Decision ID: 57cbb17d-6809-4cc0-a898-d397f49cd498
Year: 2020
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_013
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law
Law Sub-area: nan
Label: approval

Facts:
En fait :
A.
a)
Le 16 août 2017, le Ministère public de l’arrondissement de l’Est vaudois (ci-après : le Ministère public) a ouvert une instruction pénale pour abus de confiance et escroquerie contre
Antoine Vorpe.
Il est reproché au prévenu de ne pas avoir, à
Lausanne, en février 2017, restitué des pierres précieuses pour un montant de 170'000 USD à la société
Glorious Gems Geneva SA alors que celle-ci les lui aurait confiées dans le but qu’il les présente à des clients.
B.
Par ordonnance du 6 septembre 2018, le Ministère public a ordonné le séquestre de toute une série de pierres précieuses saisies lors des perquisitions effectuées le 6 décembre 2017 (liste A) et le 26 avril 2018 (liste B), notamment au domicile d’
Antoine Vorpe.
Par ordonnance du 12 juin 2020, le Ministère public a ordonné le séquestre d'une boîte contenant 40 écrins munis d'une pierre taillée, saisie lors d'une perquisition effectuée le 6 décembre 2017 au domicile d'
Antoine Vorpe, à Lausanne, d'un sachet renfermant 4 pierres (2 carrés et 2 en forme de gouttes), saisi lors d'une perquisition effectuée le 6 décembre 2017 dans les locaux de
FIDEURO SA, à Lausanne, et d'un sachet n° 4 contenant des pierres roses (a/inscription Pcs 160 Cts 9.14. cont. 157 pierres), saisi lors d'une perquisition effectuée le 6 décembre 2017 au domicile de
Valentino Immediata, à La Tour-de-Peilz.
Le Ministère public a retenu que la propriété des objets séquestrés avait été revendiquée par
Antoine Vorpe et ne semblait pas remise en cause par les autres parties à la procédure. Cela étant, bien que la majorité des pierres précieuses
conservées par le prévenu au mois de février 2017 avaient été saisies et
séquestrées par décision du 6 septembre 2018, la partie plaignante alléguait qu'un certain nombre de pierres n'auraient pas été retrouvées, faisant grief au prévenu d'en avoir disposé avant les perquisitions du 6 décembre 2017. Dans ces circonstances, le Ministère public a retenu qu'il y avait lieu de séquestrer les objets mentionnés en vue de l'exécution éventuelle d'une créance compensatrice, conformément à l'art. 71 al. 3 CP (Code pénal suisse du 21 décembre 1937 ; RS 311.00) et que leur contre-valeur pourrait également servir à garantir notamment le paiement des frais de procédure et indemnités découlant de la procédure pénale, en application de l'art. 268 al. 1 CP.
C.
Par acte du 22 juin 2020,
Antoine Vorpe, agissant par l'intermédiaire de son défenseur d'office, a recouru auprès de la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal contre l'ordonnance rendue le 12 juin 2020, en concluant, avec suite de frais et dépens, à son annulation.
Par courrier du 23 juin 2020,
Antoine Vorpe s'est personnellement adressé à la Cour de céans, en complément du recours déposé par son défenseur.
Par courrier du 2 juillet 2020, dans le délai imparti à cet effet, le Ministère public a informé la Cour de céans qu'il renonçait à se déterminer.
Par déterminations du 9 juillet 2020,
Glorious Gems Geneva SA a conclu implicitement au rejet du recours.

Considerations:
En droit :
1.
1.1
Aux termes de l’art. 393 al. 1 let. a CPP (Code de procédure pénale suisse du 5 octobre 2007; RS 312.0), le recours est recevable contre les décisions et actes de procédure de la police, du Ministère public et des autorités pénales compétentes en matière de contraventions. Une ordonnance de séquestre (art. 263 CPP) rendue par le Ministère public dans le cadre de la procédure préliminaire est ainsi susceptible de recours selon les art. 393 ss CPP (Moreillon/Parein-Reymond, Petit Commentaire du Code de procédure pénale, 2
e
éd., Bâle 2016, n. 24 ad art. 263 CPP).
Ce recours s’exerce par écrit dans les dix jours devant l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP; cf. art. 20 al. 1 let. b CPP), qui est, dans le canton de Vaud, la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal (art. 13 LVCPP [Loi d’introduction du Code de procédure pénale suisse du 19 mai 2009; BLV 312.01]; art. 80 LOJV [Loi d’organisation judiciaire du 12 décembre 1979; BLV 173.01]).
1.2
En l’espèce, interjeté en temps utile par le prévenu, qui se prétend propriétaire d'une partie des objets séquestrés, et qui a donc un intérêt juridique à l’annulation ou à la modification de l’ordonnance entreprise (art. 382 al. 1 CPP), le recours est recevable.
2.
2.1
Le recourant fait notamment valoir qu'un premier séquestre a été opéré par une ordonnance du Ministère public du 6 septembre 2018. Il expose que ce séquestre a porté sur toutes les pierres retrouvées à son domicile, dans ses bureaux, ainsi que dans les bureaux de sa fiduciaire, et qu'il était indéterminé, ne portant pas que sur les pierres litigieuses, mais également sur des pierres lui appartenant. Le recourant soutient également qu'en ce qu'elle tend à l'exécution éventuelle d'une créance compensatrice, l'ordonnance attaquée n'aurait aucun fondement juridique, les objets étant déjà en mains de la police, sous séquestre. Finalement, il conteste également le fondement juridique d'une confiscation.
2.2
En vertu de l'art. 263 al. 1 CPP, des objets et des valeurs patrimoniales appartenant au prévenu ou à des tiers peuvent être mis sous séquestre, lorsqu'il est probable qu'ils seront utilisés comme moyens de preuves (let. a), qu’ils seront utilisés pour garantir le paiement des frais de procédure, des peines pécuniaires, des amendes et des indemnités (let. b), qu’ils devront être restitués au lésé (let. c) ou qu'ils devront être confisqués (let. d).
L’art. 263 al. 2 CPP précise que le séquestre est ordonné par voie d'ordonnance écrite, brièvement motivée. Cette disposition prévoit expressément l'obligation de motiver une ordonnance de séquestre aux fins de respecter le droit d'être entendu des personnes dont les biens sont saisis, de manière à ce qu’elles puissent se rendre compte de la portée de celle-ci, l'attaquer en connaissance de cause et afin que l'autorité de recours puisse exercer son contrôle à bon escient (Julen Berthod,
in
: Jeanneret/Kuhn/Perrier Depeursinge [éd.], Code de procédure pénale suisse, Commentaire romand, 2
e
éd., Bâle 2019, n. 34 ad art. 263 CPP, avec n. infrapaginale 114).
Pour satisfaire à ces exigences, il suffit que l'autorité mentionne, au moins brièvement, les motifs qui l'ont guidée et sur lesquels elle a fondé son raisonnement. Il faut que la décision attaquée indique clairement les faits qui sont retenus et les déductions juridiques qui en sont tirées (ATF 142 II 154 consid. 4.2). La seule référence à la norme légale est insuffisante sous l'angle des exigences de motivation de la décision, viole le droit d'être entendu du recourant et prive l’autorité de recours de la possibilité d’exercer correctement son contrôle (TF 1A.95/2002 du 16 juillet 2002 consid. 3.3; CREP 28 juin 2019/521 consid. 2.1).
Comme en matière de détention, l'autorité doit exposer les soupçons de commission d'une infraction qui pèsent sur le prévenu, d'une part, et en quoi le séquestre est proportionné d'autre part (art. 197 al. 1 et 263 al. 1 CPP ; TF 1B_59/2019 du 21 juin 2019 consid. 3.1 ; 1B_118/2018 du 5 juillet 2018 consid. 4.1). Les soupçons doivent se renforcer au fil de l'enquête; un séquestre peut apparaître disproportionné lorsque la procédure dans laquelle il s'inscrit s'éternise sans motifs suffisants ; il faut en outre que la quotité de cette mesure entre en rapport avec le produit de l'infraction poursuivie (TF 1B.118/2018 précité).
En principe, le défaut de motivation conduit à l'annulation de l'ordonnance et au renvoi du dossier à l'autorité saisie de la cause pour nouvelle décision (CREP 4 septembre 2019/720 consid. 2.2; CREP 2 septembre 2019/711 consid. 2.1 et les réf. citées).
2.3
En l'espèce, le 6 septembre 2018, le Ministère public a ordonné le séquestre d'une série de pierres précieuses saisies en mains du prévenu le 6 décembre 2017 (liste A) et dans son office le 26 avril 2018 (liste B). Le motif était qu'il était reproché au prévenu, au mois de février 2017, de ne pas avoir restitué à
Glorious Gems Geneva SA des pierres précieuses que cette société lui avait confiées, et de se les être appropriées.
L'ordonnance entreprise porte sur d'autres pierres précieuses revendiquées par le recourant. Selon l’ordonnance, les autres parties à la procédure ne semblent pas remettre en cause la propriété du recourant sur ces pierres. Le motif de ce nouveau séquestre est exposé sous forme d'allégation (« la partie plaignante allègue que ... »). A ce stade, il faut cependant que le Ministère public explique en quoi il existe des soupçons suffisants laissant présumer la commission d'une (autre) infraction, ou, s'il s'agit de l'infraction initiale, en quoi les soupçons se seraient renforcés. En outre, puisque le séquestre a pour but – cette fois – de garantir une éventuelle créance compensatrice, il faut que le Ministère public explique en quoi cette mesure est proportionnée ; or, à ce stade, il est non seulement pas exposé en quoi l'allégation de
Glorious Gems Geneva SA selon laquelle le prévenu aurait disposé de certaines pierres avant le 6 décembre 2017 est vraisemblable, à savoir pourrait reposer sur des indices permettant de fonder un soupçon suffisant au sens de l'art. 197 al. 1 let. b CPP, mais pas non plus en quoi la valeur de ces pierres serait en proportion avec des valeurs à confisquer qui ne seraient plus disponibles, au sens de l'art. 71 al. 1 CP. Enfin, si le séquestre est prononcé en couverture des frais, comme indiqué lapidairement à la fin de l’ordonnance, le Ministère public doit tenir compte du revenu et de la fortune du prévenu (art. 268 al. 2 et 3 CPP).
Au vu de ce qui précède, l’ordonnance est insuffisamment motivée, de sorte que la Cour de céans est dans l’impossibilité d’exercer son contrôle sur le bien-fondé de celle-ci.
3.
Il résulte de ce qui précède que le recours doit être admis, l'ordonnance du 12 juin 2020 annulée et le dossier de la cause renvoyé au Ministère public de l'arrondissement de l'Est vaudois afin qu’il rende une nouvelle décision motivée dans les vingt jours dès la notification du présent arrêt.
Le séquestre sera maintenu jusqu'à droit connu sur la nouvelle décision du Ministère public pour autant que cette décision intervienne dans le délai imparti (cf. notamment CREP 3 avril 2020/250 consid. 3 ; CREP 4 septembre 2019/720 consid. 3).
Les frais de la procédure de recours, par 770 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010; BLV 312.03.1]), ainsi que les frais imputables à la défense d’office (art. 422 al. 1 et 2 let. a CPP), fixés à 197 fr. 75, montant arrondi à 198 fr., qui comprennent des honoraires par 180 fr. (une heure d'activité raisonnable d'avocat au tarif horaire de 180 fr.), des débours forfaitaires par 3 fr. 60 (cf. art. 26b TFIP qui renvoie à l'art. 3
bis
RAJ [règlement sur l’assistance judiciaire en matière civile du 7 décembre 2010 ; BLV 211.02.3]), et la TVA sur le tout, au taux de 7,7%, par 14 fr. 15, seront laissés à la charge de l’Etat (art. 428 al. 4 CPP).