Decision ID: f656e436-f4cc-48b1-8acc-d79d51641391
Year: 2022
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law
Law Sub-area: nan
Label: approval

Facts:
Faits:
A. Par jugement SK.2019.12 du 23 avril 2021, la Cour des affaires pénales du Tribu-
nal pénal fédéral (ci-après : Cour des affaires pénales) a notamment :
I. acquitté A. du chef d’accusation d’escroquerie par métier en ce qui concerne la
société 22 (art. 146 al. 1 et 2 CP) mais l’a reconnu coupable de gestion déloyale
aggravée (art. 158 ch. 1 CP) et de faux dans les titres répétés (art. 251 ch.1) et
l’a condamné, à cet égard, à une peine privative de liberté de 36 mois et à une
peine pécuniaire de 120 jours-amende à CHF 1'000.-. L’exécution de la peine
privative de liberté a été partiellement suspendue à concurrence de 18 mois et
le délai d’épreuve a été fixé à 2 ans. A. a été mis au bénéfice du sursis à l’exé-
cution de la peine pécuniaire durant un délai d’épreuve de 2 ans.
II. reconnu B. coupable de blanchiment d’argent aggravé (art. 305bis ch. 1 et 2 CP),
de faux dans les titres répétés (art. 251 ch. 1 CP) ainsi que de banqueroute
frauduleuse (art. 163 ch. 1 CP) et l’a condamné à une peine privative de liberté
de 42 mois (cette peine étant complémentaire à la peine privative de liberté de
24 mois prononcée par jugement SK.2015.22 du 20 novembre 2017) et à une
peine pécuniaire de 290 jours-amende à CHF 350.- (cette peine étant complé-
mentaire à la peine pécuniaire de 30 jours-amende prononcée le 4 mai 2012
par l’Office du Ministère public du canton de [...] à [...] dans la cause C-
1/2008/5874 et à la peine pécuniaire de 100 jours-amende prononcée le
4 juin 2018 par le Département fédéral des finances dans la cause 442.3-027).
En sus, B. a été condamné à une peine pécuniaire de 80 jours-amende à
CHF 350.- (peine complémentaire à la peine pécuniaire de 100 jours-amende
prononcée le 4 juin 2018 par le Département fédéral des finances dans la cause
442.3-027). B. a été mis au bénéfice du sursis à l’exécution des peines pécu-
niaires durant un délai d’épreuve de 4 ans.
III. acquitté C. du chef d’accusation d’obtention frauduleuse d’une constatation
fausse (art. 253 CP) mais l’a reconnu coupable de blanchiment d’argent ag-
gravé (art. 305bis ch. 1 et 2 CP) et de faux dans les titres (art. 251 ch. 1 CP) et
l’a condamné à une peine privative de liberté de 24 mois et à une peine pécu-
niaire de 180 jours-amende à CHF 200.-, étant précisé que C. a été mis au
bénéfice du sursis à l’exécution de la peine privative de liberté et de la peine
pécuniaire durant un délai d’épreuve de 2 ans.
IV. acquitté D. du chef d’accusation d’obtention frauduleuse d’une constatation
fausse (art. 253 CP) mais reconnu coupable de blanchiment d’argent aggravé
(art. 305bis ch. 1 et 2 CP) et condamné à une peine privative de liberté de
- 3 -
20 mois et à une peine pécuniaire de 100 jours-amende à CHF 120.-, étant
précisé que D. a été mis au bénéfice du sursis à l’exécution de la peine privative
de liberté et de la peine pécuniaire durant un délai d’épreuve de 2 ans.
B. Le 8 juin 2021, la Cour des affaires pénales a communiqué à la Cour d’appel que
le Ministère public de la Confédération (ci-après : MPC), Me Jean-Marc Carnicé,
Mes Adrian Bachmann et Jan Berchtold, Me Alec Reymond, Me Marc Engler,
Me Miriam Mazou, Me Xenia Rivkin et Me Ludovic Tirelli, avaient, dans le délai
légal, annoncé appel contre le jugement SK.2019.12 du 23 avril 2021.
C. Le 25 mars 2022, le jugement motivé SK.2019.12 a été envoyé par la Cour des
affaires pénales selon la liste de distribution suivante :
« Distribution (acte judiciaire) :
 Ministère public de la Confédération, Madame la Procureure fédérale
Graziella de Falco Haldemann
 Maître Miriam Mazou, Mazou Avocats SA
 Maître Marc Engler, Baumgartner Mächler Rechtsanwälte AG
 Maître Ludovic Tirelli, Penalex Avocats SA
 Maître Xenia Rivkin
 Maître Jean-Marc Carnicé
 Maître Alec Reymond, @lex avocats
 Maître Jan Berchtold, Bachmann Rechtsanwälte AG
 Société 6
 Société 20, c/o Société 52
 Société 21, c/o B.
 Société 16, c/o B.
Distribution (via l’OFJ ou par recommandé) :
 H. (via l’OFJ; version caviardée, art. 84 al. 4 in fine CPP)
 Société 11 (via l’OFJ)
 Société 19 (via l’OFJ)
 Société 18 (via l’OFJ)
 Société 5 (via l’OFJ)
 Société 17 (par recommandé; version caviardée, art. 84 al. 4 in fine CPP)
 Maître Daniel U. Walder, Walder Häusermann Rechtsanwälte AG (par
recommandé ; version caviardée, art. 84 al. 4 in fine CPP) »
D. Par ailleurs, la page de garde (rubrum) du jugement SK.2019.12 susmentionné
faisait mention des parties suivantes :
- 4 -
«
MINISTÈRE PUBLIC DE LA CONFÉDÉRATION représenté par Madame Gra-
ziella de Falco Haldemann, procureure fédérale,
et les parties plaignantes
1. E.1,
2. E.2,
3. E.3,
4. E.4,
5. E.5,
6. E.6,
7. E.7,
8. E.8,
9. E.9,
10. E.10,
11. E.11,
12. E.12,
13. E.13,
c/o BianchiSchwald Sàrl, représentés par Maître Jean-
Marc Carnicé, avocat, BianchiSchwald Sàrl
contre
1. A., assisté de Maître Marc Engler, avocat et défenseur d’office, Baumgart-
ner Mächler Rechtsanwälte,
2. B., assisté de Maître Ludovic Tirelli, avocat et défenseur d’office, Penalex
Avocats SA,
3. C., assisté de Maître Miriam Mazou, avocate et défenseur d’office, Mazou
Avocats SA,
4. D., assisté de Maître Xenia Rivkin, avocate et défenseur d’office,
Ainsi que les tiers saisis
1. F., assistée de maître Alec Reymond, @lex avocats,
- 5 -
2. Société 1, c/o Maître Adrian Bachmann et Jan Berchtold, Bachmann
Rechtsanwälte AG,
3. Société 2, c/o Maîtres Adrian Bachmann et Jan Berchtold, Bachmann
Rechtsanwälte AG,
4. Société 3, c/o Maîtres Adrian Bachmann et Jan Berchtold, Bachmann
Rechtsanwälte AG,
5. Société 4, c/o Maîtres Adrian Bachmann et Jan Berchtold, Bachmann
Rechtsanwälte AG,
assistées de Maîtres Adrian Bachmann et Jan Berchtold, Bachmann
Rechtsanwälte AG
»
E. Le 28 mars 2022, la Cour des affaires pénales a fait parvenir à la Cour d’appel une
copie de son jugement motivé ainsi que les annonces d’appel du MPC, de
Mes Mazou, Engler, Tirelli, Rivkin, Carnicé, Reymond et Bechtold, de même que
les annonces d’appel de Société 6, Société 20, Société 21 et Société 16.
F. Par courrier du 1er avril 2022, la Cour des affaires pénales a informé la Cour d’ap-
pel que le jugement SK.2019.12, partiellement caviardé, devait encore être notifié
à H., Société 11, Société 19, Société 18, Société 5, Société 17 et Maître Daniel U.
