Decision ID: 4fd87cc5-d254-506e-9cca-5d74090778e2
Year: 2012
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
EN FAIT
:
A.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 23 décembre 2011, A_ recourt
contre l'ordonnance rendue par le Ministère public le 15 décembre 2011, notifiée le lendemain, dans la cause P/5202/2011, par laquelle cette autorité a classé la plainte pénale qu'il avait déposée contre inconnu du chef de violation du secret de fonction.
Le recourant conclut à l'annulation de cette ordonnance et au renvoi de la cause au Ministère public, à charge pour ce dernier d'auditionner B_, C_, D_, E_, F_, G_, H_, I_ et J_. Il requiert également que soit ordonné le dépôt par B_, respectivement C_, d'un rapport sur le cheminement effectif de la décision de révocation prise à son encontre au sein de l'administration, et que les boîtes aux lettres électroniques des personnes ayant eu accès à la décision de révocation entre le 28 et le 31 mars 2011 soient analysées.
B.
Les faits pertinents pour l'issue du litige sont les suivants :
a.
Par arrêté du 30 mars 2011, communiqué le jour-même, par courrier recommandé, au conseil de A_, B_ a, notamment, révoqué ce dernier de ses fonctions de _, avec effet au 31 juillet 2011.
b.
Le 31 mars 2011, B_ a été contacté par K_, journaliste de L_, qui avait connaissance de cette décision.
c.
Par acte du 5 avril 2011, B_ a, par le biais de C_, dénoncé les faits précités pour violation du secret de fonction, estimant peu probable, vu le contenu de l'arrêté, que A_ ait transmis lui-même l'information à L_, de sorte qu'elle provenait probablement d'un collaborateur de M_.
d.
Par courrier du 1
er
juin 2011, le Ministère public a requis de B_ qu'elle lui transmette la liste de toutes les personnes ayant eu accès, entre le 1
er
janvier et le 5 avril 2011, au dossier physique de A_ dans le cadre de l'enquête administrative ayant débouché sur l'arrêté de révocation B_ du 30 mars 2011, ainsi que la liste de toutes les personnes ayant eu accès, à cette même période, à son dossier informatique.
C_
a donné suite à cette requête le 9 juin 2011, annexant cinq listes (
A, B, C, D et E
) de personnes ayant pu avoir accès, à un moment ou à un autre, à un document relatif à l'affaire de A_. Ces listes contenaient le nom de plus d'une centaine de personnes.
e.
Le 15 juin 2011, le Ministère public a requis du Tribunal de première instance une copie de la procédure C/_, concernant les mesures provisionnelles et superprovisionnelles sollicitées par A_ contre _.
f.
Entendu le 1
er
juillet 2011 par le Ministère public, N_, Directeur des _ de C_, a confirmé la dénonciation de B_ du 5 avril 2011, précisant que toutes les personnes ayant pu avoir accès (sans forcément le faire) au dossier de A_ avaient été listées sur les annexes
A, B, C, D et E
. Il avait examiné ces listes avec D_ et n'avait trouvé aucun indice ou élément permettant de déterminer la fuite, qui, en général, était le fruit de personnes qui n'auraient jamais dû accéder aux documents. Il ne connaissait toutefois pas deux personnes présentes sur ces listes, à savoir O_, du P_, et Q_, du R_.
Lors de cette même audience, A_ a confirmé vouloir participer à la procédure pénale au civil et nié avoir transmis, de lui-même, les informations à la presse, ignorant qui avait pu procéder de la sorte.
g.
Le jour-même, le Ministère public a enquêté sur O_ et Q_, sollicitant des explications de la part de S_ et T_ chefs de _ et requérant, notamment, des informations sur les éventuels motifs qui auraient justifié leur accès aux documents de A_.
S_, en charge de U_, a indiqué, par courrier du 7 juillet 2011, que Q avait accédé informatiquement aux documents relatifs au dossier de A_ dans le cadre de ses fonctions.
Quant à T_, en charge de P_, il a expliqué, par courrier du 8 juillet 2011, qu'il ignorait pour quelle raison O_ aurait accédé au dossier de A_.
h.
Entendue le 19 août 2011 par le Ministère public, K_ a refusé de dire comment elle avait obtenu les informations relatives à la révocation de A_, invoquant l'art. 172 CPP.
i.
