Decision ID: b5b9c1f7-ddb8-520c-87d8-7cc4741aa4e1
Year: 2019
Language: fr
Court: BE_VB
Chamber: BE_VB_001
Canton: BE
Region: Espace_Mittelland
Law Area: public_law
Law Sub-area: Oeffentliches Bau-, Raumplanungs- und Umweltrecht
Label: approval

Facts:
I. Faits
1. Le 27 février 2018, l'intimé a déposé une demande de permis de construire pour la
construction d'une habitation sur les garages existants (sis rue D._ no 22a), pour la
construction de deux couverts à voitures au nord du bâtiment d'habitation existant (sis rue
D._ no 22) et pour l'isolation périphérique de ce dernier. Les bâtiments existants et
les constructions projetées sont situés sur la parcelle no E._ du ban de Tramelan.
La partie de la parcelle no E._ qui supporte le bâtiment no 22 est sise en zone
d'habitation 3 (H3) et celle qui supporte les garages no 22a en zone d'habitation 2 (H2).
S'agissant du projet relatif au bâtiment no 22a, l'examen préalable avait révélé de
nombreux vices formels et matériels. L'intimé a présenté le projet une nouvelle fois le 24
mars 2018 (plans du 15 mars 2018, sauf coupes A-A et B-B initiales du 1er février 2018),
assorti d'un relevé de géomètre daté du 14 juillet 2017; l'intimé a complété ce relevé le 2
mai 2018 par l'indication, sur les coupes, d'une cote du sol fini du rez-de-chaussée.
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Le projet a été publié le 27 avril 2018. Plusieurs voisins, dont le recourant, ont formé oppo-
sition.
S'agissant du projet relatif au bâtiment no 22a, l'intimé a modifié les plans le 9 août 2018.
La modification portait sur l'indication de la hauteur en façade est, l'aménagement du ter-
rain, les surfaces vertes et l'infiltration.
2. Par décision du 29 novembre 2018, la commune a rejeté les oppositions dans la me-
sure où elles sont recevables, délivré le permis de construire et octroyé une dérogation en
matière de distance à la route s'agissant des couverts à voitures.
3. Par écriture du 31 décembre 2018, le recourant a interjeté recours auprès de la
Direction des travaux publics, des transports et de l'énergie (TTE). Il conclut à l'annulation
de la décision du 29 novembre 2018 et au rejet du permis de construire s'agissant de la
construction d'une habitation sur les garages existants no 22a et de la construction de cou-
verts à voitures au nord bâtiment d'habitation existant no 22, l'isolation périphérique de ce
dernier n'étant pas contestée. Pour ce qui est de la construction d'une habitation au-dessus
des garages existants, le recourant fait valoir la détermination erronée de l'indice de sur-
face verte et le non-respect de celui-ci, la détermination erronée de la limite de la chaussée
et, par conséquent, le non-respect de la distance à la route, le non-respect de la hauteur
maximale et le non-respect de la distance avec le bâtiment no 22. Le recourant invoque
encore des griefs relatifs à l'infiltration des eaux, à la police du feu, aux prescriptions en
matière d'esthétique et à la représentation sur les plans d'une partie de toiture ne pouvant
être construite en raison de la présence d'une construction sur un bien-fonds voisin.
S'agissant des couverts à voiture, le recourant fait valoir que la commune a accordé à tort
la dérogation pour non-respect de la distance à la route, faute de circonstances particu-
lières. Le recourant fait finalement valoir une violation de son droit d'être entendu au motif
que la commune n'a pas organisé de pourparlers de conciliation.
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4. Dans sa réponse du 15 janvier 2019, l'intimé conclut au rejet du recours. Il relève que
le recours ne comporte pas de motifs supplémentaires par rapport à l'opposition et se ré-
fère aux prises de position déjà transmises en première instance.
5. Dans sa prise de position du 7 février 2019, la commune conclut au rejet du recours.
Concernant l'indice de surface verte, elle fait valoir que l'intimé a complété son projet et
qu'elle a vérifié les nouveaux calculs. La commune confirme que l'emprise de la route de
desserte de détail D._ n'inclut pas les places de stationnement sises sur la par-
celle no E._ et que, par conséquent, l'habitation projetée respecte la distance à la
route. A propos de la distance entre l'habitation projetée et le bâtiment no 22, elle relève
que ces deux constructions se situent sur le même bien-fonds et que la distance minimale
de droit privé est respectée. S'agissant des couverts à voiture situés au nord du bâtiment
no 22, la commune estime que, dans le souci de l'égalité de traitement au regard de sa
pratique, l'octroi de la dérogation pour distance insuffisante à la route communale est
justifiée dès lors que la sécurité des usagers n'est pas remise en cause de manière
significative. Pour ce qui est de la tenue de pourparlers de conciliation, la commune
rappelle que l'intimé y a renoncé et que dès lors, aucune conciliation n'est objectivement
possible. Quant au reste des griefs, elle renvoie aux considérants de sa décision.
6. A la demande de l'intimé, l'Office juridique, qui conduit les procédures pour le compte
de la TTE1, a levé formellement l'effet suspensif du recours s'agissant de l'isolation
périphérique du bâtiment no 22 par décision incidente du 7 mars 2019.
7. Par ordonnance du 11 avril 2019, l'Office juridique a transmis à l'intimé et à la com-
mune la pièce justificative no 9 du recours, à savoir une photographie de l'angle sud-est de
l'actuelle construction no 22a. Il a de plus informé les participants à la procédure que, en
lien avec les couverts projetés devant le bâtiment no 22, il a l'intention d'aborder d'office la
question du nombre de places de stationnement. Il n'y a pas eu de prises de position à cet
égard (cf. ordonnance du 13 mai 2019).
1 art. 7 de l'ordonnance du 18 octobre 1995 sur l'organisation et les tâches de la Direction des travaux publics, des transports et de l'énergie, OO TTE, RSB 152.221.191
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Considerations:
II. Considérants
1. Recevabilité
En vertu de l’art. 40 al. 1 LC2, les décisions relatives à l’octroi d’un permis de construire
peuvent faire l’objet d’un recours auprès de la TTE. Le recourant est propriétaire de la
parcelle no 3160, adjacente à celle sur laquelle est sis le projet. Par conséquent, il est
particulièrement atteint par la décision attaquée, et il a un intérêt personnel et digne de
protection à la modification ou à l'annulation de celle-ci. Il a donc qualité pour recourir
(art. 40 al. 2 LC en relation avec art. 35 al. 2 let. a LC). Au surplus, le recours a été déposé
en temps utile et selon les formes légales. Il est par conséquent recevable quant à la
forme.
2. Hauteur
a) L'intimé et la commune estiment que le projet respecte les prescriptions en matière
de hauteur, ce que conteste le recourant.
L'habitation projetée est sise en zone H2. Selon l'art. 212 al. 1 RCC3, la hauteur de la fa-
çade à la gouttière (HFG) dans cette zone ne doit pas dépasser 7 m pour les "toitures clas-
siques ou les toits plats". Selon l'art. A132 al. 2 ch. 1 RCC (annexe A1 au RCC), la hauteur
de façade (HF) est définie par l'ONMC4. Les indications relatives à cette prescription ren-
voient à l'art. 15 ONMC ainsi qu'à l'annexe A2 au RCC, ch. 5.2.
Aux termes de l'art. 15 ONMC, "la hauteur de façade correspond à la plus grande hauteur
entre l'intersection du plan de la façade et le plan supérieur de la charpente du toit mesu-
rée à l'aplomb du pied de façade correspondant". Cette formulation, provenant de l'AIHC5,
2 loi du 9 juin 1985 sur les constructions, LC, RSB 721.0 3 règlement communal de construction du 14 juin 2015 4 ordonnance du 25 mai 2011 sur les notions et les méthodes de mesure dans le domaine de la construction, RSB 721.3 5 Accord intercantonal du 22 septembre 2005 harmonisant la terminologie dans le domaine des constructions, AIHC, RSB 721.2-1
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est difficile à saisir du point de vue de la traduction française. On comprend que la hauteur
de façade correspond à la plus grande hauteur, mesurée à la verticale, entre l'intersection
du plan de la façade et du plan supérieur de la charpente du toit d'une part, et le pied de
façade correspondant d'autre part. Quant au pied de façade, il correspond à l'intersection
entre le plan de la façade et le terrain de référence (art. 8 ONMC).
L'annexe A2 au RCC est constituée du Commentaire du 3 septembre 2013 relatif à
l'AIHC6. Le canton de Berne a adhéré à cet accord et, aux fins de sa concrétisation, a
adopté l'ONMC. A teneur du chiffre 5.2 al. 3 du commentaire figurant à l'annexe A2, le pied
de façade équivaut au terrain de référence (cf. art. 8 ONMC). En vertu du chiffre 5.2 al. 1
du commentaire, la hauteur de façade a pour objectif de limiter dans la troisième dimension
la partie visible de la façade. Déjà dans le régime précédent, le but des limitations de hau-
teur était notamment, du point de vue de la protection des sites, d'obtenir qu'une construc-
tion ne soit apparente (à partir du terrain aménagé) que dans une mesure limitée.7 Finale-
ment, le chiffre 5.2 al. 6 du commentaire précise que les cantons peuvent définir "des
hauteurs de façades différentes pour les différentes faces du bâtiment: façades amont,
aval, pignon, gouttereau". A cet égard, le commentaire renvoie aux figures qui sont re-
prises dans l'ONMC sous chiffre 4.2 ainsi que dans le RCC en illustration de l'art. A132
al. 2 RCC. S'agissant d'une construction présentant un toit à deux pans (dit aussi toit à pi-
gnon), la terminologie diverge quelque peu, puisqu'il y est question non pas de la hauteur
de la "façade pignon" et de la "façade gouttereau" mais respectivement de "hauteur de
façade (hf) au faîte" et de "hauteur de façade (hf) à la gouttière". Toutefois, les notions sont
les mêmes. Il est en tout cas évident sur ces figures (et aussi en accord avec le texte de
l'art. 15 ONMC) que la hauteur déterminante est toujours la hauteur la plus importante.
Concrètement, pour ce qui est de la façade pignon, la hauteur est mesurée entre le pied de
façade, respectivement le terrain de référence, d'une part et le faîte (plus exactement: la
partie supérieure de la charpente dans le plan de la façade pignon) d'autre part (cf. figures
4.2.a et 4.2.b de l'annexe 1 à l'ONMC; idem sous art. A132 al. 2 RCC, p. 12). En ce qui
concerne la façade gouttereau (à savoir la façade située du côté de la gouttière), la hauteur
est mesurée entre le pied de façade/terrain de référence d'une part et la partie supérieure
de la charpente dans le plan de la façade gouttereau d'autre part; si le terrain est en pente
6 aussi disponible sous https://www.dtap.ch/fr/dtap/concordats/aihc/ 7 règlement-type de construction du canton de Berne (RTC) 1988, p. 118 ainsi que version allemande: Musterbaureglement (MBR) 1988, p. 110
https://www.dtap.ch/fr/dtap/concordats/aihc/
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et que la ligne de faîte est parallèle à la pente, la plus grande hauteur se trouve à l'aval (cf.
figures 4.2.a de l'annexe 1 à l'ONMC; idem sous art. A132 al. 2 RCC, p. 12).
b) Selon l'art. A132 al. 2 ch. 2 RCC, la commune a adopté une autre méthode que celle
décrite ci-dessus. En effet, cette disposition a la teneur suivante: "La HF (hauteur de fa-
çade) d'un bâtiment à «toiture classique» se mesure au milieu de chaque façade «à la
Gouttière» (HFG)." Cette méthode correspond davantage à celle qui était prescrite selon
l'ancien RC8 qu'à celle de l'actuelle ONMC. Cette dernière intègre en effet un changement
de paradigme: comme vu ci-dessus, c'est la hauteur la plus élevée qui est déterminante et
non plus forcément le milieu de façade. Selon l'art. 28 al. 1 aRC et le chiffre 5 de l'annexe I
aRC, la hauteur du bâtiment se mesurait au milieu de chaque façade, mais sans tenir
compte du pignon dans le cas de toitures à deux pans; la méthode consistait, en ce qui
concerne la façade pignon, à tirer une ligne d'un côté à l'autre du chevron et à mesurer la
hauteur entre le milieu de cette ligne et le sol naturel. La seule différence désormais est
que, sur la base de l'art. A132 al. 2 ch. 2 RCC, le point de départ de la ligne n'est plus à
l'intersection du chevron et du plan de la façade latérale, mais à l'extrémité du chevron, soit
au bord de l'avant-toit là où se trouve la gouttière. C'est en tout cas cette méthode qu'a
appliquée en l'occurrence l'autorité d'octroi du permis pour considérer que la hauteur de
7 m est respectée (cf. consid. 3.2.4 de la décision attaquée, y compris schéma).
Il faut relever à cet égard que la formulation de l'art. A132 al. 2 ch. 2 RCC et les illustrations
qui y correspondent, celles-ci étant reprises de l'ONMC, sont en contradiction l'une avec
les autres. L'art. A132 al. 2 ch. 1 RCC renvoie certes expressément à l'ONMC, toutefois le
ch. 2 de cette même disposition s'en écarte. Ainsi malgré les apparences, le RCC sur ce
point en tout cas n'est pas encore adapté à l'ONMC au sens de l'art. 34 al. 1 ONMC. Dans
son jugement du 8 janvier 2015, le Tribunal administratif du canton de Berne (TA) avait
relevé que les communes ne doivent pas profiter du délai d'adaptation (initialement fixé au
31 décembre 2020 par l'art. 34 al. 1 ONMC, prolongé au 31 décembre 2023 par modifica-
tion du 8 mai 2019) pour édicter de nouvelles dispositions contraires à l'ONMC qui de-
vraient à nouveau être adaptées (...).9 L'OACOT10 avait relayé ce jugement dans son infor-
mation ISCB11 du 6 novembre 2015 et fait savoir qu'il n'approuvera plus de méthodes de
8 règlement de construction de la commune municipale de Tramelan du 23 novembre 1997 9 JAB Jurisprudence administrative bernois 2015 p. 169 consid. 3.3 10 Office des affaires communales et de l'organisation du territoire 11 Information systématique des communes bernoises
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mesure contraires aux dispositions de l'ONMC. Or l'OACOT a approuvé le RCC en date du
17 février 2017. Cela est peut-être dû au fait que l'examen préalable de l'OCAOT au sens
de l'art. 59 LC avait déjà eu lieu lorsque le TA a rendu son jugement ou encore au fait que
le corps électoral s'était déjà prononcé favorablement au moment de la diffusion de l'infor-
mation ISCB. Quoi qu'il en soit, la commune sera amenée, d'ici fin 2023, à adapter à
l'ONMC l'art. A132 al. 2 RCC, en particulier le ch. 2. Les communes sont libres, dans le
cadre de leur autonomie, de décider des hauteurs chiffrées de façon généreuse si elles le
souhaitent, par contre les méthodes de mesurage harmonisées de l'ONMC doivent ou de-
vront être strictement suivies.
c) Concernant la question du terrain de référence (ou sol naturel selon l'ancien droit),
déterminante dans le mesurage de la hauteur des constructions, on relèvera que le droit
cantonal fixe déjà des règles uniformes et contraignantes, pour éviter que les prescriptions
en matière de hauteurs de constructions puissent être contournées au moyen de modifica-
tions de terrains.12 Ces règles figurent soit à l'art. 1 ONMC, soit à l'ancien art. 97 OC13, ce
dernier demeurant applicable dans les communes qui n'ont pas encore intégré l'art. 1
ONMC dans leur réglementation (cf. art. 34 al. 2 ONMC). Malgré une terminologie diffé-
rente, l'art. 1 ONMC correspond largement à l'art. 97 aOC. En l'espèce, l'art. A111 RCC
renvoie à juste titre expressément à l'art. 1 ONMC. Selon l'al. 1 de cette disposition, le ter-
rain de référence équivaut au terrain naturel; s'il ne peut être déterminé en raison d'exca-
vations et de remblais antérieurs, la référence est le terrain naturel environnant. Selon le
chiffre 1.1 du Commentaire relatif à l'AIHC (figurant à l'annexe A2 du RCC), la notion de
terrain de référence est similaire à celle de sol naturel ou de terrain naturel. Le but de l'en-
semble de cette réglementation est d'empêcher quiconque de se procurer des avantages
en modifiant artificiellement le terrain sur lequel il entend construire.14 Il en va ainsi en
particulier du 3e alinéa, selon lequel "si le terrain est creusé en vue d'un projet de construc-
tion, il sert de terrain de référence".
Autrement dit, au vu de l'art. 1 ONMC, le mesurage s'effectue en règle générale à partir du
terrain le plus bas. Soit le terrain aménagé autour de la construction sera surélevé par rap-
port au terrain tel qu'il existe avant la réalisation de celle-ci, et la hauteur se mesure alors
12 Aldo Zaugg / Peter Ludwig, Kommentar zum Baugesetz des Kantons Bern, 4e éd., vol. I, Berne 2013, art. 13 n. 6 13 ordonnance du 6 mars 1985 sur les constructions, OC, RSB 721.1 14 ch. 1.1 du commentaire à l'AIHC figurant à l'annexe A2 du RCC
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par rapport à ce terrain existant avant réalisation. Soit le projet nécessite une excavation
(définitive) laissant apparaître des parties construites ("le terrain est creusé"), le nouveau
niveau étant de ce fait situé plus bas que le terrain tel qu'il existe avant la réalisation de la
construction. Dans cette hypothèse, c'est le nouveau niveau plus bas qui fait référence
pour le calcul de la hauteur.
d) En l'espèce, l'application de l'une ou l'autre méthode de mesurage (cf. consid. 2b ci-
dessus) n'importe pas car en l'état, il est impossible de déterminer si le projet respecte les
prescriptions de hauteur.
L'autorité d'octroi du permis de construire a fait établir par le géomètre conservateur deux
profils de terrain naturel "d" et "e" le long des façades est et ouest, respectivement, de la
construction actuelle, aux fins de déterminer le terrain naturel au sens de l'art. 1 al. 1
ONMC. Ces profils ont été réalisés sur la base du levé original du plan d'ensemble de dé-
cembre 1936. L'intimé a reproduit la ligne correspondant au profil "d" sur le plan de la fa-
çade est en la désignant "relevé terrain géomètre". C'est le long de cette façade que le
terrain de référence est le plus bas. Sur le plan de la façade est, la ligne "relevé terrain
géomètre" est parallèle à la ligne représentant le terrain actuel, cette dernière étant situé
plus bas que la ligne du relevé du géomètre à raison d'1 m environ. Le terrain a donc été
creusé par rapport au terrain naturel. Toujours d'après ce même plan, l'intimé prévoit
d'aménager le terrain au pied de la façade est en accentuant la pente existante par l'exé-
cution d'un remblayage dans la partie supérieure de celle-ci. Sans ce remblayage, la hau-
teur de façade mesurée entre le terrain tel qu'il a été creusé et le milieu de la ligne tirée de
gouttière à gouttière (méthode de l'art. A132 al. 2 ch. 2 RCC, cf. consid. 2b ci-dessus) est
dépassée, car elle atteint 7,50 m. Grâce au remblayage tel que représenté (qui resterait
néanmoins à un niveau inférieur à la ligne "relevé terrain géomètre"), cette hauteur de fa-
çade mesurerait 7 m, donc respecterait l'art. 212 al. 1 RCC.
Toutefois, les plans sont gravement fallacieux, ils ne correspondent pas à la réalité. La
situation réelle actuelle figure clairement sur une photographie (pièce justificative no 9 du
recours) qui montre l'angle sud-est de la construction existante, à savoir la façade est ainsi
qu'une grande partie de la façade sud. Les garages construits en brique sont posés sur un
soubassement en béton, dont la hauteur minimale en façade est équivaut à la hauteur des
garages. Le terrain est en pente du nord au sud et d'ouest en est, de sorte que la hauteur
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maximale de la construction est située en son angle sud-est; à cet endroit, le soubasse-
ment équivaut à environ une fois et demie la hauteur des garages.
Or les plans de la présente demande (en particulier façades est et sud) ne reproduisent
pas la construction existante dans toute sa hauteur. Soubassement et garages ne sont pas
restitués de façon distincte notamment par leurs matérialités différentes (brique/béton),
mais sont réduits en un seul corps construit non dissocié, surplombé par l'habitation direc-
tement. Au contraire, sur la coupe B-B, seule la partie garage est reproduite, posée direc-
tement sur le terrain, sans soubassement. Autrement dit, les plans font abstraction soit de
la partie garages, soit de la partie soubassement. En particulier, les plans des façades
donnent l'impression que l'habitation doit être construite à la place des garages, car le
corps déjà construit ressemble au soubassement tel qu'observable sur la photographie no 9
susmentionnée. Cependant, l'énoncé de la demande de permis décrit le projet comme
"nouvelle habitation sur garages". Les gabarits visibles sur la photo confirment que l'habi-
tation doit être construite au-dessus des garages.
Il faut aussi constater, à la lecture des plans des façades est et sud, que la ligne du terrain
actuel telle qu'elle y est reproduite ne peut pas être correcte. Selon le permis octroyé le
25 novembre 2003 pour la construction des huit garages, ceux-ci mesurent sans le sou-
bassement entre 2,80 m (fond) et 3 m (entrée) de haut – le toit étant légèrement en pente –
et 6 m de long.15 Ces dimensions correspondent d'ailleurs à des garages ordinaires. Sur le
plan de la façade est de la présente demande, le milieu de façade tel qu'appliqué par la
commune pour le présent projet se situe à une distance de 6 m mesurée depuis la façade
sud du corps construit. Par conséquent, cette ligne de milieu de façade, déterminante pour
la hauteur de la construction projetée, coïncide avec l'angle nord-est des garages, du côté
de leur entrée, là où leur hauteur est de 3 m. Sur la photographie no 9, on voit qu'à cet en-
droit, la hauteur du soubassement est analogue à celle des garages. Aussi faut-il considé-
rer qu'à cet endroit, la hauteur actuelle de la construction se monte à quelque 6 m. Or
d'après le plan de la façade est, la ligne du terrain actuel se situerait à cet endroit seule-
ment 4 m plus bas que le toit des garages. Cela signifie que si l'intimé veut "re-remblayer"
jusqu'à 50 cm en-dessous de la ligne "relevé terrain géomètre" déterminée comme terrain
naturel, de sorte à ce que la hauteur de 7 m pour l'habitation soit respectée, il devra procé-
der à un remblayage non pas seulement de 50 cm (ainsi qu'il projette de le faire d'après ce
15 dossier no 2003/26, p. 61
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plan), mais plutôt de l'ordre de 2,50 m. Il s'agirait donc d'un remblayage considérable, qui
n'est visible sur aucun plan. Au demeurant, on ignore pourquoi le terrain a été à tel point
creusé lors de la construction des garages, alors même que selon le permis y relatif, il n'y
avait pas aux abords de la construction (mis à part les modifications dans la partie supé-
rieure du terrain aux fins de l'accès aux garages depuis la route) de modification de terrain
prévue: la ligne du terrain naturel était maintenue.16
Ainsi, les plans minimisent la hauteur réelle de la construction ou la hauteur réelle du rem-
blayage à effectuer, alors que, d'après le plan de la façade est en particulier, la "hauteur de
la façade à la gouttière" telle que prescrite par le RCC serait tout juste respectée moyen-
nant un remblayage minime de 50 cm en milieu de façade.
Sur la base de la méthode prescrite par l'art. 15 ONMC, les conclusions formulées ci-
dessus sont encore plus marquées. Compte tenu de la configuration du terrain (en pente
du nord au sud et d'ouest en est), la plus grande hauteur de la façade aval (en l'occurrence
une façade gouttereau) comme de la façade latérale (ici façade pignon) est dans les deux
cas située à l'angle sud-est de la construction. Comme vu ci-dessus, d'après le permis
octroyé en 2003 pour la construction des huit garages, leur hauteur en leur fond mesure
2,80 m sans le soubassement. Au vu de la photographie no 9, le soubassement à l'angle
sud-est équivaut à plus d'une fois et demie la hauteur des garages (2,80 m x 2,5 au mini-
mum). Par conséquent, la construction actuelle épuise probablement déjà la hauteur ré-
glementaire de 7 m, voire la dépasse. Le remblayage nécessaire aux fins de respecter la
hauteur réglementaire pour la construction de l'habitation en serait d'autant plus considé-
rable.
Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que sur la base des plans à ce stade, il est im-
possible d'autoriser la construction de l'habitation. Il y a lieu de renvoyer l'affaire à l'autorité
de première instance aux fins de la reprise de la procédure (art. 72 LPJA). L'autorité de
première instance devra faire produire à l'intimé de nouveaux plans comportant toutes les
indications nécessaires, énumérées à l'art. 13 et 14 DPC. En particulier, la cote du sol fini
du rez-de-chaussée doit être indiquée non seulement sur les coupes mais également sur le
plan de toutes les façades. De plus, le point fixe en dessus duquel se trouve la cote du sol
fini doit être indiqué sur le plan de situation. Ces indications font défaut en l'espèce. De
16 dossier no 2003/26, p. 61 et 62
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plus, il est bien évident que les plans doivent correspondre à la réalité. Ils devront repro-
duire la construction telle qu'elle existe actuellement, dans toute sa hauteur hors de terre,
en distinguant le soubassement en béton et les garages en brique. Autrement dit, la ligne
du terrain actuel ne devra pas être mensongère. Le cas échéant, le "re-remblayage" à
effectuer devra être clairement visible sur les plans. Les plans devront être assortis de
suffisamment d'indications d'altitude, de sorte que la commune puisse vérifier que la ligne
correspondant relevé du géomètre ait été reportée correctement sur les plans.
La qualité médiocre des plans produits en l'espèce est difficilement compréhensible. Les
plans doivent représenter les éléments déterminants de façon rigoureuse et non pas aléa-
toire. Or même sans l'appui d'une photographie, on constate par exemple sur les plans des
façades sud et ouest que la ligne du terrain aménagé ne correspond pas au pied de fa-
çade, un espace blanc indéfini figurant entre les deux. De plus, il existe une contradiction
flagrante entre le plan de la façade est et le plan de la façade sud s'agissant du terrain
aménagé notamment. Sur le plan sud, à l'angle sud-est de la construction, le terrain amé-
nagé est situé environ 50 cm plus bas que sur le plan est au même endroit alors que les
deux lignes doivent se rencontrer à l'angle de la construction. Finalement, sur divers plans,
plusieurs cotes indiquées ne correspondent pas exactement aux valeurs mesurées. L'auto-
rité d'octroi du permis a en l'espèce fait corriger de nombreux vices conformément à l'art.
18 al. 2 DPC17. Lorsqu'une demande présentée pour la seconde fois est entachée de vices
formels, l'autorité d'octroi du permis ne doit pas entrer en matière (art. 18 al. 4 DPC).
Etant donné que le projet d'habitation sur garages n'obtient pas le permis de construire et
que l'affaire doit être renvoyée à l'autorité de première instance, le recours sur ce point est
donc bien fondé.
3. Autres manquements
Les vices formels des plans sont tels qu'il est soit impossible, soit inutile à ce stade de
s'exprimer sur les autres griefs du recours. D'ailleurs, des vices formels entachent égale-
ment le plan de calcul de l'indice de surface verte, qui n'est pas à l'échelle et ne correspond
à aucune échelle standard pour que l'on puisse facilement extrapoler et vérifier les calculs.
17 décret du 22 mars 1994 concernant la procédure d'octroi du permis de construire, DPC, RSB 725.1
OJ no 110/2019/5 12 / 26
A cela s'ajoute que le plan des façades sud et ouest timbré n'est pas le dernier produit par
l'intimé le 9 août 2018, mais celui du 15 mars 2018. Ce dernier présente en façade sud une
plateforme correspondant initialement à un dallage, qui a été supprimé aux fins du respect
de l'indice de surface verte. De la sorte, il y a une contradiction entre le plan des aména-
gements extérieurs et le plan de la façade sud. De plus, en cours de première instance,
l'intimé a modifié son projet dans le sens où une surface verte supplémentaire de 39 m2 est
prévue au nord de l'habitation projetée, sur une surface asphaltée servant actuellement
d'aire de stationnement, et ce également aux fins du respect de l'indice en question. Il n'est
toutefois pas clair si cette surface verte supplémentaire peut être maintenue perméable
dans le sens où elle présente une couche de terre suffisamment épaisse pour être plantée
sans menacer en permanence de se dessécher (art. 31 ONMC, art. A163 RCC, ch. 8.5 du
commentaire à l'AIHC figurant à l'annexe A2 du RCC).
Finalement, les griefs du recourant relatifs au système d'infiltration ne peuvent être vala-
blement tranchés tant que les caractéristiques du remblayage à réaliser aux fins du respect
des prescriptions de hauteur ne sont pas connues. De même, en l'absence de plan
reproduisant ce remblayage, il est prématuré d'examiner les griefs en matière d'esthétique,
étant précisé que l'art. 411 al. 1 RCC exige un ensemble de qualité.
4. Abris pour voitures
a) L'intimé projette de construire deux abris pour voitures à raison de trois voitures cha-
cun. Ils sont adossés à la façade nord du bâtiment existant sis rue D._ no 22, de
part et d'autre de l'entrée de celui-ci. Ils sont constitués d'une toiture reposant sur piliers.
L'abri situé à l'ouest se trouve en outre prolongé à titre de marquise au-dessus des boîtes
à lettres. Les places de stationnement existent déjà, elles ont été autorisées par permis du
30 août 2002 pour la transformation de l'ancienne usine D._ no 22 en immeuble
d'habitation.
La commune a octroyé une dérogation pour non-respect de la distance à la route commu-
nale. Pour ce faire, elle s'est fondée sur sa "pratique usuelle en pareil cas".
Le recourant conteste l'octroi de la dérogation. Il fait valoir l'insuffisance de la visibilité et
l'absence de circonstances particulières. Il critique l'application de la "pratique usuelle en
OJ no 110/2019/5 13 / 26
pareil cas". A cet égard, il signale le cas de la parcelle no F._ sise à proximité,
juste au-dessous de l'école de H._, en bordure du croisement entre la rue
G._ et la rue de H._. Il expose ce qui suit. Sur d'anciens garages, dont
l'accès se faisant par le sud (rue de H._) respecte la distance à la chaussée, le
propriétaire de la parcelle no F._ a pu construire une lignée de nouveaux garages
dont l'accès se fait par la rue G._. Outre que leur volume restreint la visibilité sur le
croisement de la rue de H._, ces nouveaux garages sont posés pratiquement au
bord de la chaussée (rue G._). Etant donné qu'un membre du législatif communal
rapporte que le croisement susmentionné serait dangereux de l'avis des parents et de la
police, le recourant estime qu'il convient de déterminer si cette construction en dérogation
aux distances prescrites est une illustration de la "pratique usuelle en pareil cas".
b) La parcelle no E._ compte en tout vingt places de stationnement. Douze
places étaient objet du permis de construire octroyé en 2002 pour la transformation de
l'ancienne usine en habitation. Six d'entre elles sont situées à l'extérieur
perpendiculairement à la façade nord du bâtiment sis rue D._ no 22, ce sont celles
qui sont destinées à être recouvertes par les abris projetés. Les huit dernières places sont
constituées par les garages, à savoir le bâtiment no 22a, elles ont été autorisées par permis
de construire du 25 novembre 2003. Le bâtiment d'habitation no 22 compte sept logements.
De plus, sur la parcelle no F._ située au croisement entre la rue G._
(parallèle à la rue D._) et la rue de H._, et dont l'intimé est également
propriétaire, il existe une douzaine de garages, soit une lignée de six (débouchant du côté
sud, sur la rue de H._), sur laquelle a été rajouté, selon permis de construire du 10
novembre 2017, un niveau supérieur (débouchant du côté nord, sur la rue du même nom)
qui, d'après les plans, devait compter cinq garages et un local de stock; pourtant la
photographie produite par le recourant montre que la construction exécutée compte
sept portes et non six.18
Les places de stationnement doivent être aménagées sur le bien-fonds ou à proximité
(art. 16 al. 1 LC). S'agissant des véhicules à moteur, le nombre de places de stationnement
est limité par une fourchette à l'intérieur de laquelle il est déterminé par la partie requérante
(art. 17 al. 1 LC, art. 50 ss OC). Des circonstances particulières permettent de déroger vers
18 pièce justificative no 8
OJ no 110/2019/5 14 / 26
le haut ou vers le bas à l'application de la fourchette, mais pour qu'une telle circonstance
soit réalisée, il faut que des données spécifiques d'un projet, telles que par exemple les
possibilités de desserte par les transports publics, soient nettement supérieures ou infé-
rieures à la moyenne (art. 54 OC). Sauf planification particulière pour des parkings publics,
les places de stationnement doivent toujours être l'accessoire d'une construction ou d'une
installation précise. Il faut établir, au cours de la procédure de permis de construire, que le
nombre maximal est respecté.19 L'autorité d'octroi du permis le vérifie dans chaque cas
particulier et le fait figurer dans l'autorisation20. Les places de stationnement aménagées
sur du terrain ne faisant pas partie de l'immeuble doivent être garanties au moyen d'une
opération au registre foncier; les communes peuvent réglementer la garantie différemment
(art. 49 al. 3 OC).
Le bâtiment no 22 compte sept logements, il y a donc un droit à au maximum quatorze
places (art. 51 al. 2 OC). Il en allait déjà de même à l'époque. Lors du dépôt de la demande
de permis, le 20 mai 2003, pour la construction des huit garages sis rue D._
no 22a, l'autorité d'octroi du permis avait commencé à examiner la question du nombre de
places de stationnement au sens de ce qui précède. Elle avait notamment retenu que le
permis du 30 août 2002 pour la transformation de l'ancienne usine D._ no 22 en
habitation prévoyait douze places et que le nombre maximal pour cet immeuble se montait
à quatorze.21 Autrement dit, la construction des huit garages avait pour effet de dépasser la
fourchette vers le haut à raison de six places. La commune avait pris la précaution d'inter-
roger l'OACOT à ce sujet en ces termes: "S'agissant d'une zone mixte (habitation et artisa-
nat) et en considérant l'activité professionnelle du requérant (entrepreneur), est-il possible
d'autoriser un nombre de places de parc supplémentaire comme le demande le projet?".
Selon le procès-verbal de la rencontre y relative, le résultat était qu'il est possible de justi-
fier de places de parc supplémentaires pour l'entreprise C._ pour autant que celle-
ci soit dans un rayon de environ 300 m et qu'il soit prouvé que les biens-fonds en question
sont déficitaires. Toutefois le permis de construire du 25 novembre 2003 autorisant la
construction des garages est muet sur ces points. Ainsi, la parcelle no E._ sur
laquelle sont sis les bâtiments nos 22 et 22a accueille un nombre de places de
stationnement dépassant la fourchette admissible. A supposer que les six places
concernées fassent partie d'un autre immeuble au sens de l'art. 49 al. 3 OC, aucune
19 Zaugg / Ludwig, art. 16-18 n. 11a 20 Zaugg / Ludwig, art. 16-18 n. 8 21 dossier no 2003/26, p. 21
OJ no 110/2019/5 15 / 26
opération au registre foncier ne les garantit et ni l'art. 418 al. 2 RCC ni l'art. 10 aRC ne
réglementent la garantie différemment. Par conséquent, à ce stade, il faut considérer que
la parcelle no E._ compte un excédent de six places de stationnement.
Les garages sis sur la parcelle no F._ ne sont pas non plus rattachés à une ou des
constructions précises.
Selon la garantie des droits acquis (art. 3 LC), les bâtiments autorisés sous l'empire de
l'ancienne loi, de même que ceux n'ayant nécessité aucune autorisation, ne sont pas af-
fectés par de nouveaux plans et prescriptions. Cette réglementation est appliquée par
analogie si le droit n'a pas changé mais que les constructions ou installations ont été auto-
risées en violation du droit matériel.22 En l'espèce, les vingt places de stationnement sises
sur la parcelle no E._, y compris les six places surnuméraires résultant du permis
de 2003 pour huit garages, ont été autorisées sur la base d'une procédure formelle et la
décision est entrée en force. Elles bénéficient donc de la garantie des droits acquis au
sens de ce qui précède, laquelle vaut en tous les cas pour les six places de stationnement
sises à l'extérieur, qui étaient comprises dans la fourchette à l'origine. Cette garantie vaut
également pour la douzaine de garages sis sur la parcelle no F._, mais dans la
mesure seulement où ils ont été construits conformément aux plans autorisés (cf. consid.
6b ci-dessus). En droit bernois, il n'existe pas de base légale pour réduire les places de
stationnement en surnombre, du moment qu'elles ont été autorisées au terme d'une
procédure formelle par une décision entrée en force.23 Il faut toutefois réserver le cas
échéant la garantie des droits acquis limitée selon l'art. 84 al. 2 LR, qui permet à la
collectivité publique compétente, si la sécurité du trafic le requiert, d'exiger que les
constructions, installations ou plantes ainsi que d'autres dispositifs contrevenant aux
distances de construction, profils d'espace libre, zones de visibilité ou à l'interdiction
d'entraves soient éliminés ou adaptés dans un délai raisonnable.
Il n'est donc pas possible d'interdire la construction des abris sur la base de la législation
en matière de stationnement et ce même si le nombre de places de stationnement est dé-
passé. La construction des abris n'aggrave pas la non-conformité (art. 3 al. 2 LC) dès lors
que le nombre de places n'est pas modifié par la présente demande de permis.
22 Zaugg / Ludwig, art. 3 n. 2c 23 Zaugg / Ludwig, art. 16-18 n. 12a
OJ no 110/2019/5 16 / 26
c) Les bordiers doivent s'abstenir d'entraver les routes publiques par des constructions,
installations, plantes ou arbres, ou par toute autre mesure (art. 73 al. 1 LR24, 1ère phr.). Les
constructions et installations doivent respecter des distances appropriées par rapport aux
routes. Aux abords des routes communales, des routes privées affectées à l'usage com-
mun ainsi que des chemins pédestres et des pistes cyclables indépendants, cette distance
doit être de 3,60 m à compter du bord de la chaussée, à moins que la commune n'ait
adopté d'autres dispositions dans ses règlement ou plans (art. 80 al. 1 let. b LR, art.
59 OR25). L'art. 411 al. 10 RCC a la teneur suivante: "Le long des routes, les bâtiments
nouveaux doivent être implantés parallèlement ou perpendiculairement à la route, à l'ali-
gnement fixé par un plan entré en force; à défaut de ce dernier, dans l'alignement des fa-
çades sur route; si un tel alignement n'est pas reconnaissable, sur la ligne définie par la
distance à observer par rapport à la route." Aux termes de l'art. A122 al. 2 ch. 1 RCC, les
petites constructions et annexes (PCA) doivent respecter une distance aux routes commu-
nales de 2 m, pour autant que la hauteur totale ne dépasse pas 5 m maximum et que la
surface de plancher ne soit pas supérieure à 60 m2. Le RCC comporte une réglementation
spéciale s'agissant de l'accès devant les garages: ceux-ci doivent tenir une distance de
recul minimale de 5 m mesurée perpendiculairement au bord de la route ou du trottoir, dès
lors que la construction est perpendiculaire à la route (90°) ou implantée dans un axe
jusqu'à 75° (art. 418 al. 4 RCC), voire 60° (art. A154 al. 1 ch. 3 RCC), par rapport à la
route, ce "afin de permettre le stationnement d’un véhicule entre la route (ou le trottoir) et le
garage". Finalement, selon l'art. A154 al. 1 ch. 1 RCC, "pour les bâtiments et installations,
les dispositions de la législation cantonale sur les routes restent réservées concernant la
route cantonale et les routes communales."
Il résulte de ce qui précède que la réglementation communale favorise, pour ce qui est des
bâtiments principaux, l'alignement par rapport à la route (édicté par plan, sinon alignement
existant) plutôt que la distance chiffrée "standard" de 3,60 m, celle-ci s'appliquant à titre
subsidiaire seulement. S'agissant des petites constructions et annexes, la réglementation
communale fixe une distance privilégiée de 2 m à condition qu'elles ne dépassent pas
certaines dimensions. Font exception les garages dont l'axe de la sortie sur route présente
un certain angle par rapport à l'axe de la chaussée, devant lesquels une distance de recul
de 5 m est prescrite; le fait que le RCC énonce deux dimensions non concordantes (90°-
75° d'une part et 90°-60° d'autre part) est sans effet dans le cas présent, dès lors que les
24 loi du 4 juin 2008 sur les routes, LR, RSB 732.11 25 ordonnance du 29 octobre 2008 sur les routes, OR, RSB 732.111.1
OJ no 110/2019/5 17 / 26
dispositions concernées ne sont pas applicables (cf. consid. 4f ci-dessous). Pour le sur-
plus, la réglementation communale renvoie à la législation cantonale sur les routes.
d) Les distances aux routes servent à la fois à éviter une mise en danger du trafic à
partir des fonds voisins et à garantir un éventuel élargissement de la route.26 Elles s'appli-
quent en tant que bandes d'interdiction de construction; autrement dit, l'utilisation de la
bande interdite à la construction nécessite dans tous les cas l'octroi d'une dérogation.27 La
collectivité compétente, c'est-à-dire la commune s'agissant des routes communales, ac-
corde des dérogations aux distances légales de construction lorsque des circonstances
particulières, notamment la protection des sites, le justifient et lorsque de ce fait, il n'est
porté atteinte à aucun intérêt public, ni à des intérêts importants du voisinage (art. 81 al. 1
LR). L'art. 28 LC s'applique par analogie aux petites constructions (art. 81 al. 2 LR). Con-
formément à l'al. 1 de cette disposition, l'autorité octroie une dérogation à titre provisoire
pour les petites constructions et installations facilement amovibles, à condition que le ou la
maître de l'ouvrage justifie d'un intérêt suffisant et lorsqu'aucun intérêt public ou lié aux
rapports de voisinage ne s'y oppose. L'autorisation peut être révoquée en tout temps sans
dédommagement (art. 28 al. 2 LC). Des garages isolés répondent en principe à la défini-
tion de petite installation ou construction au sens qui précède.28 L'intérêt du ou de la maître
de l'ouvrage est considéré comme suffisant lorsque le respect de la prescription aboutirait
à un résultat excessivement sévère en considération de la modestie du projet.29 Pour les
constructions ordinaires par contre, l'exigence des circonstances particulières est nette-
ment plus sévère (cf. art. 26 LC). Celles-ci doivent être en rapport avec des particularités
du bien-fonds ou du projet de construction, et ce même s'il s'agit de circonstances subjec-
tives, admises très restrictivement. L'intérêt du ou de la maître de l'ouvrage à une solution
idéale ne constitue pas une circonstance particulière au sens de la loi; il en va en principe
de même de motifs financiers.30
Le régime de la dérogation relève exclusivement du droit cantonal, il est prescrit aux
art. 26 ss LC de manière exhaustive31. Ces dispositions valent également s'il est question
26 rapport du 19 septembre 2007 présenté par le Conseil-exécutif au Grand Conseil concernant la loi sur les routes (ci-après: rapport), p. 25 27 rapport p. 25 28 Zaugg / Ludwig, art. 28 n. 2 29 Zaugg / Ludwig, art. 28 n. 3 30 Zaugg / Ludwig, art. 26 n. 4 s. 31 Zaugg / Ludwig, remarques préliminaires aux art. 26 à 31 n. 1
OJ no 110/2019/5 18 / 26
d'une dérogation à une disposition ou à un plan communaux32. Même si la commune a fixé
d'autres distances à la route dans son règlement, elle ne peut pas accorder librement des
dérogations à ses prescriptions, à savoir sans vérifier que les conditions d'octroi des déro-
gations, fixées par le droit cantonal, sont respectées. En particulier, outre la question des
intérêts publics et des intérêts du voisinage, la commune doit s'assurer de l'existence de
circonstances particulières s'agissant des constructions ordinaires et de celle de l'intérêt
suffisant du ou de la maître de l'ouvrage dans le cas des petites constructions facilement
amovibles. L'ancienne LCER33 permettait aux communes de simplement consentir à la
construction dans la zone d'interdiction ou d'approuver les demandes de dérogation. Ce
n'est plus le cas depuis l'entrée en vigueur de la LR le 1er janvier 2009. Désormais la col-
lectivité publique doit octroyer la dérogation au sens formel, c'est-à-dire après avoir con-
trôlé le respect des conditions y relatives.34
e) Pour les abris projetés, l'intimé a requis une dérogation à l'art. 80 LR et à l'art. A154
RCC pour distance insuffisante à la route. En substance, il a motivé sa demande par le fait
que la profondeur des abris (5 m) sis au-dessus des places de parc correspond à la lon-
gueur d'une voiture. La commune considère en substance que sur la base des art. 80 LR
et A154 RCC, la distance prescrite est de 3,60 m (ch. 3.5.2 de la décision attaquée). Au
cours de la procédure d'autorisation, les Services techniques ont proposé au Conseil muni-
cipal d'octroyer la dérogation correspondante, "à l'instar des autres dérogations similaires
validées, (...) la visibilité n'étant pas remise en cause: pas de parois, uniquement des po-
teaux porteurs". Le Conseil municipal a suivi la proposition des Services techniques.35
Dans la décision attaquée, la commune a déterminé sur extrait de cadastre et orthophoto
"l'emprise routière effective/voie de roulement" et, sur cette base, a considéré que "les
couverts empiètent d'environ 1,20 m sur la distance minimale à la route communale"
(ch. 3.5.3.2 de la décision attaquée). Les motifs ont la teneur suivante (ch. 3.5.4 de la déci-
sion attaquée): "Le Conseil municipal a décidé d'octroyer la dérogation sollicitée. Il a no-
tamment fondé sa décision sur le fait que la visibilité n'était pas remise en cause par le
projet de couverts et sur sa pratique usuelle en pareil cas. Au surplus, on constate que
l'emplacement actuel des deux couverts projetés sert déjà de places de parc pour les
32 Zaugg / Ludwig, art. 26-27 n. 1 33 loi sur la construction et l'entretien des routes du 2 février 1964 34 rapport p. 25 35 dossier no 2018/07, p. 77 à 79
OJ no 110/2019/5 19 / 26
véhicules de l'immeuble. Le fait de les couvrir ne prétérite pas plus la sécurité routière des
usagers de la rue."
Le recourant estime que c'est la distance de recul de 5 m au sens de l'art. 418 al. 4 RCC
qui est applicable. A ses yeux, les couverts sont projetés immédiatement au bord effectif
de la chaussée. Le recourant fait valoir que la dérogation a été octroyée à tort faute de
circonstances particulières. A son avis, la visibilité n'est aucunement assurée et le projet
accroîtrait le danger. L'octroi de la dérogation pérenniserait l'atteinte à la sécurité. Le re-
courant préconise le remplacement du stationnement perpendiculaire existant par un sta-
tionnement longitudinal. Il signale le cas de la parcelle no F._, où la commune a
accordé l'autorisation de construire une lignée de nouveaux garages implantés
pratiquement au bord de la chaussée (cf. consid. 4a ci-dessus).
f) Les motifs ayant conduit la commune à autoriser la construction des deux abris à
voiture ne sont pas explicites.
En l'espèce, l'abri ouest mesure 52 m2 (abri à voitures proprement dit: 42 m2; prolongement
au-dessus des boîtes à lettres: 10 m2) et l'abri est 40,6 m2. Accolés à la construction princi-
pale (bâtiment no 22), ils consistent en des annexes au sens de l'art. A122 al. 2 ch. 1 RCC.
Dans le cadre de l'autonomie communale, il est juridiquement défendable, comme le fait
l'autorité d'octroi du permis de construire, de considérer les abris comme deux construc-
tions distinctes36, car l'une et l'autre pourraient être autorisées séparément. Au demeurant,
cette position n'est pas remise en question par le recourant, qui emploie systématiquement
le pluriel. De plus, les abris respectent entre eux la distance réglementaire entre bâtiments
(art. A152 al. 1 à 3 RCC en relation avec art. A122 al. 2 RCC). Il s'agit donc de deux an-
nexes mesurant chacune moins de 60 m2 et dont la hauteur (env. 2,70 m) ne dépasse pas
5 m. Par conséquent, c'est la distance à la route de 2 m qui leur est applicable. Il est par
ailleurs juridiquement défendable d'admettre, à l'instar de la commune, que les abris pro-
jetés ne sont pas conçus comme des garages, puisqu'ils sont ouverts sur les côtés. La
distance de recul de 5 m devant les garages, prescrite également dans d'autres com-
munes, tient au fait que ceux-ci sont dotés à tout le moins de parois latérales. En bordure
de route, un abri ouvert, même comportant plusieurs places de stationnement, est moins
gênant pour la visibilité et la fluidité du trafic qu'un garage isolé de construction opaque. Il
36 dossier no 2018/07, p. 77 et 78
OJ no 110/2019/5 20 / 26
est donc admissible de ne pas appliquer la distance de recul aux abris projetés. En vertu
du principe de l'autonomie communale, la TTE n'est pas habilitée sur ces points à substi-
tuer son interprétation, éventuellement divergente, à celle de la commune.37
Sur le plan de situation, la distance entre les abris projetés et la limite abornée de la route
communale (parcelle no 1678) se monte à 1,54 m. Toutefois, selon le mesurage effectué
par la commune et reproduit dans la décision attaquée, les abris sont situés à une distance
de 2,40 m par rapport à la voie de roulement (ou chaussée38 ou encore voie de circula-
tion39). La chaussée n'est qu'une des parties intégrantes de la route (art. 1 OR en relation
avec art. 5 LR). Sur la base de l'art. A154 al. 1 ch. 1 RCC, qui renvoie à la législation can-
tonale dans la mesure de l'absence de réglementation dans les prescriptions communales,
il est correct en l'occurrence de mesurer la distance applicable à compter du bord de la
chaussée. En tous les cas, sur la base de la législation en matière de routes, la limite par-
cellaire de la route n'est pas (obligatoirement) décisive. La TTE n'a pas de raisons de
douter de la méthode de mesurage adoptée par la commune et qui aboutit à un résultat de
2,40 m. Il en résulte que les abris respectent la distance de 2 m prescrite à l'art. A122 al. 2
ch. 1 RCC. Il y a donc lieu de constater que la construction des abris en l'espèce ne né-
cessite pas de dérogation. A cet égard, la position du recourant selon laquelle l'implanta-
tion des abris se situe "immédiatement au bord effectif de la chaussée" ne se vérifie pas,
au vu de la documentation photographique qu'il a lui-même produite: les gabarits des abris
se situent largement en retrait du lampadaire, de sorte que les abris ne suffisent même pas
à couvrir les voitures stationnées sur toute leur longueur.40
Dans les cas où l'octroi d'une dérogation est nécessaire, c'est la nature de la construction
qui détermine la sévérité des conditions applicables pour l'octroi de la dérogation en ques-
tion, au surplus les mêmes règles (construction ordinaire = circonstances particulières;
petite construction amovible = intérêt suffisant du ou de la maître de l'ouvrage) s'appliquent
quels que soit la distance ou l'alignement considérés, en cas de non-respect de ceux-ci.
Dans le cas présent, la commune a appliqué à tort l'art. 80 LR et considéré comme déter-
minante une distance à la route de 3,60 m comme s'il s'était agi d'une construction ordi-
naire. Du moment que la commune considérait cette distance comme non respectée et
37 cf. p. ex. décision de la TTE OJ no 110/2015/162, consid. 3b 38 terminologie de l'art. 80 LR 39 terminologie du rapport, p. 11 40 pièce justificative no 7
OJ no 110/2019/5 21 / 26
nécessitant l'octroi d'une dérogation, il lui incombait aussi d'examiner l'existence de cir-
constances particulières au sens de l'art. 81 al. 1 LR (cf. aussi art. 26 LC). Le confort ap-
porté par les abris ne peut en règle générale pas constituer une circonstance particulière
au sens de ce qui précède (cf. consid. 4d ci-dessus). Toutefois, ces raisonnements non
conformes au droit n'ont pas de conséquence en l'espèce, étant donné que ce sont
d'autres dispositions qui fondent l'autorisation de construire les abris.
En définitive, au regard de l'ensemble des dispositions en matière de distances à la route,
la commune était habilitée à autoriser en l'espèce la construction des abris à voitures. La
substitution de motivation n'a pas pour effet que le recours serait admis. Sur ce point, celui-
ci est infondé.
g) Le recourant déplore l'utilisation de la "pratique usuelle en pareil cas". Au vu des dos-
siers produits par la commune concernant les années 2018 et 2017, il appert que la com-
mune ne procède pas conformément à l'art. 81 LR, mais se réclame d'une "pratique
usuelle en pareil cas" indépendamment voire à l'encontre des dispositions applicables. En
particulier, la commune n'a pas examiné l'existence de circonstances particulières lors de
l'octroi du permis, le 10 novembre 2017, pour la construction de la nouvelle lignée de ga-
rages située à 1,80 m de la rue G._, alors même qu'à raison d'une surface de plus
de 100 m2, cette construction correspond vraisemblablement à une construction ordinaire.
La dérogation par rapport à la distance de recul de 5 m était motivée par l'existence de
portes de garages automatiques. Or il semble douteux que cette caractéristique puisse
constituer une circonstance particulière. En effet, selon l'art. 418 al. 4 ch. 1 RCC, qui
expose les fondements de la distance de recul minimale de 5 m devant les garages telle
que prescrite aux art. 418 al. 4 ch. 2 RCC et A154 al. 1 ch. 3 RCC, "toutes surfaces au
droit de l'accès d'un garage (même si celui-ci n'a pas de porte) sont considérées comme
des places de stationnement et, de fait, elles ont une profondeur permettant de stationner
un véhicule sans empiéter sur la route ou le trottoir existant ou projeté". Par conséquent,
l'existence ou non de portes, automatiques ou non, n'a pas d'influence sur l'application de
ces dispositions. Il suffit qu'une construction, à savoir un garage, soit dotée de parois
latérales pour que la visibilité se trouve réduite lorsqu'un véhicule en sort (cf. aussi consid.
4f ci-dessus). Cependant, en l'espèce, ces considérations n'ont pas d'effet sur l'octroi du
permis pour les abris, dès lors que ceux-ci peuvent être autorisés indépendamment de
l'octroi d'une dérogation se fondant à tort sur la "pratique usuelle".
OJ no 110/2019/5 22 / 26
h) Le recourant est d'avis que la construction des abris projetés à proximité de la rue
D._ accroîtrait le danger, faute de visibilité suffisante, et pérenniserait l'atteinte à la
sécurité. Il fait valoir que cette rue sert d'accès à l'école H._ pour les enfants
venant du haut du village, qui suivent d'abord un chemin privé dont l'usage est cependant
libre. Il relève que ce trajet est plus court et plus sûr qu'un passage par la rue G._,
où le croisement avec la rue de H._ est jugé dangereux par les parents et la
police. La commune objecte que le cheminement par la rue D._ n'est pas officiel,
que cette rue est en cul-de-sac et ne fait pas la liaison avec l'ouest du quartier (notamment
la place de jeu I._), dès lors qu'il n'existe pas de servitude de passage public
grevant les parcelles sises à l'issue de la rue D._. Elle précise que le transit
piétonnier public se fait via la rue G._ pourvue d'un trottoir.
En l'espèce, la construction des abris ne péjore pas les conditions de visibilité par rapport à
la situation actuelle, étant donné qu'ils ne sont pas dotés de parois latérales. De l'avis du
recourant, le stationnement perpendiculaire tel qu'il existe actuellement pose problème,
dès lors que le champ de vision du conducteur ou de la conductrice qui recule pour sortir
de la place est masqué par les autres véhicules. Cette situation ne paraît pas devoir être
modifiée considérablement par la construction des abris. Cependant, si la commune devait
tout de même constater que la sécurité des usagers est menacée, elle est habilitée à pren-
dre des mesures malgré la confirmation de l'octroi du permis pour les abris et malgré
l'existence d'une décision entrée en force pour les places elles-mêmes. En effet, selon l'art.
84 al. 2 LR, "si la sécurité du trafic le requiert, la collectivité publique compétente peut (...)
exiger que les constructions, installations ou plantes ainsi que d’autres dispositifs contre-
venant aux distances de construction, profils d’espace libre, zones de visibilité ou à
l’interdiction d’entraves soient éliminés ou adaptés dans un délai raisonnable". Cette dispo-
sition consacre une limitation de la garantie des droits acquis pour raisons de sécurité et
permet à la collectivité publique de prendre toutes mesures nécessaires. Les mesures
peuvent le cas échéant consister en la modification de la configuration de parcage actuelle
en parcage longitudinal, impliquant peut-être la suppression de places (cf. consid. 4b ci-
dessus).
A relever que le cheminement officiel public auquel renvoie la commune est par certains
aspects problématique. Ce cheminement concerne notamment les enfants fréquentant
l'école enfantine et primaire de H._, en provenance et à destination de l'ouest et
du nord-ouest du village. Il passe par la rue G._ et nécessite le passage du
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croisement de cette rue avec la rue de H._. C'est justement à ce croisement que
se trouve la nouvelle lignée de cinq garages (autorisés) sur la parcelle no F._,
débouchant à 1,80 m de la rue G._. Or la doctrine et la pratique estiment que
l'aménagement de places de stationnement dans la bande de terrain interdite à la
construction n'est pas envisageable à proximité des croisements, dès lors que les
véhicules stationnés nuisent à la visibilité du trafic.41 Il en va à plus forte raison de
constructions en trois dimensions tels des garages, qui sont de nature à compromettre
encore davantage la sécurité. En l'occurrence, il n'apparaît pas que l'existence du trottoir le
long de la rue G._ y changerait quelque chose. Comme vu plus haut, sur la base
de l'art. 84 al. 2 LR, la commune peut prendre des mesures contre les constructions et
installations portant atteinte à la sécurité du trafic même si celles-ci ont fait l'objet d'un
permis de construire entré en force.
5. Violation du droit d'être entendu
Les pourparlers visés à l'art. 34 DPC ("Einigungsverhandlung") ont pour but de tenter la
conciliation entre participants. La formulation potestative ("peut organiser") montre qu'il n'y
a aucune obligation pour l'autorité d'organiser une séance de conciliation. En outre, de tels
pourparlers sont le cas échéant davantage destinés au ou à la maître de l'ouvrage, aux fins
d'exposer son point de vue, sous conduite de l'autorité, auprès des opposants et des per-
sonnes qui ont présenté des réserves de droit42. Les opposants, qui ont fait valoir leurs
arguments dans leur opposition, n'ont pas un droit à la tenue d'une séance de conciliation.
Dans le cas particulier, l'intimé a en première instance d'emblée exprimé y renoncer. Faute
de participation du ou de la maître de l'ouvrage, aucune conciliation n'était possible. La
commune n'a pas outrepassé son pouvoir d'appréciation en n'organisant pas de séance. Il
n'y a pas eu de violation du droit d'être entendu.
41 Zaugg / Ludwig, art. 16-18 n. 22 let. a; norme VSS 40 050 "Accès riverains - disposition et aménagement", ch. 5 42 décisions de la TTE OJ no 110/2015/128, consid. 1h, et OJ no 110/2015/87, consid. 2, publiées sous http://www.bve-entscheide.apps.be.ch/tribunapublikation/?locale=fr ; Zaugg / Ludwig, art. 35-35c n. 31
http://www.bve-entscheide.apps.be.ch/tribunapublikation/?locale=fr
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6. Police des constructions
a) Dans le cadre de l'échange entre participants à la procédure au sujet de l'indice de
surface verte, il s'est avéré qu'un abri avait été construit sans permis au sud du bâtiment
no 22. A juste titre, la commune a adressé en date du 16 août 2011 un courrier à l'intimé, lui
donnant l'occasion de s'exprimer préalablement au prononcé d'une décision de rétablisse-
ment de l'état conforme à la loi. Ce courrier n'a été suivi d'aucuns effets. Cette question
n'est pas objet de la présente procédure. Elle relève de la police des constructions, qui
ressortit en premier lieu de la compétence de la commune. La procédure de rétablissement
de l'état conforme à la loi au sens des art. 46 ss LC se mène d'office.
b) Le permis du 10 novembre 2017 a été octroyé pour la construction sur la parcelle
no F._ d'un garage de cinq places et d'un local de stock, or la construction compte
sept portes (cf. consid. 4b ci-dessus). Il s'agit aussi d'un cas de police des constructions au
sens des art. 46 ss LC.
7. Frais et dépens
a) Au vu de ce qui précède, le permis de construire ne peut à ce stade pas être octroyé
pour le projet d'habitation et l'affaire doit être retournée à l'autorité de première instance
aux fins de la reprise de la procédure; les abris à voitures par contre peuvent être autori-
sés. Le recours est partiellement admis et la décision de la commune doit être modifiée
dans ce sens.
Les frais de procédure sont perçus sous la forme d'un émolument forfaitaire. Un émolu-
ment supplémentaire peut être perçu pour les enquêtes particulières, les expertises ou
d'autres mesures d'instruction (art. 103 al. 1 LPJA). Un émolument forfaitaire de 200 à
4'000 fr. est perçu pour les décisions sur recours dans des affaires de justice administrative
(art. 19 al. 1 en relation avec art. 4 al. 2 et 3 OEmo43).
Selon la pratique de la TTE, les frais de la procédure sont fixés à 2'600 fr. Les frais de la
procédure sont mis à la charge de la partie qui succombe à moins que le comportement
43 ordonnance du 22 février 1995 fixant les émoluments de l'administration cantonale, OEmo, RSB 154.21
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d’une partie au cours de la procédure permette une répartition différente ou qu’il soit justifié
par des circonstances particulières de ne pas percevoir de frais (art. 108 al. 1 LPJA). Le
recourant obtient gain de cause s'agissant de la construction de la maison familiale dès
lors qu'à l'issue de la présente procédure, elle ne peut pas être autorisée. Il succombe en
ce qui concerne les abris à voitures. Le premier objet dépasse largement le second en
importance. Par conséquent, il convient de mettre les frais de procédure à raison de trois
quart à la charge de l'intimé et d'un quart à la charge du recourant.
b) La partie qui succombe doit payer les dépens de la partie adverse, à moins que le
comportement de cette dernière au cours de la procédure de recours ou des circonstances
particulières justifient une autre répartition ou la compensation des dépens, ou encore
qu'ils ne doivent être mis à la charge de la collectivité (art. 108 al. 3 LPJA). Le représentant
du recourant requiert dans sa note d'honoraires du 24 mai 2019 le paiement d’un montant
de 5'567 fr. 70 à titre d’honoraires (5'125 fr. 50) et de débours (44 fr. 15), TVA (398,05 fr.)
comprise. Cette note n'appelle pas de remarques. L'intimé, qui succombe à raison de trois
quart, supporte les dépens du recourant dans cette mesure.