Decision ID: b2b3a6b2-edbf-598e-ab9b-d5b86b467d4e
Year: 2020
Language: fr
Court: GE_CJ
Chamber: GE_CJ_002
Canton: GE
Region: Région lémanique
Law Area: civil_law
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
EN FAIT
A.
Par jugement
JTPI/12116/2019
du 30 août 2019, expédié pour notification aux parties le 3 septembre 2019, le Tribunal de première instance a prononcé la mainlevée provisoire de l'opposition formé par A_ au commandement de payer poursuite n° 1_ à concurrence de 164'638 fr. 02 (ch. 1), arrêté les frais judiciaires à 750 fr., compensés avec l'avance fournie par C_ (ch. 2), mis à la charge de A_ (ch. 3), condamné en outre à rembourser à C_ 750 fr. (ch. 4) et à lui verser 3'252 fr. à titre de dépens (ch. 5), et débouté les parties de toutes autres conclusions (ch. 6).
Le Tribunal a retenu que A_ s'était engagé à rembourser 202'300 fr., intérêts compris, à C_, ce qui constituait clairement une reconnaissance de dettes, en dépit de ce que, vu les termes employés dans le document du 24 août 2016, le précité n'était pas l'emprunteur "au sens juridique du terme", qu'à l'échéance celui-ci restait devoir, une fois les versements opérés déduits, 166'440 fr. 18 en capital et 2'061 fr. 80 d'intérêts contractuels, de sorte qu'il y avait lieu de faire droit aux conclusions de C_.
B.
Par acte du 11 septembre 2019, A_ a recouru contre le jugement précité. Il a conclu à l'annulation de celui-ci, cela fait au rejet de la requête de mainlevée formé par C_, avec suite de frais et dépens.
Il a formé des allégués nouveaux.
C_ a conclu au rejet du recours en tant qu'il était recevable, avec suite de frais et dépens.
Par décision du 30 septembre 2019, la Cour a rejeté la requête tendant à la suspension de l'effet exécutoire attaché au jugement entrepris, formée par A_.
Les parties ont répliqué et dupliqué, persistant dans leurs conclusions respectives. Dans sa réplique, A_ a encore soumis de nouveaux allégués.
Par avis du 5 novembre 2019, les parties ont été informées de ce que la cause était gardée à juger.
C.
Il résulte de la procédure de première instance les faits pertinents suivants :
a.
C_, mère de D_, est la tante de A_.
b.
Elle a allégué qu'en 2014 A_ avait sollicité de sa part un prêt d'environ 200'000 euros, formalisé dans un contrat de prêt signé le 24 août 2016.
Elle a produit à cet égard copie d'un document dactylographié intitulé "contrat de prêt", daté du 24 août 2017 [sic], conclu entre elle-même, en qualité de "prêteur" et A_, en qualité d'"emprunteur". Le contrat était signé pour son compte par sa fille D_, qui la représentait, et par A_; il portait sur le montant de 202'300 fr, dont l'emprunteur confirmait qu'il avait reçu paiement le 7 août 2014; le prêt portait intérêts à 1% l'an et l'emprunteur s'engageait à le rembourser au 31 août 2017 au plus tard. Le contrat comportait deux clauses manuscrites, soit: "L'emprunteur s'est porté garant pour M. E_", et "Si M. E_ rembourse cette somme, M. A_ devra repercevoir ce qu'il aura versé à Mme C_".
C_ a par ailleurs produit l'attestation d'un notaire français dont résulte qu'elle lui avait donné l'ordre de virer 197'787.80 euros à E_.
Elle a allégué que A_ lui avait remboursé 42'700 fr., en sept paiements, en 2014 et 2015, de sorte qu'il restait alors son débiteur à concurrence de 197'434 fr. Le montant porté dans le contrat précité, soit 202'300 fr., était composé de ladite somme, augmentée des intérêts à 1% l'an dès 2014.
Elle a encore allégué avoir reçu de A_ 12'000 fr. le 30 août 2016, 10'000 fr. le 21 novembre 2017, 9'000 fr. le 5 décembre 2017, et 9'000 fr. le 25 janvier 2018, versements opérés sur le compte de sa fille.
Elle a produit un échange de courriers électroniques entre sa fille et A_ daté du 25 août 2016, dans lequel la première rappelait au second notamment : "Je t'envoie ci-joint le document relatif à l'emprunt que tu as fait à ma mère le 7.8.2014 et que nous avons signé ensemble hier soir. Pour précision et qu'il n'y ait pas d'incompréhension, le montant initial de ce prêt était de 197'787.80 euros que tu lui as demandé de verser le 7.8.2014 sur le compte de M. E_. Vous auriez tacitement agréé d'effectuer le remboursement de cet emprunt en francs suisses, ce qui selon le taux de change du 7.7.2014 revient à 240'134 CHF. A cela nous enlevons 42'700 CHF qui ont déjà été remboursés à ma mère ce qui revient à la somme de 202'300.- inscrite sur le contrat de prêt, dont tu es l'emprunteur [...]. Cela ne te dispense pas d'être l'emprunteur de ce montant que tu t'es engagé à rembourser à l'échéance [...]", tandis que le second répondait à la première "[...] Quant à nos discussions et notre contrat je n'ai pas d'objection et j'honorerai ma parole [...] Par contre il y a un sujet que malgré toutes tes précisions tu n'en as pas parlé [...] je parle bien de l'or qui a été donné par M. E_ [...] la somme estimée étant entre 40 à 70 mille francs selon mes compréhensions [...]".
