Decision ID: f12a6c42-cf58-4923-a749-8b764a86f4f7
Year: 2010
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
Vu les faits suivants
A.
Lulzim
A.
Dobra
X._
, né le 28 janvier 1964, est ressortissant du Kosovo. Il est entré en Suisse le 20 décembre 1991 et il a déposé une demande d’asile. Durant cette procédure, il a allégué être marié avec
Rukije Bajrami
B. Y._
, ressortissante du Kosovo, née le 10 janvier 1972, laquelle était restée au Kosovo avec leurs trois enfants communs. La demande d’asile a fait l’objet d’un rejet définitif à la suite de la décision du 16 novembre 1994 de la Commission suisse de recours en matière d’asile. En 1995,
Lulzim
A.
Dobra
X._
a eu un quatrième enfant avec
Rukije Bajrami
B. Y._
. Le délai de départ de
Lulzim
A.
Dobra
X._
pour le Kosovo, plusieurs fois reporté, a été définitivement fixé pour le 31 août 1997. Le 28 juillet 1997,
Lulzim
A.
Dobra
X._
s’est marié avec
Florence Oberholzer
C. Z._
, ressortissante suisse, née le 13 juillet 1958. Durant la procédure de mariage, il a indiqué être célibataire. Le 7 août 1997,
Lulzim
A.
Dobra
X._
a été mis au bénéfice d’une autorisation de séjour, au titre de regroupement familial.
B.
Le 21 septembre 2000,
Lulzim
A.
Dobra
X._
a déposé une demande de naturalisation facilitée fondée sur son mariage avec une Suissesse. L’Office fédéral des migrations (ci-après ODM) a admis cette requête et a naturalisé le requérant par décision du 27 mars 2002. Les époux
Dobra
X._
se sont séparés en février 2003 et le divorce a été prononcé le 26 février 2004.
C.
a) En 2004 également,
Rukije Bajrami
B. Y._
ainsi que ses quatre enfants ont demandé à pouvoir entrer en Suisse afin de contracter un mariage avec
Lulzim
A.
Dobra
X._
et permettre à la famille de vivre réunie en Suisse. A la suite de cette demande, le SPOP a informé l’ODM, le 18 mars 2005, que
Lulzim
A.
Dobra
X._
s’était marié avec
Florence Oberholzer
C. Z._
alors qu’il était possible qu’il fût déjà marié avec
Rukije Bajrami
B. Y._
, mentionnée comme son épouse dans les auditions en matière d’asile. Le certificat de célibataire que
Lulzim
A.
Dobra
X._
avait adressé aux autorités compétentes de l’état civil pouvait probablement être un faux, ce qui avait permis le mariage et la naturalisation facilitée.
b) Par décision du 23 juin 2006, l’ODM, en application de l’art. 41 de la loi sur l’acquisition et la perte de la nationalité suisse (ci-après LN, RS 141.0), a annulé la naturalisation de
Lulzim
A.
Dobra
X._
. Le Tribunal administratif fédéral (ci-après TAF), par arrêt du 22 octobre 2007 (C-1178/2006), a confirmé cette décision. Il a en particulier retenu que
Lulzim
A.
Dobra
X._
avait menti à l’ODM en ne lui déclarant pas l’existence de ses enfants, dans le formulaire à remplir habituellement dans le cadre de la procédure de naturalisation facilitée. Par ailleurs, le mariage de
Lulzim
A.
Dobra
X._
et de
Florence Oberholzer
C. Z._
ne constituait pas une communauté conjugale au sens de l’art. 27 al. 1 LN, en tous les cas depuis septembre 2001, date de leur déclaration commune aux termes de laquelle ils avaient confirmé former une telle communauté. Ayant dissimulé des faits essentiels sur la réalité de son mariage, les conditions de l’annulation de la naturalisation facilitée étaient remplies.
