Decision ID: 74e88795-dddb-5e20-9656-b00924ce225a
Year: 2012
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 
Law Sub-area: nan
Label: approval

Facts:
EN FAIT
A. a.
Selon contrat de prêt du 29 juillet 2008, Mme A_ a prêté à Mme B_ la somme de 500'000 fr. pour une durée de six mois.
Ce prêt n'ayant pas été remboursé malgré divers rappels, Mme A_ a fait notifier, le 15 août 2011, à Mme B_, domiciliée au 1xx, route de S_ à G_, un commandement de payer, lequel a été frappé d'opposition (poursuite no 11 xxxx47 M).
Sur requête de la créancière, le Tribunal de première instance a ordonné la mainlevée provisoire dudit commandement de payer, par jugement du 9 janvier 2012, notifié à Mme B_ à l'adresse précitée du 1xx, route de S_ à G_. Ce jugement n'a pas fait l'objet d'un appel et est entré en force.
b.
Faisant suite à la réquisition de continuer la poursuite qui lui avait été adressée par Mme A_, l'Office des poursuites (ci-après: l'Office) a procédé aux opérations usuelles de saisie. Dans ce cadre, il a constaté, le 27 avril 2012, qu'il n'y avait pas lieu à saisie, compte tenu du domicile en France de Mme B_ depuis mars 2010, nonobstant son adresse en Suisse figurant au fichier central de l'Office cantonal de la population.
B. a.
Par acte expédié le 31 mai 2012 au greffe de la Chambre de céans, Mme A_ a porté plainte contre le procès-verbal de saisie, reçu le 21 mai 2012.
Elle a conclu à l'annulation de la décision entreprise et à l'exécution de la saisie contre Mme B_, soit, notamment, à ce que l'Office pose à cette dernière les questions qu'elle-même avait adressées audit Office et à ce que celui-ci procède à une saisie de salaire de la précitée.
Elle a notamment établi par pièce (procès-verbal) que Mme B_ avait déclaré au Tribunal de X_, le 21 mars 2012, qu'elle était domiciliée au 1xx, route de S_ à G_.
b.
Dans son rapport du 21 juin 2012, l'Office a conclu au rejet de la plainte, au motif que Mme B_ était domiciliée en France.
c.
Lors de l'audience de comparution personnelle des parties du 27 août 2012, à laquelle Mme A_ a été dispensée de comparaître, Mme B_ a indiqué que l'adresse à G_ correspondait à celle d'un garage dans lequel son mari travaillait occasionnellement.
Ils y disposaient d'une boîte aux lettres, du fait que son mari et elle-même ne résidaient pas à cette adresse, mais habitaient à X_, en France, alors que leurs trois enfants majeurs habitaient actuellement à Genève.
A X_, selon Mme B_, elle-même et son mari n'avaient aucune activité associative ni aucune connaissance. Ils avaient été contraints de s'installer en France après avoir été expulsés de leur appartement à Genève, pour défaut de paiement de loyer. Depuis, il n'avait pas retrouvé d'appartement en Suisse pour ce motif et du fait de l'existence de poursuites en cours à leur encontre. Ils espéraient toutefois pouvoir, dès que celle-ci intégrerait un EMS, reprendre le bail à Genève de la belle-mère de Mme B_.
Mme B_ a encore déclaré que toute sa famille et tous ses amis se trouvaient en Suisse, alors qu'elle-même travaillait à Genève depuis 9 ans. Son mari, qui n'avait pas d'emploi fixe depuis longtemps, mais travaillait parfois pour le garage sis au 1xx, route de S_ à G_, avait par le passé toujours travaillé à Genève.
Mme B_ a encore précisé que si le couple gardait une adresse à Genève, c'est parce qu'il voulait absolument revenir y vivre dès que possible. Elle-même ne se sentait pas chez elle en France.
Enfin, elle a déclaré que si un avis de saisie était notifié dans sa boîte aux lettres de G_, elle irait chercher le pli et se rendrait à la convocation de l'Office, car elle considérait que l'adresse de G_ était bien celle de son domicile.
Entendu également, le mari de Mme B_ a fait des déclarations concordantes devant la Chambre de surveillance.
Le représentant de l'Office a, quant à lui, indiqué que lorsqu'il n'existait aucun domicile concret à l'adresse indiquée par le créancier poursuivant, les directives internes de l'Office imposaient de rendre une décision de non-lieu de saisie.
d.
A la suite de cette audience, Mme B_, déférant à l'invitation de la Chambre de surveillance, a produit ses polices d'assurances maladie, ainsi que celles de son époux, de même que diverses pièces établies par l'Administration fiscale cantonale, toutes ces pièces ayant été adressées au 1xx, route de
S_ à G_.
Lesdites pièces ont été transmises à la plaignante et à l'Office, lesquels ont persisté dans leurs positions respectives.

