Decision ID: 6828e2b8-710e-46e3-a880-9f9651be684b
Year: 2013
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law
Law Sub-area: 
Label: dismissal

Facts:
Faits:
A. En date du 29 juin 2012, la France a requis l’extradition de A. (alias B.;
act. 6.3) pour les faits suivants. Le 26 novembre 2010 à 18h12, un groupe
de six à dix personnes lourdement armées est arrivé dans deux véhicules
Audi A3 et Audi S6, volés en Suisse et en France respectivement, devant
le bureau de change C. de Z. Après avoir neutralisé le vigile, les auteurs
ont apposé un cadre explosif sur la vitre blindée du bureau de change
donnant sur l’avenue de Y. L’explosion a créé un orifice par lequel un des
individus, D. est entré dans le bureau de change et s’est emparé
d’importantes sommes d’argent. Les autres, restés à l’extérieur pour tenir
en respect les passants, ont à plusieurs reprises fait usage de leurs armes,
dont des kalachnikovs. L’arrivée rapide de la police a fait fuir, à bord de
l’Audi S6, les individus restés dehors. En sortant du bureau de change, D.
a été encerclé par la police et sommé de se rendre. Il a car-jacké une
voiture, roulé sur une passante en démarrant, puis s’est encastré dans
plusieurs autres véhicules quelques centaines de mètres plus loin, ce qui a
permis son arrestation. Pendant ce temps, les autres individus ont
poursuivi leur fuite, abandonnant l’Audi S6 et ouvrant le feu sur un
automobiliste à Y. Ils ont ensuite traversé la frontière avec la France et pris
la fuite dans deux véhicules relais, BMW X3 et BMW X5, volés auparavant
en France, et qui ont par la suite été retrouvés incendiés le 27 novembre
2010 en France également.
B. Une procédure pénale a été ouverte en France pour le braquage du bureau
de change de Z., les coups de feu tirés à Y., le vol et la destruction de la
BMW X5, le recel et la destruction de la BMW X3 ainsi que le vol de l’Audi
S6.
C. En parallèle, une procédure a également été ouverte en Suisse pour le
braquage à Z., les coups de feu tirés à Y. ainsi que le vol de l’Audi A3. Les
examens techniques effectués dans les véhicules Audi A3 et S6 ont permis
de retrouver l’ADN de cinq individus, identifiés comme étant E., F., G. et A.
Le cinquième individu n’a pu être identifié.
Dans le cadre de cet état de fait, E., F. et G., ressortissants français, ont
été interpellés en France les 5 et 6 décembre 2011 et sont en détention
provisoire depuis le 9 décembre 2011. Le 16 février 2012, l’Office fédéral
de la justice (ci-après: OFJ) a adressé, sur requête du Ministère public
genevois (ci-après: MP-GE; act. 6.1), une demande de délégation de la
poursuite contre E., F. et G. pour les faits liés au braquage du 26 novembre
- 3 -
2010 (act. 6.2). A. est, quant à lui, détenu en Suisse depuis le 11 janvier
2012.
D. La demande d’extradition du 29 juin 2012 porte sur lesdits faits. Egalement,
les autorités françaises y attirent l’attention des autorités suisses sur une
éventuelle délégation de la poursuite menée en Suisse contre A. pour le vol
de l’Audi A3, pour le cas où l’extradition serait accordée (act. 6.3). Par
courrier du 24 juillet 2012, l’OFJ a transmis au MP-GE la demande
d’extradition, l’invitant à procéder à l’audition de A. Au vu de la procédure
en cours à Genève, l’OFJ a également invité le MP-GE à lui indiquer si les
faits exposés dans la demande d’extradition sont les mêmes que ceux pour
lesquels l’intéressé est poursuivi en Suisse. Dans l’affirmative, l’OFJ a prié
le MP-GE de lui fournir les motifs pour lesquels l’intéressé devrait être
extradé en France (act. 6.4).
Lors de son audition du 30 juillet 2012, A. s’est opposé à son extradition en
France. Il a déclaré ne pas renoncer à la règle de la spécialité et s’opposer
à ce que les faits mis à sa charge en Suisse soient dénoncés aux autorités
françaises (act. 6.5).
Par courrier daté du 5 septembre 2012, A. a déposé ses observations à la
demande d’extradition (act. 6.13). En date du 5 septembre 2012, le MP-GE
a transmis sa prise de position à l’OFJ, dans laquelle il a demandé que la
poursuite pénale genevoise à l’encontre de A. soit déléguée à la France
(act. 6.14). A. a complété ses observations suite à la prise de position du
MP-GE par pli du 5 octobre 2012 (act. 6.21).
E. Interpellées par l’OFJ le 8 août 2012 à propos de l’identité de A. alias B.
ainsi que de sa nationalité (act. 6.8), les autorités françaises ont, en date
du 26 octobre 2012, fourni des éléments sur l’identité de l’intéressé et la
manière dont il a obtenu le passeport français (act. 6.23).
F. Suite aux demandes de l’OFJ des 21 septembre et 9 novembre 2012
(act. 6.18 et 6.25), les autorités françaises ont fait parvenir à l’OFJ, par note
diplomatique du 29 novembre 2012, une description des faits relatifs aux
vols des voitures Audi S6, BMW X3 et BMW X5 intervenus sur sol français
ainsi que l’association de malfaiteurs et l’attaque du bureau de change du
26 novembre 2010 (act. 6.29). Le 7 janvier 2013, les autorités françaises
ont été invitées, une fois de plus, à compléter la description des faits
concernant le vol de la BMW X3 (act. 6.33). Un complément de faits a été
transmis à l’OFJ par pli du 11 janvier 2013 (act. 6.34).
- 4 -
G. Par note diplomatique du 25 septembre 2012, l’OFJ a demandé aux
autorités françaises de lui indiquer, pour le cas où l’extradition serait
accordée, si la France tiendra compte de la détention préventive subie par
A. en Suisse et, le cas échéant, si celle-ci pourra être imputée sur une
éventuelle peine qui serait prononcée à son encontre (act. 6.19). Les
autorités françaises ont répondu par note diplomatique du 26 octobre 2012
(act. 6.22). A. a pris position sur cette réponse par courrier du 16 novembre
2012 (act. 6.26).
H. Par courriel du 19 décembre 2012, l’OFJ a demandé aux autorités
françaises de lui indiquer les bases légales permettant à la France de
poursuivre et juger A. pour les faits commis en Suisse (act. 6.31). Les
autorités françaises ont répondu à cette requête en date du 3 janvier 2013
(act. 6.32).
I. Le 8 janvier 2013, un quatrième ressortissant français, soupçonné d’avoir
participé au braquage du bureau de change de Z. a été interpellé en
France (act. 6.36).
J. Par décision du 14 janvier 2013, l’OFJ a accordé l’extradition de A. à la
France pour les faits commis le 26 novembre 2010 à Z. et les autres faits
également mentionnés dans la demande d’extradition du 29 juin 2012 et
ses compléments des 29 novembre 2012 et 11 janvier 2013, et délégué la
poursuite pénale genevoise à l’encontre de A. à la France (act. 1.1).
K. Par acte daté du 15 février 2013, A. a recouru contre la décision
d’extradition et délégation de la poursuite. Il a conclu à l’annulation de la
décision du 14 janvier 2013, au refus tant de l’extradition que de la
délégation de la poursuite pénale à la France. De plus, il a sollicité
l’assistance judiciaire et la désignation, en qualité de défenseurs d’office,
de Me François Canonica et Me Saskia Ditisheim (act. 1).
L. Invité à répondre, l'OFJ a conclu, en date du 4 mars 2013, au rejet du
recours sous suite de frais (act. 6).
Par pli du 4 mars 2013, le MP-GE a conclu au rejet du recours et à la
confirmation de la décision entreprise (act. 5).
M. Par réplique du 18 mars 2013, A. a persisté dans ses griefs et conclusions
(act. 8).
- 5 -
N. Par plis des 25 et 26 mars 2013, le MP-GE, respectivement l’OFJ, ont
renoncé à dupliquer (act. 10 et 11).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

Considerations:
La Cour considère en droit:
1.
1.1 Les procédures d'extradition entre la Confédération suisse et la République
française sont prioritairement régies par la Convention européenne
d’extradition du 13 décembre 1957 (CEExtr; RS 0.353.1) et par l'Accord du
10 février 2003 entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la
République française relatif à la procédure simplifiée d’extradition et
complétant la CEExtr (RS 0.353.934.92, ci-après: l’Accord CEExtr
francosuisse). Les art. 59 à 66 de la Convention d’application de l’Accord
Schengen du 14 juin 1985 (CAAS; n° CELEX 42000A0922(02); Journal
officiel de l’Union européenne L 239 du 22 septembre 2000, p. 19 à 62,
publication de la Chancellerie fédérale, "Entraide et extradition")
s’appliquent également à l’extradition entre la Suisse et la France (v. arrêt
du Tribunal pénal fédéral RR.2008.296 du 17 décembre 2008, consid. 1.3).
Les dispositions pertinentes du CAAS n’affectent pas l’application des
dispositions plus larges des accords en vigueur entre la France et la Suisse
(art. 59 ch. 2 CAAS).
Les procédures de délégation de la poursuite pénale sont régies par la
Convention européenne d’entraide judiciaire du 20 avril 1959 (CEEJ;
RS 0.351.1), entrée en vigueur pour la Suisse le 20 mars 1967 et le 21
août 1981 pour la France, ainsi que par l'Accord bilatéral complétant cette
Convention (RS 0.351.934.92), conclu le 28 octobre 1996 et entré en
vigueur le 1 er mai 2000. Les art. 48 ss CAAS s’appliquent également à
l’entraide pénale entre la Suisse et la France (v. arrêt du Tribunal pénal
fédéral RR.2008.98 du 18 décembre 2008, consid. 1.3).
Pour le surplus, la loi fédérale sur l’entraide internationale en matière
pénale (EIMP; RS 351.1) et son ordonnance d'exécution (OEIMP;
RS 351.11) règlent les questions qui ne sont pas régies, explicitement ou
implicitement, par les traités (ATF 130 II 337 consid. 1; 128 II 355 consid. 1
et la jurisprudence citée). Le droit interne s'applique en outre lorsqu'il est
plus favorable à l'octroi de l’extradition que les traités (ATF 137 IV 33
- 6 -
consid. 2.2.2; 136 IV 82 consid. 3.1; 129 II 462 consid. 1.1; 122 II 140
consid. 2). L'application de la norme la plus favorable (principe dit "de
faveur") doit avoir lieu dans le respect des droits fondamentaux (ATF 135
IV 212 consid. 2.3).
1.2 La décision par laquelle l’OFJ accorde l’extradition (art. 55 al. 1 EIMP) peut
faire l’objet d’un recours devant la Cour des plaintes du Tribunal pénal
fédéral (art. 55 al. 3 et 25 al. 1 EIMP). A la différence de la demande de
délégation de la poursuite adressée par les autorités cantonales de
poursuite à l’OFJ, la requête par laquelle l’OFJ invite l’Etat étranger à
assumer la poursuite pénale d’une infraction relevant de la juridiction
suisse est une décision sujette à recours devant la Cour de céans (art. 88,
30 et 25 al. 2, 1 re phrase EIMP; ATF 118 Ib 269 consid. 2a; arrêt du
Tribunal fédéral 1A.117/2000 du 26 avril 2000, consid. 1a).
1.3
1.3.1 En sa qualité de personne extradée, A. a la qualité pour recourir contre la
décision d’extradition au sens de l’art. 21 al. 3 EIMP (ATF 122 II 373
consid. 1b; 118 Ib 269 consid. 2d).
1.3.2 Pour ce qui est de la décision de délégation de la poursuite pénale, seule la
personne poursuivie qui a sa résidence habituelle en Suisse a la qualité
pour recourir (art. 25 al. 2, 2 e phrase EIMP; arrêt du Tribunal fédéral
1A.117/2000 du 26 avril 2000, consid. 1a). Le but poursuivi par cette
disposition est de limiter le droit de recours aux personnes résidant
ordinairement en Suisse, seules ces personnes disposant d’un intérêt
juridique évident, lié notamment à l’exercice des droits de la défense, à ce
que la poursuite pénale suive son cours en Suisse plutôt qu’à l’étranger. En
revanche, la personne qui réside à l’étranger - que ce soit dans l’Etat requis
ou dans un Etat tiers -, ne peut pas prétendre à ce que la procédure pénale
soit continuée en Suisse alors que l’intérêt de la justice commanderait de la
déléguer à un autre Etat disposant d’une compétence répressive (arrêts du
Tribunal fédéral 1A.252/2006 du 6 février 2007, consid. 2.3; 1A.64/2001 du
23 avril 2001, publié in SJ 2001 I 370 consid. 1c/cc; arrêt du Tribunal pénal
fédéral RR.2008.26/36 du 8 avril 2008, consid. 3.2). D’après le Message du
Conseil fédéral, l’exigence de résidence habituelle en Suisse vise à pallier
la situation dans laquelle "l’inculpé ou le condamné pourrait recourir contre
la demande alors même qu’il réside dans l’Etat requis, ce qui entraînerait
des ralentissements inutiles de la procédure d’entraide" (Message
concernant la révision de la loi fédérale sur l’entraide internationale en
matière pénale et de la loi fédérale relative au traité conclu avec les Etats-
Unis d’Amérique sur l’entraide judiciaire en matière pénale, ainsi qu’un
projet d’arrêté fédéral concernant une réserve à la Convention européenne
- 7 -
d’entraide judiciaire en matière pénale du 29 mars 1995, FF 1995 III 1,
p. 20 ad art. 25 EIMP).
A. a habité par intermittence en Suisse et en France depuis une dizaine
d’années (v. les déclarations faites par H., procès-verbal d’audition du 14
mai 2012, act. 1.6, et par I., procès-verbal d’audition du 5 décembre 2012,
act. 5.2). Depuis le 11 janvier 2012, il est détenu en Suisse. Il ne dispose
pas de titre de séjour dans cet Etat et fait l’objet d’une interdiction d’entrée
sur le territoire depuis le 12 novembre 2007 valable jusqu’au 11 novembre
2017. La décision de délégation de la poursuite à son encontre intervient
en même temps que celle portant sur son extradition vers la France, Etat
dont il détient un passeport (quand bien même celui-ci aurait été obtenu
sous un faux nom) et où il déclare lui-même être domicilié (v. procès-verbal
d’audience du 30 juillet 2012, act. 6.5 p. 2). La question de savoir si A. a un
intérêt juridique évident à voir la procédure se poursuivre en Suisse, donc
s’il dispose de la qualité pour recourir au sens de l’art. 25 al. 2 EIMP, peut
néanmoins demeurer ouverte au vu de l’issue du recours.
1.4 Le délai de recours contre la décision d’extradition et délégation de la
poursuite est de 30 jours dès la communication écrite de celle-ci (art. 50
al. 1 de la loi fédérale du 20 décembre 1968 sur la procédure administrative
[PA; RS 172.021], applicable par renvoi de l’art. 39 al. 2 let. b de la loi
fédérale du 19 mars 2010 sur l’organisation des autorités pénales de la
Confédération [LOAP; RS 173.71]). Déposé à un bureau de poste suisse le
15 février 2013, le recours contre la décision notifiée le 16 janvier 2013 est
intervenu en temps utile.
1.5 Il y a lieu d’entrer en matière.
2. Par un grief d’ordre formel qu’il convient d’analyser en premier, le recourant
se plaint d’une violation de son droit d’être entendu. En effet, il n’aurait eu
accès ni à la note diplomatique du 29 novembre 2012 de l’Ambassade
française à Berne ni aux courriers des 3 et 11 janvier 2013 du Ministère de
la justice français avant que la décision d’extradition et délégation de
poursuite ne soit prise.
2.1 Tel qu'il est garanti par l'art. 29 al. 2 Cst., le droit d'être entendu comprend
notamment le droit de toute partie de s'exprimer sur les éléments pertinents
avant qu'une décision ne soit prise touchant sa situation juridique, le droit
d'avoir accès au dossier, de produire des preuves pertinentes, d'obtenir
qu'il soit donné suite à ses offres de preuves pertinentes, de participer à
l'administration des preuves essentielles ou à tout le moins de s'exprimer
sur leur résultat lorsque ceci est de nature à influer sur la décision à rendre
- 8 -
(ATF 135 II 286 consid. 5.1; 129 I 85 consid. 4.1; 129 II 497 consid. 2.2;
127 I 54 consid. 2b et la jurisprudence citée). Le droit de consulter le
dossier s'étend à toutes les pièces décisives pour l'issue de la cause et
garantit que les parties puissent prendre connaissance des éléments
fondant la décision et s'exprimer à leur sujet (ATF 129 I 85 consid. 4.1 p. 88
et les références citées). La consultation des pièces non pertinentes peut a
contrario être refusée (arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2009.237+RP.2009.32 du 6 août 2009, p. 3 et références citées). En
matière d'extradition, les art. 26 à 28 PA, applicables par renvoi de
l’art. 80b EIMP (v. arrêt du Tribunal fédéral 1C_559/2011 du 7 mars 2012,
consid. 2.1) prévoient notamment qu’une pièce non communiquée à une
partie ne peut être utilisée à son désavantage que si l’autorité lui en a
communiqué le contenu essentiel se rapportant à l’affaire et lui a donné
l’occasion de s’exprimer.
Pour le cas où une violation du droit d’être entendu devait être constatée,
elle peut, en tout état de cause, être réparée dans le cadre de la procédure
de recours, en tant que la Cour de céans dispose du même pouvoir
d’examen que l’autorité précédente (art. 49 let. a PA, applicable par renvoi
de l’art. 39 al. 2 let. b LOAP; TPF 2008 172 consid. 2.3; 2007 57
consid. 3.2; ZIMMERMANN, La coopération judiciaire internationale en
matière pénale, 3 e éd., Berne 2009, n° 486 et les arrêts cités).