Le considérant 7 de l’arrêt du TAF du 22 octobre 2007 retient en particulier ce qui suit :
«7.1 (...), il est à relever que le recourant, dont la demande d'asile déposée en Suisse au mois de décembre 1991 a été écartée définitivement par la CRA le 16 novembre 1994, a contracté mariage le 26 juillet 1997 à
Vernier
2********
avec une ressortissante suisse, soit juste avant l'ultime délai qui lui avait été imparti au 31 août 1997 pour quitter le territoire helvétique. Après avoir obtenu une autorisation de séjour liée à son statut d'époux d'une ressortissante suisse,
Lulzim
A.
Dobra
X._
a formé, le 21 septembre 2000, soit juste après le délai de trois ans requis par l'art. 27 al. 1 let. c LN, une demande de naturalisation facilitée. Le 9 septembre 2001, l'intéressé et son épouse ont signé la déclaration relative à la stabilité de leur mariage. Le 27 mars 2002, le recourant s'est vu octroyer la naturalisation facilitée. Or, le 1er février 2003, soit à peine plus de dix mois après l'octroi de la naturalisation précité, les époux
Lulzim
A.
Dobra
X._
et
Florence Rollande Oberholzer
C. Z._
se sont séparés et, le 31 octobre 2003, en l'absence de toutes mesures protectrices de l'union conjugale, l'intéressé et son épouse ont ouvert action par une requête commune tendant au divorce et à la ratification de la convention sur les effets accessoires du divorce, avant que le Tribunal de première instance du canton de Genève ne dissolve par le divorce, selon jugement du 26 février 2004, l'union contractée le 26 juillet 1997; ce jugement est entré en force le 27 avril 2004. Un mois plus tard seulement, c'est-à-dire le 26 mai 2004,
Rukije Bajrami
B. Y._
, mère des quatre enfants du recourant qui avait été mentionnée au cours de la procédure d'asile de ce dernier comme étant son épouse, a déposé une demande d'autorisation d'entrée en Suisse en vue de contracter mariage avec l'intéressé. Le 18 août 2004, l'office de l'état civil de
1********
Lausanne
a clos la procédure préparatoire de mariage et a autorisé les intéressés à contracter mariage entre le 29 août et le 18 novembre 2004. Le 29 octobre 2004, soit six mois après l'entrée en force de son divorce,
Lulzim
A.
Dobra
X._
a sollicité formellement auprès du SPOP-VD l'octroi d'une autorisation d'entrée en Suisse et de séjour en faveur de ses enfants et de la mère de ces derniers, avant de retirer soudainement sa requête le 17 mars 2005.
7.2 Ces éléments et leur enchaînement chronologique particulièrement rapide sont de nature à fonder la présomption que
Lulzim
A.
Dobra
X._
avait choisi d'épouser une ressortissante suisse dans le but prépondérant de s'installer dans ce pays et d'en obtenir ultérieurement la nationalité. Le laps de temps entre la déclaration commune (9 septembre 2001), l'octroi de la naturalisation facilitée (27 mars 2002) et la cessation de la vie commune des époux (1er février 2003) tend à confirmer que le couple n'envisageait déjà plus une vie future partagée lors de la signature de cette déclaration de vie commune. Selon l'expérience générale, les éventuelles difficultés qui peuvent surgir entre époux, après plusieurs années de vie commune, dans une communauté de vie effective, intacte et stable n'entraînent en effet la désunion qu'au terme d'un processus prolongé de dégradation des rapports conjugaux, en principe entrecoupé de tentatives de réconciliation. Or, il ressort du contenu du procès-verbal de l'ex-épouse de l'intéressé qu'il n'y a jamais eu de séparation avant celle qui a précédé le divorce, ni de tentatives de réconciliation. A cela s'ajoute la précipitation avec laquelle le recourant a entrepris les démarches en vue de se remarier avec la mère de ses enfants (cf. avis de clôture de la procédure préparatoire de mariage du 18 août 2004), soit quatre mois après que son jugement de divorce soit devenu effectif et exécutoire (cf. sur ce point les arrêts du Tribunal fédéral 5A.12/2006 précité, consid. 4.1, et 5A.25/2005 du 18 octobre 2005, consid. 3.1).
7.3 Cette conviction est renforcée par plusieurs autres éléments.
7.3.1 Le recourant et son épouse se sont mariés le 26 juillet 1997 alors que l'intéressé était sous le coup d'une décision de renvoi de Suisse après le rejet de sa demande d'asile et que le délai dont disposait ce dernier pour son départ du territoire helvétique arrivait à échéance le 31 août 2007. L'influence exercée par le rejet d'une demande d'asile sur la décision des conjoints de se marier ne préjuge pas en soi de la volonté que les époux ont ou n'ont pas de fonder une communauté conjugale effective et ne peut constituer un indice de mariage fictif que si elle est accompagnée d'autres éléments troublants, comme une grande différence d'âge, ce qui n'est pas le cas ici (cf. arrêt du Tribunal fédéral 5A.11/2006 du 27 juin 2006, consid. 3.1). Cependant, il est particulièrement révélateur que le recourant, qui est le père de quatre enfants, dont le cadet était né seulement deux ans avant son mariage en 1997, et qui avait désigné la mère de ses enfants comme étant son épouse aux autorités compétentes en matière d'asile, ait choisi de celer à son épouse suisse l'existence de ces personnes. Bien que le recourant ait affirmé que la révélation de l'existence de ses enfants n'a eu aucune incidence sur le prononcé de son divorce avec son épouse suisse (et pour cause, dans la mesure où cette dernière n'a appris l'existence de la descendance de son conjoint qu'après le divorce), il n'en demeure pas moins que, lors de son audition du 6 juin 2005,
Florence Rollande Oberholzer
C. Z._
Dobra
X._
a reconnu que l'intéressé craignait de la perdre s'il lui avait avoué ces faits avant le divorce, ce qui reflète bien le manque de confiance qu'avait le recourant dans les liens qui l'unissait avec son épouse.
7.3.2 Par ailleurs, il ressort des explications de
Florence Oberholzer
C. Z._
Dobra
X._
(cf. procès-verbal du 6 juin 2005) que c'est à la fin de l'année 2002 qu'elle s'est rendue compte que sa vie conjugale s'était éteinte, que « toute cette vie était un leurre, un échec », qu'elle a ressenti « une sorte de grande frustration » et qu'elle a pris, seule, la décision de se séparer. Cependant, les déclarations générales de l'ex-épouse, auxquelles se réfère entièrement le recourant, n'expliquent en rien la rapidité de la séparation entre l'intéressé et son épouse survenue au mois de février 2003, onze mois à peine après l'obtention de la naturalisation facilitée. Dès lors, force est de conclure que le recourant n'a pu rendre vraisemblable ni la survenance d'un événement extraordinaire permettant d'expliquer une dégradation rapide du lien conjugal avec
Florence Rollande Oberholzer
C. Z._
Dobra
X._
après l'obtention de la naturalisation facilitée, ni le fait qu'il n'avait pas conscience de la gravité des problèmes rencontrés par son couple au moment où il a signé la déclaration du
9 septembre 2001. Partant, à défaut de contre-preuves convaincantes susceptibles d'expliquer la dégradation rapide du lien conjugal, il y a lieu de s'en tenir à la présomption de fait que la naturalisation facilitée a été obtenue de façon frauduleuse (cf.
