Decision ID: 2e0ec052-8199-50f7-862c-3ca319a54272
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
EN FAIT
A.
a.
Le A_ (ci-après : le A_) est une association sise à Genève et inscrite au registre du commerce depuis le _ 2013.![endif]>![if>
C_ est le directeur du A_, avec signature collective à deux, et D_ en est le trésorier, également avec signature collective à deux.
b.
Sur réquisition de la société B_ SA (ci-après : B_), l'Office des poursuites de Genève (ci-après : l'Office) a fait notifier au A_ un commandement de payer, poursuite n° 17 xxxx24 G, pour les sommes de 8'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 13 janvier 2017, au titre d'une "
Note d'honoraires du 13.12.2016 pour la période juin 2016 - janvier 2017
", et de 248 fr., au titre de "
Frais de créancier aux art. 103/106 CO
".
Aucune opposition n'a été formée contre ce commandement de payer.
c.
Suite à la réquisition de continuer la poursuite formée par B_, l'Office a notifié un avis de commination de faillite au A_ le 15 août 2017.
B.
a.
Par acte daté du 24 août 2017, expédié au greffe de la Chambre de surveillance le 25 août 2017 et signé par C_, le A_ a formé une plainte, au sens de l'art. 17 LP, contre la commination de faillite susvisée.![endif]>![if>
Il a déclaré contester avec vigueur le bien-fondé de la réclamation de E_, représenté par B_, aux fins d'obtenir le paiement par la contrainte d'une prétendue note d'honoraires pour la période de juin 2016 à janvier 2017, en soulignant que le A_ avait été victime d' « indélicatesses » de la part de E_, en particulier d'escroquerie, de vente forcée, d'accès indus à son système informatique, d'extorsion et de chantage. Par conséquent, le A_ sollicitait de la Chambre de surveillance "
qu'elle déclare l'exigence d'honoraires précités infondée et qu'elle ordonne à B_ SA représentant E_, de verser au A_
[...]
des dommages intérêts d'un montant de 25'000 fr.
".
A l'appui de sa plainte, le A_ a produit l'avis de commination de faillite, ainsi que les documents suivants :
- un courrier de B_ du 21 février 2017 informant le A_ que E_ l'a chargée de procéder à l'encaissement de sa facture d'honoraires du 13 décembre 2016, pour un montant de 8'000 fr. plus intérêts à 5% dès le 13 janvier 2017, auquel s'ajoutaient des frais créanciers de 248 fr.;
- la note d'honoraire de E_ du 13 décembre 2016 portant sur l'activité que celui-ci a déployée sur le système informatique et le site internet du A_ de juin 2016 à janvier 2017;
- un "Mémorandum" daté du 24 août 2017 et signé par C_, listant les doléances formulées par le A_ contre E_, dont il ressort que les parties avaient déjà collaboré en 2015 et que le A_ avait à nouveau contacté E_ en juin 2016, suite à un problème informatique (suppression non autorisée de courriels); celui-ci avait ensuite exigé d'être payé pour son activité, alors qu'aucun contrat (ou devis) n'avait été signé entre les parties; le A_ lui reprochait également d'avoir bloqué son site internet, après s'être approprié indûment les codes relatifs à l'hébergement du site, dans le but de contraindre le A_ à lui verser des honoraires totalement injustifiés;
- la plainte pénale du 18 avril 2016 formée par le A_ contre auteur(s) inconnu(s), pour vol et détérioration de données informatiques;
- divers documents et échanges de courriels, dont un courrier de la société F_, nouveau consultant informatique du A_, détaillant l'activité déployée par cette société d'août à décembre 2016 pour récupérer les données du site internet auquel le A_ n'avait plus accès;
- la plainte pénale du 23 août 2017 formée par le A_ à l'encontre de E_.
b.
Par pli recommandé du 28 août 2017, la Chambre de surveillance a invité le A_ à lui adresser un exemplaire de sa plainte dûment signé par une seconde personne habilitée à le représenter, sous peine d'irrecevabilité.
