Decision ID: 45bac56f-2aed-59e0-8013-d20f3af9d395
Year: 2007
Language: fr
Court: CH_BVGE
Chamber: CH_BVGE_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: 
Law Sub-area: 
Label: approval

Facts:
4.3 La Commission, dans sa décision du 7 juillet 2004, n’a pas nié la nécessité pour l’intéressé de poursuivre le traitement mis en place depuis plusieurs années en Suisse (cf. consid. 5.3. de ladite décision « Certes, le pronostic émis par le thérapeute est réservé, voire négatif en cas d’interruption du traitement. [Toutefois], rien n’indique que l’intéressé ne serait pas à même d’obtenir les soins exigés par son état de santé dans son pays d’origine »). Elle n’a toutefois pas pris en compte l’impossibilité subjective d’accéder à un traitement psychothérapeutique et des conséquences que cela entraînerait, alors même que cet argument était soulevé, certes brièvement, dans la demande de réexamen (cf. p. 5) et dans le recours (cf. mémoire de recours p. 6) par renvoi aux constatations effectuées par le médecin traitant. Etant donné l’importance de cet élément et le fait que, selon le pronostic de son thérapeute, un arrêt du traitement constituerait un risque majeur pour la santé de A._, il ne pouvait en être fait abstraction dans l’examen de l’exigibilité du renvoi en Bosnie et Herzégovine. Il ressort de ce qui précède qu’en omettant de prendre en considération un allégué de fait important, pertinent et soulevé dans les délais, la Commission a violé son obligation d’examen telle que libellée à l’art. 32 al. 1 PA et, partant, le droit d’être entendu du requérant (, op. cit., p. 128-129 : « Der Anspruch auf rechtliches Gehör [...] umfasst neben dem Recht des Anspruchsberechtigten auf Aeusserung zum Sachverhalt, zum Beweisergebnis und zu den Rechtsfragen auch ein Recht auf Orientierung sowie gewisse Prüfungspflichten der Behörden »;
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ATF 118 Ia 35 et ATF 122 IV 8 : « Il y a [...] violation du droit d’être entendu si l’autorité ne satisfait pas à son devoir minimum d’examiner et traiter les problèmes pertinents » ; MICHELE ALBERTINI, Der verfassungsmässige Anspruch auf rechtliches Gehör im Verwaltungsverfahren des modernen Staates, thèse Berne 2000, p. 360ss). Le grief soulevé par le demandeur à l’appui de sa requête se révèle dès lors fondé.
5.
5.1 Au vu de ce qui précède, la demande de révision s'avère fondée. Partant, il convient d'annuler la décision finale du 7 juillet 2004 et de statuer à nouveau, conformément à l'art. 68 al. 1 PA.
5.2 A l'appui de sa demande de révision, A._ conclut à l'octroi en sa faveur d'une admission provisoire en Suisse pour cause d'inexigibilité de l'exécution de son renvoi en Bosnie et Herzégovine. Il produit en annexe à sa requête un courrier du docteur C._ daté du 28 août 2004 (recte : 28 juillet 2004), synthétisant les problèmes de santé rencontrés par l’intéressé. En annexe au courrier du 14 octobre 2005 du canton [...] figure en outre un complément aux rapports médicaux produits par l'intéressé en cours de procédure, daté du 4 octobre 2005 et signé par le docteur C._.
5.3 Des mesures d'instruction d'ampleur particulière n'apparaissant pas nécessaires pour l'issue de la présente affaire, le Tribunal peut statuer sur le recours au fond.
5.4 Le Tribunal tient compte des éléments du dossier tels qu'ils se présentent au moment où il se prononce (cf. sur cette question JICRA 1997 n° 27 consid. 4f p. 211, JICRA 1995 n° 5 consid. 6a p. 43, JICRA 1994 n° 6 consid. 5 p. 52).
6.
