Decision ID: 679a6dad-b12a-4f67-922f-a7df0dd0c3de
Year: 2022
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law
Law Sub-area: nan
Label: approval

Facts:
Faits:
A. Le 5 juillet 2012, le Ministère public de la Confédération (ci-après: MPC)
a ouvert une enquête à l’encontre de plusieurs citoyens et citoyennes
ouzbeks, dont A., pour faux dans les titres (art. 251 CP) et blanchiment
d’argent (art. 305bis CP), qu’il a ensuite étendue notamment à l’encontre de
C., pour blanchiment d’argent (art. 305bis CP) et gestion déloyale (art. 158
CP; SV.12.0808, rubrique 1).
B. Par ordonnance pénale du 22 mai 2018, le MPC a reconnu A. coupable des
infractions reprochées et l’a condamnée à une peine pécuniaire. Il a
également prononcé la confiscation des valeurs patrimoniales déposées sur
les relations bancaires aux noms de la prénommée, ainsi que de deux
sociétés D. Corp et B. Ltd, auprès la banque E., à Genève et de la banque
F., à Zurich (SV.12.0808, n. 03-02-0001 ss).
C. Suite à l’opposition formée par B. Ltd, le 4 juin 2018, le MPC a transmis le
dossier à la Cour des affaires pénales du Tribunal pénal fédéral (ci-
après: CAP-TPF), qui a conclu, par ordonnance du 17 janvier 2018, à
l’absence de validité de l’opposition (SK.2018.36).
D. Par décision du 13 novembre 2019, la Cour des plaintes du Tribunal pénal
fédéral (ci-après: la Cour de céans) a admis le recours de B. Ltd contre cette
ordonnance, vu la réinscription de cette société au Registre des sociétés de
Gibraltar, et renvoyé la cause à la CAP-TPF (BB.2019.28).
E. Par ordonnance du 4 juin 2020, la CAP-TPF a, une nouvelle fois, conclu à
l’absence de validité de l’opposition (SK.2019.70) et la Cour de céans, par
décision du 29 octobre 2020, admis le recours de B. Ltd et renvoyé la cause
à la CAP-TPF, pour qu’elle statue sur l’opposition (BB.2020.204).
F. Par ordonnance du 3 décembre 2020, la CAP-TPF est entrée en matière sur
l’opposition de B. Ltd à l’ordonnance pénale du 22 mai 2018, en ce qui
concerne la confiscation des avoirs déposés sur les comptes dont dite
société est titulaire auprès de la E., à Genève, et de la banque F., à Zurich.
Elle a constaté que l’ordonnance pénale était entrée en force de chose jugée,
pour le surplus, exception faite du prélèvement, sur le compte de B. Ltd
auprès de la banque E., du solde de la peine pécuniaire et des frais de
- 3 -
procédure (SN.2020.34; in SK.2020.49, n. 9.913.001-004).
G. Par ordonnance du 17 décembre 2021, la CAP-TPF a prononcé la
confiscation des valeurs patrimoniales séquestrées sur la relation bancaire
n. 1 ouverte au nom de B. Ltd près la banque E., à hauteur
d’USD 293'602'416.10, et la restitution à B. Ltd du solde, par
USD 69'272'230.90, ainsi celle de la totalité des valeurs patrimoniales sur la
relation bancaire n. 2 ouverte au nom de dite société près la banque F. Elle
a également prononcé la mise à charge de B. Ltd des frais de procédure par
CHF 32'364.--, laissant le solde à la charge de la Confédération, ainsi que
l’octroi d’une indemnité à B. Ltd à hauteur de CHF 40'000.--, à charge de la
Confédération (act. 1.1).
H. Le MPC (ou ci-après: le recourant) a interjeté recours auprès de la Cour de
céans contre l’ordonnance précitée, le 30 décembre 2021, concluant,
préalablement, à l’octroi de l’effet suspensif, au fond, à l’annulation des
chiffres I. 2, 3, III. 2 et IV du dispositif de de dite ordonnance. Il concluait
également, à sa réforme en ordonnant, principalement, en substance, la
confiscation de l’ensemble des fonds détenus par B. Ltd sur les relations
ouvertes en son nom auprès de la banque E. et de la banque F. et,
subsidiairement, une créance compensatrice d’un montant correspondant au
solde desdits fonds, sous suite de frais (act. 1).
I. Invités à répondre, la CAP-TPF y a renoncé, le 5 janvier 2022 (act. 3); A. et
B. Ltd se sont déterminées, en date du 27 janvier 2022, concluant, pour la
première, à l’admission du recours, et, pour la seconde, à son rejet, sous
suite de frais et dépens (act. 5 et 6).
J. La Cour de céans a accordé l’effet suspensif requis en date du 31 janvier
2022 (act. 11; BP.2022.1).
K. Le MPC a répliqué le 11 février 2022 (act. 9).
L. Invitées à dupliquer, la CAP-TPF y a renoncé (act. 11), A. ne s’est pas
prononcée et B. Ltd a produit son mémoire, en date du 10 mars 2022, ainsi
qu’un décompte de frais, persistant dans ses conclusions (act. 13). La
duplique de B. Ltd et la renonciation de la CAP-TPF ont été transmises aux
- 4 -
parties à la procédure en date du 15 mars 2022 (act. 14).
M. Le 13 juin 2022, la Cour de céans a autorisé la clôture de la relation n. 2
ouverte au nom de la société B. Ltd auprès de la banque F. en raison du
solde nul (act. 22).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

Considerations:
La Cour considère en droit:
1.
1.1 En tant qu'autorité de recours, la Cour de céans examine avec plein pouvoir
de cognition en fait et en droit les recours qui lui sont soumis (v. notamment
TPF 2021 97 consid. 1.1; MOREILLON/DUPUIS/MAZOU, La pratique judiciaire
du Tribunal pénal fédéral en 2011, in Journal des Tribunaux 2012, p. 2 ss,
p. 52 n. 199 et références citées; KELLER, Zürcher Kommentar, 3e éd. 2020,
n. 39 ad art. 393 CPP; Message relatif à l'unification du droit de la procédure
pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 1057, 1296 in fine).
1.2 Dans la procédure de l’ordonnance pénale (art. 352 ss du Code de
procédure pénale du 5 octobre 2007 [CPP; RS 312.0]), en cas d’opposition
ne portant que sur les frais et les indemnités ou d’autres conséquences
accessoires, comme la confiscation, les prononcés de la CAP-TPF peuvent
faire l'objet d'un recours devant la Cour de céans (FF 2006 1057, p. 1275 et
s.; art. 356 al. 6 CPP; art. 393 al. 1 let. b CPP et 37 al. 1 loi fédérale du
19 mars 2010 sur l’organisation des autorités pénales de la Confédération
[LOAP; 173.71]). Le recours contre les décisions notifiées par écrit ou
oralement doit être motivé et adressé par écrit, dans le délai de dix jours à
l’autorité de céans (art. 396 al. 1 CPP).
1.3 Le MPC dispose de la qualité pour agir contre l’acte entrepris (art. 381 CPP).
1.4 Interjeté le 30 décembre 2021, contre une ordonnance notifiée le
20 décembre 2021, le recours a été formé en temps utile (art. 396 al. 1 CPP).
1.5 Partant, il est entré en matière.
2.
2.1 La jurisprudence a tiré du droit d’être entendu consacré à l’art. 29 Cst.
l’obligation pour l’autorité de motiver ses décisions dans le but de permettre
- 5 -
aux justiciables de les comprendre suffisamment pour être en mesure de
faire valoir leurs droits. L’autorité doit ainsi mentionner au moins brièvement
les motifs qui l’ont guidée et sur lesquels elle a fondé sa décision pour que
l’intéressé puisse se rendre compte de la portée de celle-ci et l’attaquer en
connaissance de cause. L’objet et la précision des indications à fournir
dépendent de la nature de l’affaire et des circonstances particulières du cas.
L’autorité n’est pas tenue de discuter de manière détaillée tous les
arguments soulevés par les parties (ATF 126 I 97 consid. 2b; 125 II 369
consid. 2c; 124 II 146 consid. 2a; 112 Ia 107 consid. 2b), mais peut se limiter
à l’examen des questions décisives pour l’issue du litige (ATF 147 IV 409
consid. 5.3.4; 141 V 557 consid. 3.2.1; 141 IV 249 consid. 1.3.1; 139 IV 179
consid. 2.2; 134 I 83 consid. 4.1; 126 I 15 consid. 2a/aa; 125 II 369
consid. 2c; 124 II 146 consid. 2a; 124 V 180 consid. 1a et les arrêts cités).
La motivation peut être implicite et résulter des différents considérants de la
décision (arrêts du Tribunal fédéral 5A_878/2012 du 26 août 2013
consid. 3.1; 1C_246/2013 du 4 juin 2013 consid. 2.1; 2C_23/2009 du
25 mai 2009 consid. 3.1). La jurisprudence admet que la garantie du droit
d’être entendu est préservée si le justiciable touché par une décision
défavorable est en mesure d’apprécier la portée du prononcé et de le
contester à bon escient. En particulier, le renvoi à une décision antérieure de
la même autorité n’est en principe pas contraire à l’obligation de motivation
(arrêt du Tribunal fédéral 1P.465/2005 du 30 août 2005 consid. 5; arrêt du
Tribunal pénal fédéral RR.2018.76 du 19 juin 2018 consid. 2.4.2).
2.2 Le droit d'être entendu est une garantie de nature formelle, dont la violation
entraîne en principe l'annulation de la décision attaquée, indépendamment
des chances de succès du recours sur le fond. Sa violation peut cependant
être réparée lorsque la partie lésée a la possibilité de s'exprimer devant une
autorité de recours jouissant d'un plein pouvoir d'examen. Toutefois, une
telle réparation doit rester l'exception et n'est admissible, en principe, que
dans l'hypothèse d'une atteinte qui n'est pas particulièrement grave aux
droits procéduraux de la partie lésée; cela étant, une réparation de la
violation du droit d'être entendu peut également se justifier, même en
présence d'un vice grave, lorsque le renvoi constituerait une vaine formalité
et aboutirait à un allongement inutile de la procédure, ce qui serait
incompatible avec l'intérêt de la partie concernée à ce que sa cause soit
tranchée dans un délai raisonnable (ATF 142 II 218 consid. 2.8.1 et
références citées).
3. Dans son ordonnance du 17 décembre 2021, la CAP-TPF conclut à la
confiscation des valeurs patrimoniales déposées sur la relation bancaire n. 1
ouverte au nom de B. Ltd près la banque E., à hauteur de
- 6 -
CHF 293'602'416.10, en tant qu’elles constituent le résultat du blanchiment
d’argent aggravé commis par A., dans le but de dissimuler l’infraction de
corruption d’agents publics dont elles sont issues. Elle prononce également
la restitution à B. Ltd du solde, par USD 69'272'230.90, des valeurs
patrimoniales déposées sur cette relation bancaire, ainsi celle de la totalité
des valeurs patrimoniales sur la relation bancaire n. 2 ouverte à son nom
près la banque F.
Le recours du MPC porte sur la restitution des valeurs patrimoniales. Vu la
clôture, autorisée le 13 juin 2022, de la seconde relation bancaire, en raison
du solde nul (v. supra Faits, let. M), le recours est devenu sans objet sur ce
point.
3.1 Le juge prononce la confiscation des valeurs patrimoniales qui sont le
résultat d'une infraction ou qui étaient destinées à décider ou à récompenser
l'auteur d'une infraction, si elles ne doivent pas être restituées au lésé en
rétablissement de ses droits (art. 70 al. 1 CP). Inspirée de l'adage selon
lequel « le crime ne doit pas payer », cette mesure a pour but d'éviter qu'une
personne puisse tirer avantage d'une infraction. La confiscation suppose un
comportement qui réunisse les éléments constitutifs objectifs et subjectifs
d'une infraction et qui soit illicite. La confiscation suppose également un lien
de causalité tel que l'obtention des valeurs patrimoniales apparaisse comme
la conséquence directe et immédiate de l'infraction (ATF 145 IV 237
consid. 3.2.1 p. 242; 141 IV 155 consid. 4.1 p. 162 et références citées). Si
les valeurs en cause ont fait l’objet d’actes punissables sous l’angle de l’art.
305bis CP, celles-ci peuvent également être confisquées au titre de résultat
de cette infraction (arrêt du Tribunal fédéral 6S.667/2000 du 19 février 2001
consid. 3c, publié in SJ 2001 I p. 332).
