Decision ID: 3827a0d9-fa5a-41fa-a9f5-178a16965e14
Year: 2021
Language: fr
Court: VS_BZG
Chamber: VS_BZG_005
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
Faits
A. D’origine III, X _, née xxx, est née le xxx. Elle est arrivée en Suisse en xxx.
En xxx, elle a connu son futur époux, H _, qu'elle a épousé en xxx. Elle a 2
enfants, AAAA _, née en xxx, et GGG _, né en xxx.
Selon elle, lors de sa venue en Suisse, X _ a travaillé «xxx» comme femme
de ménage. Après son déménagement en Valais en novembre xxx, X _ n'a
pas retrouvé de travail ; elle était enceinte. Après la naissance de son fils
GGG _, né le xxx, elle s'est consacrée à l'éducation de ses enfants et à la
tenue de son ménage.
B. Souffrant d'une malformation des hanches depuis sa naissance, X _ a
déposé une demande de prestation AI. En juin 2005, elle a déposé une demande de
rente AI, en raison d'une dysplasie sévère des deux hanches et d'une arthrose de
hanche bilatérale. Par décision du 28 mars 2006, l'Office cantonal AI du Valais lui a
refusé tout droit à une rente, confirmée le 29 juin 2006, considérant qu'elle présentait
une invalidité de 14 % largement inférieure à la limite de 40 % décisive pour l'octroi d'une
telle prestation (pce 2). Elle a recouru auprès du Tribunal cantonal des assurances,
lequel a rejeté son recours par jugement du 19 décembre 2006 (pce 3).
C. En 2007, le Dr Q _, médecin traitant de X _, a adressé sa patiente
au service d’orthopédie et de traumatologie de Y _ (actuellement
Y _) (Dr P _) (pce 4). L’intervention préconisée par le
Dr Q _ était destinée à améliorer la mobilité de X _ (H _,
R. 2). Le 3 mai 2007, le Dr P _ a établi un rapport à l'attention du
Dr Q _, dans lequel le Dr P _ indiquait une arthroplastie de la hanche
droite ; il retenait la date du 5 septembre 2007 pour l'opération (pce 4). Le
Dr P _ a discuté des risques avec X _, dont les risques d’infections
(p. 56). X _ indique que les conséquences d’un échec ne lui ont pas été
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exposées (X _, R. 16 s.). L'opération, n’a pas eu lieu à cette date, en raison
d’un déménagement.
D. En mai 2008, X _ a à nouveau consulté le Dr P _ auprès de
Y _ (pce 5). Dans sa lettre du 14 mai 2008 adressée au Dr Q _, le
Dr P _ a planifié la date opératoire pour l'arthroplastie de la hanche droite au
27 août 2008 (pce 5). Selon X _, le Dr P _ a qualifié l’intervention
de «banale et courante» (H _, R. 3 ; H _, R. 12). Le Dr P _
ne se souvient pas du vocabulaire utilisé ; il n’a pas nié avoir fait usage de ces termes.
Selon X _, avant l'intervention, X _ se déplaçait sans moyen
auxiliaire et pouvait descendre et monter les escaliers. Selon elle, avant l'intervention,
X _ ne souffrait que d'une faible limitation dans les activités du ménage (pce
2). Selon elle, l'intervention avait pour but d'améliorer la capacité de déplacement et la
capacité de travail de X _. Selon elle, X _ n'a pas été complétement
informée des risques et des conséquences de l'intervention. Selon elle, X _
n'a pas été en mesure de donner son consentement éclairé. H _ était présent
lorsque le Dr P _ l’a rendue attentive aux conséquences de l’opération
(H _, R. 4). Selon H _, il a invoqué des conséquences basiques,
que X _ aurait mal et que cela prendrait du temps pour se remettre, mais pas
qu’elle puisse se retrouver en chaise roulante (H _, R. 4).
E. Le 27 août 2008, X _ a subi l'intervention d'arthroplastie totale de la hanche
droite pratiquée par le Dr P _ au service d'orthopédie de Y _, à
I _ (pce 6). H _ n’était pas présent à I _ (H _, R.
10). Le protocole opératoire établi par le Dr P _ décrit l'intervention comme
suit : «Installation en décubitus latéral gauche. Incision centrée sur le grand trochanter.
Discision du tissu sous-cutané centimétrique. Fascia tata tendu et fin. On retrouve un
tendon conjoint millimétrique qui est dégagé avec un capot osseux à la rugine à cotyle.
Luxation aisée de la hanche et recoupe du moignon de col fémoral à environ 1 cm du
petit trochanter. A la révision, le cotyle est complètement dysplasique et plat. Fraisage
en profondeur et en hauteur en débutant par une fraise 36 jusqu'à une taille 42. Essai
42 avec relativement peu de tenue sur un mur antérieur excessivement faible. On
poursuit le fraisage jusqu'à une taille 44 avec une tenue modérée, raison pour laquelle
on met en place une vis de 35 qui assure cette fois une stabilité satisfaisante. Mise en
place de l'insert Polyéthylène pour une tête 22. Préparation du fût diaphysaire avec
ouverture au ciseau Gouge, puis alésage à la queue de rat. Essai sur une Conus 13,
tête 22, col S permettant de regagner la longueur sans flessum de hanche. Bonne
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stabilité en extension rotation externe d'au moins 30 degrés et en flexion, les rotations
restent difficilement testables. Mise en place d'une Conus 13 définitive sur un col S.
Lavage, fermeture plan par plan avec un Redon sous-facial. Agrafes à la peau» (pce 6).
Selon X _, immédiatement après l'opération, X _ a subi un état de
choc hémorragique (pce 6). Le Dr P _ a dit à H _ avoir hésité à finir
l’opération (H _, R. 11) et l’a terminée car l’opération était prêt de son terme
(H _, R. 12). Selon H _, le Dr P _ n’a pas été en mesure
de découvrir la cause de l’hémorragie (H _, R. 13). Le protocole opératoire
décrit la situation comme suit : «En post-opératoire immédiat, cette patiente, tachycarde,
développe une hypotension majeure ne répondant pas à un remplissage rapide ainsi
qu'à l'administration d'au moins 4 culots érythrocytaires. On pratique une radiographie
de contrôle qui est satisfaisante avec cupule en place et tige adaptée bien qu'un peu en
valgus. Devant une distension abdominale, un ultrason est effectué qui confirme du
liquide libre dans l'abdomen. Dans ce contexte, chez une patiente en état de choc après
contact, un transfert à l'hôpital de B _ est ordonné pour contrôle de
l'hémostase intra-abdominale à la recherche d'une lésion de l'artère iliaque interne
versus plexus sacré» (pce 6). X _ est transportée d'urgence depuis
I _ au centre hospitalier de B _ (pce 6). Selon X _, durant
le transfert en ambulance, les transfusions sanguines ont été interrompues. Elle est
arrivée à l’hôpital de B _ en choc hémorragique (p. 59).
F. Le même jour, soit le 27 août 2008, X _ a subi une nouvelle intervention
pratiquée par le Prof. S _ à l'hôpital de B _ ; elle est décrite comme
suit : « en urgence laparotomie exploratrice, hémostase d'une déchirure des veines
iliaque droite» (pce 7). Le protocole opératoire décrit la situation comme suit: «Il s'agit
d'une patiente aux antécédents d'opérations pour dysplasie des hanches bilatérales et
césarienne qui a présenté au cours d'une prothèse de hanche un état de choc
hypovolémique. L'ultrason pratiqué à I _ démontre la présence de liquide libre
intra-abdominal. La patiente est transférée en urgence au bloc opératoire de
B _. Lors de son admission, elle est tachycardique. Après désinfection et
champtage habituelles, laparotomie médiane xipho-pubienne, évacuation d'un
hémopéritoine important. La source hémorragique se situe dans la fosse iliaque droite
où l'utérus présente des adhérences cicatricielles intimes avec la région de la lacune
vasculaire. Les artères iliaques communes et externe et interne sont démontrées : il n'y
a pas de lésion mais les veines iliaque externe et iliaque commune sont arrachées. On
retrouve le moignon sur le versant cave de l'iliaque commune qui mesure environ 1 cm.
Il est contrôlé par application d'un clamp. Distalement au niveau de la lacune vasculaire,
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l'hémostase est obtenue par application de quelques points de Prolène 4.0. La veine
iliaque interne n'est pas retrouvée. Fermeture du moignon iliaque et commune droit par
un surjet de Prolène 4.0. Rinçage de la cavité, Il n'y a pas d'autres sources
hémorragiques. La parostome est équipé par un pansement VAC. La patiente est
transférée aux soins intensifs» (pce 7).
Selon X _, lors de l'intervention du 27 août 2008 par le Prof. S _, une
ligature de la veine iliaque externe, ainsi qu'une ligature de l'artère iliaque interne droite,
ont été effectuées (pce 7). Selon elle, il en résulta une thrombose complète de l'axe
veineux profond (pce 8).
G. Le lendemain, 28 août 2008, le Prof. S _ a procédé à une «re-laporotomie
de second-look avec dépacking et lavage abdominal». Un pontage veineux entre les
veines fémorales superficielles droite et gauche a été confectionné à l'aide de la veine
saphène interne gauche selon Palma. Une fistule artério-veineuse entre la veine
saphène interne distale et l'artère tibiale postérieures droites a été confectionnée (p. 60).
L'intervention est décrite dans le protocole opératoire du Prof. S _ et du
Dr LL _ du 28 août 2008 (pce 8). Ce protocole opératoire définit l'intervention
comme suit : «re-laparotomie de second-look avec dépacking et lavage abdominal.
Confection d'un pontage veineux entre les veines fémorales superficielles droite et
gauche à l'aide de la veine saphène interne gauche selon Palma. Confection d'une fistule
artério-veineuse entre la veine saphène interne distale et l'artère tibiale postérieure
droite» (pce 8).
H. Selon le rapport du Prof. AA _, expert, l'intervention d'arthroplastie de la
hanche a été à l'origine de complications : une hémorragie per et post-opératoire située
au niveau du petit bassin survenue avec certitude durant l'intervention orthopédique ;
une lésion du nerf fémoral (qui peut s'être produite tant durant l'intervention
d'arthroplastie, que durant les deux interventions du Prof. S _) et une inégalité
de longueur des membres inférieurs de 2 cm en défaveur de la gauche (survenue durant
l'intervention d'arthroplastie totale de la hanche du 27 août 2008) (p. 767). Selon le
Prof. AA _, expert, plusieurs éléments peuvent expliquer la lésion vasculaire
survenue durant l'intervention du Dr P _. L'hémorragie a pu être provoquée
par une déchirure des veines lors de l'introduction d'une mèche à travers la cupule
acétabulaire préalable à l'introduction d'une vis. Elle a également pu être provoquée par
la mise en place d'un écarteur impacté dans l'os iliaque, mais également par un écarteur
placé en avant du lacetabulum. Finalement, les veines iliaques ont pu se déchirer du fait
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de l'allongement au niveau de la hanche (p. 763 s.). Quant à la lésion du nerf fémoral, il
n'est pas possible, selon le Prof. AA _, de déterminer si elle s'est produite en
raison de la première, de la deuxième ou de la troisième intervention chirurgicale. Dite
lésion a pu être provoquée lors de la mise en place d'un écarteur durant l'intervention du
Dr P _, par la traction sur le nerf, résultant de l'allongement du plus de 3 cm,
mais également lors de la première ou de la deuxième intervention du Prof. S _
(p. 764). L'inégalité de longueur des membres inférieurs serait due à une erreur
d'appréciation commise par les opérateurs durant l'intervention d'arthroplastie du 27 août
2008 selon le Prof. AA _, expert (p. 771). Il est possible, selon le
Prof. AA _, que l'allongement excessif au niveau de la hanche droite durant
l'intervention orthopédique soit à l'origine des lésions vasculaires et neurologiques dont
souffre X _ (p. 767).
Selon X _, les deux interventions chirurgicales du 27 août et du 28 août 2008
réalisées à l'Hôpital de B _ ont été à l'origine des complications suivantes : un
thrombus veineux de la veine fémorale droite, une insuffisance rénale aiguë, une
coagulation intravasculaire disséminée, une thrombocytose réactionnelle (p. 761).
Selon le Prof. AA _, expert, X _ souffre des séquelles, sans doute
directement ou indirectement consécutives à l'intervention d'arthroplastie totale de la
hanche droite : « plégie du muscle quadriceps droit, liée à une lésion du nerf fémoral
droit qui n'a pas récupéré ; inégalité de longueur des membres inférieurs en défaveur de
la gauche de 2 cm ; status cicatriciel abdominal lié aux interventions de chirurgie
vasculaire ; état dépressif » (p. 775). Selon le Prof. AA _, expert, les séquelles
entraînent une invalidité actuelle, un état de dépendance et une incapacité de travail
évaluées selon lui à 100% (p. 775).
I. X _ a séjourné aux soins intensifs du 27 au 30 août 2008, date de son
transfert au SCC (orthopédie) (pce 9). Le résumé de ce séjour aux soins intensifs a été
établi par le Dr MM _ le 27 octobre 2008 (pce 11). X _ a séjourné
ensuite dans le département de chirurgie jusqu'au 11 septembre 2008 (pce 9). Elle a
ensuite été transférée en orthopédie, à I _, où elle a séjourné jusqu'au
7 octobre 2008 (pce 10).
J. Selon X _, une parésie quadricipitale gauche secondaire a été évoquée
dans la discussion mais ne le figurait pas dans le diagnostic de sortie. Le rapport du 22
octobre 2008 à l'attention du Dr Q _ indique : «Sur le plan orthopédique, la
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patiente bénéficie d'un programme de physiothérapie actif avec marche en charge
progressive. A noter une parésie quadricipitale gauche secondaire pour laquelle un
ENMG est prévu.» (pce 10).
X _ a ensuite séjourné, du 7 octobre au 11 novembre 2008, à la clinique
J _, avant de rentrer à son domicile (pce 13).