Walder.
G. Sur demande de la Cour d’appel, la Cour des affaires pénales a confirmé, par
courrier du 21 avril 2022, avoir notifié, en date du 14 avril 2022, le jugement
SK.2019.12, partiellement caviardé, à H., Société 11, Société 19, Société 18 et
Société 5, par l’entremise de l’Office fédéral de la Justice, et à Société 17 et Maître
Daniel U. Walder par pli recommandé.
H. Elle a également indiqué avoir transmis les annonces d’appel du MPC, Me Car-
nicé, Mes Bachmann et Berchtold, Me Reymond, Me Engler, Me Mazou, Me Rivkin
et Me Tirelli et a communiqué avoir omis d’informer la Cour d’appel des annonces
d’appel de 13 sociétés appartenant à B., sans pour autant y apporter de précisions
quant aux sociétés et sans joindre aucune annexe les concernant. Or, il ressortait
du dossier que les sociétés 6, 20, 21 et 16, pour lesquelles les annonces d’appel
avaient été transmises, faisaient partie des 13 sociétés appartenant à B. dont il
était fait mention dans le courrier précité.
- 6 -

Considerations:
La Cour considère en droit:
1. Principe applicable (art. 409 CPP)
1.1 Aux termes de l’art. 409 CPP, si la procédure de première instance présente des
vices importants auxquels il est impossible de remédier en procédure d’appel, la ju-
ridiction d’appel annule le jugement attaqué et renvoie la cause au tribunal de pre-
mière instance pour qu’il soit procédé à de nouveaux débats et pour qu’un nouveau
jugement soit rendu (al. 1). La juridiction d’appel détermine les actes de procédure
qui doivent être répétés ou complétés (al. 2). Le tribunal de première instance est
lié par les considérants de la décision de renvoi et par les instructions visées à l’al. 2
(al. 3).
1.2 En principe, il appartient à la juridiction d’appel de corriger les erreurs commises par
le tribunal de première instance dans l’établissement des faits et l’application du
droit (art. 408 CPP). Toutefois, lorsque le jugement de première instance présente
des vices auxquels il est impossible de remédier en appel, la juridiction d’appel doit
annuler le jugement attaqué et renvoyer la cause au tribunal de première instance.
Seuls sont visés les vices graves dans lesquelles l’intégrité de la procédure de pre-
mière instance est remise en cause. Selon la jurisprudence, en raison du caractère
réformatoire de l’appel, le renvoi doit demeurer l’exception (arrêt du Tribunal fédéral
6B_1010/2021 du 10 janvier 2022, consid. 1.4.1). Il en va ainsi en cas de violation
des droits de la défense, de l’incompétence du tribunal de première instance ou de
la composition irrégulière du tribunal de première instance (KISTLER VIANIN, Com-
mentaire romand, 2ème éd., 2019, n. 4 ad art. 409 CPP).
2. De la décision de renvoi
2.1 En cas de renvoi, la juridiction d’appel rend une décision formelle de renvoi de la
cause au tribunal de première instance et non pas un jugement complet au fond
(MOREILLON/PAREIN-REYMOND, Petit Commentaire CPP, 2ème éd., 2016, n. 3 ad
art. 409 CPP ; KISTLER VIANIN, op.cit., n. 7 ad art. 409 CPP). La juridiction d’appel
détermine les actes de procédure qui doivent être répétés ou complétés. Elle fournit
également des instructions à l’autorité de première instance sur les actes qu’il con-
vient d’entreprendre (MOREILLON/PAREIN-REYMOND, Petit Commentaire CPP, op.
cit., n. 9 ad art. 409 CPP ; KISTLER VIANIN, op.cit., n. 8 ad art. 409 CPP).
2.2 Selon la jurisprudence et la doctrine majoritaire, la prescription cesse de courir avec
le prononcé du jugement de première instance, même si celui-ci a été annulé, car
- 7 -
ce qui est déterminant, c’est le fait qu’un jugement a été rendu. En effet, le texte
légal de l’art. 97 al. 3 CP est clair (« la prescription ne court plus si, avant son
échéance, un jugement de première instance a été rendu ») et le Message du Con-
seil fédéral du 21 septembre 1998 précise, sans équivoque, que la prescription de
l’action pénale « prend définitivement fin » dès qu’un jugement de première instance
a été rendu (KISTLER VIANIN, op.cit, n. 11 ad art. 409 CPP et les références citées).
2.3 En règle générale, la décision de renvoi constitue une décision incidente qui ne peut
pas faire l’objet d’un recours en matière pénale devant le Tribunal fédéral, à moins
que le recourant ne se plaigne d’un déni de justice formel, auquel cas la jurispru-
dence renonce à l’exigence d’un préjudice irréparable au sens de l’art. 93 al. 1 LTF
(arrêt du Tribunal fédéral 6B_1010/2021 du 10 janvier 2022 consid. 2.4 et les réfé-
rences citées).
2.4 Le tribunal de première instance est lié par les considérants de la décision de renvoi
et par les instructions visées à l’art 409 al. 2 CPP (voir notamment MOREIL-
LON/PAREIN-REYMOND, op.cit., n. 9-10 ad art. 409 CPP ; KISTLER VIANIN, op.cit, n. 12
ad art. 409 CPP).
3. Dans le cas d’espèce
3.1 La Cour de céans constate les éléments suivants :
- Sur la page de garde (rubrum) du jugement SK.2019.12, seules les parties F.,
Société 1, Société 2, Société 3 et Société 4 apparaissent en qualité de tiers sai-
sis.
- Selon la liste de distribution du jugement précité SK.2019.12, en page 331, il
ressort que les sociétés 6, 20, 21 et 16 ont été notifiées par acte judiciaire, sans
pour autant être mentionnées sur la page de garde (rubrum).
- Une deuxième liste de distribution était également indiquée dans le dispositif du
jugement SK.2019.12 précité, en page 332, contenant les parties suivantes : H.,
les sociétés 11, 19, 18, 5, 17 et Me Daniel U. Walder. La notification du jugement
à ces dernières devait intervenir par le biais de l’OFJ.
- Contrairement à ce que l’on pourrait comprendre à la lecture du jugement, la
notification dudit jugement aux parties susmentionnées, listées à la page 332, n’a
eu lieu que postérieurement à la notification de ce même jugement aux autres
parties.
- 8 -
3.2 La Cour de céans relève que les éléments susmentionnés soulèvent des incerti-
tudes quant à la qualité de partie de certains participants à la procédure. De plus, la
notification du jugement SK.2019.12 a eu lieu en deux temps, ce qui implique que
toutes les parties à la procédure ne se sont pas vu notifier le jugement simultané-
ment. Cette notification en deux temps conduit à un décalage temporel probléma-
tique : le délai de 20 jours pour déclarer appel au sens de l’art. 399 al. 3 CPP étant
d’ores et déjà échu pour certaines parties alors même que d’autres parties n’ont
toujours pas eu connaissance du jugement motivé. La Cour des affaires pénales ne
pouvait pas procéder de la sorte sous peine de violer l’égalité de traitement entre
les différentes parties à la procédure. La Cour d’appel ne peut pas, quant à elle,
remédier aux défauts ici constatés.
3.3 Au vu de ce qui précède, la Cour de céans ne peut que renvoyer le jugement
SK.2019.12 à l’instance précédente afin que cette dernière, d’une part, clarifie le
statut procédural des parties concernées par son jugement et, d’autre part, procède
à la notification simultanée, à toutes les parties concernées, de son jugement.
Le renvoi se limite à ces questions d’ordre formel et ne saurait dès lors impliquer
une modification du contenu du jugement SK.2019.12. Toute répétition des actes
de procédure est par conséquent également exclu.