Decision ID: b729375f-c44b-5435-b8a4-91110fc7bde7
Year: 2014
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_011
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: penal_law
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
EN FAIT
:
A.
a.
Par acte expédié au greffe de la Chambre de céans le 24 avril 2014, A_ recourt contre l'ordonnance rendue par le Ministère public le 11 avril 2014, notifiée le 14, dans la cause P/2045/2013, par laquelle cette autorité a classé la plainte qu'elle avait déposée contre B_, des chefs de lésions corporelles simples, subsidiairement voies de fait, puis de menaces et d'injures.
La recourante conclut, avec suite de frais et dépens, à l'annulation de cette ordonnance et au renvoi du dossier au Ministère public, "
pour nouvelle décision dans le sens des considérants de l'Arrêt à intervenir
".
b.
À réception du recours, la cause a été gardée à juger sans échange d'écritures ni débats.
B.
Les faits pertinents pour l'issue du litige sont les suivants :
a.
A_ et C_ ont toutes deux quitté D_ _, pour rejoindre ensuite E_. A_ était alors_ _ _, sous _ D_, et a décidé de _ _, en tant qu'_. B_ appartient au D_ depuis longtemps et a notamment été membre de _.
b.
Le _, A_ a déposé plainte pénale à la gendarmerie contre B_, pour lésions corporelles. Selon elle, le jour même, alors qu'elle se trouvait au _, elle avait rencontré un ami, F_, et bu un verre avec lui. Vers 19h30, B_ s'était joint à eux et la discussion avait rapidement débordé sur la politique. B_ avait reproché à A_ d'avoir quitté D_ pour rejoindre E_, l'accusant d'avoir volé _ D_ et la traitant de voleuse ; il lui avait donné un coup de poing avec sa main droite sur son épaule gauche et ne s'était pas calmé, bien qu'elle le lui demandât. Il lui avait donné un second coup de poing au niveau de l'épaule, en vociférant, puis deux autres encore. Lorsque A_ lui avait dit d'arrêter, sans quoi elle lui donnerait une claque, il avait rétorqué "
Vas-y ! Je te casse la gueule
". Elle était alors partie, s'était ouverte de ces faits à C_ et G_, _, puis s'était rendue au poste de gendarmerie.
c.
Le lendemain, A_ a consulté le D
r
H_, qui a constaté un hématome de 5 cm de diamètre sur le haut du bras gauche.
d.
Par l'intermédiaire de ses conseils, A_ a déposé plainte pénale contre B_, le _, lui reprochant des faits constitutifs de lésions corporelles simples, subsidiairement des voies de fait, d'injure et de menaces, à la suite des événements qui s'étaient déroulés au _.
e.
Il ressort de l'audition de F_ par la police qu'il était arrivé au _ vers _ et se trouvait avec A_ lorsque B_ les avaient rejoints. Une discussion politique s'était engagée et ce dernier avait reproché à celle-là d'avoir _. Le ton était monté et B_ gesticulait, agitant ses bras dans tous les sens, mais F_ ne l'avait pas vu donner de coup à A_. A deux reprises, cette dernière avait dit "
Ne me touche plus autrement je te donne une gifle
", sans que son interlocuteur ne réagisse. En vociférant toujours, B_ avait traité A_ de garce, voleuse et menteuse. F_ avait essayé, en vain, de calmer B_ puis A_ était partie en embrassant F_. Selon ce dernier, B_ avait peut-être dit "
Si tu me donnes une claque je te démolis la gueule
".
f.
Egalement devant la police, B_ a précisé qu'il avait rendez-vous avec F_ au _ où il l'avait retrouvé, accompagné de A_, et s'était assis à côté d'elle. Elle lui avait alors aussitôt dit "
Cela ne te dérange pas de t'asseoir à côté _
". Ils avaient parlé de diverses choses, notamment de politique, et c'est alors que le ton était monté, mais sans qu'il n'injurie, menace ou frappe A_, qui était partie en ayant l'air bien. Par la suite, F_ avait reçu un sms et lui avait dit que A_ était en pleurs et lui demandait des excuses. Même s'il ne pensait pas devoir en présenter, il avait tenté à deux reprises de l'appeler, sans succès. B_ a reconnu avoir dit à A_ qu'elle mentait et trichait face à ses électeurs D_, ajoutant "
En agissant de la sorte, tu agis comme une garce
".
g.