ATF 130 II 482
). Aussi, au vu de ces éléments, peu importe que la volonté de séparation provenait de l'ex-épouse du recourant. En effet, le fait que le lien conjugal ait été rompu de facto moins de onze mois seulement après l'obtention de la naturalisation facilitée amène à la conclusion que la communauté conjugale vécue par les intéressés ne présentait manifestement pas l'intensité et la stabilité requises durant les mois qui ont précédé la décision de naturalisation et, partant, au moment de la signature de leur déclaration commune, le 9 septembre 2001. Il appert ainsi de toute évidence que l'existence d'une volonté matrimoniale intacte, orientée vers l'avenir, faisait alors défaut.
7.4 Au vu du déroulement chronologique des faits et des nombreux autres éléments exposés ci-dessus, le TAF est amené, à défaut de contre-preuves pertinentes apportées par le recourant, à conclure que la communauté conjugale que ce dernier formait avec
Florence Rollande Oberholzer
C. Z._
Dobra
X._
n'était plus étroite et effective déjà au moment de la signature de la déclaration commune au mois de septembre 2001. »
c) Par arrêt du 7 décembre 2007, le Tribunal fédéral (procédure 1C_379/2007) a rejeté le recours contre l’arrêt du TAF du 22 octobre 2007.
D.
a)
Lulzim
A.
Dobra
X._
, a demandé au SPOP le 3 janvier 2008 à pouvoir être mis au bénéfice d’une autorisation d’établissement et d’un titre de voyage. Le 28 janvier 2008,
MH décors
D._
SA, a déposé une demande de permis de séjour avec activité lucrative en faveur de
Lulzim
A.
Dobra
X._
.
b) Le 20 juin 2008, le SPOP a répondu que les motifs qui ont prévalu à l’annulation de la naturalisation, en particulier la dissimulation de faits essentiels par le recourant, seraient également valables pour refuser toute autorisation de séjour ou d’établissement en Suisse, ceci en application des art. 62 let. a et 63 al. 1 let. a de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (RS 142.20, LEtr).
c) Le 18 août 2008,
Lulzim
A.
Dobra
X._
s’est déterminé sur les observations du SPOP précitées. Il a relevé qu’il n’avait jamais cherché à tromper les autorités sur son statut; tout au plus devrait-on lui imputer une négligence. Par ailleurs, il a précisé qu’il était en Suisse depuis le 20 décembre 1991, soit depuis près de 17 ans, qu’il avait un casier judiciaire vierge, était totalement indépendant financièrement et travaillait depuis
10 ans au sein de la même entreprise à laquelle il donnait entière satisfaction. Il estime que dans ces conditions, le fait de lui refuser tout permis de séjour, violerait le principe de la proportionnalité.
d) Le 26 janvier 2009, le SPOP a refusé d’octroyer une autorisation d’établissement, respectivement de séjour, à
Lulzim
A.
Dobra
X._
, car la dissimulation de faits essentiels ayant conduit à l’annulation de la naturalisation facilitée, devait également conduire à lui refuser tout titre de séjour ou d’établissement en Suisse.
E.
a) Le 26 février 2009,
Lulzim
A.
Dobra
X._
a recouru contre cette décision auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP). Le recourant conclut à son annulation et à ce qu’il soit mis au bénéfice d’une autorisation d’établissement, subsidiairement de séjour. A son avis, le SPOP n’aurait pas respecté son droit d’être entendu. Il rappelle qu’il vit en Suisse depuis 1991, qu’il n’aurait aucune inscription au casier judiciaire le concernant et qu’il est autonome financièrement. Le recourant se plaint du fait d’être traité plus sévèrement que s’il avait été uniquement au bénéfice d’un permis d’établissement et non pas de la nationalité suisse. A son avis, le permis d’établissement n’aurait pu être révoqué puisqu‘il vivait en Suisse depuis plus de 15 ans sans interruption et qu’aucun motif de révocation au sens de l’art. 63 al. 2 LEtr n’était réalisé.