Le 7 novembre 2008, un ENMG, a été effectué, examen dont la conclusion est la
suivante : «Le bilan électroclinique actuel démontre l'existence d'une neuropathie
fémorale droite par axonotmésis totale ou neurotmésis, en l'absence de tout indice de
processus de réinnervation. L'atteinte est inguinale et les fibres destinées à l'iliopsoas
sont indemnes, de même que les autres branches du plexus lombo-sacré. Une
exploration est souhaitable» (pce 16). Selon X _, cette exploration chirurgicale
du nerf fémoral n'a pas été exécutée et aucune suite n'a été donnée au diagnostic posé
durant le séjour à la clinique J _. Le 25 novembre 2008, la clinique
J _ a établi son rapport de sortie (pce 13). Dans l'appréciation et discussion
du cas, il est indiqué : «Objectivement, on retient des cicatrices postopératoires
érythémateuses et hypertrophiques, une parésie quadricipitale droite avec également
des troubles sensitifs dans le territoire du nerf fémoral droit et une limitation de la mobilité
de la hanche droite antérieure à l'intervention» (pce 13). Au sujet de l'évolution durant le
séjour, il est indiqué : «Au terme du séjour soit à 2 mois de l'arthroplastie aucune
récupération neurologique n'est observée. La force motrice reste à MO pour le
quadriceps à droit, l'hypomyotrophie devient de plus en plus manifeste mais le tonus
reste normal. La force motrice au niveau des extenseurs est préservée. Le trouble
sensitif à type d'hypoesthésie tacto-algique dans le territoire du nerf fémoral est
superposable. Ceci pose l'indication à un bilan d'investigation pour cibler mieux la région
de compression mécanique sur le trajet du nerf fémoral. Les divers examens d'imagerie
permettent de retenir la présence d'un placard cicatriciel granulomateux et/ou fibreux
engainant le paquet vasculonerveux fémoral droit à la hauteur du pli inguinal. Le pontage
électromyogrammé a été réalisé le 07.11.2008. Celui-ci démontre la persistance d'une
neuropathie fémorale droite par axonotmnésis avec absence de tout signe de
réinnervation. Le dossier a été rediscuté avec le Dr U _. L'indication à une
réexploration de la région inguinale en vue d'une neurolyse ou une greffe nerveuse est
retenue sans qu'une date opératoire ne soit pour le moment fixée» (pce 13). Ce même
rapport formule des propositions thérapeutiques à la sortie, notamment un rendez-vous
de consultation avec le Dr U _ après discussion au colloque multidisciplinaire
(pce 13). Le rendez-vous de consultation avec le Dr U _ n'a pas eu lieu. Selon
- 51 -
X _, on ignore si le colloque multidisciplinaire a traité du cas de X _.
Selon elle, le rapport médical établi avant l'intervention du 27 octobre 2008 précise : «A
relever qu'avant l'intervention la patiente se déplaçait sans moyen auxiliaire et pouvait
descendre et monter les marches d'escaliers».
K. En décembre 2008, X _ a déposé une nouvelle demande de rente AI. Au
début de l'année 2010, l'AI a octroyé à X _ les moyens auxiliaires demandés
(lit électrique et chaise roulante). A la demande de l'Office cantonal AI, une expertise
médicale pluridisciplinaire a été confiée au Dr AAA _ assisté du
Dr CCCC _ pour le consilium psychiatrique (pce 23). Dans son rapport, le
Dr AAA _ a écrit : «Le pronostic, aussi bien dans le domaine somatique que
psychique est très sombre. En particulier on voit mal quel chirurgien oserait dans ce
contexte, «s'embarquer» dans une opération de la hanche gauche. En ce qui concerne
l'exigibilité professionnelle, il ne fait aucun doute que sur le plan somatique aucune
activité n'est exigible de cette femme prostrée en chaise roulante et souffrant de
pathologies particulaires multiples. Le Dr CCCC _ confirme cette appréciation
considérant lui aussi qu'une incapacité de travail de 80 % est à reconnaître à l'assurée»
(pce 23). Dans des remarques, s’agissant des traitements précédents, le
Dr AAA _ relève : «Le terme «efficacité» semble peu approprié, puisque
l'assurée souffre surtout de complications iatrogènes ! On peut dire que les traitements
ont été tout à fait «inefficaces»» (pce 23). S’agissant des limitations fonctionnelles,
justifiées par les pathologies médicales objectives, le Dr AAA _ a indiqué : «La
réponse à cette question n'est pas facile. Il existe d'indiscutables limitations, liées à
l'échec de la prothèse de la hanche droite, à la coxarthrose gauche à la pathologie
lombaire. Mais il existe aussi des auto-limitations entraînant un comportement d'invalide
absolue, lié probablement aux affections psychiatriques» (pce 23). Le
Dr AAA _ a conclu que la capacité de travail de X _ était nulle depuis
l'opération d'août 2008 (pce 23). S’agissant du plan psychiatrique, le
Dr CCCC _ a conclu : «L'état dépressif sévère qui s'est installé dans un
contexte défavorable et qui résiste au traitement détermine une incapacité de travail
d'environ 80 %, quelle que soit la profession et ceci pour un longue période» (pce 23).
Le Dr CCCC _ pose le diagnostic psychiatrique de «troubles dépressifs
majeurs sévères F32.8» (pce 23).
L. Dans son rapport du 4 janvier 2011, le Dr BBB _ du DDDD _ a
indiqué que le rapport d'expertise pluridisciplinaire était «complet, clair et convaincant».
Selon lui, «la capacité de travail de X _ est nulle dans toute activité depuis le
- 52 -
27 août 2008 et de manière durable» (pce 24). Dans son rapport, le Dr BBB _
a estimé que l'on est en présence d'une aggravation de l'état de santé De X _
depuis le 28 août 2008 (pce 24). A la question de savoir si l'aide de tiers pour accomplir
les actes de la vie quotidienne était justifiée médicalement, le Dr BBB _ a
répondu par l'affirmative sur la base des documents médicaux à disposition et a estimé
que les empêchements au ménage estimés à 70% étaient justifiés par les troubles
psychiatriques (pce 24). Dans son appréciation du cas, l'expert AAA _ a
résumé la situation de X _ : «X _ est une femme âgée de xxx ans,
d'origine III _. Elle souffrait d'une coxarthrose bilatérale sur dysplasie et a subi
une intervention chirurgicale au niveau de la hanche droite en août 2008, à savoir une
prothèse totale de hanche. Cette opération s'est déroulée dans des conditions
«dramatiques» selon l'assurée et son mari, avec état de choc hémorragique sur lésion
de la veine iliaque et laparotomie en urgence. En outre une parèse complète du nerf
fémoral est aussi survenue, dont l'assurée n'a en rien récupéré. Depuis lors, la vie de
cette assurée a «basculé» et X_ a «craqué» aussi bien moralement que
physiquement. Elle présente certes des séquelles invalidantes au niveau du membre
inférieur droit notamment une parèse complète du nerf fémoral. Mais ceci n'explique que
partiellement les innombrables limitations fonctionnelles et surtout l'impotence
fonctionnelle totale du membre inférieur droit. X_ présente à gauche une
coxarthrose de gravité moyenne sur dysplasie. En général, ces coxarthroses sont assez
bien «tolérées», car elles surviennent lentement depuis l'enfance et permettent de
notables phénomènes d'accoutumance et d'adaptation. Or, X_ ne peut
absolument pas s'appuyer sur sa jambe gauche. L'assurée semble surtout avoir sombré
dans un état d'abandon et de prostration, qui seul peut expliquer sa faiblesse générale,
notamment au niveau des membres supérieurs. En outre, elle a adopté un
comportement invalide totale, qui l'a rendue tributaire d'une chaise roulante et
dépendante des autres dans la vie courante» (pce 23).
X _ a été mise au bénéfice d'un droit à une rente entière d'invalidité à partir du
1er août 2009 (pce 25). X _ a également obtenu l'octroi d'une allocation pour
impotent (pce 26).
M. Selon X _, l'équipe chirurgicale de l'Hôpital de I _ ne possédait
pas l'expertise dans la prise en charge de dysplasie importante de la hanche, en
particulier après ostéotomie du bassin. En cas de survenance d'un problème majeur,
comme celui du 27 août 2008, les patients doivent être transférés d'un site à l'autre (ici
de I _ à B _) dans des situations d'extrême urgence. Selon
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X _, cette solution de transfert intersite dans des situations d'urgence n'est pas
appropriée et comporte des risques importants. Selon X _, les transfusions
sanguines n'étaient pas assurées durant ce transfert. H _ n’était alors pas
présent (H _, R. 15). Selon lui, il y avait les médecins et les infirmiers
(H _, R. 16). On n’a pas dit à H _ si X _ a bénéficié d’un
apport sanguin durant le transfert (H _, R. 17). A B _, il a vu son
épouse aux soins intensifs (H _, R. 18).
Selon X _, la préparation de l'intervention et le transfert d'urgence n'ont pas
été exécutés conformément aux règles de l'art. Selon X _, lors de l'intervention
urgente du 27 août 2008, le Prof. S _ aurait dû pratiquer une reconstruction
primaire plutôt que d'effectuer une ligature de la veine iliaque externe. Selon
X _, lors de l'intervention du 28 août 2008, les assistants du Prof. S _
ont bloqué le nerf iliaque en procédant à une couture avec du fil plutôt que de poser des
agrafes. Selon X _, les médecins de Y _ n'ont pas effectué de prise
en charge qui aurait permis de récupérer après les incidents des interventions des 27 et
28 août 2008. Le Prof. S _ et les médecins de Y _ n'ont pas proposé
de prise en charge de la patiente dans un hôpital universitaire. Selon X _, ces
lacunes dans la prise en charge constituent une faute ou à tout le moins une négligence
grave. Selon X _, la lettre de sortie avant le transfert en orthopédie à
I _, le 11 septembre 2008, ne fait pas mention de troubles neurologiques.
Selon X _, le diagnostic neurologique est manifestement méconnu alors même
qu'il ne peut être que consécutif à l'une des interventions pratiquées les 27 et 28 août
2008. La lettre de sortie du service d'orthopédie à I _ évoque une parésie
quadricipale gauche secondaire et un EMG est prévu. Selon X _, aucune suite
n'y a été donnée. Selon X _, la parésie apparaît dans la discussion mais ne
figure pas dans le diagnostic. Selon X _, un EMG du 7 octobre 2008 parle d'un
axonotmésis total ou neutomésis du nerf fémoral droit. Durant le séjour à la SUVA,
l'indication d'une exploration chirurgicale est retenue au vu de la persistance des troubles
neurologiques. Selon X _, aucune date pour l'intervention n'a été fixée. Le 10
octobre 2008, la Dresse UU _ et le Dr WWW _ posent dans leur
rapport l'indication d'une exploration chirurgicale du nerf fémoral. Selon X _,
aucune suite n'y a été donnée. Le 7 novembre 2008, le Dr CCC _ a indiqué
qu'une exploration est souhaitable. Selon X _, aucune révision neurologique
n'a cependant été effectuée.
- 54 -
N. X _ se déplace aujourd'hui la plupart du temps en chaise roulante. La
possibilité de se déplacer avec des béquilles est limitée (p. 757). Son mari s'occupe de
sa toilette, de l'habiller et répond à toutes ses demandes. Elle a besoin de la présence
continuelle de ce dernier. C'est lui qui exécute toutes les tâches ménagères et
éducatives. Il doit l'assister dans chacun de ses déplacements (H _, R. 26 à
30). Le taux d'incapacité de X _ à effectuer les tâches ménagères a été évalué
par l'Office cantonal AI à 70% (p. 129).
O. Selon le Prof. AA _, X _ « présente des troubles mnésiques
sévères, elle est ralentie, elle paraît profondément déprimée, complètement
déboussolée depuis quelques années par ce qui lui arrive » (p. 757). Selon le rapport de
l'Office cantonal AI du 1er décembre 2008, « en bonne santé, pour des questions
financières et en raison de l'état de santé fluctuant de son mari, l'assurée aurait travaillé
à temps plein dès la fin de son traitement médical [ ... ]. L'assurée précise qu'elle
souhaitait chercher du travail dans l'administratif simple, comme réceptionniste, voire en
rapport avec la couture » (p. 98 s.).
Outre les limitations physiques et somatiques, il existe des limitations découlant de
l'affection psychiatrique dont souffre X _ (pce 23). X _ se trouve dans
un état dépressif sévère. Avant les interventions du 27 août et du 28 août 2008,
X _ ne présentait pas de problème de nature neurologique au niveau des
membres inférieurs (p. 773). Elle était capable de marcher sans canne, bien qu'elle
souffrait de douleurs mécaniques importantes (p. 773). Elle pratiquait le vélo, la
trottinette, l'équitation, le basket et apprenait à conduire (p. 754). Elle n'avait jamais
souffert de problèmes dépressifs ou de nature psychiatrique (p. 754, 762).
Selon X _, sa situation de santé entraîne une incapacité de travail quelle que
soit l'activité envisagée (pce 23). Selon X _, les auto-limitations découlant des
troubles dépressifs entraînent un comportement d'invalidité absolue (pce 23). Selon
X _, depuis son retour à la maison, X _ n'a plus été en mesure
d'exercer les tâches ménagères (H _, R. 29). Selon X _, depuis son
retour à la maison, son mari H _ tient le rôle d'homme au foyer et s'occupe de
son épouse et de ses enfants. Selon X _, depuis l'hospitalisation de son
épouse en octobre 2008, puis son retour au domicile en novembre 2008, H _
s'est intégralement consacré aux soins apportés à son épouse et aux tâches ménagères
(H _, R. 29). Selon X _, il en est également ainsi depuis le
déménagement de la famille à D _ en 2010. Selon X _, H _
- 55 -
s'occupe de la toilette de son épouse, l'habille et répond à ses demandes permanentes
(H _, R. 31). Selon X _, c'est lui qui prépare les repas (H _,
R. 32). Selon X _, c'est lui qui fait les courses (H _, R. 34). Selon
X _, c'est lui encore qui fait la lessive et s'occupe du linge (H _, R.
