Decision ID: b7b9e4b8-712f-560c-a4e3-8f8e019f380c
Year: 2019
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_013
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: public_law
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
EN FAIT
1. M. C_ F_ A_, né le _ 1972, est de nationalité suisse. Il forme un couple avec M. B_ A_ – dont le nom de famille était G_ jusqu’à ce qu’il change de nom en 2017 –, de nationalité française, né le _ 1978 et titulaire d’un permis B. Tous deux sont domiciliés dans le canton de Genève.![endif]>![if>
2. Souhaitant avoir des enfants en commun, ils ont fait appel à une mère porteuse, Mme E_, domiciliée en H_ , aux États-Unis. Mme E_ est elle-même mariée et a eu plusieurs enfants de son mariage. ![endif]>![if>
3. a. Le _ 2013, Mme E_ a donné naissance à I_ , en H_ , à un enfant prénommé J_ , conçu par don de sperme de
M. C_ A_ et par un don d’ovocytes d’une donneuse anonyme. ![endif]>![if>
b. Le _ 2013, M. C_ A_ a demandé au service de l’État civil de la K_ l’enregistrement de la naissance de J_ , produisant l’acte de naissance américain de ce dernier, qui indiquait que l’enfant était le fils de M. C_ A_ et de Mme E_.
Dans le cadre de l’instruction du dossier par le service état civil et légalisations (ci-après : SECL) de l’office cantonal de la population et des migrations, devenu depuis lors l’office cantonal de la population et des migrations (ci-après : OCPM), il est apparu que Mme E_ était mariée et que son conjoint était le père présumé selon le droit H_.
Le 10 mars 2014, M. C_ A_ a transmis au SECL un jugement de désaveu de paternité prononcé le 21 février 2014 par la Cour supérieure de l’État de H_ pour le comté de L_ , annulant le lien de filiation entre J_ et le mari de Mme E_.
Le _ 2014, la naissance de J_ A_ a été retranscrite dans le registre de l’état civil suisse, indiquant que le père était M. C_ A_ et la mère Mme E_.
4. Le 6 janvier 2015, MM. C_ et B_ A_ ont conclu un partenariat enregistré à M_ . ![endif]>![if>
5. Le 13 novembre 2015, à la suite d’un changement de conseil, M. C_ A_ et Mme E_ ont sollicité la rectification du registre de l’état civil, indiquant que cette dernière était une mère de substitution et qu’elle n’était donc pas la mère génétique de l’enfant. ![endif]>![if>
Ils ont produit à l’appui de leur requête un jugement prononcé le 8 janvier 2013 par la Cour supérieure de l’État de H_ pour le comté de L_ , soit avant la naissance de J_ , stipulant que M. C_ A_ était le père génétique et légal de tout enfant mis au monde par Mme E_ après le _ 2012 et avant le _ 2013, et que Mme E_ et son époux n’étaient pas les parents légaux.
6. Le même jour, le service de protection des mineurs (ci-après : SPMi) a adressé un rapport au Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant (ci-après : TPAE) et préavisé l’attribution de l’autorité parentale exclusive sur J_ à
M. C_ A_ . ![endif]>![if>
Après avoir entendu MM. C_ et B_ A_ , la pédiatre, ainsi que la responsable de la crèche, et procédé à une visite à domicile, le SPMi constatait qu’il était dans l’intérêt de J_ de rester auprès de son père biologique, étant donné l’adéquation des capacités parentales et des conditions d’accueil – les deux partenaires étant les figures d’attachement principales de l’enfant – et l’absence de contact entre J_ et Mme E_.
