Decision ID: 1ee0be34-8a1d-42ab-ae19-9ec3a9d65971
Year: 2022
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
Vu les faits suivants:
A.
A._ est propriétaire d'une maison individuelle à la route de ********, à Orges.
B.
Le 1
er
novembre 2018, les services communaux ont procédé au remplacement du compteur d'eau de l'immeuble, propriété de A._.
A réception de la facture d'eau relative à l'année 2019, l'intéressée s'est étonnée du volume d'eau enregistré, celui-ci ayant passé de 96.1 m
3
à 130 m
3
en une année. Suspectant une défectuosité du nouveau compteur d'eau installé, elle a procédé pendant quelques mois à des pointages réguliers. Ces contrôles ayant selon ses explications confirmé ses doutes, elle a requis la vérification de son compteur et son remplacement.
Le 27 août 2020, un nouveau compteur d'eau a été installé chez A._. Le compteur remplacé a été envoyé à l'entreprise B._ AG, organisme d'étalonnage accrédité par le Service d'Accréditation Suisse SAS, pour analyse. Les résultats des tests effectués sont les suivants:
"
Résultats du test
Q3
Q2
Q1
1.40%
- 2.30%
- 12.30%
Débit testé en l/h
4000
40
25
Tolérances admises
+/- 4%
+/- 4%
+/- 10%
Etanchéité:
étanche
Transmission:
en ordre
Tolérances admises:
hors tolérances admises
Résultat:
Le compteur ne mesure pas assez de débit.
"
C.
Le 2 décembre 2020, la Municipalité d'Orges, par l'intermédiaire de la bourse communale, a adressé à A._ une facture d'un montant de 595 fr. 60, correspondant aux frais de remplacement du compteur d'eau et de sa vérification.
Par lettre du 14 décembre 2020, l'intéressée a contesté cette facture devant la Commission de recours en matière d'impôt et de taxes spéciales de la Commune d'Orges (ci-après: la commission communale de recours), en concluant à son annulation. Se fondant sur l'art. 19 du règlement communal sur la distribution d'eau et sur le protocole de test établi par B._ AG, qui faisait état d'un dépassement des limites de tolérances admises, elle considérait que les frais de remplacement de l'appareil et de vérification étaient à la charge de la commune.
A._ a été auditionnée le 2 février 2021 par la commission communale de recours. Etait présent C._, représentant de l'entreprise D._ SA, qui a procédé à l'installation du nouveau compteur. Ce dernier a donné quelques explications techniques à l'intéressée.
L'entreprise D._ SA a établi le 8 février 2021 un rapport à l'attention de la commission communal. On en extrait les passages suivants:
"
Historique:
Le compteur de base (compteur 1) datait de 1970, ce dernier a été remplacé le 01.01.18 par le compteur 2.
Après la réception de la facture, Mme A._ a demandé le remplacement du compteur car elle avait un doute sur sa précision en vue de l'augmentation du volume consommé. Dès lors, le compteur 2 a été remplacé par le compteur 2 le 27.08.20.
Dates de relevés et indexes:
Suite à la réception des informations (dates de relevé et volume de chaque facture), nous pouvons faire les vérifications suivantes:
Facture 2019
, relevé du 01.11.18 au 11.12.19 (405 jours) =
130 m
3
Facture 2020
, relevé du 11.12.19 au 18.11.20 (343 jours) =
117 m
3
Afin de rendre ces informations plus parlantes, nous pouvons calculer la moyenne des consommations journalières pour l'année 2019 et 2020 afin de vérifier la présence d'une différence entre le compteur 2 et 3:
Facture 2019
: 130 m
3
/405 jours = 0.320 m
3
/j
Facture 2020
: 117 m
3
/343 jours = 0.341 m
3
/j
Nous constatons que la différence n'est pas très significative. Nous pouvons même déduire de ces calculs que le volume d'eau moyen journalier en 2020 est supérieur.
Conclusion:
Le compteur 1 était très probablement faux en vue de son âge (48 ans), ce qui explique en grande partie l'augmentation de la facture de 2019. De plus, nous pouvons voir que les périodes prises en compte pour la facture 2019 est plus longue qu'habituellement ce qui explique également l'autre partie de cette différence.
Concernant la viabilité du compteur 2, nous nous appuyions d'une part sur le rapport de B._ qui indique que le compteur est dans les marges de tolérance en ce qui concerne le Q2 et Q3. Nous excluons la valeur Q1 qui n'a pas lieu d'être vu la petitesse du débit (goutte à goutte) sans compter qu'elle serait en faveur de Mme A._.
