Decision ID: bf47f2f5-7886-4d34-ad19-023e503d7101
Year: 2016
Language: fr
Court: VS_TC
Chamber: VS_TC_001
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
Faits
A. Par avis inséré au Bulletin officiel (B.O.) n° xxx du xxx 2014, la Commission
cantonale de signalisation routière (CCSR) publia la décision d’approbation suivante,
datée du 23 juillet 2014 :
Commune de N_
Introduction d’une zone de rencontre sur la rue F_, sur les rues et les chemins qui s’y
greffent à N_,
Pose de signaux complémentaires pour la gestion du trafic en cas de fermeture partielle ou totale de la
rue lors de manifestations ou à certaines occasions à N_.
(...)
Le texte précisait que les plans de signalisation y relatifs pouvaient être consultés au
bureau de la CCSR ou au greffe communal. Ces plans étaient au nombre de trois : un
plan « état actuel », un plan « état projeté » et un plan intitulé « CAS 2 - fermeture de
l’ensemble de la rue ». Ce dernier prévoyait la pose de trois signaux « interdiction
générale de circuler dans les deux sens » (OSR 2.01) munis d’une indication complé-
mentaire (OSR 5.08) « manifestation », l’un sur la rue F_, au niveau de la
banque A_, le deuxième au milieu de la route B_ et le dernier à la
jonction de la rue F_ et de la route C_.
Le dossier était accompagné d’une expertise relative à la zone rencontre établie en juin
2014 par le bureau d’ingénieurs D_ SA. Son chiffre 1.1 signalait que le projet
intégrait « une variante permettant d’interdire toute circulation au centre F_
lors de manifestations ». Le chiffre 6.1 pronostiquait, à cet égard, que « la fermeture
lors de manifestations n’engendrera pas de perturbations à l’échelle communale » et
précisait « que la problématique des accès aux fonds privés durant les périodes de
fermeture fera l’objet d’une convention et d’une information entre la commune et les
personnes concernées, étant précisé que ce type de manifestation est déjà organisé à
l’heure actuelle ».
B. Le 27 août 2014, X_, gérant et propriétaire du magasin « E_ »,
sis à la rue F_, requit le Conseil d’Etat d’annuler l’approbation donnée le
23 juillet 2014 par la CCSR aux réglementations locales de trafic arrêtées par la
municipalité de N_. L’instance de recours administratif le débouta par
décision du 12 août 2015, communiquée le 17 suivant.
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C. Le 16 septembre 2015, X_ conclut céans à l’annulation de ce prononcé,
sous suite de frais et dépens. L’intéressé déclare souscrire à l’introduction de la zone
de rencontre et à la fermeture de la rue F_, en cas de manifestations
concrètes, mais s’opposer à « la fermeture totale de la rue F_, tant du point
de vue de la procédure adoptée que des motifs sur le fond ». Sur ce point, il rappelle
que, le 9 octobre 2014, le conseil municipal avait adressé à l’ensemble des
commerçants concernés des directives d’exploitation relatives à la rue F_ -
non approuvées - (ci-après : les directives ; CE p. 72) prévoyant, sous chiffre 2.2.1, la
fermeture de cette dévestiture au trafic général en haute saison ainsi qu’à certaines
heures. Pour le recourant, ces directives montraient que, contrairement à ce qui se
déduisait de la décision publiée au B.O. n° xxx du xxx 2014, la municipalité avait
l’intention de restreindre la circulation de façon générale et non ponctuelle. Or, l’article
9 alinéa 2 de la loi d’application du 30 septembre 1987 de la législation fédérale sur la
circulation routière (LALCR ; RS/VS 741.1) n’instituait la compétence des conseils
communaux qu’au regard du prononcé de décisions concrètes. Du moment que la
restriction envisagée revêtait un caractère général et abstrait, son adoption
ressortissait à la compétence de l’assemblée primaire, comme le prévoyait d’ailleurs
l’article 8 LALCR. A côté de ce grief formel, le recourant conteste qu’une fermeture
générale et non ponctuelle de la rue F_ réponde à un intérêt public et critique
le caractère disproportionné d’une telle mesure.
Le 7 octobre 2015, le Conseil d’Etat proposa de rejeter le recours. A cette réponse était
jointe une lettre du 30 septembre 2015 de la CCSR où celle-ci disait n’avoir pas de
remarques à formuler.
La commune de N_ conclut également au rejet du recours, le 15 octobre
2015, en se référant aux écritures qu’elle avait déposées devant l’instance précédente.
Dans ses remarques complémentaires du 27 octobre 2015, le recourant argua de l’irré-
gularité de la publication intervenue au B.O., qui omettait de signaler la pose de
panneaux d’interdiction générale de circuler et évoquait une fermeture de la rue
F_ à certaines occasions alors qu’en réalité, la municipalité entendait y
proscrire de manière générale la circulation.
L’instruction s’est close le 28 octobre 2015 par la communication de cette écriture au
Conseil d’Etat et à la commune de N_.
Les autres faits important à l’arrêt seront repris ci-après dans la mesure utile.
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Considerations:
Considérant en droit
1.1 Le recours est recevable (art. 72, 78 let. a, 80 al. 1 let. a-c, 44 al. 1 let. a, 46 al. 1
et 48 de la loi du 6 octobre 1976 sur la procédure et la juridiction administratives –
LPJA ; RS/VS 172.6).
1.2 Du moment que le recourant ne s’oppose pas à l’introduction d’une zone de
rencontre ni ne conteste une fermeture de la rue F_ à la circulation « en cas
de manifestations concrètes », la décision du Conseil d’Etat ne saurait être purement
et simplement annulée. Entre seule en considération une annulation partielle de ce
prononcé, en tant que celui-ci confirmerait l’approbation donnée par la CCSR à une
prétendue « restriction générale et non ponctuelle » du trafic sur la rue F_.
2.1 X_ argue de l’incompétence du conseil municipal pour décider d’une
telle mesure. Il soutient que celle-ci revêt un caractère général et abstrait et que, de ce
fait, il incombait au législatif communal de l’adopter, conformément à l’article 8 LALCR
prévoyant que « l’assemblée primaire peut arrêter, par voie réglementaire, et sous
réserve d’approbation du Conseil d’Etat, les dispositions concernant les interdictions
complètes ou les restrictions temporaires de la circulation sur les routes et chemins
communaux (let. a) et les dispositions concernant les restrictions fonctionnelles à la
circulation sur les routes et chemins communaux (let. b) ».
2.2 Cette opinion ne résiste pas à l’examen. La modification litigieuse de signalisation
résulte des plans « Zone de rencontre » et « Cas 2 : fermeture de l’ensemble de la
rue ». Elle consiste en la mise en place de signaux, autrement dit d’actes généraux et
concrets appelés à coordonner le trafic d’un nombre indéfini d’usagers sur un tronçon
de route donné (p. ex. R. Schaffhauser, Grundriss des schweizerischen Strassenver-
kehrsrecht, 2 e éd. 2002, vol. I, n° 124 p. 82). En droit valaisan, il incombe aux exécutifs
locaux de les adopter s’agissant de routes ou chemins communaux (article 9 alinéa 1
let. a et b LALCR). L’article 8 LALCR qu’invoque le recourant ne fait qu’instaurer une
possibilité d’arrêter des interdictions et des restrictions de trafic par voie réglementaire,
donc par le biais des organes législatifs communaux (cf. art. 17 al. 1 let. b de la loi sur
les communes du 5 février 2004 - LCo ; RS/VS 175.1 et Bulletin des séances du Grand
Conseil - BSGC, session prorogée de mai 1987, p. 255). Cette hypothèse est hors de
propos attendu que le litige porte sur une décision de réglementation locale de trafic et
non sur un règlement en la matière, étant précisé que les directives auxquelles se
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réfère le recourant ne font, de manière constante, pas partie du dossier approuvé par
la CCSR.
3.1 X_ soutient que la publication intervenue le 1 er août 2014 en application
de l’article 107 alinéa 1 de l’ordonnance du 5 septembre 1979 sur la signalisation
routière (OSR ; RS 741.21) serait irrégulière en tant qu’elle s’abstiendrait d’indiquer la
mise en place de panneaux d’interdiction générale de circuler. A l’écouter, l’avis était
de surcroît trompeur en ce sens qu’il mentionnait une fermeture de la rue F_
« à certaines occasions » alors que, de fait et comme en attestaient les directives, la
municipalité entendait y interdire de manière générale la circulation en saison
touristique.
3.2 Le premier de ces griefs n’est pas fondé. Force est de reconnaître à la publication
reproduite sous lettre A ci-dessus un caractère suffisamment explicite quand elle parle
d’une « fermeture partielle ou totale de la rue ». Cette indication mettait le lecteur en
état de saisir l’objet de la modification et d’en inférer la mise en place de signaux cor-
respondants, soit d’« interdiction générale de circuler » (OSR 2.01). De toute manière,
l’avis précisait que les plans de signalisation y relatifs pouvaient être consultés au
bureau de la CCSR ou au greffe communal, démarche qui permettait de lever tout
doute - à supposer qu’il pût raisonnablement en avoir - quant aux mesures de
réglementation de trafic concernées. Le recourant ne prétend d’ailleurs pas avoir été
pénalisé par l’imprécision qu'il dénonce. Pour le reste, il n’est pas habilité à déposer un
recours dans l'intérêt général et ne saurait, partant, se prévaloir d’une violation du droit
d'être entendu de ses concitoyens. Au demeurant, il n’explique pas pourquoi ceux-ci
n'auraient, contrairement à lui-même, pas été en mesure de réagir, même en faisant
preuve de la diligence que leur imposait le principe de la bonne foi (art. 5 al. 3 de la
Constitution fédérale du 18 avril 1999 - Cst. ; RS 101 ; cf. arrêt du Tribunal fédéral
1C_887/2013 du 11 avril 2014 consid. 2.2 et 2.3 confirmant l’ACDP A1 13 317 du
25 octobre 2013).
3.3.1 Le second moyen revient à supposer que, sur la base de la réglementation de
trafic en procès, la municipalité procédera à des fermetures systématiques de la rue
F_, du genre de celles envisagées dans les directives. Cet argument, qui
relève du procès d’intention, excède l’objet admissible du litige. Le procès porte, en
effet, sur la légalité de la signalisation approuvée par la CCSR. Or, force est de
constater que l’avis de décision fait état d’une fermeture partielle ou totale de la rue
F_ « lors de manifestations ou à certaines occasions » et que, d’après le
plan « Cas 2 : fermeture de l’ensemble de la rue », les signaux en discussion sont ceux
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d’interdiction générale de circuler (OSR 2.01) pourvus d’une indication complémentaire
(OSR 5.08) « manifestation ». L’on ne peut objectivement pas inférer de la décision
publiée au B.O. et des pièces s’y rapportant une interdiction de circulation
systématique et régulière lors de certaines périodes de l’année ou durant certaines
heures de la journée.
3.3.2 Certes, ce projet est à l’agenda de la municipalité de N_, comme en
témoigne le projet de directives qu’elle a communiquées aux commerçants de la rue
F_ (cf. également à ce propos les différentes déterminations qu’elle a
déposées dans le cadre de la procédure de recours administratif : CE p. 42 ch. 1 ; CE
p. 85 ch. 2.2 ; CE p. 119). Reste que ces directives ne font pas partie des modifications
de signalisation agréées par la CCSR. En l’état, la signalisation à l’examen se limite
donc à l’hypothèse, subsidiaire par rapport au régime ordinaire d’une rue F_
en zone rencontre que veut introduire l’exécutif local, d’une interdiction ponctuelle de
circulation en cas de manifestations. Cette dernière situation - dont on notera qu’elle
est de soi couverte par l’article 3 alinéa 6 LCR (cf. B. Waldmann/R. Kramer in :
BaKomm, SVG, 2014, n° 34 ad art. 5) et par l’article 150 de la loi sur les routes du
3 septembre 1965 (LR ; RS/VS 725.1) - relève des chiffres 2.2.2 et 5.3 des directives.
Elle doit être distinguée d’une fermeture à caractère systématique, hors manifestations,
« en haute saison et à certaines heures », situation qu’aborde le chiffre 2.2.1 de ces
mêmes directives et qui postule la mise en place d’un signal d’interdiction générale de
circuler (OSR 2.01) avec indication complémentaire (OSR 5.08) précisant les périodes
et les horaires de restriction (cf. R. Schaffhauser, op. cit., n° 35 p. 42 et Office fédéral
des routes, Modérer le trafic à l’intérieur des localités, 2003, p. 28). Enfin, pour être
complet, on signalera que la procédure de l’article 107 OSR doit être respectée s’il
s’agit de manifestations durables et prévisibles (cf. art.107 al. 4 OSR ; E. M. Beeler in :
Bakomm, SVG, 2014, n° 99 ad art. 3 LCR ; H. Giger, SVG, 8 e éd. 2014, n° 17 ad art. 3
LCR ; A. Bussy/B. Rusconi/Y. Jeanneret/A. Kuhn/C. Mizel/C. Müller, Code suisse de la
circulation routière, 4 e éd. 2015, ch. 2.1 ad art. 107 OSR).
4. Il n’y a pas lieu d’examiner les griefs de fond tirés d’un défaut d’intérêt public ou du
caractère disproportionné d’une interdiction à caractère saisonnier (p. 8 ss du recours)
du moment que cette restriction ne constitue pas l’objet du litige.
5.1 La conclusion en annulation de la décision attaquée ne pouvant être accueillie, le
recours est rejeté (art. 80 al. 1 let. e et 60 al. 1 LPJA).
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5.2 Ce recours a cependant permis au Tribunal de délimiter la portée de la signalisa-
tion approuvée par la CCSR. Les précisions qu’apporte l’arrêt de ce jour ne sont pas
de trop dès lors que la municipalité prétendait, devant le Conseil d’Etat, qui ne l’a pas
contredite, avoir « respecté toutes les démarches légales pour proposer cette signali-
sation et pour mettre en place un concept d’exploitation de la rue F_ »
(cf. ch. 5 de sa détermination du 23 décembre 2014), et que l’autorité locale paraît
vouloir se contenter d’une publication informative des directives « au moins 1 mois à
l’avance avant le début de la période d’application » (cf. p. ex. ch. 1 de sa
détermination du 10 octobre 2014). Dans ces conditions, il serait inéquitable de mettre
l’entier des frais à la charge du recourant, dont certaines de ses interrogations étaient
légitimes. Celui-ci supportera donc la moitié (500 fr.) de l’émolument de justice qu’il
convient d’arrêter, notamment sur le vu du principe de la couverture des frais et de
l’équivalence des prestations, à 1000 fr., débours inclus (art. 89 al. 2 LPJA ; art. 3 al. 3,
11, 13 al. 1 et 25 de la loi du 11 février 2009 fixant le tarif des frais et dépens devant
les autorités judiciaires ou administratives – LTar ; RS/VS 173.8). La commune de
N_ est dispensée du solde (art. 89 al. 4 LPJA).
5.3 Les dépens sont refusés (art. 91 al. 1 a contrario LPJA).