Il précisait que M. C_ A_ travaillait à plein temps et était propriétaire d’une entreprise familiale, tandis que M. B_ A_ ne travaillait plus, s’occupant de J_ les deux matinées où ce dernier n’était pas à la crèche. J_ fréquentait la crèche afin d’être socialisé et d’être en présence de figures féminines. Il appelait M. C_ A_ « papa » et
M. B_ A_ « dadou ».
7. a. Le 12 août 2016, la curatrice de J_ a indiqué au SECL qu’après s’être entretenue téléphoniquement avec Mme E_ et l’avocat H_ de celle-ci, elle ne voyait aucune objection, dans l’intérêt de l’enfant, à ce que la rectification de l’état civil soit effectuée en ce qui concernait la filiation juridique maternelle, les conditions légales à cette rectification apparaissant remplies et Mme E_ ayant exprimé son net refus d’être la mère légale de l’enfant ou d’exercer des droits sur ce dernier.![endif]>![if>
b. Le _ 2016, J_ a été inscrit dans le registre de l’état civil comme étant le fils de M. C_ A_ .
8. a. Le _ 2016, Mme E_ a donné naissance à N_ , en H_ , à une enfant prénommée O_ , conçue par don de sperme de M. B_ A_ et par un don d’ovocytes d’une donneuse anonyme. ![endif]>![if>
b. Par jugement du _ 2016, la Cour supérieure de l’État de H_ pour le comté de L_ avait déclaré que Mme E_ et son époux n’étaient pas les parents de l’enfant à naître et que le lien de filiation devait être établi avec le père biologique, M. B_ A_ , et son partenaire, M. C_ A_ .
Le _ 2016, le bureau des statistiques de l’état civil de N_ , en H_ , a établi l’acte de naissance de O_ , en indiquant que ses parents légaux étaient MM. B_ et C_ A_ .
c. Par requête du _ 2016, MM. B_ et C_ A_ , ainsi que Mme E_ ont sollicité du SECL la reconnaissance du jugement H_ du _ 2016 et du certificat de naissance du _ 2016, de même que l’inscription dans le registre suisse de l’état civil de MM. B_ et C_ A_ en tant que parents légaux de O_ .
Ils ont complété leur dossier avec un test ADN effectué par l’institut de médecine légale de l’université de Zürich, établissant que M. B_ A_ est le père biologique de O_ .
Le 13 septembre 2016, le SECL a informé les requérants de sa décision de transcrire le jugement de paternité prononcé le 9 mars 2016 par la Cour supérieure de l’État de H_ pour le comté de L_ et d’inscrire le lien de filiation entre O_ et son père biologique, M. B_ A_. Les dispositions légales actuelles ne lui permettaient en revanche pas d’enregistrer M. C_ A_ comme deuxième parent.
d. Les intéressés ayant sollicité du SECL une décision motivée sujette à recours contre le refus d’enregistrer M. C_ A_ comme deuxième parent légal de O_ , le département de la sécurité et de l’économie, devenu le département de la sécurité, de l’emploi et de la santé (ci-après : DSES ou département), a, par décision du 9 novembre 2016, rejeté la requête visant à inscrire M. C_ A_ comme deuxième parent légal de O_ .
En recourant à une gestation pour autrui en H_ , MM. B_ et C_ A_ avaient démontré leur volonté délibérée de contourner l’interdiction prévalant en Suisse, procédé constituant une fraude à la loi justifiant pleinement l’application de la réserve de l’ordre public.
e. Par acte du 12 décembre 2016, enregistré sous le numéro de cause A/4267/2016, O_ , représentée par son père, ainsi que MM. B_ et C_ A_ et Mme E_ ont formé recours contre la décision précitée du DSES auprès de la chambre administrative de la Cour de justice
(ci-après : chambre administrative), concluant à son annulation, à la reconnaissance du jugement de la Cour supérieure de l’État de H_ pour le comté de L_ du _ 2016 et du certificat de naissance de l’État de H_ s’agissant du lien de filiation entre O_ et M. C_ A_ , et à ce qu’il soit ordonné à l’office de l’état civil suisse compétent d’inscrire M. C_ A_ comme deuxième parent légal de O_ .
