# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 02a4ef71-8858-5390-bbae-2b26b6bfbb2a
**Court:** GE_CJ
**Chamber:** GE_CJ_014
**Year:** 2015
**Language:** fr
**Jurisdiction:** GE / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

EN FAIT
1. Madame A_ (ci-après : l’assurée ou la recourante), née le _ 1959, sans formation professionnelle, a travaillé comme aide-soignante au Maroc entre 1983 et 1988. Par la suite, elle n’a plus exercé d’activité lucrative. Le 29 novembre 1991, alors qu’elle traversait un passage pour piétons sur le quai de Cologny, elle a été renversée par un automobiliste. L’assureur responsabilité civile de ce dernier a pris en charge les suites du cas. Le 11 juin 1992, l’assurée a épousé un ressortissant portugais, domicilié à Genève, dont elle a pris la nationalité. Le couple a eu trois enfants nés en 1993, 1996 et 2000. L’assurée est devenue suissesse par naturalisation le 14 février 2005. ![endif]>![if>
2. Le 12 août 1999, l’assuré a déposé une demande de prestations auprès de l’office de l’assurance-invalidité du canton de Genève (ci-après : OAI), visant à l’octroi d’une rente et à la prise en charge de mesures médicales. ![endif]>![if>
3. Par décision du 28 septembre 2001, l’OAI a refusé tout droit à des mesures médicales, motif pris que les conditions d’octroi de ce type de mesures n’étaient pas réalisées.![endif]>![if>
4. Par décision du 1
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octobre 2001, l’OAI a constaté que l’assurée rencontrait dans l’accomplissement des travaux habituels du ménage un empêchement évalué à environ 20%, taux insuffisant pour ouvrir le droit à une rente. ![endif]>![if>
5. Par jugement du 27 mai 2003, la Commission cantonale de recours a rejeté le recours interjeté par l’assurée contre les deux décisions précitées, motif pris que lors de la survenance de l’invalidité le 21 (sic) novembre 1992, l’assurée, arrivée en Suisse le 20 janvier 1993, n’avait pas cotisé à l’AVS-AI durant une année, de sorte qu’elle n’avait de toute manière pas droit à une rente ordinaire d’invalidité. Non contesté, ce jugement est entré en force.![endif]>![if>
6. Le 21 décembre 2012, l’assurée a déposé une nouvelle demande de prestations auprès de l’OAI complétée par les annexes suivantes : ![endif]>![if>
- un rapport du Dr B_, chef de clinique à la clinique d’orthopédie et de chirurgie de l’appareil moteur de l’Hôpital cantonal universitaire de Genève (ci-après : HUG), daté du 5 juillet 1995, indiquant que l’assurée, lors de son accident du 29 novembre 1991, avait présenté une fracture de la diaphyse fémorale droite, un arrachement des épines tibiales à droite et une fracture des os de la face. Le traitement avait consisté en un enclouage centro-médullaire du fémur droit, une révision de la plaie frontale par les chirurgiens maxillo-faciaux et une ostéosynthèse de l’os malaire. En raison d’une pseudarthrose, un réenclouage avait été effectué le 2 juin 1994. Les séquelles se manifestaient par une boiterie et une consolidation qui était très lente à obtenir. Toutefois, un pronostic très précis n’était alors pas possible ;
- un certificat du Dr C_, spécialiste FMH en chirurgie orthopédique, daté du 12 février 2000, attestant d’une incapacité de travail complète « à vie » à compter de la date d’établissement dudit certificat ;
- un rapport du Dr C_, daté du 4 avril 2005, rappelant que l’assurée avait été victime d’un accident de la circulation qui lui avait causé une fracture du fémur droit, compliquée d’une pseudarthrose et d’une lésion ligamentaire importante du genou. En conclusion, l’assurée présentait une instabilité résiduelle du genou droit à la suite de cet accident, avec une arthrose évolutive de ce genou. Le pronostic ultérieur était réservé ; les lésions dégénératives allaient très certainement s’aggraver et probablement motiver la mise en place d’une prothèse, si ce n’est justifier une ostéotomie dans les cinq à dix ans à
venir ;
- un rapport du Dr D_, du 11 avril 2005, indiquant que l’assurée se plaignait encore régulièrement de douleurs de type mécanique, séquellaires, au niveau de son membre inférieur droit mais également dans la région temporale droite ;
- un certificat du Dr D_, spécialiste FMH en médecine interne, daté du 7 décembre 2012, attestant que l’assurée présentait, depuis son grave accident du 29 novembre 1991, une atteinte significative à son état de santé. Elle souffrait en particulier d’importantes limitations physiques, qui l’avaient empêchée de retravailler à ce jour ;![endif]>![if>
7. Par courrier du 8 mars 2013 à l’OAI, l’assurée, agissant par l’entremise de son conseil, a soutenu que depuis la décision du 1
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octobre 2001, son invalidité s’était bel et bien modifiée de manière à influencer ses droits. Suite à sa première demande de prestations du 12 août 1999, il était apparu qu’elle n’exerçait pas d’activité lucrative et qu’elle s’occupait des travaux du ménage et notamment de l'éducation de ses enfants. L’OAI avait donc évalué son invalidité en fonction de son empêchement à accomplir ses travaux habituels, soit l’activité usuelle dans le ménage. S’il est constant qu’elle n’exerçait pas d’activité au moment où elle avait demandé la première fois à pouvoir bénéficier d’une rente de l’assurance-invalidité, il tombait toutefois sous le sens qu’elle travaillerait aujourd’hui, si elle n’avait pas été victime de l’accident du 29 novembre 1991. En effet, sa dernière fille était aujourd’hui âgée de presque 14 ans et son mari, invalide à 100%, n’était plus en mesure de travailler. Il convenait donc d’appliquer la méthode ordinaire de comparaison des revenus pour estimer son invalidité. ![endif]>![if>
Pour le surplus, en vue d’illustrer l’aggravation de son état de santé, l’assurée a produit un rapport du Dr C_, daté du 18 février 2013. Il en ressort que ce médecin avait suivi l’assurée du 30 janvier 1997 au 11 novembre 2005. L’ayant revue le 18 février 2013, il relevait qu’elle se plaignait toujours de douleurs et de phénomènes de dérobement au niveau de son genou droit. Elle n’avait jamais pu reprendre une activité professionnelle et prenait régulièrement de l’Irfen 600 pour calmer les douleurs. À l’examen clinique, la mobilité articulaire du genou et de la hanche était conservée, quoique légèrement douloureuse en flexion du genou droit. Il n’y avait pas d’instabilité latérale, mais un discret épanchement du genou et des douleurs diffuses à la palpation. Après avoir complété le bilan par une radiographie du genou, le médecin a relevé « une qualité osseuse satisfaisante » et un discret pincement du compartiment tibio-fémoral interne attestant d’une gonarthrose modérée. La situation était donc superposable cliniquement et probablement radiologiquement (il ne pouvait l’affirmer car il n’avait pas les radiographies de l’époque) avec persistance de douleurs dans le cadre d’une instabilité et d’un défaut d’axe lié à la fracture du fémur. Une prise en charge chirurgicale destinée à modifier l’axe du fémur avait été discutée à l’époque. Toutefois, l’assurée ne souhaitait toujours pas avoir recours à ce type de traitement pour le moment.
L’assurée a également produit un rapport du Dr D_, daté du 6 mars 2013. Évoquant l’évaluation effectuée par le Dr C_ le 18 février 2013, le Dr D_ a relevé que son confrère concluait à un état clinique globalement inchangé depuis 2005, mais que l’appréciation du cas par ce dernier ne relatait ni l’évolution fonctionnelle, ni les limitations physiques et, par voie de conséquence, ne se prononçait pas sur la capacité de travail actuelle de l’intéressée. Pour sa part, le Dr D_ a indiqué que quand bien même la situation clinique de l’assurée « serait restée stable depuis 2005 », tant ses plaintes subjectives que ses limitations fonctionnelles s’étaient accentuées au fil des ans. En attestaient notamment les arthralgies de tout l’hémicorps droit, principalement de la hanche et du genou, dont l’intéressée se plaignait certes de longue date, mais qui s’étaient nettement intensifiées depuis l’été 2012 et ce, sans cause spécifique autre que les suites de l’accident. S’agissant des limitations fonctionnelles, il convenait d’admettre :
- que toute activité debout était devenue impossible, en raison tant des gonalgies droites survenant rapidement en charge, que des phénomènes de dérobement au niveau de son genou droit, ![endif]>![if>
- que la station assise n’était possible que durant une période très limitée, évaluée à environ une heure. L’activité inflammatoire persistante constatée au genou droit induisait en effet, d’une part, une limitation douloureuse dans la flexion et, d’autre part, un dérouillage douloureux « au relever » après une station assise prolongée.![endif]>![if>
Il découlait nécessairement de ce qui précède que la capacité de travail de l’assurée était devenue très modeste, sinon nulle en raison des séquelles de l’accident survenu en 1991, mais aussi des phénomènes d’usure inéluctables liés à l’âge et aggravés par le status post-traumatique.
8. Par avis du 27 mars 2013, la Dresse E_, médecin SMR, a considéré que l’assurée avait rendu plausible l’aggravation de son état de santé, probablement depuis 2005. ![endif]>![if>
9. Dans un rapport du 4 avril 2013, le Dr C_ a indiqué que les causes de l’incapacité de travail, d’origine accidentelle, s’expliquaient par la fracture du fémur droit et la lésion du ligament croisé antérieur droit. L’état actuel était inchangé et le pronostic réservé. L’activité exercée antérieurement n’était plus exigible et il ne fallait pas s’attendre à une reprise de celle-ci.![endif]>![if>
10. Dans un rapport du 22 avril 2013, le Dr D_ a retenu les causes d’incapacité de travail suivantes, en lien avec l’accident du 29 novembre 1991 :![endif]>![if>
- polyarthtalgies diffuses fluctuantes, prédominant sur l’hémicorps droit (hanche, genou), séquellaires ;![endif]>![if>
- rachialgies lombaires séquellaires ;![endif]>![if>
- céphalées temporales droites séquellaires ;![endif]>![if>
- troubles mnésiques et attentionnels séquellaires et entrant dans le cadre du « syndrome subjectif du traumatisé crânien » ;![endif]>![if>
D’un point de vue anamnestique, il a indiqué que l’assurée se plaignait d’arthralgies diffuses et chroniques, mais que les plaintes se concentraient plus particulièrement sur la hanche et le genou droits, avec une tendance à leur accentuation depuis l’été 2012, sans raison particulière.
Bien qu’il convînt de réserver un pronostic, les plaintes étaient amenées à s’aggraver en raison d’une arthrose secondaire déjà installée. On ne pouvait pas non plus émettre de pronostic quant à la reprise d’une activité lucrative, du fait de l’impossibilité pour l’assurée de rester debout ou assise de manière prolongée sans ressentir des douleurs (gonalgies droites en charge avec phénomènes de dérobement associés, limitation douloureuse à la flexion du genou droit l’empêchant d’être assise confortablement avec dérouillage douloureux après une station assise prolongée). Enfin, le pronostic était également réservé sur le plan psychologique, l’assurée ayant de toute évidence souffert des suites de l’accident et n’ayant, en raison des conséquences de celui-ci, jamais pu se lancer dans une activité professionnelle.
Selon le Dr D_, il existait une incapacité de travail de 100% du 29 novembre 1991 à ce jour. Quant à la tenue du ménage, elle était certes possible, du moins au rythme dicté par ses limitations, de sorte que le rendement de l’assurée était réduit à environ 50% de celui d’une personne bien portante. Interrogé sur d’éventuelles mesures de réadaptation professionnelle, le médecin a estimé que les restrictions évoquées ne pouvaient pas être réduites par des mesures médicales et qu’on ne pouvait pas non plus s’attendre à une reprise de l’activité professionnelle, respectivement à une amélioration de la capacité de travail.
Évoquant les travaux pouvant encore être exigés de l’assurée, compte tenu des limitations dues à son état de santé, le Dr D_ a exclu les activités uniquement en position assise ou debout, celles exercées principalement en marchant (terrain irrégulier). L’assurée ne pouvait pas non plus exercer d’activités impliquant de se pencher, de travailler accroupie, à genoux, en rotation ou de porter des charges. Les travaux en hauteur (échelle/échafaudage) ainsi que les montées d’escalier étaient à proscrire également. En revanche, il était envisageable que l’assurée exerce, à raison de deux heures par jour maximum et avec un rendement de 50%, une activité « dans différentes positions » ou les bras au-dessus de la tête. Le Dr D_ a précisé que ces indications étaient valables depuis le 16 février 2001, voire déjà depuis l’accident du 29 novembre 1991. Pour le reste, le Dr D_ renvoyait au rapport d’évaluation orthopédique du Dr C_ du 18 février 2013, déjà évoqué, ainsi qu’au rapport d’évaluation neuropsychologique établi le 20 janvier 2006 par Mme F_ (anciennement G_), psychologue.
Il ressort de ce dernier document que l’assurée, « collaborante », n’était pas ralentie sauf pour les tâches complexes et qu’elle n’était pas fatigable non plus. Depuis l’accident du 29 novembre 1991, elle se plaignait de troubles de la mémoire qui l’obligeaient à tout écrire. Elle avait de la peine à se souvenir de ce qu’on lui disait ou de ce qui était à faire, ne supportait pas la contrariété, se trouvait irritable et éprouvait de la difficulté à se concentrer. Par ailleurs, elle se plaignait de céphalées, de douleurs en relation avec ses problèmes orthopédiques. Son humeur n’était pas bonne depuis l’accident et elle n’avait jamais pu retrouver sa joie de vivre dans le contexte des problèmes de santé qui s’en étaient suivis. En guise de conclusion, la neuropsychologue a indiqué que l’examen neuropsychologique avait mis en évidence de faibles capacités d’attention soutenue, de concentration et de rendement. Les ressources mnésiques de l’assurée étaient dans la limite des normes et ses capacités de pensée adaptative et de raisonnement « rigidifiées ». Sans connaître l’état cognitif prémorbide, il était difficile, en l’état actuel, de faire la part des choses entre d’éventuelles séquelles organiques liées à l’accident et le status de base. Il était toutefois évident que les répercussions psychologiques de cet accident étaient encore présentes et qu’elles s’étaient chronicisées, avec pour conséquence une baisse de l’estime de soi ainsi qu’une souffrance psychique liées aux limitations et aux douleurs physiques. Ces répercussions rentraient dans le cadre du syndrome subjectif du traumatisé crânien. Enfin, Mme F_ a estimé que le pronostic quant à ces difficultés psychologiques – susceptibles d’entraîner dans la vie une irritabilité accrue, une susceptibilité et des difficultés relationnelles – paraissait relativement réservé, compte tenu du status cognitif de base relativement fruste, lequel permettait « peu d’élaboration psychique ».
11. Par avis du 18 juillet 2013, la Dresse E_, médecin SMR, a retenu les atteintes à la santé suivantes, pertinentes du point de vue de l’assurance-invalidité :![endif]>![if>
- boiterie, instabilité et douleurs mécaniques du genou droit sur gonarthrose et défaut d’axe ;![endif]>![if>
- troubles neuropsychologiques légers sur status post thérapie comportementale et cognitive (TCC) ;![endif]>![if>
- rachialgies et douleurs de l’hémicorps droit sur troubles statiques ;![endif]>![if>
- céphalées temporales droites post TCC ;![endif]>![if>
La Dresse E_ a situé le début de la longue maladie ainsi que l’aptitude à la réadaptation à 2005. Sans se prononcer sur la capacité de travail de l’assurée dans l’activité habituelle, motif pris que l’intéressée n’avait jamais travaillé en Suisse, elle a estimé que la capacité de travail exigible était de 50% dans une activité adaptée à ses limitations fonctionnelles, soit une activité évitant tout port de charge de plus de 5 kg, la marche en terrain irrégulier, le fait de monter ou descendre des escaliers, escabeaux etc., la position accroupie ou à genoux, le porte-à-faux du rachis et les positions statiques (debout/assise) prolongées. Il convenait ainsi de privilégier une activité sédentaire légère, de préférence manuelle, simple et répétitive (fatigabilité intellectuelle) permettant d’alterner les positions.
12. Dans un addendum du 8 octobre 2013, la Dresse E_ a précisé que l’assurée avait travaillé par le passé, dans son pays d’origine, en tant qu’aide-soignante. En raison de l’accident du 29 novembre 1991, elle présentait de nombreuses limitations fonctionnelles qui ne permettaient pas d’envisager la reprise de cette activité exercée avant son arrivée en Suisse. En revanche, dans une activité adaptée, sa capacité de travail était de 50% au moins depuis 2012. Selon toute vraisemblance, l’assurée présentait déjà une capacité de travail d’au moins 50% dans une activité adaptée avant son arrivée en Suisse. À lumière de ces éléments, il convenait de rectifier l’avis du 18 juillet 2013 en ce sens que la capacité de travail de l’assurée dans son activité habituelle était nulle dès 1991 (et non pas depuis 2005). ![endif]>![if>
13. Par projet de décision du 21 octobre 2013, l’OAI a rejeté la demande, motif pris que l’invalidité de l’assurée était survenue avant son arrivée en Suisse.![endif]>![if>
14. Par courrier du 22 novembre 2013 à l’OAI, l’assurée a fait valoir en substance qu’elle avait beau ne pas être assurée au moment de la survenance de l’invalidité, il n’en demeurait pas moins qu’il y avait, sur le plan médical, des éléments nouveaux qui devaient conduire à un réexamen de son dossier. Durant l’année 2013, elle avait commencé à souffrir de plus en plus de l’épaule gauche, ce qui l’avait poussée à consulter le Dr C_. ![endif]>![if>
Dans un rapport du 15 novembre 2013, joint au courrier précité, ce praticien avait diagnostiqué, IRM à l’appui, une rupture massive de la coiffe des rotateurs de l’épaule gauche. À l’examen clinique, la mobilité était limitée à 120° en élévation et abduction et la rotation externe restreinte à 10°. Outre d’importantes crépitations sous-acromiales, le testing de la coiffe montrait un déficit du sus et sous-épineux. Compte tenu de l’atteinte à l’articulation acromio-claviculaire, la capacité de travail théorique était d’environ 50%, tant dans une activité de femme de ménage que dans une activité d’aide-soignante. Vu l’étendue de la lésion objectivée, il n’était pas certain qu’une réparation de la coiffe pût être réalisée.
15. Le 4 décembre 2013, l’assurée a transmis à l’OAI un rapport complémentaire du Dr C_, daté du 9 décembre 2013. Ce médecin y mentionnait qu’il n’avait pas une idée précise de la date à laquelle les douleurs à l’épaule étaient apparues, ajoutant que l’assurée s’en était ouverte pour la première fois le 12 février 2001 lors d’une consultation. La consultation précédente remontait au 26 juin 1999. C’était sans doute entre ces deux dates que le problème d’épaule avait débuté. À sa connaissance, il n’y avait pas d’examen complémentaire réalisé entre les premières plaintes en février 2001 et les examens radiologiques complémentaires réalisés en juin 2013.![endif]>![if>
16. Par avis du 16 décembre 2013, le Dr H_, médecin SMR, a considéré que s’il était manifeste que l’assurée souffrait, à l’heure actuelle, d’une nouvelle atteinte ostéo-articulaire depuis son arrivée en Suisse, il n’en fallait pas moins s’en tenir aux conclusions du SMR du 8 octobre 2013, avec des limitations fonctionnelles d’épargne du membre supérieur gauche, soit : ![endif]>![if>
- pas d’activité de force du bras gauche ;
- pas d’activité avec le bras au-dessus de l’horizontale ;
- pas d’activité de précision avec les membres supérieurs ;
- activité essentiellement mono-manuelle.
17. Par avis du 14 avril 2014, le SMR a estimé que pour ce qui concernait strictement la rupture de la coiffe des rotateurs, il convenait de suivre l’avis du chirurgien traitant, le Dr C_, et considérer que la capacité de travail était de 50% « pour les anciennes activités » et pleine pour les activités adaptées aux limitations fonctionnelles d’épargne du membre supérieur gauche. L’aggravation de la symptomatologie douloureuse de l’épaule avait nécessité un suivi médical et des explorations à partir de juin 2013. Il fallait par conséquent retenir cette date pour le début de l’incapacité de travail découlant de l’atteinte à l’épaule. Quant à la capacité de travail globale en rapport avec l’ensemble des atteintes de l’assurée, elle était nulle pour les anciennes activités, trop physiques, et de 50% pour les activités adaptées à toutes les limitations fonctionnelles (membre supérieur gauche et membres inférieurs).
18. Par courrier du 15 mai 2014, l’assurée a informé l’OAI qu’une intervention chirurgicale avait été planifiée le 9 avril 2014, en lien avec la rupture de la coiffe des rotateurs de l’épaule gauche.
19. Par décision du 12 juin 2014, notifiée le lendemain, l’OAI a refusé tout droit à une rente et à des mesures professionnelles.
Rappelant dans un premier temps que le statut de l’assurée retenu dans la décision du 1
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octobre 2001 était celui de ménagère, l’OAI a estimé que dans la mesure où l’intéressée avait travaillé comme aide-soignante dans son pays d’origine et qu’elle s’était consacrée à sa famille depuis son arrivée en Suisse, il convenait de lui reconnaître le statut de personne active, l’activité habituelle étant celle d’aide-soignante.
En l’absence d’informations relatives au dernier salaire réalisé, il y avait lieu de déterminer le revenu sans invalidité sur la base des statistiques salariales résultant de l’enquête suisse sur la structure des salaires (ESS), tableau TA7 2010 réactualisé, pour une activité exercée à 100% par une femme dans le domaine médical et des soins (niveau 4), ce qui correspondait à un revenu annuel sans invalidité de CHF 63'089.- en 2013.
Dans la mesure où le SMR avait retenu que l’atteinte à la santé entraînait une incapacité de travail totale dans l’activité habituelle, mais qu’il existait une capacité de travail de 50% en tenant compte de l’ensemble des atteintes à la santé survenues depuis 1991, l’OAI a déterminé le revenu avec invalidité en se fondant sur le tableau TA1, toutes activités confondues (ligne « total »), pour une activité de niveau 4 (non qualifiée) exercée par une femme à 50%, ce qui correspondait à un revenu avec invalidité de CHF 26'885.- en 2013. Ce revenu ne souffrant pas de réduction supplémentaire, la perte de gain s’élevait à CHF 36'204.- (et non CHF 37'451.-) et le degré d’invalidité à 57 % (et non 58 %).
S’il est vrai qu’en principe, un tel degré d’invalidité ouvrait le droit à une demi-rente, il n’en demeurait pas moins que l’affection dont souffrait l’assurée était survenue avant son arrivée en Suisse, de sorte que tout droit à une rente d’invalidité devait être nié. Par ailleurs, la mise en œuvre de mesures professionnelles ne se justifiait pas, puisque celles-ci n’étaient pas de nature à améliorer la capacité de gain de l’intéressée.
Pour le surplus, l’OAI a souligné qu’il avait – suite aux objections de l’assurée –repris l’instruction du dossier uniquement sous l’angle de la nouvelle atteinte, mais que celle-ci ne suffisait pas, même en accordant une réduction supplémentaire de 10%, à ouvrir le droit une rente. En effet, en retenant, à titre de revenu sans invalidité, un revenu annuel théorique de CHF 54'970.- (tableau TA1 2010 réactualisé, pour une activité de niveau 4 exercée par une femme à 100%, toutes activités confondues - ligne « total ») et, à titre de revenu avec invalidité, le même montant sous déduction d’une réduction de 10% (CHF 5'497.-) motivée par les limitations fonctionnelles de l’intéressée, la perte de gain s’élevait à 10%, ce qui correspondait à un degré d’invalidité à 10%.
20. Par acte du 14 juillet 2014, l’assurée a saisi la chambre de céans d’un recours contre la décision du 13 juin 2014, concluant, sous suite de frais et dépens, principalement, à son annulation et au renvoi du dossier à l’OAI pour instruction complémentaire et détermination des limitations fonctionnelles une fois le cas stabilisé pour toutes les atteintes à la santé qu’elle présente et, subsidiairement, à l’annulation de la décision querellée et à ce que la chambre de céans dise et constate qu’elle avait droit à un trois quarts de rente.
La rupture de la coiffe des rotateurs, rapportée par le Dr C_, constituait clairement un nouveau cas d’assurance et autorisait un nouvel examen du droit aux prestations.
S’il était clair que la recourante n’exerçait pas d’activité au moment où elle avait demandé à pouvoir bénéficier d’une rente de l’assurance-invalidité, il tombait sous le sens qu’aujourd’hui, si elle n’avait pas été victime de l’accident du 29 novembre 1991, elle travaillerait, sa dernière fille étant âgée de presque 14 ans et son mari bénéficiant d’une rente entière d’invalidité à 100%. Il convenait donc, comme l’avait fait l’office intimé, d’appliquer la méthode ordinaire de comparaison des revenus pour estimer son invalidité. Toutefois, dans la mesure où il y avait un nouvel examen du droit aux prestations d’une part et qu’à l’époque où l’intimé avait rendu sa première décision, soit en 2001, l’invalidité n’était pas encore survenue d’autre part, il y avait lieu, dans la détermination du degré d’invalidité, de tenir compte de toutes les atteintes à la santé.
S’agissant du revenu sans invalidité, il convenait de se baser, comme l’intimé l’avait fait dans un premier temps (cf. pièce 11 recourante), sur le revenu correspondant aux « activités médicales, sociales et domaine des soins » (TA7, ligne 33, niveau 4). C’était à tort que par la suite, l’intimé avait pris en considération un salaire « total », soit toutes activités confondues (TA1, niveau 4) au motif que la recourante n’avait jamais exercé d’activité professionnelle en Suisse.
En ce qui concerne le revenu d’invalide, il s’imposait de retenir une réduction maximale de 25%, compte tenu des sérieuses limitations liées au handicap et de l’âge de l’intéressée.
Au regard de ces éléments, la recourante a soutenu que son degré d’invalidité s’élevait à 68%, ce qui lui donnait droit à un trois quarts de rente.
Enfin, il ressortait d’un certificat médical établi le 8 juillet 2014 par le professeur I_ et le docteur J_, respectivement chef de service et chef de clinique au département de chirurgie des HUG, ainsi que d’un compte-rendu opératoire du 9 avril 2014 (pièce 18 recourante) que la recourante avait subi, le 9 avril 2014, une arthroscopie de l’épaule gauche. Selon ces médecins, la recourante se plaignait certes de douleurs résiduelles avec un déficit d’amplitude en voie d’amélioration. Toutefois, comme pour toute chirurgie de la coiffe des rotateurs, il fallait compter avec un minimum de six mois de rééducation afin de regagner des amplitudes satisfaisantes. Considérant en substance que l’état de
santé de la recourante n’était pas encore stabilisé, le Prof. I_ et le
Dr J_ avaient réservé leur pronostic.
21. Par réponse du 12 août 2014, l’intimé a conclu au rejet du recours et à la confirmation de la décision querellée, faisant valoir en substance que la nouvelle demande de prestations devait s’apprécier uniquement sous l’angle de l’atteinte nouvelle que représentait la rupture de la coiffe des rotateurs. Abordant la question de l’évaluation de l’invalidité, l’intimé a soutenu que le tableau TA7 s’appliquait uniquement lorsque les circonstances du cas concret le justifiaient et en vue de fixer de manière plus précise le revenu, notamment dans une activité précise. En l’espèce toutefois, la recourante n’avait jamais exercé son activité d’aide-soignante en Suisse. Au demeurant, cela aurait supposé que son diplôme fût reconnu, ce qui n’était apparemment pas le cas ; elle ne pouvait pas prétendre à un emploi qualifié en Suisse. Ainsi, c’est à juste titre que le tableau TA1, niveau 4 (non qualifié), toutes activités confondues, avait été retenu pour fixer le revenu sans invalidité.
En date du 27 mai 2014, une détermination du degré d’invalidité, tenant compte uniquement de l’atteinte nouvelle à l’épaule gauche avait été effectuée (pièce 115 intimé). Dans la mesure où le SMR, dans son avis du 14 avril 2014, avait retenu, sous l’angle exclusif de la rupture de la coiffe des rotateurs, une capacité de travail de 50% pour les anciennes activités et de 100% pour les activités adaptées, la recourante ne subissait pas de diminution de sa capacité de gain dans une activité adaptée. Toutefois, un abattement de 10% avait été déduit du revenu d’invalide (déterminé également selon tableau TA1, niveau 4, toutes activités confondues) pour tenir compte de l’âge de l’intéressée. Ainsi, la comparaison des revenus faisait apparaître un degré d’invalidité de 10%, insuffisant pour reconnaître un droit à des prestations.
L’intimé a également précisé que c’était par erreur que la décision litigieuse faisait référence à la détermination du degré d’invalidité du 16 octobre 2013, laquelle concluait à un taux d’invalidité de 58% (pièce 92 intimé) en tenant compte des affections antérieures à l’arrivée en Suisse. Il convenait de modifier la décision litigieuse sous cet angle et se fonder sur la détermination du 29 avril 2014 qui concluait à un taux d’invalidité de 55% (pièce 110 intimé).
Enfin, l’intimé a produit un avis SMR du 25 juillet 2014 qui se prononçait sur les pièces nouvelles produites à l’appui de l’acte de recours. Selon le Dr H_, l’arthroscopie du 9 avril 2014 avait été réalisée, à l’évidence, dans le but d’améliorer la symptomatologie de l’épaule. En outre, étant donné que le
Prof. I_ et le Dr J_, dans leur rapport du 8 juillet 2014, mentionnaient, d’une part, que la recourante présentait seulement des douleurs résiduelles et une limitation de la mobilité et de la force de l’épaule droite et, d’autre part, que la situation allait évoluer dans les six mois après l’opération, il convenait de considérer que l’état de santé de la recourante n’était pas définitivement stabilisé, mais qu’il était manifeste qu’on s’acheminait vers une amélioration de son état et une diminution de ses limitations fonctionnelles. Par conséquent, les précédentes conclusions du SMR demeuraient valables.
22. Avec sa réplique du 27 novembre 2014, la recourante a produit un rapport établi le 3 novembre 2014 par le successeur du Dr J_, le Dr K_, médecin adjoint au département de chirurgie des HUG. Selon ce médecin, l’évolution était actuellement favorable, avec une patiente qui se disait satisfaite. Les douleurs résiduelles étaient occasionnellement encore importantes, pouvant monter jusqu’à 6-7/10. La fonction de l’épaule était évaluée à 60% d’une épaule normale. Le score de constant, calculé ce jour, était à 70%, ajusté à l’âge. L’examen clinique, effectué à la date du rapport, montrait des amplitudes restituées et le médecin ne retenait pas d’indication à poursuivre une physiothérapie au vu des mobilités. Il encourageait la recourante à poursuivre la natation qu’elle avait commencée. Sur le plan des limitations fonctionnelles, il recommandait d’éviter un port de charges supérieur à 5 à 10 kg ainsi que le travail au-dessus des épaules.
Sur la base de ces éléments, la recourante a considéré qu’il ressortait clairement de ce rapport que son état de santé n’était pas tout à fait stabilisé, mais qu’il était clair que des séquelles définitives existaient. Pour l’heure, elle n’avait récupéré la fonction de son épaule qu’à concurrence de 60% et les douleurs résiduelles étaient encore extrêmement importantes. En considérant la situation dans son ensemble, il convenait de retenir une évolution de l’état de santé défavorable suite à la rupture de la coiffe des rotateurs. Puisqu’elle était toujours convalescente, il était clair qu’elle avait été, pendant une période qui restait à déterminer, en incapacité totale de travail, ce qui justifiait l’octroi d’une rente temporaire. Une fois l’état de santé stabilisé, elle pouvait prétendre à un trois quarts de rente.
Partant, la recourante a maintenu ses premières conclusions en concluant, en sus, à l’octroi d’une rente d’invalidité entière, temporaire, pour une durée qui restait à déterminer.
23. Par duplique du 15 décembre 2014, l’intimé a maintenu ses conclusions, précisant qu’elle avait soumis le rapport du Dr K_ au SMR.
Dans un avis daté du 5 décembre 2014, ce service, soit pour lui le Dr H_, a estimé qu’il ressortait très clairement du rapport du Dr K_ que l’évolution postopératoire de l’épaule était très favorable. Ce dernier rapportait en effet que les amplitudes de mouvement de l’épaule étaient à nouveau normales et que la physiothérapie n’était plus nécessaire. De plus, l’assurée avait repris la natation, activité particulièrement exigeante au niveau des épaules. S’agissant des limitations, le Dr K_ ne retenait que celles déjà connues. À l’évidence, comme cela avait été prévu, le Dr K_ confirmait que l’intervention avait fortement amélioré l’état de l’épaule gauche et avait même permis de diminuer les limitations fonctionnelles de celle-ci. Le Dr H_ renvoyait par conséquent aux conclusions précédentes du SMR.
24. Sur quoi, la cause a été gardée à juger.

## Considerations

EN DROIT
1. Conformément à l'art. 134 al. 1 let. a ch. 2 de la loi sur l'organisation judiciaire, du 26 septembre 2010 (LOJ -
E 2 05
) en vigueur dès le 1
er
janvier 2011, la chambre des assurances sociales de la Cour de justice connaît, en instance unique, des contestations prévues à l'art. 56 de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales, du 6 octobre 2000 (LPGA -
RS 830.1
) relatives à la loi fédérale sur l’assurance-invalidité du 19 juin 1959 (LAI -
RS 831.20
). Sa compétence pour juger du cas d’espèce est ainsi établie.
Le présent recours a été interjeté dans la forme et le délai prévus par la loi, et la recourante a qualité pour recourir. Le recours est recevable (art. 56ss LPGA ; art. 89B de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 – LPA –
E 5 10
).
2. Les modifications de la loi fédérale sur l'assurance-invalidité du 21 mars 2003 (4
ème
révision), du 6 octobre 2006 (5
ème
révision) et du 18 mars 2011 (révision 6a), entrées en vigueur le 1
er
janvier 2004, respectivement, le 1
er
janvier 2008 et le 1
er
janvier 2012, entraînent la modification de nombreuses dispositions légales dans le domaine de l'assurance-invalidité. Sur le plan matériel, sont en principe applicables les règles de droit en vigueur au moment où les faits juridiquement déterminants se sont produits (ATF
129 V 1
consid. 1; ATF
127 V 467
consid. 1 et les références). En ce qui concerne en revanche la procédure, et à défaut de règles transitoires contraires, le nouveau droit s'applique sans réserve dès le jour de son entrée en vigueur (ATF
117 V 93
consid. 6b, ATF
112 V 360
consid. 4a; RAMA 1998 KV 37 p. 316 consid. 3b).
En l'espèce, au vu des faits pertinents, du point de vue matériel, le droit éventuel aux prestations doit être examiné au regard de l'ancien droit pour la période jusqu'au 31 décembre 2002, et, après le 1er janvier 2003, en fonction des modifications de la LAI, dans la mesure de leur pertinence (ATF
130 V 445
et les références; voir également ATF
130 V 329
). Cela étant, ces novelles n'ont pas amené de modifications substantielles en matière d'évaluation de l'invalidité (ATFA non publié I 249/05 du 11 juillet 2006, consid. 2.1 et Message concernant la modification de la loi fédérale sur l'assurance-invalidité du 22 juin 2005, FF 2005 p. 4322).
3. Le litige porte sur le droit de la recourante à des prestations de l’assurance-invalidité, singulièrement sur la prise en considération d’atteintes à la santé antérieures à son arrivée en Suisse.
4. À titre liminaire, on rappellera que l’intimé, dans sa décision du 1
er
octobre 2001, confirmée par la Commission cantonale de recours, dans son jugement du 27 mai 2003, avait refusé tout droit à des prestations au motif que le début de l’atteinte à la santé de la recourante remontait au mois de novembre 1991 et que lors de la survenance de l’invalidité un an plus tard, soit en novembre 1992, elle n’était pas assurée à l’AVS/AI. En effet, la date de son arrivée en Suisse remontait au 20 janvier 1993.
a) Selon l’art. 6 al. 1 LAI, dans sa teneur en vigueur jusqu’au 31 décembre 2000, les ressortissants suisses, les étrangers et les apatrides avaient droit aux prestations conformément aux dispositions de la LAI, s’ils étaient assurés lors de la survenance de l’invalidité.
Étaient notamment assurées les personnes physiques qui avaient leur domicile en Suisse ou exerçaient en Suisse une activité lucrative (art. 1
er
aLAI en relation avec l’art. 1a al. 1 let. a et b de la loi fédérale sur l’assurance-vieillesse et survivants du 20 décembre 1946 [LAVS ;
RS 831.10
] ; arrêt du Tribunal fédéral des assurances
I 404/01 du 22 octobre 2001 consid. 1a).
L’application de l’art. 6 al. 1 précité nécessitait donc l’examen de deux conditions : la survenance de l’invalidité et la réalisation de la clause d’assurance à cette date.
b) Selon l’art. 6 al. 2 LAI, dans sa teneur en vigueur jusqu’au 31 décembre 1996, les étrangers et les apatrides n’avaient droit aux prestations (sous réserve de l’art. 9 al. 3 LAI – non pertinent en l’espèce) qu’aussi longtemps qu’ils conservaient leur domicile civil en Suisse et que si, lors de la survenance de l’invalidité, ils comptaient au moins dix années entières de cotisations ou quinze années ininterrompues de domicile en Suisse. Demeuraient réservées les dispositions dérogatoires des conventions bilatérales de sécurité sociales conclues par la Suisse avec un certain nombre d’Etats pour leurs ressortissants respectifs (ATF
126 V 5
consid. 1a).
c) Selon l’art. 36 al. 1 LAI, dans sa teneur en vigueur jusqu’au 31 décembre 2007, les assurés devaient compter, lors de la survenance de l’invalidité, au moins une année entière de cotisations pour pouvoir prétendre à une rente ordinaire d’invalidité.
d) S’il n’existe pas de convention de sécurité sociale entre la Suisse et le Maroc, il en va différemment des relations entre la Suisse et le Portugal.
Lors de la survenance de l’invalidité en novembre 1992, l’Accord entre la Suisse et la Communauté européenne et ses États membres sur la libre circulation des personnes du 21 juin 1999 (ALCP ;
RS 0.142.112.681
) n’était pas encore entré en vigueur. On ignore, en l’espèce, si la recourante, marocaine au moment de la survenance de l’accident du mois de novembre 1991, avait déjà acquis la nationalité portugaise un an plus tard. Même si tel était le cas, elle n’en tirerait aucun avantage. En effet : l’art. 2 al. 1 de la Convention de sécurité sociale entre la Suisse et le Portugal, du 11 septembre 1975, entrée en vigueur le 1
er
mars 1977 (
RS 0.831.109.654.1
) dispose que les ressortissants de l’une des parties contractantes, ainsi que les membres de leur famille et les survivants dont les droits dérivent desdits ressortissants, sont soumis aux obligations et admis au bénéfice de la législation de l’autre partie dans les mêmes conditions que les ressortissants de cette partie ou les membres de leur famille et les survivants dont les droits dérivent desdits ressortissants, sauf exceptions. Dans la mesure où ladite convention prévoit l’égalité de traitement entre les ressortissants suisses et les ressortissants portugais, il y a lieu d’appliquer l’art. 6 al. 1 LAI dans sa teneur en vigueur jusqu’au 31 décembre 2000, disposition qui prévoyait que la recourante devait être assurée lors de la survenance de son invalidité.
À la date de la survenance de son invalidité en novembre 1992, la recourante n’était pas domiciliée en Suisse et n’exerçait pas non plus d’activité lucrative dans ce pays. Elle n’avait donc pas la qualité d’assurée au sens des art. 1
er
aLAI et 1a al. 1 let. a et b LAVS.
e) Selon la jurisprudence, l'autorité de la chose jugée (formelle et matérielle) de décisions portant sur des prestations durables d'assurance sociale, soit notamment des rentes de l'assurance-invalidité, n'est en principe pas limitée dans le temps. Pour autant que la situation de fait ne soit plus susceptible d'évoluer au moment de la décision, cette autorité s'étend aussi bien aux conditions du droit à la prestation qu'aux facteurs qui en fixent l'étendue. Sous réserve d'une révision procédurale (art. 53 al. 1 LPGA) ou d'une reconsidération (art. 53 al. 2 LPGA), lesdits éléments ne peuvent pas être remis en question et réexaminés à tout moment, sauf si la loi prévoit expressément une autre réglementation (comme c'est le cas en matière de prestations complémentaires; ATF
128 V 39
). Ces principes valent également dans le cadre d'une procédure de révision au sens de l'art. 17 LPGA ou de nouvelle demande. En revanche, la survenance d'une atteinte à la santé totalement différente de celle qui prévalait au moment du refus de la première demande de prestations et propre, par sa nature et sa gravité, à causer une incapacité de travail de 40 % au moins en moyenne sur une année a, compte tenu de l'absence de connexité matérielle avec la situation de fait prévalant au moment du refus de la première demande de prestations, pour effet de créer un nouveau cas d'assurance (ATF
136 V 369
consid. 3.1 et les références; voir également arrêts du Tribunal fédéral
9C_294/2013
du 20 août 2013 ;
9C_658/2008
du 10 juin 2009 consid. 5, in RtiD 2010 I p. 282 et arrêt du Tribunal fédéral des assurances I 76/05 du 30 mai 2006 consid. 5, in SVR 2007 IV n° 7 p. 23).
De même, il n'est pas exclu que l'aggravation de l'état de santé d'une personne qui, au moment de la survenance de l'invalidité, ne remplissait pas les conditions d'assurance, puisse constituer un nouveau cas d'assurance si elle est due à une affection totalement différente de celle ayant initialement entraîné l'invalidité (arrêt du Tribunal fédéral
9C_884/2011
du 22 décembre 2011 et les références).
5. La recourante entend tirer argument du changement de statut que l’OAI lui a accordé dans la décision querellée en la considérant comme une personne active, à laquelle s’applique, partant, la méthode ordinaire de comparaison des revenus. Elle soutient qu’à l’époque où l’intimée avait rendu sa première décision, soit en 2001, l’invalidité n’était pas encore survenue et qu’il y aurait lieu, dans la détermination du degré d’invalidité, de tenir compte de toutes les atteintes à la santé.
Ce raisonnement ne saurait emporter la conviction. En effet, dans son jugement du 27 mai 2003, la Commission de recours a constaté que l’invalidité était survenue en novembre 1992 – sans que cette date ne fût contestée par les parties – et qu’à ce moment, la recourante n’avait pas cotisé à l’AVS/AI durant une année au moins (art. 36 al. 1 LAI dans sa teneur en vigueur jusqu’au 31 décembre 2007). Dans la mesure où l’autorité de la chose jugée (formelle et matérielle) s’étend également aux conditions du droit aux prestations et aux motifs de la décision entrée en force (ATF
136 V 369
consid. 3.1 et 3.2), on ne saurait remettre en cause le fait que le cas d’assurance est survenu en novembre 1991 et l’invalidité en découlant en novembre 1992. Par ailleurs, on ne voit pas en quoi le fait que l’invalidité ait été évaluée, à l’époque du rejet de la première demande, en fonction d’un statut de ménagère permettrait de s’affranchir du principe selon lequel seule peut être prise en considération une atteinte à la santé totalement différente de celle qui prévalait au moment du refus de la première demande.