Decision ID: 16f5be37-1e02-4e23-bdbc-2f7291555bd6
Year: 2012
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law
Law Sub-area: 
Label: dismissal

Facts:
Faits:
A. En date du 12 juillet 2011, le Ministère public de la Confédération (ci-après:
MPC) a, sur la base d’une communication MROS, ouvert une enquête à
l’encontre du dénommé C. pour soupçon de blanchiment d’argent. Il est en
substance reproché à ce dernier de s’être rendu coupable d’escroquerie,
respectivement d’abus de confiance, alors qu’il occupait une fonction diri-
geante au sein de la banque D., en participant au détournement de plus de
quatorze milliards de roubles, soit environ CHF 430 millions (act. 1.1, p. 3;
act. 1.35). Une partie des sommes détournées serait parvenue sur des
comptes sis en Suisse.
B. Dans le cadre de ses investigations, le MPC a ordonné diverses mesures
d’instruction, au nombre desquelles figurent des saisies de relations ban-
caires auprès d'établissements de la place zurichoise. C’est ainsi que, en
date du 20 janvier 2012, une ordonnance d'"[o]bligation de dépôt et bloca-
ge de comptes" a été prononcée et adressée à la banque E. AG (act. 1.1).
Cette ordonnance mentionne les noms des prévenus, l’infraction qui leur
est reprochée et contient par ailleurs une brève motivation à l’appui de la
mesure ordonnée (ibidem). Au titre de la mesure requise figure notamment
ce qui suit:
"Blocage de compte: la banque E. AG est avisée d’avoir à bloquer immédia-
tement les deux comptes suivants:
1. Le compte n o 1, ouvert le 09.06.2011, au nom de la Fondation A.
2. Le compte n o 2, ouvert le 25.05.2011, au nom de B. SA." (act. 1.1).
C. Par courrier du 23 janvier 2012, la banque E. AG a informé le MPC qu’elle
avait donné suite aux mesures requises, précisant au passage qu'elle ne
voyait pas en quoi les valeurs saisies pourraient être d'origine criminelle
(act. 1.30).
D. Par acte du 2 février 2012, la Fondation A. et B. SA ont recouru contre l'or-
donnance susmentionnée et pris les conclusions suivantes:
"Annuler et mettre à néant l'Ordonnance de séquestre du 20 janvier 2012 du
Ministère public de la Confédération rendue dans la procédure SV.11.0159.
Cela fait
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Ordonner la levée du séquestre portant sur le compte n o 1 de Fondation A..
auprès de la banque E. AG à Zürich
Ordonner la levée du séquestre portant sur le compte n o 2 de B. SA auprès
de la banque E. AG à Zürich
Débouter tout opposant de toutes autres conclusions
Condamner l'Etat et tout opposant aux frais de la procédure de recours."
(act. 1, p. 9 s.).
Invité à répondre, le MPC a, par acte du 17 février 2012, conclu au rejet du
recours dans la mesure de sa recevabilité, le tout sous suite de frais (act. 3,
p. 1).
Appelées à répliquer, les recourantes ont, par écrit du 1 er mars 2012, in-
formé l'autorité de céans qu'elles y renonçaient, persistant dans leurs
conclusions (act. 5).
Les arguments et moyens de preuve invoqués par les parties seront repris,
si nécessaire, dans les considérants en droit.

Considerations:
La Cour considère en droit:
1.
1.1 Les décisions du MPC peuvent faire l’objet d’un recours devant la Cour de
céans (art. 393 al. 1 let. a CPP et 37 al. 1 LOAP en lien avec l’art. 19 al. 1
du règlement sur l’organisation du Tribunal pénal fédéral [ROTPF; RS
173.713.161]). Toute partie qui a un intérêt juridiquement protégé à
l’annulation ou à la modification d’une décision a qualité pour recourir
contre celle-ci (art. 382 al. 1 CPP). S’agissant d’une mesure de séquestre
d’un compte bancaire, seul le titulaire du compte remplit en principe cette
condition, à l’exclusion de l’ayant droit économique, lequel n’est
qu’indirectement touché par la mesure de saisie (arrêt du Tribunal fédéral
1B_94/2012 du 2 avril 2012, consid. 2.1 in fine; décision du Tribunal pénal
fédéral BB.2011.10-11 du 18 mai 2011, consid. 1.5 et les références ci-
tées).
En l'espèce, le recours est formé par les titulaires des comptes dont le blo-
cage a été ordonné par le MPC en date du 20 janvier 2012. Les recouran-
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tes disposent ainsi d'un intérêt juridiquement protégé à l'annulation de cette
dernière.