Entendue le 2 septembre 2011, O_ a expliqué qu'elle était chargée de classer les différents courriers reçus par T_ et que, lorsqu'elle ne savait pas de quel dossier il s'agissait, elle faisait une recherche informatique pour savoir dans quel dossier elle devait classer le document. Elle a toutefois précisé qu'il était possible qu'elle ait consulté le dossier de A_ par curiosité, mais contestait avoir transmis une quelconque information à l'extérieur et avoir des contacts avec des journalistes.
j.
Entendu le 6 septembre 2011, V_, adjoint du W_ , a admis avoir contacté A_ le 10 ou 11 avril 2011, suite à des rumeurs qu'il avait entendues sur son compte. C'était X_ qui lui avait dit que A_ avait des problèmes avec P_, tenant elle-même cette information de F_, qui aurait été lui-même contacté par un ou une journaliste au sujet d'une affaire entre A_ et un mineur.
Également entendue ce jour, X_, employée de Y_, a déclaré qu'elle avait appris la révocation de A_ par L_ ou à la suite de son entretien avec V_. Elle avait été informée des rumeurs par H_ dès début mars et en avait parlé avec F_ le 11 avril 2011, au cours d'un apéritif.
k.
Entendu le 5 octobre 2011, Z_, secrétaire _ de AA_, a expliqué qu'il avait été contacté par K_ le 31 mars 2011 au sujet de A_ et que cette dernière était au courant de détails que lui-même ignorait. Il avait immédiatement soumis le problème à T_ et n'avait aucunement transmis des informations à la presse. Il a également expliqué que, pour chaque séance de délibération, il existait un classeur (ou plusieurs) avec l'ordre du jour et la plupart des documents qui allaient être discutés par le B_.
l.
Par acte du 5 octobre 2011, le Ministère public a requis de C_ qu'elle lui transmette la liste de toutes les personnes ayant eu accès au classeur de B_ en vue de la délibération du 30 mars 2011 et qui avaient effectivement fait usage de ce droit.
C_ a donné suite à cette requête le 20 octobre 2011, expliquant qu'elle avait déjà fourni cette indication par l'intermédiaire de la liste A. Elle a toutefois complété celle-ci avec les noms d'une dizaine de personnes supplémentaires, dont faisaient partie, notamment, des huissiers de B_, des messagers et des chauffeurs de B_. Il a été précisé que la personne en charge de la saisie dans le système informatique _ des décisions prises par B_ le 30 mars 2011 était BB_.
m.
Le 21 octobre 2011, le Ministère public a avisé les parties de ce qu'il entendait clore la procédure et leur impartissait un délai pour présenter leurs éventuelles réquisitions de preuves.
n.
Par actes des 31 octobre et 15 novembre 2011, A_ a requis de nombreux actes d'enquête, à savoir, notamment, l'audition de B_, de C_, de D_ et des personnes figurant sur la liste E. Il a également requis le dépôt par B_ de la liste des personnes à qui la décision de révocation avait été communiquée au sein de M_, l'audition de ces personnes, le dépôt par le B_ du procès-verbal de sa séance du 30 mars 2011, en particulier du passage relatif à la révocation de A_, ainsi que les auditions de CC_, F_, G_, H_, I_ et J_, aux motifs que CC_, assistante _ à C, était la seule personne à avoir imprimé le projet d'arrêté de B_ et que tous les autres avaient été informées de cette décision avant qu'elle ne soit rendue publique par L_.
o.
Entendue le 25 novembre 2011, BB_, assistante _ à C_, a expliqué qu'elle préparait les documents administratifs des séances de B_ et était au courant de l'affaire de A_, car elle avait reçu divers "papiers" le concernant.
p.
Également entendue ce jour, CC_, a déclaré avoir probablement imprimé le projet d'arrêté pour C_, celui-ci travaillant uniquement sur des documents papier. Elle a précisé qu'il était possible d'enregistrer un document sur un autre support, par exemple une clef USB, depuis le fichier informatique.
C.