2.2 Bien que la description des faits contenue dans la demande d’extradition
apparaisse comme suffisante en vue de l’octroi de l’extradition, les
documents auxquels se réfère le recourant constituent des compléments
d’information de nature à préciser la teneur de la demande initiale. De plus,
le dispositif de la décision accordant l’extradition et délégant la poursuite se
réfère aussi bien à la demande d’extradition qu’auxdits compléments. Tant
l’OFJ que le MP-GE admettent que les pièces désignées par le recourant
ne lui ont pas été transmises avant le prononcé de la décision du 14 janvier
2013. Cela étant, le recourant ne démontre pas en quoi lesdites pièces ont
été utilisées en sa défaveur, respectivement qu’elles ont été décisives pour
l’issue de la cause. Par ailleurs, le recourant avait connaissance du
contenu essentiel de ces pièces. En toute hypothèse, force est de
constater que, pour le cas où une violation du droit d’être entendu devait
être admise, elle aurait été guérie dans la présente procédure.
2.3 Le grief lié à la violation du droit d’être entendu doit, partant, être rejeté. Il
sera néanmoins tenu compte, cas échéant, dans le calcul des frais, du fait
que les documents n’étaient mis que partiellement à la disposition du
recourant au moment de la prise de décision.
- 9 -
3. Le recourant se prévaut d’une violation du principe de la présomption
d’innocence (art. 32 al. 1 Cst. et 6 par. 2 CEDH) dans la mesure où tant la
demande d’extradition que la décision attaquée emploient le terme
"malfaiteur" pour désigner le recourant et mentionnent les éléments à
charge présents aux dossiers d’enquête français et suisse.
3.1 En matière d’extradition, la jurisprudence distingue les Etats à l’égard
desquels il n’y a en principe pas de doute à avoir quant au respect du
standard de protection minimale des droits de la personne poursuivie, ceux
pour lesquels une extradition peut être accordée moyennant l’obtention de
garanties particulières, et, enfin, les Etats vers lesquels une extradition est
exclue, compte tenu des risques concrets de traitement prohibé (ATF 135 I
191 consid. 2.3; 134 IV 156 consid. 6.7; arrêts du Tribunal pénal fédéral
RR.2008.180 du 2 octobre 2008, consid. 2.3; RR.2008.47 du 30 avril 2008,
consid. 3.2). La première catégorie regroupe les pays à tradition
démocratique (en particulier les pays occidentaux) qui ne présentent aucun
problème sous l’angle du respect des droits de l’homme. L’extradition à ces
pays n’est subordonnée à aucune condition.
3.2 D’une part, force est de constater que la République française fait partie de
ce groupe de pays. D’autre part, le recourant n’a pas apporté d’éléments
démontrant que les autorités françaises de jugement, qui doivent être
distinguées des autorités de poursuite, seraient susceptibles de porter
atteinte au principe de la présomption d’innocence. Il doit être relevé
également que, bien que le terme "malfaiteur" figure déjà dans la demande
d’extradition, notifiée au recourant en date du 30 juillet 2012, celui-ci n’a
pas émis de remarques à ce propos avant son recours contre la décision
d’extradition. Il n’y a pas lieu de déroger à la règle selon laquelle la Suisse
accorde sa confiance aux Etats requérant l’extradition qui font partie du
premier groupe de pays.
3.3 Le grief, mal fondé, doit être rejeté.
4. Le recourant se plaint d’une violation de l’art. 28 al. 3 let. a EIMP, en tant
que la demande d’extradition et ses compléments contiendraient une
description erronée des faits. En particulier, il soutient que les affirmations
"la localisation de ces traces d’ADN ne peut que correspondre à une
utilisation récente [du] véhicule" et "les auteurs viennent de France"
seraient fausses. De plus, il prétend ne pas avoir participé au braquage du
bureau de change, mais reconnaît seulement avoir volé l’Audi A3 qu’il
aurait ensuite revendue au début du mois de novembre 2010.
- 10 -
4.1
4.1.1 S’agissant de l’extradition, à teneur des art. 12 par. 2 let. b CEExtr et 28 al.
3 let. a EIMP, la demande d’extradition doit être accompagnée d’un exposé
des faits pour lesquels l’extradition est demandée, précisant le temps, le
lieu, et la qualification juridique des faits poursuivis (v. ég. art. 10 al. 2
OEIMP). L’autorité requérante n’est en revanche pas tenue de fournir des
preuves à l’appui de ses allégations (ATF 132 II 81 consid. 2.1 p. 85). Il
suffit que ces dernières ne soient pas entachées d’invraisemblances,
d’erreurs ou de lacunes manifestes, immédiatement établies (ATF 125 II
250 consid. 5b; 117 Ib 64 consid. 5c et les arrêts cités; ég. arrêts du
Tribunal fédéral 1A.17/2005 du 11 avril 2004, consid. 2.1 et 1A.26/2004 du
10 mai 2004, consid. 2.1; arrêt du Tribunal pénal fédéral RR.2010.246 du
22 décembre 2010, consid. 7.2).