Pour terminer, nous estimons que les moyennes journalière 2019 et 2020 sont cohérentes entre elles. Nous pouvons estimer une consommation annuelle moyenne de 115 à 120 m
3
avec une réserve en cas de changement d'habitude."
Par décision du 20 mai 2021, la commission communale de recours a rejeté le recours de A._ et confirmé la facture du 2 décembre 2020. Elle a repris en substance les explications fournies par D._ SA.
D.
a) Le 14 juin 2021 (date du cachet postal), A._ a recouru devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) contre cette décision, en concluant à son annulation et à ce que la facture litigieuse soit mise à la charge de la commune. Elle conteste les conclusions de l'entreprise D._ SA reprises par la commission communale de recours. Selon son analyse des chiffres, sa consommation d'eau serait restée stable de 2017 à 2021, hormis durant la période du "compteur 2", ce qui démontrerait la défectuosité de ce dernier. Le compteur "initial" ne daterait par ailleurs pas de 1948, mais de 2012.
Dans sa réponse du 30 juin 2021, la commission communale de recours a conclu au rejet du recours. Dans ses déterminations du 30 septembre 2021, la municipalité en a fait de même.
La recourante a maintenu sa position dans son mémoire complémentaire du 20 octobre 2021. La commission communale de recours et la municipalité se sont déterminées sur cette écriture respectivement les 8 et 11 novembre 2021.
b) Parmi les pièces produites par la municipalité figure un complément d'informations apporté par B._ AG sur le test qu'elle a effectué; on extrait de ce document daté du 20 juillet 2021 les passages suivants:
"Comme souhaité, nous apportons une clarification sur les termes suivants:
·
Q1 Débit minimal
o
Il s'agit du débit en m
3
/heure à partir duquel nous garantissons une qualité de mesure. En somme, il s'agit du début de la plage de mesure. Si le débit mesuré en m
3
/h est inférieur au débit minimal, aucune garantie sur la qualité de mesure ne peut être donnée.
·
Q2 Débit de transition
o
La plage de mesure du compteur est "divisée" en deux. Dans la première partie qui se situe entre le débit minimal et le débit de transition, la tolérance est de +-10%. Dans la seconde partie qui se situe entre le débit de transition et le débit maximum (Q4), la tolérance est de +-4%. Le débit de transition correspond donc à la frontière entre les deux tolérances de 4% et 10%. Selon la norme en vigueur, il est inclus dans la "deuxième partie" de la plage de mesure et donc la tolérance admise est de 4%.
·
Q3 Débit permanent
o
Il s'agit du débit admissible de manière permanente. En d'autres termes, il s'agit du débit "moyen" en m
3
/h pour lequel le compteur est prévu. La tolérance est également de 4%."
c) La cour a statué par voie de circulation.

Considerations:
Considérant en droit:
1.
Déposé dans le délai de trente jours fixé par l'art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.
2.
Le litige porte sur le bien-fondé ou non de la facture du 2 décembre 2020, qui met à la charge de la recourante les frais de remplacement et de vérification de son compteur d'eau.
3.
a) Aux termes de l'art. 1 al. 1 de la loi vaudoise du 30 novembre 1964 sur la distribution de l'eau (LDE; BLV 721.31), les communes sont tenues de fournir l'eau nécessaire à la consommation (eau potable) et à la lutte contre le feu dans les zones à bâtir et les zones spéciales qui autorisent la construction de bâtiments.
La distribution de l'eau fait l'objet d'un règlement communal devant être approuvé par le chef du département en charge du domaine de la distribution d'eau potable (art. 5 al. 1 LDE).
Toutes les installations seront conformes aux normes techniques généralement admises (art. 7 al. 1 LDE). Les installations principales sont établies et entretenus aux frais du fournisseur; les installations extérieures et intérieures en revanche sont établies et entretenues aux frais du propriétaire (art. 10 al. 2 LDE).
S'agissant des taxes, l'art. 14 LDE dispose que, pour la livraison de l'eau, la commune peut exiger notamment du propriétaire une taxe de consommation d'eau au mètre cube ou au litre/minute, une taxe d'abonnement annuelle et une taxe de location pour les appareils de mesure (al. 1); le règlement communal définit les modalités de calcul des taxes ainsi que le cercle des contribuables qui y sont assujettis (al. 2).
b) En application de ces dispositions, le Conseil communal d'Orges a adopté le 14 décembre 2006 un règlement sur la distribution de l'eau. Ce règlement a été approuvé par le Chef du Département de la sécurité et de l'environnement le 21 mai 2007.
La question des compteurs est réglée aux art. 14 ss du règlement, dont la teneur est notamment la suivante:
"Art. 14
Le compteur appartient à la commune qui le remet en location au propriétaire.
