Decision ID: df684202-26dc-4297-b625-af664c5bc982
Year: 2012
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_013
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law
Law Sub-area: nan
Label: approval

Facts:
"Quand B.T._ était petite, je m'occupais d'elle. Je la changeais, je la baignais, etc. Je me souviens qu'elle m'a dit une fois quelque chose comme «ça me fait mal ici (en montrant son sexe)» en ajoutant «papa la léchait». En fait, je ne me souviens pas du tout des mots exacts, mais c'était le sens de ce que m'avait dit B.T._.
Je procédais à ce moment-là à la toilette de B.T._.
Je me souviens que nous étions encore au Mont. B.T._ n'allait pas encore à l'école. Je devais avoir 15 ou 16 ans.
Les propos de B.T._ m'ont interpellée.
(...)
Ma maman était à la maison et je l'ai immédiatement appelée à la salle de bain. Je lui ai expliqué ce qui venait de se passer.
Je ne me souviens pas de sa réaction envers moi sur le moment.
Pour répondre à votre question, je ne me souviens pas de son comportement avec B.T._. Je ne me souviens pas non plus si B.T._ a répété ce qu'elle m'avait dit à notre maman. J'ai le souvenir que ma maman était «surprise». Elle a quitté la salle de bain du 1
er
étage où je suis restée avec B.T._ pour terminer sa toilette. Elle est descendue au rez-de-chaussée, visiblement pour se rendre vers C.T._ au salon/salle à manger. J'ai entendu que les deux parlaient fort, ils criaient. Les deux me semble-t-il.
Pour vous répondre, je les avais déjà entendus crier pareillement par le passé. Dans mon souvenir, cette altercation a duré un moment. J'ai terminé la toilette de B.T._ et je suis restée au 1
er
étage avec elle, dans ma chambre."
qu'au vu de ces éléments, la véracité de la version de B.T._ ne peut pas être d'emblée exclue,
que les circonstances du dévoilement ainsi que l'angoisse de l'enfant par rapport à son père, certifiée par une attestation médicale établie en octobre 2009, soit avant les premières révélations, peuvent également être des indices probants,
que, dans ces conditions, il n'est pas possible de conclure qu'une condamnation de C.T._ est exclue avec une vraisemblance confinant à la certitude,
que, pour ce motif, le recours, bien fondé, doit être admis;
attendu que les recourantes ont sollicité la mise en œuvre d'une expertise de crédibilité,
que le prévenu, s'y oppose,
que, d'après la jurisprudence, une expertise de crédibilité doit permettre au juge d'apprécier la valeur des déclarations de l'enfant, en s'assurant que ce dernier n'est pas suggestible, que son comportement trouve son origine dans un abus sexuel et n'a pas une autre cause, qu'il n'a pas subi l'influence de l'un de ses parents et qu'il ne relève pas de la pure fantaisie de l'enfant (ATF 129 I 49 c. 6, JT 2005 IV 141; ATF 128 I 81 c. 2, JT 2004 IV 55; TF 6B_402/2012 du 15 octobre 2012 c. 2.3; TF 1B_692/2011 du 29 mars 2012 c.2.2; TF 6B_993/2010 du 10 février 2011 c. 3.2.1),
qu'une telle expertise peut s'imposer s'agissant de déclarations d'un petit enfant, qui sont fragmentaires ou difficiles à interpréter, lorsqu'il existe des indices sérieux de troubles psychiques ou encore lorsque des éléments concrets donnent à penser que la personne interrogée a été influencée par un tiers (ATF 129 IV 179 c. 2.4 et les références citées; TF 1B_36/2010 du 19 avril 2010 c. 3.1),
qu'en l'occurrence, lors du dévoilement des faits, l'enfant était dans sa onzième année,
que, lorsqu'elle a été entendue par la police, elle était dans sa douzième année (cf. résumé in PV aud. 2),
qu'on ne saurait qualifier sa déposition de fragmentaire ou de difficile à interpréter,
que, toutefois, il ressort du rapport établi le 24 avril 2012 par les Drs [...] et [...], du Service de psychiatrie et psychothérapie d'enfants et d'adolescents, Secteur psychiatrique de l'Est vaudois, dans le cadre de la procédure des mesures protectrices de l'union conjugale divisant ses parents que B.T._ est prise à partie depuis des années dans un conflit massif entre ses parents et présente un état d'anxiété et de fragilité psychique en lien avec un défaut de construction interne dû à une absence de cadre familial structurant sur le long terme (P. 51, p. 8),
que, dans ces circonstances, il s'agit de s'assurer que le peu d'autonomie psychique de B.T._ vis-à-vis de sa mère et sa fragilité psychique n'ait pas pu avoir une influence sur les déclarations qu'elle a faites,
qu'il incombera dès lors au Procureur de compléter l'enquête en procédant à une expertise de crédibilité;
attendu, en définitive, que le recours doit être admis et l'ordonnance annulée,
que le dossier de la cause est renvoyé au Procureur pour qu'il procède dans le sens des considérants, puis rende une nouvelle décision,
que les frais de la procédure de recours, constitués en l'espèce de l'émolument du présent arrêt (art. 422 al. 1 CPP), par 880 fr. (art. 20 al. 1 TFJP, RSV 312.03.01), sont mis à la charge de C.T._ qui a conclu au rejet du recours (art. 428 al. 1 CPP),
qu'enfin, s'agissant des dépens réclamés par le recourant, ils suivent le sort de la cause au fond (cf. art. 433 CPP; Mizel/Rétornaz, in Kuhn/Jeanneret (éd.), Commentaire romand, Code de procédure pénale suisse, 2011, n. 13 ad art. 433 CPP).

Considerations: