Decision ID: 6c106e12-7ecf-4534-bfe3-3f9de4e97a17
Year: 2022
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
Faits:
A. Le 23 avril 2020, le Procureur de la République du Parquet national financier
de la Cour d’appel de Paris (ci-après: l’autorité requérante) a adressé au
Ministère public de la République et canton de Genève (ci-après: MP-GE)
une demande d’entraide judiciaire dans le cadre d’une enquête ouverte en
France le 4 avril 2016 à l’encontre de A. pour blanchiment de fraude fiscale
aggravée (dossier MP-GE, pièces n. 10'000 ss). L’autorité requérante
sollicite, en particulier, la production de tous les documents et informations
concernant la gestion courante et l’activité du compte bancaire n. 1 (IBAN)
ouvert au nom de la société C. Inc auprès de la banque E., ainsi que
l’identification de tout autre compte ouvert au nom de A. et la société C. Inc.
auprès de cette banque (dossier MP-GE, pièces n. 10'004-10'005).
Il ressort de cette demande d’entraide que les révélations publiées sur
internet par le consortium international des journalistes d’investigation
(ci-après: ICIJ) dans le cadre de l’affaire des « Panama Papers » étayeraient
le soupçon que d’importants revenus détenus par A. auraient été cachés à
l’administration fiscale française durant les années 2013 à 2015. Les
autorités françaises reprochent ainsi à A. d’avoir déclaré au fisc français,
attestations à l’appui, n’avoir perçu aucun salaire durant ces années et n’être
titulaire d’aucun compte bancaire à l’étranger. Or, il ressort des informations
dévoilées par l’ICIJ que A. aurait été actionnaire de la société C. Inc.,
immatriculée aux Iles vierges britanniques du 3 janvier 2012 au 31 octobre
2015 par le cabinet d’avocats panaméen F. Le 2 novembre 2014, cette
société aurait transféré des fonds à hauteur d’EUR 1 million à destination
d’un compte bancaire ouvert dans le pays Z. auprès de la banque G. au nom
de la société H. Il ressort des demandes d’entraide judiciaire adressées aux
autorités du pays Z., que le compte d’émission détenu par la société C. Inc.
était ouvert auprès de la banque E. à Genève. La découverte de ces
éléments remettrait en cause la véracité des informations données par A. à
l’administration fiscale française et nécessiterait la collaboration des
autorités suisses (dossier MP-GE, pièces n. 10'000 ss).
B. Le 4 mai 2020, le MP-GE est entré en matière sur la demande d’entraide
précitée (dossier MP-GE, pièce n. 10'011). A la même date, il a ordonné
l’exécution des mesures requises par les autorités françaises (dossier MP-
GE, pièce n. 20'000).
C. Le 29 mai 2020, donnant suite à cette ordonnance, la banque E. a transmis
au MP-GE, la documentation relative aux comptes n. 2 (IBAN n. 1) au nom
- 3 -
de la société C. Inc, et n. 3 au nom de la société B. Ltd. A. était l’ayant droit
économique de ces comptes, tous deux clôturés (dossier MP-GE, pièces
n. 30'000 ss).
D. Le 20 juillet 2020, les autorités françaises ont adressé spontanément au
MP-GE un complément à leur demande d’entraide à la suite de diverses
investigations menées en France. A cette occasion, elles ont requis la
transmission de la documentation bancaire relative à la relation bancaire n. 4
ouverte au nom de A. auprès de la banque I. (dossier MP-GE, pièces
n. 10'013 ss).
E. Le 29 juillet 2020, le MP-GE est entré en matière sur ce complément et a
notamment prononcé, par ordonnance séparée, l’exécution des actes
d’enquêtes (dossier MP-GE, pièce n. 10'016).
F. Le 6 août 2020, la banque I. a remis au MP-GE les pièces relatives aux
comptes n. 4 ouvert au nom de A. et n. 5 ouvert au nom de D. Ltd, dont A.
était l’ayant droit économique (dossier MP-GE, pièces n. 30'931 ss).
G. Invitées à préciser leur commission rogatoire, les autorités françaises ont
adressé au MP-GE un complément en date du 1er avril 2021, précisant que
les faits sous enquête s’étendaient du 3 janvier 2012 à nos jours (dossier
MP-GE, pièces n. 20'000 ss).
H. Les 23 décembre 2020, 30 avril et 14 mai 2021, A., représenté par Me J.,
s’est déterminé sur la transmission et le tri de la documentation saisie auprès
des banques E. et I. (dossier MP-GE, pièces n. 20'000 ss).
I. Par décision de clôture du 17 mai 2021, le MP-GE a ordonné la remise aux
autorités françaises de la documentation bancaire relative aux relations n. 2
au nom de la société C. Inc., n. 3 au nom de la société B. Limited près la
banque E., ainsi que n. 4 au nom de A. et n. 5 au nom de la société D. LTD
près la banque I. (act. 1.4).
J. Le 10 juin 2021, A. a déposé plainte en France contre inconnu devant le
Doyen des Juges d’instruction du Tribunal Judiciaire de Paris pour recel de
- 4 -
vol, recel d’atteinte à la vie privée, faux en écriture publique, recel de faux en
écriture publique, abus d’autorité, recel de violation du secret professionnel
(act. 1.67).
K. Le 18 juin 2021, A., ainsi que les sociétés B. Limited, C. Inc. et D. LTD (ci-
après: les recourants), tous représentés par Me Thierry Ulmann, interjettent
conjointement un recours auprès de la Cour des plaintes du Tribunal pénal
fédéral (ci-après: la Cour de céans) contre la décision de clôture précitée. Ils
concluent, sous suite de frais et dépens, principalement, à l’annulation des
décisions d’entrée en matière des 4 mai et 29 juillet 2020, ainsi que de la
décision de clôture du 17 mai 2021. Subsidiairement, ils concluent à
l’annulation de la décision de clôture et au renvoi de la cause au MP-GE pour
procéder à l’analyse des pièces bancaires saisies et vérifier si les montants
éludés ont dépassé le seuil de CHF 300'000.-- prévu à l’art. 305bis CP. Plus
subsidiairement, ils concluent à l’annulation de la décision de clôture, au
renvoi de la procédure d’entraide au MP-GE et à la suspension de celle-ci
jusqu’à droit jugé quant à la plainte pénale déposée le 10 juin 2021 en
France. Très subsidiairement, ils concluent à la restriction de la portée de la
décision de clôture en faisant spécifiquement mention du fait que les
informations transmises ne pourront pas servir dans une procédure
administrative en France (notamment pour fonder une taxation fiscale en
France), qu’au contraire, les informations transmises ne pourront que servir
à une instruction pénale ouverte en France pour blanchiment de fraude
fiscale et que, si les informations transmises ne permettent pas d’établir le
seuil de CHF 300'000.-- d’impôts éludés par période fiscale, elles ne
sauraient fonder une condamnation pénale en France (act. 1). Les
recourants sollicitent également la suspension de la présente procédure
jusqu’à droit connu sur la plainte déposée par A. en France le 10 juin 2021
(RP.2021.33-36; act. 1).
L. Invités à se déterminer, l’Office fédéral de la justice (ci-après: OFJ) et le MP-
GE concluent, le 26 juillet 2021, au rejet du recours, le second sous suite de
frais et dépens (act. 10 et 11).
M. Par réplique du 20 août 2021, les recourants persistent dans leurs
conclusions (act. 15).
N. Invités à dupliquer, le MP-GE et l’OFJ maintiennent leurs précédentes
conclusions (act. 17 et 18).
- 5 -
O. Les recourants ont fait parvenir des déterminations spontanées en dates des
28 octobre, 24 novembre, 15 décembre 2021, 3 et 26 janvier, 18 février, 6 et
22 avril, 24 mai, 1er juin et 12 septembre 2022, essentiellement relatives aux
suites de la plainte déposée le 10 juin 2021 (v. supra Faits let. J), lesquelles
ont été transmises aux autres parties à la procédure (act. 20 à 42). Les
déterminations spontanées du 14 octobre 2022 leur sont transmises avec le
présent arrêt (act. 43).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

Considerations:
La Cour considère en droit:
1.
1.1 L'entraide judiciaire entre la République française et la Confédération suisse
est prioritairement régie par la Convention européenne d'entraide judiciaire
en matière pénale (CEEJ; RS 0.351.1), entrée en vigueur pour la Suisse
le 20 mars 1967 et pour la France le 21 août 1967, et par le Deuxième
Protocole additionnel à ladite Convention, entré en vigueur pour la Suisse
le 1er février 2005 et pour l’Etat requérant le 1er juin 2012 (RS 0.351.12), ainsi
que par l'Accord bilatéral complétant cette Convention (RS 0.351.934.92),
conclu le 28 octobre 1996 et entré en vigueur le 1er mai 2000. Les art. 48 ss
de la Convention d'application de l'Accord de Schengen du 14 juin 1985
(CAAS; n. CELEX 42000A0922[02]; Journal officiel de l'Union européenne
L 239 du 22 septembre 2000, p. 19-62) s'appliquent également à l'entraide
pénale entre la Suisse et la France (v. arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2008.98 du 18 décembre 2008 consid. 1.3). Peuvent également
s'appliquer, en l'occurrence, la Convention européenne relative au
blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du
crime (CBl; RS 0.311.53) et la Convention des Nations Unies contre la
corruption du 31 octobre 2003 (UNCAC; RS 0.311.56), en particulier les
art. 43 ss et les art. 14 et 23 s’agissant du blanchiment d’argent.