Considerations:
EN DROIT
1.
1.1
La Chambre de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; art. 126 al. 2 let. c LOJ; art. 6 al. 1 et 3 et 7 al. 1 LaLP) contre des mesures non attaquables par la voie judiciaire
(art. 17 al. 1 LP).
Un non-lieu de saisie est une mesure sujette à plainte, que la plaignante, créancière, a qualité pour contester par cette voie.
La plainte respecte, pour le surplus, les exigences de forme prescrites par la loi (art. 9 al. 1 LaLP).
1.2
La plainte contre une mesure de l'Office doit être déposée dans les dix jours suivant celui où le plaignant a eu connaissance de la décision attaquée (art. 17 al. 2 LP).
En l'espèce, il apparaît que la plaignante a eu connaissance de la mesure entreprise le 21 mai 2012. Déposée le 31 mai 2012, la plainte est, dès lors, recevable.
2. 2.1
Le for de la poursuite est au domicile du débiteur (art. 46 al. LP) qui se détermine selon les critères de l'art. 23 CC (ATF
125 III 100
consid. 3).
La constitution d'un domicile dépend de deux conditions: d'une part, la résidence, soit un séjour d'une certaine durée dans un endroit donné et la création en ce lieu de rapports assez étroits et, d'autre part, l'intention de se fixer pour une certaine durée au lieu de sa résidence qui doit être reconnaissable pour les tiers et donc ressortir de circonstances extérieures et objectives. Cette intention implique la volonté manifestée de faire d'un lieu le centre de ses relations personnelles et professionnelles. Le domicile d'une personne se trouve ainsi au lieu avec lequel elle a les relations les plus étroites, compte tenu de l'ensemble des circonstances (ATF
136 II 405
consid. 4.3; ATF
135 I 233
consid. 5.1).
Ainsi, la volonté intime de l'intéressé ou le lieu indiqué par celui-ci ne sont pas toujours décisifs. Il faut, au contraire, se fonder sur l'endroit que sa conduite effective désigne comme le centre de ses intérêts personnels et professionnels. (arrêts du Tribunal fédéral
4C.4/2005
consid. 4.1 = SJ 2005 I p. 501 et
7B.241/2003
consid. 4.2). En revanche, le lieu où les papiers d'identité ont été déposés ou celui figurant dans des documents administratifs, comme des attestations de la police des étrangers, des autorités fiscales ou des assurances sociales constituent des indices qui ne sauraient toutefois l'emporter sur le lieu où se focalise un maximum d'éléments concernant la vie personnelle, sociale et professionnelle de l'intéressé (ATF
136 II 405
consid. 4.3; arrêt du Tribunal fédéral
4C.4/2005
consid. 4.1 = SJ 2005 I p. 501; ATF
125 III 100
consid. 3).
2.2
En l'espèce, il n'est pas contesté que, par le passé, la débitrice a été domiciliée à Genève. Il faut ainsi déterminer si, à la suite de son déménagement en France, elle s'est constituée un nouveau domicile au sens des dispositions précitées.
Dans ce cadre, il ne fait pas de doute que l'intimée réside actuellement en France, dans la mesure où elle y habite sans discontinuer depuis mars 2010.
En revanche, les pièces produites et les enquêtes ont permis de déterminer que le centre de ses relations personnelles et professionnelles est resté à Genève, où elle a maintenu son lieu de travail, où habitent ses enfants et où son mari travaille encore occasionnellement. C'est, par ailleurs, en Suisse que se trouve toute sa famille ainsi que celle de son mari et elle n'a noué aucune relation amicale en France. En outre, elle considère son séjour à X_ comme très passager, dans la mesure où elle projette, avec son mari, de revenir le plus rapidement possible à Genève, et en particulier s'installer prochainement avec son époux dans l'appartement qui devrait être laissé vacant par sa belle-mère.
Il ressort de l'ensemble de ce qui précède que l'intimée n'a pas manifesté une volonté reconnaissable pour les tiers de se fixer en France pour une certaine durée. Au contraire, c'est en Suisse et plus particulièrement à Genève qu'elle a conservé et entretenu les relations les plus étroites depuis qu'elle a dû se résoudre à louer un logement à X_ pour y dormir, faute d'avoir trouvé un nouvel appartement à Genève après s'être vu expulser de son précédent domicile genevois.
C'est ainsi à tort que l'Office a considéré qu'elle n'avait plus de domicile à Genève au sens des art. 23 CC et 46 LP.
La plainte doit, dès lors, être admise et l'Office invité à procéder aux opérations de la saisie salaire de l'intimée, ainsi que d'instruire dans le sens des questions qui lui ont été posées par la plaignante.
3.
Il n'est pas perçu de dépens (art. 62 OELP).
* * * * *