b) Le 17 mars 2009, le SPOP s’est déterminé sur le recours. Il a fait valoir en substance qu’en vertu du chiffre 3.3.6 des directives de l’ODM relatives à la LEtr, après l’entrée en vigueur d’une annulation de naturalisation, l’ancienne autorisation de séjour ou d’établissement n’était pas automatiquement revalidée. Il convenait au contraire de réexaminer, compte tenu de la nouvelle situation, s’il existait un droit de séjour ou s’il y avait lieu de prononcer un renvoi. En l’occurrence, eu égard en particulier à son mariage qui serait de complaisance et son comportement frauduleux envers les autorités, il n’y aurait pas lieu de décerner au recourant un quelconque titre de séjour. Le 11 mai 2009, le recourant a répliqué en maintenant l’ensemble de son argumentation.

Considerations:
Considérant en droit
1.
Le recourant a vécu de nombreuses années en Suisse grâce à un mariage qui lui a permis de bénéficier d’une autorisation de séjour, puis de la nationalité suisse. Celle-ci lui a été retirée par une décision confirmée par le Tribunal administratif fédéral ; lequel a considéré que la naturalisation avait été obtenue sur la base de déclarations mensongères (art. 41 al. 1 LN). Suite à cette révocation, le recourant requiert d’être mis au bénéfice d’une autorisation d’établissement, subsidiairement de séjour.
a) La loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005 (LEtr; RS 142.20) est entrée en vigueur le 1
er
janvier 2008; selon l’art. 125 LEtr, elle abroge les lois et dispositions légales mentionnées dans son annexe, notamment l’ancienne loi fédérale sur le séjour et l’établissement des étrangers du 26 mars 1931 (ci-après : LSEE). A titre de droit transitoire, l’art. 126 LEtr prévoit que les demandes déposées avant l’entrée en vigueur de la LEtr sont régies par l’ancien droit en ce qui concerne les conditions matérielles du droit au séjour (al. 1), la procédure étant régie par le nouveau droit (al. 2).
b) Simultanément, la nouvelle ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative (OASA ; RS 142.201) est également entrée en vigueur le 1
er
janvier 2008. Selon l’art. 91 ch. 5 OASA, elle a abrogé et remplacé l’ancienne ordonnance limitant le nombre des étrangers du 6 octobre 1986 (OLE; RO 1986 1791 et les modifications subséquentes). Les dispositions transitoires de l’art. 126 LEtr sont applicables par analogie à cette ordonnance, qui régit les demandes déposées avant l’entrée en vigueur de l’ordonnance du 24 octobre 2007 relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative.
c) En l’espèce, le mariage du recourant en 1997, la procédure de naturalisation facilitée, engagée en septembre 2000 juste après l’écoulement du délai de trois ans, l’octroi de la nationalité suisse le 27 mars 2002, la séparation des époux le
31 octobre 2003 et le divorce prononcé le 26 février 2004 sont des faits qui se sont déroulés sous l’empire de l’ancienne loi sur le séjour et l’établissement des étrangers du 26 mars 1931 et dont la portée doit donc être analysée conformément à cette législation. Il est vrai que la demande d’autorisation d’établissement a été déposée le 3 janvier 2008, après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi fédérale sur les étrangers, mais pour apprécier les effets juridiques du séjour du recourant en Suisse avant la naturalisation, il convient de se référer au droit applicable au moment où ces faits se sont déroulés.
2.
a) Il convient de déterminer si le recourant a le droit de bénéficier d’une autorisation d’établissement, subsidiairement d’une autorisation de séjour, basée sur les dispositions de la LEtr en matière de regroupement familial.
b) Selon l'art. 7 al. 1 LSEE, le conjoint étranger d'un ressortissant suisse a droit à l'octroi et à la prolongation de l'autorisation de séjour; après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans, il a droit à l'autorisation d'établissement; ce droit s'éteint lorsqu'il existe un motif d'expulsion. Quant à l'art. 7 al. 2 LSEE, il prévoit que le conjoint étranger d'un ressortissant suisse n'a pas droit à l'octroi ou à la prolongation de l'autorisation de séjour lorsque le mariage a été contracté dans le but d'éluder les dispositions sur le séjour et l'établissement des étrangers et notamment celles sur la limitation du nombre des étrangers. D'après la jurisprudence, le fait d'invoquer l'art. 7 al. 1 LSEE peut être constitutif d'un abus de droit en l'absence même d'un mariage contracté dans le but d'éluder les dispositions sur le séjour et l'établissement des étrangers au sens de l'art.