1.2 Le recours contre les décisions notifiées par écrit ou oralement est motivé
et adressé par écrit, dans le délai de dix jours, à l’autorité de recours
(art. 396 al. 1 CPP). Aux termes de l’art. 393 al. 2 CPP, le recours peut être
formé pour violation du droit, y compris l’excès et l’abus du pouvoir
d’appréciation, le déni de justice et le retard injustifié (let. a), la constatation
incomplète ou erronée des faits (let. b) ou l’inopportunité (let. c). Ces condi-
tions étant remplies en l’espèce, le recours est recevable.
2. Les recourantes contestent le bien-fondé des mesures de séquestre frap-
pant leurs comptes.
2.1 Le séquestre prévu par l’art. 263 CPP est une mesure provisoire (conser-
vatoire) qui permet la saisie de moyens de preuve, respectivement d’objets
ou de valeurs qui pourraient faire l’objet d’une confiscation en application
du droit pénal fédéral (arrêt du Tribunal fédéral 1S.2/2004 du 6 août 2004,
consid. 2.2). Il faut que des indices suffisants permettent de suspecter que
les valeurs patrimoniales ont servi à commettre une infraction ou en sont le
produit, que les infractions aient été commises par leur détenteur ou par un
tiers (ATF 124 IV 313 consid. 4; TPF 2005 84 consid. 3.1.2; arrêt du Tribu-
nal pénal fédéral BB.2005.42 du 14 septembre 2005, consid. 2.1; HEIM-
GARTNER, Strafprozessuale Beschlagnahme, Zurich/Bâle/Genève,
p. 125 ss). Pour que le maintien du séquestre pendant une période prolon-
gée se justifie, il importe que ces présomptions se renforcent en cours
d’enquête et que l’existence d’un lien de causalité adéquat entre les va-
leurs saisies et les actes délictueux puisse être considérée comme haute-
ment vraisemblable (ATF 122 IV 91 consid. 4; OBERHOLZER, Grundzüge
des Strafprozessrechts, 2 e éd., Berne 2005, n
o 1139). La mesure doit par
ailleurs, à l’instar de toute mesure de contrainte, reposer sur une base lé-
gale, être justifiée par un intérêt public suffisant et respecter le principe de
la proportionnalité, étant précisé que l’autorité dispose à cet égard d’une
grande marge d’appréciation (arrêt du Tribunal fédéral 1P.239/2002 du
9 août 2002, consid. 3.1; arrêt du Tribunal pénal fédéral BB.2008.98 du
8 avril 2009, consid. 3). Tant que subsiste un doute sur la part des fonds
qui pourrait provenir d’une activité criminelle, l’intérêt public commande que
ceux-ci demeurent à la disposition de la justice (arrêts du Tribunal pénal
fédéral BB.2008.11 du 16 mai 2008, consid. 3.1; BB.2005.28 du 7 juillet
2005, consid. 2; ATF 125 IV 222 consid. 2 non publié; 124 IV 313 consid.
3b et 4; SJ 1994 p. 97, 102).
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2.2
2.2.1 Selon le MPC, et en substance, il existerait au stade actuel de l’enquête di-
rigée notamment contre C. (v. supra let. A), des soupçons suffisants selon
lesquels les comptes des recourantes abriteraient des valeurs patrimonia-
les résultant d’opérations de blanchiment d’argent au sens de l’art. 305 bis
CP (act. 3, p. 3 ss).
Le MPC soupçonne C. de s’être rendu coupable de malversations alors
qu’il occupait un poste de dirigeant de la banque D. Pour étayer ses soup-
çons, le MPC se fonde principalement sur le résultat de deux commissions
rogatoires adressées aux autorités russes (act. 1.35). Selon les informa-
tions dont dispose à ce stade l’autorité de poursuite, C., alors vice-
président de la banque D., aurait dès la fin de l’année 2008, et de concert
avec le président de ladite banque – le dénommé F., également poursuivi –
mis en place un système d’octroi de crédits à des clients de complaisance;
pareil mécanisme leur aurait permis de détourner et de s’approprier des
sommes très importantes (près de 13 milliards de roubles). Ces faits font
l’objet d’une enquête référencée n o 3 par le Département du Ministère de
l’intérieur de la Fédération de Russie (act. 1.35, p. 1), dont le détail des
soupçons – et en particulier le schéma de détournement de fonds repro-
chés aux prévenus – est explicité par les autorités russes dans leur répon-
se à la commission rogatoire helvétique (act. 1.35, p. 2).
Par ailleurs, ledit C. fait l’objet d’une seconde enquête par les autorités rus-
ses, et ce toujours en lien avec son activité au sein de la banque D. Réfé-
rencée n o 4, elle porte sur des soupçons d’abus de confiance commis lors
d’opérations d’achat et de vente d’actions pour le compte de la banque D.
(act. 1.35, p. 7 ss). Ces actes seraient susceptibles d’avoir causé un dom-
mage de plus de 1,5 milliard de roubles aux actionnaires de la banque D.
(act. 1.35, p. 16). Le détail des faits reprochés figure également dans la ré-
ponse des autorités russes à la commission rogatoire suisse (act. 1.35,
p. 7 ss).
Dans le cadre de ses investigations en Suisse, le MPC a mis à jour le fait
que des valeurs patrimoniales à hauteur de plusieurs millions de USD dont
C. était l'ayant droit économique jusqu'en juin 2011 reposeraient aujour-
d'hui sur les comptes des recourantes, dont les actuels ayants droit éco-
nomiques sont des membres de la famille dudit C. Ces derniers le sont de-
venus ensuite d'un don d'actifs que C. a opéré le 14 juin 2011 par le tru-
chement de sociétés dont il est l'ayant droit économique (v. act. 1, p. 9).
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2.2.2 A la lumière des éléments récoltés par le MPC à ce stade, force est
d’admettre qu’il existe – en l’état – des indices suffisants permettant de
suspecter que les valeurs patrimoniales saisies sur les comptes des recou-
rantes sont le produit des infractions dont C. est soupçonné de s’être rendu
coupable en Russie. Il sied d’insister ici sur le fait que les investigations du
MPC ouvertes le 12 juillet 2011 contre C. (v. supra let. A), et étendues à F.
le 10 octobre suivant (v. supra consid. 2.2.1), se trouvent encore dans une
phase qu’il convient de qualifier d’initiale (v. TPF 2010 22 consid. 2.2.2 et
2.2.3 in fine). Dans le cadre de procédures complexes portant sur des
soupçons de criminalité économique transfrontalière mettant aux prises de
nombreux acteurs – parmi lesquels plusieurs sociétés –, et nécessitant la
collaboration étrangère par la voie de l’entraide, il tombe sous le sens que
les soupçons initiaux présidant à l’ouverture d’une enquête peuvent mettre
un certain temps à se concrétiser. A cet égard, l’autorité de poursuite doit
pouvoir être en mesure d’analyser la documentation en sa possession et
prendre les mesures d’instruction qui s’imposent pour confirmer, respecti-
vement infirmer l’existence du soupçon initial. En l’espèce, le MPC a agi
sans désemparer, en requérant notamment par deux fois la coopération
des autorités russes. Il a par ailleurs procédé à la saisie de plusieurs rela-
tions bancaires en lien avec les prévenus C. et F., afin de tenter d’éclaircir
l’arrière-plan économique de la structure financière mise en place par ces
derniers. L’analyse de la documentation est en cours, des compléments
d’informations devant potentiellement encore être demandés aux autorités
russes (act. 3, p. 6). Il n’y a pas lieu de douter que le MPC prendra les me-
sures qui s’imposent en fonction du résultat de ses analyses, comme cela a
déjà été le cas dans le cadre des présentes investigations (v. arrêt du Tri-
bunal pénal fédéral BB.2012.17 du 17 avril 2012). Cela étant précisé, il ap-
paraît pour le surplus que, sous l’angle de la proportionnalité, les montants
saisis sur les comptes des recourantes – soit un total d'environ USD 3,5
millions USD au 27 janvier 2012 (act. 1.31 et 1.29) – demeurent largement
en deçà du montant total que le mécanisme frauduleux auquel il est soup-
çonné d’avoir pris part en Russie aurait permis de détourner (v. supra let. A
in fine).
Sur le vu de l’ensemble des éléments qui précèdent, il apparaît que la me-
sure de séquestre visant les comptes n os
1 et 2, dont les recourantes sont
les titulaires respectives auprès de la banque E. AG à Zurich, repose sur
des soupçons suffisants, d'une part, et n’est – à ce stade de l’enquête –
pas disproportionnée tant quant à son principe que du point de vue de sa
durée, d'autre part.
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3. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours.
4. Selon l’art. 428 al. 1 CPP, les frais de la procédure de recours sont mis à la
charge des parties dans la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou
succombé. Ceux-ci se limitent en l’espèce à un émolument qui, en applica-
tion de l’art. 8 du règlement du Tribunal pénal fédéral du 31 août 2010 sur
les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure pénale fédéra-
le (RFPPF; RS 173.713.162), sera fixé à CHF 2'000.--, à la charge solidaire
des recourantes.
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