Decision ID: 037bd673-5290-455c-9b13-03bed098a6a9
Year: 2022
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
EN FAIT
:
A.
a.
Par acte déposé le 1
er
septembre 2022, A_ recourt
contre l’ordonnance
du 23 août 2022, communiquée sous pli simple, par laquelle le Ministère public a refusé d’entrer en matière sur sa plainte pénale contre B_.
La recourante conclut à l’annulation de l’ordonnance précitée et au renvoi de la cause à l’autorité précédente pour l’ouverture d’une instruction.
b.
Elle a versé les sûretés en CHF 900.- réclamées par la Direction de la procédure.
B.
Les faits pertinents suivants ressortent du dossier :
a.
A_ et B_ ont une fille, C_, née en 2017. Depuis leur séparation, en 2019, ils s’affrontent devant les tribunaux civils pour la fixation du droit de garde, des relations personnelles et aliments.
b.
En mai 2021, lors d’une audience devant le Tribunal civil, B_ a fait part de ses soupçons contre F_ – nouveau compagnon d’A_ –, lequel se serait exhibé nu devant C_ et sa cousine, âgée de cinq ans. B_ a annoncé avoir déposé plainte en France contre le précité.
c.
Le 11 mai 2021, B_ a envoyé le message suivant à A_ : "
Par mesure de précaution, je t’invite sérieusement [à] ne jamais laisser C_ seule avec F_
[soit F_]
et surtout [à] lui demander d’éviter de plaisanter avec ses parties génitales devant elle, même en ta présence. Ce n’est certainement pas un jeu. Merci d’avance pour elle. Je compte sincèrement sur ta vigilance
".
d.
Ayant eu connaissance de ce message, F_ a déposé plainte contre B_ pour diffamation et calomnie. Par suite du décès d'F_, le _ 2022, la procédure a été close.
e.
Dans un courriel du 6 juillet 2022 adressé à G_ – père d’A_ –, B_ a expliqué au précité avoir déposé plainte contre F_ car C_ lui avait raconté que le précité avait joué devant elle et sa cousine "
à leur montrer son zizi et ses fesses
". La plainte était désormais "
caduque
", par suite du décès de l'intéressé. B_ a, ensuite, poursuivi en ces termes : "
Néanmoins, je tiens à te dire que c’est mon devoir, en tant que père, de protéger ma fille [ ]. À ce titre, je t’invite à lire « D_ » de E_[écrivain] au sujet du viol subi de son frère jumeau par leur beau père [ ]. La mère du garçon a fermé les yeux par confort, par déni quand elle l’a appris des années après les faits [ ]. Je tiens à te dire que, malgré la réaction offusquée d’A_ d’avoir osé porter plainte contre F_, selon elle dans le seul but de chercher à lui nuire, je n’hésiterai pas une seule seconde à procéder à un nouveau signalement contre quiconque ayant un comportement déplacé vis à vis de C_ [ ]. Je ne développerai pas davantage mais il me paraissait essentiel que, en
tant que grand père de C_, tu saches quelles ont été mes démarches pour la protéger
".
f.
À réception, G_ a répondu à B_ : "
Dis-moi B_, es tu entrain d insinuer qu’A_ est complice de ce que tu prétends
?".
g.
Sans réponse de B_, G_ lui a écrit à nouveau le 11 juillet suivant, en ces termes : "
Puisque tu prétends m'écrire pour faire le point « sans laisser d'interprétation et de non dits »
,
explique-moi clairement ce que tu sous-entends avec tes références à la famille E_[écrivain] ? Que tu t’es bien gardé de prévenir A_, parce que tu pensais qu’elle fermait les yeux par confort ?
".
h.
B_ a répondu, le même jour, que son propos était autour de sa fille C_ et de l’intégrité physique et psychique de celle-ci. "
Effectivement, au vu de ta réponse, je note que tu n’es pas non plus prêt à entendre l’inaudible et que tu es enclin à fermer les yeux et les oreilles pour nier l’existence d’un risque potentiel inacceptable. Fin de discussion entre un grand père et un père au sujet d’un événement grave relaté par une enfant de 4 ans qui dit encore la vérité
".
i.
Le 20 août 2022, A_ a déposé plainte pénale contre B_, qui était revenu sur "
cette affaire
" en s’adressant à des tiers. Il accusait à nouveau F_, disparu le _ 2022, d’actes d’ordre sexuel avec des enfants. Il l’accusait aussi, elle, "
de façon allusive mais non équivoque
" d’avoir eu un comportement indigne, d’avoir tenu une conduite contraire à l’honneur en violant son devoir d’assistance et d’éducation, et en ayant été complice d’actes d’ordre sexuel avec des enfants. Elle ne pouvait l’accepter, raison pour laquelle elle priait le Ministère public de lui accorder sa "
protection
" en qualifiant pénalement, comme il le jugeait utile, le comportement de B_.
C.
Dans l’ordonnance querellée, le Ministère public a retenu qu’en raison du décès d’F_, il n’était plus possible de confronter les versions de chacun. Partant, les éléments constitutifs des infractions dénoncées dans la plainte n’étaient pas réunis.
D.
a.
Dans son recours, A_ soutient que, sous le prétexte d’exposer à son père (à elle) avoir prétendument voulu protéger C_ en déposant plainte contre F_, B_ visait en réalité à jeter le soupçon sur elle. Le message du 6 juillet 2022 était certes moins explicite que celui du 11 mai 2021, dans lequel il lui avait écrit que "
même en [s]a présence [à elle]
", son compagnon n’avait pas à "
plaisanter avec ses parties génitales
" devant C_ ; toutefois, l’idée sous-jacente était la même. Il s’agissait, pour B_, de réaffirmer, en évoquant la famille E_[écrivain], qu’F_ avait bel et bien commis les actes dont il l’accusait et "
qu’il se pourrait bien
" qu’elle-même, par confort, eût fermé les yeux sur ces agissements. D’ailleurs, son père avait immédiatement demandé à B_ s’il insinuait qu’elle était complice. Les éléments constitutifs de l’infraction de diffamation étaient ainsi bien réalisés, puisque, en s’adressant à un tiers, B_ avait jeté sur elle le soupçon d’avoir violé son devoir d’assistance et d’éducation en ayant possiblement toléré la prétendue commission d’actes à caractère pédophile sur sa propre fille, ce qui était attentatoire à son honneur. L’accusation était certes indirecte, en se référant à la famille E_[écrivain], mais le fait de procéder de manière allusive ne saurait être une échappatoire, puisqu’il s’agissait de jeter le soupçon, au moins par dol éventuel, sur une personne identifiable – en l'occurrence elle-même –, que le destinataire du message avait bel et bien identifiée. Le refus d’entrer en matière car F_ était mort reposait sur un motif insuffisant. Cela équivalait en outre à dire à B_ qu’il pouvait désormais diffamer "
feu son rival
".
b.
À réception des sûretés, la cause a été gardée à juger, sans échange d’écritures ni débats.

Considerations:
EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 385 al. 1 et 396 al. 1 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 393 al. 1 let. a CPP) et émaner de la plaignante qui, partie à la procédure (art. 104 al. 1 let. b CPP), a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à la modification ou à l'annulation de la décision querellée (art. 382 al. 1 CPP).![endif]>![if>
2.
La Chambre pénale de recours peut décider d'emblée de traiter sans échange d'écritures ni débats les recours manifestement irrecevables ou mal fondés (art. 390 al. 2 et 5
a contrario
CPP). Tel est le cas en l'occurrence, au vu des considérations qui suivent.![endif]>![if>
3.
La recourante reproche au Ministère public d’avoir refusé d’entrer en matière sur sa plainte pour diffamation.![endif]>![if>
3.1.
Selon l'art. 310 al. 1 let. a CPP, le ministère public rend immédiatement une ordonnance de non-entrée en matière lorsqu'il ressort de la plainte que les éléments constitutifs d'une infraction ne sont pas réalisés. Cette condition s'interprète à la lumière de la maxime "
in dubio pro duriore
", selon laquelle une non-entrée en matière ne peut généralement être prononcée que lorsqu'il apparaît clairement que les faits ne sont pas punissables. Le ministère public et l'autorité de recours disposent, dans ce cadre, d'un pouvoir d'appréciation (ATF
143 IV 241
consid. 2.2.1; arrêt du Tribunal fédéral
6B_1279/2018
du 26 mars 2019 consid. 2.1). La procédure doit se poursuivre lorsqu'une condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement ou lorsque les probabilités d'acquittement et de condamnation apparaissent équivalentes, en particulier en présence d'une infraction grave (ATF
143 IV 241
consid. 2.2.1 p. 243;
138 IV 86
consid. 4.1.2 p. 91 et les références citées).
3.2.
Se rend coupable de diffamation (art. 173 al. 1 CP), celui qui, en s'adressant à un tiers, aura accusé une personne ou jeté sur elle le soupçon de tenir une conduite contraire à l'honneur.
L'honneur protégé par le droit pénal est conçu de façon générale comme un droit au respect, qui est lésé par toute assertion propre à exposer la personne visée au mépris en sa qualité d'homme ou de femme (ATF
145 IV 462
consid. 4.2.2; arrêt du Tribunal fédéral
6B_1215/2020
du 22 avril 2021 consid. 3.1).
L'art. 173 CP suppose une allégation de fait, et non un simple jugement de valeur (ATF
137 IV 313
consid. 2.1.2 p. 315). Pour apprécier si une déclaration est attentatoire à l'honneur, il faut se fonder non pas sur le sens que lui donne la personne visée, mais sur une interprétation objective selon la signification qu'un destinataire non prévenu doit, dans les circonstances d'espèce, lui attribuer (ATF
137 IV 313
consid. 2.1.3 p. 315 s.). Les mêmes termes n'ont donc pas nécessairement la même portée suivant le contexte dans lequel ils sont employés (ATF
145 IV 462
consid. 4.2.3). Un texte doit être analysé non seulement en fonction des expressions utilisées, prises séparément, mais aussi selon le sens général qui se dégage du texte dans son ensemble (ATF
145 IV 462
consid. 4.2.3 ;
137 IV 313
consid. 2.1.3).
Pour qu'il y ait diffamation, il faut encore que l'auteur s'adresse à un tiers. Est en principe considérée comme telle toute personne autre que l'auteur et l’individu visé par les propos litigieux (ATF
145 IV 462
consid 4.3.3 p. 466 et ss).
3.3.
En l’espèce, faute d’intérêt juridiquement protégé personnel, la recourante ne saurait se plaindre de propos visant feu son compagnon, dont elle n'allègue pas non plus être une "
proche
" au sens des art. 175 al. 1 et 110 al. 1 CP.
Par ailleurs, le message du 11 mai 2021 n’entre pas en ligne de compte ici, la recourante n’ayant pas déposé plainte dans le délai légal (art. 31 CP).
Seul est donc litigieux le contenu du courriel du 6 juillet 2022 adressé par le mis en cause au père de la recourante. Dans ce message, le mis en cause a fait part au grand-père de sa fille des révélations que celle-ci avait faites à l'égard du nouveau compagnon de sa mère. Il a ensuite rappelé qu’il lui appartenait de protéger sa fille, ce qu’il avait fait en déposant plainte pénale contre F_, décédé depuis. Dans ce contexte, il invitait le père de la recourante à lire le livre de E_[écrivain], dans laquelle la mère du garçon abusé avait "
fermé les yeux par confort, par déni quand elle l’a appris des années après les faits
". Il a ensuite précisé que, "
malgré la réaction offusquée d’A_
" à l’égard de la plainte qu'il avait déposée contre F_, il n’hésiterait pas à procéder à un nouveau signalement contre quiconque ayant un comportement déplacé vis-à-vis de sa fille.
La recourante estime que ces propos jettent sur elle le soupçon d’une complicité de l’infraction visée à l’art. 187 CP ou d’une infraction à l’art. 219 CP. Or, dans la mesure où son père a, par deux fois, demandé au mis en cause s’il insinuait qu’elle avait fermé les yeux sur les agissements supposés de son compagnon, on ne saurait retenir la réalisation d’une diffamation, le destinataire du message n’étant lui-même pas sûr d’avoir compris les propos de cette manière. C’est également en vain que la recourante tente d’alléguer que le contenu du courriel du 6 juillet 2022 faisait écho au message du 11 mai 2021, puisque celui-ci avait été adressé à elle seule, son père n’en ayant donc pas connaissance.
Au demeurant, à lire l’enchainement des explications du mis en cause dans le courriel litigieux, on comprend qu’il déplore que son ex-compagne n’ait pas soutenu ("
Malgré la réaction offusquée d’A_
") la démarche – le dépôt de plainte – qu’il estimait être dans l’intérêt de leur fille. On ne saurait voir dans ce reproche une quelconque diffamation. Le fait pour la recourante d'avoir pris parti pour son compagnon, plutôt que d’adhérer à la démarche du père de son enfant, est intervenu
après
le dépôt de plainte contre F_. Il n'y a donc pas d'indice suffisant que le message litigieux visait à la soupçonner d’avoir été complice des faits à l'origine de la plainte, ou de les avoir tolérés.
Partant, c’est à bon droit que le Ministère public a retenu que les éléments constitutifs de l’infraction de diffamation ne sont pas réunis.
4.
Justifiée,
l'ordonnance
querellée sera donc confirmée.![endif]>![if>
5.
La recourante, qui succombe, supportera les frais envers l'État, fixés en totalité à CHF 900.-, y compris l’émolument de décision (art. 428 al. 1 CPP et 13 al. 1 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, RTFMP ;
E 4 10.03
).![endif]>![if>
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