6.1 Selon l'art. 14a al. 4 LSEE, l'exécution du renvoi ne peut notamment pas être raisonnablement exigée si elle implique une mise en danger concrète de l'étranger. Cette disposition s'applique en premier lieu aux "réfugiés de la violence", soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la qualité de réfugié parce qu'ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violences généralisées, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont besoin. L'autorité à qui incombe la décision doit donc dans chaque cas confronter les aspects humanitaires liés à la situation dans laquelle se trouverait l'étranger concerné dans son pays après l'exécution du renvoi à l'intérêt public militant en faveur de son éloignement de Suisse (JICRA 1999 n° 28 p. 170 et jurisp. citée, JICRA 1998 no 22 p. 191).
6.2 Comme on vient de le voir, l'art. 14a al. 4 LSEE, auquel renvoie l'art. 44 al. 2 LAsi, vaut aussi pour les personnes dont l'exécution du renvoi ne peut
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être raisonnablement exigée parce qu'en cas de retour dans leur pays d'origine ou de provenance, elles pourraient ne plus recevoir les soins essentiels garantissant des conditions minimales d'existence ; par soins essentiels, il faut entendre les soins de médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à la garantie de la dignité humaine (cf. GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins et rationnement, Berne 2002, p. 81s. et 87). L'art. 14a al. 4 LSEE, disposition exceptionnelle tenant en échec une décision d'exécution du renvoi, ne saurait en revanche être interprété comme une norme qui comprendrait un droit de séjour lui-même induit par un droit général d'accès en Suisse à des mesures médicales visant à recouvrer la santé ou à la maintenir, au simple motif que l'infrastructure hospitalière et le savoir-faire médical dans le pays d'origine ou de destination de l'intéressé n'atteint pas le standard élevé qu'on trouve en Suisse (cf. JICRA 1993 n° 38 p. 274s). Ainsi, il ne suffit pas en soi de constater, pour admettre l'inexigibilité de l'exécution du renvoi, qu'un traitement prescrit sur la base de normes suisses ne pourrait être poursuivi dans le pays de l'étranger. On peut citer ici les cas de traitements visant à atténuer ou guérir des troubles psychiques ou physiques qui ne peuvent être qualifiés de graves. Si les soins essentiels nécessaires peuvent être assurés dans le pays d'origine ou de provenance de l'étranger concerné, l'exécution du renvoi dans l'un ou l'autre de ces pays sera raisonnablement exigible. Elle ne le sera plus, au sens de l'art. 14a al. 4 LSEE si, en raison de l'absence de possibilités de traitement adéquat, l'état de santé de l'intéressé se dégraderait très rapidement au point de conduire d'une manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie ou à une atteinte sérieuse, durable, et notablement plus grave de son intégrité physique (cf. GOTTFRIED ZÜRCHER, Wegweisung und Fremdenpolizeirecht : die verfahrensmässige Behandlung von medizinischen Härtefällen, in Schweizerisches Institut für Verwaltungskurse, Ausgewählte Fragen des Asylrechts, Lucerne 1992). Cela dit, il sied de préciser que si, dans un cas d'espèce, le grave état de santé ne constitue pas en soi un motif d'inexigibilité sur la base des critères qui précèdent, il peut demeurer un élément d'appréciation dont il convient alors de tenir compte dans le cadre de la pondération de l'ensemble des éléments ayant trait à l'examen de l'exécution du renvoi (JICRA 2003 n° 24 p. 154ss).
