Decision ID: c3080b6d-be36-5f9c-a5c2-d87a147cb2a7
Year: 2016
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_006
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 
Law Sub-area: nan
Label: approval

Facts:
EN FAIT
A.
a)
Le _ 2010, A_, de nationalité suisse, a donné naissance à Genève, hors mariage, à un garçon prénommé C_, lequel a été reconnu le 19 octobre 2010 à l'état civil par B_, ressortissant français.![endif]>![if>
La relation entre A_ et B_ a pris fin à une date indéterminée et le 14 juin 2011, le Tribunal tutélaire (désormais le Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant, ci-après : le Tribunal de protection) a entériné la convention qu'ils avaient conclue concernant l'engagement du père de contribuer à l'entretien de son fils.
Les parents sont par ailleurs titulaires de l'autorité parentale conjointe sur leur enfant.
Ce dernier vit avec sa mère à D_ (commune de E_/Genève) et a été scolarisé en 1P et 2P à l'école publique de F_; il aurait dû être inscrit en 3P à l'école de D_ (qui reçoit également les enfants de 4P, l'école de E_ recevant pour sa part les degrés allant de la 5P à la 8P).
b)
Au mois d'avril 2016, B_ a été informé par A_ de ce qu'elle souhaitait scolariser C_, à la rentrée de fin août 2016, à G_ (H_/France), au sein de l'école maternelle privée I_, réservée aux enfants ayant entre 2 ans et demi et 6 ans, qui applique la pédagogie K_.
B_ a manifesté son opposition à ce projet.
B.
a)
Le 7 juillet 2016, B_ a saisi le Tribunal de protection d'une requête intitulée "requête en mesure de protection et en mesures provisionnelles". Il a conclu, tant sur mesures provisionnelles que sur le fond, à ce qu'il soit fait interdiction à A_ de procéder à l'inscription de C_ à l'école I_ dès la rentrée scolaire 2016 et à ce qu'il lui soit enjoint de poursuivre la scolarité de l'enfant en Suisse, soit précisément en 3P à l'école de D_.![endif]>![if>
Il a allégué que l'école I_ n'accueillait les enfants que jusqu'à l'âge de 6 ans. Or, C_ serait déjà âgé d'un peu plus de six ans lors de la rentrée scolaire de septembre 2016, de sorte qu'il n'était pas certain qu'il réponde aux critères d'inscription. Par ailleurs, l'inscrire au sein de cette école reviendrait en réalité à lui faire refaire une classe d'un niveau de 2P, le programme n'étant pas équivalent à celui suivi en 3P dans les écoles publiques genevoises s'agissant notamment de l'apprentissage de la lecture. Par ailleurs, après l'année effectuée au sein de l'école I_, il serait contraint de revenir en Suisse pour poursuivre sa scolarité, ces changements successifs étant contraires à son intérêt.
b)
Par courrier du 8 juillet 2016, le Tribunal de protection a imparti un délai au 18 juillet 2016 à A_ afin qu'elle lui soumette un accord parental au sujet du lieu de scolarisation de C_ à partir de la rentrée 2016.
Par courrier du 15 juillet 2016 adressé au conseil de B_, le Tribunal de protection s'étonnait de ce que les parties aient tardé à le saisir, le bref délai avant la rentrée scolaire ne permettant pas de solliciter un préavis du Service de protection des mineurs. Le Tribunal de protection invitait dès lors B_ à trouver une solution transactionnelle avec A_, suggestion demeurée sans effet.
c)
Par courrier du 1
er
août 2016 adressé au Tribunal de protection, A_ a expliqué que par sms du 1
er
juin 2016 (non produit), B_ lui avait indiqué ce qui suit : "Pour l'école K_, j'ai décidé de te laisser faire bien que je reste opposé et je ne souhaite pas être mêlé aux trucs logistiques ou autres...". Cette position ressortait également d'un courrier du conseil de B_ du 14 juin 2016 (figurant au dossier), qui précisait ce qui suit : "Aussi, si mon client désapprouve votre projet, car non conforme aux intérêts de C_, il n'entend néanmoins pas s'y opposer quand bien même ses droits parentaux le lui permettraient". Sur cette base, A_ avait inscrit C_ à l'école I_, dont elle acceptait de prendre à sa charge l'entier de l'écolage; elle assumerait par ailleurs seule les trajets, l'école étant située à une quinzaine de minutes en voiture de son domicile. Elle a indiqué, pour le surplus, que C_, qui obtenait d'excellents résultats à l'école, manquait toutefois de confiance en lui, ainsi que d'autonomie et de persévérance, problématiques que la méthode K_ permettait d'améliorer. Par ailleurs, les objectifs devant être atteints à l'issue d'une 3P effectuée dans une école publique genevoise le seraient également à la maternelle I_, ce qui lui avait été confirmé par sa directrice. C_ avait passé deux demi-journées dans cette école, qu'il avait particulièrement appréciée. Par la suite, C_ réintégrerait l'école publique dans le canton de Genève, ce qui ne poserait aucun problème, dans la mesure où il allait conserver des liens avec les enfants habitant dans son environnement proche.
Par courrier du 8 août 2016, A_ a encore fait parvenir au Tribunal de protection une attestation signée par J_, directrice et enseignante de l'école I_, qui certifiait que les objectifs du programme de 3P suivi à Genève pourraient également être atteints par C_ au sein de son école, voire dépassés si l'enfant se montrait motivé, sous réserve de la pratique de la dictée, qui ne faisait pas partie de la pédagogie K_.
C.
Par ordonnance
DTAE/3951/2016
du 28 juillet 2016, communiquée pour notification le 11 août 2016, le Tribunal de protection a fait interdiction à A_ de scolariser l'enfant C_ à l'école I_ dès la rentrée scolaire 2016 (ch. 1 du dispositif), a dit que l'ordonnance était immédiatement exécutoire (ch. 2) et a débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 3).![endif]>![if>
Le Tribunal de protection a considéré que A_ n'avait pas fait valoir d'observations. Il a retenu que C_ avait atteint l'âge maximal d'admission prévu par l'école I_, de sorte que cet établissement serait probablement peu enclin à lui assurer la formation requise par son niveau de scolarisation. Il devrait en outre, un an plus tard, changer à nouveau d'établissement scolaire, ce qui n'apparaissait pas adéquat et risquait d'engendrer des perturbations. Par ailleurs, il existait à Genève des établissements proposant la pédagogie K_ pouvant accueillir les élèves pendant toute leur scolarité primaire, contrairement à l'école I_ de G_. L'intérêt de l'enfant commandait dès lors qu'il poursuive sa scolarité en Suisse.
D.
a)
Le 29 août 2016, A_ a formé recours contre la décision du 28 juillet 2016, reçue le 13 août 2016. Elle a sollicité la restitution de l'effet suspensif et a conclu, principalement, à l'annulation de la décision attaquée, au renvoi du dossier à l'autorité de première instance pour nouvelle décision, avec suite de frais et dépens à la charge de B_. Subsidiairement, elle a conclu à être autorisée à scolariser son fils au sein de l'école I_, avec suite de frais et dépens à la charge de sa partie adverse.![endif]>![if>
La recourante a invoqué la violation de son droit d'être entendue, dans la mesure où la décision avait été rendue par le Tribunal de protection sans que sa position ait été prise en considération. Or, elle n'avait jamais été formellement invitée à se déterminer sur la requête formée par le père de l'enfant et le courrier du Tribunal du 8 juillet 2016 lui était parvenu alors qu'elle se trouvait en vacances. Aussitôt qu'elle avait eu connaissance de la procédure, elle avait adressé au Tribunal de protection des observations spontanées. Sur le fond, la recourante a confirmé l'inscription de C_ au sein de l'école I_ et le paiement des frais de scolarité. Il existait certes à Genève des écoles appliquant la pédagogie K_, mais elles étaient plus éloignées de son domicile et beaucoup plus onéreuses. L'école I_ lui coûterait 9'500 fr. pour l'année, contre 20'000 fr. si C_ devait fréquenter le même type d'établissement à Genève. La recourante a par ailleurs relevé que si son fils avait poursuivi sa scolarité dans le K_, il aurait de toute façon dû changer trois fois d'établissement (F_, puis D_ et enfin E_). Enfin, B_ voyait son fils à raison de deux week-ends sur trois, du vendredi soir au dimanche soir; il ne s'occupait dès lors jamais de le conduire à l'école ou d'aller le chercher.
b)
B_ s'est opposé à l'octroi de l'effet suspensif. Sur le fond, il a conclu au rejet du recours avec suite de frais et dépens. Il a précisé être pleinement impliqué dans la vie scolaire de son enfant et a persisté à soutenir que l'école I_ n'était pas adaptée pour son fils, n'étant pas enregistrée comme école élémentaire.
c)
Par décision
DAS/200/16
du 7 septembre 2016, la Chambre de surveillance a octroyé l'effet suspensif au recours formé par A_ et dit qu'il serait statué sur les frais dans le cadre de la décision au fond.
d)
Le Tribunal de protection a persisté dans les termes de sa décision.
e)
Les parties ont été informées par avis du 18 octobre 2016 de ce que la cause était mise en délibération.
E.
La pédagogie K_ est une méthode d'éducation créée en 1907 par L_, médecin et pédagogue. L'un des points essentiels de cette méthode est d'encourager l'autonomie et l'initiative de l'enfant dès son plus jeune âge, pour faciliter et motiver ses apprentissages et pour favoriser son développement personnel. Cette méthode est aujourd'hui utilisée par près de 20'000 écoles dans le monde (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pédagogie K_).

Considerations:
EN DROIT
1.
1.1
Les dispositions de la procédure devant l'autorité de protection de l'adulte sont applicables par analogie pour les mesures de protection de l'enfant (art. 314 al. 1 CC).![endif]>![if>
Les décisions de l'autorité de protection peuvent faire l'objet d'un recours auprès de la Chambre de surveillance de la Cour de justice (art. 450 al. 1 CC et 53 al. 1 LaCC).
Interjeté par des personnes ayant qualité pour recourir, dans le délai utile de trente jours et suivant la forme prescrite, le recours est recevable (art. 450 al. 2 et 3 et 450b CC).
1.2
Compte tenu de la matière, soumise aux maximes inquisitoire et d'office illimitée, la cognition de la Chambre de surveillance est complète. Elle n'est pas liée par les conclusions des parties (art. 446 CC).
2. 2.1
Le droit d'être entendu est une garantie de caractère formel dont la violation entraîne en principe l'annulation de la décision attaquée indépendamment des chances de succès du recours au fond. Toutefois, une violation pas particulièrement grave du droit d'être entendu peut exceptionnellement être guérie si l'intéressé peut s'exprimer devant une instance de recours ayant libre pouvoir d'examen en fait comme en droit. Même en cas de violation grave du droit d'être entendu, la cause peut ne pas être renvoyée devant l'instance précédente si et dans la mesure où ce renvoi constitue une démarche purement formaliste qui conduirait à un retard inutile, incompatible avec l'intérêt de la partie concernée à un jugement rapide de la cause (ATF
135 I 279
consid. 2.6.1, JT
2010 I 255
).
2.2
En l'espèce, il ressort de la procédure que le Tribunal de protection a imparti un bref délai à A_ pour fournir un accord des deux parties concernant le lieu où C_ serait scolarisé à la rentrée 2016, sans toutefois l'inviter formellement à se prononcer sur la requête formée par le père de l'enfant. A_ a certes adressé des observations et des pièces au Tribunal de protection les 1
er
et 8 août 2016, mais celles-ci n'ont pas été prises en considération. Il y a dès lors lieu de retenir une violation du droit d'être entendue de la recourante. Celle-ci a toutefois pu faire valoir tous ses moyens dans le cadre de son recours, la Chambre de surveillance ayant un pouvoir de cognition complet. Par ailleurs et pour les raisons qui seront exposées ci-après, il ne se justifie pas de retourner la cause au Tribunal de protection, une telle solution étant préjudiciable à l'intérêt de l'enfant, dans la mesure où elle ferait perdurer une situation incertaine.
3. 3.1.1
L'autorité parentale sert le bien de l'enfant (art. 296 al. 1 CC).
Les père et mère déterminent les soins à donner à l'enfant, dirigent son éducation en vue de son bien et prennent les décisions nécessaires, sous réserve de sa propre capacité (art. 301 al. 1 CC).
Les père et mère sont tenus d'élever l'enfant selon leurs facultés et leurs moyens et ils ont le devoir de favoriser et de protéger son développement corporel, intellectuel et moral. Ils doivent donner à l'enfant (...) une formation générale et professionnelle appropriée, correspondant autant que possible à ses goûts et à ses aptitudes (art. 302 al. 1 et 2 CC).
3.1.2
L'autorité de protection de l'enfant prend les mesures nécessaires pour protéger l'enfant si son développement est menacé et que les père et mère n'y remédient pas d'eux-mêmes ou soient hors d'état de le faire. Elle peut, en particulier, rappeler les père et mère (...) à leurs devoirs, donner des indications ou instructions relatives au soin, à l'éducation et à la formation de l'enfant (art. 307 al. 1 et 3 CC).
Selon l'art. 307 al. 1 CC, il faut que le développement de l'enfant, par quoi il faut entendre de manière générale le bien de l'enfant (corporel, intellectuel et moral), soit menacé. Il n'est pas nécessaire qu'il y ait eu atteinte effective et que le mal soit déjà fait. Au titre de la mise en danger du bien intellectuel et moral, il y a lieu de retenir les conflits et blocage sur le choix de la filière de formation (meier, Code civil I, 2010, pichonnaz/foëx (éd.) ad art. 307 n. 5).
3.2
Dans le cas d'espèce, les parties sont en conflit au sujet du lieu de scolarité de leur fils pour l'année scolaire 2016/2017, ce qui a conduit le Tribunal de protection, saisi par le père, à trancher. La Chambre de surveillance ne partage toutefois pas son analyse.
Il ressort en effet de la procédure, élément dont le Tribunal de protection n'a pas tenu compte, que le père, dans un courrier de son conseil du 14 juin 2016, a déclaré que bien que désapprouvant le projet d'inscrire C_ à l'école I_, il n'entendait néanmoins pas s'y opposer. C'est dès lors en contradiction avec sa propre position que B_ a ensuite saisi le Tribunal de protection dans le but de faire interdiction à A_ de procéder à l'inscription souhaitée.
Pour cette seule raison déjà, la décision rendue par le Tribunal de protection doit être annulée, sans qu'il soit nécessaire de lui renvoyer la cause.
Ladite décision est par ailleurs infondée pour d'autres raisons.
Il résulte en effet du dossier que C_ est âgé d'un peu plus de six ans et aurait par conséquent dû intégrer la 3P (anciennement la 1
ère
primaire) dans le canton de Genève. Il s'agit certes du premier degré élémentaire et non plus de la maternelle, mais à ce stade les exigences sont modestes, les enfants commençant à peine à apprendre à lire et à écrire et à faire des opérations de calcul très simples, certains élèves étant plus avancés que d'autres, en fonction notamment de leur environnement familial et des sollicitations et encouragements qu'ils reçoivent dans ce cadre. Pour le surplus, l'apprentissage porte encore essentiellement sur les règles de la vie en communauté et la socialisation. Il découle de ce qui précède que les craintes exprimées par le père portant sur le niveau insuffisant de l'école I_ par rapport aux besoins de son fils paraissent injustifiées. La méthode d'apprentissage K_, qui favorise l'initiative et l'autonomie des enfants, est par ailleurs une méthode reconnue, adoptée dans de nombreuses écoles dans le monde entier, de sorte que l'inscription de C_ dans un établissement appliquant cette pédagogie n'est pas susceptible de prétériter la suite de son parcours scolaire. Pour le surplus, l'école I_ est située à une distance raisonnable du domicile de l'enfant et la mère s'est engagée à prendre en charge les trajets, de sorte que B_ n'aura pas à s'en occuper. Il en va de même des frais d'écolage, que A_ a déclaré vouloir assumer seule. S'agissant enfin du changement d'établissement scolaire, il y a lieu de relever que C_ pourra conserver des liens avec les enfants vivant à proximité de son domicile, ce qui facilitera son retour dans l'école communale de D_ l'année prochaine. Il convient en outre de ne pas sous-estimer la capacité d'adaptation des jeunes enfants.
Il résulte de ce qui précède qu'aucun argument majeur ne justifie qu'il soit fait interdiction à A_ d'inscrire C_ au sein de l'école I_, une telle décision n'apparaissant pas contraire aux intérêts de l'enfant. La décision attaquée devra par conséquent être annulée pour ce motif également.
4.
La procédure est gratuite s'agissant de mesures de protection de l'enfant (art. 81 LaCC).
* * * * *