Decision ID: e5c852e3-ac13-5291-b65f-8240ffb5a92d
Year: 2018
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 23 juillet 2018, A_ recourt
contre l'ordonnance du 10 juillet 2018, notifiée le 12 suivant, par laquelle le Ministère public a classé la procédure P/15645/2015 et refusé d'ordonner les actes d'enquête qu'il avait sollicités.
Le recourant conclut à l'annulation de ladite ordonnance, à ce qu'une instruction pour faux témoignage soit ouverte et à ce qu'il soit ordonné au Ministère public de procéder à l'audition de B_, C_ et D_ ainsi qu'à une confrontation.
b.
Le recourant a versé les sûretés en CHF 1'000.- qui lui étaient réclamées par la Direction de la procédure.
c.
La cause a ensuite été gardée à juger sans échange d'écritures ni débats.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
Par courrier du 13 août 2015, A_ a déposé plainte pénale pour faux témoignage (art. 307 CP). En substance, il a expliqué qu'une procédure pénale était ouverte contre lui notamment pour corruption passive, soit la P/1_/2014, dans laquelle il lui était reproché d'avoir, à fin mai 2010, lors d'une rencontre à E_ [VD], en sa qualité d'employé [de l'entité publique] F_, sollicité la somme de CHF 100'000.- pour son propre compte à B_, associé-gérant de G_ [Sàrl], en relation avec le travail qu'il fournissait dans le cadre de son activité au sein de F_. Or, il existait des contradictions flagrantes dans les déclarations de divers témoins sur des éléments essentiels du litige, soit notamment la date et le lieu de ladite rencontre. Ainsi :
- B_, entendu en qualité de témoin par le Procureur le 5 juin 2014, avait affirmé avoir été menacé par A_ lors de cette rencontre. C_, avocat de B_ et de la société G_, entendu également en qualité de témoin par le Procureur le 27 juin 2014, et présent lors de ladite rencontre, a quant à lui déclaré qu'il aurait sollicité ladite somme d'une manière amicale, voire avec légèreté;
- les témoins D_, H_, I_ et J_ avaient affirmé, lors de leurs auditions respectives des 2 septembre 2014, 9 juillet 2014, 24 juillet 2014 et 27 août 2014 par-devant le Ministère public, que les relations entre A_ et B_ étaient mauvaises alors que ce dernier persistait à alléguer le contraire.
b.
Le 18 août 2015, le Procureur a ordonné la suspension de la présente procédure jusqu'à droit jugé dans la procédure P/1_/2014.
Le recours de A_ contre cette décision a été rejeté par la Chambre de céans (
ACPR/605/2015
du 10 novembre 2015).
c.
Le 8 juin 2016, dans la P/1_/2014, le Tribunal de police a reconnu A_ coupable de corruption passive et l'a condamné à une peine pécuniaire de 360 jours-amende à CHF 80.-, avec sursis pendant 4 ans.
d.
Par arrêt du 14 février 2017, la Chambre pénale d'appel et de révision a, sur appel du Ministère public et de A_, reconnu ce dernier coupable de corruption passive et d'acceptation d'un avantage et l'a condamné à une peine privative de liberté de 2 ans, avec sursis d'une durée de 3 ans. Elle a en effet retenu à son encontre d'avoir, au mois de mai 2010, lors d'un repas au restaurant K_ à E_ [VD], sollicité de B_ le versement de CHF 100'000.-, laissant entendre qu'à défaut, il pourrait faire échec à la signature d'un partenariat entre F_ et G_, ce qui aurait causé un préjudice aux deux parties – faits constitutifs de corruption passive au sens de l'art. 322quater CP – (cas G_), ainsi que d'avoir notamment accepté au début 2011 le versement de CHF 180'000.- de la société L_ SA, qui était en affaires avec F_ en vue de convenir des partenariats relatifs au développement, à la construction et à l'exploitation de _ [domaine d'activité de l'entité publique F_] – faits constitutifs d'acceptation d'un avantage (art. 322sexies CP) (cas L_).
e.
Par arrêt du 11 janvier 2018 (
6B_391/2017
et
6B_392/2017
), le Tribunal fédéral a admis le recours formé par A_ s'agissant de la condamnation fondée sur l'acceptation d'un avantage (cas L_), mais l'a rejeté en tant qu'il concernait le cas G_, tranchant ainsi définitivement ce volet.
S'agissant du cas G_, le Tribunal fédéral a retenu que "
l'autorité précédente a exposé pour quels motifs elle retenait l'existence de la demande d'argent litigieuse, jugeant les déclarations de B_ sur ce point claires, constantes, concordantes et finalement crédibles. Celles-ci étaient confirmées par celles de Me C_, avocat de G_. Celui-ci, présent au repas, avait assisté à la demande d'argent. (...). Les déclarations de B_ étaient en outre corroborées par plusieurs témoignages, notamment celui d'une députée vaudoise et d'un conseiller national qui attestaient d'une part que B_ leur avait reporté l'évènement et d'autre part du caractère foncièrement honnête de cet homme. L'autorité précédente a également constaté que B_ n'avait aucun intérêt à porter des accusations mensongères contre le recourant (...)
" (arrêt précité, consid. 4.2).
Le Tribunal fédéral a également retenu que "
le recourant invoque avoir contesté les accusations de B_, de manière constante et avec force. Un tel argument est totalement impropre à rendre arbitraires la valeur probante accordée par l'autorité précédente aux preuves précitées et partant l'appréciation des faits en découlant. Appellatoire, il est irrecevable
" (arrêt précité, consid. 4.3).
Enfin, il était mentionné que "
le recourant invoque que les déclarations de B_ et de Me C_ seraient contradictoires. La lecture des pièces citées - et non seulement des passages choisis par le recourant de ces pièces - n'impose pas un tel constat et n'interdisait pas de retenir la version des faits constatée dans l'arrêt. Au surplus que les précités ne se soient prétendument pas inquiétés de la menace faite par le recourant est sans portée sur la punissabilité de l'infraction sanctionnée par l'art. 322quater CP (cf.

Considerations:
BERNARD CORBOZ, Les infractions en droit suisse. vol. II, 3e éd. 2010, n° 8 ad art. 322quater CP). Le recourant cite des passages des déclarations du témoin D_. Son argumentation, consistant à tenter d'imposer sa propre appréciation de la valeur probante à donner aux différents témoignages et sa propre version des faits sur celles de l'autorité précédente, sans démontrer l'arbitraire de celles-ci, est irrecevable. Elle n'est au demeurant pas convaincante
" (arrêt précidé, consid. 4.5).
f.
Le 24 janvier 2018, le Procureur a ordonné la reprise de la présente procédure et adressé au plaignant un avis de prochaine clôture l'informant de ce qu'une ordonnance de classement allait prochainement être rendue et lui impartissant un délai au 28 février 2018 pour présenter ses éventuelles réquisitions de preuve ainsi que pour solliciter une éventuelle indemnité.
g.
Par courrier daté du même jour mais reçu le surlendemain par le Ministère public, A_, sous la plume de son conseil, a, eu égard à l'arrêt du Tribunal fédéral rejetant son recours sur le volet G_, jugé
"impératif de questionner tous les témoins au sujet de la somme de CHF 100'000.- qu
['il]
aurait sollicitée de M. B_, ce qu'il conteste toujours avec force, pour examiner dans quelles circonstances des déclarations contradictoires ont été versées à la procédure et surtout retenues par le Tribunal de police, la Cour de justice et enfin le Tribunal fédéral"
.
h.
Par courrier du 28 février 2018, le plaignant, toujours sous la plume de son conseil, a sollicité la production de l'agenda de B_ et de C_ ainsi que les extraits de comptes M_/N_ [cartes de crédit] de B_ afin de préciser la date à laquelle aurait eu lieu la rencontre litigieuse. Il sollicitait également la ré-audition des témoins qui confirmaient que A_ et B_ entretenaient de mauvaises relations, contrairement aux déclarations de ce dernier. Il sollicitait en particulier celle de B_, de C_ et de D_.
C.
Dans sa décision querellée, le Ministère public retient que la condamnation du prévenu pour corruption passive dans le cas G_ a été confirmée par le Tribunal fédéral, dans son arrêt du 11 janvier 2018, de sorte que cette question avait été définitivement tranchée. À cet égard, le Tribunal fédéral a considéré que l'autorité précédente avait retenu à juste titre l'existence de la demande d'argent litigieuse. Les déclarations du témoin B_ ont été jugées constantes et crédibles et corroborées par plusieurs témoignages; peu importait par ailleurs que la date exacte et le lieu de la rencontre ne soient pas précisément déterminés. En particulier, le Tribunal fédéral a souligné que
"le recourant invoque que les déclarations de B_ et de Me C_ seraient contradictoires. La lecture des pièces citées - et non seulement des passages choisis par le recourant de ces pièces - n'impose pas un tel constat et n'interdisait pas de retenir la version des faits constatée dans l'arrêt"
. En persistant ainsi à solliciter du Ministère public la ré-audition de certains témoins, qui, selon lui, avaient tenus des propos contradictoires sur des points essentiels du litige, le plaignant tentait une fois encore d'imposer sa version de faits, alors même que celle-ci, contredite par les éléments objectifs du dossier, n'avait pas été suivie par les autorités cantonales, puis par le Tribunal fédéral, qui avait définitivement rejeté son recours s'agissant de sa condamnation pour corruption passive. Aucun élément objectif du dossier ne permettait dès lors de retenir la réalisation d'une infraction de faux témoignage (art. 307 CP). Partant, il n'y avait pas lieu de procéder aux actes d'instruction sollicités par le plaignant.
D.
À l'appui de son recours, A_ expose avoir à de très nombreuses reprises sollicité du Ministère public qu'il entende les témoins B_, C_ et D_, dès lors que leurs déclarations étaient
"totalement contradictoires"
,
ce que celui-ci avait refusé, suspendant à l'époque l'instruction de sa plainte pour faux témoignage. Ainsi, à suivre le Ministère public, il devait attendre d'être, cas échéant, condamné arbitrairement sur la base de faux témoignages, soit de moyens de preuve illicites, par une juridiction de jugement avant de pouvoir
"démonter"
lesdites allégations. Or, c'était précisément à cause des fausses déclarations en justice de B_ et de C_ qu'il avait été définitivement condamné, s'agissant du volet G_, et que le Tribunal fédéral avait renvoyé le dossier à l'autorité cantonale s'agissant de L_. Partant, le Ministère public ne pouvait classer la procédure mais devait instruire.
EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner du plaignant
qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).![endif]>![if>
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement irrecevables ou mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.![endif]>![if>
3.
En tant que le recourant critique à nouveau le fait pour le Ministère public d'avoir, le 18 août 2015, suspendu l'instruction de sa plainte pour faux témoignage jusqu'à droit connu dans la procédure P/1_/2014 à l'origine de sa dénonciation pour faux témoignage, il est forclos, le recours qu'il avait interjeté à l'époque contre cette décision ayant au demeurant été rejeté.![endif]>![if>
4.
Le recourant estime ensuite avoir été condamné sur la base de témoignages mensongers, soit de preuves illégales, raison pour laquelle l'instruction de la présente cause devait être reprise, aux fins de l'établir.![endif]>![if>
4.1.
Aux termes de l'art. 319 al. 1 CPP, le ministère public ordonne le classement de tout ou partie de la procédure notamment lorsqu'aucun soupçon justifiant une mise en accusation n'est établi (let. a), lorsque les éléments constitutifs d'une infraction ne sont pas réunis (let. b) ou lorsque des faits justificatifs empêchent de retenir une infraction contre le prévenu (let. c).
Ces conditions doivent être interprétées à la lumière de la maxime
in dubio pro duriore
, qui s'impose tant à l'autorité de poursuite qu'à l'autorité de recours durant l'instruction. Cette maxime exige qu'en cas de doute quant aux faits pertinents ou au droit applicable, le prévenu soit mis en accusation (ATF
138 IV 86
consid 4.1.1; arrêt du Tribunal fédéral
6B_874/2017
du 18 avril 2018 consid. 5.1).
4.2.
L'art. 307 CP réprime le fait, pour un témoin, de déposer faussement sur les faits de la cause. Une information est fausse si elle ne correspond pas à la vérité objective (B. CORBOZ,
Les infractions en droit suisse, vol. II
, 3ème éd., 2010, n. 32 ad art. 307 CP), si le témoin affirme un fait ou en nie l’existence d’une manière contraire à la vérité, en particulier lorsque les événements ne se sont pas déroulés de la façon décrite; la fausseté peut résider dans une omission: le témoin ne révèle pas un fait ou n’en révèle qu’une partie, donnant une vision tronquée de la réalité. La déposition est fausse si le témoin affirme avoir constaté un fait ou nie l’avoir constaté alors que ne ce n’est pas vrai ; elle est également fausse s’il dit ne pas se souvenir ou se souvenir, contrairement à la vérité (B. CORBOZ,
op. cit.,
n. 33 ad art. 307 CP).
Il n'est pas nécessaire que l'information fausse soit juridiquement pertinente pour l'issue du litige. Si l'information porte sur un fait qui n'était pas de nature à influencer la décision, cela ne supprime pas l'infraction, mais entraîne l'application de l'art. 307 al. 3 CP (B. CORBOZ,
op. cit.,
p. 565).
Sur le plan subjectif, l'infraction de l'art. 307 CP doit être intentionnelle, mais le dol éventuel suffit (B. CORBOZ,
ibid.
).
4.3.
Il est admis que tant que la procédure pénale à l'origine de la dénonciation pour faux témoignage n'est pas terminée, il est impossible de déterminer si les prétendues fausses déclarations auront ou non une quelconque influence sur le jugement à rendre (
ACPR/57/2013
du 11 février 2013).
4.4.
En l'espèce, force est tout d'abord de constater que les témoignages litigieux s'inscrivent dans le cadre du volet G_ exclusivement, de sorte que le renvoi du dossier à l'autorité cantonale s'agissant du volet L_ est totalement irrelevant pour appuyer la thèse du recourant.
Il résulte ensuite de l'arrêt du Tribunal fédéral du 11 janvier 2018 que la culpabilité du recourant du chef de corruption passive, s'agissant du volet G_ – dans laquelle les témoignages allégués de mensongers sont intervenus –, est définitivement établie.
Que lesdites déclarations aient pu influencer ou non le jugement à rendre ne veut pas encore dire qu'elles seraient fausses, le recourant se limitant juste à affirmer qu'elles seraient contradictoires.
Or, dans son arrêt, le Tribunal fédéral retient que le fait pour le recourant d'avoir contesté les accusations de B_ – lesquelles étaient corroborées par C_ – de manière constante et avec force était totalement impropre à rendre arbitraires la valeur probante accordée par l'autorité précédente auxdites preuves – celle-ci les tenant pour claires, constantes, concordantes et finalement crédibles – et, partant, l'appréciation des faits en découlant.
Il était par ailleurs établi par la procédure que le repas et la demande litigieuse avaient bel et bien eu lieu, de sorte que la non-détermination de la date précise de ce repas, pas plus que la déclaration à une reprise de B_ que ce repas aurait eu lieu début mai 2010 n'étaient déterminantes (cf. arrêt du Tribunal fédéral du 11 janvier 2018 consid. 4.4.)
Enfin, en tant que A_ invoquait que les déclarations de B_ et de C_ étaient contradictoires, il tentait en réalité d'imposer sa propre appréciation de la valeur probante à donner aux différents témoignages et sa propre version des faits sur celles de l'autorité précédente, de surcroît de façon non convaincante.
C'est ainsi à bon droit que le Ministère public a considéré qu'en sollicitant la ré-audition des témoins B_, C_ et D_ au motif qu'ils auraient tenu des propos contradictoires sur des points essentiels du litige, le recourant tentait une nouvelle fois d'imposer sa version des faits, laquelle était contredite par les éléments objectifs du dossier, dont les témoignages de tierces personnes.
Les déclarations des témoins B_, C_ et D_ ayant été expressément tenues pour crédibles, il n'y avait donc pas lieu, faute de tout autre élément probant, de donner suite aux réquisitions de preuve sollicitées, lesquelles, au demeurant, ne sont pas de nature à remettre en cause cette constatation.
5.
Justifiée, l'ordonnance querellée sera donc confirmée et le recours, rejeté.
6.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais envers l'État, qui seront fixés en totalité à CHF 1'000.- (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
), émolument de décision inclus.
* * * * *