MM. B_ et C_ A_ et leurs deux enfants s’identifiaient comme une famille unique. Après la naissance de J_ , M. B_ A_ avait cessé toute activité professionnelle afin de s’occuper de ce dernier. Il ne disposait dès lors d’aucun revenu professionnel. M. C_ A_ , directeur d’une entreprise, était le soutien principal de la famille. À teneur du rapport établi le _ 2015 par le SPMi, M. C_ A_ disposait des capacités parentales et de conditions d’accueil adéquates.
La non-reconnaissance de M. C_ A_ comme parent légal de O_ consacrait une application erronée des motifs d’ordre public et une révision inadmissible d’une décision étrangère, était contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant, violait le droit au respect de la vie privée et familiale et le principe de proportionnalité, et contrevenait à l’interdiction de non-discrimination.
f. Le DSES a conclu au rejet du recours.
g. Les recourants ont répliqué, persistant dans leurs conclusions et apportant certaines précisions sur la situation.
Les enfants J_ et O_ avaient été conçus par les ovocytes de la même donneuse. Ils étaient par conséquent génétiquement liés par la filiation maternelle comme demi-frère et demi-sœur. À l’appui de leurs allégations, ils ont produit deux nouveaux documents :
- une attestation du Dr P_ du 9 mars 2017, indiquant qu’il avait procédé au transfert des embryons dans l’utérus de Mme E_ pour les grossesses de J_ et O_ : à sa connaissance, ces enfants avaient été conçus avec les ovocytes de la même donneuse et étaient donc génétiquement liés comme demi-frère et demi-sœur ;
- une attestation de Me Karine Hochl du 15 mars 2017, avocate de MM. B_ et C_ A_ dans le cadre des procédures menées aux États-Unis, confirmant que les enfants J_ et O_ avaient été conçus avec les ovocytes de la même donneuse. Il ne devait pas y avoir de contact social, personnel ou familial dans le futur entre la donneuse, d’une part, et
MM. B_ et C_ A_ ou leurs enfants, d’autre part. Toutefois, la donneuse avait accepté de fournir, sur requête de l’un de ces derniers, toute information à son sujet et au sujet de son histoire familiale et de tout enfant lui étant génétiquement lié, en tant que cette information serait bénéfique à la santé et au bien-être des enfants. Elle avait également accepté d’être contactée dans l’éventualité où les enfants se trouvaient en danger vital ou dans une situation médicale grave nécessitant sa participation médicale ou son assistance en tant que donneuse d’ovocytes. Enfin, elle avait accepté d’être contactée par MM. B_ et C_ A_ afin de faciliter le transfert d’information entre la donneuse et les enfants, et par les enfants eux-mêmes après que ceux-ci aient atteint l’âge de dix-huit ans.
À teneur d’une attestation du 16 mars 2017 établie par Mme E_ et signée devant notaire, celle-ci s’était, avant de signer le contrat de gestation pour autrui, soumise à une évaluation psychologique par un professionnel de la santé spécialisé dans la santé mentale, et elle avait conclu le contrat de son plein gré. Sa motivation tenait dans le fait d’aider MM. B_ et C_ A_ à avoir leurs propres enfants. Son seul but était aujourd’hui de s’assurer que les enfants auxquels elle avait donné naissance aient le droit d’avoir MM. B_ et C_ A_ comme leurs deux parents légaux. Elle avait donc un intérêt digne de protection à ce que M. C_ A_ soit reconnu comme parent légal de O_ .
Le contrat de gestation pour autrui, qu’ils produisaient, avait été conclu à des conditions loyales et équitables : Mme E_, qui était représentée par une avocate, avait reçu un paiement total de USD 37’000.- ainsi que le remboursement de tous les frais encourus.
h. Par courrier du 1
er
juin 2017, les recourants ont informé la chambre administrative que O_ et son père biologique avaient été autorisés, par deux arrêtés du SECL du _ 2017, à changer de nom et à porter celui de A_ .
i. Par arrêt du 3 octobre 2017 (
ATA/1347/2017
), la chambre administrative a rejeté le recours formé dans la cause A/4267/2016, concernant l’enfant mineure O_ .
j. Par arrêt du 21 décembre 2017 (
5A_912/2017
), le Tribunal fédéral a rejeté le recours formé contre l’arrêt de la chambre administrative précité par O_ , représentée par son père, ainsi que MM. B_ et C_ A_ et Mme E_.
9. Entretemps, le _ 2017, Mme E_ a donné naissance à N_ , en H_ , à un enfant prénommé D_, conçu par don de sperme de
M. C_ A_ et par un don d’ovocytes d’une donneuse anonyme. ![endif]>![if>
10. a. Par jugement du _ 2017, la Cour supérieure de l’État de H_ pour le comté de L_ avait déclaré que Mme E_ et son époux n’étaient pas les parents de l’enfant à naître et que le lien de filiation devait être établi avec le père biologique, M. C_ A_ , et son partenaire, M. B_ A_. ![endif]>![if>
b. Le _ 2017, le bureau des statistiques de l’état civil de N_ , en H_ , a établi l’acte de naissance d’D_, en indiquant que ses parents légaux étaient MM. C_ et B_ A_ .
11. Par requête du _ 2017, MM. C_ et B_ A_ , à titre personnel et en tant que représentants d’D_ A_, ainsi que Mme E_ ont sollicité du SECL la reconnaissance du jugement H_ du _ 2017 et du certificat de naissance du _ 2017, de même que l’inscription dans le registre suisse de l’état civil de MM. C_ et B_ A_ en tant que parents légaux (père 1 et père 2) de l’enfant D_.![endif]>![if>
Le rapport établi le 13 novembre 2015 par le SPMi soutenait la présente requête, MM. C_ et B_ A_ disposant de la capacité d’être parents et de l’aptitude à l’éducation.
À teneur d’un test ADN réalisé le 17 août 2017 par un laboratoire américain, la probabilité que M. C_ A_ soit le père biologique d’D_ se montait à 99,99 %.
D_ avait obtenu la nationalité américaine.
Par déclaration signée le _ 2017, Mme E_ avait attesté ne pas être la mère génétique ou légale d’D_, renoncer à tous droits parentaux à son égard et requérir des autorités suisses que MM. C_ et B_ A_ soient reconnus comme ses seuls parents légaux avec un droit de garde exclusif à son égard, et, par déclaration écrite du 10 août 2017, elle avait confirmé être toujours mariée avec l’homme qu’elle avait épousé le 3 avril 2005.
12. Le 13 septembre 2017, le SECL a informé les requérants de sa décision de transcrire le jugement de parentalité prononcé le _ 2017 par la Cour supérieure de l’État de H_ et d’inscrire le lien de filiation entre D_ et son père biologique, M. C_ A_, uniquement. Les dispositions légales actuelles ne lui permettaient pas d’enregistrer M. B_ A_ comme deuxième parent. ![endif]>![if>
13. Les intéressés ont, le 4 octobre 2017, sollicité du SECL une décision motivée sujette à recours contre le refus d’enregistrer M. B_ A_ comme deuxième parent légal d’D_, demande qu’ils ont maintenue le
24 octobre 2017 après que le SECL leur eût fait part de l’
ATA/1347/2017
précité.![endif]>![if>
14. Le _ 2017, M. C_ A_ a été inscrit à l’état civil suisse comme père et seul parent d’D_.![endif]>![if>
15. Par décision du _ 2017, le département a rejeté la requête visant à inscrire M. B_ A_ comme deuxième parent légal d’D_, pour les mêmes motifs, mutatis mutandis, que ceux de sa décision passée concernant O_ . ![endif]>![if>
16. Par acte expédié le 21 décembre 2017 au greffe de la chambre administrative, enregistré sous le numéro de cause A/5088/2017,
MM. C_ et B_ A_ à titre personnel et en tant que représentants d’D_ A_, ainsi que Mme E_ ont formé recours contre cette dernière décision du DSES, concluant à son annulation, à la reconnaissance du jugement de la Cour supérieure de l’État de H_ pour le comté de L_ du _ 2017 et du certificat de naissance de l’État de H_ concernant le lien de filiation entre D_ et M. B_ A_, et à ce qu’il soit ordonné à l’office de l’état civil suisse compétent d’inscrire celui-ci comme deuxième parent légal (père 2) d’D_. ![endif]>![if>
Les motifs de leur recours dans la cause A/4267/2016 concernant O_ étaient, mutatis mutandis, repris.