Entendu par la police, I_, serveur au _, se souvenait avoir servi A_ et deux amies, avant qu'elle ne rejoigne deux hommes qu'elle semblait connaître, F_ et B_ ; elle avait discuté avec eux, notamment de politique. Les deux hommes venaient de commander cinq décilitres de vin blanc et A_ un Bailey's. Tous trois avaient bu et mangé ensemble, puis recommandé deux fois cinq décilitres de vin blanc pour les hommes et un second Bailey's pour A_. C'est ensuite que B_ et A_ avaient commencé à se disputer, faisant du bruit, au point d'attirer l'attention d'autres clients, durant une quinzaine de minutes. B_ parlait en gesticulant fort. I_ n'avait pas prêté attention à eux, car il n'y avait rien d'inquiétant, puis A_ s'était levée et avait quitté la table, passant devant le bar en lui adressant un sourire et un haussement d'épaules, en disant "
C'est l'alcool
". Elle n'était ni en pleurs ni spécialement énervée ou blessée. B_ paraissait pour sa part un peu fâché et abattu ; il avait payé toutes les consommations, y compris celles de A_. En partant, il lui avait laissé les clés de sa voiture, précisant qu'il était "
bourré
". I_ n'avait entendu ni injure ni menace, vu aucun coup, et il y avait pour lui un bon mètre entre B_ et A_.
A peu de choses près, I_ a confirmé cette déposition lorsqu'il a été entendu par le Ministère public.
h.
Lors de la confrontation des parties devant le Ministère public, le _, A_ a confirmé ce qu'elle avait précédemment exposé, à savoir que le ton était monté lorsque B_ avait abordé la question du _ de A_ et lui avait reproché _ auquel elle n'avait pas droit. Il gesticulait et l'avait touchée à l'épaule gauche avec sa main droite. Elle lui avait dit qu'il lui avait fait mal, mais pensait qu'il n'avait même pas remarqué qu'il l'avait touchée. Ensuite, B_ l'avait traitée de garce et de voleuse et lui avait donné deux coups, avec le poing fermé. A_ s'était fâchée, lui disant que, s'il la touchait encore une fois, elle lui donnerait une baffe. Il avait alors "
explosé
", lui répliquant "
Essaye seulement, je vais te casser la gueule
", puis elle était partie. Elle a admis avoir bu un Bailey's, cependant que les deux hommes avaient consommé deux bouteilles de blanc. En sortant du _, elle avait appelé C_, laquelle avait, à son tour, alerté G_, E_. Ce dernier avait regardé son bras et lui avait dit qu'elle aurait un bleu le lendemain, lui conseillant de déposer plainte. Elle ignorait que E_ allait diffuser _, ce qu'elle avait regretté. Elle ne voulait pas que cette affaire devienne politique, mais elle avait accepté de montrer son bleu au _, qui lui avait consacré _. Elle n'avait informé personne d'autre.
i.
F_ a également confirmé au Procureur sa déposition à la police, réitérant que B_ avait commencé à "
se lâcher
" lorsqu'il avait, pour la deuxième fois, parlé politique avec A_, la traitant alors de menteuse et de garce et, peut-être, de voleuse. Elle avait demandé à B_ d'arrêter de la toucher, sans quoi elle le giflerait, mais F_ n'avait pas vu si son ami l'avait touchée. B_ avait réagi avec arrogance, sans que le témoin se souvienne clairement des mots employés. En partant, A_ l'avait embrassé ; elle ne pleurait pas et ne se plaignait pas d'avoir mal ou d'avoir été frappée. Après son départ, il avait parlé à B_, lui faisant part de sa consternation. Son ami avait fini par admettre qu'il avait dépassé les bornes, mais sans évoquer un quelconque contact physique avec A_.
j.