Par courrier du 4 septembre 2017, le plaignant a transmis à la Chambre de céans un exemplaire de sa plainte et du mémorandum du 24 août 2017, dûment signés par C_ et D_.
c.
Dans son rapport du 11 septembre 2017, l'Office a relevé que le créancier principal, E_, avait cédé sa créance à B_ et que le A_ contestait le bien-fondé de cette créance. Implicitement, il pouvait être inféré des allégations formulées par le plaignant et des pièces produites que celui-ci invoquait le caractère abusif de la poursuite n° 17 xxxx24 G et, partant, sa nullité. Dans la mesure où le grief de nullité pouvait être soulevé en tout temps, la plainte était recevable. Sur le fond, l'Office s'en est rapporté à justice, en soulignant qu'il n'avait pas à examiner si la prétention fondant la poursuite était exigée à bon droit ou non, seul le juge ordinaire étant investi d'une telle compétence.
d.
Dans ses observations du 13 septembre 2017, B_ a conclu au rejet de la plainte, au motif que le plaignant n'indiquait pas en quoi la commination de faillite notifiée le 15 août 2017 serait contraire aux dispositions légales.
e.
Par courrier du 25 septembre 2017, le plaignant a répliqué et précisé ses conclusions, en ce sens qu'il sollicitait de la Chambre de surveillance qu'elle constate le caractère infondé de la créance déduite en poursuite et, par conséquent, qu'elle déclare cette poursuite abusive et nulle.
f.
Le 28 septembre 2017, l'Office a dupliqué et persisté dans les termes de son rapport explicatif du 11 septembre 2017.
g.
De son côté, B_ a renoncé à dupliquer.
h.
Par avis de la Chambre de surveillance du 13 octobre 2017, les parties ont été informées que la cause était gardée à juger.

Considerations:
EN DROIT
1.
La plainte est recevable pour avoir été déposée auprès de l'autorité compétente (art. 17 al. 1 LP; 6 al. 1 et 3 LaLP), par une partie lésée dans ses intérêts
(ATF
138 III 219
consid. 2.3;
129 III 595
consid. 3;
120 III 42
consid. 3), dans le délai utile de dix jours (art. 17 al. 2 LP) et selon la forme prescrite par la loi
(art. 9 al. 1 et 2 LaLP; 65 al. 1 et 2 LPA, applicable par renvoi de l'art. 9 al. 4 LaLP), à l'encontre d'une mesure de l'Office – en l'espèce la commination de faillite notifiée le 15 août 2017 – sujette à plainte.
En revanche, la plainte est irrecevable en tant qu'elle vise à condamner la poursuivante au paiement de dommages et intérêts, cette question excédant manifestement le champ de compétence de l'autorité de surveillance, qui se limite à revoir la validité des actes de poursuite accomplis par l'Office. Il ne sera donc pas entré en matière sur cette conclusion, à laquelle le plaignant a d'ailleurs renoncé dans sa réplique du 25 septembre 2017.
2.
2.1
Sont nulles les poursuites introduites en violation du principe de l'interdiction de l'abus de droit, tel qu'il résulte de l'art. 2 al. 2 CC (ATF
140 III 481
consid. 2.3.1). La nullité doit être constatée en tout temps et indépendamment de toute plainte par l'autorité de surveillance (art. 22 al. 1 LP).
Selon la jurisprudence, la nullité d'une poursuite pour abus de droit ne doit être admise par les autorités de surveillance que dans des cas exceptionnels, notamment lorsqu'il est manifeste que le poursuivant agit dans un but n'ayant pas le moindre rapport avec la procédure de poursuite ou pour tourmenter délibérément le poursuivi. Cette éventualité est, par exemple, réalisée lorsqu'il fait notifier plusieurs commandements de payer reposant sur la même cause et pour des sommes importantes, mais sans jamais requérir la mainlevée, ni la reconnaissance judiciaire de sa créance, qu'il procède par voie de poursuite dans l'unique but de détruire la bonne réputation du poursuivi, ou encore qu'il reconnaît, devant l'Office, voire le poursuivi lui-même, ne pas s'en prendre au véritable débiteur (ATF
115 III 8
consid. 3b).
