Decision ID: 067b0ace-2765-4190-9207-e147c705d82c
Year: 2016
Language: fr
Court: VD_TC
Chamber: VD_TC_031
Canton: VD
Region: Région lémanique
Law Area: public_law
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
Vu les faits suivants
A.
X._, ressortissant suisse né le 1******** 1953, divorcé, a déposé une demande de revenu d’insertion (RI) le 13 août 2014 auprès du Centre Social Régional de la Broye-Vully (ci-après : CSR), en indiquant vivre seul. Il avait auparavant informé le CSR de Prilly-Echallens de son déménagement imminent de 6******** à ********.
Le 10 septembre 2014, le CSR de la Broye-Vully a accordé à X._ un montant de 2'110 fr. au titre de RI, avec effet rétroactif au 1
er
juin 2014. Ce montant comprend un forfait mensuel pour une personne seule de 1'110 fr., auquel s'ajoute un forfait pour des frais particuliers de 50 fr., et la prise en compte d'un loyer mensuel plafonné au maximum à 950 fr.
B.
Sur requête de la Direction du CSR de Prilly-Echallens, le Service de prévoyance et d’aide sociales (ci-après : SPAS), Unité de contrôle et de conseils, a établi en date du 25 novembre 2014 un rapport d’enquête au sujet de X._. Il ressort notamment ce qui suit dudit rapport :
« (...).
2.4
Autres vérifications administratives
:
(...).
Adresses et ressources d’adressage
:
Le bailleur du bail précédent de M. X._ pour un
appartement de 2 pcs
au 2********, était (représenté) par Mme Y._ (cf. bail à loyer daté du 30.04.2012 en annexe).
(...)
Le nouveau bail à loyer produit par M. X._ indique qu’il est locataire, à nouveau d’un
appartement de 2 pcs
(rez, 1
er
étage), à la 3******** ******** et que le bailleur est une nouvelle fois (représenté) par Mme Y._, à la 4******** ******** (cf. annexe).
Selon le RF, Mme Y._ a acquis, le 19.03.2014, le bien-fonds no. 82 à ******** qui comprend, outre le bâtiment principal sis au no 4********, une dépendance ou petite maisonnette sise no 3********, dans l’angle sud-est de la parcelle.
Renseignements pris auprès de la Poste Suisse (cf. annexes), la nouvelle adresse de M. X._ est au no. 4******** à ******** (tout comme celle de Mme Y._ d’ailleurs) et non pas au no. 3********, ce qui est en contradiction avec le bail à loyer.
Même constat au niveau du Contrôle des habitants de la Commune de ******** : M. X._ a été enregistré au no. 4******** et non pas au no. 3********.
Par ailleurs, les constatations de terrain ont montré que la boîte aux lettres et la plaquette-sonnerie (cf. photo annexée) de la 4******** ******** portent les 2 noms de Mme Y._ et de M. X._.
(...).
3. Recherches internet
Facebook
Le profil Facebook de Mme Y._ a été trouvé à l’adresse suivante :
(...).
- Mme Y._ a, entre autres « amis » Facebook, M. X._, (...) ;
- (...).
- Les 25.11.2012 Mme Y._ a publié une photo (cf. annexe) d’un repas pris en commun avec «
l’Oncle Z._
, A._ and
B._
». Cette scène montre une certaine affection ou proximité entre eux (bras de Mme Y._ sur l’épaule de M. X._) ;
- Une autre photo (cf. annexe), de « C._,
Oncle Z._, B._
et 5******** » prise lors du même repas et publiée à la même date, montre M. X._ avec le chien (« 5******** ») de Mme Y._ à ses côtés ;
- M. X._ apparaît sur une autre photo (cf. annexe) publiée par Mme Y._ le 26.12.2012 à un souper de Noël 2012, avec, entre autres convives à table, « l’Oncle Z._ », à Crans-Montana en Valais.
(...).
En outre, suite aux photos d’Istanbul et de Moscou publiées par Mme Y._ le 28.10.2012 sur son compte Facebook, M. X._ a posté, le 30.12.2012, le commentaire suivant : « Super ! J’aimerais voir ça avec toi.
Love
» (cf. annexe). Ces propos témoignent d’un niveau affectif au-delà d’une amitié standard.
4.
Recherches de terrain
4.1.
Recherche/s de proximité et investigation/s de terrain à 6********
Les informations réunies lors de l’enquête de proximité diligentée à 6******** le 12.09.2014, sont résumées ci-après :
-
Mme Y._ et M. X._ partageaient le même toit au no. 16 ;
-
Il n’y a pas d’appartement (distinct ou séparé) de 2 pcs au no. 16 mais qu’un seul 5.5 pièces ;
-
Mme Y._ et M. X._ y ont résidé environ 3 ans ;
-
M. X._ est l’ami de Mme Y._ ; ils forment un couple et s’affichent ensemble ;
-
Ils n’ont pas d’enfants en commun, M. X._ est séparé ou divorcé ;
-
M. X._ conduit Mme Y._ à la gare, voire l’accompagne lors de ses déplacements fréquents pour son travail ;
-
Il garde le chien et le chat de Mme Y._ quand elle part à l’étranger ;
-
Il ne travaillait pas et ne faisait rien d’autre ;
-
Il s’occupait de leur jardin et il était « un homme à tout faire » ;
-
Madame Y._ entretient Monsieur X._. Monsieur a trouvé la bonne personne et cela l’arrangeait beaucoup ;
-
Mme Y._ travaille beaucoup ;
-
Ils fréquentaient les mêmes amis mais Madame n’en avait pas beaucoup à 6******** ;
-
Ils ont échangé au moins une fois leur véhicule ;
-
La location au no. 16 devait s’élever à CHF 5'000.- ;
-
Mme gagnerait CHF 12'000.- ;
-
Monsieur a proposé des pilules fortifiantes à au moins 1 voisin ;
-
Il n’a pas été rapporté que M. X._ circulait dans un véhicule publicitaire Juice Plus.
4.2.
Recherche/s de proximité et investigation/s de terrain à ********
Le 09.09.2014, M. X._ a été vu par l’enquêteur soussigné devant l’entrée de la maison au no. 4******** à ********. La porte de la maison était ouverte derrière lui.
La Toyota Prius de Mme Y._ n’étant pas parquée devant le no. 4******** (comme cela a été observé à d’autres occasions), Mme Y._ était probablement absente et M. X._ présent seul au no. 4********.
Les informations réunies lors de l’enquête de voisinage diligentée à ******** dès le matin du 17.09.2014 sont résumées ci-après :
-
La boîte aux lettres et la plaquette-sonnerie de la 4******** ******** portes les 2 noms de Mme Y._ et de M. X._ ;
-
La maisonnette au no. 3******** n’était pas habitée à l’époque (aucune annonce officielle n’est enregistrée du côté du CH) ;
-
M. X._ s’est présenté dans le village et il y est encore peu connu ;
-
Les quelques fois où Madame et Monsieur ont été aperçus par un tiers, ils étaient ensemble ;
-
M. X._ vit « soit-disant » avec une Américaine, ils sont ensemble ou ils forment un couple ;
-
Chacun a sa voiture ;
-
Vers la mi-août, leur présence commune dans la maison no. 4******** a été constatée par un tiers ;
-
Mme Y._ et M. X._ étaient les deux présents à une journée portes ouvertes aux villageois organisée par la Commune de ******** ;
-
M. X._ ne travaille pas ;
-
M. X._ a présenté Mme Y._ à un tiers comme étant sa compagne.
(...).
5.
Autres vérifications
Vérifications faites auprès de la régie en charge du logement, les deux noms de Mme Y._ et M. X._ figuraient sur la demande de location de la villa mitoyenne à 6******** datée du 09.02.2011 (« Nombre d’adultes qui occuperont l’appartement » : 2 / Cf. annexe). Toutefois, le bail à loyer daté du 22.02.2011 a été établi au seul nom de Mme Y._ (cf. annexe).