7 al. 2 LSEE (ATF 131 II 265 consid. 4.1 p. 266-267; 128 II 145 consid. 2.1 p.151; 121 II 97 consid.
4a p. 103).
L'existence d'un abus de droit découlant du fait de se prévaloir de l'art. 7 al. 1 LSEE ne peut en particulier être simplement déduite de ce que les époux ne vivent plus ensemble, puisque le législateur a volontairement renoncé à faire dépendre le droit à une autorisation de séjour de la vie commune (cf. ATF 118 Ib 145 consid. 3 p. 149 et ss). Il ne suffit pas non plus qu'une procédure de divorce soit entamée ou que les époux vivent séparés et n'envisagent pas de divorcer. Toutefois, il y a abus de droit lorsque le conjoint étranger invoque un mariage n'existant plus que formellement dans le seul but d'obtenir une autorisation de séjour, car ce but n'est pas protégé par l'art.
7 al. 1 LSEE (ATF 128 II 145 consid. 2.2 p. 151-152; 121 II 97 consid. 4a p. 103-104).
c) En l’espèce, le Tribunal administrati
f
ve
fédéral a considéré qu’au moment de la signature de la déclaration commune des époux le 9 septembre 2001, dans le cadre de la procédure de naturalisation, relative à la stabilité du mariage, l’existence d’une volonté matrimoniale intacte, orientée vers l’avenir faisait défaut. Ainsi il est établi que dès le mois de septembre 2001, la communauté conjugale que le recourant formait avec
Florence Rollande Oberholzer
C. Z._
, n’était plus étroite et effective. Il s’en
suit que le recourant ne pouvait plus dès ce moment se prévaloir du lien du mariage, vidé de sa substance, pour prétendre à l’octroi d’une autorisation de séjour. L’art. 7 LSEE tend en effet à protéger une véritable communauté conjugale (ATF 121 II 97 consid. 4a p. 103/104) et le fait d’invoquer cette disposition dans un autre but n’est pas protégé par cette disposition. Or, la durée du mariage, du mois de juillet 1997 au mois de septembre 2001 est inférieure au délai de cinq ans à partir duquel le droit au séjour ne dépend plus du lien conjugal (art. 7 al. 1 2ème phrase LSEE). Le recourant a donc perdu son droit au séjour en Suisse dès le mois de septembre 2001 (ATF 131 II 265 consid. 4 p. 267). Le recourant n’a ainsi jamais obtenu de permis d’établissement et n’a jamais eu droit non plus à un tel permis, de sorte que la question d’une éventuelle restitution d’un permis d’établissement n’entre pas en ligne de compte (ATF 135 II 1 consid. 4)
d)
Le recourant ne peut pas non plus invoquer les dispositions en matière de regroupement familial du nouveau droit pour obtenir une autorisation de séjour.
En effet, actuellement divorcé, le recourant ne peut manifestement pas prétendre à une autorisation de séjour au sens de l’art. 42 LEtr. En outre,
le recourant ne peut pas faire valoir la disposition de la LEtr réglant la dissolution de l’union conjugale (art. 50 LEtr) qui prévoit la délivrance d’un permis de séjour malgré la fin de l’union conjugale à certaines conditions (art. 51 al. 2 let. a LEtr), car le divorce a été prononcé avant l’entrée en vigueur de la loi fédérale sur les étrangers le 1er janvier 2008 (ATF 2C_492/2008 du 26 janvier 2009 consid. 3.4 et ATF 2C_114/2009 du 4 août 2009 consid. 2.2 et 2.3, ainsi que l’ATF 2C_168/2009 du 30 septembre 2009 consid. 4).
3.
Le recourant ne pouvant prétendre à aucun titre de séjour basé sur les dispositions relatives au regroupement familial, il convient encore d’examiner la demande en relation avec les autres dispositions de la LEtr en matière d’octroi de permis d’établissement et de séjour.
a) En l’espèce, il est manifeste que le recourant n’a pas droit à l’octroi d’un permis d’établissement. En particulier, les conditions de l’art. 34 al. 2 let. a LEtr ne sont pas remplies. En effet, on ne peut pas dire que le recourant a passé un séjour de dix ans en Suisse dont les cinq dernières de manière ininterrompue au motif d’un titre de séjour. En effet, sa naturalisation a été révoquée avec effet ex tunc (cf. à ce sujet, Moor, droit administratif, volume 2, § 2.4.3.7, seconde édition), et dans la mesure où le recourant n’aurait pas eu droit à un quelconque titre de séjour durant ce laps de temps, il n’était pas au bénéfice d’un titre de séjour valable depuis sa naturalisation. De plus, la condition de l’art. 34 al. 2 let. b LEtr n’est pas non plus remplie. Cette dernière disposition que l
’autorité compétente peut octroyer une autorisation d’établissement s’il n’existe aucun motif de révocation au sens de l’art. 62 LEtr. Or, l’art. 62 let. a LEtr prévoit que l
’autorité compétente peut révoquer une autorisation si l’étranger ou son représentant légal a fait de fausses déclarations ou s’il a dissimulé des faits essentiels durant la procédure d’autorisation. Or, le Tribunal administratif fédéral a considéré que le recourant avait obtenu la naturalisation et ainsi son séjour en Suisse en trompant l’autorité ou en dissimulant des faits pertinents. Ainsi, la décision du SPOP se justifie d’autant plus que le recourant remplit le motif de révocation prévu par l’art. 62 let. a LEtr.
b) Le recourant ne remplit pas non plus les conditions requises pour l’octroi d’un permis de séjour. En effet
, il ne dispose pas de connaissances ou de capacités professionnelles particulières répondant de manière avérée à un besoin au sens de l’art. 23 LEtr. Il n’a fait d’ailleurs valoir dans son recours aucun élément allant dans ce sens. Enfin, l’employeur n’a aucunement allégué que le recrutement du recourant ne violerait pas le principe de l’ordre de priorité inscrit à l’art. 21 LEtr.
c) S’agissant d’un permis de séjour humanitaire, délivré en dérogation des conditions d’admission ordinaires (art. 30 al. 1 let. b LEtr et 31 al. 1 OASA),
il est nécessaire que l'étranger concerné se trouve dans une situation de détresse personnelle.. Il faut que ses conditions de vie et d'existence, comparées à celles de la moyenne des étrangers, soient mises en cause de manière accrue, c'est-à-dire que le refus de soustraire l'intéressé aux
restrictions ordinaires prescrites par le droit des étrangers (nombre maximum, ordre de priorité), comporte, pour lui, de graves conséquences. Lors de l'appréciation d'un cas personnel d'extrême gravité, il y a lieu de tenir compte de l'ensemble des circonstances du cas particulier. La reconnaissance d'un cas personnel d'extrême gravité n'implique pas forcément que la présence de l'étranger en Suisse constitue l'unique moyen pour échapper à une situation de détresse. Par ailleurs, le fait que l'étranger ait séjourné en Suisse pendant une assez longue période, qu'il s'y soit bien intégré socialement et professionnellement et que son comportement n'ait pas fait l'objet de plaintes ne suffit pas, à lui seul, à constituer un cas d'extrême gravité; il faut encore que la relation du requérant avec la Suisse soit si étroite qu'on ne saurait exiger qu'il aille vivre dans un autre pays, notamment dans son pays d'origine. A cet égard, les relations de travail, d'amitié ou de voisinage que le requérant a pu nouer pendant son séjour ne constituent normalement pas des liens si étroits avec la Suisse qu'ils justifieraient une exemption des mesures de limitation du nombre des étrangers (
ATF 128 II 200 et 124 II 110
consid. 2). A partir d’un séjour en Suisse de dix ans, une présomption de rigueur excessive dans le renvoi d’un étranger (requérant d’asile dont la demande n’a pas encore été traitée définitivement) peut être admise,
s’il est financièrement autonome, bien intégré sur les plans social et professionnel et qui s'est comporté jusqu'ici tout à fait correctement
(ATF 124 II 110 consid. 3). Toutefois, lorsque le séjour en Suisse a été illégal, la durée de celui-ci n’est pas un critère à prendre en compte dans l’évaluation du cas de rigueur (ATF 130 II 39 consid. 3 et 5.3).