33). Selon X _, c'est lui qui effectue les tâches en relation avec les soins et
l'assistance fournie au enfants (H _, R. 35). Selon X _, H _
consacre ainsi une centaine d'heures par mois aux tâches domestiques (H _,
R. 36).
Selon le Prof. GG _, expert, « le fait de ne pas avoir insisté plus sur la
reconstruction du nerf fémoral a [ ... ] pris la seule chance de récupération et d'améliorer
de la fonction de la jambe. Une re-opération dans le site de la veine iliaque lésée pour
reconstruire le nerf fémoral est certainement un challenge, mais que l'expérience et une
approche d'équipe de spécialistes interdisciplinaire permet de maîtriser avec un risque
résiduel, faible, bien acceptable »; « une consultation et éventuellement une révision
combinée vasculaire et neurochirurgicale du nerf fémoral dans un centre spécialisé
aurait dû être recommandée vivement » et qu' « on aurait éventuellement dû persévérer
» (expertise du GG _ 28.8.2019). Selon le Prof. AA _, « Le
Dr P _ a contacté à plusieurs reprises le Prof. S _ afin de discuter
d'une révision chirurgicale en raison de l'atteinte neurologique du membre inférieur droit.
L'indication à une telle intervention n'a pas été retenue [ ... ] ; il a été décidé de ne pas
réviser ce nerf compte tenu des faibles chances de succès d'une suture nerveuse à ce
niveau » (p. 756). Le rapport médical du 5 février 2009 du Prof. W _ fait état
de la « réticence » du Prof. S _ à retourner dans cette région (p. 166). Le Prof.
W _ avait proposé une reconstruction du nerf, même tardive, en présence d'un
axonotmesis. Le Dr U _ avait également préconisé une nouvelle intervention
pour le nerf crural droit de X _ ; le Prof. S _ a trouvé opportun de ne
pas intervenir chirurgicalement chez X _ à l'époque (Dr U _
20.3.2020, R. 3). X _, en discutant avec le Dr U _, était prête à subir
une nouvelle intervention (H _, R. 9). Selon le Prof. AA _, le
pronostic de récupération de la lésion sensitive et motrice du nerf fémoral peut être
considéré comme nul (p. 764). Selon le Prof. GG _, l'atteinte neurologique
cérébrale et ses conséquences à long terme ont certainement été sous-estimées ; un
accompagnement spécifique des fonctions neuropsychologiques en respectant la
probable encéphalopathie cérébrale suite au choc aurait certainement été bénéfique
selon lui (GG _, 28.8.2019, p. 7).
- 56 -
P. X _ bénéfice d'une rente entière d'invalidité depuis le 1er août 2009, laquelle
se monte à environ 644 fr. par mois (p. 556 du dossier AI). En outre, une allocation pour
impotent d'un montant de 1'160 fr. par mois lui est allouée depuis le 8 août 2009 (p. 552
do AI).
Q. Le tribunal retient les expertises circonstanciées des experts AA _ et
GG _, reproduites plus haut (cf. xxx).
En droit
1.1. La responsabilité des collectivités publiques cantonales, des fonctionnaires et des
employés publics des cantons à l'égard des particuliers pour le dommage qu'ils causent
dans l'exercice de leur charge est en principe régie par les art. 41 ss CO, mais les
cantons sont libres de la soumettre au droit public cantonal en vertu des art. 59 al. 1 CC
et 61 al. 1 CO (ATF 128 III 76 consid. 1a; 127 III 248 consid. 1b ; arrêt 4A_547/2019 du
9 juillet 2020, consid. 4.1). Lorsque le canton adopte une réglementation, la
responsabilité de la collectivité publique et de ses agents est donc soumise au droit
public cantonal. Si celle-ci renvoie aux dispositions du Code des obligations, celui-ci
s'applique à titre de droit cantonal supplétif (ATF 126 III 370 consid. 5). A la différence
du droit privé qui subordonne la responsabilité aquilienne à une faute (art. 41 CO), le
droit cantonal n'exige, pour engager la responsabilité de l'État, qu'un acte objectivement
illicite, un dommage et un lien de causalité entre l'un et l'autre (arrêt 4A_132/2014 du 2
juin 2014 consid. 2.1 et les arrêts cités). Les dispositions du Code des obligations
relatives aux obligations résultant d'actes illicites sont, au surplus, applicables par
analogie à titre de droit cantonal supplétif.
Y _ est un hôpital de droit public. L'activité hospitalière relève de la
compétence souveraine de l'Etat et non pas de l'exploitation d'une industrie. Le
traitement des malades dans les hôpitaux publics est une tâche publique (ATF 122 III
101, 105 ; ATF 115 lb 175, 179 ; CR CO I - WERRO, n. 10 ss ad art. 61 CO). La
responsabilité découlant de cette activité échappe à la responsabilité contractuelle de
droit privé.
- 57 -
L'Etat et les collectivités communales répondent du dommage causé illicitement à un
tiers par un agent dans l'exercice de sa fonction (art. 4 LRCPA). L'agent n'est pas tenu
personnellement envers le lésé de réparer le dommage. Il ne peut être appelé en
garantie par la collectivité publique (art. 5 LRCPA). Le tribunal peut, en tenant compte
de circonstances particulières, allouer à la victime de lésions corporelles ou, en cas de
mort d'homme, à la famille, une indemnité équitable à titre de réparation morale, dans la
mesure où il y a eu faute de l'agent (art. 6 LRCPA). Les dispositions du Code des
obligations sont applicables à titre de droit cantonal supplétif (art. 9 LRCPA). La
responsabilité causale (ou objective) suppose la réunion de trois conditions, un acte
illicite, un dommage et un rapport de causalité (naturelle et adéquate) entre l'acte illicite
et le dommage (ATF 133 III 462, consid. 4.1). Une indemnité pour tort moral à la victime
de lésions corporelles exige, en plus, une faute de l'agent (art. 6 LRCPA ; C1 14 257, 27
mai 2016, consid. 10.1 ; GUILLOD, La responsabilité dans les hôpitaux publics, La
responsabilité de l'Etat, 2012, p. 247 et 269).
1.2. Celui qui ouvre action en dommages-intérêts allègue et prouve tous les faits
constitutifs de la norme de responsabilité, l'acte illicite, le dommage et le lien de causalité
entre l'acte illicite et le dommage (art. 8 CC). Il supporte le fardeau de la preuve de
chacun des faits ; si le juge ne parvient pas à une conviction, s'il n’est pas à même de
déterminer si chacun de ces faits s’est produit ou ne s’est pas produit, il doit statuer au
détriment du lésé (arrêt 4A_431/2015 du 19 avril 2016, consid. 5.1 ; ATF 132 III 689,
consid. 4.5 ; ATF 126 III 189, consid. 2b). S’agissant du degré de la preuve, le
demandeur apporte une preuve stricte, confinant à la certitude. Ce degré est atteint
lorsque le tribunal n'a plus de doute sérieux quant à l’existence de faits allégués ou que
les doutes subsistants apparaissent faibles. Ce degré de certitude devrait atteindre 90%
(JUVET, Degré de la preuve en droit de la responsabilité civile, plus particulièrement sous
l'angle de la causalité, Berne 2012, p. 205 ss, 206). Lorsqu'une preuve absolue ne peut
pas être exigée, on applique la vraisemblance prépondérante ou haute vraisemblance
(JUVET, op. cit., p. 207). S’agissant de la preuve par indices, la vraisemblance
prépondérante suppose que des motifs importants plaident objectivement pour
l'exactitude d'une allégation, sans que d'autres possibilités ne revêtent une importance
significative ou n'entrent raisonnablement en considération. Le taux de probabilité
correspondant à la haute vraisemblance est d'au moins 75% (JUVET, op. cit., p. 207 s. ;
HIRSIG-VOUILLOZ, La responsabilité du médecin, p. 100).
- 58 -
2. En responsabilité médicale, l'illicéité peut reposer sur deux sources : la violation des
règles de l'art, d'une part, et la violation du devoir de recueillir le consentement éclairé
du patient, d'autre part (TF 4A_547/2019 du 9 juillet 2020, c. 4.2). Une atteinte à l'intégrité
corporelle, à l'exemple d'une intervention chirurgicale, est illicite à moins qu'il n'existe un
fait justificatif (ATF 133 III 121 consid. 4.1.1 p. 128).
3.1. S’agissant du devoir d’information, dans le domaine médical, la justification de
l'atteinte réside le plus souvent dans le consentement du patient; pour être efficace, le
consentement doit être éclairé, ce qui suppose de la part du praticien de renseigner
suffisamment le malade pour que celui-ci donne son accord en connaissance de cause
(ATF 133 III 121 consid. 4.1.1 p. 129). Le devoir d'information du médecin résulte
également de ses obligations contractuelles (ATF 133 III 121 consid. 4.1.2 p. 129). Le
médecin doit donner au patient, en termes clairs, intelligibles et aussi complets que
possible, une information sur le diagnostic, la thérapie, le pronostic, les alternatives au
traitement proposé, les risques de l'opération, les chances de guérison, éventuellement
sur l'évolution spontanée de la maladie et les questions financières, notamment relatives
à l'assurance (ATF 133 III 121 consid. 4.1.2 p. 129). Des limitations voire des exceptions
au devoir d'information du médecin ne sont admises que dans des cas très précis, par
exemple lorsqu'il s'agit d'actes courants sans danger particulier et n'entraînant pas
d'atteinte définitive ou durable à l'intégrité corporelle, s'il y a une urgence confinant à
l'état de nécessité ou si, dans le cadre d'une opération en cours, il y a une nécessité
évidente d'en effectuer une autre (ATF 133 III 121 consid. 4.1.2 p. 129 ; arrêt
4A_547/2019 du 9 juillet 2020, c. 4.2). L'exigence d'un consentement éclairé se déduit
directement du droit du patient à la liberté personnelle et à l'intégrité corporelle, qui est
un bien protégé par un droit absolu (ATF 133 III 121 consid. 4.1.1 p. 128 et les arrêts
cités). Le médecin qui fait une opération sans informer son patient ni en obtenir l'accord
commet un acte contraire au droit et répond du dommage causé, que l'on voie dans son
attitude la violation de ses obligations de mandataire ou une atteinte à des droits absolus
et, partant, un délit civil. L'illicéité d'un tel comportement affecte l'ensemble de
l'intervention et rejaillit de la sorte sur chacun des gestes qu'elle comporte, même s'ils
ont été exécutés conformément aux règles de l'art (ATF 133 III 121 consid. 4.1.1 p. 128
et les arrêts cités).
- 59 -
Le médecin doit donner au patient, en termes clairs, intelligibles et aussi complets que
possible, une information sur le diagnostic, la thérapie, le pronostic, les alternatives au
traitement proposé, les risques de l'opération, les chances de guérison, éventuellement
sur l'évolution spontanée de la maladie et les questions financières, notamment relatives
à l'assurance (ATF 133 III 121 consid. 4.1.2 p. 129 et les arrêts cités). Le thérapeute ne
doit pas dispenser un cours de médecine : une information trop technique ou trop
détaillée serait contre-productive, le destinataire ne parvenant pas à l'assimiler (MANAÏ-
WEHRLI, Droits du patient et biomédecine, Berne 2103, p. 85). L'information incombant
au médecin doit porter sur le diagnostic, le pronostic, le traitement, les risques, les
alternatives éventuelles au traitement proposé, la conduite thérapeutique adéquate et
les aspects économiques de l'acte (ATF 133 III 121, consid. 4.1.2). Des limitations voire
des exceptions au devoir d'information du médecin ne sont admises que dans des cas
très précis, par exemple lorsqu'il s'agit d'actes courants sans danger particulier et
n'entraînant pas d'atteinte définitive ou durable à l'intégrité corporelle, s'il y a une urgence
confinant à l'état de nécessité ou si, dans le cadre d'une opération en cours, il y a une
nécessité évidente d'en effectuer une autre (ATF 133 III 121 consid. 4.1.2 p. 129 et les
arrêts cités). La portée du devoir d'information du médecin (y compris sur les risques de
l'opération), est fonction de l'état de la science médicale. On ne saurait (logiquement)
imposer au médecin de donner au patient des renseignements qui ne sont pas encore
compris dans cet état. C'est au médecin qu'il appartient d'établir qu'il a suffisamment
renseigné le patient et obtenu le consentement éclairé de ce dernier préalablement à
l'intervention (ATF 133 III 121 consid. 4.1.3 p. 129; arrêt 4A_547/2019 du 9 juillet 2020,
c. 4.2).). En l'absence de consentement éclairé, la jurisprudence reconnaît au médecin
la faculté de soulever le moyen du consentement hypothétique du patient (ATF 133 III
121 consid. 4.1.3 p. 130). Le praticien doit alors établir que le patient aurait accepté
l'opération même s'il avait été dûment informé. Le fardeau de la preuve incombe là aussi
au médecin, le patient devant toutefois collaborer à cette preuve en rendant
vraisemblable ou au moins en alléguant les motifs personnels qui l'auraient incité à
refuser l'opération s'il en avait notamment connu les risques. En principe, le
consentement hypothétique ne doit pas être admis lorsque le genre et la gravité du
risque encouru auraient nécessité un besoin accru d'information, que le médecin n'a pas
satisfait. Dans un tel cas, il est en effet plausible que le patient, s'il avait reçu une
information complète, se serait trouvé dans un réel conflit quant à la décision à prendre
et qu'il aurait sollicité un temps de réflexion. Il ne faut pas se baser sur le modèle abstrait
d'un "patient raisonnable", mais sur la situation personnelle et concrète du patient dont
il s'agit (ATF 117 Ib 197 consid. 5a). Ce n'est que dans l'hypothèse où le patient ne fait
pas état de motifs personnels qui l'auraient conduit à refuser l'intervention proposée qu'il
- 60 -
convient de considérer objectivement s'il serait compréhensible, pour un patient sensé,
de s'opposer à l'opération (ATF 117 Ib 197 consid. 5c p. 209 ; 133 III 121, p. 130). Dans
le Valais, les modalités du droit d'être informé sont indiquées aux art. 25 ss LS (Loi sur
la santé). Selon l’art. 29 LS, le patient a le droit d'être informé de façon simple,
compréhensible et acceptable pour lui sur : son état de santé, le diagnostic et le pronostic
; la nature, les modalités, le but, les risques et le coût des mesures prophylactiques,
diagnostiques ou thérapeutiques envisagées ; les moyens d'exprimer sa volonté au cas
où il deviendrait incapable de discernement, notamment par les directives anticipées et
le représentant thérapeutique ; les moyens de conservation de la santé et de prévention
des maladies. Selon l'art. 29 al. 2 LS, le patient peut demander un résumé écrit de ces
informations, mais la forme écrite n'est pas une exigence.