17. Par observations du 5 février 2018, le DSES a conclu au rejet du recours. ![endif]>![if>
18. Par écrit du 18 mai 2018, les recourants ont répliqué, persistant dans leurs conclusions et apportant certaines précisions sur la situation. ![endif]>![if>
Les enfants J_, O_ et D_ avaient été conçus par les ovocytes de la même donneuse et étaient par conséquent génétiquement liés par la filiation maternelle comme demi-frères et demi-sœur, ce qu’ils offraient de prouver par un test ADN à ordonner par la chambre administrative.
19. Par courrier du 22 mai 2018, la chambre administrative a informé les parties que la cause était gardée à juger.![endif]>![if>

Considerations:
20. Pour le surplus, les arguments des parties seront, en tant que de besoin, repris dans la partie en droit ci-après.![endif]>![if>
EN DROIT
1. Interjeté en temps utile devant la juridiction compétente, le recours est recevable (art. 90 al. 2 de l’ordonnance fédérale sur l’état civil du 28 avril 2004 - OEC -
RS 211.112.2
; art. 5 de la loi sur l’état civil du 19 décembre 1953 - LEC -
E 1 13
; art. 132 de la loi sur l’organisation judiciaire du 26 septembre 2010 - LOJ -
E 2 05
; art. 62 al. 1 let. a et 63 al. 1 let. c de la loi sur la procédure administrative du 12 septembre 1985 - LPA -
E 5 10
;
ATA/1347/2017
précité consid. 1).![endif]>![if>
2. Pour les mêmes motifs que ceux contenus dans l’
ATA/1347/2017
précité (consid. 4), au regard de la similarité de la situation factuelle et de l’identité de la question juridique sur ce point, la question d’un intérêt digne de protection de Mme E_ – qui était partie à la procédure devant le SECL – pour recourir
(art. 60 al. 1 let. b LPA) souffrira de demeurer ouverte, les trois autres recourants ayant la qualité pour recourir.![endif]>![if>
3. En l’espèce, ni le caractère définitif du jugement de parentalité américain, ni la compétence des autorités américaines pour se prononcer à cet égard, donnée au vu de la nationalité américaine d’D_, ne sont contestés. ![endif]>![if>
L’objet du litige consiste donc uniquement à examiner si le DSES a violé le droit en refusant de reconnaître le lien de filiation établi par ledit jugement américain entre D_ et son père d’intention, partenaire enregistré de son père biologique, au motif qu’il était manifestement incompatible avec l’ordre public suisse
,
au sens de l’art. 27 al. 1 de la loi fédérale sur le droit international privé du 18 décembre 1987 (LDIP -
RS 291
).
Dans le cas présent, les faits – y compris la configuration familiale, notamment concernant les activités et revenus respectifs des partenaires – et les questions juridiques à trancher n’ont pour l’essentiel pas évolué par rapport à ceux objets de l’
ATA/1347/2017
précité, si ce n’est que c’est
M. B_ A_ – et non plus M. C_ A_ – qui demande son inscription à l’état civil suisse en tant que « deuxième parent légal (père 2) », à l’égard du troisième enfant, et non plus du second.