Si la personne poursuivie affirme qu'elle est en mesure de fournir un alibi,
l'OFJ procède aux vérifications nécessaires. Il refuse l'extradition si le fait
invoqué est évident. A défaut, il communique les preuves à décharge à
l'Etat requérant et l'invite à se prononcer à bref délai sur le maintien de la
demande (art. 53 EIMP). Si celui-ci confirme sa demande, l'extradition doit
en principe être accordée, car il n'appartient pas à l'OFJ de contrôler la
prise de position de l'Etat requérant (ATF 113 Ib 276 consid. 4c). Ce devoir
de vérification n'incombe toutefois à l'OFJ que dans l'hypothèse où le fait
invoqué est susceptible de conduire au refus de l'extradition et à la
libération de l'inculpé, ou au retrait de la demande d'extradition (ATF 109 Ib
317 consid. 11b). En effet, même si elle n'est pas prévue par la CEExtr et
peut ainsi se trouver en contradiction avec l'obligation d'extrader découlant
de l'art. 1 er
de cette Convention, la faculté de fournir un alibi correspond à
un principe général du droit extraditionnel (ATF 123 II 279 consid. 2b; 113
Ib 276 consid. 3c). La notion d'alibi doit être comprise dans son sens
littéral, c'est-à-dire comme la preuve évidente que la personne poursuivie
ne se trouvait pas sur les lieux de l'infraction au moment de sa commission
(ATF 122 II 373 consid. 1c; 113 Ib 276 consid. 3b). Selon la jurisprudence
du Tribunal fédéral, il s'agit bien d'éviter l'extradition d'une personne
manifestement innocente (ATF 123 II 279 consid. 2b; arrêt du Tribunal
fédéral 1A.2/2004 du 6 février 2004, consid. 3.1). Une version des faits
différente de celle décrite dans la demande ou de simples arguments à
décharge ne peuvent être pris en considération à ce titre. L'alibi doit être
fourni sans délai; la simple allégation de l'alibi et l'annonce de preuves à
venir ne satisfont nullement à cette condition (ATF 109 IV 174 consid. 2).
Cette faculté n'implique pas pour l'OFJ d'ouvrir une procédure spéciale et
complexe destinée à déterminer la réalité de l'alibi invoqué (ZIMMERMANN,
op. cit., n° 673 et références citées).
- 11 -
4.1.2 En l’espèce, la demande d’extradition des autorités françaises du
29 juin 2012 contient les faits reprochés au recourant et les dates précises
auxquelles ces faits se sont déroulés. Le complément daté du
29 novembre 2012 apporte des précisions quant au déroulement des vols
des Audi S6, BMW X3 et BMW X5. Ceux datés des 3 et 11 janvier 2013
complètent la description du recel reproché au recourant. L’exposé des
faits ainsi fourni par l’autorité requérante est conforme aux exigences
posées par l’art. 28 al. 3 let. a EIMP.
La question de la localisation des traces d’ADN relève, quant à elle, de
l’appréciation des moyens de preuve en mains de l’autorité requérante. En
tant qu’il s’agit là non pas d’apprécier abstraitement l’âge de la trace ADN
mais de mettre celle-ci en relation avec sa localisation dans la voiture, la
preuve avancée par l’autorité requérante n’apparaît pas comme entachée
d’une invraisemblance immédiatement établie.
Quant à l’identité du recourant, le reproche formulé ne saurait être retenu.
D’une part, la confusion entourant son identité est imputable au recourant
lui-même. Celui-ci s’est tout d’abord prévalu d’un passeport français, établi
au nom de B. qui s’est révélé être faux. Il est recherché en France sous
cette identité. Par la suite, il a indiqué être ressortissant algérien et
s’appeler A. D’après les pièces au dossier, il résiderait par intermittence en
Suisse sans autorisation. Cependant, il a lui-même indiqué, lors de son
audition du 30 juillet 2012, être domicilié en France (act. 6.5 p. 2).
S’agissant d’un éventuel alibi, A. se limite à répéter, dans son mémoire de
recours, ses observations du 5 septembre 2012, à savoir qu’il a
uniquement volé l’Audi A3, puis l’a revendue, sans pour autant pouvoir
indiquer l’identité de l’acheteur. Après avoir d’abord prétendu qu’il s’agissait
d’un certain J., tout en disant qu’il lui semblait reconnaître le dénommé D.,
il n’a pu confirmer ses dires lors d’une confrontation avec ce dernier. De
plus, bien qu’il ait indiqué à plusieurs reprises qu’il fournira un témoignage
qui le disculpera, tel n’a pas été le cas. Finalement, l’argumentation du
recourant selon laquelle s’il avait participé au braquage, il ne serait pas
resté à Genève par la suite n’est pas convaincante. Ces éléments
confirment que le recourant n’est manifestement pas en mesure de fournir
un alibi au sens rappelé ci-dessus, mais seulement une argumentation à
décharge qui devra, le cas échéant, être prise en compte par l’autorité
française et non pas par la Cour de céans dans le cadre de la procédure
d’entraide.
- 12 -
Quant à la description des faits, comme expliqué ci-avant, elle ne saurait
être considérée comme manifestement erronée au regard des exigences
posées par les art. 28 et 53 EIMP.
4.1.3 La demande d’extradition complétée en dates des 29 novembre 2012 et 3
et 11 janvier 2013 contient les éléments nécessaires pour octroyer
l’extradition de A. à la France.
4.2
4.2.1 Sous l’angle de la délégation de la poursuite pénale à l’étranger, l’art. 88
EIMP ne vise que la question de la compétence à poursuivre et non celle
de la preuve du délit. En d’autres termes, dans le cadre de la procédure de
délégation de la poursuite, il s’agit seulement de vérifier s’il existe, au
regard du droit pénal matériel, des points de rattachement permettant
d’admettre que l’un et l’autre Etats sont compétents pour exercer la
poursuite et la répression, et non de se prononcer sur les charges pesant
sur la personne poursuivie (v. arrêt du Tribunal fédéral 1A.103/2005 du
11 juillet 2005, consid. 4.1).
4.2.2 En l’espèce, la compétence pour poursuivre et juger est fondée sur le
principe de la territorialité prévu aux art. 3 et 8 CP pour ce qui concerne les
autorités suisses. Comme indiqué dans le complément du 3 janvier 2013,
la compétence des autorités françaises pour le braquage de Z. et les coups
de feu survenus à Y. se fonde soit sur le principe de la nationalité active
prévu à l’art. 113-6 du Code pénal français (ci-après: CP/F) pour le cas où
A. aurait la nationalité française, soit, dans le cas contraire, sur le principe
de la territorialité tel que défini à l’art. 113-2 al. 2 CP/F. De même, pour le
cas où la poursuite pour le vol de l’Audi A3 serait déléguée, la France serait
compétente sur la base de ces mêmes dispositions.