Il est posé aux frais du propriétaire par le service communal ou par un entrepreneur concessionnaire.
[...]
Art. 17
Les indicateurs du compteur font foi quant à la quantité d'eau consommée.
Le propriétaire paie toute l'eau qui traverse le compteur, même s'il y a eu un excès de consommation, à moins que cet excès n'ait été causé par un vice de construction du compteur, un défaut d'entretien du réseau principal de distribution ou par un fait dont répond la commune.
Art. 18
En cas d'arrêt ou de mauvais fonctionnement du compteur, quelle qu'en soit la cause, c'est la moyenne de la consommation trimestrielle des trois années précédentes qui fait foi ou, à défaut, la consommation de l'année, à moins qu'un autre mode de calcul ne permette un décompte plus exact.
Art. 19
Le propriétaire a en tout temps le droit de demandeur la vérification de son compteur.
Si les indications du compteur présentent des inexactitudes dépassant, en plus ou en moins, les limites d'une tolérance de 5%, l'appareil est immédiatement remplacé aux frais de la commune et les factures établies sur la base du dernier relevé annuel sont rectifiées au profit de la partie lésée.
Si les indications du compteur restent dans les limites de tolérance indiquées ci-dessus, les frais de vérification sont à la charge du propriétaire."
c) En l'espèce, la recourante se plaint d'une violation de l'art. 19 du règlement. Elle affirme que le compteur, dont elle a demandé le remplacement, serait défectueux, comme le prouverait l'analyse des relevés de sa consommation d'eau de 2017 à 2021, qui serait restée stable, hormis durant la période de mise en service du compteur en question. Elle considère que les frais de remplacement et de vérification doivent dès lors être supportés par la commune.
Comme l'autorité intimée le relève dans ses écritures, la comparaison des relevés de consommation n'est pas une méthode fiable pour s'assurer du bon fonctionnement d'un compteur, différents facteurs, tels que la saison, la météo ou un changement d'habitudes, pouvant expliquer des variations. Une augmentation anormale du volume d'eau enregistré peut tout au plus être un indice d'une fuite ou d'un éventuel défaut de l'appareil de mesure. En réalité, seul un examen par une entreprise agréée est à même de déterminer si un compteur répond aux normes applicables en la matière.
Or c'est précisément ce que les services communaux ont fait en confiant l'expertise du compteur remplacé à B._ AG, qui est un organisme d'étalonnage accrédité par le Service d'Accréditation Suisse SAS. Dans le rapport qu'elle a établi, cette entreprise a relevé que les tolérances admises étaient respectées pour les valeurs Q2 (- 2.30%) et Q3 (+ 1.40%), mais dépassées pour la valeur Q1 (-12.30%). Selon le complément d'informations fourni, la valeur Q1 correspond au débit minimal qui peut être pris en compte par le compteur, la valeur Q2 au débit de transition et la valeur Q3 au débit permanent ou autrement dit au débit "moyen" pour lequel le compteur est prévu. Sur la base de ces indications, il faut admettre que seule cette dernière valeur est réellement pertinente pour déterminer si un compteur fonctionne correctement, ce d'autant plus en ce qui concerne comme en l'occurrence le contrôle de la consommation d'un ménage courant. On ne saurait dès lors reprocher aux autorités communales d'avoir fait abstraction du léger dépassement de la tolérance admise constaté pour la valeur Q1, étant précisé que de toute manière ce dépassement était favorable à la recourante (le compteur ne mesurant pas assez de débit à ce niveau).
Contrairement ce que la recourante soutient, le compteur qui a été remplacé le 27 août 2020 à sa demande ne peut par conséquent pas être considéré comme défectueux ou ne répondant pas aux normes applicables en la matière. C'est ainsi sans violer le droit ni abuser de son pouvoir d'appréciation que les frais de remplacement et de vérification ont été mis à la charge de l'intéressée.
4.
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée.
La recourante, qui succombe, supportera les frais de justice (cf. art. 49 al. 1 LPA-VD).
La Commune d'Orges, qui a procédé par l'intermédiaire d'un mandataire professionnel, a droit à l'allocation de dépens, à la charge de la recourante (cf. art. 55 al. 1 LPA-VD). Compte tenu de la nature de la cause et du travail effectué, ceux-ci seront fixés à un montant de 1'000 fr. (cf. art. 11 al. 2 du tarif du 28 avril 2015 des frais judiciaires et des dépens en matière administrative – TFJDA; BLV 173.36.5.1), étant précisé que l'indemnité versée ne constitue qu'une participation aux honoraires (cf. art. 11 al. 1 TFJDA).