé entre le siège passager et la portière (TF 1C_188/2010 du 6 septembre 2010 annulant l'arrêt CR.2009.0086 du 18 mars 2010), de boire de l'eau à la bouteille (arrêt CR.2012.0080 du 31 janvier 2013), de se pencher pour ramasser un document qui se trouvait dans son sac à main, sur le sol côté passager (TF 1C_71/2008 du 31 mars 2008 annulant l'arrêt CR.2007.0319 du 28 janvier 2008), de changer un CD (arrêt CR.2009.0061 du 12 mars 2010), de se baisser pour ramasser un téléphone portable tombé à ses pieds (TF 1C_299/2007 du 11 janvier 2008; arrêt CR.2007.0103 du 20 août 2007; arrêt CR.2015.0002 du 24 mars 2015), de porter le regard sur l'autoradio (arrêt CR.2009.0043 du 30 septembre 2009), de chercher un CD dans la boîte à gants (arrêt CR.2007.0134 du 4 août 2008), de manipuler l'autoradio et de régler la climatisation (arrêt CR.2006.0483 du 17 avril 2007), d'allumer une cigarette (arrêt CR.2011.0077 du 30 mars 2012) ou de manipuler le GPS (arrêt CR.2017.0042 du 8 janvier 2018), lorsque ces activités ont conduit à ce que l'attention du conducteur soit détournée de la route.
4.
En l'espèce, il ressort des déclarations qu'il a faites à la gendarmerie que le recourant, qui circulait sur la route de la Blécherette du Mont-sur-Lausanne en direction de Prilly, n'a pas remarqué que les véhicules qui le précédaient s'étaient arrêtés à un carrefour, car il était en train de boire de l'eau, et que, malgré un freinage d'urgence, il n'a pas pu éviter la collision. Dans le cadre de la procédure de réclamation, il a redonné en substance les mêmes explications. Dans la présente procédure de recours, il est revenu en revanche sur sa version des faits. Il affirme désormais que l'inattention dont il a fait preuve et l'accident qui en a résulté n'auraient aucun lien avec le fait qu'il buvait de l'eau, évoquant plutôt "
un malheureux concours de circonstances
". Aucun élément ne justifie toutefois de s'écarter des déclarations que le recourant a faites à la gendarmerie. Selon une jurisprudence bien établie, l'expérience
démontre en effet que les premières déclarations des parties sont plus proches de la vérité que celles faites ultérieurement, notamment dans le cadre d'une procédure contentieuse dont l'issue pourrait mettre en péril des intérêts (cf. arrêts GE.2022.0035/PE.2022.0017 du 20 juin 2022 consid. 2c; FI.2017.0154/FI.2017.0155 du 14 juin 2018 consid. 3b; PE.2015.0203 du 21 mars 2016 consid. 2a et les références; ég. ATF 121 V 47 consid. 2a, TF 2C_665/2020 du 2 février 2021 consid. 7.3
in fine
et les références).
En buvant de l'eau tout en conduisant, le recourant n'a pas prêté à la circulation toute l'attention requise de sa part. Le moment de distraction a été suffisant pour qu'il ne remarque pas les véhicules le précédant s'arrêter à un carrefour et pour qu'il ne soit plus en mesure de les éviter. Certes, la vitesse à laquelle il circulait était modérée au moment de l'accident, soit 50 km/h selon ses déclarations, sur un tronçon limité à 80 km/h. Cependant, même à cette vitesse, un choc n'est pas anodin et peut avoir des conséquences graves. En outre, la jurisprudence a déjà admis une faute grave à cette vitesse voire à une vitesse légèrement inférieure (soit moins de 50 km/h), pour des comportements similaires (cf. arrêts précités CR.2017.0042, CR.2015.0002 et CR.2006.0483). Par ailleurs, il convient de souligner que l'intéressé circulait sur une route cantonale notoirement fréquentée, ce qui requerrait une attention soutenue. Il a ainsi pris un risque certain en buvant à ce moment-là. S'il avait soif, il n'avait qu'à attendre la fin de son trajet pour se désaltérer ou bien s'arrêter à la première occasion si l'étanchement ne souffrait aucun délai. En agissant comme il l'a fait, le recourant n'a pas montré suffisamment d'égards pour les autres usagers de la route et sa faute doit être qualifiée de grave (cf. pour un cas semblable, arrêt CR.2012.0080 précité). Concernant la mise en danger créée, si l'accident n'a certes occasionné que des dégâts matériels, il n'en demeure pas moins qu'on dépasse largement le cadre de la simple "touchette". Le choc a du reste été suffisamment important pour que le véhicule avec lequel le recourant est entré en collision percute à son tour le véhicule qui le précédait. Une mise en danger concrète doit dès lors être retenue (cf.
supra
consid. 3c, 1
er
paragraphe). La double condition de la gravité de la faute et de la mise en danger étant réalisée, c'est à juste titre que l'autorité intimée a qualifié l'infraction commise de grave au sens de l'art. 16c al. 1 let. a LCR.
Après une infraction grave, le permis de conduire est retiré pour trois mois au minimum (cf. art. 16c al. 2 let. a LCR), seuil en-dessous duquel il est impossible d'aller même en cas nécessité professionnelle de conduire un véhicule automobile (cf. art. 16 al. 3 LCR). S'en tenant à cette durée minimale, la décision attaquée ne peut qu'être confirmée.
5.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. Le recourant, qui succombe, supportera les frais de justice (art. 49 al. 1 LPA-VD). Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens (art. 55 al. 1
a contrario
LPA-VD).