La profession et employeur de M. X._ renseignés sur ladite demande étaient respectivement « Ingénieur » et « Indépendant », avec aucune mention de salaire mensuel brut. Aucune fiche de salaire n’était jointe à la demande pour M. X._.
La demande de location auprès de la régie concernée montre que Mme Y._ et M. X._ avaient donc fait une démarche commune avec l’intention d’y aménager ensemble, et ce dès le 09.02.2011.
Mais le contrat de bail à loyer à 6******** établi entre Mme Y._ et M. X._ a été signé plus d’une année après le contrat de bail à loyer initial, soit le 30.04.2012.
(...). ».
C.
Par décision du 16 décembre 2014, le CSR de la Broye-Vully a refusé à X._ le droit au RI à partir du 1
er
décembre 2014, au motif qu’il vit en couple avec Y._.
D.
X._ a recouru, le 20 décembre 2014, contre cette décision auprès du SPAS, en concluant à l’annulation de la décision du CSR de la Broye-Vully du 16 décembre 2014.
Dans ses déterminations du 21 janvier 2015, le CSR de la Broye-Vully a conclu au maintien de sa décision, en se référant aux résultats du rapport d’enquête du 25 novembre 2014 au sujet de l’intéressé. Ce dernier a fait part de ses observations le 23 janvier 2015, en déclarant ce qui suit :
« Madame,
Suite à votre courrier du 9 janvier courant au CSR de la Broye-Vully, je comprends votre préoccupation à la traque des fraudeurs. C’est pourquoi je m’explique sur ma situation.
En effet, j’ai été l’ami proche de Mme Y._, mais cette situation n’est plus d’actualité depuis la deuxième année pendant laquelle nous vivions à 6********. Mme Y._ et moi ne nous accordons pas pour une vie commune.
Par contre Mme Y._ et moi-même sommes tombé (sic) d’accord pour que je reste afin de garder sa maison et m’occuper d’alimenter ses chats et son chien. Nous gardons la même situation ici à ******** car Mme Y._ est très souvent en voyage. Pendant ce temps, j’aménage mon futur chez moi dans la petite maison se trouvant dans le jardin.
Cela me permet de ne pas rester seul (présence des animaux), de ne pas déprimer comme beaucoup de personnes dans mon cas cherchant obstinément du travail à l’âge de 61 ans. »
Le CSR de la Broye-Vully a imparti à X._ un délai au 21 février 2015 pour se déterminer sur le rapport d’enquête du 25 novembre 2014. L’intéressé a fait part de ses déterminations le 19 février 2015 en déclarant ce qui suit :
« (...).
J’ai eu la chance par le biais d’une petite annonce de trouvé (sic) une dame américaine qui cherchait quelqu’un afin de garder sa maison, ses 2 chats et son chien, Entretien du tennis de 6******** (Vaud), par exemple.
Donc je me suis installé à 6******** ou (sic) Mme Y._ louait une maison et proposait 2 pièces à vivre, tout en lui rendant quelques services.
C’est pourquoi je l’ai suivi à ******** où je m’occupe la même chose. Et à cet endroit, dans sa propriété, se trouve une petite maison, le no 3******** cis (sic) à ********, là je résiderai quand les travaux d’aménagement seront terminés. Et comme Mme Y._ est souvent en voyage, je lui loue actuellement 2 pièces à vivre dans sa maison, ce qui est plus commode pour m’occuper des animaux. Ce qui m’évite de déprimer et d’occasionner des frais supplémentaires de médecins, psychiatre et autres.
Je suis d’accord avec vous que l’on pourrait statuer sur une rétribution pour ma présence dans la propriété, qu’il reste à qualifié (sic).
Je vous demande de me réintégrer le plus vite possible au sein du RI (Revenu d’Insertion) svpl, car mes dettes s’accumulent et je désire les régler rapidement.
(...). »
E.