La chambre de céans fera donc siens, mutatis mutandis, les considérations dudit ATA.
4. a. Concernant le premier grief par lequel les recourants invoquent une violation de l’art. 27 al. 1 et 3 LDIP, la jurisprudence du Tribunal fédéral qui s’est référée à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme
(ci-après : CourEDH) et selon laquelle ne pas reconnaître pour des motifs tirés de l’ordre public un lien de filiation créé par le moyen d’une maternité de substitution (art. 2 let. k de la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée du 18 décembre 1998 – LPMA –
RS 810.11
) avec un parent sans rapport génétique est compatible avec les garanties de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 (CEDH -
RS 0.101
; ATF
141 III 312
consid. 6.3 = JdT
2015 II 351
) et selon laquelle la reconnaissance d’une filiation établie dès la naissance à l’étranger, sans parentalité génétique entre l’enfant et les parents et grâce à une mère porteuse, contredit manifestement l’ordre public suisse au sens de l’art. 27 al. 1 LDIP et la transcription dans le registre de l’état civil au sens de l’art. 32 al. 2 LDIP doit être refusée (ATF
141 III 328
consid. 8 = JdT
2016 II 179
) n’a pas été modifiée par la Haute Cour, dont l’arrêt
5A_912/2017
a au contraire confirmé l’
ATA/1347/2017
précité et a fait entièrement sienne la motivation de ce dernier. ![endif]>![if>
La CourEDH n’est pas revenue, notamment depuis le prononcé de l’
ATA/1347/2017
précité ainsi que de l’arrêt du Tribunal fédéral
5A_912/2017
, sur sa jurisprudence énoncée dans ses arrêts qui sont cités par ledit
ATA/1347/2017
et qui soulignaient en particulier que les États doivent se voir accorder une ample marge d’appréciation dans leurs choix liés à la gestation pour autrui, au regard des délicates interrogations éthiques qu’ils suscitent et de l’absence de consensus sur ces questions en Europe, cette marge d’appréciation devant néanmoins être réduite dès lors qu’il est question de filiation (ACEDH Mennesson c. France, req. 65192/11, du 26 juin 2014, § 79 s. ; ACEDH Labassee c. France, req. 65941/11, du 26 juin 2014, § 58 s.).
Par ailleurs, selon le Tribunal fédéral, il ressort directement du § 77 de l’ACEDH Paradiso et Campanelli c. Italie, req. 25358/12, du 27 janvier 2015 (suivi de l’ACEDH rendu par la Grande Chambre, du 24 janvier 2017), que le refus, fondé sur l’ordre public, de reconnaître une filiation établie au travers d’une gestation pour autrui à l’égard d’un parent sans rapport génétique est compatible avec l’art. 8 CEDH (ATF
141 III 328
consid. 7.2 = JdT
2016 II 179
).
b. Dans le cas d’espèce, le DSES était donc parfaitement légitimé à refuser de reconnaître le lien de filiation entre D_ et M. B_ A_ au motif d’une violation de l’ordre public suisse. Le recours à l’exception de l’ordre public suisse est en l’occurrence d’autant plus justifié que les partenaires enregistrés sont tous deux domiciliés en Suisse, que l’un d’eux a la nationalité suisse et l’autre la nationalité française, et qu’aucun des deux n’a de lien particulier avec les
États-Unis. Comme le relève le département, le fait que Mme E_ soit domiciliée aux États-Unis et qu’D_ soit de nationalité américaine par l’application de la règle du jus soli ne permet aucunement de démontrer une quelconque attache particulière des recourants avec les États-Unis. La seule attache avec ce pays résulte du pur tourisme en lien avec la gestation pour autrui (
ATA/1347/2017
précité consid. 9b).