Les faits sous enquête en Suisse sont constitutifs, en droit suisse, de
brigandage aggravé (art. 140 ch. 2, 3 et 4 CP), de dommages à la propriété
(art. 144 CP), d’emploi d’explosifs avec intention délictueuse (art. 224 al. 1
CP), de mise en danger de la vie d’autrui (art. 129 CP) pour ce qui est des
évènements survenus à Z. le 26 novembre 2010. Les coups de feu tirés sur
l’automobiliste à Y. sont, quant à eux, constitutifs de tentative de meurtre
par dol éventuel avec l’aggravante de l’assassinat, le mobile des auteurs
étant particulièrement odieux (art. 22, 111 et 112 CP).
En droit français, d’après la demande d’extradition et ses compléments des
29 novembre 2012 et 11 janvier 2013, les mêmes faits sont constitutifs,
pour ce qui est du braquage de Z., de participation à une association de
malfaiteurs en vue de la commission de vols avec arme en bande
organisée (art. 450-1, 450-3 et 450-5 CP/F), vol avec effraction (art. 311-1,
- 13 -
311-5 et 311-14 CP/F), vol avec arme en bande organisée (art. 311-1, 311-
9, 311-13, 311-14 et 311-15 CP/F) et destructions en bande organisée par
un moyen dangereux pour les personnes (art. 322-6, 322-8, 322-15, 322-
16 et 322-18 CP/F). Pour ce qui est des coups des feu tirés à Y., les faits
sont constitutifs de participation à une association de malfaiteurs en vue de
la commission de tentative de meurtre en vue de protéger sa fuite (art. 450-
1, 450-3 et 450-5 CP/F) ainsi que de tentative de meurtre en vue de
protéger sa fuite (art. 221-2, 221-8, 221-9, 221-9-1 et 221-11 CP/F).
Finalement, pour ce qui est du vol de l’Audi A3, il tomberait sous le coup de
la disposition réprimant le vol avec effraction (art. 311-1, 311-5 et 311-14
CP/F).
La demande d’extradition et ses compléments permettent ainsi d’établir
que l’autorité requérante est compétente, au regard de son droit matériel,
pour poursuivre et juger les faits objets de la délégation.
4.2.3 Les informations transmises dans la demande d’extradition complétée en
dates des 29 novembre 2012 et 3 et 11 janvier 2013 sont suffisantes au
regard des conditions requises pour déléguer la poursuite ouverte contre A.
en Suisse aux autorités françaises.
4.3 Le grief doit dès lors être rejeté.
5. Le recourant invoque également une violation du principe de la
proportionnalité (art. 36 al. 3 Cst.). D’après lui, l’instruction genevoise
toucherait à son terme. Or, la procédure se serait probablement soldée par
un classement ou par un acquittement. Dans ces conditions, l’extradition et
la délégation de la procédure à la France constitueraient des mesures
inopportunes et disproportionnées.
5.1 Pour être conforme au principe de la proportionnalité (art. 36 al. 3 Cst.),
une restriction d'un droit fondamental doit être apte à atteindre le but visé,
lequel ne peut pas être obtenu par une mesure moins incisive; il faut en
outre qu'il existe un rapport raisonnable entre les effets de la mesure sur la
situation de la personne visée et le résultat escompté du point de vue de
l'intérêt public (ATF 136 I 197 consid. 4.4.4; 134 I 214 consid. 5.7).
Contrairement au domaine de la petite entraide, en matière d’extradition, le
principe de la proportionnalité ne joue qu’un rôle restreint; le fugitif doit être
extradé ou non et la demi-mesure n’a pas sa place (v. ZIMMERMANN, op.
cit., n° 717). Il convient ainsi d’examiner si la poursuite contre A. aurait pu
être menée à bien sans recourir à une extradition et une délégation de la
poursuite à la France.
- 14 -
D’après la jurisprudence du Tribunal fédéral, la délégation de la poursuite
est la mesure propre à éviter l’impasse dans laquelle se trouve l’autorité de
poursuite qui ne peut plus instruire la cause parce que le centre de l’activité
délictuelle, l’auteur, les témoins et les moyens de preuve se trouvent à
l’étranger et que l’autre Etat est compétent pour poursuivre (arrêt du
Tribunal fédéral 1A.103/2005 du 11 juillet 2005, consid. 4.1).
5.2 Le recourant soutient en vain que la procédure genevoise ne peut
qu’aboutir à un classement ou un acquittement en tant que les seules
preuves retenues dans le cadre de l’enquête sont les traces ADN qui ne
prouvent pas la participation au braquage du bureau de change de Z., mais
le seul vol de l’Audi A3 que le recourant a, au demeurant, avoué. Une telle
argumentation n’a pas sa place dans une procédure d’extradition ni de
délégation de la poursuite. En effet, il n’est pas lieu ici de se prononcer sur
l’issue de la procédure, ni si elle se poursuivait en Suisse, ni si elle était
déléguée à la France, et encore moins de traiter de la question de
l’indemnité pour détention prétendument injustifiée, soulevée par le
recourant.
Deux procédures sont ouvertes en parallèle, en France et en Suisse, pour
les mêmes faits, à savoir le braquage du bureau de change à Z. et les
coups de feu survenus à Y. En France, la procédure porte par ailleurs sur
le vol et la destruction de la BMW X5, le recel et la destruction de la BMW
X3 ainsi que le vol de l’Audi S6. Quant à la procédure suisse, celle-ci porte
également sur le vol de l’Audi A3, et se trouve actuellement dans une
impasse procédurale. En effet, une confrontation entre A., détenu en
Suisse et les quatre individus détenus en France, bien que nécessaire, est
impossible dans la mesure où A. ne peut être amené en France du fait de
l’existence d’un mandat d’arrêt lancé contre lui, et que les seconds ne
peuvent être amenés de force en Suisse du fait de leur nationalité française
(v. act. 1.7). La délégation de la poursuite genevoise pour le braquage de
Z., les coups de feu tirés à Y. ainsi que le vol de l’Audi A3, complétant
l’extradition pour ces faits ainsi que le vol et la destruction de la BMW X5,
le recel et la destruction de la BMW X3 et le vol de l’Audi S6, apparaît
comme la mesure propre à permettre la confrontation et mener à son terme
la procédure ouverte contre A., dans le respect du principe de la
proportionnalité et du principe de célérité régissant la procédure,
conformément à l’art. 6 par. 1 CEDH (v. aussi infra consid. 6.2.3).