S’agissant du consentement hypothétique, si, dans un cas particulier, un patient n'a pas
été suffisamment informé et n'a donc pas consenti de manière libre et éclairée à un acte
médical, le médecin conserve la faculté de soulever le moyen du consentement
hypothétique du patient. Le médecin doit alors démontrer que, même correctement
informé, le patient aurait consenti à l'intervention pratiquée (ATF 117 IB 197, consid. 5c).
Déterminer si un consentement hypothétique peut être retenu ne consiste pas à évaluer
si un patient raisonnable aurait ou non accepté l'intervention projetée sur la base d'une
information complète. Il s'agit de se référer au patient en question, dans les
circonstances concrètes qui étaient les siennes. Le patient doit rendre vraisemblable ou
à tout le moins alléguer pourquoi il aurait refusé l'intervention si l'information avait été
complète (ATF 117 IB 197, consid. 5c).
3.2. En l'occurrence, le rapport du 3 mai 2007 du Dr P _ adressé au
Dr Q _ indiquent les risques d'infection et de luxation. X _ indiquait
que le Dr P _ qualifiait l'intervention d'arthroplastie totale de la hanche de «
banale et courante ». Le Dr P _ n'a pas nié avoir fait usage de ces termes, ne
se souvenant plus du vocabulaire utilisé. Selon X _, l'éventualité de perdre
l'usage de la jambe n’aurait pas été évoquée lors des discussions avec le
Dr P _ qui entendait toujours améliorer la situation des patients. Selon
X _, les conséquences d’un échec de l'opération ne lui auraient pas été
exposées. Si elle les avait connues, elle pense qu'elle aurait refusé l’intervention. Selon
- 61 -
elle, s’agissant des risques liés à l'intervention d'arthroplastie totale de la hanche, le
devoir d'obtenir le consentement éclairé du patient aurait été violé.
3.3. En l’espèce, s’agissant de l'intervention du 27 août 2008, dans sa lettre du 3 mai
2007 au Dr Q _, le Dr P _ indique avoir discuté avec X _
des risques de l'intervention (pce 4). L'expert AA _ relève que X _ a
été informée par le Dr P _ du type d'intervention prévue, des risques liés à
l’intervention et à l’anesthésie, comme en attestent les documents signés par le
Dr P _ et par X _, ainsi que par les anesthésistes de l'Hôpital de
I _ (expertise AA _, p. 25). L'expert AA _ a indiqué que
X _ avait été reçue en consultation à plusieurs reprises ; elle semblait avoir été
informée par le Dr P _ de façon adéquate, tout comme le médecin traitant de
X _. X _ a donné son consentement au cours de la consultation
préopératoire d'anesthésie. Le formulaire a été signé par X _ (expertise
AA _, p. 40, R. 14). Le Dr Q _ a confirmé que X _ avait été
mise au courant de l'importance de l'opération (Q _, R. 6). Le Dr P _
a confirmé avoir parlé avec X _ de l'opportunité d'effectuer l'arthroplastie de la
hanche droite ; il l'avait informée des risques et des avantages potentiels de cette
opération au cours des différents entretiens (P _, R. 2). Le Dr P _ a
indiqué qu'il y avait eu au minimum 3 discussions préopératoires importantes,
certainement supérieure à 30 min, le 2 mai 2007, le 29 janvier 2008 et le 13 mai 2008
(P _, R. 3). Le Dr P _ a évoqué avec X _ non seulement
les risques d'infection et de luxation, mais également les complications vasculaires et
neurologiques après une arthroplastie, qu'il aborde de façon systématique
(P _. R. 4). Le Dr P _ a évoqué avec X _, les
conséquences d'un échec de l'opération, lors des différents entretiens préopératoires
(P _, R. 6). Le Dr P _ indique que X _ n’aurait pas renoncé
à l'intervention ; elle avait été à différentes reprises bien informée (P _, R. 8).
Le Dr P _ a confirmé que l'ensemble des risques et des conséquences de
l'opération avait été expliqués à X _ ; cela lui avait permis de donner un
consentement libre et éclairé à différentes reprises (P _, R. 3). Le
Dr P _ a confirmé que lors des consultations préopératoires, il spécifiait les
risques d'infection, de luxation (complications fréquentes), de lésion neuro-vasculaire
(complications rares) et anesthésiologique (P _, R. 5). S’agissant de
l’indication du Dr Q _ et du Dr P _ sur les risques de l'intervention,
- 62 -
X _ indique que « Je pense que tout était bien. Je pense mais je ne sais pas.
» (X _, R. 14). S’agissant de l’information que sa mobilité pourrait être
amoindrie après l'opération,X _ indique qu'elle ne savait pas (X _,
R. 15). S’agissant de savoir si elle aurait tout de même accepté de subir cette
intervention si elle avait connu les conséquences possibles d'un échec de l’opération,
X _ indique «Je ne pense pas» (X _, R. 17). Elle n’a pas indiqué les
motifs pour lesquels elle aurait refusé l'intervention. Dans ces conditions, il n’est pas
établi que le devoir d'information a été violé. Au contraire, les médecins lui ont
communiqué les risques de l'intervention, y compris la survenance de lésion vasculaire
ou neurologique.
De surcroît, sous l’angle du consentement hypothétique, X _ aurait dû rendre
vraisemblable ou à tout le moins alléguer pourquoi elle aurait refusé l'intervention si
l'information avait été complète. Sur la question de savoir si elle aurait tout de même
accepté de subir l’intervention si elle avait connu les conséquences possibles d'un échec
de l’opération, X _ a indiqué «Je ne pense pas» (R. 17). X _ n’a pas
allégué les motifs pour lesquels elle aurait refusé l'intervention, si l'information qu'elle dit
ne pas avoir reçue lui avait été communiquée. En réalité, sa situation était dégradée
avant la première intervention. Dans son opposition à la décision de l’Office AI,
X _ indique que son état de santé s’était gravement péjoré depuis plusieurs
années, que ses douleurs augmentaient, que sa mobilité diminuait et qu'il existait une
gêne sévère dans ses activités quotidiennes (Dossier AI, doc 27, p. 2). Au vu de ces
limitations, X _ ne pouvait qu'être très désireuse de se soumettre à
l'intervention, laquelle devait soulager ses douleurs et améliorer sa mobilité. Dans ces
conditions, X _ aurait vraisemblablement accepté l'arthroplastie proposée,
même si le risque de lésion neuro-vasculaire, dont elle allègue ne pas avoir été informée,
lui avait été expressément signalé.
Dans ces conditions, s’agissant des risques liés à l'intervention d'arthroplastie totale de
la hanche, le devoir d'obtenir le consentement éclairé du patient n’a pas été violé.
4.1. Les règles de l'art médical se définissent comme les principes établis par la science
médicale, généralement reconnus et admis, communément suivis et appliqués par les
- 63 -
praticiens (ATF 133 III 121, consid. 3.1 ; 64 II 200 consid. 4a p. 205; 108 II 59 consid. 1).
Le médecin a pour mission de s'efforcer de parvenir au résultat escompté grâce à ses
connaissances et à son savoir-faire. Cela ne signifie pas qu'il doive aboutir à un résultat
ou qu'il soit tenu de le garantir. Les exigences liées au devoir de diligence du médecin
ne peuvent pas être déterminées de manière générale et abstraite, car elles dépendent
des circonstances de chaque cas; sont à cet égard des critères décisifs le genre
d'intervention ou de traitement et les risques qui en découlent, la marge d'appréciation
et le temps dont dispose le médecin, ainsi que la formation et les capacités que l'on peut
objectivement en l'état attendre de lui. Un comportement illicite ou contraire à son devoir
de diligence de la part d'un médecin peut être retenu lorsque le traitement prodigué au
sein d'un hôpital est objectivement contraire aux règles de l'art médical. Si les
professionnels de la santé répondent en principe de toute violation de leur devoir de
diligence, cela ne signifie pas encore que toute mesure ou omission dont on constate, a
posteriori, qu'elle aurait causé un dommage ou aurait permis de l'éviter, constitue en soi
une violation du devoir de diligence. Une telle violation ne peut être admise que
lorsqu'une mesure médicale apparaît comme indéfendable au regard de l'état général
des conséquences scientifiques et s'écarte des règles objectives de l'art médical. Dans
toute prise en charge, aussi bien à l'égard du choix de la thérapie ou des autres mesures,
le médecin dispose d'une marge d'appréciation qui autorise un
choix entre les différentes possibilités entrant en considération. Aussi n'engage-t-il pas
nécessairement sa responsabilité s'il apparaît a posteriori qu'il n'a pas trouvé la solution
qui était objectivement la meilleure (PRIBNOW/GUYAZ, Responsabilité civile : dommages
corporels 2013, Berne 2013, p. 496 s. ; ATF 120 lb 411, consid. 4a ; arrêt 1B_13/2012
du 28 décembre 2012, consid. 6.3.1). Le lésé doit apporter la preuve de la violation de
l'art médical, soit de tous les éléments de faits susceptibles d'établir que le devoir de
diligence du médecin n'a pas été respecté (art. 8 CC ; arrêt 4A_737/2011 du 2 mai 2012,
consid. 2.3). Le lésé doit établir s'il existe une règle professionnelle communément
admise et comment l'acte médical s'est déroulé. La responsabilité du médecin n'est pas
limitée à des manquements graves aux règles de l'art médical. Il doit traiter son patient
de manière appropriée et il répond en principe de toute faute professionnelle (ATF 120
Ib 411 consid. 4a p. 413; 116 II 519 consid. 3a; 115 Ib 175 consid. 2b; 113 II 429 consid.
3a p. 432 s.; MORITZ KUHN, Ärztliche Kunstfehler, in RSI 83/1987 p. 353 ss, spéc. p.
357).
- 64 -
4.2. En l'occurrence, selon le rapport d'expertise du Prof. GG _, « l'appréciation
initiale du cas a certainement initié l'évolution défavorable». Selon le
Prof. GG _, «on aurait pu adresser le cas dans un centre plus armé pour traiter
ce genre de pathologie et à même de réagir sans délai en cas de complication» ; «la
survie de X_ peut être taxée de chanceuse». La présence d'un médecin durant
le transport à l'Hôpital de B _ n'est pas mentionnée dans le rapport des
ambulanciers. Selon le Prof. GG _, « le fait de ne pas avoir insisté plus sur la
reconstruction du nerf fémoral a [... pris la seule chance de récupération et d'améliorer
de la fonction de la jambe». L'expert ajoute qu'«une ré-opération dans le site de la veine
iliaque lésée pour reconstruire le nerf fémoral est certainement un challenge, mais que
l'expérience et une approche d'équipe de spécialistes interdisciplinaire permet de
maîtriser avec un risque résiduel, faible, bien acceptable». Selon lui, «une consultation
et éventuellement une révision combinée vasculaire et neurochirurgicale du nerf fémoral
dans un centre spécialisé aurait dû être recommandée vivement». Il déclare en outre
qu'on aurait éventuellement dû persévérer ; il souligne un «certain manque d'expertise».
Le Prof. W _ et le Dr U _ notamment avaient également préconisé
une nouvelle intervention chirurgicale. Toutefois, ils se sont tous deux heurtés à la
résistance du Prof. S _ à intervenir à nouveau dans cette zone. Le
Prof. GG _ souligne également un certain manque d'expertise concernant le
manque de support neuropsychologique face à la probable encéphalopathie cérébrale
intervenue à la suite du choc. Il estime qu'un accompagnement spécifique aurait été
bénéfique.
Selon X _, en lien avec la violation des règles de l'art, la condition de l'acte
illicite est remplie, le consentement éclairé de X _ faisait défaut. S’agissant de
la faute (condition supplémentaire nécessaire pour pouvoir prétendre à l'octroi d'une
indemnité pour tort moral), elle doit être comprise comme le fait pour un médecin de ne
pas agir comme un médecin avisé l'aurait fait dans les circonstances données. Cela
étant, un médecin qui manque à la diligence requise, commettant alors un acte illicite,
sera également considéré comme fautif, puisqu'il n'aura pas agi comme un médecin
avisé aurait dû le faire. En matière médicale, les notions de faute et d'acte illicite se
recoupent (HIRSIG-VOUILLOZ, La responsabilité du médecin - aspects de droit civil, pénal
et administratif, Berne 2017, p. 98 ; arrêt 4A_315/2011, c. 3.3). Selon X _,
dans la mesure où une violation des règles de l'art doit être retenue, la condition de la
faute doit l'être également.
- 65 -
4.3. En l'espèce, la situation a fait l’objet d’expertises, l'une en chirurgie orthopédique
par le Prof. AA _, l'autre en chirurgie vasculaire par le Prof. GG _.
Le Prof. AA _ a notamment examiné la prise en charge de X _,
l'intervention initiale, la prise en charge postopératoire. En conclusion, le
Prof. AA _ indique que l’analyse soigneuse du dossier concernant la prise en
charge de X _ ne permet pas de conclure à une faute de traitement par l’équipe
médicale de l'Hôpital de I _ (expertise 5.12.2018, p. 49). Le
Prof. GG _ conclut qu’il ne peut pas reconnaître d'erreur médicale ou de geste
ne correspondant pas aux règles de l’art dans la prise en charge de X _
(expertise 28.8.2019, p. 1).
4.3.1. En relation avec le grief du manque d’expertise de l’équipe chirurgicale de l'Hôpital
de I _ dans la prise en charge de dysplasie importante de la hanche, en
particulier après ostéotomie du bassin (all. 65), le Prof. AA _ relève qu’aucun
élément du dossier ne permet de douter de la compétence de l’équipe médicale et
paramédicale qui a pris en charge X _ à l'Hôpital de I _ en août 2008.
L’arthroplastie de la hanche fait partie des interventions chirurgicales fréquemment
réalisées au sein de l'Hôpital de I _. Selon l’expert, aucun élément ne permet
ainsi de dire que ce type d'intervention dépasse les compétences de ce centre (expertise
AA _, p. 28). Le Prof. AA _ relève que les Dr P _ et
Dr MMM _ étaient, l'un comme l’autre, en mesure de réaliser cette intervention
du 27.08.2008 et avaient pris soin de s'associer pour la réalisation de l'opération
concernée (expertise AA _, p. 35, R. 2).