3.2 En l’espèce, la CAP-TPF prononce la restitution des valeurs patrimoniales
déposées sur la relation bancaire n. 1 ouverte au nom de B. Ltd près la
banque E. à hauteur d’USD 69'272'230.90, faute de pouvoir établir leur
origine criminelle (pour USD 56'022'705.--) ou même leur origine (pour
USD 10'964'107.--; le solde d’USD 2'285'418.90 représentant la part de la
plus-value du compte depuis le prononcé de l’ordonnance pénale du MPC,
restituée par la CAP-TPF; act. 1.1, consid. 5.2.2). Elle estime que, « [s]ur la
base des moyens de preuve [qu’elle a administrés], qui s’inscrivent
uniquement dans les contextes de faits de corruption G., H. et I., il n’est pas
possible de déterminer si les montants versés par les neuf sociétés précitées
sur le compte de B. Ltd [soit ceux totalisant USD 56'022'705.--]
proviendraient aussi d’actes de corruption publique, d’autres infractions ou
éventuellement d’activités non pénalement répréhensibles. Si le blanchiment
a été très clairement établi pour les états de faits liés aux trois sociétés G.,
- 7 -
H. et I., il n’en va pas de même avec les neuf autres sociétés. Pour ces neuf
sociétés, le MPC a noté lors de son réquisitoire que la plupart sont des
entités offshores, domiciliées dans un ’’paradis fiscal’’. Plusieurs sont
domiciliées à la même adresse, à Tortola. Les mêmes personnes
interviennent pour plusieurs de ces sociétés. Ainsi, A. est directrice de trois
d’entre elles. Selon le MPC, le point commun entre ces personnes est que
toutes faisaient parties de ’’l’Office’’ de C. Si ce sont certes des indices
troublants, ils ne permettent pas de déterminer si les valeurs patrimoniales
liées à ces neuf sociétés proviendraient d’un crime et, si tel était le cas, lequel
» (act. 1.1, p. 81). Quant au USD 10'964’107.--, « aucune preuve et nuls
indices ne permettent [d’en] déterminer l’origine » (act. 1.1, p. 82, 2e
paragraphe).
3.3 Ce faisant, la CAP-TPF n’a pas examiné l’hypothèse, pourtant expressément
mentionnée en son considérant 4.1.5 in fine, s’agissant de l’art. 305bis CP,
selon laquelle, « [à] la rigueur, l’origine criminelle peut même être déduite du
mode opératoire utilisé par le blanchisseur (utilisation de structure
complexes, avec plusieurs sociétés de domicile sans justification
économique, transactions inutiles) » ou, à tout le moins, ne l’a pas écartée à
satisfaction de droit.
3.4 Il en va d’une violation du droit d’être entendu du recourant, dont la gravité
empêche la réparation par la Cour de céans (v. supra consid. 2.2). La CAP-
TPF ne s’est pas prononcée sur des éléments pertinents pour le sort de la
cause, s’agissant de la réalisation du blanchiment d’argent. Dans ces
conditions, la Cour de céans ne peut vérifier si l’art. 305bis CP a été
correctement appliqué (v. arrêt du Tribunal fédéral 6B_993/2017du
20 août 2019 consid. 4.2.10 in fine).
4. Partant, le recours est admis, sans procéder à l’examen des autres griefs
invoqués par le MPC. Les chiffres I. 2., III. 2 et IV. du dispositif de
l’ordonnance attaquée sont annulés et la cause renvoyée à la CAP-TPF,
pour nouvelle décision au sens des considérants qui précèdent.
5.
5.1 Compte tenu de l'issue du recours, les frais de la présente cause sont pris
en charge par la caisse de l'Etat (art. 428 al. 4 et 423 al. 1 CPP).
5.2 La partie qui obtient gain de cause a droit à une indemnité pour les dépenses
occasionnées par l'exercice raisonnable de ses droits de procédure (art. 436
al. 1 en lien avec l'art. 429 al. 1 let. a CPP). Selon l'art. 12 du règlement du
Tribunal pénal fédéral sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la
- 8 -
procédure pénale fédérale du 31 août 2010 (RFPPF; RS 173.713.162),
les honoraires sont fixés en fonction du temps effectivement consacré à la
cause et nécessaire à la défense de la partie représentée. Lorsque les
recourants ne font pas parvenir un décompte de leurs prestations, la Cour
fixe le montant des honoraires selon sa propre appréciation (art. 12 aI. 2
RFPPF).
5.3 En l'espèce, A. est intervenue dans la présente procédure en concluant à
l’admission du recours du MPC. Ayant également obtenu gain de cause, elle
a droit à une indemnité de dépens. Son conseil n’a pas produit de liste des
opérations effectuées.
5.4 B. Ltd est intervenue dans la procédure de recours, concluant à son rejet.
Ella a succombé, de sorte qu’aucune indemnité lui est allouée.
5.5 Au vu de ce qui précède et dans les limites admises par le RFPPF, une
indemnité à titre de dépens fixée ex aequo et bono à CHF 300.-- est versée
à A. Celle-ci est mise à charge solidaire de la caisse du Tribunal pénal fédéral
et de B. Ltd.
- 9 -