Par ailleurs, la question de savoir si le contrat de gestation a été conclu à des conditions « loyales et équitables » ne change rien à la solution du litige. Le législateur suisse a interdit toutes formes de maternité de substitution notamment en vue de protéger la femme par rapport à une instrumentalisation de son corps, indépendamment des conditions dans lesquelles celle-ci a eu lieu. Ainsi, quand bien même il faudrait considérer que Mme E_ a été correctement rémunérée et qu’elle a de son plein gré conclu le contrat de gestation pour autrui, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une commercialisation du corps de la femme (Rapport du Conseil fédéral du 29 novembre 2013 sur la maternité de substitution, p. 17) qui est prohibée en droit suisse (
ATA/1347/2017
précité consid. 9b).
Enfin, l’argument des recourants selon lequel l’autorité précédente aurait dû tenir compte des changements sociétaux intervenus au cours des vingt dernières années ne résiste pas à l’examen. Les arrêts du Tribunal fédéral et de la Cour EDH sur lesquels elle se fonde ont été rendus il y a trois ans et demi et quatre ans et demi, et aucun changement majeur sur cette question n’est intervenu depuis lors (
ATA/1347/2017
précité consid. 9b).
Au vu de ce qui précède, ce grief sera écarté.
5. a. S’agissant du grief de violation des art. 11 et 13 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (Cst. -
RS 101
) ainsi que 8 CEDH et
2 et 3 de la Convention relative aux droits de l’enfant, conclue à New York le
20 novembre 1989, approuvée par l’Assemblée fédérale le 13 décembre 1996. Instrument de ratification déposé par la Suisse le 24 février 1997 (CDE -
RS 0.107
), les arguments des recourants se réfèrent pour la plupart aux préjudices directs que subiraient MM. C_ et B_ A_ à cause de la décision querellée. Selon eux, M. B_ A_ ne pourrait pas acquérir l’autorité parentale à l’égard d’D_ et, inversement, M. C_ A_ n’aurait pas un partenaire fiable dans l’exercice de l’autorité parentale à l’égard de l’enfant, par exemple concernant sa prise en charge et les frais d’entretien. En outre, en cas de séparation du couple, M. B_ A_ « [n’aurait] pas accès aux droits de l’enfant » et pourrait seulement être mis au bénéfice d’un droit de visite extraordinaire en application de l’art. 27 al. 2 de la loi fédérale sur le partenariat enregistré entre personnes du même sexe du 18 juin 2004 (loi sur le partenariat, LPart -
RS 211.231
) et 274a du Code civil suisse du 10 décembre 1907 (CC -
RS 210
).![endif]>![if>
Cette situation découle toutefois du choix qu’ont fait les partenaires de contourner l’interdiction nationale de la maternité de substitution. Il leur incombe de l’assumer.
b. Sous l’angle de l’intérêt supérieur de l’enfant (art. 3 CDE), les recourants font valoir qu’une « monoparentalité » serait contraire aux intérêts d’D_ et aurait certainement des conséquences négatives pour son développement psycho-social. En cas de séparation du partenariat, cet enfant risquerait de perdre son principal fournisseur de soins. Par ailleurs, il n’aurait aucun droit dans la succession de M. B_ A_ et serait défavorisé en matière d’impôts sur les successions.
Cela étant, c’est en regard de l’intérêt supérieur d’D_ que l’autorité intimée a reconnu le lien de filiation entre celui-ci et son père biologique, conformément aux jurisprudences fédérales et de la CourEDH susmentionnées. L’intérêt supérieur d’D_ n’exige pas que l’on reconnaisse un lien de filiation avec son père non biologique (
ATA/1347/2017
précité consid. 11f).