C_ avait quitté le _ lorsque B_ était arrivé, pour assister à une conférence. Pendant celle-ci, A_ avait tenté de la joindre et lui avait envoyé des sms pour lui dire que B_ l'avait frappée à cause du E_. Lorsque C_ l'avait rappelée, elle était en pleurs, disant que B_ l'avait tapée. Elle avait pris l'initiative d'appeler G_, _ _, et tous trois s'étaient réunis. A_ avait le bras gauche rouge vif et était très choquée.
k.
B_ a décrit au Procureur, le 10 janvier 2014, ses fonctions au sein du D_ et les circonstances dans lesquelles il avait rencontré A_, précisant qu'il entretenait alors des relations amicales avec elle, F_ et C_. Le _, il avait rendez-vous avec F_ au _ et avait été surpris de le trouver avec A_, qui lui avait immédiatement demandé si ça le dérangeait de s'asseoir à côté _. Ensuite, ils avaient abordé divers sujets et, lorsque le thème du _ était arrivé, alors qu'il ne voulait pas en parler, le ton était monté. B_ avait dit à A_ qu'en _, elle _ volait ; il avait employé les termes de voleuse et de garce, qui ne pensait qu'à elle, à sa carrière et à son ambition. A ce moment, A_ lui avait dit de ne pas la toucher. Il admettait avoir pu la frôler en bougeant les bras, mais sans le remarquer. Quand A_ lui avait dit qu'elle allait partir, il lui avait répondu "
C'est ça, tire-toi
". S'agissant de la gifle dont A_ l'avait menacé, il a indiqué que, dans son vocabulaire, en pareille circonstance, il répondrait à son interlocuteur de frapper fort, sans quoi il lui dévisserait la tête. En quittant l'établissement, A_ était exaspérée, mais ne s'était pas plainte d'avoir mal. Après son départ, F_ lui avait suggéré de s'excuser d'avoir parlé trop fort et il avait cherché, en vain, à atteindre A_. C'est en voyant la publication de J_ sur facebook que B_ avait compris que A_ allait déposer plainte pour une agression physique et que E_ allait exploiter l'affaire politiquement. Dès le lendemain, il avait été harcelé de toute part et _. _ avait même mis dans sa bouche "
Tire-toi, sale garce
" et il avait dû intervenir pour _ soit rectifié.
l.
Lors de la même audience, A_ a modifié sa déclaration précédente au Ministère public, précisant qu'elle avait dit à trois reprises qu'elle avait mal et que B_ devait arrêter. Au fur et à mesure que le ton montait, elle s'était écartée de B_. Lorsqu'elle avait vu ce que _ faisait sur le plan _, elle avait voulu que cela cesse et il n'y avait plus eu _. Elle avait accepté de recevoir _ _, car elle devait répondre à tout ce qui était _.
m.
Le Ministère public a versé à la procédure une impression de la publication facebook de _ K_ (J_) du _, évoquant une agression physique de A_ par _ _.
n.
Par avis du 21 janvier 2014, le Ministère public a indiqué aux parties qu'il considérait que l'instruction était achevée et qu'il entendait rendre une ordonnance de classement. Un délai au 21 février 2014 était imparti aux parties pour présenter leurs éventuelles réquisitions de preuve, ce dont elles n'ont pas usé. Toutefois, A_ a remis copies de _, soit un _ _, un _ _ et un _ _ _ de _ le _.
C.