Par décision du 15 décembre 2011, le Ministère public a indiqué que, nonobstant une instruction approfondie, celle-ci n'avait pas permis d'établir un soupçon qui justifierait la mise en accusation d'un prévenu, de nombreuses personnes ayant pu, potentiellement, être à l'origine de la fuite. Or, les actes d'instruction sollicités par A_ n'étaient pas susceptibles de changer cette constatation, dans la mesure où, d'une part, les différents _ dont l'audition était requise n'étaient que des témoins indirects, susceptibles uniquement de renseigner le Ministère public sur les rumeurs en cours et ne permettant pas d'établir l'identité d'un auteur de l'infraction. Il en allait de même s'agissant de la demande de procès-verbal de délibération de B_ du 30 mars 2011. D'autre part, l'audition requise de B_ , de C_ et de toutes les personnes ayant eu accès au dossier de A_, de même que la saisie des boîtes électroniques de ces dernières constituaient des recherches indéterminées de preuves, la recherche et l'audition de toutes ces personnes étant disproportionnées et ne se fondant sur aucune piste crédible.
D.
a.
À l'appui de son recours, A_ invoque, tout d'abord, une violation de l'art. 318 al. 2 CPP et de son droit d'être entendu, puisque le Ministère public avait refusé d'administrer toutes les preuves requises et raisonnablement disponibles et qu'il ne s'était pas prononcé sur "
ce premier moyen
", qu'il avait déjà soulevé dans le cadre de ses réquisitions de preuve du 31 octobre 2011. Il se plaint également d'une violation des art. 6 al. 1 et 319 al. 1 let. a CPP, la fin des enquêtes n'étant pas justifiée, puisque la commission de l'infraction était "
quasi-certaine
" et qu'il fallait donc déterminer son auteur, raison pour laquelle il sollicitait que plusieurs actes d'enquête soient effectués.
b.
Invité à se prononcer sur le recours, le Ministère public s'en est tenu à son ordonnance de classement, observant que A_ sollicitait les mêmes actes d'instruction que ceux qui avaient déjà été refusés par le Ministère public au motif qu'il s'agissait de recherches indéterminées de preuves, ce qu'il maintenait. En outre, il s'était conformé à l'art. 318 al. 2 CPP, puisqu'il avait explicitement rejeté les réquisitions de preuves de A_ dans son ordonnance de classement et qu'il en avait expliqué brièvement les motifs.
c.a.
Également invité à se déterminer, N_ de C_ n'a pas désiré formuler d'observations.
c.b.
Quant à B_ et à la C_, ils ont, notamment, retenu que les auditions de B_, de C_ et de D_ étaient une mesure disproportionnée, que N_ avait déjà été entendu par le Ministère public, que C_ avait déjà fourni toutes les réponses requises au Ministère public s'agissant du cheminement effectif de la décision de révocation et, enfin, que l'analyse des boîtes aux lettres électroniques était une mesure disproportionnée et inutile un an plus tard. Quant à l'audition d'autres personnes, ils se rapportaient à l'appréciation de la Cour.

Considerations:
EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 396 al. 1, 390 al. 1 et 385 al. 1 CPP), concerner une ordonnance du Ministère public sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 20 al. 1 let. b et 393 al. 1 let. a CPP; art. 128 LOJ) et émaner du plaignant, qui a un intérêt juridiquement protégé à l'annulation ou à la modification de la décision (art. 382 al. 1 et 104 al. 1 let. b CPP).
2.
Le recourant se plaint, dans le cadre d'un premier grief, de la violation de l'art. 318 al. 2 CPP ainsi que de son droit d'être entendu.
2.1.
Selon l'art. 318 al. 2 CPP, le ministère public ne peut écarter une réquisition de preuves que si celle-ci exige l'administration de preuves sur des faits non pertinents, notoires, connus de l'autorité pénale ou déjà suffisamment prouvés en droit. Il rend sa décision par écrit et la motive brièvement. Selon l'al. 3 de ce même article, les décisions rendues en vertu de l'al. 2 ne sont pas sujettes à recours.
Le message justifie le fait qu'une décision négative du ministère public sur une requête en complément de preuves n'est pas sujette à recours par le fait que la recevabilité du recours à ce stade de la procédure pourrait entraîner d'importants retards dans le déroulement de celle-ci et qu'il se justifie de ne pas admettre des recours puisque les propositions de preuves écartées peuvent être réitérées dans le cadre des débats. En outre, l'autorité de recours ne connaissant pas le dossier, elle ne peut pas se faire une idée suffisante, dans un délai utile, pour juger de la justesse de l'appréciation anticipée des preuves portées par le ministère public, de sorte que, dans la majorité des cas, il serait à prévoir que l'autorité de recours confirmerait la décision du ministère public de rejeter la requête en complément de preuves, la partie recourant n'y gagnant rien d'autre qu'un allongement de la procédure (Message relatif à l'unification du droit de la procédure pénale (CPP) du 21 décembre 2005, FF 2006 1254).