S’appliquent aussi à l’entraide pénale entre ces deux Etats les dispositions
pertinentes de l’Accord de coopération entre la Confédération suisse, d’une
part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d’autre part, pour
lutter contre la fraude et toute autre activité illégale portant atteinte à leurs
intérêts financiers du 26 octobre 2004 (Accord anti-fraude; RS 0.351.926.81;
v. Message du Conseil fédéral du 1er octobre 2004 relatif à l’approbation des
accords bilatéraux entre la Suisse et l’Union européenne, y compris les actes
- 6 -
législatifs relatifs à la transposition des accords [« accords bilatéraux II »] in
FF 2004 5593, 5807-5827), appliquée provisoirement par la Suisse et la
France dès le 8 avril 2009.
1.2 Les dispositions des traités précités l'emportent sur le droit interne qui régit
la matière, soit la loi fédérale sur l'entraide internationale en matière pénale
(EIMP; RS 351.1) et son ordonnance d'exécution (OEIMP; RS 351.11). Le
droit interne reste toutefois applicable aux questions non réglées,
explicitement ou implicitement, par le traité et lorsqu'il est plus favorable à
l'entraide (ATF 145 IV 294 consid. 2.1; 142 IV 250 consid. 3; 140 IV 123
consid. 2; 137 IV 33 consid. 2.2.2; 129 II 462 consid. 1.1; 124 II 180
consid. 1.3). Le principe du droit le plus favorable à l'entraide s'applique
aussi pour ce qui concerne le rapport entre elles des normes internationales
pertinentes (v. art. 48 par. 2 CAAS et 39 CBl). L'application de la norme la
plus favorable doit avoir lieu dans le respect des droits fondamentaux
(ATF 135 IV 212 consid. 2.3; 123 II 595 consid. 7c).
1.3 La Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral est compétente pour
connaître des recours dirigés contre les décisions de clôture de la procédure
d’entraide rendues par l’autorité cantonale ou fédérale d’exécution et,
conjointement, contre les décisions incidentes (art. 25 al. 1 et 80e al. 1 EIMP,
mis en relation avec l’art. 37 al. 2 let. a ch. a de la loi fédérale sur
l’organisation des autorités pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71]).
Elle n’est pas liée par les conclusions des parties (art. 25 al. 6 EIMP;
GLESS/SCHAFFNER, Commentaire bâlois, 2015, n. 43 ad art. 25 EIMP). Elle
statue avec une cognition pleine sur les griefs soulevés. Elle peut, le cas
échéant, porter son examen sur des points autres que ceux soulevés dans
le recours (arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2017.79 du 13 septembre
2017 consid. 4; RR.2011.81 du 21 juin 2011 consid. 5).
1.4 Le délai de recours contre la décision de clôture du 17 mai 2021 est
de 30 jours dès la communication écrite de celle-ci (art. 80k EIMP). Interjeté
le 18 juin 2021 contre une décision notifiée le 19 mai 2021, le recours l’a été
en temps utile.
1.5
1.5.1 Conformément à l’art. 80h let. b EIMP, le titulaire d'un compte bancaire saisi
ou au sujet duquel des renseignements sont demandés ou transmis, a
qualité pour agir (ATF 137 IV 134 consid. 6.2; ZIMMERMANN, La coopération
judiciaire internationale en matière pénale, 5e éd. 2019, n. 526). En revanche,
l’ayant droit économique d'un compte bancaire n'a pas la qualité pour
recourir contre la transmission de pièces concernant ledit compte (ATF 122
II 130 consid. 2b). Exceptionnellement, la qualité pour agir est reconnue à
- 7 -
l'ayant droit d'une société titulaire de compte lorsque celle-ci a été dissoute
et liquidée, sous réserve de l'abus de droit. Il appartient dans ce cas à l'ayant
droit de former le recours en son nom propre et de prouver, outre la
dissolution, sa qualité d'ayant droit économique, en produisant les
documents idoines en faveur de cette thèse (ATF 123 II 153 consid. 2c et
2d; arrêts du Tribunal fédéral 1C_122/2011 du 23 mai 2011 consid. 2;
1A.268/2006 du 16 février 2007 consid. 2.3; arrêts du Tribunal pénal fédéral
RR.2019.73 du 21 octobre 2019 consid. 4.2; RR.2017.292-293 du
27 avril 2018 consid. 2.1.2 et les références citées; RR.2015.14 du
11 février 2015 et les références citées; ZIMMERMANN, op. cit., n. 529 et les
références citées). Le fait que la société liquidée l'ait été en faveur de l'ayant
droit économique est essentiel pour juger de la recevabilité du recours (arrêt
du Tribunal fédéral 1C_440/2011 du 17 octobre 2011 consid. 1.5). La qualité
pour recourir ne sera reconnue audit ayant droit que si l'acte de dissolution
indique clairement ce dernier comme étant le bénéficiaire de la société
dissoute (arrêts du Tribunal fédéral 1C_401/2021 du 28 juillet 2021
consid. 2.3; 1C_162/2018 du 29 mai 2018 consid. 2.1.1 et 2.2; 1B_466/2017
du 27 mars 2018 consid. 3.1 et 3.2; 1C_183/2012 du 12 avril 2012
consid. 1.4; 1C_161/2011 du 11 avril 2011 consid. 1.3.1 et les références
citées). La preuve peut toutefois également être apportée par le biais
d'autres moyens, il est alors nécessaire que la documentation produite dans
ce cadre désigne clairement le titulaire du compte comme détenteur des
biens de la société dissoute (arrêt du Tribunal fédéral 1C_370/2012 du
3 octobre 2012 consid. 2.7; arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2017.9 du
21 juin 2017 consid. 1.4.2; RR.2016.119 du 8 novembre 2016 consid. 1.3.1;
RR.2012.257 du 2 juillet 2013 consid. 1.2.2; RR.2012.252 du 7 juin 2013
consid. 2.2.1).
1.5.2 La décision attaquée prévoit la remise aux autorités françaises de la
documentation bancaire relative aux comptes n. 4 ouvert de nom de A., n. 2
ouvert au nom de la société C. Inc., n. 3 ouvert au nom de la société
B. Limited, et n. 5 ouvert au nom de la société D. LTD (v. supra Faits let. I).
1.5.2.1 A. étant titulaire du compte n. 4 et la société D. LTD du compte n. 5, ils
sont, chacun, légitimés à recourir contre la transmission à l’Etat requérant
de la documentation bancaire relative à leur compte respectif. Le recours
est recevable et il est entré en matière, en ce qui les concerne.
1.5.2.2 La société C. Inc., par son administrateur A., estime être légitimée à
s’opposer à la transmission des documents saisis sur la relation dont elle
est titulaire. La société a été radiée du registre des sociétés le 31 octobre
2015 (dossier MP-GE, pièce n. 10'008). La question de savoir si A. a qualité
pour recourir au nom de cette société peut demeurer ouverte, vu l’issue du
- 8 -
recours.
1.5.2.3 Quant à la société B. Limited, elle a été dissoute le 21 septembre 2021
(act. 1.35). La question de la légitimation de A. – en tant qu’ayant droit de
la société – pour s’opposer à la transmission de la documentation bancaire
dont est titulaire cette société, peut également être laissée ouverte, au vu
du sort du recours.
2. Dans un ensemble de griefs qu’il convient de traiter en premier lieu en raison
de leur nature formelle (ATF 137 I 195 consid. 2.2), les recourants se
plaignent de diverses atteintes à leurs droits d’être entendus. En particulier,
ils n’auraient pas pu être entendus avant le prononcé de la décision de
clôture (v. infra consid. 2.2) et n’auraient pas pu participer au tri de la
documentation (v. infra consid. 2.3).
2.1 Compris comme l’un des aspects de la notion générale de procès équitable
au sens de l’art. 29 Cst. et de l’art. 6 par. 1 de la Convention de sauvegarde
des droits de l'homme et des libertés fondamentales en vigueur pour la
Suisse depuis le 28 novembre 1974 (CEDH; RS 0.101), le droit d’être
entendu garantit notamment au justiciable le droit de s’expliquer avant
qu’une décision ne soit prise à son détriment (ATF 146 IV 218 consid. 3.1.1;
142 II 218 consid. 2.3; 140 I 285 consid 6.3.1; 137 II 266 consid. 3.2), de
fournir des preuves quant aux faits de nature à influer sur la décision, d’avoir
accès au dossier, de participer à l’administration des preuves, d’en prendre
connaissance et de se déterminer à leur propos (art. 29 al. 2 Cst.;
ATF 142 III 48 consid. 4.1.1; 141 V 557 consid. 3.1; arrêts du Tribunal fédéral
6B_1368/2016 et 6B_1396/2016 du 15 novembre 2017 consid. 2.1, non
publié in ATF 143 IV 469; 6B_33/2017 du 29 mai 2017 consid. 2.1).
2.2
2.2.1 A titre liminaire, les sociétés B. Limited, C. Inc. et D. LTD estiment que
l’autorité d’exécution aurait violé leur droit d’être entendu en omettant de les
« avertir » des mesures ordonnées sur les comptes bancaires dont elles
étaient titulaires; ce qui aurait eu pour conséquence de les empêcher de
collaborer au tri des documents saisis (act. 1, p. 36). Le MP-GE considère
qu’il n’a pas violé le droit d’être entendu des sociétés dans la mesure où il a,
d’une part, valablement autorisé les établissements bancaires (banque E. et
banque I.) − au sein desquels les relations visées sont logées − à
communiquer à leurs mandants respectifs les mesures ordonnées, et d’autre
part, invité ces établissements à se déterminer sur la transmission des
pièces saisies aux autorités françaises. Il ajoute que l’absence de notification
serait justifiée du fait que personne ne se serait constitué pour ces sociétés
- 9 -
précédemment à la décision de clôture du 17 mai 2021 (act. 11, p. 3).
2.2.2 Dans le respect du principe du droit d’être entendu et en vertu de
l’art. 80m EIMP, les décisions de l’autorité d’exécution sont notifiées à l’ayant
droit domicilié en Suisse (al. 1 let. a) et à l’ayant droit résidant à l’étranger
qui a élu domicile en Suisse (al. 1 let. b). Lorsque l’autorité compétente
s’adresse à une institution financière afin d’obtenir les documents
nécessaires à l’exécution d’une requête d’entraide judiciaire, elle doit notifier
à l’établissement bancaire sa décision d’entrée en matière et/ou sa décision
de clôture, quel que soit le domicile du titulaire du compte visé. Si le titulaire
de la relation bancaire est domicilié à l’étranger, c’est à la banque qu’il
appartient d’informer son client afin de lui permettre d’élire domicile et
d’exercer en temps utile le droit de recours (art. 80h let. b EIMP et 9a let. a
OEIMP; ATF 136 IV 16 consid. 2.2; v. arrêt du Tribunal fédéral 1A.107/2006
du 10 août 2006 consid. 2.5.1). Lorsque la personne réside à l’étranger et
n’est plus titulaire d’un compte bancaire – clôturé dans l’intervalle –, elle ne
peut pas réclamer la notification des décisions relatives à la procédure
d’entraide concernant ce compte. Elle ne peut davantage exiger de la
banque – avec laquelle elle n’entretient plus de relations contractuelles,
qu’elle l’avertisse de la procédure et des décisions prises dans ce cadre
(arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2008.150 du 20 novembre 2008
consid. 2.2; RR.2007.24 du 8 mai 2007 consid. 3.2; ZIMMERMANN, op. cit.,
n. 319).
2.2.3 En l’espèce, il ressort des éléments au dossier que le MP-GE a ordonné, le
4 mai 2020, la production de la documentation bancaire auprès de la banque
E. − assortie de l’obligation de garder le secret − concernant les relations aux
noms de la société C. Inc. et de A. (v. supra Faits let. C; dossier MP-GE,
pièces n. 20'000 et s.). Au vu des informations transmises par cette banque,
la relation ouverte au nom de la société C. Inc. a été clôturée le 10 octobre
2014 et celle au nom de la société B. Limited le 9 octobre 2012 (dossier MP-
GE, pièce n. 30'000). Le 29 juillet 2020, le MP-GE a également sollicité de
la banque I. la production de la documentation bancaire relative à A. et l’a
informée que les mesures ordonnées pouvaient être communiquées aux
titulaires des comptes visés (v. supra Faits let. E; dossier MP-GE, pièces
n. 20'003 et s.). Les comptes ouverts au nom de A. et de la société D. LTD
auprès de cette banque ont été clôturés les 25 juillet 2017 et 23 juillet 2020
(act. 1.32 et 1.97). Au vu de la clôture des comptes, les banques E. et I.
n’avaient pas à informer leurs anciens mandants de l’existence de la
procédure ou des décisions prises dans ce contexte. Dans ces conditions,
c’est à bon droit que le MP-GE n’a pas procédé à la notification de ses
décisions aux titulaires de relations bancaires clôturées domiciliés à
l’étranger (v. supra consid. 2.2.2). Les sociétés recourantes ne sauraient dès
- 10 -
lors se plaindre d’une violation de leur droit d’être entendu, et ce d’autant
qu’elles ont pu faire valoir leurs arguments dans le cadre de la procédure de
recours (v. arrêts du Tribunal fédéral 1C_703/2017 du 8 janvier 2018
consid. 3; 1C_168/2016 du 22 avril 2016 consid. 1.3.1, 1.3.2). Le grief est,
sur ce point, infondé.
2.3 Sous l’angle de la violation du droit d’être entendu, les sociétés C. Inc., D.
LTD et B. Limited (v. infra consid. 2.3.3), ainsi que A. (v. infra consid. 2.3.4)
se plaignent de ne pas avoir pu participer au tri de la documentation bancaire
saisie auprès des banques I. et E. (act. 1, p. 36 et s.).
2.3.1 En matière d’entraide judiciaire, la participation du détenteur au tri des pièces
implique, pour ce dernier, d’aider l’autorité d’exécution, notamment pour
éviter que celle-ci n’ordonne des mesures disproportionnées, partant
inconstitutionnelles. Il s'agit là d'un véritable devoir, conçu comme un
corollaire de la règle de la bonne foi régissant les rapports mutuels entre
l'Etat et les particuliers (art. 5 al. 3 Cst.), en ce sens que ceux-ci sont tenus
de collaborer à l'application correcte du droit par l'autorité. Ce devoir de
collaboration découle du fait que le détenteur des documents en connaît
mieux le contenu que l'autorité; il facilite et simplifie la tâche de celle-ci et
concourt ainsi au respect du principe de la célérité de la procédure ancré à
l'art. 17a al. 1 EIMP. La personne touchée par la saisie de documents lui
appartenant est tenue, sous peine de forclusion, d'indiquer à l'autorité quels
documents ne devraient pas, selon elle, être transmis et pour quels motifs.
Ainsi, le détenteur doit avoir l'occasion, concrète et effective, de se
déterminer, ce qui lui permet également d'exercer son droit d'être entendu à
cet égard (ZIMMERMANN, op. cit., n. 724). À partir du moment où le détenteur
sait quels documents l'autorité d'exécution veut transmettre, il lui appartient
d'éclairer l'autorité en lui adressant spontanément, de manière précise et
détaillée, tous les arguments commandant, selon lui, de ne pas transmettre
telle ou telle pièce. Le détenteur ne peut se cantonner dans une position
passive ou, par exemple, se borner à prétendre que le tri serait impossible à
faire, en raison du caractère prétendument lacunaire de la demande
(ATF 127 II 151 consid. 4c/aa p. 155 s.; 126 II 258 consid. 9b/aa; arrêt du
Tribunal fédéral 1A.216/2001 du 21 mars 2002 consid. 3.1 et 3.2;
v. également arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2013.127 du 26 juin 2013
consid. 2.2.1).
2.3.2 La personne touchée par la transmission doit être associée à la procédure
de tri avant que soit prononcée une décision de clôture (arrêt du Tribunal
pénal fédéral RR.2012.27 du 2 mars 2012, consid. 2). La participation du
détenteur au tri des pièces à remettre à l'Etat requérant découle, au premier
chef, de son droit d'être entendu (ATF 116 Ib 190 consid. 5b p. 191/ 192). Le
- 11 -
droit de l'intéressé de participer au tri des documents n'implique toutefois pas
la possibilité d'être entendu personnellement et il ne doit pas non plus
nécessairement s'exercer en présence de l'autorité requérante ou de
l'autorité d'exécution; la possibilité de se déterminer par écrit est suffisante
(arrêt du Tribunal fédéral 1A.228/2006 du 11 décembre 2006 consid. 3.2 in
fine; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2012.27 du 2 mars 2012 consid. 2).
2.3.3 En l’espèce, le 14 juillet 2020, le MP-GE a informé la banque E. de la levée
de l’interdiction d’aviser les titulaires des comptes visés par les mesures et
du fait qu’elle et les titulaires des comptes étaient invités à se déterminer sur
la prochaine transmission aux autorités françaises des documents saisis
(dossier MP-GE, pièce n. 40'000). Le 10 août 2020, la banque I., ainsi que
A. et la société D.LTD, en tant qu’ils sont titulaires des relations bancaires
visées, ont également été invités à se déterminer sur le sort des documents
saisis (dossier MP-GE, pièce n. 40'001). Il ressort des éléments au dossier
que les sociétés concernées n’ont pas donné suite aux invitations du MP-
GE. En l’absence de réponse de leur part, le MP-GE était en bon droit
d’ordonner la transmission des pièces saisies aux autorités françaises. Une
telle façon de procéder est en effet pleinement conforme aux réquisits légaux
et à la jurisprudence relative au droit d’être entendu. Le fait que les
établissements bancaires n’auraient pas informé les sociétés de la saisie de
la documentation et que ces dernières n’auraient, ainsi, pas été en mesure
de participer à la procédure de tri ne résulte pas d’un quelconque
manquement de la part de l’autorité d’exécution, mais, comme mentionné ci-
haut, du fait que lesdites sociétés avaient clôturé les comptes bancaires dont
elles étaient titulaires (v. supra consid. 2.2.3).
2.3.4 Quant à A., il ne peut être suivi, lorsqu’il prétend qu’il aurait été empêché de
participer au tri des pièces en raison d’un malentendu − en l’occurrence,
contesté par le MP-GE − survenu avec cette autorité, alors que sa volonté
de collaborer était pleine et entière. Il ressort, en effet, du dossier que le MP-
GE, en procédant au tri de la documentation bancaire, a écarté et annulé
certaines pièces du dossier (dossier MP-GE, pièces n. 30'081 ss). A. a pu
se déterminer sur la transmission aux autorités françaises des informations
et pièces saisies en date du 17 août 2020, après que le MP-GE l’eût
valablement invité à ce faire (dossier MP-GE, pièce n. 50'002). En date du
18 août 2020, le MP-GE l’a autorisé à consulter le dossier de la cause en
son greffe pour qu’il puisse se prononcer sur le sort de la documentation
saisie auprès des banques E. et I. (dossier MP-GE, pièce n. 50'004). Avant
que le MP-GE ne clôture la procédure d’entraide le 17 mai 2021, A. a ainsi
pu déposer des observations à quatre reprises, soit les 23 décembre 2020,
30 avril, 7 mai et 14 mai 2021 (act. 1.65, 1.72, 1.74 et 1.75). Dans ces
circonstances, A. a suffisamment pu se déterminer sur le tri des pièces à
- 12 -
transmettre, de sorte que son droit d’être entendu a été pleinement respecté.
2.4 A la lumière de ce qui précède, les griefs tirés du droit d’être entendu sont
mal fondés.
3. Les recourants se plaignent ensuite d’une violation des art. 14 CEEJ et
28 EIMP et du principe de la double incrimination.
3.1
3.1.1 Aux termes de l’art. 14 CEEJ, la demande d'entraide doit notamment indiquer
l'autorité dont elle émane (ch. 1 let. a), son objet et son but (ch. 1 let. b), dans
la mesure du possible l'identité et la nationalité de la personne en cause
(ch. 1 let. c) ainsi que l'inculpation et un exposé sommaire des faits (ch. 2).
Ces indications doivent permettre à l'autorité requise de s'assurer que l'acte
pour lequel l'entraide est demandée est punissable selon le droit des parties
requérante et requise (art. 5 ch. 1 let. a CEEJ), qu'il ne constitue pas un délit
politique ou fiscal (art. 2 ch. 1 let. a CEEJ), et que le principe de la
proportionnalité est respecté (ATF 118 Ib 111 consid. 5b et les arrêts cités).
L'art. 28 al. 2 EIMP, complété par l'art. 10 al. 2 OEIMP, pose des exigences
similaires. Selon la jurisprudence, l'on ne saurait exiger de l'Etat requérant
un exposé complet et exempt de toute lacune, puisque la procédure
d'entraide a précisément pour but d'apporter aux autorités de l'Etat requérant
des renseignements au sujet des points demeurés obscurs (ATF 117 Ib 64
consid. 5c et les arrêts cités). L'exposé des faits ne doit pas être considéré
comme un acte d'accusation, mais comme un état des soupçons que
l'autorité requérante désire vérifier. Sauf contradictions ou impossibilités
manifestes, ces soupçons n'ont pas à être vérifiés dans le cadre de la
procédure d'entraide judiciaire (arrêt du Tribunal fédéral 1A.297/2004 du
17 mars 2005 consid. 2.1). L’autorité requérante ne doit pas fournir des
preuves des faits qu'elle avance ou exposer – sous l'angle de la double
incrimination – en quoi la partie dont les informations sont requises est
concrètement impliquée dans les agissements poursuivis (arrêt du Tribunal
fédéral 1C_660/2019 du 6 janvier 2020 consid. 3.2 et la référence citée).
L’autorité requérante peut faire valoir de simples soupçons sans avoir à
prouver les faits qu’elle allègue (arrêt du Tribunal fédéral 1C_446/2020 du
30 septembre 2020 consid. 2.2). L'autorité suisse saisie d'une requête
d'entraide en matière pénale n'a pas à se prononcer sur la réalité des faits
évoqués dans la demande; elle ne peut que déterminer si, tels qu'ils sont
présentés, ils constituent une infraction. Cette autorité ne peut s'écarter des
faits décrits par l'Etat requérant qu'en cas d'erreurs, lacunes ou
contradictions évidentes et immédiatement établies (ATF 133 IV 76
consid. 2.2; 126 II 495 consid. 5e/aa; 118 Ib 111 consid. 5b; arrêts du
- 13 -
Tribunal pénal fédéral RR.2017.147 du 5 octobre 2017 consid. 3.1.1;
RR.2014.75-76 du 5 septembre 2014 consid. 5.2).
3.1.2 En ce qui concerne plus particulièrement la remise de documents bancaires,
il s'agit d'une mesure de contrainte au sens de l'art. 63 al. 2 let. c EIMP. Elle
ne peut être ordonnée, selon l'art. 64 al. 1 EIMP mis en relation avec la
réserve faite par la Suisse à l'art. 5 ch. 1 let. a CEEJ, que si l'état de fait
exposé dans la demande correspond, prima facie, aux éléments constitutifs
d'une infraction réprimée en droit suisse. L'examen de la punissabilité selon
le droit helvétique comprend, par analogie avec l'art. 35 al. 2 EIMP applicable
en matière d'extradition, les éléments constitutifs objectifs de l'infraction, à
l'exclusion des conditions particulières du droit suisse en matière de
culpabilité et de répression (ATF 124 II 184 consid. 4b; 122 II 422 consid. 2a;
118 Ib 448 consid. 3a et arrêts cités; arrêt du Tribunal fédéral 1A.205/2006
du 7 décembre 2006 consid. 3.1 et les arrêts cités). Il n'est ainsi pas
nécessaire que les faits incriminés revêtent, dans les deux législations
concernées, la même qualification juridique, qu'ils soient soumis aux mêmes
conditions de punissabilité ou passibles de peines équivalentes; il suffit qu'ils
soient réprimés, dans les deux États, comme des délits donnant lieu
ordinairement à la coopération internationale (ATF 124 II 184 consid. 4b/cc;
117 Ib 337 consid. 4a; 112 Ib 225 consid. 3c et les arrêts cités; arrêt du
Tribunal fédéral 1C_123/2007 du 25 mai 2007 consid. 1.3) et pour autant
qu'il ne s'agisse pas d'un délit politique ou fiscal (art. 2 let. a CEEJ).
Contrairement à ce qui prévaut en matière d'extradition, il n'est pas
nécessaire, en matière de « petite entraide », que la condition de la double
incrimination soit réalisée pour chacun des chefs à raison desquels les
prévenus sont poursuivis dans l'État requérant (ATF 125 II 569 consid. 6;
110 Ib 173 consid. 5b; arrêts du Tribunal fédéral 1C_138/2007 du
17 juillet 2007 consid. 2.3.2; 1A.212/2001 du 21 mars 2002 consid. 7). La
condition de la double incrimination s'examine selon le droit en vigueur dans
l'État requis au moment où est prise la décision relative à la coopération, et
non selon celui en vigueur au moment de la commission de l'éventuelle
infraction ou à la date de la commission rogatoire (ATF 129 II 462 consid.
4.3; 122 II 422 consid. 2a; 112 Ib 576 consid. 2; arrêt du Tribunal fédéral
1A.96/2003 du 25 juin 2003 consid. 2.2; arrêts du Tribunal pénal fédéral
RR.2012.262-263 du 28 juin 2013 consid. 2.1; RR.2011.246 du
30 novembre 2011 consid. 3.2; RR.2007.178 du 29 novembre 2007
consid. 4.3; v. ég. ZIMMERMANN, op. cit., n. 581 p. 622 s.).
3.2 Les recourants estiment que les exigences de motivation imposées par
l’art. 14 CEEJ ne seraient pas respectées, du fait que ni la demande
d’entraide du 23 avril 2020, ni la demande complémentaire du 20 juillet 2020,
ne mentionnent le moindre élément chiffré permettant aux autorités suisses
- 14 -
de déterminer si les faits reprochés à A. remplissent les éléments constitutifs
du blanchiment d’argent au sens de l’art. 305bis al. 1bis CP. Les recourants
considèrent qu’à ce stade, les autorités suisses ne sont pas en mesure
d’établir le seuil de CHF 300'000.-- par période fiscale prévu pour le
blanchiment d’un délit fiscal qualifié, de sorte que la condition de la double
incrimination ne peut être examinée. Les autorités françaises auraient ainsi
occulté un fait essentiel en ne produisant aucun élément, en fait ou en droit,
permettant de déterminer si ce dernier aurait commis, sous l’angle du droit
suisse, l’infraction de blanchiment de fraude fiscale (act. 1, p. 43 et s.;
act. 15, p. 1 ss). Il en irait de même s’agissant de la question du domicile
fiscal français de A., élément, de son point de vue, essentiel pour établir
l’infraction de fraude fiscale (act. 1, p. 45 ss).
3.3
3.3.1 En l’espèce, il ressort des commissions rogatoires des 23 avril et
20 juillet 2020, ainsi que du complément fourni le 1er avril 2021 que les
autorités françaises ont, en date du 4 avril 2016, ouvert une enquête
préliminaire contre A. du chef de blanchiment de fraude fiscale aggravée,
dès lors qu’il faisait partie des personnes physiques citées par la presse dans
le cadre de l’affaire dites des « Panama papers ». La base de données
librement accessible de l’ICIJ aurait permis aux autorités françaises de se
procurer des documents révélant que A. serait l’actionnaire de la société
C. Inc., immatriculée aux Iles vierges britanniques le 3 janvier 2012 par le
cabinet d’avocats F. au Panama et radiée du registre des sociétés le
31 octobre 2015. Interpellé par courrier du 8 septembre 2016, A. a indiqué à
l’administration fiscale française n’avoir perçu aucun traitement ou salaire
pour les années 2013, 2014 et 2015 et ne disposer d’aucun compte bancaire
à l’étranger (dossier MP-GE, pièce n. 10'006). En réponse à l’administration
fiscale française, A. a confirmé, par courrier du 4 octobre 2016, l’existence
de la société C. Inc., en précisant, attestation du cabinet d’avocats F. à
l’appui, que cette dernière n’avait mené aucune activité financière ou
commerciale jusqu’à sa liquidation (dossier MP-GE, pièces n. 10'008 et
10’009). Or, l’enquête françaises a permis d’établir que le 2 septembre 2014,
un compte bancaire ouvert dans le pays Z. au nom de la société H.,
immatriculée aux Iles Marshall avait été crédité d’un montant d’EUR 1 million
provenant d’une relation bancaire non identifiée ouverte au nom de la société
C. Inc. (v. supra Faits let. A). Par la suite, ces fonds ont notamment été
transférés sur le compte du dirigeant et ayant droit économique de la société
H., soit K., lequel est impliqué dans une affaire d’escroquerie à la TVA en
bande organisée et de blanchiment aggravé (dossier MP-GE,
pièce n. 10'002). Lors des perquisitions effectuées le 7 juillet 2020 au cabinet
d’avocat et au domicile de A., les autorités françaises ont saisi une quittance
de versement de EUR 12'000 datée du 28 juin 2019 en faveur d’un compte
- 15 -
qu’il détient auprès de la banque I. Compte tenu de ces éléments, les
autorités françaises estiment que ces informations sont en contradiction avec
les documents fournis par A. en vue d’attester ses déclarations à
l’administration et qu’il aurait ainsi orchestré une fraude fiscale (dossier MP-
GE, pièces n. 10'013 ss).
3.3.2 Au vu de ce qui précède, les commissions rogatoires et les compléments
apportés contiennent les motifs et buts de l'entraide, les causes de l'enquête
nationale, ainsi que les personnes objets de celle-ci, un exposé sommaire
des faits et leur qualification juridique selon le droit français, ce qui satisfait
manifestement les conditions de la CEEJ et de l'EIMP.
3.4 Dans ses décisions d’entrée en matière des 4 mai et 29 juillet 2020, le MP-
GE considère, que les faits tels que présentés par les autorités françaises
peuvent être qualifiés de faux dans les titres (art. 251 CP) et blanchiment
d’argent (art. 305bis CP; act. 1.5 et 1.6).
3.5
3.5.1 Aux termes de l’art. 251 CP, celui qui, dans le dessein de porter atteinte aux
intérêts pécuniaires ou aux droits d’autrui, ou de se procurer ou de procurer
à un tiers un avantage illicite, aura créé un titre faux, falsifié un titre, abusé
de la signature ou de la marque à la main réelles d’autrui pour fabriquer un
titre supposé, ou constaté ou fait constater faussement, dans un titre, un fait
ayant une portée juridique, ou aura, pour tromper autrui, fait usage d’un tel
titre, sera puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une
peine pécuniaire. L'art. 251 ch. 1 CP vise non seulement un titre faux ou la
falsification d'un titre (faux matériel), mais aussi un titre mensonger (faux
intellectuel). Il y a faux matériel lorsque l'auteur réel du document ne
correspond pas à l'auteur apparent, alors que le faux intellectuel vise un titre
qui émane de son auteur apparent, mais dont le contenu ne correspond pas
à la réalité (ATF 142 IV 119 consid. 2.1; 138 IV 130 consid. 2.1 p. 134). Un
simple mensonge écrit ne constitue cependant pas un faux intellectuel. Le
document doit revêtir une crédibilité accrue et son destinataire pouvoir s'y
fier raisonnablement (ATF 144 IV 13; 138 IV 130 consid. 2.1 p. 134; 132 IV
12 consid. 8.1 p. 14 s.). Tel est le cas lorsque certaines assurances
objectives garantissent aux tiers la véracité de la déclaration. Il peut s'agir,
par exemple, d'un devoir de vérification qui incombe à l'auteur du document
ou de l'existence de dispositions légales qui définissent le contenu du
document en question (ATF 132 IV 12 consid. 8.1 p. 15; 129 IV 130 consid.
2.1 p. 134). En revanche, le simple fait que l'expérience montre que certains
écrits jouissent d'une crédibilité particulière ne suffit pas, même si dans la
pratique des affaires il est admis que l'on se fie à de tels documents (ATF 138
IV 130 consid. 2.1 p. 134; 132 IV 12 consid. 8.1 p. 15). Des déclarations
unilatérales, faites dans le propre intérêt de celui qui les émet, ne remplissent
- 16 -
en règle générale pas cette condition (ATF 144 IV 13).
3.5.2 En l’occurrence, les autorités françaises considèrent que l’attestation du
cabinet d’avocats F. − affirmant l’inactivité commerciale de la société C. Inc.
− fournie par A. à l’appui de son courrier du 4 octobre 2016, constitue un faux
dont A. aurait fait usage pour tromper l’administration fiscale (dossier MP-
GE, pièce n. 10’003). En droit suisse, la transmission à l’administration
fiscale d’une attestation − telle que celle réalisée par le cabinet d’avocats F.
− dans le but de dissimuler l’activité financière réelle d’une société domiciliée
aux Îles Vierges britanniques, peut, entre autres, être de nature à réaliser,
prima facie, les éléments constitutifs de l’infraction de faux dans les titres
(art. 251 CP), vu les difficultés de vérification de la véracité des déclarations
figurant dans cette attestation. Au vu du virement d’EUR 1 million réalisé par
la société C. Inc., il existe, en effet, des raisons valables de douter de la
véracité des informations contenues dans l’attestation précitée.
3.6 Transposés en droit suisse, les faits présentés dans la demande d’entraide
pourraient également réaliser, à première vue, les conditions objectives de
l’escroquerie fiscale (art. 14 al. 2 DPA).
3.6.1 À teneur de l’art. 2 let. a CEEJ, applicable à défaut de ratification par la
Suisse du premier Protocole additionnel à la CEEJ du 17 mars 1978 (qui
étend la coopération à l’entraide judiciaire en matière fiscale et interdit aux
parties contractantes de se prévaloir de la faculté de refuser l’entraide en cas
d’infractions fiscales, les assimilant à des infractions ordinaires), l’entraide
judiciaire fiscale peut être refusée si la demande se rapporte à des infractions
considérées par la Partie requise comme des infractions fiscales (v. arrêt du
Tribunal pénal fédéral RR.2020.29 du 16 juin 2021 consid. 4.1.1 et réf. citée).
Selon l’art. 3 al. 3 let. a EIMP, l’entraide judiciaire doit être accordée, au sens
des art. 63 ss EIMP, si la procédure vise une escroquerie en matière fiscale.
Cette disposition couvre tant la fiscalité directe qu’indirecte. L’escroquerie en
matière fiscale, au sens de l’EIMP, est définie à l’art. 24 al. 1 OEIMP, qui
renvoie à l’art. 14 al. 2 de la loi fédérale sur le droit pénal administratif du
22 mars 1974 (DPA; RS 313.0). Il y a escroquerie en matière fiscale lorsque
le contribuable a trompé astucieusement l’autorité fiscale pour lui soustraire
un montant important (soit égal ou supérieur à CHF 15’000.--; ATF 139 II 404
consid. 9.4) représentant une contribution, en lui donnant des indications
fausses, falsifiées ou inexactes sur le fond. Une tromperie astucieuse des
autorités fiscales ne présuppose cependant pas forcément que des
documents aient été falsifiés; d’autres moyens de tromperie sont
imaginables. Mais en règle générale, l’auteur y emploie des manœuvres
particulières, des artifices ou des constructions mensongères (FF 2014 585,
p. 605 et ATF 125 II 250 consid. 3a et 3b). L’escroquerie fiscale au sens de
- 17 -
l’EIMP est plus large que la fraude fiscale des art. 186 de la loi fédérale du
14 décembre 1990 sur l’impôt fédéral direct (LIFD; RS 642.11) ou 59 de la
loi fédérale 14 sur l’harmonisation des impôts directs des cantons et des
communes (LHID; 642.14), puisque qu’elle n’exige pas l’usage de titres faux,
falsifiés ou inexacts quant à leur contenu (v. ATF 125 II 250 consid. 3a). Il
convient de s’en tenir à la définition de l’escroquerie selon l’art. 146 CP et à
la jurisprudence qui s’y rapporte (ATF 115 Ib 68 consid. 3 p. 71-76; arrêt du
Tribunal pénal fédéral RR.2008.240 du 20 février 2009 consid. 4.2 et la
jurisprudence citée). Il y a ainsi escroquerie à l’impôt lorsque le contribuable
obtient une taxation injustement favorable, en recourant à des manœuvres
frauduleuses tendant à faire naître une vision faussée de la réalité. La remise
à l’autorité fiscale de titres inexacts ou incomplets constitue toujours une
escroquerie fiscale en raison de la foi particulière qui est attachée à ce type
de documents. L’escroquerie fiscale, ouvrant la voie à l’entraide judiciaire,
est toujours réalisée lorsque le contribuable a remis aux autorités fiscales
des titres inexacts ou incomplets au sens de l’art. 110 al. 4 CP (ATF 125 II
250 consid. 3c p. 253).
Lorsqu’une demande est présentée pour la poursuite d’une escroquerie
fiscale, la Suisse en tant qu’Etat requis déroge à la règle selon laquelle
l’autorité d’exécution n’a pas à se déterminer sur la réalité des faits. Sans
avoir à apporter des preuves de la culpabilité de la personne poursuivie,
l’Etat requérant doit exposer des soupçons suffisants qu’une escroquerie
fiscale a été commise. Ces exigences particulières ont pour but d’écarter le
risque que soient éludées les normes excluant l’entraide en matière fiscale
et de politique monétaire, commerciale ou économique selon l’art. 3
al. 3 EIMP (ATF 125 II 250 consid. 5b et réf. citées; TPF 2008 128
consid. 5.5). Ceci vaut seulement pour la fiscalité directe, dans la mesure où,
s’agissant de fiscalité indirecte, l’Accord anti-fraude (v. supra consid. 1.1),
qui vise à étendre l’assistance administrative et l’entraide judiciaire en
matière pénale (v. art. 1 AAF), prévoit expressément son application dans le
cadre de la violation de la législation fiscale en matière de taxe sur la valeur
ajoutée (TVA; art. 2 al. 1 let. a AAF), sans distinction entre soustraction et
escroquerie fiscale (v. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2015.257 du
22 décembre 2015 consid. 3.1 et réf. citées).
3.6.2 En l’espèce, le fait de faire usage d’une fausse attestation, constitue un
comportement astucieux, visant à soustraire aux pouvoirs publics une
contribution d’un montant important, au sens de la jurisprudence précitée
(v. supra consid. 3.6.1); à ce stade, l’instruction a mis en évidence un
virement occulte d’EUR 1 million réalisé par la société. Il semblerait, en outre,
que la société C. Inc. puisse revêtir la forme d’une société de domicile. Selon
la jurisprudence, une attitude astucieuse, au sens de l’art. 14 al. 2 DPA, doit
être admise en présence d’une société de domicile fondée dans le seul but
- 18 -
de dissimuler des éléments relevant du point de vue du droit fiscal et de
tromper les autorités fiscales, si ces dernières ne peuvent que difficilement
s’apercevoir de la tromperie (v. ATF 139 II 404 consid. 9.4 et la référence
citée).
3.6.3 Au surplus, l’Accord anti-fraude peut trouver application en l’espèce, en
matière de TVA; tels que présentés, les faits sont susceptibles de réaliser
prima facie les éléments constitutifs des infractions au Titre 6 (art. 96 ss) de
la loi fédérale du 12 juin 2009 régissant la taxe sur la valeur ajoutée (LTVA;
RS 641.20).
3.7 Dès lors qu’il suffit que les faits décrits dans la demande soient punissables
sous l’angle d’une seule disposition pénale (v. supra consid. 3.1.2), la
condition de la double incrimination est ainsi réalisée, sans qu’il soit
nécessaire d’examiner l’infraction de blanchiment d’argent. Cette
interprétation correspond à la notion d’entraide « la plus large possible »
dont il est question aux art. 1 CEEJ, 7 ch. 1 et 8 CBI (ATF 129 II 97
condid. 3.2). Quant à l’examen de la domiciliation de A. dans le pays Y., il
incombe à l’autorité requérante en tant qu’il constitue un élément de droit de
fond qui échappe à l’examen de l’autorité de céans. En application du
principe de la confiance internationale, l’Etat requis n’a, en principe, pas à
analyser la question de la double incrimination au regard du droit de l’Etat
requérant (v. infra consid. 6.1). Le grief est mal fondé.
4. Les recourants invoquent ensuite une violation du principe de la
proportionnalité (act. 1, p. 48 et s.).
4.1
4.1.1 Selon la jurisprudence relative au principe de la proportionnalité, lequel
découle de l’art. 63 al. 1 EIMP, la question de savoir si les renseignements
demandés sont nécessaires ou simplement utiles à la procédure pénale est
en principe laissée à l’appréciation des autorités de poursuite de l’Etat
requérant. Le principe de la proportionnalité interdit aussi à l’autorité suisse
d’aller au-delà des requêtes qui lui sont adressées et d’accorder à l’Etat
requérant plus qu’il n’a demandé. Cela n’empêche pas d’interpréter la
demande selon le sens que l’on peut raisonnablement lui donner. Le cas
échéant, une interprétation large est admissible s’il est établi que toutes les
conditions à l’octroi de l’entraide sont remplies; ce mode de procéder permet
aussi d’éviter d’éventuelles demandes complémentaires (ATF 121 II 241
consid. 3a; 118 Ib 111 consid. 6; arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2009.286-287 du 10 février 2010 consid. 4.1). Sur cette base, peuvent
aussi être transmis des renseignements et documents non mentionnés dans
la demande (TPF 2009 161 consid. 5.2; arrêts du Tribunal pénal fédéral
RR.2010.39 du 28 avril 2010 consid. 5.1; RR.2010.8 du 16 avril 2010
- 19 -
consid. 2.2). L’examen de l’autorité d’entraide est régi par le principe de
l’« utilité potentielle » qui joue un rôle crucial dans l’application du principe
de la proportionnalité en matière d’entraide pénale internationale (ATF 122
II 367 consid. 2c et les références citées). Sous l’angle de l’utilité potentielle,
il doit être possible pour l’autorité d’investiguer en amont et en aval du
complexe de faits décrits dans la demande et de remettre des documents
antérieurs ou postérieurs à l’époque des faits indiqués, lorsque les faits
s’étendent sur une longue durée ou sont particulièrement complexes (arrêt
du Tribunal fédéral 1A.212/2001 du 21 mars 2002 consid. 9.2.2; arrêt du
Tribunal pénal fédéral RR.2017.53-54 du 2 octobre 2017 consid. 8.2 in fine).
C’est en effet le propre de l’entraide de favoriser la découverte de faits,
d’informations et de moyens de preuve, y compris ceux dont l’autorité de
poursuite étrangère ne soupçonne pas l’existence. Il ne s’agit pas seulement
d’aider l’Etat requérant à prouver des faits révélés par l’enquête qu’il conduit,
mais d’en dévoiler d’autres, s’ils existent. Il en découle, pour l’autorité
d’exécution, un devoir d’exhaustivité, qui justifie de communiquer tous les
éléments qu’elle a réunis, propres à servir l’enquête étrangère, afin d’éclairer
dans tous ses aspects les rouages du mécanisme délictueux poursuivi dans
l’Etat requérant (arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2010.173 du
13 octobre 2010 consid. 4.2.4/a et RR.2009.320 du 2 février 2010
consid. 4.1; ZIMMERMANN, op. cit., n. 723 et s.).
4.1.2 Les autorités suisses sont tenues, au sens de la procédure d’entraide,
d’assister les autorités étrangères dans la recherche de la vérité en
exécutant toute mesure présentant un rapport suffisant avec l’enquête
pénale à l’étranger, étant rappelé que l’entraide vise non seulement à
recueillir des preuves à charge, mais également à décharge (ATF 118 Ib 547
consid. 3a; arrêt du Tribunal fédéral 1A.88/2006 du 22 juin 2006 consid. 5.3;
arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2008.287 du 9 avril 2009 consid. 2.2.4 et
la jurisprudence citée).
4.1.3 S’agissant de demandes relatives à des informations bancaires, il convient
en principe de transmettre tous les documents qui peuvent faire référence
au soupçon exposé dans la demande d’entraide; il doit exister un lien de
connexité suffisant entre l’état de fait faisant l’objet de l’enquête pénale
menée par les autorités de l’Etat requérant et les documents visés par la
remise (ATF 129 II 461 consid. 5.3; arrêts du Tribunal fédéral 1A.189/2006
du 7 février 2007 consid. 3.1; 1A.72/2006 du 13 juillet 2006 consid. 3.1).
Lorsque la demande vise à éclaircir le cheminement de fonds d’origine
délictueuse, il convient en principe d’informer l’Etat requérant de toutes les
transactions opérées au nom des personnes et des sociétés et par le biais
des comptes impliqués dans l’affaire, même sur une période relativement
étendue (ATF 121 II 241 consid. 3c). L’utilité de la documentation bancaire
découle du fait que l’autorité requérante peut vouloir vérifier que les
- 20 -
agissements qu’elle connaît déjà n’ont pas été précédés ou suivis d’autres
actes du même genre (v. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2018.88-89 du
9 mai 2018 consid. 4.2).
4.2
4.2.1 Les recourants reprochent au MP-GE la transmission aux autorités
françaises de pièces qui n’ont pas été requises, tant sur le plan temporel que
sur celui des entités concernées, et qui ne présenteraient aucun lien de
pertinence ou de causalité avec la procédure pénale diligentée en France.
Ils requièrent ainsi le retrait du dossier du MP-GE des documents bancaires
concernant la société D. LTD. En outre, dans la mesure où la période
concernée par la procédure pénale française commence au 3 janvier 2012,
ils sollicitent que les documents antérieurs à cette date, soit, en particulier,
ceux de la société B. Limited, ne soient pas transmis (act. 1, p. 36 et p. 48
et s.).
4.2.2 Le MP-GE considère qu’une bonne compréhension du compte de la société
C. Inc., dont la saisie a été expressément requise par les autorités
françaises, passe nécessairement par la transmission aux autorités
françaises de la documentation bancaire concernant le compte de la société
B. Limited, dont les actifs ont été repris par la société C. Inc. Quant à celle
relative au compte de la société D. LTD, sa transmission permettra aux
autorités françaises d’établir de manière exhaustive la situation patrimoniale
de A. et ses revenus pendant la période pénale, de manière à pouvoir
dresser un parallèle avec ses déclarations (act. 11, p. 5 et s.).
4.2.3 En l’espèce, dans sa demande d’entraide complémentaire du 20 juillet 2020,
l’Etat requérant a sollicité du MP-GE l’obtention de toute la documentation
bancaire relative à A. auprès de la banque I. Il ressort de la documentation
bancaire transmise par cet établissement au MP-GE le 6 août 2020 que A.
était l’ayant droit économique des avoirs déposés sur la relation bancaire
n. 5 ouverte auprès de cette banque du 15 juin 2015 au 26 mars 2020 et
dont la société D. LTD était la titulaire (dossier MP-GE, pièce n. 30'931). Il
existe ainsi un lien de connexité suffisant pour admettre la transmission de
la documentation bancaire relative au compte de la société D. LTD. Il en va
de même s’agissant de celle relative au compte de la société B. Limited, dont
les actifs ont été repris par la société C. Inc., directement visée par la
demande d’entraide. Le principe de l’utilité potentielle permet à l’autorité
requise d’aller au-delà de la demande afin, notamment, d’éviter le dépôt de
nouvelles requêtes, surtout dans des affaires aux contours complexes
comme la présente. Cette façon de procéder est notamment justifiée par le
devoir d’exhaustivité incombant à l’autorité d’exécution qui lui impose de
transmettre tous les renseignements concernant de près ou de loin les
infractions poursuivies, à charge, par la suite, pour l’autorité de poursuite
- 21 -
d’examiner la pertinence des moyens de preuve fournis, ce d’autant que
l’entraide vise non seulement à recueillir des preuves à charge, mais
également à décharge (v. supra consid. 4.1.2). Le grief est mal fondé.
4.3 Il convient de traiter, également au chapitre de la violation du principe de la
proportionnalité, les questions relatives au tri (v. infra consid. 4.3.1 à 4.3.4)
et à l’anonymisation (v. infra consid. 4.4 et 4.5; act. 1, p. 36 ss).
4.3.1 En ce qui concerne, tout d’abord, celle du tri devant être opéré s’agissant de
pièces bancaires d’une société tierce, L. Ltd, il ressort des pièces bancaires
précédant et suivant celle citée par les recourants faisant mention de cette
société (dossier MP-GE, pièce n. 31'655), qu’il s’agissait en réalité de la
société recourante D. LTD (dossier MP-GE, pièce n. 31'652 à 31’658).
Contrairement à ce qu’allèguent les recourants, ce n’est donc pas par erreur
que cette pièce figure au dossier bancaire, de sorte qu’il n’y a pas lieu de
l’écarter du dossier. Une éventuelle violation du droit d’être entendu de la
société L. Ltd est, partant, également à exclure, étant, au demeurant, rappelé
que les recourants ne sont pas légitimés à agir au nom de tiers.
4.3.2 Les recourants demandent que la documentation à transmettre soit
expurgée des pièces contenant des informations bancaires d’autres tiers,
dont, en particulier une certaine M., seule personne nommément citée. Outre
que les recourants ne sont pas habilités à agir au nom d’un tiers, force est
de constater que ce nom de famille ne ressort pas de la pièce citée à titre
d’exemple par les recourants (dossier MP-GE, pièce n. 31'222). Seul y figure
le prénom en question, lequel correspond à celui de N., gérante de la relation
n. 4 au nom de A. près la banque I. (dossier MP-GE, pièce n. 30'934 et
30'949; v. ég. infra consid. 4.4).
4.3.3 Quant au fait que des documents mensongers figureraient parmi les pièces
bancaires à transmettre, cette seule allégation des recourants ne saurait
suffire à écarter les pièces en question. Ce d’autant qu’il n’appartient pas au
juge de l’entraide de se prononcer sur l’éventuel caractère mensonger d’une
pièce dont la transmission est envisagée.
4.3.4 Ces griefs sont dès lors inopérants.
4.4 Les recourants se plaignent également du fait que les documents saisis par
le MP-GE contiennent des noms d’employés de la banque I.; ils requièrent,
si ces pièces devaient être transmises, qu’elles soient anonymisées (act. 1,
p. 38). En tant que personnes visées par une mesure d’entraide, les
recourants ne sont pas habilités à invoquer en leur faveur le secret
professionnel d’un tiers (ZIMMERMANN, op. cit., p. 422 n. 395). Ce grief doit
être écarté.
- 22 -
4.5
4.5.1 A. allègue que certains documents sont couverts par le secret professionnel
de l’avocat et devraient être soumis à l’examen d’une autorité judiciaire
indépendante habilitée à se prononcer sur la levée de ce secret. Il requiert
encore, si ces pièces devaient être transmises, qu’elles soient anonymisées
(act. 1, p. 37; act. 15, p. 7). Le MP-GE estime que A. ne peut pas se prévaloir
d’une violation du secret professionnel de l’avocat, étant lui-même prévenu
dans la procédure pénale française (act. 1.4, p. 5).
4.5.2 En vertu de l’art. 9 EIMP, lors de l’exécution d’une demande d’entraide, la
protection du domaine secret est réglée conformément aux dispositions sur
le droit de refuser de témoigner. Les art. 246 à 248 CPP s’appliquent par
analogie à la perquisition de documents et à leur mise sous scellés.
L’art. 248 al. 1 CPP (« mise sous scellés ») se réfère à l’art. 264 CPP
(« restrictions » au séquestre; ATF 140 IV 28 consid. 2 p. 30 s.). En principe,
seules ont le droit de refuser de témoigner les personnes titulaires non pas
de simples secrets d’affaires, mais d’un secret professionnel qualifié au sens
de l’art. 321 CP (v. ég. art. 171 CPP; arrêt du Tribunal fédéral 1B_108/2020,
1B_110/2020 du 25 novembre 2020 consid. 3.3).
4.5.3 Le secret professionnel couvre tous les faits et documents liés à l'activité
typique de l'avocat au sens de l'art. 321 CP (v. également l'art. 13 de la loi
fédérale sur la libre circulation des avocats [LLCA; RS 935.61]). Tel est le
cas pour les tâches consistant à donner des conseils juridiques, à fournir des
avis de droit, à défendre les intérêts d'autrui et à intervenir devant les
tribunaux pour assister ou représenter un client (CORBOZ, Les infractions en
droit suisse, vol. II, 3e éd. 2010, n. 10 ad art. 321 CP; le même, Le secret
professionnel, SJ 1993 p. 82; STOUDMANN, Le secret professionnel de
l'avocat: jurisprudence récente et perspectives, RPS 126/2008, p. 144 ss,
147). Le secret professionnel ne peut en revanche pas être opposé à la
saisie de pièces qui concernent une activité purement commerciale de
l'avocat (cf. ATF 126 II 495 consid. 5e/aa; 120 Ib 112 consid. 4; 117 Ia
341 consid. 6a/cc;112 Ib 606; ég. arrêt du Tribunal fédéral 1A.182/2001 du
26 mars 2002 consid. 6.3). Il a ainsi été jugé que ce qui était confié à un
avocat en sa qualité d'administrateur de société (ATF 115 Ia 197 consid. 3d;
115 Ia 197; 114 III 105 consid. 3a; 101 Ib 245), de gérant de fortune
(ATF 112 Ib 606) ou dans le cadre d'un mandat d'encaissement d'un chèque
(ATF 120 Ib 112 consid. 4) n'était pas couvert par le secret professionnel.
S'agissant de gestion et d'administration des biens d'une fondation, de
structures commerciales au sein desquelles l'avocat occupe lui-même des
fonctions d'organe et également de transferts de valeurs patrimoniales, il ne
s'agit pas d'activités spécifiques de l'avocat couvertes par le secret
professionnel, mais de prestations de service pour la fourniture desquelles
l'avocat est en concurrence avec d'autres professions (banquiers, conseils
- 23 -
en gestion de patrimoine, fiduciaires; arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2012.271 du 18 juillet 2013 consid. 4 et références citées). En outre,
l'avocat ne peut invoquer le secret professionnel s'il fait lui-même l'objet de
l'enquête pénale (ATF 130 II 193 consid. 2.3; 125 I 46 consid. 6; 117 Ia
341 consid. 6a/cc).
4.5.4 En l’espèce et comme l’a souligné le MP-GE dans sa décision de clôture, A.
est avocat, mais revêt le statut de prévenu dans la procédure française.
Ainsi, pour autant que l’art. 321 CP protège le secret professionnel de
l’avocat étranger, le recourant ne peut se prévaloir de ce secret pour
s’opposer à la transmission de la documentation bancaire saisie. Le grief
tombe à faux.
4.5.5 Partant, les griefs tirés de la violation du principe de la proportionnalité
doivent être écartés.
5. De l’avis des recourants, les faits objet de l’instruction seraient prescrits
selon le droit français. Toutefois, la CEEJ ne contient pas de disposition qui
exclut l'octroi de l'entraide en raison de la prescription de l'action ou de la
peine. À cet égard, le Tribunal fédéral a estimé que le motif d'exclusion tiré
de la prescription n'était pas opposable à l'entraide régie par la CEEJ, celle-
ci l'emportant pour le surplus sur l'art. 5 al. 1 let. c EIMP (arrêts du Tribunal
pénal fédéral RR.2020.158 du 18 novembre 2020 consid. 2.3; RR.2018.104
du 6 juillet 2018 consid. 2.4 et référence citée; ZIMMERMANN, op. cit., n. 670).
Au vu de ce qui précède, c’est également à tort que les recourants invoquent
la prescription des faits antérieurs au 24 janvier 2014 pour s’opposer à la
transmission des pièces relatives à cette période (act. 1, p. 40). Le grief des
recourants quant à la prescription est, par conséquent, inopérant.
6. Les recourants considèrent que les informations contenues dans la
demande d’entraide ainsi que dans son complément seraient mensongères.
L’autorité requérante aurait fait preuve de mauvaise foi en indiquant, de
manière inexacte, dans le complément de commission rogatoire, avoir
procédé à une perquisition au domicile français de A. Cette affirmation serait
de nature à laisser entendre aux autorités suisses, de manière trompeuse,
que A. disposerait d’un domicile en France, ce qu’il conteste, vu sa prise de
domicile dans le pays Y. dès le 31 décembre 2013 (act. 1 p. 22, 41 et 42).
L’inexistence d’un domicile en France permet de démontrer l’absence d’un
élément constitutif de l’infraction de blanchiment de fraude fiscale. Ils
estiment finalement que les autorités françaises auraient indiqué de manière
erronée que K.− bénéficiaire des fonds litigieux à destination de la société
- 24 -
H. − aurait été impliqué dans une escroquerie à la TVA (act. 1 p. 43).
6.1 En vertu des principes de la bonne foi et de la confiance régissant les
relations entre Etats (ATF 121 I 181 consid. 2c/aa; arrêt du Tribunal pénal
fédéral RR.2007.80 du 18 septembre 2007, consid. 5.2), ainsi que de
l'obligation de respecter les traités internationaux, l'autorité requérante est
tenue de respecter les engagements qu'elle a pris. La bonne foi de l'Etat
requérant est cependant présumée. Ainsi, il appartient à celui qui entend se
prévaloir d'une violation de la règle de la bonne foi de la démontrer
clairement. Il ne saurait se borner à de pures affirmations, si détaillées
soient-elles. En présence de versions contradictoires aussi vraisemblables
les unes que les autres, l'Etat requis se rangera à celle présentée par l'Etat
requérant, à moins que la mauvaise foi de celui-ci ne soit patente (ATF 117
Ib 337 consid. 2b).
6.2 En l’espèce, ces arguments sont dépourvus de pertinence, en tant qu’ils
relèvent du fond (v. ég. supra consid. 3.7). Ils devront, le cas échéant, être
invoqués devant les autorités requérantes. Ils ne permettent, du reste, pas
de renverser la présomption de bonne foi dont bénéficie l'Etat requérant
(v. arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2016.182 du 30 mars 2017
consid. 5.1). Aucun indice laisse penser que les autorités françaises auraient
adopté un comportement contraire à la bonne foi en transmettant − comme
le soutiennent les recourants − des informations mensongères à l’appui de
leurs requêtes. Quant à la plainte déposée et la procédure pénale en cours,
menée, notamment, des chefs de recel de vol (v. infra consid. 7) et faux en
écritures publiques, cela ne constitue pas, en l’état, des éléments permettant
de remettre en cause la bonne foi des autorités françaises. En outre, tant
que l’Etat requérant n’a pas retiré une demande d’entraide, comme c’est le
cas en l’espèce, l’Etat requis est tenu de l’exécuter. Au surplus, la Cour de
céans s’est prononcée, dans la présente décision, sur la validité des
demandes d’entraide et a conclu que celles-ci respectaient les réquisits
légaux en matière de motivation et d’exposé des faits
(v. supra consid. 3.3.2).
6.3 S’agissant des déterminations spontanées des recourants (v. supra Faits,
let. O), outre qu’elles ont été produites hors délai et n’ont, en principe, pas à
être prises en considération (v. arrêt du Tribunal pénal fédéral RH.2022.2 du
20 avril 2022 consid. 2.2.1), elles proposent une interprétation différente des
faits de la demande d’entraide et/ou l’analyse de moyens de preuve,
questions, qui, de jurisprudence constante (v. supra consid. 3.1.1 in fine),
échappent au juge de l’entraide.
6.4 Au vu de ce qui précède, ce grief est infondé.
- 25 -
7. De l’avis des recourants, les soupçons à l’origine de l’enquête menée en
France étant fondés sur des données volées dans le cadre de l’affaire des
« Panama papers », la demande d’entraide est viciée tant du point de vue
des autorités suisses que des autorités françaises, auprès desquelles une
plainte pénale pour recel de vol a été déposée (act. 1, p. 41; v. supra Faits
let. J).
7.1 La Suisse refuse sa coopération s'il y a lieu d'admettre que la procédure
ouverte dans l'Etat requérant n'est pas conforme aux principes fixés par la
CEDH ou par le Pacte ONU II, ou si elle présente d'autres défauts graves
(art. 2 let. d EIMP). Toutefois, en principe, le fait que des preuves auraient
pu avoir été obtenues de manière illicite ne saurait en soi exclure la
coopération. Ces considérations sont conformes à la jurisprudence
constante selon laquelle les griefs relatifs à la validité des preuves doivent
être soumis au juge du fond et ne peuvent être soulevés sous l'angle de l'art.
2 EIMP (arrêts du Tribunal fédéral 1C_586/2017 du 30 octobre 2017
consid. 1.3; 1A.10/2007 du 3 juillet 2007 consid. 2.2), ainsi qu'à la
réglementation sur l'entraide qui veut que les preuves en question ne soient
ni produites, ni même mentionnées à l'appui de la demande d'entraide
(art. 14 CEEJ et 28 al. 2 EIMP; arrêt du Tribunal fédéral 1C_424/2018 du
8 octobre 2018 consid. 1.4 et les références citées).
7.2 En outre, la Cour des plaintes a déjà eu l’occasion de rappeler qu’il n’existe
pas de raison de refuser d’emblée l’entraide aux Etats qui auraient
sciemment et principalement fondé leurs demandes d’entraide sur des
données provenant des « Panama papers », dès lors qu’aucune contribution
financière n’avait été perçue par les journalistes à l’origine de leur publication
sur internet (décision du Tribunal pénal fédéral RR.2021.29-30 du 5 juin 2019
consid. 5.3.6).
7.3 Le grief des recourants tombe ainsi à faux, ce d’autant qu’en l’espèce,
l’entraide requise n’est pas exclusivement fondée sur lesdites données
(v. supra consid. 3.3.1). Quant à la plainte pénale, il est renvoyé aux
considérations qui précèdent (v. supra consid. 6.2).
8. Les recourants invoquent une violation du principe de la spécialité. Ils
estiment à ce titre que le MP-GE devait préciser ce principe in casu et ne
pouvait pas se contenter d’utiliser, dans sa décision de clôture, la formule
consacrant l’obligation faite aux autorités étrangères d’utiliser les éléments
saisis que pour la poursuite de l’infraction pénale décrite dans la demande
- 26 -
(act. 1, p. 47).
8.1 Selon l’art. 67 al. 1 EIMP et la réserve faite par la Suisse à l’art. 2 let. b CEEJ,
les renseignements transmis ne peuvent, dans l’Etat requérant, ni être
utilisés aux fins d’investigation, ni être produits comme moyens de preuve
dans une procédure pénale visant une infraction pour laquelle l’entraide est
exclue, soit notamment pour la répression d’infractions politiques, militaires
ou fiscales (art. 3 EIMP et 2 let. a CEEJ; ATF 126 II 316 consid. 2b; 125 II 258
consid. 7a/aa; 124 II 184 consid. 4b et les arrêts cités). A contrario, les
moyens de preuve et les renseignements obtenus par voie d’entraide
peuvent dans l’Etat requérant être utilisés aux fins d’investigation ainsi que
comme moyens de preuve dans la procédure pénale pour laquelle l’entraide
a été demandée, ou dans toute autre procédure pénale, sous réserve des
exceptions mentionnées. L’autorité d’exécution doit signaler à l’Etat
requérant ce principe et lui rappeler les limites dans lesquelles les
informations communiquées seront utilisées (v. art. 34 OEIMP). Il n’y a pas
lieu de douter que celui-ci respectera le principe de la spécialité, en vertu de
la présomption de fidélité au traité (ATF 110 Ib 392 consid. 5b; arrêts du
Tribunal pénal fédéral RR.2009.230 du 16 février 2010 consid. 4.10;
RR.2009.150 du 11 septembre 2009 consid. 3.1), qu’une violation passée
ne saurait renverser (ATF 110 Ib 392 consid. 5c; 109 Ib 317 consid. 14b;
107 Ib 264 consid. 4b).
8.2 En l’espèce, le MP-GE a ordonné, dans sa décision de clôture du
17 mai 2021, l’acheminement des pièces saisies en faveur de l’Etat
requérant en réservant le respect du principe de la spécialité. Une telle façon
de procéder est pleinement conforme aux réquisits légaux et jurisprudentiels
précités. Les recourants ne font valoir aucun élément permettant de douter
que les autorités françaises se conformeront aux engagements
internationaux qu’elles ont pris dans le cadre de la CEEJ et de son protocole
additionnel et n’utiliseront pas les pièces saisies à d’autres fins que celles
pour lesquelles l’entraide a été requise. Le grief est mal fondé.
9. Au vu de ce qui précède, le recours est rejeté, dans la mesure de sa
recevabilité.
10. La requête de mesures provisionnelles tendant à la suspension de la
procédure est sans objet (v. supra Faits, let. K).
- 27 -
11. En règle générale, les frais de procédure comprenant l’émolument d’arrêté,
les émoluments de chancellerie et les débours sont mis à la charge des
parties qui succombent (art. 63 al. 1 de la loi fédérale sur la procédure
administrative [PA; RS 172.021], applicable par renvoi de l’art. 39
al. 2 LOAP). Le montant de l’émolument est calculé en fonction de l’ampleur
et de la difficulté de la cause, de la façon de procéder des parties, de leur
situation financière et des frais de chancellerie (art. 73 al. 2 LOAP). Les
recourants supporteront ainsi solidairement les frais du présent arrêt, fixés à
CHF 5'000.-- (art. 73 al. 2 LOAP et art. 8 al. 3 du règlement du Tribunal pénal
fédéral sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure
pénale fédérale [RFPPF; RS 173.713.162] et art. 63 al. 5 PA), entièrement
couverts par l’avance de frais effectuée.
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