Par décision du 11 avril 2014, le Ministère public a classé la procédure ouverte à la suite de la plainte de A_, en retenant notamment les faits rappelés ci-dessus. Plus spécifiquement, le Ministère public a considéré que B_ s'était énervé contre B_ lorsque la conversation avait pris un tour politique et avait employé les termes de "
voleuse
", "
menteuse
" et "
garce
", lesquels visaient à qualifier l'attitude politique de A_, accusée d'avoir _ et de _ mentir. Le Procureur a également retenu que A_, qui avait accusé B_ de l'avoir frappée au bras gauche, avait souffert d'une rougeur à l'épaule, ce qui avait fait dire à G_ qu'elle aurait un bleu le lendemain. C'était d'ailleurs ce qui ressortait _ le _ dans _, qui avait _ _ A_. Quant au certificat médical qu'elle avait produit, il démontrait une légère trace grisâtre sur le bras gauche, mais l'instruction avait permis d'exclure que celle-ci résultât d'un coup asséné par B_. Par conséquent, les coups volontaires allégués par A_ n'étaient pas établis, ce qui justifiait leur classement. En revanche, l'injure était établie, non pas pour les qualifications de "
voleuse
" ou de "
menteuse
", le contexte démontrant qu'ils n'avaient pas été utilisés dans leur sens premier, mais pour qualifier le comportement politique de A_, mais pour le terme de "
garce
", injure formelle dont B_ devait répondre. Les menaces, évoquées pour la première fois le _, consistaient en une phrase de B_ indiquant à A_ qu'il exercerait des violences sur elle si elle le giflait, qui, replacée dans son contexte, constituait une querelle de politiciens dans _, soit une intervention qui n'avait ni alarmé ni effrayé A_, de sorte que la procédure devait aussi être classée sur ce point.
S'agissant de la peine, même si le _ autour de cette affaire avait mis B_, de façon reconnaissable, en cause, _, le punissant ainsi largement, l'art. 54 CP ne pouvait être retenu en sa faveur.
Il en allait différemment de l'art. 52 CP, qui devait profiter au prévenu, car sa faute, en utilisant un vocable injurieux dans le cadre d'une discussion politique, était particulièrement légère. Le terme de "
garce
" visait à fustiger le seul comportement politique de A_. Il était notoire que le comportement _ _ de _ _ agaçait prodigieusement _, car leurs effectifs se réduisaient sans que _ n'ait pris la moindre décision. Dans ces conditions, la manière dont B_ s'était exprimé, bien qu'injurieuse, trahissait une faute minime. De surcroît, les conséquences de cet acte étaient également minimes pour A_, qui n'avait pas été ébranlée par ce qu'elle avait entendu, puisqu'elle avait quitté l'établissement en souriant. S'ajoutait à cela que, de jurisprudence constante, les politiciens devaient avoir le cuir épais et accepter de se faire critiquer ouvertement (arrêt du Tribunal fédéral
6B_356/2008
).
Pour l'ensemble de ces motifs, la procédure était classée.
D.
À l'appui de son recours, A_ a globalement contesté l'ordonnance de classement, qu'elle trouve contradictoire à bien des égards. S'agissant de l'injure, elle ne paraît pas soutenir que les termes de "
voleuse
" ou de "
menteuse
" devraient être retenus, mais que, pour le terme de "
garce
", il ne pouvait être question de faute minime et une condamnation devait être prononcée. A_ déduit d'autre part du comportement "
extrêmement violent
" adopté par B_ à son égard que rien ne permettait d'exclure qu'il lui ait porté des coups. D'ailleurs, le certificat médical attestait d'une contusion au bras gauche, C_ avait vu le bras rouge vif et il était admis, tant par B_ que par F_ que A_ avait dit au premier nommé d'arrêter de la toucher. Il convenait donc d'admettre que B_ s'était rendu coupable de lésions corporelles simples, subsidiairement de voies de fait, ce qui devait entrainer sa condamnation. Enfin, A_ avait réellement été alarmée par les menaces de B_ et elle en avait été profondément choquée, ce qu'elle avait rapporté à des tiers, dont F_. Il ne pouvait être tiré argument d'une querelle de politiciens dans un bistrot pour ne pas condamner B_ pour ces faits.

Considerations:
EN DROIT
:
1.
Le recours est recevable pour avoir été déposé selon la forme et dans le délai prescrits (art. 393 et 396 CPP), concerner une ordonnance sujette à recours auprès de la Chambre de céans (art. 310 al. 1 let. a et 393 al. 1 let. a CPP) et émaner de la partie plaignante, qui a qualité pour agir, ayant un intérêt juridiquement protégé à l'annulation de la décision entreprise (art. 382 CPP).
2.
La Chambre de céans peut décider de rejeter les recours manifestement irrecevables ou mal fondés, sans demande d'observations écrites ni débats (art. 390 al. 2, 1ère phrase
, a contrario
, CPP).