Cette motivation ne concerne toutefois pas le cas d'un classement, en raison, notamment, du fait que la partie plaignante peut, dans le cadre d'un recours contre une ordonnance de classement, proposer à nouveau des preuves susceptibles de démontrer la culpabilité du prévenu (A. Kuhn / Y. Jeanneret (éds
), Commentaire romand: Code de procédure pénale suisse
, Bâle 2011, n. 19 ad art. 318).
2.2.
En l'espèce, le Ministère public était habilité à rejeter la requête en complément de preuves dans le cadre de l'ordonnance de classement, l'essentiel étant - comme en l'espèce - qu'il l'ait motivée brièvement pour permettre à l'autorité de recours de connaître les motifs pour lesquels il l'avait rejetée et de se déterminer en cas de recours. En effet, le recourant peut, dans le cadre de son recours contre le classement, proposer à nouveau ses moyens de preuves, à charge pour l'autorité de recours de statuer sur leur pertinence.
Partant, la décision du Ministère public ne viole aucunement l'art. 318 al. 2 CPP et ne porte pas atteinte au droit d'être entendu du recourant.
3.
Dans un deuxième grief, le recourant se plaint d'une violation des art. 6 al. 1 et 319 al. 1 let. a CPP.
3.1.
Le ministère public ordonne le classement de tout ou partie de la procédure, notamment, lorsqu'aucun soupçon justifiant une mise en accusation n'est établi (art. 319 al. 1 let. a CPP).
Le principe "
in dubio pro duriore
" ne figure pas expressément dans la loi. Il se déduit toutefois indirectement des art. 324 al. 1 et 319 al. 1 CPP (ATF
137 IV 219
consid. 7 p. 226). Il signifie qu'un classement de la procédure pénale par le ministère public n'est possible que lorsqu'il apparaît clairement qu'une condamnation ne pourra pas être prononcée. En cas de doute sur ce point, la procédure pénale doit se poursuivre, même lorsque la possibilité d'un acquittement apparaît plus vraisemblable que celle d'une condamnation (ATF
137 IV 219
consid. 7.1 p. 226).
3.2.
En l'espèce, nonobstant une enquête approfondie du Ministère public, effectuée avec diligence et célérité, aucun soupçon de violation du secret de fonction par un fonctionnaire ou membre d'une autorité n'a pu être établi. En effet, nanti de l'affaire, le Ministère public a obtenu la liste de toutes les personnes (plus d'une centaine) ayant eu potentiellement accès au dossier de A_ et a auditionné la seule personne, mentionnée sur cette liste, dont l'accès auxdites informations n'était pas explicable par N_ , ni par P_. Il a également obtenu le nom de la journaliste ayant tenté de contacter T_ au lendemain du prononcé de l'arrêté de B_ et l'a auditionnée, de même que Z_, la personne avec laquelle K_ avait finalement discuté. En outre, il a auditionné V_ et X_, tentant ainsi de remonter la source des rumeurs, ainsi que BB_, la personne s'étant occupée d'inscrire l'arrêté litigieux dans le système informatique _, et CC_ , la seule personne ayant imprimé le projet d'arrêté litigieux.
Compte tenu du manque total d'indice, le Ministère public ne pouvait continuer son enquête, l'audition de toutes les personnes ayant pu avoir accès au dossier de A_, de B_, de C_ et de D_ , ainsi que l'analyse de leurs boîtes aux lettres électroniques constituant des actes totalement disproportionnés et, sans doute, inutiles. En outre, N_ avait déjà été auditionné, et un rapport sur le cheminement de la décision de révocation avait déjà été rendu.
Partant, une ordonnance de classement s'imposait.
4.
Justifiée, l'ordonnance querellée sera confirmée et le recours rejeté.
5.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais de la procédure envers l'État (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du règlement fixant le tarif des frais en matière pénale).
* * * * *