Decision ID: 3ade453a-0021-556a-98e5-b5806c27b1a2
Year: 2017
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_007
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: 
Law Sub-area: nan
Label: approval

Facts:
EN FAIT
A. a.
En date du 13 décembre 2016, A_ SA a déposé une réquisition de poursuite contre B_ SPC en paiement de 8'861 fr. avec intérêts à 5 % dès le 26 avril 2016, au titre d'une facture n°1_ non payée datant du 1
er
avril 2016. B_ SPC étant située aux Îles Caïman, la réquisition de poursuite mentionnait ce qui suit dans la rubrique "
autres observations : gestion effective par C_ SA, rue D_, E_ Genève (art. 50 al. 1 LP; cf. lettre et annexes)
".
b.
L'Office des poursuites (ci-après : l'Office) a rejeté cette réquisition de poursuite par courrier du 15 février 2017, au motif que A_ SA n'ayant pas démontré que B_ SPC déployait à Genève une activité économique de manière non transitoire, l'art. 50 al. 1 LP ne pouvait trouver application dans le cas d'espèce.
B. a.
A_ SA a déposé une plainte contre cette décision le 27 février 2017, concluant à ce que celle-ci soit annulée et à ce qu'il soit ordonné à l'Office de donner suite à sa réquisition de poursuite du 13 décembre 2016.
b.
A_ SA expose que B_ SPC, dont le siège est aux Îles Caïman, est entièrement gérée à Genève par C_ SA, dont le siège est à Genève à teneur du Registre du commerce, ces deux sociétés étant toutes deux dirigées par F_, lequel est également l'administrateur de C_ SA.
A_ SA mentionne par ailleurs qu'elle a conclu à Genève, le 26 février 2016 avec B_ SPC, notamment sous la signature de F_, un contrat de service ayant fondé par la suite la facture n° 1_ du 1
er
avril 2016 faisant l'objet de sa réquisition de poursuite du 13 décembre 2016.
La plaignante fait valoir que les pourparlers précontractuels entre B_ SPC et A_ SA, ayant abouti à la conclusion du contrat de service précité du 26 février 2016, se sont déroulés dans les locaux de C_ SA à Genève, F_ et deux de ses collaborateurs auprès de C_ SA intervenant pour le compte de B_ SPC.
A cet égard, il ressort en outre des pièces produites par A_ SA avec sa présente plainte que les courriels au sujet de la conclusion du contrat de service du 26 février 2016 ont été échangés par la plaignante avec B_ SPC sur des adresses électroniques se terminant par "
G_
".
Enfin, le site internet de C_ SA indique expressément que cette société gère les fonds constitués par B_ SPC.
c.
Dans ses observations du 13 mars 2017, l'Office a estimé justifiée sa décision de rejet du 15 février 2017 au regard des pièces jointes à l'époque à la réquisition de poursuite du 13 décembre 2016.
Il s'en est toutefois rapporté en définitive à l'appréciation de la Chambre de surveillance, au vu des autres pièces déposées par A_ SA à l'appui de sa plainte du 27 février 2017.
d.
Dûment interpellée par courrier du greffe de la Chambre de surveillance du 11 avril 2017, B_ SPC ne s'est pas déterminée au sujet de la présente plainte, dans le délai imparti au 9 mai 2017 ou par la suite.

Considerations:
EN DROIT
1.
1.1
La Chambre de surveillance est compétente pour statuer sur les plaintes formées en application de la LP (art. 13 LP; art. 126 al. 2 let. c LOJ; art. 6 al. 1 et 3 LaLP) contre des mesures de l'Office non attaquables par la voie judiciaire (art. 17 al. 1 LP).
1.2
Interjetée, pour le surplus, dans le délai de 10 jours (art. 17 al. 2 LP) et selon la forme prescrite (art. 9 al. 1 LaLP et art. 65 al. 1 et 2 LPA applicable par renvoi de l'art. 9 al. 4 LaLP), la plainte est recevable.
2.
La plaignante fait grief à l'Office d'avoir refusé de donner suite à sa réquisition de poursuite du 13 décembre 2016 malgré le fait que la débitrice a un établissement en Suisse au sens de l'art. 50 al. 1 LP.
2.1
L'art. 46 al. 1 LP prévoit que le for ordinaire de la poursuite est au domicile du débiteur.
En application du principe de la territorialité de la poursuite exprimé par la disposition précitée et rappelé par le Tribunal fédéral (ATF
107 III 53
consid. 4e), le débiteur domicilié à l'étranger ne peut être poursuivi en Suisse.
L'art. 50 al. 1 LP consacre l'une des exceptions à ce principe en prévoyant que le débiteur domicilié à l'étranger qui possède un établissement en Suisse peut y être poursuivi pour les dettes de celui-ci, qu'elles soient contractuelles ou non
(ATF
114 III 6
). Le for de l'art. 50 al. 1 LP ne dépend pas d'une inscription au Registre du commerce mais est subordonné seulement à l'existence d'un établissement en Suisse du débiteur domicilié à l'étranger (ATF
114 III 6
consid. 1b, JdT
1991 II 17
; ATF
98 Ib 100
consid. 3; Ernst F. Schmid, in SchKG I, 2
ème
éd. 2010, n. 9 ad art. 50; Pierre-Robert Gilliéron, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, éd. Payot, 1999, n. 29 ss ad art. 50).
La notion d'établissement s'entend de tout lieu d'opérations où le débiteur exerce de façon non transitoire une activité économique avec des moyens humains, des biens et des services
(Henri-Robert Schüpbach, in CR-LP, 2005, n. 8 ad art. 50 LP). L’établissement en Suisse auquel l’art. 50 al. 1 LP fait référence peut être soit un établissement principal, notamment pour des débiteurs domiciliés à l’étranger dans une zone frontalière mais exploitant en Suisse une entreprise, soit un établissement secondaire (ATF
114 III 6
; JdT 1991 II p. 17; ATF
98 Ib 100
consid. 1c; Schmid, op. cit., n. 9 ad art. 50; Gilliéron, op. cit., n. 12 et 29 ss ad art. 50).
2.2
En l'espèce, à teneur du dossier, c'est C_ SA à Genève qui a négocié, pour le compte de B_ SPC, le contrat liant cette dernière à la plaignante. En outre, les échanges de courriels en vue de la conclusion dudit contrat, produits par ladite plaignante, émanent tous de collaborateurs de C_ SA, utilisant une adresse électronique se terminant par "
G_
". Enfin, la teneur du site internet de cette dernière société fait apparaître qu'elle gère les fonds constitués par B_ SPC.
L'ensemble de ces éléments suffisent déjà à démontrer l'existence d'un établissement à Genève de B_ SPC au sens de l'art. 50 al. 1 LP, lequel établissement crée un for de poursuite genevois à l'encontre de la société précitée.
2.3.
Vu l'ensemble de ce qui précède, en tant qu'elle admet une absence de for de la poursuite à Genève à l'encontre de B_ SPC, la décision querellée de l'Office est infondée et sera annulée.
3.
La procédure de plainte est gratuite (art. 20a al. 2 ch. 5 LP et 61 al. 2 let. a OELP) et il ne peut être alloué aucun dépens dans cette procédure (63 al. 2 OELP). Conformément à ces dispositions, la présente décision est rendue sans frais ni dépens.
* * * * *