Elle a également déposé un courrier électronique provenant de l'adresse A_@hotmail.com, du 30 août 2016, dont l'objet était libellé ainsi : "12000 frs versés concernant lettre de 202000 milles D_ ainsi litige et escroquerie de E_", ainsi que quatre avis de crédits sur un compte bancaire de D_, en provenance d'un compte bancaire au nom de A_, datés des 30 août 2016, 21 novembre 2017, décembre 2017, et 25 janvier 2018, portant sur 12'000 fr., 10'000 fr., 9'000 fr. et 9'000 fr. Le premier des avis précités comportait la mention "Lit E_", et les trois suivants la mention "Litige et problème avec E_".
Elle a encore déposé un courrier adressé par sa fille à A_, rappelant à ce dernier l'échéance, au 31 août 2017, du prêt consenti en août 2014.
c.
A la requête de C_, l'Office des poursuites a fait notifier, le 28 février 2018, à A_ un commandement de payer poursuite n
o
1_, portant sur 192'300 fr. avec intérêts moratoires à 5% l'an dès le 1
er
septembre 2017. La cause de l'obligation était "contrat de prêt".
Le poursuivi a formé opposition.
d.
Par requête du 26 février 2019 dirigée contre A_, C_ a requis du Tribunal le prononcé de la mainlevée provisoire de l'opposition susmentionnée, avec suite de frais et dépens.
A l'audience du Tribunal du 1
er
juillet 2019, A_ a conclu au rejet de la requête, sous suite de frais et dépens. Il a contesté avoir été l'emprunteur s'agissant du contrat produit par sa partie adverse. Il s'est borné à former un allégué (en lien avec un contrat de prêt signé entre C_ et le dénommé E_), porté au procès-verbal ainsi : "le but de M. E_ [sic] était d'acquérir la totalité des parts de la société F_ SA à Genève dont il avait d'ores et déjà le 50%".
Il a produit copie d'un exemplaire non signé et non daté (mais portant la mention "DRAFT_") d'un document dactylographié, intitulé "contrat de prêt" liant D_, prêteur", et G_ [même patronyme que E_], "emprunteur", par lequel la première prêtait au second 250'000 fr., sans intérêts, remboursables à douze mois et prolongeable douze mois supplémentaires, ainsi que deux photocopies de documents manuscrits peu ou pas lisibles (désignés sur la page de garde de son bordereau comme "contrat de prêt conclu entre Mme D_ et M. G_ le 22 juillet 2014"), ainsi qu'une correspondance électronique de 2016 entre lui-même et des tiers portant sur divers mouvements d'argent entre eux, la copie de messages électroniques adressés par un avocat genevois à C_ et D_ en août 2014 (évoquant un projet de contrat de prêt entre celles-ci et "F_ SA et M. E_" ainsi qu'une "quittance confirmant le dépôt d'or"), la copie illisible d'un décompte décrit sur la page de garde du bordereau comme "décompte de Mes H_ et I_ du 8 septembre 2015", ainsi qu'un document libellé sans doute en persan. Il a encore déposé une traduction libre d'un document (peut-être le même document que le précédent), dont il résulte qu'un contrat de prêt portant sur 250'000 fr. aurait été conclu le 22 juillet 2014 entre D_ et G_.
A l'issue de l'audience, la cause a été gardée à juger.

Considerations:
EN DROIT
1.
1.1
S'agissant d'une procédure de mainlevée, seule la voie du recours est ouverte (art. 319 let. a et 309 let. b ch. 3 CPC). La procédure sommaire s'applique (art. 251 let. a CPC).
Aux termes de l'art. 321 al. 1 et 2 CPC, le recours, écrit et motivé, doit être introduit auprès de l'instance de recours dans les dix jours à compter de la notification de la décision motivée, pour les décisions prises en procédure sommaire.
En l'espèce le recours a été interjeté dans le délai et selon les formes prévus par la loi, de sorte qu'il est recevable.
1.2
Dans le cadre d'un recours, le pouvoir d'examen de la Cour est limité à la violation du droit et à la constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC). L'autorité de recours a un plein pouvoir d'examen en droit, mais un pouvoir limité à l'arbitraire en fait, n'examinant par ailleurs que les griefs formulés et motivés par la partie recourante (HOHL, Procédure civile, Tome II, 2ème édition, Berne, 2010, n° 2307).
Les maximes des débats et de disposition s'appliquent (art. 55 al. 1, 255 lit. a a contrario et 58 al. 1 CPC).
2.
Les conclusions, allégations de fait et preuves nouvelles sont irrecevables (art. 326 al. 1 CPC).
Les allégués nouveaux du recourant ne sont donc pas recevables.
3.
Le recourant reproche au Tribunal d'avoir fait droit aux conclusions de l'intimée.
3.1
Le créancier dont la poursuite se fonde sur une reconnaissance de dette constatée par acte authentique ou sous seing privé peut requérir la mainlevée provisoire de l'opposition formée au commandement de payer (art. 82 al. 1 LP). Le juge prononce la mainlevée si le débiteur ne rend pas immédiatement vraisemblable sa libération (art. 82 al. 2 LP).
Constitue une reconnaissance de dette au sens de l'art. 82 LP, l'acte signé par le poursuivi - ou son représentant - duquel il ressort sa volonté de payer au poursuivant, sans réserve ni condition, une somme d'argent déterminée ou aisément déterminable et exigible au moment de la réquisition de poursuite (ATF
130 III 87
consid. 3.1 et les références citées; JAEGER/WALDER/KULL/
KOTTMANN, Bundesgesetz über Schuldbetreibung und Konkurs, 4ème éd., 1997, n. 10 ad art. 82 LP). Un contrat écrit justifie en principe la mainlevée provisoire de l'opposition pour la somme d'argent incombant au poursuivi lorsque les conditions d'exigibilité de la dette sont établies et, en particulier dans les contrats bilatéraux, lorsque le poursuivant prouve avoir exécuté les prestations dont dépend l'exigibilité. Un contrat bilatéral ne vaut ainsi reconnaissance de dette que si le poursuivant a rempli ou garanti les obligations légales ou contractuelles exigibles avant le paiement dont il requiert le recouvrement, ou au moment de ce paiement (GILLIERON, Commentaire de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, vol. I, 1999, n° 45 ad art. 82 LP), c'est-à-dire s'il a exécuté ou offert d'exécuter sa propre prestation en rapport d'échange (ATF
145 III 20
consid. 4.1.1).
Le contrat de prêt d'une somme d'argent déterminée signé par le prêteur constitue pour l'emprunteur une reconnaissance de dette pour le versement de la somme prêtée. S'il est signé par l'emprunteur, il vaut également reconnaissance de dette pour le remboursement du prêt, cela pour autant que le débiteur ne conteste pas avoir reçu la somme prêtée et que le remboursement soit exigible lors de la notification du commandement de payer (VEUILLET, La mainlevée de l'opposition, 2017 n. 166 ad art. 82 LP).
3.2
En l'espèce, l'intimée a produit, comme titre de sa créance, un contrat souscrit par le recourant, aux termes duquel celui-ci s'engageait à lui rembourser au 31 août 2017 au plus tard le montant effectivement prêté, en capital et intérêts.
Certes, le document dactylographié comporte des mentions manuscrites, dont l'une stipule que l'emprunteur s'était "porté garant pour " un tiers, qui serait par ailleurs susceptible de "rembourser". Faute d'allégués précis et recevables relatifs à ces mentions, celles-ci demeurent incompréhensibles; on peine à saisir comment le premier juge est parvenu à en déduire que le recourant n'aurait pas été "au sens juridique du terme" l'emprunteur du montant mis à sa disposition par l'intimée dans le cadre du contrat susvisé.
Il apparaît au contraire que le recourant a, vu les termes clairs employés, souscrit en faveur de l'intimée une reconnaissance de dette pour le remboursement du prêt à son échéance, dans la mesure où il n'est pas contesté que le montant prêté a été versé.
La contestation du recourant (exprimée à l'audience du Tribunal) selon laquelle il n'aurait pas été l'emprunteur se heurte ainsi au libellé clair de la pièce produite par l'intimée, au demeurant confirmée dans le message électronique du recourant daté du 25 août 2016, et dûment visée dans le commandement de payer frappé d'opposition.
Les titres déposés par le recourant, qui sont apparemment relatifs à une relation contractuelle liant la fille de l'intimée à des tiers, soit une une res inter alios acta, ne sont pas de nature à remettre en cause le constat qui précède.
Le Tribunal a ainsi à raison admis que le titre produit valait reconnaissance de dette au sens de l'art. 82 LP.
En ce qui concerne le montant à concurrence duquel la mainlevée provisoire a été accordée, le recourant ne fait valoir qu'un seul argument, à savoir qu'une imputation supplémentaire aurait dû être effectuée, liée à de l'or déposé en garantie, évoqué dans le courrier électronique d'un avocat genevois en août 2014 et dans sa réponse à la fille de l'intimée le 25 août 2016. En l'absence de tout allégué (et de pièce à l'appui) recevable à ce propos, singulièrement sur le montant précis concerné qui viendrait par hypothèse réduire la créance de l'intimée, l'argument ne porte pas.
Dénué de fondement, le recours sera dès lors rejeté.
4.
Le recourant, qui succombe, supportera les frais du recours (art. 106 al. 1 CPC), arrêtés à 1'125 fr. (art. 48, 61 OELP), compensés avec l'avance déjà opérée, acquise à l'Etat de Genève (art. 111 al. 1 CPC). Il versera à l'intimée 1'500 fr. (art. 85, 88, 89 et 90 RTFMC; art. 25 et 26 LaCC) à titre de dépens, débours et TVA compris.
* * * * *