Decision ID: 137f8d44-7dea-4285-a686-e3896bd5ba5c
Year: 2019
Language: fr
Court: VS_BZG
Chamber: VS_BZG_005
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
II. Faits
A. L’entreprise individuelle, X _, de siège social à E_, exploite une
entreprise d’installations sanitaires, de ferblanterie et de couverture, dont X_
en est le titulaire.
B. Le 26 juin 1996, X_ a adressé un devis à Y _ en vue d’effectuer
des travaux dans la toiture de la grange est/ouest, sise rue xxx, à D_ (p. 3, all.
n° 1). Ladite grange était de propriété de l’hoirie formée de F_, G _
et Z_ jusqu’au 17 juin 1998, date à laquelle Z_ en a acquis l’entière
propriété (p. 58 ; Z_, rép. 115). Ce devis se montait à 22'364 fr. (p. 11-13). Les
travaux ont été effectués en fin d’année 1996 (p. 35, préambule).
Plusieurs années plus tard, le 22 mai 2017, X_ a adressé aux
époux X-Z _ une facture finale à hauteur de 18'301 fr. 50 pour les travaux de
ferblanterie et de couverture, effectués sur la grange de D_, durant la fin de
l’année 1996 (p. 3, all. n° 3 ; p. 50, all. n° 31). Afin d’honorer ladite facture, un délai
échéant au 1er juin 2017 leur avait été imparti (p. 3, all. n° 4).
A l’échéance de ce délai, les époux Y-Z _ ont par pli recommandé, contesté
formellement cette facture et nié que des travaux avaient été effectués par X_
sur leur grange (p. 3, all. n° 5 ; p. 20).
Le 2 juin 2017, en réponse au courrier susmentionné, X_ a, par pli
recommandé, octroyé un délai de paiement supplémentaire aux époux X-Z _
échéant au 15 juin 2017. Il a précisé qu’à défaut de paiement dans le délai imparti, il
serait contraint d’engager une poursuite à leur encontre (p. 3, all. n° 6 ; p. 22).
- 9 -
C. De décembre 1996 à juin 2017, X_ n'a pas entrepris d’acte pour interrompre
la prescription concernant le paiement des travaux (Z_, rép. 105 ;
Y _, rép. 137).
D. Comme il n’avait reçu aucun paiement de la part des époux X-Z _ dans le
délai imparti, X_ a, le 19 juin 2017, introduit une poursuite à leur encontre pour
un montant de 18'301 fr. 50, avec intérêts à 5% dès le 22 juin 2017 (p. 3, all. n° 7). Par
le biais de Z_, les époux Y-Z _ ont fait opposition totale au
commandement de payer, notifié le 21 juin 2017 dans le cadre de la poursuite n° xxx
(p. 4, all. n° 8 ; p. 25-26). Comme cette facture ne valait pas titre de mainlevée provisoire,
la requête de mainlevée déposée dans le cadre de la poursuite n° xxx a été rejetée par
le Tribunal du district de E_ le 25 août 2017 (p. 4, all. n° 9, p. 28-30).
E. Le 30 janvier 2018, X_ a déposé une requête de conciliation par devant le
Juge de la commune de E_ (p. 136).
Lors de la séance de conciliation, qui s'est déroulée le 19 avril 2018, ont comparu d'une
part Y_ et Z_, accompagnée d’une personne de confiance, à savoir
H _, fiduciaire à I _ et d'autre part Me A _ (p. 50, all. n°
34 ; C _, rép. 64 ; Y _, rép. 130 et 152). X_ n'a pas
comparu personnellement à cette séance (p. 50, all. no 35). Aucune demande de
dispense de comparaître personnellement pour cause de maladie n’a été présentée par
X_ au Juge de commune, voire à sa secrétaire, en vue d’obtenir une dispense
de comparaître à cette audience (C _, rép. 65, 67 et 68).
F. Par courrier du 8 mai 2018, Me A _, ancien conseil de X_, a écrit
aux époux X-Z _ afin de fixer un rendez-vous pour trouver une solution
transactionnelle au litige (p. 14 ; p. 51, all. nos 39 et 41).
- 10 -
Une réunion entre Y _ et X_ a eu lieu le 25 mai 2018 en l'Etude de
Me A _ (p. 5, all. n° 14 ; p. 51, all. n° 42). Z_ n'a jamais donné de
procuration à son époux Y_ pour la représenter lors de cette
séance (Z_, rép. 111 ; Y _, rép. 143). A l'occasion de cette réunion,
Me A _ n'a pas expliqué la problématique de la prescription à Y
_ (Me A _, rép. 34 ; Y _, rép. 132). Les
époux Y-Z _ n'ont jamais renoncé à invoquer l'exception de
prescription (Z_, rép. 113 ; Y _, rép. 134).
Lors de cette réunion, Y _ a encore exposé la problématique de la prescription
et a reconnu la créance à hauteur de 20'000 fr., correspondant à la valeur des travaux
effectués par X _ (Me A _, rép. 2 et 23 ; Y _, rép. 120).
Le 19 juin 2018, Me A _ a adressé une convention, en reprenant les termes
de l’accord, aux époux X-Z _ pour signature (p. 15 ; Y _, rép. 122).
Cette convention se référait aux travaux effectués par X_ sur la toiture de la
grange est/ouest, à la rue xxx, à D_, durant la fin de l’année 1996 (p. 35,
préambule). Selon son art. 1er, les époux Y-Z _ reconnaissaient devoir un
montant de 20'000 fr. à X_, lequel acceptait ledit montant pour solde de tout
compte. Dit montant devait être versé sur le compte xxx, compte n° xxx, en faveur de
X_, à la rue xxx, xxx D_ (Banque J _). Le montant précité
devant être payé à raison de 12'000 fr. au 1er octobre 2018 et de 8'000 fr. d’ici au 1er
octobre 2021. En cas de non-respect d’une des échéances, le solde dû deviendrait
immédiatement exigible. Dès la signature de la convention, X_,
respectivement son mandataire, retirerait purement et simplement la poursuite
n° xxx requise à l’encontre des époux X-Z _, le 19 juin 2017. Les
époux Y-Z _ étaient autorisés à se prévaloir de l’accord pour obtenir la
radiation de ladite poursuite, en cas de défaillance de X_ (art. 2). Une fois
signée, cette convention avait valeur de reconnaissance de dette au sens de l’art. 82 LP
(art. 5).
Le 5 juillet 2018, lors d’un entretien téléphonique entre la secrétaire de Me A _,
B _, et Y _, ce dernier lui a confirmé qu’il signerait la convention
- 11 -
concernant la reconnaissance de dette de 20'000 fr. en sa possession, dans le cadre du
dossier contre X_ et qu’il la lui retournerait dans un délai de deux semaines, à
savoir avant l’échéance des trois mois suivant la séance de conciliation (p. 39 ;
Me A _, p. 175, rép. 11).
Le 10 juillet 2018, les époux Y-Z _ ont écrit à Me A _ qu'il refusaient
de signer la convention, car la créance était selon eux prescrite (p. 6, all. n° 21).
- 12 -

Considerations:
III. Considérant en droit
1.1.1. La conciliation suppose une discussion entre les parties, un échange sur leur
position respective, encadré par les conseils de l’autorité. Leur présence est essentielle
pour la réussite du processus de conciliation. L’art. 204 al. 1 CPC pose ainsi le principe
de la comparution personnelle des parties à l’audience. Cette disposition va donc plus
loin que l’art. 68 al. 4 CPC qui prévoit que le tribunal peut exiger la comparution
personnelle des parties (CR CPC-BOHNET, n. 2 ad art. 204 CPC).
Des exceptions sont admises à la comparution personnelle. Il en va ainsi lorsque la partie
a son domicile en dehors du canton ou à l’étranger (art. 204 al. 3 let. a CPC). On l’admet
également en cas de justes motifs, rendus à tout le moins vraisemblables, comme la
maladie et l’âge (art. 204 al. 3 let. b CPC), ou encore le service civil, un accident, un
décès, un séjour à l’étranger ou une impossibilité pour motifs familiaux ou
professionnels. Il faut être strict lorsqu’un contact préalable a été pris avec l’intéressé
avant de fixer la date de l’audience. Un tel contact va de soi lorsque la partie est assistée
d’un mandataire professionnel (CR CPC-BOHNET, n. 5 ad art. 204 CPC). Dans ces cas
d’exception, l’autorité de conciliation n’a pas la possibilité d’exiger la comparution
personnelle. Dans cette mesure l’art. 204 al. 3 CPC, qui parle bien de « dispense »,
déroge à l’art. 68 al. 4 CPC (CR CPC-BOHNET, n. 6 ad art. 204 CPC).
1.1.2. Est défaillante la partie qui, bien que régulièrement assignée (art. 147 al. 1 CPC),
ne comparaît pas personnellement ou, lorsqu'elle dispose d'un motif de dispense, n'est
pas valablement représentée. La partie qui envoie un représentant sans réaliser les
prévisions de l'art. 204 al. 3 CPC, fait donc défaut (arrêt 4c.1/2013 du 25 juin 2013
consid. 4.3).
1.2. L'autorisation de procéder, bien que consistant en un acte d'une autorité, n'est pas
une décision sujette à recours; sa validité doit être examinée par le tribunal saisi de la
cause (ATF 139 III 273 consid. 2.3, p. 277). L'autorisation de procéder délivrée par
l'autorité de conciliation revêt dès lors, du point de vue de son caractère définitif, le même
file:///C:/php/clir/http/index.php%23page273
- 13 -
statut qu'une décision ayant acquis force de chose jugée formelle (ATF 139 III 486
consid. 3, p. 487 s.), de sorte que le délai pour déposer la demande devant le juge
compétent (art. 209 al. 3 CPC) court dès sa notification (ATF 138 III 615 consid. 2.3, p.
618 qui admet la suspension du délai pendant les féries). Seuls les frais fixés par
l'autorité de conciliation peuvent faire l'objet d'un recours à la cour cantonale (arrêt
4A_387/2013 du 17 février 2014 consid. 3.2).
L'existence d'une autorisation de procéder valable, délivrée par l'autorité de conciliation,
est une condition de recevabilité de la demande (art. 59 CPC) que le tribunal doit
examiner d'office en vertu de l'art. 60 CPC (ATF 139 III 273 consid. 2.1, p. 275 s. ; arrêt
4A_387/2013 consid. 3.2 ; ATF 140 III 227 consid. 3.1 et 3.2).
1.3.1. L’art. 60 CPC pose le principe de l’examen d’office des conditions de recevabilité.
Il revient au juge d’examiner si les conditions de recevabilité de la demande sont réunies.
Si les conditions de recevabilité s’examinent d’office, le juge ne doit pas de lui-même
rechercher les faits qui les fondent lorsque la maxime des débats s’applique. L’examen
d’office des conditions de recevabilité se distingue dès lors de la maxime inquisitoire et
de la maxime inquisitoire sociale. Le juge ne dispose souvent pas des éléments lui
permettant d’aboutir à la conclusion qu’une condition de recevabilité est remplie ou fait
défaut, si bien qu’il est tributaire des éléments fournis par les parties. Il revient ainsi au
demandeur d’apporter les éléments permettant de conclure au respect des conditions
de recevabilité et ce, selon les règles procédurales applicables en matière de
présentation des faits et des preuves. Quant au défendeur, il doit dire quels sont les faits
qu’il conteste et, lorsque la condition est négative, il lui appartient d’apporter les éléments
permettant au juge d’en prendre connaissance (CR CPC-BOHNET, n. 1,2 et 4 ad art. 60
CPC).
1.3.2. Les causes soumises à la procédure ordinaire et simplifiée doivent généralement
être précédées d’une tentative de conciliation devant une autorité de conciliation, sauf
exceptions prévues par la loi. Le demandeur peut déposer sa demande qu’après avoir
reçu une autorisation de procéder de l’autorité de conciliation, à la suite de l’échec de la
tentative (art. 209 CPC).
file:///C:/php/clir/http/index.php%23page486 file:///C:/php/clir/http/index.php%23page615 file:///C:/php/clir/http/index.php%23page273
- 14 -
Cette condition de recevabilité n’est pas inscrite à l’art. 59 CPC. Elle est cependant
indiquée dans le message (FF 2006 6941). Les art. 221 al. 2 let. b et 244 al. 3 let. b CPC
précisent d’ailleurs que l’autorisation de procéder doit être jointe à la demande.
L’autorisation de procéder doit être valable. Celle-ci ne doit pas être périmée. Elle doit
également porter sur le même objet du litige et les mêmes parties principales. Elle ne
doit pas être entachée d’un vice, par exemple, l’incompétence manifeste de l’autorité qui
l’a prononcée. Le doute objectif quant à l’impartialité de l’autorité rend tout espoir de
conciliation illusoire. Il en va de même du défaut du demandeur sans motif de dispense
ou l’absence de sa représentation valable à l’audience.
L’instance prend fin lorsque le juge refuse d’entrer en matière, faute d’autorisation de
procéder valable. Le demandeur peut à nouveau agir s’il le souhaite. Il peut toutefois se
voir privé de ses droits s’ils étaient, par exemple, liés au respect d’un délai de déchéance.
L’art. 63 al. 1 CPC devrait s’appliquer par analogie dans un tel cas (CR CPC-BOHNET, n.
63-69 ad art. 59 CPC).
Si la procédure suit son cours sans que le juge n’ait vérifié ce point, et sans que la partie
défenderesse ne s’en plaint lors de l’échange des écritures, le principe de la bonne foi
s’impose (art. 52 CPC).
1.4. En l’espèce, X_ n’a pas comparu personnellement lors de la séance de
conciliation du 19 avril 2018 par devant le juge de la commune de E_. Seule
Me A _, alors conseil juridique de X_, y était présente, en sa qualité
de représentante.
Lors de cette séance, Me A _ n’a pas fourni de certificat médical attestant que
son mandant était dans l’impossibilité de se présenter personnellement à la séance pour
cause de maladie, notamment en raison des séances de xxx auxquelles il devait se
soumettre hebdomadairement (Me A _, rép. 67). Préalablement à cette
- 15 -
séance, voire lors de cette séance, elle n’a pas directement soulevé cette problématique
devant le juge de commune, ni requis de sa part l’octroi d’une dispense de comparaître
en faveur de son mandant pour le motif susmentionné. Aucun certificat médical de
dispense ressort du dossier transmis par le juge de la commune de E_.
Me A _ estime qu’une dispense a réellement été octroyée à son ancien
mandant par le contact téléphonique qu’elle a eu avec la secrétaire du juge de commune
de E_ préalablement à cette séance (Me A _, rép. 19). Lors de son
audition, le juge de commune de E_ a précisé que sa secrétaire n’était pas
habilitée à transmettre ce genre d’information. Elle se contente de transmettre les divers
téléphones de la journée directement au juge de commune (Me A _, rép. 68).
Lors de son audition, Me A _ a affirmé que X_ se soumettait tous les
mardis, jeudis et samedis à des dialyses (Me A _, rép. 27). Elle connaissait
ainsi les empêchements de X_. Elle s’est abstenue de les communiquer au
juge de commune en vue de la fixation de la séance de conciliation, tendant à trouver
un accord dans le cadre du litige, lors de laquelle X_ pouvait être présent si le
juge de commune avait eu connaissance de ces disponibilités.
Malgré l’absence non justifiée de X_, une autorisation de procéder dans le
cadre du présent litige lui a été délivrée par le juge de commune de E_ le 19
avril 2018.
1.5. X_ ne disposait ainsi pas d’une dispense de comparaitre personnellement,
lors de la séance de conciliation du 19 avril 2018 devant le juge de commune de
E_ (l’art. 204 al. 3 CPC).
Faute d’autorisation de procéder valable, le tribunal déclare irrecevable la demande de
X_, tendant à l’obtention du paiement de sa facture du 22 mai 2017, relative
aux travaux sur la toiture de la grange, à la rue xxx, à D_.
- 16 -
Même si la recevabilité de la demande devrait être reconnue, l’action devrait être rejetée.
2.1. L’art. 363 CO décrit les obligations principales de chacune des parties à un contrat
d’entreprise. L’entrepreneur doit « exécuter un ouvrage », le maître « payer un prix »
(CR CO I-CHAIX, n. 1 ad art. 363 CO). Le paiement d’un prix constitue le second élément
essentiel du contrat d’entreprise (CR CO I-CHAIX, n. 3 ad art. 363 CO). La conclusion du
contrat d’entreprise n’est pas soumise au respect d’une forme particulière (art. 11 CO)
(CR CO I-CHAIX, n. 13 ad art. 363 CO).
2.2. La reconnaissance de dette est la déclaration d’une personne qui se considère
débitrice d’une personne qu’elle considère créancière, qu’elle tient une certaine dette ou
obligation pour existante, c’est-à-dire née et pas encore éteinte. Une telle déclaration est
valable même sans indiquer la raison pour laquelle la dette existerait (p. ex : la
déclaration de A à B « je te dois 100 » est valable sans qu’il soit nécessaire d’ajouter
« pour l’achat de ta bicyclette » ou « parce que j’ai endommagé ta bicyclette »). Par
conséquent, peu importe si la reconnaissance de dette énonce ou non sa cause. Celle-
ci doit exister et être valable (CR CO I-TEVINI, n. 1 ad art. 17 CO).
La reconnaissance de dette est une déclaration unilatérale de celui qui se considère
débiteur. Elle n’est pas un contrat, fût-ce unilatéral. Elle n’est pas soumise à une
condition de forme. Elle peut être orale, résulter d’actes concluants (art. 135 al. 1 CO),
ou être constatée par écrit mais non signée (CR CO I-TEVINI, n. 4 et 5 ad art. 17 CO).
Néanmoins, le débiteur « peut toujours se prévaloir de l’inexistence de la dette » (p. ex. :
contrat inexistant, nul, invalidé ou résolu). Plus généralement, le débiteur est libre de
soulever toutes les objections (p. ex. : exécution, remise conventionnelle de dette), et
exceptions (p. ex. : prescription, défaut de la chose vendue) qui affectent la dette
reconnue (CR CO I-TEVINI, n. 7 ad art. 17 CO).
2.3.1. En l’espèce, X_ fonde ses prétentions sur un contrat d’entreprise conclu
avec les époux Y-Z _, dans le but d’effectuer durant la fin de l’année 1996 des
- 17 -
travaux de ferblanterie et de couverture sur la grange à D_, propriété de l’hoirie
formée par F_, G _ et Z_.
X_ se base sur un devis adressé le 26 juin 1996 à Y _, ainsi que sur
une facture du 22 mai 2017 à l’attention des époux X-Z _, faisant référence à
des travaux de toiture effectués sur ladite grange. A la réception de cette facture, les
époux Y-Z _ l’ont contestée et ont nié que des travaux avaient été effectués
sur la grange. Z_ n’était pas l’unique propriétaire de cette grange en 1996. Dès
lors, elle n’aurait pas pu commander seule des travaux au nom de la communauté
héréditaire, quand bien même elle aurait obtenu leur consentement préalable, à moins
qu’il ne s’agisse d’une gestion d’affaire sans mandat de la part des époux X-Z _
(art. 419 ss CO ; CR CC II-SPAHR, n. 31 et 35 ad art. 602 CC).
La contestation de cette facture ne permet pas d’attester que les époux Y-Z _
ont consenti au devis, à savoir à la conclusion d’un contrat d’entreprise oral, ayant
comme objet des travaux sur la toiture d’une grange. X_ n’a pas démontré en
procédure que ces travaux ont réellement été effectués.
Dès lors, X_ n’est pas parvenu à prouver qu’un contrat d’entreprise le liait aux
deux époux X-Z _.
2.3.2. Lors de la réunion du 25 mai 2018 par devant Me A _, à laquelle étaient
présents X_ et Y _, ce dernier a reconnu oralement la créance de
20'000 fr., correspondant à la valeur des travaux effectués par X_ au sein de
la grange. Cette reconnaissance de dette ressort de son audition, ainsi que du projet de
convention de Me A _ (Me A _, rép. 2 et 23), lequel reprend les
termes de la séance du 25 mai 2018.
Un contrat d’entreprise oral a ainsi été conclu entre X_ et Y _, avec
comme objet les travaux effectués sur la grange, dont il n’était pas propriétaire à la fin
- 18 -
1996. X_ a agi sur la base d’une gestion d’affaire sans mandat (art. 419 ss
CO).
2.3.3. Z_ n’était pas présente lors de la séance précitée. Elle n’avait pas donné
de procuration orale, voire écrite à son époux, ni ratifié le projet de convention établi par
Me A _, lequel incluait la reconnaissance de dette (art. 32 ss CO). La
représentation de l’union conjugale ne s’applique pas en l’espèce, car les travaux de
toiture ne constituent pas un besoin courant et ne sont pas entrepris dans l’intérêt de la
famille avec le consentement de Z_ (art. 166 CC).
En l’absence de ratification, X_ et Z_ ne sont pas liés par un contrat
d’entreprise oral. La prétention à leur encontre doit donc être rejetée vu l’absence de
légitimation passive (CR CPC-BOHNET, n. 94 ad art. 59 CPC).
3.1.1. La prescription est une institution de droit matériel. La prescription permet au
débiteur de paralyser le droit d’action lié à la créance. Le créancier conserve toutefois
son droit à la prestation ; il subsiste dès lors une obligation naturelle. Cela entraine
plusieurs conséquences : la dette prescrite ne peut plus être poursuivie en justice si le
débiteur oppose l’exception (CR CO I-PICHONNAZ, n. 48-49 ad art. 127 CO). L’exception
de prescription doit être expressément soulevée. Il ne suffit pas d’invoquer le rejet de
l’action, mais il faut une affirmation univoque du refus d’exécuter la prestation pour cause
de prescription, sans pour autant fixer des exigences trop élevées (CR CO I-PICHONNAZ,
n. 4 ad art. 142 CO). L’invocation fondée de l’exception de prescription entraîne le rejet
d’action au fond, et non son irrecevabilité, puisqu’il s’agit d’une institution de droit
matériel (CR CO I-PICHONNAZ, n. 10 ad art. 142 CO).
3.1.2. L’art. 127 CO fixe un délai de prescription générale de dix ans (CR CO I-
PICHONNAZ, n. 16 ad art. 127 CO). La prescription commence à courir dès l’exigibilité de
la créance, à savoir à partir du moment où le créancier a le droit d’exiger la prestation
du débiteur. La créance est exigible dès sa naissance, à moins que la loi, le contrat ou
la nature de l’affaire n’imposent une solution différente (art. 75 CO). Pour le contrat
d’entreprise, la prescription de la créance en paiement du prix court dès la livraison de
l’ouvrage (CR CO I-PICHONNAZ, n. 1 et 3 ad art. 127 CO).
- 19 -
3.2.1. Il y a reconnaissance de dette au sens de l’art. 135 CO lorsqu’un débiteur (ou son
représentant), disposant de la capacité civile active, manifeste la pensée que la dette
(individualisée ou déterminable) existe encore. Il suffit une manifestation de pensée faite
directement au créancier, qui indique de manière univoque, selon le principe de la bonne
foi, que le débiteur se sent lié juridiquement. La reconnaissance de dette peut être
expresse (orale ou écrite) ou tacite, même si une forme particulière était requise pour la
naissance de la créance (CR CO I-PICHONNAZ, n. 7-8 ad art. 135 CO).
3.2.2. Une réquisition de poursuite remplissant les exigences de l’art. 67 LP interrompt
la prescription dès sa remise à la poste (CR CO I-PICHONNAZ, n. 12 ad art. 135 CO).
3.2.3. La requête en conciliation (art. 202 CPC) devant le juge conciliateur compétent
est suffisante pour interrompre le délai de prescription, peu importe que la partie renonce
finalement à la séance de conciliation (art. 206 CPC) ou que la cause soit ensuite portée
ou non devant le juge durant le délai de validité de l’acte de non-conciliation (art. 209
CPC) (CR CO I-PICHONNAZ, n. 23 ad art. 135 CO).
3.3. Le débiteur peut renoncer à la prescription par une manifestation de volonté qui
s’insère en principe dans un accord (acte juridique bilatéral). La renonciation à la
prescription peut se faire sans forme, même pour les obligations dont la naissance est
soumise à une forme particulière. Il est possible de renoncer à la prescription lorsqu’elle
est déjà acquise, quel que soit le délai envisagé, puisque l’art. 142 CO prescrit que le
juge n’est pas autorisé à soulever d’office la prescription (CR CO I-PICHONNAZ, n. 9,10
et 17 ad art. 141 CO).
3.4.1. En l’espèce, X_ a effectué des travaux sur la toiture de la grange, à
D_. Ces travaux se sont achevés à la fin de l’année 1996, date à laquelle sa
créance à l’encontre de Y _ est devenue exigible.
- 20 -
Jusqu’au 19 juin 2017, X_ n’a entrepris aucune mesure, afin d’en interrompre
la prescription et éviter l’écoulement du délai de dix ans prévu par l’art. 127 CO. En
agissant de la sorte, la prescription a été acquise à la fin de l’année 2006.
3.4.2. L’acte interruptif de prescription est intervenu le 19 juin 2017, lors l’introduction
par X_ d’une poursuite à l’encontre des époux X-Z _ à hauteur de
18'301 fr. 50, avec intérêts à 5% dès le 22 juin 2017. Parallèlement à cet acte interruptif
de prescription, il y a eu le dépôt de la requête de conciliation le 30 janvier 2018, ainsi
que la déclaration orale devant X_ et Me A _ pour laquelle
Y _ a reconnu la créance de X_. Ces éléments constituent des
causes d’interruption de prescription. La poursuite à l’encontre des époux
X-Z _ avait déjà interrompu la prescription.
Cette interruption de prescription a eu lieu après le délai général de prescription de dix
ans applicable en l’espèce. Y _ pouvait soulever l’exception de la prescription,
qui était déjà acquise. Durant ces années, Y _ n’a pas adopté un
comportement tendant à retarder ladite interruption, lequel aurait pu constituer un abus
de droit (arrêt 4A_424/2014 du 4 février 2015 consid. 9). En procédure, Y _ a
encore invoqué l’exception de la prescription.
3.4.3. S’agissant d’une éventuelle renonciation à la prescription, X_ estime
que cette déclaration orale a eu lieu lors de la réunion du 25 mai 2018 par devant
Me A _. Le projet de convention formulé par Me A _, lequel reprend
les termes de la séance, ne mentionne pas que Y _ aurait renoncé à invoquer
la prescription. Y _ avait exposé la problématique de la prescription lors de la
séance manifestant ses doutes quant à la possibilité pour X_ d’exiger le
paiement. Par conséquent, Y _ n’a pas manifesté son intention de renoncer à
la prescription.
3.5. Partant, l’invocation par Y _ de l’exception de prescription est valable.
Comme la prescription est acquise. L’action doit être rejetée.
- 21 -
4. Les frais sont mis à la charge de la partie qui succombe (art. 106 CPC). S’agissant
des frais de la procédure de conciliation, ils suivent le sort de la cause lorsque la
demande est déposée (art. 207 al. 3 CPC). Comme le défendeur obtient gain de cause,
les frais et dépens sont mis à la charge du demandeur.
Y _ et Z_ ont obtenu leurs conclusions. Dans ces conditions,
X_ doit être considéré comme la partie qui succombe.
Les frais comprennent les frais judiciaires et les dépens. Ils sont fixés conformément à
la LTar. L’émolument est fixé en fonction de la valeur litigieuse, de l’ampleur et de la
difficulté de la cause, de la façon de procéder des parties, ainsi que de leur situation
financière (art. 13 LTar). Lorsque la cause n’est pas conduite jusqu’à son terme,
l’émolument est réduit proportionnellement. Il en va de même en cas de jugement sur le
fond préjudiciel ou partiel, de jugement par défaut ou sans motivation (art. 14 al. 1 LTar).
Selon l’art. 16 al. 1 LTar, l’émolument de justice pour les contestations civiles de nature
pécuniaire, soumises à la procédure ordinaire ou simplifiée, et tranchées en première ou
unique instance, est fixé, pour une valeur litigieuse de 20'000 fr. entre 8’001 fr. et 20’000
fr.
X_ a versé 3'150 fr. d’avances (3'000 fr. + 150 fr.). les époux Y-Z _
ont versé 50 fr. d’avances.
En l’espèce, eu égard à la valeur litigieuse de 20'000 fr., les frais du tribunal de district,
par 3’000 fr., débours compris (émoluments : 2'775 fr. ; huissier : 75 fr. ; témoins : 150
fr.), apparaissent appropriés pour une cause menée à son terme. Les frais du tribunal,
par 3’000 fr., sont mis à la charge de X_.
5. Les dépens, arrêtés globalement, comprennent les débours nécessaires, le
défraiement d’un représentant professionnel et, lorsque la partie n’a pas de représentant
professionnel, une indemnité équitable pour les démarches effectuées, dans le cas où
cela se justifie, art. 95 al. 3 CPC. Selon l’art. 32 al. 1 LTar, les honoraires des avocats
dans les contestations civiles de nature pécuniaire d’une valeur litigieuse de 15’001 fr. à
20’001 fr. sont fixés entre 2'900 fr. et 4’000 fr. Les dépens sont arrêtés entre le minimum
et le maximum prévu par le tarif, d’après la nature et l’importance de la cause, ses
difficultés, l’ampleur du travail, le temps utilement consacré par le conseil juridique et la
- 22 -
situation financière de la partie, art. 27 al. 1 LTar. Ils sont en règle générale
proportionnels à la valeur litigieuse, art. 27 al. 2 LTar. S'agissant du calcul des
honoraires, il est également tenu compte de l'avancement du procès au moment où la
valeur est réduite. Conformément à la pratique des tribunaux, en raisonnant sur la base
des critères posés par l'art. 21 al. 1 aDTFJ par analogie, un tiers de l'honoraire est dû
après l'échange d'écriture, la moitié au débat préliminaire ou immédiatement après, les
trois quarts au cours de l'administration des preuves, mais au plus tard quinze jours
avant le débat final, et la totalité après ce délai (RVJ 1986 p. 309 ; ATC C1 08 86 du 10
novembre 2009, consid. 11 ; ATC C2 07 25 du 26 juin 2007, p. 3).
En l’espèce, eu égard à la valeur litigieuse de 20'000 fr., un honoraire complet de 4’000
fr. apparait approprié, pour une cause menée à son terme. Ainsi, compte tenu du sort
des frais, de la difficulté de la cause, de l'ampleur du travail, du temps utilement consacré
à la rédaction des mémoires, les honoraires du conseil de la demanderesse sont arrêtés
à 4’000 fr., TVA comprise, sont appropriés, débours compris.
Partant, X_ est condamné à verser 4’000 fr. à Y _ et Z_,
à titre de dépens.
- 23 -