En revanche, la voie de la plainte au sens des art. 17 ss LP ne permet pas d'obtenir l'annulation de la poursuite en se prévalant de l'art. 2 al. 2 CC, dans la mesure où le moyen pris de l'abus de droit est invoqué à l'encontre de la réclamation litigieuse, car la décision à ce sujet est réservée au juge ordinaire. En effet, c'est une particularité du droit suisse de l'exécution forcée que de permettre l'introduction d'une poursuite sans avoir à prouver l'existence de la créance invoquée; le titre exécutoire n'est pas la créance elle-même, ni le titre qui l'incorpore éventuellement, mais seulement le commandement de payer passé en force (ATF
113 III 2
consid. 2b; arrêt du Tribunal fédéral
5A_250/2015
du
10 septembre 2015 consid. 4.1 et références citées).
Pour le surplus, la notification d'un commandement de payer représente un moyen légal d'interrompre la prescription (art. 135 ch. 2 CO), ce qui implique qu'une réquisition de poursuite peut donc poursuivre uniquement cette fin, qui est en règle générale légitime à elle seule (cf., notamment,
DCSO/455/2012
du
22 novembre 2012 consid. 3.2
in fine
).
2.2
En l'espèce, le plaignant fait valoir que la poursuite litigieuse est abusive – et donc nulle –, au motif qu'elle porte sur une créance manifestement infondée.
Il en veut pour preuve que E_ n'a fourni aucune prestation "valable" de juin 2016 à janvier 2017, qu'aucun contrat n'a jamais été signé entre les parties à ce sujet et que l'intervention non-autorisée de l'intéressé a, au contraire, été hautement préjudiciable au A_, qui s'est vu bloquer l'accès à son propre site internet. Selon le plaignant, un tel comportement est constitutif d'escroquerie, d'extorsion et de chantage, si bien qu'en lui réclamant le paiement de la note d'honoraires du 13 décembre 2016, la poursuivante commet un abus de droit.
Force est ainsi de constater que les reproches formulés par le plaignant à l'encontre de la poursuite n° 17 xxxx24 G portent exclusivement sur le bien-fondé de la créance objet de cette poursuite. Or, comme relevé ci-dessus, la Chambre de surveillance n'a pas la compétence pour se prononcer sur cette question qu'il appartient exclusivement au juge ordinaire de trancher.
En particulier, la Chambre de céans n'a pas à se substituer au juge ordinaire en administrant les preuves susceptibles d'établir l'existence ou l'inexistence de la prétention fondant la poursuite. A cet égard, le plaignant admet lui-même qu'il a déjà fait appel aux services de E_ en 2015 et qu'il l'a relancé en juin 2016 au sujet d'un problème informatique. Dans ce contexte, les éléments figurant au dossier ne permettent pas de retenir, de façon patente, que la poursuivante entend utiliser la voie de l'exécution forcée pour recouvrer des créances totalement inexistantes ou fantaisistes.
En outre, aucun indice sérieux n'indique que la poursuivante agirait dans l'unique but de tourmenter gratuitement le plaignant ou de porter atteinte à son crédit économique ou à sa réputation.
Il suit de là que cette poursuite ne peut être considérée comme abusive au sens de l'art. 2 al. 2 CC.
La plainte sera dès lors rejetée.
3.
A toutes fins utiles, la Chambre de surveillance rappellera que le débiteur qui ne peut plus former opposition à la poursuite, mais qui entend contester la créance fondant ladite poursuite, a la possibilité d'agir par le biais de l'action en annulation ou en suspension de cette poursuite (art. 85 et 85a LP), voire, en dernier ressort, par celui de l'action en répétition de l'indu (art. 86 LP). Ces actions relèvent cependant toutes de la compétence exclusive du juge civil ordinaire, devant lequel le plaignant sera renvoyé à agir, s'il l'estime opportun.
4.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et art. 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucun dépens (art. 62 al. 2 OELP).
* * * * *