4.3.2. En relation avec le grief du caractère inapproprié du transfert intersite dans des
situations d'urgence, avec des risques importants (all. 67), le Prof. AA _ relève
que la décision de transférer X _ à B _ était adéquate ; selon lui, un
transfert vers le CHUV aurait vraisemblablement prolongé le délai de prise en charge
ainsi que la durée du transfert (expertise AA _, p. 36, R.).
- 66 -
4.3.3. En relation avec le grief de l’absence de transfusions sanguines durant le transfert
(all. 68), le Prof. AA _ indique qu’aucun grief ne peut être formulé concernant
le transfert en ambulance, qui semble avoir été réalisé de façon compétente et sans
délai (expertise AA _, p. 37, R. 6).
4.3.4. En relation avec le grief de l’absence de médecins spécialisés lors du transfert
d'urgence à B _ (all. 179), le Prof. AA _ indique qu’aucun grief ne
peut être formulé concernant le transfert de X _ en ambulance, lequel semble
avoir été réalisé de façon compétente et sans délai. Le personnel paramédical qui a
accompagné X _ durant son transfert a fait preuve de professionnalisme
(expertise AA _, p. 37, R. 6).
4.3.5. En relation avec le grief de non-conformité aux règles de l’art dans la préparation
de l'intervention et dans le transfert d'urgence (all. 69), le Prof. AA _ indique
que l'équipe d'anesthésiologie de l'Hôpital de I _ a agi avec compétence durant
toute la prise en charge de la patiente au cours de son intervention d'arthroplastie de
hanche et dans les minutes qui ont suivi, jusqu'à son transfert à l'Hôpital de B _
(expertise AA _, p. 32). Le Prof. AA _ indique que le Dr P _
avait pris toutes les mesures à sa portée de nature à diminuer les risques (expertise
AA _, p. 36, R. 5).
4.3.6. En relation avec le grief relatif à la ligature de la veine, lors de l’intervention urgente
du 27 août 2008 par le Prof. S _, au lieu d’une reconstruction primaire (all. 70),
le Prof. GG _ indique que le seul choix correct était de décomprimer
l’abdomen, de maîtriser la lésion vasculaire et le saignement pour stabiliser la patiente
et lui sauver la vie. Selon l’expert, dans ce contexte, chaque geste chirurgical
supplémentaire est considéré comme inutile et est à haut risque de complication(s),
principalement de saignements additionnels. Ainsi, selon l’expert GG _, la
reconstruction primaire n'est pas une option a priori. Selon l’expert GG _,
l’approche en deux temps (ou plus) consiste la règle de l’art dans ce genre de situations
(expertise GG _, p. 4).
- 67 -
4.3.7. En relation avec le grief relatif au blocage du nerf iliaque par les assistants du
Prof. S _, en procédant à une couture avec du fil plutôt que de poser des
agrafes (all. 71), l’expert GG _ indique que l'intervention réalisée par le Prof.
S _ s'est faite dans une situation d'extrême urgence, dans le cadre de laquelle
le Prof. S _ a réussi à contrôler sans délai le dommage survenu et a ainsi
démontré son expertise (expertise GG _, p. 1). Le Prof. AA _ indique
qu’aucune faute de traitement ne peut être reprochée aux chirurgiens de l'Hôpital de I
_ et aux chirurgiens de l'Hôpital de B _, en lien avec la lésion du nerf
crural, la cause de cette lésion neurologique devant être considérée de nature
accidentelle (expertise AA _, p. 33). Selon le Prof. GG _, la question
de la causalité de la lésion du nerf fémoral avec la prise en charge de la lésion vasculaire
ne peut pas être répondue à 100%. La lésion peut être due à l'intervention de la hanche,
à l’intervention damage control où il semble que le site n’ait pas été très clair et où une
suture malheureuse peut avoir lésé le nerf fémoral. Une troisième possibilité est une
combinaison des deux cas mentionnés préalablement (lésion orthopédique suivie de
lésion lors du damage control) (expertise GG _, p. 7).
4.3.8. En relation avec le grief relatif à l’absence de prise en charge par les médecins de
Y _, qui aurait permis de récupérer après les incidents des interventions des
27 et 28 août 2008 (all. 72), le Prof. AA _ indique que le problème de la parésie
du muscle quadriceps droit a été identifié dès le retour à l'Hôpital de I _, durant
la phase de rééducation à la marche. Selon l’expert, la prise en charge de cette parésie
a été traitée de manière conforme aux règles de l’art (expertise AA _, p. 38,
R. 12).
4.3.9. En relation avec le grief relatif à la non-proposition de prise en charge de la
patiente dans un hôpital universitaire (all. 73), le Prof. AA _ indique que la
décision de confier X _ à un centre hospitalier universitaire ne s'imposait pas
à l'époque (expertise AA _, p. 40, R. 15).
4.3.10. En relation avec le grief relatif à la méconnaissance du diagnostic neurologique
lors du transfert en orthopédie le 30 août 2008 (all. 75 et 76), le Prof. AA _
indique qu’il était quasi impossible de poser le diagnostic d'une parésie dans le territoire
- 68 -
du nerf fémoral droit à la sortie des soins intensifs de l'Hôpital de B _, la
patiente étant à ce moment-là grabataire et en état général fragile (expertise
AA _, p. 38, R. 12).
4.3.11. En relation avec le grief de l’absence d’ENMG lors de la sortie du service
d'orthopédie (all. 77 et 78), le Prof. AA _ indique qu’il est connu que la
réalisation d'un examen ENMG est d'autant plus performant qu'il est réalisé avec un
certain délai après une lésion nerveuse périphérique. Selon l’expert, l’examen ENMG ne
présentait alors aucun caractère d'urgence compte tenu des circonstances prévalant à
l'époque. De plus, dans le rapport de sortie du 22 octobre 2008, il était précisé qu'un
examen ENMG était organisé (expertise AA _, p. 39, R. 12).
4.3.12. En relation avec les griefs de l’absence d’exploration chirurgicale, indiquée par
la J _ (all. 81 et 82) et d’absence de révision neurologique (all. 86), le Prof.
AA _ indique que l'indication à procéder à une révision chirurgicale face à
l’évidence d'une lésion du nerf crural n’est absolument pas évidente. Selon l’expert, le
premier rapport d'ENMG faisait état d'une lésion partielle ; il était dès lors raisonnable
d'attendre une récupération spontanée, laquelle peut prendre plusieurs mois. Selon
l’expert, une suture ou une greffe nerveuse offre de toute manière très peu de chances
de rétablir une fonction normale ; cette hypothétique intervention de réinnervation aurait
sans doute été compliquée par le status adhérenciel lié aux interventions chirurgicales
préalables au niveau local (expertise AA _, p. 39, R. 13).
4.3.13. En relation avec les griefs de l’abandon de X _ à son triste sort (all.
87), le Prof. AA _ indique qu’on ne peut nullement affirmer que le problème de
X _ a été méconnu, que le problème n’a pas été pris en charge ou que les
mesures adéquates justifiées en l’occurrence n’aient pas été prises (expertise
AA _, p. 39, R. 12).
4.3.14. Le Prof. AA _ a encore relevé que l’indication opératoire à
l'arthroplastie totale était correcte (expertise AA _, p. 32), que les chirurgiens
orthopédistes n'avaient aucun moyen de réaliser plus tôt qu'une lésion vasculaire était
- 69 -
survenue (expertise AA _, p. 32), que la lésion vasculaire dont a été victime
X _ doit être considérée comme de nature accidentelle, qu’aucune faute de
traitement ne peut être imputée aux chirurgiens qui ont réalisé l'intervention
d'arthroplastie (expertise AA _, p. 32 s.), que la cause précise de la lacération
veineuse n'est pas connue (expertise AA _, p. 43), que la lésion des vaisseaux
entrainant des complications hémorragiques durant l'arthroplastie de la hanche est une
complication connue de ce type d'intervention, mais rare (expertise AA _,
p. 44).
Le Prof. GG _ a encore relevé que la thrombose est certes la conséquence de
la ligature de la veine iliaque externe, mais cette ligature a été un mal nécessaire pour
sauver la vie de X _, que cette ligature correspond aux règles de l'art (expertise
GG _, p. 2 s., R. 8 et 9), que l'intervention chirurgicale pour reperméabilisation
veineuse profonde a été réalisée avec l'expertise chirurgicale requise (expertise
GG _, p. 5, R. 11), que l’intervention de chirurgie vasculaire effectuée à
B _ était indiquée sans l’ombre d'un doute (expertise GG _, p. 5,
R. 14).
4.4. Le Prof. AA _ a indiqué que l’analyse soigneuse du dossier concernant la
prise en charge de X _ ne permettait pas de conclure à une faute de traitement
par l’équipe médicale de l'Hôpital de I _. Le Prof. GG _ conclut qu’il
ne peut pas reconnaître d'erreur médicale ou de geste ne correspondant pas aux règles
de l’art dans la prise en charge de X _.
Le tribunal retient les expertises judiciaires détaillées du Prof. AA _ et du
Prof. GG _. Sur la base de ces expertises, le tribunal exclut toute violation des
règles de l'art.
Dans ces conditions, l’action de X _ à l’encontre de Y _ doit être
rejetée, pour cette première raison.
- 70 -
5. La preuve du dommage incombe à la partie demanderesse (art. 42 al. 1 CO par le
renvoi de l’art. 9 LRCPA). La partie lésée doit prouver non seulement l'existence du
dommage, mais également son montant (CR CO I - WERRO, n. 3 ad art. 42 CO).
5.1. S’agissant du préjudice, en particulier la perte de gain, en cas de lésions corporelles,
la partie qui en est victime a droit au remboursement des frais et aux dommages-intérêts
qui résultent de son incapacité de travail totale ou partielle, ainsi que de l'atteinte portée
à son avenir économique (art. 46 al. 1 CO). Le préjudice causé par les lésions corporelles
s'entend dans tous les cas au sens économique. Est donc déterminante la diminution de
la capacité de gain. Le dommage consécutif à l'invalidité doit, autant que possible, être
établi de manière concrète. Le juge partira du taux d'invalidité médicale (ou théorique)
et recherchera ses effets sur la capacité de gain ou l'avenir économique du lésé; cette
démarche l'amènera à estimer le gain que le lésé aurait obtenu dans son activité
professionnelle s'il n'avait pas subi l'accident (ATF 131 III 360 consid. 5.1 p. 363). La
perte de gain correspond alors à la différence entre, d'une part, le revenu de valide
(revenu hypothétique sans l'accident) et, d'autre part, le revenu d'invalide (revenu qui
peut probablement être réalisé après l'accident) qui comprend les revenus qui découlent
de la capacité de gain restante du lésé (cf. arrêt 4A_481/2009 du 26 janvier 2010 consid.
4.2.5; ATF 129 III 135 consid. 2). La perte de gain (actuelle) subie jusqu'au prononcé du
jugement est compensée de façon concrète. Le lésé recevra ce qu'il n'a effectivement
pas pu gagner du fait de son invalidité, des intérêts compensatoires étant en outre fixés.
La perte actuelle ("effective") est toutefois déterminée sur la base d'un calcul qui
comporte la prise en compte d'éléments hypothétiques (le travail que le lésé aurait pu
faire si l'acte générateur de responsabilité n'était pas survenu). La perte de gain future
est indemnisée de manière différente puisqu'elle appelle le versement d'un montant
capitalisé (donc escompté) ou d'une rente. Pour la capitalisation, on utilise les tables et
programmes à disposition, qui tiennent compte de paramètres tels que le jour du calcul,
le sexe et l'âge du lésé (STAUFFER/SCHAETZLE/WEBER, Tables et programmes de
capitalisation, 7ème éd., II _ 2018). Selon une pratique constante, l'âge au jour
du calcul est en principe arrondi à une année pleine (arrêt 4A_439/2017 ; arrêt
4A_437/2007).
5.2. En l'occurrence, l'Office cantonal AI du Valais indique ce qui suit dans son rapport
d'enquête pour "ménagères et mixtes no 2" du 1er décembre 2008 : « en bonne santé,
- 71 -
pour des questions financières et en raison de l'état de santé fluctuant de son mari,
l'assurée aurait travaillé à temps plein dès la fin de son traitement médical [ ... ].
L'assurée précise qu'elle souhaitait chercher du travail dans l'administratif simple,
comme réceptionniste, voire en rapport avec la couture ». Selon X _, sur la
base de EEEE _ Gmbh, société dont le siège est situé à II _,
spécialisée dans le calcul statistique des salaires et l'analyse salariale
(www.lohncheck.ch), un réceptionniste gagne en moyenne x’xxx fr. brut par mois en
Suisse (treizième salaire compris). Cela correspond à un salaire net d'environ x’xxx fr. .
L'incapacité de travail de X _ est évaluée selon le Prof. AA _ à 100%.
Selon X _, le gain manqué pour la période d'août 2008 à ce jour se calcule :
gain manqué annuel : x’xxx fr. x 12 = xx’xxx fr. ; gain manqué actuel total : (xx’xxx fr. x
12) + (xx’xxx fr. x 6/12) = xxx’xxx fr..
Selon X _, pour le calcul du gain manqué futur (soit jusqu'à l'âge de la retraite
de X _, à savoir 64 ans), on se base sur les tables et programmes de
capitalisation de STAUFFER/SCHAETZLE/WEBER, 7ème édition, Zürich 2018. Selon la table
A3y du manuel, le facteur de capitalisation applicable pour une femme de xxx ans se
monte à 6.12. Selon elle, dès lors, le gain manqué futur se calcule : xx’xxx fr. x 6.12 =
xxx’xxx fr.. Selon elle, le gain manqué total (actuel et futur) s'élève ainsi à xxx’xxx fr.
(xxx’xxx fr. + xxx’xxx fr.).
5.3. En procédure, X _ a annoncé que les éléments du dommage seraient
précisés dans le cadre du deuxième échange d'écriture, puis dans le cadre de la
procédure d'instruction. La réplique ne contient pas d’allégué sur ce point. Aucune
expertise économique n’a été mise en œuvre, bien qu’annoncée, pour déterminer le
montant du dommage ménager. L’atteinte à l'intégrité physique n'est pas suffisante pour
justifier de l'existence d'un dommage. Seules les conséquences patrimoniales que la
lésion corporelle entraîne pour le lésé constituent le dommage corporel réparable
(MULLER, La responsabilité civile extracontractuelle, Bâle 2013, p. 35). En l'espèce, on
ignore quelles sont les conséquences économiques de l'atteinte à l'intégrité alléguée.