Par décision du 6 mars 2015, le SPAS a rejeté le recours déposé par X._ contre la décision du CSR de la Broye-Vully du 16 décembre 2014, au motif que plusieurs éléments démontrent, avec suffisamment de vraisemblance, que l’intéressé n’est pas le colocataire de Y._, mais son concubin.
F.
X._ (ci-après : le recourant) a recouru contre cette décision auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après : le tribunal) par acte du 8 avril 2015, sans prendre de conclusion formelle. Il a précisé que le rapport d’enquête contient de nombreuses erreurs d’appréciation. Le SPAS a déposé sa réponse le 23 avril 2015 en concluant au rejet du recours.
Le tribunal a tenu une audience le 27 août 2015, en présence de toutes les parties. Il ressort notamment ce qui suit du procès-verbal d'audience:
"(...) Le recourant explique avoir fait la connaissance de Y._ par le biais d’Internet, il y a sept ans. Il déclare qu’ils ont noué une relation sentimentale, qui a duré environ six mois. A l’époque, le recourant habitait Montricher. Y._ voulait acheter une maison et lui a demandé s’il était intéressé à s’occuper de l’entretien de celle-ci lorsqu’elle serait à l’étranger pour son travail. Elle a demandé au recourant de l’aider à chercher une maison. Elle en a sélectionné quelques unes, le recourant l’a accompagné lors des visites vu qu’elle ne connaît pas bien la Suisse. Le recourant précise que leur relation s’est rapidement terminée car Y._ est une femme carriériste qui travaille tout le temps (la nuit et le week-end). Il indique qu’elle est manager chez 7********, où elle occupe un poste de direction puisqu’elle vend les programmes de gestion d’entreprises et fixe les prix pour l’Europe et l’Asie ; elle est « inaccessible » selon le recourant. Il déclare ne pas avoir de compagne et que Y._ n’a également pas de compagnon ; chacun vit sa vie.
Le recourant indique qu’il collabore bénévolement avec D._, qui a créé la société «8******** Sàrl», active dans la stimulation des neurones, tout en restant disponible pour reprendre une activité salariée qui se présenterait. Il a bon espoir que l’invention puisse se commercialiser avec succès, car la société est très présente dans les EMS, avec des contacts auprès de l’EPFL et du département de neurologie du CHUV, ce qui lui permettrait de retrouver un travail.
Le recourant expose que lorsqu’il vivait à 6******** dans la même maison que Y._, il disposait de deux pièces (une chambre et un bureau). Il faisait les courses essentiellement pour lui car celle-ci ne mange pas beaucoup; elle participait toutefois à hauteur de ce qu’elle mangeait. Le recourant précise qu’il faisait le ménage, s’occupait du jardin, du chat et du chien. Ces travaux lui permettaient de s’occuper et d’éviter de déprimer.
Le recourant explique que c’est Y._ qui a trouvé la maison à ******** (en lisant le journal) ; elle est allée la visiter une première fois seule, puis en sa compagnie. Il indique avoir accepté de s’installer dans cette maison car il ne se voyait pas vivre seul. Il confirme que Y._ effectue régulièrement des voyages professionnels et s’absente souvent durant la semaine.
Le recourant expose que la parcelle, propriété de Y._ à ********, contient deux bâtiments, l’un se trouvant à n°4******** et l’autre à n°3********. Il déclare habiter dans l’immeuble sis à n°4********, tout comme Y._. Il précise qu’il occupe le rez-de-chaussée et Y._ le premier étage. Le recourant déclare que le bâtiment de la n°3******** est chauffé et isolé, mais qu’il doit encore être aménagé pour être habitable.
Le recourant confirme que Y._ ne le rémunère pas pour les tâches ménagères qu’il effectue, mais qu’au moins, comme ça, il est occupé. Il précise que s’il vient à trouver un emploi, il arrêtera de suite son activité pour Y._, qui devra se débrouiller. Sur la question d’une éventuelle rémunération pour le travail effectué, le recourant admet qu’il fait beaucoup de choses pour Y._ mais relève qu’il préfère être occupé plutôt que d’être au chômage ; ça le rassure et lui occupe l’esprit.
Le recourant déclare ne plus entretenir de relation sentimentale avec Y._ suite à la rupture intervenue après leur rencontre sur internet ; il précise qu’elle a un fort caractère, que ce n’est pas toujours facile, car elle veut toujours avoir raison. Entre eux, il y a juste une relation d’amitié, mais rien de plus.
Le recourant explique qu’il paie actuellement un loyer de 950 fr. à Y._. Il avait quelques économies grâce auxquelles il a pu continuer à payer son loyer suite à la décision lui supprimant son droit au RI, mais maintenant il n’y arrive plus. Y._ lui aurait dit qu’il devait se débrouiller et trouver une solution.
Le juge assesseur Marcel-David Yersin demande au recourant pourquoi il ne quitte pas cette maison. Le recourant indique qu’il a peur par-dessous tout de se retrouver seul et de déprimer.
La juge assesseur Isabelle Perrin demande au recourant s’il a des perspectives d’emménager dans l’immeuble sis à n°3********. Il expose qu’il est possible que Y._ l’autorise à y emménager, mais en aucun cas gratuitement et des travaux d’aménagements intérieurs seraient encore nécessaires
Le représentant du CSR précise que le recourant a refusé une mesure de l’ORP, ce que ce dernier conteste en expliquant qu’il avait tout simplement oublié de prendre part à cette mesure. Le représentant du CSR relève qu’il a été obligé d’appliquer la sanction prononcée par l’ORP.
La représentante du SPAS soutient que le recourant part en vacances avec Y._ et qu’il a fait la connaissance de sa famille. Le recourant déclare que l’oncle de Y._ a un appartement à Montana. Elle voulait que son chien soit avec elle à Montana, et étant donné que c’est lui qui s’occupe du chien, il n’avait pas d’autre choix que d’y aller aussi.
La représentante du SPAS demande au recourant pourquoi il a signé un contrat de bail stipulant qu’il occuperait l’appartement sis à n°3******** s’il n’a jamais occupé ce logement. Le recourant explique qu’au début il était prévu qu’il y habite, mais comme l’appartement n’était pas aménagé, il était plus simple qu’il emménage à n°4********. Le représentant du CSR relève que le recourant n’a jamais informé le centre comme quoi il ne vivait pas à n°3********. Il relève que le recourant a dissimulé au CSR qu’il avait de la fortune, puisqu’il a déclaré avoir vécu sur ses économies suite à la décision lui refusant le droit au RI. Le recourant explique qu’il a découvert en début d’année qu’il avait un solde sur une assurance-vie d’environ 8'000 fr. Le représentant du CSR fait remarquer que le recourant a dissimulé beaucoup d’éléments.
La représentante du SPAS relève qu’il y a deux solutions : soit le recourant est le concubin de Y._, soit il est son employé et dans ce cas, elle doit le rémunérer. Le recourant reconnaît que Y._ devrait le rémunérer pour tout le travail qu’il accompli pour elle, en précisant qu’il n’est pas exclu qu’elle le fasse. Les représentants du SPAS et du CSR expliquent que pouvoir prétendre retoucher le RI, le recourant doit fournir tous les documents requis, être rémunéré par Y._ pour l’activité qu’il exerce pour elle et habiter à n°3********. Ils précisent que le recourant fera l’objet d’une enquête complémentaire avant qu’il puisse prétendre retoucher le RI.
Le recourant ajoute qu’il n’a pas d’activité commune, ni de loisirs communs avec Y._; il n’est pas en mesure d’indiquer à quand remonte leur dernière activité ensemble.(...)".
La possibilité a été donnée aux parties de se déterminer sur le procès verbal de l’audience.

Considerations:
Considérant en droit
1.
Déposé en temps utile et selon les formes requises par l’art. 79 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36), le recours est recevable en la forme et il y a lieu d’entrer en matière sur le fond.
2.
a) L’art. 1
de la loi du 2 décembre 2003 sur l'action sociale vaudoise (LASV; RSV 850.051), précise que la loi a pour but de venir en aide aux personnes ayant des difficultés sociales ou dépourvues des moyens nécessaires à la satisfaction de leurs besoins indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine (al. 1); elle règle l'action sociale cantonale, qui comprend la prévention, l'appui social et le revenu d'insertion (al. 2).
b) Le revenu d’insertion (RI) comprend une prestation financière et peut, cas échéant, également comprendre des prestations sous forme de mesures d’insertion sociale ou professionnelle (art. 27 LASV). Cette prestation financière est composée d’un montant forfaitaire et d’un supplément correspondant au loyer effectif, dans les limites fixées par le règlement d’application de la loi; elle est accordée dans les limites d’un barème établi par le règlement, après déduction des ressources du requérant, de son conjoint ou partenaire enregistré ou de la personne qui mène de fait une vie de couple avec lui et de ses enfants à charge (art. 31 al. 1 et 2 LASV). Une franchise est prise en compte lors de la déduction de ces ressources lorsque celles-ci proviennent d'une activité lucrative (art. 31 al. 3 LASV). Selon l'art. 22 al. 1 du règlement d'application du 26 octobre 2005 de la loi sur l'action sociale vaudoise (RLASV; RSV 850.051.1), un barème fixant les montants maximums pouvant être alloués aux bénéficiaires du RI est annexé au règlement; ce barème comprend le forfait pour l'entretien et l'intégration sociale adapté à la taille du ménage (let. a) et les frais de logement plafonnés, charges en sus (let. b). Après déduction de la franchise, le solde des ressources du requérant, de son conjoint, de son partenaire enregistré ou concubin faisant ménage commun avec lui et de ses enfants à charge est porté en déduction du montant alloué (art. 26 al. 1 RLASV).
c) L'art. 28 RLASV prévoit que dans un ménage, la prestation financière du RI est réduite en tenant compte d'une contribution des personnes composant le ménage aux frais (al. 1). Si le ménage élargi forme une communauté économique de type familial finançant les fonctions ménagères conventionnelles (gîte, couvert, lessive, entretien, télécommunications, etc.), la contribution consiste en un partage proportionnel des frais de logement et en une fraction du forfait selon le nombre total de personnes majeures et mineures dans le ménage (al. 2). En revanche, si le ménage élargi ne forme pas une communauté de type familial, la contribution se limite au partage proportionnel des frais de logement et charges selon le nombre total de personnes (al. 3).
Enfin, si un couple vit dans une relation de concubinage qui présente toutes les caractéristiques d’une union conjugale comparable à un mariage, les revenus du concubin sont pris en considération de la même manière que ceux d’un époux, dès lors que l’on peut admettre que la relation entre les deux personnes formant le couple est tellement forte et étroite qu’il existerait implicitement une obligation d’entraide comparable à celle de l’art. 159 al. 2 et 3 du code civil suisse du 10 décembre 1907 (CC; RS 210), avec un devoir de fidélité et d’assistance réciproque.
L'existence d’une union libre stable entraînant des obligations d’entraide comparables à celle d’un mariage n'est toutefois admise qu'avec retenue par la jurisprudence. Il ne suffit pas de constater que le requérant partage son habitation avec une personne de l'autre sexe et crée une apparence de communauté de vie semblable au mariage ou même que les concubins reconnaissent qu'ils forment un couple. Le concubinage qualifié, assimilable au mariage, ne s'entend que d'une communauté de vie d'une certaine durée, voire durable, de deux personnes de sexe opposé, à caractère exclusif, qui présente une composante spirituelle et corporelle, mais également économique. Ainsi, pour déterminer si une communauté de vie assimilable au mariage existe, la jurisprudence retient notamment comme critère décisif, le fait que le concubin dont la situation économique le permet assure effectivement la couverture des besoins vitaux et personnels de son partenaire, outre le fait que les affinités des partenaires sont vécues comme dans le mariage (ATF 134 I 313 consid. 5.5 p. 318-319; 129 I 1 consid. 3.2.3 et 3.2.4 p. 5 ss; voir aussi arrêts PS.2012.0086 du 24 juin 2013, consid. 1; PS.2012.0104 du 1
er
mars 2013, consid. 3; PS.2012.0039 du 13 septembre 2012 consid. 1c; PS.2011.0025 du 9 novembre 2011 consid. 2c; PS.2011.0021 du 20 juillet 2011 consid. 1b, et les références citées).
Ainsi, lorsque le concubinage est contesté par les intéressés, respectivement lorsque ceux-ci n'admettent pas ou plus d'être traités comme tels, il convient de prendre en compte toutes les circonstances permettant d'apprécier, à un degré de vraisemblance suffisant, la qualité de la communauté de vie. Ces circonstances sont notamment les suivantes: l'existence d'un enfant commun, la durée de la vie commune, étant précisé qu'une union de plus de cinq ans ne suffit pas à elle seule à faire présumer l'existence du concubinage, le partenaire du recourant contribue effectivement à l'entretien de celui-ci, les partenaires se sont aidés financièrement à un moment de leur vie commune, ils sont propriétaires de biens communs, ils passent leurs loisirs et leurs vacances ensemble, ils fréquentent les mêmes amis, ils n'ont jusqu'alors jamais contesté vivre en concubinage, ils ont tenu des propos desquels on pouvait déduire qu'ils vivaient en concubinage (arrêt PS.2001.0132 du 5 juin 2003, consid. 1b).
3.
Le CSR de la Broye-Vully et l’autorité intimée ont jugé que la relation du recourant avec Y._ devait être assimilée à un concubinage et non à une colocation aux motifs que le recourant a admis être l’ami proche de cette dernière durant une certaine période, qu’ils passaient leurs vacances ensemble et que tous les deux formaient un couple aux yeux des tiers. Le recourant a précisé ne plus être en couple avec Y._ depuis la deuxième année pendant laquelle ils vivaient à 6********, soit à partir de l’année 2013.
En l’espèce, il apparaît que l’existence d’une relation comparable à un concubinage peut résulter du rapport d’enquête du 25 novembre 2014, qui s’appuie sur des recherches de proximité et des investigations de terrain détaillées. Ce rapport contient ainsi des indices qui permettent de conclure à un degré de vraisemblance suffisant à l'existence d'une communauté de type conjugal. Il ressort en effet de ce rapport que le recourant et Y._ vivent depuis au moins quatre ans sous le même toit dans le cadre d'une relation étroite, qui existait lorsqu'ils habitaient à 6******** et qui s'est poursuivie après leur déménagement dans le village de ********. Par ailleurs, le fait que le recourant ne soit pas rémunéré pour les travaux d’intendance (gardiennage, jardinage, entretien de la propriété) qu’il effectue pour Y._, confirme l’existence d’une forme de communauté conjugale avec un devoir d’assistance réciproque. En outre, le fait que Y._ n'ait toujours pas entrepris les travaux visant à aménager l'appartement sis à 3******** afin que le recourant puisse y emménager est de nature à confirmer l’existence d’une relation étroite. Ainsi, le fait que Y._ ne rémunère pas le recourant pour tous les travaux qu'il accomplit pour elle, ou qu'elle ne mette pas gratuitement à la disposition de celui-ci l'appartement sis à 3********, à titre de prestation en nature, confirme l’existence d’une relation assimilable à un concubinage. C'est donc à juste titre que l'autorité intimée a retenu l’existence d’une relation proche ou comparable à celle d’un concubinage et a ainsi considéré que les revenus de Y._ devaient être pris en considération pour le calcul du revenu d’insertion.
4.
Au vu des considérants qui précèdent, le recours doit être rejeté et la décision attaquée, maintenue.
L'arrêt est rendu sans frais (art. 4 al. 3 du tarif des frais judiciaires et des dépens en matière administrative du 28 avril 2015 (TFJDA;RSV 173.36.5.1). Il n'y a en outre pas lieu d'allouer de dépens (art. 55 al.1 LPA-VD).