5.3 Le grief doit ainsi être rejeté.
6. Le recourant invoque une violation des art. 36 al. 1 (en relation avec
l’art. 35 al. 1 let. b) et 88 let. b EIMP, ainsi que de l’art. 8 CEExtr et des
- 15 -
principes d’économie de la procédure et de célérité. D’après lui,
l’extradition et la délégation de la poursuite devraient être refusées au motif
que ni le critère du "meilleur reclassement social" ni l’économie de
procédure invoqués par l’OFJ à l’appui de sa décision ne conduisent à
l’extradition et la délégation de la poursuite ouverte en Suisse à la France.
Bien au contraire, elles engendreraient des retards excessifs et
manifestement insatisfaisants, en particulier du fait que la procédure
ouverte en Suisse sera, aux dires du recourant, prochainement classée.
6.1 Aux termes de l'art. 7 ch. 1 CEExtr, la Partie requise pourra refuser
d'extrader l'individu réclamé à raison d'une infraction qui, selon sa
législation, a été commise en tout ou en partie sur son territoire ou en un
lieu assimilé à son territoire. Il s'agit ici d'une norme potestative qui permet
à l'Etat requis de refuser l'extradition, sans toutefois l'en obliger (arrêt du
Tribunal pénal fédéral RR.2009.309+RP.2009.45 du 16 mars 2010,
consid. 9.2; ZIMMERMANN, op. cit., n° 567). Conformément à cette
disposition, le droit suisse prévoit qu'en règle générale, l'extradition ne peut
intervenir lorsque l'infraction poursuivie relève de la juridiction suisse
(art. 35 al. 1 let. b EIMP). Dans ce cas, l'extradition n'est accordée
qu'exceptionnellement, en raison de circonstances particulières,
notamment pour assurer un meilleur reclassement social (art. 36 al. 1
EIMP) ou encore, d’après la jurisprudence, pour des raisons d’économie de
la procédure ou dans le but de juger ensemble les auteurs d’un même acte
(ATF 117 Ib 210 consid. 3b/bb; arrêt du Tribunal fédéral 1A.236/1994 du
27 décembre 1994, consid. 4c p. 9; arrêt du Tribunal pénal fédéral
RR.2009.170 du 29 juillet 2009, consid. 5.2). L'autorité d'exécution,
chargée de décider si la compétence des autorités répressives suisses
peut justifier le refus de l'extradition, dispose à cet égard d'une grande
marge d'appréciation (arrêt du Tribunal fédéral 1A.233/2004 du
8 novembre 2004, consid. 3.1; arrêts du Tribunal pénal fédéral
RR.2012.230 du 14 novembre 2012, consid. 2.2; RR.2007.72 du
29 mai 2007, consid. 5.2; ZIMMERMANN, ibid.).
Aux termes de l’art. 8 CEExtr, un Etat partie à la Convention peut refuser
d’accorder l’extradition si l’individu fait l’objet d’une poursuite de sa part
pour le ou les faits à raison desquels l’extradition est demandée. Tout
comme l’art. 7 CEExtr, l’art. 8 CEExtr est une norme potestative, qui laisse
une marge de manœuvre importante à l’autorité d’exécution de la demande
d’extradition (arrêts du Tribunal fédéral 1A.272/1996 du 5 novembre 1996,
consid. 2c/aa; 1A.239/1995 du 10 avril 1996, consid. 6; 1A.107/1995 du
21 août 1995).
- 16 -
D’après l’art. 88 let. b EIMP, un Etat étranger peut être invité à assumer la
poursuite pénale d’une infraction relevant de la juridiction suisse si sa
législation permet de poursuivre et réprimer cette infraction et si la
personne poursuivie est extradée à cet Etat et que le transfert de la
poursuite pénale permet d’escompter un meilleur reclassement social. Le
Tribunal fédéral a ainsi retenu que cette dernière condition est remplie
lorsque l’on "ne voit pas en quoi les chances de reclassement seraient
meilleures en Suisse [que dans l’Etat requérant]" (arrêt du Tribunal fédéral
1A.236/1994 du 27 décembre 1994, consid. 4c p. 9 par renvoi du
consid. 8b p. 17). De plus, en sus du meilleur reclassement social, d’autres
éléments peuvent également être pris en compte. Tel est le cas des
critères énumérés à l’art. 8 OEIMP complétant l’art. 19 EIMP (arrêt du
Tribunal fédéral 1A.117/2000 du 26 avril 2000, consid. 2a), à savoir
notamment le centre de gravité de la procédure pénale (arrêt du Tribunal
fédéral 1A.103/2005 du 11 juillet 2005, consid. 4.1).
6.2
6.2.1 En l’espèce, s’agissant du critère du meilleur reclassement social, le
recourant a lui-même déclaré être domicilié en France (v. procès-verbal
d’audience du 30 juillet 2012, p. 2, act. 6.5). Bien qu’il ait résidé en Suisse
par intermittence, il n’est au bénéfice d’aucun permis de séjour, sa requête
d’asile ayant été définitivement rejetée en 2000. Par ailleurs, il fait l’objet
d’une interdiction d’entrée sur le territoire jusqu’en 2017. A. ne peut se
prévaloir d’aucune perspective d’avenir en Suisse au vu de ses nombreux
antécédents judiciaires et indépendamment de l’issue de la présente
procédure. Ses chances de reclassement social ne sont ainsi en tout cas
pas plus mauvaises en France qu’en Suisse. L’extradition couplée à la
délégation de la poursuite répondent ainsi à l’exigence d’un meilleur
reclassement social au sens des art. 36 al. 1 et 88 let. b EIMP.