Par ailleurs, les difficultés engendrées par la situation ne sont pas insurmontables pour la famille. D_ a pu s’établir en Suisse avec son père biologique et son parent d’intention peu après sa naissance et a obtenu un titre de séjour : les recourants ne sont ainsi pas empêchés de vivre une vie familiale dans des conditions globalement comparables à celles dans lesquelles vivent les autres familles (ACEDH Mennesson c. France précité, § 92). En outre, tant que dure l’union, M. B_ A_ est tenu d’assister son partenaire dans l’accomplissement de son obligation d’entretien et dans l’exercice de l’autorité parentale (art. 27 al. 1 LPart). Si les partenaires venaient à se séparer, D_ ne se trouverait pas dans une situation financière plus précaire que celle d’enfants vivant dans une famille monoparentale. Au surplus, des inconvénients de nature patrimoniale, tels qu’allégués, ne sont pas protégés par les normes constitutionnelles et conventionnelles invoquées par les recourants (
ATA/1347/2017
précité consid. 11f).
Enfin, il n’y a pas de contradiction, ni d’arbitraire, à ne pas reconnaître un lien de filiation établi à l’étranger par le biais d’une gestation pour autrui au motif d’une violation de l’ordre public suisse, et à renvoyer le père d’intention non biologique à une procédure d’adoption (
ATA/1347/2017
précité consid. 10).
c. Au vu de ce qui précède, la décision attaquée est conforme à l’intérêt supérieur d’D_. Le grief est infondé.
6. a. Pour ce qui est du grief de violation d’interdiction de la discrimination de l’enfant fondé sur les art. 8 Cst., 14 CEDH et 2 CDE, même si D_ et sa sœur et son frère devaient avoir la même mère génétique et être donc demi-frères et sœur, J_ et D_ n’ont pas le même père biologique que O_. Ce simple fait, qui a été voulu par les partenaires recourants, justifie qu’ils soient traités différemment, que ce soit du point de vue de leur nationalité ou de leurs droits successoraux. Par ailleurs, malgré le fait que J_ et D_ ont le même père biologique et même si J_ , O_ et D_ partageaient effectivement pour moitié les mêmes gènes du fait que la donneuse d’ovocytes ait été la même – fait qu’ils n’ont au demeurant pas démontré par le biais d’un test ADN –, aucun des trois enfants n’a de lien juridique avec ladite donneuse anonyme. Ils ne peuvent donc pas prétendre à être reconnus comme frère et sœur légaux sur cette base. ![endif]>![if>
Au demeurant, dans une situation similaire, le Tribunal fédéral n’a pas retenu l’existence d’une discrimination inadmissible à l’encontre de l’enfant concerné (ATF
141 III 312
consid. 6.4.4 = JdT
2015 II 351
). Au contraire, selon la Haute Cour, il n’y a pas de discrimination au sens de l’art. 2
al. 1 CDE lorsque la filiation ne reposant pas sur la parenté génétique n’est pas transcrite pour cause de fraude à l’interdiction de la maternité de substitution (ATF
141 III 328
consid. 7.4 = JdT
2016 II 179
).
b. Quant au grief de violation de l’interdiction de la discrimination à l’égard de M. B_ A_, il ne résiste pas à l’examen : la différence de traitement est justifiée par le lien biologique existant entre M. C_ A_ et son fils et qui est inexistant entre ce dernier et M. B_ A_ (
ATA/1347/2017
précité consid. 13b).
c. Ceci exclut l’existence d’une discrimination fondée sur le sexe et l’orientation sexuelle, étant en outre relevé que le Tribunal fédéral n’est pas parvenu à une solution plus favorable pour un couple composé d’un homme et d’une femme sans parenté génétique avec l’enfant (ATF
141 III 328
=
JdT
2016 II 179
).
En définitive, la décision querellée est conforme au droit et doit être confirmée. Le recours sera, partant, rejeté.
7. Un émolument de CHF 1’000.- sera mis à la charge solidaire de
MM. C_ et B_ A_ , qui succombent (art. 87 al. 1 LPA). Aucune indemnité de procédure ne sera allouée (art. 87 al. 2 LPA).![endif]>![if>
* * * * *