Les écritures de X _ ne permettent pas de déterminer en quoi les atteintes à
l'intégrité permettent de conclure au dommage réclamé.
- 72 -
Les écritures de X _ ne contiennent pas d’élément permettant de retenir une
perte de gain. Elle n'établit pas avoir exercé une activité professionnelle avant
l'intervention, si ce n’est du travail comme femme de ménage après sa venue en Suisse
(all. 44). Elle indique n'avoir plus travaillé depuis 2003 (all. 45), notamment après la
naissance de son fils GGG _, où elle s’est consacrée à l'éducation des enfants
et la tenue de son ménage (all. 46). Au moment de l'intervention, elle n'exerçait plus
d'activité professionnelle depuis 5 ans. Les actes du dossier ne permettent pas de
calculer une éventuelle perte de gain (absence d’indications sur l'ampleur d’une
éventuelle activité, et sur les éventuels revenus). En l’absence de preuves, X _
devait établir ces éléments avec une haute vraisemblance (nettement plus élevé que
50% ; arrêt 4A_397/2008 du 23 septembre 2008, consid. 4.1). X _ n’a pas
allégué un revenu réalisé avant 2003, ni son intention de reprendre une activité après
l'intervention. Dans ces conditions, la perte de gain n'est pas établie. Un tel poste du
dommage doit être écarté.
Dans ces conditions, l’action de X _ à l’encontre de Y _ doit encore
être rejetée, pour cette autre raison.
6. S’agissant de l'atteinte à l'avenir économique, le dommage consécutif à l'atteinte
portée à l'avenir économique est la conséquence du fait que le lésé sera désavantagé
sur le marché du travail. Une personne atteinte de façon permanente dans son intégrité
corporelle peut être prétéritée sur le marché du travail, même si elle ne subit pas de
dommage immédiat. Un individu peut ainsi disposer d'une capacité de travail totale et se
voir malgré tout reconnaître une atteinte à l'avenir économique, laquelle concrétise le
risque plus élevé de chômage ou les difficultés plus importantes à trouver et conserver
un emploi, ou encore à changer de profession ou à bénéficier d'une promotion dans une
entreprise (MULLER, op. cit., p. 195 ; WERRO, La responsabilité civile, p. 303 s., n. 1075
; arrêt 4C.223/1998 du 23 mars 1999, consid. 3b). L'atteinte à l'avenir économique
suppose que le lésé se trouve sur le marché du travail. Ce dommage ne peut être subi
que par une personne qui conserve une capacité de travail résiduelle. Les risques de
chômage, de difficultés à changer de profession ou de poste de travail, d'obstacles à
une promotion ou encore de licenciement sont liés à l'existence d'une activité
professionnelle. Ces risques sont inexistants pour une personne qui est incapable de
- 73 -
travailler. Un lésé en incapacité totale ne se trouve pas sur le marché du travail et n'est
par conséquent pas exposé aux risques de ce marché.
6.1. Le dommage juridiquement reconnu correspond à la différence entre le montant
actuel du patrimoine du lésé et le montant que celui-ci aurait atteint si l'événement
dommageable ne s'était pas produit (ATF 129 III 18, consid. 2.4, ATF 129 III 331, consid.
2.1). Cette définition exclut de verser au lésé un montant supérieur au préjudice subi
[ ... ]. Dès lors, les prestations couvertes par les assurances sociales sont déduites du
dommage que le lésé peut réclamer au responsable ou à son assureur
(STAUFFER/SCHAETZLE, Manuel de capitalisation, 5e éd. 2001, p. 388 no 3.168 s.). Ce
mécanisme permet notamment d'éviter une surindemnisation du lésé (ATF 131 III 12,
consid. 7.1).
6.2. Selon X _, la rente AI qu’elle a perçue se monte à environ xxx fr. par mois,
soit x’xxx fr. par année. Dès lors, selon elle, la rente AI perçue par X _ depuis
le 1er août 2009 jusqu'à ce jour s'élève à xx’xxx fr. (x’xxx fr. x 11 + xxx fr. x 7). S'agissant
de la rente future, il convient de tenir compte d'un facteur de capitalisation de 6.12 (selon
la table A3y de STAUFFER/SCHAETZLE/WEBER). Selon elle, la rente future s'élève ainsi à
xx’xxx fr.- (x’xxx fr. x 6.12). X _ bénéficie, depuis le 1er août 2009, d'une
allocation pour impotent, qui se monte à environ x’xxx fr. par mois, soit xx’xxx fr. par
année. Dès lors, selon elle, elle a perçu, depuis le 1er août 2009 jusqu'à ce jour, un
montant de xxx’xxx fr. (xx’xxx fr. x 11 + x’xxx fr. x 7). Selon elle, l’allocation pour impotent
qu’elle touchera dans le futur s'élève, en prenant en compte un facteur de capitalisation
de 6.12 (selon la table A3y de STAUFFER/SCHAETZLE/WEBER), à xx’xxx fr. (xx’xxx fr. x
6.12). Selon elle, il convient dès lors de déduire un montant total de xxx’xxx fr.
(xx’xxx fr. + xx’xxx fr. + xxx’xxx fr. + xx’xxx fr.
6.3. X _ présente une invalidité totale (all. 63, pce 25). Elle n'exerce plus
d'activité professionnelle à tout le moins depuis 2003 (all. 45). Elle ne peut donc pas
prétendre à une indemnité pour atteinte à l'avenir économique, faute d'activité
économique dans le cadre de laquelle elle serait désavantagée. En toute hypothèse, ce
poste du dommage ne peut pas donner lieu à indemnisation. En effet, un lésé en
- 74 -
incapacité totale ne se trouve pas sur le marché du travail et n'est par conséquent pas
exposé aux risques de ce marché.
Dans ces conditions, l’action de X _ à l’encontre de Y _ doit encore
être rejetée, pour cette autre raison.
7. S’agissant du dommage ménager, le calcul du dommage ménager s'effectue en
plusieurs étapes. On évalue d'abord d'évaluer le temps que, sans l'accident, le lésé
aurait consacré à accomplir des tâches ménagères. Ensuite, en partant du taux
d'invalidité médicale résultant de l'accident, on recherche l'incidence de cette invalidité
sur la capacité effective du lésé à accomplir ses tâches domestiques. Enfin, on fixe la
valeur de l'activité ménagère que le lésé n'est plus en mesure d'accomplir (arrêt
4A_19/2008 du 1er avril 2008, consid. 2.2). Le lésé dispose de deux méthodes pour
évaluer le temps nécessaire aux activités ménagères, soit la méthode abstraite qui se
fonde exclusivement sur des données statistiques, soit la méthode concrète qui prend
en compte les activités effectivement réalisées par le lésé dans le ménage. Cependant,
même si le lésé fait le choix de la méthode abstraite, le tribunal doit néanmoins exposer
en quoi les données statistiques retenues correspondent à la situation de fait du cas
particulier (arrêt 4A_19/2008 du 1er avril 2008, consid. 2.3.3 ; ATF 129 III 135, consid.
4.2.2.1, p. 155). On opère des ajustements en fonction des circonstances concrètes par
rapport aux données statistiques de base. Seul celui qui, sans l'accident, aurait
effectivement accompli des tâches ménagères peut réclamer la réparation de son
préjudice ménager (arrêt 4C.166/2006 du 25 août 2006, consid. 5.1 ; arrêt 4A.19/2008
du 1er avril 2008, consid. 2.3.3).
7.1. S’agissant du préjudice ménager, une lésion corporelle peut porter atteinte non
seulement à la capacité de gain, mais également à la capacité de travail,
particulièrement à celle concernant les activités non rémunérées, telles que la tenue du
ménage ainsi que les soins et l'assistance fournis aux enfants; il est alors question de
dommage domestique ou de préjudice ménager (ATF 131 III 360, consid. 8.1; 129 III
135, consid. 4.2.1). Ce dommage est dit normatif (ou abstrait), parce qu'il est admis sans
preuve d'une diminution concrète du patrimoine du lésé (ATF 132 III 321, consid. 3.1).
Lors du calcul du préjudice ménager, on procède en 3 étapes : on évalue d’abord le
- 75 -
temps que, sans l'accident, le lésé aurait consacré à accomplir des tâches ménagères
(1°), puis, en partant du taux d'invalidité médicale résultant de l'accident, on recherche
l'incidence de cette invalidité médico-théorique sur la capacité du lésé à accomplir ses
tâches ménagères (2°), et enfin on fixe la valeur de l'activité ménagère que le lésé n'est
plus en mesure d'accomplir (3°) (arrêt 4A 19/2008 du 1er avril 2008 consid. 2.2 ; WERRO,
Le dommage ménager: notion et calcul, in Werro/Pichonnaz [éd.], Le préjudice corporel,
bilan et perspectives, Colloque du droit de la responsabilité civile, 2009, p. 15 ss, p. 26).
En ce qui concerne la valeur de l'activité ménagère, on retient un salaire de 25 fr. par
heure (arrêt 4A_543/2015, consid. 8.1). S’agissant du temps consacré aux tâches
ménagères, on se base sur les statistiques établies par l'OFS concernant le nombre
d'heures consacrées au travail domestique et familial en 2016 : une mère employée à
100% dont le plus jeune des enfants est âgé de 7 à 14 ans y consacre environ 36.2
heures par semaine (cela correspond à la feuille de calcul de l'invalidité chez la
ménagère établie pour X _ par l'Office cantonal AI : en 2010, elle aurait en
effet consacré 36 heures par semaine aux tâches ménagères) ; une mère employée à
100% dont le plus jeune des enfants est âgé de 15 à 24 ans y consacre environ
25.9 heures par semaine ; une femme avec partenaire, mais sans enfants, y consacre
environ 23 heures par semaine.
7.2. Selon X _, du 27 août 2008 au 23 avril 2019 (quinzième anniversaire de
GGG _, le plus jeunes des enfants de X _), on tient compte d'une
durée hebdomadaire consacrée aux tâches domestiques et familiales de 36 heures,
puis, du 23 avril 2019 au 23 avril 2029 (vingt-cinquième anniversaire de
GGG _), d'une durée hebdomadaire de 25.9 heures et finalement, dès le 23
avril 2029, d'une durée hebdomadaire de 23 heures. S’agissant du taux d'incapacité de
X _ aux tâches ménagères, il a été évalué à 70% par l'Office cantonal AI. Enfin
on fixe la valeur de l'activité ménagère à 25 fr. de l'heure. Selon X _, son
préjudice ménager actuel se calcule : du 27 août 2008 au 23 avril 2019 (15ème
anniversaire de GGG _) : préjudice ménager annuel : 36 (heures) x 52
(semaines) x 25 fr. (salaire horaire) x 70% (incapacité) = xx’xxx fr. ; préjudice ménager
total pour cette période : (xx’xxx fr. x 10) + (xx’xxx fr. x 8/12) = xxx’xxx fr. ; du 23 avril
2019 à ce jour : préjudice ménager annuel : 25.9 (heures) x 52 (semaines) x 25 fr. (salaire
horaire) x 70% (incapacité) = xx’xxx fr. ; préjudice ménager total pour cette période :
xx’xxx fr. + (xx’xxx fr. x 10/12) = xx’xxx fr.. Selon X _, le préjudice ménager
actuel total s'élève ainsi à xxx’xxx fr. (xxx’xxx fr. + xx’xxx fr.).
- 76 -
Selon X _, pour le calcul du préjudice ménager futur, on se base sur les tables
et programmes de capitalisation de STAUFFER/SCHAETZLE/WEBER, 7ème édition, Zürich
2018. Selon elle, dès ce jour et jusqu'à avril 2029 (vingt-cinquième anniversaire de GGG
_), il convient de capitaliser à 3.5% une rente temporaire (8 ans) d'activité pour
une femme de 57 ans. La table A2y de STAUFFER/SCHAETZLE/WEBER indique un facteur
de capitalisation de 6.83. Partant, selon elle, il y a lieu de calculer le préjudice ménager
pour cette période : 23'569 fr. (préjudice ménager annuel pour une durée hebdomadaire
de 25.9 heures consacrée aux tâches ménagères) x 6.83 = xxx’xxx fr..
Selon X _, une rente d'activité différée, enfin, doit être capitalisée dès mars
2029. Le facteur de capitalisation s'obtient par différence entre celui d'une rente d'activité
immédiate pour une femme de 57 ans (15.89) et celui d'une rente temporaire de 8 ans
au même taux (6.83), soit 9.06 (15.89 — 6.83) (arrêt 4A_543/2015, 4A_545/2015,
consid. 8.3). Selon elle, de plus, pour cette période, on tient compte d'une durée de 23
heures par semaine consacrée aux tâches domestiques et familiales. Dès lors, le
préjudice ménager futur dès 2029 se calcule : (23 h x 52 semaines x 25 fr. x 70%) x 9.06
= xxx’xxx fr..
Selon X _, le préjudice ménager futur s'élève ainsi à xxx’xxx fr. (xxx’xxx fr. +
xxx’xxx fr.). Partant, selon elle, son préjudice ménager total se monte à xxx’xxx fr..
7.3. En l'espèce, X _ allègue n'avoir souffert, avant l'intervention, que d'une
faible limitation dans les activités du ménage (all. 13, pce 2). Elle expose que, depuis
l'opération, elle n’a plus été en mesure d'exercer les tâches ménagères (all. 94), que son
mari tient le rôle d'homme au foyer et s’occupe de son épouse et de ses enfants (all.
95), qu'il s'occupe de la toilette de son épouse, qu'il l'habille et répond à ses demandes
permanentes (all. 98), qu'il prépare les repas (all. 99), fait les courses (all. 100), fait la
lessive et s’occupe du linge (all. 101) et effectue les tâches en relation avec les soins et
l’assistance fournie aux enfants (all. 102). X _ estime avoir consacré une
centaine d'heures par mois aux tâches domestiques (all. 103). Son époux a confirmé
cela. En réalité, ces faits ne suffisent pas à établir un préjudice ménager. Pour prétendre
- 77 -
à la réparation de ce poste, il faut établir le temps que le lésé aurait consacré au ménage
sans l'évènement dommageable. Les actes du dossier n’indiquent pas cela.
X _ était déjà limitée dans l'activité ménagère avant l'intervention litigieuse (all.
13). Les actes du dossier ne contiennent pas d’allégué relatif au temps qu'elle aurait
consacré aux tâches ménagères sans les évènements du 27 août 2008. X _,
indique ne plus être en mesure d'effectuer les tâches ménagères de manière générale.
Elle n'a pas allégué en quoi les séquelles de l'intervention litigieuse l'entraveraient dans
ces tâches ou les empêcheraient. L'impact effectif des lésions alléguées par
X _ sur sa capacité à s'occuper de son ménage est inconnu. Entre l'invalidité
médicale et la capacité à assumer des tâches ménagères, il se peut que le handicap
dont souffre le lésé n'exclue pas la poursuite d'une activité ménagère ou ne commande
qu'une faible diminution de celle-ci (arrêt 4A_19/2008 du 1er avril 2008, consid. 2.4).
Dans ces conditions, X _ n'a pas établi l'existence d'un préjudice ménager.
Dans ces conditions, l’action de X _ à l’encontre de Y _ doit encore
être rejetée, pour cette autre raison.
8. S’agissant du tort moral, le tort moral est la diminution involontaire du bien-être d'une
personne. L'indemnité pour tort moral a pour but de compenser le préjudice que
représente cette atteinte au bien-être. Le principe de l'indemnisation et son ampleur
dépendent d'une manière décisive de la gravité de l'atteinte et de la possibilité d'adoucir
de façon sensible la douleur physique ou morale. Les critères pour la fixation de
l'indemnité sont la nature et la gravité de l’atteinte, l’intensité et la durée de ses effets
sur la personnalité de la victime, la gravité de la faute du responsable, une éventuelle
faute concomitante de la victime, ainsi que les chances d'alléger la souffrance par le
paiement d'une somme d'argent» (ATF 123 III 306, consid. 9b ; MULLER, op. cit., p. 47).
Les lésions corporelles ne suffisent pas à elles seules pour admettre le dommage. De
surcroît, tout tort moral ne justifie pas le versement d'une indemnité. L'art. 6 LRCPA
subordonne l'octroi d'une indemnité en réparation du tort moral à l'existence de
circonstances particulières. Pour qu'une telle réparation soit envisagée, la douleur
éprouvée doit être particulièrement grande (ATF 108 Il 422) et la souffrance morale d'une
certaine gravité. Il ne suffit pas que l'atteinte soit objectivement grave. Le lésé doit établir
en quoi cette atteinte lui inflige personnellement de graves souffrances morales. Le lésé
doit faire état des circonstances qui font qu'il a ressenti cette atteinte comme
subjectivement grave (ATF 120 II 97, consid. 2b ; MULLER, op. cit., p. 47 ; WERRO, op.
cit., p. 50).
- 78 -
8.1. S’agissant du tort moral, en vertu de l'art. 47 CO, le juge peut, en tenant compte de
circonstances particulières, allouer à la victime de lésions corporelles une indemnité
équitable à titre de réparation morale. Les circonstances particulières évoquées dans la
norme consistent dans l'importance de l'atteinte à la personnalité du lésé, l'art. 47 CO
étant un cas d'application de l'art. 49 CO. Les lésions corporelles, qui englobent tant les
atteintes physiques que psychiques, doivent donc en principe impliquer une importante
douleur physique ou morale ou avoir causé une atteinte durable à la santé. Parmi les
circonstances qui peuvent, selon les cas, justifier l'application de l'art. 47 CO, figurent
avant tout le genre et la gravité de la lésion, l'intensité et la durée des répercussions sur
la personnalité de la personne concernée, le degré de la faute de l'auteur ainsi que
l'éventuelle faute concomitante de la victime (ATF 141 III 97, consid. 11.2). Ainsi, il n’est
pas abusif d’allouer une indemnité pour tort moral de 140'000 fr., avant réduction, à la
victime d'un accident de la circulation qui, par suite d'un traumatisme cranio-cérébral et
d'autres blessures graves, avait dû faire plusieurs séjours de longue durée à l'hôpital,
qui aurait besoin toute sa vie de soins médicaux et qui n'avait pu conserver qu'une
certaine autonomie, pour s'habiller et se laver les dents (arrêt 6B_188/2010, consid.
5.1.2).
8.2. Selon X _, elle souffre de séquelles durables en raison des interventions
chirurgicales du 27 août et 28 août 2008 et notamment d'une parésie complète du nerf
fémoral. Actuellement, X _ indique se déplacer principalement en chaise
roulante. Avec l'aide de cannes, X _ indique être capable de se déplacer sur
une distance de quelques mètres. Son époux s'occupe de sa toilette, de l'habiller, ainsi
que des tâches ménagères. L'autonomie de X _ est très limitée. Elle indique
souffrir d'une dépression. Selon le Prof. AA _, les séquelles de X _
entraînent une invalidité actuelle, un état de dépendance et une incapacité de travail
évaluées selon lui à 100%. Selon X _, l'octroi d'une indemnité pour tort moral
de xx’xxx fr. se justifierait.
8.3. S’agissant du préjudice total, selon elle, le préjudice total de X _ se
monterait à : xxx’xxx fr. (perte de gain) – xxx’xxx fr. (déduction des rentes AI, y compris
de l'allocation pour impotent) + xxx’xxx fr. (préjudice ménager) + xx’xxx fr. (tort moral) =
x’xxx’xxx fr..
- 79 -
X _, indique qu’en raison de l'autorisation de procéder délivrée à l'ancien
mandataire de X _ et des conclusions du mémoire-demande de l’ancien
mandataire, déposé le 29 février 2016, elle conclut à ce qu'il lui soit alloué un montant
de x’xxx’xxx fr. pour la réparation du préjudice subi (à savoir xx’xxx fr. à titre de tort moral
et x’xxx’xxx fr. à titre de dommages-intérêts).
8.4. En l’espèce, l'existence d'un état dépressif sévère est établie (all. 92, pce 23).
Cependant, il n'est pas allégué expressément que cet état dépressif est la conséquence
de l'acte illicite reproché. Au contraire, la pièce produite par X _ permet
d'établir que les difficultés psychiques de la demanderesse sont le résultat d'une histoire
personnelle douloureuse («succession de malheurs depuis sa naissance»), d'une
enfance compliquée par ses problèmes de hanches et les opérations subies, ainsi que
de grosses désillusions et un état de misère sociale après son arrivée en Suisse (pce
23, p. 8). L'état dépressif sévère n'est pas contesté ; les actes établissent qu'il résulte
principalement de l'histoire de vie de X _. Même s'il fallait envisager une
indemnité pour tort moral, l'ampleur du préjudice causé par l'intervention litigieuse n'a
pas été établi. Rien ne justifie de renoncer à la preuve sur ce point ; les conditions d'un
allègement de la preuve en dessous de la haute vraisemblance ne sont pas réunies.
X _ pouvait établir les éléments du tort moral, notamment par un certificat
médical circonstancié. En l’absence d’allégué décrivant les circonstances particulières
justifiant l'octroi d'un tort moral et exposant les critères permettant de déterminer
l'ampleur de la réparation, ce poste du dommage ne peut pas être alloué.
Dans ces conditions, l’action de X _ à l’encontre de Y _ doit encore
être rejetée, pour cette autre raison.
9. S’agissant du lien de causalité, pour que la responsabilité de l'Etat puisse être
engagée, il doit exister un lien de causalité à la fois naturelle et adéquate entre l'acte
illicite reproché et la survenance du dommage. En l'absence de tout acte illicite, ainsi
que de tout dommage allégué et établi, la question du lien de causalité ne se pose pas.
- 80 -
9.1. Un comportement est la cause naturelle d'un résultat s'il en constitue l'une des
conditions sine qua non, c'est-à-dire si, sans lui, le résultat ne se serait pas produit. La
constatation du rapport de causalité naturelle relève du fait. Il n'est pas nécessaire que
l'événement considéré soit la cause unique ou immédiate du résultat (HIRSIG-VOUILLOZ,
La responsabilité du médecin - aspects de droit civil, pénal et administratif,
CC _ 2017, p. 98). L'existence d'un lien de causalité naturelle entre le fait
générateur de responsabilité et le dommage est une question de fait que le juge doit
trancher selon la règle de la vraisemblance prépondérante lorsque, par la nature même
de l'affaire, une preuve stricte n'est pas possible ou ne peut être raisonnablement exigée
de celui qui en supporte le fardeau (état de nécessité en matière de preuve); tel est en
particulier le cas de l'existence d'un lien de causalité hypothétique (ATF 133 III 81,
consid. 4.2.2).
9.2. Selon X _, les interventions chirurgicales des 27 et 28 août 2008, ainsi
que l'appréciation initiale du cas par le médecin, ont été à l'origine de l'état médical actuel
de X _. Selon elle, les séquelles durables dont souffre X _ sont,
selon le Prof. AA _, directement ou indirectement consécutives à dites
interventions chirurgicales. De plus, selon elle, si une nouvelle intervention pour
procéder à la reconstruction du nerf fémoral avait été recommandée, la fonction de la
jambe de X _ aurait peut-être pu être améliorée, au vu du rapport d'expertise
du Prof. GG _. En outre, un accompagnement spécifique à la suite de
l'encéphalopathie cérébrale subie par X _ aurait permis de diminuer les
séquelles neuropsychologiques dont elle souffre.
De surcroît, selon X _, les séquelles liées aux interventions chirurgicales des
27 et 28 août 2008 sont à l'origine du tort moral qu’elle réclame. Selon elle, elles sont
aussi la cause de son incapacité de travail et de son incapacité à réaliser les tâches
ménagères. Selon X _, si elle avait été informée correctement des risques liés
à l'arthroplastie de la hanche, et si elle avait été informée que cette intervention
chirurgicale pouvait la rendre invalide, elle aurait probablement refusé l’intervention et
n'aurait pas souffert des séquelles qui lui sont liées. Selon elle, le rapport de causalité
peut être qualifié d'adéquat si, d'après le cours ordinaire des choses et l'expérience de
la vie, le comportement en question était propre à entraîner un résultat du genre de celui
qui s'est produit. La causalité adéquate pourra être admise même si le comportement de
- 81 -
l'auteur n'est pas la cause directe ou unique du résultat. Peu importe que le résultat soit
dû à d'autres causes, notamment à l'état de la victime, à son comportement ou à celui
de tiers (HIRSIG-VOUILLOZ, op. cit., p. 101). En règle générale, lorsque le lien de causalité
hypothétique entre l'omission et le dommage est établi, il ne se justifie pas de soumettre
cette constatation à un nouvel examen sur la nature adéquate de la causalité (TF
4A_297/2015, consid. 4.2).
Selon X _, la violation des règles de l'art étaient propres, selon le cours
ordinaire des choses et l'expérience générale de la vie, à entraîner les séquelles du type
de celles qui se sont produites et à causer un préjudice à X _.
9.3. En l’espèce, il faut examiner si, pour le cas où un acte illicite devait être retenu, une
intervention conforme aux règles de l'art aurait permis, avec une très grande
vraisemblance, d'empêcher la survenance du dommage dont se prévaut X _.
Les atteintes à la santé alléguées par X _ sont multiples. Elle présente
certaines limitations liées à l'échec de la prothèse à droite. Cependant, le lien de
causalité entre l'ensemble des atteintes à la santé alléguées et l'intervention litigieuse
n'est pas établi. Comme l’indique le Dr AAA _, s'il existe des séquelles
invalidantes au niveau du membre inférieur droit, ces séquelles n'expliquent que
partiellement les innombrables limitations fonctionnelles et surtout l’impotence
fonctionnelle totale du membre inférieur droit (all. 62, pce 23). Selon le
Dr AAA _, les limitations présentées par X _ sont également le fait
de la coxarthrose gauche et de sa pathologie lombaire. Le Dr AAA _ retient
également des auto-limitations entraînant un comportement d'invalide absolue, lié
probablement aux affections psychiatriques (all. 55, pce 23). Les séquelles des
interventions des 27 et 28 août 2008 ne suffisent pas à expliquer l'ensemble des
limitations fonctionnelles de X _, en particulier la perte totale de l'usage de la
jambe droite. X _ n'a pas allégué dans quelle mesure les interventions des 27
et 28 août 2008 seraient à l'origine de son invalidité. Elle s'est contentée d'alléguer une
invalidité totale (all. 63). Faute d'indications quant à la part des séquelles qui pourraient
avoir été provoquées par les opérations en cause, le tribunal ne peut pas retenir un
éventuel lien de causalité entre ces opérations et l'invalidité de la demanderesse. Le
tribunal ne peut pas non plus retenir un éventuel lien de causalité entre les interventions
litigieuses et le dommage allégué.
- 82 -
Dans ces conditions, l’action de X _ à l’encontre de Y _ doit encore
être rejetée, pour cette autre raison.
10.1. S’agissant de la prescription, l'art. 8 al. 1 LRCPA prévoit que l'action en dommages-
intérêts ou en paiement d'une somme d'argent à titre de réparation morale se prescrit
par un an à compter du jour où la partie lésée a eu connaissance du dommage et de la
collectivité qui en est responsable, et, dans tous les cas, par dix ans dès le jour où le fait
dommageable s'est produit. Selon l'art. 8 al. 2 LRCPA, si les dommages-intérêts dérivent
d'un acte punissable soumis par les lois pénales à une prescription de plus longue durée,
cette prescription s'applique à l'action en dommages-intérêts. L'art. 8 al. 2 LRCPA
reprend le contenu de l'art. 60 al. 2 CO (ATC VS C3 16 92 du 24 octobre 2016 c. 5.4).
Pour que la prescription pénale entre en considération en vertu de l'art. 60 al. 2 CO, il
faut que les prétentions civiles résultent, avec causalité naturelle et adéquate, d'un
comportement du responsable qui constitue, d'un point de vue objectif et subjectif, une
infraction pénale prévue par une norme ayant notamment pour but de protéger le lésé
(ATF 137 III 481, c. 2.4).
Le lésé connaît suffisamment le dommage lorsqu'il peut évaluer globalement son
préjudice et, si nécessaire, demander au tribunal d'apprécier le dommage selon l'art. 42
al. 2 CO (ATF 131 III 61, consid. 3.1.1 ; ATF 126 III 161, consid. 3c). En cas d'atteinte à
l'intégrité physique, le dommage doit être suffisamment stabilisé, sans qu'il ne doive l'être
complètement. Le lésé n'est pas admis à différer sa demande jusqu'au moment où il
connaît le montant absolument exact de son préjudice, car le dommage peut être estimé
selon l'art. 42 al. 2 CO (ATF 131 III 61, consid. 3.1.1 ; ATF 111 II 55, consid. 3a). Lorsque
l'état de santé est évolutif, le délai ne court pas avant la stabilisation de l'état de santé
du patient. Cette stabilisation doit être attestée par des experts médicaux et le taux
d'incapacité de travail doit être déterminé au moins approximativement (ATF 126 III 161,
consid. 3c ; ATF 112 II 1 18, consid. 4 ; arrêt 4A_136/2012 du 18 juillet 2012, consid.
4.2).
- 83 -
10.2. Selon X _, les interventions chirurgicales ont été réalisées les 27 et 28
août 2008. L'action a été introduite le 7 août 2015 ; partant, l'action n'est pas prescrite
(ATC du 24 octobre 2016).
10.3. La prescription à l'encontre du défendeur a été interrompue pour la première fois
en 2011. Le 23 mai 2011, le précédent conseil de X _ s'est adressé au Réseau
Santé Valais, indiquant qu'il était chargé de défendre les intérêts de X _, que
celle-ci entendait demander réparation du dommage subi, estimé à cette date
à x’xxx’xxx fr., et demandant la délivrance d'une déclaration de renonciation à la
prescription (pce 61). Dans cette correspondance, le précédent conseil de X _
alléguait qu’elle aurait appris au début de l'année 2011 qu'elle avait définitivement perdu
l'usage de sa jambe droite. En réalité, l'état de X _ était stabilisé avant cette
date. En décembre 2009 déjà, le Dr P _ indiquait à l'Office AI que la
problématique neurologique persistait, qu'il n'y aurait pas d'amélioration de l'état de
X _ et qu'une rente AI devait ainsi lui être attribuée (pce 23, p. 2). Ainsi, l'action
était prescrite en décembre 2010 au plus tard.
Même s'il fallait admettre que X _ n'a eu connaissance de son dommage que
début 2011, l'action serait malgré tout prescrite. En effet, X _ a établi n'avoir
interrompu la prescription que jusqu'au 31 juillet 2014 (pces 62 à 65). Elle n'a pas établi,
ni même allégué, avoir interrompu la prescription au-delà de cette date. Or, la requête
de conciliation n'a été déposée que le 7 août 2015 (all. 225). Les prétentions de
X _ étaient donc prescrites à cette date, faute de renouvellement de
l'interruption de la prescription au-delà du 31 juillet 2014. Partant, les prétentions de
X _ sont prescrites.
De surcroît, aucune éventuelle action pénale n’a été ouverte à ce jour.
Dans ces conditions, l’action de X _ à l’encontre de Y _ doit encore
être rejetée, pour cette autre raison.
- 84 -
11. Eu égard aux développements précités, la demande d’X _ à l’encontre de
Y _ est rejetée.
12. Les frais sont mis à la charge de la partie qui succombe. S’agissant des frais de la
procédure de conciliation, ils suivent le sort de la cause lorsque la demande est déposée
(art. 207 al. 3 CPC). Comme la partie défenderesse obtient gain de cause, les frais et
dépens, y compris les éventuels frais de l’autorité de conciliation sont mis à la charge de
la demanderesse.
Les frais comprennent les frais judiciaires et les dépens. Ils sont fixés conformément à
la LTar. L’émolument est fixé en fonction de la valeur litigieuse, de l’ampleur et de la
difficulté de la cause, de la façon de procéder des parties, ainsi que de leur situation
financière (art. 13 LTar). Lorsque la cause n’est pas conduite jusqu’à son terme,
l’émolument est réduit proportionnellement. Il en va de même en cas de jugement sur le
fond préjudiciel ou partiel, de jugement par défaut ou sans motivation (art. 14 al. 1 LTar).
Selon l’art. 16 al. 1 LTar, l’émolument de justice pour les contestations civiles de nature
pécuniaire, soumises à la procédure ordinaire ou simplifiée, et tranchées en première ou
unique instance, est fixé, pour une valeur litigieuse supérieure à 1'000'000 fr. de 27'000
fr. à 120'000 fr.
En l’espèce, eu égard à la valeur litigieuses de x’xxx’xxx fr., la totalité des frais par
xx’xxx fr. apparaît appropriée, émolument, expertises et débours compris (xx’xxx fr. +
xx’xxx fr.) (émoluments : xx’xxx fr. ; débours : xx’xxx fr., à savoir : huissier : xx fr. ;
témoin : xxx fr. ; expertises : x’xxx fr. (AA _) + x’xxx fr. (GG _) +
xxx fr. (supplément expertise GG _) ; frais hôpital PPP _ : xxx fr. ;
frais J _: xx fr.).
Ce montant n’est pas prélevé sur les éventuelles avances de la demanderesse
[0 fr. (juge de district ; AJ) ; 0 fr. (juge de commune ; AJ)]. Ce montant ne peut pas non
plus être prélevé pour partie sur les avances effectuées par la partie défenderesse
[xx’xxx fr. = xxx fr. + x’xxx fr. + x’xxx fr.], lesquelles doivent lui être restituées.
Le greffe restituera à la défenderesse ses avances, par xx’xxx fr.
- 85 -
Les frais de procédure et de jugement, par xx’xxx fr. (émolument : xx’xxx fr. ; débours :
xx’xxx fr.), sont mis à la charge d’X _. Les frais, par xx’xxx fr., mis à la charge
de X _ sont provisoirement supportés par l’Etat du Valais au titre de
l'assistance judiciaire (exonération des frais, art. 118 al. 1 let. b CPC).
13. Les dépens, arrêtés globalement, comprennent les débours nécessaires, le
défraiement d’un représentant professionnel et, lorsque la partie n’a pas de représentant
professionnel, une indemnité équitable pour les démarches effectuées, dans le cas où
cela se justifie (art. 95 al. 3 CPC). Selon l’art. 32 al. 1 LTar, les honoraires des avocats
dans les contestations civiles de nature pécuniaire d’une valeur litigieuse supérieure à
1'000'000 r. sont de 3,3 % sans dépasser 140'000 francs. Les dépens sont arrêtés entre
le minimum et le maximum prévu par le tarif, d’après la nature et l’importance de la
cause, ses difficultés, l’ampleur du travail, le temps utilement consacré par le conseil
juridique et la situation financière de la partie (art. 27 al. 1 LTar). Ils sont en règle
générale proportionnels à la valeur litigieuse (art. 27 al. 2 LTar). En cas de jugement par
défaut, cet honoraire peut être réduit en conséquence (art. 29 al. 3 LTar). S'agissant du
calcul des honoraires, il est également tenu compte de l'avancement du procès au
moment où la valeur est réduite. Conformément à la pratique des tribunaux, en
raisonnant sur la base des critères posés par l'art. 21 al. 1 aDTFJ par analogie, un tiers
de l'honoraire est dû après l'échange d'écriture, la moitié au débat préliminaire ou
immédiatement après, les trois quarts au cours de l'administration des preuves,
mais au plus tard quinze jours avant le débat final, et la totalité après ce délai (cf. RVJ
1986 p. 309 ; ATC C1 08 86 du 10.11.2009, consid. 11 ; ATC C2 07 25 du 26.06.2007,
p. 3). Les dépens des parties comprennent l'indemnité à la partie pouvant y prétendre et
ses frais de conseil juridique (art. 4 LTar). Les débours d'avocat englobent les dépenses
effectives et justifiées (essentiellement les frais de déplacement, les frais de copie à 50
ct. [ATF 118 Ib 352 consid. 5] et les frais de port). Quant aux honoraires, ils sont fixés
entre le minimum et le maximum prévus par le chapitre 4 de la LTar, d'après la nature et
l'importance de la cause, ses difficultés, l'ampleur du travail, le temps utilement consacré
par l'avocat et la situation financière de la partie (art. 27al. 1 LTar).
En l'espèce, en la procédure C1 16 xxx, Me E _ (constitué en 2016) est
notamment intervenu en déposant un mémoire-réponse de 22 pages (29.4.2016), en
déposant une duplique de 8 pages (15.12.2016), en déposant une détermination de 3
pages (14.2.2017), en assistant aux débats d’instruction (22.3.2017), en déposant
diverses déterminations et lettres.
- 86 -
En l'espèce, en la procédure C1 16 xxx, Me N _ (constituée depuis le 5 juin
2020) est intervenu en déposant des lettres, en assistant à l’audition au tribunal de
D _ (31.8.20), à la séance d’audition du 29 septembre 2020 (2h30), en
déposant des lettres, en déposant un mémoire-conclusions de 18 pages.
En l’espèce, eu égard à la valeur litigieuses de x’xxx’xxx fr. un honoraire complet de
xx’xxx fr. apparaît dès lors approprié, débours et déplacement compris, ainsi que TVA
comprise. Cependant, eu égard à la situation de la demanderesse, le tribunal ramène
ces dépens au-dessous du minimum prévu (art. 29 al. 2 LTar) à 30'000 fr.
Partant, la demanderesse est condamnée à verser xx’xxx fr. à la partie défenderesse, à
titre de dépens. X _ versera à Y _ xx’xxx fr., à titre de dépens.
14.1. L'autorité saisie de la procédure fixe également dans sa décision sur les dépens,
le montant dû par la collectivité à l'avocat d'office de la partie assistée. La collectivité
paie les débours et honoraires de ce mandataire à partir du moment où il a été nommé
en qualité d'avocat d'office au sens des art. 2 et 3 LAJ. Les dépens comprennent
l'indemnité à la partie pouvant y prétendre et ses frais de conseil juridique. Ils couvrent,
en principe, les frais indispensables occasionnés par le litige (art. 4 al. 1 LTar). Les
débours d'avocat englobent les dépenses effectives et justifiées (essentiellement les
frais de déplacement à 60 ct. le kilomètre, les frais de copie à 50 ct. [ATF 118 Ib 352
consid. 5] et les frais de port et de communication). Quant aux honoraires, ils sont fixés
entre le minimum et le maximum prévus par le chapitre 4 LTar, d'après la nature et
l'importance de la cause, ses difficultés, l'ampleur du travail, le temps utilement consacré
par le conseil juridique, et la situation financière de la partie (art. 27 al. 1 LTar). Pour une
procédure de divorce, les honoraires sont fixés entre 1’100 fr. et 11’000 francs (art. 34
al. 1 LTar). La rémunération de l’avocat doit cependant demeurer dans un rapport
raisonnable entre la prestation fournie et ne pas contredire de manière choquante le
sentiment de la justice (ATF du 27 janvier 2000 in RVJ 2000 p. 255 consid. 3a/aa).
En cas d'assistance judiciaire, qu'elle soit totale ou partielle, l'art. 10 al. 3 OAJ précise
que la rémunération du conseil juridique et le paiement de ses débours obéissent aux
règles de l'art. 30 al. 1 et 2 let. b LTar. Aux termes de cette disposition, le conseil juridique
habilité à se faire indemniser en vertu des dispositions en matière d'assistance judiciaire
perçoit, en sus du remboursement de ses débours justifiés, des honoraires
correspondant au 70 % des honoraires prévus aux art. 31 à 40 LTar, mais au moins à
- 87 -
une rémunération équitable telle que définie par la jurisprudence du Tribunal fédéral. La
rémunération d'un avocat d'office doit se situer, en moyenne, autour de 180 fr. de l'heure,
TVA non comprise, pour être conforme à la Constitution, des différences cantonales
pouvant toutefois justifier un écart vers le haut ou vers le bas (ATF 132 I 201). L'avocat
d'office ne peut pas réclamer une indemnité supplémentaire à l'assisté.
14.2. Initialement, l’assistance judiciaire avait été refusée à X _ par le tribunal
de district (cf. supra). A la suite de la décision du Tribunal cantonal, elle a été mise au
bénéfice de l’assistance judiciaire (cf. supra).
En l’espèce, en la procédure C1 16 32, Me M _, avocat d’office de
X _, au bénéfice de l’assistance judiciaire totale à partir du 24 juillet 2019
(C2 19 xxx), est intervenu, depuis cette date, en se constituant, en étudiant le dossier,
en requérant des pièces, en requérant une expertise complémentaire/surexpertise
(C3 19 xxx) (14.10.2019), en déposant des déterminations, en déposant des
questionnaires, en assistant à l’audition au tribunal de D _ (31.8.20), à la
séance d’audition du 29 septembre 2020 14h20-16h50), qui a duré 2h30, en déposant
des lettres, en déposant un mémoire-conclusions de 26 pages, avec un décompte
adressé à X _.
Le tribunal retient le décompte de Me M _ déposé en cause. Par conséquent,
l’Etat du Valais versera, pour les dépens au titre de l’assistance judiciaire, une indemnité
de xx’xxx fr., honoraires réduits, débours, déplacement et TVA compris, à
Me M _, avocat d’office de X _. Cette indemnité prend en compte
notamment la nature et l'importance de la cause, sa difficulté, le temps utilement
consacré par l'avocat et la situation financière des parties dans le cadre d'une procédure
en responsabilité, au bénéfice de l'assistance judiciaire (art. 4, 26, 30, 34 LTar).
S’agissant des dépens de Me A _, précédent avocat d’office de X _,
le 26 mars 2019, le tribunal avait prononcé (C2 19 xxx) :
1. L'Etat du Valais versera à Me A _, à xxx, avocat d’office de X _, une indemnité de x’xxx fr.,
TVA et débours compris, à titre de rémunération d’avocat d'office (assistance judiciaire) de X _ dans la cause SIO C1 16 xxx.
2. Il n’est pas perçu de frais, ni alloué de dépens.
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L’Etat du Valais pourra exiger de X _ le remboursement de ses prestations
fournies au titre de l’assistance judiciaire (xx’xxx fr. frais + xx’xxx fr. dépens
Me M _ + x’xxx fr. dépens Me A _) si la situation économique de
cette dernière, ayant permis l'octroi de l'assistance judiciaire, s'est améliorée (art. 123
al. 1 CPC ; art. 10 al 1 let a LAJ).

Considerations: