Decision ID: 029f6bbe-09b6-46aa-b6e2-b551f1caf3aa
Year: 2013
Language: fr
Court: CH_BSTG
Chamber: CH_BSTG_001
Canton: CH
Region: Federation
Law Area: penal_law
Law Sub-area: 
Label: dismissal

Facts:
Faits:
A. Le 20 octobre 2011, le Ministère public de la Confédération (ci-après: MPC)
a déposé l'acte d'accusation dans l'affaire A. auprès de la Cour des affaires
pénales du Tribunal pénal fédéral (ci-après: Cour des affaires pénales).
B. Ouverte le 24 juin 2005, l'enquête relative à l'affaire A. portait sur des faits
éventuellement constitutifs de blanchiment d’argent (art. 305 bis
CP), gestion
déloyale des intérêts publics (art. 314 CP) et faux dans les titres (art. 251
CP); elle visait B., C., D., E., F., G. et H.
C. Le 21 novembre 2011, la République tchèque a présenté à la Cour des af-
faires pénales une requête en vue (en substance) de son admission com-
me partie plaignante dans la procédure, respectivement de la restitution du
délai pour se constituer.
Par décision du 19 décembre 2011, la Cour des affaires pénales a statué
sur la requête. Elle a rejeté la demande de restitution du délai, déclaré irre-
cevable la demande en constitution de partie plaignante et considéré les
autres conclusions de la requérante comme étant sans objet (arrêt du Tri-
bunal pénal fédéral SN.2011.39).
Le 1 er mars 2012, la Cour de céans a rejeté, dans la mesure de sa receva-
bilité, le recours interjeté contre ladite décision par la République tchèque
(décision du Tribunal pénal fédéral BB.2012.2).
D. Le 27 mars 2012, la Cour des affaires pénales a déclaré irrecevable une
demande de participation à la procédure en qualité de lésée, aux termes de
l'art. 115 al. 1 CPP, déposée par la République tchèque le 19 mars 2012.
Par décision du 26 septembre 2012, la Cour des plaintes a déclaré irrece-
vable le recours interjeté par la République tchèque contre cette dernière
décision. Tout en réservant la compétence du juge du fond de statuer défi-
nitivement sur la qualité du lésé et d'en tirer les conséquences de droit, elle
a précisé que même si au stade actuel de la procédure, la République
tchèque disposait du statut de lésée (consid. 1.6), elle ne pouvait, durant la
phase des débats, se prévaloir de droits qu'elle avait perdus en ne se cons-
tituant pas partie plaignante en temps et en heure (consid. 1.9; décision du
Tribunal pénal fédéral BB.2012.46).
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E. Le 24 avril 2013, la République tchèque a présenté à la Cour des affaires
pénales une requête en restitution au lésé fondée sur l'art. 70 al. 1 in fine
CP (act. 1.8).
Par décision du 6 mai 2013, la Cour des affaires pénales a déclaré ladite
requête irrecevable. Pour motifs, elle a retenu que la République tchèque
ayant définitivement échoué à se constituer partie plaignante, elle ne peut
prétendre à aucun droit dans la procédure en cause, pas même celui de
déposer des pièces. Elle a en outre précisé qu'elle se devait d'appliquer
d'office l'art. 70 al. 1 in fine CP (act. 1.2; décision du Tribunal pénal fédéral
SN.2011.39). Parallèlement, elle a retourné à la requérante les pièces que
celle-ci lui avait fait parvenir (act. 1 p. 4).
F. Dans un recours du 17 mai 2013 dirigé contre la décision précitée, la Ré-
publique tchèque conclut:
"A la forme
1. Déclarer recevable le présent recours.
Au fond
Principalement
2. Annuler la décision de la Cour des affaires pénales rendue le 6 mai 2013 dans
la cause SN.2011.39.
3. Cela fait, déclarer recevable la requête en restitution formée le 24 avril 2013
par la République tchèque ainsi que les pièces produites à son appui.
4. Renvoyer la cause à la Cour des affaires pénales pour qu'elle statue au fond
sur la requête en restitution formée le 24 avril 2013 ainsi que sur les pièces
produites à son appui.
Subsidiairement
5. Annuler la décision de la Cour des affaires pénales rendue le 6 mai 2013 dans
la cause SN.2011.39.
6. Cela fait, renvoyer la cause à la Cour des affaires pénales en l'invitant à dé-
clarer recevable la requête en restitution formée le 24 avril 2013 ainsi que sur
les pièces produites à son appui, et à statuer au fond sur cette requête et ces
pièces.
En toute hypothèse
7. Mettre les frais de la procédure à la charge de la Confédération.
8. Allouer des dépens à la République tchèque."
G. Le 31 mai 2013, la République tchèque a déposé un recours auprès du
Tribunal fédéral contre la même décision de la Cour des affaires pénales,
en prenant des conclusions identiques à celles formulées devant l'autorité
de céans (act. 2.1).
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Le même jour, elle a requis de la Cour des plaintes une suspension de sa
procédure jusqu'à droit jugé sur le recours pendant devant le Tribunal fédé-
ral (act. 2).
Par ordonnance du 3 juin 2013, le Tribunal fédéral a suspendu l'instruction
de la cause dont il est saisi jusqu'à droit connu sur le recours déposé de-
vant la Cour de céans (ordonnance du Tribunal fédéral 1B_199/2013).
Par ordonnance du 18 juin 2013, la présente autorité a rejeté la demande
de suspension de la République tchèque (ordonnance du Tribunal pénal
fédéral BP.2013.48).
H. Par acte du 2 septembre 2013, la Cour des affaires pénales a répondu en
persistant dans les termes de sa décision (act. 8).
Le même jour, le MPC a indiqué dans sa réponse renoncer à se déterminer
et s'en remettre à justice (act. 9).
Ces deux écritures ont été communiquées pour information au défenseur
de la recourante le 4 septembre 2013 (act. 10).
Les arguments et moyens de preuves invoqués par les parties seront repris
si nécessaire dans les considérants en droit.

Considerations:
La Cour considère en droit:
1.
1.1 La Cour des plaintes examine d'office et en pleine cognition la recevabilité
des recours qui lui sont adressés (ATF 122 IV 188 consid. 1 et arrêts cités).
1.2 Les parties, soit quiconque a un intérêt juridiquement protégé à l'annulation
ou à la modification d'une décision (arrêt du Tribunal fédéral 1B_723/2012
du 15 mars 2013, consid. 4.1), peuvent attaquer les ordonnances, les déci-
sions et les actes de procédure des tribunaux de première instance, sauf
ceux de la direction de la procédure (art. 393 al. 1 let. b CPP). La Cour des
plaintes est compétente pour statuer sur les recours lorsque de tels pro-
noncés émanent de la Cour des affaires pénales (art. 37 al. 1 de la loi sur
l'organisation des autorités pénales de la Confédération [LOAP; RS 173.71]
en lien avec l’art. 19 al. 1 du règlement sur l’organisation du Tribunal pénal
http://links.weblaw.ch/ATF-122-IV-188
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fédéral [ROTPF; RS 173.713.161]; Message relatif à la loi fédérale sur
l’organisation des autorités pénales de la Confédération, FF 2008 7371,
p. 7408). Le recours contre les décisions notifiées par écrit ou oralement
est motivé et adressé par écrit, dans le délai de dix jours, à l’autorité de re-
cours (art. 396 al. 1 CPP).
1.3 Interjeté le 17 mai 2013 à l'encontre d'une décision notifiée le 7 mai 2013,
le recours a été formé en temps utile.
2. La décision querellée déclare irrecevable la demande de restitution au sens
de l'art. 70 al. 1 in fine CP.
2.1 L’art. 393 al. 1 let. b in fine CPP dispose que les ordonnances rendues par
la direction de la procédure des tribunaux de première instance ne peuvent
pas faire l’objet d’un recours, celles-ci ne pouvant être attaquées en règle
générale qu’avec la décision finale (en allemand: "ausgenommen sind ver-
fahrensleitende Entscheide"; en italien: "sono eccettuate le disposizioni or-
dinatorie"). Cette disposition doit être lue en corrélation avec l'art. 65 al. 1
CPP, aux termes duquel "les ordonnances rendues par les tribunaux" (en
allemand: "verfahrensleitende Anordnungen der Gerichte"; en italien: "le
disposizioni ordinatorie del giudice") ne peuvent être attaquées qu'avec la
décision finale. Cela ne signifie pas que toutes les décisions de ce type pri-
ses au cours de la phase qui précède les débats ne peuvent pas faire l'ob-
jet d'un recours. Dans son arrêt 1B_569/2011 du 23 décembre 2011 qui
concernait un recours contre un avis de fixation des débats, le Tribunal fé-
déral a posé le principe qu'il convient de limiter l'exclusion du recours aux
décisions qui ne sont pas susceptibles de causer un préjudice irréparable.
De telles décisions ne peuvent faire l'objet ni d'un recours au sens du CPP,
ni du reste d'un recours immédiat auprès du Tribunal fédéral. A l'inverse,
précise la Haute Cour, si la décision peut causer un préjudice irréparable,
elle est en principe attaquable par la voie du recours prévue par le CPP,
puis par le recours en matière de droit pénal auprès du Tribunal fédéral
(consid. 2). Cela signifie que la partie recourante doit être exposée à un
dommage de nature juridique, qui ne puisse pas être réparé ultérieurement
par un jugement final ou une autre décision qui lui serait favorable (arrêt du
Tribunal fédéral 1B_569/2011 du 23 décembre 2011, consid. 1.1 et réfé-
rences citées).
2.2 En l'espèce, il est vrai que dans son dispositif la décision querellée déclare
irrecevable la demande en restitution (act. 1.2 p. 3). Il importe cependant
de souligner que la Cour des affaires pénales a précisé à cet égard dans
les considérants de sa décision que la requête est de fait sans objet dans
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la mesure où il lui appartient de se prononcer d'office sur la question de la
restitution au lésé (act. 1.2 p. 2). La recourante partage ce point de vue
puisqu'elle relève à réitérées reprises dans diverses pièces du dosser que
la question de la restitution est irrémédiablement liée au statut de lésé et
qu'il sera statué à cet égard à l'audience de jugement (act. 1 p. 4 n o 15, p. 7
n o 41; act. 8 p. 4).
Il faut dès lors admettre que la décision quant à la restitution au lésé en ré-
tablissement de ses droits au sens de l'art. 70 al. 1 in fine CP n'a, en l'es-
pèce, pas encore été prise. Dès lors, la décision contestée revêt le caractè-
re d'une ordonnance de direction de la procédure, non susceptible de re-
cours. Ne le serait-elle pas, que l'on ne pourrait pour autant admettre la
qualité pour recourir de la recourante, faute pour elle de subir en l'état ac-
tuel des choses un préjudice irréparable.
2.3 Il résulte de ce qui précède que le recours est irrecevable.
3.
3.1 La recourante fait également valoir un déni de justice, considérant que la
Cour des affaires pénales a refusé de statuer sur sa demande de restitu-
tion. Elle invoque également une atteinte à son droit d'être entendue, cons-
tituée selon elle par le fait que l'autorité intimée lui a immédiatement retour-
né tant sa requête de restitution que les pièces produites à l'appui de cette
dernière (act. 1 p. 14).
3.2 Les deux moyens précités se confondent puisque selon la jurisprudence, le
recourant qui n'a pas qualité pour agir au fond peut néanmoins invoquer les
garanties générales de procédure conférées par l'art. 29 Cst. (ATF 133 I
185 consid. 6.2; arrêts du Tribunal fédéral 2C_638/2007 du 7 avril 2008,
consid. 3.2 et 1P.82/2000 du 19 juillet 2000, consid. 1c; décision du Tribu-
nal pénal fédéral BB.2012.67 du 22 janvier 2013, consid. 3). Tel est no-
tamment le cas de la violation du droit d'être entendu lorsqu'elle équivaut à
un déni de justice formel (ATF 136 IV 41 consid. 1.4; arrêt du Tribunal fédé-
ral 1B_489/2011 du 24 janvier 2012, consid. 1.2).
3.3 Stricto sensu, un déni de justice formel n'est réalisé que lorsqu'une autorité
se refuse à statuer alors qu'elle y est obligée (ATF 134 I 229 consid. 2.3;
arrêt du Tribunal fédéral 6B_724/2010 du 4 janvier 2011, consid. 5.1). En
l'état cependant, ainsi que relevé ci-dessus, il n'existe pas encore de déci-
sion susceptible de recours en matière de restitution au lésé. L'autorité
n'ayant pas refusé de statuer sur cette question, il ne saurait donc y avoir
en l'état déni de justice formel. Par ailleurs, faute de décision au sujet de la
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restitution, on ne peut retenir non plus une violation du droit d'être entendu.
Ce n'est que lorsque l'autorité intimée se sera prononcée sur le statut de
lésé de la recourante et d'une éventuelle restitution en sa faveur qu'il sera
possible d'évaluer si, au cours de la procédure ayant donné lieu à cette dé-
cision, les droits des intéressés auront été correctement préservés ou non
(arrêt du Tribunal fédéral 5A_893/2010 du 5 mai 2011, consid. 3.3).
3.4 Enfin, en se fondant sur un arrêt du Tribunal fédéral 1B_581/2012 du
27 novembre 2012 la recourante soutient qu'en tant que lésée, elle a un in-
térêt juridiquement protégé à participer à une procédure de confiscation en
vue d'obtenir le cas échéant la restitution (art. 70 al. 1 in fine CP) et bénéfi-
cie de ce fait du droit d'accès au dossier au sens de l'art. 107 al. 1 CPP. Il
convient de relever toutefois que dans cet arrêt, la Haute Cour a retenu que
le lésé pouvait effectivement avoir accès au dossier, mais ce exclusivement
afin de lui permettre de déterminer s'il entend se constituer partie plaignan-
te ou non ("Ist dies der Fall, steht ihm als mutmasslich Geschädigten im
Hinblick auf den Entscheid, sich als Privatkläger zu konstituieren, das Ak-
teneinsichtsrecht nach Art. 107 Abs. 1 lit. a StPO zu", consid. 2.5). Or, in
casu, la recourante n'a pas le statut de partie plaignante et ne peut plus
l'obtenir (v. décision du Tribunal pénal fédéral BB.2012.2 du 1 er mars
2012). En conséquence, elle ne saurait sur la base de cette jurisprudence
se prévaloir d'un droit particulier à avoir en l'espèce accès au dossier au
sens de l'art. 107 CPP. Par conséquent, sur ces points, le recours est reje-
té.
4. Selon l’art. 428 al. 1 CPP, les frais de la procédure de recours sont mis à la
charge des parties dans la mesure où elles ont obtenu gain de cause ou
succombé. Ceux-ci se limitent en l’espèce à un émolument qui, en applica-
tion de l’art. 8 du règlement du Tribunal pénal fédéral du 31 août 2010 sur
les frais, émoluments, dépens et indemnités de la procédure pénale fédéra-
le (RFPPF; RS 173.713.162), sera fixé à CHF 2'300.-- comprenant un émo-
lument de CHF 2000.-- pour la présente procédure de recours et de
CHF 300.-- pour ceux relatifs à l'ordonnance du 18 juin 2013 (BP.2013.43
act. 2). Ce montant est mis à la charge de la recourante vu le sort de la
cause.
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