6.3 En l'espèce, A._ souffre, selon les constatations effectuées par le docteur C._ à l’appui de son certificat médical du 10 décembre 2003, de son courrier du 28 juillet 2004 et de son complément du 4 octobre 2005, d’un syndrome de stress post-traumatique chronique (F. 43.1 de la CDI-10), d’une modification durable de la personnalité après expérience de catastrophe, d’un état dépressif sévère (F. 32.2 de la CDI-10), de troubles anxieux chroniques ainsi que de troubles du développement. Le praticien revient sur la sévérité du traumatisme subi pour expliquer l’état dans lequel se trouve le patient aujourd’hui encore, ainsi que sur son faible niveau intellectuel résultant d’un probable retard de développement dans l’enfance, ce qui explique qu’il ne dispose pas des « moyens psychologiques lui permettant de surmonter et d’assimiler ce
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traumatisme ». A._ nécessite, depuis son arrivée en Suisse en 1998, un traitement médicamenteux (composé, selon les dernières informations en date, d’un antidépresseur, d’un neuroleptique anxiolytique, d’un bêtabloquant contre l’hypervigilance, d’un somnifère et d’un antalgique) ainsi qu’un soutien psychologique et psychosocial hebdomadaire. Cet important traitement doit impérativement être poursuivi ainsi que le souligne le docteur C._ dans son courrier du 28 juillet 2004 (cf. p. 2 : « la poursuite et le renforcement du soutien médical s’avèrent indispensables devant l’aggravation de l’état dépressif avec apparition d’idées et de projets suicidaires »), ainsi que dans le certificat médical du 5 septembre 2007 (dans lequel le médecin relève encore : "En raison de la nature des événements traversés et des violences subies, une psychothérapie en Bosnie-Herzégovine par un médecin serbe, croate ou musulman n'est pas envisageable" et ajoute "nous maintenons les conclusions de nos précédents rapports, à savoir qu'un retour contraint vers la Bosnie constituerait un risque majeur pour la santé de M. A._"), faute de quoi le pronostic vital pourrait être en jeu.
Force est dès lors de conclure que A._ souffre de graves problèmes de santé qui nécessitent impérativement des traitements complexes et à long terme, en l’absence desquels son état de santé risque de se péjorer de manière importante. Or, outre l’impossibilité subjective d’avoir accès à un traitement psychothérapeutique en Bosnie et Herzégovine (cf. consid. 4.2. supra), le Tribunal relève que la situation sanitaire qui prévaut en Fédération croato-musulmane ne permet pas de garantir que les personnes souffrant, comme lui, de troubles psychiques graves puissent accéder à un suivi spécifique important et de longue durée, les possibilités de traitement étant aléatoires (JICRA 2002 précitée consid. 10 let. c p. 105).
En outre, et bien que cela ne soit pas en soi décisif, il y a également lieu de tenir compte des difficultés matérielles importantes que l’intéressé rencontrerait à une réinstallation dans son pays d’origine. En effet, un retour dans sa ville d’origine, située en République serbe de Bosnie et où seule est encore domiciliée sa mère, n’est pas envisageable en raison notamment du vécu particulièrement douloureux qui s’y rattache. Quant à une installation en Fédération croato-musulmane, force est d’admettre qu’elle se révèlerait extrêmement difficile, le demandeur n’y disposant d’aucun logement, ni travail, ni réseau familial susceptible de l’accueillir, la seule parenté qui lui reste étant une sœur et un beau-frère, tous deux au chômage et par ailleurs expulsés de l’appartement qu’ils occupaient à Sarajevo.
6.4 Compte tenu de ce qui précède, et surtout de l’ampleur des troubles de santé de A._ et de l’impossibilité qu’il aurait à poursuivre son traitement médical, pourtant indispensable, en Bosnie et Herzégovine, le Tribunal considère que l’exécution de son renvoi dans son pays d’origine n’est pas raisonnablement exigible. En conséquence, il y a lieu d’y renoncer et de prononcer son admission provisoire. En définitive, le recours déposé le 28 mars 2002 doit être admis et la décision de l'ODM du
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27 mars 2002 annulée.
7.
7.1 Vu l'issue de la cause, la demande d’assistance judiciaire partielle est admise. Par conséquent, il n'est pas perçu de frais.
7.2 Dans la mesure où A._ obtient gain de cause, il y a lieu de lui attribuer des dépens pour les frais indispensables et relativement élevés encourus dans le cadre de la procédure de révision et du recours. Vu le décompte de prestations du mandataire du 26 août 2004 et du travail effectué depuis lors, le Tribunal fixe les dépens à Fr. 1'250.--.

Considerations: