Decision ID: 54b45cbb-4336-4f94-8e7d-faa10a0b2c98
Year: 2018
Language: fr
Court: VS_BZG
Chamber: VS_BZG_999
Canton: VS
Region: Région lémanique
Law Area: 
Law Sub-area: nan
Label: dismissal

Facts:
II. Statuant en faits et considérant en droit
5.
Le prévenu est un ressortissant français âgé de 48 ans, sans emploi. Il a un fils, âgé de
19 ans. Son casier judiciaire n’est pas vierge et fait état de diverses condamnations à
des peines pécuniaires avec sursis étalées entre novembre 2011 et avril 2017. Toutefois,
au vu de l’issue des poursuites dirigées contre le prévenu, le tribunal de céans n’estime
pas utile de se pencher davantage sur sa situation personnelle.
6.
6.1 La plaignante connaît le prévenu depuis 2011, ce dernier lui ayant été présenté par
son ex-mari (procès-verbal du 7 novembre 2017, Q. 3 [doss. p. 6]). En février 2017, il a
repris contact avec elle, étant, semble-t-il, sans autorisation de séjour (cf. interrogatoire
du prévenu par la gendarmerie française ; doss. p. 11). Vu la situation précaire du
prévenu, la plaignante a acheté un camping-car et l’a mis à sa disposition, avec un
téléphone portable de marque xxx, pour que celui-ci puisse se déplacer librement et
rechercher du travail en France (interrogatoire du prévenu, Q. 26 ; interrogatoire de la
plaignante, Q. 4).
Par ailleurs, la plaignante a établi une attestation dans laquelle elle autorisait
expressément, sans mentionner de restriction géographique, le prévenu à conduire le
camping-car (interrogatoire de la plaignante, Q. 10). Le prévenu et la plaignante
s’accordent également sur le fait qu’aucune date de restitution du camping-car et du
téléphone portable n’avait été convenue (interrogatoire de la plaignante, Q. 5 ;
interrogatoire du prévenu, Q. 27). Durant l’été 2017, le prévenu, seul ou accompagné
une fois de la plaignante (cf. interrogatoire de la plaignante, Q. 9), s’est rendu à plusieurs
reprises dans le Sud de la France au volant du camping-car (interrogatoire du prévenu
par la gendarmerie française, doss. p. 11 ; interrogatoire de la plaignante, Q. 22 :
« ...mais avec les allers-retours qu’il faisait en Suisse... »).
- 11 -
6.2 Les déclaration du prévenu et de la plaignante divergent considérablement sur les
circonstances ayant entouré le départ du prévenu le 27 octobre 2017.
La plaignante soutient que le prévenu est parti avec le camping-car et le téléphone
portable qu’elle lui avait prêtés sans la prévenir de son départ, alors qu’elle travaillait à
H _ (interrogatoire de la plaignante, Q. 7). Elle ajoute qu’il avait laissé pour
seul message un morceau de papier, dont la copie a été produite en audience de ce
jour, sur lequel il avait griffonné le verbe « disparaître » (cf. doss. p. 99). Sur le moment,
elle ne s’était pas inquiétée outre mesure (interrogatoire de la plaignante, Q. 7), sans
doute parce qu’elle considérait qu’ « [ils étaient] ensemble, même s’il [i.e. le prévenu]
n’était pas toujours là », son « port d’attache » demeurant chez elle (interrogatoire de la
plaignante, Q. 5), et que vraisemblablement il cherchait du travail dans la région (procès-
verbal du 7 novembre 2017, Q. 4 [doss. p. 6]). Etant donné que le prévenu n’avait pas
pris contact avec elle plus d’une semaine plus tard, elle se serait rendue à la police
cantonale pour porter plainte (procès-verbal du 7 novembre 2017, Q. 4 [doss. p. 6]).
Le prévenu, quant à lui, rétorque qu’il avait averti la plaignante de son départ, en raison
de sa situation précaire au regard du droit des étrangers (interrogatoire par la
gendarmerie française [doss. p. 12] ; interrogatoire du prévenu, Q. 28) et que le mot
produit en audience de ce jour a été écrit de sa main la veille de son départ (interrogatoire
du prévenu, Q. 29). S’agissant de l’absence de contact, devant la gendarmerie française,
il a déclaré ne pas avoir de téléphone portable à disposition (interrogatoire par la
gendarmerie française [doss. p. 11]). En audience de ce jour, il a indiqué ne pas avoir
utilisé le téléphone que la plaignante avait mis à sa disposition « parce que cela faisait
à peine une semaine » qu’il était parti (interrogatoire du prévenu, Q. 32) et que cela
n’avait causé aucun problème lors de précédents séjours (interrogatoire du prévenu, Q.
31). Par ailleurs, il n’avait pas employé le téléphone portable de son fils à cause des
coûts générés par un appel en Suisse (interrogatoire du prévenu, Q. 31). Finalement, il
rejoint les déclarations de la plaignante, indiquant qu’il avait l’intention de rentrer en
Suisse une fois sa situation régularisée sur le plan administratif (cf. procès-verbal rédigé
par la gendarmerie française, [doss. p. 12], confirmé par le prévenu en audience de ce
jour, Q. 25).
6.3
Le tribunal de céans estime que les preuves acquises au dossier, en particulier
l’interrogatoire du prévenu et de la plaignante à l’audience de ce jour, ne lui permettent
pas d’établir avec certitude si le départ du prévenu le 27 octobre 2017 a fait l’objet d’une
- 12 -
discussion entre les parties et si la plaignante en a été préalablement avertie. En effet,
les déclarations de l’un et de l’autre s’opposent diamétralement sans que d’autres
preuves ne permettent de corroborer les versions présentées de part et d’autre. Toutes
deux paraissent dès lors autant convaincantes et aucun élément ne permet d’acquérir
une intime conviction. Faisant application du principe in dubio pro reo (cf. supra consid.
3), le tribunal de céans retiendra la version la plus favorable au prévenu, soit qu’il avait
prévenu la plaignante de son départ. Ensuite, le prévenu a déclaré qu’il avait l’intention
d’utiliser le véhicule pour se loger et se déplacer à la recherche d’un emploi
(interrogatoire du prévenu, Q. 32), utilisation pour laquelle il avait été expressément mis
à sa disposition par la plaignante (cf. supra). Aucun élément du dossier ne permet de
douter de la véracité de cette affirmation. Le tribunal retiendra donc la version du prévenu
sur ce point aussi. Finalement, la plaignante et le prévenu se rejoignant dans leurs
déclarations quant à un retour du prévenu en Suisse, le tribunal retiendra que ce dernier
avait l’intention de rentrer une fois sa situation régularisée sur le plan administratif.
6.4.
6.4.1 Outre, le fait d’être parti avec le camping-car et le téléphone mis à sa disposition
par la plaignante, cette dernière reproche également au prévenu de lui avoir volé 600
francs et 120 euros en espèce, un ordinateur portable xxx d’une valeur de 200 francs et
un bon cumulus d’une valeur de 200 francs (interrogatoire de la plaignante, Q. 6). Le
prévenu ne conteste que partiellement ces faits. Il déclare que l’ordinateur portable
devait se trouver dans le camping-car et que les sommes d’argent lui ont été
volontairement remises par la plaignante (interrogatoire du prévenu, Q. 35).
6.4.2 S’agissant des sommes d’argent, le prévenu a déposé en audience de ce jour un
relevé de compte (doss. p. 104) montrant que la plaignante lui remettait régulièrement
de l’argent. Au vu de ces éléments, et considérant que les seules preuves acquises au
dossier se limitent à la parole des deux parties, le tribunal de céans estime qu’il demeure
un doute insurmontable au sujet de la matérialité des faits reprochés au prévenu et que
la version qui lui est le plus favorable, soit un prêt voire une donation, doit être retenue
en application du principe in dubio pro reo. Pour ce qui est du bon cumulus, le tribunal
éprouve quelque difficulté à comprendre pour quelle raison il se serait approprié un bon
qui ne pouvait être utilisé que dans des magasins se trouvant en Suisse, alors qu’il
souhaitait quitter au plus vite le territoire helvétique. Dès lors, et en l’absence d’autres
éléments de preuve, il sera à nouveau fait application du principe in dubio pro reo et la
version du prévenu sera seule retenue.
- 13 -
6.4.3 S’agissant finalement de la tablette informatique, le tribunal relève qu’interrogé sur
le point de savoir s’il avait « emporté des objets appartenant à Mme X _ avant
de partir » (interrogatoire du prévenu, Q. 35), le prévenu s’est contenté de répondre que
la tablette se trouvait toujours dans le camping-car. Une réponse aussi évasive que celle-
ci constitue aux yeux du tribunal un indice important en faveur de la thèse de
l’accusation. Alors que le prévenu n’a pas hésité à se prévaloir du consentement de la
plaignante s’agissant des sommes d’argent, il ne fait pas de même en ce qui concerne
la tablette informatique. Dès lors, le tribunal retiendra qu’il a emporté la tablette
informatique sans le consentement de la plaignante.
7.
7.1 Se rend coupable d’abus de confiance au sens de l’art. 138 ch. 1 CP celui qui, pour
se procurer ou procurer à un tiers un enrichissement illégitime, se sera approprié une
chose mobilière appartenant à autrui et qui lui avait été confiée. Une chose est confiée
lorsqu'elle est remise ou laissée à l'auteur, pour qu'il l'utilise d'une manière déterminée
dans l'intérêt d'autrui, que ce soit pour la garder, l'administrer ou la livrer, selon des
instructions qui peuvent être expresses ou tacites (ATF 120 IV 276 consid. 2 et les arrêts
cités).
L'acte délictueux, soit les éléments constitutifs objectifs de l’infraction, présuppose la
réalisation des éléments constitutifs suivants : une chose mobilière appartenant à autrui ;
une chose confiée à l’auteur et un acte d’appropriation (De Preux/Hulliger, Commentaire
Romand - CP II, 2017, n. 10 ad art. 138 CPP). L'appropriation implique que l'auteur veut,
d'une part, la dépossession durable du propriétaire et, d'autre part, qu'il entend s'attribuer
la chose, au moins pour un temps. Cette volonté doit se manifester par des signes
extérieurs (ATF 118 IV 148, consid. 2). Elle comprend deux éléments : d'une part la
négation durable des pouvoirs du propriétaire de la chose ; d'autre part l'affirmation
objective et positive de la volonté, au moins momentanée, de se comporter en
propriétaire, soit de disposer de la chose à son profit (De Preux/Hulliger, op. cit., n. 28
ad art. 138 CP).
7.2
En l’espèce, l’ordonnance pénale, qui vaut acte d’accusation (art. 356 al. 1 CPP), accuse
le prévenu d’avoir abusé de la confiance de la plaignante en s’appropriant son camping-
car (doss. p. 21). Or, il a été établi ci-dessus qu’aucune date de restitution du camping-
car n’avait été convenue. La plaignante avait par ailleurs établi un document autorisant
- 14 -
le prévenu à circuler au volant du véhicule en question et il s’était rendu à plusieurs
reprises dans le Sud de la France au volant de celui-ci. Le départ du prévenu qui, selon
la version retenue par le tribunal, a averti préalablement la plaignante ne constitue pas
un acte d’appropriation. Une fois arrivé en France, le prévenu avait l’intention d’utiliser
le camping-car dans ses recherches de travail. Ensuite, il a été établi que le prévenu
avait l’intention de rentrer en Suisse, une fois sa situation régularisée. A aucun moment,
on ne se trouve en présence du moindre fait permettant d’en déduire que le prévenu
s’est approprié le camping-car en question. Un des éléments constitutifs objectifs de
l’infraction manque. Le prévenu doit donc être libéré de l’accusation d’avoir commis un
abus de confiance (art. 138 ch. 1 CP) au préjudice de la plaignante.
8.
8.1 Commet un vol au sens de l’art. 139 al. 1 CP quiconque soustrait une chose mobilière
appartenant à autrui dans le but de se l’approprier et pour se procurer ou procurer à un
tiers un enrichissement illégitime. La réalisation de l’infraction présuppose un acte de
soustraction, soit le fait de briser la possession ou la maîtrise d’autrui (Gewahrsam) pour
constituer une nouvelle possession sur la chose (ATF 132 IV 108, consid. 2.1). Le lésé
doit donc avoir été le possesseur de la chose mobilière au moment où elle lui est
soustraite (Papaux, Commentaire Romand - CP II, 2017, n. 16 ad art. 139 CP).
8.2
8.2.1 L’acte d’accusation (doss. p. 20) reproche au prévenu d’avoir volé à la plaignante
600 francs et 120 euros en espèce, un téléphone portable xxx d’une valeur de 320
francs, un ordinateur portable xxx d’une valeur de 200 francs et un bon cumulus d’une
valeur de 200 francs.
8.2.2 S’agissant tout d’abord du téléphone portable, le tribunal constate d’emblée que la
plaignante l’avait volontairement mis à la disposition du prévenu. Elle en avait dès lors
perdu la possession et il ne saurait être question de vol. Quant à la question d’une
éventuelle requalification en abus de confiance (art. 138 ch. 1 CP), le tribunal estime
qu’il arriverait certainement aux mêmes conclusions qu’à propos du camping-car. Dès
lors, et par soucis d’économie de procédure, l’avis prévu à l’art. 344 CPP n’a pas été
donné.
8.2.3 En ce qui concerne les espèces, soit 600 francs et 120 euros, le tribunal de céans
a retenu que les sommes avaient été volontairement remises au prévenu, qui ne
- 15 -
contestait pas les avoir emportées. Dès lors, il ne saurait être question d’une quelconque
soustraction. Le prévenu doit donc être libéré de cette charge.
8.2.4 Le prévenu ne conteste pas avoir emporté l’ordinateur portable, sous forme de
tablette, appartenant à la plaignante. Il a toutefois été établi qu’il avait l’intention de
rentrer en Suisse une fois sa situation régularisée sur le plan administratif. Rien ne
permet de penser qu’il n’aurait pas restitué l’ordinateur portable à ce moment-là. Dès
lors, faute de dessein d’appropriation, l’infraction de vol n’est pas constituée.
Quant à une éventuelle requalification en soustraction d’une chose mobilière (art. 141
CP), le tribunal estime d’emblée qu’elle n’aboutirait pas à une déclaration de culpabilité.
En effet, parmi les éléments constitutifs de cette infraction figure le fait d’avoir causé un
préjudice considérable, interprété comme étant supérieur à 300 francs (Jeanneret,
Commentaire Romand - CP II, 2017, n. 14 ad art. 141 CP). Vu la valeur retenue par le
Ministère public pour l’ordinateur portable question, 200 francs (doss. p. 20), valeur dont
le tribunal n’aperçoit aucune raison de d’éloigner, le prévenu n’a ainsi pas causé de
préjudice considérable à la plaignante. Aussi le tribunal n’a-t-il pas non plus procédé à
l’avis prévenu à l’art. 344 CPP.
8.2.5 Pour ce qui est, finalement, du bons cumulus, les faits n’étant pas établis, le
prévenu doit également être libéré des charges à ce propos.
III. Conclusions civiles
9.
9.1 En qualité de partie plaignante, le lésé peut faire valoir des conclusions civiles
déduites de l’infraction pénale par adhésion à la procédure pénale (art. 122 al. 1 CPP).
Cette disposition confère le droit de faire valoir des conclusions civiles jointes à tout lésé,
au sens de l’art. 115 CPP, à savoir toute personne dont les droits ont été touchés
directement par une infraction (ATF 139 IV 102 consid. 4). Comme cela ressort du texte
même de l’art. 122 al. 1 CPP, les prétentions civiles doivent trouver leur cause dans les
faits desquels l’autorité de poursuite pénale déduit l’infraction poursuivie. Dans la mesure
du possible, la partie plaignante chiffre ses conclusions civiles dans sa déclaration en
vertu de l’art. 119 et les motive par écrit, elle cite les moyens de preuve qu’elle entend
invoquer (art. 123 al. 1 CPP). Le calcul et la motivation des conclusions civiles doivent
être présentés au plus tard durant les plaidoiries (art. 123 al. 2 CPP), sous peine de
- 16 -
renvoi au for civil (art. 126 al. 2 let. b CPP). En cas d’acquittement, le tribunal statue
également sur les conclusions civiles si l’état de fait est suffisamment établi (art. 126 al.
1 let. b CPP).
9.2 En l’espèce, la plaignante a été invitée à chiffrer ses conclusions lors de son
interrogatoire et elle n’a articulé aucun montant précis (interrogatoire de la plaignante,
Q. 17). Au cours de la plaidoirie, elle s’est bornée à maintenir sa plainte sans préciser le
montant exact de ses prétentions. Le prévenu, par l’organe de son avocat, a admis
celles-ci à hauteur de 40 francs. En ce qui concerne ce dernier montant, le tribunal
estime que l’état de fait est suffisamment établi par la reconnaissance du prévenu et dès
lors, il condamnera ce dernier à s’acquitter du montant en question. Pour le reste, les
conclusions de la plaignante seront renvoyées au for civil, vu leur manque de précision.
IV. Frais et indemnités
10
10.1 Lorsque le prévenu est acquitté, les frais de la procédure sont mis à la charge de
l’Etat (art. 423 al. 1 CPP), à moins qu’il n’ait, de manière illicite et fautive, provoqué
l’ouverture de la procédure ou rendu plus difficile la conduite de celle-ci (art. 426 al. 2
CPP). Quant à la partie civile, elle peut être amenée à supporter les frais de la procédure
causés par ses conclusions lorsque le prévenu est acquitté ou si elle a été renvoyée à
agir par la voie civile (art. 427 al. 1 let. a et c CPP). Les frais comportent les émoluments
visant à couvrir les frais et les débours effectivement supportés (art. 422 al. 1 CPP),
parmi lesquels figure la rémunération due au défenseur d’office (art. 422 al. 2 let. a CPP).
L'émolument de justice en matière pénale est fixé en fonction de l'ampleur et de la
difficulté de la cause, de la façon de procéder des parties ainsi que de leur situation
financière. Il varie entre un minimum et un maximum, eu égard aux principes de la
couverture des frais et de l'équivalence des prestations (cf. art. 13 LTar). L’art. 22 let. b
et c LTar prévoit un émolument de 90 à 6'000 fr. pour la procédure devant le Ministère
public et de 90 à 2'400 fr. pour la procédure devant le Tribunal de district. S’agissant de
l’indemnisation du défenseur d’office, cette dernière se fait au plein tarif lorsque le conseil
juridique est commis d’office au sens de l’art. 132 al. 1 let. a CPP (art. 30 al. 2 let. a
LTar).
10.2 En l’espèce, le tribunal n’aperçoit aucune raison pour laquelle le prévenu devrait
supporter les frais de la présente procédure. Le fait qu’il ait fait preuve d’une certaine
indélicatesse, voire d’ingratitude à l’égard de la plaignante, n’est pas encore constitutif
- 17 -
d’acte illicite au sens de l’art. 426 al. 2 CPP. Quant aux conclusions civiles de la partie
plaignante, elles n’ont occasionné aucune surcharge de travail, ni au stade de l’enquête,
qui a été très brève, ni au cours des débats devant le tribunal de céans. Dès lors les frais
resteront intégralement à charge de l’Etat du Valais.
Dans son décompte, produit en audience de ce jour, Me M _ arrête à
3'117 fr. 55 le montant de l’indemnité réclamée. Considérant que la présente cause a
présenté certaines difficultés d’ordre procédural, ce qui a d’ailleurs motivé la désignation
d’un avocat d’office pour assister le prévenu (cf. motifs de la décision du 7 mars 2018),
le tribunal de céans estime que l’indemnité réclamée peut être intégralement octroyée
et arrondie à 3'118 francs. Ce montant comprend les dépens ainsi que la TVA (art. 27
al. 5 LTar).
Les frais du Ministère public ont été arrêtés dans l’ordonnance pénale à 500 francs (doss.
p. 24). En l’absence de raisons de douter du bien fondé de la somme indiquée, le tribunal
de céans la passera telle qu’elle en compte. S’agissant des débats, ceux-ci se sont
achevés en une seule audience et les preuves administrées se sont limitées aux
interrogatoires des parties présentes. Dès lors, ils peuvent être arrêtés à 500 francs
également.
Au vu de ce qui précède, les frais de la présente procédure peuvent être arrêtés à
4'118 francs.
11
11.1 Le prévenu acquitté peut réclamer à l’état l’indemnisation (art. 429 al. 1 CPP) des
dépenses occasionnées par l’exercice raisonnable de ses droits de procédure (let. a),
ainsi que l’indemnisation du dommage économique subi au titre de sa participation
obligatoire à la procédure pénale (let. b). Il peut également réclamer une réparation pour
le tort moral subi en raison d’une atteinte particulièrement grave à sa personnalité,
notamment en cas de privation de liberté (let. c). Lorsque le prévenu acquitté a été mis
au bénéfice d’un défenseur d’office, l’indemnité versée à ce dernier étant mise à la
charge de l’Etat, il ne peut faire valoir aucun droit au titre de l’art. 429 al. 1 let. a CPP
(ATF 139 IV 241, c. 1). Quant à l’indemnité pour tort moral, elle sera octroyée lorsque le
prévenu a subi une atteinte à ses droits de la personnalité du fait de la procédure pénale
(arrêt du Tribunal fédéral 6B_928/2014 du 10 mars 2016, consid. 5.1), ce qui implique
l’existence d’un lien de causalité entre celle-ci et l’atteinte dénoncée. S’il a subi des
mesures de contrainte illicite, une juste indemnité et la réparation du tort moral sont dues
- 18 -
au prévenu (art. 431 al. 1 CPP), indemnité pouvant être cumulée avec celle prévue à
l’art. 429 al. 1 CPP (Moreillon/Parein-Reymond, op. cit., n. 7 ad art. 431 CPP).
11.2
11.2.1 Le tribunal relève d’emblée que la défense du prévenu a été assurée par
Me M _ sur la base d’un mandat d’office résultant de la décision du 7 mars
2018. Dès lors, le prévenu ne peut faire valoir aucune prétention sur le fondement de
l’art. 429 al. 1 let. a CPP.
11.2.2 S’agissant de la détention subie, la question doit être examinée au regard des
circonstances particulières du cas d’espèce. D’emblée, le tribunal de céans relève que
celle-ci dépasse largement les dix jours exposés par le Ministère public (cf. doss. p. 67)
et l’avocat du prévenu (cf. conclusions de Me M _ ; doss. p. 9). En effet, le
prévenu a été arrêté le 4 janvier 2018 et libéré le 22 février 2018. Aucune décision de
mise en détention avant jugement n’a été prise dans le cadre du présent dossier, si bien
qu’on ne se trouve pas en présence du cas classique d’une détention préventive
injustifiée, telle que visée à l’art. 431 al. 2 CPP. Les motifs de l’incarcération du prévenu
ne ressortent pas du dossier, même si on ne peut pas exclure qu’il ait été amené à purger
la peine infligée par l’ordonnance pénale litigieuse. De l’avis du tribunal, la question peut
demeurer indécise, étant donné que pour les motifs juridiques exposés ci-après, il n’est
pas possible d’octroyer des dommages-intérêts sur le fondement du Code de procédure
pénale.
Si la détention avant jugement n’a pas été ordonnée, le seul titre susceptible de justifier
la privation de liberté du prévenu est un ordre d’exécution de peine au sens de l’art. 439
al. 2 CPP. Reste donc à examiner si l’illégalité d’une décision d’exécution des peines
peut constituer un acte de la procédure pénale susceptible de causer un tort moral au
sens de l’art. 429 al. 1 let. c CPP ou constituer une mesures de contrainte illicite au sens
de l’art. 431 al. 1 CPP.
En droit valaisan, les ordres d’exécution des peines sont pris par l’autorité administrative
compétente. C’est à elle seule qu’il appartient d’examiner si les conditions d’une
incarcération sont réunies (cf. art. 15 al. 1 LACP), notamment s’il existe une décision
exécutoire susceptible de justifier une privation de liberté (art. 15 al. 1 LACP). En prenant
cette décision, l’autorité administrative n’accomplit pas un acte de la procédure pénale,
car elle ne possède pas la qualité d’autorité de poursuite pénale telle que le Ministère
public et la police judiciaire (cf. art. 12 let. a et b CPP) et sa décision en constitue pas
- 19 -
une décision d’un tribunal au sens de l’art. 13 CPP. Dès lors, l’application des art. 429
al. 1 et 431 al. 1 CPP est exclue en l’espèce. L’application de l’art. 431 al. 1 CPP est
également exclue, car l’ordre d’exécution de peine sur le fondement de l’art. 439 al. 2
CPP ne constitue pas une mesure de contrainte au sens de l’art. 196 CPP.
A supposer que la décision du service d’exécution des peines et mesures d’incarcérer
le prévenu n’ait pas reposé sur une condamnation exécutoire, ce qui reste en tout état
de cause à vérifier, on se trouverait en présence d’un cas de détention irrégulière au
sens des art. 31 al. 1 de la Constitution fédérale, 4 al. 2 de la Constitution valaisanne et
5 § 1 de la Convention européenne des droits de l’Homme. Une indemnisation serait
alors due au prévenu, mais sur le fondement des art. 5 § 5 de la Convention européenne
des droits de l’Homme et 4 al. 3 de la Constitution valaisanne et non sur la base du Code
de procédure pénale. Ce droit pourrait être exercé par le biais de l’action en
responsabilité civile, telle que prévue aux art. 1 ss de la loi valaisanne du 10 mai 1978
sur la responsabilité des collectivités publiques et de leurs agents (RSV 170.1). Le
tribunal de céans se permet d’attirer d’emblée l’attention du prévenu sur le délai de
prescription d’un an (art. 8 al. 1 LResp). Au vu de ce qui précède, la demande en
indemnisation présentée par le prévenu doit être rejetée.
Par ces motifs ;

Considerations: