# Swiss Legal Decision

**Decision ID:** 96def2d8-7152-4b10-839d-3337293288a1
**Court:** VD_TC
**Chamber:** VD_TC_031
**Year:** 2006
**Language:** fr
**Jurisdiction:** VD / Région lémanique
**Law Area:** $law_area
**Law Sub-area:** nan

## Facts

Vu les faits suivants
A. a) B._ a acquis le 8 juillet 1994 de C._ la parcelle n° 2********, sise sur la commune de 1********, dans le quartier dit "3********". Ce fonds est grevé de deux servitudes de passage, inscrites le 24 mars 1939. Elles concernent deux canalisations, l'une d'eau et l'autre d'égouts. Dans le courant de l'année 1995, B._ a construit sur ce bien-fonds un bâtiment. Le 27 juin 1994, la commune de 1******** lui a facturé deux taxes provisoires de raccordement aux réseaux d'eau et d'égouts d'un montant de 1'768.50 francs chacune. Le 4 octobre 1996, les taxes définitives ont été facturées, s'élevant chacune à 2'398.05 francs. B._ n'a pas contesté cette taxation et s'est acquitté du solde en date du 13 décembre 1996.
b) A._ a acheté à D._, le 20 novembre 1986, la parcelle n° 4********, sise sur la commune de 1********, dans le quartier dit "5********". A._ a construit un bâtiment sur sa parcelle. Le 6 décembre 1994, la commune de 1******** lui a facturé deux taxes provisoires de raccordement au réseau d'eau, par 2'767.50 francs, et d'égouts, par 3'075 francs. Le 4 octobre 1996, les taxes définitives lui ont été facturées, soit un solde de 486 francs pour le raccordement d'eau et de 178.50 francs pour le raccordement aux égouts. A._ n'a pas déposé de réclamation contre la taxation définitive et s'est acquitté du solde le 31 octobre 1996.
B. a) Au cours du mois de mai 1997, B._ et A._ ont appris l'existence d'une convention d'équipement signée le 18 mars 1977 entre la commune de 1******** et les propriétaires des biens-fonds situés aux lieux-dits "3********" et "5********". Parmi les signataires de cette convention figuraient les précédents propriétaires des parcelles n°2******** et 4********, à savoir C._ et D._.
b) Il ressort notamment de cette convention que la Municipalité de la commune de 1******** s'engageait à aménager, s'agissant de l'épuration des eaux, à ses propres frais, les collecteurs communaux conformément au plan directeur des égouts. En contrepartie, chaque propriétaire était tenu d'assumer, au moment de la délivrance du permis de construire, le paiement de la taxe communale de raccordement (article 2).
Concernant l'adduction d'eau, la Municipalité s'obligeait à aménager le réseau communal de distribution. En échange, chaque propriétaire s'engageait à raccorder à ses frais les nouveaux bâtiments prévus par le plan de quartier à la conduite principale. Ce raccordement était dès lors exonéré du paiement de la taxe communale. En outre, les propriétaires étaient tenus de céder gratuitement à la commune de 1******** la propriété de la canalisation dont ils auraient réglé le coût et de constituer, en faveur de celle-ci, une servitude personnelle de canalisation d'eau (article 3). Les frais d'extension du réseau d'eau devaient être répartis entre les propriétaires de parcelles comprises dans le plan de quartier au prorata de leurs surfaces, quel que soit l'avantage retiré des travaux (article 8). A l'article 7, les propriétaires prenaient l'engagement de concéder à la Municipalité de la commune de 1******** toutes servitudes personnelles permettant l'extension des réseaux d'eau et d'égouts. L'article 10 stipulait qu'en cas d'aliénation totale ou partielle des fonds, les propriétaires signataires s'obligeaient à faire reprendre par le nouvel acquéreur les engagements résultant de la convention, à charge pour ce dernier de procéder de même en cas d'aliénation subséquente.
c) L'ancienne Municipalité de la commune de 1******** a exonéré des taxes de raccordement les propriétaires des parcelles situées dans les quartiers "5********" et du "3********", pour des permis de construire délivrés entre 1979 et 1991. La plupart des bénéficiaires de l'exonération n'étaient pas signataires de la convention. B._ et A._ sont les premiers propriétaires de biens-fonds concernés par la convention qui ont été assujettis aux taxes communales de raccordement.
C. B._ et A._ ont chacun demandé à la Municipalité de 1******** la révision de leur taxation, afin d'être exonérés des taxes de raccordement. Par décision du 15 mai 1997, et après avoir entendu les recourants le 14 mai 1997, la Municipalité de 1******** a déclaré ne pas entrer en matière sur la requête de révision.
D. Par courriers postés le 3 juin 1997, A._ et B._ ont recouru en temps utiles contre cette décision auprès du Tribunal administratif. En substance, ils demandent la révision des décisions de taxation, en ce sens que les sommes versées leur soient remboursées avec intérêts.
Sur demande des recourants, les deux recours ont été joints le 3 juillet 1997.
Dans sa réponse du 5 août 1997, la Municipalité de 1******** a conclu au rejet du recours. A l'appui de sa conclusion, elle explique que la Municipalité qui était en exercice jusqu'au 1er janvier 1994 exonérait les propriétaires des parcelles situées dans le quartier du "3********" des taxes de raccordement. Toutefois, depuis cette date, la Municipalité de 1******** considère que seuls les signataires de la convention ayant participé aux frais d'équipement peuvent bénéficier de la clause d'exonération. L'autorité intimée soutient en effet que les droits et les obligations n'étaient pas transmissibles aux nouveaux acquéreurs des parcelles puisque la convention ne figure pas au registre foncier. Dès lors, seul le règlement sur la distribution des eaux est applicable. Enfin, elle fait valoir qu'un accord permettant l'exonération de certains propriétaires enfreindrait le principe de l'égalité. Les parties se sont encore prononcées par courriers du 23 août 1997, respectivement du 18 septembre 1997.
Interpellé sur les questions soulevées par les recourants, le Service de l'intérieur, en qualité d'autorité de surveillance des communes, a déposé un préavis le 21 octobre 1997. En substance, il estime que la convention ne peut déployer des effets qu'entre les signataires de 1977, faute d'avoir été inscrite au registre foncier ou ancrée dans un règlement, une interprétation contraire allant à l'encontre du principe de l'égalité de traitement. Elle relève dans ce sens que la convention avait avant tout été établie pour régler les frais d'équipement du plan de quartier en voie de légalisation et que si les parties avaient souhaité qu'elle déploie des effets envers des tiers non signataires, elle aurait dû faire l'objet d'une inscription au registre foncier, sans quoi aucune obligation n'aurait pu être exigée des acquéreurs qui avaient acquis leur bien en toute bonne foi sur la base des indications figurant au registre foncier.
E. Le dossier a été repris par un nouveau magistrat instructeur le 14 mars 2006, et le tribunal a statué à huis clos.

## Considerations

Considérant en droit
1. La commune de 1******** a adopté un règlement du service de distribution de l'eau, approuvé par le Conseil d'Etat le 22 février 1980. L'art. 40 de ce règlement prévoit la perception d'une taxe unique fixée au moment du raccordement direct ou indirect au réseau principal de distribution. Cette taxe est calculée au taux de 6‰ de la valeur d'assurance incendie selon l'indice de l'année en cours des immeubles bâtis. En vertu de l'art. 1er du règlement, la perception de cette taxe est régie par la loi du 5 décembre 1956 sur les impôts communaux (art. 4 LIC).
2. En principe, une décision qui n'a pas fait l'objet d'un recours ou qui, sur recours, a été confirmée ou modifiée, entre en force non seulement formellement, mais aussi matériellement. Partant, elle devient définitive et lie aussi bien le contribuable que l'administration, qu'elle soit ou non conforme au droit matériel. Il s'agit d'un impératif de la sécurité du droit qui se justifie notamment par le fait que le contribuable peut se faire entendre lors de la taxation ou, du moins, lors du contrôle exercé par la voie du recours. Pour cette raison, on peut revenir sur une décision de taxation qu'exceptionnellement, à savoir lorsque les conditions d'une révision sont réunies (ATF 81 I 7/JdT 1955 I 539; Blaise Knapp, Précis de droit administratif, 4ème éd., Bâle 1991, p. 275; Pierre Moor, Droit administratif, vol. II, 2ème éd., Berne 2002, p. 341 ss). Les motifs justifiant une révision sont énumérés limitativement dans les lois applicables. En l'espèce, l'article 1er du règlement communal sur le service de distribution de l'eau renvoie à la loi sur les impôts communaux du 5 décembre 1956 (LIC) qui permet elle-même l'application par analogie des articles 100 et ss de la loi du 26 novembre 1956 sur les impôts directs cantonaux, en vigueur jusqu'au 31 décembre 2000 (aLI). L'article 107 aLI, applicable par analogie aux décisions relatives à des taxes communales, détermine les conditions de la révision et prévoit notamment qu'une taxation définitive peut être révisée sur demande du contribuable, dans les trois mois dès la découverte du motif de révision, mais au plus tard dans les quatre ans dès la communication de la décision attaquée lorsque le requérant découvre des faits nouveaux importants ou des preuves qu'il n'avait pu invoquer dans la procédure de taxation ou de recours (let. c).
3. La question litigieuse consiste en l'espèce à déterminer si la convention du 18 mars 1977, invoquée par les recourants et dont ils n'ont pris connaissance qu'au mois de mai 1997, constitue un motif de révision des taxations définitives du 4 octobre 1996.
a) S'agissant de la taxe de raccordement aux canalisations d'égouts, en vertu de l'article 2 de la convention du 18 mars 1977, les propriétaires s'engageaient à assumer, au moment de la délivrance du permis de construire, le paiement de la taxe de raccordement. Ainsi, même s'il était admis que la convention était applicable aux recourants, et si les conditions de révision étaient par ailleurs remplies, une exonération ne saurait être admise.
b) En revanche, s'agissant du raccordement aux canalisations d'eau, l'article 3 in fine prévoyait l'exonération du paiement de toute taxe communale y relative. Par conséquent, il s'agit d'examiner la validité et la portée de cet accord, puis de déterminer au besoin si les droits et les obligations qui en découlent ont été cédés aux recourants lorsqu'ils ont acquis la propriété des biens-fonds.