6.2.2 En tout état de cause, d’autres éléments doivent être pris en compte. Ainsi,
le principe de l’économie de procédure impose que A. soit jugé dans le
même Etat pour tous les faits et avec les autres personnes poursuivies
pour le même complexe de faits. D’une part, l’extradition à la Suisse des
quatre individus détenus en France n’est pas envisageable du fait de leur
nationalité française, de la poursuite ouverte contre eux en France pour
d’autres infractions encore et de la délégation, à la France, de la poursuite
ouverte contre trois d’entre eux en Suisse, intervenue en date du 16 février
2012 (act. 6.2). D’autre part, A. est poursuivi en France pour les faits
entourant le braquage de Z. et les faits survenus à la frontière à Y., faits
poursuivis également en Suisse, mais également pour des infractions non
visées par la procédure suisse, à savoir le vol et la destruction de la
BMW X5, le recel et la destruction de la BMW X3 ainsi que le vol de
- 17 -
l’Audi S6. Dans la mesure où la seule infraction qui ne relève pas de la
procédure française est le vol de l’Audi A3 survenu en Suisse, il faut
déduire de ce qui précède que le centre de gravité de la procédure pénale
ouverte dans les deux Etats contre A. se situe en France et qu’un
regroupement de procédures s’impose. L’extradition couplée à la
délégation de la poursuite sont ainsi conformes au principe de l’économie
de la procédure.
6.2.3 Par ailleurs, toute forme d’entraide judiciaire internationale a pour
conséquence un certain rallongement de la procédure. Néanmoins, celui-ci
se justifie dans le cas d’espèce au regard des éléments développés ci-
dessus quant à l’économie de procédure d’une part, et d’autre part, en tant
que, conformément au but que poursuit cette forme d’entraide, la
délégation de la poursuite permettra, en l’espèce, de sortir de l’impasse
procédurale dans laquelle se trouve actuellement l’enquête suisse. La
délégation de la poursuite menée en Suisse se justifie ainsi également au
regard du principe de célérité. Il sied de relever à ce titre que la question de
savoir quelle serait l’issue de la procédure en Suisse pour le cas où
l’entraide ne serait pas accordée n’est pas pertinente.
6.3 L’extradition et la délégation de la poursuite menée en Suisse contre A.
pour les faits liés au braquage de Z. du 26 novembre 2010 se justifient. Le
grief lié à la violation des art. 36 al. 1 (en relation avec 35 al. 1 let. b) et 88
let. b EIMP, mais aussi de l’art. 8 CEExtr et des principes d’économie de la
procédure et de la célérité doit ainsi être rejeté.
7. Au regard des considérants qui précèdent, le recours doit être rejeté.
8. Le recourant sollicite l’octroi de l’assistance judiciaire et la nomination de
Mes François Canonica et Saskia Ditisheim en qualité de défenseurs
d’office.
8.1 La personne poursuivie peut se faire assister d’un mandataire; si elle ne
peut ou ne veut y pourvoir et que la sauvegarde de ses intérêts l’exige, un
mandataire d’office lui est désigné (art. 21 al. 1 EIMP). L’autorité de
recours, son président ou le juge instructeur attribue en outre un avocat au
recourant si la sauvegarde de ses droits le requiert (art. 65 al. 2 PA). Après
le dépôt du recours, la partie qui ne dispose pas de ressources suffisantes
et dont les conclusions ne paraissent pas d’emblée vouées à l’échec est, à
sa demande, dispensée par l’autorité de recours, son président ou le juge
instructeur de payer les frais de procédure (art. 65 al. 1 PA).
- 18 -
8.2 En l’espèce, le recourant ne fournit aucune pièce permettant d’établir sa
situation. Néanmoins, son incarcération peut expliquer l’absence de pièces.
De plus, les éléments portant sur sa situation personnelle présents au
dossier laissent apparaître une effective difficulté financière. Quant aux
conclusions, on rappellera qu’elles doivent être considérées comme
vouées à l’échec lorsque les risques de perdre l’emportent nettement sur
les chances de gagner, alors même qu’elles ne seraient pas manifestement
mal fondées ou abusives (arrêts du Tribunal pénal fédéral RR.2007.176 du
11 décembre 2007, consid. 3; RR.2007.31 du 21 mars 2007, consid. 3).
Dans le cas présent, force est de constater que, même s’il n’est pas fait
droit aux conclusions du recourant, lesquelles tendaient à l’annulation de la
décision entreprise, il n’en demeure pas moins que sa démarche lui a
permis d’accéder aux compléments à la demande d’extradition et exercer
ainsi son droit d’être entendu (voir supra consid. 2). Il doit par conséquent
être fait droit à la demande d’assistance judiciaire formulée par le
recourant, et il sera renoncé au prélèvement d’un émolument judiciaire.
Mes François Canonica et Saskia Ditisheim sont désignés en qualité de
mandataires d’office de A. dans le cadre de la présente procédure.
9. Lorsque l’avocat ne fait pas parvenir le décompte de ses prestations avec
son unique ou sa dernière écriture, le montant des honoraires est fixé selon
l’appréciation de la Cour (art. 12 al. 2 du règlement du Tribunal pénal
fédéral sur les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure
pénale fédérale du 31 août 2010 [RFPPF; RS 173.713.162]). Aucun
décompte n’a en l’espèce été transmis à l’appui du recours. Vu l’ampleur et
la difficulté de la cause, et dans les limites du RFPPF, une indemnité d’un
montant de CHF 1'500.--, TVA incluse, paraît justifiée. Ladite indemnité
sera acquittée par la caisse du Tribunal pénal fédéral, étant précisé que le
recourant sera tenu de la rembourser s’il devait revenir à meilleure fortune
(art. 65 al. 4 PA en lien avec l’art. 39 al. 2 let. b LOAP).
- 19 -