En l’espèce, il est vrai
que le séjour du recourant en Suisse a été très long, qu’il est autonome financièrement et qu’il ne figure pas au casier judiciaire. Ces éléments qui sont des indices essentiels en faveur de la reconnaissance d’un cas de détresse ne suffisent toutefois pas. En effet, depuis le mois de septembre 2001 le recourant ne peut pas se prévaloir des années pendant lesquelles il a vécu en Suisse ; la communauté conjugale n’était plus étroite et effective et elle ne bénéficiait plus de la protection de l’art. 7 al. 1 LSEE. En outre, la révocation de la naturalisation ne permet pas de prendre en compte le séjour depuis le moment de son octroi, où les conditions du regroupement familial n’étaient plus remplies. Mais surtout, pour reconnaître un cas d’extrême rigueur, il faut qu’il soit encore avéré qu’un retour du recourant dans son pays d’origine l’expose à un déracinement suffisamment profond et intense. Or, le recourant a quatre enfants qui vivent au Kosovo, ainsi que la mère de ceux-ci
,
qu’il comptait épouser en Suisse afin d’obtenir
pour sa fami
l
i
le une
l’
autorisation de séjour pour
regroupement familial
.
, alors que le couple
était
déjà
marié
au Kosovo
.
On
ne
ne
peut
ainsi
dès lors
raisonnablement estimer qu’un renvoi dans ce pays entraînerait
pour lui
pour le recourant
de graves conséquences
,
puisque il y retrouverait l’ensemble de ses proches. En outre, le recourant n’a pas allégué connaître de problèmes de santé particuliers. Il est arrivé en Suisse à l’âge de 27 ans, soit à un âge (au contraire de l’adolescence) où le contexte socioculturel d’un pays n’influence pas particulièrement rapidement l’individu. En résumé, hormis la longue durée de séjour en Suisse, qui ne peut que partiellement être prise en compte, il n’y a
aucun
aucun
autre élément selon lequel le renvoi de Suisse entraînerait un cas de rigueur.
4.
S’agissant du grief de la violation du droit d’être entendu, il est vrai que la décision attaquée est plutôt succincte. Mais dans la procédure de recours, l’autorité intimée s’est largement déterminée sur les moyens soulevés par le recourant, notamment s’agissant de son intégration en Suisse. Même si l’on estimait que la motivation de la décision du SPOP était insuffisante, ce défaut est réparé en procédure de recours par la détermination circonstanciée du SPOP sur laquelle le recourant a eu la possibilité de faire valoir ses observations (arrêt. PE.2008.0022 consid. 4 b, ainsi que références citées).
5.
Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté et la décision attaquée maintenue. Vu le sort du recours, un émolument de 500 fr. est mis à la charge du recourant qui n’a pas droit à l’allocation de dépens (art. 55 al. 1 LJPA).