Tel est le cas du présent recours, manifestement mal fondé, pour les raisons qui suivent.
3. 3.1.
Selon l'art. 319 al. 1 CPP, le ministère public ordonne le classement de tout ou partie de la procédure lorsqu'aucun soupçon justifiant une mise en accusation n'est établi (let. a), lorsque les éléments constitutifs d'une infraction ne sont pas réunis (let. b), lorsque des faits justificatifs empêchent de retenir une infraction contre le prévenu (let. c), lorsqu'il est établi que certaines conditions à l'ouverture de l'action pénale ne peuvent pas être remplies ou que des empêchements de procéder sont apparus (let. d) ou lorsqu'on peut renoncer à toute poursuite ou à toute sanction en vertu de dispositions légales (let. e) (A. KUHN / Y. JEANNERET (éds), op. cit., n. 12-13 ad art. 319 ; R. PFISTER-LIECHTI (éd.),
La procédure pénale fédérale, Fondation pour la formation continue des juges suisses
, Berne 2010, p. 62 ;
DCPR/85/2011
du 27 avril 2011). De manière générale, les motifs de classement sont ceux "qui déboucheraient à coup sûr ou du moins très probablement sur un acquittement ou une décision similaire de l'autorité de jugement" (Message relatif à l'unification du droit de la procédure pénale du 21 décembre 2005, FF 2006 1255). Le principe
in dubio pro duriore
, découlant du principe de la légalité (art. 5 al. 1 Cst. et 2 al. 2 CPP en relation avec les art. 319 al. 1 et 324 CPP; ATF
138 IV 86
consid. 4.2 p. 91), signifie qu'en principe, un classement ou une non-entrée en matière ne peuvent être prononcés par le ministère public que lorsqu'il apparaît clairement que les faits ne sont pas punissables ou que les conditions à la poursuite pénale ne sont pas remplies. Le ministère public et l'autorité de recours disposent, dans ce cadre, d'un pouvoir d'appréciation. La procédure doit se poursuivre lorsqu'une condamnation apparaît plus vraisemblable qu'un acquittement ou lorsque les probabilités d'acquittement et de condamnation apparaissent équivalentes, en particulier en présence d'une infraction grave (ATF
138 IV 86
consid. 4.1.2 p. 91;
137 IV 285
consid. 2.5 pp. 288-289).
3.2.
Aux termes de l'art. 52 CP, l'autorité compétente renonce à poursuivre l'auteur, à le renvoyer devant le juge ou à lui infliger une peine, si tant sa culpabilité que les conséquences de son acte sont de peu d'importance. Il s'agit donc de deux conditions cumulatives (RIKLIN, BK,
Strafrecht I
, 2e éd. 2007, n. 14 ad art. 52 CP). Pour décider si les infractions pour lesquelles la culpabilité et les conséquences de l'acte sont de peu d'importance, les autorités compétentes doivent apprécier chaque cas particulier en fonction du cas normal de l'infraction définie par le législateur; on ne saurait en effet annuler par une disposition générale toutes les peines mineures prévues par la loi (FF 1999 1871). Il faut qu' « une appréciation globale du comportement, en soi illicite eu égard aux éléments constitutifs de l'infraction considérée, fasse apparaître que l'acte en cause et la culpabilité de son auteur, mesurés au cas normal, sont nettement moins graves. Cette différence doit être tellement nette que l'infliction (sic) d'une sanction pénale paraîtrait injustifiée, tant du point de vue de la prévention générale que de celui de la prévention spéciale » (FF 1999 5100).
3.3.
Lorsqu'elle rend sa décision, l'autorité de recours n'est pas liée par les motifs invoqués par les parties ni par les conclusions de celles-ci (art. 391 al. 1 CPP).
4. 4.1.
Se rend coupable d'injure celui qui aura, par la parole, l'écriture, l'image, le geste ou par des voies de fait, attaqué autrui dans son honneur (art. 177 al. 1 CP). Le juge pourra exempter le délinquant de toute peine si l’injurié a directement provoqué l’injure par une conduite répréhensible (art. 177 al. 2 CP) ; tel sera le cas si l’auteur a réagi sous l’empire de l’émotion causée par un comportement blâmable de la personne insultée (M. DUPUIS / B. GELLER / G. MONNIER / L. MOREILLON / C. PIGUET / C. BETTEX / D. STOLL (éds),
Code pénal - Petit commentaire
, Bâle 2012, n. 25 ad art. 177 et les réf.).
4.2.
Dans la discussion politique, l'atteinte à l'honneur punissable ne doit être admise qu'avec retenue (ATF
118 IV 248
consid. 2b p. 251) et, en cas de doute, niée (ATF
116 IV 146
consid. 3c p. 150). La liberté d'expression indispensable à la démocratie implique que les acteurs de la lutte politique acceptent de s'exposer à une critique publique, parfois même violente, de leurs opinions. Il ne suffit ainsi pas d'abaisser une personne dans les qualités politiques qu'elle croit avoir. La critique ou l'attaque porte en revanche atteinte à l'honneur protégé par le droit pénal si, sur le fond ou dans la forme, elle ne se limite pas à rabaisser les qualités de l'homme politique et la valeur de son action, mais est également propre à l'exposer au mépris en tant qu'être humain (
6B_143/2011
, destiné à la publication; ATF
128 IV 53
consid. 1a p. 58 s; également ATF
131 IV 23
consid. 2.1 p. 26; CORBOZ,
Les infractions en droit suisse
, vol. I, 3e éd., 2010, n. 10 ad art. 173; FRANZ RIKLIN,
Basler Kommentar, Strafrecht II
, 2ème éd. 2007, n. 25 ad Vor art. 173 CP).
Les propos que tiennent des adversaires politiques dans le cadre d'un débat engagé ne doivent cependant pas toujours être pris au pied de la lettre, car ils dépassent souvent la pensée de leurs auteurs. Par ailleurs, le public concerné par le débat ne tire guère des tracts qu'il lit ou des discours qu'il entend de réels motifs de suspicion à l'endroit des personnes visées, à moins que ceux-ci soient énoncés avec clarté et fondés sur des accusations précises (ATF
105 IV 194
consid. 2a p. 196).
4.3.
En l'occurrence, la discussion engagée par les protagonistes était manifestement politique et doit être examinée dans ce cadre particulier. Les propos tenus ne peuvent en effet être dissociés de leur contexte, à savoir _, engagé de longue date, rencontre une ancienne _ qui s'est "
transférée
" dans une _ et qui, néanmoins, _ _. Une telle manœuvre engendre naturellement de fortes réactions et c'est à juste titre que le Procureur a considéré que les termes de "
voleuse
" ou de "
menteuse
" ne relevaient pas, dans un tel contexte, de l'injure. C'est également à bon droit qu'il a considéré que le terme de "
garce
", injurieux, ne représentait toutefois qu'une faute minime, qui pouvait parfaitement tomber sous le coup de l'exemption de peine prévue à l'art. 52 CP. Le seul fait que, toute politicienne qu'elle s'affiche, la recourante ne puisse entendre ce raisonnement ne suffit pas à l'écarter. Maîtresse de ses choix, elle doit en assumer les conséquences, fussent-elles désagréables. La décision entreprise doit donc d'être confirmée sur ce point.
5. 5.1.
A teneur de l'art. 180 CP, se rend coupable de menaces celui qui, par une menace grave, aura alarmé ou effrayé une personne. Il s'agit d'une infraction de résultat qui n'est consommée que si la menace grave cause chez la personne visée frayeur ou alarme. L'auteur doit faire volontairement redouter à la victime la survenance d'un préjudice au sens large. Il n'est pas nécessaire qu'il ait effectivement une influence sur la survenance de l'événement préjudiciable; il suffit que, selon sa présentation, celle-ci semble dépendre de son pouvoir. Il n'est pas nécessaire non plus que l'acte préjudiciable puisse effectivement survenir (ATF
122 IV 97
= JdT
1997 IV 120
; ATF
106 IV 125
= JdT
1981 IV 106
; ATF
99 IV 212
= JdT
1975 IV 63
).
5.2.
La recourante allègue que le mis en cause l'aurait menacée en rétorquant, après qu'elle avait dit vouloir le gifler, qu'en ce cas, il lui "
casserait la gueule
". Outre que personne n'a réellement entendu les termes utilisés, il est établi que la recourante a quitté le _ sans donner à quiconque l'impression qu'elle s'était sentie alarmée. Il suffit, pour s'en convaincre, de relire les dépositions F_ et I_, qui mentionnent un départ tranquille. De plus, lorsqu'elle a fait sa déposition à la police, le _, elle a mentionné les propos de B_, mais n'a pas dit avoir été alarmée et n'a pas déposé plainte pour menaces. Nul doute que, s'il elle s'était sentie effrayée à ce moment, elle en eût parlé à la police, ou celle-ci l'eût remarqué, voire G_, ancien gendarme, lui eût dit de le faire et non pas d'attendre 15 jours pour le manifester par le canal de ses conseils. On peut dès lors sérieusement douter du fait que les propos imputés à l'intimé puissent réellement être considérés comme une menace grave et la probabilité qu'un renvoi en jugement pour cette infraction déboucherait sur un acquittement est si vraisemblable qu'elle justifie pleinement le classement prononcé.
6. 6.1.
L'art. 123 CP concerne les lésions du corps humain ou de la santé qui ne peuvent être qualifiées de graves au sens de l'art. 122 CP. Cette disposition protège l'intégrité corporelle et la santé tant physique que psychique. Les lésions corporelles sont une infraction de résultat qui implique une atteinte importante aux biens juridiques ainsi protégés (ATF
134 IV 189
consid. 1.1 p. 191 ; ATF
135 IV 152
consid 2.1.1 p. 154). Un coup de poing dans la figure ayant provoqué un hématome doit être sanctionné en application de l'art. 123 CP, parce qu'un hématome est la conséquence de la rupture d'un vaisseau sanguin, dommage qui est une lésion du corps humain, même si celle-ci est superficielle et de peu d'importance (ATF
119 IV 25
précité).
Les voies de fait, réprimées par l'art. 126 CP, se définissent, elles, comme des atteintes physiques, inoffensives et passagères, qui excèdent ce qui est socialement toléré, mais qui ne causent ni lésions corporelles, ni dommage à la santé; il s'agit généralement de contusions, de meurtrissures, d'écorchures ou de griffures (ATF
119 IV 25
consid. 2a p. 26/27).
6.2.
La recourante soutient avoir établi que l'intimé lui aurait porté des coups de poings au bras gauche, lui occasionnant des lésions, du seul fait qu'elle avait dit à B_ d'arrêter de le toucher. Manifestement, cette assertion est insuffisante pour contredire les faits. Ainsi, personne n'a vu de coups, même si chacun s'accorde à dire que B_ gesticulait abondamment. Il se peut, dans ces circonstances, qu'il ait effectivement touché la recourante, qui était assise à côté de lui, sans la frapper, ce qui justifierait parfaitement qu'elle lui ait dit d'arrêter de la "
toucher
", mais pas de la "
frapper
". Par ailleurs, ni les photos produites, ni l'attestation médicale, ni le constat visuel de C_, ne révèlent la présence d'une lésion. Il est tout au plus question de trace grisâtre et de rougeur, voire d'un hématome, étant précisé qu'on ne voit pas comment attribuer la première à l'intimé. Il n'y a donc en l'occurrence aucune lésion qui serait susceptible de tomber sous le coup de l'art. 123 CP. Tout au plus peut-on déceler une anodine contusion, compatible avec un geste maladroit dans l'animation qui s'était installée entre les protagonistes.
De toutes ces considérations, il découle que c'est avec raison que le Ministère public a retenu que la procédure ne recelait aucun indice concluant conduisant à admettre que la recourante avait été volontairement blessée au bras par l'intimé.
Il s'ensuit que les conditions d'application des art. 123 et 126 CP ne sont pas établies, dans le cas d'espèce, de sorte que le classement est, là également, justifié.
7.
La recourante, qui succombe, supportera les frais de la procédure envers l'État (art. 428 CPP).
* * * * *